"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

mercredi 15 octobre 2014

LE SUICIDE raté de ZEMMOUR


Ou quand la bourgeoisie française s'est couchée devant l'occupant allemand et fait la même chose avec l'occupant américain, constat dont aurait dû partir Zemmour au lieu de batifoler avec des circonstances atténuantes pour le boucher de Verdun et celui des enfants juifs... Sarkozy la banane l'avait précédé en exigeant que dans les écoles on sanctifie "le vainqueur de Verdun" (encore une idée de Buisson). En s'appuyant sur le vieux con de 40 Zemmour donne hélas des verges pour se faire battre et surtout amoindrir un propos qui n'a rien à voir avec Pétain (faut-il remercier Sarkozy et Hollande de trier les immigrés ou leur reprocher de ne pas exiger de l'Angleterre un ferry boat pour emporter vers la Perfide Albion libérale à géométrie variable les 2000 réfugiés qui attendent dans les rues de Calais les désidérats des patrons british?). Il rend service surtout à la gauche au pouvoir en confortant la mystification de la focalisation sur les immigrés "en général", quand plus que les pauvres hères qui lanternent au pied des Préfectures, l'utilisation idéologique de la "tolérance" religieuse et vestimentaire est une superbe arme de la gauche caviar pour diviser les prolétaires et encourager l'obscurantisme. Le triomphe du folklore public islamiste est surtout le reflet de l'absence d'horizon politique alternatif au capitalisme!
La légende des mille ans d'histoire de France avec laquelle le petit juif pied noir venu d'Algérie veut fayoter au "bon français" est une légende nationale éculée. La nation n'existe qu'à partir de 1789. L'histoire, et même l'histoire nationale, n'existe pas avant le XIXe siècle, elle n'est qu'un fatras d'histoires religieuses ou repose sur les écrits éclectiques des auteurs successifs. La discipline histoire ne naît qu'au XIXe et sert à la formation du sentiment national, comme la météo quotidienne à la télé a moins pour fonction d'indiquer la température dans les régions qu'à imprimer dans le cerveau l'image hexagonale éternelle.
Ce qu'il y avait avant n'est qu'une histoire de diverses peuplades en guerres de rapines et religieuses. La nation est par conséquent un moment transitoire dans l'histoire de l'humanité. Anticommuniste primaire (en regrettant que les flics n'aient pas tiré à Villiers le Bel il se réjouit que les Versaillais aient tiré sur les Communards p. 500) Zemmour n'a d'autre perspective qu'un impossible retour en arrière dans la misère des années 1950 qu'il n'a pas vécue.

Il est rare qu'un polémiste "raciste", "homophobe", "islamophobe" soit autant livré à la vindicte des médias à la veille des prix littéraires, que les principaux médias dirigent leurs projecteurs et leurs loupes grossissantes avec tant d'ardeur et de réprobation pour qu'on n'y voit point le début d'une campagne d'intoxication idéologique, ou sa prolonagtion récurrente et aléatoire.

Eric Zemmour, qui fait partie de l'élite des journalistes du panel médiatique est venu troubler les grosses ventes de la pétasse Trierweiler, amante arriviste répudiée heureusement par le président en titre de la République bourgeoise. Et alimenter la problématique immigrée récurrente, confuse et prurit national incessant. Son épais ouvrage "Le suicide français", avant même d'avoir été lu par les lecteurs ordinaires a fait l'objet d'une décrédibiliation en règle. La Licra nationaliste commandita un sondage ad hoc à OpinionWay

On s'en prit d'abord à sa présumée "rhébabilitation de Pétain" qui aurait sauvé la majorité des "juifs français". Quand on lit la démonstration de Zemmour, on se pose deux questions: la première est qu'avec une demi-vérité on ne restaure pas la vérité. C'est vrai que l'Etat vichyste a "marchandé", c'est vrai aussi que des collabos ont sauvé des juifs. C'est vrai qu'une partie des résistants et des "justes" français ont aussi sauvé des juifs. C'est vrai surtout, et là Zemmour a raison, que l'Etat d'une France vaincue a été soumis aux désidératas des nazis, dont la théorie raciale était avant tout une théorie nationaliste d'éradication du communisme en remplaçant les prolétaires internationalistes par les juifs apatrides.
La première question est de se demander pourquoi à la fin des années 1960 la focalisation sur la Shoah a pris son envol avec l'historien US Paxton, mettant fin à toute gloriole nationale résistancialiste. Zemmour, partant d'un point de vue national poussiéreux, part en vrille en posant la question de l'immigrationnisme de travers et du point de vue francophile. La deuxième question est pourquoi a-t-il débuté son livre passionnant à beaucoup d'égards sur une prétendue "résistance pétainiste" à l'ogre nazi? Pour arguer d'une dignité minimum du roman national? Ou pour faire un clin d'oeil aux vieux admirateurs de Pétain, un important lectorat d'électeurs du FN qui ont besoin de trouver une assise historique aux reniements successifs envers l'impérialisme américain? Et qui se précipitent en masse pour en faire un best-seller, et qui sera de plus en plus un best-seller au fur et à mesure que les élites taperont dessus. Et sa référence à la grandeur de De Gaulle (assassiné par les bobos de mai 68) n'est-elle pas un antidote à l'accusation attendue de restauration du pétainisme, à la manière de la vieille barbe crapoteuse Maurras ou de Marine la coquine?
La campagne de la Shoah à la fin des sixties n'est pas dûe à la critique par un historien extérieur à la France (Paxton) d'une histoire passée franco-française que les historiens du cru auraient été incapables de faire, elle est une campagne germano-américaine pour ridiculier la bourgeoisie française (nota sa fraction gaulliste) et lui faire payer Mai 68.

On s'en prend ensuite à ses chiffres exagérés des enfants immigrés (sept millions alors qu'ils ne seraient que trois millions et des poussières). Zemmour exagère les chiffres sans doute mais ses contempteurs ne prennent jamais le métro; ou sont toujours dans les aéroports comme il s'est brillamment moqué du nunuche Attali et de son "retour à soi". Le Monde et les journaux télévisés, les émissions de débats ne bruissent que du cas Zemmour. Or, comme chacun sait le gouvernement est celui de la gauche caviar, c'est à dire celui qui est le donneur d'ordre des idées dominantes. Un gouvernement "socialiste" empêtré dansla crise économique, qui méprise les "sans dents", qui supprime les allocations chômage pour le deuxième enfant mais pas pour le troisième ou le sixième, qui veut fliquer à mort les abonnés à pôle emploi, ne peut pas être tout à fait innocent de tant de leçons d'antiracisme et de défense de l'idéologie républicaine nouvelle du commnautarisme si européen et universaliste.

Zemmour veut nous conter le roman national de mille ans de francisation mais cet historicisme ne tient pas la route, non par ce qu'il se contredit – il ne fait pas un réel historique rigoureux de l'apparition et du développement de la nation française qui commence parfois au XIXe siècle et à d'autres pages avec le grand Charlot général – et s'enfonce dans des descriptions sociologiques agrémentées de ses conceptions machistes ou ces banalités ordinaires freudo-lacaniennes (la mort du père avec la décapitation de Louis Capet et la mort de la famille en position du missionnaire). Depuis bien avant la décapitation de Louis XVI, puis l'échec de Napoléon et la retraite de De Gaulle, jamais les peuples en révolte n'ont considéré despotes ou dictateurs comme leur père1. Trotsky, jeune président du Soviet en 1905 n'avait-il pas répliqué à un prince du tsar: "nous ne sommes pas vos enfants"! Que le minuscule Zemmour ait besoin d'un père comme Debord regrettait de ne pas être un baraqué, c'est son problème pas celui de l'histoire de France ni de la lutte des classes.

LA RELIGION ARRIEREE EST PLUS LE VRAI PROBLEME QUE L'IMMIGRATION

L'enveloppe explicative au déclin de la France concernant l'envahissement immigré n'est pas et n'a jamais été un problème français mais mondial. Le déclin de la bourgeoisie française est plus lié à sa défaite lors des deux guerres mondiales et à ses faiblesses économiques et politiques qu'à la question de l'immigration, qui n'est qu'un épiphénomène social qui n'a pris un tour dramatique et insoluble que depuis l'effondrement du bloc de l'Est et l'étouffement des aires des anciennes colonies par des guerres interminables où la France (officielle) est aussi criminelle que les autres grandes puissances et dans la continuité impérialiste des généraux héros de Zemmour, les Pétain et De Gaulle.

