"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

dimanche 9 août 2020

DEVOIR DE VACANCES: ARCHIVES DE LA GAUCHE COMMUNISTE ITALIENNE, IL SEME N°5 (suite du bulletin interne)

                                            Une critique des camarades belges

concernant la position contenue

dans le rapport Vercesi

sur les “revendications partielles”

(traduction:JP Laffitte)  

Les numéros 7 et 8 de “Comunismo”, l’organe de la Fraction belge, contiennent une étude de la situation en France intitulée : “Les convulsions de la décadence capitaliste dans la France du Front populaire”. Nous conseillons aux camarades de suivre les publications de la Fraction belge ; et, dans ce numéro de “Seme”, nous ne pouvons que nous limiter à mentionner les parties de cette étude qui sont destinées spécifiquement à critiquer les positions contenues dans le rapport Vercesi sur la question des revendications partielles.

« Si nous examinons maintenant les répercussions économiques que les Accords de Matignon ont eues sur les salaires ou sur la situation dans les entreprises, il est avant tout évident qu’elles ont été un coup dur pour ces dernières, et ce d’autant plus que – nous l’avons déjà indiqué – leur capital est en général de composition moyenne, c'est-à-dire d’équilibre entre le capital constant et le capital variable, et que les fluctuation des salaires se répercutent plus sensiblement sur le taux d’exploitation des forces de travail que dans les grandes  usines à machinisme développé. Rappelons qu’à capital égal, les grandes entreprises bénéficient normalement d’un taux d’exploitation supérieur. Mais, dans un cas comme dans l’autre, il n’en est pas moins vrai que toute augmentation des salaires réels fait baisser automatiquement le taux d’exploitation, étant donné que le salaire et la plus-value sont les deux éléments constitutifs de la journée de travail et que l’augmentations de l’un réduit inévitablement la part de l’autre, et inversement. En conséquence, quand les camarades italiens (dans “Bilan”  n° 43, p. 1405) nous disent que « le capitalisme parvient à élever le taux d’exploitation des ouvriers tout en procédant en même temps à des augmentations de salaire », il ne peut s’agir que d’une erreur provoquée par leur désir de conférer la force d’une preuve à la thèse qu’ils défendent et sur laquelle nous reviendrons dans le second chapitre (voir la suite des extraits de l’étude – Ndr). Ce qui est exact, c’est que l’augmentation du profit (et aussi de son taux – en  pourcentage – Ndr) peut parfaitement se conjuguer avec celle des salaires dans une phase d’expansion de la production, quand le capital constant se répartit sur une plus grande quantité d’unités produites, comme lorsque la masse de plus-value augmente. Dans le cas concret, en France, ni l’une, ni l’autre de ces éventualités ne s’est réalisée dans une mesure équivalente à une reprise. ».

L’on peut en revanche affirmer que les augmentations de salaire (en moyenne de 10%), combinées avec l’application des lois sociales, ont fait baisser temporairement le taux d’exploitation du travail à un niveau tel qu’il n’assurait plus (à l’exception des grandes entreprises) la rentabilité capitaliste. L’erreur consistait dans le fait de considérer que ce qui avait été concédé sous la poussée des masses pouvait s’incorporer définitivement dans le programme du capitalisme. La vérité est que le Front populaire a vu sa théorie de l’augmentation du pouvoir d’achat des travailleurs consacrée par les faits, et ce malgré lui : c’est ainsi que son crédit auprès des masses s’en est trouvé renforcé, ce qui constituait pour le capitalisme le gain politique qui compensait la perte économique subie en raison des Accords de Matignon. Ceux-ci étaient les conséquences que le capitalisme payait pour le rétablissement de l’ordre et la consolidation de l’Union sacrée. Mais le fait que, au lieu de pouvoir “diminuer” ses dépenses de production, comme la situation le lui imposait, la bourgeoisie ait été obligée de les augmenter et d’hypothéquer le profit prévu portait déjà préjudice à l’attitude qu’elle aurait prise à l’égard des réformes quand les circonstances lui seraient redevenues favorables, attitude qui s’est précisée après le dernier Conseil des ministres de Rambouillet.

La dictature capitaliste pouvait tolérer de grandes réunions populaires : cortèges, meetings, serments collectifs, et même des grèves de masse, à condition que cela se produise dans la confusion, dans une ambiance politique qui étoufferait les tout petits embryons de conscience prolétarienne susceptibles de devenir les éléments constitutifs d’une Fraction de gauche. La dictature démocratique comprenait qu’elle ne pouvait pas empêcher l’éclatement des conflits sociaux, mais il était toutefois d’une importance capitale pour elle de les encadrer dans le Front populaire et de les réabsorber, y compris au prix de concessions économiques temporaires au sein de l’Union sacrée des classes, laquelle ne pouvait pas trouver d’autre issue en dehors de la guerre impérialiste.

À notre avis, quelques précisions s’imposent ici parce qu’il semble que les formules énoncées par nos camarades italiens, préoccupés qu’ils sont de situer avec exactitude les luttes partielles dans le cycle des conflits impérialistes – qui ouvrent une nouvelle phase du capitalisme –, ont quelque peu embrouillé, plutôt qu’éclairci, les positions de la lutte prolétarienne dans la nouvelle situation.

Nous croyons pouvoir résumer l’opinion de ces camarades (Bilan, numéros 41-43 : Thèses de Vercesi) à peu près de la manière suivante : la nature prolétarienne de la grève revendicative ne garantit pas l’orientation ultérieure des événements vers des solutions prolétariennes : de plus, la lutte pour des revendications partielles ne traduirait plus réellement la contradiction entre la bourgeoisie et le prolétariat parce que l’évolution des situations aurait modifié la substance de cette contradiction. En d’autres termes, l’antagonisme social aurait été transféré de la sphère des grèves revendicatives dans la sphère supérieure des luttes pour le pouvoir.

Ceci se justifierait par le fait que les luttes partielles s’intègrent actuellement à un processus économique orienté essentiellement vers la production de guerre et que les succès revendicatifs conditionneraient en quelque sorte la collaboration des ouvriers à l’organisation et au fonctionnement de l’économie de guerre et, par conséquent,  également leur adhésion à la politique d’Union sacrée qui les précipite dans le massacre impérialiste ; la production intensive des armements rendrait ces succès possibles, et c’est ainsi que certaines concessions économiques du capitalisme (augmentation des salaires, 40 heures, congés payés, etc.) ne seraient plus incompatibles avec l’existence d’une société bourgeoise en déclin, comme les communistes l’affirmaient jusqu’au début de la période actuelle. Pour ce qui concerne la lutte partielle en soi, il est certain que, malgré le caractère inaltérable de sa nature de classe, elle n’a jamais contenu des vertus capables d’assurer le développement de la conscience de classe du prolétariat, mais uniquement des possibilités d’un tel développement.

Quand nous constatons par exemple que les succès économiques des ouvriers, en mai 1936, qui ont été obtenus incontestablement sous la pression des grèves, ont réalisé en contrepartie la victoire politique du capitalisme, nous n’enregistrons pas du tout un phénomène particulier à l’époque présente, celle de l’expansion de l’économie de guerre. Cette contradiction, nous la retrouvons par exemple à l’époque de “stabilisation” capitaliste de 1924-1928  et, plus en arrière, dans la phase “coloniale” du capitalisme, environ vers 1880-1900 ; les “succès revendicatifs” sont à la base de l’opportunisme de la II° Internationale et ils n’ont pas du tout développé automatiquement un progrès dans la conscience de classe.

Sans tomber dans le paradoxe ou dans l’arbitraire, l’on peut dire que le prolétariat a souvent – si ce n'est toujours – tiré de plus grands enseignements de classe de ses défaites que de ses victoires. Ceci se produit également dans le domaine revendicatif.

Pour un marxiste, la réforme sociale n’a jamais représenté “un morceau de socialisme” – même quand celle-ci se manifestait sous les formes les plus radicales de la “socialisation” comme en Espagne, en juillet 1936 – pour l’excellente raison qu’il s’agissait d’une expression de la vie capitaliste évoluant dans le cadre du système capitaliste et que, donc, par nature, elle était incapable de menacer les bases de ce système ; la réforme sociale est à la dictature bourgeoise ce qu’est la transformation sociale à la dictature du prolétariat. D’où l’opposition fondamentale entre Octobre 1917 en Russie et Juillet 1936 en Catalogne. Ceci ne signifie pas que, même dans le cadre bourgeois, la réforme sociale ne se heurte pas à des limites historiques pour être finalement écrasée dans les convulsions décadentes de l’évolution capitaliste. Mais quand nous interprétons cette situation comme étant une caractéristique du déclin impérialiste, nous n’avons pas l’intention d’énoncer une notion absolue, mais plutôt de souligner une tendance plus importante, que certaines conjonctures peuvent conserver ou bien renverser temporairement.

L’on peut donc affirmer que les succès ouvriers dans le domaine économique n’ont jamais enfreint les lois de la production bourgeoise, mais qu’ils ont plutôt tendu à “régulariser” le fonctionnement de la loi de la valeur et du salaire. En revanche, les étapes du développement du prolétariat, en tant que force idéologique et politique indépendante, ont représenté autant de coups de pioche dans l’édifice de la domination capitaliste et c’est bien pour cela que la bourgeoisie, si elle a souvent consenti à des compromis économiques, n’a jamais admis de transiger quand se posait la question du pouvoir.

Dans une telle éventualité, c’est la violence qui tranche le nœud gordien de la lutte, c'est-à-dire le rapport des forces en présence et non pas la volonté des révolutionnaires.

De manière analogue aujourd'hui, si nous devons rattacher les manifestations primitives de la lutte de classe (grèves revendicatives) à la réalité de la situation internationale, laquelle pose en termes aigus l’alternative de la guerre ou de la révolution (l’objectif central et permanent des marxistes consiste dans le fait de relier les réactions de classe aux situations réelles), nous devons le faire en nous rattachant nous-mêmes à la réalité du rapport de classe existant en définitive. Dire que la contradiction de classe s’est déplacée de la lutte revendicative vers la lutte pour le pouvoir et que, par conséquent, la revendication immédiate des ouvriers ne s’exprime pas dans la première, mais dans la seconde, c’est, par rapport au présent, se confiner dans le numéro gagnant.

C’est le travail central des communistes, lequel inspire toute leur activité immédiate et ultérieure, que de poser le véritable enjeu de la situation actuelle, à savoir sa chute inévitable si le prolétariat ne parvient pas à briser les liens de l’Union sacrée qui l’asservissent à l’État capitaliste : de souligner que, comme les prolétaires d’Espagne et de Chine doivent opposer leur défaitisme de classe à la guerre antifasciste, ceux des autres pays doivent agir de manière analogue par rapport au processus économico-politique qui les entraîne à leur tour dans le cycle de la guerre impérialiste, localisée ou générale. Il s’agit donc de directives générales qui traduisent la situation en langage communiste et qui font partie de la propagande politique de l’avant-garde. Mais il reste alors à les incorporer dans la lutte ouvrière afin de l’orienter vers l’autre issue de l’alternative : la révolution.

Le problème concret n’avance donc pas d’un pas parce que l’on affirme que l’antagonisme de classe ne se manifeste pas aujourd'hui entre patrons et ouvriers, mais entre capitalisme et communisme. En effet, l’opposition entre ces deux types de société révèle la nature de la contradiction fondamentale qui s’affirme en permanence, mais aussi objectivement depuis le moment où la production bourgeoise est en déclin. D’autre part, la lutte partielle, si elle n’est plus qu’une forme (la moins élevée) de la lutte historique entre la bourgeoisie et le prolétariat, elle demeure toutefois une expression de la contradiction de classe et elle ne peut pas être autre chose.

