"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

samedi 21 septembre 2013

Pourquoi l’extrême droite est impuissante ?



Les principaux défis posés à l’intérieur de la société moderne, dans à peu près tous les pays, reposent sur une culture bourgeoise de la négation du prolétariat international. Les défis au lendemain assuré sont le chômage de masse permanent l’insécurité sociale et civile (agressions des voyous et des policiers), et l’incapacité du capitalisme à intégrer dans les pays dominants une masse toujours croissante de migrants poussés à fuir la misère de leur pays d’origine.
Cette réalité sociale est quotidiennement occultée par les médias en général et surtout par un irénisme de la gauche bourgeoise et de ses succédanés gauchistes et anarchistes. Pour cette faction de la bourgeoisie, au pouvoir en France en ce moment, il n’y a pas de problème d’immigration ni d’allocations familiales indûment versées ni de criminalité excessive venant de l’immigration, le seul problème se résume au « racisme » et à la « montée de l’extrême droite ». Il y a une sorte d’aveuglement volontaire et de déni crétin de l’éclatement de la société en intérêts de clocher, en injustices notoires et mensonges réitérés des organismes de la justice bourgeoise et de ses corps mercenaires. Ce n’est pas un hasard si l’antiracisme ordinaire et l’antifascisme de salon exigent le « respect des institutions », de la « légalité » et de la « justice » ; c’est le cache-sexe de leur hypocrisie. Quand les uniformes « institutionnels » opèrent aux expulsions en général, les groupes gauchistes sont absents. Et si certains de leurs mandants sont présents ils font un raffut ponctuel sans lendemain, sachant eux aussi que de toute façon « la France ne peut pas accueillir toute la misère du monde » mais le taisant dans leur confortable posture de protestataires ! En même temps que de véritables expulsions honteuses de travailleurs honnêtes, ont lieu des reconduites à la frontière des Roms qui, eux, reviennent systématiquement et font de plus en plus masse dans les métropoles comme Lille et Paris ou aux portes de nombreux villages ; et sont responsables de nombreux cambriolages, pourquoi le cacher ?
Pendant des années la presse bourgeoise nous a seriné le danger d’un afflux massif d’immigrants aux frontières de l’Europe sans plus s’en soucier d’ailleurs que la montée du chômage ou l’arrogance des divers politiciens. On y est. Et ça pousse aux frontières de l’Espagne et de la Grèce… On focalise sur les méchants néo-nazis de « Aube dorée » - qui ont en effet tué ou brutalisé salement de pauvres prolétaires immigrés – mais jamais on n’attribue la responsabilité de cet afflux, ou plutôt d’une situation excédentaire d’immigrés africains en particulier… invités par la bourgeoisie grecque à venir bâtir les installations pour les jeux olympiques de prestige… sans se soucier de leur sort une fois la festivité sportive terminée ; il se produit le même phénomène en Angleterre bourgeoise, qui se met à son tour à imaginer un barrage filtrant plus étroit.
Au lieu de considérer ce phénomène et de réfléchir à ce qu’il signifie sur l’état actuel du capitalisme et de sa crise, la gauchocratie dénonce les conséquences politiques premières de cet afflux, veut culpabiliser ceux qui s’en inquiètent en les traitant courtoisement de racistes ou de fascistes, en considérant toujours qu’ils sont des proies pour le FN ou des électeurs confirmés de ce parti minable d’extrême droite légaliste et peureuse. La pauvreté théorique et politique des discours gauchistes et anarchistes vaut bien le discours simpliste des populistes ! La complicité des médias avec les clans « antifas » des gosses de riches est patente avec la façon dont ils tentent de relancer un intérêt pour l’épisode Méric. Ce parti français de fille Le Pen, comme ses confrères dits « extrêmes » en Europe, se classe chez les observateurs les moins sectaires (voire les plus honnêtes)  dans la catégorie « populiste », que la même propagande de gauche bourgeoise présente comme « facho light ». Les leaders de ces partis populistes, soucieux de légitimité et de bienséance, comme en Scandinavie ou en France, condamnent les propos publics racistes et xénophobes de certains de leurs militants ou sympathisants, et cela ne signifie pas bien sûr que les concepts de base racistes et xénophobes ont disparu, dedans ou en dehors de ce type de parti qui compte finalement peu de monde comparés aux partis d’extrême droite des années 1930 ; et une majorité de vieux.
Contre l’hypocrite appel européen à « l’ouverture des frontières », les populistes accusent leurs confrères « européistes » de « brader » les valeurs nationales, de « fragiliser » l’identité nationale, voire même d’ « abandonner » la nation aux étrangers, c'est-à-dire à l’immigration musulmane, qui était déjà stigmatisée bien avant les attentats du 11 septembre à New York. Cette façon de tout faire reposer sur le bricolage propagandiste du FN est typique de la façon qu’ont les élites bourgeoises de prendre les gens pour ces cons. On peut constater qu’il y a des immigrés qui foutent la merde sans écouter spécialement les propos de Mme Le Pen, et sans être raciste ! L’élite bourgeoise encadre ainsi « l’opinion », pour ne pas dire qu’elle la met en boîte, afin de tuer non pas la xénophobie (qui serait naturelle en bas chez les petits sans cervelle autre que la blondasse « facho light »), mais d’empêcher toute réelle réflexion sur les limites du pouvoir bourgeois. Celui-ci joue les grands seigneurs moralistes en mentant ouvertement : la même chance pour tous, ouverture des frontières, fraternité entre les religions. Quand, en réalité les prolétaires de souche ou immigrés font face : aux perpétuelles inégalités de classe, au flicage généralisé pas seulement aux frontières, et à la principale religion policière l’islam qui a le mérite pour l’Etat bourgeois de générer tous les fantasmes mais aussi d’imposer des accoutrements sordides. C’est l’Etat bourgeois, les gauchistes et le FN qui plaquent sur le dos des gens une « peur de perdre son identité nationale » : bande de menteurs ! Ce n’est pas de perte d’identité nationale que la majorité des prolétaires ont peur mais surtout d’une peur de perte de la modernité libertaire (je ne trouve pas d’autres mots) où la vie de tous les jours ne soit pas un défilé de gens ghettoïsés dans leur tête et dans leur habillement avec des accoutrements d’arriérés en tout cas où, à la misère, ne s’ajoute pas un sentiment d’étrangeté, non à son propre pays mais à la communauté humaine !
Le déguisement folklorique musulman est un voile utile à l’Etat actuel, et même indispensable pour détruire l’identité de classe à un niveau plus nocif que le catholicisme des migrants polonais si utile à l’ordre étatique en milieu ouvrier avant guerre. Ce n’est pas un hasard si l’islam est lié au terrorisme et aux guerres incessantes. Il est une arme à double face, autorité constituée admise par l’Etat démocratique pour diviser les prolétaires, il renvoie en même temps à une guerre civile interne opaque où ce même Etat bourgeois serait le rempart contre les abus. L’islam est une Hydre de Lerne à deux têtes, l’une respectable nommée Religion et l’autre à stigmatiser comme nouvel axe du mal substitutif aux horreurs du capitalisme[1].
Ce n’est ni un scoop ni une invention des « fachos », l’immigration a toujours posé problème, en premier lieu dans la classe ouvrière, pour la concurrence qu’elle introduit et la compétition patronale des salaires à la baisse. Cela s’est aggravé avec le chômage de masse depuis une trentaine d’années et ce constat les moralistes « antiracistes » ne peuvent pas le gommer de l’histoire réelle sans affects et sans déni de la réalité.

