"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

samedi 16 avril 2016

Les nouveaux embrigadés: GOGOS ARMES DE L'ISLAM


« Retrouver la fierté du prolétariat et le récit commun tel est le récit commun, quel beau programme politique nous propose Boris Cyrulnik ! ». C'est avec cette ironie méprisante de bourgeoise du PAF que la mère Natacha Polony dénigre l'interview du maître en résilience dans l'Obs de cette semaine.

La lecture de l'OBS m'ennuie terriblement depuis des années. L'hebdo des grands bobos est en général en décalage avec l'actualité car à trop vouloir s'y coller il prend toujours un métro de retard. La bonne gauche élitaire y répand ses leçons à usage interne contre les pauvres tâches racistes, sales et lepénistes que nous sommes. Plus du tiers d'une pagination glacée est consacré à la bonne bouffe pour les lecteurs de Neuilly-Passy-Saint Germain, les limousines d'occase et les hôtels particuliers de trente hectares. Passons, la culture n'a pas d'odeur selon moi, elle survit aux hôtels particuliers et personne n'en est propriétaire, même au volant d'une Bugati série Jean Daniel. Et si pour la promo de son dernier livre, le psy le plus huppé et le mieux considéré de l'édition bourgeoise déblaye sérieusement le terrain sur l'utilisation assommante et répétitive du danger islamiste, et en allant au fond du problème, que risque l'OBS ? Certainement pas que je résilie mon abonnement.

COMMENT DEVENIR UN « GOGO » de l'islam ?

Cyrulnik, comme philosophe de la résilience et diva psy du paysage odieux visuel n'est pas connu comme un maximaliste révolutionnaire ni un défenseur d'une quelconque mission de la classe ouvrière, mais là il m'épate. Alors que je ne cesse de dire, depuis des années, que la bourgeoisie en niant l'existence et tout rôle fondamental à la classe ouvrière a ouvert la voie au nihilisme en général et au nihilisme islamiste en particulier – parce qu'elle a débord laissé ridiculiser pendent 50 ans la classe ouvrière par la caricature stalinienne puis parce qu'elle a laissé transmuer le stalinisme en islamisme – voilà un auteur ni marxiste, ni militant, ni hystérique, qui vient nous expliquer que pour mieux dissoudre le terrorisme... il faut réhabiliter la classe ouvrière !
Je t'embrasse Cyrulnik ! Même si je dénonce le contenu réactionnaire de ton raisonnement politique, mais parce que toi et moi arrivons à la même conclusion.
Et si l'on en croit les propos échangés et les résumés fournis, ce n'est pas de la psychologie qu'il fait le bonhomme mais... de l'histoire et des guerres comme causalité des horreurs de la décomposition capitaliste, dont le terrorisme sanglant n'est qu'une partie. Ah la citation de Michelet (comme je vais m'en resservir souvent!) : « Quand l'Etat est défaillant, les sorcières apparaissent » (Cyrulnik cite en substance, on eût aimé l'originale).
L'histoire permet toujours de mieux comprendre le présent, parce qu'elle nous a précédé et parce qu'elle contient de semblables répétitions. Les cause de la montée du nazisme ne sont pas l'antisémitisme comme nous le radote la doxa de la gauche caviar et ses bobards antifas, c'est l'humiliation du Traité de Versailles et la crise de 1929. La montée du nazisme déclenche un processus d' « héroïsation ». Cyrulnik rappelle que, vu le haut niveau culturel de l'Allemagne de Weimar, la théorie nazie faisait rire au début. Il ne manque qu'un élément dans son raisonnement, ou en tout cas il commet une erreur, il croit qu'il s'agit d'une « faillite de l'Etat », alors que nous savons qu'il s'agit bien plutôt de la deuxième phase de la contre révolution ; malgré le premier sabotage par la social-démocratie de la tentative de révolution du prolétariat allemand, comme les ouvriers ne voulaient pas désarmer, il fallait démultiplier le nombre de flics, et cela ne pouvait être réalisé par une simple embauche de fonctionnaires supplémentaires mais en enrôlant massivement le lumpen d'époque, les soldats humiliés rendus à une vie civile de clochards, avec une passion mauvaise, perverse, mais « héroïsante » car couplée avec le joujou patriotique.

Revenons à la diva : il est Voltaire le riche, je suis Rousseau le pauvre. Il évoque un effondrement culturel effrayant, « toutes les sectes du monde accourent pour faire leur marché » ; encore un maillon dans le raisonnement, il évoque la Syrie d'aujourdhui, oubliant du coup l'Allemagne. Mais ce maillon nous pouvons le relier nous à l'Allemagne de 1933 où la haine se répandant en peu de temps fait aussi s'effondrer toute référence culturelle ou disons de conscience universelle.
L'Etat n'est pas défaillant en 1933 en Allemagne, bien au contraire, il se renforce avec les SA d'Hitler, même si au début cela déplaît aux généraux. De même les principaux Etats impérialistes de nos jours ne sont pas défaillants – peu importe la disparition d'Etats locaux, de toute manière ex-Etats fantoches de la néo-colonisation – et, j'ose le dire, ONT BESOIN DU TERRORISME qui frappe les populations civiles, pour excuser leur perverse domination bourgeoise.
Le constat du terreau : « Au Proche-Orient, il y a 14 millions d'enfants traumatisés, orphelins, mutilés, abandonnés, non éduqués ou survivant dans des familles misérables. Quand on est en détresse, on est vulnérable. Quand on coule, on s'accroche à tout ce qui flotte. C'est dans le chaos que poussent les héros. Les meneurs d'âmes vous indiquent le chemin, la cause de mal et les moyens de s'en sortir. Dans des conditions dramatiques, un grand nombre de jeunes deviennent ainsi des armes consentantes ».


DES ARMES CONSENTANTES 


La belle image, si parlante quand les âmes sont devenues des « armes » ! Quand les trois quart de ces
armes consentantes (80%) sont issues de milieux de croyance (pas seulement musulmane, mais aussi catho, juive, etc.) - la croyance religieuse reste un des plus sûrs chemin vers l'héroïsation terroriste (c'est moi qui le dit). Avec en plus carences éducatives et culturelles : « Quand on est largué par la culture, on cherche un sauveur » ; qui a oublié qu'on a attribué à Goebbels « Quand j'entends le mot culture, je sors mon revolver » (la saillie est d'un autre caïd nazi). Attention à cet endroit, n'allez pas croire que je rejoins l'approximation débile des bordiguistes comme quoi le terrorisme arabe annoncerait le retour de la lutte des classes, je pense toujours comme le CCI, que le terrorisme manifeste au contraire l'absence de la lutte de classe et un « héroïsme négatif » étranger au prolétariat.
Notre diva psy des médias a mené une enquête décoiffante dans les collèges ou lycées de banlieue, en particulier à Marseille. Il n'y a pas trouvé des abrutis, de la graine de terroriste, mais des gamins avides de réponse, questionnant sans arrêt, qui veulent comprendre mais ne trouvent personne pour expliquer, dit-il, moi j'aurais dit « pour leur indiquer une perspective ». Il a aussi été visiter les camps de réfugiés, c'est l'horreur capitaliste qui reprend le dessus même au plus profond de la misère : « Dès qu'il y a un camp, en 48 heures, la loi du plus fort revient ».
Le psy enquêteur s'aperçoit que, leur répondant paisiblement, il rend heureux les gamins, et ajoute sans craindre de choquer le monde Charlie bobo : « Eh bien, certains de ces gosses malheureux, leur seule dignité, c'est Mohammed Merah : on le craint. J'ai vu ça aussi avec les enfants des rue en Colombie. Leur seule dignité passe par la bagarre, la violence. Les gosses me disaient : tu te rends compte, Mohammed Merah, c'était un minable et maintenant on le craint. C'est vrai, il a tout raté... ».
Cyrulnik frappe fort enfin, après avoir clairement discerné les causes de l'enfantement débile, lequel n'a en réalité produit que des « pigeons » : « Quand il y a un chaos culturel, il y a un centre organisé, et tout autour il y a des gogos. Ce sont des gogos de l'islam, les Merah, les Coulibaly... Ils se sont fait escroquer comme quand on entre dans une secte. Eux qui se disent « révolutionnaires » ou « bras armée de dieu » ne sont que des pantins déculturés (…) Ils sont ainsi des proies faciles pour un chef totalitaire qui cherche à imposer sa loi. Il suffit de leur faire croire qu'ils seront héroïsés et vivront auprès de dieu après leur mort. C'est ainsi qu'on fabrique des gogos armés ».
Rien de lié à une quelconque révolution, mais c'est toujours corrélé à la guerre, comme le dit Gwen. « Une « épidémie de croyance » peut se déclencher en quelques jours. Comme on l'observe dans les périodes de guerre, où, tout à coup, on voit des rumeurs se propager avec une conviction folle et sans aucune preuve. C'est pour ça que j'emploie l'expression de « délire logique » (…) ET c'est cohérent. Mais c'est délirant, parce que c'est coupé de la réalité. Et les gens sont fermement convaincus parce qu'ils sont désespérés, qu'ils ont peur. En période de guerre ou en période de déstructuration sociale, on voit que des rumeurs se déclenchent, intenses et avec une vitesse stupéfiante. Comme avec Hitler autrefois, on est en plein théâtre émotionnel. (…) les fanatiques qui se font exploser dans une foule pour tuer le plus d'ennemis possibles ne se suicident pas, ils offrent leur mort à dieu. Ce n'est pas un « attentat-suicide ». Encore un maillon faible dans le raisonnement de notre diva nationale : non, c'est plus pragmatique, moi je pense qu'ils se disent prosaïquement : « je me fais sauter mais au moins je ne pars pas seul » ; j'ai toujours pensé que c'est un drôle de courage de se suicider seul mais moins effrayant de le faire... à plusieurs ! Peut-être parce que j'ai dans mon subconscient une âme de terroriste ? Ne dit-on pas qu'on « s'éclate » toujours mieux à plusieurs que seul ?
Après les suppositions de la diva psy sur le fait qu'ils imagineraient qu'on les « reconnaitrait » ou qu'on les aimerait enfin après leur mort, c'est du pipeau, faut pas les prendre pour plus gogos qu'ils ne sont ; ça les psys sont aussi capables de le faire que leurs collègues gourous ou recruteurs islamistes.
Lorsqu'il est pressé par le journaliste intervieweur de se pencher quand même aussi sur le sort des victimes (ces blancs jouisseurs complices de leurs généraux qui bombardent là-bas), Cyrulnik trouve le moyen de fournir une autre explication dérangeante pour la doxa bourgeoise universelle avec sa novlangue de la victimisation : « En 1946, dire qu'on était victime, c'était avouer qu'on était un débris, un vaincu, un humain chassé de l'humanité. En 1985, l'aveu de la mortification se transformait en récit de victoire (…) Le contexte culturel venait de modifier la signification du fait (…) C'est la réduction des informations qui donne forme au monde perçu. Plus tard, la représentation de ce qu'on a perçu modifie encore la mémoire du passé ».
Evidemment Cyrulnik n'étant pas un maximaliste communiste acharné, ne va pas développer que l'antiracisme n'était pas à la mode en 1946 parce que l'antifascisme suffisait pour les masses de gogos désarmés après le plus grand massacre de tous les temps où il était bon de crier « à chacun son boche » (le massacre de 39-45 reste bien supérieur aux millions attribués à Staline), mais en 1985 l'antiracisme correspond bien aux idéologies victimaires de la guerre mondiale terroriste, chaque communauté nationaliste peut rivaliser en victimologie pour justifier ou excuser ses propres massacres ; tant le nationalisme juif, que arabe, palestinien, kurde, tibétain, etc.
L'antiracisme n'est ainsi qu'une prolongation du feuilleton sinistre de l'antifascisme, parce que ce dernier scénario a terriblement vieilli.
Je vous ai gardé le meilleur pour la fin, et qui fait déjà jaser la presse bcbg. Comme Cyrulnik invoquait son enfance puis les soins qu'il a prodigué une fois installé psy aux ouvriers - et vient de dire une « énormité » sur ses malades : « Ils étaient fiers d'être ouvriers, ils n'étaient pas humiliés » -
le journaliste n'en peut plus et fait une remarque qui n'est pas tout à fait une question: « Il y avait une fierté du prolétariat, aujourd'hui il est certain qu'on l'a bien entamée ». Et voici la réponse brut de fonderie, vous en déduirez ce que vous voulait, moi c'est tout déduit :
« J'ai été laveur de carreaux pendant mes premières années de médecine, pour gagner ma vie. Je travaillais au forfait de 5 heures à 8 heures du matin, parce qu'à 8 heures les gens des bureaux arrivaient. Je rêvais que j'en sortirais, mais je ne savais pas si ce serait le cas (…) si ça n'avait pas marché j'aurais probablement été dépressif, j'aurais été en échec toute ma vie. Donc ces gosses-là vivent dans ce monde-là, et si on ne leur propose pas un projet, la seule dignité qui leur reste sera la brutalité, la violence. Ce sont des proies vulnérables les gogos de l'islam, comme les SS étaient des gogos du nazisme, comme beaucoup d'allemands ont été des gogos du nazisme ».



