"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

vendredi 18 mars 2011

LES SCENARIOS D'UNE INTERVENTION MILITAIRE



(article pertinent du Figaro)

Du simple brouillage des systèmes radars libyens au bombardement du bunker de Kadhafi, différents degrés sont envisageables.

La France, la Grande-Bretagne, les États-Unis et leurs alliés arabes devront choisir entre plusieurs scénarios pour leur opération militaire décidée contre la Libye, après le vote de la résolution à l'ONU. Brandie par les diplomates, la «zone d'exclusion aérienne» semblait davantage destinée à éviter un veto russe ou chinois, en dissimulant, sous un vocable acceptable par tous, la réalité d'une intervention militaire.
En Bosnie, où elle fut imposée au début des années 1990 pour empêcher les Serbes de bombarder les populations civiles, elle n'a pas empêché le massacre de Srebrenica. En Irak, elle fut maintenue pendant douze ans sans infléchir d'un pouce la politique de Saddam Hussein. De toute façon, le temps d'imposer une «no fly zone» au-dessus de la Libye, les troupes de Kadhafi auront probablement déjà repris le contrôle des dernières zones rebelles.
Plus sérieusement, et parce que le projet de résolution du Conseil de sécurité de l'ONU promet de protéger les civils «par tous les moyens», les alliés pourraient décider de lancer, dans les heures suivant ce vote, des frappes ciblées contre des intérêts stratégiques libyens. Des raids visant à détruire la défense antiaérienne de la Libye, les centres de commandement et les aéroports, afin de clouer les avions au sol.
La route de Rommel
Parallèlement, une guerre électronique pourrait être déclenchée pour neutraliser les systèmes radars libyens. Dans cette configuration, la France pourrait participer en faisant décoller ses chasseurs de la base aérienne de Solenzara, en Corse. Mais également en envoyant des avions radars Awacs. Une telle action militaire constituerait un signal fort, dont certains espèrent qu'il pourrait avoir un effet psychologique et provoquer une débandade dans l'entourage du Guide libyen. Mais rien n'est moins sûr.
Si le but de l'intervention est de faire tomber le régime, comme le suggèrent certains diplomates, les alliés pourraient également décider de s'attaquer aux chars et à l'infanterie libyenne en frappant dans le désert, le long de la route jadis empruntée par la 8e armée britannique et par le général allemand Rommel. «Un acte particulièrement intense, politiquement et militairement», prévient un officier général. Et qui risque en outre de ne pas suffire.
S'il s'attend à des frappes aériennes, le colonel Kadhafi ne manquera pas de disperser ses forces au sol, comme le fit Saddam Hussein en mars 2003. Il sera difficile alors d'éviter des dégâts collatéraux sur les populations. Comme le rappelle un officier général, «on ne gagne jamais une guerre uniquement avec l'aviation. Pour détruire une armée de terre, il faut aller au carton.» Or, le projet de résolution exclut «une force d'occupation terrestre».
Bien qu'affaibli, le colonel Kadhafi pourrait encore compter sur la fidélité de 10.000 à 12.000 soldats. Sans oublier des mercenaires africains, des missiles sol-air, de nombreux tanks et pièces d'artillerie.
Dernière option, attaquer directement le centre de gravité du régime, Kadhafi lui-même, en bombardant son bunker ou les abris dans lesquels il est susceptible de se cacher. En 1986, les frappes aériennes lancées par Ronald Reagan contre sa résidence l'avaient manqué de peu. Depuis, les moyens de détection, notamment satellitaires, mais aussi de frappe, se sont beaucoup modernisés, rendant théoriquement une telle opération faisable. Mais, en 2003, les premiers bombardements aériens de l'armée américaine lancés contre Bagdad avaient eu pour but de liquider Saddam Hussein. Ce fut un échec.

mercredi 16 mars 2011

Japon : LE CAPITALISME SAUVAGE dans ses oeuvres



On est gouverné partout par des incapables et des impuissants !


Pas de chance pour le Japon ? Il est victime de deux ennemis naturels, imparables ( ?) – séisme et tsunami (mot japonais) - plus d’un ami-ennemi créé par l’homme : le nucléaire. Les secours s’organisent, on cache les cadavres, on espère que les centrales nucléaires ne vont plus s’échauffer, mais l’irradiation vole déjà dans les airs vers les pays voisins. Américains et allemands dévalisent les pharmacies de pilules d’iode. Car, tout à fait cyniquement, chacun, partout dans le monde, même éloigné des lieux asiatiques de la catastrophe, pense à sauver sa peau. Très peu d’aide par les français car les japonais sont considérés comme riches. Cris affolés des bobos écolos pour stopper « nos » centrales nucléaires, pour repenser le nucléaire. Lobby nucléaire contre lobby écologique, égale zéro. Lamentable bourgeoisie mondiale !

Trois vérités oubliées par le monde entier.

- La nature rétablit toujours ses droits. Les raz-de-marée existent depuis Mathusalem et existeront toujours. Leurs causes ne sont pas toutes connues. Certains raz-de-marée causés par le creusement et l'atténuation brutale des cyclones les plus violents peuvent avoir un comportement similaire au tsunami (y compris dans son intensité, sa propagation sous forme d'onde sur de grandes distances, ou ses effets dévastateurs sur les côtes). Par exemple était répertorié un « mouvement singulier de la mer » à Marseille, le 27 février 1843, puis le 14 juillet 1841, et un autre le 8 juillet 1829, catalogués depuis comme faux séisme ou séisme douteux. Dans certains cas, l'origine sismique ou cyclonique du tsunami ne peut pas être complètement déterminée avec certitude ; des causes humaines peuvent en être responsables, tel le réchauffement climatique dû à l’industrialisation à outrance ou l’explosion souterraine de bombes nucléaires.

- Les leçons des catastrophes passées sont systématiquement oubliées. Le séisme de 2004 dans l'océan Indien est un séisme qui s'était produit le 26 décembre 2004, au large de l'île indonésienne de Sumatra avec une magnitude de 9,1 à 9,3. L'épicentre se situait à la frontière des plaques tectoniques eurasienne et indo-australienne. Ce tremblement de terre a eu la quatrième magnitude la plus puissante jamais enregistrée dans le monde. Le tremblement de terre avait provoqué un tsunami allant jusqu'à 35 mètres de hauteur qui avait frappé l'Indonésie, les côtes du Sri Lanka et du sud de l'Inde, ainsi que l'ouest de la Thaïlande. Le bilan en pertes humaines est de 227.898.En termes de pertes humaines, ce fut l'un des dix séismes les plus meurtriers et le plus grave tsunami de l'histoire. Il fît longtemps la une de l’actualité surtout parce que de riches vacanciers occidentaux avaient été emportés par les flots. Or, justement pour attirer le plus grand nombre de ces riches touristes, la spéculation immobilière avait procédé à l’éradication des barrières naturelles. Ce tsunami du 26 décembre 2004 avait causé très peu de dégâts dans les zones où des barrières naturelles, telles que les mangroves, les récifs coralliens ou la végétation côtière, étaient présentes ;les singes et les oiseaux l’avaient senti venir, ainsi qu’un vieille tribu de bipèdes humains, et s’étaient réfugiés dans la montagne. Les spécialistes du monde entier avaient immédiatement inventé un Système d'alerte qui devait éviter le retour d’une telle tragédie, dont voici extraits quelques fleurons :
« Il suffit généralement de s'éloigner de quelques centaines de mètres à quelques kilomètres des côtes ou d'atteindre un promontoire élevé de quelques mètres à quelques dizaines de mètres pour être épargné. La mise à l'abri ne prend donc que quelques minutes à un quart d'heure, aussi un système d'alerte permet-il d'éviter la plupart des pertes humaines.
« Un dispositif de surveillance et d'alerte, utilisant une maille de sondes sub-océanique et traquant les séismes potentiellement déclencheurs de tsunamis, permet d'alerter les populations et les plagistes de l'arrivée d'un tsunami dans les pays donnant sur l'océan pacifique : le Centre d'alerte pacifique de tsunami, basé sur la plage d'Ewa à Hawaii, non loin d'Honolulu.
« A Hawaii, où le phénomène est fréquent, les règlements d'urbanisme imposent que les constructions proches du rivage soient bâties sur pilotis.
« A Malé, la capitale des Maldives, une rangée de tétrapodes en béton dépassant de 3 mètres le niveau de la mer est prévu pour diminuer l'impact des tsunamis.
« Deux indices annonçant la survenue possible d'un tsunami sont à reconnaître et impliquent qu'il faut se rendre en lieu sûr :
• retrait rapide et inattendu de la mer, car il annonce la survenue d'un raz-de-marée ;
• tremblement de terre, même mineur, car il peut s'agir d'un séisme majeur distant provoquant un tsunami.
« Si l'on est surpris par le raz-de-marée, grimper sur le toit d'une habitation ou la cime d'un arbre solides, tenter de s'accrocher à un objet flottant que le tsunami charrie sont des solutions de dernier recours. En aucun cas, il n'est sûr de revenir auprès des côtes dans les heures suivant le raz-de-marée, car celui-ci peut être composé de plusieurs vagues espacées de quelques dizaines de minutes à plusieurs heures ».


- Les exigences de rentabilité du capitalisme se fichent de la vie humaine. La spéculation immobilière fait reculer toutes les exigences de sécurité en rasant les « barrières naturelles » et les Etats laissent construire des centrales nucléaires sur des polders (terres gagnées sur la mer ou en les laissant construire à proximité de la mer pour que la prise d’eau de refroidissement soit proche des réacteurs et limite les coûts de transport éloigné d’approvisionnement en eau). Construite à zéro mètre d’altitude les centrales japonaises ont donc été fragilisées immédiatement non par le tremblement de terre mais par l’assaut du tsunami ! Comme on oublie curieusement le drame dans l’océan indien en 2004, on passe en même temps sous silence en France en ce moment le résultat exemplaire de la spéculation immobilière sauvage à une échelle moindre, en 1992 à Vaison la Romaine. Les pluies diluviennes avaient transformé la petite rivière de l'Ouvèze en vagues dévastatrices. Ce 22 septembre 1992 il avait plu durant plus de cinq heures. Ces inondations ont provoqué la mort de 21 personnes et entraîné la disparition de 40 autres. Cet événement dit encore simplement « météorologique » sur wikipédia (corrigé régulièrement par la police des médias), désigné aussi sous le terme pudique « d'épisode méditerranéen », avait été été amplifié par les modes d'occupation du sol et de gestion des lits des cours d'eau, les requins de l’immobilier avaient fait bâtir impunément sur le lit de la rivière réduit l’été....

La catastrophe au Japon est donc une véritable catastrophe DU CAPITALISME et pas écologique (les centrales ont été construites sur des polders). Catastrophe due à l’incurie de tous les dirigeants et patrons capitalistes, bande d’incapables, politiciens de merde écolos ou anti-écolos, maquereaux des lobbies financiers. Les gouvernements actuels sont dépassés dévoient l'essor technologique et industriel des dernières décennies dans une utilisation irrationnelle (sauf financièrement) et dangereuse des moyens énergétiques dont disposent les hommes pour s’éclairer et se chauffer. Cloisonnés dans la compétition acharnée, autistes aux risques encourus par l’humanité, les hommes et clans industriels du pouvoir planétaire sont incapables de prévoir ou d’anticiper. Ils foncent et veulent nous faire foncer avec eux à l’abîme ! Ces crétins sont bien plus préoccupés par leur fric-frac financiers et électoraux et leur ami Kadhafi qu'au bien commun universel.
Halte aux idéologues des 2 camps – lobby nucléaire et lobby anti-nucléaire - place aux faits : la cause du terrible drame au Japon n’est pas le tsunami ni le nucléaire mais la façon dont la bourgeoisie utilise ce dernier pour sa rentabilité maximum ! Les centrales nucléaires sont encore nécessaires, mais à l’avenir on doit pouvoir inventer d’autres modes d’énergie. Les éoliennes et les centrales thermiques sont des joujoux pour les artisans anarchistes du village écologiste. Nous n’avons pas à entrer dans le débat entre bourgeois sur quelles nouvelles énergies ou de savoir s’il faut supprimer immédiatement le nucléaire. Le débat que nous voulons c’est celui qui va amplifier l’incurie gestionnaire de la bourgeoisie, et pour faire avancer ce débat il faudra abattre cette classe d’incapables profiteurs cyniques !

