"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

samedi 19 avril 2008

Un tract anonyme de Toulouse pour étudiants futurs cadres


POUR UNE MANIFESTATION DIGNE ET EFFICACE

Soyez tous les bienvenus à la manifestation d'aujourd'hui qui, nous l'espérons, comptera parmi les plus importantes que Toulouse ait connues depuis des années. La grande majorité d'entre vous saura, nous en sommes certains, rester digne. Dans un grand rassemblement la discipline est essentielle si on veut éviter de se discréditer aux yeux du public et de se voir refuser l'autorisation de la police. Nous ne voulons donner aux médias aucune occasion de condamner notre opposition au CPE en pointant des actions trop imaginatives. A cette fin, nous appelons chacun à obéir aux injonctions des membres du service d'ordre, qui se trouveront en communication avec la police. Ils agiront dans votre intérêt. Ce sont des personnes raisonnables - s'il vous plaît soyez raisonnables avec elles. Faites attention aux fauteurs de troubles. Vous pouvez en côtoyer certains dans la foule ; si vous en repérez un n'hésitez pas à le signaler au service d'ordre ou aux policiers, qui, ne l'oublions pas, sont nos frères dans le travail. Etudiants ! Même dans une société plus citoyenne, il faudra toujours des Spécialistes de l'Ordre pour combattre les casseurs et les déviants.


RESPECT AU MORT

Nos tactiques sont celles auxquelles le plus grand nombre peut se conformer avec le moins de difficulté. Elles ne requièrent rien d'autre que votre présence et un minimum de participation. Tout ce que nous vous demandons est que vous créiez les conditions de votre travail.
Souvenez-vous ! C'est le nombre qui compte ; l'ennui que vous ressentez est aussi imposé par la manif à tous les autres. Chaque manifestant doit être l'exacte réplique des autres. D'accord ?

Nous vous demandons par conséquent de vous conformer aux simples règles suivantes :

1. Exactement cinquante par rangée, chaque rangée doit être séparée d'un mètre de la ligne de devant. Pas de débordement, s'il vous plaît.

2. Attendez l'initiative du porte-voix officiel avant de répéter les slogans corrects, toujours reconnaissables à leur forme. Par exemple : " QUE VOULONS-NOUS ? - QUELQUE CHOSE !... QUAND ? - QUAND ÇA VOUS ARRANGERA ! ".
Ayez la bonté de vérifier que tout slogan extra parlementaire reconnaisse la souveraineté ultime du parlement. Si vous avez un doute quelconque, consultez notre aide-mémoire :

Ne dites pas, mais dites à la manifestation :

SCANDEZ Non, non, non au CPE ! Oui, oui, oui au CDI !
NE SCANDEZ PAS CPE on s'en fout ! On ne veut pas de patrons du tout !

SCANDEZ Partage du travail !
NE SCANDEZ PAS On veut des emplois fictifs !

SCANDEZ Tous ensemble ! Tous ensemble, meuh, meuh !
NE SCANDEZ PAS Vous êtes syndiqués, on n'est pas syndiqués !

SCANDEZ Etudiants, pas casseurs !
NE SCANDEZ PAS SO Collabo !

3. La partie gauche du grand rassemblement a été désignée zone " Non-fumeur ". Il est demandé avec respect aux manifestants de se conformer à cette requête.

4. Si vous voyez un quelconque extrémiste impatient informez-nous s'il vous plaît immédiatement. Ils sont facilement à repérables aux signes suivants d'individualisme sectaire :

a) Invention de slogans non officiels comme " La retraite à 20 ans ! ", ou " Des logements de fonction pour les chômeurs ! " ou autres agressives inepties utopiques.

b) Eloignement du parcours indiqué de la manif dans le but de se livrer à des actes de vandalisme contre les agences d'intérim. Prenez soin de noter que la place du Capitole, avec ses banques, ses commerces de luxes et ses bâtiments publics est une zone à haut risque que vous devez éviter.

c) Saupoudrage de farine, jets d'oeufs ou de poches d'eau sur des journalistes, le SO et les vitrines.

d) Incitation des manifestants à former des bandes de cinquante ou plus en tête de manif au détriment des organisations syndicales, seules représentantes légitimes du mouvement social. Ou à dévier le parcours des manifestations.


FUTILITÉ REGLÉE

5. Pendant le grand rassemblement on vous conseille vivement d'applaudir vos orateurs favoris. Limitez s'il vous plaît votre enthousiasme à des interruptions de 15 secondes au milieu d'un discours et un maximum de 30 secondes à la fin. Nous vous prions de ne pas crier " JE M'ENNUIE ! " en plein milieu d'un discours.

6. N'oubliez jamais de sourire devant l'objectif des journalistes et d'adopter une position de militant comme il faut, même si vous commencez à en avoir marre.

7. Si vous vous demandez si tel comportement est convenable ou non, faites simplement comme tous les autres. Si de fortes envies non conventionnelles demeuraient, n'hésitez pas à en discuter avec un ou des membres du SO. Il sera évidemment ravi de vous orienter vers un spécialiste du comportement à l'hôpital Marchand ou un pharmacien compétent.

8. A la fin de la manif, nous vous prions de ne pas traîner. Ne pas rentrer à la maison peut rapidement avoir pour résultat de vous faire rater votre passage à la télé.


Ce tract a été composé par l'Intersyndicale des salariés et étudiants de Toulouse (CFDT, CGT, FO, CFTC, CGC, FSU, Unsa, Solidaires, Unef, Confédération étudiante, UNL, Fidl).

Les personnes suivantes ont refusé de signer ce tract : Les occupants de la Sorbonne qui ont craché sur Jean-Luc Mélenchon (PS) et ceux de l'EHESS, auteurs de la banderole " Mon bulletin de vote est un pavé mais il ne rentre pas dans l'urne. ", les occupants du Collège de France, sous la bannière " CPE ou CDI, c'est toujours le STO ", les contestataires rennais qui ont déménagé les meubles d'une agence immobilière et d'une ANPE, les collectifs ni CPE ni CDI.


Nota Bene : Toute ressemblance avec une quelconque organisation syndicale existante a été délibérément voulue.
(repris du site Dissidence)



lundi 14 avril 2008

LA

FAMINE CAPITALISTE SIGNE LA FIN DU REFORMISME ECOLOGIQUE

Dans la société présente, secouée de plus en plus par la baisse tendancielle du taux de profit (*), les maîtres du monde feignent de considérer les émeutes de la faim comme des éruptions sporadiques de misère, soubresauts sans lendemain de pauvres crève-la-faim vus cyniquement comme « une hécatombe annoncée ». Une hécatombe rêvée qui n’éclabousserait donc point la classe bourgeoise qui en est responsable ?

Qu’ils prennent garde, dans le monde entier grandit une jeunesse prolétarienne ardente qui ne se résignera pas à expier les échecs de ses pères. Ce n’est pas elle qui a rendu ce monde si invivable et si meurtrier. Son existence se présente déjà, malgré des inégalités abyssales entre jeunes occidentaux et du tiers-monde, comme une chaîne de privations matérielles, de souffrances morales, d’exclusions. Si elle veut que « cela change » il lui faudra monter à l’assaut de la forteresse capitaliste, déjà minée, mais encore redoutable. Il lui faudra, comme à l’ensemble du prolétariat, clarifier les méthodes et moyens pour renverser le pouvoir bourgeois partout dans le monde, pourquoi il sera indispensable d’établir la dictature du prolétariat sans que ce soit le pouvoir du parti mondial de la révolution. Il lui faudra se familiariser avec les classiques des idées essentielles du mouvement ouvrier pour aller vers la société sans classes, sans guerres et sans famines.

Les événements, pour autant que chacun est capable d’y lire la révolte profonde contre ce capitalisme de misère, sont aussi formateurs que les livres théoriques. La violence à laquelle sont contraintes les masses affamées vient éduquer les plus naïfs sur le mythe « démocratique » du système bourgeois mondial.

Autre révélateur pour tous ceux qui sont légitimement révoltés par l’hypocrisie de la dictature mondiale capitaliste, la capacité de nuisance et d’embrouillamini des médias sur les causes de la nouvelle catastrophe humanitaire.

  1. LES MENSONGES DE LA BOURGEOISIE POUR FUIR SES RESPONSABILITES :

Déjà lors de sa période de colonisation, la bourgeoisie tentait de cacher sa vilenie derrière une causalité naturelle invraisemblable, mais les meilleurs acteurs du mouvement ouvrier dénonçaient déjà la supercherie. Rosa Luxemburg :

« Il avait fallu autrefois la grande famine indienne de 1866 pour éclairer l'opinion publique en Angleterre sur les beaux résultats de la politique coloniale anglaise et provoquer l'institution d'une commission parlementaire chargée d'enquêter sur la situation désastreuse de l'Inde. De même, à la fin des années 1860, l'Europe fut alarmée par les cris de détresse de l'Algérie, où quarante ans de domination française se traduisaient par la famine collective et par un taux de mortalité extraordinairement élevé parmi les Arabes. On réunit une commission chargée d'étudier les causes et l'effet des lois nouvelles sur la population arabe ; l'enquête aboutit à la conclusion unanime que la seule mesure susceptible de sauver les Arabes était l'instauration de la propriété privée. En effet, la propriété privée seule permettrait à chaque Arabe de vendre et d'hypothéquer son terrain et le sauverait ainsi de la ruine. On déclara ainsi que le seul moyen de soulager la misère des Arabes qui s'étaient endettés parce que les Français leur avaient volé leurs terres et les avaient soumis à un lourd système d'impôts, était de les livrer aux mains des usuriers. Cette farce fut exposée à la Chambre avec le plus grand sérieux et les dignes membres de l'Assemblée l'accueillirent avec non moins de gravité. Les vainqueurs de la Commune de Paris triomphaient sans pudeur. »(L’accumulation du Capital »).