PETIT PLUS culturel: mais je ne vous invite pas à vous abonner à l'OBS, qui est au trois quart chiant, un autre article flamboyant sur LE PLUS GRAND CINEMA DU MONDE, actuellement :LE BELGE ;
Avec l'article « les belges broient du nord », on a la liste des bons: Jaco van Dormael, Bouli Lanners, Felix van Groeningen, Robin Pront, sans oublier les anciens Delvaux, les frères Dardenne, Chantal Ackerman, et les derniers d'origine marocaine Adil El Arbi et Billal Fallah.

Un cinéma qui est centré sur les deux questions centrales pour comprendre la période : l'état de la classe ouvrière et la décomposition capitaliste (et de l'être humain). Les films belge sont empreints d'une noirceur terrible, d'un désespoir total devant la décomposition de l'être humain : « C'est la tonalité du cinéma du plat pays, depuis vingt ans : un paysage peuple de fantômes atroces, de crapules issues du lumpen, de personnages sans horizon, vivant dans l'ombre (…) Rien n'est blanc ou noir, ce qui est important c'est la rage du personnage. (…) Cette incommunicabilité s'est retrouvée dans l'enquête sur les terroristes de Molenbeek : les flics flamands ont refusé de transmettre leurs renseignements aux policiers wallons (…) rarement cinéma aura été aussi proche de la réalité macabre d'une société. Depuis vingt ans l'humour noir camoufle à peine le constat amer. A la maison de la radio à Bruxelles, une porte blindée sépare les émissions en français et les émissions en flamant ».

mardi 12 avril 2016

1984 : une satire de la fausse révolution espagnole

sauvegarde d'un tableau de Goya
Fin 2017, il faudra faire une recension de toutes les petites ou grandes maisons d'édition qui ont profité des 80 ans de la défunte guerre d'Espagne selon les uns ou révolution espagnole selon les autres. Pour l'heure, contrairement au cinquantenaire qui fut plus propice à soulever les tapis des mensonges perpétuels, il n'y a rien de bien nouveau, répétitions de positions sectaires par des gens qui n'y connaissent rien et se contentent de ce qu'ils ont lu il y a 30 ou 40 ans chez Broué ou dans des articles militants de seconde demain voire dans les brochures riquiquis de Spartacus. On notera au passage un livre bleu de l'édition artisanale Ni patrie ni frontières, intitulé « L'anarchisme d'Etat » et « La Commune de Barcelone ». Il s'agit d'une présentation  mal fagotée  d'un rapport secret de la CNT d'un nommé Helmut Rüdiger, avec des considérations très éclectiques du catalan Guillamon qui croit à une révolution à l'époque et méprise la base de la CNT, et la participation de Frank Mintz, un pseudo historien anarcho-staliniste (dont j'ai eu l'occasion de dénoncer la cuistrerie oecuménique antifa à Arcueil). Mintz vante les vieilleries autogestionnaires anars (et donc le pillage de "l'action directe") en dénonçant ce qu'il y a de très juste chez Rüdiger quand les autres ne rabâchent pas seulement l'antienne sur l'absence du parti  mais surtout cautionnent la théorie de la fusion invraisemblable de l'anarchisme et du stalinisme par cet autre cuistre gauchiste néo-LO Coleman. Or les terribles événements d'Espagne montrent le triomphe de l'anarcho-stalinisme, l'hymen entre le blaireau et la teigne. La guerre d'Espagne c'est la question de la destruction primordiale de l'Etat bourgeois, radotent en cœur deux anciens du CCI (dont je dois déplorer qu'ils se soient mis au service de l'anarcho--stalinien, le commissaire politique antiraciste Coleman).bannis de la maison mère nous donnent une leçon : avant de faire quoique ce soit d'autre une révolution doit DETRUIRE L'ETAT ! Avec ça on est bien avancé. Allez dire cela à daech il sera OK. Voilà des has been qui veulent se donner bonne conscience pour occuper leur retraite en criant au jeune qui passe dans la rue : « Viens chez moi j'ai la collection complète de Bilan dans ma table de nuit. Je te montrerai les étoiles de la Gauche communiste... ». Le texte secret de Rüdiger est néanmoins très intéressant à l'encontre de ses superficiels critiques les Olivier, Guillamon, et Mintz. J'y reviendrai bien sûr longuement dans mon livre sur la question des carences des diverses minorités maximalistes sur la question de l'alternative de société. Rüdiger nou démontre en tout cas, malgré son ralliement à la "guerre révolutionnaire" que les discussions au sommet de la CNT étaient plus "avancées" qu'au gouvernement bolchevique une dizaine d'années avant...

Excepté le monde académique des historiens, celui des militants anarchistes et maximalistes, la guerre d'Espagne demeure une lointaine page d'histoire. Mais le monde des militants, surtout ceux qui se prétendent révolutionnaires est marqué par un autisme ou un déni de réalité sur les horreurs qui se déroulent dans le camp où ils se projettent s'ils avaient été nés, le camp républicain présumé au moins plus progressiste que celui en face. Je n'ai trouvé pratiquement aucun texte anarchiste, socialiste, communiste de gauche ou pas qui proteste contre les exécutions massives autant des ecclésiastiques que des laïcs innocents ; ce qui sera aussi le cas concernant le massacre des juifs au cours de la seconde boucherie mondiale. Y aurait-il une lâcheté révolutionnaire ? Dans l'historiographie militante ou les tonnes d'articles commémoratifs, on ne raisonne qu'abstraitement en termes de classes, de partis, d'événements guerriers, on perpétue la dénonciation des crimes du camp d'en face (au nom de l'omerta de l'union nationale ou d'une solidarité de camp révolutionnaire aveugle) mais jamais on ne reconnaît que des crimes équivalents ou pires se produisent dans la camp de ce qui est présumé être une révolution ! Personne n'a vraiment dénoncé « le livre noir du communisme » ou, bien que les chiffres soient évidemment très exagérés et les morts non reliés aux véritables causes, ni ridiculisé tout ce chiffrage fastidieux en le plaçant à côté des chiffres plus éloquents des guerres mondiales. Les professionnels de la révolution s'occupent de politique, aux sociologues de s'occuper des « chiens écrasés ». Les mots « bain de sang » ou « massacres de la bourgeoisie » reviennent souvent mais comme toile de fond, entrer dans le détail gênerait des certitudes établies.
Poids d'un marxisme anti-humaniste stalinien ? Un solide véritable anarchiste ou bolchevique confirmé ne saurait s'émouvoir comme un vulgaire pacifiste des litres de sang versé, même innocemment ? Pouvait-on se permettre d'aller à l'encontre de foules sanguinaires qui applaudissaient l'hystérique Dolorès Ibarruri ? Au risque de se faire traiter de « fasciste » ?
La littérature pour clientèle gauchiste critique est mince sur les massacres de civils en territoire républicain, ni sur le fait que les bandes de pillards anarchistes dits « autogestionnaires » se sont fait pincer au bout du compte par des tribunaux pas spécialement dirigés par les méchants staliniens. « Autrement », revue par thèmes, compilée sous forme de livre, n'analyse pas les cruautés du camp républicain, mais n'en donne qu'un aperçu romancé avec une introduction succincte : « Les armes prises, les miliciens madrilènes font régner la terreur dans la capitale et profitent du retournement de la hiérarchie pour assouvir leur désir de vengeance. Agustin de Foxa propose ici un regard différent, moins prestigieux sans doute, sur l'implantation des milices populaires, dans lesquelles l'auteur croit percevoir le désir de revanche des petits, rancuniers et envieux, parfois enclins aux abus de pouvoir »1. L'explication reste « ouvriériste », et cet ouvriérisme qui fait passer la classe ouvrière pour une classe envieuse, qui ne pourrait pas faire autre chose que piller les riches pour prendre leur place, et massacrer pour « se venger » de siècles d'oppression des petites gens de l'espèce humaine : « En effet, l'autorité, c'étaient les cireurs de chaussures, les laveurs de latrines, les porteurs de valises et les charbonniers. Des siècles et des siècles d'esclavage accumulés palpitaient en eux, avec une force indomptable. Le grand jour de la revanche était arrivé. Ils voyaient trembler à leur tour, souriants, flatteurs, les grands bourgeois, les têtes couronnées du royaume, les banquiers qui les avaient fait trembler d'un seul regard ». (à suivre)
Bon tout cela ce sont les bonnes feuilles de mon book, soyez patients il avance. Je me contenterai de vous livrer deux ou trois aspects du chaos en Espagne, chaos qui ne se résume pas à une paire de lunettes avec un verre ouvrier et un verre bourgeois, et un méchant oculiste stalinien qui casse la première focale.

1948 ou 1936 ?

Il y a au moins trois décennies je me rappelle d'un camarade anglais aux mains tremblantes parce qu'il se gavait de thé qui, dans les couloirs d'un congrès du CCI, croyant donner la bonne explication du 1984 de Orwell m'expliquait : « c'est une satire mon vieux, you know, simple inversion de 1948, you know, quand triomphait le stalinisme après guerre ». Hélas ce camarade n'était plus de ce monde en l'an banal 1984, dont le moment dérisoire ne fut que le départ des sinistres communistes du gouvernement Mitterrand en France. Non cher et regretté Ian, tu te trompais. 1984 est une satire de la guerre civile espagnole.

D'ailleurs, Orwell a passé du temps à essayer de faire admettre qu'il ne s'était pas inspiré du « Talon de fer » de Jack London (un bisou au passage à l'infatigable Francis Lacassin pour son œuvre immense en 10-18), ni d'Eugène Zamiatine, ni de Metropolis de Lang, ni de Huxley, ni de Wells. Mais il a été influencé selon toute évidence par « Nous autres » de Zamiatine - écrit en 1923, moment charnière, victoire de Mussolini en Italie, bientôt putsch raté de Hitler, mort de Lénine et ascension de Staline - à la façon dont il vante l'ouvrage du russe, qui avait été jeté en prison en 1922 par la police bolchevique : « C'est une compréhension intuitive de l'aspect irrationnel du totalitarisme – les sacrifices humains, la cruauté considérée comme une fin en soi, l'adoration d'un chef qu'on dote d'attributs divins – qui fait la supériorité du livre de Zamiatine sur celui de Huxley ».(cf. Louis Gill, Orwell et la guerre civile espagnole, p.186).