DETACHER L’EXTREME DROITE DES PROBLEMES AUXQUELS ELLE N’A AUCUNE SOLUTION

Mais comment l’extrême droite – ou son expression hétérogène dite populiste - « résout-elle » (ou résoudrait-elle) ce qui est d’abord une question de crise du capital mondial et fabrique de la misère généralisée ? A-t-elle une solution au chômage, en limitant drastiquement l’arrivée des migrants, en les expulsant en masse si elle parvenait au pouvoir ? Hélas pour ses tenanciers, cette fraction bourgeoise n’a pas plus de solution que les autres face au marasme économique, face à des populations que se débandent partout face aux guerres impérialistes locales, face à la misère noire. Le capitalisme pisse le sang partout, déverse les hommes comme des ordures ou les laisse se noyer en mer. Le chômage lui-même n’est pas dû aux migrants qui occupent généralement plutôt les emplois de service ou du bâtiment, les sales boulots mal payés. Leur expulsion ou freinage massif ne permettrait pas de rouvrir usines ou entreprises qui ferment ou vont fermer à cause de la compétition mondiale acharnée.
Ces partis populistes essaient d’agrémenter leurs promesses électorales de bistrot par des actions caritatives ridicules ; ainsi a-t-on vu en France une année un « resto du cœur »… facho, ou ailleurs des soupes anti-hallal. En Grèce le parti « Aube dorée », diable numéro 1 en Europe pour toute l’intelligentsia gauchiste qui a besoin de défendre la démocratie bourgeoise comme hier elle défendait le stalinisme, a ouvert un bureau pôle emploi qui n’a rien à proposer aux chômeurs qui viennent à hanter les lieux. Voilà une fois que vous avez détaché ladite extrême droite de ses mirages politiques, elle pend comme les autres factions bourgeoises, dans le vide.

COMMENT LES MEDIAS GONFLENT ET DETOURNENT DES VRAIS PROBLEMES ? (la gestion impuissante d’un système à la dérive)

