"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

samedi 31 décembre 2022

LA CONTRE REVOLUTION SEXUELLE FEMINISTE ET SA GENESE STALINIENNE



« Dans sa lettre à Trotsky, Wilhelm Reich proposait une discussion dans le but d’organiser une collaboration de longue durée entre eux qui représentaient, pour Reich tout au moins, les deux grandes formes de la lutte révolutionnaire, l’émancipation politique du prolétariat et la libération sexuelle de l’humanité ».

En Russie, les recherches et les réformes révolutionnaires sur la sexualité et le contrôle des naissances, avant-gardistes dans les années 1920, sont devenues illégitimes dès le début des années 1930 avec la mise à nouveau en avant du culte de la procréation familiale ; la question sexuelle n’était plus considérée que comme une déviation individuelle petite bourgeoise, comme la question hétérosexuelle est devenue de nos jours le péché suprême qu’il faut éradiquer. Dans les années 1960-1980, c’était surtout la baisse de la natalité et le « double fardeau » – domestique et professionnel – des femmes qui faisaient problème. Les comportements familiaux semblaient étrangers à la logique de la planification, et les sciences sociales étaient travaillées par la perspective d’un art de gouverner d’orientation plus libérale. Il s’est alors formé un clivage entre une conceptualisation du changement social en termes de « modernisation » – démographique, sexuelle... – à accompagner, ou de « crise » à enrayer. Cette « révision » était du même ordre que la wokisation qui commençait à se développer en Occident[1].

Le projet d’un gouvernement du genre et de la sexualité éclairée par les sciences sociales avait été au début de la contre-révolution stalinienne évacué quand l’Etat dictatorial décida que la « question des femmes » et la « question sexuelle » étaient décrétées résolues. Cette idée que la « question des femmes » pourrait être résolue ou enfin vraiment posée sous le capitalisme est une des idées phares reprise au stalinisme par nos féministes décadentes. Et que leur agitation wokiste révisionniste serait utile à toutes les femmes et pas seulement un prêt à penser pour mode de vie bobo.

La « radicalité » obséquieuse d’une Sandrine Rousseau reprend à la base le même type  de discours moral et sectaire de la femme de Thorez, si vous remplacer « masses populaires » par « les femmes » (en général) :

« Le ''Birth control'' est dirigé non seulement pour couvrir les crimes du capitalisme, non seulement dirigé contre les travailleurs et pour justification du colonialisme. Il est un grave danger pour la nation... Le ''Birth control'', la maternité volontaire, est un leurre pour les masses populaires, mais c'est une arme entre les mains de la bourgeoisie contre les lois sociales. Non, les communistes ne peuvent considérer la recherche de solutions individuelles contraires à la nation. Il faut rechercher les solutions collectives aux difficultés des masses populaires, aux misères des masses populaires, les solutions conformes à l'intérêt de la classe ouvrière, à l'avenir de la nation » : Jeannette Vermeersch.

Ce contrôle des naissances est d’ailleurs considéré par le mouvement islamo-gauchiste comme parfaitement réactionnaire ; par le passé un animateur de télévision, décédé, qui avait osé parler de ce contrôle pour l’Afrique, s’était fait agonir comme fasciste. Or, depuis la nuit des temps toutes les sociétés ont plus ou moins pratiqué ce « contrôle ». Il ne faut pas réfléchir, comme aux beaux temps du stalinisme mais penser par décret avec ce mouvement inconsistant et hétéroclite et raisonner par décrets : « ce mouvement américain révisionniste qui, après avoir gangréné l’aile gauche du parti démocrate américain, s’est métastasé dans tout le pays avant de s’exporter en Europe. En France, il est indigéniste, écolo-gauchiste, néo-féministe. La censure est son glaive. La morale est censée être son bouclier »[2].

Or ce n’est pas vrai, le mouvement est parti de l’effondrement du stalinisme comme le démontre Mona Claro[3]. Russe et puis américaine la vague révisionniste sexuelle est dénoncée fort justement par Pascal Bruckner : « Tout ce que nous avions gagné depuis un siècle, et d’abord que la société cesse d’intervenir dans nos amours, risque d’être remis en cause au nom de la sécurité des femmes et des enfants (…) Le juge et l’avocat ont remplacé le prêtre et le confesseur comme ordonnateurs des convoitises et sont devenus, aidés par ce Grand Autre que sont les réseaux, les vrais tiers adultérins au sein des couples »[4]. La contre-révolution islamique, qui s’est développée partout après la chute du « socialisme réellement existant » - et je pense que ce phénomène est issu directement de la décomposition du stalinisme comme le féminisme dégénéré, tout en gardant le même sectarisme moralisateur - va de pair avec l’idéologie féministe décadente qui fait de la femme un objet intouchable ; comme le soulignent leurs amis Ramadan et Laacher :

-        Tariq Ramadan : « Si tu regardes une femme en maillot de bain, tu iras en enfer » (lui ne se contentait pas de regarder mais trouvait normal de violer) ;

-        Smaïn Laacher : « Lorsqu’on est une femme arabe, aimer en toute liberté reste un acte hérétique (…) se prétendre féministe c’est faire preuve  (…) d’occidentalisation dans ce que l’Occident aurait de pire : l’émancipation politique des femmes »[5].

LA PERIODE REVOLUTIONNAIRE EN RUSSIE QUI AVAIT POSE LES VRAIS PROBLEMES

Dans les décennies qui avaient suivies l’abolition du servage (1861), un capitalisme industriel embryonnaire avait donné naissance à un prolétariat urbain, déniaisant les normes de la communauté et de la famille rurale, déstabilisées en premier lieu par les migrations – l’autorité des hommes sur les femmes, ainsi que la nécessité d’une fécondité élevée, allaient de moins en moins de soi. C’est surtout après la révolution de 1905 que se développent les problèmes autour des mœurs familiales et sexuelles des classes laborieuses si potentiellement « dangereuses » : médecins et juriste s’interrogeaient doctement sur les naissances hors-mariage, les abandons d’enfants, l’infanticide, l’avortement, la prostitution, les maladies vénériennes qui croissaient dans les villes.

Dès la première révolution de 1905, en même temps que l’affirmation de la classe ouvrière, la remise en cause de la famille patriarcale, orthodoxe et ses hypocrisies accompagna la révolte politique. Ce que Trotsky avait nommé « le privilège de l’arriération historique », c’est-à-dire une situation retardataire en Russie, par rapport à l’Europe, et qui obligeait à faire des bonds historiques dépassant les faibles avancées en Occident. D’ailleurs, contrairement à tous ceux, même parmi nos maximalistes « éclairés » chirikistes, qui s’acharner à dénoncer, post festum, un Etat bolchevique comme réactionnaire du début jusqu’à la stalinisation, ce n’est pas vrai comme le démontre Mona Claro :

« Comme l’a souligné l’historien Peter Holquist, parmi les élites, beaucoup « soutenaient que la Russie pourrait éviter les écueils qu’avaient connus les sociétés qui avaient déjà fait l’expérience de l’industrialisation, ce que Trotsky a plus tard appelé ‘le privilège de l’arriération historique’. Par ailleurs, selon Holquist :

« Beaucoup […] ont soutenu l’État soviétique moins par adhésion au bolchevisme que dans l’espoir que l’État applique leurs programmes progressistes. […] L’étatisme bolchevique, l’accent mis sur l’État comme outil essentiel pour accomplir la mission première d’éclairer les masses ignorantes de Russie, s’inscrivaient dans un large courant de la culture politique russe. Ce courant qui préexistait parmi les élites éduquées de Russie explique en grande partie l’importante participation d’experts non bolcheviques […] aux projets de l’État soviétique »[6].