Dernier exemple honteux de la mentalité des vautours de cette classe nocive pour l’humanité :

HONG KONG (AFP) - La panique qui a touché la Bourse de Tokyo mardi, alors que la crise nucléaire au Japon ne cesse de s'aggraver quatre jours après un séisme dévastateur, a gagné à leur tour les places européennes, puis Wall Street, toutes en très forte chute.(…) A Tokyo, aucun secteur n'a échappé à la déroute, des géants de l'électronique, comme Panasonic (-11,27%) ou Sony (-8,86%), aux constructeurs automobile, tel Toyota (-7,40%), Nissan (-3,32%) ou Honda. Même les firmes de BTP, qui avaient bondi lundi grâce aux perspectives de grands travaux nécessaires à la reconstruction du nord-est dévasté par un séisme et un tsunami, ont chuté lourdement à leur tour, tout comme l'immobilier ».

samedi 12 mars 2011

L’ATTENTISME CRIMINEL




(Les aventures du Colonel Sarkozi, suite 1)


Comme le tremblement de terre en Iran au moment de la prise du pouvoir des ayatollahs, le dramatique tsunami au Japon est venu comme un bonheur pour les requins impérialistes européens, américains et russes pour faire passer au second plan de l'actualité l’avancée irrésistible du boucher Kadhafi .Les cris diplomatiques contre le massacre des « populations civiles » ont quasiment disparu. L’initiative du colonel Sarkozi a fait long feu tant ce pauvre vantard tient à confirmer qu’il n’a aucune parole. Tout ce qu’il a promis en politique intérieure, diminution du chômage, sécurité des personnes, etc. rien n’a été tenu comme rien ne sera tenu puisqu’il est aussi considéré comme une merde au niveau international. On ne peut s’empêcher de remarquer que depuis trois jours déjà, personne, aucun de ses habituels opposants hystériques du PS ou des particules gauchistes n’ait donné de la voix contre sa prétention à faire « cavalier seul » pour tenir haut le drapeau de l’hypocrite occident. Cette retenue, que je n’ai cessé de dénoncer sans écho, est propre non au souci de ménager un effort en apparence louable que du fait du sujet lui-même : la préparation à la guerre. Historiquement toutes les fractions de la bourgeoisie de droite à gauche se positionnent invariablement le doigt sur la couture du pantalon quand les intérêts nationaux sont en jeu. Ce silence assourdissant de la gauche caviar et des gauchistes en dit plus long sur leur complicité dans la défense de l’Etat-nation que toutes leurs alternances depuis 30 ans. Une première explication s’impose : naturellement hostiles au dictateur « fou » la gauche caviar et succédanés écologistes n’eussent pu qu’approuver l’initiative faussement solitaire du colonel Sarkozi = fâcheuse position belligène pour l’opinion prête à crucifier tous ces politiciens prêts à envoyer au casse-pipe nos pioupious même engagés rétribués. La deuxième explication est la stratégie de l’attente, laissez Sarkozi se planter pour lui reprocher son soi-disant individualisme, comme le fait le national-chauvin torchon Marianne.
Mais revenons à ce qui caractérise l’attitude des grands requins internationaux, l’attentisme et l’art de ne rien faire pour ne pas faire tomber par terre le jeu d’échecs obscur qui se joue.
Fort heureusement pour les requins capitalistes et le plaisantin Sarkozi, le tsunami dramatique au Japon est venu remiser au second plan de l’actualité le tsunami militaire de l’ancien fou de Tripoli.
Pour démêler l’écheveau du suspense libyen il faut remonter aux fondamentaux qui ont présidé aux réactions des principaux requins face au « printemps arabe » : le laisser-faire et le refus de s’en mêler militairement. La gentille vague démocratique des populations paupérisées mais indistinctes, de la petite bourgeoisie diplômée aux masses de jeunes chômeurs, ne pouvait recevoir qu’un amical appui verbal sans aller jusqu’à encourager à dissoudre les armées et bourgeoisies locales. Il ne faudrait pas prendre les bourgeoisies américaine et française pour des névrosées suicidaires !
De la Tunisie à l’Egypte (comme actuellement au Yémen, au Barheïn, etc.) jamais les bourgeoisies dominantes n’ont levé le petit doigt pour retenir la main criminelle des Ben Ali et Moubarak. Jamais Kadhafi n’a été immédiatement stoppé dans ses massacres successifs. La diplomatie internationale capitaliste ne connait ni la pitié ni la souffrance des martyrs. Plus que le souci des intérêts des uns et des autres, comme tous les dictateurs encore en place ou les armées maintenues qui conservent le pouvoir à la bourgeoisie en promettant au peuple gogo des élections pour les rouler encore dans la farine et empêcher toute révolution, DEMEURE LA VOLONT COMMUNE DE STOPPER CE TSUNAMI SOCIAL.
COMMENT S’Y PRENDRE EN SAUVANT LA MINE CONTRITE DE L’HUMANITAIRE OCCIDENTAL COMPATISSANT ?
Le débat sur la question souffreteuse d’une zone d’exclusion aérienne a agité les différents diplomates criminels. Pas méchant mais inutile ce contrôle aérien, la force des soudards de Kadhafi n’est pas dans le ciel (comme les faucons US l’ont expliqué, des douze Mirage vendus en 1973, deux seulement sont en état de marche). Les hélicos de fabrication russe capables de voler à basse altitude sont imprenables du haut des airs. En vérité c’est par une réelle intervention terrestre, coûteuse en vies humaines « alliées » qui est apparue comme inévitable. Même les faucons US reculent. La bourgeoisie française (qu’il ne faudrait pas confondre avec le seul colonel Sarkosi) se cabre à son tour quand l’émissaire US Robert Gates somme France et Italie d’assurer la no fly zone. Juppé est chargé de répondre par la négative. La tribu à Berlusconi n’a même pas répondu tant son soutien à l’ami de Tripoli lui est naturelle. Il se produit ensuite un curieux glissement. La diplomatie française se tournant vers Londres pour constituer un tandem plausible face aux réticences allemandes qui gouverne l’apparente « mollesse européenne ». Le glissement est habile mais insuffisant. Pendant ce temps les journalistes et les politiciens en France laissent les blogueurs et les idiots de Marianne se déchaîner contre l’individualiste colonel Sarkozi. La Maison blanche soutient les pétitionnaires anglais et français au Conseil de sécurité de l’OTAN. Mais une fraction probablement des plus avisés spécialistes en diplomatie fait signe à Obama et Sarkozy que l’OTAN fait mauvais genre si elle met ses gros pieds kakis en Afrique. Sarkozi se déclare aussitôt hostile à une intervention de l’OTAN mais continue à plaider pour mouiller l a farouche Europe, laquelle ne veut toujours pas se laisser pénétrer par les désidérata américains.
L’équation est simple à ce niveau et compréhensible même par un non diplomate : l’impérialisme US ne peut pas dégarnir ses fronts afghan et irakien. Ils demandent des efforts à tous ses amis européens, lesquels poussent des cris de pucelle effarouchée impréparée à l’acte… de guerre. Le viril général Obama continue à poser ses conditions. Il a obtenu de haute lutte le ralliement de la France sarkozienne à l’OTAN mais veut toujours plus. Il a essuyé une rebuffade du colonel Sarkozi il y a quelques mois à peine ; il ne demandait pourtant que 500 trouffions ou trouffionnes de plus en Afghanistan. Quoique alléché par l’idée d’être le décoré d’un nouveau pont d’Arcole, Sarkozi n’est pas prêt à l’action solitaire où trop d’amis européens verraient avec joie la bourgeoisie française penaude s’embourber. La reconnaissance des quelques représentants de tribus libyennes coûte moins cher qu’un cavalier seul, est même opportune puisque dans l’ordre énuméré, Sarkozi a été suivi par les Etats-Unis et la farouche europe empruntée.
POURQUOI LA BOURGEOSIE US TEMPORISE
Si le « printemps arabe » n’était pas encore en développement, nul doute que le choix ancien de la bourgeoisie US d’éliminer Kadhafi, aurait été réglé. La plupart des monarchies arabes + Israël + les nuls de « l’unité africaine » (incapables d’endiguer l’horreur en Côte d’Ivoire) n’auraient pas levé le petit doigt pour sermonner l’empire US. La ligne d’Obama obéit à la même logique que Bush père, sans sentiment et qui va vers la même catastrophe. L’impérialisme US ne peut pas s’empêcher de généraliser le chaos qui sert si bien le maintien de l’ordre bourgeoise et la prospérité de l’industrie d’armement, dont la Palestine est le joyau.
Il suffit de rappeler qu’après l’invasion du Koweit le 2 août 1990 par l’armada de Saddam Hussein, les « forces multinationales » pachydermiques aux ordres du gendarme américain viennent remettre « à sa place » Saddam dont le régime est sauvé par ceux-là même qui lui avaient déclaré la guerre. La décision du général Bush de stopper la guerre choque. L’argument est pourtant le même que pour la boucher Kadhafi aujourd’hui : il fallait éviter le risque d’éclatement du pays et du renforcement de l’Iran par l’intermédiaire des chiites irakiens. Ce coïtus interruptus doit aboutir à la nécessité d’une deuxième opération chirurgicale, puis d’une troisième. L’imitation du scénario irakien des années 1990 en 2010 en Libye contient les mêmes ingrédients, jusqu’à la farce des armes chimiques… supputées.
Pour aller vite, je reprends le résumé de Wikipédia d’un passé récent forcément oublié :
« La guerre d'Irak, parfois connue sous le nom de troisième guerre du Golfe, a débuté le 20 mars 2003 avec l'invasion de l'Irak (dite « opération Iraqi Freedom ») par la coalition menée par les États-Unis contre le parti Baas de Saddam Hussein. Le président George W. Bush a officiellement déclaré son achèvement le 1er mai 2003, sous la bannière Mission accomplie. L'invasion a conduit à la défaite rapide de l'armée irakienne, et à la capture et l'exécution de Saddam Hussein. La coalition et l'Irak occupé ont tenté d'établir un nouveau gouvernement. Toutefois, la violence contre les forces de la coalition a rapidement conduit à une guerre asymétrique entre les insurgés, l'armée américaine et le nouveau gouvernement irakien. En mars 2011, Iraq Body Count, qui fonde son analyse sur des données publiées dans les médias], estime que 99.980 à 109.230 civils irakiens sont morts dans les violences, constituées essentiellement d'attentats], et au moins 250.000 civils irakiens auraient été blessés, auxquels il faut ajouter 4439 morts (selon Globalsecurity) et 32.050 blessés dans les rangs américains (4757 morts pour l'ensemble des troupes de la coalition et plus de 36 000 blessés), les morts des sociétés militaires privées et parmi les combattants irakiens (armée irakienne et insurgés). La guerre a provoqué l’exode d’au moins deux millions d’Irakiens, réfugiés à l’étranger depuis 2003 (principalement en Syrie et en Jordanie, mais également en Europe et aux États-Unis). L'organisation National Priorities Project estime à plus de 778 milliards de dollars le coût de la guerre.
La guerre d'Irak a été la seconde guerre après celle d’Afghanistan caractérisée par la doctrine Bush de « guerre préventive » et concernant ce que certains appellent le « nouvel empire américain ». Cette guerre intervient dans la Global War On Terrorism (GWOT) que George W. Bush a déclarée en réponse aux attentats du 11 septembre 2001. La deuxième guerre d'Irak a été menée sous l'impulsion des États-Unis. Après avoir lancé une offensive en Afghanistan, lieu où Ben Laden se serait réfugié, et suspectant des liens entre l'Irak et al-Qaida, George W.Bush charge Donald Rumsfeld et Tommy Franks de constituer un plan d'attaque contre l'Irak. C'est le plan d'opération 1003V, qui est une « évolution » du plan de guerre de la première guerre du Golfe.
Les raisons invoquées officiellement étaient principalement :
• la « lutte contre le terrorisme », l'Irak étant présenté comme un État soutenant al-Qaida, responsable entre autres de l'attentat contre le navire militaire USS Cole, des attentats contre plusieurs ambassades des États-Unis en Afrique et des attentats du 11 septembre 2001
Ces accusations ont depuis été démontrées comme non fondées, y compris par le sénat américain, Saddam Hussein (comme Moubarak et Kadhafi) considérant l'extrémisme islamiste comme une menace pour son régime.
• l'élimination des armes de destruction massive qu'était censé détenir l'Irak.
La possession de missiles longues portée et leurs prolifération sont démontrées depuis les années 1990 mais L'Irak Survey Group chargé par le gouvernement américain de trouver ces armes déclara en septembre 2004 qu'il n'y avait plus aucune arme chimique depuis 1991, ni aucun programme en cours en vue d'en obtenir de nouvelles (voir plus bas), et que seules ont été collectées dans tout le pays 500 munitions abandonnées ou oubliées et dans un état dégradé, datant de la guerre Iran-Irakl'arrestation de Saddam Hussein, l'instauration d'une démocratie et la pacification de la région par un effet d'exemple.

Le maintien de Saddam par Bush est toujours largement présenté comme une erreur, or, comme Kadhafi qui n’a jamais cessé de plaider sa cause de collaboration à la lutte contre « l’ennemi islamiste »), Saddam avait encore à jouer le gendarme régional, et c’est pourquoi Bush lui laissa finir le boulot contre les kurdes. Fin février 1991, les villes sunnites du sud de l’Irak se soulèvent comme nos tunisiens et égyptiens d’aujourd’hui. Le mouvement est aussi spontané et sans programme. La population soulevée veut simplement le renversement du régime. Ce sont des révoltes d’espoir plutôt que des soulèvements révolutionnaires, comme l’écrit justement Hamit Bozarslan. Dans un premier temps les insurgés kurdes parviennent à chasser les soudards de Saddam. Mais très vite les deux révoltes kurde et chiite sans liens organiques, spontanées, sont écrasés sous les yeux passifs comme aujourd’hui de ladite « administration américaine ». Loin des caméras la « Garde républicaine » de Saddam commet un immense massacre, de 100.000 à 300.000 victimes.
Après le renversement de Saddam, comme en Afghanistan, la bourgeoisie US encourage la retribalisation de la société, ce qu’elle envisage sereinement à nouveau pour la Libye avec le classique, raciste, et colonialiste bien connu argument que ces peuples « ne sont pas mûrs pour la démocratie ».
On connait le résultat 8 ans après, le chaos qui n’en finit pas en Afghanistan comme en Irak, où l’impérialisme américain se heurte sans fin à des groupes terroristes écrans d’autres grandes puissances dont nous ne révèleront pas les noms pour l’instant.
Comme Saddam, même avec ses prolongations coûteuses, une prolongation de Kadhafi (de toute façon condamné à être éliminé tôt ou tard par l’Oncle Samuel) s’avère profitable pour l’heure pour la bourgeoisie mondiale, qu’une victoire hégémonique des « tribus unies » de Benghazi. Kadhafi a promis de pardonner aux dits insurgés, comme Saddam avait promis la grâce à ses deux beau-fils qui avaient désertés, en leur coupant le kiki à leur retour. Obama, Merkel et le colonel Sarkosi pourront toujours compatir sur les monceaux de cadavres qu’ils avaient voulu réagir mais qu’on les en empêché. Quoique personne ne sera dupe cette fois-ci de la lâcheté et impuissance de la vieille europe ni du triple jeu US et leur absence totale de sincérité (avec leur ami Sarkozi) de leur discours sur la démocratie.

Dans son éditorial, Le Temps, de Genève, appelle à son tour les Etats à "se méfier des solutions simples", même s'ils "ont eu parfaitement raison" de privilégier jusqu’ici sanctions économiques, interdiction de visa, embargo sur les ventes d’armes, isolement diplomatique et menaces militaires. Mais, avertit-il, "l’heure des solutions difficiles approche". "Sauf miracle, les pays susceptibles d’intervenir devront choisir dans de brefs délais entre une intervention militaire périlleuse et l’abandon d’une population en danger. Avec, dans les deux cas, l’assurance que leur décision pèsera non seulement sur la Libye mais sur tout le 'printemps arabe'".
Ce journal bourgeois oublie d’ajouter que l’option victoire de Kadhafi est la « solution difficile » de l’heure diplomatique présente pour geler le printemps arabe.