Le journaliste gauchiste Pierre Haski exploite la mort accidentelle d’un activiste anarchiste sur Rue 89: « Difficile de ne pas y penser. L’agression mortelle contre Clément Méric en plein cœur de Paris évoque aussitôt les images disparates venues d’ailleurs en Europe, des nervis d’Aube dorée en Grèce faisant la chasse aux migrants, à la nébuleuse néonazie de l’est de l’Allemagne, ou au délire criminel d’Anders Breivik en Norvège. A travers l’Europe, on assiste depuis quelques années, dans un climat de crise économique, sociale, et souvent identitaire, à l’inquiétante montée en puissance d’une frange d’extrême droite radicalisée, qui prospère à côté de partis populistes ou à l’ancrage d’extrême droite plus ancien, comme le Front national de la famille Le Pen. Nous racontions, il y a seulement quelques jours, ces histoires insupportables de migrants agressés en Grèce : 154 « incidents de violence raciste contre des réfugiés et des migrants » en 2012, selon un réseau de recensement de la violence raciste ».
Ce pitre imbus de son importance annonce une « Dérive vers le nazisme » et informe de son animation (sic) d’un débat dans une salle parisienne (au moment du pic de l’affaire Méric) autour du film « Guerrières » du cinéaste allemand David Wnendt, qui met en scène le quotidien de Marisa, une jeune néonazie de l’est de l’Allemagne. Le même jour, coïncidence troublante (hé hé), s’ouvrait à Munich le procès de Beate Zschäpe, 38 ans, accusée de neuf meurtres xénophobes entre 2000 et 2006, et de l’assassinat d’une policière en 2007. « Guerrières » est un film dérangeant, qui montre la dérive vers le nazisme d’un groupe de jeunes désœuvrés, marginalisés dans l’Allemagne réunifiée, et pour qui l’étranger devient le bouc émissaire idéal. Le film commence par un tabassage d’un couple vietnamien dans un train allemand ; il aurait pu s’agir d’un Afghan en Grèce ». Suit un Résumé du débat simpliste entre gauchistes : Les divers groupes « fachos » sont unis par l’islamophobie, la haine de l’immigration, le racisme, la xénophobie, un nationalisme radical etc.
La réponse extraite par le journaliste gauchiste nous fit pisser de rire : « La réponse à cette crise multiple ne peut être ni le repli national, qui ferait le lit de ces nationalismes renaissants, ni la poursuite de ces politiques de rigueur extrême, qui font des peuples les premières victimes d’une crise systémique ». Et une réponse « européenne crédible ». Toujours aussi creux les journalistes même en plein exercice de la « voix de son maître » !
Le FN a pris de l’embonpoint électoral en France face aux attaques anti-ouvrières des premiers gouvernements Mitterrand, on veut nous le faire oublier, et a connu un essor relatif avec la précarisation généralisée et la fin du bloc stalinien, pas à cause d’un « racisme » anti-immigré ! A sa manière chauvine Marchais, dans les années 80 résolvait le problème au niveau des « femmes et hommes de ce pays » en vantant une classe ouvrière « française » contre la concurrence déloyale étrangère et sans honte de considérer que les difficultés sociales étaient engendrées par l'immigration de peuplement (cf. leur défense des nationalisations aux côtés des gauchistes, ne précise jamais pourquoi l’embauche y est strictement française !). Le moralisme bourgeois qui a succédé aux années « produisons français » ne vaut pas mieux : le droit de vote aux étrangers par le parti gouvernemental « hollandais » (cf sa déclaration provocatrice « l’immigration est une chance pour la France ») veut faire croire que la mystification électorale étendue aux derniers arrivés mettra de la soupe dans l’assiette !
Il n'y a pas de montée « inquiétante » de l'extrême droite – comprenez dans la cervelle de piaf des gauchistes : du « fascisme » -  en Europe. Ce qui a pu le plus ressembler à une "vague" a été la troisième vague néo-populiste, dans les années 1980. On a pu constater une hausse conjointe de différentes cliques : FN en France, Vlaams Belang en Belgique, la Ligue du Nord en Italie ou le FPÖ en Autriche. Or, elles n’ont aucun vrai programme crédible. Les électeurs ne sont des militants ni des soldats comme l’étaient les membres du parti nazi ; et comme tous les autres partis truands démocratiques, les appareils élisent les (futurs) élus ! Leur simili programme tourne autour de l’obsession contre l’immigration, le mariage à la con des homos, la bonne famille cocue traditionnelle et les faits divers qui permettent d’oblitérer toute sérieuse réflexion politique sur la façon de gouverner de la bourgeoisie et sa façon de rendre la justice arbitrairement toujours contre les victimes (car si la vocation des assassins de base et voleurs d’occasion n’était pas encouragée qui payerait les juges et magistrats ; et n’y aurait-il pas le risque de dévoiler plus vite que les principaux criminels sont membres du sommet de l’appareil d’Etat ?