Zemmour ne se place pas au niveau historique plus général dont j'ai traité moi, d'une problématique immigrée moderne liée désormais à la fuite éperdue face aux guerres et au chômage de masse (cf. Mon livre "Immigration et religion"). Il n'a pas tort cependant sur la plupart des conséquences de l'envahissement musulman qu'il décrit depuis les années 1970. Mais il ne voit pas les causes réelles ni l'utilisation de ce phénomène non pas en soi contre "la tradition française" ou les "français de souche méprisés", lequel est à la fois un besoin du Capital pour renouveler une classe ouvrière manuelle et soumise, et une nécessité pour diviser cette même classe ouvrière grâce à une religion arriérée et fétichiste.
Il est étonnant, même s'il se distingue aimablement de toute assimilation aux thèses du FN qu'il ne rende pas hommage à sa prescience; c'est le FN et l'extrême droite qui dès la fin des années 1960 avaient mis en garde contre "l'envahissement" mais nullement comme une impéritie du capitalisme mais avec cet esprit colonialiste arriéré et raciste hérité des Drumont et Ferry. A gauche et à l'extrême gauche, et même ultra-gauche, nous n'y vîmes que le discours "raciste" même au moment du "regroupement familial", et pas une possible montée d'intégrisme religieux et une tiermondisation/halalisation des villes européennes2.

Le FN n'est qu'une faction politique oligarchique comme les autres qui rament dans l'empirisme habituel des politiciens à courte vue. En réalité plus sérieusement des prévisionnistes avaient déjà soulevé le problème. Certains avaient tiré l'alarme en disant que laisser le tiers-monde se paupériser aurait pour conséquence que des "hordes" de populations pauvres viendraient chercher refuge dans les pays riches. On a oublié qu'il y a une trentaine d'années l'ONU et les organisations charitables de la gouvernance mondiale sous l'égide des deux blocs plaidaient pour une "aide aux pays en développement".
Face à la fuite éperdue de populations paupérisées face aux guerres causées par la rivalité des grandes puissances, on a envie de poser: où est passée l'aide aux pays "en voie de développement"? Que sont devenus les grands programmes de l'ONU depuis que Balavoine s'est tué en hélicoptère en venant contribuer à la pose de pompes à eau?
Ce n'est donc pas une simple immigration de "peuplement" à laquelle on assiste depuis tant d'années qu'à une fuite éperdue devant la guerre et la misère, ni à une simple manipulation des Etats vertueux et de leurs amis gauchistes angéliques. Que ces derniers militent utopiquement pour une ouverture totale des frontières n'est pas bien méchant en soi, sauf à entériner l'aggravation de la division entre prolétaires autochtones (souvent anciens immigrés depuis plusieurs générations) et sans destination en leur faisant croire que la misère peut être partagée nationalement.
La faiblesse de la démonstration de Zemmour est là: dans une solution nationale étriquée "comme avant", comme avant la crise, comme avant la guerre, comme à l'époque des Capétiens, comme à l'époque de Pompidou et de De Gaulle, voire de 89 ou 93, mais on ne sait pas trop s'il admire ou rejette la révolution "française".

En outre, bouffon parmi les bouffons, ne posant pas les termes en classes antagonistes mais en rival des Marchais, Mélenchon et Le Pen, il contribue à alimenter les fausses questions. Sur la période de la guerre cela redevient la question des juifs, pas la guerre capitaliste ignoble, pas les déportations à Auchswitz non seulement de juifs étrangers, mais de résistants, de syndicalistes ou de tous ceux qui osèrent dire merde à la soldatesque occupante. Le problème n'est pas le chiffrage de l'immigration ou la fixation sur le "banditisme maghrébin" mais l'utilisation d'une religion débile pour rigifier des ghettos banlieusards, des poches de misère.

Et c'est dommage car, non seulement il a raison concernant l'islamophilie gouvernementale et gauchiste, dans la description du tableau invraisemblable des accoutrements et des désidératas antiques d'une partie de ces populations qui se refusent à s'intégrer au prolétariat, mais parce quil nous livre une histoire réelle de la pourriture de la bourgeoisie française comme aucun maximaliste révolutionnaire (même Debord) n'a été capable de la décrire sur quarante années de vilenies, de gangstérisme et de prévarications de tout ordre. Des vérités sui resteront ensevelies sous les reproches de racisme, d'exagérations, de collusion avec le FN, etc.
Il faut lire ce livre intégralement et vous saurez bien des choses sur les mafias qui nous gouvernent: la création de SOS racisme, gang étatique, Canal +, cette merde télévisuelle, l'invention des Restos du coeur (il ignore qu'Attali et Goupil tiraient les ficelles de ce pauvre Coluche), le soubassement des dénationalisations, la fabrication de la Shoah, BHL l'exhibitionniste, le nul politique Sartre, l'invention du RMI et de l'assistanat, les chiottes de Skyrock, les gogols du Rap, la tolérance des prénoms excluants, les mafias du football (pages magnifiques sur la cosa nostra de l'OM), la victimologie des communautés officialisées (l'histoire du dérisoire CRIF), l'armée inféodée aux Etats-Unis (malgré un ringard regret de la conscription égalitaire), la tragédie-comédie de Sciences-po.
A noter aussi, pour la première fois qu'un essayiste s'en sert avec brio, la démonstration de l'utilisation idéologique des chansons; les saltimbanques n'apparaissent plus comme reflétant l'humeur du temps mais comme de solides propagandistes guimauves de l'idéologie dominante de P.Perret à JJ Goldman et Cie.

Contrairement aux louanges de ses fervents admirateurs, convaincus de tenir là le polémiste anti-système majeur, Zemmour ne propose aucune solution à l'éclatement des modes relationnels classiques dans et entre les classes, au niveau vestimentaire, social et religieux, qu'une vaine complainte nostalgique au passé des petits boutiquiers roublards bouffé par les supermarchés, aux ploucs dépeçés par les banques, au chef de famille respecté dont l'épouse élève les gosses et assure la tambouille. Il y a trop de Poujade dans ce noyé de l'immigration envahissante mais paupérisée et endoctrinée. Sur la question taraudante de l'immigration, même s'il a raison sur l'utilisation perverse de la ghettoïsation religieuse et arrogante de l'immigration – et l'halalisation des quartiers -, Zemmour maintient la confusion entre ancienne immigration magrhébine (plus ou moins contrôlée) dont les enfants sont inintégrables en effet mais plus du fait de la société capitaliste en faillite excluante, et les nouveaux boat-people symboles de la gabegie capitaliste incapable de donner du boulot à tous sur ses anciennes aires tout comme destructrice de vie sociale paisible et de bien-être dans les zones du toujours tiers-monde abandonnées à la guerre.