XXIème siècle, 13e jour du mois d’avril 2008, époque où le capitalisme décadent a décuplé la misère et la famine à un niveau inconnu à aucun autre moment de l’histoire de l’humanité, des bourgeois repus d’un organisme nommé Banque Mondiale, analysaient (sur la base d’une analyse « sommaire ») : « … que le doublement des prix alimentaires au cours des trois dernières années pourrait (sic) pousser plus profondément dans la misère (resic) 100 millions d’individus vivant dans les pays pauvres ». Ce commentaire est aussi accablant pour celui qui le prononce qu’un nazi, du haut de son mirador, expliquant en 1943 à un compère : « la continuation de la guerre pourrait pousser plus profondément dans les chambres à gaz des millions d’individus vivant dans les camps » ! On a affaire au même détachement des tueurs à distance.

Le gouvernement français avait aussi pris les devants, avec son pitre doctor Kouchner qui, avec comme co-signataires les toupies de service Jouyet et Rama Yade, eût les honneurs le 11 avril d’une tribune dans Libé. L’ancien maoïste et conseiller secret de Mitterrand commençait par une avalanche de contre-vérités pour rendre opaque la responsabilité du capitalisme.

- la jeunesse de ces pays n’a plus d’espoir (donc des fainéants… ou de possibles racailles) ;

- dans ces pays arriérés règne la corruption (qui n’empêche pas les Lang et Kouchner d’aller trinquer avec les principaux corrompus des Etats fantoches) ;

- le réchauffement climatique (vieille rengaine commune avec les bobos écolos) ;

- le malthusianisme de la Chine entre autres…


Après ces quatre gros mensonges, le doctor ministériel consent à effleurer la nouvelle poule aux œufs d’or : « un effet biocarburant consommant des surfaces de plus en plus étendues. Et il tente de noyer la deuxième cause troublante, le pétrole, entre les causes présumées « naturelles » : les mauvaises récoltes, les « prix » des céréales ( !?), une certaine libéralisation du commerce ( !?). Quand il aborde enfin avec un terme bien aimable « l’ascension du pétrole », c’est pour sauter aussitôt dans la « vocation universelle » de la France, la nécessité de soutenir les ONG (l’Arche de Zoé ?) et évoquer les violons concertés des ministères de l’écologie (après la fessée mémorable à Kosiosko-Morrisset ?) et de l’économie (mal en point). Ce raisonnement syncopé de maoïste recyclé en papier ménestrel est du Badiou craché.

Enfin, la « révolution verte » doit être une « mobilisation sur tous les fronts ». Incroyable, même ministre ? Kouchner reste révolutionnaire, et aux côtés du guérillero Sarkozy !

Mais Kouchner seul prêterait à rire. Il lui faut le relais du journal Le Monde, qui non content d’être immonde pour ses licenciés, n’a jamais été autant cire-pompe du pouvoir en place. A l’unisson, le même jour, avec un titre puant : « Le retour des ventres creux », un certain Eric Le Boucher – il l’est en tout cas dans son raisonnement – distille un poison contre la lutte des classes. Pour ce qui nous concerne, nous prolétaires salariés d’occidents, les émeutes sont aussi une expression de notre lutte générale. Pour un larbin comme Le Boucher : « le nombre de nouveaux crève-la-faim pourrait déborder les capacités nationales (entendez dans le langage de ce franc-mac favoriser un retour à un nationalisme de continent). Puis il montre d’un gros doigt la Chine. On sent venir l’accusation principale : les chinois sont trop gourmands !

Pour l’heure c’est d’une INFLATION ALIMENTAIRE qu’il s’agit et « qui risque d’annuler la victoire historique contre la pauvreté et la malnutrition que l’homme ( !?) était en passe de remporter ». Pour colporter de telles sornettes de la classe dictatoriale on comprend que Le Monde n’ait plus besoin que d’une poignée de plumitifs !

Le Boucher, derrière son haut salaire de lèche-cul, en vient aux causes, non des émeutes, mais de l’explosion des prix, ce qui est tout de même plus intéressant. A qui la faute ?

- aux « Asiatiques enrichis (qui) mangent plus de viande, ce qui renforce les besoins en végétaux pour ‘alimentation animale » (bon sang ! mais oui !) ;

- ajoutons : la baisse du dollar monnaie d’échange des matières agricoles (c’est pour ça qu’il est vert !)

- ajoutons (mais loin derrière) la spéculation financière (l’immobilier se refait une santé dans la betterave !)

- ajoutons (mais en passant rapidement) quelques vagues conséquences des cultures de biocarburants ;

- ajoutons encore autre chose, les « réflexes écolo-malthusiens » qui, EUX, PROVOQUENT LES DISETTES !

RATS DES VILLES ET RATS DES CHAMPS…

Le Boucher rejoint le « révolutionnaire » Kouchner avec les mêmes sabots « écologiques » pour leur « révolution verte » néo-US. Laissons le poète se révéler :
« Sur le moyen terme, la terre, généreuse nourricière, est capable de doubler ses productions pour alimenter les 9 milliards d’êtres humains de 2050. Mais les clés sont l’investissement, la science, la génétique (on croirait presque un marxiste productiviste !) (…) La révolution de l’agriculture sera, bien entendu, moins chimique, plus écologique mais dans le bon sens : plus précise, utilisant des semences adaptées à chaque sol, optimisant l’eau, génétiquement innovante, etc. (…) Les structures familiales des campagnes ont été volontairement laissées en l’état (état de famine comme en Chine et Afrique ?) : on ne pouvait faire la révolution partout à la fois (ce type est un communisateur !). demain, il faut continuer de transformer les enfants de paysans en ouvriers des villes (merci pour l’égalité des chances), mais aussi les transformer sur place en agriculteurs-entrepreneurs (…) Le risque politique est évidemment immense (ah bon ?). Mais il faut choisir entre pénurie des villes ou révolution dans les champs ». Une véritable Gemeinwesen quoi ou Makhno contre Lénine !

2.LA BOURGEOISIE ARRACHE LE BOL DE RIZ A L’ENFANT POUR EN FAIRE DU PETROLE


On n’a jamais réussi encore à transformer le vil plomb en or, mais le capitalisme décadent a accumulé les trouvailles destructrices depuis le XXe siècle. L’atome au lieu de soigner les humains peut détruire toute la terre. La bagnole (**)paralyse la circulation dans les villes et les avions asphyxient l’atmosphère (les bobos écolos qui prennent régulièrement l’avion et circulent à vélo à Paris oublient qu’au décollage le jet de gaz d’un boeing équivaut au démarrage de 10.000 voitures). Certains spécialistes d’un marxisme académique se moquèrent par le passé du petit groupe de la Gauche communiste de France (publications : journal L’étincelle et revue Internationalisme) parce que, face aux prétendus novateurs du cercle Socialisme ou Barbarie, ils prétendaient qu’avec le développement faramineux de l’industrie d’armement dans la période de sa décadence la bourgeoisie « mange son capital ». La GCF avait raison totalement, l’armement n’est toujours pas productif mais, pire encore, si les céréales permettent de produire des hydrocarbures (bioéthanol (***), les hydrocarbures ne permettent pas de produire des céréales ! Qu’à cela ne tienne : les riches doivent pouvoir continuer à rouler carrosse quand bien même les pauvres vont en crever !

« Entre 20 et 50% de la production mondiale de maïs ou de colza ont été détournés de leur usage initial » (au profit des « biocarburants ») a déclaré Bob Zoellick, PDG de la banque mondiale !

Les petits malins qui ont pris pour argent comptant les taux de croissance affiché ou croient encore au rôle révolutionnaire du mode de production capitaliste (les marginaux dits communisateurs) en sont pour leurs frais et leurs petits calculs en chambre hors des réalités des souffrances du prolétariat et des masses paysannes paupérisées (qui sont au niveau mondial les ¾ des victimes de malnutrition). La crise alimentaire vient démontrer en plus que la recherche effrénée de nouveaux « carburants » pour machines, et donc de profit, a lieu sans vergogne en privant de manger une masse considérable d’êtres humains. Le riz et le blé ont désormais une plus grande valeur que l’or, une fois transformé en pétrole ! Même l’auteur du Capital n’avait pas imaginé qu’un jour la bourgeoisie serait capable d’une telle ignominie, bien qu’il ait décrit son absence de scrupules si elle avait besoin d’affamer les populations pauvres « dans la boue et le sang ».