Contrairement donc à l'acception commune 1984 n'est pas de prime abord une satire du stalinisme en URSS. L'inspiration première d'Orwell semble bien plutôt motivée par ce qu'il a compris pendant la guerre en Espagne, cette façon de faire passer cette guerre pour une révolution aux yeux du monde entier, et par ce seul moyen : le mensonge. A une époque où il ne fallait pas critiquer les procès de Moscou pour ne pas nuire à « l'unité anti-fasciste », dès 1938 Orwell est persuadé qu'il faut détruire le mythe soviétique si l'on veut redonner vie aux espoirs socialistes ; il l'affirmera près de dix ans plus tard en introduction à « La ferme des animaux ». Il ne faut plus se contenter de lire des livres ou de les écrire, il faut s'engager dans la lutte contre les mensonges : « Ce que j'ai vu en Espagne m'a fait toucher du doigt le péril mortel qu'on encourt en s'enrôlant sous la bannière purement négative de l' « antifascisme »2.
Mais Orwell est passé à côté de toute réelle réflexion de classe. Il n'a pas eu la chance de croiser sur sa route les minorités de la Gauche communiste qui avaient un peu éclairé dans la nuit de la contre-révolution – quoique avec des clichés programmatiques dépassés et avec d'énormes oeillères sur l'état de décomposition de la société espagnole – après les dérives de Lénine et le stalinisme naissant. Il ne garde de son expérience en Espagne que le plus inconsistant au niveau militaire, une vague croyance en la guérilla sur le terrain national. Fier ex-brigadiste floué, il s'engage dans la garde nationale anglaise en juin 1940. Et autant échaudé que Silone en Italie, il compense sa déception comme l'italien auteur du passionnant « Sortie de secours » (c'est mon interprétation) en se mettant lui aussi à la disposition des services secrets de sa Majesté. Il prône un armement du peuple, craignant une invasion imminente par l'armée allemande. Conformément à sa brève expérience malheureuse des combats de rue à Barcelone, il propose comme mesure immédiate une distribution générale des grenades à main3. A pleurer de pitié.
Après la signature du pacte germano-soviétique du 23 août 1939, Orwell décide qu'"il n'y a pas de troisième voie entre résister à Hitler ou capituler devant lui"et condamne "les intellectuels qui affirment aujourd'hui que démocratie et fascisme c'est bonnet blanc et blanc bonnet", c'est-à-dire les staliniens et leurs compagnons de route obligés d'abandonner le discours de l'antifascisme pour justifier dans un langage pseudo-gauchiste l'alliance de Staline avec Hitler. Dans un essai sur Charles Dickens, Orwell réaffirme "qu'il faut toujours être du côté de l'opprimé, prendre le parti du faible contre le fort" et que, si "l'homme de la rue vit toujours dans l'univers psychologique de Dickens", presque tous les intellectuels "se sont ralliés à une forme de totalitarisme ou à une autre". C'est son cas.
Revenant à l'automne 1942 sur son engagement espagnol dans un des textes les plus forts de ce recueil, Orwell exprime la position qui était la sienne en 1936 et le sera tout au long de la Seconde Guerre mondiale: "Quand on pense à la cruauté, à l'ignominie, à la vanité de la guerre on est toujours tenté de dire: Les deux camps se valent dans l'ignominie. Je reste neutre. Mais dans la pratique, on ne peut pas rester neutre, et il n'est pas de guerre dont l'issue soit parfaitement indifférente. Presque toujours l'un des camps incarne plus ou moins le progrès, et l'autre la réaction".
Orwell a bien été formaté démocrate incorrigiblement antifasciste lors de son expérience en Espagne. Revenant à l'automne 1942 sur son engagement espagnol dans un des textes les plus forts de ce recueil, Orwell exprime la position qui était la sienne en 1936 et le sera tout au long de la Seconde Guerre mondiale: "Quand on pense à la cruauté, à l'ignominie, à la vanité de la guerre on est toujours tenté de dire: Les deux camps se valent dans l'ignominie. Je reste neutre. Mais dans la pratique, on ne peut pas rester neutre, et il n'est pas de guerre dont l'issue soit parfaitement indifférente. Presque toujours l'un des camps incarne plus ou moins le progrès, et l'autre la réaction". C'est pourquoi... il choisit le camp de l'impérialisme britannique en travaillant à la radio d'Etat. Mais plus trouble fût la découverte que, à un an de sa mort en 1950, à la demande des services secrets maccarthystes britanniques, il avait soigneusement compilé une liste de 130 auteurs pouvant être soupçonnés d'être « communistes ». Bad end George !
(sur le web in english : Orwell offered writers’ blacklist to anti-soviet propaganda unit
When a new 20-volume edition of the collected works of George Orwell appeared about two months ago, included among the books, essays and voluminous correspondence of the famed British writer and journalist who died nearly 50 years ago was a list of some 130 prominent figures he compiled in 1949).The list consisted of short comments, sometimes pithy and sometimes superficial, on intellectuals, politicians and others whom Orwell considered to be sympathetic to the Stalinist regime in Moscow. Among the names were cultural figures Charlie Chaplin and Paul Robeson, writers J. B. Priestley and Stephen Spender, journalist Walter Duranty (New York Times Moscow correspondent and defender of the Moscow Trials) and Joseph Davies, US Ambassador to the USSR during WWII.

Voici comment cela pouvait se dérouler en 1937 en Espagne un scénario « orwellien »:
(1937, d'après les archives de la police sur les carences de la tchéka espagnole)

« Un détenu est mis à la disposition du Tribunal d'urgence de Barcelone, et celui-ci demande à la police quels sont les faits délictueux. La police répond qu'il n'y en a aucun. Le tribunal demande alors les raisons de la détention ; et il lui est répondu que le détenu est 'suspect'. Le même tribunal réitère sa démarche en demandant qu'il soit précisé de quoi il est suspect, et la police réplique qu'il est suspect « de recevoir des visites suspectes ». Le tribunal ne se lasse pas et insiste en priant qu'on lui dise en quoi les visites étaient suspectes, et la police explique finalement qu'elles étaient « suspectes d'être hostiles au régime ». Avec tout ça, les semaines ont passé et c'est dans ce flou que l'on s'achemine vers le jugement, où absolument personne ne comparaît pour soutenir l'accusation ».


BARCELONE 1937 : premier cas jugé par le Tribunal de espionaje (autre scénario orwellien, avant on aurait dit simplement kafkaïen) où vous verrez que les « Jeunesses révolutionnaires » espagnoles écrivent bien plus clair que les Rebull, Durruti ou Munis...

« Une jeune anarchiste de 19 ans, Carmen C., arrêtée le 22 août au matin alors qu'elle distribuait, à


l'entrée d'une assemblée du syndicat CNT du textile, des tracts intitulés « Face à la guerre, déserteurs. Pour la révolution sociale, luttons avec acharnement ». Le contenu du tract était une explication classique des « buts de guerre » des anarchistes, une justification de leurs contradictions de pacifistes combattants ; extraits : « La guerre est une calamité du régime capitaliste dont nous avons jusqu'ici souffert. La guerre signifie toujours le choc de deux intérêts qui essaient de se renforcer par le sacrifice de ceux qui ne sont pour rien dans ce jeu égoïste. Comprenant ainsi la guerre, les Jeunesses libertaires ne pourront jamais faire la guerre pour la guerre. Si les libertaires se battent sur le front, c'est dans le but d'améliorer la condition du prolétariat ».
Le dossier fut d'abord instruit par un des juges ordinaires du palais, chargé habituellement des cas de « désaffection » qui dépendaient du Jurado de urgencia. Pourtant, contrairement à ce qu'on pouvait attendre, le délit ne fut pas qualifié d' « hostilité au régime ». Rien dans le contenu des tracts n'était dirigé explicitement contre le régime républicain ni contre le gouvernement de Juan Negrin. Il s'agissait d'après le juge, d'un « probable délit contre la forme de gouvernement ». Grâce à cette qualification et à une défense misant sur l'innocence d'une jeune fille qui aurait été abusée et contrainte de distribuer des tracts « qu'elle n'avait pas lus » par un militant. Elle sortit moyennant une caution de 500 pesetas réglée par un responsable de la CNT qui vint la chercher.
Trois mois plus tard, le 20 novembre, l'affaire fut confiée au TEAT (Tribunal d'espionnage et de haute trahison) (…) ce qui était véniel devint mortel : les sanctions pour « défaitisme » et « haute trahison » pouvaient aller de six ans de camp de travail à la peine capitale (…) Le TEAT condamnait pour « défaitisme », partant du fait que les feuilles incriminées tendaient « à déprimer le moral collectif ». La sentence sanctionnait explicitement la « propagation de feuilles clandestines où l'on attaquait le gouvernement de la République et on excitait le peuple à la rébellion ». Le lien logique, qui pourtant n'avait rien d'évident, entre « discipline sociale » et défaitisme était établi sans hésitation : « Les faits prouvés peuvent être réputés comme des actes qui tendent à déprimer le moral public et contribuent, en même temps, à diminuer la discipline collective, constituant de véritables actes de défaitisme ». Toute manifestation de divergence politique, de désaccord avec l' « union antifasciste » pouvait à ce compte être visée, sans qu'il fût besoin de justifier rigoureusement le rapport entre les actes incriminés et la notion de défaitisme. C'en était bien fini des « formalisme juridiques » qui venaient « gêner » la continuité de l'action répressive de la police et de la justice.
Ainsi les feuilles distribuées par Carmen C. furent-elles considérées comme délictueuses parce que « gravement perturbatrices de l'Unité politique (qu'imposait) la guerre ». Certains tracts auraient pu recevoir la qualification précise d' « incitation au meurtre » de dirigeants politiques, comme ce papillon, distribué le 27 novembre 1937 : « Azana, Prieto, Negrin, Maura, Portela Valladares... ? Qu'en pensez-vous travailleurs ? ! En voilà un joli bouquet pour un poteau d'exécution ! », ou cet autre :
« Le gouvernement Negrin est : COUARD, parce qu'il est à Barcelone au lieu d'être à Madrid ! TRAITRE, parce que, s'appelant antifasciste, il a livré le Nord aux rebelles ! FASCISTE, parce que avec la France et l'Angleterre il est en train de négocier l'armistice, sans aucun égard pour le sang versé par des milliers de travailleurs tombés en défendant la liberté ! ».
Ces tracts étaient signe de reprise du combat contre les responsables politiques de la République, signe qu'une partie des confédéraux était passée dans l'opposition active. La perception qu'ils révélaient du président Manuel Azana témoigne de cette continuité :
« Travailleurs, Azana a dit : « Je suis le même qu'en 1931 et c'est dans cet esprit que je préside la République ». Sachez-le travailleurs, le monstre qui disait « visez au ventre » hait toujours les prolétaires révolutionnaires avec la même sauvagerie qu'avant le 19 juillet. La Révolution risque de payer cher l'altruisme excessif dont elle a fait preuve envers lui et ses comparses en ne les faisant pas fusiller au lendemain du soulèvement de leurs cousins les fascistes ». (…)
Tout élément de critique adressée au gouvernement ou à sa politique pouvait être assimilé à la fomentation d'un complot, selon un réflexe propre à l'époque et pas seulement en Espagne. Lors du procès d'un imprimeur clandestin du POUM, il était question de tracts où figuraient :
« (…) des manifestations attentatoires au prestige des organisations du Front populaire, de leurs représentants, du gouvernement de la république et de ses composantes, du régime et des institutions constitutionnelles, et où l'on (incitait) les masses prolétariennes à une action contre les pouvoirs légitimes qui (dirigeaient) le pays dans la lutte contre le fascisme en armes ».
La peur du complot étant un pont solide entre les professions policière et judiciaire, il suffisait que des militants fussent arrêtés en flagrant délit de distribution de tracts pour qu'ils fussent condamnés. Point besoin de convaincre un jury populaire, ou de faire appel à un autre témoin que l'agent de police, le « corps du délit » suffisait à prouver l'intention délictueuse. Finalement tout pouvait se régler entre « personnes d'ordre ».
La presque totalité des accusés furent ainsi condamnés à plusieurs années de réclusion en camp de travail, la durée variant en fonction de la teneur des tracts et de l'impression de violence qui pouvait s'en dégager. Les peines évoluaient entre six et dix ans, sans considération, à aucun moment, d'éventuelles circonstances atténuantes ou aggravantes, comme si le TEAT n'était qu'un simple prolongement de l'administration de la censure. (mais bah... pas pour longtemps, à peine une année plus tard, Franco allait mettre d'accord tout le monde et permettre finalement la fuite de la plupart des condamnés politiques de la République démocratique bourgeoise... en France dans presque les mêmes wagons que les juges républicains arrogants et leurs potes du parti stalinien).
Au-delà de la diffusion de tracts, l'existence d'une littérature clandestine pouvait servir à inculper pour « défaitisme » et condamner n'importe quel dissident considéré comme dangereux ou gênant. C'est ainsi qu'un jeune anarchiste fut condamné à 6 ans de camp pour avoir lu en janvier 1938, dans le train, un exemplaire du journal Libertad . D'après le tribunal, il était « animé de l'intention de déprimer le moral du public, de démoraliser l'armée, d'affaiblir la discipline collective et de crédit de la république à l'intérieur du pays, et (favorisait) par son procédé les machinations des fascistes qui (tentaient) de démoraliser l'arrière républicain ». De même un militant pouvait être accusé de « haute trahison » parce que l'article qu'il lisait dans le journal, pourtant légal, Frente libertario était intitulé : « L'Espagne n'est le patrimoine d'aucun parti ».