A suivre…

jeudi 10 mars 2011

LE COLONEL SARKOZI VA-T-IL BOMBARDER TRIPOLI ?


« Vos intérêts ne sont pas les miens » voilà ce qui peut résumer la nouvelle cacophonie européenne face à « l’action humanitaire » engagée par la bourgeoisie française quand les colLègues européens jouent les sages sur la montagne (de cadavres) et que la bourgeoisie US joue la prudence, alternant le show démocratique ( vive la liberté des peuples !) et le froid des rumeurs (ce soir Washington assure craindre les armes chimiques de Kadhafi). Difficile de s’y retrouver entre la diabolisation continue du colonel psychopathe et les étranges hésitations américaines et européennes. « Massacre des civils » remplace allègrement « guerre civile », mais si les civils sont armés eux aussi et massacrent en partie ceux d’en face ? Et si la guerre n’avait jamais été civile ?

Curieuse « initiative française » ! Pointée du doigt pour son manque de réactivité aux événements de Tunisie et d’Egypte, serait-elle en passe de se racheter cette bourgeoisie soudainement belliqueuse ? Oui car le colonel Sarkozi a assuré qu’il y aurait des frappes ciblées ! Sans dommages collatéraux ?
Quelles exagérations, quels mensonges les sous-fifres sarkoziens vont-ils nous jeter à la figure pour justifier leur « aide humanitaire » aux insurgés de bric et de broc, de tribus et de clans, qui seraient « en difficulté » sur le terrain, et dont certains chantent déjà la gloire de la France et de son colonel trois étoiles et demi ?

La guerre est-elle jouable sans unanimité nationale ? Le PS, le PC et le NPA voteront-ils les crédits de guerre ? Ou, à défaut le débauchage de BHL suffira-t-il à ravir l’opinion nationale, plus qu’elle n’avait été éblouie par la pose du demi-philosophe en chemise blanche échancrée sous les murs de Sarajevo ? Le ralliement in extremis du ségoléniste BHL aura-t-il autant de panache que l’ex-ministre Kouchner avec son sac de riz sur l’épaule en Somalie ?
Nul doute que le viril engagement du colonel Sarkozi a pour but de séduire l’opinion intérieure dont il a téléguidé un sondage affolant les antifascistes, avec cette annonce simultanée de sa volonté d’ « aborder avec ses partenaires européens la question du "danger migratoire" suscité par l'insurrection libyenne ». Ce volet « humanitaire » donnera un coup de sang à l’électeur dubitatif, prêt pour une fois à regarder sur son écran au-delà de la ligne bleue des Vosges, qui rêvera que les fuyards ne prennent même pas le bateau pour pousser jusqu’à Lampedusa ou (horreur) à Nice (promenade des anglais) !

L’Europe, ce panier de crabes impérialiste, n’est même pas le cadre de travail de la question libyenne. Personne ne peut croire que le colonel Sarkozi ait joué les fiers à bras kaki sans consulter le général Obama. Hors du cadre européen, Paris et London travaillent aussi à l'ONU à un projet de résolution du Conseil de sécurité, qui permettrait d'imposer une zone d'exclusion aérienne au-dessus de la Libye. En choisissant clairement le camp des rebelles à la veille du sommet de Bruxelles, le colonel Sarkozi, qui a réclamé plusieurs fois le départ de son homologue le colonel Kadhafi, souhaite entraîner le reste des pays européens, jusque-là prudents et divisés sur leur attitude face à la crise libyenne, principalement Berlusconi chagriné de ne plus pouvoir baiser la main du duce libyen.
Derrière le bal des prétendants croquemorts de Kadhafi… une longue histoire de marchandages où le plus malin n’était pas celui que l’on croyait. Depuis 2003 sous commandant Chirac puis depuis 2007 avec le colonel Sarkozi, l’oligarchie française avait mis en œuvre une stratégie de diversification des échanges commerciaux et militaires avec la bourgeoisie néo-coloniale tripolitaine qui furent loin d’être aussi florissants qu’avec l’Italie du bon Sylvio Berlusconi. Les échanges avaient été caractérisés par un déficit commercial structurel. Les importations de Libye (à 95% des hydrocarbures, soit 2,5% des approvisionnements français) étaient estimés en 2007 à 2165 millions d’euros. Le commerce français n‘exportait que pour l’équivalent de 521 millions d’euros, ce qui en faisait tout de même le cinquième fournisseur de la Libye.

LE MIRAGE DES RAFALES

En 2007 la libération des infirmières bulgares n’avait été que la tapisserie du tableau d’un Kadhafi remastérisé et relifté par colonel Sarkozi & co. La recherche d'uranium faisait bien partie du mémorandum signé à l’époque par l’ex étudiant maoïste Kouchner et son homologue libyen. Le principal point de l'accord, qui avait fait grincer des dents à la communauté des gangsters internationaux, avait concerné la fourniture, d'un réacteur nucléaire à la Libye "d'ici plusieurs mois voire plusieurs années". Tractation commerciale purement « humanitaire », si l’on en croyait les VRP du colonel Sarkozi, car destinée à l'alimentation d'une usine de production d'eau potable, une ressource très rare dans le désert libyen. L’Etat sarkozien devait être chargé de la construction du réacteur et de la formation des techniciens. Le trust Areva était en piste sans garantie." Le point le plus juteux concernait une "coopération" en matière de Défense ». Les rumeurs qui ne devaient rester que des rumeurs pronostiquaient la vente de plusieurs avions de combats à la Libye, au début de l'année 2007 (une quinzaine de Rafales). Des négociations avaient en effet été évoquées dans la presse entre Dassault et la Libye pour la vente d'une quinzaine de Rafales au colonel Kadhafi. Immédiatement démenties par l’ex-ministre Michèle Alliot-Marie, ces négociations correspondaient à un marché potentiel de 2,5 milliards d'euros pour l'entreprise française. Ce devait être le premier contrat à l'export pour cet avion commercialisé par Dassault et encore jamais vendu à l’étranger. Sauf que ce qui apparaissait comme acquis... ne le fut pas du tout. En juin 2008, six mois après la visite de Kadhafi, Les Echos annoncaient que le dossier avançait : "les discussions se poursuivent normalement, et Dassault peut raisonnablement espérer conclure d'ici à l'automne". Dassault n’était pas inquiet ni inculpé, la signature du contrat de vente de ces fameux 14 Rafale devant intervenir à l’automne 2008. L'automne arrive, et rien n'a été signé. Ni en 2008, ni en 2009. Et en 2010 ? La Tribune annonce en juillet dernier que "Paris tente de propulser le Rafale en Libye". Plus de deux ans après, il est temps... Selon le quotidien Les Echos, qui a le sens de la formule, on assista à "une accélération des négociations" (sic) mais il ne faut pas se réjouir trop vite car... "tout dépend du guide".
Le fiasco était patent peu après. En réalité, à l'exception de la commande ferme de 21 airbus pour 2,7 milliards d'euros, tous les autres dossiers évoqués n’étaient alors qu’au stade des négociations : "aujourd'hui, on n'a aucun élément précis sur les volumes, les types d'appareil et donc les montants d'un contrat. On ne sait pas très bien ce qui va remonter de cette négociation globale" relevait un cadre d'Eurocopter, cité par Libération. Même son de cloche du côté de Veolia : "On n'a rien signé du tout. Sur l'annonce de l'Elysée, on ne souhaite pas faire de commentaire". D’où le désir de revanche « humanitaire » très accentué de la bourgeoisie française derrière le guide de l’Elysée.

La bourgeoisie française s’était ridiculisée au terme de ce marché de dupe par la "remise en selle" du pouvoir libyen sur la scène internationale, selon les termes du colonel Sarkozi qui prétendait "aider la Libye à réintégrer le concert des nations" (de brigands humanitaires). Si des voix naïves en Europe soulignèrent que certaines exigences en matière de droits de l'Homme (cette scie à VRP oligarchiques) n’étaient toujours pas respectées, plusieurs pays dont la Grande-Bretagne et les Etats-Unis avaient avoué leur amitié retrouvée pour la mafia de Tripoli. La balance de l’économie trahit toujours la vérité des « échanges humanitaires » : le déficit commercial de la France avec la Libye se creusa lourdement à 3,7 milliards.
Fin 2010, le gouvernement Fillon rêvait encore conquérir des parts de marché dans le secteur financier, l’industrie, la construction, l’eau, les télécommunications et l’ingénierie. Le patronat français y était impliqué. Pour le moment une quarantaine de filiales ou de représentations d’entreprises françaises s’étaient installées pour œuvrer à cet objectif dans ce désert de 6 millions d’habitants dont le ratio PIB/habitant était le plus élevé d’Afrique. En 2009, il était estimé à 105 000 dollars. La Libye est le deuxième exportateur de pétrole du continent, avec plus de 60 ans de réserves estimées au rythme actuel de production. Quant à ses réserves de gaz, elles tourneraient autour de 1500 milliards de m3. Kadhafi ne pourra pas plus détruire cette manne géologique que son regretté ami Saddam.
Les investissements français, principalement orientés vers le secteur pétrolier, sont comme les bijoux de la colonelle, précieux mais volatiles. L’ancien secrétaire général de l’Elysée Claude Guéant, promu ministre de l’Intérieur, avait effectué pas moins de quatre visites en Libye depuis 2008, la dernière remontait à juillet 2010.
Oubliée l’affaire El-Mismari, qui avait pourtant sonné l’alarme (un des principaux conseillers de Kadhafi depuis 1969, qui avait fait défection) et qui demandait l’asile politique à la France.
Le revirement de l’oligarchie française est très récent et date du 26 février dernier où le gouvernement du colonel Sarkozi avait suspendu les activités de son ambassade à Tripoli. Curieusement la protection des intérêts français a été confiée à l’ambassade de Russie. Ce jeudi seulement la Russie suspend ses livraisons d’armes à Kadhafi. Autant dire que la décision de lâcher Kadhafi est toute récente et a fait l’objet d’intenses marchandages.
La bourgeoisie française, plus ou moins sponsorisée par la bourgeoisie US – qui l’a réintégrée dans l’OTAN et convaincue d’apporter sa quotepart militariste en Afghanistan – peut être déléguée pour décharger quelque peu le lourd fardeau de pax americana sur le reste du monde. Le colonel Sarkozi portant haut le drapeau de la démocratie… humanitaire. A moins que cette pauvre armée française toujours à la traîne n’arrive que pour compter les cadavres sur les ruines de Benghazi.

A suivre…

mercredi 9 mars 2011

La bourgeoisie internationale tente de jouer le chaos


Les flics tirent dans la foule au Yémen, des dizaines de blessés dont six morts probables.. Du jamais vu dans l’histoire de la répression des manifestations populaires. Kadhafi continue tranquillement de bombarder la population civile. En Côte d’Ivoire les flics de Gagbo ont tranquillement tiré dans une foule de femmes, causant au moins sept mortes. La « communauté internationale » et la « communauté africaine » se révélant incapables apparemment de « faire respecter les élections » ; en vérité comme en Libye, tout se passe dans les coulisses entre compétiteurs impérialistes. Les banques qui devaient geler les avoir de Kadhafi traînent des pieds de peur de perdre gros. Tous les grands Etats, ces bandits de grand chemin, poussent sur le perron de grand cris contre les violations des droits de l’homme et les viols de femmes, mais s’en fichent royalement, tout occupés qu’ils sont à évaluer leurs pertes et profits en armes et or noir.
En coulisses la bourgeoisie a tout intérêt à activer le chaos en l’absence d’une alternative de classe. Autant les services secrets égyptiens avaient organisé l’attentat contre une Eglise copte, causant plusieurs morts avant le soulèvement de la place Tahrir, autant d’autres « services » des Etats toujours en place, relayant les précédents avec le même personnel, continuent à semer le bordel : attentat crapuleux contre un prêtre en Tunisie, manifestation en Egypte dans un quartier copte à la suite d’un double meurtre lors d’un projet de mariage bi-confessionnel, évocations de revendications tribales en Libye, discours raciste sur l’incapacité des divers « insurgés » à fonder parti politique apte à gouverner ou leader « charismatique », etc.
Le gonflement médiatique d’affrontements inter-communautaires au Caire a pour but de faire passer au second plan la très bonne attaque des locaux de la sécurité d’Etat, comme ce commentateur nous en informe :

« Egypte: des bâtiments de la sécurité d'Etat pris d'assaut LE CAIRE - Des bâtiments de la sécurité d'Etat ont été pris d'assaut samedi en Egypte par des manifestants à la recherche de preuves d'abus commis par ce puissant appareil dépendant du ministère de l'Intérieur, dont des militants exigent la dissolution, ont indiqué des témoins. Environ 2.500 manifestants ont fait irruption dans le bâtiment de la sécurité d'Etat à Nasr City au Caire "s'emparant de documents officiels avant que les responsables ne les brûlent ou les déchirent", a dit un responsable des services de sécurité. A Cheikh Zayed, dans la banlieue du Caire, des centaines de manifestants ont tenté de pénétrer dans le siège local de la sécurité d'Etat. Des employés ont tiré des coups de feu en l'air avant que l'armée ne s'interpose pour empêcher que le bâtiment soit pris. La dissolution de ces services, accusés par des organisations de défense des droits de l'Homme d'abus et de torture, est l'une des principales revendications des militants pro-démocratie. L'un des manifestants a affirmé à l'AFP que le but était de s'emparer des dossiers de la sécurité d'Etat "de crainte que les preuves de violations ne soient détruites"."On pouvait voir la police à l'intérieur en train de brûler des papiers", a-t-il dit."Les fenêtres étaient ouvertes et des papiers s'envolaient par les fenêtres", a ajouté un autre manifestant, joint par l'AFP par téléphone. A Marsa Matrouh, ville située au nord-ouest du Caire sur la côte méditerranéenne, un groupe de manifestants a pu entrer dans le siège de la sécurité et s'emparer de documents, avant de mettre le feu au bâtiment d'où s'élevait une épaisse fumée noire, a rapporté un témoin à l'AFP. Les manifestants se sont ensuite attablés à un café non loin de là pour éplucher les papiers récupérés, a-t-il ajouté.A Zagazig, ville du Delta du Nil, des manifestants s'en sont également pris à des bureaux de la sécurité d'Etat, ainsi qu'à Fayoum, au sud du Caire, selon des responsables des services de sécurité. Vendredi, des manifestants avaient été blessés par balle lors d'un rassemblement réclamant la dissolution de la sécurité d'Etat à Alexandrie, la grande ville du nord de l'Egypte. L'armée, qui gère le pays depuis la démission sous la pression populaire du président Hosni Moubarak le 11 février, avait dû intervenir pour ramener le calme. Selon un responsable des services de sécurité, près de 100.000 personnes travaillent à la sécurité d'Etat, sans compter les informateurs. Vendredi, entourant le nouveau Premier ministre Essam Charaf, les manifestants de l'emblématique place Tahrir au Caire avaient scandé "Le peuple veut la fin de la sécurité d'Etat"."Je prie pour que l'Egypte soit un pays libre et que ses services de sécurité soient au service des citoyens", a répondu M. Charaf, nommé jeudi en remplacement d'Ahmad Chafic. La colère contre les abus quotidiens et la torture par la police ont été l'un des éléments déclencheurs le 25 janvier des manifestations sans précédent contre le régime de M. Moubarak, qui était en poste depuis près de 30 ans. 05 mars 2011 21h07 http://www.romandie.com/infos/News2/110305200727.f7eiyg5b.asp Dans de nombreuses casernes ,des comités de soldats sont en constitution et réclament la destitution de la hiérarchie corrompue......La nouvelle est fracassante. La chute de la Sécurité d'Etat est plus importante encore que celle de Moubarak qui, et c'est un manifestant qui l'a hurlé en ouvrant un dossier par hasard, était fiché lui aussi..http://crisdegypte.blogs.liberation.fr/cairote/2011/03/egypt-larmée-torture-video.html#comments.