Nombre de commentateurs superficiels veulent décrédibiliser les premiers bolcheviques comme nunuches en matière sexuelle. Ils ont tout faux. Le plus subtil d’entre eux, comme en témoigne Vera Zassoulitch, Lénine, contestait la vision irénique selon laquelle l’amour dans le communisme serait comme « boire un verre d’eau »[7]. Preuve que Kollontaï n’était pas si marginale qu’on l’a affirmé. Ce sont par exemple les « autorités étatiques » bolcheviques qui font ouvrir des cliniques pour réaliser des avortements gratuits.

LA QUESTION FEMININE MINOREEE PAR LE VIEUX MOUVEMENT OUVRIER ?

Dans son intéressant ouvrage, Miche Garbez rappelle clairement pourtant la nature bourgeoise du féminisme dès ses origines :

« Parallèlement au développement de ce féminisme, les Il femmes du peuple", et notamment des villes, se révoltent sur une base radicalement différente. Si certaines d'entre elles se révoltent pour acquérir une plus grande indépendance, dans ce que la littérature du XIXC siècle appelle « le dévergondage sexuel", la grande majorité lutte pour de meilleures conditions de vie en participant aux mouvements contre la famine. Aussi n'y a-t-il pas de contacts entre les courants féministes bourgeois et les mouvements de révolte des Il femmes du peuple". D'un côté, les féministes bourgeoises posent la question de l'égalité et de la liberté de la femme dans le système capitaliste à l'intérieur duquel elles revendiquent leur place à part entière; elles posent leur situation en termes de liberté et d'égalité, c'est-à-dire dans un système politique et en fonction d'une idéologie, la démocratie. Car la bourgeoisie a installé la démocratie en consacrant, à travers son pouvoir et son discours, l'inégalité des femmes. De l'autre côté, les « femmes du peuple" combattent les « affameurs", les riches, puisqu'elles sont en première ligne pour subir les conditions de vie imposées par le développement du système capitaliste. Elles n'ont pas conscience de leur situation de femmes elles se considèrent comme des « affamées ". Ce sont les socialistes utopiques qui s'emparent au plan théorique de la question féminine. Ils posent la question du rapport entre l'émancipation sociale des exploité(e)s et la libération des femmes dans tous les domaines. Après eux, des militantes, comme Flora Tristan, développent ce féminisme qu'on qualifie de socialiste. Puis les marxistes, minoritaires, tentent d'inscrire la question féminine à l'ordre du jour des préoccupations du mouvement ouvrier ».

Cet auteur, non seulement reste sur la position bourgeoise féministe d’une organisation « à part » des femmes exploitées (et avec des bourgeoises) mais raisonne en grande partie à partir de ce qui est acquis aujourd’hui, sans tenir compte des conditions de l’époque et où il a fallu du temps, même aux masses d’ouvriers exploités, pour comprendre la situation inique socialement, politiquement et sexuellement de la femme, mais cela ne doit pas inverser l’ordre des priorités politiques : dans le combat pour la libération politique est contenu celui pour la libération de la femme et de la sexualité, pas l’inverse ; c’est ce positionnement inverse chez KollontaÏ qui indignait à juste raison Lénine.

Michel Grabez est génial cependant de nous rappeler que le féminisme aujourd’hui reste bourgeois :

« A l'heure actuelle, on peut repérer au sein des mouvements de libération de la femme la résurgence de ces ambiguïtés sociales et politiques qui traversent l'histoire des courants féministes, avec deux courants solidaires et contradictoires : un courant bourgeois et un « courant populaire". Le « courant bourgeois » refuse le statut économique, social, juridique, politique et sexuel de la femme, organisé et vécu dans la société et la famille, mais en ne visant que l'insertion égalitaire de la femme sans mettre en cause, tout au moins immédiatement, le système capitaliste; il postule l'existence d'une condition féminine, celle des femmes des différentes catégories sociales, et en même temps, une solidarité face au « pouvoir mâle »[8].

L’origine de l’ouverture en France à un féminisme intégré idéologiquement et…électoralement remonte aux premiers pas du « Front populaire » en 1934, où laissant de côté la présumée dictature du prolétariat, le PCF s’ouvre à toutes les couches sociales des artisans et des petits commerçants aux masses féminines « en général ». Toute la fabrique d’un siècle de mystification de l’idéologie de la gauche bourgeoise est le produit de ces années : le fascisme devient un ennemi supérieur au capitalisme (c’est d’ailleurs Staline qui l’affirme en proposant de s’allier avec les principaux impérialismes, mais pour choisir la complaisance envers le nazisme), les gens en général peuvent choisir (individuellement) dans les urnes un éventuel changement d’orientation de la société… sous la fable d’un « communisme international » dans… un seul pays… impérialiste !

Partout le PCF fait savoir qu’il est le seul à se préoccuper des femmes (en général) alors que rien ne change pour elles (comme aujourd’hui, malgré les délires des fémino-wokistes, toujours autant de femmes sont violées ou tuées) ; dans un cadre où il reprend à son compte une série de valeurs traditionnelles, comme la nation, l'intérêt national, la morale sexuelle, que la bourgeoisie est, selon lui, incapable de défendre, pour leur donner leur « véritable» signification. De plus, lors des stratégies d'«union », il identifie parfois ses propres objectifs avec la réalisation de ces valeurs comme le montreront les discussions autour de la morale sexuelle qui ont précédé le XXIIe Congrès de Saint-Ouen (février 1976) (comme les NUPES de nos jours). Dans ce cadre, la majorité des femmes sont considérées comme opprimées et exploitées par le système capitaliste ; elles représentent une masse d'électrices pouvant concourir à la victoire de la gauche, le parti communiste étant le premier parti de l'« union» et le seul qui défende « réellement» leurs intérêts. Il se tourne alors vers les femmes des classes moyennes, niant les contradictions entre les « travailleuses manuelles et intellectuelles» et ces dernières; ces catégories et leurs préoccupations disparaissent derrière telle ou telle entité abstraite, les classes moyennes, les couches antimonopolistiques, la paysannerie, le petit commerce et le petit artisanat. Et il développe un certain nombre de qui cachent le fait que, par essence, ces catégories ne sont pas des alliées de la classe ouvrière ; il existe un prolétariat mythique... féminin opposé au capitalisme.Le discours a pour fonction d'organiser et de mobiliser les femmes en vue de la réalisation d'une stratégie (électorale) ».