Pour les communistes, la revendication partielle n’est pas un objectif en soi, mais un moyen, un point de départ. Le fait que, à l’époque de la décadence capitaliste, lorsque la lutte ouvrière se limite à l’action revendicative, cela affecte toujours de manière défavorable son résultat, c’est l’ABC du marxisme, mais la lutte partielle revêt une importance capitale quand les ouvriers utilisent leur arme spécifique : la grève, que le capitalisme vise précisément à détruire. Dans certaines conditions, la grève est la seule action qui donne au prolétariat les possibilités de s’opposer à l’appareil d’oppression économico-politique du capitalisme et d’ouvrir un cours qui débouche vers le renversement des situations. Étant donné que nous vivons encore dans une phase profondément réactionnaire de la lutte de classe qui révèle que le prolétariat n’existe pas en tant que force politique indépendante, il est impossible de faire effectuer un saut à la lutte de classe en substituant comme objectif immédiat la lutte pour le pouvoir à celle qui incite les ouvriers à défendre leur pain. C'est dans la bataille revendicative que les communistes doivent démontrer aux ouvriers qu’ils doivent rattacher leurs actions à des objectifs supérieurs débouchant sur la phase révolutionnaire. Il ne s’agit pas de mettre la revendication partielle au premier plan, mais il s’agit simplement de ne pas oublier que c’est elle qui détermine tout le développement ultérieur et que c’est dans ce sens qu’elle est immédiate.

Sinon, l’on en revient à la position de Trotski qui, sur la base d’une analyse de la situation en France (avril 1935) et après avoir dénoncé le néo-communisme (sans la grève) des centristes, en arrive à conclure que « la plus immédiate de toutes les revendications était de revendiquer l’expropriation des capitalistes  et la nationalisation, la socialisation des moyens de production, mais que, puisque cette revendication était irréalisable sous le domination de la bourgeoisie, il fallait conquérir le pouvoir ! ».

        

 

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Idéalisme ou matérialisme ?

 

 

« Il y a toujours eu des faits, et des événements, visibles et tangibles pour tous (termes non soulignés dans le texte) et non pas seulement par certains prophètes privilégiés, qui imposent, de par leur évolution, des solutions de plus en plus claires et progressives, toujours dans l’esprit d’ “un pas en avant des masses” ».

 

Ce passage se trouve à la page 50 de SEME n° 4. Le renvoi aux faits, aux événements, n'est pas suffisant pour masquer le contenu antimarxiste de cette pensée.

Je dis antimarxiste, parce qu’idéaliste :

1°) Le terme “tous” détruit la notion de l’avant-garde qui doit être conçue du point de vue matérialiste, à savoir, par conséquent, en prenant comme comparaison le cerveau, qui secrète la pensée, et qui correspond à une “matière” plus élevée que ce que peut être l’autre, c'est-à-dire celle que tous, sous l’impulsion brutale des événements, peuvent concevoir.

2° Les mêmes tous, sans toucher et sans voir, savent par exemple qu’il y a aujourd'hui la guerre en Chine, mais pas tous cependant et même très peu savent que, en Espagne, c’est une guerre impérialiste qui y est menée, et tous ces gens qui ne savent pas cela en ce moment même paient de leur vie cette impossibilité de leur part de pouvoir s’élever au-dessus du toucher et du voir, et de comprendre la trame sanglante de l’embuscade tendue par l’ennemi.

 

Un philosophe idéaliste des années 1700 disait à peu près ceci : « Si tous les gens présents lors d’un certain fait qui a eu lieu s’accordent à dire la même chose après avoir vu, senti, touché, il est évident que cette pensée est juste ». Eh bien la Fraction, à elle toute seule, sans “toucher”, sans “voir”, a pu donner par exemple une réponse aux événements d’Espagne, une réponse qui, par la suite, a eu une confirmation si retentissante que même ses adversaires (les plus sincères) doivent reconnaître. Avec ceci, je ne veux pas dire qu’il est nécessaire d’être éloigné des événements pour pouvoir bien les comprendre, non, mais je veux seulement démontrer que ce n'est pas la présence pure et simple lors de certains mouvements qui permettent d’arriver à une compréhension, de même que ce n'est pas non plus lorsque les faits sont saisis par tous que l’avant-garde s’exprime, puisque son rôle n’est confirmé qu’à la condition qu’elle sache indiquer les symptômes d’une tendance en mouvement.

 

Cette condition idéaliste, que je trouve chez Bianco, pointe dans cet autre passage,    page 52 du SEME n° 4 : « Il y a celle du moindre effort qui substitue aux faits, à la vie, qui semblent arrêtés, des solutions idéales (les termes ne sont pas soulignés dans le texte) construites de manière cérébrale avec la pensée ».

 

Il est évident que l’on défend ici l’idée selon laquelle la pensée n’est pas le fruit de la matière, c'est-à-dire que la pensée peut être élaborée en dehors des faits, finalement de la vie ; l’on détruit ainsi la thèse fondamentale de la conception matérialiste qui proclame que la pensée est le produit du cerveau, lequel n’est rien d’autre qu’un organe bien “matériel” fonctionnant en tant qu’attribut de la réalité extérieure.

 

Et c’est toujours sur la même base idéaliste, à propos du rôle des militants communistes dans les syndicats, que Bianco s’exprime à la dernière page n° 56 du SEME n° 4 : « Le militant communiste dans le syndicat participe à toutes les manifestations, quelles qu’elles soient, qui sont organisées par les syndicats, il accomplit en cela la fonction d’un thermomètre qui enregistre la température. Son cerveau ne peut pas en être déréglé étant donné qu’il se trouve en dehors du milieu où se déroule la manifestation et que les fils régulateurs sont à l’extérieur, dans le parti qui lui se trouve dans le milieu historique déterminé et en opposition ouverte avec celui de la manifestation (termes non soulignés dans le texte). ».

 

Il est clair qu’ici aussi pour Bianco, le cerveau n’est pas un organe qui agit en reflétant la réalité, et c’est la raison pour laquelle celui-ci peut croire qu’il peut rester relié au parti tout en se trouvant dans le milieu historique en opposition ouverte à celui de la manifestation, même si lui, Bianco, demeure dans le milieu de la réalité ennemie, de sorte que pour Bianco, le militant qui est tel, puisqu’il est le fruit du milieu du parti, peut se détacher de ce milieu et agir sur un terrain qui n’a aucun lien avec la finalité que le parti lui-même se propose.

 

Et il ne faut pas croire que Bianco veuille répéter une notion ancienne et juste quand il est question d’agir sur un terrain spécifique de classe, non, il ne dit pas cela, bien qu’il écrive de manière très claire ceci : opposition ouverte à la manifestation ; c'est-à-dire que le parti se trouverait en opposition ouverte et que l’on pense que cette opposition n’a été appliquée par la Fraction que quand il s’agit d’organismes passés à l’ennemi. C'est pourquoi il est clair qu’il s’agit de la conception caricaturale du léninisme qui nous fait voir le bolchevik présent dans tous les lieux où la masse est présente et, quand l’heure sonne, crac, les “dirigeants” sont présents ; mais certainement que Bianco ne veut pas dire cela parce que, si c’était vrai, il aurait élargi le plan “stratégique” et proposé une pénétration de toutes les administrations de l’État par les militants ; et alors, qu’est-ce que cela veut dire ?

 

Pour autant que je le sache, la Fraction s’est trouvée en lutte contre tous sur les trois points suivants : 1°) pour la destruction et non la pénétration des syndicats fascistes ;           2°) contre la participation à la guerre impérialiste et pour le défaitisme et la transformation de cette guerre en guerre civile ; 3°) désertion et dénonciation des manifestations, y compris celles qui sont organisées par les syndicats sur un terrain d’union sacrée, prélude à la guerre impérialiste et lien direct avec elle. Bianco se trouvait-il peut-être en désaccord avec la Fraction sur l’un de ces trois points ? C’est impossible car ils sont unis par un lien si indissoluble que, si l’on en rejette un, cela revient à détruire les autres.

 

En définitive, s’il existe l’indépendance individuelle dans le domaine de la pensée vis-à-vis du parti, à l’intérieur de celui-ci, il n’est pas possible d’accepter l’indépendance du militant sur le terrain extérieur où l’organisme agit avec une physionomie organique et centralisée. D’autre part, le parti doit maintenir son indépendance au sein de la classe et il doit lutter toujours sur le terrain de classe, y compris quand celle-ci est la proie de l’ennemi. Le cours parallèle qui se déroule entre la classe prolétarienne et le parti n’a pas lieu parce qu’il existe une coïncidence entre les deux éléments, étant donné que, si l’on concevait les choses ainsi, l’on oublierait que le parti est également un fruit expérimental historique qui lui permet de rester sur les voies de classe en toute situation (et quand le parti dégénère, la Fraction apparaît en tant que continuité révolutionnaire).

 

Lier le parti aux conditions que l’ennemi parvient à donner au prolétariat équivaudrait à réduire l’avant-garde au même niveau que les organismes de masse, qui représentent un stade inférieur de la lutte historique de la classe prolétarienne, laquelle, au contraire, s’exprime par le biais du produit supérieur qu’est le parti.

 

Le terme de “synthèse” prend la place du concept démagogique ouvriériste que l’opportunisme est parvenu à faire triompher, afin de mieux trahir ce même prolétariat dont il voulait défendre “l’honneur” en déclarant que le parti est une partie intégrante de la classe. Dans la pratique, le concept en question est réalisé avec la transformation du parti en cellules, base décisive pour la destruction de la notion de parti. La formule de la synthèse exprime au contraire très clairement l’élément parti avec les points suivants : 1°) la notion d’indépendance du parti vis-à-vis de la classe, et bien que la marche des deux éléments soit parallèle, aille dans la même dircetion, il n’existe pas de solubilité des deux éléments ; 2°) la nécessité d’un apport scientifique historique qui ne peut provenir que des déserteurs de la classe ennemie(*) ; 3°) le caractère spontané des adhésions individuelles qui, en triomphant de tout particularisme, sont disposées à tous les sacrifices pour un organisme issu de la même volonté politique de ses membres, et, à leur tour, ces membres sont le fruit des conditions mêmes qu’ils ont créées.

 

Évidemment, si l’on accepte que le militant soit un produit du parti et que, d’autre part,  la théorie nous enseigne que l’individu ne peut être conçu qu’en tant que produit social et non isolé, en lui donnant une investiture divine (et c’est ce que Bianco fait) il n’est pas possible – à moins il ne s’agisse d’un phénomène inconnu de la science – que Bianco reste et agisse matériellement sur un terrain bien défini et concret, c'est-à-dire sur le terrain qui représente le cours qui est à l’opposé de l’autre cours révolutionnaire, celui où se trouve et agit cet organisme dont il est le produit.