Les infos sur l’ensemble des phénomènes sociaux qui touchent le croissant arabe restent dispersées, sans suite, sans analyse sérieuse mis à part les broderies sur la dite révolution démocratique : il ne serait plus question que des conciliabules vertueux entre éléphants impérialistes ne voulant pas casser la porcelaine et éviter de faire lever la « rue arabe » (c'est-à-dire un nationalisme paysan). Avec le cas de l’Algérie c’est flagrant. Voilà un pays, où d’après nos informateurs secrets, il se passe tous les jours des conflits « de classe », mais pour lequel l’info reste à éclipses, et encore lorsqu’elle apparaît très sélective en faveur de l’opposition bourgeoise qui n’arrive pourtant pas à rallier les masses prolétaires.
Le mouvement de soulèvement généralisé est toutefois freiné par le feuilleton Kadhafi. La bourgeoisie utilise ce freinage à dessein, où il apparaît de toute manière que le vieux dictateur s’est tiré une balle dans le pied en usant de forces mercenaires contre son peuple (Franco s’était bien servi aussi de tirailleurs marocains, mais c’était une autre époque de défaites ininterrompues du prolétariat). Partout le mouvement ne demande qu’à e redéployer bien que partout tous les Etats fassent d’abord tirer sur la foule, femmes et enfants compris. Partout ailleurs, en Arabie Saoudite et surtout en Syrie, les masses piaffent d’impatience d’abattre les tueurs rois du pétrole et le sinistre Assad.
Si les prolétaires en France en particulier sont pardonnables à cette étape d’y perdre leur latin, paradoxalement et comiquement, les répercussions des soulèvements arabes rentrent quand même par la fenêtre des partis bourgeois, tous s’affole de la remontée du FN. Les peurs et les fantasmes politiques ont de curieuses résonances. Cette soi-disant peur de l’envahissement me semble pourtant bien « médiatisée » avec sondés rétribués… pour évacuer encore une fois la solidarité révolutionnaire de classe….

Pourquoi la Libye s'enfonce dans la guerre civile


(Je vous transite cet article de Ouest France de Bruno Ripoche, pour une fois qu’un article de journal provincial vaut bien les productions nationales assez poussives en ce moment)

L'insurrection contre Kadhafi entre, aujourd'hui, dans sa quatrième semaine. Ni la rébellion, ni le régime ne semblent en mesure de l'emporter par KO.
Repères
Pourquoi la révolution ne débouche-t-elle pas en Libye ?
Parce que le régime du colonel Kadhafi, d'abord sonné par la révolte partie de Benghazi, deuxième ville du pays, ne s'est pas effondré. Une partie de l'armée a rallié l'insurrection populaire. Mais cette armée joue un rôle moins décisif qu'en Tunisie ou en Égypte. Mouammar Kadhafi l'a affaiblie après une tentative de coup d'État en 1993. À sa place, il avait fait monter en puissance trois « unités de protection » (environ 10 000 hommes), dont la 32e brigade, dirigée par son fils Khamis. Kadhafi a aussi gardé le soutien de quelques tribus, dont la sienne, les Kadhadfa, qui contrôlent la région de Syrte, verrou sur la route de Tripoli.
Qui prend le dessus ?
Personne à ce stade. L'insurrection a conquis le littoral de l'Est jusqu'à Bin Jawad, dont elle a été repoussée ce week-end. Elle n'avance plus. Une ligne de front semble se stabiliser à hauteur de Ras Lanouf, violemment bombardée hier par l'aviation. Il s'agit du principal terminal pétrolier du pays, donc d'un enjeu stratégique, les hydrocarbures étant l'unique richesse de la Lybie. Des villes de l'Ouest se sont aussi soulevées, dont Misrata (200 000 habitants), le port pétrolier de Zaouia (ouest de Tripoli) et une bande allant de Zintan à la frontière tunisienne. Mais elles sont isolées les unes des autres, souvent encerclées, et les blindés du régime y font des incursions meurtrières, sans parvenir à les reprendre. En milieu urbain, les rebelles ont l'avantage.
Ces combats peuvent-ils durer ?
Kadhafi possède la supériorité matérielle. Mais ses avions sont peu précis. Ses hélicoptères feraient des cibles faciles. Quant aux rares affrontements au sol, ils n'auraient jamais engagé plus d'une centaine d'hommes de chaque côté. Shashank Joshi, analyste au Royal United Services Institute de Londres, parle d'« escarmouches » et souligne que « les forces ne sont pas aussi déséquilibrées qu'il y paraît ». Aux unités d'élite, les milliers de jeunes insurgés, encadrés par d'ex-militaires, opposent leur détermination et du matériel (DCA mobiles, chars, lance-roquettes) récupéré dans les casernes de l'Est. Mais à une telle distance de leurs bases (700 km de Tripoli et 350 km de Benghazi), aucun des deux camps ne paraît en mesure de l'emporter par KO.
Une issue négociée est-elle envisagée ?
Des avocats de Tripoli se seraient proposés comme intermédiaires pour « arrêter le bain de sang », mais l'entourage de Kadhafi a démenti les avoir mandatés pour négocier une immunité et de l'argent contre le départ du colonel. Le Conseil national libyen (gouvernement des insurgés de Benghazi) a rejeté leur médiation. Son président Moustafa Abdeldjeïl, a déclaré à Al-Jazira que Kadhafi a « soixante-douze heures pour quitter le pays » s'il veut éviter des poursuites.
Une intervention étrangère peut-elle faire pencher la balance ?
Encore faudrait-il qu'elle ait lieu ! Il y a urgence, les combats ayant fait plus de 1 000 morts, selon le seul bilan avancé par Ban Ki-Moon, le secrétaire général de l'Onu. Il date du... 25 février ! Mais la diplomatie avance lentement : Paris et Londres doivent présenter à l'Onu un projet de zone d'exclusion aérienne, qui interdirait à Kadhafi d'utiliser son aviation. Cette no fly zone a la bénédiction des monarchies arabes du Golfe et de l'Organisation de la conférence islamique (57 pays). Mais Moscou et Pékin, qui possèdent un droit de veto à l'Onu, renâclent. En attendant, l'Otan a porté de dix heures à 24 heures/24 la surveillance de ses avions-radars en Méditerranée.
Lors d'un entretien téléphonique hier soir, le président américain Barack Obama et le Premier ministre britannique David Cameron, ont déclaré qu'ils avaient pour «objectif commun en Libye » la fin des violences et le départ de Kadhafi."

lundi 7 mars 2011

ALGERIE ET REVENDICATION SOCIALE

De la Tunisie à la Libye, on nous a saoulé avec la revendication de la liberté démocratique qui n’a encore jamais fait pousser le blé toute seule… Voici le pays où la classe ouvrière la plus importante du Maghreb, qui risque bien de « recadrer » les soulèvements du croissant arabe en rappelant que c’est la classe ouvrière qui est déterminante, et que les étudiants ont un rôle à jouer, dans leur domaine, mais aussi pour appuyer les prolétaires qui, eux, restent l’avant-garde dans la lutte sociale.


Algérie : la grogne sociale gagne tout le pays

Par Mélanie Matarese le 7 mars 2011(repiqué du blog Visa pour l’Algérie)

Dans la rue, rien ne va plus. Ironie de l'histoire : ce ne sont pas les appels au «changement de système» de la Coordination nationale pour le changement et la démocratie qui tarabustent aujourd’hui le pouvoir algérien, mais… les étudiants, les garde-communaux, les chômeurs, ou encore les cheminots. La grogne sociale a non seulement gagné en puissance mais s’est propagée dans tout le pays. Tour d’horizon de cette contestation à suivre de près…
LES ETUDIANTS
C’est le mouvement le plus généralisé (les universités bougent depuis début février) et le mieux organisé puisque les collectifs de huit universités algériennes - Béjaïa, Sétif, Tizi Ouzou, Boumerdès, Alger et Mostaganem - se sont fédérés en Coordination nationale autonomes des étudiants. Pour Farid Cherbal, enseignant et syndicaliste, ce mouvement est «le plus large qu’a connu l’université algérienne depuis 1987». La nouvelle Coordination appelle à un sit-in devant tout les rectorats des universités le mercredi 9 mars et à une journée de grève et de marche dans plusieurs wilayas le lundi 14 mars.
Que veulent-ils ? Ils demandaient au départ l’abrogation d’un décret présidentiel voulant aligner les diplômes de l’ancien système (magisters) avec les masters issus du LMD ; le maintien du diplôme d’ingénieur des universités et l’alignement de ces diplômés sur les masters, tous les deux des bac+5. Aujourd’hui, les revendications se sont élargies et diversifiées selon les régions. La Coordination est donc en train d’étudier une plate-forme commune à toutes les universités.
Que dit le gouvernement ? Le Conseil des ministres a abrogé le décret présidentiel, maintenu le diplôme d’ingénieur mais n’a pas autorisé l’alignement avec les masters. «Une commission chargée d’établir les équivalences a été mise en place par le ministère, explique une enseignante de l’université de Blida, et des propositions affluent des universités et des écoles. On attend une réponse pour le 27 mars, quand tout le monde sera en vacances…»
En quoi sont-ils en mesure de déstabiliser le pouvoir ? Il y a déjà eu des affrontements entre les forces de police et les étudiants qui n’hésiteront pas à radicaliser le mouvement. Selon les universités, ils ont été rejoints par les enseignants. Et les déclarations du recteur de l’université d’Alger, hier sur une chaîne de télévision nationale, selon lesquelles il n’y a pas de différence entre le magister et le master, pourrait les agacer un peu plus. «L’erreur émane clairement du ministère, poursuit l’enseignante chercheuse de Blida. S’il est vrai que l’Algérie ne peut se soustraire aux systèmes qui s’appliquent à l’échelle mondiale, elle aurait pu temporiser.»
LES GARDES COMMUNAUX
Ils sont environ 100.000 dans tout le pays, mais plus que leur nombre, c’est leur charge symbolique qui est importante. Car ces paramilitaires ont été recrutés dans les années 90 pour lutter contre le terrorisme et certains ont été tués ou sont encore blessés. Ils se font entendre depuis un mois, d’Annaba à Sidi Bel Abbès en passant par Alger où ils ont manifesté ce lundi 7 mars.
Que veulent-ils ? Ils rejettent le plan de redéploiement prévu par le gouvernement et le nouveau statut d’agent de sécurité qui leur a été proposé. Ils se disent «marginalisés après avoir protégé la population». Certains ont carrément été mis à la retraite avec une pension d’environ 100 euros, d’autres ont été orientés vers des entreprises publiques avec un salaire inférieur à celui qu’ils percevaient et avec un contrat moins avantageux. Ils réclament un statut avec, entre autres, des indemnités pour les services rendus durant la décennie noire, une retraite anticipée et une prise en charge de victimes du terrorisme, une augmentation des salaires.
Que dit le gouvernement ? Le programme de redéploiement de la garde communal a été officiellement gelé le 20 février dernier. Daho Ould Kablia, le ministre de l’Intérieur, a reçu leurs représentants le jeudi 3 mars. «Je dois dire toute notre reconnaissance et notre gratitude pour le travail gigantesque qui a été fait par ce corps pour protéger le pays et d’être à l’avant-garde de la lutte contre le terrorisme», a-t-il déclaré. La loi de finances 2010 prévoit un fonds spécial pour accompagner le processus de dissolution du corps dont une partie sera affectée au ministère de la Défense.
En quoi sont-ils en mesure de déstabiliser le pouvoir ? Le gel du redéploiement ne les a pas convaincus, pas plus que la rencontre avec le ministre. Ils se disent prêts à radicaliser leur mouvement. «Mais il y a fort à parier que le gouvernement les laisse tomber comme il a laissé tomber les patriotes, souligne un journaliste de Chlef, à l'ouest d'Alger. Dans une wilaya comme la nôtre, où il y avait dans les années 90 quelque 5.000 patriotes et 3.000 gardes communaux, ils ont pourtant joué un rôle capital. Certains sont aujourd'hui invalides, avec une famille à charge et ne touchent qu'une pension d'environ 70 euros...»
LES CHÔMEURS
Depuis fin janvier, date de sa création, le Collectif national pour la défense des droits des chômeurs, a appelé à plusieurs rassemblements. Il annonce une manifestation le 20 mars prochain, à Alger, où sont attendus des chômeurs de tout le pays, y compris du Sud (zones pétrolières) où le mouvement est le plus dur.
Que veulent-ils ? Un travail décent, une allocation chômage à hauteur de 50% du salaire minimum (qui est de 150 euros environ), la permanisation de tous les contractuels des dispositifs d’aide à l’emploi et de tous les travailleurs précaires, l’ouverture de nouveaux postes budgétaires dans tous les secteurs, notamment dans la Fonction publique, l’interdiction des licenciements économiques et la suppression du service militaire pour les jeunes de 25 ans, la baisse de la durée du service militaire à 6 mois.
Que dit le gouvernement ? «À part les mesures qui ont été annoncées en Conseil des ministres, et qui ne correspondent pas aux aspirations des chômeurs, pour l’instant, le pouvoir ne nous a adressé aucun message», assure Samir Laribi, porte-parole de la Coordination.
En quoi sont-ils en mesure de déstabiliser le pouvoir ? Le chômage (10% de la population) touche surtout les jeunes -21% des 16-24 ans d’après les chiffres officiels, plus de 70% des 16-29 ans selon certains sociologues- et les diplômés de l’enseignement supérieur (à plus de 20%). Or ceux sont eux qui sont les plus mobilisés, tous mouvements confondus. Par ailleurs, comme l’explique le syndicaliste Yacine Zaid, «C’est la première fois que les chômeurs arrivent à se structurer pour réclamer leurs droits. Et ils sont en train de mener un véritable travail de proximité dans toutes les régions.»
LES CHEMINOTS
Ils ont déjà mené plusieurs mouvements de grève en 2010, et dimanche 6 mars, les cheminots d’Alger ont décidé de paralyser le trafic ferroviaire entre les banlieues est/ouest et la capitale pour protester contre leurs conditions de travail et leurs salaires, d’environ 180 euros auxquels s’ajoutent 5 euros de prime de risque.
Que veulent-ils ? Une augmentation de salaire. Comme les garde-communaux, ils mettent en avant leur rôle pendant la décennie noire. «Au moment où le terrorisme ravageait l'Algérie, seuls les cheminots ont bravé la menace, se défendent-ils, au détriment de leur vie, pour assurer le transport des Algériens.»
Que dit le gouvernement ? Il n’a pas encore réagi. La Société nationale des transports ferroviaires dit avoir reçu les travailleurs et fait des propositions pour améliorer les conditions de travail. L'an dernier, le ministère des Transports s'était engagé à les augmenter.
En quoi sont-ils en mesure de déstabiliser le pouvoir ? Si la contestation reste circonscrite à Alger, cela ne devrait pas avoir de conséquences autres qu’économiques.