En réalité il s’agit d’un féminisme ouvriériste qui ridiculise tous les progrès d’avant-garde du mouvement ouvrier et révolutionnaire  jusqu’à la fin des années 1920 .

« A mesure que la question féminine se (posera) dans la société, et notamment
depuis les années 1970, les femmes sont intégrées dans les organes décisionnels, mais en tant que travailleuses ; les femmes des autres catégories sociales restent confinées, même pendant les périodes de stratégie d' «union ", à la périphérie du parti. Il en résulte une non-spécificité de l'activité en direction des femmes, renforcée par le fait que le
parti reproduit un conformisme militant ouvrier qui renvoie à un comportement ouvrier et à une morale ouvrière uniformisants, et élude toute nouvelle question touchant la condition féminine. Ainsi, il mobilise les femmes sur des thèmes et sur des revendications qui ne leur sont pas propres; les revendications sont intégrées aux revendications générales, plus particulièrement pendant les périodes où, s'éloignant de «la ligne du pouvoir ».

En réalité l’antifascisme est un aspect de la mobilisation pour la guerre auquel on ajoute la mobilisation des femmes dans un cadre nationaliste, ce qui est toujours le cas avec nos féministes décadentes. Dans un même souci féministe bourgeois, Jacques Duclos, favorable à la main tendue aux femmes catholiques (comme la main tendue de nos gourdes aux femmes voilées)  préfère même la constitution d'une amicale des ménagère à la consolidation du Comité des femmes contre la guerre et le fascisme. La lutte contre la vie chère étant plus liée aux préoccupations quotidiennes des femmes (10) et plus mobilisatrice. C’est encore un trait commun entre stalinisme et féminisme actuel de, finalement, pousser à exclure de la politique les femmes au nom de leur spécificité et de la barbarie des hommes, bien supérieure au capitalisme. C’est la même idéologie féministe nationaliste qu’on retrouve dès la Libération dans les directives de préparation des élections municipales et cantonales provisoires du début de 1945, les staliniens proposent des listes communes savamment dosées, associant les femmes de l’appareil qui représentent les différentes couches sociales et les organisations patriotiques locales.

LE FEMINISME STALINIEN

Le rôle des femmes des chefs bureaucrates du PCF reste passé sous silence jusqu’à ce qu’on s’intéresse à la biographie de la sardine Ruisseau de l’époque, Jeannette Thorzez-Vermeersch, qui est à l’initiative d’une plus grande représentation des femmes… staliniennes dans les bureaux du parti, le chiffre le plus significatif sera atteint en 1972, mais la participation des femmes au fonctionnement de l’appareil demeure aux niveaux inférieurs. Les staliniens de la période de reconstruction sont très pudibonds, ils sont très éloignés de la tolérance bolchevique qui respectait l’homosexualité.

C’est sur le plan moral que les staliniens pensent pouvoir régner éternellement contre les perversions sexuelles de la bourgeoisie, de la même manière que nos féminos-islamistes adoubent burkini pour les femmes et jupes pour hommes musulmans ; ce qui fonde donc là aussi la remise en cause d’un genre prédéfini (grâce sans doute au coran) :

« Le militant et la militante sacrifient au conformisme moral. Si, en 1960, il est encore mal vu dans les organes du parti de vivre ensemble sans être marié , actuellement, il ne condamne plus ceux de ses militants et celles de ses militantes qui tentent d'accéder à un nouveau type de relations sexuelles. Cependant, il ne veut pas se couper de sa base militante qui n'est pas prête à recevoir ces expériences; dans les réactions aux propos d'un jeune lycéen communiste sur la sexualité,
dans un reportage de L'Humanité-Dimanche, il est dit qu'il faut inspirer le respect pour mener une lutte politique efficace, qu'il faut donner l'exemple aux autres par son comportement quotidien, que les propos d'un communiste doivent cadrer avec la morale; pour beau- coup de militants, il faut avoir une vie et une conduite exemplaires quand on est communiste ».

Quatennens peut s’estimer heureux de n’être que salement persécuté, à l’époque on l’eût envoyé au goulag, quoique à mon avis, certains députés alcooliques staliniens d'époque ne voyaient rien de mal à tabasser une femme s’il y avait infidélité… au parti.

Dans les années 1960 on est encore toujours plus près de la morale de 1935 où la morale « communiste » fustigeait le « droit au chaos sexuel » , le «dévergondage », apanage de l' «anarchisme individualiste et bourgeois» et de la moralité «petite-bourgeoise fasciste », la «morale petite-bourgeoise égoïste»; la liberté sexuelle était encore synonyme de la «théorie du verre d'eau». Dominique Desanti décrit une situation comparable aux inquisitions de nos féministes dégénérées :

« J'ignorais encore, connaissant peu de "cadres" de l'appareil, l'inquisition de la vie privée, les amours décapitées sur ordre, les responsables "remis à la base" pour liaison dangereuse ... ou simplement parce que l'épouse, bonne militante, s'était plainte des "mœurs indignes d'un communiste ».

La morale stalinienne fait appel aux idées puritaines qui fondent l’incompatibilité de la future société communiste avec le plaisir, comme nos féminos-puritaines ont décrété que les rapports hommes-femmes hétéros étaient désormais incompatibles, voire condamnables car supposant automatiquement une oppression de la femme.

La question féminine à l’époque stalinienne a bien des ressemblances avec le révisionnisme féministe actuel, parle à mon cul j’ai mal aux oreilles. Pour une affaire montée par la police de Macron et la magistrature complice, la chasse au Quatennens, voire des indignations de salon contre le meurtre ou le viol quotidien de pauvres femmes, la militance féministe ne s’intéresse aucunement aux vrais sujets gravissimes, comme la gauche bourgeoise en général et leurs petits gauchistes : aucune manifestation de rue, répétée et vindicative, contre la guerre en Ukraine, contre le sort des femmes en Iran et en Afghanistan… ces gens-là font penser à la passivité des peuples européens sous le nazisme et mériteraient bien une guerre mondiale pour ouvrir les yeux et se battre ! De la même manière, experte en détournement féministes, la principale gouroute du PCF et femme exemplaire du couple Thorez, sait être machiavélique :

« Vu les problèmes politiques posés au parti tant au plan national qu'au plan international, J. Vermeersch a l'idée de lancer une campagne sur le caractère réactionnaire de la contraception. Selon Dominique Desanti, elle ajoute dans le privé deux autres considérations : d'une part, plus les prolétaires ont d'enfants, plus ils trouvent leur misère insupportable et plus ils sont combatifs; d'autre part, aux communistes sûrs, elle prétend qu'en discutant de l'avortement et de la contraception ,les cellules oublient Staline ».