Sa conclusion est pitoyable. Prenant à témoin le peuple boudeur (abstentionniste) il fait l'éloge du
présumé dernier "père de la nation" vieux général qui a "rétabli la souveraineté de la France"! Le coq gaulois fier comme Artaban mais les deux pieds dans la merde de sa puissance disparue? Aucun raisonnement historique hors hexagone, mais hors-sol de la vérité historique, rien sur le nouveau partage du monde mais focalisation sur des personnalités qui ont cru "faire l'histoire".
"40 ans d'égalitarisme et d'individualisme (qui ne pût accoucher) d'un nouveau père de la nation"!
Jugement de valeur psychologique creux qui excuse la crise capitaliste, la propaganda anarchiste individualiste du pouvoir et des médias (dont certes les bobos parvenus de 68), les pertes de repère politique après 40 ans de mépris de la classe ouvrière et d'amalgame du socialisme au stalinisme, etc. De la même taille que le nain Thiers, Zemmour râle après "la nostalgie de cet ordre qui n'existe plus"!
Le plus risible est un appel à la restauration du nationalisme stalinien: virer l'euro donc rétablir le franc (millénaire voire millionnaire), "retissser la trame de son capitalisme d'Etat" (= renationaliser! Revenez Thorez et Marchais!). Après un clin d'oeil au lectorat FN comme je l'ai noté en intro, Zemmour finit par un cl'in d'oeil au lectorat PCF (ou ce qu'il en reste) par son obstination sarkozienne à cracher sur mai 68 ("Mai 68 fût une révolution de la société contre le peuple"!?), dans des termes qui ravissent outre-tombe Marchais et ses gros bras, avec cette notion foireuse de peuple si agréable aux oreilles électoralistes staliniennes quand 68 avait remis sur la table la notion plus inquiétante de prolétariat.
L'invocation pitoyable de la "spécificité chrétienne et romaine" du "royaume des Francs" prolongé par le képi du général et la braguette de Hollande ne vaut pas mieux que le dogme islamiste.
Plus catho que le plus ordinaire des cathos butés Sainte Jeanne Zemmourien veut buter les nouveaux protestants dans leurs "La Rochelle islamiques". Et, faisant référence à la puissance auvergnate dans son corset de maille gaullienne il nous exhibe flambant neuf son héros colbertiste moderne, ventru et avec sa clope car il nous la faut "la poigne de Pompidou"(p.526). Et terminer en citant ce crétin de Marcl Gauchet nous laisse pantois. Notre éclat de rire à l'évocation du laquais des Rothschild aux sourcils épais s'est arrêté net. Tout ça pour ça.



1C'est une problématique d'historiens et de psychologues bourgeois. Par exemple, dans la plupart des œuvres littéraires de la littérature canadienne-française du XIXe siècle, on trouve le thème du père et celui de la perte de son pouvoir, interprété comme un résultat de l'onde de choc au Québec de la décapitation de Louis XVI en France... Or, malgré une culture assez hétéroclite et bardée de citations, la connaissance de Zemmour plafonne sur le sujet à un niveau gaullien, ras des pâquerettes franchouillardes. Le roi était le représentant de dieu sur terre en zone catho européenne. Ce n'est pas la décapittaion du roi qui signifia la mort de dieu le père, ou du pater familia tout court, mais la dynamique de l'époque des Lumières, produite indirectement par la révolution capitaliste qui fît progressivement éclater toutes les barrières mentales antiques et féodales, à une lutte des classes de plus en plus internationale, où l'on fît voler en éclat les vieilles superstitions et remit en cause l'exploitation de la femme par l'homme (en ce sens Marx est le premier féministe si je puis dire).

2Mai 68 n'a tué aucun père, mais il est vrai que c'est la petite bourgeoisie estudiantine qui a tenu le haut du pavé (faisant passer au second plan une grève de masse fort pacifique des "ouvriers-consommateurs" peu déterminés à brûler leur propre bagnole) et prit le pouvoir déjà avec les concessions féministes de Giscard, puis avec tous les anciens chefaillons gauchistes nommés par Mitterrand ce grand ami de Bousquet qui s'était si bien occupé avec Laval des enfants d'immigrés juifs... Il est déplorable pourtant que notre génération ait fait sienne une façon de conchier la France à la manière des anars surréalistes des années 30 (Aragon en tête), conchier l'Etat bourgeois et sa classe dirigeante est une chose mais nier toute culture nationale est une imbécillité. Jusqu'à preuve du contraire les plus grandes oeuvres artistiques mondiales sont le produit de cultures nationales différentes, toutes aussi respectables les unes que les autres. Bien sûr que je suis fier d'être né au pays de Voltaire et Pasteur comme j'aurais été fier d'être né au pays de Bordiga ou de Mandela. Cela ne veut pas dire que je pourrais être pour le maintien des frontières en réaction à une Europe supranationale, emoliente et régie par une bureaucratie obscure. Ce sont les gauchistes, trotskiens en tête, qui collaborent depuis toujours à la mystification européenne et ainsi créent une frontière "européenne" (les fameux Etats socialistes d'Europe à la manque) coupée du reste du monde sous-développé (ou dit facétieusement en développement) alors que les frontières n'ont plus de raison d'être nulle part et que la révolution communiste aura pour première tâche de mettre fin au développement inégal du capitalisme en mettant fin justement aux immigrations sauvages de la peur de la guerre, de la faim et de la misère. A moins que par hypothèse, selon l'acception de nos sectes trotskiennes, le pouvoir prolétarien européen ne trouve matière à accueillir les millions de crève la faim des zones où le capitalisme continuera à régner et à assiéger... l'Europe des Etats socialistes ou les Etats socialistes d'Europe, truie politique invraisemblable; navrante copie projetée des "démocraties populaires"...

dimanche 12 octobre 2014

UNE DEDICACE NARCISSIQUE... QUI DEVRAIT ABOUTIR A UNE PREOCCUPATION POLITIQUE


Le narcissisme est d'abord le reflet de la confiance en soi lorsqu'il est relatif, son contraire lorsqu'il est exagéré ou surtout maladif. Lorsque les auteurs de livres viennent dédicacer leur ouvrage il ne s'agit pas simplement d'un promo commerciale de l'éditeur mais bien d'un acte narcissique. Le soi, comme dirait le cuistre J.Attali, est livré à l'admiration. On pose des questions à l'auteur, on le félicite, on le cajole, on lui demande une petite phrase pour le destinataire du cadeau-livre. Dans ce sens chaque rencontre avec le public a valeur thérapeutique, comme cette ancienne amante, violée adolescente par son père, qui me confiait se ressourcer à chaque expérience sexuelle nouvelle et surtout voulue.

Ce samedi à la librairie L'horizon de Boulogne sur mer, nulle autre auteure que Maude Julien n'a autant mérité la compassion, l'affection et le soutien du public et la reconstruction narcissique minimum. Son témoignage sur ce qu'elle a subi de l'enfance à l'adolescence par un père pervers narcissique, pendant quinze ans (le double de Natascha Kampusch) est si bouleversant par l'accumulation de cruautés qu'il révèle, qu'on regrette que ce sinistre Monsieur Didier n'ait pas eu le temps d'être pendu haut et court, en plus pour maltraitance particulièrement sadique d'animaux. N'ayant pas encore lu le livre, nous ne mesurons pas encore l'ampleur des humiliations que l'enfant a dû subir au cours de si longues années. La femme, grande et belle, ne donne pas la leçon de psychologie sur les PN en général ni ne théorise – elle en a l'aisance et les moyens intellectuels puisqu'elle est devenue thérapeute avec cabinet sur rue à Paris – elle livre des conséquences de sa maltraitance: forcée à devenir musicienne, elle joue bien mais ne peut pas jouir d'écouter la musique; jetée de force dans l'eau glacée sans savoir nager, elle hait la piscine. Etc.

La libraire quelque peu histrionne la questionne pendant une heure, et nous laissons faire car les questions sont en général pertinentes. Je ne reprends la libraire que lorsqu'elle se fait l'écho d'une lectrice qui avait objecté: "cette victime n'est peut-être pas la plus indiquée pour soigner les autres victimes".
  • ce doit être une PN qui vous a posé cette question... ce genre de psychopathe nie non seulement toute existence, mais toute capacité aux autres... je pense moi que la victime est la plus indiquée pour devenir la meilleure thérapeute.
  • non, non je vous assure c'était une lectrice en bonne santé mentale.

J'étais assez étonné, connaissant le black-out ou les déformations des médias (et des militants politiques) sur le sujet de voir autant de personnes, une vingtaine, dans cette librairie exiguë, en majorité des femmes d'âge mûr... Les présentes posèrent surtout des questions littéraires ou centrées sur l'expérience malheureuse de l'auteure, qui à chaque fois montra sa formidable aspiration à la vie, et insista sur sa longue ténacité à combattre tout repli suicidaire.
Son expérience a valeur plus large qu'un simple coup de projecteur sur sa longue persécution intra-familiale (emprisonnée 15 ans par un couple de fous furieux) ou une habituelle dédicace narcissique au niveau de son passage chez Ardisson ou après lecture de l'article élogieux de Libération.

