"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

samedi 15 mai 2021

L'Antiracisme contre la lutte de classe

 


« Il n'y a pas de mission nègre ; il n'y a pas de fardeau blanc (…) Ma vie ne doit pas être consacrée à faire le bilan des valeurs nègres. Il n'y a pas de monde blanc, il n'y a pas d'éthique blanche, pas davantage d'intelligence blanche. Il ya de part et d'autre du monde des hommes qui se cherchent (…) Je ne suis pas esclave de l'Esclavage qui déshumanisa mes pères ».

Frantz Fanon (cité par P. Bruckner)


Le 2 juin 2020 Le Monde titrait :

« Le racisme tue, ici, là et partout » : des milliers de manifestants rassemblés à travers le monde

Les manifestations dénonçant les brutalités policières et le racisme se sont propagées dans au moins 140 villes américaines, mais aussi en Italie, en Grande-Bretagne, en Allemagne, au Canada, en Nouvelle-Zélande, en Irlande ou en France.

Des portraits de George Floyd et un panneau sur lesquels était écrit « Le racisme tue, ici, là et partout dans le monde » ont été accrochés sur la clôture devant l’ambassade des Etats-Unis à Mexico. Dimanche, à Rio de Janeiro, au Brésil, des manifestants scandant « Je ne peux pas respirer ! » s’étaient rassemblés à proximité du Palácio Laranjeiras, le palais du gouverneur de l’Etat, et ont été dispersés par la police en tenue antiémeute, alors qu’à Sao Paulo certains manifestants ont apporté des pancartes faisant référence à George Floyd lors d’un rassemblement contre le président Bolsonaro. »

Le 13 mai 2020, un an après on pouvait lire le même credo :

« Plusieurs milliers de personnes ont manifesté jeudi 13 mai au Brésil contre le racisme et les violences policières, une semaine après une sanglante opération de police dans une favela de Rio de Janeiro, qui a fait 28 morts.

«Ni balle, ni faim, ni Covid. Le peuple noir veut vivre!»: les manifestants, qui portaient des masques sanitaires contre le coronavirus, ont réclamé la fin de la discrimination envers les personnes noires et métisses - qui représentent 55% de la population - le jour où le Brésil commémore la fin de l'esclavage en 1888 ».

Dans le défilé à Rio de Janeiro, des pancartes proclamaient «Contre le génocide, la rébellion est juste» ou «Justice pour Jacarezinho», du nom de la favela où a été mené le raid meurtrier de la police, selon laquelle il s'agissait de démanteler un groupe qui recrutait des enfants et des adolescents pour des activités de trafic de drogue, vols, enlèvements et assassinats.

Selon des associations de défense des droits humains, cette opération antidrogue a été la plus meurtrière jamais réalisée dans les favelas de cette métropole brésilienne, où vivent les populations les plus défavorisées, noires majoritairement, habituées à ce type de descentes policières.

(...)

Ce que nous voyons, c'est que les noirs sont ceux qui meurent le plus, ceux qui meurent le plus par arme à feu, qui sont le plus au chômage et qui sont le moins vaccinés. C'est une politique de génocide, une politique mortifère», a déclaré à l'AFP une manifestante, Dara Santana de Carvalho. «Nous sommes ici pour exiger la fin du génocide noir, réclamer des vaccins, des emplois et l'égalité des droits», a renchéri un autre manifestant, Alexandro de Santos Visosa. Des manifestations similaires, organisées par la « Coalition noire pour les droits », ont également eu lieu à Brasilia, Salvador et dans la capitale économique du pays, Sao Paulo, où 500 personnes se sont rassemblées, dont certaines avec des pancartes «Dehors Bolsonaro», le président d'extrême droite

La police visait des trafiquants de drogue accusés de recruter des enfants et adolescents à Jacarezinho, considéré comme une base du «Comando Vermelho» (le «Commando rouge»), le plus important gang de trafic de drogue de Rio de Janeiro. Le raid a transformé à l'aube cette favela en zone de guerre. Certains habitants ont raconté avoir vu des cadavres gisant au milieu de mares de sang dans les ruelles. Une femme a dit à l'AFP qu'un jeune avait été abattu à l'intérieur de sa maison, où il s'était réfugié après avoir été blessé par balle. La police a assuré avoir suivi les procédures avant d'ouvrir le feu et avoir saisi d'importantes quantités de drogue et d'armes à feu.

Parmi les morts figure un policier victime d'un tir en pleine tête et dont les funérailles vendredi après-midi ont donné lieu à un hommage ému de la part de ses collègues et des mouvements prônant un tour de vis sécuritaire dans un Brésil gangrené par la violence et la drogue

Les 27 autres morts sont des «suspects», a assuré la police, qui va devoir le prouver et expliquer pourquoi ces personnes n'ont pas été arrêtées. Durant la pandémie de coronavirus qui sévit toujours à Rio, les raids de la police ont été suspendus par la Cour suprême. Le juge Edson Fachin, de la même Cour suprême, a ordonné vendredi au parquet fédéral et à celui de Rio d'enquêter sur deux vidéos publiées sur les réseaux sociaux, dont l'une «montre une action qui, en théorie, pourrait représenter une exécution extrajudiciaire».


Nul doute que la police du populiste incompétent Bolsonaro ne se gêne pas pour tirer dans le tas, ce que le RN ferait probablement s'il parvenait au pouvoir en France, chose peu probable mais qui conviendrait à beaucoup de gens chez nous excédés par les violences de « territoires perdus de la république », mais qui, tout autant que le laxisme et l'impuissance de la justice bourgeoise, ne résoudrait en rien la question sociale et la décomposition sociale.

Revenons au Brésil, pays très influencé lui aussi par les médias américains notamment par cette trouvaille en exclusivité mondiale de la culpabilité des « blancs ». En France depuis 2016 on a vu défiler les manifs du comité « Vérité pour Adama » protestant contre une bavure policière ; nombre d'autres bavures jalonnent les années 2000 et ne donnaient pas lieu à des manifestations d'ampleur, voire disparaissaient pour perte et profit. La visibilité et la persistance d'une telle protestation, basée surtout sur une protestation raciale ne peut s'expliquer en restant hors du contexte de protestations de toutes sortes de communautés ou minorités dans le monde. Comme le féminisme et l'écologie, l'antiracisme s'intègre dans cette trilogie d'une dénonciation suprême du capitalisme, mais pourtant sans danger pour lui. D'Hollywood à toute la petite bourgeoisie européenne l'antiracisme est devenu source de succès. La sœur d'Adama a même fait la une du Times avec une chevelure qui fait croire qu'Angela Davis était coiffée en brosse.

Le slogan « justice » clamé par les manifestants antiracistes ou sincèrement compatissants avec la bavure en dit long sur l'absence de radicalité politique de cette protestation ; comme si dans le monde actuel l'Etat capitaliste et « sa » justice pouvait rendre justice aux victimes de sa répression, fussent-ils marginaux et dealers, ce que certains anarchistes n'ont compris que partiellement1.

Comité Adama comme Black Lives Matter ne sont aucunement une expression du prolétariat mais au contraire participent de sa négation qui n'est pas faite pour déplaire à la classe dominante très antiraciste donc très moraliste, qui laisse populariser et défiler des mouvances racialistes, des mouvements de jeunesse sans tête et sans réflexion historique, ni véritable appréhension de quelle révolution est nécessaire.

Il n'y a pas un « peuple noir » comme le répercute la presse recopiant le cri imbécile d'un activiste racialiste au Brésil ou en France, mais un peuple de pauvres et surtout au milieu ou autour la classe ouvrière.

AU BRESIL LA POLICE NE TIRE PAS SUR « LES NOIRS » MAIS SUR LES PAUVRES !

Embringué par journalistes et activistes gauchistes on est submergé par la nouvelle idéologie américaine – tout à fait antiraciste mais couplée avec cette ineptie de « privilège blanc » (que la bourgeoisie rigole bien!). Idéologie simpliste et totalement mensongère et anarchronique où la culpabilisation des blancs procède hors de toute réflexion sociale, économique et historique. Ce que démontre Pascal Bruckner dans son dernier livre, sans doute le meilleur2 :

« L'Amérique défie le racisme dans les termes même du racisme en renvoyant chacun à sa couleur de peau, au mépris de toute analyse sociale. Elle combat le mal en l'aggravant. Le résultat en est une fragmentation à l'infini » (p.23).

« Puisque le conflit des identités a remplacé la lutte des classes, toutes lee catégories opprimées ont en commun de ployer sous le joug d'un même ennemi, l'homme blanc hétérosexuel, le couple intersectionnel par excellence ». (p.43)

« Les nouveaux lobbies (CRAN, CCIF, Brigade enti-négrophobie, etc.) se constituent selon des lignes ethniques ou religieuses. Ils recrutent directement dans les quartiers, épinglent la moindre dérive pour obtenir une reconnaissance médiatique et progresser sur un marché en pleine expansion ». (p.169)

« ...S'ils sont pris sur fait lors d'un vol ou d'une agression, on soupçonnera immédiatement la police d'avoir agi par racisme. Et cela s'étend jusqu'au terrorisme dont les coupables devraient être exonérés pour la même raison (on invoquera alors le grief d' « islamophobie »). (ibid)

Les Houria Bouteldja, Taha Bouafs comme la sœur Traoré considèrent leurs opposants, qu'ils se nomment Zemmour ou Tartempion comme des « sous-chiens »...