Le PCF de cette époque reste la référence pour le petit Zemmour car il restait hostile à la limitation des naissances comme au divorce, mais pas encore pour déplorer l’immigration massive et musulmane ultérieure. En matière sexuelle, la mère Vermeersch est aussi répugnante que la fulminante Sardine Ruisseau :

« J. Vermeersch déclare à D. Desanti : «Ecoute, je ne pourrais pas leur dire, mais tu sais bien que chez nous, dans le Nord, les filles ne les prennent jamais leurs précautions, elles n'ont pas de salles de bain et elles font l'amour n'importe où! ». (ln D. DESANTI, Les Staliniens, op. cit., pp. 321-322). Par ailleurs, quand J. Derogy demande à J. Vermeersch ce qu'elle entend  par «vice bourgeois» en parlant de la contraception, elle lui répond qu'i !faut pratiquer la sodomie, signe de «décadence bourgeoise », pour ne pasavoir d'enfants quand on fait l'amour. (V. interview de J. DEROGY, op. cit.) ».

Au début des années 1970, certainement poussé par l’explosion de mai 68, le PCF en revient à un langage plus marxiste s’intéressant plutôt à la condition ouvrière des femmes plutôt qu’à la condition bourgeoise des nanties mais cela reste associé à « l’intérêt national ». De même est laissé de côté tout droit à l’épanouissement sexuel, que revendique de nos jours de plus en plus de femmes vieillissantes qui, entre 60 et 80 ans envahissent les sites de rencontre ; à l’époque Vermeersch les aurait traitées de vieilles putains ! Ce qui n’est autre que la pensée de la transgenre débile Sardine Ruisseau.

L’auteur résume très bien l’idéologie commune à la morale wokiste et stalinienne :

« Si elle recouvre toujours quatre aspects - une politique économique et sociale, le domaine de la contraception, le domaine de l'éducation sexuelle et la question de l'avortement -, une évolution est perceptible. Chez les intellectuel (le) s, le droit au plaisir vient interférer avec le droit à la maternité; le libre choix entre avoir ou ne pas avoir d'enfants perd l'ambiguïté qu'il a dans l'opposition de deux libertés, une liberté positive et une liberté négative : il faut assurer à la femme et le droit au plaisir sexuel et le droit à la maternité. Mais, pour les communistes en général, il y a deux termes dans le droit à la maternité : la liberté, c'est-à-dire le choix du nombre d'enfants et du moment de la naissance, concernant la femme, et la responsabilité, c'est-à ·dire le devoir de procréation, intéressant l'intérêt national. A travers ce droit, on revient à la question de la conciliation de l'individu et la société, l'intérêt national se substituant à l'argument démographique des années d'avant-guerre et de 1956. Le parti communiste revendique la liberté d'avoir des enfants qui n'est pas réalisée dans la société actuelle, liberté individuelle et sociale qui n'est pas réelle dans son existence même; la liberté de pouvoir faire l'amour et de ne pas avoir d'enfants est l'autre terme qui n'est pas abordé car la sexualité féminine déborde le cadre de la maîtrise de la fécondité et déborde les problèmes de la lutte des classes ».

On pourrait en conclure que comme la sexualité et le plaisir, la lutte de classes n’est pas simplement boire un verre d’eau mais qu’en tout cas la génération actuelle soit ne veut plus faire d’enfants vu le train dramatique où va le monde, soit ne veut en produire qu’un ou deux mais à la trentaine. De ce point de vue la promotion de la natalité sans contrainte du PCF n’est plus qu’une vieillerie (sauf en Afrique) et le puritanisme fulmino-wokiste n’empêchera jamais hommes et femmes hétéros de s’éclater au lit ou dans les bois.

 

 

PS : sur la question de la pornographie et de la prostitution. La question de la prostitution ne fait plus l’objet de l’indignation universelle grâce en particulier à la pornographie devenue principale distraction des jeunes et des  vieux sur internet. Avec le mouvement des  prostituées de Lyon en  1975 sur lequel les staliniens ont été  peu loquaces et dans les différents articles, ils rappelaient  les raisons économiques de la prostitution par un parallèle établi entre l'augmentation du nombre des prostituées et le début de la crise économique. Une banalité bien partagée qui expliquerait tout mais toujours en ignorant le pourquoi cette perpétuelle recherche du plaisir chez le genre humain. D'une part, les staliniens s'interrogèrent sur la signification du mouvement du fait que les prostituées ne mettaient pas en cause les proxénètes, et même niaient
leur rôle : même questionnement que nos tarées fulmino-féministes. D'autre part, ils se désolidarisent de leurs revendications strictement «corporatistes»; la remarque n'est pas sans rappeler celle faite par Lénine à Clara Zetkin à propos de la tentative d'organisation
des prostituées prônée par Rosa Luxemburg. Dernièrement, bien plus grave que l’affaire Quatennens, on apprenait qu’il y avait eu  ces dernières années de nombreux abus sexuels au sein du moraliste PCF ! Même devenu minoritaire il contient encore de nombreux beaufs !

 

 

NOTES

[3] « Finalement, les discours des sciences sociales sur le genre, la famille et la sexualité se sont largement diversifiés au cours du « dégel » et de la « stagnation ». D’un côté, on voit émerger un discours abondamment médiatisé sur la « crise » des rôles de genre (« masculinisation des femmes » et « féminisation des hommes »), qui s’accommode sans peine du cadre d’analyse marxiste – il suffit d’invoquer les difficultés d’ajustement de la superstructure sociale par rapport à l’infrastructure économique (« otstavanie soznaniia ot bytiia »). De même, à partir des années 1960, de nombreux pédagogues et psychologues, parfois des sociologues et des démographes, recyclent le même stratagème discursif pour légitimer un discours normatif sur la complémentarité hiérarchique entre les sexes : il s’agit d’une « obscure » citation de Marx « exhumée » d’un questionnaire ludique que lui avait fait remplir sa fille, où il répondait que sa « qualité préférée chez un homme » était « la force », et « chez une femme », « la faiblesse ».

[4] Un couple presque parfait, p.75.

[5] Le viol des femmes blanches, de surcroît allemandes et forcément dominatrices, serait normal selon un des frères Fassin, deux des idéologues les plus prisés de la planète islamo-gauchiste, concernant les agressions sexuelles à Cologne, ce blaireau ose déclarer : « Les agresseurs de Cologne ont toujours connu chômage et misère sexuelle ; c’est pour cela qu’il ne faut pas les juger hâtivement. C’est l’émancipation des femmes du monde musulman qui explique la frustration des hommes musulmans. Le raidissement patriarcal et machiste dans les pays arabes est la conséquence de l’émancipation des femmes ». Fer de lance de l’islamo-féminisme, Houria Bouteldja ajoute : « Nous ne sommes pas des corps disponibles à la consommation masculine blanche ». Pauvre cruche... Tant va la cruche à l'eau qu'à la fin elle se casse!

[6] Interpréter et transformer ? La « question des femmes » et la « question sexuelle » dans les sciences sociales soviétiques : https://journals.openedition.org/clio/12347

[7] Mais Lénine reste nunuche, voire père de la sexopathologie,  quand même comparé à la lucidité de Trotsky : « En tant que communiste, je n'ai pas la moindre sympathie pour la théorie du verre d'eau, même quand elle arbore cette belle étiquette de "libération de l'amour". D'ailleurs, cette libération de l'amour n'est plus une chose nouvelle, pas plus qu'elle n'est communiste. Rappelez-vous qu'elle a été prêchée dans la littérature au milieu du siècle dernier, comme l'"émancipation du cœur". Dans la pratique de la bourgeoisie, cette "émancipation du cœur" s'est révélée en fait comme l'"émancipation de la chair". Trotsky combattait déjà Jdanov en 1923 en défense de Freud. Dans sa correspondance avec Wilhem Reich, qui se flattait d’être membre de l’Opposition de gauche, Trotsky approuve Reich mais souligne ses limites politiques. On sait aussi, mais plutôt pour amuser la galerie intellectuelle, il réalisé par la suite un manifeste culturel avec le guru germanopratin André Breton.