UN PREMIER TEMOIGNAGE D'ENFANT VICTIME DE L'EMPRISE PN

Comme je l'en ai félicitée, son ouvrage est le premier à mettre en lumière la destruction psychologique perverse narcissique contre un enfant, vue et subie par un enfant. En général le sujet connait des modes aléatoires assez superficielles centrées sur l'emprise de maris abusifs ou de quelques folles dominatrices, mais on n'avait pas encore le témoignage vu de l'enfance. En s'exprimant sur le mode présent Maude Julien nous fait ressentir plus vivement qu'un traité de psychologie ou une description façon enquête journalistique la pourriture mentale de son salopard de père.
Comme je l'ai remarqué aussi, ce témoignage n'a aucune chance d'être reconnu ni appréhendé par la psychiatrie officielle et freudienne qui nie ce phénomène – normal puisque les pros de ce domaine dit thérapeutique sont souvent des graines de PN. Mais j'étais venu avec une question bien précise sur laquelle j'avais buté lors de la rédaction de mon propre livre sur le sujet: est-ce contagieux? Est-ce que dans un couple où l'homme est PN, dans le cas où son épouse n'est pas directement la première victime, cette femme peut le devenir? Le parodier?

Sur le fond nous étions d'accord. Tout le monde ne peut pas être PN. Le PN souffre d'une carence/négligence affective depuis l'enfance de la part d'un ou de deux parents. Il sera toute la vie "un sale gosse", qui a toujours raison, qui ne vit que dans la mesure où "il pompe l'air" d'un(e) souffre-douleur. Sous ses grimaces terroristes il n'y a pas plus peureux, plus lâche.
Maude Julien m'apporta une réponse claire et convaincante.
- Non la compagne n'hérite pas du fond vampiriste de son mari PN, mais comme la favorite du gourou elle adopte le même comportement, comme tout membre d'une secte parodie le gourou. Elle sera désagréable, elle aura un même comportement destructeur mais dans l'imitation.

Laissons maintenant cette librairie de gauche qui se flatte de ne pas vendre la pétasse Trierweiller ni "le raciste" Zemmour et portons-nous à l'épilogue du livre qui nous fait souhaiter que l'auteure offre ultérieurement un travail plus théorique sur le constat effarant de la tolérance sociale et politique de la perversion narcissique au nom de la démocratie anarchiste individualiste:
"...Dans l'emprise, il y a d'abord un prédateur, un ogre, pour qui seul compte son propre monde mental, ses croyances, ses besoins, ses désirs. Les autres ne sont que des instruments ou des obstacles. Le piège de l'emprise est créé quand un prédateur rencontre une victime. Il lui fait croire que leur rencontre est l'amour avec un grand A. Il prend peu à peu possession d'elle tout en la traitant comme un objet méprisable qui n'a de valeur q'à travers lui. Le piège se referme quand la victime commence à adhérer à cette image dégradée d'elle-même. La voie est libre alors pour sa destruction, qu'il va mener systématiquement et sur tous les plans: physique, intellectuel, relationnel, social".

Dans les discussions mutuelles qui se sont déroulées à la fin de la séance de dédicace, nous ne discutâmes pas de la tragédie de Maude ni de son incroyable aptitude à survivre mais... des salauds qui nous font chier en entreprise. C'est cela qui revenait le plus souvent dans les conversations. Une telle disait en avoir supporté une (car des femmes peuvent aussi être PN) durant des années avant de réussir à la faire pleurer (des larmes de crocodile). Un autre étonné du sous-titre de mon livre (Le pervers narcissique dévoilé, une approche politique) reconnaissait que nombre de DRH était choisi avec cette "qualité", puis lorsque je lui objectai le niveau de décomposition de la société conditionnant plus de faits divers, plus de crimes au couteau, plus de pervers narcissiques (avec les familles mono-parentales, etc.) il admit que cela méritait... une réflexion politique.
Toutes les couches sont touchées. Une femme de médecin était venue pour trouver des solutions pour son mari persécuté par un supérieur administratif. J'en ai donné quelques-unes efficaces contre les psychopathes... même non admises légalement puisque le système capitaliste est ... pervers narcissique et prétend que tous les prolétaires sont devenus comme lui: anarchistes individualistes!
Les prolétaires peuvent bien être considérés comme des révoltés primaires mais ils ne sont pas "individualistes" en soi comme le capitalisme qui lui, dans sa décadence, génère l'idéologie individualiste dont la devise bien connue est "Pour briller il faut éteindre les autres" (qui n'est pas seulement un slogan interne à EDF ou au CCI)!


DE LA SECTE FAMILIALE A LA SECTE POLITIQUE

Ce qui m'a frappé personnellement dans ce témoignage saisissant c'est la focalisation des PN, version gourous en puissance, sur l'occultisme, la fascination du père pour le nazisme et les camps de la mort. Comment ne pas penser que le PN a tout du facho de base? Mais pas simplement car c'est aussi un anar démocrate qui a toujours raison (mais il oblige sa fille gamine à se farcir Le Capital pour qu'elle comprenne l'apport immense du marxisme...); il est autant anti-religieux que procédurier, autant victime de la terre entière que le premier à aller pleurer chez les flics (ou l'organe central), autant menteur à la louche que vantard pleurnichard ; on se méprend sur ses idées parce qu'on ne l'a pas vraiment lu ou écouté quand c'est lui qui est seul apte "à expliquer". Souvent il ne finit pas ses phrases pour exprimer sa lassitude d'avoir affaire à autant de crétins... ou pour inciter ses sectateurs à comprendre... "tu vois ce que je veux dire". C'est le zozo des sous-entendus permanents pourtant creux comme une baleine, incapable d'expliquer lorsque cela touche au trivial ou au détail.

Ce répugnant personnage qui oblige tous les soirs sa gamine à lui tenir le pot à pipi et à aller le vider après exposition de sa grosse bite sale et baveuse, par sa complexion mentale terroriste me fit penser à un gourou du CCI en 1993 que j'avais été parmi les premiers à identifier et à faire éjecter. L'explication des prémisses de secte à travers ce genre de personnalité opaque psychopathe est décrit limitativement à mon avis (profession oblige) par cette psychothérapeute estimable pour le couple ou la secte, sans aller jusqu'au politico-social, même si elle l'effleure pour l'entreprise (l'emprise dans l'entreprise... Ah AH... mais c'est de moi).

Lisons sa description lumineuse jamais analysée ni évoquée par les connards pros des sectes officielles psy et consorts (seuls autorisés à jacter à la télé) qui montre aussi qu'une secte ce peut être un couple, une famille qui croupit dans un état d'insanité mentale hors du contrôle de la société : "La "secte familiale à trois" dont j'ai été partie intégrante présentait la quasi-totalité des caractéristiques des sectes religieuses. Mon père qui me mettait en garde contre les gourous du dehors, avait lui-même tout d'un gourou. Sa rencontre avec l'occultisme, sa croyance dans les "pouvoirs spirituels" avaient fait de lui un homme fasciné par la domination, persuadé d'être un "esprit élu" et prêt à trangresser les règles communes".

Or, par extension, et avec ma coutumière habitude à faire sauter les barrières des genres, contre toute éthique moraliste nunuche en politique, et après plusieurs livres et articles sur l'errance politique du milieu maximaliste, je pense qu'on doit poser un regard attentif sur le comportement de la plupart des leaders politiques officiels ou de sectes. J'ai déjà démontré que Sarkozy est un PN de première, sa réapparition en donne confirmation chaque jour, mais aussi Monique Avril du CCI: on voit mise en oeuvre la même emprise, la même vampirisation des individus, la même soumission à des fantasmes terroristes, le même mal être chez les sectateurs qui eux ont un subconscient même s'ils sont des moutons de Panurge. En ce sens, le jour où il sera possible de débattre dans un parti politique de la nocivité et de la nécessité d'identifier et de paralyser ces tarés mentaux destructeurs on évoluera vers un regain de confiance dans la politique, contre l'emprise de ces soit disant guides ou leaders ou managers ou animateurs qui ne cachent que des anarchistes individualistes autoritaires. Mais il faudra avoir réfléchi sainement au phénomène en tant que "pouvoir spirituel" sur les autres (qui est en soi totalement déconnecté de l'argent ou de l'esprit capitaliste, quand le CCI devenu secte persistait dans l'amalgame), et annihilateur de toute conscience individuelle et capacité de décision collective, pour FORMULER COMME UNE NOUVELLE FRONTIERE DE CLASSE L'INTERDICTION D'EXERCER UN QUELCONQUE POUVOIR A CERTAINS INDIVIDUS PREDATEURS, POUR MAINTENIR UN CONTROLE PERMANENT DES DEVIANCES PRIVEES. Je vois déjà un contradicteur qui se moque de moi du fait que je fais une tautologie, le pouvoir capitaliste et de ses chefs de parti n'est-il pas par essence PN? Objection retenue mais pas contradictoire avec ma proposition d'une nouvelle "position de classe".