Les événements qui se déroulent sous nos yeux écrivent l’histoire et dévoilent mieux que tout discours ou ouvrage savant au prolétariat universel la capacité de nuisance ahurissante du capitalisme moderne. Les évènements enseignent la vérité de la confrontation des classes. Il ne s’agit pas ici de spéculer en soi sur les émeutes en tant que telles, avec issue ou sans issue, résorbable on non soluble au court terme, mais de souligner CE QU’ELLES REVELENT. Ce ne sont pas des émeutes de la faim ponctuelles ou limitées à un seul pays comme celles du Venezuela en 1989, où il y eût près de mille tués. Elles s’étendent et se multiplient sur plusieurs continents. On ne peut esquiver leur cause réelle en parlant de causalités « naturelles ». C’est bien le capitalisme mondial et ses thuriféraires qui en sont responsables et non pas des ventres gloutons asiatiques, des pillards à dos de chameaux ou un quelconque tsunami.

Les événements PARLENT d'eux-mêmes. Les événements ne se discutent pas. Il y a quelque chose de scientifique, comme dans le marxisme, dans es événements.

Pas besoin d’être économiste chevronné ni du célèbre député suisse Jean Ziegler pour comprendre que la racine de la série d’émeutes de la faim d’Afrique en Amérique du sud et en Asie est dûe à la transformation massive des aliments en biocarburants, et en même temps une conséquence de la crise financière dite des subprimes (les gangsters investisseurs se reportant sur les denrées alimentaires). Mais indépendamment de cette crise des requins de l’immobilier et de la banque, la « révolution verte » aux Etats-Unis s’est traduite par plus de 6 milliards de subventions pour une politique de biocarburant qui aspire 138 millions de tonnes de maïs hors du marché alimentaire ; Ziegler a raison de dire là qu’il s’agit d’un crime contre l’humanité. L’Union européenne n’est pas en reste en faisant passer la part des biocarburants à 10% d’ici 2020, ce qui fera crever les petites paysanneries africaines.

Le bourgeois Ziegler dit redouter « une colère populaire qui rappellerait la prise des Tuileries pendant la Révolution française » et que « tout peut arriver ». Tout peut arriver, vraiment ? Que non, les émeutes sont bien sûr, réaffirmons-le contre les esthètes observateurs de la misère, partie intégrante de la lutte des classes, mais hélas d’une force insuffisante pour prétendre renverser les gouvernements bourgeois, tout au plus faire sauter un fusible. De plus la signification des émeutes est noyée dans les diverses interprétations alambiquées ou confuses que nous avons esquissées dans la première partie.

Ce n’est pas un nouveau et simple « choc énergétique » : les céréales peuvent être transformées en hydrocarbures mais pas les hydrocarbures en céréales ! La situation est inquiétante pour la bourgeoisie cependant car il ne s’agit plus cependant de simples îlots de misère que les Kouchner pouvaient plus ou moins cacher pour les photographes avec un sac de riz sur l’épaule, mais d’une extension massive de la malnutrition et de la mort par famine. En même temps cette situation crée par contre un choc politique, disons qu’elle produit un éclairage soudain sur le cynisme de la classe dominante. On n’a pas oublié bien sûr le mépris avec lequel les « cops » US ont traité les prolétaires noirs à la New Orleans, ni le peu de cas qui a été fait des victimes du tsunami asiatique. Dans le sauve qui peut généralisé les bourgeois roulent avec leur 4X4 polluants sur le cadavre des noyés ou des vivants, pendant que leurs flics sabrent tous ceux qui encombrent la route à l’abîme.

L’aggravation soudaine de la famine était prévue depuis longtemps dans les cartons des technocrates de l’ONU et de la Banque mondiale. Avant les émeutes qui viennent d’avoir lieu de Haïti à la Thaïlande et au Bengladesh, fin 2007 elles avaient éclaté aussi en Guinée, en Mauritanie, au Mexique, au Maroc, au Sénégal, en Ouzbéquistan et au Yemen.

Face à la situation dramatique de famine généralisée, qui va empirer dans les zones défavorisées, il faut réaffirmer que le prolétariat d’Occident ne fait pas partie des privilégiés, ne profite pas au même titre des « agrocarburants » qui arrachent le bol de riz à l’enfant du Sahel pour « faire avancer la bagnole ». Depuis des années, et notamment depuis l’introduction de l’euro, le coût de la vie n’a pas cesser d’augmenter, et, bien qu’à un degré moins dramatique (pour le moment…) les populations pauvres des pays riches supportent de plus en plus par des privations LA MEME ATTAQUE CAPITALISTE. Il faudrait être vraiment naïf ou sous-estimer la bourgeoisie pour penser qu’elle va laisser la misère empirer en Occident comme dans le tiers-monde ; elle a besoin d’un prolétariat plus productif, et comme Hitler, durant toute la guerre mondiale, elle fera le maximum pour éviter la moindre émeute de la faim en pays riches, pour ne pas courir prématurément à un affrontement révolutionnaire « rouge » ! Le maximum elle le fait déjà pourtant en jetant à la rue de nouveaux milliers de chômeurs radiés immédiatement s’ils refusent les emplois de merde qu’on leur propose, jetant ainsi peu à peu dans une misère comparable aux masses déshéritées du tiers-monde une partie des ouvriers européens, croyant ainsi faire peur à ceux qui « conservent » leur emploi. La bourgeoise oublie qu’elle produit ses propres fossoyeurs, heureusement sinon la révolution serait impossible.

La féodalité a été renversée à la suite d’émeutes de la faim, pourquoi la bourgeoisie ne le serait-elle pas à son tour pour les mêmes causes ?

3. LA CATASTROPHE QUI VIENT ET LES MOYENS POUR NE PAS LA CONJURER :


Depuis des décennies les minorités révolutionnaires les plus sérieuses d’obédience marxiste se sont peu préoccupées de l’écologie. Elles ont eu raison. Non pas qu’elles soient restées aveugles devant les immenses capacités de nuisance de l’industrialisme capitaliste – les effets de la pollution ont pris une autre ampleur que du temps de Bakounine et Marx – mais pour se tenir hors du réformisme écologique dans lequel ces représentants des couches moyennes que sont les gauchistes se sont recyclés après l’effondrement du mythe productiviste stalinien et trotskien. Il fallait se démarquer de l’idéologie au-dessus des classes de la petite bourgeoisie écologique qui pestait contre le prolo qui jette son mégot n’importe où et ne sait jamais quelle est la différence entre ordures recyclables et ordures à détruire, entre la couleur verte et la couleur rouge, etc.

Par un singulier retour de bâton de l’histoire, celle-ci vient donner raison à ces raides marxistes qui conchiaient les adeptes des produits écolo-bobos (maison solaire, bouffe bio, produits de la ferme bio, vin bio, haschich bio, etc. cf. les pages bio du Nouvel Obs). Bien sûr tous les écolos ne sont pas devenus des vendeurs de voitures « bio » ni ménestrels du gouvernement Sarkozy. A un niveau infra politique et impuissant à offrir une alternative crédible sans renverser l’Etat bourgeois, certains ont vu depuis longtemps venir la cata. Prenons « Kokopelli » :

« METTEZ DU SANG DANS VOTRE MOTEUR !

La tragédie des nécro-carburants

Alors que quelques pantins s’agitent frénétiquement dans l’arène électorale, l’arène véritable (au sens du terme « arena », « sable ») recouvre inexorablement la terre de son linceul stérile. Ces démagogues, de tous bords, promettent toujours plus de croissance, plus de salaires, plus de vacances, plus de travail, plus de consommation et bien sûr, plus de sécurité contre un ennemi inexistant : le seul terrorisme étant alimentaire et ce sont eux qui l’ont mis en place » (Dominique Guillet, 24 mars 2007).


Continuons la lecture de cet excellent analyste :

« Au Salon de l’Agriculture 2007, une partie du hall 2 s’était transformée en salon de l’automobile ! Ils étaient tous là, Peugeot, Ford, Renault, etc. Avec des grosses planètes qui pendaient du plafond et des petites fleurs peintes sur les portières des voitures. Emouvant : ils clament haut et fort qu’ils vont sauver la planète avec l’éthanol et les huiles de colza !
Les grands slogans sont lancés, biodiesels, biocarburants, or vert, carburants verst, « le carburant qui voit la vie en vert » (…) Un candidat présidentiable propose même en France une « pastille bleue », bleue comme la terre (vue de très haut, sinon c’est moins bleu !) pour favoriser les véhicules au « biocarburant » avec une petite ristourne au péage et des stationnements gratuits. C’est bien mignon tout cela ! L’attribution du terme « bio » pour les nécro-carburants gagne en tout cas du terrain rapidement. Cela nous rappelle le syndrome des yoghourts de chez Danone. On trouve sur internet des publicités pour Volvo : « Volvo fera du sport bio » ou pour Ford : « Ford et Europcar roulent pour le bio » ou pour Saab : « 300 chevaux écologiques ». Certaines voitures roulant au végétal ont même la mention « bio » peinte sur la carrosserie. C’est le coup de grâce pour l’agriculture bio , d’autant plus que la pression des lobbies à Bruxelles cherche à imposer une agriculture bio de « seconde génération » avec une pincée de pesticides par-ci et une demi-pincée de chimères génétiques par là ! Les cahiers de charge de l’agro-bio sont en passe de devenir des cahiers de décharge ! Pinçons-nous le nez ! L’industrie de l’automobile s’auréole, ad nauséam, d’une surenchère de slogans verdoyants. Saab vante une de ses voitures avec le logo suivant : « les forces de la nature auront toujours besoin de s’exprimer. Libérons-les ! » Koenigsegg présente une voiture comme « sa fleur à la tige puissante ». les rallyes deviennent « bios ». Les voitures et les pneus « écolos ». Les voitures deviennent « propres ». C’est la « passion verte », etc. ».