Il y a des années que le milieu révolutionnaire (étroit et méconnu que je nomme maximaliste) a dénoncé le virage négationniste du prolétariat par les bourgeois « socialistes »3, Bruckner rappelle très bien la manœuvre qui aboutit à cette navrante idéologie anti-blanc et qui voit des colonisateurs partout, fils et petits fils :

« ...en 2010, la Fondation Terra Nova (proposa) d'abandonner le peuple d'hier au profit de l'alliance des bourgeois urbains cosmopolites et des banlieues. La prédominance du racial sur le social, de l'éthique sur le politique, du minoritaire sur la norme, de la mémoire sur l'histoire, explique l'effondrement des gauches classiques et la résurgence des estrêmes gauches reconverties dans la défense des loyautés ethniques. Au lieu d'engager un combat collectif en faveur du progrès et de défendre l'égalité devant la loi, les social-démocraties s'enlisent dans un flirt douteux avec les mouvances indigénistes et décoloniales, mercenaires idéologiques d'une certaine Amérique ».

Si le mot révolutionnaire n'était pas si galvaudé on pourrait dire ici que Brukner est révolutionnaire.

« Il n'y a pas de communauté « noire » en France, car il n'y a pas d'histoire commune entre tous ces individus, entre un Antillais, un Sénégalais ou un Congolais, ou un afro-descendant ou un sub-Saharien qui ne parlent pas la même langue et ne peuvent même pas « revendiquer le monopole funeste de la victime ». (p.208)

Brukner oublie de noter que la coupure culturelle est effectuée, avec l'accord de l'Etat, au sein de la classe ouvrière avec les mosquées autorisées dans les usines et de sprofs en banlieue qui se plient aux codes islamiques :

« Outre la Shoah, Madame Bovary (est) remise en question car d'était l'histoire d'une femme adultère, le plan des basiliques également, Voltaire aussi qui avait insulté le prophète. Tous « haram », péché... ». (p.233)

« Qu'est-ce qu'un migrant ? Le nouveau héros de la martyrologie contemporaine qui a remplacé le prolétaire et le guérillero. Il est à la fois l'étranger qui va nous régénérer et le damné de la terre ». (p.271)

« Ce que deviennent les naufragés ensuite retient moins l'attention, qu'ils finissent rackettés par des gangs, exploités par des marchands de sommeil, employés à des salaires de misère par des patrons indélicats ou jetés dans des camps de fortune, dans des conditions indignes comme à Lesbos en Grèce, Calais ou Grande-Synthe dans le nord de la France ». (p.285)

« Au lieu d'intégrer les différentes minorités, la société debrait s'adapter à elles et embrasser leur vocation messianique ». (p.323)

LE VIRUS IDEOLOGIQUE DU RACIALISME A LA MODE

Plus brillant encore est le livre de Mathieu Bock-Côté – La Révolution racialiste (ed La Cité). Qu'on n'en finira pas de citer :

« La racialisation des rapports sociaux devient l'horizon indépassable du progrès démocratique dans la civilisation occidentale ». (p19)

« Qu'une telle mouvance se déploie n'est pas surprenant : le messianisme hante l'histoire de la civilisation occidentale et l'énergie religieuse inemployée dans une société sécularisée qui ne croit plus aux vielles idéologies qui ont marqué le XX ème siècle finira toujours par se canaliser quelque part ». (p.23)

« Cette idéologie pénètre désormais le milieu de l'entreprise privée qui, loin d'y résister, s'en fait le vecteur, en assure la publicité, comme s'il s'agissait d'une image de marque. Cette nouvelle idéologie américaine s'acharne particulièrement sur la France, à laquelle on reproche de s'entêter à ne pas voir le monde sous le prisme racial ». (p.29)

« … la prospérité de la civilisation occidentale serait fondamentalement illégitime, elle ne devrait rien à sa propre dynamique religieuse, philosophique, politique, culturelle, technique et économique. Elle serait exclusivement le fruit de l'exploitation coloniale et du pillage ». (p.54)

« Attribuant une fonction messianique aux minorités, elle (Nathalie Batraville) ajoutait même que, « depuis des siècles, les Autochtones et les Noirs se tiennent prêts à guider nos communautés vers un point où nous pourrons contempler ce qui existe au-delà de la suprématie blanche ». (p.64)

« Il n'est donc plus rare, au-delà des frontières américaines, de voir des inspecteurs mandatés par le régime diversitaire tenir une comptabilité raciale stricte des organisations publiques et privées, pour en arriver à la conclusion attendue que les Blancs y sont encore trop présents et que la diversité peine à s'y faire une place. « Diversité » étant le terme codé pour dire que les Blancs sont trop nombreux dans des sociétés historiquement « blanches », même si elles ne se représentaient pas dans ces termes. Dans le monde occidental du début des années 2000, on peut donc, très ouvertement, reprocher à quelqu'un sa couleur de peau au nom de l'antiracisme ». (p.98)

« Car l'Université n'habite pas seulement un monde parallèle : elle en fabrique un où elle force la société à basculer et parvient ç interdire par la maîtrise et la surveillance du langage public qu'on en sorte. Elle fabrique un réel de substitutions, fondé sur une épistémologie radicalement constructiviste, qui artificialise intégralement l'existence humaine, comme si elle était purement plastique, et ne permet qu'on l'aborde qu'après l'avoir idéologiquement reconstruite de part en part. C'est dans les sciences sociales que s'élabore l'idéologie dominante de notre temps. En d'autres termes, elles ne se contentent pas de légitimer l'idéologie dominante, mais elles la produisent en fabriquant ses concepts et les représentations du monde ; elles produisent un savoir nouveau sur le monde, censé transformer fondamentalement notre rapport à l'existence, dans une perspective émancipatrice. Le réel ici n'est qu'un fantasme réactionnaire et la nature, une fiction idéologique au service de patriarcat. Les sexes n'existent plus qu'à la manière de résidus biologiques. On décrète aussi l'inexistence des peuples, des nations, des civilisations, des religions, comme si le fantasme de la table rase se redéployait dans le langage de la sociologie ». (p.180)

En tout cas, merci beaucoup à des deux auteurs, à leur défrichage et déshabillage de la principale mystification issue de la décomposition de la gauche bourgeoise.


NOTES

1« Effrayée pa l'incendie social et la colère, la bourgeoisie libérale, depuis Kim Kardashian jusqu'à Jeff Bezos, ont alors promis la prise en compte des Noirs. Ils ont promis la fin du racisme et ils mentaient » (cf. « Soulèvement, premiers bilans d'une vague mondiale par Mirasol (?) ed Acratie). Sous un langage anti-parti et anti-syndicat cet obscur collectif tient un bla-bla inconsistant à la gloire des gilets jaunes, Live Blaks Matter et Black blocs ; les appels sont de types anarchistes, tout en se réclamant de Marx et de Lénine : « Pillons et distribuons. Attaquons la police. Dans la composition du prolétariat américain, Black Lives Matter est donc un cri de révolte et de refus des conditions sociales d'existence ». (p165). Ils (il?) proposent de « porter la révolution au sein de l'armée ». De nouveaux maos spontex ? Avec le même fond d'idéologie gauchiste multiculturelle et antiraciste.

2 Un coupable presque parfait, la construction du bouc émissaire blanc, ed Grasset

3Lire : Contribution : l’« anti-capitalisme » gauchiste contre le prolétariat - Révolution ou Guerre (igcl.org), et la plupart des articles du CCI sur l'idéologie gauchiste « ressourcée » antiraciste mais plus du tout anticapitaliste.

lundi 10 mai 2021

La « conscience raciale » de la gauche bourgeoise

 


« Elisons des inconnus »

Tag de la Commune de Paris


De la « figuration » antiraciste en politique :

L'autre jour, sortant du métro Gentilly, je prends en passant un tract qu'on me tend. Sans le lire comme toujours, je le plie en quatre et le glisse dans ma poche. Ce n'est que plus tard, à la maison, que je le déplie et découvre les deux personnes en photo sans sigle politique clair. Un bandeau rouge avec deux lettres VM et « Val de Marne EN COMMUN avec Christian Favier ». Au milieu vous pouvez lire : « UN DEPARTEMENT ECOLOGIQUE PROTECTEUR DEMOCRATIQUE », et c'est signé « VALDEMARNEENCOMMUN.FR ».

Les deux candidats du tract rédigé en langage inclusif, semble-t-il pour une élection régionale sont à l'évidence des candidats de la théorie de la « diversité », elle est arabe et lui africain d'origine, et certainement français juridiquement. D'ordinaire pour ce genre de placard électoral, on adjoignait une personne de la « diversité » à un français d'origine. L'homme noir candidat porte un nom célèbre pour les uns sujet à caution pour d'autres, Traoré. A quoi répond tout ce trafic d'une présentation surtout peu claire sur l'origine politique initiale de ces deux candidatures sans prétendant de souche « blanche » ou en tout cas française ancienne, me suis-je demandé ?