 

Quand Bianco affirme que son cerveau ne se dérègle pas parce qu’il est attaché au parti « avec des fils », il fait encore une fois une erreur. Si l’on peut accepter que Bianco maintienne l’indépendance de son propre cerveau “individuel” (et, encore une fois, il ne s’agit pas de concevoir l’individu isolé, mais il s’agit ici d’un militant qui veut lutter pour la révolution dans le camp ennemi), et cette possibilité d’indépendance est très relative, le cerveau qu’est la cellule du parti est cependant immédiatement détruit. Si cela n’était pas vrai, toutes nos positions intransigeantes à l’égard de la méthode manœuvrière, érigée en principe par le centrisme, le trotskisme, etc., seraient erronées. Seraient alors justes toutes les manœuvres qui ont entraîné tant de défaites pour le prolétariat ; serait alors juste tout le bagage opportuniste à partir duquel, en tant que son opposition brutale, notre Fraction est née ; et enfin on verrait la destruction de la thèse historique fondamentale de l’impossibilité absolue de pénétration et de coexistence de la classe prolétarienne au sein de la classe capitaliste. Après le réformisme de la II° Internationale, après l’expérience de la dégénérescence de l’État prolétarien, et enfin après la dernière expérience des socialisations tant proclamées de la Catalogne, ce postulat historique représente l’un des points décisifs sur le chemin de l’émancipation de la classe prolétarienne, sur la route qui mène à la conscience de pouvoir opposer à la société existante l’autre société qui, abstraitement, se trouve au sein de la classe ouvrière et qui, concrètement, se forme et se réalise au sein de l’avant-garde, et ceci n’est possible qu’en opposition extrême à tout ce qui tourne autour de la société actuelle qui est mourante.

 

Une autre thèse, exposée à la page 54 du SEME n° 4, démontre la manière de penser antidialectique du camarade Bianco : « Les communistes ont toujours su et affirmé que les syndicats ont toujours représenté de fait l’Union sacrée en temps de paix et en temps de guerre. Ils savent que les syndicats ont toujours représenté, dans tous les pays, l’instrument fondamental, la soupape de sécurité, destiné à maintenir le lien du capitalisme avec le prolétariat et son contrôle sur lui ».

 

En admettant a priori un fait qui s’est conclu par l’évolution contradictoire d’années dont les révolutionnaires ont pu prévoir et dénoncer la tendance, mais dont il ne pouvait pas constater la conclusion sans tomber dans le ridicule, c'est-à-dire avant que la quantité de facteurs dégénératifs ne se soit transformée en qualité réelle de trahison, Bianco non seulement détruit la conception du saut, étant donné que, si la chose existait, la nécessité du déclenchement fait défaut, et qu’elle est même est impossible, mais encore une fois, avec ce raisonnement, il parvient au renversement de l’idéologie matérialiste qui admet le mouvement de la matière. De cette manière-là, dans le domaine des sciences naturelles et physiques, si l’on suit le concept de Bianco, l’on pourrait affirmer par exemple que l’être humain a toujours existé alors qu’il est prouvé que, avant l’homme, il existait des animaux, et que, encore avant, la planète se trouvait en pleine combustion volcanique.

 

La méthode dialectique permet au contraire, dans une certaine mesure, de concevoir et de mettre en œuvre des perspectives parce qu’elle donne la possibilité de repérer les différents éléments qui composent un mouvement donné, mais c’est seulement quand les conclusions se présentent concrètement qu’il est possible de prendre position sur la nouvelle orientation que les situations prennent à chaque étape conclusive.

 

En déclarant, face à la réalité objective actuelle de l’union sacrée, que celle-ci a toujours existé, Bianco exclut la possibilité d’évoluer dans les nouvelles situations, étant donné que la pensée marxiste ne peut progresser que sur la base concrète des faits. Il n’est pas possible de suivre l’évolution des situations sans avoir des points d’appui bien clairs. Bien qu’étant la négation de la logique formelle, la pensée dialectique n’en renonce pas pour autant à la proclamation de la vérité logique objective qui consiste à dire par exemple que nous sommes aujourd'hui dans une situation de guerre impérialiste. Cette constatation objective permet l’élaboration d’une pensée relative à une perspective à venir ; si, au contraire, l’on dit que la situation de guerre, d’union sacrée, a toujours existé, c’est la renonciation totale au progrès de la pensée et la pétrification de l’organisme qui, pour être révolutionnnaire, doit se trouver sur le “halte qui va là” des situations sous peine de se fossiliser.

 

Bien qu’étant un facteur de volonté, le parti agit dans les situations sur la base d’une possibilité d’action, et le croisement qui se produit entre la volonté et la situation objective représente la capacité du parti d’avoir une connaissance exacte de la situation extérieure. La capacité de la part du parti (ou de la fraction) de savoir déserter le terrain de l’union sacrée et dénoncer son action : la guerre, etc., c’est aussi la capacité d’intervenir demain dans les situations de la lutte révolutionnaire. Nous tromper en gravant la réalité du devenir dans sa propre caractéristique est une erreur relative, mais c’est une erreur fatale quand au contraire l’organisme est incapable de répondre au caractère immédiat de la situation. Si la capacité de juger la situation qui se présente fait défaut, c’est alors l’incapacité de savoir saisir le moment suprême, celui que Lénine, seul, en octobre 1917, a su indiquer et qu’il a fait triompher au sein de la Centrale du parti, c'est-à-dire le moment d’une situation, bien que se caractérisant comme révolutionnaire, pour laquelle la question insurrectionnelle ne se posait pas indépendamment de la présence de facteurs dont le contrôle demandait une extrême sensibilité à tous les mouvements de la matière incandescente. Le fait que la capacité du parti en ce moment-là se soit concentrée en un seul individu était peut-être inévitable, comme il était inévitable que le triomphe de la nécessité de l’insurrection soit acceptée à l’unanimité et cela non pas en raison d’un esprit “papiste”, mais parce que Lénine a pu s’élever au niveau du contrôle de la situation étant donné qu’il était le produit d’un milieu dont l’extrême sélection politique comportait une grand capacité de laquelle devait inévitablement naître une unité de vues.

 

Dire que le fait que les syndicats aient été la proie de la classe ennemie a toujours existé, c’est céder au pur fatalisme. Ce qui est certain et qui a toujours existé depuis que les organisations syndicales existent, c’est que deux orientations se présentaient à elles : l’orientation révolutionnaire ou celle de l’incorporation dans la classe ennemie ; la capacité marxiste, c’est la capacité de savoir surveiller et dénoncer là où l’incorporation se produit ; ne pas se préoccuper de cela, c’est concevoir que la lutte dans les syndicats doit toujours être menée les yeux fermés, même quand ces organismes ne sont plus sur un terrain prolétarien, cela veut dire mettre la conception marxiste au rancart, ne pas savoir distinguer ou ne pas chercher à distinguer les deux terrains : le terrain prolétarien et le terrain capitaliste ; voilà une belle méthode d’analyse digne de ceux qui pensent que la terre est immobile.

 

Il n’est pas possible non plus d’affirmer qu’il existait déjà un fait concret, dans sa formation, même minuscule, d’incorporation, du moment que les syndicats se trouvaient à la merci d’un ensemble de facteurs qu’il n’est pas possible de vouloir les comparer à la situation actuelle.

 

Avoir voulu affirmer dans le passé que tel ou tel facteur représentait les éléments définitifs de la trahison et de l’union sacrée aurait été du pur fatalisme ; ce qui en revanche est évident, c’est que le poison ennemi était présent et que le syndicat ne pouvait l’éviter qu’en empruntant la voie opposée, celle de la révolution. Ce poison était représenté par ces tendances contrerévolutionnaires qui agissaient bien sur un terrain de classe prolétarien, mais que la fraction n’hésitait pas quand même à dénoncer dans leur activité, parce que celle-ci, avec la maturation des situations, aurait amené le prolétariat dans les bras de l’ennemi.

 

On peut dire, après les déclarations de Staline et le 14 juillet 1935, que l’unité syndicale représente la conclusion victorieuse du capitalisme. C'est une unité qui s’effectue avec l’accord réciproque des deux organisations pour “l’indépendance syndicale” et l’interdiction de la liberté de fraction. Ne luttions-nous pas continuellement pour l’unité syndicale ? Eh bien la réalisation de cette unité a coïncidé avec la destruction  de l’unique élément qui représentait  l’espoir d’une orientation de classe : la fraction syndicale ; c’est sur cette unité que le capitalisme a réalisé les conditions pour une phase inévitable dans le parcours de sa décadence.

 

« Dans les périodes de “vide” qui coïncident presque toujours avec l’absence physique de l’avant-garde révolutionnaire, les éléments qui apparaissent sur la scène comme dominants, ce sont les antagonismes et la rivalité entre les différentes castes qui demeurent les acteurs principaux ».

 

Ce passage dénote une fausse vision de ce que représente la lutte de classe. Comme tous les prolétaires décapités, Bianco est transporté par la nébuleuse de la manœuvre de la bourgeoisie et il voit la situation à travers les lunettes que l’ennemi a imposées aux masses. Est-ce que ce sont les castes “rivales” qui luttent entre elles ? Ou bien est-ce la classe capitaliste, laquelle se présente sous les divers masques qui vont du fasciste au trotskiste, etc., qui se trouve dans les différents points qui correspondent à la place exacte occupée par la fonction d’empêcher le véritable ennemi (le prolétariat) de voir clair ? Il est sûr que les castes “rivales” luttent entre elles, mais c’est pour trouver la meilleure façon de massacrer le prolétariat, et c’est pour cela que la lutte de classe continue ; elle ne continue pas cependant sur le terrain d’hier, mais plutôt là où l’on assiste aujourd'hui à la destruction du prolétariat, que ce soit dans la guerre armée ou que ce soit dans la phase inférieure de l’union sacrée et de l’économie de guerre, et c’est dans ce secteur de la guerre que le prolétariat doit lutter pour faire irruption sur le terrain révolutionnaire, car c’est là qu’il est cloué. Un jour viendra où le prolétariat rira au nez de ceux qui indiquaient le sentier tortueux au fond duquel ne se trouvait pas le début de sa libération, mais plutôt la chaîne des fronts impérialistes et de l’économie de guerre.

 

Et de nouveau apparaît ici la fausse notion du concept marxiste : périodes vides, lutte de caste. Sans certainement le vouloir, Bianco annonce l’arrêt de la lutte de classe. Au contraire, la pensée marxiste nous enseigne que la matière est en mouvement perpétuel. Et si l’histoire trouve porte close sur le terrain du progrès économique, quelle est l’issue que le marxiste doit prévoir à propos de cette matière qui ne s’arrête jamais ?

 

Peut-être Bianco croit-il que ce sont les “castes” qui peuvent arrêter le mouvement ? Impossible, puisque la réalité extérieure existe indépendamment de la volonté humaine. Ce que peut faire Mussolini par exemple, c’est de fournir une orientation au mouvement, vers l’Éthiopie, vers l’Espagne, et le Front populaire ne fera rien de différent, c'est-à-dire canaliser le mouvement vers le secteur de l’économie de guerre. Mais est-ce que ceci pourra durer ? Non, impossible, et c’est pourquoi il faut que l’organisme puisse se trouver au point où la matière débordera et qu’il puisse savoir lui donner une orientation.

Et il est normal que, quand l’on ferme les yeux devant la situation de guerre et que ces yeux sont bien ouverts pour constater la lutte entre les “castes” en tant que facteur dominant, l’on ne puisse pas accepter l’indication qui correspond à la forme brutale dans laquelle la  lutte de classe se manifeste.

Les castes auxquelles Bianco fait référence ne peuvent pas lutter entre elles parce qu’il n’existe pas un abîme de classe qui les sépare ; toutes ces castes sont le fruit direct de la base économique sous-jacente qui se nourrit des chairs des prolétaires, elles sont le moyen de diversion que la bourgeoisie crée consciemment ou inconsciemment par lequel Bianco se fait brouiller la vue, de même que malheureusement tous les prolétaires ont la vue brouillée.

Les communistes au contraire, bien que surveillant les feux d’artifice qui éclatent entre les différentes castes, vont à la source réelle de la caractéristique de la situation, c'est-à-dire de la matière de base, et c’est pourquoi ils peuvent se permettre d’indiquer au prolétariat une voie de sortie qui, bien qu’elle ne soit pas acceptée immédiatement par les prolétaires, représente de toutes façons et inévitablement l’issue qui les rassemblera spontanément sous l’impulsion de situations finales.