Rien à redire à cet excellent observateur de la dégénérescence du « progrès bio »qui, avec un génie incontestable (mais ignoré) prédit ce que toutes les chantres actuels du capitalisme font mine de découvrir : « Les carburants végétaux ne sont pas verts, ils seraient même plutôt rouges, de la couleur du sang. Ils vont accroître l’immense tragédie de la sous-nutrition, de la mort, de la faim, de la misère sociale, du déplacement des populations, de la déforestation, de l’érosion des sols, de la désertification, de la pénurie en eau, etc. ». Et il ajoutait, prévoyant le SCANDALE MONDIAL : « Les grands groupes pétroliers qui se sont alliés aux grands groupes de l’agro-chimie et aux grands groupes semenciers pour lancer cette farce grotesque tentent de tranquilliser le citoyen en prétendant que les carburants végétaux ne représentent aucune « concurrence pour les filières alimentaires ».

Parmi une longue liste de conséquences :

- 36.000 personnes meurent de faim tous les jours,

- Dans l’Iowa (Etat US) l’usine de Goldfield transforme tous les ans 450 000 tonnes de maïs (pour produire 190 millions de litres d’éthanol) mais, pour ce faire, elle brûle tous les jours 300 tonnes de charbon (qui arrivent par camion de bien loin) et elle relâche benoîtement du CO2 dans l’atmosphère,

- Selon le professeur Pimentel, de l’université de Cornell, le carburant végétal réchauffe davantage la planète que l’essence !

- En Amérique du sud les paysans avaient cessé de produire le maïs (la tortilla) aliment traditionnel car il est moins cher de l’importer désormais des Etats-Unis jusqu’à ce que ce pays continental décide de le garder, provoquant… des émeutes!

- Aux Etats-Unis les prolétaires sont à leur tour victimes des hausses faramineuses des produits de base ;

- La mono culture intensive de la canne à sucre pour éthanol, notamment au Brésil, développe un nouvel esclavagisme moderne.

Laissons conclure D.Guillet :

« On ne peut que répéter que le propos des entreprises capitalistes n’est pas de produire des aliments, ou des carburants végétaux ou de l’information : il est de produire des bénéfices. Point. Nous assistons, avec la folie des carburants végétaux, à une terrifiante et ultime (peut-être) concentration des grands capitaux entre l’agro-chimie, les nécro-technologies, l’agro-alimentaire et les sociétés pétrolières, avec la complicité bienveillante des Etats.

S’il est plus profitable de produire des carburants végétaux que des aliments, le grand capital s’orientera vers les carburants végétaux. (…) Les agro-carburants sont une ignominie de plus dont se rend coupable la société occidentale. Les agro-carburants vont intensifier l’état de famine de cette planète.

Le grand Capital vient de découvrir le problème du réchauffement climatique ! Il met tant d’ardeur à le médiatiser qu’on croirait presque qu’il l’ait inventé ! Le « Réchauffement Climatique » : une marque déposée du grand Capital !

Après avoir œuvre, pendant des dizaines d’années à transformer cette belle planète en poubelle agricole et industrielle, le Capital, mû par une inspiration soudaine et quasi-mystique, brandit, en toutes directions, le spectre des bouleversements climatiques (toujours avec la complicité des Etats et de certains médias bien complaisants) et nous propose, dans sa grande mansuétude, une solution qui va sauver la planète : les carburants verts.

Grâce à une grande campagne de narcose collective, le grand Capital accumule les dividendes, se donne une image verte, se concentre encore un peu plus et rigole ! ».

Bravo, mille fois bravo à ce Dominique Guillet qui écrivait tout cela il y a un an, avant les cris à retardement des pleureuses capitalistes face aux émeutes malséantes.

Je n’ai pas terminé pour autant mon article. Les écologistes qui, subitement, après les émeutes, se mettent à crier que les agrocarburants sont « une vraie fausse bonne idée » (Libé du 14 avril), ne sont pas quittes pour autant. Ils font comme tous les partis politicards ! Ils font mine d’oublier ce qu’ils avaient défendus antérieurement. Ils avaient roulé à fond la caisse pour tout ce qui portait l’étiquette « bio », pour le charbon (pollueur), pour les éoliennes (polluantes aussi). Nombre d’entre eux roulent en 4x4 à l’éthanol, députés, docteurs, architectes, avocats, etc.

Les « verts », anciens gauchistes recyclés pour suppléer aux faiblesses idéologiques des partis stalinien et social-démocrate, ont bien rempli leur rôle depuis une trentaine d’années. Le principal de leur sale boulot était de faire croire à un capitalisme « propre », « citoyen », « égalitaire » et… « vert ». Le capitalisme décadent est de plus en plus verdâtre, au sens militaire et au sens de la pourriture !

Sans beaucoup vaticiner, il nous semble que la troisième étape de la crise due à la baisse tendancielle du taux de profit, sera marquée par un regain de la lutte des classes, où le prolétariat, par ses grèves et manifestations, marquera son opposition « politique » à la marche à l’abîme que la société bourgeoise accentue, par refus de la guerre que présume le président du FMI, DSK, par refus de la logique de profit qui mène à affamer d’immenses masses « surnuméraires ».

Les « verts » viennent de prendre un bon coup de pied au cul par les masses prolétariennes du tiers-monde. Ils continueront néanmoins à jouer leur rôle archi-nocif, anti-ouvrier et anti-marxiste, en cherchant à culpabiliser les prolétaires, à la manière des chauvins en 1914 qui firent croire à un intérêt national commun dans la barbarie guerrière. La porte-parole « nationale » des verts français l’a indiqué vertement à l’unisson du gouvernement Sarkozy : « entre se nourrir ou conduire, il faut choisir. Les pays riches ont le devoir de ne pas affamer le tiers-monde pour faire leur plein d’essence, alors que des solutions de transports plus sobres énergétiquement existent ».

Les travailleurs des banlieues éloignées sans transport en commun apprécieront. Mlle Anne Souyris était venue elle en 4x4 bio à la conférence de presse.

On ne les mettra pas en prison après la révolution. On les affectera au service communal de ramassage des ordures où ils seront bien plus utiles qu’à l’époque où ils vantaient les produits pour affamer les peuples.


JLR


(*) Marx explique ainsi le concept de baisse tendancielle du taux de profit. Il considère que les capitalistes veulent toujours augmenter leurs capacités de production par des innovations technologiques pour obtenir un avantage temporaire sur leurs concurrents, appelé plus-value extra. Il s'ensuit qu'ils substituent des machines à la main d'œuvre, autrement dit ils substituent du capital constant c à du capital variable v, ce qui a pour conséquence la composition organique du capital (proportion de c et v dans le capital). Comme la plus-value est donnée par l'utilisation de travail direct, et que le taux de profit est pl / (c + v), il vient une baisse tendancielle du taux de profit qui provoque des crises. Le problème est que la substitution du travail par le capital génère de plus en plus de chômage et la famine ce qui conduit inexorablement la société vers des affrontements de classes. Historiquement et tendanciellement, le capitalisme croule sous le poids de ses contradictions. Il est en état de crise permanent, qui ne peut être repoussée temporairement par des phases d'expansion économique, mais la crise réapparaît par l'emballement de la croissance technologique (et donc par une accumulation de contradictions dont la famine actuelle est une conséquence directe).

(**) Cf. Le prolétariat universel n°125, 28 septembre 2005, après les destructions des cyclones Katrina et Rita en Louisiane et la scandaleuse fuite des riches en bagnole, j’ai consacré une colonne du journal à ce sujet : « Le début de la fin de la bagnole ».