[8] LA QUESTION FEMININE DANS LE DISCOURS DU PARTI COMMUNISTE FRANÇAIS : https://extra.u-picardie.fr/outilscurapp/medias/revues/11/garbez.pdf

 

 

jeudi 22 décembre 2022

UNE GIFLE AUX SYNDICATS COMPLICES DES GOUVERNEMENTS

 


« Les communistes ne se distinguent des autres partis ouvriers que sur deux points : 1. Dans les différentes luttes nationales des prolétaires, ils mettent en avant et font valoir les intérêts indépendants de la nationalité et communs à tout le prolétariat. 2. Dans les différentes phases que traverse la lutte entre prolétaires et bourgeois, ils représentent toujours les intérêts du mouvement dans sa totalité 

Manifeste communiste de 1848

 

En 1848 le Manifeste du parti communiste, contrairement aux affabulations de wikipédia ne définit pas le mouvement ouvrier comme une question d’autonomie mais d’indépendance de classe. La lutte si surprenante pour les voyeurs de la lutte de classe (présumée disparue par l’élite de la gauche caviar et bobo) à la SNCF n’a rien à voir avec la fumeuse autonomie ouvrière de jadis (lire l’article de RI de 2006 : https://fr.internationalism.org/rinte16/autonomie.htm : Ascension et déclin de l’autonomie ouvrière).

Cette lutte bouleversante pour les médias soumis  vient magnifiquement faire rejaillir les acquis des luttes des années 1960 en Europe, et les leçons de la tentative de révolution en Allemagne en 1919, tout comme celle du courant conseilliste « hollandais ». Il ne s’agit pas d’un phénomène isolé ou qui serait strictement « français » mais bien d’une réponse à une situation dangereuse et problématique au niveau mondial, non seulement la guerre sinistre en Ukraine mais aussi l’impasse des révoltes petites bourgeoises et de l’invasion islamiste. Cette fraction du prolétariat montre la voie pour prendre en main non seulement la lutte locale mais les destinées d’une humanité livrée au chaos par des bourgeoisies de plus en plus irresponsables et criminelles. La grève « sauvage », « inattendue », « hors du contrôle des collabos syndicaux de base ou du sommet » n’est pas la révolution mais elle y conduit.

Tous les médias s’étaient mis à la remorque de la magouille policière autour de la gifle privée de Quatennens comme aux jeux footballistiques nationalistes, et pour décapiter le principal parti contestataire inconsistant et peuplé de féministes bourgeoises nunuches, mais c’est une gifle gréviste qui vient rappeler ll’ordre bourgeois à la réalité de la lutte des classes.

La grève qui a paralysé une partie du réseau des grandes lignes (TGV et Intercités) ce week-end de début décembre n’a pas été amorcée par les syndicats, mais par un collectif informel, né d’une boucle WhatsApp et d’une page Facebook. Hors des instances syndicales, ce mouvement de contrôleurs mécontents est composé de quelques milliers de salariés réunis derrière un collectif non-élu, organisé entièrement sur les réseaux sociaux. Son ampleur a surpris : ces 3 et 4 décembre, la grève amorcée par le collectif a entraîné la suppression de 60 % des TGV. Quasiment inédit à la SNCF, ce mouvement de mécontentement spontané en rappelle d’autres dans des secteurs différents, comme celui du collectif InterUrgences qui a émergé à l’hôpital en 2019. A la faveur d’une défiance grandissante envers les mouvements syndicaux et une démocratie représentative ficelée dans des organes bureaucratiques opaques, des collectifs affinitaires émergent sur les réseaux sociaux, et n’a rien à voir avec le mouvement interclassiste et petit-bourgeois des gilets jaunes contrairement à ce qu’affirment des journalistes ignorant l’histoire et les conditions de la lutte indépendante et exclusive de classe.

A la SNCF, tout est né d’une boucle WhatsApp. « Cela faisait plusieurs mois qu’un autre contrôleur et moi parlions sans arrêt de nos problèmes et de nos attentes. Nous l’avons élargi à plusieurs autres personnes à Marseille, et dans d’autres régions », explique Olivier, l’un des membres à l’initiative du mouvement, qui travaille dans la métropole marseillaise. Très vite, les deux contrôleurs décident de créer une page Facebook pour rendre leur conversation plus accessible. Cette dernière a été baptisée « collectif national ASCT.

Franchement, je dois avouer que j’avais cru à une nouvelle manœuvre de pré-sabotage des collabos syndicaux pour miner la mobilisation envisagée en janvier contre la réforme capitaliste des retraites. Or, tant pis pour les vacances des consommateurs et des lecteurs du Figaro outrés par cette lutte, il s’agit bien d’une réaction de classe fulgurante, par des voies inhabituelles et confondantes pour les collabos syndicaux, qui nous rappelle les belles heures des grèves en dépit des syndicats post 68.

Il ne s’agit pas d’une simple grève « revendicativiste », « contre la vie chère » (ridicule slogan de LFI) ou pour des hausses de salaires, mais pour protester contre des conditions de travail aléatoires, les agressions incessantes, etc. Les patrons de la SNCF croyaient, en plus d'une augmentation de 12% des salaires de l'ensemble des cheminots sur deux ans, satisfaire les contrôleurs entre autres choses par une hausse d'1,5% supplémentaire. Une présumée victoire pour les collabos syndicaux  qui n'appelaient pas à la grève, puis, estomaqués, ont vu  le collectif la déclencher. Plus comique, et du jamais vu, le sous-fifre ministre des Transports a tenu à faire une distinction entre les organisations syndicales et les cheminots qui ont décidé de se mettre en grève : « Hors syndicat, hors cadre, hors dialogue social organisé, il y a des phénomènes qui peuvent être extrêmement bloquants et pénalisants », a déclaré Clément Beaune, jugeant « inquiétant » un mouvement qui émerge hors des organisations traditionnelles. Des initiatives qui pourraient instaurer « une prime à la surenchère », selon ce pathétique ministre.

« Le dialogue social, ce n’est pas le désordre général », a ajouté Clément Beaune, avant de s’adresser directement aux grévistes : « le seul moyen de défendre les intérêts légitimes d’un travailleur, le seul moyen de ne pas pénaliser les Français et d’avoir un service public de qualité, c’est le dialogue social ». Un appel à se soumettre au syndicat « je suis partout pour servir le gouvernement capitaliste ».Au sein du gouvernement, Clément Beaune n’est pas le seul à s’en prendre aux « mouvements radicaux ». Ministre de l’Économie, Bruno Le Maire a également opposé ce jeudi 22 décembre les « syndicats responsables » à « quelques grévistes » qui se mobilisent : « Je compte sur les syndicats, qui représentent les salariés de la SNCF, pour, dans les heures qui viennent, trouver une solution », a déclaré le larbin de Macron à Sud Radio.