Enfin ce que médias et gauchistes évitent de signaler : cette mouvante « populiste » n’est pas fasciste. Le fascisme fût une idéologie de montée vers la guerre, sponsorisé par la bourgeoisie pour détruire le peu qu’il restait de la théorie communiste. La guerre mondiale va en effet « créer des emplois » de toute sorte et relancer l’économie. Même si les plus tarés de leurs activistes veulent ressusciter un antisémitisme puant et débile, ce ne sont que petits clans dispersés et partis platement électoralistes sans réel projet alternatif ; aucun ne se risquerait à s’aliéner la sympathie de l’opinion « nationale » en exaltant une nouvelle guerre mondiale ! Et, enfin le plus important, il n’y a même plus à combattre le danger du « communisme », raison d’être principale du nazisme, puisque les résidus restants des partis staliniens sont en dessous de tout, au niveau des sectes gauchistes aussi impuissantes à offrir une alternative autre que « parlementaire » et « légaliste » que leurs frères ennemis.
La gauche et les gauchistes sont ridicules de croire qu’ils vont pouvoir faire fructifier éternellement leur fonds de commerce en stigmatisant systématiquement le FN. Chaque fois qu’il parvient à engranger des auto-élus aux municipales le FN trempe dans les mêmes malversations que toutes les cliques des partis officiels auto-promus auto-désignés qui se la pètent sur leurs estrades de foire ou dans les studios de TV. Comme les divers clowns de la mystification dite démocratique, ils sont tous impuissants à réguler un système en faillite. Au nom des horreurs maquillées  du passé, ce sont bien eux les nouveaux charlots qui pensent régner encore mille ans en se foutant de la gueule de prolétariat mondial.









[1] Lors de sa naissance l’Hydre de Lerne, créature de la mythologie antique grecque, ne possédait qu’une tête, l'immortelle qui se dédoubla ensuite pour en former plusieurs qui si elles étaient coupées lors des combats d’Héraclès repoussaient toujours. L’immigration comme l’antifascisme ou l’antiracisme, est une Hydre moderne.

lundi 16 septembre 2013

LES RAISONS (SORDIDES) DE l’ANTIRACISME ET DU LIBERALISME (salarial)DE LA BOURGEOISIE




L’article qui suit d’une journaliste d’un journal bourgeois, qui évite les termes de classe et tout raisonnement alternatif au constat de la misère fabriquée en l’espèce par la bourgeoisie teutonne est exemplaire de la politique de recrutement de la bourgeoisie des pays dits développés en général, et de la capacité de l’idéologie capitaliste de minorer l’intense surexploitation des travailleurs migrants sous d’augustes discours antiracistes relayés par les sous-fifres gauchistes. On clame à tout va que la messe des droits de l’homme oblige à ouvrir les frontières… que chacun est « libre » d’aller travailler où il veut en Europe… en n’évoquant jamais les « conditions de Manchester » (allusion au capitalisme sauvage du 19ème…). Mais la bourgeoisie allemande exploite aussi les jeunes prolétaires d’Allemagne, et, dans le secteur des services en particulier joue à fond la concurrence entre nationalités. La santé économique du capital allemand est bien truquée, et, malgré les promotions sur leur spécialisation haut de gamme, les bourgeois allemands sont bien responsables d’une pauvreté importante (21% de pauvres contre 8% en France paraît-il, mais ces taux restent abstraits et personne ne sait d’où ils proviennent) et assis sur un baril de poudre si l’a poudre s’avère bien un jour être l’unité des prolétaires indépendamment des chansons antiracistes hypocrites et sur des bases de classe (salaires minables, loyers éhontés, etc.). PS : on peut se poser quand même la question de l’opportunité et actualité de cet article très anti-Merkel en pleine période électorale Outre Rhin  - même si l’article est révélateur de la misère dans le principal moteur capitaliste européen – un coup de pouce "socialo" élyséen (oecuménique)?
 