jeudi 3 mars 2011

Réponse de la FGCI à Klasbatalo (Canada)

Je me plie à la demande suivante des camarades de Klasbatalo, mais ça me fait chier, j'ai pas envie de répondre aux mêmes salades éculées sur le culte de l'organisation léniniste transcendante et inoxydable, j'ai pas envie de répondre à des zigotos qui n'ont même pas pris le temps de lire le texte qui leur était soumis et qui récitent la leçon du vieux Chirik par coeur depuis 20 ans, mais qui sont incapables de répondre à ce très intéressant texte de Klasbatalo (reproduit plus bas sur ce blog):

"Comme tu l'as peut-être constaté, la FGCI a répondu à notre "contribution" en janvier dernier. Bien que nous ne soyons pas forcément en accord avec l'ensemble de leur critique qui ne semble pas, de toute façon, répondre à notre texte en soi (elle nous accuse de conseillisme par la bande - ce que nous ne sommes pas), nous pensons que cette critique s'inscrit dans un processus de débat que nous espérons voir porter un peu plus en avant. Aussi, nous nous demandions, puisque tu as déjà publié notre "contribution" sur ton blog avec tes commentaires critiques, si c'était possible pour toi d'y mettre la critique de la FGCI avec encore une fois tes propres commentaires si tu juges le tout pertinent; comme ton blog est plus lu et connu que le nôtre.

http://fractioncommuniste.org/fra/bci04/bci04_4.php

Quoiqu'il en soit camarade, reçois nos salutations les plus fraternelles,

A. pour les communistes internationalistes - Klasbatalo!
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Je me plie car je ne trouve pas grand intérêt au rabâchage bien connu des deux ou trois membres de la robuste Fraction de la gauche communiste internationale, qui a déjà scissionné de la fraction externe. La plupart des dites fractions ou groupes sont ridiculement réduits à deux ou trois individus et parlent comme s'ils étaient le parti mondial. La réponse de deux zèbres de ladite FGCI est encore plus ridicule que les sermons de la secte CCI:
1. Ils défendent cette secte comme les trotskiens défendaient le parti stalinien jusqu'à ce qu'il les fusille; et le CCI n'est pas la IIIe Internationale dégénérée, il est dégénéré tout seul.
2. Ils accusent Controverses de vouloir liquider les 3 principales organisations du milieu maximaliste, pas besoin de Controverses elles se sont liquidées elles-mêmes;
3. Le plus grand danger c'est le conseillisme, non c'est ma grand-mère! Ces vieux fossiles du CCI des années 1980 rabâchent une vieille analyse, qui reste valable, mais qui n'est pas première aujourd'hui, y a plus urgent quand le prolétariat ne bouge pas son cul contre les principales attaques et est incapable de faire montre de solidarité de classe; on se fiche des intellectuels anti-parti et des mannes de Lénine et Chirik.
Des remarques du couple arrogant FGCI (elfe j'ai failli!) sont bien sûr bonnes. Controverses c'est rien qu'un cénacle mondain mais ils n'ont tué aucun bordiguiste ni violé une vieille militante du CCI. Ils ont le droit de vivre et j'ai le droit de les ignorer. La défense masochiste de groupes inexistants à chaque événement du monde depuis des années (et je peste assez contre cette mollesse, sauf le PCI qui fait un effort pour agir vite dans les moments graves) est aussi inutile que nos deux FGCI sont invisibles, impossibles à contacter, incapables de discuter avec un sectarisme puant de marxistes bègues. C'est bien de faire le malin derrière son clavier, mais ça n'intéresse personne, et la défense prodomo du CCI et de la TCI c'est du bla-bla, ces deux sectes ne sont plus que de cercles d'incapables, invisibles aux aussi. Nos deux FGCI (voire trois, avec un membre du comité central + un de la base + une sympathisante)zigaguent avec des machins morts,un coup ils veulent faire le regroupement dans ce fantôme de Damen, et maintenant "autour"? Ils tournent pas rond quoi! La TCI ex-Battaglia (tendance communiste internationale, tendance de quoi, de qui?) c'est quoi, c'est qui, ça a scissionné sans qu'on sache pourquoi, qui et qui et qui et quoi. Le CCI c'est pareil, en plus obscur, au point que des militants en rupture de la CNT sont venus me demander "comment ça se passe là-dedans). C'est fini depuis Blanqui les orgas clandestines, partis autoproclamés, ou alors c'est louche. On peut pas faire confiance à des types qui restent cachés derrière un appareil hiérarchisé ou leur moustache, derrière un site ou derrière un bla-bla éculé sur un courant dit gauche communiste qui ne signifie plus que militants à la dérive, haines recuites, surdités, refus de l'altérité. Toutes les leçons n'ont pas été perdues de ce malheureux courant maximaliste mais les unités dispersées ne se retrouveront jamais, le prolétariat aurait bien aimé, mais il s'en passera. Le cours de l'histoire continu sans les vieux débris petits bourgeois. Et moi, chers camarades canadiens, je réponds une chose à vos donneurs de leçon: le parti n'apparait jamais avant les révolutions, vous mentez et continuez à mentir, bande de has been. Il apparaît, de toute façon après, il ne sera ni le produit du CCI ni des conseillistes. Heureusement.
JLR

PS: après une visite sur le site de TCI, le groupe autour duquel nos donneurs de leçon veulent qu'on fasse la danse du ventre, y a rien, rien de rien, pas un mot sur les soulèvements qui secouent le croissant arabe depuis deux mois! Hé camarade, leur dirons-nous, réveillez-vous on a renversé l'Etat capitaliste, pouvez-vous nous donner vos bons conseils marxistes pour avancer plus vite vers l'idéal communiste.IL y en a bien un qui répondra: fallait nous faire sonner le réveil plus tôt!

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REPONSE AU TEXTE DES COMMUNISTES INTERNATIONALISTES-KLASBATALO
SUR LEUR CONTRIBUTION A UN ETAT DE LA GAUCHE COMMUNISTE


par La Fraction de la Gauche Communiste Internationale (FGCI)

"Jung et une foule d'autres ne se laisseront jamais convaincre qu'il existe une différence de principe entre nous et Ruge, ils s'en tiennent à l'opinion qu'il s'agit uniquement de chamaillerie personnelle. Quand on leur dit que Ruge n'est pas un communiste, ils ne veulent pas le croire et manifestent leur regret de voir rejetée inconsidérément une « autorité littéraire » comme Ruge !" (Lettre d'Engels à Marx, 19 novembre 1844).

Depuis nos premiers contacts avec les camarades des Communistes Internationalistes-Klasbatalo (ex-CIM), nous n'avons eu de cesse de débattre et d'essayer de clarifier la question des forces communistes de notre époque, de ce que nous appelons le camp prolétarien, ou encore le milieu politique prolétarien. La contribution des camarades vient marquer une étape importante de notre discussion. Elle est d'autant plus importante qu'en soulignant les insuffisances actuelles des principaux groupes de la Gauche communiste - leur incapacité à assumer de manière active et décidée leur rôle de pôle de regroupement du fait du poids du sectarisme et de l'opportunisme politiques -, elle vient interpeller ceux-ci d'une part et qu'elle se fait indirectement l'écho, en s'interrogeant, des tendances croissantes au rejet et à la liquidation de ces groupes.

Alors que la crise ouverte du capital et les réactions ouvrières qu'elle provoque, annoncent l'ouverture d'un processus vers des confrontations de classes décisives, frontales et massives, l'état de dispersion et de faiblesse du camp politique prolétarien - qui devrait tendre à se renforcer et à regrouper autour de lui, autour de ses positions et orientations politiques - favorise au contraire les tendances anti-organisation de type conseilliste et anarchisante. Au point qu'aujourd'hui toute une mouvance - bien souvent constituée d'ex-militants du CCI "déçus" renforcés par des éléments anarchisants - vient militer, directement ou indirectement, explicitement ou implicitement, pour la liquidation et la disparition des principales organisations du camp prolétarien.

Déjà en avril 2009, le groupe Perspectives internationalistes avait appelé à un rassemblement des "pro-révolutionnaires" que, pour notre part, nous avions rejeté notamment pour son ignorance, c'est-à-dire en fait pour son rejet, des principales organisations de la Gauche communiste et pour sa tonalité anarchisante (cf. Notre réponse à l'Appel au milieu pro-révolutionnaire dans le bulletin 47 de la Fraction interne du CCI). Depuis, cette dynamique au rejet des principales organisations du camp prolétarien s'est accentuée ; en particulier du fait du renfort que lui apportent nombre d'anciens "adorateurs déçus" tels ceux qui se retrouvent au sein du Forum de la Gauche communiste. Ceux-ci ont adhéré dès leur sortie (volontaire) du CCI à "l'Appel de PI" et sont devenus les plus actifs pourfendeurs des organisations présentes de la Gauche communiste au point d'en prôner la disparition (cf. Controverses 3, Il est minuit dans la Gauche Communiste1). Nous avons rejeté et combattu cette thèse destructrice et liquidatrice dans le bulletin 2 de la FGCI, dans le texte Le camp prolétarien a-t-il définitivement fait faillite ?
Peut-on concilier l'inconciliable ?

Dans leur contribution, se basant sur les deux textes, les camarades du CIK "se sont donnés, ils le déclarent d'entrée, pour mandat de répondre aux deux groupes en tentant (...) de les concilier" bien que "ces deux positions semblent irréconciliables". Leur contribution souffre fortement de cette volonté de "synthèse" et de "conciliation". Se basant sur leur bonne volonté de concilier l'inconciliable, le texte des camarades est amené à des contradictions flagrantes et, du coup, à des concessions politiques dangereuses qui s'expriment dans des erreurs politiques particulièrement dangereuses. Pour résumer de manière sommaire leur contribution, les CIK semblent d'une part critiquer l'article de Controverses - qui "se veut implicitement un appel à saborder les trois principales organisations actuelles de la Gauche communiste" - tout en appuyant son argumentaire basé sur Marx et Engels : "C'est effectivement comment Marx et Engels voyaient la mise sur pied et la disparition des organisations politiques dont se dotait le prolétariat. (...) Aussi comme le souligne bien Controverses (...) après le reflux du cours des luttes, lire de l'épuisement du prolétariat écrasé le plus souvent par sa défaite, l'organisation tend à chercher une légitimité à la préservation de son existence. Elle tend alors à s'enfoncer dans des analyses particulières qui la divisent sur des questions de second ordre". Et les camarades des CIK, c'est une de leur qualité, de dire tout haut à qui ils pensent, et surtout à qui pense si fort Controverses : "On peut facilement faire un parallèle à cet effet avec le CCI qui semble s'être profondément enfoncé dans la paranoïa et l'autisme organisationnel au cours des dernières décennies"2 (nous soulignons).

En fait, tout en critiquant Controverses pour son rejet de toute continuité historique, d'assumer face au prolétariat et au milieu communiste, sa propre histoire et ses propres responsabilités - ses militants ont une histoire dont ils sont redevables -, les camarades des CIK reprennent les arguments les plus erronés de Controverses qui mènent à l'adoption d'une vision anti-parti de type conseilliste. La première erreur, peut-être la moins importante, est celle d'un CCI, et de groupes de la Gauche qui auraient faillite depuis 30 ans. La deuxième est que toute organisation, quelle que soit la période historique, le cours du rapport de forces entre les classes, quelles que soient les circonstances, et quelle que soit l'organisation - parti, fraction, groupe, cercle... -est inévitablement amenée à dégénérer en suivant mécaniquement, inéluctablement, le reflux des luttes - ce qui mène à l'abandon de tout combat de fraction3. Enfin, Marx et Engels seraient les premiers porteurs de cette vision qui auraient été ensuite reprise par Bilan et même par la Gauche communiste de France dont le CCI est issu. Rien n'est plus faux !

Dans leur volonté de concilier l'inconciliable, les camarades sont amenés à commettre deux types d'erreurs : les premières appartiennent à ce que nous qualifierons comme des malentendus ou des confusions politiques ; les secondes sont des erreurs politiques.
Les malentendus

Les principaux "malentendus" touchent à deux questions : le "regroupement" et la "discussion".