 

   « Les revendications partielles : là comme ailleurs, le progrès est synonyme d’une extrême confusion. Pour rétablir certaines notions élémentaires sur ce problème, il est utile de préciser la signification que la question des revendications immédiates a toujours eu pour les communistes » (termes non soulignés dans le texte). Page 54 du SEME n° 4.

 

Bianco commence en disant que le terme de “progrès” est synonyme de confusion extrême, mais, après avoir fait cette déclaration, il ne répond pas au problème et il se transporte au contraire sur l’autre terrain, celui de l’orientation que les communistes doivent donner aux revendications : ce qui démontre que Bianco crée un dualisme entre les revendications de classe : soit un élément qui naît des contradictions de la société capitaliste en mouvement continu (ce qui ne veut pas dire seulement progrès car, dans la phase actuelle, le mouvement est orienté vers la régression (destruction)) et l’autre élément, celui du parti, qui (comme cela est dit dans une autre partie de l’article), indépendamment du fait qu’il agisse en se fondant sur la réalité immédiate de la lutte de classe, contient en lui une capacité et une conscience de l’expérience historique qui, ajoutées au facteur volonté, le fait se retrouver à l’avant-garde aussi bien des situations contingentes que de la phase historique. Dans la période progressiste du capitalisme, les revendications, en tant que facteur en soi, représentaient une poussée du progrès social historique, même si elles ne trouvaient pas immédiatement leur débouché sur le terrain politique. C'est le bernsteinisme et rien d’autre qui devait être le facteur contrerévolutionnaire, et pourquoi pas le réformisme ? Parce qu’il pouvait réellement s’appuyer sur des réformes qui n’étaient pourtant pas menées par magnanimité puisque la phase se caractérisait par la multiplication continuelle de l’exploitation économique fondée sur l’extension de la production et par la marche qui s’ensuivait vers le socialisme. Au lieu du socialisme, l’on a eu la guerre ; celle-ci était inévitable en raison de l’absence d’un organisme fondé sur la véritable interprétation de l’idéologie marxiste qui aurait su se servir du contenu progressiste des revendications et les orienter vers la conquête du pouvoir politique. Ceci démontre que les réformes, les revendications, etc., n’étaient pas en contradiction avec le cours révolutionnaire et que, jusqu’à un certain moment, il et elles marchaient du même pas.

 

Mais il vaut mieux passer immédiatement à la situation actuelle (en négligeant la période de reconstruction) laquelle pourrait être désignée comme l’extrême opposé de la phase indiquée ci-dessus, étant donné que, aujourd'hui, l’économie est fondée sur la production de guerre, c'est-à-dire non pas sur la multiplication, mais sur la destruction, de richesses, et donc sur la régression avec l’augmentation de l’exploitation.

 

L’élément politique contrerévolutionnaire de cette période ne peut pas être le réformisme classique ; pour transférer le prolétariat sur le terrain où il se trouve actuellement, il était absolument nécessaire qu’intervienne un élément capable de masquer l’exploitation terrible des masses à l’aide de la démagogie révolutionnaire, en particulier quand la situation se trouve déjà dans l’engrenage de la guerre. Pourquoi le centrisme et non pas le réformisme ? La réponse à cette question est fournie par l’importance actuelle de l’économie et logiquement des revendications.

 

Dans une autre partie de son document, dans SEME n° 4, Bianco tente de faire du tapage en se référant à Lénine, et mal lui en prend quand il veut citer le Que faire ?, son ouvrage “monumental”, parce que, en citant ce chef d’œuvre, il se trouve dans l’impossibilité de reproduire certains passages qui ne représenteraient pas une attaque contre ceux qui parlaient de « mouvement ouvrier pur », de « surestimation de l’idéologie », ou encore « d’ouvriers pour les ouvriers », contre ceux qui voulaient justifier la « soumission servile » à la spontanéité. Enfin, dans son livre, Lénine entre en lutte ouverte contre tout ce qui est périmé, contre ceux qui voulaient réduire le parti à un trade-union, contre ceux qui voulaient étouffer l’organisme (qu’il a su gagner en 17) sous le poids d’une phase dépassée, et, pour conclure son livre tout en répétant le titre : que faire ?, Lénine répondait : « liquider la troisième période ».

Liquider la phase primitive de l’évolution de l’organisme, ouvrir la voie vers le parti en renforçant le bagage expérimental grâce aux dernières expériences décisives, jeter les bases des liens internationaux, pousser les recherches à travers des perspectives générales, ne pas perdre de vue le maillon le plus faible, telle est la réponse de la Fraction.

 

Gigi

Le problème soulevé par le camarade Bianco dans le n° 4 du SEME est, je le crois personnellement, d’une très grande importance, et non pas parce que Bianco voudrait fournir une réponse à la situation actuelle avec des reflets de situations historiques qui ont évolué, mais il est important parce qu’il touche à une question de fond inhérente aux “critères marxistes d’analyse des situations” ; une tentative de clarification de ces critères serait, à mon avis, un grand pas en avant de la part de la Fraction sur la voie de la transformation en parti. Mais, pour avancer dans cette dircetion, il est nécessaire d’éviter que la polémique demeure restreinte à deux éléments, et c’est pourquoi l’entrée en piste d’autres camarades ouvriers entraînerait l’élargissement de la vision compréhensive d’un problème aussi important.

 

G.    

       

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 Résolution sur la question du fonds

 

Il résulte de l’analyse et de la discussion qui s’est ensuivie de l’article (le seul) publié dans le n° 4 du SEME signé Nino une série d’affirmations théoriques qui dénaturent la fonction politique de notre Fraction, et qui se contredisent les unes les autres.

Il n’y a pas d’ébauche de clarification de ce problème sérieux et épineux. Les positions de classe se confondent avec celles des rapports avec les masses. Les principes, les bases organiques, sur lesquels l’action des communistes doit se fonder, deviennent des conditions circonstancielles.

L’on refuse la présence de la classe dans les syndicats, mais on la retrouve sur le front de la guerre impérialiste. L’unique argument solide contre la résolution du groupe de Marseille serait l’absence de sérieux dans la partie polémique parce que l’on se réclame de la fonction de la Croix Rouge. Mais l’on fait silence sur les principes qui y sont exprimés.

Toute la tendance reste sur la tentative de justifier la position en occultant la notion centrale qui, bien qu’elle soit ancienne, ne cesse pas d’être ce qu’elle est.

Tout demeure conditionné par les bonnes intentions de la C.E. et non pas par l’harmonisation des positions politiques exprimées par la Fraction au regard de la guerre impérialiste.

Étant donné que notre Fraction est l’expression historique de la finalité de la classe prolétarienne, toutes les positions prises sont nécessairement des positions de classe, même quand elles sont d’énormes erreurs (voir la question syndicale).

La réunion décide de présenter des conclusions nécessaires à la clarification des positions opposées sur le fonds :

1°) Elle réaffirme son adhésion totale aux positions contenues dans la résolution présentée par la groupe de Marseille.

2°) Elle demande à tous les camarades de la Fraction de s’exprimer sur la question qui est arrivée à un point tel qu’elle compromet toute activité conséquente de notre organisation.

3°) Elle engage la C.E. à rédiger une résolution définitive sur le problème en discussion.

et 4°) d’organiser ensuite dans la Fraction un référendum sur les deux positions en présence afin de ne pas traîner la question jusqu’au congrès, ce qui équivaudrait à l’arrêt de toutes nos activités relatives à la situation espagnole, et ce qu’aucune mesure disciplinaire ne pourrait modifier et encore moins résoudre.

 

2 janvier 1938                      Voté par les groupes de Marseille, de La Seyne et de Lyon

                                                                       Un vote contre

Procès-verbal de la réunion

du groupe de Chambéry

avec la présence d’un camarade de Lyon

 

 

On ouvre la discussion sur la question de la solidarité, sur la base de souscriptions, pour toutes les victimes de la guerre impérialiste d’Espagne.

Le camarade de Lyon demande que la Fraction ne parle pas de souscriptions et qu’elle reprenne sa position initiale de ne pas intervenir par de l’aide dans la guerre d’Espagne, tout en considérant que, bien que cette guerre réponde à tous les caractères de la guerre impérialiste, elle présente et elle conserve un caractère tout à fait particulier. En réfléchissant sur les recommandations de la Fraction concernant toutes les victimes de la guerre, il se demande si ce n'est pas exactement le même sujet (l’aide) qui se présente également pour les volontaires fascistes de la guerre impérialiste éthiopienne. Puisque la Fraction soutient qu’en aidant une partie l’on prolonge la guerre, en aidant l’une et l’autre, sa durée sera doublée.

Deux camarades de Chambéry : si la C.E. avait bien interprété l’esprit de la lettre de Chambéry, ses reproches auraient été mineurs ou nuls. L’on y affirmait  la complète solidarité politique avec la position de la Fraction. Il était donc compréhensible que cette ligne politique serve de base de discussion (position déjà prise et défendue par ces camarades avant votre communication), tout en soutenant en même temps que la Fraction ne serait intervenue en Espagne que pour aider les saboteurs de la guerre impérialiste. C’est seulement à ces victimes d’un camp et non de l’autre qu’elle exprimait et offrait sa solidarité politique, morale et si possible matérielle. Ils n’ont pas eu l’intention de faire une rébellion politique en refusant de faire circuler les fiches telles qu’elles sont remplies mais, en toute franchise, ils ont dit non au lieu de oui (en ne faisant rien) quand ils reconnaissaient l’impossibilité de mener à bonne fin l’initiative que vous avez prise, comme vous-mêmes vous vous efforcez de le faire comprendre en affirmant que plus que la quantité d’argent récolté, c’est la solidarité morale qui émane de cet acte hautement classiste. Nous avions dit : il est impossible de faire circuler ces fiches parce qu’autrement même le peu de travail politique que nous pouvons effectuer ferait défaut. Vous n’entendez pas la chose ainsi. Nous au contraire, nous affirmons et nous considérons comme très utile à toutes fins de dire résolument non quand ceci reflète, comme dans ce cas, le sens de l’impossibilité.

    

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 Fédération du Sud –

Réunion élargie du Groupe de Marseille

 

Ordre du jour :

1°)  a) communications  -   b) cas Bacco

2°)  Lettre du Bureau de Paris

3°)  Situation internationale et les origines de la guerre

 

Communications et autres : l’on examine la situation financière des groupes et autres questions de détail.

Cas Bremond : Romano, Tullio et Pataro (La Seyne) demandent que soient prises des décisions sur l’attitude de ce camarade qui ne répond plus aux convocations du groupe. La décision est prise.

Lettre du Bureau parisien : Romano donne à nouveau lecture de la réponse d l’U.P.P., Tullio explique comment le Comité a été chargé de rédiger un schéma de réponse étant donné que la teneur ambiguë des conclusions des camarades de Paris avait soulevé un ensemble de considérations de caractère politique, mais, étant donné la présence d’un délégué du groupe de La Seyne, la lettre sera lue après la discussion.

Pataro : « Notre groupe a discuté de la réponse de l’UP ».

Alfredo s’est exprimé totalement contre, il dit que l’on ne répond aux questions que de manière incomplète ou complètement négative. Pataro dit que, pour lui, la question la plus brûlante est la question syndicale ; elle resurgit en plein  dans ses contradictions précédentes, en particulier après le projet Chautemps sur le “Code du travail”.