En Basse-Saxe, la "ceinture de graisse" du pays prospère grâce à des salaires de misère
LE MONDE | 16.09.2013 à 11h20 • Mis à jour le 16.09.2013 à 18h48 | Claire Gatinois

Les raisons qui ont poussées Stefan Petrut à quitter la Roumanie pour venir travailler en Allemagne sont simples. "L'argent". L'homme épais, à la figure bonhomme, qui ne laisse rien transparaître de trente ans de travail à la chaîne à découper les viandes dans les abattoirs, ne s'en cache pas. L'argent lui manquait tellement à Buzau, sa ville natale à 100 kilomètres de Bucarest.

Alors, en 2008, quand son ami Nicolaï, lui a parlé de ce travail d'équarrisseur en Basse-Saxe, à Essen-Oldenburg payé 1 600 euros par mois. "J'ai dit oui. J'arrive". Quelques jours plus tard, Stefan, quarante-six ans à l'époque, laisse sur place un fils déjà grand mais emmène sa femme, Luminata, couturière. Elle lâche ses travaux d'aiguilles pour se convertir à la découpe de bestiaux. De 16 heures à deux heures du matin, pauses comprises. L'affaire est trop belle. Au début, tout va bien. Si ce n'est cet appartement sommaire dans une maison de briques de Quakenbrück, à dix kilomètres de l'abattoir que Stefan et Luminata doivent partager avec deux autres couples. Une seule salle de bains. Une toilette pour tout le monde. Le tout pour 175 euros par personne et par mois payés "au patron". Celui-là même qui dirige l'abattoir.
Mais au bout de quelques mois, l'entreprise change le fonctionnement. Fini le salaire fixe, désormais Stefan et sa femme seront payés à la pièce : 1,31 centime (0,0131 euro) par cochon découpé pour lui, 0,98 centime pour elle. "Normalement, ça va, je suis un spécialiste", explique-t-il, fier. Solide et rompu à l'exercice, Stefan peut faire 700 bêtes par heure, donc, toucher un peu plus de 9 euros de l'heure. Mais Luminata ne tient pas la cadence. Pis au bout de quelques jours, les porcs n'arrivent plus. Danish Crown, un gros industriel de la viande qui achetait la pièces à l'abattoir de Stefan, veut changer de sous-traitant pour un autre, moins cher.
"Plus de cochons, plus d'argent", résume Stefan dans un français qu'il a appris à l'école. Sa femme et lui vivotent alors avec 500 euros mensuels. Puis, plus rien. L'abattoir fait faillite. Eux sont licenciés sans toucher les 5 000 euros et quelque qu'on leur doit encore.
"NATIONALITÉS INVITÉES"
En Basse-Saxe, le cas de ces Roumains n'est qu'un exemple parmi d'autres de l'exploitation de la main-d'œuvre étrangère, peu au fait de ses droits, et souvent maintenue à dessein dans l'ignorance. Depuis un an, la presse locale se fait l'écho d'histoires plus ou moins sordides recensées dans "la ceinture de graisse" de l'Allemagne, championne européenne de l'exportation de viandes.
Got Ilie, le visage mat et l'air encore espiègle de ses 24 ans en témoignent. Arrivé en Allemagne en 2010, il a passé un an payé 5 euros de l'heure, sans sécurité sociale, et avant déduction des 70 euros à régler chaque mois à son employeur pour le logement : une chambre à partager avec cinq autres Roumains.
Au fil des ans, les nationalités "invitées" évoluent mais le scénario reste le même. Un salaire de misère qui frise parfois les deux à trois euros de l'heure et des conditions de logement indécentes. "Il y a quelques semaines, j'ai été alerté par un Espagnol employé dans une découpe de volailles qui n'avait pas reçu son salaire. J'ai découvert que lui et d'autres Espagnols vivaient à soixante-dix dans 180 mètres carrés dans un restaurant désaffecté", raconte Matthias Brümmer, responsable régional du syndicat de l'alimentaire NGG.
"Des Grecs, on n'en a pas encore vus. Mais l'industrie cherche et trouve toujours ce qu'elle veut là où la misère est la plus grande, dit-il, écœuré. Ces industriels se vantent de traiter correctement les animaux, mais eux traitent leurs salariés comme des bêtes !" M. Brümmer, un ancien des abattoirs, s'est rendu compte il y onze ans, grâce à un journaliste du Rheinische Post, que ces scènes dignes d'un roman de Zola existaient dans son propre pays, ce super modèle de l'Europe.
Interrogé sur de telles pratiques, Danish Crown explique que c'est le marché du travail allemand qui implique de tels niveaux de salaires. Quant aux sous-traitants, le groupe peut difficilement les contrôler, explique Jens Hansen, le porte-parole de l'entreprise danoise, ajoutant que le groupe, basé dans un pays réputé pour la générosité de son système social, ne rechigne pas à payer correctement ses propres salariés. Une stratégie d'évitement, certes, qui n'est toutefois pas éloignée de la réalité. Pour M. Brümmer, la réglementation du marché du travail allemand a permis ces dérives et l'émergence de ce qu'il appelle un "capitalisme de Manchester".
PAS DE SALAIRE MINIMAL
Outre-Rhin, aucun salaire minimal n'est imposé dans la filière de la viande. En outre, sous le gouvernement de Gerhard Schröder (SPD) une clause a été introduite permettant à un employeur allemand de "louer" de la main d'œuvre à une entreprise étrangère, roumaine ou bulgare par exemple. Dans ce cadre, les employés sont soumis au droit du travail de leur pays d'origine, souvent moins disant.
En permettant aux industriels d'avoir recours à une main d'œuvre bon marché, la Basse-Saxe est devenue un aimant aux multinationales de la viande. Danish Crown, mais aussi le néerlandais Vion y sont représentés aux côtés des allemands Tonnies, Westfleisch, entre autres.
Résultat, dans cette région agricole, le chômage est au ras des pâquerettes (6,5 % en août selon l'agence pour l'emploi), et en dépit de l'automatisation du métier, l'industrie emploie encore 142 000 personnes, et plus de 200 000 en comptant ces travailleurs "loués", indique M. Brummer. "Aujourd'hui, si l'Allemagne arrête de produire de la viande, l'Europe fait famine !", plaisante-t-il.
Pour lui comme pour nombre d'Allemands, ce résultat n'a pourtant rien d'une réussite. "J'ai honte. Quand je voyage à l'étranger et qu'on m'interroge à ce sujet, je suis incapable de justifier cela", confie Alexander Herzog-Stein, spécialiste du marché de l'emploi à l'institut IMK, proche des syndicats.
Dans la région, aussi, on a honte. Depuis plus d'un an, à Vechta, une petite ville tranquille, le prêtre Peter Kessen mobilise les foules pour que cesse ce "dumpig social", dénoncé également par la France et la Belgique. Pour son action, le prêtre a reçu des menaces : une peau de lapin, déposée devant sa porte en novembre dernier.
C'est que le combat de ce religieux dérange. Son objectif est d'obliger l'instauration d'un salaire minimum à 8,50 euros de l'heure, pour tous. Une lutte à la frontière entre religion et politique : la mesure figure dans le programme du SPD, en lice face à la CDU d'Angela Merkel pour les élections législatives du 22 septembre."C'est notre responsabilité sociale", sourit-il. Et pour ceux qui redouteraient de voir alors la compétitivité de l'industrie s'effondrer, le prêtre a déjà fait les calculs. Avec ce niveau de salaire, le kilo de viande ne serait renchéri que de 5,7 centimes, dit-il. Reste que les entreprises pourraient déguerpir, à la recherche d'une main-d'œuvre meilleur marché. "Qu'ils s'en aillent !", lâche M. Brümmer.
Depuis quelques jours, la région a bon espoir de mettre fin à tout cela. A la suite d'une table ronde, mardi 10 septembre, les grands industriels se sont mis d'accord pour l'instauration d'un salaire minimum. Mais M. Brümmer se méfie. "Ce n'est pas la première fois qu'en période préélectorale on nous fait des promesses. Attendons le 23 septembre !".
Et puis après la viande viendra le combat pour les employés de l'hôtellerie, de la restauration et pour les garçons coiffeurs, dont les salaires, dit-on, ne dépassent pas 2 à 3 euros de l'heure...