(***) Le bioéthanol est l’éthanol d’origine biologique et agricole. Il n’est pas issu de l’agriculture biologique. Le préfixe « bio » signifie au contraire vie, mais l’éthanol n’est plus une matière vivante dont il a tiré la substance végétale. Il est le biocarburant (ou aussi hypocrite : agrocarburant) pour les moteurs à essence. Singulière découverte sous le capitalisme décadent, les végétaux contenant du saccharose (betterave, canne à sucre… ) ou de l’amidon (blé, maïs…) peuvent être transformés pour donner du bioéthanol. Ce n’est que de l’alcool éthylique qui est mélangé à l’essence en proportion dosée. Le développement des biocarburants a fait bondir le prix du maïs, du soja et du blé et diminue la surface cultivable pour se nourrir. Il ne fallait pas s’attendre à autre chose comme invention sordide pour décupler les profits et faire prédominer le fonctionnement des machines sur la vie des humains. La recherche scientifique sur le cancer ou plusieurs maladies incurables est le parent pauvre des découvertes stupides, et reste assujettie et amoindrie au niveau des grandes quêtes publiques télévisuelles !

vendredi 11 avril 2008

A BAS LES ECOLES !


…Que l’éducation soit en cause. Et parmi les manœuvres et les accusations nous ne retrouvons plus l’enfance dont il est cependant question. Qui donc traduit les droits sacrés de son cœur ? Qui, s’essayant à dire les besoins de la progéniture inculte, met en avant sa sauvegarde ? Qui, des cerveaux fragiles et de leur libre éveil, et du moi précieux de nos bambins, se fait le défenseur ? … L’enfant ?

C’est l’atout que les clans cherchent à glisser dans leur jeu. Vous imaginez-vous que les sectes aux prises avaient l’âme haute pour regarder grandir, loin du heurt des adultes, à l’écart des laides batailles, les prometteuses générations ? Qu’elles allaient, s’exaltant à la liberté véritable, les guider dans leurs voies personnelles, fussent-elles adverses des leurs, et épier leurs tendances et les servir ? Et que, devant cette humanité naissante, aux lignes souveraines, se tairaient toutes les préférences sociales ou métaphysiques, se condamneraient au silence les dogmes et les philosophies prématurées ?

Par delà les vocables trompeurs que, dans leurs joutes astucieuses projettent les partis, vous n’apercevrez, sous le masque d’un jésuitisme multicolore, que des appétits de proie. L’enfant c’est leur bien, à chacun. Et ils se le disputent et se le déchirent, en partage. Et ils entendent le façonner selon leurs modes et l’impulser vers les formes dont ils caressent l’accomplissement. Vers quelque camp que vous portiez vos regards, et si haut, vous ne découvrirez pas « son » école. Il n’y a que les « leurs » !

C’est une des caractéristiques des pédagogies en vigueur et de tant d’autres attendues. Tout, depuis la matière elle-même jusqu’à la manière et les circonstances, est au service d’un régime. Des promoteurs de la scolarité publique et des bénéficiaires et de ceux qui guettent la succession, toute l’œuvre est viciée des mêmes âpres préoccupations. Des hommes instruits, n’est-ce pas avant tout des « hommes » imprégnés d’une moralité favorable aux institutions établies ou désirées ? Ne s’agit-il pas de fondre la nouvelle portion humaine dans l’agrégat d’une modalité sans appel et plus intéressant que l’être même, et, au-dessus de lui, n’y a-t-il pas « l’individualité sociale », le citoyen fonction de la collectivité et sacrifiable à elle ?

L’enfant appartient à l’Etat, à la société avant d’appartenir à quiconque : aphorisme qui appesantit à merveille le principe d’oppression de la masse sur l’unité et paralyse toute évolution individuelle par essence… Une masse s’identifiant de gré ou de force à l’Etat et justifiant sa dictature permanente ! L’Etat, le « quelques-uns » - noirs ou rouges – qui gouverne, condensant en lui la multitude et capable, sous quelque bannière qu’il exerce, d’en satisfaire les plus larges besoins, de favoriser ses multiples aspirations !

Qu’importent les facultés de l’enfant, ses affinités et son expansion particulières ! Et l’obscure poussée de ses forces profondes et les premiers rayons de son soleil intérieur ! Penser par ses moyens intimes, fouiller d’une sagace investigation les obscurités ambiantes, tenir en alarme permanente son esprit critique et n’assouplir son vouloir qu’aux appels d’une raison toujours en éveil : autant de chemins qui mènent à soi, qui aideront « l’un » à se délimiter, l’homme à s’épanouir dans sa lumière. Mais ce qu’il faut pour affirmer un « homme », c’est cela même qui désagrège le « partisan ». Et voulez-vous, sérieusement, qu’on vous fasse « quelqu’un » lorsqu’on a besoin de « quelque chose » ?

L’œuvre des écoles – car la laïque ne fait que transposer, en l’éparpillant, le dogmatisme de l’école confessionnelle, et leurs rivales, un jour triomphantes, ne renieront pas la tactique – vise à l’écrasement de chacun pour le bénéfice d’un soi-disant édifice collectif. Et nous qui voulons individualiser l’enfance, personnaliser l’éducation, nous les trouvons sur notre route, depuis leurs « directives » jusqu’à leur action quotidienne, comme des Bastilles encore à démolir…

Si vous doutez que demain persisteront, seulement orientés vers d’autres fins, les mêmes procédés, regardez autour de vous tous ceux qui, après avoir faite le procès des écoles abhorrées, esquissent et, déjà, partiellement, réalisent d’aussi pernicieuses compressions. Ils ne s’indignent de la contrainte officielle que parce qu’elle contrecarre leur influence et s’élèvent contre les dogmes d’à-côté parce qu’il ne reste plus de place pour les leurs. S’ils entendent débarrasser le champ de l’ivraie malfaisante, c’est pour y jeter du chardon !

Des conceptions aussi éloignées de la véritable éducation contaminent, jusque dans les milieux extrêmes, des gens qui s’en prétendent dégagés. L’enfant, ce n’est pas non plus – par delà les proclamations – l’unité future dont il faut jalousement protéger l’indépendance : c’est toujours le miroir qui doit refléter leurs conceptions, répéter leurs gestes. Pour eux encore, l’enfant ne s’appartient pas. Il n’est pas le dépôt passager, le placement qu’on administre, mais la fortune dont on dispose, la propriété que l’on modèle au gré de ses caprices. Protester contre ceux qui, d’avance, font de leurs enfants des croyants ou des athées, des monarchistes et des républicains, et, épousant la même aberration, leur insuffler précocement leurs théories socialistes, syndicalistes, anarchistes !...

Où est donc la dénonciation « essentielle », agissante et l’atmosphère nouvelle, sans lesquelles les petites vies esclaves demeurent l’instrument des maturités despotiques ? Facile et vaine supériorité que d’apercevoir les méfaits de l’oppression des autres et de n’avoir pas la sagesse et le courage de tenir le cerveau de ses proches à l’écart des notions et des thèses qui violentent son opinion prochaine, que de reprocher l’embrigadement des racoleurs de l’Etat et s’obstiner à vouloir faire des petits les adeptes de ses tâtonnantes idéologies ! Et qu’ils ne disent pas : « Nous usons d’examen nous n’imposons pas ». Tout ce qui dépasse l’intelligence de l’enfant et le champ de ses possibilités n’est pas de sa part susceptible d’une discussion éclairée et l’adhésion qu’il apporte à nos horizons d’hommes, il la donne dans les ténèbres et contre sa clarté naissante. Le choix précoce et « subi », c’est une ombre sur ses yeux de chercheur, un trouble dans sa conscience en gestation, une atteinte à sa liberté…

Si révolutionnaires que nous soyons, ce n’est pas pour substituer à l’éducation du jour, telle ou telle éducation « révolutionnaire » que nous luttons. C’est pour dégager l’enfant, chaque enfant – qu’il soit fils de prolétaire ou de bourgeois – de la chaîne des idées préconçues et de l’antagonisme des grands et mettre à sa disposition, avec la base d’une constitution saine, les éléments d’une vie morale et intellectuelle dont il sera lui-même l’artisan. Nous travaillons contre les écoles de parti, contre l’éducation autoritaire, pour l’éducation humaine.

Cléricaux, démocrates, collectivistes, anarchistes de fausse étiquette, fanatiques de tous les systèmes, nous sommes contre vos procédés de dressage et de conquête. A bas vos écoles, les écoles où se distille, artificieusement, le miel frelaté des évangiles, à bas les antres où la jeunesse est au service des doctrines. Mais vive l’école où l’on s’inquiète des originalités de chacun, des aptitudes et du tempérament, où l’on regarde comme un crime la main-mise sur les cerveaux, où l’on s’attache, par des méthodes qui en secourent l’élan, à cultiver, dans les cadres de l’âge, tant d’individualités diverses qui feront l’avenir fécond, vive « l’école pour l’enfant » !

Stephen Mac Say

(in journal « Le Semeur », CONTRE TOUS LES TYRANS, n°89, 2 février 1927)


Dans le même journal libertaire, on lit l’article suivant (on est en 1927):

UN SCANDALE qui ne peut durer

Le 3 décembre dernier, trois jeunes militants, des jeunesses communistes, distribuaient « Le Jean Le Gouin » et autres journaux du parti communiste à des marins qui firent appel à la garde et les firent arrêter.

Entre temps, un quatrième militant, secrétaire des jeunesses communistes, était arrêté, parce que secrétaire de cette organisation.