1Autrement, Madrid 1936-1939, « Entre cour et prison », extraits de Agustin de Foxa, p.123
2George Orwell, De la guerre civile espagnole à 1984, par Louis Gill, p.157
3Ibid, p.159

jeudi 7 avril 2016

QUELQUES DEPUTES BOURGEOIS SE PINCENT LE NEZ SUR LA MISERE SEXUELLE


(ou le retour de l'ordre moral féministe)

Allons, allons, vous le savez tous, Ségolène Royal est Mazarin, ce n'est pas François zéro qui gouverne la France ! Avec le rigorisme musulman qui sied si bien aux milices intellectuelles du féminisme de rombière au pouvoir,une soixantaine de fils de putes ont voté la loi qui dépénalise les macs et condamne tout immigré qui prétendrait monnayer une pipe auprès de la femme blanche. La gauche répressive sait se faire gauche repoussoir pour criminaliser les besoins tarifés de ces salauds de pauvres. Quand on a eu DSK comme candidat favori, ça fait pas Tartuffe, et des élus qui s'exhibent avec de plus belles nanas que le commun des électeurs ? La prostitution a souvent sauvé plus d'un mariage, et, provisoirement, celui de bien de députés "socialistes" et "républicains". Oubliés les "ballets roses" de la IV e République et le scandale Profumo en GB? Nos bourgeois auraient-ils liquidé par procuration électorale leurs propres besoins primaires?
Sans compter que la loi va être immédiatement détournée : les clients les plus rusés vont continuer à aller voir les prostitué(e)s en portant par exemple un casque de moto, pour mieux passer incognito, et échapper au policier voyeur. Lisez bien le texte de loi:[ ... ] accepter ou d'obtenir des relations de nature sexuelle d'une personne [ ... ] en échange [ ... ] de la fourniture d'un avantage en nature ». Celui qui réunit ces critères est automatiquement prostitué. Le repas aux chandelles est donc désormais interdit, ainsi que la consommation du mariage. Cette loi a été votée pile au moment où on prétend affaiblir les réseaux mafieux et lutter contre l'islamisme salafiste. Veut-on voiler à ce point la sexualité humaine ?

Comment se fesse-t-il que pas un particule couillu, pas un onaniste incontrôlé ne fasse exhibitionnisme de colère contre ce moralisme qui se prétend libérateur de la cause des femmes pour mieux mépriser les besoins sexuels des masses face au triomphe de la solitude, au racket creux des sites de rencontre ou aux thés dansant pépères d'OVS ? Parce que la cause des femmes justifie le port du voile musulman ? Parce que la honte du colonialisme doit autoriser tous les obscurantismes ? Parce que, outre le confort du manger et du boire assurés en Europe, estimez-vous heureux d'avoir le droit de travailler (pour un Macron), de vous taire et vous passer de caresses accessoires (sans gêner les maquereaux)?

La défense harmonieuse du voile musulman par Mme Benbassa, députée écolo-oecuménique, dame bourgeoise avec coupe de cheveux âprement masculine et tartinage des lèvres criard, arrive donc à point nommé. Elle s'harmonise joliment avec le redoublage de la répression de la sexualité des pauvres. Il s'agit, dit-on, de libérer les esclaves du sexe, et, enfin de s'attaquer aux vraies causes – non pas du faux mercantilisme capitaliste, de cette fable de règne du pouvoir de l'argent – mais les « désirants » d'en bas, ces larves qui, n'occupant aucune fonction sociale séduisante, en plus probablement vieux, isolés, sales ou handicapés, en étaient réduits jusqu'à la révolution hollandienne, à aller dilapider une partie de leur salaire en faveur de l'oppression de la femme. Coup double aussi pour les « professionnelles », ces « salopes », qui défigurent la pudeur immémoriale de la femme honnête (celle qui n'abuse pas de ses charmes), elles ne pourront plus frauder le fisc ; de plus par une savante psychologie d'assistance gouvernementale, on leur indiquera à nouveau le chemin du travail de bureau ou de la caisse de supermarché, magnifique univers du travail sous-payé où vous n'êtes pas obligé(e) de porter ces horribles talons hauts qui déforment la colonne vertébrale plus vite qu'une longue carrière assise face à un écran plat comme un mec.
Madame Benbassa, qui n'est pas n'importe qui quoiqu'elle se farde outrageusement, sénatrice écolo et directrice au CNRS, a habilement montré que le port de la minijupe est aussi aliénant que le port du voile, pas parce qu'elle ressemble plus à un pot à tabac qu'à une poupée de studio, mais parce ses fonctions exigent qu'elle récite le catéchisme du moment et explique, avec un total mépris de l'oxymore et de la contradiction, que le voile n'est pas aliénant.Mais ma minijupe si.
Comme me le racontait un ami : « Le port de la jupe ou du pantalon, dépend du climat. J'ai personnellement porté la jupe (en dehors des heures de travail ...), dans des pays chauds et humides : on est bien mieux comme ça.  Car la "jupe" est un pagne court : il me semble bien que les anciens Egyptiens le portaient sans string, et sauf erreur les premiers Romains aussi, du moins sans caleçon Eminence, les soldats ». Cet ami jugea bon d'ajouter l'anecdote suivante: « on a récupéré au matin un jeune, perdu la nuit dans la forêt canadienne. Habillé en jean, il avait tellement marché, qu'il avait l'entrejambe à vif : je lui ai donné de la pommade apaisante. Une "jupe" aurait été plus pratique qu'un pantalon serré, dans un environnement humide ! ».

Madame Benbassa n'a-t-elle pas raison de sous-entendre que la mode est une oppression masculine ? Inventée par les petits lutins lubriques que sont les hommes, ces violeurs professionnels des femmes, 1 ? Cette dame fait partie de l'Establishment, nommée par les Maires car Sénatrice. Elle est d'une coterie puissante, gauche écolo-Eminence. Son texte traduit les intérêts électoraux de cette coterie, et effectue un ratissage des votes potentiels.  Le linge de corps fait le moine pour le communautarisme bien sapé, et il faut respecter aussi le choix des bigotes juives crâne rasé (comme nos antiques nonnes) sous leur coiffe, qui pourraient bien acheter les mêmes étoffes que leurs collègues bigotes musulmanes : « Si des marques créent des collections «pudiques» pour des femmes qui, par revendication identitaire ou conviction religieuse, y trouveront leur compte, où est le mal ? Elles risquent même de tenter quelques juives orthodoxes, au moins aussi soucieuses de «pudeur» que leurs homologues musulmanes » (Benbassa dans sa Tribune permanente à Libération). Et pour celles ou ceux qui s'obstinent, ces cannibales, à faire des voilées des zéros, ils n'auront que toujours plus la mitraille du philosémisme  bcbg: « Les musulmanes pratiquantes n’auraient donc pas le droit de disposer librement de leur corps ? Et les juives pratiquantes, pourquoi n’en dit-on pas un mot ? Voilà un «féminisme» bien sélectif. Mme Badinter déclarait il y a peu qu’«il ne faut pas avoir peur de se faire traiter d’islamophobe». Qui, aujourd’hui, oserait déclarer qu’«il ne faut pas avoir peur de se faire traiter d’antisémite» ? » (la même). Et toc. Fermez le ban du débat qui « fait le lit de la haine ».
même si les plus évolués n'éprouvent aucun désir pour les femmes
La meilleure réponse à la mère Benbassa est encore celle de Fourier (18 e siècle) : «  L’esclave n’est jamais plus méprisable que par une aveugle soumission qui persuade à l’oppresseur que sa victime est née pour l’esclavage ».

Frustrés de tous les pays unissons-nous pour mettre la main au cul de ce gouvernement de maquereaux !

MERCI FOURIER !

CHARLES FOURIER S'ETAIT DEJA MOQUE DE L'HYPOCRISIE BOURGEOISE DE NOS MORALISTES DE GOUVERNEMENT, DES INTELLETUELS DE GOUVERNEMENT ET DE LEURS AMIS GAUCHISTES
(au nom de la protection des femmes on se moque de la libération de l'humanité hétérosexuelle)

 Dans l’Harmonie où personne n’est pauvre et où chacun est admissible en amour jusqu’à un âge très avancé, chacun donne à cette passion une portion fixe de la journée et l’amour y devient affaire principale ».

Charles Fourier écrit dans la Théorie des quatre mouvements et des destinées générales : « Les progrès sociaux et changements de période s'opèrent en raison du progrès des femmes vers la liberté ; et les décadences d'ordre social s'opèrent en raison du décroissement de la liberté des femmes. »

« Les deux sexes sont dupes car si on ne découvre pas la destinée sociale des femmes, on manque par contrecoup celle des hommes. »

 Nos régénérateurs ont opiné à proscrire en plein la passion la plus apte à former les liens sociaux, ils ont restreint au minimum le lien amoureux » (p. 188). Pour lui, « les hommes aiment tous la polygamie et […] les dames civilisées tant soi peu libres aiment de même la pluralité d’hommes » (p. 187). Et pourtant, Fourier fustige l’hypocrisie de la bourgeoisie qui sous couvert de moralité, pratique toutes les perversités : « il n’est pas de délassement plus attrayant pour la bourgeoisie que ces parties carrées ou sextines où l’on troque si lestement femmes et maris » (p. 97). Fourier attaque bien sûr le mariage : « Le mariage, au contraire, est tout au désavantage des gens confiants ; il semble inventé pour récompenser les pervers. » ; « Un riche mariage est comparable au baptême par la promptitude avec laquelle il efface toute souillure antérieure » (p. 119 et 139/140). Il imagine même des « incestes et fornications spéculatives. Tel préfère, à égalité de dot, la famille qui a beaucoup de filles, parce qu’une fois installé chez elle à titre de beau-frère, il se formera aisément un sérail des belles-sœurs et de leurs amies » (p. 143). Tout conspire à piéger le célibataire dans le mariage : « La politique l’excite parce qu’elle sait que le célibataire incline à l’insouciance, et qu’il ne deviendra soucieux qu’à l’aspect d’enfants talonnés par la famine. » […] « Ainsi tout concourt à couvrir le piège de fleurs : ceux mêmes qui y sont tombés et qui s’en désolent en secret y entraînent le célibataire, soit pour placer une de leurs filles, soit par jalousie de le voir à l’abri des ennuis conjugaux. » (p. 144). Fourier fulmine contre la pratique de légitimation automatique des enfants

Il s’en prend également à la répression sexuelle dont sont victimes principalement les femmes : « La jeune fille n’est-elle pas une marchandise exposée en vente à qui veut en négocier l’acquisition et la propriété exclusive ? » (p. 100).