jeudi 12 septembre 2013

DISCOURS AUX OUVRIERS BRESILIENS























DISCOURS DE ROBIN GOODFELLOW LORS DU LANCEMENT DU LIVRE : « O marxismo em resumo. Da critica do capitalismo à sociedade sem classes » (“Le marxisme en abrégé. De la critique du capitalisme à la société sans classes ») AU 11° CONGRES DU SYNDICAT DES METALLURGISTES DE CAMPINAS ET DE SA REGION





Louveira









Date
24 Août 2013 – 7 Fructidor 221
Auteur
Robin Goodfellow
Version
V 1.0

Sommaire


Sommaire..


1.           Introduction

Ce discours a été prononcé devant 500 délégués représentant 200.000 ouvriers, principalement métallurgistes du Brésil, organisés dans le « Syndicat des métallurgistes de Campinas et sa région » pour la construction de l’Intersyndicale (Intersindical). (http://www.metalcampinas.com.br/)

Au cours de ce congrès 2000 exemplaires de notre livre ont été imprimés et diffusés gratuitement à l’initiative du syndicat.

La version française de ce livre qui fera bientôt l’objet d’une édition en français est disponible sur notre site. http://www.robingoodfellow.info

2.           Texte du discours

Camarades,
Nous allons maintenant nous présenter plus complètement et vous présenter ce livre intitulé : “Le marxisme en abrégé. De la critique du capitalisme à la société sans classes »
Robin Goodfellow est le pseudonyme d’un petit groupe de militants de divers pays (France, Brésil, Espagne, …) qui se dédie depuis près de 40 ans à la défense de la théorie et des principes marxistes. Nous nous situons dans la tradition du marxisme révolutionnaire qui s’affirme avec la publication du Manifeste du Parti Communiste. Nous pensons que cette théorie est la seule qui non seulement nous donne une explication cohérente du monde, des tendances de l’économie capitaliste mais aussi donne une orientation pour les luttes pratiques pour l’émancipation du prolétariat.
Que nous apprend le marxisme ?
Il démontre que :
Quelle que soit la détermination du prolétariat dans ses luttes quotidiennes
Quels que soient les résultats obtenus à travers le combat quotidien pour les revendications et les droits
Quelle que soit la « prospérité » de l’économie capitaliste et la possibilité pour le travailleur d’améliorer son sort
Quel que soit le progrès scientifique et technique et ses promesses générales d’amélioration des conditions de travail et de vie
…le capitalisme ne peut pas offrir, à long terme, de manière durable, une vie sûre, un niveau de vie suffisant, un futur sans peur du lendemain, pour les travailleurs et leurs familles.
Au contraire, les facteurs que nous avons énumérés se retournent contre le prolétariat :
-         la hausse des salaires et la lutte des classes favorisent l’automatisation, laquelle entraîne le chômage ;
-         la bonne santé de l’économie capitaliste n’est qu’une manière de produire des chaînes dorées pour le prolétariat tout en dégradant son salaire relatif ;
-         à la prospérité momentanée succèdent nécessairement des crises qui remettent en cause ce qui a pu être gagné dans les phases de développement;
-         quant au progrès technique et scientifique, il est directement tourné contre le prolétariat afin d’accroître et de raffiner son exploitation
Et ceci pourquoi ?
Parce que le capital, comme le démontre le marxisme n’a qu’un seul objectif : faire produire un maximum de plus-value, un maximum de travail gratuit, pour ensuite répartir cette plus-value entre les différentes fractions des classes exploiteuses, le capitaliste industriel, le capitaliste commercial, le capitaliste financier, le propriétaire foncier sans oublier l’Etat.
Rien de ce qui est obtenu n’est définitif, aucun droit, aucune “réforme” ne peuvent être considérés comme acquis. Pour être certain d’atteindre cette vie sans peur du lendemain, le prolétariat doit assurer lui-même la direction de la société.
Cela signifie l’échec du réformisme. Les positions réformistes, les compromissions avec la bourgeoisie ou son Etat ont pour seul résultat la paralysie du prolétariat et la défaite dans les luttes.
Mais, vis-à-vis de cet objectif historique qu’il est nécessaire de toujours rappeler et défendre, quelle a été la situation depuis 40 ans ? Dans quelle période du développement économique du capital nous situons-nous ?
En 1975, la bourgeoisie occidentale apparut hébétée. Une première grande crise de l’après-guerre, une crise que l’on ne pouvait pas nier, s’était manifestée.
Les économistes, les journalistes et les politiciens s’empressèrent de la mettre uniquement au compte d’un choc extérieur, en l’occurrence la hausse du prix du pétrole, en espérant que cela ne se produirait plus. La crise fut appelée “crise du pétrole”, pour ne pas dire « crise de surproduction », c’est-à-dire une crise spécifique du mode de production capitaliste.
Vers 1975, se manifestait ainsi de manière évidente un cycle d’environ 6 ans, cycle qui débuta à la fin de la deuxième guerre mondiale mais dont les manifestations étaient jusque là moins puissantes.
Cette crise provoqua une série de restructurations et une nouvelle division internationale du travail qui affectèrent l’appareil productif. A l’issue de ce mouvement, la bourgeoisie occidentale ressentit un immense soulagement, car une divine surprise l’attendait : les chiffres montraient que le nombre d’individus que  la statistique bourgeoise considère comme ouvriers baissait. Avec une grande satisfaction, elle en tira immédiatement la conclusion que le marxisme était définitivement réfuté. Elle se mit à rêver d’entreprises sans prolétaires, de plus-value sans travail salarié et sans luttes de classes.
Plus tard, quand sous la nécessité de s’intégrer au marché mondial et la pression de l’impérialisme américain, les faux socialismes de l’Est de l’Europe reconnurent leur véritable nature, un nouveau vertige saisit la bourgeoisie. Elle se lança corps et âme dans la réorganisation du marché mondial, dans le développement capitaliste accéléré de zones où les forces productives avaient un plus grand avenir. Cette recherche de nouveaux marchés, de nouveaux profits, de production de marchandises à plus bas prix et, avec elle, la perspective de produire plus de plus-value relative devait engendrer des effets collatéraux. D’une part une partie de la bourgeoisie devient cosmopolite, noue des relations internationales. D’autre part, les vieilles bourgeoisies nationales se trouvent menacées tandis que se développent de nouvelles bourgeoisies nationales dans des Etats plus jeunes. Mais elles s’entendent toutes dès lors qu’il s’agit de dompter le prolétariat.
