"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».

Marx (L'idéologie allemande)

lundi 14 avril 2008

LA

FAMINE CAPITALISTE SIGNE LA FIN DU REFORMISME ECOLOGIQUE

Dans la société présente, secouée de plus en plus par la baisse tendancielle du taux de profit (*), les maîtres du monde feignent de considérer les émeutes de la faim comme des éruptions sporadiques de misère, soubresauts sans lendemain de pauvres crève-la-faim vus cyniquement comme « une hécatombe annoncée ». Une hécatombe rêvée qui n’éclabousserait donc point la classe bourgeoise qui en est responsable ?

Qu’ils prennent garde, dans le monde entier grandit une jeunesse prolétarienne ardente qui ne se résignera pas à expier les échecs de ses pères. Ce n’est pas elle qui a rendu ce monde si invivable et si meurtrier. Son existence se présente déjà, malgré des inégalités abyssales entre jeunes occidentaux et du tiers-monde, comme une chaîne de privations matérielles, de souffrances morales, d’exclusions. Si elle veut que « cela change » il lui faudra monter à l’assaut de la forteresse capitaliste, déjà minée, mais encore redoutable. Il lui faudra, comme à l’ensemble du prolétariat, clarifier les méthodes et moyens pour renverser le pouvoir bourgeois partout dans le monde, pourquoi il sera indispensable d’établir la dictature du prolétariat sans que ce soit le pouvoir du parti mondial de la révolution. Il lui faudra se familiariser avec les classiques des idées essentielles du mouvement ouvrier pour aller vers la société sans classes, sans guerres et sans famines.

Les événements, pour autant que chacun est capable d’y lire la révolte profonde contre ce capitalisme de misère, sont aussi formateurs que les livres théoriques. La violence à laquelle sont contraintes les masses affamées vient éduquer les plus naïfs sur le mythe « démocratique » du système bourgeois mondial.

Autre révélateur pour tous ceux qui sont légitimement révoltés par l’hypocrisie de la dictature mondiale capitaliste, la capacité de nuisance et d’embrouillamini des médias sur les causes de la nouvelle catastrophe humanitaire.

  1. LES MENSONGES DE LA BOURGEOISIE POUR FUIR SES RESPONSABILITES :

Déjà lors de sa période de colonisation, la bourgeoisie tentait de cacher sa vilenie derrière une causalité naturelle invraisemblable, mais les meilleurs acteurs du mouvement ouvrier dénonçaient déjà la supercherie. Rosa Luxemburg :

« Il avait fallu autrefois la grande famine indienne de 1866 pour éclairer l'opinion publique en Angleterre sur les beaux résultats de la politique coloniale anglaise et provoquer l'institution d'une commission parlementaire chargée d'enquêter sur la situation désastreuse de l'Inde. De même, à la fin des années 1860, l'Europe fut alarmée par les cris de détresse de l'Algérie, où quarante ans de domination française se traduisaient par la famine collective et par un taux de mortalité extraordinairement élevé parmi les Arabes. On réunit une commission chargée d'étudier les causes et l'effet des lois nouvelles sur la population arabe ; l'enquête aboutit à la conclusion unanime que la seule mesure susceptible de sauver les Arabes était l'instauration de la propriété privée. En effet, la propriété privée seule permettrait à chaque Arabe de vendre et d'hypothéquer son terrain et le sauverait ainsi de la ruine. On déclara ainsi que le seul moyen de soulager la misère des Arabes qui s'étaient endettés parce que les Français leur avaient volé leurs terres et les avaient soumis à un lourd système d'impôts, était de les livrer aux mains des usuriers. Cette farce fut exposée à la Chambre avec le plus grand sérieux et les dignes membres de l'Assemblée l'accueillirent avec non moins de gravité. Les vainqueurs de la Commune de Paris triomphaient sans pudeur. »(L’accumulation du Capital »).