L’emploi de ce ton bienveillant à l’égard des syndicats n’est pas un hasard dans ce cas particulier, car la grève des aiguilleurs SNCF a été décidée hors cadre syndical, par ce Collectif créé sur des réseaux pourtant considérés comme conservateurs voire délirants, ASCT (Agents du service commercial trains), né sur les réseaux sociaux et qui rejette toute accointance avec les syndicats traditionnels et ne pose pas de simples revendications catégorielles mais d’une nature « extensive » qui concerne les conditions de travail en général de la classe ouvrière.

Un mouvement d’affranchissement de tout contrôle syndicalo-gouvernemental - et inédit — dont le gouvernement remet en cause la légitimité ou plutôt la liberté d’agir. Comme le dénonce le principal syndicat collabo : « Il y a eu des avancées, mais malgré, il y a un collectif, hors des organisations syndicales, qui a décidé de la grève. La CFDT n’est pas d’accord avec cette grève au moment de Noël », s’est désolidarisé sur BFMTV le principal larbin gouvernemental Laurent Bergé, bonze de la CFDT.

Sans aller jusqu’à désavouer les grévistes, Sud Rail et la CGT n’ont pas appelé à arrêter le travail, et l’Unsa-Ferroviaire a retiré son préavis à la suite de négociations avec la direction. D’où cette volonté de la part du gouvernement de vanter les voies traditionnelles du dialogue social. Ce que mendie par ailleurs le président de la SNCF, Jean-Pierre Farandou.

« Je ne comprends pas cet appel à la grève. Il n’y a aucun appel à la grève d’aucun syndicat », a-t-il regretté sur RTL, avant d’ajouter : « je vois les syndicats demain. Le dialogue social se poursuit parce qu’on ne lâche pas l’affaire ».

Négociation piège à cons !

PS: c'est sûr que la période vacancière n'est pas la plus favorable à une popularité de la grève, mais les grévistes d'internet n'ont probablement pas eu le choix. Le plus cocasse ou pervers est que la patronat de la SNCF aurait prévu de rembourser le double des billets... pour rendre encore plus impopulaire la lutte de classe ou pour se faire passer pour l'ange blanc? 

En Grande Bretagne, la masse des ouvriers en grève se fiche parfaitement des grandes bouffes de fin d'année, et la lutte est en phase de développement...exemplaire pour les autres pays:

https://www.lefigaro.fr/international/le-royaume-uni-s-enfonce-dans-le-chaos-avant-noel-20221222


 

 

 

mercredi 21 décembre 2022

POUR UN NOEL ANTI-RELIGIEUX

 


 EN HOMMAGE AUX FEMMES MARTYRES EN IRAN ET EN AFGHANISTAN (et aux hommes aussi victimes du nazislamisme)

 Me voilà de retour, après de longues tentatives vaines pour publier sur ce blog vu les arcanes et irrationalités fonctionnelles de google-gogol, l'inutilité et surtout l'impossibilité de contacter ou demander des explications aux robots de cette firme mondialiste. J'ai réussi à me débrouiller tout seul sans avoir à créer un autre blog et à payer un nom de domaine. Comme ce blocage informatique avait bloqué toute ma réflexion politique quotidienne (y inclus pendant l'épisode navrant de compétition footballistique et nationaliste des manchots milliardaires et méprisant leurs masses énamourées), je vous republie - en attendant une actualisation critique de ce que nous subissons à l'international - un texte de PU 51, c'était dans les années 90... Un article qui avait servi de déclencheur à mon livre : "le marxisme est-il un messianisme" que ni les à chier Spartacus ni les maos de L'Harmattan n'ont daigné publier.

Marx, si souvent taxé de messianisme religieux par les réactionnaires bourgeois des XIXe et  XXe siècles démontre que sa théorie n'emprunte rien à l'illusion religieuse, et surtout il peint un tableau de la bureaucratie d'Etat qui va comme un gant au fonctionnement des Etats modernes et pas seulement à l'Etat stalinien. Ses détracteurs littéraires sont passés un peu vite, voire ont ignoré comment il a décrypté non seulement le formalisme bureaucratique mais aussi la mentalité théologique des thuriféraires historiens de gouvernement. Pour Marx, la bureaucratie représente « le formalisme d'Etat au sein de la société bourgeoise », et surtout : « L'esprit bureaucratique est un esprit éminemment théologique »; « la bureaucratie est la république prêtre ». Dans ce texte de 1843, il décrit génialement comment, à l'image de la perception superstitieuse, la bureaucratie dédouble l'aliénation dont sont victimes les individus dans la société bourgeoise:
« ...La bureaucratie constitue l'Etat imaginaire à côté de l'Etat réel, le spiritualisme de l'Etat. Chaque objet a, de ce fait, une double signification, réelle et bureaucratique (il en est de même de la volonté). Mais la chose réelle est traitée selon son essence bureaucratique, c'est-à-dire céleste, spirituelle (...). L'esprit général de la bureaucratie est le secret, le mystère... Le principe de son savoir est l'autorité, et l'idolâtrie de l'autorité est sa mentalité. Au sein même de la bureaucratie, le spiritualisme se transforme en matérialisme sordide, le matérialisme de l'obéissance passive, la foi en l'autorité, le mécanisme d'une pratique sclérosée et formaliste, de principes, de conceptions et de traditions fixes. Quant au bureaucrate pris individuellement, l'intérêt de l'Etat devient son intérêt privé sous la forme de la ruée aux postes plus élevés, du carriérisme. Il considère la vie réelle comme purement matérielle, car l'esprit de cette vie possède dans la bureaucratie sa propre existence séparée».

Il y a là une étonnante et pénétrante analyse du bureaucrate « communiste » (stalinien) ou libéral. La description de Marx ne s'arrête pas là car la base de l'explication se trouve dans le culte de la propriété privée : « La réalité de l'idée morale apparaît ici comme la religion de la propriété privée»; « la religion est devenue une qualité inhérente à la propriété foncière ». Marx reproche en plus à Hegel de ne pas avoir décrit l'Etat moderne, et il est caustique sur la mystification politique: « Le principe qui veut que le rationnel soit réel se heurte précisément à la réalité irrationnelle qui est partout le contraire de ce qu'elle affirme et qui affirme le contraire de ce qu'elle est ». La souveraineté du monarque est confondue avec celle du Dieu, et l'absence de souveraineté du peuple prouve l'aliénation de l'homme (non réduite au concept de dépression ou animadversion à l’époque). Avant d'élaborer la théorie du prolétariat comme force levier de la société future, Marx en appelle à la souveraineté du peuple, et bien que sa pensée soit encore imprécise, c'est par la délimitation d'avec la religion qu'il peut envisager un régime de « vraie démocratie» comme « énigme résolue de toutes les constitutions » : 

« De même que ce n'est pas le religion qui crée l'homme, mais l'homme qui crée la religion, ce n'est pas la constitution qui crée le peuple, mais le peuple qui crée la constitution ». De cette idée découlera ultérieurement que la « vraie démocratie » n'est pas l'Etat républicain mais dépend de la disparition de l'Etat politique; pour l'heure s'il envisage un « Etat démocratique.