Face à cette nouvelle concurrence, les vieux Etats capitalistes ne surent maintenir la paix sociale qu’en s’endettant. L’endettement  fut la solution  que ces Etats trouvèrent pour soutenir la production de plus-value confrontée aux crises qui désormais se répétaient régulièrement. Aujourd’hui, la drogue de l’endettement et du surcrédit a atteint un tel degré d’accoutumance que la simple menace de sa réduction provoque des convulsions. D’un côté, les Etats-Unis d’Amérique, en enfonçant leur talon de fer sur les reins des peuples du monde continuèrent à vivre à crédit, en sachant parfaitement qu’ils ne rembourseront jamais leur dette. D’un autre côté, dans la vieille Europe, les bourgeoisies bornées et bellicistes poussées par les désastres des deux guerres mondiales qui furent nécessaires pour terrasser le prolétariat et régénérer le capital, envisagèrent d’essayer de dépasser les Etats Nations (Création de l’Union Européenne et de l’Euro). Bien que cet événement soit historiquement important, elles agissent comme un ensemble bancal et non comme un ensemble politique.
De toutes façons, aussi bien les Etats-Unis que l’Europe se retrouvèrent prisonniers de leur inconséquence quand arriva, en 2007-2008 la plus grande crise depuis 1929.
L’Europe qui regroupe 10% de la population et 40% des dépenses sociales mondiales est donc le siège d’une intense lutte pour faire payer au prolétariat les frais de l’incapacité de la bourgeoisie à diriger les forces productives sociales. Par tous les moyens elle tentera de ramener le niveau de vie du prolétariat au niveau moyen et si possible encore en dessous.
Voyez ce qui se passe maintenant en Europe; en particulier dans les pays du Sud comme la Grèce, l’Espagne, le Portugal, l’Italie. Dans ces régions (mais aussi en France et en Allemagne), la classe capitaliste expérimente les mesures pour voir jusqu’à quel point il est possible de faire reculer le prolétariat.
La bourgeoisie internationale avec ses grandes institutions (le FMI, la Banque Mondiale ou la Banque Centrale Européenne)  n’a pas d’autre choix et fait de ces zones un grand terrain de lutte et d’expérimentation :
Une baisse globale des salaires de 15% est elle possible ?
Oui c’est possible !
Est il possible de maintenir au chômage la moitié de la jeunesse travailleuse ?
Oui c’est possible !
Est-il possible d’expulser les ouvriers de leur logement ?
Oui c’est possible !
Est-il possible de dégrader le système de santé et le système éducatif ?
Oui c’est possible !
Est-il possible d’augmenter le temps de travail et de retarder l’âge du départ à la retraite et de baisser le niveau des pensions de retraite ?
Oui, c’est possible !
Et tout ceci est possible parce que la classe capitaliste mène le combat et que le prolétariat européen laisse son sort entre les mains des syndicats jaunes et des partis réformistes. Il ne fait pas de relation entre les luttes de défense immédiates pour la survie quotidienne, les salaires, les conditions de travail, la santé, l’éducation et le combat nécessaire pour abattre définitivement le capital
De plus, on commet une erreur fondamentale quand on accuse les banquiers, la finance internationale, les « riches ». Ce que nous apprend le marxisme – et qu’il faut toujours répéter – est que le système, le mode de production capitaliste repose sur l’exploitation du prolétariat par le capital industriel. Ensuite, les différentes fractions des la classe capitaliste se partagent la plus–value produite sous différentes formes ; profit, rente foncière, intérêt, …
Cette absence de conscience de l’origine de l’exploitation, cette critique superficielle du seul capital financier, du banquier, a fait que tous les mouvements qui ont secoué l’Europe en 2011 (à la suite des révolutions du monde arabe), comme les “indignés” espagnols et grecs ou les mouvements de protestation en Italie et au Portugal sont restées sous le contrôle des classes moyennes, avec un refus de s’organiser syndicalement et politiquement.
Cependant, les capitalistes se font concurrence entre eux au niveau national et international ; mais ils gèrent cette concurrence en mettant leurs propres ouvriers en concurrence entre eux. Ceci devait faire prévaloir comme réponse l’unification et la mobilisation de la classe exploitée : le prolétariat.
Mais tous ces évènements et toutes ces attaques auront aussi une autre conséquence : la renaissance du socialisme en Europe.
A peine avait-on enterré le prolétariat et le marxisme, à peine avant t-on décrété la fin du travail productif que la bourgeoisie prenait conscience que son Etat ne vit que de la plus-value extorquée aux prolétaires. A peine comptait-on quelques millions d’emplois industriels en moins en Europe qu’on en dénombrait plusieurs centaines de millions en plus, en Chine, en Inde, au Brésil, etc. et une nouvelle vague s'annonce dans d’autres pays, en Asie, en Afrique noire.
Et voila donc que, en même temps que se développe le capital, se développe un prolétariat jeune, moderne, qui n'a pas encore subi les défaites des anciens, qui n’est pas anesthésié par les miracles de la croissance, qui n’est pas hypnotisé par la routine démocratique et qui se retrouve à l’avant garde du prolétariat mondial.
L’internationalisme est pour le prolétariat non seulement un devoir mais une nécessité. En 1864, s’est tenu, à Londres, un congrès convoqué par les syndicats, associations et organisations ouvrières ; c’est là que se fonda la Première Internationale. Mais, à cette époque, le terrain de lutte était principalement en Europe (Angleterre, France et Allemagne) alors que c’est le monde entier aujourd’hui, avec une énorme puissance de la classe prolétaire qui représente une immense force au niveau international
Pour cette raison il est très important que ce prolétariat mondial trouve un chemin autonome, se libère de  l’influence des syndicats jaunes et des partis réformistes pour affirmer ses buts et se donne pour objectif de conquérir le pouvoir politique et détruire l’Etat bourgeois.
Quelle est la situation dans le monde actuel par rapport à cet objectif ?
Incontestablement; la dernière crise cyclique, celle de 2007-2008, la plus grave depuis 1929, a produit une vague d’agitation d’un niveau inégal à l’échelle internationale mais qui annonce des combats futurs.
Dans les pays arabes, la lutte a été principalement politique, avec l’objectif d’obtenir des régimes démocratiques qui, jusqu’à un certain point, favorisent la libre organisation du prolétariat (liberté de la presse, d’organisation, de réunion, etc.). Depuis plus de deux ans, la dynamique de ces luttes n’est pas achevée et de nombreux événements sont à venir, le plus important étant la nécessaire mobilisation des masses ouvrières des grandes villes prolétaires d’Egypte, de Tunisie et d’autres pays arabes.
L’influence du dit “printemps arabe” s’est faite sentir dans le monde entier, dans le sens où il a montré que les occupations des places et des rues, la mobilisation permanente, l’organisation dans les quartiers étaient des formes importantes de luttes, mais sans qu’émerge un mouvement ouvrier autonome capable de diriger la lutte. Les ouvriers étaient sur les places et dans les luttes mais ils étaient dirigés par les classes moyennes modernes, y compris par les jeunes des classes moyennes récemment sortis de la condition prolétarienne, avec les études, etc., mais qui ne voient pas leur futur dans un système capitaliste qui les laisse de côté.