Depuis, ces jeunes camarades sont au droit commun et traités comme de vils malfaiteurs, prequ’abandonnés par leur organisation centrale. Certes, si c’était un Vaillant-Couturier, un Sémard, il y a longtemps que toutes mesures seraient prises pour, qu’au moins, le régime politique leur soit accordé, mais ce ne sont que d’obscurs et modestes militants, qui n’ont pour eux que l’enthousiasme et la foi de leur jeune âge.

Une seule fois, un avocat, délégué du secours rouge, s’est rendu auprès d’eux, depuis c’est le silence de la tombe, ils sont livrés au bon plaisir du juge d’instruction qui les maintient au régime de droit commun.

Il faut que cesse ce scandale, qu’on les mette soit en liberté provisoire, soit au régime politique, ils n’ont commis aucun crime et le délit pour lequel ils sont arrêtés leur donne droit au régime politique.

Nous demandons à toutes les organisations : Ligue des Droits de l’Homme, Partis Politiques, Syndicats, de prendre position et de protester contre la détention arbitraire de ces jeunes militants brimés avec l’assentiment du Parti Communiste.

Malgré que nous n’appartenions pas au Parti Communiste, devant sa carence, nous lançons un appel pour leur venir en aide – l’un d’eux fait partie d’une nombreuse famille dont il est le soutien – il faut que l’on sente en haut lieu de justice, que la solidarité n’est pas un vain mot et que la lettre de cacher n’existe plus en France.

Nous demandons aux journaux amis de joindre leurs protestations à la nôtre et de rappeler au Parti Communiste que les humbles ont les mêmes droits à la solidarité que les Vaillants et autres Treint.

Adresser les fonds à Paul Barbé, 13, rue des Portes, Cherbourg (Manche).

mercredi 9 avril 2008

COMMENT LIQUIDER

LES QUESTIONS REVOLUTIONNAIRES

DE MAI 68 ?

HEDONISME BOURGEOIS ET URTICAIRE ESTUDIANTIN



Prenons comme canevas pour ce message-blog, Henri Weber, intellectuel en herbe avant de devenir intellectuel de gouvernement, qui a fait un stage de formation politicarde à la sortie du PCF dans les JCR puis la Ligue krivinesque de 1966 à 1976, afin d’entamer une brillante carrière au PS et finir sénateur. Tous les dix ans il republie sa version mal réchauffée de 1988 (Que reste-t-il de mai 68 ? est devenu « Faut-il liquider mai 68 monsieur Sarkozy? » qui en 2018 devrait devenir « Mai 68 dans son sarcophage Nicolas») . Le moteur de 68 aurait été une « classe d’âge », il voit partout ailleurs une coupure entre mouvement ouvrier et jeunesse (Allemagne, Etats-Unis) pourtant pour ces deux derniers pays il y a des circonstances atténuantes : en Allemagne la classe ouvrière a été laminée par le nazisme et le pays est encore « puni » coupé en deux ; les Etats-Unis sont en pleine guerre du Vietnam et les premiers touchés ne sont pas les ouvriers mais les jeunes étudiants ; les luttes parcellaires ou partielles comme le mouvement des noirs, des féministes, noient toute spécificité prolétarienne dans un pays aux rapports sociaux primaires et violents, sans solide tradition d’affirmation de la classe ouvrière.

Debray le guérillero rangé des voitures y voit une modernisation du capital français. Rien ne motive une crise révolutionnaire en France : pas de défaite militaire ni grave krach.

« Tout gauchistes que nous étions, nous savions qu’on ne lutte pas dans une démocratie comme contre une dictature. Les travailleurs avaient beaucoup obtenu (sic), pacifiquement, par « l’action de masse », au cours des vingt dernières années, et n’étaient nullement disposés à se saisir des mitraillettes et des pains de plastic (…) Déclencher la guérilla urbaine dans ces conditions eût été une preuve d’insondable débilité politique ». (p.46)
Des sociologues « faisaient pourtant observer, avec quelque raison, que la classe ouvrière industrielle avait clairement montré, au cours des « événements », qu’elle ne constituait plus la force motrice du progrès historique… ». Foin du « catastrophisme millénariste » des militants de la Ligue
Weber, qui n’est pas stupide, reconnaît que la mai français n’est que le point culminant d’un mouvement international d’insubordination qui date du début des sixties, mais aussitôt il en démolit le sens en reprenant le concept officiellement estampillé de « génération ». Il ne voit pas l’interrelation entre la révolte étudiante et ouvrier, la remise en cause des hiérarchies mutuelles, bien qu’il assure parfois que ce sont les étudiants qui ont donné l’exemple, ce qui est archi faux vu l’antériorité des luttes ouvrières autrement plus subversives depuis la grève des mineurs en 1963.
Le CCI, secte super-hiérarchisée, occulte la dimension anti-hiérarchique de 68 (la révolte des catégories méprisées de la classe ouvrière)(*) roule d’ailleurs complètement derrière l’interprétation néo-trotskienne du sénateur Weber, comme il reprend carrément la fiction de tous les gauchistes dans l’immédiat post-68 : les étudiants vus comme avant-garde éclairée de la nouvelle classe ouvrière ! Le nouveau film du CCI en feuilleton refait l’histoire à travers cette grille gauchiste où la classe ouvrière (pourtant bien ficelée tout au long des deux mois de 68) est mise en scène comme force « présente aux côtés des étudiants » alors qu’elle est baladée par les syndicats ; elle est sensée « prendre le relais des étudiants » (RI n°388). Jamais, pendant les 20 ans qui ont suivi 68, RI ancienne série n’aurait osé écrire une stupidité pareille !
Le jeune Trotsky avait constaté en 1905 en Russie que les étudiants « singeaient » la grève ouvrière. Ils la singent toujours mais dans l’ordonnancement médiatique et restent peu dangereux et plus contrôlables que les prolétaires en lutte. Tout ce qui brille n’est pas or, tout ce qui conteste n’est pas révolutionnaire. Ce n’est pas parce que la canaille stalinienne vitupérait contre ses rivaux « organisés », d’ailleurs du sérail de ses propres « jeunesses communistes » , que l’on pouvait souhaiter que les étudiants gauchistes (antifascistes et cire-pompes du syndicalisme) puissent « rencontrer les prolétaires » dans leurs usines. De la rencontre (acte manqué) entre population sorbonnarde et des prolétaires en bleue de chauffe n’aurait pas plus surgie la science infuse d’une nouvelle prise du pouvoir inactuelle et invraisemblable.

Rôle de l’étudiant ?

Quelle est la nature des étudiants, ces adolescents suspendus entre les classes, incertains quant à leur avenir ? « Plaque sensible » selon Lénine, « baromètre » ou « singes » selon Trotsky ? Avant-garde tactique (Mao) ?
Pour le sociologue nanterrois Touraine les étudiants des sixties inauguraient la nouvelle « base sociale », comme détachement avancé de la « nouvelle classe des professionnels », « fer de lance des « mouvements sociaux antitechnocratiques » ; Weber a raison là, cette analyse était du pipeau, comme la démobilisation de ce milieu l’a confirmé peu après et avec le retour à leurs chères études dans les années 1970 et 1980, puis leur régulière manipulation par les estafettes du PS (futurs présentateurs de télé ou, feignasse pour CES comme Isabelle Thomas, collectionneurs de montres et députés comme Julien Dray) jusqu’au refus corporatif du CPE… où le plus beau fleuron, le fils Julliard, a conquis ses lettres de noblesse médiatique pour se faire élire adjoint du maire PS de Paris. C’est un fait patent, la lutte étudiante sert depuis 40 ans à dégager les futurs « leaders d’opinion » journalistes ou députés de gauche, tous anciens leaders de syndicats étudiants. Les « enfants de la classe ouvrière » comme dit le CCI dégénéré se battent donc à chaque fois pour produire une poignée d’édiles bourgeois qui pourront vivre confortablement en parasites sur le dos des exploités. C’est étrange quand les « pères de la classe ouvrière » doivent se contenter de raclures de chefs syndicaux, mais il est vrai qu’ils ne sont pas cultivés ni formés sous les lambris universitaires !
Peu d’appelés à devenirs élus de la bourgeoisie, mais le plus grand nombre est trimballé dans des manifs avec le décorum habituel et donc conditionné au futur cirque impuissant et moutonnier du syndicalisme en entreprise. Bel apprentissage de la lutte pour les soit disant rejetons éclaireurs du prolétariat !
Weber recopie le réactionnaire Tocqueville qui aimait souligner la propension de l’intelligentsia à parler au nom de la conscience universelle, et il constate, à juste titre, que le milieu étudiant (donc pas la jeunesse en général ni telle génération) se pique de prendre en charge l’intérêt général de la société. Voici donc l’étudiant identifié comme fraction de l’intelligentsia ; c’est encore lui faire trop d’honneur car il n’est que le principal consommateur de ladite intelligentsia bourgeoise repue et enrichie.