Lorsque notre fraction, comme elle l'a toujours fait, appelle au "regroupement" des forces de la Gauche communiste autour d'un "pôle de regroupement", elle ne réduit en aucune manière ce processus à une simple et immédiate adhésion à ce "pôle". Cette "simple et immédiate adhésion" ne peut signifier que l'élimination complète des divergences existantes et donc l'affirmation d'un accord quasi-total avec les positions de l'organisation-pôle. Cette vision du regroupement - qui malheureusement prévaut aujourd'hui, notamment chez les organisations issues de la Gauche communiste - est non seulement erronée mais surtout en rupture avec la tradition et la pratique historiques du véritable mouvement communiste. Ce sont cette tradition et cette pratique que nous nous évertuons à défendre et qui sont à l'opposé du sectarisme ambiant actuel, qui est marqué par la défense exclusive de "sa petite chapelle" et par le rejet des autres tendances politiques. Si on ne prend référence que sur ce qui prévalait dans la période de la fin des années 1920 et des années 1930, pourtant marquée par la contre-révolution et une classe ouvrière profondément défaite, il apparaît clairement que, malgré ces conditions particulièrement défavorables, les courants et organisations de l'Opposition internationale et surtout de la Gauche communiste (italienne, germano-hollandaise et autres) ont multiplié (parce qu'ils en ressentaient la responsabilité historique et qu'ils en avaient la volonté politique) les tentatives de regroupement de leurs forces. Ces tentatives se basaient, bien sûr, sur un certain nombre de positions fondamentales communes mais elles n'impliquaient, en aucune manière, que les divergences devaient être laissées à la porte ou mises sous la table, pour en faire partie. Elles se manifestaient par des liens directs et fréquents, par la tenue de réunions et même de conférences internationales, parfois aussi par la mise en place de structures organisationnelles communes (Secrétariats ou Bureaux internationaux...) et par l'édition de bulletins "de discussion" ou "d'information" internationaux ; et cela même si leur fusion dans une seule et même organisation ne se faisait pas.

De la même manière que ces nombreuses organisations ont cherché à se regrouper tout en mettant en avant leurs différences et en les confrontant, quand nous parlons de la TCI (ex-BIPR) comme "pôle de regroupement" digne de ce nom aujourd'hui, cela n'implique pas, à nos yeux et au vu de la tradition communiste, la nécessité absolue de se regrouper en son sein mais, tout au moins, autour d'elle, cette organisation étant au centre du processus de regroupement. C'est dans ce sens qu'à notre avis la TCI doit assumer cette responsabilité qui lui échoit aujourd'hui et que, pour l'instant, elle est seule capable d'assumer. Contrairement à ce qu'écrivent les CIK, ce n'est pas nous qui octroyons "immédiatement le « contrat » du pôle de regroupement à la Tendance Communiste Internationaliste". Mais c'est son lien "organique", à savoir son lien historique avec les organisations du passé, c'est aussi son lien théorique par sa fidélité au marxisme et son lien politique par la revendication de la continuité programmatique du mouvement ouvrier, et organisationnelle par la capacité d'intervention internationale - la presse en particulier - dans le prolétariat et en direction des autres minorités révolutionnaires ; et c'est enfin la profonde faiblesse actuelle des autres organisations qui pouvaient prétendre jouer ce rôle de "pôle de regroupement".

Malheureusement, il nous faut reconnaitre que la TCI possède aussi une faiblesse importante à ce niveau - et qu'elle partage avec toutes les autres organisations de la Gauche communiste actuelles -, faiblesse qui trouve sa source dans le poids de la contre-révolution et de la rupture organique. Celle-ci s'exprime notamment au travers d'une tendance à une vision monolithique et erronée de l'avant-garde politique du prolétariat et a du mal à concevoir l'existence de positions différentes en son sein (inévitable reflet de l'hétérogénéité qui existe au sein même de la classe). C'est de cette confrontation entre des positions différentes et même divergentes que se fait le développement de la conscience de classe et que peut surgir le processus de regroupement et d'unification des forces communistes. Il n'y a pas de regroupement et de formation d'une avant-garde conséquente et unie du prolétariat si ses différences sont ignorées ou refusées.

Critiquant notre "anathème" contre la démarche de Controverses, les CIK affirment à leur tour que "le temps est à la discussion, à l'ouverture des débats, aux critiques dures, certes, mais fraternelles" - ce avec quoi tout le monde se déclarera en accord. Mais, les camarades doivent se rendre compte qu'il y a discussion et discussion - ou plutôt débat politique et discutaillerie. Dans le cas qui nous occupe ici, la discussion ne peut avoir de sens que si elle vise à la clarification politique en vue du regroupement des véritables forces communistes. Elle ne peut donc participer à la clarification politique qu'à la condition de se situer dans le cadre programmatique et politique de la Gauche communiste. Tout autre cadre de "discussion" ne peut au mieux que correspondre à une dérive dans l'impuissance, dans la participation à la dispersion et à la confusion politiques ; au pire, en s'appuyant sur un autre type de préoccupations (remise en cause du marxisme, révision voire rejet de l'expérience historique de notre classe), elle tend en général à s'éloigner du camp du prolétariat.

"Nous nous sommes unis en vertu d'une décision librement consentie, précisément afin de combattre l'ennemi et de ne pas donner dans le marais d'à côté, dont les hôtes, dès le début, nous ont blâmés d'avoir formé un groupe à part et préféré la voie de la lutte à la voie de la conciliation. Et certains d'entre nous de crier : Allons dans ce marais ! Et lorsqu'on leur en fait honte, ils répliquent :Quels gens arriérés vous êtes ! N'êtes-vous pas honteux de nous dénier la liberté de vous inviter à suivre une voie meilleure ! Oh ! Oui, Messieurs, vous êtes libres non seulement d'inviter, mais d'aller où bon vous semble, fût-ce dans le marais (...). Mais alors lâchez-nous la main, ne vous accrochez pas à nous et ne souillez pas le grand mot de liberté, parce que nous aussi, nous sommes « libres » d'aller où bon nous semble, libres de combattre aussi bien le marais que ceux qui s'y acheminent !" (Lénine, Que faire ?).
Pour notre part, et loin d'une supposée "rigidité" qui nous opposerait à la volonté de "discussion (soi-disant) ouverte" revendiquée par les uns et les autres, nous n'avons eu de cesse, depuis notre constitution comme fraction au sein du CCI, de susciter, soulever et participer à des "débats" qui comportent des enjeux politiques réels, c'est-à-dire qu'au-delà des combats politiques que nous menons contre l'influence de l'idéologie bourgeoise au sein de notre classe (poids du conseillisme, de l'anarchisme, du démocratisme, de l'individualisme...), nous privilégions les débats avec et autour des principales organisations du camp politique prolétarien, en référence avec ces pôles historiques, et cela afin de favoriser au maximum le processus de regroupement et de clarification politiques, dans la perspective de la constitution du parti4.
Les erreurs politiques

Contrairement à la thèse conseilliste que reprennent les camarades des CIK lorsqu'ils s'appuient sur les arguments de Controverses, l'existence des organisations politiques du prolétariat est une nécessité permanente aussi bien dans la période d'ascendance du capitalisme que dans sa période historique de déclin ; et aussi bien dans les périodes de flux que dans les périodes de reflux de la lutte du prolétariat. Cette nécessité permanente est confirmée, vérifiée, par le combat permanent des communistes, à commencer par Marx et Engels - contrairement ce que reprennent les CIK -, pour la construction, le développement, la défense et même le maintien des organisations existantes. Loin d'être du "fétichisme organisationnel", ce combat permanent pour l'existence de l'organisation communiste comme expression la plus avancée de la conscience de classe est d'abord et avant tout un combat politique de confrontation et de clarification politiques qui est fait de regroupements, de ruptures, de scissions, et même de disparitions d'organisations. Il s'agit du combat pour l'homogénéité et l'unité politiques des avant-gardes politiques du prolétariat. Par contre, la fonction et la réalité formelle de ces organisations révolutionnaires sont, elles, dépendantes des périodes historiques : organisations de masse dans la période d'ascendance du capitalisme, organisations minoritaires dans sa décadence ; forme parti dans les périodes de développement massif des luttes du prolétariat et forme "fraction" dans les périodes de reflux5.

Il convient donc de tordre le cou à cette thèse conseilliste selon laquelle les organisations communistes naissent et disparaissent mécaniquement en fonction du développement et du reflux de la lutte des classes. Dire que telle fut la compréhension et la pratique de Marx et Engels, puis dans leur foulée de toute l'histoire du mouvement communiste, est une falsification de l'histoire.
Marx-Engels, la Ligue des communiste et la 1° Internationale

Nous ne pouvons revenir ici en détail sur les conditions de la dissolution de la Ligue des communistes (1852) et de la 1° Internationale (1872-1874). La thèse souvent avancée par les militants qui tournent le dos à la nécessité de l'organisation et du parti est que Marx et Engels auraient délibérément dissous ces organisations afin de se dédier aux études théoriques face au reflux de la lutte des classes. Et ils en profitent pour faire un parallèle avec leur situation d'aujourd'hui.
Ce parallèle est déjà particulièrement fallacieux dans la mesure où les périodes historiques sont complètement différentes. A l'époque de la Ligue et de l'AIT, le capitalisme était en pleine ascendance et les conditions de la lutte des classes bien différentes de celles qui prévalent suite à la 1° Guerre mondiale et à la vague révolutionnaire qui la suit. Même, les conditions qui prévalent entre la Ligue et l'AIT sont elles-aussi bien différentes : la première se trouve confrontée au fait que le prolétariat commence à peine à se constituer comme classe, qu'il est une classe en formation. Cela détermine la forme et l'action même de la Ligue en comparaison de l'AIT. "Le mouvement international du prolétariat américain et européen est à cette heure [1890] devenu tellement puissant que non seulement sa forme première et étroite - la Ligue secrète - mais encore sa seconde forme, infiniment plus vaste -- l'Association publique internationale des travailleurs -- lui est devenue une entrave, et que le simple sentiment de solidarité, fondé sur l'intelligence d'une même situation de classe, suffit à créer et à maintenir, parmi les travailleurs de tout pays et de toute langue, un seul et même grand parti du prolétariat" (Engels, 1890, Quelques mots sur l'histoire de la Ligue des communistes).
Mais surtout, la dissolution de la Ligue ne fait qu'entériner une situation de fait, à savoir l'éclatement réel de la Ligue au sein de laquelle il n'y a plus aucune unité politique : "Bref, la réserve que nous préconisions n'était pas du goût de ces gens ; il fallait essayer de déclencher des révolutions ; nous nous y refusâmes de la façon la plus absolue. La scission se produisit comme on le verra dans les Révélations" (idem, nous soulignons).

Le caractère fallacieux d'un supposé "détournement" de Marx et Engels de l'activité de parti est encore plus manifeste avec l'exemple de la dissolution de la 1° Internationale. Là non plus, nous ne pouvons revenir en détail. Néanmoins, la dissolution effective de l'Internationale a lieu en 18746. Loin de se détourner de toute tâche de "regroupement", de parti, Marx et Engels, qui ont essayé de préserver l'organisation en en déplaçant le centre à New-York, n'ont de cesse, dans les années qui suivent, de favoriser et d'intervenir dans la formation du parti allemand au point de poser, dès... 1875, leurs conditions politiques pour pouvoir y adhérer7. La légende d'un Marx se retirant pour la réflexion théorique n'est qu'une déformation de la réalité historique.

Derrière cette "interprétation" de l'histoire, repose une vision politique qui oppose la réflexion et l'approfondissement théorico-politique aux "luttes de parti", c'est-à-dire aux débats, discussions, confrontations de positions, y inclus ce que l'on traite de « chamailleries » de fraction. Or, l'expérience du mouvement ouvrier montre au contraire que ce n'est pas la réflexion "pure", débarrassée des contingences immédiates, qui est la plus favorable aux avancées théoriques et politiques, mais bel et bien les confrontations et polémiques de parti. N'est-ce pas là justement l'histoire des fractions ?
L'histoire des fractions

Nous ne revenons pas non plus ici sur l'histoire et le rôle des fractions - Lénine, Rosa Luxemburg, Pannekoek, etc... - dans la 2° Internationale que le texte des camarades laisse de côté. Pourtant cette histoire est justement le combat pour l'organisation et sa défense contre l'opportunisme et le révisionnisme.

Est tout aussi fallacieuse que la référence à Marx et Engels celle à Bilan, pour justifier la dissolution des organisations politiques prolétariennes. Certes, les CIK ne s'y réfèrent pas. Néanmoins, et dans la mesure où ils s'appuient sur ce que disent les responsables de Controverses - qui prennent l'exemple de Bilan après celui de Marx et Engels, pour justifier leur propre éloignement des « chamailleries » et liquider les organisations actuelles -, nous entendons y répondre ici. Bilan, c'est-à-dire la Gauche italienne en exil en France et en Belgique, est issu du Comité d'Entente (1925) qui est le premier regroupement interne au Parti communiste italien pour s'opposer à la bolchévisation du parti, laquelle marque la prise du pouvoir de l'opportunisme au sein du parti et de l'Internationale. Loin de s'éloigner des « chamailleries » de parti pour se dédier à "tirer le bilan" théorico-politique" de l'expérience révolutionnaire, la Gauche italienne combat pied à pied dans le parti - malgré les exclusions - au point de présenter des Thèses au congrès de Lyon en 1926. Mieux même, et au moins certains militants de Controverses devraient s'en souvenir8, les membres de la Fraction continuaient à essayer d'intervenir malgré les risques physiques dans les réunions des PC stalinisés dans les années 1930.