Il reproche aux « femmes savantes » de s’être consacrées aux sciences plutôt qu’à la cause des femmes (dixit Benbassa): « L’esclave n’est jamais plus méprisable que par une aveugle soumission qui persuade à l’oppresseur que sa victime est née pour l’esclavage » (p. 114.) Un paragraphe étonnant :

« un jeune homme [qui] fut poursuivi devant les tribunaux de France pour avoir violé 6 femmes de l’âge de 60 à 80 ans (et sans doute il en avait violé bien d’autres qui ne furent pas connues). Le procès fut relaté dans tous les journaux et le délit était des plus pardonnables vu que les victimes étaient d’âge exempt de critique et de grossesse. On condamna le délinquant [et peut-être eût-il été plus sage de distribuer des parcelles de ses vêtements en guise de reliques pour propager le bon exemple]. Il est évident que ce jeune phénix agissait par besoin, que le besoin en ce genre chez les hommes et femmes peut être poussé jusqu’à l’urgente nécessité aussi bien que celui de nourriture ».

Fourier ne méprise pas le besoin d’amour sensuel, qui doit être satisfait en toute circonstance. La condamnation à la privation d’amour matériel est un châtiment cruel pour les jeunes filles pauvres qui, ne pouvant trouver de mari, sont à la merci des séducteurs ou des barbons, mais aussi pour les vieillards, méprisés de tous et obligés d’acheter l’amour, ainsi que pour les femmes mariées non satisfaites, dont la lubricité se trouve élevée à l’excès par l’absence d’amour matériel, qui fausse leur jugement.
Les absurdités du mariage civilisé sont innombrables. Il est cruel d’obliger deux personnes à vivre et à rester ensemble, quels que soient leurs sentiments l’un pour l’autre. Même l’amour tourne généralement à la monotonie, voire à la haine, et le cocuage est un destin inévitable, auquel chacun ne peut que s’adapter. L’ennui de la vie conjugale pousse les maris à déserter le foyer conjugal et à fréquenter cafés et lieux publics. L’universalité de l’adultère prouve l’hypocrisie des principes de la Civilisation. Le mariage bride notre penchant à la polygamie : « La fidélité perpétuelle en amour est contraire à la nature humaine ».
« Dans l’Harmonie où personne n’est pauvre et où chacun est admissible en amour jusqu’à un âge très avancé, chacun donne à cette passion une portion fixe de la journée et l’amour y devient affaire principale » (p. 219) : voilà un philosophe qui veut nous faire baiser comme on va pointer à l’usine ! Ne croyons pas si bien dire : il règle la journée de façon stricte, avec un bal de trois heures chaque soir, mais sans perdre de temps à se « falbaliser », sans quoi « pour peu qu’il durât, comment pourrait-on, le lendemain, retourner au travail avant le lever du soleil ? » (p. 225). Sa société n’est pas (encore) communiste : voici la façon étonnante dont il répartit les richesses : « Si une femme opulente a aimé dans sa vie 50 hommes avec passion ardente et de manière à passer quelque temps avec chacun d’entre eux, elle ne manquera pas de leur faire des legs en testament » (p. 230).

Quelques propositions amusantes

D’autres plus judicieuses, comme le fait que « nos coutumes de mariage et autres étant oubliées, leur absence donnera lieu à une foule d’innovations amoureuses » (p. 219). Mais ces innovations accouchent d’une souris : « Les polygynes ont la propriété de se créer un ou plusieurs « pivots » amoureux. Je désigne sous ce nom une affection qui se maintient à travers les orages d’inconstance » (p. 232). On relève quand même une apologie de la backroom communiste avant la lettre : « Je ne connais rien de plus remarquable qu’une association de Moscovites  (sic de JLR) (j’en parle par ouï-dire) nommée le club physique. Les associés, admis par un concierge qui les connaissait (les initiés), se déshabillaient dans un cabinet et entraient nus dans la salle de séance, qui était obscure et où chacun palpait, fourrageait et opérait au hasard sans savoir à qui il avait affaire » (p. 255). Fourier évoque aussi des « orgies », qu’il souhaite réglées comme du papier à musique par un « ministère de la cour d’amour » pour qu’elles n’aient rien à voir avec les « infâmes débauches de la civilisation » (p. 257). Il y aura aussi des « orgies de musées », qui procureront « seulement les plaisirs de vue et d’attouchement, ennoblis par le prestige de l’amour des arts et de la simple nature » (p. 258). Prévoyant, Fourier pense beaucoup aux vieillards : « la vieillesse avoue à l’unanimité qu’après la saison de l’amour il ne reste plus qu’une source de solide bonheur, la richesse » (p. 182). Il propose la création de « chœurs de mûres et de viriles », des « tempérées » et « révérendes », selon les âges, et ces chœurs seraient tellement prestigieux que des femmes préféreraient se vieillir pour y être acceptées. Il propose une sorte d’apologue utopique : « Urgèle et Valère », lui âgé de 20 ans, elle de 80. Elle le séduit grâce à son poste de – sans rire – « haute matrone, ou hyperfée de l’armée du Rhin » (p. 250). C’est l’anti-Alcibiade, mais quel ridicule ! Fourier pense aussi aux « disgraciés » : « Les couples angéliques s’exciteront respectivement aux œuvres pies et s’il se trouve dans la contrée quelque individu accidentellement disgracié de la nature […], l’ange et l’angesse leur feront religieusement l’offre de faveur et en recueilleront d’autant mieux les bénédictions publiques assurées à leur fonction » (p. 236). Quand Fourier entre dans le détail de ses propositions, cela tient du délire, et l'utopie sexuelle si bien réglée n'a plus rien à voir avec la libération possible dans une société à venir, mais tiens de la perversion de l'homme encore prisonnier d'une société de classes ! Si les choses ne se font pas dans les règles qu’il propose, l’austère utopiste – pépé pervers - parle d’« ignoble jouissance purement animale » (p. 240). L’ouvrage se termine par un étonnant chapitre sur l’inceste, où l’on apprend que « toutes les tantes prennent les prémices des neveux et qu’il est de règle dans la bonne compagnie que les prémices d’un jeune homme appartiennent de droit à sa tante ou à la soubrette » (p. 261). Entre oncles et nièces, Fourier voit un « inceste mignon », mais se refuse, par prudence, à prôner l’inceste en Harmonie : « [l’Harmonie] ne procédera que par degrés sur les innovations religieuses et morales qui heurteraient les consciences, par exemple sur l’inceste, quoiqu’il soit de règle d’autoriser tout ce qui multiplie les liens et fait le bien de plusieurs personnes sans faire le mal d’aucune » (p. 264). Il y a à boire et à baiser chez Fourier, mais il décoiffe en nos temps de retour des pères-la-morale !
- Lire une étude érudite des utopies anarchistes de l’union libre post-fouriéristes, par Michel Antony.
- En 2013, réédition par les éditions Finitude d’un texte de Nicolas Edme Restif de La Bretonne, extrait d’une nouvelle elle-même extraite d’un recueil intitulé Les Contemporaines, sous le titre trompeur Nouveau moyen de bannir l’ennui du ménage. Chez ce précurseur de Charles Fourier il s’agit de créer des sortes de phalanstères de vingt ménages, mais dans les faits, on reproduit dans ces micro-sociétés les processus de domination à l’œuvre dans la société ; on utilise des domestiques pour procéder aux travaux dégradants, et si la question de l’échangisme est posée, elle est aussitôt résolue de façon conservatrice.
- Il existe une autre version conservatrice et réac dans le camp de la gauche caviar, c'est la pigiste Marcela Labub, qui a été jusqu'à coucher avec DSK, en espérant en faire un best-seller, et dont les propositions, radicales apparemment avec le même pathos que le gauchisme sont carrément réacs : faire payer à tous le bordel, nationaliser en quelque sorte la prostitution :



« [le gouvernement actuel] pourrait interdire la prostitution, mais pallier la demande à laquelle elle répond par la création d’un service sexuel gratuit et public comme le don du sang et du sperme. » Ce « Service Public Sexuel » ou « SPS » serait inspiré de la « solidarité sexuelle sociale » . Marcela Lacu 
« La société ne doit-elle pas à ses membres non seulement une vie digne, un emploi, une santé, la possibilité d’exprimer leurs idées et de profiter des biens culturels mais aussi de satisfaire leurs désirs sexuels ?
Mais lire quand même ici : http://www.gazogène.com/?p=2790 : La propriété de son corps et la prostitution


1Deux remarques (internaute anonyme):
- à ma connaissance, il n'y a pas de femme à laquelle une minijupe ou autre vêtement découvrant ait été imposée par un tiers au nom d'une idéologie; ce n'est pas le cas du voile islamique; 
- le port de la minijupe n'est pas lié à une idéologie dont certaines tendances extrémistes ont une volonté affichée de s'imposer à tous; ce n'est pas le cas du voile islamique; 
- la naissance de la minijupe s'inscrit bien au départ dans les mouvements féministes des années 50 à 70 (comme le topless sur les plages), qui défendent une plus grande égalité entre hommes et  femmes, une libération de ces dernières. Il ne me semble pas que le port du voile s'inscrive dans un mouvement généralisé de la libération des femmes dans la société des anciennes emprises patriarcales (et les mouvements laïques des pays musulmans lors de la naissance de leurs états confirment ce fait).
Donc, placer les deux sur le même plan, au prétexte qu'il existe des contraintes visibles ou non dans les deux cas revient à une faire une "analyse" sociologique qui ignore complètement le contexte social, c'est-à-dire précisément ce que la sociologie est censée étudier. 

mardi 5 avril 2016

IL Y A PLUS D'HUMANITE DANS UN COMMISSARIAT FRANCAIS QUE DANS UNE DISCUSSION ENTRE GAUCHISTES


« Nous pouvons affirmer, sans grand risque de nous tromper, que l'étudiant en France est, après le policier et le prêtre, l'être le plus universellement reprisé. Si les raisons pour lesquelles on le méprise sont souvent de fausses raisons qui relèvent de l'idéologie dominante, les raisons pour lesquelles il est effectivement méprisable et méprisé du point de vue de la critique révolutionnaire sont refoulées et inavouées. Les tenants de la fausse contestation savent pourtant les reconnaître, et s'y reconnaître. Ils inversent ce vrai mépris en une admiration complaisante ».
Mustapha Kayati (brochure situationniste de 1967)




Résumons le problème des 50 dernières années pour la révolution. Qu'est-ce qui empêche la révolution, la prolétarienne - la seule vraie, la seule sérieuse sans utopie pour faire cesser la folie du monde - de préoccuper en premier lieu l'immense majorité des prolétaires ? Les fins de mois difficiles ? Pas toujours. Ma femme qui m'a trompé avec un bourgeois ? La révolution ne sera pas un lupanar et la classe ouvrière n'ira pas au paradis. Le rêve consumériste ? Pas vraiment ? Le crédit ? Au contraire la révolution procédera à un moratoire des dettes, et licenciera les banquiers. Les corporatismes syndicaux ? Pas vraiment tant que fonctionne l'assistanat, qu'on ne meurt pas de faim en France, et que les « partenaires sociaux » se concèdent des augmentations paritaires périodiquement, certes outrageusement inégalitaires versant patronat, et qu'on laisse le chômeur se culpabiliser lui-même dans sa solitude. Les promesses des partis politiques ? Vous voulez rire ? Les élections ? Vous vous moquez de moi !