Nous avons vu ce type de mouvement en Espagne, au Portugal, en Grèce, en Italie et également aux Etats-Unis et, plus récemment, en Turquie et au Brésil.
Le problème est que ces mouvements ne voient pas non plus que l’unique futur de l’humanité réside dans l’abolition des classes sociales pour développer une société ou personne ne peut s’approprier le travail d’autrui. D’un autre côté, les partis et syndicats dits de « gauche » ne défendent plus depuis bien longtemps cette position, qui est défendue par le marxisme et qui nous montre l’unique chemin de lutte.
En France, le niveau de la lutte des classes est aujourd’hui particulièrement bas. Le prolétariat est apathique et il règne un type de fatalisme quant aux effets de la dernière crise. Pour le moment, la France ne connaît pas encore de mesures aussi drastiques que celles qui sont appliquées en Espagne ou en Italie et, par conséquent, il y a eu peu de mobilisations. Quand il y a des luttes, par exemple lors de la fermeture d’usines, celles-ci sont rapidement encadrées par les forces réformistes qui empêchent aussi bien le développement de ces luttes que leur extension aux différents secteurs du prolétariat pour arriver à une critique plus générale du capital.
Même si cela s’est fait sans illusions, les dernières élections ont conduit au pouvoir une coalition de gauche (socialistes, écologistes), dont le rôle est de recouvrir sous une couche « sociale » des mesures qui doivent se tourner contre le prolétariat. Par exemple, il se prépare pour septembre la reprise d’une offensive contre les retraites qui suit une politique identique à celle menée par la droite il y a trois ans. De leur côté, les prolétaires sont prêts à ouvrir les yeux pour voir la véritable nature de ce pouvoir mais sans encore en tirer les conclusions sur la nécessité de s’organiser par eux-mêmes et reprendre le chemin de la lutte des classes.
Ainsi, nous sommes partout dans un moment de vide : le potentiel de révolte est énorme car chaque jour le mode de production capitaliste démontre son inutilité, l’imbécillité de son organisation, le cours catastrophique du modèle de développement qu’il propose. La concurrence entre les Etat impérialistes ne peut que conduire, finalement, à une guerre mondiale aux conséquences terribles.
Mais, pour que ce potentiel soit activé il sera nécessaire de retrouver le chemin de la lutte des classes, sans concessions, avec un objectif clair et radical ; seul le prolétariat peut mener une telle lutte. Dans cette lutte les pays fortement et récemment industrialisés comme le Brésil, la Chine, l’Inde disposent d’une énorme énergie pour lancer des mouvements importants. En Chine, la question démocratique donnera une forte impulsion à la lutte des classes. Nous attendons beaucoup de la révolution démocratique qui ne manquera pas de secouer la Chine dans les prochaines années et nous sommes convaincus que le prolétariat aura un grand rôle à jouer pour y abattre la classe dirigeante.
Nous avons collectivement, avec la théorie de Marx et Engels, une arme puissante qui n’a pas été dépassée pendant le siècle et demi écoulé depuis la publication du Manifeste du parti communiste. Au contraire, tout le cours catastrophique du capital, tout le développement contradictoire en même temps qu’une immense richesse et une misère infâme, tout ceci confirme la validité de ces analyses. Mais cette théorie doit être appliquée aux réalités du moment, à la situation économique et politique internationale, au rapport de force actuel entre les classes et particulièrement entre la classe prolétaire et la bourgeoisie internationale.
Partout dans le monde, la crise de 2008 a amené un regain d’intérêt pour Marx, présenté comme un économiste génial qui aurait prévu les crises. Mais pour Marx la crise est l’expression du fait que le capitalisme est traversé par des contradictions insolubles, qu’il est un mode de production inefficace pour amener la société à un état de bien-être, et que son existence même menace désormais la survie de l’humanité. On ne peut pas dissocier les analyses économiques, qui décryptent le fonctionnement de l’exploitation et les conclusions révolutionnaires qui montrent que le capitalisme lui-même développe les conditions pour le développement, demain, d’une société sans classes et d’où l’exploitation aura disparue. Ainsi, le socialisme ne se « construit » pas mais se libère des entrailles de la société bourgeoise.
Camarades, il est nécessaire d’avoir une théorie pour guider l’action. Il est nécessaire d’avoir une théorie juste. Il est nécessaire de maintenir la cohérence et la force révolutionnaire de la théorie qui a déjà guidé le prolétariat dans ses luttes à travers l’histoire.
Tout ouvrier conscient doit aussi étudier, lire, se former à la théorie révolutionnaire. Ainsi camarades, ce livre est une arme !
Une arme pour renforcer notre capacité de lutte collective et lutter contre le capital.
La lutte quotidienne doit forcément déboucher sur des luttes plus vastes, plus profondes, dans lesquelles se trouvent engagées le rapport de force sur la définition même de la société, du travail, des rapports de production. Au long de ces luttes se dessine le sort final de la société : ou l’avancée pour la libération des forces productives et la fin de l’exploitation ou la destruction de la société.
Camarades, nous savons qu’ici la France compte tenu de son histoire, de son passé révolutionnaire, a la réputation d’être un pays de luttes ou les combats de classe sont importants. Mais pour le moment ceci ne se vérifie pas. Le mal-être social s’exprime à travers une augmentation des tensions religieuses et un intérêt croissant pour les partis d’extrême droite, par un rejet de la politique traditionnelle. Pour cela, nous avons beaucoup à apprendre de la situation ici, sur votre stratégie et votre mobilisation. A notre retour nous en ferons la plus grande diffusion possible  pour montrer aux travailleurs qui sont ses alliés, leurs véritables frères de classe, contre tout type de réformisme et de collaboration de classe.
Peut-être sommes nous en train de vivre un évènement historique de la plus grande ampleur, le retour décidé du prolétariat sur la scène historique, les premiers pas de son renouveau, les premiers pas pour sa reconstitution en parti politique distinct, les premiers pas pour la réappropriation de sa théorie et de son programme historique. Dans ce cas, ce sera le prolétariat du Brésil qui aura le premier ouvert la voie du renouveau. Ce livre dont il faudra corriger les défauts se veut donc le premier témoignage de la volonté du prolétariat d’exister comme classe révolutionnaire, de reprendre le chemin de conquête du pouvoir politique à l’échelle internationale, de reprendre l’héritage glorieux du prolétariat international et de le bonifier.
Vive la lutte et l’unité internationale de la classe prolétaire !
En avant vers une société sans frontières ni classes !
Prolétaires de tous les pays, Unissez-vous !