Ces déformations de la réalité historique ont des implications politiques très concrètes et surtout très dangereuses. Certes, les CIK9 dans leur texte expriment surtout des contradictions qui révèlent leur hésitation entre deux chemins opposés et leur volonté insensée de les concilier, ce qui les conduit aux erreurs historiques et politiques et à une position centriste dans le moment présent du combat pour le parti. Mais le texte de Controverses duquel ils reprennent les arguments est beaucoup plus conséquent, comme l'ont clairement relevé (et critiqué) les CIK eux-mêmes. Effectivement, les conséquences et implications politiques de ce texte est d'appeler "à saborder les trois principales organisations actuelles de la Gauche communiste". Il est clair que, pour notre part, nous ferons tout ce qui est notre possible, pour défendre et sauver ces organisations. Deux lignes, deux perspectives diamétralement opposées, l'une excluant l'autre. A ce titre, nous entendons combattre le texte de Controverses.
Controverses appelle à la liquidation des organisations du camp prolétarien

Selon Controverses, "assurément, il est minuit dans le siècle de la Gauche communiste car cela fait maintenant trois décennies que ce courant est traversé par une crise politique et organisationnelle très profonde". Ce constat serait dû au décalage entre la réalité des luttes, particulièrement dans les années 1980, et une vision trop optimiste de celles-ci, en particulier avec l'analyse du CCI d'alors sur "les années 1980, années de vérité". Ce qui est vrai pour le CCI le serait aussi pour le PCI "bordiguiste" qui voyait la révolution en 1975. Relevons déjà en passant que cet argument, la critique de l'analyse du CCI sur les années 1980, a surtout été utilisé par le... BIPR qui ne partageait pas du tout cette analyse. Il faudra donc que Controverses trouve une autre explication pour appeler à la dissolution du BIPR.
Mais surtout, ce constat - erroné et extrêmement dangereux politiquement, nous y revenons - s'appuie sur le supposé sabordage par Marx et Engels de la Ligue des communistes et de la 1° Internationale que nous avons déjà abordée plus haut10. Nous aurions beaucoup à dire aussi sur les raccourcis, et même sur l'utilisation des citations de Marx et Engels, du texte de Controverses afin de montrer que le maintien en vie des organisations du prolétariat dans les périodes de recul des luttes ne peut que les mener à la dégénérescence. Le texte ne fait aucune distinction ni entre les périodes historiques, ni entre les différentes formes d'organisation du prolétariat. Mais surtout, il ignore complètement les luttes politiques qui ont accompagné ces processus de dégénérescence, en particulier le combat des fractions contre ces processus. Il n'évoque que des "petites minorités entre deux vagues de lutte" dont la fonction aurait été limité au seul lien entre l'ancienne et la nouvelle organisation. Il nous suffira de relever le passage suivant pour rejeter comme typique du conseillisme, du rejet de l'organisation et du parti, la démarche actuelle de Controverses : "L'histoire a systématiquement démontré que, fondamentalement, ces dernières [les "expressions politiques organisées"] surgissent tout naturellement au cours des phases d'effervescence sociale et se disloquent lors des périodes de reflux". Plus conseilliste, tu meurs ! Nous ne développons pas plus ici car l'objet de notre critique du texte porte sur un autre aspect, plus immédiat, à savoir sur son objectif politique réel. Non seulement le texte appelle à la liquidation, au sabordage estiment les camarades des CIK, des organisations du camp prolétarien telles qu'elles existent aujourd'hui, mais pire encore il appelle à liquider tout leur héritage théorique, politique et organisationnel.

Revenons donc à la citation qui prétend qu'"il est minuit dans le siècle de la Gauche communiste". Toute une série de constats vient à l'appui de l'affirmation. Certains sont justes tels celui qui soulignent l'incapacité "à instaurer un espace commun de débat". Mais la plupart sont faux et portent en eux une remise en cause de la Gauche communiste. En effet, la thèse est que la Gauche communiste est en crise et n'a plus rien "produit" depuis la fin des années 1970 du fait qu'elle aurait surestimée la réalité de la lutte des classes dans les années 1980.

"L'infléchissement à la baisse du nombre et de l'ampleur des luttes dans l'ensemble de la classe ouvrière dès le milieu des années 1970, et leur recul généralisé dès le début des années 80, seront à l'origine d'un décalage croissant au sein de ce courant : décalage entre une réalité objective marquée par ce reflux et un discours subjectif qui le nie (...). Au lieu de comprendre cet infléchissement et ce recul généralisé des luttes en adaptant leurs orientations et mode d'organisation comme Marx et Engels nous l'avaient appris, les principaux groupes de la Gauche communiste vont persister dans leurs erreurs d'orientation".

A l'appui de cette thèse, surgie de nulle part, en tout cas que ces camarades sortent de leur chapeau aujourd'hui, blancs comme neige, alors même qu'ils ont participé à élaborer et défendre ces analyses durant presque trois décennies, vient d'abord l'argument du nombre de grève et de grévistes. Mais cela sans aucune référence explicite à un quelconque conflit, à une quelconque lutte !

Pas un mot sur la lutte des mineurs en Grande-Bretagne, pas un mot sur les luttes des COBAS en Italie, rien sur les grèves sauvages de cheminots en France et en Belgique, rien non plus sur les luttes dans les services publics, la sidérurgie dans différents pays, en particulier européens. Et surtout rien sur la grève de masse en Pologne ! Toutes ces expériences ouvrières n'ont pas existé selon Controverses. Alors effectivement, si l'on nie ces expériences - auxquelles ces camarades ont pour la plupart directement participé comme militants du CCI -, il est difficile de prendre en considération les avancées de la conscience de classe dans la classe, c'est-à-dire dans les grandes masses ouvrières, que ces expériences ont permises : la remise en cause des syndicats au point que les ouvriers en lutte, s'organisaient, ou tendaient à s'organiser, de manière autonome en coordinations ou COBAS ; l'expérience de la confrontation au syndicalisme de base dans ces organes qui visait à détruire de l'intérieur ces tentatives d'organisation ; la question de l'extension de la lutte et du nécessaire affrontement aux syndicats, c'est-à-dire le combat pour la direction politique des luttes par les assemblées, le combat pour disputer aux syndicats l'organisation et la direction des manifestations de rue ; la question de la généralisation internationale des luttes ouvrières, et combien d'autres expériences encore et leçons politiques tel que le rejet des partis de gauche, et particulièrement des partis staliniens...

Nous laisserons aussi de côté ici l'affirmation que les groupes n'ont "plus connu de processus de regroupement (...) comme durant les années 1970". La constitution du BIPR n'est-elle pas un regroupement ? La constitution des sections du CCI en Suède et au Mexique ne font-elles pas partie d'un processus de regroupement ?...
Défendre le CCI contre les attaques de Controverses

Si l'on nie toute l'expérience des années 1980, alors effectivement les avancées théoriques et politiques que les organisations communistes ont accompli n'ont pas non plus existé (le lecteur nous pardonnera de nous référer presque uniquement aux avancées de notre organisation, le CCI). Il suffit pourtant de prendre les Revue internationale du CCI des années 1980, de lire leur sommaire, pour voir à quel point cette organisation s'est prononcée, a clarifié, approfondi, s'est réappropriée aussi des questions théoriques et politiques. Citons juste quelques unes en lien direct avec la réalité de la lutte des classes des années 1980 : sur le parti (parmi d'autres :Sur le parti et ses rapports avec la classe, 1983) ; l'indispensable rôle actif, "partie-prenante" disions-nous, des organisations communistes dans les luttes, leur rôle de direction politique, et donc leur présence au premier rang de l'affrontement aux syndicats et gauchistes (cf. une grande partie des éditoriaux de la revue tout au long de ces années) ; la distinction conscience de classe et conscience dans la classe ; Les conditions historiques de la généralisation de la lutte de la classe ouvrière (1981) et le processus de la grève de masse ; le cours historique ; mais aussi, la "critique de la théorie du maillon faible" qui définissait le rôle historique central du prolétariat d'Europe occidentale (Le prolétariat d'Europe occidentale au centre de la généralisation de la lutte de classe, 1982) en opposition à la position du BIPR de l'époque sur la question (cf. ses Thèses sur les tactiques communistes dans les pays de la périphérie capitaliste) ; le fonctionnement des organisations révolutionnaires ; l'opportunisme et le centrisme dans la période de décadence (1986) ; la lutte contre le modernisme et le conseillisme ; la défense de la théorie de la décadence : Comprendre la décadence du capitalisme (1987) ; la défense des fractions dans l'histoire du mouvement ouvrier ; la guerre impérialiste et l'alternative guerre ou révolution ; la Guerre, militarisme et blocs impérialistes dans la décadence du capitalisme (1988) ; sur le jeu politique de la bourgeoisie face au prolétariat, Machiavélisme, conscience et unité de la bourgeoisie, etc...

Nous sommes sûrs de pouvoir trouver, peut-être à un degré moindre, tout une série de textes produits par le BIPR et même parmi les groupes bordiguistes qui ont survécu, qui participent tous de cet approfondissement et de ces avancées théoriques et politiques tout au long de ces années.

Ce que nous propose donc aujourd'hui Controverses, c'est d'ignorer tout cela, de faire comme si cela n'avait pas existé. Il s'agit là de la vieille rengaine "moderniste", sous une couverture plus soignée, qui prétend rejeter les apports des organisations du mouvement ouvrier et s'inscrire dans l'innovant. Alors, à l'image de tous ceux qui pataugent dans le milieu conseilliste d'aujourd'hui, et particulièrement autour de Perspective internationaliste, les camarades de Controverses affirment leur volonté de discuter avec tout le monde, loin des « chamailleries », c'est-à-dire aussi sans compte à rendre à qui que ce soit, "librement", c'est-à-dire sans référence aux débats du passé, sans référence aux principaux "fournisseurs" d'avancées théoriques et politiques de nos jours, à savoir les organisations du camp prolétarien - que l'on soit d'accord ou pas avec les positions développées ne change rien à la méthode. Bref, ils veulent bien discuter de tout sauf de ce qui... fâche : les divergences politiques réelles et les prises de position qui engagent.

S'il ne s'agissait que de cela, ce ne serait pas trop grave. Mais il y a pire. Profitant du sectarisme et des faiblesses politiques des principales organisations de la Gauche communiste, Controverses et la mouvance qui s'agglutine actuellement autour de cette revue semblent offrir une alternative à ses faiblesses auprès des éléments dispersés et isolés qui se rapprochent de la Gauche communiste et qui sont désemparés face à sa situation. Elle les mène à l'impasse et à la négation de la Gauche communiste réelle, celle qui existe aujourd'hui et autour de laquelle il faut se regrouper malgré ses faiblesses. La responsabilité première n'en revient pas à Controverses, mais bel et bien à la dérive opportuniste gravissime du CCI et aux hésitations et manque d'assurance, pour ne pas dire tendance au sectarisme, de la Tendance communiste internationaliste.

Néanmoins le combat politique contre la fausse alternative que proposent les camarades de Controverses, c'est-à-dire le combat politique contre le danger du conseillisme - surtout aujourd'hui que le CCI tire un trait d'égalité entre la Gauche communiste et l'anarchisme -, n'en reste pas moins nécessaire. Voilà comment nous avions averti ces camarades et l'ensemble du camp contre leur démarche dès leurs premières apparitions et publication publiques :

"Enfin, un petit commentaire rapide sur le Forum pour la Gauche communiste internationaliste : il s'agit donc, apparemment, de militants ayant quitté dernièrement le CCI. Nous avons pris connaissance du premier numéro de Controverses. Et disons-le sans fard, cette première lecture indique que ces camarades semblent vouloir prendre un chemin qui ne peut que les mener à la confusion politique et à la remise en cause des acquis du CCI et de la Gauche communiste. Déjà, en terme de méthode : ils ne disent pas quel a été leur parcours politique, ce qui les a amené à rompre avec le Courant et donc ne semblent pas vouloir s'inscrire dans la revendication, critique, d'une continuité théorique, politique et organisationnelle. Conséquence politique immédiate de ce rejet de tout cadre théorico-politique impératif et contraignant lié à leur histoire : d'une part, ils ne s'engagent pas dans un combat au sein du CCI pour défendre leurs positions et assumer leur opposition à la politique actuelle, et d'autre part ils se sont jetés avec un enthousiasme sans fondement, autre que la bonne volonté s'exprimant dans le désir de "surmonter tous [les] legs du passé", à savoir la dispersion, les profondes divergences et les "blessures douloureuses [des] avant-gardes du prolétariat", sur l'Appel de PI au point d'en être devenus le principal et zélé propagandiste en Europe. Ils sont donc "libres" de toute continuité et de toute référence. La conséquence la plus évidente et la plus immédiate de cette "liberté" recherchée d'avec leur propre passé politique, se retrouve par exemple dans le texte sur la situation internationale de leur revue, Tendances et paradoxes de la scène internationale. Ce texte, sans aucune référence aux analyses et positions développées par les principaux groupes communistes, sans aucune référence même au CCI et à ses positions opportunistes en la matière, est incapable de dégager une quelconque perspective pour le monde capitaliste et se refuse à prendre position sur les principales questions théoriques et politiques qui se posent aux révolutionnaires : est-ce que l'alternative historique posée par le marxisme, guerre ou révolution, reste valable ? Est-ce que le monde capitaliste s'oriente vers un renforcement des contradictions entre les plus grandes puissances impérialistes dont la dynamique propre ne peut déboucher que sur une troisième guerre mondiale généralisée ? Est-ce que la guerre impérialiste reste une question centrale à laquelle est confronté le prolétariat international ? Tout en reprenant une vision s'apparentant à celle de la théorie de la décomposition du CCI actuel, l'article n'en dit pas un mot. Nous aurions d'autres critiques, tant sur la méthode et la démarche des camarades donc, qui ne peuvent, selon nous, que les mener à s'éloigner, à quitter, le terrain du marxisme et du combat politique communiste, que sur des prises de position qui en découlent, mais tout cela mériterait une critique plus élaborée de notre part que nous ne pouvons accomplir ici. Néanmoins, il nous semblait impossible d'ignorer l'apparition de ce Forum et de ne pas en informer nos lecteurs et le camp prolétarien" (Bulletin 47 de la Fraction interne du CCI, Présentation sur l"Appel au milieu pro-révolutionnaire » Nous soulignons aujourd'hui).

Malheureusement, notre prédiction était largement en deçà de ce que ce groupe a développé depuis. Aujourd'hui, les camarades de Controverses en arrivent à appeler presque ouvertement au sabordage du CCI et de la TCI et surtout à l'oubli, l'ignorance, bref à la liquidation, des débats et des avancées théoriques et politiques de trois décennies !