Une remarque d'abord du point de vue communiste originel. Lorsqu'au début du siècle dernier des candidats de partis vraiment communistes se présentaient dans un cadre électoral encore considéré comme progressiste ce n'était pas avec leur tronche mais pour un programme. Depuis la contre-révolution de l'avant deuxième boucherie mondiale, tous les partis exhibent des « tronches », politiciens blancs, puis politiciennes femmes, maintenant politiciens arabes ou africains. Rien ne change sur le fond de la tartufferie électorale bourgeoise. Je me souviens avoir refusé sur le marché d'Etaples le tract distribué par un arabe, lequel papier ne présentait que sa tronche et le sigle PS ; je trouvais cela infamant pour les électeurs d'origine arabe, ainsi traité comme... illettrés !1

Deuxième remarque, la propagande racialiste est aussi grossières, en visant une certaine population concentrée mais surtout ghettoïsée dans des blocs d'immeubles en béton et parqués près du périph. Les logements HLM du pourtour de Paris sont peuplés de plus en plus d'une population d'origine immigrée dont Saint Denis est emblématique 2– qui comprend le truc de la loi française : pour disposer d'un appartement avec plusieurs chambres, il faut se dépêcher de faire au moins trois gosses3. L'argument de favoriser la diversité favorise en fait la ghettoïsation malgré le discours officiel. Cette population de travailleurs, fliquée par l'islamisme, qui vient décorer les « quartiers à bobos » (mais en reste séparée, et en bordure) est nécessaire à la bourgeoisie parisienne pour les boulots de merde. Ces travailleurs sont eux-mêmes concurrencés par des prolétaires pakistanais ou africains qui s'entassent dans une chambre de bonne ou des caves intra-muros pour servir comme cuistots ou manœuvres en tout genre. Hélas pas de pot pour les rabatteurs électoraux de la gauche disparue, ces prolétaires ne risquent pas de voter pour eux, et ceux qui sont mieux logés non plus car la plupart croient plutôt au messianisme islamique qu'au messianisme municipal ou national de l'aile gauche décatie de la bourgeoisie et de ses succédanés islamo-gauchistes.

Alors qu'il y a une forte abstention qui se confirme à chaque échéance et malheureusement un racisme désolant, qui confirme que si l'intégration ne marche plus, l'acceptation sans préjugés non plus, Kofi vient se plaindre lui de sa gloire passée bafouée. Le livre de Kofi Yamgname, élu et célébré jadis comme premier maire noir de France à Saint-Coulitz dans le Finistère - « Mémoires d'outre-haine » - puis récompensé comme ministre du bourgeois Mitterrand, vient témoigner d'une arriération qui existe encore en France. On peut regretter qu'il n'ait pas été publié plus tôt et ne vienne que s'adosser à la campagne perverse de Black Lives Matter – au même niveau démagogique que Me Too - qui sert surtout brouiller les questions politiques de fond, et faire oublier que Kofi ne fût qu'un pion de cette gauche bourgeoise dont personne ne veut plus, sauf les vieilles momies mitterrandolâtres qui commémorent en vain la « force tranquille » de « Dieu ». Kofi roule lui aussi désormais aux côtés des momies inconsistantes pour cette fable « d'émancipation raciale », qui est une geste aussi révolutionnaire que lorsqu'il était sous-ministre de l'Etat bourgeois4.

Revenons à nos deux élus en lutte pour ravir le canton du Kremlin-Bicêtre-Gentilly . Ce qui est frappant est qu'ils avancent racialisés et masqués...politiquement. Ce ne sont que des grenouilles du PCF décati, qui tente de se refaire une santé politique sous couleur raciale. Le Kremlin (sic) comme Arcueil ont été longtemps des territoires staliniens, qui ont été contrariés dès la fin des années 1990 et discriminés comme trop chauvins, et qui tombent depuis longtemps comme feuilles mortes. Les héritiers putatifs du stalinisme ont laissé tomber la classe ouvrière multiraciale pour caricaturer un faux internationalisme racial qui rend les blancs coupables de tous les péchés y compris la colonisation sauvage des siècles passés

Au bourrage des urnes habituel en zone stalinienne, ont succédé des bâtards du PS avec l'étiquette écolo. Ainsi lors des municipales de 2020 à Arcueil la tambouille électorale locale était aussi puante qu'au niveau national. Face à la candidature PS-écolo du maire Christian Métairie, la nouvelle droite centriste (LREM et MoDem) avait présenté un noir, Benoît Joseph Onanmbele, qui fort de ses 29% de voix au premier tour, se voyait déjà élu de plus avec un retournement de veste de Karim Baoutz, le soutenant pour le deuxième tour, alors qu'il était le candidat de Mélenchon.

Résultat : 64% d'abstention !

Cette racialisation de la vie politique locale vous l'ignorerez si vous êtes un brave gauchiste vivant dans un loft à deux pâtés de barres en béton et vous vous contenterez de penser que les 64% d'abstentionnistes ne sont que des fachos racistes. Peau de balle ! Même les prolétaires d'origine immigrée de ces banlieues n'ont pas mordu à l'hameçon de la tambouille électorale. L'écolo-PS a été remis en place de justesse malgré la concurrence « antiraciste » (figurée) de la droite centriste macronienne et nos deux candidats « racialisés » pour la photo sont bénis par le bonze Favier du conseil départemental, institution girondine dépendant de l'Etat bourgeois.


DES CANDIDATURES DE COULEUR POUR RETOQUER LA DEMOCRATIE BOURGEOISE

(La gauche bourgeoise qui n'a plus de nom n'est plus qu'une pitoyable marionnette de l'antiracisme oecuménique)

D'une manière générale, la « racialisation » de la vie politique est la nouvelle morale générale désormais qui prétend culpabiliser les prolétaires, surtout blancs, avec un manichéisme hérité du stalinisme . D'un quelconque Traoré à Besancenot et dans les ministères, c'est la nouvelle mantra capitaliste qui signifie que le racisme est pire que le capitalisme, tout comme vous pourriez dire que la paix est pire que la guerre, en oubliant que l'une renvoie à l'autre, et que le pire est tout de même la guerre. La plupart des journalistes, artistes et intellectuels de renom nous chantent cette complainte. Couplé à la terrible accusation d' « islamophobie », l'accusation de racisme « intrinsèque » est devenue le nouveau terrorisme idéologique qui a pour but d'empêcher de penser sérieusement la politique, de la même manière que la pensée stalinienne imposait la binarité diable/bon dieu et la génuflexion devant ses politiciens incultes et bonzes syndicaux.

Ce souci d'imposer un quota de représentation d'arabes et de noirs sur les plateaux TV ou dans les conseils municipaux a pour prétention de revaloriser une démocratie « non-raciste » mais pas de « changer la vie », comme l'avait laissé croire Tonton, ni surtout de parler de révolution prolétarienne, car, comme le dit un auteur prisé par Libération Ulysse Rabaté : « Les communistes ont perdu quand « le peuple de gauche a décidé de ne plus être de gauche, et même de ne plus être le peuple carrément »5.

Comprenez c'est la faute aux ouvriers français qui déjà, se fichaient du PCF, because devenus racistes. Evoquant avec nostalgie le « communisme municipal », Ulysse Rabaté, ce rabatteur de l'idéologie « racialiste » dont les quartiers doivent devenir les promoteurs... grâce à son école de formation (la FRAP) ; notez bien les termes « nous recrutons », « nous construisons », nous « sédi...mentons » si toutefois cela vous rappelle un parti « municipal » :

« Les jeunes que nous recrutons se sont présentés spontanément à la formation : la première promotion a choisi de se nommer « Les Misérables », en référence au film de Ladj Ly, qui lui-même reprenait Victor Hugo6. C’est complètement l’esprit du mouvement que nous construisons : nous nous inscrivons dans une histoire politique, celle de la gauche, et nous revendiquons une capacité à sédimenter à cette histoire un ensemble de pratiques et de profils qui peuvent, d’une certaine manière, la sauver. D’Olivier Besancenot à de Kaabal, en passant par Elsa Faucillon, Danièle Obono ou Joëlle Bordet, les personnalités qui ont accepté d’intervenir l’ont fait selon nous au nom de cette nécessité, qu’ils ont également identifiée. Nous sommes extrêmement fiers de voir nos jeunes progressivement accepter et assumer ce rôle »7.

LA MIXITE IDEOLOGIQUE RACIALE AU CINEMA

Le cinéma reste le principal vecteur de l'idéologie dominante et l'endroit où l'on fait croire que les préjugés sociaux de tout ordre peuvent disparaître sous domination capitaliste. La réussite de certains acteurs noirs n'a rien changé au quotidien parfois intolérable pour des populations « étrangères » ni modifié les conditions de travail des millions noirs et blancs. Le cinéma reste ce qu'il est, de l'illusion. La bourgeoisie aime bien vendre de l'illusion.

Les œuvres d'art sont donc également touchée par le nouveau jdanovisme. Les dix petits nègres d'Agatha Christie ont donc été renommés « ils étaient dix ». Comme si le ridicule ne suffisait pas à cette nouvelle inquisition raciale, tout écrivain ou cinéaste, ou professeur peut se voir mis en procès s'il a utilisé la mot nègre par exemple et non pas un simple N. Si vous dites « n »gger » c'est un péché, il est obligatoire de dire « n »word ». Comme les blancs sont fondamentalement racistes, il faut prévoir : « … une formation à la diversité obligatoire pour tout le personnel enseignant.. »8.