Les étudiants appartiennent de façon écrasante à la classe moyenne par leur
famille, les revenus de celle-ci et en projets arrivistes. Leur passage à
l'université reste une qualification pour emplois plus privilégiés. Ils sont
formatés pour occuper les positions hiérarchiques supérieures dans la
division du travail. La plupart des animateurs des groupes gauchistes et
ultra-gauches sont d'anciens "étudiants radicaux", qui n'échangeraient pas
leurs fonctions "supérieures" (enseignants, cadres) contre celles des
couches d'exécutants!

L’étudiant est plus souvent tenté par l’engagement idéologique que corporatif, bien que ce dernier comportement soit dominant depuis trente années. Pour son compère Morin l’étudiant serait à la fois membre de « l’intelligentsia et de l’adolescence », vexant non ?
Weber en déduit par conséquent que la mouvance étudiante est devenue une force de frappe de l’intelligentsia (entendez du PS) avec son ami « l’excellent Laurent Joffrin » qui a réussi lui son examen de passage patronal pour succéder à July en mettant en boite comestible mai 68 justement en 88.
Royaume d’adolescents et de « post-adolescents », cette « fraction » supposée de l’intelligentsia a claironné la nécessité de « nouveaux besoins », plus d’accès aux « biens sociaux », au « pouvoir », à la « citoyenneté » ; en gros la fraction agitée de la petite bourgeoisie réclamait un meilleur partage du gâteau au futur chef pâtissier du PS ! C’est en tout cas ce que déduit le petit sénateur du pervers « jouir sans entrave » et du libidineux « plus je fais la révolution, plus je fais l’amour ». Tout cela est du bla-bla de sénateur bourgeois, la question étudiante est SECONDAIRE EN 68; la vérité est que les enfants des couches moyennes (majoritaires à l'époque en fac de "sciences humaines") comme leurs parents, prennent peur à l'idée de TOMBER DANS LE PROLETARIAT. Dans les moments de crise politique et sociale, la petite bourgeoisie doit choisir son camp, soit refouler sa peur d'être rabaissée dans la hiérarchie des classes en prenant le parti du prolétariat (par défi ou bravade de la classe dominante ingrate) , soit rejoindre les rangs de la contre-révolution (stalinisme ou fascisme). Dans une phase d'affirmation du prolétariat, elle peut aussi être du côté du manche comme le souligna Rosa Luxemburg; en 1968 une bonne partie des couches moyennes se sentirent de coeur avec les émeutiers face à la rigidité de l'Etat gaulliste, mais pour se jeter dans les bras de la gauche caviar une dizaine d'années à peine plus tard.

La plupart des étudiants qui ont fini par réussir socialement depuis 40 ans, beaucoup comme toubibs, juristes, journalistes, paysans, avocats (catégories de bourgeois, contrairement à ce que dit la lamentable revue Perspective internationaliste n°48) mais aussi comme demi-prolétaires, c'est-à-dire enseignants, cadres d'administration ont contribué à restaurer peu à peu le paternalisme autoritaire qui prévalait avant 68 dans les entreprises, et ont considéré à leur tour les salariés subordonnés comme de grands enfants…
Weber, qui ne s’est pas foulé, à l'instar son pote Cohn-Bendit et sa ridicule brochure d'interview, en croyant qu’il suffit de radoter les poncifs soixantehuitards bourgeois d’hédonisme et d’individualisme romantique, a juste fourni pour sa réédition perpétuelle de 1988 en 2008, 21 pages d’intro. C’est un notable bien installé depuis un fauteuil du Palais du Luxembourg qui pontifie :

- « C’est au nom de la défense des valeurs démocratiques que les enfants et petits enfants des soixantehuitards (entendez les couches successives d’étudiants) descendent régulièrement dans la rue, souvent en famille (sic) » ;

- Heureusement le marxisme s’est effondré,

- Le bilan social est largement positif…."

Ouais, ouais... les ouvriers sont plus riches, mieux logés, peu menacés par le chômage… Weber se garde de rappeler que les augmentations salariales ont été minables, le sabotage de la CGT, les tractations en coulisse des futurs tenants du « programme-commun » sauf pour le caviar et les bonnes planques dans les nationalisations, etc
Pour le vieux sénateur matois, il faut donc DEPASSER MAI 68 TOUT EN LE CONSERVANT, et DONC :

- Renoncer à la violence comme moyen d’action dans nos démocraties développées (sic)

- Changer la société par la conviction, les élections, les contrats, la loi (mon cul!)

- Abandonner l’utopie chimérique de la société parfaite pour adhérer à l’utopie réaliste d’une démocratie accomplie, bla-bla, bla-bla, bla-bla…

Abandonnons ce vieux cacique bouffi, transfuge d’un gauchisme excité disparu, à ses palabres de salon, et concentrons-nous encore sur ce pauvre étudiant. La place et le rôle des étudiants à l’époque moderne n’a jamais été clairement établie par la plupart des minorités révolutionnaires depuis 68, avec un vague sentiment de culpabilité. Probablement parce que dès le moment de leur formation, les sectes radicales n’étaient composées que d’étudiants, avec un prolo ou deux pour faire « prolétarien ». En général, cela se passait toujours de cette manière par le passé du mouvement ouvrier, excepté pour le chartisme et les mouvements trade-unionistes les plus bornés. Même les partis staliniens les plus ouvriéristes ont toujours été animés par de faux ouvriers ou des étudiants avec de fausses barbes.
Pour avoir été partie prenante de plusieurs groupes, et témoin des opinions des divers militants, je peux réaffirmer que l’opinion commune a toujours été celle des situs : l’étudiant est un con. Etre le plus méprisé, disait Khayati dans le célèbre pamphlet. Sauf, oui sauf lorsqu’il renie ce méprisable petit milieu d’aspirants cadres du prolétariat (dans l’industrie, l'enseignement ou les partis politiques). J’ai connu nombre d’étudiants tout à fait honorables qui ont poursuivi leurs études jusqu’à leur terme, sans se soucier des prurits successifs du milieu universitaire, en daubant la bêtise gauchiste ou bobo, tout en militant sur les positions du prolétariat et pour le rôle exclusivement dirigeant du prolétariat dans la transformation révolutionnaire.
Mais, à chaque nouvel urticaire étudiant ou lycéen (en ce moment c’est pour préserver l’emploi de leurs profs au rabais, pas fichus de se défendre eux-mêmes ?), les mêmes analyses opportunistes refont surface : et s’ils étaient à nouveau des déclencheurs ? Ne sont-ils pas plus imaginatifs que les prolétaires en grève lorsqu’ils secouent leurs petites menottes pour ne pas gêner les orateurs ?
Les études managériales ne se déroulent-elles pas désormais hors de l’université dans des écoles ou instituts privés ? L’étudiant de fac, futur chômeur programmé, n’est-il pas mieux armé conceptuellement pour se joindre au combat de classe ?
Salades que tout cela. Personne ne peut nier le gonflement considérable de la population étudiante à l’époque moderne bien sûr, ni le fait que la réussite sociale s’amenuisera de plus en plus pour le plus grand nombre, ni le fait que nombre de diplômés (avec diplômes inutiles) se retrouvent au chômage. En rester à ce constat est oublier que la bourgeoisie et son Etat ne restent pas inertes. Au XIXe siècle, la jeunesse était celle des classes pauvres et elle joua un rôle incontestable dans les révolutions et grèves. Aujourd’hui, la bourgeoisie met le paquet pour domestiquer une jeunesse scolarisée massive et indifférenciée sous le régime laïque faussement égalitaire. Elle déverse d’abord l’idéologie de l’égalité des chances. Jusqu’au baccalauréat personne ne peut y trouver à redire. La bourgeoisie offre même des paliers pour les échoués en cours de route par des diplômes professionnels (BEP, etc.) mais en leur faisant bien comprendre qu’ils sont des repêchés, des nullards incompétents à décider ou à gérer quoi que ce soit.

A niveau du bac, énormément d’enfants de la classe ouvrière depuis 68 plongent immédiatement dans le monde du travail, même à vil prix. Ceux qui mordent à l’hameçon des études supérieures sont placés sur une voie de garage. Les études supérieures ont remplacé le service militaire obligatoire pour maintenir la digue du chômage à un seuil acceptable. Cela est certes mieux que les rigueurs de la caserne, mais le rôle de "subordination des esprits" de la caserne est bien remplacé en pire idéologiquement. Ces études forcées et prolongées, pour nombre d’étudiants issus de milieux défavorisés, ne sont pas un facteur de prise de conscience de classe ni d'une meilleure perception de "l'identité de classe"; elles favorisent l’arrivisme. Rien n’est pire ensuite que l’arrivisme contrarié ou la déception de ne pouvoir échapper à la condition prolétaire de son père.

S'il ne finit pas employé de bureau ramollo, l’étudiant déçu et sans qualification devient en général souvent un excellent apprenti bonze syndical ou apparatchik de partis de mécontents, nullement un révolutionnaire désintéressé. Il sera de ceux qui réduisent le conflit de classe à la lutte entre l’ouvrier et le patron, dans la mesure où il sera valorisé comme avocat « intermédiaire », alors que les prolétaires ont intérêt à lutter contre la classe capitaliste tout entière. Ou alors il tentera par d’autres moyens, même peu recommandables, de se frayer une place hiérarchique honorable. La culture ou l’intelligence universitaire n’ont jamais été garantie de conscience ou de dévouement à la classe ouvrière.