Pour qu'un groupe soit par excellence le groupe libérateur, il faut qu'à l'inverse un autre groupe soit, de façon manifeste, le groupe qui asservit. » Marx raisonne jusque là sur le mode de la révolution française, et il en vient à établir la synthèse de son raisonnement: « ... cette dissolution de la société sous forme d'une classe particulière, c'est le prolétariat. » Pour les commentateurs modernes les plus stupides, ceux qui sont accrédités auprès des pouvoirs publics de l'armement et du goupillon communautariste, le jeune Marx, pauvre d'esprit, ne faisait que renouer avec la tradition... judéo-chrétienne: croyance en l'idée du salut collectif opéré par le prolétariat succédant au peuple élu, messianisme biblique, décadence salutaire, etc. Or rien, surtout dans les écrits du jeune Marx, et jusqu'au terme de sa vie, ne transpire de la moindre concession idéaliste à la psychologie religieuse. Marx n'est ni gourou ni sociologue à la manière d'Auguste Comte ou des plumitifs français, il est un penseur de l'histoire. L'histoire n'existant pas vraiment encore comme discipline universitaire ni comme objet d'étude rétroactif, c'est en véritable historien pénétrant de l'évolution de l'humanité de l'Antiquité à la Révolution française et au développement du capitalisme, qu'il dégage la fonction des classes sociales et leur destinée. C'est de l'histoire des hommes qu'il dresse la responsabilité de la principale classe exploitée moderne non de la Bible, ni du Talmud ni de toutes les diverses élucubrations psychologiques religieuses ésotériques ou astrologiques. C'est de l'aspect révolutionnaire du capitalisme lui-même, universaliste dans l'échange et capable de dominer sur terre et sur mer (guère plus tard dans les airs) la planète, qu'il déduit la possibilité pour une classe universelle produit produite par ce même capitalisme, de prétendre lui succéder sur d'autres bases à dimension humaine. 

Marx n'a donc pas eu besoin de rencontrer Flora Tristan qui avait exposé avant lui l'importance de la classe des prolétaires pour l'avenir, car l'idée était « dans l'air »; chaque révolte ouvrière, chaque révolution à l'époque pose le problème de l'universalité de la transformation du monde par une classe particulière. Après la mort de Marx, dans la préface de juin 1883 à une réédition du Manifeste communiste, Engels est réducteur en imaginant que l'idée maîtresse d'émancipation de la classe ouvrière avec pour visée l'émancipation de l'humanité entière appartiendrait « uniquement et exclusivement à Marx », comme lorsqu’il prétend sur sa tombe qu’il n’avait pas d’ennemis (Il en avait plein, aujourd’hui encore). 

La conviction d'une nécessaire émancipation existait chez la plupart des prédicateurs socialistes et communistes du XIXe siècle; cependant on trouve une dimension eschatologique, une religiosité sous l'argumentation généreuse et humanitariste, mais pas chez Marx. Non pas que Marx soit cynique ou anti humaniste, mais parce qu'il est hermétique à toutes les promesses de rédemption et de bonheur dans l'au-delà et parce qu'il a compris que le combat contre la psychologie religieuse – sujétion des hommes à des autorités supérieures auto-proclamées - était incessant, même s'il n'est plus primordial au niveau politique. En 1844, Marx est reconnaissant à Feuerbach d'avoir prouvé que la philosophie n'est rien d'autre que la religion sous forme de concepts abstraits et d'avoir fondé le véritable matérialisme moderne. Feuerbach a «achevé la critique de la religion en même temps qu'il esquissa les lignes maîtresses d'une critique de la spéculation hégélienne » (la Sainte Famille, chapitre VI). Hegel n'était finalement qu'un psychologue religieux qui spéculait dans l'abstraction. L'aliénation fondamentale de l'être humain au XIXe siècle est d'ordre économique et se dégage de la propriété privée. Les oppressions politiques et religieuses n'existent qu'en fonction de la principale aliénation: « La religion, la famille, l'Etat, le droit, la morale, la science, l'art, etc., ne sont que des modes particuliers de la production et en subissent la loi générale. La suppression positive de la propriété privée, en tant qu'appropriation de la vie humaine, est donc la suppression positive de toute aliénation, c'est-à-dire le retour de l'homme qui, abandonnant religion, famille, Etat, etc., retrouve son existence humaine, c'est-à-dire sociale. L'aliénation religieuse comme telle s'opère dans le seul domaine de la conscience, à l'intérieur de l'homme, tandis que l'aliénation économique est celle de la vie réelle » (fin de la dépersonnalisation). Marx établit la nécessité de la dictature du prolétariat en 1852. La société communiste sera « appropriation réelle de l'essence humaine par et pour l'homme », par suite « le retour de l'homme à lui-même en tant qu'homme social, c'est-à-dire humain, retour complet, conscient, accompli en sauvegardant toute la richesse du développement antérieur ». Pas de table rase cynique chez Marx, mais un communisme vraiment humaniste où l'homme rentrera en possession de son être générique. Ce communisme » résout l'énigme de l'histoire et sait qu'il la résout ». Marx indique un possible sens de l'histoire, il n'officie à aucune anticipation pseudo-mystique. Soumis à la dynamique de transformation politique et sociale, la persistance de la psychologie d’Etat, en particulier sous sa forme religieuse, est vouée à l'extinction; il n'est pas besoin de la combattre de front la simple religion, désormais si puisque dans l'aire musulmane elle est redevenue religion d'Etat et Etat de la religion. Se situant résolument sur le terrain politique et social, Marx analyse le travail. C'est par le travail que l'homme transforme et se transforme.