Quentin Tarantino devra aller se rhabiller et demander pardon. Sorti en 2013, Django Unchained est l'un des grands succès critiques et populaires de ce réalisateur. Mais si son western spaghetti dénonce l'esclavage dans le sud des Etats-Unis, il a tout de même été accusé de racisme. Des critiques américains reprochent au long-métrage l'utilisation outrancière du "mot qui commence par un N", utilisé à 110 reprises dans le long-métrage.

Cachez ce sein que je ne saurais voir.



À suivre...


NOTES

1Franchement les origines de ces deux personnes m'importe peu ; elles sont placardisées pour une même politique de guerre des places pour l'ego de chacun et son porte-monnaie. Ces jeunes néophytes de couleur ou pas, sont aussi corruptibles que ceux de vieille souche, et incontrôlables tout leur mandat comme tous les élus bourgeois. Si ces deux personnes, présentes comme moi en AG de grève, postulaient en tant que prolétaires pour être délégués et sur base de propositions claires, je voterais tout à fait fraternellement pour elles.

2Les PLS (Prêt Locatif Social) et les PLI (Prêt Locatif Intermédiaire), attribués aux familles dont les revenus sont trop élevés pour pouvoir accéder aux locations HLM ordinaires, mais trop bas pour pouvoir se loger dans le secteur privé (plafond en région fixé à 34.743 € de revenus annuels pour un couple sans enfant).

En Île-de-France, les plafonds sont plus élevés, d'environ 20 %.

Les différentes catégories ont été fixées pour créer de la diversité au sein du parc social. "Le but, ce n'est pas de créer des ghettos, explique Juliette Furet, responsable du département des politiques sociales à l'Union sociale pour l'habitat, il faut pouvoir répondre aux besoins des publics défavorisés, tout en contribuant à la mixité sociale des villes".

De plus, en fonction de la surface habitable du logement, le nombre de pièces attribuées aux locataires est également normalisée :

1 personne : T1 au T2 maximum (studio ou deux pièces, environ 32 m2)

2 personnes : T1 au T3 maximum (du studio au trois pièces, environ 45 m2)

3 personnes : T2 au T4 maximum (deux, trois ou quatre pièces, environ 65 à 80 m2)

4 personnes : T3 au T5 maximum (du trois au cinq pièces, environ 95 m2)

Quels sont les cas prioritaires pour obtenir un HLM ?

Il existe des catégories prioritaires dans l'accès au logement social : les personnes mal logées ou en logement temporaires, les personnes en reprise d'activité après une période de chômage, les personnes menacées d'expulsion ou sans logement et les victimes de violences conjugales. Les demandes entrant dans ce type de catégories sont traitées avant les autres et peuvent bénéficier d'un temps de réponse réduit.

"Chaque situation est traitée au cas par cas, explique Raymond Fraccola, directeur de l'association régionale pour l'habitat dans la région du Nord, une femme seule avec un enfant est, en principe, plus prioritaire qu'une autre famille, sauf si cette dernière se trouve dans une situation de plus grande précarité".

4 « Je crois que l'avenir de notre planète est dans le métissage racial, culturel et scientifique. Nous mourrons des frontières géographiques, religieuses, idéologiques. Il faut mettre fin à tout ça », est la généralité de base de Kofi Yamgnane.

5Ulysse Rabaté dans Libération du 3 mai, petit arriviste professoral qui ose prétendre que « les obsédés de l'islam et du communautarisme trustent l'espace public » et dénonce « les sénateurs qui interdisent aux femmes voilées d'accompagner des sorties scolaires ». Ce zigoto de la gauche sans nom fait partie de cette mouvance louche du clan Adama qui a décrété que la police est raciste. Il regrette le bon temps du « communisme municipal » : « C’est aussi à cette distance désarmante entre la gauche et les classes populaires, et particulièrement les quartiers, que l’on peut mesurer la disparition du communisme municipal et de « l’extraction populaire » qui faisait la spécificité et l’autorité de ce modèle ».

6Film débile, racialiste qui voulait héroïser les banlieues en déshérence et exalter le meurtre des flics comme révolutionnaire et islamique, et qui fût salué par les artisses suivistes et corrompus.

7« Les mobilisations antiracistes récentes révèlent une conscience politique ancrée dans les quartiers » - Entretien avec Ulysse Rabaté (lvsl.fr) . Ce rabatteur de l'idéologie racialiste et communautaire a fait l'objet d'une pub élogieuse par l'ensemble de la presse bourgeoise de Libération au Parisien.

8« La révolution racialiste » de Mathieu Bock-Côté, p.91.

Après le NPA le parti macroniste s'y met aussi


jeudi 6 mai 2021

LA MISSION DU PROLETARIAT (?)

par Julien Coffinet (1907-1977)


Ce texte de Julien Coffinet est écrit en 1938, pour l'essentiel il vous paraîtra très actuel, pertinent sur la composition moderne de la classe ouvrière, ses contradictions et ses jalousies et inégalités corporatives, sur la faillite du « progrès capitaliste ». La plupart des discours qui se veulent marxistes de nos jours affichent leur conviction d'une sainteté de la classe ouvrière unie les mains jointes à la fin des temps (capitalistes) pour une prière finale communiste ; ils idéalisent le chômeur qui n'est de plus en plus ni prolétaire ni étranger à une rédemption nationaliste de la société. Coffinet nous dit que la « mission » du prolétariat est finie dès 1938, alors qu'il n'y a en fait jamais été question de mission chez Marx mais d'un projet, d'une alternative au capitalisme « possible » mais peut-être un jour finalement impossible.

Les classes ouvrières des différents pays, devrait-on dire plutôt, n'ont pas été fichues d'empêcher deux guerres mondiales, malgré la fin provisoire de la première, sous la poussée d'une situation révolutionnaire (aléatoire) à partir de la Russie. Coffinet, en particulier à la fin de son raisonnement assez brouillon ne croit plus à une « mission » du prolétariat sans doute parce que, un peu artiste sur les bords, il y a cru lui aussi à cette soit disant mission. Ses doutes et sa remise en cause de la classe ouvrière sont compréhensibles. Un an avant la guerre mondiale, inconsciemment il est le reflet du cours à la défaite programmée du prolétariat, en plein désarroi et qui n'a plus ni confiance en soi ni vigueur pour relever la tête face à l'abîme qui s'annonce.

Mais hormis cette inconscience de la gravité de l'heure, Coffinet creuse bien sur la nature de la classe ouvrière moderne. Elle n'est pas homogène structurellement. Il a travaillé avec Mattick et Lucien Laurat, qui étaient tout sauf léninistes. Or, comme lui ces théoriciens du mouvement ouvrier, économistes plus que politiques se sont interrogés sur un sujet qui fâche léninistes et trotskiens, et même le CCI qui a toujours plus ou moins évité le sujet : la hiérarchie dans la production. Coffinet est le premier à faire le parallèle et le lien entre hiérarchie syndicale et hiérarchie à l'usine ; il y a un aller et retour et équivalence. A la fin de ma carrière dans le service public, la CGT et les autres mafias syndicales s'affaiblissant, les permanents ne perdirent pas leur emploi hiérarchique, les bonzes en chef étaient nommés contremaîtres... sans connaître le travail.

Il y aurait beaucoup de choses à écrire sur les méfaits du corporatisme, l'orgueil des conducteurs de train, le mépris des commerciaux pour les bleus, l'indifférence pour les esclaves d'UBER, des grèves où des prolétaires d'une même « boite » restèrent compartimentés, la longue exclusion des prolétaires immigrés des boites « nationales ». Coffinet ne va pas jusqu'au bout de ce constat, sinon il en tirerait une autre conclusion, la véritable : la révolution ne viendra jamais d'un empilement de luttes corporatives ou pour la simple défense de l'emploi. Les révolutions ont toujours un aspect soudain, pour des causes parfois inattendues, une répression féroce, une explosion massive de colère... Les gilets jaunes au début donne une idée du symptôme de l'explosion, pas toujours capable de s'imprégner de l'esprit de lutte collective pour un avenir autre qui a toujours été porté plus ou moins par les meilleurs défenseurs du prolétariat. Ce qui se passe en Colombie en ce moment est important, surtout quand les journalistes s'obstinent à parler de « révolte des couches moyennes », ce qui ne veut plus rien dire au moment où fondent les couches dites intermédiaires et où elles se révoltent massivement à la manière du prolétariat mais sans son fort sentiment de classe basé sur la solidarité et la volonté de décider collectivement. En Algérie aussi, la révolte gronde même avec pour misérable bouclier contre les futures balles, le fanion national vert.