Enfin, quoique l'auteure ne se batte pas à ma connaissance sur un plan politique et que je n'ai pas ses capacités professionnelles et artistiques, je suis très fier qu'elle m'ait accordé cette dédicace:

"à Jean-Louis,
  • Partageant ce même combat de lutte contre l'emprise,
    avec toute mon amitié
    Maude.

mardi 7 octobre 2014

LA LUTTE DES CLASSES DANS L’AIRE ARABE (3)

"Explorateurs en lendemains" (?) nous a fait parvenir ce texte d'excellente qualité dont nous aimerions disposer des parties précédentes et ultérieures. Pour une fois que quelqu'un élève le débat contre les simplismes et récurrences du "danger islamiste". Ce texte a été envoyé aussi aux personnalités, cercles du milieu maximaliste, R.Goodfellow, et groupes pol comme le PCI, le CCI et la FGCI. (j'ai corrigé quelques fautes)



6/ MARX/ENGELS ET LAIRE ARABE



Marx et Engels ont échangé une correspondance au sujet des caractéristiques de laire arabe. Dans une lettre du 26 mai 1853 Engels commente un livre du révérend Charles Forster, « La géographie historique de lArabie ». Il en tire une série de remarques sur lhistoire des tribus arabes et lidentité dorigine des arabes et des hébreux:

« 1. La prétendue généalogie de Noé, Abraham, etc.qui figure dans la genèse est lénumération assez exacte des tribus de bédouins qui existaient alors selon leur plus ou moins grand degré de parenté dialectale. Comme on sait, les tribus de bédouins continuent de sappeler de nos jours les Beni Saled, les Beni Jussuf, etc., c.à.d fils dun tel ou dun tel. Cette dénomination produit dun mode de vie patriarcal, donne finalement naissance à ce genre de généalogie. Lénumération que fait la genèse se trouve plus ou moins attestée par les anciens géographes et les voyageurs modernes attestent que ces noms anciens subsistent encore la plupart du temps avec des modifications dialectales. Mais ce qui en découle, cest que les Juifs ne sont eux-mêmes quune petite tribu de bédouins parmi les autres que certaines circonstances locales, un mode dagriculture, différencièrent des autres bédouins. »

La différenciation entre arabes et juifs repose donc sur des données parfaitement matérialistes et non pas religieuses. Les distinctions religieuses découlant de la différenciation ultérieure dans la structure économique et sociale du fait de circonstances géo-historiques ayant conditionné une certaine évolution de lactivité productive.

En outre, même dans la religion Engels décèle une souche commune et ramène les religions juive et musulmane à un vieux fond monothéiste commun tout en expliquant les différences par la séparation entre nomades et sédentaires déjà évoquée:

« En ce qui concerne le charlatanisme religieux, les vieilles inscriptions du Sud ou prédomine encore la tradition monothéiste (comme chez les indiens dAmérique) vieille tradition nationale arabe, et dont la tradition hébraïque nest quune faible partie, ces inscriptions tendent à prouver que comme tout mouvement religieux, la révolution religieuse de Mahomet était une réaction pure et simple, un soit disant retour à la simplicité et à la tradition anciennes. Une chose mapparaît maintenant avec évidence: cette prétendue sainte écriture juive nest rien dautre que la transcription de lantique tradition religieuse et tribale des anciens Arabes qui sest trouvée modifiée du fait que très tôt les Juifs se séparèrent de leurs voisins issus de la même souche mais nomades. Cette évolution historique distincte sexplique par le fait que, du côté Arabe, la Palestine nest bordée que par le désert, qui est un pays bédouin. »

Dans « La naissance de lIslam », de Toufic Fahd, on trouve un commentaire qui renforce le point de vue dEngels au sujet du monothéisme primitif des arabes et sur son appréciation de la réaction religieuse mahométane :

« Al-Lâ ou Allâh, forme assimilée dal-Ilâh, léquivalent de laccadien Il et du cananéen El, désignait comme ces derniers, la divinité impersonnalisée et se confondait couramment avec la première personne de la trinité sémitique, constituée par le Père, la Mère et le Fils. Limportance prise par la Mère, al-Uzzä, par le fils Hubal, et par les deux filles , al-Lât et Manât, avait éclipsé Allâh, le père de tous, le Dieu universel. La mission de Mahomet consistera à redonner sa place de premier et dunique à Allâh, ainsi quavait fait Abraham pour Elohîm et Moïse pour Yahvé.
Dans lesprit de Mahomet, le monothéisme primitif des Arabes était indéniable. Il sagissait dy retourner. » (p651 Histoire des religions II La Pléiade )

Au-delà de ce caractère originel de la religion musulmane et de son
aspect de réaction et de retour aux sources il faudra déterminer ce qui en fait loriginalité et en quoi cela répondait à des données matérielles et historiques propres à cette aire et aux relations quelle entretenait avec les aires environnantes. On trouve des éléments intéressants dans louvrage de Maxime RODINSON sur la vie de Mahomet.

Au sujet des invasions arabes, Engels rappelle que les tribus arabes nont pas surgi du désert pour la première fois soudainement sous Mahomet mais quelles ont régulièrement progressé dans toute cette aire, ce qui est important pour démystifier le caractère surnaturel de ces invasions:

« «2. En ce qui concerne cette grande invasion arabe dont nous parlions autrefois: le livre fait apparaître que, tout comme pour les Mongols, les invasions bédouines furent périodiques, que lempire assyrien et celui de Babylone ont été fondés par des tribus bédouines à lendroit même ou plus tard sélèvera le califat de Bagdad. Les Chaldéens, fondateurs de lempire babylonien, vivent encore dans la même localité et sous le même nom, les Beni Chaled. Lédification de grandes villes comme Ninive et Babylone sest faite exactement de la même façon que la fondation, il y a 300 ans aux Indes orientales, à la suite des invasions afghane, tatare etc. de villes gigantesques analogues, Agra, Dehli, Lahore, Multan. Linvasion musulmane perd par là même beaucoup de son caractère singulier. »

Non seulement linvasion arabe musulmane nest pas véritablement originale puisque lon retrouve le même phénomène avec les Mongols, les Tatares, etc. peuples également nomades, mais encore toute laire orientale arabe actuelle était depuis longtemps et régulièrement investie et occupée par des tribus arabes depuis la plus haute antiquité, et notamment à lemplacement des capitales des empires de lantiquité.

En outre Engels rappelle que les Arabes de lépoque pré islamique avaient atteint un degré élevé de civilisation et ne pouvaient donc pas être considérés uniquement comme des bédouins:

« 3. Il semble que dans le Sud Ouest, là où ils sétaient sédentarisés, les Arabes aient été un peuple aussi civilisé que les Egyptiens, les assyriens, etc. comme lattestent leurs monuments. »  
Dans une lettre du 2/06/1853 Marx reprend ce sujet :

«  Au sujet des Hébreux et des Arabes ta lettre ma beaucoup intéressé. Dailleurs: 1. On peut prouver, dans toutes les tribus orientales, un rapport général entre la sédentarisation dune partie de celles-ci et la persistance de la vie nomade chez les autres, depuis que lhistoire existe.1 2. Au temps de Mahomet, la route commerciale dEurope en Asie avait changé considérablement de parcours et les villes dArabie qui avaient eu une grande part au trafic avec lInde etc. , se trouvaient commercialement en décadence, ce qui a en tout cas aussi provoqué cette évolution. » (Correspondance tome III éditions sociales)


Toutes les sociétés orientales évoluent depuis le passage du stade chasseur/cueilleur au stade agriculteur/éleveur au travers de ce rapport général entre sédentaires et nomades. Dautre part la question du rôle des changements de voies commerciales dans la révolution islamique est à mettre en rapport avec le développement de la valeur déchange dans toute cette aire et avec les conséquences sur lorganisation communautaire des Arabes, en particulier des bédouins dont la survie était en étroite liaison avec les villes commerçantes.