UNE PERSPECTIVE COMMUNISTE ANTI-RELIGIEUSE

Pour Marx le prolétariat n'est pas investi par sa lutte du messianisme qui viserait à reconstituer l'humanité perdue. Ce n'est pas parce qu'il est révolutionnaire, mais parce qu'en tant que classe il est poussé par des conditions historiques (au nombre desquelles aussi sa misère). Le jeune Marx, au milieu des années 1840, émerge de ses études philosophiques. Il est même en retard quant à l'appréhension de l'expérience historique prolétarienne accumulée depuis Babeuf et la première vague des utopistes. Ses textes, même s'il commence à percer des notions matérialistes pour la théorie de classe, sont encore entachés d'un jargon philosophique humaniste; lequel est cité depuis à tour de bras par toutes les générations de petits-bourgeois radicaux comme le fin du fin de la "subversion". Au contact du mouvement ouvrier et en étudiant l'économie politique anglaise, Marx abandonnera cette phraséologie philosophique humaniste, bien qu'en gardant un style complexe (mais riche de contenu et mille fois plus lisible que les écrits brouillons d'un Bakounine). Marx rejette l'hypocrisie de la morale humaniste bourgeoise au-dessus des classes. La forme de la morale des hommes, à toute époque, n'est pas indépendante des facteurs matériels de la société. Il décèle la conscience de (et pour) l'humanité dans le prolétariat. Dans son ouvrage charnière où il délimite pour la première fois aussi nettement le prolétariat de la petite-bourgeoisie, Marx insiste sur la nature de la classe ouvrière associée de fait par les conditions de l'exploitation, conduite à se grouper pour se défendre. Là est le creuset de l'esprit de fraternité, de solidarité, de discipline de classe. Ce dévouement à la communauté de classe qui produit l'organisation des ouvriers au niveau économique d'abord, puis politique, fait même passer au second plan la question des salaires. Les ouvriers coalisés sont prêts à tous les sacrifices pour aider un camarade menacé par la répression ou l'arbitraire patronal. Cette spécificité d'origine se retrouvera dans la période de transition où la classe ouvrière se moquera de la question des salaires en elle-même dans l'objectif de sauver et transformer l'humanité meurtrie par la barbarie capitaliste. Il ne s'agit plus de la communauté religieuse mais d'une association qui ne peut fonctionner sur la base de superstitions antiques:

"... se réunissent dans une pensée de répression, les coalitions, d'abord isolées, se forment en groupes, et en face du capital toujours réuni, le maintien de l'association devient plus nécessaire pour eux (les ouvriers) que celui des salaires.” ("Misère de la philosophie").

Dans un article de 1911, Pannekoek souligne cet aspect de la théorie matérialiste naissante chez Marx qui donne à l'éthique un fondement matérialiste”. Contre les anarchistes qui tiennent la lutte contre le capitalisme pour un combat contre "l'injustice" de façon idéaliste, Pannekoek réaffirmait que c'est parce qu'il devient une entrave à l'évolution de l'humanité que le capitalisme peut être supprimé.  Le plus fondamental n'est pourtant pas cet idéalisme à la Pannekoek mais le fait que, intrinsèquement la religion est liée à la propriété privée donc à l'Etat; c'est pourquoi les nazislamistes iraniens condamnent à mort pour "crime contre dieu et pour la corruption sur terre".

LA QUESTION DE L'ETAT TRANSITOIRE 

La base de l'explication du phénomène bureaucratique se trouve dans le culte de la propriété privée : « La réalité de l'idée morale apparaît ici comme la religion de la propriété privée »; « la religion est devenue une qualité inhérente à la propriété foncière ». En ce sens, Marx reproche à Hegel de ne pas avoir décrit l'Etat moderne, et décrypte la mystification politique: « Le principe qui veut que le rationnel soit réel se heurte précisément à la réalité irrationnelle qui est partout le contraire de ce qu'elle affirme et qui affirme le contraire de ce qu'elle est ». La souveraineté du monarque est confondue avec celle du Dieu, et l'absence de souveraineté du peuple prouve l'aliénation de l'homme. Avant d'élaborer la théorie du prolétariat comme force levier de la société future, Marx en appelle à la souveraineté du peuple, et bien que sa pensée soit encore imprécise, c'est par la délimitation d'avec la religion qu'il peut envisager un régime de « vraie démocratie » comme « énigme résolue de toutes les constitutions »: « De même que ce n'est pas le religion qui crée l'homme, mais l'homme qui crée la religion, ce n'est pas la constitution qui crée le peuple, mais le peuple qui crée la constitution ». De cette idée découlera ultérieurement que la « vraie démocratie » n'est pas l'Etat républicain mais dépend de la disparition de l'Etat politique; pour l'heure s'il envisage un « Etat démocratique » contre « le monde philistin de la monarchie prussienne », c'est à terme vers: « une communauté d'hommes appelés à réaliser leurs fins les plus élevées ». 

Toute la question d'un usage temporaire de l'Etat, en vue de sa destruction hypothétique...probablement longtemps après, restera une épine dans les projets révolutionnaires de la période à venir face à deux théories, celle conseilliste de Pannekoek et Mattick où les Conseils ouvriers seraient à même de s'emparer du sale boulot de l'Etat antérieur, car il faut un Etat centralisé pour gérer toute la société ou c'est le chaos et la peine de mort durant toute la guerre civile - et on imagine mal la centralisation politique de la classe assumer répression et ordre social - et celle du "parti propre" de Marc Chirik, père du CCI, qui a imaginé que le parti pouvait se débarrasser du sale boulot d'Etat en restant en dehors de celui-ci, solution qui, 40 ans après la mort de ce théoricien, me paraît bancale pour ne pas dire utopique. On avisera probablement in vivo.

Goinfrons-nous de chocolats avec notre superbe indifférence européenne pendant que continuent les massacres quotidiens en Ukraine et en Iran. Marx ne fût pas le père Noël et sa prémonition d'une fin nécessaire voire inévitable du capitalisme eût de géniaux précurseurs.

. Georges Zimra a brillamment résumé la pensée d'un grand précurseur :

« Spinoza rejette le messianisme juif et considère que l’histoire sacrée est un mythe et la religion une illusion de l’esprit, la puissance aliénante de l’imaginaire de l’homme. Pour Spinoza, il n’y a pas d’autre monde que celui dans lequel on vit ; il représente la totalité de ce qui existe et rien ne saurait exister en dehors de lui. Tout l’être de l’homme est l’être en ce monde, et Dieu est identique à la totalité de ce qui existe et rien ne saurait exister en dehors de lui (…) Il n’y a pas d’être transcendant de l’univers. Les lois de l’univers ne sont pas inscrites dans la Bible mais dans la Nature. Toute chose dans la nature est inscrite d’abord dans la raison et structurée par elle (…) Spinoza rejette les miracles, les croyances, les superstitions parce qu’ils contreviennent à la raison. Seule la raison est le principe de l’univers (…) Son programme est théologico-politique : l’homme débarrassé des superstitions et de l’archaïsme religieux pourra se tourner vers la construction politique d’un Etat Spinoza rappelle que la religion juive a été initialement conçue comme une religion politique. Les lois qui régissaient la patrie antique des Hébreux étaient des lois théologiques qui structuraient le politique. Le pouvoir judaïque était un pouvoir théocratique. (…). C’est le déterminisme des nations et celui des peuples, bien différents l’un de l’autre, qui président à la destinée des peuples (…) Par conséquent, conclut Spinoza : « aujourd’hui donc, les juifs n’ont absolument rien à s’attribuer qui doive les mettre au-dessus de toutes les nations » (Traité théologico-politique, ed Flammarion p.71.) ; on peut lire aussi, et saisir toute la subtilité de ce philosophe révolutionnaire comme Galilée et Copernic l’ont été dans la science : « L’homme ne pense à rien moins qu’à la mort, et sa sagesse est une méditation non de la mort, mais de la vie ».

PS: Baruch de Espinoza est banni de la communauté juive d’Amsterdam le 27 juillet 1656. (Lire : « Freud, les juifs, les allemands » de Georges Zimra (edition érès).