XXIème siècle, 13e jour du mois d’avril 2008, époque où le capitalisme décadent a décuplé la misère et la famine à un niveau inconnu à aucun autre moment de l’histoire de l’humanité, des bourgeois repus d’un organisme nommé Banque Mondiale, analysaient (sur la base d’une analyse « sommaire ») : « … que le doublement des prix alimentaires au cours des trois dernières années pourrait (sic) pousser plus profondément dans la misère (resic) 100 millions d’individus vivant dans les pays pauvres ». Ce commentaire est aussi accablant pour celui qui le prononce qu’un nazi, du haut de son mirador, expliquant en 1943 à un compère : « la continuation de la guerre pourrait pousser plus profondément dans les chambres à gaz des millions d’individus vivant dans les camps » ! On a affaire au même détachement des tueurs à distance.

Le gouvernement français avait aussi pris les devants, avec son pitre doctor Kouchner qui, avec comme co-signataires les toupies de service Jouyet et Rama Yade, eût les honneurs le 11 avril d’une tribune dans Libé. L’ancien maoïste et conseiller secret de Mitterrand commençait par une avalanche de contre-vérités pour rendre opaque la responsabilité du capitalisme.

- la jeunesse de ces pays n’a plus d’espoir (donc des fainéants… ou de possibles racailles) ;

- dans ces pays arriérés règne la corruption (qui n’empêche pas les Lang et Kouchner d’aller trinquer avec les principaux corrompus des Etats fantoches) ;

- le réchauffement climatique (vieille rengaine commune avec les bobos écolos) ;

- le malthusianisme de la Chine entre autres…


Après ces quatre gros mensonges, le doctor ministériel consent à effleurer la nouvelle poule aux œufs d’or : « un effet biocarburant consommant des surfaces de plus en plus étendues. Et il tente de noyer la deuxième cause troublante, le pétrole, entre les causes présumées « naturelles » : les mauvaises récoltes, les « prix » des céréales ( !?), une certaine libéralisation du commerce ( !?). Quand il aborde enfin avec un terme bien aimable « l’ascension du pétrole », c’est pour sauter aussitôt dans la « vocation universelle » de la France, la nécessité de soutenir les ONG (l’Arche de Zoé ?) et évoquer les violons concertés des ministères de l’écologie (après la fessée mémorable à Kosiosko-Morrisset ?) et de l’économie (mal en point). Ce raisonnement syncopé de maoïste recyclé en papier ménestrel est du Badiou craché.

Enfin, la « révolution verte » doit être une « mobilisation sur tous les fronts ». Incroyable, même ministre ? Kouchner reste révolutionnaire, et aux côtés du guérillero Sarkozy !

Mais Kouchner seul prêterait à rire. Il lui faut le relais du journal Le Monde, qui non content d’être immonde pour ses licenciés, n’a jamais été autant cire-pompe du pouvoir en place. A l’unisson, le même jour, avec un titre puant : « Le retour des ventres creux », un certain Eric Le Boucher – il l’est en tout cas dans son raisonnement – distille un poison contre la lutte des classes. Pour ce qui nous concerne, nous prolétaires salariés d’occidents, les émeutes sont aussi une expression de notre lutte générale. Pour un larbin comme Le Boucher : « le nombre de nouveaux crève-la-faim pourrait déborder les capacités nationales (entendez dans le langage de ce franc-mac favoriser un retour à un nationalisme de continent). Puis il montre d’un gros doigt la Chine. On sent venir l’accusation principale : les chinois sont trop gourmands !

Pour l’heure c’est d’une INFLATION ALIMENTAIRE qu’il s’agit et « qui risque d’annuler la victoire historique contre la pauvreté et la malnutrition que l’homme ( !?) était en passe de remporter ». Pour colporter de telles sornettes de la classe dictatoriale on comprend que Le Monde n’ait plus besoin que d’une poignée de plumitifs !