Non le véritable obstacle à la révolution, défendu avec brio par la droite bourgeoise, la gauche bourgeoise et son parti stalinien en tête, le voici brut de fonderie et inaltérable : une révolution c'est sanguinaire ! Une « aventure sanguinaire », vous allez savoir de la part de qui. C'est même équivalent à une guerre, répétait naguère et jadis ma belle-mère qui ne connaissait l'histoire ni d'avant ni d'après. Tous nos terroristes en herbe d'un marxisme ringardisé anarchisme, néo-althussérien (Al tu sers à rien!) parlent d'un temps qu'ils ne peuvent pas connaître, où il était possible de n'êtrepoint encore trépanés par la sotte idéologie terroriste de donneurs de leçon en chambre de « principes de classe », gradés de l'inévitable « violence révolutionnaire » qui ne saurait transiger avec la platitude des pacifistes réformards (ouf!). Ils ne connaissent nos bambins de l'émeute de rue, nos lycéens intransigeants avec la barbarie du monde, habités de cette jouvence révolutionnaire, que la pose antifa, précieuse garantie de non conformisme, et cette haine primaire du flic de base, font jouir au parfum des lacrymos et à l'odeur de la poudre...d'escampette. Une de leurs idoles papy Rouillan n'a-t-il pas eu le courage de dire que les tueurs terroristes étaient « courageux »... de tirer dans un tas de civils sans armes. Le principal leader bobo-trostko-Besanceno n'a-t-il pas dîné avec le diable qui effraie encore tous les patrons de Navarre et du plat pays du Nord ? Une poignée de derniers dinosaures bordiguiens n'assure-t-elle pas que les attentats de daech sont une annonce du revival de la « guerre de classes » ? Ou il n'y aura qu'une lame de couteau entre le « terrorisme révolutionnaire » et le « terrorisme de peuple opprimé ».
Ils portent tous le tee-shirt Guevara, le Vichinsky cubain chargé d'exécuter par centaines, en tant que « ministre de l'intérieur » (du stalinisme), les opposants politiques ou tous ceux qui cachaient un drapeau étoilé dans leurs caves. Les parents de nos nouveaux « anarchostaliniens » - rois putatifs éphémères du gauchisme tiers-mondiste n'avaient-ils pas tant aimé défiler avec la tronche du général Ho Chi Minh, et des maréchaux Lénine-Staline-Trotsky, avec la géniale inscription : « le pouvoir est au bout du fusil » - quoique ce ramassis de has been nous fasse pitié avec leur reconversion dans l'écologie gouvernementale et leur compréhension paternaliste de tout ce qui « s'indigne » (en 68 c'était « tout ce qui bougeait »).

Pourquoi leur jeter la pierre aux « jeunes » (meneurs bobos mégalos) de penser qu'une révolution, une vraie, c'est violent . Persuadé comme eux que la classe dominante, telle Bill Gates, ne va pas distribuer sa fortune colossale (dont nous les prolétaires ne voulons pas sous sa forme argent ou immobilière), et qu'il faudra la contraindre à sortir de ses blockaus dorés, je ne pense pas, malheureusement pour nos lycéens puristes khmers rouges ou cet idiot de Trostky, que tous les moyens soient bons. Désolé, je préfère mille fois l'absence de révolution à une révolution qui implose en règlements de compte sanguinaires et où la classe ouvrière « prendrait la place » de la bourgeoisie pour affirmer sa « terreur révolutionnaire ». Sur le sujet, l'historiographie bourgeoise et les journalistes superficiels, sont gagnants à tous les coups, bains de sang inoubliables : 1793, révolution française (quoique bourgeoise) ; 1871, la Commune de Paris ; 1917, révolution bolchévique ; 1937, guerre d'Espagne si cruelle... Oubliant évidemment de balayer devant les mausolées aux deux grandes boucheries mondiales. Mais sur l'analyse, l'étude et des conditions de l'exercice de la violence en temps de révolution prolétarienne, personne ne vient contredire les doctes moralistes bourgeois qui ramènent l'essentiel des révolutions à des tueries ; surtout pas le discours du gauchiste moyen sur la Toile qui promet que la révolution sera « impitoyable » et que « c'est un principe qui ne se discute pas » (un petit coco arrogant et sûr de ses acquisitions « marxistes », m'a répliqué que voter à gauche de la part d'un policier ne signifie plus rien – il faudra tous les descendre – et donc les mettre dans le même tas que ceux qui votent FN).
L'anarchiste de base est en tout point d'accord avec l'historien bourgeois réac et révisionniste : une révolution c'est sanguinaire, on n'épargnera aucun des bourgeois, on trucidera tous les flics et pourquoi pas aussi leurs femmes même si elles nous hurlent qu'ils sont aussi des prolétaires.

On est là au cœur de la propagande planétaire de la bourgeoise avec son utilisation intensive, surmédiatisée du terrorisme islamique. Aucun groupe politique à prétention révolutionnaire n'a eu le courage politique, se fichant du qualificatif de pacifiste par le terrorisme intellectuel germanopratin, de dénoncer cette hystérie largement partagée ; excepté le CCI, cf. l'article du regretté Marc Chirik « Terreur, terrorisme et violence de classe », moquant des Duces qui, du haut de leur petite taille, et après avoir été porter plainte au commissariat du coin pour le vol de leur ipod ou ipad, échafaudent les principes invariants de la « terreur de classe », au souvenir de Couthon sur sa chaise roulante.
Quelle joie pour la classe régnante « démocratiquement » que les supplétifs du gauchisme avarié viennent plaider pour un même type de terreur contre les populations « récalcitrantes », quelles qu'elles soient, quand toute cette ribambelle de marginaux ingouvernables s'imagine un jour au pouvoir.
Hier, post-68 c'était pénible et assez insoutenable de soutenir qu'une révolution c'est forcément violent mais pas nécessairement un holocauste. Je me souviens m'être opposé cent fois aux militants staliniens qui dénonçaient « l'aventure gauchiste », le « vous voulez un bain de sang bande de petits cons » ; ou ce collègue vieil ouvrier : « ah ouais vous avec barbouillé Pasteur dans la cour de la Sorbonne, mais, bande d'imbéciles, Pasteur a apporté plus à l'humanité que vous ne lui apporterez jamais avec vos pots de peinture » (salut à toi Jean Delannoy, ami d'enfance de Line Renaud, si tu es encore de ce monde). Avec le recul, oui mon vieux collègue Jean et les militants staliniens avaient raison, et nous étions trop immatures et trop ignorants de l'histoire pour ne leur opposer que notre naïveté dans une main et un pavé dans l'autre.
Ce n'est pas de leur faute à nos lycéens « anarchostaliniens » ou lycéens éternels, me direz-vous. Je le concède et que le premier qui ne s'est jamais trompé de bulletin de vote leur jette la première urne en bois. Je concède en effet que ces divers jeunots gauchistes radicaux, indignados de première, sont là pour nous amuser ; la vie politique bourgeoise est si morne. Il suffit de lui montrer un CRS pour que le lycéen hurle : voilà l'ennemi !
Il suffit de leur montrer un étudiant qui se prend un vulgaire coup de poing dans le pif par un flic pour que la toile s'enflamme. Pauvre chéri, dans les années 1950 les CRS tuèrent des ouvriers ; tu vivrais au pays de l'antiracisme outre Atlantique, c'est une balle dans la peau qui t'attendrait. Nous sommes plusieurs à avoir pris des coups de la police en manif ou en grève depuis des années, jamais la toile ne s'est enflammée pour nous, et la pharmacienne du coin a fait le boulot de consolation. Le plus scandaleux n'est pas dans la violence inévitable du mercenaire d'Etat, mais dans l'esquive de l'Etat. C'est Cazeneuve qui méritait une baffe en guise de remerciement pour sa lâcheté à balancer le lourd appareil judiciaire sur un vulgaire lampiste ; comme pour la mort d'un marginal écolo tué par une grenade en pleine poire, l'Etat, ses ministres et ses journalistes mènent campagne contre un de leurs exécutants de base. C'est pas nous c'est lui, cet idiot de flic de base qui a commis une « bavure ». C'est la même esquive avec les paradis fiscaux de Panama que Big Brother procède, où le « président de gauche » caracole qu'il a toujours eu raison de dire qu'il n'aimait pas « la finance », alors qu'il est assis dessus, et que nous les prolétaires pauvres on se fout d'une poignée de milliardaires, planqués à l'abri d'immenses couches petites bourgeoises profiteuses des miettes de l'or capitaliste.
La violence physique et permanente du système est chloroformée dans la conscience des prolétaires par l'accumulation des mensonges déconcertants, où tous les chats sont gris.

LA POLICE A changé...


Dur métier que celui de policier de nos jours. Pourtant, vu le chômage de longue portée, ils sont nombreux les jeunes prolétaires à faire la queue aux centres d'embauche, comme aux centres de recrutement pour l'armée ; pas pour l'amour de la fonction, mais parce qu'il y existe une paye décente et une garantie de durée dans l'emploi. Lors d'une garde à vue, menotté, un officier de police, qui fût tout à fait correct avec moi, m'en boucha un coin : « mais monsieur, moi aussi je suis un prolétaire et mon père était ouvrier ». Adoptant profil bas, je n'ai pas osé lui répliquer : « d'accord mais alors on verra si vous êtes vraiment un prolétaire, le camp que vous choisirez au moment de la révolution ».

Partout il est filmé, plus qu'une vedette de cinéma en train de traîner à Conforama. S'il passe dans les allées d'Auchan, on va considérer que c'est un feignant en vadrouille, alors qu'il est venu acheter des plats cuisinés en boite pour cinq types en garde à vue. Il est tenu régulièrement d'assister à des stages de déontologie où la leçon de morale importe plus que le maniement de la matraque télescopique. Si la photo ou le film d'une « action un peu dure » apparaît sur la toile, il peut mettre une croix sur sa carrière. La presse gouvernementale le dénonce chaque jour ou se moque de ses maladresses en compatissant avec ses agresseurs, lycéens cagoulés et persuadés que se faire un flic est le summum du premier acte fondateur révolutionnaire (pendant que son pote prendra un selfie pour le montrer aux copines), ou salafistes excités en pyjama ; le plus pitoyable exemple récent de la connivence antiraciste institutionnelle est celui de la manif annulée des « fachos » belges en région bruxelloise où la racaille pro-daech, leur succédant, est venue lancer des pierres sur les policiers, ceux-ci répliquant mais... à la grande indignation des journalistes.

Au cours de ma carrière dans le service public j'ai assisté plus d'une fois à des agressions et altercations populaires, d'une certaine catégorie de populations de banlieue, aux cris odieux et barbares contre des flics venus faire des constats ; je vous laisse à penser auprès de qui aurait penché mon soutien si cela avait dégénéré.

La police s'est humanisée, avait triomphé le blaireau Sarkozy. C'est un peu vrai. Dans les commissariats on trouve maintenant des « pédés » et des « gonzesses » en uniforme ; je me souviens avoir vu tomber mon dentier lors d'une gay pride à Paris, voyant passer le char de la Préfecture de police avec ses « folles » je hélai une policière qui les saluait :
  • c'est vos collègues ?
  • Oui, me répondit-elle, comme une évidence.
Je m'éloignai en secouant la tête dubitativement. Cependant, j'insiste là-dessus, en pays développé c'est une petite révolution réformiste en interne, qui, certes ne change pas dans le fond la police, j'ai vu des policiers, femmes ou peut-être homos - (attention je ne traite pas ici tous les policiers de « pédés » ou de « sales nègres », ce qui était le fait des milices syndicales du PCF dans les années 1970) - capables de frapper aussi violemment des interpellés que leurs collègues de genre classique, ces héritiers involontaires des ex-violeurs de femmes d'ouvriers pendant la Commune de 1871, ces assassins d'immigrés égarés en France ou enculeurs de mouches pédérastiques.

LES GAUCHISTES N'ONT PAS changé...


Un peu néophyte sur le terrain des forums de discussion, j'en ai trouvé un très intéressant où les insultes ne prennent pas le dessus et où le principal animateur a l'autorité et l'intelligence de bien le cadrer, et qui permet, divergences ou pas de discuter d'un point de vue « de classe » sans a priori et en restant très intolérant avec les anathèmes. Même dans le cas d'une discussion mal engagée.
La mise en route avait commencé par la republication d'un post, photographie de policiers italiens qui avaient ôté leurs casques face aux manifestants en décembre dernier (non celui de 2013), la date n'étant pas précisée.
L'introducteur voulait sans doute simplement ridiculiser le clown pacifiste et électoraliste Peppe Grillo, mais révélait une opinion quelque peu moisie sur la nature de la police, suite à une interpellation (non policière) d'un lecteur capable de discerner face aux vieilleries et clichés du mouvement ouvier: « je vous trouve trop généraliste, il existe forcément des flics qui refusent de tabasser des manifestants ,etc. mais en très petite quantité, infime ».
La réponse était de facture très classique : « Parce qu'ils sont les chiens de garde de la bourgeoisie. Ils ont pour fonction de défendre l'Etat et les rapports de production en place. C'est pas le cas d'un travailleur de chez Dassault, qui comme ailleurs produit de la plus value ».
Un autre s'opposait aussi à cette vision trop classique : « Mais dans les deux cas ce sont les intérêts des employeurs qui s'opposent aux nôtres, alors pourquoi ne pas parler aux flics comme des travailleurs de la fonction publique (ce qu'ils sont) pour tenter de les joindre à notre cause le jour où le contexte économique et social sera propice à la révolution ? ».
Il lui est répondu : « Un flic est un flic... Il est payé pour faire respecter l'ordre bourgeois. Comme un juge... autant la propagande dans la troupe me semble réalisable, autant chez les flics, je n'y crois pas, même si dans l'action révolutionnaire, une partie peut nous rejoindre. N'ayez pas d'illusions, il suffit de voir le rôle de ces ordures au Chili, transformés en tortionnaires de masse. Ces mecs fusilleront du prolo dans la révolution, bien avant que certains changent de camp. C'est l'essentiel à retenir ».