Mais le plus intéressant chez Coffinet c'est le démontage auquel il se livre brillamment contre le progrès qui n'est finalement qu'aliénation, et ce qui se vérifie clairement de nos jours. Ce progrès se retourne contre ce qu'il incarnait : il déshumanise les relations sociales (le portable utilisé à tout bout de champ, surtout aussi chez les ados, l'abêtissement des face book et autres lieux d'effacement pervers de l'autre pour tous les clochards qui sentent le renfermé ou le trotskien décati). Avec le portable vous êtes suivi partout, une appli accessible vous révèle vos trajets quotidiens. Les instruments de cette communication aliénée, comme Free sont injoignables, vous posent tout un tas de questions stupides si vous avez perdu votre pin ou votre puk. L'ennemi principal est le hacker, le monde est parano et tous les chefs d'entreprises aussi. Et surtout sa réflexion sur la pourriture de la hiérarchie va de pair avec sa critique du productivisme en même temps qu'il dépoussière le même genre d'illusionnisme sur le passage à un tranquille socialisme encore empesté de « socialisme national ».

Si focalisé sur la nécessaire « culturation » du prolétariat, et il est le premier à faire primer cette notion, il ne pouvait pas anticiper le rôle délétère de l'islam ni le soutien des islamo-gauchistes (que certains nomment de plus en plus « christiano- gauchistes », du fait de leurs ancêtres guérilleros d'Amérique du sud, où en effet il n'était pas question d'émancipation du prolétariat mais « des pauvres ». La notion de pauvre n'est pas aussi dangereuse que celle de classe (je développerai une autre fois). Coffinet aurait certainement placé comme moi l'abrutissement idéologique de l'islam au rang de cancer du prolétariat. Le capital et ses patrons ont soutenu et défendent une place pour l'islam en entreprise depuis 20 ou 30 ans, et les christiano-gauchistes soutiennent pleinement ; or cette intrusion avec les jérémiades d'un religion arriérée vient désormais comme facteur de division du prolétariat plus nocive que la hiérarchie des salaires ou les sabotages des mafias syndicales qui ajoutent aussi aux revendications immédiates stupides la construction de mini-mosquées en entreprise. Si j'étais encore au travail je dénoncerai cette intrusion de l'islam sur le lieu de travail, tant prisée par le patronat. Les islamistes sont en mission partout et surtout contre les grèves et pour inférioriser la femme. Nous on n'est pas des missionnaires et on n'en veut pas à la vie des gens. (cf. Religion en entreprise : les comportements conflictuels en hausse (lefigaro.fr) .


* * *


C'est Marx qui a donné la vie à la conception d'une mission du prolétariat, conception un peu mystique mais à laquelle il sut attacher une application rationnelle qui parut longtemps incontestable. La société actuelle étant divisée en deux classes principales, violemment opposées, la bourgeoisie et le prolétariat, le développement de la première a pur résultat l'augmentation du nombre et de la cohésion des prolétaires.

« A mesure que diminue le nombre de grands capitalistes... on voit augmenter la misère, l'oppression, l'esclavage, la dégénérescence, l'exploitation, mais également la révolte de la classe ouvrière qui grossit sans cesse et qui a été dressée, unie, organisée, par le mécanisme même du procès de production capitaliste ». Dans le même temps le monopole du capital gêne de plus en plus le mode de production qui s'est développé avec lui et par lui et devient l'entrave du progrès technique. Hégélien, Marx déduit hardiment de ces différentes constatations que le prolétariat est l'antithèse du capital et que de sa révolte sortira la nouvelle synthèse sociale, autrement dit que le prolétariat est chargé par le mouvement de la société de délivrer les forces productives arrêtées dans leur progrès, « d'exproprier les expropriateurs ». Comme le régime féodal le fît autrefois la bourgeoisie arrête aujourd'hui le développement des forces productives, le prolétariat, à son tour, servira le progrès par la subversion du régime capitaliste.

Cette conception suppose d'abord une foi implicite et la croyance à l'unité des intérêts du mouvement ouvrier et de ceux de la culture humaine. Le progrès technique doit s'entendre des modifications techniques qui améliorent le rendement humain, celles qui permettent, avec moins de travail, de permettre de produire autant ou plus d'objets utiles. En ce sens il n'est pas douteux qu'il serve les intérêts de la culture puisque celle-ci ne s'améliorera d'une manière décisive que dans la mesure où les possibilités pour chacun d'utiliser et de développer ses aptitudes personnelles, seront augmentées. Accepter la conception d'une mission historique du prolétariat c'est donc juger que le prolétariat, de par sa fonction sociale, son nombre, sa conscience, non seulement s'emparera du mode de production capitaliste mais aussi qu'après l'avoir débarrassé de l'hypothèque capitaliste et de ses résidus, il pourra l'utiliser pour favoriser la liberté et par conséquent la culture humaine.

Marx s'appuyait sur le fait constaté que les anciennes classes moyennes, ruinées par la centralisation du capital, augmentaient le nombre des prolétaires en même temps que ceux-ci subissaient une aggravation de leurs conditions de vie. Si l'on entend par prolétaires les travailleurs libres politiquement mais entièrement dépouillés, ne possédant que leur force de travail, qu'ils doivent vendre pour obtenir des moyens de subsistance, il est bien exact que les prévisions de Marx ont été entièrement justifiées par le temps. Le nombre des salariés va augmentant.Les moyens de production sont la propriété de monopoles de moins en moins nombreux. Mais si l'on entend par prolétaires les seuls ouvriers industriels, comme c'est le cas le plus fréquent, alors il faut reconnaître que la prévision marxiste a cessé d'être juste depuis pas mal d'années et que le nombre de prolétaires n'augmente plus ou diminue.

C'est que le même mouvement de centralisation du capital, en augmentant le nombre de salariés, développait aussi la division du travail et augmentait la spécialisation des travailleurs. Le développement des moyens de transport, des entreprises commerciales, du crédit, des assurances, des entreprises publiques, etc. a suivi les progrès de l'industrie. Pendant que diminuait le nombre des entrepreneurs individuels, celui des employés, techniciens, fonctionnaires de toute sorte se multipliait. Par rapport aux propriétaires des moyens de production, il peut être parlé de prolétariat en faux-col ou d'un prolétariat agricole. Ce serait une erreur de les confondre avec le prolétariat industriel qui n'a ni les mêmes conditions de vie ni les mêmes réactions.

C'est ce qu'a fort bien montré Henri de Man en baptisant de « nouvelles classes moyennes » ces groupes de nouveaux salariés. Il en fait néanmoins des classes anticapitalistes. Peut-être. Mais l'erreur commune est de confondre anticapitalisme et socialisme. Le socialisme n'est pas la qualité de n'importe quelle organisation collective. Le socialisme, il est grand temps de le rappeler, c'est une revendication de justice sociale et un espoir de libération humaine.

Marx avait perçu les premières conséquences de la division du travail purement technique. « A côté de ces classes principales (d'ouvriers) il y a un personnel peu nombreux, chargé du contrôle et de la préparation de toute la machinerie, ingénieurs, mécaniciens, menuisiers, etc. Ceux-ci constituent une classe supérieure, composée de savants et d'hommes de métier... ». Il avait insisté aussi à plusieurs reprises dans Le Capital, sur la séparation de la fonction et de la propriété du capital. Mais ce n'est que longtemps après lui qu'il a été possible de se rendre compte que se développait un esprit technicien tout à fait différent de l'esprit prolétaire. Dans ses « Réflexions sur l'économie dirigée », H. de Man écrit que « l'homme dont la fonction est d'organiser la production est naturellement porté à exalter cette activité par rapport au rôle qu'il considère volontiers comme subordonné ou même parasitaire, du détenteur de capitaux ou du spéculateur ». Il est même porté à vouloir étendre cette activité à l'extérieur de la fabrique. Le congrès de la Taylor Society, décembre 1930, dans son nouveau programme de revendications demande « l'application des principes d'organisation scientifique développées et expérimentées dans l'entreprise individuelle à l'économie comme telle, considérée comme une grande entreprise, dans laquelle tous les membres du monde économique sont ensemble ouvriers et actionnaires ». Mais ces techniciens ne se séparent pas seulement des propriétaires de capitaux ; chargés de travaux d'organisation ou de direction ils ont une tendance naturelle à considérer les ouvriers comme des manœuvres qu'il est possible et même moral « dans l'intérêt de tous », de manier et d'utiliser rationnellement, le seul critère de leur travail se trouvant être l'efficiency. Ils subissent la déformation de tous ceux qui détiennent une parcelle du pouvoir. Dans leurs bureaux d'étude ou de direction ils jouent avec la matière humaine aussi inhumainement que l'officier qui dirige de son P.C. Les opérations militaires sur un front éloigné. Par la force des choses toute autre considération que celle du rendement leur devient étrangère. Ils sont même prêts à concéder que chacun, l'ouvrier et le manœuvre comme le technicien, joue un rôle utile dans la société mais ils tiennent à ce que chacun ne joue que ce rôle et reste à sa place. Personne n'est plus antidémocratique qu'un technicien. « Comment permettre qu'un manœuvre viennent se mêler de choses qu'il n'entend pas, qu'il ne peut pas entendre, faute des études, des longues études nécessaires ? ». Et, il faut reconnaître, que dans la division du travail telle que le mode de production l'a développée, la séparation des travaux intellectuels et manuels s'est faite de plus en plus profonde.

Les fonctionnaires participent à cet état d'esprit dans la mesure où ils prennent conscience de leur rôle d'organisation et de direction dans l'Etat moderne et de la supériorité que leur donne leur savoir – je ne dis pas leur culture – sua la masse primaire des manœuvres.