Le Boucher, derrière son haut salaire de lèche-cul, en vient aux causes, non des émeutes, mais de l’explosion des prix, ce qui est tout de même plus intéressant. A qui la faute ?

- aux « Asiatiques enrichis (qui) mangent plus de viande, ce qui renforce les besoins en végétaux pour ‘alimentation animale » (bon sang ! mais oui !) ;

- ajoutons : la baisse du dollar monnaie d’échange des matières agricoles (c’est pour ça qu’il est vert !)

- ajoutons (mais loin derrière) la spéculation financière (l’immobilier se refait une santé dans la betterave !)

- ajoutons (mais en passant rapidement) quelques vagues conséquences des cultures de biocarburants ;

- ajoutons encore autre chose, les « réflexes écolo-malthusiens » qui, EUX, PROVOQUENT LES DISETTES !

RATS DES VILLES ET RATS DES CHAMPS…

Le Boucher rejoint le « révolutionnaire » Kouchner avec les mêmes sabots « écologiques » pour leur « révolution verte » néo-US. Laissons le poète se révéler :
« Sur le moyen terme, la terre, généreuse nourricière, est capable de doubler ses productions pour alimenter les 9 milliards d’êtres humains de 2050. Mais les clés sont l’investissement, la science, la génétique (on croirait presque un marxiste productiviste !) (…) La révolution de l’agriculture sera, bien entendu, moins chimique, plus écologique mais dans le bon sens : plus précise, utilisant des semences adaptées à chaque sol, optimisant l’eau, génétiquement innovante, etc. (…) Les structures familiales des campagnes ont été volontairement laissées en l’état (état de famine comme en Chine et Afrique ?) : on ne pouvait faire la révolution partout à la fois (ce type est un communisateur !). demain, il faut continuer de transformer les enfants de paysans en ouvriers des villes (merci pour l’égalité des chances), mais aussi les transformer sur place en agriculteurs-entrepreneurs (…) Le risque politique est évidemment immense (ah bon ?). Mais il faut choisir entre pénurie des villes ou révolution dans les champs ». Une véritable Gemeinwesen quoi ou Makhno contre Lénine !

2.LA BOURGEOISIE ARRACHE LE BOL DE RIZ A L’ENFANT POUR EN FAIRE DU PETROLE


On n’a jamais réussi encore à transformer le vil plomb en or, mais le capitalisme décadent a accumulé les trouvailles destructrices depuis le XXe siècle. L’atome au lieu de soigner les humains peut détruire toute la terre. La bagnole (**)paralyse la circulation dans les villes et les avions asphyxient l’atmosphère (les bobos écolos qui prennent régulièrement l’avion et circulent à vélo à Paris oublient qu’au décollage le jet de gaz d’un boeing équivaut au démarrage de 10.000 voitures). Certains spécialistes d’un marxisme académique se moquèrent par le passé du petit groupe de la Gauche communiste de France (publications : journal L’étincelle et revue Internationalisme) parce que, face aux prétendus novateurs du cercle Socialisme ou Barbarie, ils prétendaient qu’avec le développement faramineux de l’industrie d’armement dans la période de sa décadence la bourgeoisie « mange son capital ». La GCF avait raison totalement, l’armement n’est toujours pas productif mais, pire encore, si les céréales permettent de produire des hydrocarbures (bioéthanol (***), les hydrocarbures ne permettent pas de produire des céréales ! Qu’à cela ne tienne : les riches doivent pouvoir continuer à rouler carrosse quand bien même les pauvres vont en crever !

« Entre 20 et 50% de la production mondiale de maïs ou de colza ont été détournés de leur usage initial » (au profit des « biocarburants ») a déclaré Bob Zoellick, PDG de la banque mondiale !