Milanese : « Malgré les contradictions créées par l’industrie de guerre, les bases essentielles des mouvements de masse demeurent les revendications partielles. Si l’on veut rester des communistes, défendre des positions de classe, il faut éviter de se poser “préventivement” le  problème de l’inéluctabilité de notre exclusion des organisations syndicales ; sur le fond, la Fraction a pris des responsabilités politiques. La lettre fait de l’ironie sur la question, mais ce qui reste, c’est la tentative de vouloir infiltrer dans la Fraction des idéologies “nouvelles” et tout aussi dangereuses. Si l’on insiste encore à vouloir tout renvoyer au congrès, nous devrons insister à notre tour sur la tenue rapide de celui-ci ».

Piccolo : « La première question à l’ordre du jour, c’est le fonds. Il est nécessaire de la résoudre parce qu’elle a pour nous une grande importance politique et qu’elle est aussi un problème d’activité communiste ; il est étrange que l’on cherche à l’éliminer en la rejetant au second plan pour ne plus en discuter. De toute façon, l’on devra rendre compte des décisions de nos groupes. “Question syndicale” dit que l’on veut appuyer sur le point faible, celui de la position sur les émigrés, mais il existe des positions de principe qui peuvent être défendues et porter leurs modestes fruits dans la lutte de classe ; tout le méfait est et reste dans le super-confusionnisme théorique qui culmine dans la position dangereuse : “il faut se faire exclure des syndicats”. Également sur notre proposition de faire venir un camarade, l’U.P.P. veut la résoudre de la manière la plus bureaucratique. En dehors de la presse qui est désormais devenue une normalité, il n’est pas possible de faire autrement, l’on méconnaît toute l’importance d’un minimum de travail politique, et l’effort des camarades qui voudraient le faire est refusé sous des prétextes financiers. ».

Romeno : « Refuser que l’on puisse défendre les positions de classe de la Fraction relative aux syndicats, c’est méconnaître l’utilité du travail parmi les masses. Même si l’on tient compte de notre position de soi-disant étrangers, cela ne peut cependant pas faire obstacle aux questions de principe qui sont notre fondement, et que personne d’entre nous n’a jamais pensé à abandonner, comme on le prétend, pour faire quelque chose. Cela ne dépend certainement pas de nous si la situation évolue dans une direction favorable au capitalisme, car ici intervient une série de facteurs que nous avons examinée et que nous continuerons à examiner. ».

Eugenio : « J’insiste particulièrement sur la question du fonds, nous avons fait un effort pour clarifier la position qui nous semble juste et le centre n’a pas le droit de renvoyer la conclusion à l’infini ». Romano réplique que cela fait des mois qu’au lieu d’éclaircir le débat, on l’embrouille, et qu’il est nécessaire de pousser la discussion jusqu’à son point maximal.

Tullio : « Je souligne que l’on fait un effort pour régler différentes questions à l’amiable. Il y a un abîme entre les thèses syndicales proposées à l’époque et le dernier article de fond du journal. S’il est vrai que l’on n’a pas pris des positions publiques sur la nouvelle “orientation”, du moins sur l’orientation syndicale, la question de l’arrêt du peu de travail péniblement entamé a été un fait que personne ne peut démentir. Les camarades n’ont qu’à examiner la situation complètement opposée de nos groupes par rapport aux contacts avec de petits groupes d’ouvriers syndicalistes et en tirer les conclusions. Toutes les “nouvelles” questions sont la conséquence de cette analyse de la situation internationale. Il est urgent d’approfondir les problèmes qui sont débattus dans la Fraction, et certains camarades se sont déjà opposés à l’exagération de l’évaluation donnée aux manifestations particulières, mais qui n’ont, à mon avis, rien de nouveau. C'est pour ces raisons-là que le groupe a décidé de reprendre la discussion sur le nœud de l’affaire embrouillée : la situation internationale et les origines de la guerre. ».

Romano donne lecture de la copie d’une réponse à l’U.P.P., laquelle est approuvée par le groupe.

Pataro déclare que le groupe de La Seyne décidera lors de sa réunion la réponse conforme aux conclusions des camarades.

Étant donné l’heure avancée, la discussion sur la situation internationale est renvoyée à la prochaine réunion.

À la suite d’une explication que l’on a eue avec le camarade Bacco, le groupe a décidé d’annuler la candidature dudit camarade. De plus amples informations seront transmises au centre dans la lettre qui suivra. Par voie de conséquence, suspendez l’envoi de la correspondance au susdit.

Saluts fraternels

Tullio

 

    

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 Résolution présentée par le camarade Martin

à la suite de la réunion de la Fédération (9 janvier)

et approuvée par deux membres du C.F. de paris

 

Le camarade Balilla écrira ce qu’il pense de ce problème.

 

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Pour résumer la discussion qui a eu lieu dans la Fédération sur la constitution du Bureau international, le C.F. déclare qu’il existe un accord entre le C.F. et l’ensemble de la Fédération sur le fait de constater que la constitution du B.I. représente la réponse marxiste à la conclusion de la situation, conclusion qui s’exprime objectivement dans la guerre de par le monde entier, même si on ne la fait pas dans tous les secteurs, étant donné que l’économie qui exprime la maturation de la situation de guerre dans ces secteurs, où les contradictions sociales se trouvent encore à évoluer, se situe dans le domaine qui voit la manœuvre du capitalisme pour faire déboucher la situation dans le conflit armé lequel n'est rien d’autre qu’une conséquence directe des caractères économiques fondés de manière éminente sur la production d’engins de destruction qui représentent pour le moment en soi la destruction de richesse dans l’attente de la destruction du potentiel humain.

Le C.F. constate qu’il existe une évolution dialectique des positions prises dans le passé sur la question des rapports avec le mouvement international.

La constitution du B.I. par la C.E. et par la Fraction belge est la réponse communiste à la situation actuelle ; la réponse marxiste pour ceux qui pensent être l’avant-garde et le guide des luttes prolétariennes de demain.

Ce n’est ni par hasard, ni par caprice de sa part, ni par sa volonté de faire quelque chose, que la C.E. a créé le B.I., et encore moins pour compléter le troisième angle d’un triangle. L’histoire nous enseigne que toutes les situations qui se créent ne sont qu’une continuité de la lutte historique entre deux ennemis de classe, c'est-à-dire que les situations résultent des contradictions du régime bourgeois et que les solutions procèdent de l’avant-garde prolétarienne ; les événements historiques ne sont qu’une chaîne d’événements qui se succèdent l’un entrelacé avec l’autre, et les solutions communistes à toutes ces situations sont aussi une suite de solutions dont l’une complète l’autre, c'est-à-dire qui s’entremêlent en créant un bagage idéologique communiste qui nous permet de fermer l’anneau de la chaîne idéologique marxiste ; que ceci soit un triangle ou un carré, nous laissons aux géomètres d’en décider. Avec ceci, bien entendu, il n’est pas exclu qu’un crochet de la chaîne puisse être mal soudé et qu’il ne brise momentanément la bonne continuité de la ligne marxiste.

Pour ceux qui pensent que, du fait de l’isolement de la Fraction par rapport aux masses (et c’est pour cela qu’ils sont opposés à la constitution du B.I.), l’on ne peut pas donner une réponse marxiste à la situation  parce que la Fraction est isolée, que ses mots d’ordre ne sont pas entendus, ces camarades sont de fait dans l’autre camp ; en effet, nos ex-amis de l’ex-minorité, avaient exactement la même réponse concernant l’Espagne : « Ceux qui ne voulaient pas aller se battre en Espagne avec la masse prolétarienne étaient des traîtres et des gauchistes de bistrot, ou des gens qui vivaient dans les nuages » (parole qui était très chère à l’ex-minorité), mais rester sur la terre, c'est-à-dire aller là où est la masse, ne pas se détacher d’elle, voulait dire ne pas donner une réponse communiste à tous les problèmes. Nous n’hésitons pas à affirmer qu’il vaut mieux vivre dans les “nuages” que rester sur “terre” et se rendre de ce fait responsables du massacre. Il semble juste de penser pour ceux qui ne répondent plus de manière marxiste à la situation, en raison du fait que les masses ne nous entendent pas, mais au contraire approuvent le criminel qui trucide ses meilleurs défenseurs, que nous vivons hors du monde réel, mais que nous sommes convaincus, ou du moins nous nous y efforçons, que lors du réveil des masses, celles-ci nous trouveront sur la “terre”, bardés de l’idéologie communiste qui conduira à la victoire, et non pas dans le camp de ses bourreaux. Les erreurs de Lénine sur la question de la constitution de la III° Internationale et des partis, le 1923 allemand, toujours sur la base de la thèse selon laquelle l’on ne doit pas se détacher des masses, doivent nous enseigner à répondre aux problèmes que la situation nous impose : non pas du point de vue de l’influence numérique, mais de l’autre point de vue marxiste qui correspond aux intérêts finaux du prolétariat.

C’est la raison pour laquelle la réponse fournie par la C.F. à la situation, avec la création du B.I., correspond à la nécessité de sauver la classe du tourbillon dans lequel elle se trouve, à savoir celui de la guerre.

Avec la parution de “Bilan”, la Fraction a donné à l’avant-garde du monde entier les directives pour la constitution de groupes ainsi que la possibilité de le faire, grâce à une clarification idéologique indispensable, en vue de la création de la Fraction dans tous les pays, et si aucun groupe ne s’est constitué autour de ces directives, la situation impose à la Fraction de ne pas attendre cette création, mais si elle se retrouve seule, ou presque, la réponse à donner n'est que le corollaire marxiste pour les besoins historiques des masses.

Et donc la création du B.I. correspond pleinement à la réalité actuelle en vue du sauvetage des énergies prolétariennes et de permettre à celles-ci de créer l’organisme marxiste en tant qu’unique garantie de la victoire de demain.

D’autre part, la création du B.I. établit aussi la nécessité pour l’activité de la Fédération de faire apparaitre les conditions de sa création par la gauche en France, et cette activité doit être effectuée par la direction révolutionnaire et contre toutes ces formations politiques qui crient pour réclamer dix sous de plus pour le salaire et des armes pour l’Espagne. Soutenir aujourd'hui en France, et faire croire aux ouvriers, que les luttes partielles sont une victoire de classe, sans promouvoir dans le même temps la lutte contre la guerre, c’est permettre qu’ils ne trouvent pas le chemin de classe, c’est se rendre complice de l’Union sacrée.

 

Janvier 1938

 

 

     

 

 

 

      

 



(*) « Le porteur de la science n'est pas le prolétariat, mais les intellectuels bourgeois : c'est en effet dans le cerveau de certains individus de cette catégorie qu'est né le socialisme contemporain, et c'est par eux qu'il a été communiqué aux prolétaires intellectuellement les plus développés, qui l'introduisent ensuite dans la lutte de classe du prolétariat là où les conditions le permettent. Ainsi donc, la conscience socialiste est un élément importé du dehors dans la lutte de classe du prolétariat, et non quelque chose qui en surgit spontanément. ». (Citation de Kautsky dans le Que faire ? de Lénine).

 



samedi 8 août 2020

DEVOIR DE VACANCES: ARCHIVES DE LA GAUCHE COMMUNISTE ITALIENNE, IL SEME N°5

 

IL SEME COMUNISTA

 

(La semence communiste)

Quelle chance tu as lecteur, les pieds dans le sable, de pouvoir t'instruire sur la manière dont les vrais communistes d'avant-guerre débattaient entre eux, et de l'épineuse question syndicale (cf. la nécessité ou pas de continuer à agir dans ces organismes récupérés par l'Etat capitaliste, et la virevolte du grand chef Vercesi). Et tu penseras à remercier Jean-Pierre Laffitte notre infatigable traducteur émérite. 