CE QUI DEFINIT LA CLASSE OUVRIERE

Dans le manifeste communiste de 1848, Marx et Engels utilisent plus souvent le mot prolétariat que la locution classe ouvrière : prolétariat est utilisé 58 fois et classe ouvrière 12 fois. Pour ces deux penseurs du mouvement ouvrier, il n’y a pas opposition des termes (et nous laissons les communisateurs et leurs amis révolutionnaires semi-professionnels enculer des mouches avec la classe en soi et pour soi, tous ces gens – fonctionnaires, cadres ou enseignants – qui sont leurs propres patrons ne se posent pas les questions des prolétaires qui subissent hiérarchie et brimades (j’y viendrai dans un article « Du sexe des anges politiques »). Engels a le mieux défini, sans ambages le prolétariat moderne :

« Le prolétariat est la classe de la société qui tire sa subsistance exclusivement de la vente de son travail, et non de l’intérêt d’un capital quelconque, dont les conditions d’existence et l’existence même dépendent de la demande de travail, par conséquent de la succession des périodes de crise et de prospérité industrielle, des oscillations d’une concurrence sans frein. Le prolétariat, ou la classe des ouvriers, est, en un mot, la classe laborieuse de l’époque actuelle » (Les principes du communisme, antérieurement nommé Catéchisme communiste, et qui servit de base à la rédaction du célèbre Manifeste).

La classe ouvrière, l’immense majorité des salariés et des chômeurs, ne se définit pas par son humanité (qui est réelle) ni par sa situation de soumission :

1. Elle se fonde sur sa dépendance au travail et sa capacité concomitante à exprimer les besoins radicaux de toute l’humanité ;

2. Elle exprime, dans sa diversité moderne, un intérêt historique commun à tous les exploités, mettre fin à l’exploitation et à la division du travail ;

3. Elle est la seule à détenir le pouvoir de changer la société puisqu’elle est son « carburant » et qu’elle est aux leviers de commande de la production ;

4. Elle est la seule à rappeler à la société, par ses grèves immédiates et politiques, que le dialogue (la réforme) est impossible sous le capitalisme ;

5. Elle est une classe internationale qui n’a pas d’intérêt national, ni régional ni ethnique ni communautaire à préserver.


à suivre...

(*) Les rapports de production sont aussi des rapports de domination, dont ne parlent jamais ce genre de secte. Je reprend ici les termes d’un excellent texte de Dominique du Réseau (« Problèmes économiques de la période de transition, les bons de travail ») : « on ne peut que frémir des analyses de tous ceux qui défendent le travail obligatoire et la rémunération au mérite dans la phase inférieure du communisme » (réponse aux duettistes de Robin Goodfellow).

dimanche 6 avril 2008

LA FLEUR ROUGE DU BABOUVISME

« La fleur rouge qui éclate au bout de cette tige, c'est le Babouvisme. La doctrine élaborée par l'ancien commissaire aux terriers, pour animer et orienter les conjurés qu'il rencontre à la Société du Panthéon, présente vraiment les caractères d'un résumé synthétique en même temps que d'un avant-projet : on y trouve mêlé au souvenir des théories du XVIIIème siècle celui des expériences de la Révolution, et, à côté d'un plan d'action insurrectionnelle, un plan d'organisation communiste.

Les Babouvistes arrêtés le 21 Floréal an III sont restés, pour une bonne part de l'opinion avancée, les conspirateurs-types. Les papiers cités lors du grand procès des 64 à Vendôme montrent avec quelle minutie méthodique ils avaient préparé leur coup de main. Proclamations, guidons, chansons, distribution de rôles entre les patriotes «bons pour administrer et révolutionner, au sein d'un Directoire secret », recherche des femmes capables de « pérorer » les soldats en leur portant des couronnes, tout est prêt pour une « Vendée plébéienne ».

La conjuration échoue. Mais la volonté d'aboutir avec laquelle elle avait été ourdie frappe les imaginations des révoltés hommes d'action. Grâce à l'Histoire de la Conspiration pour l'Égalité, dite de Babeuf (c'est le titre du livre que Buonarroti publie en 1828), le Babouvisme devient et demeure, tout le long du siècle, comme le signe de ralliement des insurgés.

L'insurrection n'est pourtant aux yeux de Babeuf .qu'un prologue. Et c'est le drame entier qu'il voulait écrire. Il entendait. fournir à ses contemporains tout le nécessaire pour redresser une Révolution qui, après tant de promesses, leur avait apporté tant de déceptions. Faire oeuvre positive, constructive, c'était l'ambition qui l'avait
soutenu dans une vie pleine de travaux et de combats. Pour cela, d'abord remettre en honneur les principes que trop d'hommes de la Révolution, enclins aux compromis faciles, paraissaient avoir oubliés. C'est à quoi devait servir la philosophie du XVIIIème siècle. Elle fournit leur musique aux Babouvistes.
Littéralement, puisque, pour le réveil, ils avaient composé des chansons où la nature était invoquée et l'égalité proclamée. Ce n'était donc pas sans raison que Babeuf, appelant son fils Émile, recopiait des passages de Rousseau, répétait celui où il est dit : « Vous êtes perdus si vous oubliez que les fruits sont à tous et que la terre n'est à personne ». Le babouviste partage d'ailleurs les défiances des amis de la nature à l'égard de la civilisation : par cela même qu'elle raffine et complique nos moyens d'action, ne risque-t-elle pas d'aggraver l'inégalité ? Comme Rousseau, le Babouviste a en principe horreur des grandes villes. Ses préférences iraient à la vie agricole. Spartiate plutôt qu'Athénien - pour reprendre l'antithèse, familière aux hommes de la Révolution, que signale Buonarroti - il préférerait à l'opulence monopolisée par une minorité l'égalité du brouet noir. Et c'est sans doute à ce trait que pensaient Marx et Engels lorsque, dans le
Manifeste Communiste, ils dénonçaient, comme d'essence réactionnaire, la littérature révolutionnaire qui enseigne, en même temps qu'un égalitarisme grossier, un ascétisme universel. Il faut noter que ce souci de la vertu, à la mode de Rousseau en effet, n'empêche pas les Babouvistes - Buonarroti en particulier - de reconnaître le rôle utile joué par le commerce et l'industrie : le commerce et l'industrie ont été aussi, en un sens, les licteurs de la liberté. La richesse acquise a été, aux mains des membres des Communes, des artisans et commerçants du Tiers, un moyen d'émancipation dont toute la nation
devait profiter. D'autre part, les grandes villes, foyers de corruption, sont naturellement des foyers d'agitation. Les Babouvistes auraient été prêts à défendre Paris. Ils pressentent le rôle d'avant-garde que doit jouer la plèbe des grandes villes. Ils vont même jusqu'à admettre l'utilité des souffrances qu'elle endure. La détresse du peuple
n'est-elle pas la démonstration la plus sensible des méfaits de l'inégalité? Aussi les échecs mêmes de la Révolution, les misères qu'elle a aggravées peuvent servir la cause de la Révolution de demain qui tendra, par une méthodique réorganisation de l'ordre économique, à l'égalité réelle. D'ailleurs, cette même Révolution d'hier ne nous a-t-elle pas montré, à côté du mal, le remède possible ? La France étant devenue un camp retranché, un atelier de guerre, n'a-t-on pas su, dans le danger commun, imposer des sacrifices aux privilégiés, fournir des subsistances aux déshérités, n'a-t-on pas rationné, réquisitionné, établi des maximums, constitué des greniers d'abondance ? La généralisation de ces mesures
c'est d'abord ce que demande le Babouvisme : qu'on fasse pour la nation, dans la paix, ce qu'on a fait accidentellement pour la nation dans la guerre. Telle est la marge d'expérience où ses adeptes prennent leur meilleur point d'appui pour le système déjà collectiviste qu'ils se proposaient d'essayer. Pour défendre, non seulement les ouvriers des villes, mais l'innombrable phalange des opprimés, travaillons, disaient-ils avec un sombre lyrisme, « à rendre l'or plus onéreux que le sable et les pierres».

En conséquence, confiscation des biens des émigrés, des fonctionnaires enrichis, des propriétaires négligents, abolition de l'héritage, exploitation en commun par tous les membres valides de la société, répartition des travaux, concentration des denrées et produits dans des magasins publics, d'où ils seraient distribués entre les régions : le modèle de tous les plans collectivistes est ici esquissé à larges traits. Et cette fois le doute n'est plus possible : à cette extrémité, la Révolution française mène au socialisme. Les avocats du Tiers-État ne songeaient guère qu'à établir un régime d'égalité juridique qui, s'il se prêtait au transfert des propriétés entre les mains des paysans, laissait intact le principe même de la propriété. »
« Le Babouvisme en fait bon marché parce qu'il veut avant tout l'égalité économique
intégrale : l'égalité ou la mort. »


Célestin Bouglé « Socialismes français » (1932)