Les petits malins qui ont pris pour argent comptant les taux de croissance affiché ou croient encore au rôle révolutionnaire du mode de production capitaliste (les marginaux dits communisateurs) en sont pour leurs frais et leurs petits calculs en chambre hors des réalités des souffrances du prolétariat et des masses paysannes paupérisées (qui sont au niveau mondial les ¾ des victimes de malnutrition). La crise alimentaire vient démontrer en plus que la recherche effrénée de nouveaux « carburants » pour machines, et donc de profit, a lieu sans vergogne en privant de manger une masse considérable d’êtres humains. Le riz et le blé ont désormais une plus grande valeur que l’or, une fois transformé en pétrole ! Même l’auteur du Capital n’avait pas imaginé qu’un jour la bourgeoisie serait capable d’une telle ignominie, bien qu’il ait décrit son absence de scrupules si elle avait besoin d’affamer les populations pauvres « dans la boue et le sang ».

Les événements qui se déroulent sous nos yeux écrivent l’histoire et dévoilent mieux que tout discours ou ouvrage savant au prolétariat universel la capacité de nuisance ahurissante du capitalisme moderne. Les évènements enseignent la vérité de la confrontation des classes. Il ne s’agit pas ici de spéculer en soi sur les émeutes en tant que telles, avec issue ou sans issue, résorbable on non soluble au court terme, mais de souligner CE QU’ELLES REVELENT. Ce ne sont pas des émeutes de la faim ponctuelles ou limitées à un seul pays comme celles du Venezuela en 1989, où il y eût près de mille tués. Elles s’étendent et se multiplient sur plusieurs continents. On ne peut esquiver leur cause réelle en parlant de causalités « naturelles ». C’est bien le capitalisme mondial et ses thuriféraires qui en sont responsables et non pas des ventres gloutons asiatiques, des pillards à dos de chameaux ou un quelconque tsunami.

Les événements PARLENT d'eux-mêmes. Les événements ne se discutent pas. Il y a quelque chose de scientifique, comme dans le marxisme, dans es événements.

Pas besoin d’être économiste chevronné ni du célèbre député suisse Jean Ziegler pour comprendre que la racine de la série d’émeutes de la faim d’Afrique en Amérique du sud et en Asie est dûe à la transformation massive des aliments en biocarburants, et en même temps une conséquence de la crise financière dite des subprimes (les gangsters investisseurs se reportant sur les denrées alimentaires). Mais indépendamment de cette crise des requins de l’immobilier et de la banque, la « révolution verte » aux Etats-Unis s’est traduite par plus de 6 milliards de subventions pour une politique de biocarburant qui aspire 138 millions de tonnes de maïs hors du marché alimentaire ; Ziegler a raison de dire là qu’il s’agit d’un crime contre l’humanité. L’Union européenne n’est pas en reste en faisant passer la part des biocarburants à 10% d’ici 2020, ce qui fera crever les petites paysanneries africaines.

Le bourgeois Ziegler dit redouter « une colère populaire qui rappellerait la prise des Tuileries pendant la Révolution française » et que « tout peut arriver ». Tout peut arriver, vraiment ? Que non, les émeutes sont bien sûr, réaffirmons-le contre les esthètes observateurs de la misère, partie intégrante de la lutte des classes, mais hélas d’une force insuffisante pour prétendre renverser les gouvernements bourgeois, tout au plus faire sauter un fusible. De plus la signification des émeutes est noyée dans les diverses interprétations alambiquées ou confuses que nous avons esquissées dans la première partie.

Ce n’est pas un nouveau et simple « choc énergétique » : les céréales peuvent être transformées en hydrocarbures mais pas les hydrocarbures en céréales ! La situation est inquiétante pour la bourgeoisie cependant car il ne s’agit plus cependant de simples îlots de misère que les Kouchner pouvaient plus ou moins cacher pour les photographes avec un sac de riz sur l’épaule, mais d’une extension massive de la malnutrition et de la mort par famine. En même temps cette situation crée par contre un choc politique, disons qu’elle produit un éclairage soudain sur le cynisme de la classe dominante. On n’a pas oublié bien sûr le mépris avec lequel les « cops » US ont traité les prolétaires noirs à la New Orleans, ni le peu de cas qui a été fait des victimes du tsunami asiatique. Dans le sauve qui peut généralisé les bourgeois roulent avec leur 4X4 polluants sur le cadavre des noyés ou des vivants, pendant que leurs flics sabrent tous ceux qui encombrent la route à l’abîme.