Marx poursuit:

« 3. En ce qui concerne la religion, la question se ramène à une question générale, à laquelle il est donc facile de répondre: pourquoi lhistoire de lOrient se présente-t-elle comme une histoire des religions? 
Sur la constitution des villes en Orient, il ny a pas de lecture plus parlante, plus brillante et de plus convaincante que le vieux François Bernier (pendant 9 ans médecin dAurangzeb), « Voyages contenant la description des états du grand Moghol, etc. » Il explique aussi les questions militaires, le mode dapprovisionnement de ces grandes armées, etc. »

Cest de la lecture de Bernier que Marx va tirer une remarque fondamentale sur lhistoire de lOrient:

« Bernier décèle très justement la forme fondamentale de tous les phénomènes de lOrient - il parle de la Turquie, de la Perse, de lHindoustan - dans le fait quil nexistait pas de propriété foncière privée. Et cest là la véritable clef même du ciel oriental. »2

A quoi Engels répond dans une lettre du 6/06/1853 en confirmant et en développant sur les fondements matériels et historiques de cette absence de propriété foncière privée:

«  Labsence de propriété foncière est en effet la clef de tout lOrient. Cest là-dessus que repose lhistoire politique et religieuse. Mais doù vient que les Orientaux narrivent pas à la propriété foncière, même pas sous forme féodale? Je crois que cela tient principalement au climat, allié aux conditions du sol, surtout aux grandes étendues désertiques qui vont du Sahara, à travers lArabie , la Perse, lInde et la Tatarie, jusquaux hauts plateaux asiatiques. Lirrigation artificielle est ici la condition première de lagriculture ; or, celle-ci est laffaire, ou bien des communes, des provinces, ou bien du gouvernement central. En Orient, le gouvernement navait jamais que trois départements ministériels: les finances (pillage du pays), la guerre ( pillage du pays et de létranger), et les travaux publics, pour veiller à la reproduction. Aux Indes, le gouvernement britannique a réglé les numéros 1 et 2 et jeté complètement par-dessus bord le numéro 3 - et lagriculture indienne va à sa perte. La libre concurrence subit là-bas un échec complet. »

Mais il amène un élément pour expliquer le déclin commercial des Arabes avant Mahomet, et ceci en lien avec les caractéristiques propres à lOrient ci-dessus précisées:

«  Cette fertilisation artificielle du sol, qui cessa dès que les conduites deau se détériorèrent, explique le fait, autrement bien étrange, que de vastes zones soient aujourdhui désertes et incultes, qui autrefois étaient magnifiquement cultivées ( Palmyre, Petra, les ruines du Yémen, x localités en Egypte et en Perse, et dans lHindoustan); ceci explique également quune seule guerre dévastatrice ait pu dépeupler un pays pour des siècles et le dépouiller de toute sa civilisation. Cest dans cet ordre didées que se situe également , je crois lanéantissement du commerce de lArabie méridionale avant Mahomet, que tu considères très justement comme un des éléments capitaux de la révolution mahométane. »

Les conditions prédominantes dans tout lOrient déterminent lexistence et la pérennisation du MPA qui a besoin du système dirrigation des terres. Mais les guerres, souvent menées par des peuples nomades poussés par la surpopulation ou lappauvrissement des pâturages, ou des royaumes rivaux, peuvent anéantir rapidement et pour des siècles la civilisation dans ces aires en réduisant les infrastructures à des ruines. Le développement du commerce et par conséquent le mouvement de la valeur déchange en sont eux-mêmes ruinés. Ce qui influe sur les voies du commerce mondial et notamment entre Orient et Occident:

« Je ne connais pas avec assez de précision lhistoire du commerce des six premiers siècles de lère chrétienne pour pouvoir juger dans quelle mesure des causes matérielles générales , à léchelle mondiale, firent préférer la voie commerciale qui par la Perse mène à la mer Noire, et par le golfe Persique , à la Syrie et lAsie Mineure, à la route qui empruntait la mer Rouge. Il est une chose en tout cas qui ne fut certainement pas sans grandes conséquences: cest la sécurité relative des caravanes dans lempire persan bien gouverné des Sassanides, alors que le Yémen fut, de 200 à 600, constamment asservi, envahi et pillé par les Abyssins. »

Ainsi il est parfaitement clair que sous leffet de différentes causes historiques les voies commerciales sétaient déplacées de la Mer Rouge vers le Golfe Persique. Parmi ces causes, les guerres menées par les Ethiopiens en Arabie méridionale, appuyés par les Byzantins en guerre permanente avec la Perse avaient provoqué le déclin de la civilisation arabe du Sud:


« Les villes de lArabie méridionale, encore florissantes sous les Romains, nétaient au VII° siècle que de véritables déserts de ruines ; en 500 ans, les Bédouins du voisinage sétaient appropriés sur leurs origines des traditions fabuleuses et purement mythiques (voir le Coran et lhistorien arabe NOVAÏRI); et lalphabet avec lequel leurs inscriptions étaient composées était presque totalement inconnu, bien quil ny en eût pas dautre, de sorte que lécriture était tombée de facto dans loubli . Des choses de ce genre supposent, non seulement un refoulement, provoqué par des conditions commerciales générales, mais une destruction directe et brutale, telle que seule linvasion éthiopienne peut lexpliquer. Lexpulsion des Abyssins eut lieu environ 40 ans avant Mahomet et fut manifestement le premier acte du réveil national arabe, qui était en outre exacerbé par des invasions persanes venues du Nord qui savancèrent presque jusquà La Mecque.»

Engels tire donc aussi une série de remarques sur les superstructures idéologiques et il conclut ainsi sur Mahomet:

« Je ne vais aborder que ces jours-ci lhistoire de Mahomet lui-même; mais jusquà présent , elle me semble présenter le caractère dune réaction bédouine contre les fellahs des villes, sédentaires mais en déclin, en pleine décadence religieuse aussi à lépoque, qui mêlaient un culte de la nature abâtardi à un judaïsme et un christianisme également abâtardis. »

Nous ne savons pas si Engels a poursuivi ses recherches sur ce point, mais son analyse nous paraît à ce moment trop unilatérale, ne tenant pas assez compte de la lutte au sein des villes mêmes et par conséquent de la différenciation de classe à lintérieur des tribus citadines, comme à La Mecque dans la tribu des Qorayshites.

Cette différenciation a été produite par le développement du commerce et lautonomisation de la valeur déchange dans des villes dont la situation était privilégiée, rapprochant certaines couches de ces tribus, écartées des richesses ou du pouvoir de décision, des Bédouins qui étaient directement frappés par les troubles du VI° siècle et par une probable tendance à la surpopulation relative aux conditions du moment.

Il faut notamment tenir compte du fait quune civilisation ancienne exista tant dans lactuel Sahara que dans les déserts dArabie, et que les actuelles oasis ne sont plus que lévocation de grands lacs dont lassèchement, sous leffet de changements climatiques naturels, a probablement été accéléré par les déboisements et lélevage, en particulier des ovins, rendant la situation des populations de ces contrées de plus en plus difficile et dépendante des flux commerciaux et de leurs fluctuations. Ainsi les tribus de Bédouins qui dépendaient du commerce de lArabie du Sud ont du subir de plein fouet la décadence de cette région et les remaniements des routes commerciales, alors que celles de la région de La Mecque semblent au contraire en avoir profité.