 

BULLETIN INTERNE DE LA FRACTION

ITALIENNE DE LA GAUCHE COMMUNISTE

 

N° 5                                                                                                         Février 1938

  

SOMMAIRE

 

1°) – Question syndicale :

a)      Les syndicats et la guerre impérialiste (Michel)

b)      Contribution à la discussion sur le rapport Vercesi – suite – (Luciano)

 

 

2°) – Questions générales :

a)      Une critique des camarades belges concernant la position contenue dans le rapport Vercesi sur les “revendications partielles”.

b)      Idéalisme ou matérialisme (Gigi)

 

 

3°) – Fonds de solidarité pour les victimes de la guerre impérialiste

a)      Résolution du groupe de Marseille

b)      Procès-verbal de la réunion du groupe de Chambéry

 

 

4°) – Vie de la Fraction :

a)      Procès-verbal de la réunion du groupe de Marseille

b)      Résolution du C.F. de Paris sur la constitution du Bureau International

 

 

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Les syndicats et la guerre impérialiste

 

 

1°) Classe –syndicats

 

Dans la Contribution, Marx écrivait : « À un certain stade de leur développement, les forces productives de la société entrent en contradiction avec les rapports de production existants ». C’est sur ces derniers que repose une superstructure juridique et politique à laquelle correspondent « des formes de conscience sociales déterminées », mais la « réalité sociale » n’est procurée que par les contradictions entre les forces et les rapports de production : c’est là que se situe le mouvement de la société !

Les antagonismes sociaux découlent directement de l’évolution de cette contradiction fondamentale et ils en accompagnent le cours en permanence. La lutte entre les classes est le produit des antagonismes sociaux, ou un stade d’élévation des luttes sociales dans lequel les hommes ont atteint la conscience – de manière élémentaire ou accomplie – des objectifs de classe qu’ils doivent réaliser pour conduire à son terme le conflit économique qui mine la vieille société.

Les Thèses de Rome disent : « Le prolétariat n’apparaît et n’agit comme classe dans l’histoire que lorsque se dessine en lui la tendance à se donner un programme et une méthode commune d’action, c'est-à-dire à s’organiser en parti ».

Le prolétariat apparaît donc comme une classe quand les antagonismes sociaux ont trouvé leur reflet dans la “tendance” à construire un programme et une méthode d’action, même si cette méthode d’action et ce programme sont élaborés par des intellectuels bourgeois, transfuges de leur classe.

À un stade déterminé de l’évolution historique, le degré atteint par les antagonismes sociaux rend permanente la “tendance”, laquelle se renouvelle, progresse, se complète à tout instant. Mais la classe, de même que les antagonismes sociaux, ne disparaît jamais. Pour la classe dominante, il est possible, dans des situations données, d’empêcher les antagonismes sociaux de se raccorder à la “tendance” qui n’est que leur reflet critique dans la conscience des hommes. L’avant-garde de la classe exprimera les phases de celui-ci avec des formes particulières d’organisation, mais, parallèlement à l’évolution des contradictions sociales, elle poursuivra la maturation des solutions prolétariennes aux contradictions du monde capitaliste. Antagonismes sociaux et conscience communiste ne s’engendrent pas à la manière dont la cause produit l’effet, mais de façon dialectique : les hommes agissent sur les antagonismes qui s’opposent en catégories distinctes et ils y puisent leur conscience sociale (conscience de classe) : c'est-à-dire la conscience à agir en tant que classe, et donc en tant que parti politique. Les antagonismes sociaux ne créent pas la conscience de manière spontanée et automatique : « Les hommes font leur propre histoire » : et la réalité sociale comprend : « l’activité concrète humaine » (Marx).

Le cours de l’évolution des luttes de classe à un moment déterminé amène les exploités à se regrouper autour de « foyers organisationnels de la classe ouvrière » (Résolution de la    I° Internationale sur les syndicats), et c’est ainsi que naissent les syndicats.

Les syndicats, à leurs débuts – et aussi par la suite –, n’auront pas seulement une fonction qui consistera « à être un moyen permettant de mettre en œuvre (pour les ouvriers) la loi capitaliste des salaires, c'est-à-dire la vente de la force de travail au prix courant du marché » (Rosa Luxemburg), mais ils seront l’expression spontanée de l’organisation primitive de la classe sous l’impulsion des contradictions sociales et le seul stade que les ouvriers, abandonnés à leur seule force, pourront atteindre sur la voie de leur émancipation. L’on connaît à ce propos la polémique lancée par Lénine dans son  Que faire ? contre les économistes. Les mouvements spontanés des ouvriers représentent « la forme embryonnaire du conscient », mais la conscience socialiste ne pouvait leur être apportée que de l’extérieur. Abandonnés à leur seule force, la classe ouvrière ne pouvait atteindre que la conscience “trade-unioniste”.

L’apparition des syndicats indique donc « une forme embryonnaire de la conscience » parmi les masses et l’histoire du mouvement ouvrier dans tous les pays prouve que la conscience apportée de l’“extérieur”, c'est-à-dire la tendance qui pousse à la formation d’un parti, évolue parallèlement au mouvement syndical ; à l’expression directe de l’antagonisme correspond presque toujours la tendance à lier les ouvriers à une conscience historique de leur fonction. Mais le syndicat ne peut pas être davantage qu’un “foyer” d’organisation prolétarienne, et c’est le cours que suivra l’évolution de la conscience de classe, à travers le parti, qui résoudra le problème de son devenir.

Le syndicat n'est pas seulement la première forme originale créée par les ouvriers eux-mêmes, mais il est la première tranchée de classe opposée à l’État capitaliste. Les Thèses de Rome disent à juste titre : « L’organisation syndicale se presente historiquement comme l’antithèse et la négation de la démocratie bourgeoise et du régime parlementaire ».

L’opposition entre les forces et les rapports de production surgissait au début comme l’opposition entre l’État capitaliste omnipotent et la révolte du prolétariat, lequel se regroupait afin de défendre et d’élever sa condition de vie, ce qui se réalisait par l’obtention de droits politiques spécifiques. La lutte pour les syndicats, c’était la lutte contre la démocratie bourgeoise, puisque cette lutte provenait du terrain des antagonismes économiques irrépressibles et que les revendications des masses faisaient naître des démarcations de classe, alors que la poussée des exploités vers les droits politiques facilitait le croisement de leur révolte avec les « apporteurs du socialisme ».

Avant la guerre, au sein de la I° Internatioanle d’abord, de la II° Internationale ensuite, la lutte entre révolutionnaires et opportunistes a gravité autour de ces problèmes-là : « Marx s’opposa à Bakounine en prouvant que toute lutte est économique et politique en même temps » ou bien que « son activité politique et son activité économique sont étroitement liées ». Il ne suffit pas que les ouvriers créent spontanément des syndicats et luttent pour leurs revendications, mais il est nécessaire qu’ils s’organisent en parti politique parce que c’est en lui que réside le sens réel de leur bataille revendicative dans cette phase historique.

Dans la II° Internationale, les marxistes et les révisionnistes luttent à propos de problèmes qui concernent les rapports entre les syndicats et le parti : le syndicat se suffit-il à lui-même ? Son développement permet-il aux ouvriers de pénétrer l’État capitaliste et d’arriver, du fait de la conquête parallèle de réformes sociales, pacifiquement au socialisme ? Les révisionnistes faisaient de la lutte revendicative du syndicat la négation des deux revendications politiques, tandis que les marxistes faisaient de la lutte revendicative des syndicats des moments parallèles pour la construction de l’organisme de la révolution.

Lors de ces deux périodes, les syndicats, expressions prolétariennes des antagonismes sociaux, faisaient donc partie du processus au cours duquel le prolétariat affirme son indépendance de classe, affirme sa revendication de classe (laquelle, et Vercesi l’a fait remarquer dans son rapport sur le Bureau international, n’est que l’expression de la revendication économique centrale de l’époque contenue dans l’opposition entre forces et rapports de production), crée son parti de classe. À l’origine du mouvement ouvrier, les syndicats et les organisations politiques se confondront souvent, et cela dépendra du fait que l’explosion des antagonismes sociaux se confondra avec les premières tentatives pour introduire parmi les ouvriers les ferments du socialisme. Dans la II° Internationale au contraire, l’afflux des masses dans les syndicats, au moment de l’expansion impérialiste du capitalisme, donnera naissance à des tendances voulant séparer les syndicats d’avec les partis, les antagonismes sociaux d’avec leur conscience finale, sous prétexte que ces bastions économiques des ouvriers leur permettraient de conquérir l’État en raison de l’amélioration de leurs conditions de vie et du développement d’une conscience syndicaliste. L’on sait que le capitalisme parviendra à ses fins avec la corruption simultanée des partis socialistes et des appareils syndicaux dans tous les pays. La guerre impérialiste de 1918 a marqué le terme de cette évolution. Il s’agit maintenant de retrouver les problèmes centraux, ce qui aidera à la compréhension des problèmes actuels.

Le passage des syndicats à la participation au massacre de la guerre était la conséquence du travail de corruption du capitalisme en leur sein. Mais cela signifie-t-il que la base des syndicats a été frappée dans sa nature ?

Il existe deux méthodes d’analyse : ou bien l’on considère que ce sont les dirigeants qui sont corrompus tandis que le syndicat demeure tel quel, ou bien l’on estime que la nature de classe des syndicats subsiste (parce qu’elle repose pour toujours sur les antagonismes sociaux), mais que leur fonction s’est modifiée radicalement. Dans le premier cas, il suffira de mettre de dirigeants communistes à la tête des syndicats et le problème sera résolu ; dans le second cas, il s’agit de renverser toute une situation, de détruire une fonction capitaliste et de la remplacer par une fonction prolétarienne ; l’on peut même supposer le cas d’une insurrection communiste qui détruira formellement les syndicats alors que l’on détruit seulement la fonction capitaliste, mais que leur nature reste intacte. Certes, nature et fonction doivent correspondre, du moins pour des raisons “logiques”, mais le problème est encore une fois dialectique et, si l’on se souvient qu’antagonisme social ne signifie pas automatiquement conscience sociale, l’on comprendra facilement que nature prolétarienne ne signifie pas automatiquement fonction prolétarienne.

Quand les syndicats réformistes se sont engagés dans la guerre de 1914-1918, ils avaient avec eux l’ensemble des ouvriers qui étaient emprisonnés dans un cours de situation qui avait vu la corruption capitaliste modifier l’orientation des contradictions de classe.

En Allemagne, en France, les syndicats prenaient place aux côtés de l’État capitaliste, ils participaient à la production destinée à la guerre, ils fraternisaient avec les exploiteurs dans l’Union sacrée, ils pouvaient également tenter de s’incorporer à l’État ; le fait essentiel, qui a été confirmé par les mouvements revendicatifs qui ont fait grève durant la guerre, était qu’ils continuaient à maintenir en leur sein les antagonismes de classe qui pouvaient être –provisoirement – rejetés dans le massacre impérialiste. C’est l’explosion des premiers mouvements révolutionnaires, c’est la transformation substantielle des situations, c'est-à-dire la révolution prolétarienne opposée à la guerre, qui devait arrêter le cours des antagonismes sociaux orientés vers le massacre et faire naître dans les syndicats des mouvements de classe qui ont obligé les réformistes à faire, prudemment, machine arrière. C'est seulement là où agissait un parti d’avant-garde capable de faire le geste de la révolution que la fonction capitaliste des syndicats a pu être détruite et sa nature harmonisée avec sa fonction.