L’aggravation soudaine de la famine était prévue depuis longtemps dans les cartons des technocrates de l’ONU et de la Banque mondiale. Avant les émeutes qui viennent d’avoir lieu de Haïti à la Thaïlande et au Bengladesh, fin 2007 elles avaient éclaté aussi en Guinée, en Mauritanie, au Mexique, au Maroc, au Sénégal, en Ouzbéquistan et au Yemen.

Face à la situation dramatique de famine généralisée, qui va empirer dans les zones défavorisées, il faut réaffirmer que le prolétariat d’Occident ne fait pas partie des privilégiés, ne profite pas au même titre des « agrocarburants » qui arrachent le bol de riz à l’enfant du Sahel pour « faire avancer la bagnole ». Depuis des années, et notamment depuis l’introduction de l’euro, le coût de la vie n’a pas cesser d’augmenter, et, bien qu’à un degré moins dramatique (pour le moment…) les populations pauvres des pays riches supportent de plus en plus par des privations LA MEME ATTAQUE CAPITALISTE. Il faudrait être vraiment naïf ou sous-estimer la bourgeoisie pour penser qu’elle va laisser la misère empirer en Occident comme dans le tiers-monde ; elle a besoin d’un prolétariat plus productif, et comme Hitler, durant toute la guerre mondiale, elle fera le maximum pour éviter la moindre émeute de la faim en pays riches, pour ne pas courir prématurément à un affrontement révolutionnaire « rouge » ! Le maximum elle le fait déjà pourtant en jetant à la rue de nouveaux milliers de chômeurs radiés immédiatement s’ils refusent les emplois de merde qu’on leur propose, jetant ainsi peu à peu dans une misère comparable aux masses déshéritées du tiers-monde une partie des ouvriers européens, croyant ainsi faire peur à ceux qui « conservent » leur emploi. La bourgeoise oublie qu’elle produit ses propres fossoyeurs, heureusement sinon la révolution serait impossible.

La féodalité a été renversée à la suite d’émeutes de la faim, pourquoi la bourgeoisie ne le serait-elle pas à son tour pour les mêmes causes ?

3. LA CATASTROPHE QUI VIENT ET LES MOYENS POUR NE PAS LA CONJURER :


Depuis des décennies les minorités révolutionnaires les plus sérieuses d’obédience marxiste se sont peu préoccupées de l’écologie. Elles ont eu raison. Non pas qu’elles soient restées aveugles devant les immenses capacités de nuisance de l’industrialisme capitaliste – les effets de la pollution ont pris une autre ampleur que du temps de Bakounine et Marx – mais pour se tenir hors du réformisme écologique dans lequel ces représentants des couches moyennes que sont les gauchistes se sont recyclés après l’effondrement du mythe productiviste stalinien et trotskien. Il fallait se démarquer de l’idéologie au-dessus des classes de la petite bourgeoisie écologique qui pestait contre le prolo qui jette son mégot n’importe où et ne sait jamais quelle est la différence entre ordures recyclables et ordures à détruire, entre la couleur verte et la couleur rouge, etc.

Par un singulier retour de bâton de l’histoire, celle-ci vient donner raison à ces raides marxistes qui conchiaient les adeptes des produits écolo-bobos (maison solaire, bouffe bio, produits de la ferme bio, vin bio, haschich bio, etc. cf. les pages bio du Nouvel Obs). Bien sûr tous les écolos ne sont pas devenus des vendeurs de voitures « bio » ni ménestrels du gouvernement Sarkozy. A un niveau infra politique et impuissant à offrir une alternative crédible sans renverser l’Etat bourgeois, certains ont vu depuis longtemps venir la cata. Prenons « Kokopelli » :

« METTEZ DU SANG DANS VOTRE MOTEUR !