Les conflits dintérêts ont ainsi frappé les relations entre tribus mais encore entre clans et entre membres dun même clan. Mais les conditions générales ne permettaient pas non plus lémergence des classes sociales modernes, doù la nécessité de trouver pour la classe des marchands une forme de domination qui sadapte au fondement tribal tout en unifiant les tribus contre les perses et les byzantins. Le développement de la valeur déchange devait être favorisé en évitant quil ne dissolve les liens communautaires. Doù, comme pour les juifs, le rôle dintermédiaires marchand entre orient et occident joué par les arabes durant tout le moyen-âge, et le rôle des croisades occidentales pour essayer de les en débouter.

Par la suite, le développement de la « civilisation islamique» est déterminé par ce rôle joué par les arabes, après lunification de la péninsule arabique et les invasions des empires romain et perse décadents, dans le commerce entre orient et occident. La monopolisation de ce dernier par les arabes est comme une revanche historique sur les maux quils ont endurés de la part des empires rivaux du Nord. Et les profits énormes quils en ont retiré ont plus que compensé la faible capacité productive des campagnes de lempire musulman.

Lassociation des tribus de Bédouins par Mahomet et ses successeurs à lexpansion arabe et à la domination commerciale arabe permit de surmonter ces difficultés tout en maintenant le caractère et les idéaux communautaires de celles-ci. Mais ceux-ci durent se modifier et sadapter aux nouvelles réalités ou entrer en pleine décadence.

7/ COMMUNAUTE, CLASSES ET ETAT DANS LAIRE ARABE

Nous avons déjà évoqué le caractère communautaire de lorganisation sociale dans le MPA, la persistance de ce caractère avec la propriété collective du sol dans tout lorient à la suite de Marx/Engels dans la partie II de ce travail. Or un grand nombre de ces caractères subsistent encore aujourdhui dans laire arabe et jouent un rôle important dans la lutte entre les classes qui sy déroule depuis la crise économique mondiale de 2008/2009. Notamment la persistance dune organisation tribale et dune certaine symbiose entre éleveurs nomades et agriculteurs sédentaires. Mais nous avons également précisé lexistence des classes sociales et de lEtat , et par conséquent de la lutte des classes malgré cette persistance. Pour autant la forme idéologique qua revêtu cette lutte et cet Etat, la religion islamique, perdure aussi et ressurgit sous des variantes politiques quil convient danalyser si lon veut être à même de comprendre les évènements en cours dans laire arabe et ses différentes extensions dans le monde ainsi que ses perspectives futures.

Toutefois cette lutte ne parvient pas, dans le cadre du MPA, à déboucher sur une révolution des rapports sociaux qui permettrait aux forces productives de se développer sur une nouvelle base. Ce qui ne signifie pas que les forces productives ne se développent plus, mais que si elles ne stagnent pas ou ne régressent pas, comme dans le cas où des guerres mettent en ruine les infrastructures, ce développement aboutit toujours au même résultat, au même renforcement de lEtat despotique et du mode de production asiatique sur lequel il repose. Ce développement apparaît avant tout comme expansion et nous verrons que dans le cas de laire arabe à lépoque de la civilisation islamique ce trait est particulièrement évident et entraîne de lui-même un nouveau développement, mais toujours sur les mêmes bases productives et suivant les mêmes rapports sociaux de production. Ce qui nexclut pas, tout au contraire, lapparition de caractères originaux propres à la civilisation arabe islamique. Parmi lesquels lusage de la langue arabe écrite et parlée dans un territoire allant de locéan Indien à lAtlantique. Or pour le marxisme le langage et lécriture constituent des moyens de production et par conséquent des forces productives.

Pour ce qui est du langage:

« On ne peut expliquer lorigine du langage et des langues quà partir des caractères matériels du milieu et de lorganisation de la production. La langue dun groupe humain est elle-même un de ses moyens de production. »
« Il ny a donc aucun doutes sur la définition marxiste: le langage est un des instruments de production. »
« Les forces productives matérielles de la société sont, aux différents stades du développement , la force de travail physique de lhomme les outils et instruments dont on dispose pour la mettre en application (). »

( « Facteur de race et de nation dans la théorie marxiste » BORDIGA)


En outre, la division du travail et la technique productive demeurent étroitement limitées en dehors des villes où sorganise le pouvoir. Ce qui na pas empêché la civilisation arabe de lépoque de lempire islamique, du califat, dêtre à lorigine de la généralisation à dautres aires dun nombre important de découvertes et dinventions quelle a su intégrer et adapter voire développer. Mais comme nous le signalons ci-dessus, la richesse de cette civilisation provient en grande partie du commerce entre orient et occident, et entre Afrique et Eurasie. DAfrique provenaient une grande partie de lor et des esclaves qui circulaient alors dans le monde dit civilisé… Autrement dit une grande partie de la richesse universelle et de la principale force productive, même si le MPE (mode de production esclavagiste) était déjà en voie dêtre supplanté en Occident par le MPF (mode de production féodal).

Si une vieille civilisation arabe et des Etats avaient existé dans cette aire avant lIslam, comme au Yémen ou dans le Croissant Fertile, dans toute lArabie centrale habitée essentiellement par des Bédouins il nexistait pas ou plus dEtat proprement dit.

Les Bédouins étaient organisés en Tribus:

«  Les Bédouins qui se reconnaissaient un ancêtre commun formaient une tribu subdivisée en clans (groupes de tentes) et en familles. Le clan était le cadre de vie en dehors duquel toute existence était impossible en raison de la très forte solidarité (asabiya) qui unissait les hommes. »

( «  La civilisation islamique » J. BURLOT - éditions Hachette)

Au sein, ou au dessus de cette organisation communautaire il nexiste pas dEtat proprement dit, dorganisation placée au dessus de classes sociales opposées et antagonistes, qui aurait répondu aux intérêts dune classe dominante. Celui-ci est encore contenu par des liens communautaires très forts. Doù le fait que le développement de la valeur déchange et sa pénétration dans la péninsule arabique en tendant à les dissoudre provoque une crise dont lIslam sera la solution historique, tout comme le christianisme le fut pour le monde romain. Par la suite lhistoire se poursuit comme le dit Marx sous la forme dhistoire des religions au travers des schismes et des sectes de lislam.

«  Les Bédouins se conformaient à un idéal moral (muruwa: virilité) fait de courage, dendurance, de dignité, du sens de lhonneur et de lhospitalité. La justice reposait sur la loi du talion et la vendetta (Thar) , ce qui entraînait des meurtres en série, sauf si on payait le prix du sang par une compensation (Diya). Le clan, élément principal de cette société, était dirigé par un cheikh (ou Sayyid) , doyen qui, loin de disposer dun pouvoir absolu, gouvernait assisté du conseil formé par lensemble des chefs de famille. »


(« La civilisation islamique » J.BURLOT - éditions Hachette)

On en était donc encore, au mieux, au stade précédent la confédération de tribus. Mais désormais le processus dautonomisation des classes et des individus vis-à-vis de la communauté est enclenché et irréversible. Cest de ce processus que naît lEtat islamique3. Les différentes tribus doivent se soumettre à Dieu, cette soumission relève de lindividu, car la loi de Dieu sapplique à tout individu quelle que soit son appartenance communautaire. LIslam permet la réalisation dune nouvelle communauté qui ne répond plus aux règles tribales mais tend à les subsumer dans un ensemble plus vaste qui inclut lexistence des classes sociales et contient leurs antagonismes dans des limites imposées par lEtat:

« Médine formait, désormais, on la dit, un Etat. Un Etat dun type spécial, mais indubitablement un Etat. Cétait un Etat théocratique, cest-à-dire que le pouvoir suprême était dévolu à Allah lui-même. Allah fait entendre sa volonté par lorgane de Mohammad et par lui seul. Si nous estimons que la voix dAllah cest en réalité linconscient de Mohammad, il faut en déduire que nous avons affaire en principe à une monarchie absolue. Qui pourrait tempérer, infléchir, modifier, contredire la volonté dAllah?
Pourtant, en pratique, il nen est pas tout à fait ainsi. Cest quAllah ne fait entendre sa voix que dans les grandes occasions. Les décisions multiples qui doivent être prises pour diriger et organiser la vie de la communauté médinoise dépendent, en principe, des mêmes autorités quautrefois: les chefs des conseils . »
( Mahomet - M.RODINSON - idem -p.254/255)