L’afflux des masses dans les syndicats après la guerre s’explique par le fait que la nature de ces derniers demeurait malgré tout fondée sur les antagonismes sociaux et c’est l’absence d’un parti qui a empêché les ouvriers de leur donner une fonction révolutionnaire. Par conséquent, la tendance orientée vers l’organisme de classe transitait encore par les syndicats étant donné que le stade atteint par la contradiction sociale passait encore en eux. Certes, les luttes des ouvriers à cette époque-là ne gravitaient pas autour du problème de la vie chère ou de l’amélioration des salaires. Mais, sous la forme confuse des luttes partielles, les prolétaires étaient poussés à s’orienter vers les problèmes provoqués par la guerre et par la révolution russe. La fonction des syndicats réformistes et de la social-démocratie à cette époque-là a été d’endiguer les batailles revendicatives avec de larges concessions, quand il n’a pas été nécessaire d’employer la force armée afin de briser les révoltes ouvrières.

Dans la résolution que nous avons présentée au sein du bureau de Paris, l’on trouve à ce propos des formulations inexactes, qui sont plutôt l’expression d’une recherche qu’une explication politique. Il y est dit : cette orientation (c'est-à-dire l’appel fait aux masses de se concentrer autour du mot d’ordre de la révolution après la guerre) aurait fait comprendre que les syndicats organiquement liés à l’État capitaliste devaient être combattus par les masses, et c’est l’évolution qui s’est produite autour du parti qui aurait permis l’apparition de nouveaux organismes de masse  Poser ainsi le problème signifiait le poser dans le vide parce que l’on aurait dû prouver que les syndicats incorporés à l’État avaient modifié leur nature et que, étant donné que l’expression des contradictions de classe n’était plus possible, il fallait lutter au moyen d’autres organisations. Et l’on devait démontrer que le parti, puisqu’il pouvait déclencher l’assaut révolutionnaire, était aussi à même de briser la fonction contre-révolutionnaire des syndicats afin d’en libérer la nature de classe. Tant que cela n’existait pas, les communistes étaient contre la scission syndicale, ils s’opposaient aux tentatives de remplacer les syndicats par d’autres organismes artificiels, mais, en revanche, ils prétendaient promouvoir dans les syndicats une politique conforme aux problèmes de l’époque et de nature à concentrer les ouvriers autour du problème de la révolution qui était posé par l’apparition de la III° Internationale. Celle-ci, en exploitant quelque peu La maladie infantile de Lénine et surtout avec ses directives des III° et IV° Congrès, rendait obscur le problème en remplaçant l’analyse réelle de l’évolution des syndicats en fonction des nouvelles situations par le tournant vers les masses : d’où le caractère tortueux ultérieur de la politique syndicale communiste. À propos de la scission syndicale, le II° Congrès adopte la position suivante :

 

« S’il arrive pourtant qu’une scission s’impose comme une nécessité absolue, on ne devra y recourir que possédant la certitude que les communistes réussiront, par leurs efforts ininterrompus contre les bonzes opportunistes et par leur participation très active à la lutte économique, à convaincre les larges masses ouvrières que la scission se justifie non par des considérations dictées par un but révolutionnaire encore très éloigné et vague, mais par les intérêts concrets immédiats de la classe ouvrière, correspondant aux nécessités de l’action économique. Dans le cas où une scission deviendrait inévitable, la tactique des communistes devrait se fonder sur une analyse scrupuleuse de la conjoncture politique et sur la prévision  des conséquences de la scission en particulier à ce que cette scission ne les isole pas de la masse ouvrière » (Le mouvement syndical, les comités de fabrique et d’usine).     

 

C’est à l’appui de cette thèse que Vercesi et le  soussigné ont élaboré le rapport syndical présenté à la Ligue des Communistes de Belgique (en août 1933), en posant l’alternative pour le cas d’une scission éventuelle : la situation révolutionnaire dans laquelle elle ferait partie intégrante de la lutte générale du prolétariat, ou bien la mainmise par le fascisme sur les syndicats et leur transformation en corporations. À cette époque-là, nous avions retenu une éventualité : « l’incorporation des syndicats dans l’État démocratique bourgeois au cours d’une nouvelle guerre impérialiste peut signifier, mais pas de manière absolue, la nécessité de créer de nouvelles organisations syndicales ». Le fait est que, dans l’immédiat après-guerre, les syndicats réformistes, qui avaient archi-trahi les intérêts du prolétariat, ont vu tout de même affluer les masses ouvrières dans leurs rangs. En même temps, le lien permanent qu’ils ont mis en œuvre avec l’État capitaliste, jusqu’à parvenir à leur incorporation à celui-ci dans un état juridique (forme “démocratique” de l’organisation professionnelle), ne semble pas avoir suffi pour faire cesser la vie de classe. Il faut que le capitalisme parvienne à transformer la nature même des syndicats, à les détacher totalement du terrain économique sur lequel naît l’antagonisme social, et l’expérience vécue prouve jusqu’à présent que seule la violence fasciste y est arrivée. En France et en Belgique, la bourgeoisie a tenté des expériences ; il s’agit de voir jusqu’à quel point l’incorporation des syndicats à l’État a pu altérer, sans qu’il y ait usage de la violence, leur nature de classe et déterminer la nécessité de nouvelles organisations. Encore une fois, le critère devra être de classe et non pas volontariste, et l’on aurait tort de croire, comme nous-mêmes avons pu le croire avec d’autres camarades, que la chose est déjà résolue, qu’elle doit se conclure par la destruction des syndicats existants.

Tant que les contradictions de classe peuvent se produire dans le syndicat et que, à travers lui, la classe peut vivre, les communistes doivent militer dans les syndicats. Très probablement, l’expérience française ou belge restera inachevée ; l’on cherchera à favoriser le statut corporatif dans les syndicats existants sans en détruire les bases par la violence. Ceci est démontré par l’analyse de la situation de guerre impérialiste que nous vivons et, pour conclure, il serait faux de devoir se limiter à la formulation contenue dans les Thèses de Rome sur le problème syndical, et il serait tout aussi faux d’analyser la nouvelle situation en dehors des critères de classe et d’arriver ainsi hâtivement à des positions d’abstentionnisme syndical ou de scissionnisme qui nous placeraient aujourd'hui en dehors de la réalité.

 

 

2°) Les syndicats face à l’économie de guerre et à la guerre impérialiste

 

Nous voulons pour l’instant laisser en dehors de notre analyse la situation dans les pays fascistes où le problème des syndicats, hier, comme dans les phases actuelles de guerre, est restée le même : étant donné que l’avant-garde est violemment coupée de la masse, les syndicats sont détruits et les corporations ont la même nature et la même base que les prisons ou que les autres moyens de coercition capitaliste. Ici, nous luttons pour la destruction des corporations dans toutes les situations et c’est seulement quand les contradictions sociales se libèreront de nouveau que la classe ouvrière pourra agir, qu’elle reconstruira ses organismes, et il n’est pas dit qu’ils devront être les syndicats réformistes traditionnels, mais des syndicats où la politique communiste pourra au moins faire prévaloir une fonction prolétarienne liée aux intérêts de la révolution prolétarienne. L’on doit aussi avancer l’hypothèse que les syndicats qui pourront naître demain en Italie renouent immédiatement avec un État du type Front populaire et que c’est la  raison pour laquelle l’on doit, dans le cours des luttes insurrection-nelles, lutter pour briser ces syndicats sociaux-centristes, bien qu’il s’agisse par conséquent de détruire leur fonction contre-révolutionnaire et non pas leurs bases.

Dans l’état actuel des choses, une évaluation saine du problème syndical doit partir de l’examen de la période dans laquelle nous vivons. Tout le cours historique de l’après-guerre a tourné autour de la défaite mondiale du prolétariat, laquelle a débouché sur la guerre impérialiste mondiale sous ses aspects actuels (provisoires ou définitifs) de la guerre localisée à certains secteurs. Malgré tout, les antagonismes et les contradictions spécifiques du système capitaliste dans sa phase de déclin n’ont fait qu’augmenter dans tous les pays. L’évolution économique de la lutte de classe des dernières années nous montre que la victoire du capitalisme a provoqué une tension persistante des rapports sociaux qui accompagne désormais la crise permanente du système.

Si, dans les pays fascistes, la bourgeoisie a dû répondre à cette tension des rapports de classe par la violence et passer par la destruction des syndicats, le fait est que, sur le plan sur lequel bourgeoisie et prolétariat s’affrontent, un compromis “démocratique” n'est plus possible en raison de la persistance d’une tendance du prolétariat à agir comme classe sous l’impulsion directe du stade atteint par les antagonismes sociaux. Le fascisme ne fait pas disparaître la classe, mais il cherche à détruire la tendance, en coupant la classe de son avant-garde et en empêchant le rassemblement de classe des ouvriers dans les syndicats. La classe continue à vivre non seulement parce que elle est le résultat – du point de vue mondial, comme du reste l’on doit considérer le problème – de la permanence des antagonismes sociaux et économiques, mais surtout parce que ceux-ci s’expriment dans la permanence d’une évolution historique qui féconde des organismes dont la fonction sera de fournir à la classe la conscience du chemin à suivre, dans des situations nouvelles, pour pouvoir agir au moment du déclenchement des événements.

Dans les pays démocratiques, l’expérience de ces dernières années est des plus instructives. En France et en Belgique, jusqu’à la victoire du Front populaire et du Plan de Man (réalisé par Van Zeeland à sa manière), le mouvement syndical sera substantiellement lié au système capitaliste, lequel s’en servira contre les mouvementa des exploités qui continueront à avoir les syndicats comme salle d’entraînement. Mais, pour la bourgeoisie, le syndicat restera une arme à double tranchant, bien qu’elle ait émoussé le tranchant prolétarien. La bureaucratie fera tous les efforts pour rendre service à la démocratie bourgeoise, et le fait de faire confluer l’opposition entre exploités et exploiteurs dans le syndicat maintiendra en eux des aspects de la vie classiste qui inciteront la bourgeoisie démocratique à chercher une forme de transformation professionnelle qui fera pacifiquement des syndicats existants des organismes corporatifs dans lesquels l’on ne pourra plus manifester aucune vie classiste. Tout le problème est de savoir si, pacifiquement, l’on pourra y arriver, et l’expérience actuelle en France et en Belgique n'est pas encore à son terme, même si les événements qui ont eu lieu en France laissent supposer que la destruction des syndicats existants – sans violence – sera quasi impossible.

Il ne fait aucun doute que la défaite du prolétariat mondial (qui est contenue dans la victoire d’Hitler) avait déjà créé la promesse d’opposer la guerre à la révolution, dilemme qui domine notre époque. L’économie mondiale n’était pas encore sur le pied de l’économie de guerre (bien que cette situation ait déjà existé en Italie et qu’elle ait pris des formes de plus en plus nettes en Allemagne), mais les tendances “classiques” des contradictions économiques entre les impérialismes portaient clairement les modifications substantielles de l’après-guerre. Les pays démocratiques interviennent économiquement pour aider l’économie italienne à s’armer et cette aide devra permettre à la bourgeoisie de représenter une menace pour ses fournisseurs ; en Allemagne, c’était le même phénomène. Il se produisait ainsi une tendance à la solidarité inter-impérialiste qui avait comme contrepartie une polarisation mondiale de la bataille entre les exploités et les exploiteurs, et les guerres qui se déclencheront ensuite démontreront que, au-delà des intérêts inter-impérialistes de chaque État, surgissait la nécessité d’écraser, de massacrer, le prolétariat. L’épanouissement d’une tendance à la solidarité mondiale du capitalisme qui s’établissait après la défaite des ouvriers devait conduire à la phase de l’économie de guerre dans tous les pays. Et c’est pourquoi la guerre d’Espagne et celle de Chine étaient indispensables.