La tragédie des nécro-carburants

Alors que quelques pantins s’agitent frénétiquement dans l’arène électorale, l’arène véritable (au sens du terme « arena », « sable ») recouvre inexorablement la terre de son linceul stérile. Ces démagogues, de tous bords, promettent toujours plus de croissance, plus de salaires, plus de vacances, plus de travail, plus de consommation et bien sûr, plus de sécurité contre un ennemi inexistant : le seul terrorisme étant alimentaire et ce sont eux qui l’ont mis en place » (Dominique Guillet, 24 mars 2007).


Continuons la lecture de cet excellent analyste :

« Au Salon de l’Agriculture 2007, une partie du hall 2 s’était transformée en salon de l’automobile ! Ils étaient tous là, Peugeot, Ford, Renault, etc. Avec des grosses planètes qui pendaient du plafond et des petites fleurs peintes sur les portières des voitures. Emouvant : ils clament haut et fort qu’ils vont sauver la planète avec l’éthanol et les huiles de colza !
Les grands slogans sont lancés, biodiesels, biocarburants, or vert, carburants verst, « le carburant qui voit la vie en vert » (…) Un candidat présidentiable propose même en France une « pastille bleue », bleue comme la terre (vue de très haut, sinon c’est moins bleu !) pour favoriser les véhicules au « biocarburant » avec une petite ristourne au péage et des stationnements gratuits. C’est bien mignon tout cela ! L’attribution du terme « bio » pour les nécro-carburants gagne en tout cas du terrain rapidement. Cela nous rappelle le syndrome des yoghourts de chez Danone. On trouve sur internet des publicités pour Volvo : « Volvo fera du sport bio » ou pour Ford : « Ford et Europcar roulent pour le bio » ou pour Saab : « 300 chevaux écologiques ». Certaines voitures roulant au végétal ont même la mention « bio » peinte sur la carrosserie. C’est le coup de grâce pour l’agriculture bio , d’autant plus que la pression des lobbies à Bruxelles cherche à imposer une agriculture bio de « seconde génération » avec une pincée de pesticides par-ci et une demi-pincée de chimères génétiques par là ! Les cahiers de charge de l’agro-bio sont en passe de devenir des cahiers de décharge ! Pinçons-nous le nez ! L’industrie de l’automobile s’auréole, ad nauséam, d’une surenchère de slogans verdoyants. Saab vante une de ses voitures avec le logo suivant : « les forces de la nature auront toujours besoin de s’exprimer. Libérons-les ! » Koenigsegg présente une voiture comme « sa fleur à la tige puissante ». les rallyes deviennent « bios ». Les voitures et les pneus « écolos ». Les voitures deviennent « propres ». C’est la « passion verte », etc. ».

Rien à redire à cet excellent observateur de la dégénérescence du « progrès bio »qui, avec un génie incontestable (mais ignoré) prédit ce que toutes les chantres actuels du capitalisme font mine de découvrir : « Les carburants végétaux ne sont pas verts, ils seraient même plutôt rouges, de la couleur du sang. Ils vont accroître l’immense tragédie de la sous-nutrition, de la mort, de la faim, de la misère sociale, du déplacement des populations, de la déforestation, de l’érosion des sols, de la désertification, de la pénurie en eau, etc. ». Et il ajoutait, prévoyant le SCANDALE MONDIAL : « Les grands groupes pétroliers qui se sont alliés aux grands groupes de l’agro-chimie et aux grands groupes semenciers pour lancer cette farce grotesque tentent de tranquilliser le citoyen en prétendant que les carburants végétaux ne représentent aucune « concurrence pour les filières alimentaires ».