Au sujet de la crise générée dans cette société tribale avec son organisation communautaire clanique en rapport avec le développement de la valeur déchange, encore une citation de J.Burlot:

«  La Mecque occupe une dépression entre des montagnes abruptes et dénudées. Elle avait été fondée environ deux siècles avant lhégire et les qorayshites qui sy sédentarisèrent. Ils firent de la ville un sanctuaire et un marché. La Kaaba, cube de maçonnerie dont on fit remonter la création plus tard à Abraham, jouissait dune grande notoriété, grâce à la pierre noire, une météorite qui y était enchâssée. Chaque année sy déroulait un pèlerinage en liaison avec les foires qui se tenaient dans les contrées environnantes. Ainsi à Ukaz une grande foire servait aussi de cadre à des concours de poètes arabes et on y venait pour dénoncer les traîtres et les ennemis et réclamer justice. La Kaaba et le pèlerinage procuraient aux Qorayshites un grand prestige auprès des autres tribus arabes. Bien située à mi-chemin entre le Yémen et la Syrie, La Mecque était devenue une plate-forme commerciale qui avait profité des troubles que le Yémen connut au VI° siècle. On semble déceler dans la période de jeunesse du Prophète une véritable course à lenrichissement qui portait ombrage à lancien idéal tribal. »

Ceci confirme ce quavancent Marx et Engels dans les citations précédentes.

Ainsi des classes se précisent au sein de la société tribale des Bédouins et la nécessité dun Etat découle des conflits dintérêt entre elles.

Avant même le VI° siècle, la tendance à la dissolution de la communauté tribale chez les Bédouins est patente. Mais les classes ne sautonomisent pas plus que lindividu face à la communauté, elles sont même souvent résorbées du fait des conditions précaires de la production. Car la société bédouine:
«  est basée en principe sur légalité. Chaque membre de la tribu est égal à chacun des autres. Tout groupe se choisit bien un chef (Sayed). Mais son autorité dépend strictement de son prestige personnel. Il doit veiller à maintenir celui-ci intact. Il en va de son rang. Aussi doit-il déborder de qualités, se conserver une clientèle par ses largesses et par son affabilité , faire preuve de modération en toutes circonstances, suivre la volonté secrète de ceux quil entend commander et pourtant faire preuve de vaillance et dautorité. Et, à la réunion générale du clan, le véto dun seul pouvait remettre en question une décision importante. Pourtant tous ne sont pas égaux à strictement parler. Certains clans se sont enrichis par la razzia, par le commerce, par le prélèvement de redevances sur les sédentaires ou même sur dautres nomades. Des personnalités même dun clan donné ont acquis à certains moments une fortune personnelle. Il y a donc des riches et des pauvres. Mais il suffit dune période de sècheresse ou dune péripétie guerrière pour ramener brutalement légalité dans la misère. »

(Mahomet - Maxime RODINSON - éditions du Seuil - points politique p.34/35)

HOURANI souligne quil existe une symbiose entre éleveurs nomades et agriculteurs sédentaires. Néanmoins celle-ci tend continuellement à faire pencher la balance au profit des uns ou des autres, justifiant pour son rétablissement la restauration de lunité despotique centrale.

Une chose est à noter lors du développement du nouvel Etat, alors que le prophète sétait révolté contre lélite de La Mecque, cest cette même élite qui fraîchement convertie format la direction des troupes qui vont envahir les territoires perses et romains. Mais ce faisant, cette extension hors du désert dans les territoires plus fertiles et plus développés du croissant fertile et de la Mésopotamie jusqu aux plateaux iraniens à lest et lEgypte à louest vont modifier la forme même de lEtat. Il ne sagira plus dun Etat formé par des tribus commerçantes dominant des tribus nomades déleveurs de chameaux et de sédentaires agriculteurs de rares oasis surpeuplées, mais dun véritable Etat de substitution des Etats despotiques perses et romains.
Le déclin de lempire arabe est perceptible dès le XI° siècle, autrement dit en rapport avec le développement du MPF en Europe occidentale. La citation suivante de Hourani nous donne une partie de lexplication:

« Les grandes villes étaient aussi des centres manufacturiers qui produisaient des biens courants pour le marché local - textiles, ferronneries, poteries, cuirs et produits alimentaires transformés - et des articles de qualité, en particulier des tissus fins, pour une aire bien plus étendue. Certaines données indiquent, cependant, que la production pour les marchés extérieurs au monde musulman se restreignit à partir du XI° siècle et que le commerce de transit darticles fabriqués ailleurs- en Chine, en Inde, ou en Europe occidentale - samplifia. Cette évolution était liée à la renaissance de la vie urbaine en Europe, et en particulier au développement des industries textiles en Italie. »

(Histoire des peuples arabes - Albert HOURANI - éditions du Seuil - Point histoire. P158)



1 En ce qui concerne cette caractérisation de la grande aire orientale dont fait partie l’aire arabe, on peut dire à la suite de Albert Hourani (HISTOIRE DES PEUPLES ARABES p.140 à 148) qu’une symbiose se produit entre sédentaires et nomades et que certains évènements peuvent la perturber. C’est cette symbiose qui constitue l’essentiel du rapport général entre tribus nomades et sédentaires dont parle Marx. Mais elle se situe dans chaque cas particulier à un niveau de développement historique donné auquel correspond une structure économique et sociale déterminée. Dans l’aire arabe les tribus de marchands font le lien entre nomades et sédentaires et tendent à dominer l’ensemble. La société islamique est une société marchande qui repose sur ce type de symbiose. D’où le développement de villes importantes, sièges de la classe dominante, autour des centres de commerce dans une vaste étendue rurale et désertique.

2 Cette absence de véritable propriété foncière privée va constituer un obstacle majeur au développement du MPC dans les colonies et même après l’accession à l’indépendance des ex colonies cette donnée majeure continue à jouer un rôle de frein malgré le vaste mouvement d’expropriation qui touche les masses rurales. Les populations nomades constituent un obstacle particulièrement gênant pour le développement du MPC comme on peut le voir avec les Touaregs à cheval sur les territoires de plusieurs Etats du Sahel et d’Afrique du Nord. En Russie, la nationalisation des terres, après la phase révolutionnaire prolétarienne, faisait pendant à la persistance de la communauté villageoise et la propriété foncière privée n’a pu avoir de réalité légale qu’après les restructurations de l’époque de Eltsine ouvrant la voie à une modernisation du capitalisme et à sa domination réelle dans l’agriculture. Désormais la grande agriculture capitaliste peut anéantir la petite agriculture domestique et balayer les vestiges de la communauté villageoise. Nous essaierons de voir comment cette situation a évolué dans les principaux pays de l’aire arabe, et notamment au Maghreb, qui fut précocement colonisé par la France.

3 L’histoire des arabes fournit encore un exemple supplémentaire à l’appui de la thèse marxiste de la genèse de l’Etat dans l’histoire à partir de la division de la société en classes et sur la nature de classe de tout Etat. On peut ainsi mesurer à quel point est opposée aux enseignements du marxisme les délires de Controverses qui, s’appuyant sur l’idéologie bourgeoise colportée par certains auteurs, prétendent que les classes naissent a contrario de l’Etat, et qu’il pourrait exister un Etat sans classes. Même la dictature du prolétariat est un Etat de classe malgré ses spécificités. Ce qui n’exclut pas la possibilité dans certaines circonstances historiques qu’un Etat s’autonomise et tende à s’affranchir momentanément des classes, comme la monarchie absolue à certains moments de son histoire en Europe occidentale. Mais il s’agit alors de l’exception qui confirme la règle. D’ailleurs, à y regarder de plus près on trouvera toujours une fraction des classes dominantes derrière ce type d’Etat, comme l’aristocratie foncière, ou bien l’influence indirecte de nouvelles classes montantes, comme la bourgeoisie financière ou commerciale, d‘où la possibilité au début du développement d‘un nouveau mode de production que celui-ci apparaisse comme un produit de l‘action de l‘Etat: féodalisme ou capitalisme d‘Etat.