Les employés de commerce et les ouvriers agricoles nécessiteraient une étude plus détaillée et fouillée ; il suffit ici de constater que ces nouveaux salariés se séparent nettement par leurs goûts, leurs besoins, leur mentalité, du prolétariat industriel.

A l'intérieur de prolétariat industriel lui-même, un autre phénomène a introduit une différentiation profonde: le chômage permanent. Tant que l'armée industrielle de réserve n'a été constituée que de chômeurs momentanés, comme sa qualification l'indique bien, car une réserve est faite pour y puiser à mesure des besoins, le chômage n'a eu d'autre résultat que d'abaisser le niveau des salaires par la concurrence sur le marché du travail. Mais dès l'instant que les chômeurs deviennent pour une large part des sans-travail permanents et sans espoir, il se forme à côté de la mentalité de l'ouvrier une mentalité fort différente, voire même opposée. Et plus les années passent moins les chômeurs sont composés d'anciens ouvriers. Les membres ruinés des anciennes classes moyennes, où les sans-travail des classes libérales, intellectuels ou artistes, ou les techniciens sans emploi, ne se prolétarisent plus : ils viennent directement grossir la masse des chômeurs. Les jeunes gens sortant de l'école demeurent souvent inactifs. Le capitaliste qui, il y a un siècle, faisait travailler les enfants au sortir du berceau ne sait plus aujourd'hui leur assurer du travail quand ils arrivent à l'âge adulte. Ainsi est créée peu à peu une masse de déshérités, coupés de travail et de l'action, que le désespoir fataliste mettra à la merci du premier mirage démagogique mais rendra incapable de parvenir à une conscience sociale progressive.

Une autre différence se marque entre ouvriers des grands monopoles et ouvriers des moyennes et petites entreprises, incapables dans la plupart des cas d'assurer le respect des lois sociales sans travailler à perte. Les grands monopoles étant les principaux fournisseurs de la défense nationale, la formidable accélération des fabrications de guerre accentuera encore cette différence, en assurant des surprofits qui permettront des sursalaires.

Loin d'égaliser la condition ouvrière, comme le prévoyait Marx, la marche en avant du capitalisme n'a cessé de développer une division du travail social « organique », c'est à dire augmentant les différences individuelles par la spécialisation.

Si le prolétariat n'augmente plus, s'il se divise en groupes discordants, il semblerait qu'au contraire, la foi en un progrès technique continu et illimité ait pu être renforcée par les prodigieuses acquisitions de la science moderne. Il suffit d'évoquer les immenses réalisations industrielles des deux mondes pour être convaincu par la puissance du génie constructif de l'homme et de considérer le rythme accéléré des découvertes et de leurs applications pour être persuadé qu'il n'y a pas de raison apparent de prévoir un arrêt, sinon celui qu'apportent les crises périodiques provoquées par les désordres capitalistes. Ainsi, il est tout naturel de penser que Marx avait raison de prévoir un conflit entre le développement des forces productives et le capitalisme. « A un certain degré de maturité la forme historique du procès de travail déterminée fait place à une forme plus élevée. On s'aperçoit que le moment d'une telle crise est venu dès que s'accentuent la contradiction et l'opposition entre les conditions de répartition et par la suite la forme historique déterminée des conditions correspondantes de production d'une part, et d'autre part les forces productives, la capacité de production et le développement de leurs agents. Il s'établit alors un conflit entre le développement matériel de la production et sa forme sociale ». Mais des doutes sont venus sur l'exactitude de cette conception.

Le développement des forces productives tend, en augmentant la productivité du travail, à augmenter la quantité d'objets utiles produits dans un même temps de travail. D'où est venue la revendication de la diminution de la durée du travail. Pourtant un examen plus attentif montre qu'on s'est souvent trompé sur les économies de travail apportées par l'introduction des machines automatiques, puis de l'énergie électrique : on ne regardait que la diminution des ouvriers au sein de l'usine transformatrice, on ne voyait pas l'augmentation correspondante de techniciens, d'employés, de fonctionnaires, d'intermédiaires à tous les échelons, que nous montrent si bien les statistiques d'ensemble.

On ne considérait pas non plus que le mode de production d'aujourd'hui a entraîné le besoin de la vitesse dans les relations entre les groupements humains. Rien de plus coûteux, en travail humain, que la vitesse. Pour doubler une vitesse donnée, ce n'est pas deux mains mais quatre, ou huit fois plus de travail qu'il faut. Des questions de prestige personnel ou national s'en mêlent. L'accélération de la vitesse est préférée à l'augmentation du matériel, moisn gaspilleuses des forces humaines quand elle est possible.

Sans compter que le même progrès technique, en mettant entre les mains d'hommes de moins en moins nombreux, la propriété d'entreprises de plus en plus gigantesques, de plus en plus hors de proportion avec les capacités humaines, a provoqué de nouveaux gaspillages, par impossibilité d'assumer des charges réellement écrasantes, et par la prodigalité qui accompagne toujours une certaine grandeur dans les entreprises humaines. On a trop oublié que tout achat représente le résultat d'un travail quelque part dans la société et que toute dépense inutile est du travail exécuté en pure perte, du travail qu'il aurait mieux valu économiser, dans une société mieux organisée, parce que du travail inutile c'est des loisirs perdus. Il faudrait écrire un éloge de l'avarice.

Julius Dickmann a signalé dans ses intéressantes études sur la production capitaliste que l'introduction imprudente des inventions nouvelles dans la production pouvait avoir pour conséquence une perte et non une économie de travail pour la société. Il suffit que la quantité de travail incorporée aux moyens de production de l'ancien outillage, dépasse la quantité de travail épargné par les nouvelles machines pendant le temps que les moyens de production devenus inutiles et sans valeur auraient pu fonctionner. « Plus on part d'une technique avancée, autrement dit plus les investissements consacrés à la production des machines de l'ancien type sont importants, et plus il faut de temps, bien entendu, avant que le fonctionnement plus économique du nouvel outillage puisse, une fois compensée la perte causée par l'introduction de cet outillage, être considéré comme un gain pour l'ensemble de la production. Et si, dans l'intervalle, on fait une nouvelle invention qui remplace le type de machine nouvellement introduit par un autre encore plus productif, alors la nouvelle invention n'arrive même jamais à jouer son rôle en épargnant du travail pour l'ensemble de la société ». Comme le dit Dickmann, ces remarques sont en tout cas bonnes à rafraîchir l'enthousiasme que l'on éprouve en général pour le progrès technique et rappellent utilement que le progrès ne signifie pas par lui-même un progrès économique et ne conduit pas nécessairement à une extension de nos possibilités d'existence. Beaucoup de difficultés qui paraissent venir du régime capitaliste lui-même appartiennent en fait aux innovations de la technique moderne et reparaîtraient aussitôt dans un régime socialiste.

La possibilité d'un accroissement continu de la productivité du travail est elle-même en question. A mesure que la productivité du travail augmente, s'accumulent les travailleurs occupés à entretenir, réparer et reproduire les moyens de production et de subsistance et diminuent les travailleurs qui peuvent être employés à produire des moyens de production et de subsistance « en excédent » qui permettront un élargissement futur de la production, inséparable d'une amélioration nouvelle de la productivité. Chaque nouveau progrès diminue la possibilité, dans l'état actuel des choses, d'un progrès futur. Il ne peut pas être question d'un progrès continu et illimité mais au contraire d'un progrès de plus en plus difficile, de plus en plus limité pour finalement devenir une régression. Le progrès technique n'a pas visé à produire le même nombre d'objets avec moins de travail mais à produire plus d'objets avec le même travail. Ce qui me fait dire que l'amélioration de la productivité est inséparable de l'élargissement de la production. D'où la nécessité des marchés extérieurs. La production d'objets simplifiés et unifiés dépasse la capacité réelle d'absorption du marché national. Il y a certes des causes venant du capitalisme lui-même, mais il y a aussi des causes techniques. Le socialisme, s'il prenait la suite technique du capitalisme, se trouverait devant la même nécessité impérialiste de lutter pour sa possession des marchés extérieurs. Marx dit bien qu'à mesure que la force productive se développe, elle entre en conflit plus aigu avec les fondements étroits des rapports de consommation. Mais il est évident qu'il pense que ce conflit n'aurait pas lieu si la consommation n'était pas limitée par la nécessité implacable des lois capitalistes. Or, il est non moins évident aujourd'hui qu'entre forces productives et consommation, il y a un conflit qui n'est pas de source capitaliste mais technique. Il vient de ce qu'on n'a pas cherché à travailler moins, mais à produire plus.

Il est possible de supposer une meilleure utilisation du génie humain ?

Peut-être, mais il n'en reste pas moins que nous nous trouvons devant un énorme appareil producteur, au contraire de ce qui était prévu par Marx. Ce qui a fait illusion, c'est qu'une avance considérable a permis aux vieux pays capitalistes de vivre aux dépens des pays moins évolués. Nos masses travailleuses ont bénéficié, pour une certaine part, de l'exploitation des peuples coloniaux ou en retard. Toute la technique moderne est basée sur cette exploitation. Mais, maintenant que l'avance de certains pays est perdue, maintenant que les exploités d'hier se dressent en concurrents, que va-t-il se passer ?