Parmi une longue liste de conséquences :

- 36.000 personnes meurent de faim tous les jours,

- Dans l’Iowa (Etat US) l’usine de Goldfield transforme tous les ans 450 000 tonnes de maïs (pour produire 190 millions de litres d’éthanol) mais, pour ce faire, elle brûle tous les jours 300 tonnes de charbon (qui arrivent par camion de bien loin) et elle relâche benoîtement du CO2 dans l’atmosphère,

- Selon le professeur Pimentel, de l’université de Cornell, le carburant végétal réchauffe davantage la planète que l’essence !

- En Amérique du sud les paysans avaient cessé de produire le maïs (la tortilla) aliment traditionnel car il est moins cher de l’importer désormais des Etats-Unis jusqu’à ce que ce pays continental décide de le garder, provoquant… des émeutes!

- Aux Etats-Unis les prolétaires sont à leur tour victimes des hausses faramineuses des produits de base ;

- La mono culture intensive de la canne à sucre pour éthanol, notamment au Brésil, développe un nouvel esclavagisme moderne.

Laissons conclure D.Guillet :

« On ne peut que répéter que le propos des entreprises capitalistes n’est pas de produire des aliments, ou des carburants végétaux ou de l’information : il est de produire des bénéfices. Point. Nous assistons, avec la folie des carburants végétaux, à une terrifiante et ultime (peut-être) concentration des grands capitaux entre l’agro-chimie, les nécro-technologies, l’agro-alimentaire et les sociétés pétrolières, avec la complicité bienveillante des Etats.

S’il est plus profitable de produire des carburants végétaux que des aliments, le grand capital s’orientera vers les carburants végétaux. (…) Les agro-carburants sont une ignominie de plus dont se rend coupable la société occidentale. Les agro-carburants vont intensifier l’état de famine de cette planète.

Le grand Capital vient de découvrir le problème du réchauffement climatique ! Il met tant d’ardeur à le médiatiser qu’on croirait presque qu’il l’ait inventé ! Le « Réchauffement Climatique » : une marque déposée du grand Capital !

Après avoir œuvre, pendant des dizaines d’années à transformer cette belle planète en poubelle agricole et industrielle, le Capital, mû par une inspiration soudaine et quasi-mystique, brandit, en toutes directions, le spectre des bouleversements climatiques (toujours avec la complicité des Etats et de certains médias bien complaisants) et nous propose, dans sa grande mansuétude, une solution qui va sauver la planète : les carburants verts.

Grâce à une grande campagne de narcose collective, le grand Capital accumule les dividendes, se donne une image verte, se concentre encore un peu plus et rigole ! ».

Bravo, mille fois bravo à ce Dominique Guillet qui écrivait tout cela il y a un an, avant les cris à retardement des pleureuses capitalistes face aux émeutes malséantes.

Je n’ai pas terminé pour autant mon article. Les écologistes qui, subitement, après les émeutes, se mettent à crier que les agrocarburants sont « une vraie fausse bonne idée » (Libé du 14 avril), ne sont pas quittes pour autant. Ils font comme tous les partis politicards ! Ils font mine d’oublier ce qu’ils avaient défendus antérieurement. Ils avaient roulé à fond la caisse pour tout ce qui portait l’étiquette « bio », pour le charbon (pollueur), pour les éoliennes (polluantes aussi). Nombre d’entre eux roulent en 4x4 à l’éthanol, députés, docteurs, architectes, avocats, etc.

Les « verts », anciens gauchistes recyclés pour suppléer aux faiblesses idéologiques des partis stalinien et social-démocrate, ont bien rempli leur rôle depuis une trentaine d’années. Le principal de leur sale boulot était de faire croire à un capitalisme « propre », « citoyen », « égalitaire » et… « vert ». Le capitalisme décadent est de plus en plus verdâtre, au sens militaire et au sens de la pourriture !