Nous disons aux CIK, que même si nous maintiendrons avec les membres de Controverses une attitude fraternelle, nous voyons mal comment nous pourrons sur cette base, dans ce cadre, mener des discussions réelles, "positives", avec toute cette mouvance conseilliste. Nous ne pouvons que la combattre comme nous avons combattu l'Appel au milieu "pro-révolutionnaire" de Perspective internationaliste. Nous espérons que, contrairement à Jung, ils "se laisseront (...) convaincre qu'il existe une différence de principe entre nous et" les camarades de Controverses, qu'ils ne s'en tiendront pas "à l'opinion qu'il s'agit uniquement de chamaillerie personnelle" pour paraphraser Marx cité au début de ce texte.
Le cours historique actuel et le danger du conseillisme

"Nous pensons que le conseillisme constitue le plus grand danger pour le milieu révolutionnaire dès aujourd'hui, et bien plus que le substitutionnisme [les visions du parti défendues en particulier par le courant "bordiguiste"], il deviendra un très grand péril pour l'intervention du parti dans les luttes révolutionnaires futures. (...) Si le substitutionnisme constitue un danger surtout en période de recul dans la vague révolutionnaire, le conseillisme est un danger bien plus redoutable, surtout dans la période de montée de la vague révolutionnaire" (Revue internationale 40 du CCI, 1985, Le danger du conseillisme11).

Les CIK citent un texte d'Internationalisme (GCF) de 1947 - rédigé par le camarade MC - pour appui à leur avis selon lequel il convient d'ouvrir la discussion et les débats à tous les éléments et groupes qui prétendent se revendiquer de la Gauche communiste, indépendamment de leur dynamique et de leur histoire. Il s'agit là, selon nous, d'une erreur dangereuse. D'une part, nous ne pouvons mettre sur le même plan les groupes historiques et les groupes et éléments isolés qui cherchent à se regrouper - à se réfèrer - autour d'eux d'une part et, d'autre part, les groupes et individus qui rejettent ces organisations, le cadre historique et collectif qu'elles portent, et qui appellent même à leur disparition - Controverses exprimant tout haut, c'est son mérite, ce que les autres pensent et souhaitent tout bas. D'autre part, et du fait même des faiblesses - le sectarisme en particulier - des groupes historiques qui structurent le camp prolétarien, ou milieu politique prolétarien, "ouvrir la discussion à toutes les bonnes volontés", c'est-à-dire sans méthode et exclusive, signifie concrètement aujourd'hui, dans la réalité, plonger dans le milieu anti-parti, dans le marais dont le groupe conseilliste Perspective internationaliste est l'expression la plus caricaturale.

Le texte d'Internationalisme cité, rappelons-le en passant, n'appelle pas à la dissolution des groupes révolutionnaires face à la pire des situations contre-révolutionnaires. Mais surtout, la période de contre-révolution extrême dans laquelle il se situe, et ses conséquences sur l'activité des groupes communistes, ne peut être comparée à celle d'aujourd'hui. Malheureusement, les CIK ne prennent pas en compte - c'est un débat que nous avons à ce jour à peine abordé avec les camarades malgré, pour le moins, des incompréhensions sinon des divergences - la réalité du cours historique actuel de la lutte des classes. Si on peut "comprendre", sans les partager, les hésitations que des camarades pouvaient avoir il y a quelques années encore pour reconnaître l'existence d'une dynamique historique vers des confrontations de classes décisives, l'explosion de la crise et les réactions ouvrières croissantes et massives sur tous les continents sont depuis lors venues largement confirmer la réalité d'un cours historique vers des confrontations massives de classes. Et c'est justement le moment où on nous invite à dissoudre les organisations de la Gauche communiste et à faire table rase de leurs expériences ! Au moment même où le prolétariat en lutte va de plus en plus avoir besoin, un besoin crucial, de ses expressions les plus avancées, les plus hautes, les plus conséquentes, de sa propre conscience de classe, on nous demande de les détruire !

Paraphrasant la citation, nous sommes en droit de demander aux camarades si "les conditions et les facteurs qui ont déterminé la plus profonde défaite du prolétariat et la nuit historique de la période présente [celle de 1947] dans laquelle a sombré le mouvement ouvrier révolutionnaire ne sont [elles pas] épuisées" depuis lors ? N'y-a-t-il eu aucune "modification du cours avant la généralisation de la prochaine guerre impérialiste" que la GCF voyait comme imminente ? Surtout depuis l'éclatement de la crise ouverte et les réactions ouvrières internationales qui se font jour maintenant. En conséquence, "les révolutionnaires [d'aujourd'hui en 2010] ne peuvent [-ils] prétendre exercer une influence directe et efficace sur les événements" ? N'être que "des îlots, des hommes allant consciemment et volontairement contre le courant (...) forcément isolés des grandes masses du prolétariat" [nous soulignons] ?

Pris par leur désir centriste de concilier les thèses de Controverses et les nôtres, entre l'appel explicite à la liquidation des organisations communistes d'aujourd'hui et l'appel à les défendre et les renforcer, les camarades finissent par dénaturer le sens politique du texte d'Internationalisme et à concéder finalement que les groupes communistes d'aujourd'hui ont commis l'erreur de "s'évertuer à subsister". Nous avons vu que l'explication des conseillistes à propos de ce qu'ils appellent la "faillite" du camp prolétarien, de ce que nous considérons comme les faiblesses et insuffisances de ce camp, ne tient pas la route et porte en elle, dans un premier temps, l'abandon de l'expérience et des acquis politiques de décennies et in fine l'abandon du cadre politique, théorique, programmatique et organisationnel de la Gauche communiste.

Nous avons aussi vu que le soit-disant recul des luttes dans les années 1980 était inexistant - même s'il y a eu des avancées et des reculs durant cette période bien évidemment - et qu'il ne pouvait donc expliquer le pourquoi des difficultés du camp prolétarien aujourd'hui. D'autant qu'il n'y a pas de lien mécanique entre les aléas du développement de la lutte des classes et le développement des organisations communistes - des périodes de recul pouvant très bien correspondre à des moments de renforcement politique et même numérique des organisations.

Les faiblesses du camp prolétarien sont à la fois beaucoup plus profondes, plus "historiques", et en même temps la situation historique actuelle favorise leur dépassement. Appeler à la dissolution des groupes communistes d'aujourd'hui alors que la situation est au développement massif des luttes ouvrières n'en est que plus stupide et dangereux. En effet, les difficultés des forces communistes sont de trois ordres :

- elles continuent à souffrir, comme la classe ouvrière dans son ensemble, du poids de la contre-révolution, en particulier du stalinisme. Jamais dans son histoire auparavant, le prolétariat n'avait subi une période aussi longue, 50 ans, de contre-révolution. Une des expressions principales du poids de celle-ci sur le prolétariat et ses minorités d'avant-garde est justement la crainte du "politique", la sous-estimation et le rejet du rôle actif, dirigeant, des organisations communistes et de la conscience de classe, le rejet de l'affrontement politique avec les forces du capital et tout particulièrement avec son État. Bref, une des expressions du poids négatif de la contre-révolution est justement le conseillisme sous toutes ses variantes ;

- elles souffrent aussi, autre conséquence de la contre-révolution, de la rupture organique d'avec les organisations précédentes. Jamais la classe ouvrière et ses minorités politiques n'avaient connu une coupure aussi nette et aussi longue avec les organisation du passé. Les liens qui subsistent encore aujourd'hui sont si ténus, si minces - seuls le PCInt-Battaglia comunista et les PCInt "bordiguistes" peuvent formellement en revendiquer12 - qu'il faut prendre en compte qu'il y a eu une véritable rupture de la continuité organique13 ;

- enfin, le renforcement de la bourgeoisie au niveau de ses armes anti-prolétariennes, surtout aux plans idéologique et politique qu'elle a su développer dans la période de décadence. Le développement du capitalisme d'État ne touche pas qu'au plan économique. Ce sont tous les secteurs de la société que l'État capitaliste s'est ingénié à occuper et à absorber. Les conséquences pour les conditions de vie et de lutte du prolétariat en sont d'importance : il n'y a plus de possibilité de vie politique permanente - Bourse du travail, syndicats de masse, partis de masse, etc... - pour le prolétariat et l'État capitaliste fait tout pour éliminer et faire taire toute expression qui lui soit opposée par sa main-mise sur tous les rouages de la société - nous ne pouvons développer ici - et tout particulièrement sur les petites organisations communistes.

Et pourtant, cette situation ne doit pas nous inviter à baisser les bras. Au contraire, à l'opposé des conseillistes, les communistes s'accrochent d'autant plus à la question de l'organisation politique du fait que l'État capitaliste est devenu totalitaire comme jamais. Autant la pression sur les groupes communistes est énorme, autant nous devons nous accrocher à ceux-ci. Si nous attendons que le prolétariat fasse surgir spontanément, mécaniquement, du développement de sa lutte, les organisations communistes et le parti, alors nous nous retrouverons à coup sûr dans la situation du type de l'Allemagne en 1918. Et même en pire. Alors, nous le savons, c'est la défaite assurée. Comme nous l'avions déjà dit, entre Berlin 1918 et Petrograd 1917, nous choisissons sans aucune hésitation 1917.

Aussi petits soient les petits groupes communistes, et quelle que soient leurs faiblesses, ils sont le lien indispensable qu'il faut maintenir à tout prix afin de pouvoir doter le prolétariat au plus vite de sa principale arme : l'expression organisée et la plus haute de sa conscience de classe, le parti communiste. Ils sont le dernier fil qui nous relie à ce passé si précieux et certains veulent nous le couper ! C'est criminel. Qu'ils ne s'étonnent pas de nous trouver à les combattre de toutes nos forces.

Décembre-janvier 2010-2011

La Fraction de la Gauche communiste internationale.

Notes :

1. http://www.leftcommunism.org/spip.php?article169

2. Ou encore : "Cependant, avec Controverse, nous pensons qu'une organisation s'évertuant à subsister malgré un cours historique défavorable, qui ne produit plus de luttes à fort contenu théorique, risque considérablement de ne plus se comporter (...) en tant qu'organisation révolutionnaire et risque plutôt, dans cette période, de se comporter telle une pathétique secte d'élus"

3. Ce que le texte de Controverses appelle « chamaillerie ».

4. Quelle autre expression de refus du débat, de la discussion, et donc expression de sectarisme réel, que l'ignorance systématique des prises de position officielles des autres groupes communistes, tout particulièrement le silence sur leur congrès et autres réunions générales ? Pour notre part, nous avons pris position sur pratiquement tous les congrès que le CCI a tenus depuis 2001 tout comme nous l'avons fait sur la conférence du BIPR en 2008.

5. Le lecteur nous pardonnera la forme rapide et simple sous laquelle nous présentons à très grands traits les différentes formes que prennent, plus exactement sont contraintes de prendre, les organisations communistes selon les périodes. Il nous pardonnera aussi de ne pas développer ici les différences de fonction entre les formes parti et fraction. Il pourra toujours se référer aux textes sur le sujet que notre Revue internationale du CCI a pu publier tout au long des années 1970-1990.

6. "Par ton départ [celui de Sorge en aout 1874 du Conseil général de l'Internationale], la vieille Internationale a complètement cessé d'exister" (Engels à Sorge, septembre 1874).

7. cf. Lettre d'Engels à Bebel, mars 1875 : "Marx et moi ne consentirions jamais à adhérer à un parti nouveau édifié sur cette base".

8. Le camarade MC aimait à raconter aux jeunes militants que nous étions alors, comment les membres de la Fraction italienne s'organisaient "physiquement"pour pouvoir intervenir dans les réunions publiques des staliniens malgré les coups et les agressions, certains parfois y allant même avec un pistolet dans la poche.

9. Sans doute est-il plus juste à ce jour de parler du texte des camarades que des CIK eux-mêmes dans la mesure où, jusqu'à présent, ils s'étaient inscrits résolument dans le combat pour le parti et avaient rejeté les approches conseillistes au point de rejeter l'Appel au milieu pro-révolutionnaire de Perspective internationaliste.

10. De ce point de vue, le lecteur nous pardonnera cette parenthèse, il est, pour nous, pour le moins cocasse de relever que des militants, ceux de Controverses, viennent aujourd'hui sans aucune explication sur leur position et pratique passées prôner la dissolution de l'organisation au moindre coup de vent contraire venu. En effet, n'ont-ils pas participé à notre exclusion du CCI en 2001-2002, pour certains d'entre eux au premier rang, au nom de la « défense de l'organisation », c'est-à-dire qu'ils étaient embourbés dans le fétichisme d'organisation ? Alors même que nous leur affirmions que l'unité politique de l'organisation n'était plus. Il n'y a là qu'une contradiction apparente. En fait, que ce soit hier ou aujourd'hui, il s'agit, chez eux, de la même démarche et de la même erreur : un profond rejet (ou, au mieux, une incompréhension) du cadre collectif, des organisations politiques du prolétariat, comme lieu privilégié et indispensable, et même comme lieu unique dans la période actuelle pouvons-nous avancer, de la réflexion et de l'action communistes, des débats réels et des confrontations réelles de positions, des combats et de l'affrontement des oppositions. Le rejet "fétichisé" de l'organisation qui est le produit bien souvent d'une conception individualiste du militantisme, voire de la déception face au caractère collectif et anonyme de l'engagement et des luttes politiques dans l'organisation communiste, n'est que le calque inversé, sinon le résultat direct, du fétichisme de l'organisation qui, lui aussi, s'accompagne tout aussi souvent d'une conception tout aussi individualiste que la première, du rapport du militant à l'organisation - en particulier d'une vision mystifiée et "sacrificielle" de l'engagement communiste que nous avions qualifiée dans le CCI de "militantisme intégral".

11. http://fr.internationalism.org/rinte40/conseil.htm. Pour notre part, nous continuons à nous revendiquer de la position que le CCI avait définie alors sur le danger du conseillisme. Qu'en disent le CCI d'aujourd'hui et les membres de Controverses ?

12. Encore que leur refus, ou réticences, de se revendiquer de la Fraction italienne en exil (Bilan), seule continuité organique alors avec le PC d'Italie, en atténue encore plus la réalité.

13. Nous ne pouvons ici revenir sur les conséquences négatives profondes de cette rupture organique. Mentionnons parmi celles-ci le sectarisme qui n'avait jamais autant sévi au point que les communistes d'aujourd'hui sont incapables à ce jour de reprendre les traditions passées dans les relations entre groupes et courants, au point qu'ils s'ignorent et se décrètent "l'axe, ou la colonne vertébrale, du futur parti"