Le schéma marxiste d'une progression continue des forces productives, arrêté aujourd'hui par le capitalisme, libérée demain par le socialisme, ne résiste pas à l'examen de l'observateur non prévenu. La technique dont le socialisme s'est montré si jaloux pendant cinquante ans et si pressé d'en avoir la direction, a dilapidé les ressources naturelles de la terre et gaspillé le travail humain. Du point de vue humain qui devrait être toujours le point ed vue socialiste, l'appareil producteur capitaliste ne peut plus servir de base à un nouveau progrès, pour aller de l'avant il faudrait trouver une technique de production radicalement différente.

La progression du prolétariat en nombre et en cohésion a été arrêtée et remise en question par l'évolution des modes de production : le progrès technique continu et illimité que devait libérer la révolte du prolétariat grandissant se révèle lui-même comme illusoire et comme menant à l'appauvrissement de la communauté humaine : pour justifier la mission du prolétariat il ne reste que la notion plus intuitive de l'identité des revendications ouvrières et de la cause de la culture. Beaucoup de camarades, et des meilleurs, gardent un attachement sentimental aux ouvriers, en raison du passé héroïque du prolétariat industriel, par sympathie naturelle pour les exploités et par mépris pour le bourgeois, par révolte contre tout ce qu'il représente de conformisme repu, de sottise cruelle et d'inhumanité intéressée. La question est de savoir si les ouvriers sont demeurés ce qu'ils étaient, c'est à dire s'ils représentent encore le non-conformisme, l'élément critique dans la société. D'autres après Jaurès et de Man, pensent que les ouvriers n'ayant aucun privilège social, leur unique privilège est de n'avoir jamais besoin du mensonge, et que par conséquent la cause de la classe ouvrière est celle même de la culture. Mais des catégories d'ouvriers sont privilégiées par rapport à d'autres ; toute la classe ouvrière des vieux pays capitalistes est privilégiée par rapport aux travailleurs des pays en retard et des colonies, et le mensonge n'a jamais été aussi employé, si massivement et systématiquement utilisé que par une des organisations les plus influentes de la classe ouvrière.

Moins les hommes auront besoin de travail nécessaire pour vivre et se reproduire normalement, moins ils auront besoin du mensonge et plus ils auront de loisirs, de liberté et de goût pour les recherchent désintéressées, les études sans préjugé et les travaux personnels pour cimenter la vie sociale. La cause de la culture et de la liberté physique et morale de l'homme sont liées. La cause de la culture est entièrement séparée et opposée de celle des pouvoirs, quel qu'ils soient. IL y a opposition irréductible entre le pouvoir et la culture. L'un ne cherche qu'à gouverner, l'autre qu'à libérer les hommes. Il y a une malédiction réelle sur les fonctions de gouvernement de par la fonction même. Comment des marxistes ne le voient-ils pas ?

Or, le mouvement ouvrier s'intègre de plus en plus, par son mouvement normal, son évolution naturelle, dans l'Etat moderne. Le corporatisme mérite mieux que les réfutations de propagande ; il vient de plus loin qu'on ne le croit généralement et il serait utile de chercher enfin un jour, objectivement, quelle communauté l'unit aux besoins de la technique que nous a donnée le capitalisme et quel rapport existe entre l'organisation militarisée de la production et l'asservissement de la révolte ouvrière.

Marx disait que la manufacture estropie l'ouvrier et fait de lui une espèce de monstre en favorisant, à la manière d'une serre, le développement de son habileté de détail par la suppression de tout un monde d'instincts et de capacités. « Un certain rabougrissement intellectuel et physique est inséparable même de la division du travail dans la société en général ». Avec l'introduction des machines automatiques cette évolution s'exagère. « La séparation des puissances intellectuelles du procès de travail d'avec le travail manuel et leur transformation en moyens par lesquels le capital s'assujettit le travail, s'opère dans la grande industrie basée basée sur le machinisme. L'habileté particulière, individuelle de l'ouvrier ainsi dépouillé n'est plus qu'un accessoire infime et disparaît devant la science, les forces naturelles énormes et la masse de travail social qui, incorporées au système mécanique, constituent la puissance du maître ». La subordination technique des ouvriers crée une discipline toute militaire et supprime l'initiative individuelle.

Cette séparation entre activité intellectuelle et activité manuelle dans le procès de production s'est étendue à l'extérieur, dans les organisations politiques et économiques du prolétariat. Il s'est formé une sélection entre cotisants de la base et techniciens de l'action militante, et les méthodes se sont modifiées en conséquence. Le manœuvre de l'usine est devenu le manœuvre du parti et du syndicat et, en fait ne participe pas plus à la direction ici que là. La démocratie meurt dans les organisations ouvrières comme elle meurt dans la société bourgeoise. Les organisations sont dirigées par des militants dont les intérêts coïncident avec ceux des techniciens de la production. On pouvait espérer, avant 1936, qu'un mouvement de révolte puissant balayerait les bureaucraties parasitaires. Ce n'est plus permis aujourd'hui. Nous sommes loin d'une classe ouvrière agissant par erreurs redressées et surmontées, sans préjugé et sans dogme, rejoignant la production culturelle du savant désintéressé, uniquement passionné de vérité.

La cause du mouvement ouvrier ne rejoint plus celle, par l'intermédiaire de ses bureaucraties dirigeantes, d'une sélection de techniciens de toutes espèces, épris d'ordre et d'organisation scientifique, ou prétendue scientifique, mais aussi de subordination hiérarchisée de la société sur le modèle de la production. La classe ouvrière se révèle non comme l'héritière culturelle du passé et l'accoucheuse de l'avenir mais comme l'appendice manuel d'une société dégénérescente et condamnée avec elle. Sa mission disparaît, et il ne peut rester d'espoir que dans l'éternel besoin instinctif de justice, d'égalité et de vérité que seront seuls à représenter les non-conformistes de toutes origines, soumettant la décourageante et complexe situation actuelles à l'implacable critique de l'esprit objectif, pour préparer l'avenir, en attendant les catastrophes inévitables.



dimanche 2 mai 2021

Les ballons crevés de la CGT

 

CGT collabo !

Ne manquez pas en fin d'article les déductions "fachistes" de gauche et extrême gauche bourgeoises (à suivre)

Le commis de la bourgeoisie Martinez bafouillait, bredouillait, cherchait ses mots... évitait de répondre à la question du journaliste de LCI : « CGT collabo ! Ça vous fait quoi ? ».


Le bonze syndical rétribué plus de 4000 euros par mois par une maternité gérée par la mafia CGT, comme Séguy et Marchais l'étaient par la caisse de retraite des concierges (sic)1., il tremblotait non de colère mais de peur.

La manif chétive, pas seulement en raison du Covid – la CGT est en inexorable déclin - s'apprêtait à défiler gnangnan comme dab, hélas elle fût freinée deux heures d'entrée de jeu par des black blocs, mais pas seulement... Les journalistes oublièrent de préciser que cela fait des années, en particulier depuis les gilets jaunes, qu'une forte proportion de manifestants se postent systématiquement devant, en avant des cortèges syndicaux. Les gros bras CGT ont sans doute voulu cette fois-ci nettoyer ces ci-devant... Mais peine perdue ils seront attendus à la sortie.

Derrière la banderole pleurnicharde « Pour l'emploi, les salaires, les services publics, la protection sociale, les libertés et la paix dans le monde », le ronron habituel, quoique clairsemé, avait fini par s'ébranler pour finir par être ébranlé au terme du défilé place de la Nation. Plusieurs vidéos montrent des charges violentes de jeunes cagoulés ou pas contre les gros bras en service de sécurité syndicale, jets de projectiles, fanions et drapeaux CGT déchirés ; on voit aussi la police de la CGT arroser de gaz lacrymogène les assaillants qui crient en effet « CGT collabo » et « cassez vous », pas ce que suggère le communiqué CGT :

« Un important groupe d’individus, dont certains se revendiquant gilets jaunes, ont fait usage d’une extrême violence à l’encontre des manifestants », peut-on lire dans le communiqué de la CGT. « Insultes homophobes, sexistes, racistes ont précédé des actes de vandalisation des véhicules des organisations (syndicales, ndlr), et, bien plus grave, la haine s’est exprimée par un déchaînement de coups et de jets de projectiles. Notre organisation, la CGT, était particulièrement ciblée », poursuit le syndicat ».(titré : Violences inacceptables contre le monde du travail)

Non ! violences contre les mafias syndicales !

Les insultes prétendues sont à la mode et bien sûr inventées par l'appareil syndical affolé, pourquoi n'a-t-il pas ajouté non plus « fascistes », comme au temps de son règne stalinien pour discréditer tout adversaire dans la classe ouvrière ? En plus il est en effet simplet de la part des journalistes d'assimiler tous ces assaillants aux seuls black blocs.