Robin Goodfellow prend la parole à son tour : « Le problème de ce post, c'est qu'il balance un article de 2013, sans contexte, pendant le mouvement des Forconi, qui est assez comparable aux bonnets rouges. Que les flics se solidarisent avec les petits patrons artisans et commerçants n'engage aucune incidence envers un mouvement prolétarien. »

Mais la discussion semble cesser là, et je n'y retrouve plus mes propres remarques, censurées ?

Dommage, cela pouvait permettre enfin un début de réelle discussion sur un sujet sensible, qui est l'arlésienne du gauchisme ou plutôt sa honteuse arrière-pensée car cette idéologie est profondément anti-révolutionnaire, étrangère à notre grande Rosa (« la révolution abhorre le meurtre »), et qu'il faut nous attacher à notre époque à montrer que les grands moments, les grandes avancées de la révolution ne dépendent pas de la quantité de terreur, ni ne sont responsables des dérapages de classes ennemies ou de fous furieux. Et je me contenterai pour finir de souligner que si la domination de la bourgeoisie se perpétue, les formes en ont changé, pas forcément à son avantage malgré la modernisation électronique et antiraciste.

La tradition du mouvement ouvrier disait : nous ne pouvons compter que sur la désobéissance de l'armée, prolétaires sous l'uniforme tu restes un travailleur !
C'est fini, armées de métier partout.
La tradition du mouvement ouvrier disait : « armement du prolétariat ».
C'est fini, on ne peut pas laisser courir n'importe comment les armes.
La tradition du mouvement ouvrier disait : « les flics sont nos principaux ennemis ».
La tradition avait déjà tort, les principaux ennemis sont les institutions bourgeoises, partis et syndicats. C'est grossièrement pas faux, mais insuffisant.
Pour inverser un argument d'un participant qui disait que le retournement de flics pendant la révolution en notre faveur serait minime, j'ai envie de préciser que pour encadrer une aussi vaste population de prolétaires en révolte, les contingents de flics sont trop « minimes » pour suffire à terroriser et ramener à l'obéissance les immenses foules modernes.
Ou alors qu'on m'explique pourquoi Mussolini a créé les chemises noires et Hitler les SA.

J'ai la réponse, vous faites pas de bile, révolutionnaires de salon : parce que les flics ne sont pas assez nombreux et souvent plus proches de la population travailleuse que les militaires d'aujourd'hui !
Et, dissertation pour tous: en Russie en 1917, qui a remplacé la police et la police bolchevique (composée en partie d'anarchistes sincères) a-t-elle eu tort de réprimer le terrorisme des anarchistes? en Espagne en 1936, alors que la police avait été liquéfiée comme institution bourgeoise, qui a fait la police? (je vous glisse la réponse à étayer: les caïds staliniens et les petits dictateurs anarchistes)

(je reviendrai sur le sujet dans mon book sur la guerre d'Espagne et vous verrez que l'histoire se rit des simplismes et qu'un type en uniforme peut être parfois plus humain qu'un civil pervers).

Pas mieux en Russie, malgré le renversement de l'Etat bourgeois, merci à  Marc Rochera  pour l'info depuis face book:
"Le 25 octobre 1918, le Comité central du Parti bolchevique discuta d'un nouveau statut de la Tchéka. Boukharine, Olminski et Petrovski, commissaire du peuple à l'Intérieur, demandèrent que fussent prises des mesures pour limiter les « excès de zèle d'une organisation truffée de criminels et de sadiques, d'éléments dégénérés du lumpenprolétariat ». Mais bientôt, le camp des partisans inconditionnels de la Tchéka reprit le dessus. Y figuraient, outre Dzerjinski, les dirigeants du Parti Sverdlov, Staline, Trotsky et Lénine".

dimanche 3 avril 2016

ESPAGNE 1936: LE MARIAGE DE L'ANARCHISME ET DU STALINISME

Extraits de mon livre à venir : "Inventaire d'une fausse révolution" (titre non définitif, j'hésite avec celui-ci: "Les anarchistes ont eu raison d'entrer au gouvernement pour mettre fin au chaos", ou "La révolution est-elle obligée d'être un cauchemar sanglant?")

(...) Dans l'historiographie militante ou les tonnes d'articles commémoratifs on ne raisonne qu'abstraitement en termes de classes, de partis, d'événements guerriers, on perpétue la dénonciation des crimes du camp d'en face (au nom de l'omerta de l'union nationale ou d'une solidarité de camp révolutionnaire aveugle) mais jamais on ne reconnaît que des crimes équivalents ou pires se produisent dans la camp de ce qui est présumé être une révolution ! Poids d'un marxisme anti-humaniste stalinien ? Un solide véritable anarchiste ou bolchevique confirmé ne saurait s'émouvoir comme un vulgaire pacifiste des litres de sang versé, même innocemment ? Pouvait-on se permettre d'aller à l'encontre de foules sanguinaires qui applaudissaient l'hystérique Dolorès Ibarruri ? Au risque de se faire traiter de « fasciste » ?
Quand le 16 octobre 1986, reprenant Madrid, surgissent les brigades internationales décaties, déguisés en soldats avec béret de travers, commissaires politiques à la retraite regard acéré et verbe haut, les hérétiques du Poum et les irresponsables de la CNT, ce n'est plus qu'un théâtre d'ombres :
« Il y a là toute la gamme des vieux croyants du stalinisme, des demi-dévôts et des demi-hérétiques, des amnésiques et des « retournés » mais tous communient dans ce sentiment d'urgence car le glas sonnera bientôt ; il y a cette inquiétude quant à leur trace dans l'histoire qui les travaille tous : qui comprend vraiment aujourd'hui encore ce que fut notre Espagne, combien notre cœur était aussi pur que fut sale l'assassinat de Nin, combien nous étions désemparés de lire les aveux extravagants de Boukharine tandis que nous attendions l'ennemi dans les tranchées, combien tout ceci fut compliqué, combien il y avait de la lumière dans cette obscurité... Etions-nous des mercenaires, comme ceux de l'autre côté, des fantassins de l'Empire du Mal, comme on dit maintenant ? »1.

Les violences sanguinaires de ce qui est présenté comme la dernière plus grande révolution impliquant au premier plan la classe ouvrière et les paysans, et d'un monde qui n'a plus connu de tentative révolutionnaire de ce type, sont restées plus ou moins dans la mémoire des générations qui ont vécues après la guerre mondiale, au point que la barbarie de cette dernière reste confondue avec la dite « révolution espagnole », et par conséquent le vulgum pecus vous dira sa certitude que guerre et révolution c'est kif kif. Dans le cas de la guerre d'Espagne, cet ignorant n'a pas entièrement tort et que Orwell a parfaitement résumé après avoir compris combien on l'avait berné avec « la révolution espagnole » : « Nous sommes dans une étrange période de l'histoire où un révolutionnaire doit être patriote et où un patriote doit être révolutionnaire »2.

Trois types d'explication peuvent être avancées pour expliquer, justifier ou minorer les massacres de civils lors des premiers mois qui suivent les insurrections des ouvriers pour défendre la République :
  • l'explication la plus courante, républicaine et stalinienne : les ecclésiastiques opprimaient le peuple sans vergogne aux côtés des dictateurs successifs, donc, sans cautionner à l'international, gouvernements et partis politiques pouvaient laisser faire ;
  • la version du touriste Hemingway3 : les espagnols sont des primitifs dont la passion pour la corrida confirme la cruauté, un pays où se marie civilisation et barbarie ; cet exotisme tend à falsifier également l'histoire, en excusant les antifascistes comme les fascistes, qu'il est utile que ce roman illisible reste à la devanture toutes les librairies du monde.
  • Un manichéisme de situation de guerre à prétention révolutionnaire, ignoré par les historiens, où ils évitent de corréler les violences à la situation de guerre aux frontières ; la propagande stalinienne n'a pas cessé de proclamer que pour la première fois de l'histoire une armée, celle de Franco, s'en était prise aux civils, oubliant les monstrueux crimes de civils côté républicain4.
(…) LA MYSTIQUE DE SARAGOSSE

DEUX ARMEES MERCENAIRES AU DEBUT

Comme dans toute guerre impérialiste un rempart de mensonges est vite échafaudé côté républicain. De faux espoirs d'abord, l'ABC républicain de Madrid tente de persuader ses lecteurs que les Maures ne veulent pas venir lutter en Espagne sous les ordres de Franco et que l'Etat légal a promis de leur restituer la mosquée de Cordoue, quand le même jour l'ABC de Séville réplique par une allocution du caïd Soliman el-Jatabi, favorable à Franco5. Les faubourgs ouvriers ont été « nettoyés » à la grenade et au couteau.