Sans beaucoup vaticiner, il nous semble que la troisième étape de la crise due à la baisse tendancielle du taux de profit, sera marquée par un regain de la lutte des classes, où le prolétariat, par ses grèves et manifestations, marquera son opposition « politique » à la marche à l’abîme que la société bourgeoise accentue, par refus de la guerre que présume le président du FMI, DSK, par refus de la logique de profit qui mène à affamer d’immenses masses « surnuméraires ».

Les « verts » viennent de prendre un bon coup de pied au cul par les masses prolétariennes du tiers-monde. Ils continueront néanmoins à jouer leur rôle archi-nocif, anti-ouvrier et anti-marxiste, en cherchant à culpabiliser les prolétaires, à la manière des chauvins en 1914 qui firent croire à un intérêt national commun dans la barbarie guerrière. La porte-parole « nationale » des verts français l’a indiqué vertement à l’unisson du gouvernement Sarkozy : « entre se nourrir ou conduire, il faut choisir. Les pays riches ont le devoir de ne pas affamer le tiers-monde pour faire leur plein d’essence, alors que des solutions de transports plus sobres énergétiquement existent ».

Les travailleurs des banlieues éloignées sans transport en commun apprécieront. Mlle Anne Souyris était venue elle en 4x4 bio à la conférence de presse.

On ne les mettra pas en prison après la révolution. On les affectera au service communal de ramassage des ordures où ils seront bien plus utiles qu’à l’époque où ils vantaient les produits pour affamer les peuples.


JLR


(*) Marx explique ainsi le concept de baisse tendancielle du taux de profit. Il considère que les capitalistes veulent toujours augmenter leurs capacités de production par des innovations technologiques pour obtenir un avantage temporaire sur leurs concurrents, appelé plus-value extra. Il s'ensuit qu'ils substituent des machines à la main d'œuvre, autrement dit ils substituent du capital constant c à du capital variable v, ce qui a pour conséquence la composition organique du capital (proportion de c et v dans le capital). Comme la plus-value est donnée par l'utilisation de travail direct, et que le taux de profit est pl / (c + v), il vient une baisse tendancielle du taux de profit qui provoque des crises. Le problème est que la substitution du travail par le capital génère de plus en plus de chômage et la famine ce qui conduit inexorablement la société vers des affrontements de classes. Historiquement et tendanciellement, le capitalisme croule sous le poids de ses contradictions. Il est en état de crise permanent, qui ne peut être repoussée temporairement par des phases d'expansion économique, mais la crise réapparaît par l'emballement de la croissance technologique (et donc par une accumulation de contradictions dont la famine actuelle est une conséquence directe).

(**) Cf. Le prolétariat universel n°125, 28 septembre 2005, après les destructions des cyclones Katrina et Rita en Louisiane et la scandaleuse fuite des riches en bagnole, j’ai consacré une colonne du journal à ce sujet : « Le début de la fin de la bagnole ».

(***) Le bioéthanol est l’éthanol d’origine biologique et agricole. Il n’est pas issu de l’agriculture biologique. Le préfixe « bio » signifie au contraire vie, mais l’éthanol n’est plus une matière vivante dont il a tiré la substance végétale. Il est le biocarburant (ou aussi hypocrite : agrocarburant) pour les moteurs à essence. Singulière découverte sous le capitalisme décadent, les végétaux contenant du saccharose (betterave, canne à sucre… ) ou de l’amidon (blé, maïs…) peuvent être transformés pour donner du bioéthanol. Ce n’est que de l’alcool éthylique qui est mélangé à l’essence en proportion dosée. Le développement des biocarburants a fait bondir le prix du maïs, du soja et du blé et diminue la surface cultivable pour se nourrir. Il ne fallait pas s’attendre à autre chose comme invention sordide pour décupler les profits et faire prédominer le fonctionnement des machines sur la vie des humains. La recherche scientifique sur le cancer ou plusieurs maladies incurables est le parent pauvre des découvertes stupides, et reste assujettie et amoindrie au niveau des grandes quêtes publiques télévisuelles !

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