Cette agression frontale du SO syndicrate est du jamais vu, de ma propre mémoire. Il y a toujours eu naguère des bagarres dans les coins avec les gros bras. J'en ai vu tabasser des manifestants qui ne voulaient pas rentrer dans le rang il y a trente et quarante ans. Ils m'ont moi-même envoyé à l'hôpital alors que je me contentais de diffuser un journal avec pour titre « Révolution Internationale » (en 1979). J'ai vu aussi des manifestants remis à la police par ces zélés « flics syndicaux ».

En ces temps lointains l'armada CGT faisait la loi. Maintenant c'est fini, et ils peuvent s'attendre les

Les complices

prochaines fois à ce que leurs ballons ridicules soient encore crevés. Les petits politiciens Mélenchon et Roussel sont venus caracoler et le représentant du parti à 2% (le PCF) ledit Roussel a fait le malin en déclarant « on commence à exploser de colère » ; or, pas de pot, la colère c'est plus seulement contre Macron mais contre tous ces faux-cul de la gauche bourgeoise qu'elle explose.


LA PRESSE COLLABO

Toute la presse de gauche n'a ce jour rien dit sur ces « tensions en fin de manif », France infaux, Libération, L'OBS, 20 minutes. Motus bouche cousue. C'est ce qui s'appelle de la sidération car on n'a pas besoin de ces lâches pour s'informer. Sidérés mais pas pour longtemps ; ça va gloser et interpréter et moraliser avec avidité sur les plateaux bistrots des TV et radios. Mais notons pour l'instant la complaisance de la presse et ses minauderies avec le chefaillon Martinez décrit comme en colère et ferme, alors que son interview par LCI le montre piteux, presque tremblotant, interloqué et déstabilisé par les questions simples du journaliste.


Parmi les assaillants il y avait des black blocs qui ne sont certes pas la fine fleur de la classe ouvrière, qui ne me sont pas désagréables pourtant lorsqu'ils pètent des vitrines de banques ou d'agences immobilières, mais sans aucun projet politique ni graine de réflexion dans la cervelle. Par contre on a aperçu des gens qui se considèrent encore gilets jaunes, et qui se rappellent ne pas avoir été soutenus par les mafias syndicales, voire traités de « fascistes » par celles-ci et leurs obligés islamao-gauchistes (excusez la faute de frappe). On a pu voir aussi l'extrême jeunesse de ces divers assaillants, voilà qui est inquiétant pour tous les clans syndicaux en charge de la protection de l'Etat.

Il n'y a pas que dans la tête de ces jeunes hétéroclites et sans parti de référence qu'on considére que les syndicats sont des pourritures, les ouvriers licenciés eux aussi, qui ont vu les appareils étatiques « accompagner » les fermetures de boites, ou les combines pour sauver quelques uns en laissant les autres sur le carreau, et combien qui refusent désormais de prendre une carte syndicale ?


Ce crachat contre la flicaille syndicaliste est-ce l'Annonce d'une explosion plus vaste et plus pesée socialement ou bref feu d'artifice ? L'avenir proche nous le dira, mais à mon avis certainement pas un feu de paille. Et la symbolique est terrible. Même en 68 on n'osait pas cogner contre les « traîtres » professionnels.


 « Dans les pays de vieille culture parlementaire démocratique, la bourgeoisie a admirablement appris à agir non seulement par la violence, mais aussi par la tromperie, la corruption, la flatterie, jusqu'aux formes les plus raffinées de ces procédés. Ce n'est pas pour rien que les « déjeuners » des « leaders ouvriers » anglais (c'est à dire des commis de la bourgeoisie chargés de duper les ouvriers) sont devenus célèbres et qu'Engels en parlait déjà. La réception «exquise» que fit monsieur Clemenceau au social traître Merrheim, les réceptions aimables faites par les ministres de l'Entente aux chefs de l'Internationale de Berne, etc., etc., relèvent du même ordre d'idées. « Vous, instruisez les, et nous, nous les achèterons », disait une capitaliste anglaise intelligente à monsieur le social impérialiste Hyndman, qui relate dans ses mémoires comment cette dame, plus avisée que tous les chefs de l'Internationale « de Berne » réunis, jugeait les « efforts » des intellectuels socialistes pour instruire les leaders socialistes issus de la classe ouvrière ».

 

Lénine (Les tâches de la IIIe Internationale)




les pépères récup au bureau


1Toutes révélations qui se trouvent dans mon livre « L'aristocratie syndicale » sous-titré « Le syndicat instrument de l'Etat », publié en 2010, pages 335 et suivantes sur le financement louche de tous les syndicats.


Pour les « déductions » des potes islamo-gauchistes les assaillants du 1er mai étaient manipulés par les « fachistes » (suite)


Les islamo-trotkistes du NPA avec leur syntaxe débile se gardent toutefois de qualifier de fachistes les assaillants, sans doute au souvenir le leur propre tabassage de naguère par les gros bras CGT :

«  En prenant à partie le service d’ordre de la CGT et au-delà des militantEs de cette organisation syndicale, quelques dizaines de manifestantEs non identifiés ont commis des violences inacceptables contre une composante du mouvement ouvrier. Dégâts matériels contre les véhicules, insultes et attaques physiques contre des militantEs de la CGT et celles/ceux qui en prenaient la défense… Ce sont des méthodes qui n’ont rien à voir avec notre combat social. Nous ne confondons pas le nécessaire débat stratégique autour de la construction des mobilisations et des moyens de défendre les revendications du monde du travail avec l’action violente d’une petite minorité masquée. Nous tenons à assurer la CGT et ses militantEs de notre entière solidarité. Nous dénonçons aussi l’hypocrisie de ce gouvernement qui fait mine de regretter ces agressions contre la CGT, alors qu’au quotidien il réprime ou laisse réprimer les syndicalistes depuis des années et ne cesse d’attaquer le droit du travail. Il y a urgence à ce que les différentes composantes du mouvement ouvrier, forces sociales et partis politiques, se rencontrent pour discuter de quelle stratégie pour les mobilisations, et de quelle action pour protéger nos manifestations.

Montreuil le dimanche 2 mai 2021

Le bonze télévisé Benjamin Amar en a marre, c'est encore un coup de l'extrême droite. Seul collabo à être invité sur une chaîne en perte de vitesse face à CNEWS, Benjamin Amar s'exprime sur BFMTV, dimanche 2 mai 2021. Même s'il juge la question "assez compliquée"(sic), Benjamin Amar ne nourrit pas trop de doutes quant à la provenance idéologique de ceux qui ont violenté les cégétistes parisiens du 1er-Mai. Invité à réagir ce dimanche sur BFMTV aux insultes subies par le cortège de la CGT durant les manifestations, ce membre de la direction du syndicat contestataire s'en est tenu à "des déductions" (belle peau de banane du jouranliste de BFMTV) :

"Les insultes racistes, sexistes et homophobes, elles ont (...) été foisonnantes. En plus de ça, il y avait des insultes de classe", rapporte-t-il."Alliés objectifs ». Et le syndicaliste de donner un exemple. "À plusieurs reprises on a eu « elles sont à combien les merguez?' Alors ça je vais vous dire, c'est typiquement les insultes de l'extrême droite", assure Benjamin Amar. Pourtant la CGT vend bien des merguez au milieu de ses déductions et affabulations !

"Quand on s'en prend ainsi à un cortège CGT un 1er-Mai, idéologiquement, on est bien évidemment identifié. (...) Le 1er-Mai, Marine Le Pen a déposé sa gerbe devant la statue de Jeanne d'Arc en toute tranquillité, y a pas eu de problème", a regretté le bonze. Invoquant le marxisme, le syndicaliste en cite une notion "assez utile" à ses yeux, celle des "alliés objectifs", don le fachisme qui pourtant n'existait pas plus au temps de Marx qu'aujourd'hui.

Donc le marxisme CGT est un « marxisme collabo ».

Libé reste très neutre (clientèle bobo « insurrectionnaliste » oblige), ne donnant la parole qu'à une bonze syndicaliste qui demande pour les prochaines fois... une meilleure protection policière pour les « social-traîtres » !

Du côté de France-infaux le préposé collabo est Sylvain Boulouque présumé historien des mouvements sociaux mais lui aussi ordure flicarde sans nuance pour cracher sur toute révolte.

Quant au collabo national-pétainiste, le nain Zemmour, qui ne comprend que pouic à la situation sociale et aux besoins du prolétariat, du haut de sa petite taille il n'a rien trouvé de mieux que d'accuser encore et toujours  Robespierre, Lénine mêlé à Staline, et résumer le tout à une simple bagarre d'anarchistes contre les "autorités", alors qu'il prétend par ailleurs que la CGT ne sert plus à rien. Quel petit con.

Le 4 mai c'est le principal "Berger" social, collabo fort bien rétribué lui aussi, qui insulte et appelle à...dénoncer:

«Violence bête et aveugle», «gens décérébrés [...] qui vont se déchaîner sur une manifestation et passent à autre chose le lendemain», «ultraviolents», «extrémistes»... Le chef du syndicat réformiste a eu des mots durs envers les auteurs des violences, des «militants antisystème [...] qui sont parfois de petits-bourgeois» s'en prenant à des militants CGT sincères. Laurent Berger n'a pas souhaité s'avancer sur l'appartenance politique de ces personnes, ajoutant que cela n'avait «plus de sens [...] à ce niveau-là de violence». Les bonzes CGT si, devinez quoi?