LES TERRIBLES MAURES

Il est un des rares à le rappeler, l'historien Bennassar souligne que « les Maures sèment la panique » au début du pronunciamiento6. Quand éclate la Révolution de 1934, ou Révolution des Asturies, la région minière du Nord de l’Espagne qui s’est soulevée contre Madrid, le gouvernement républicain de droite commence par faire appel à l’armée régulière pour étouffer l’insurrection. Mais la grève révolutionnaire lancée par les syndicalistes de la CNT et de l'UGT ne peut pas être matée. Les mineurs asturiens, très bien organisés, disposent de dynamite en abondance : ils ont vidé les arsenaux de la police, de la Guardia Civil et de l’armée, ainsi que les stocks de deux usines d’armement situées dans la région. En quelques jours, ils ont constitué une armée forte de milliers travailleurs baptisée « Armée rouge asturienne » (Ejército Rojo asturiano) ; on évoque 30.000 mineurs armés ce qui est certainement exagéré. Craignant que cette « armée rouge » ne marche sur Madrid, le gouvernement fait appel au jeune général Franco qui propose de faire appel aux troupes coloniales du Maroc. La répression par ces armées de métier est terrible. La Légion et les Regulares Marocains, dont la plupart sont des vétérans de la Guerre du Rif, ne font aucun quartier. Les légionnaires et les Regulares ont été incités par leurs officiers coloniaux à se montrer cruels et impitoyables ; ce « professionnalisme » sera utile deux ans plus tard pour ridiculiser à nouveau d'autres « armées révolutionnaires » improvisées. En quelques jours, deux semaines seulement après le déclenchement de l’insurrection, les principales villes des Asturies comme Oviedo et Gijon tomberont aux mains des troupes coloniales. Deux ans plus tard, quand le Caudillo Franco tente son coup d’Etat militaire contre la république échoue en Espagne, il fait à nouveau appel aux « maures », mais ceux-ci malgré leur cruauté, ne seront pas suffisants pour l'emporter une nouvelle fois et aussi rapidement que lors de la « révolution asturienne ». Il faudra faire appel aux mercenaires allemands et italiens et agréger à l'armée franquiste peu à peu tous ceux qui sont devenus les ennemis du camp républicain. On ne l'évoque pas, mais comme dans le camp républicain, il y a une militarisation de la société dans le camp franquiste, et les fonds de soutien sont autrement plus importants pour veiller à la solde du soldat « fasciste » et à ses divers collègues mercenaires7. Mais la condition des « regular » n'est pas très enviable. N'oublions pas que ce sont des colonisés, paysans affamés, dont l'encadrement des officiers est pour l'essentiel espagnol et qu'on leur promet plus ou moins l'autonomie, des défilés grandioses devant les généraux franquistes et une pension pour leur veuve. Le plus scandaleux, même si, comme pour les armées du camp opposé républicains ils sont amenés à commettre des horreurs, est sans contexte ce qui est gommé de la saga antifasciste par tous les partis staliniens d'Europe : une campagne nettement raciste du parti stalinien espagnol pour aviver le nationalisme hispanique dans la guerre. La presse républicaine les dénonce comme « hommes aux instincts bestiaux », ce qui permet – avec la méthode c'est toujours la faute à l'autre – de passer sous la table, au début de la guerre, les propres « instincts bestiaux » côté républicains lorsqu'on massacre gaiement civils « bourgeois » et « calotins ». Ce sont des regulares à la retraite qui confient longtemps après à un journaliste l'ignoble campagne dont ils ont été l'objet par le PCE, avec l'hystérique Passionaria : « Elle leur avait dit que nous allions les massacrer, violer leurs femmes et mutiler leurs enfants. Mensonges de « rouges ». Si la ville s'était rendue, il n'y aurait eu ni l'Université, ni la Jarama, ni Guadalaraja »8. L'attaque contre Madrid fut un carnage aussi terrible qu'inattendu. Les supplétifs militaires marocains n'avaient pas été formés au combat de rues où personne, à l'époque et chez les historiens, ne s'est jamais ému que des compagnies entières de tabors aient été décimées. L'effroi entretenu de l'approche des marocains égorgeurs et violeurs de femmes n'est pas moins hystérique que les bobars en 1914 tant en Allemagne qu'en France pour monter les troupes de prolétaires en uniformes les unes contre les autres. Un ancien regular tient à rappeler que c'étaient les « frères » des espagnols républicains, les officiers espagnols qui avaient autorité pour fusiller les prisonniers.
Je rappelle en passant que seule la revue Bilan et le groupe de Munis défendaient la nécessité de fraterniser aussi avec les « Maures », quand la bourgeoisie de deux côtés appelait à un autre type de fraternisation : l'exaltation de la mort pour la patrie. On mélange tout dans la propagande, on attribue aux soldats maures des massacres de la légion ; le massacre de Badajoz a été perpétré par des légionnaires. Sur radio Séville, Queipo de Llano, très écouté, détaille copieusement les atrocités réelles ou supposées du « Moro », « l'ennemi ancestral » qui débarque au cri de guerre traditionnel « Allahou Akbar » 9. Le parti stalinien accouple sans cesse la lutte militaire contre l'invasion : « des fascistes et des maures ». L'hystérique Ibarruri, dans son costume noir de bigote, en rajoute sans cesse : « sauvage, ivre de sensualité, qui s'abreuve des viols horribles de nos filles, de nos femmes, dans les villages qui ont été souillés par les fascistes (…), des Maures, amenés des douars marocains, du plus sous-développé des villages et rochers rifains »10. Pourtant, longtemps après, ces mercenaires maures, s'ils reconnaissent les atrocités qu'ils ont parfois commises, décrivent très bien que c'est « la mise en condition de la guerre », qui est la cause de mutilations en général vengeresses, face à une armée républicaine hétéroclite, composée de civils inexpérimentés qui insultaient ou fuyaient plus qu'ils ne combattaient : « ...des femmes, habillées en hommes (…) hurlaient des injures avant de succomber. Ce n'était pas une armée disciplinée qui était en face de nous, mais une multitude d'enragés, de fous »11. Au moment de la terrible bataille dans le complexe universitaire madrilène les soldats mercenaires marocains ne sont pas loin de la désertion eux non plus – qui est de plus en plus la règle d'ailleurs côté républicain et des brigades internationales au point que l'on peut estimer que la guerre d'Espagne est probablement celle dans l'histoire qui a battu tous les records de désertion ;
« On mentirait (…) si on ne reconnaissait pas qu'en cet instant précis, entourés de cadavres les yeux grands ouverts, et de blessés gémissants, nous n'étions rien. Absolument rien, sinon des morts en sursis. Et c'est dans ces moments terribles qu'on commence à se poser des questions que nous n'aurions pas posées ailleurs. A savoir, mais qu'est-ce qu'on fait là ? Et qu'est-ce qui nous a pris de venir mourir dans un pays de chrétien, et pour des chrétiens ? Mais cela ne durait jamais longtemps et nous passions à autre chose »12. Dans la nasse de la guerre militaire, c'est chacun pour soi et de ce point de vue, le soldat marocain est « en situation » pour ne rien regretter du pire qu'il est amené à commettre :
« De ma vie je n'avais jamais tué un homme ou un animal. Le spectacle du sacrifice du mouton le jour de l'Aïd-El-Kbir m'indisposait. Le sang chaud qui giclait de la gorge du mouton me faisait peur. A l'université, en 1936, j'ai égorgé tellement d'hommes, et avec une telle frénésie, que je croyais que j'étais devenu fou. Mais les ordres n'arrivaient plus, nous risquions à tout moment de rester sans munitions, et puis nous n'étions plus les mêmes. Comment voulez-vous qu'on le soit alors que nous étions sûrs, mais vraiment sûrs, que personne ne sortirait vivant de cet enfer ? »13.
Le 19 avril 1939, les maures défilent dans Madrid au milieu d'une foule en délire qui crie : « Que vivan los moros » (Vive les Maures) alterné avec le cri : « Arriba Espana, viva Espana » - comme dans le camp républicain -, la même foule dont les chefs militaires avaient crié « Vive la mort » !
Bouc-émissaire dans le camp stalino-républicain, brave chair à canon dans le camp catho-nationaliste, le maure dit n'avoir fait qu'obéir aux ordres dans une guerre absurde où il a été prisonnier d'une logique infernale où il pouvait commettre les pires excès et savoir qu'il était mortel et berné comme ceux d'en face.


LES BRIGADES ETRANGERES
C'est la caractéristique majeure de la guerre d'Espagne « d'internationaliser » la participation des combattants, de masquer le maintien des critères chauvins, voire de les moderniser avec l'antiracisme. Il n'y aura plus de guerre nationale dans les pays européens, parce que la nation à l'époque de l'impérialisme n'est plus qu'un pion, et parce que le chauvinisme de 1914 ne peut plus fonctionner qu'aux couleurs d'une prétention universaliste. Pourtant tout est déguisé, le Front républicain n'est pas plus le vrai défenseur de la démocratie bourgeoise nationale que les militaires rebelles ne représentent l'idéal d'un fascisme planétaire. Deux fractions bourgeoises nationales s'affrontent toutes deux pour rétablir l'hégémonie de l'Etat en massacrant chacune à leur façon le prolétariat : la « gauche » républicaine en l'envoyant au casse-pipe et la « droite » monarchiste en tirant dans le tas.
Que cela plaise ou nom aux adeptes de la mythologie antifasciste, les brigades internationales sont des brigades étrangères...
1Antimémoires de brigadistes, Alain Brossat et Sonia Combe, in Autrement : Madrid 1936-1939, p.173 et suiv., 1991.
2Louis Gill, p.159. Heureux ouvrage de cet auteur qui nous permet de comprendre, contrairement à l'acception générale que « 1984 » aurait été une simple parodie de l'univers moscoutaire stalinien, mais est bien un pamphlet contre la « révolution espagnole » mythique, qui fût en son temps, comme « Hommage à la Catalogne », refusé par les éditeurs antifascistes plus obséquieux qu'attentifs au grand marché cultuel contrôlé par les staliniens de tous les pays.
3Hemingway, conscients que de l'avant à l'après-guerre, en Europe surtout, les staliniens contrôlaient le marché culturel, pût faire fructifier son commerce littéraire antifasciste au point d'être sacralisé grand écrivain, engagé auprès des « peuples en lutte contre l'impérialisme » ; ainsi il passait ses vacances chez le dictateur cubain, pêchant et chassant avec le despote à la longévité imbattable. Le même barbu qui, dans les années 1970, adopta comme conseiller politique Ramon Mercader, l'assassin de Trotsky ; info fournie par Louis Gill, et qui vaut son pesant de cannes à sucre, sachant que les trotskiens de la misérable IV ème internationale ont soutenu et soutiennent toujours le dinosaure dont le Béria cubain, Che Guevara, était chargé de zigouiller en nombre opposants trotskiens ou assimilés.
4Complètement décillé, Orwell, rentré en Angleterre, censuré ou refusant les sollicitations de néo-fascistes, s'énerve et fait mouche : « J'ai passé six mois en Espagne, à me battre pour la majeure partie du temps ; j'ai un trou de balle dans la peau et je n'ai pas envie d'écrire des bêtises pour la défense de la « démocratie » (…) D'autant que je sais ce qui se passe et ce qui s'est passé dans le camp républicain au cours des derniers mois. Je sais qu'on y impose le fascisme aux travailleurs espagnols sous prétexte de mener la lutte contre le fascisme ». (Louis Gill, p.140)
5Bartolomé Benassar, p.326.
6La guerre d'Espagne et ses lendemains, p.95 (ed Perrin/Tempus) : « Franco, conscient de cet atout, en joua comme d'une arme psychologique (…) La terreur qu'inspiraient les regulares tenait à leur comportement après la victoire : exécutions sommaires (…) éventrations, décapitations, mutilations. Après Badajoz, Franco donna l'ordre à Yagüe d'interdire les castrations mais il n'est pas certain qu'il ait été obéi » (p.98).
7Le camp franquiste est très encadré par ses diverses troupes professionnelles (comme daech aujourd'hui) c'est pourquoi il est quelque peu utopique de la part de Bilan, même si l'appel est louable, d'appeler à la fraternisation avec les soldats de Franco et ses Maures. Quand la guerre est là, à l'époque moderne, sur le terrain de la confrontation militaire le prolétariat n'a aucune chance de bloquer la barbarie en marche. D'ailleurs, on veut nous faire oublier sans cesse, qu'en 1917 la désagrégation de l'armée n'est pas venue de victoires du meilleur ou du plus humain au front, mais de la désagrégation de la société à l'arrière, laquelle a entraîné plus le sauve qui peut généralisé au front que la désertion individuelle.
8« Los ultimos » ou les souvenirs indésirables, de Ali Lmrabet, numéro spécial Autrement : Madrid 1936-1939, un peuple en résistance ou l'épopée ambiguë (1991). Le témoin fait allusion aux combats terribles et effrayants qui se déroulèrent sur le campus universitaire de Madrid, un des plus grands du monde ; et aux batailles de la Jarama, au sud-est de Madrid, et de Guadalajara, ville près de Madrid, où les troupes marocaines et italiennes sont défaites par l'armée républicaine.
9Ibid, p.161. Ne vaut-il pas mieux tuer au nom de dieu pour s'exempter de tout crime « humain » ?
10Ibid p.163
11Ibid p.165
12Ibid, p.166
13Ibid, p.168. Ce témoignage est un des plus précieux recueillis qui permet de comprendre les conditions de la guerre et de l'horreur, même aujourd'hui pour mieux discerner la « mentalité » du tueur de masse ; son insensibilité est toujours corrélée à un engagement guerrier, à la notion de guerre. Je tiens une anecdote équivalente d'un collègue qui avait été soldat en Algérie. Il rentrait en camion à la caserne un soir. Un breton conduisait l'engin. Lorsqu'ils passèrent près d'un vieux paysan algérien qui marchait péniblement le long de la route, le conducteur fit faire une embardée au véhicule, écrasant le pauvre homme. Mon collègue resta pétrifié et muet d'horreur jusqu'à la caserne. Se reprenant, il apostropha violemment le breton, qui d'ordinaire n'aurait pas écrasé une mouche : « pourquoi as-tu fait ça ? ». L'autre, piteux répondit : « je ne sais pas ».