Il est bon de noter avant tout qu’il n’existe pas de contradiction entre l’économie de guerre “dans tous les pays” et la “solidarité” inter-impérialiste, mais un lien de nécessité. L’économie de guerre signifie sur le terrain économique la polarisation de la contradiction entre rapports de production et forces de production ; le capitalisme décadent subordonne toutes les contradictions relatives à la lutte des individualités bourgeoises à l’ensemble de la classe, une lutte qui trouve un débouché économique dans la production de guerre. Celle-ci s’accompagne d’une polarisation inévitable de la lutte de classe, qui atteint le stade ultime dans lequel les forces de production doivent être systématiquement détruites afin de ne pas briser les cadres de la production capitaliste. Ce phénomène qui se produit dans tous les pays (sous une forme achevée en Italie et en Allemagne) trouve aussi son expression dans le système capitaliste mondial.

La guerre d’Espagne n’a fait que mettre en lumière l’évolution du monde capitaliste face à l’alternative de la guerre, qui est une réponse à la défaite du prolétariat. C’est grâce à elle que les économies de guerre ont pu être instaurées dans tous les pays démocratiques. En France, la victoire du Front populaire était la condition politique de cette modification évidente de l’économie française ; en Belgique, les bases se trouvaient déjà sur le plan de travail du P.O.B.

C'est ainsi que de vrais problèmes nous apparaissent : tout d’abord les syndicats dans la guerre (Espagne), ensuite les syndicats dans l’économie de guerre (France, Belgique, etc.), et, sous ce double aspect, l’ensemble du problème qui nous intéresse parce que, si l’on tient compte de la nature de l’évolution historique actuelle, c’est précisément ainsi que se présente à nous le problème central des “syndicats devant la guerre impérialiste”.

L’on a dit à propos de la guerre d’Espagne que l’heure de la scission syndicale avait sonné, tant dans l’U.G.T que dans la C.N.T. : militarisées, intégrées dans la production de guerre, incorporées par l’État capitaliste, fournisseuses de viande de boucherie sur les champs de bataille, aucune expression classiste n’est plus possible en elles. C’est ici qu’il faut répondre à la question posée par Vercesi et par moi dans le rapport à la Ligue. Les critères doivent être les suivants : la classe continuera-t-elle à vivre dans ces syndicats, en dépit de leur fonction, de la guerre, de l’impossibilité de militer ouvertement pour le défaitisme classiste et pour la défense des conditions de vie ouvrière ? Si l’on prend pour exemple la position de la C.N.T. qui s’élève contre les augmentations de salaire ou les persécutions des ouvriers révolutionnaires, la réponse serait simple ; si au contraire l’on examine la scission dans l’U.G.T., l’évolution de la C.N.T., la position de l’État capitaliste à l’égard des syndicats (qu’il est obligé de réprimer), l’on remarque qu’une effervescence ouvrière continue de s’y maintenir, même si elle est étouffée par des méthodes brutales. Dans ces conditions et tant qu’il ne sera pas démontré que la classe a cessé de s’exprimer dans ces syndicats, nous devons y rester parce que c’est là où vit la classe qu’agit la fraction qui tend à lui donner conscience de son chemin.

Les communistes doivent agir ici sur un terrain de luttes qui est dangereux, de manière souvent illégale, quelque fois légale, avec des programmes destinés à inciter – dans la production de guerre – les ouvriers à agir pour la transformation de la guerre impérialiste en guerre civile ; la scission ne peut naître qu’en raison d’autres causes et, jusque là, il est nécessaire de continuer à y militer.

En France, nous trouvons aujourd'hui un mouvement syndical qui est lié à l’État capitaliste du fait de l’arbitrage obligatoire et d’un système de lois qui se perfectionne de plus en plus. La fonction de la C.G.T. consistera à faire des syndicats des guildes pour la production de guerre ou bien un appendice de l’État du front populaire.

En tout cas, la période de l’économie de guerre n’a pas empêché les syndicats, incorporés à l’État et évoluant toujours dans cette direction, de renfermer en leur sein l’effervescence des antagonismes économiques et sociaux. Certes, le contenu de la lutte revendicative a évolué, mais malgré cela, jusqu’à aujourd'hui, la vie de la classe ouvrière française passe par ses syndicats, ainsi que le sérieux de ses grèves le prouve. En Belgique, l’orientation vers un statut légal des syndicats (l’on se dirige aussi vers lui en France avec le code de la paix sociale) et l’organisation professionnelle qui a pris un aspect plus achevé qu’en France, mais qui n’a pas l’accompagnement de la lutte par la grève, verra se restreindre de plus en plus le champ d’activité du militant communiste, mais l’on n’arrivera pas à empêcher, grâce à cette évolution graduelle, la manifestation d’expressions classistes. La France et la Belgique nous montrent que si, avec l’économie de guerre, les syndicats sont entrés dans une situation de guerre, pas autrement qu’en Espagne où prospère le massacre, le capitalisme n'est pas encore arrivé, sans détruire les syndicats, à y faire cesser les possibilités d’expression de classe. Les syndicats restent fondés sur l’opposition entre exploités et exploiteurs malgré leur fonction capitaliste. Harmoniser de manière organique les syndicats avec l’État est tout aussi impossible que d’harmoniser les exploités avec les exploiteurs, les forces de production avec les rapports capitalistes de production. C’est seulement en détruisant cette nature du syndicat (comme l’a fait le fascisme) que l’on détruit la vie de la classe sous cet aspect et qu’il faut alors passer à la construction de nouveaux syndicats. Ou bien, quand les masses, en brisant les cadres des syndicats existants, donnent à la contradiction entre les exploités et le capitalisme sa forme de lutte pour la révolution.

Il semble donc que ce qu’écrivait Vercesi dans son rapport sur la situation internationale – et qu’il a depuis lui-même revu – est à mettre de côté. Il écrivait : « Les fractions de gauche se lient au processus réel de la lutte de classe à la condition cependant de ne pas conditionner l’appartenance de leurs adhérents aux organisations syndicales à la discipline que ces derniers, qui sont engrenés dans l’appareil de l’État capitaliste, pourraient leur imposer ». En réalité, les fractions de gauche continuent, dans la phase actuelle, à conditionner l’appartenance de leurs membres aux syndicats pour rester liés à la classe ouvrière qui persiste à s’y exprimer.

C'est une autre chose que de refuser leur discipline capitaliste (glorification de la guerre d’Espagne sous toutes ses formes) et d’agir, sans rechercher pour cela à provoquer à tout prix la répulsion, autour de positions de classe qui peuvent actuellement, avec leurs affirmations franches, mettre les communistes en danger d’être exclus. Dans les périodes de guerre, nous pouvons encore agir dans les syndicats en dépit de leur évolution, de leur transformation, de leur lien avec la production de guerre, et notre militantisme fait partie de l’action générale que mènent les fractions en vue de la transformation de la guerre impérialiste en guerre civile.

 

 

3°) Les luttes revendicatives dans la période actuelle

 

Nous pouvons être très brefs sur ce point-là parce que la discussion a clarifié beaucoup de choses. Quand nous disons que la revendication partielle n'est qu’un moment de la revendication finale, nous n’opposons pas deux choses entre elles, mais nous entrevoyons un chemin d’unification dans lequel la revendication partielle caractérise – avec tous les problèmes particuliers de l’époque – le chemin parcouru par la classe vers la revendication finale. Déjà les termes du problème (pour lequel on aura l’habitude de faire correspondre les deux expressions également non opposées des syndicats et du parti) montrent qu’une revendication partielle n’est jamais purement économique et qu’une revendication finale n’est jamais l’élimination de l’économique dans le politique. La revendication partielle a un contenu distinct dans chaque période : avant la guerre, elle consistait en l’amélioration des conditions de vie des ouvriers et elle allait de pair avec l’obtention de leurs droits politiques ; c’était en somme le processus de formation des syndicats et du parti. Aujourd'hui, elle est commandée par la phase de guerre impérialiste et d’économie de guerre. La lutte revendicative acquiert le caractère historique de la lutte pour les problèmes de la révolution prolétarienne, elle devient ce qui était par le passé “la lutte finale”, pendant que celle-ci embrasse le programme plus vaste du parti par rapport à la classe. Pour nous, le problème n’est donc pas dans la discussion relative à la revendication partielle ou finale, mais celui de la signification que la lutte revendicative prend actuellement.

L’expérience française nous montre que si, dans la première phase, celle que l’on pourrait appeler en l’absence d’un autre terme, la phase ascensionnelle de “l’économie de guerre”, les luttes revendicatives ne sont pas partielles, elles sont cependant vidées de leur substance au fur et à mesure de leur développement ; la seconde phase, celle de la “crise”, voit les luttes revendicatives devenir insupportables pour le capitalisme qui passe alors à des méthodes plus brutales afin d’empêcher leur apparition. En quoi consiste aujourd'hui le caractère partiel de la lutte revendicative ? Non pas tant dans l’obtention une augmentation de salaire (ce qui devrait élever progressivement la conscience de classe des ouvriers), mais dans les mouvements ouvriers qui, en vitupérant contre l’économie de guerre, posent des problèmes qui se rattachent au défaitisme révolutionnaire dans la lutte contre la guerre et contre l’État capitaliste.

Tel est le caractère des revendications partielles : il embrasse aujourd'hui en même temps les questions économiques et politiques relatives à la phase actuelle du capitalisme décadent.

Il ne serait donc pas faux de dire qu’en incitant les luttes économiques à progresser l’on arrive à la revendication finale. Chaque grève contient tous les problèmes centraux de notre époque. En 1936, la bourgeoisie française pouvait étouffer cet aspect du conflit grâce aux “accords de Matignon”. Aujourd'hui l’évolution en France démontre qu’elle rencontre des difficultés beaucoup plus grandes. Les fractions doivent par conséquent rendre conscients les ouvriers du contenu réel de leurs luttes qui ne doivent pas seulement avoir été poussées à fond (afin de mettre à nu toutes les contradictions de l’économie de guerre), mais qui doivent être “révélées” dans leur contenu effectif de lutte contre la guerre, l’économie de guerre, le Front populaire, l’État. En conséquence, certains problèmes de non participation ou de refus des luttes partielles des ouvriers ne se posent pas à nous, étant donné qu’en réalité, considérés sous leur aspect historique, dans la contradiction entre les classes, ils apparaissent sous la forme élevée de la lutte pour la révolution communiste.

    

Michel

 

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Contribution à la discussion sur le rapport Vercesi (suite)

 

 

Dans mon article précédent, je parlais de manière très succincte, en indiquant par points principaux, ma pensée sur le problème syndical. Il faut donc que je m’efforce aujourd'hui de m’expliquer un peu mieux, et je vais le faire autant que cela me sera possible.

Dans les discussions qui ont eu lieu au sein de la Fédération parisienne, j’ai déjà eu l’occasion d’aborder certains aspects du problème sur lesquels, pour avoir été en d’autres moments, aujourd'hui un peu éloignés, l’objet de discussion et avoir eu une réponse de la Fraction, certains camarades ont cru pouvoir me prendre en défaut en pensant peut-être que la réponse susdite pouvait être d’une certaine façon définitive.

Évidemment, le problème est ardu et difficile, et sa solution ne pourra être fournie que par l’évolution ultérieure des situations et par l’approfondissement des contradictions sociales, mais, pour que la solution révolutionnaire de ce problème soit possible, il est très important aujourd'hui non seulement de comprendre toute la particularité de la phase historique que nous traversons, mais surtout de savoir en tirer toutes les conséquences qui déterminent les positions à prendre.

Ce n’est pas un hasard, et, au contraire, je dirais presque qu’est très significatif le fait que deux camarades qui défendent avec le plus grand acharnement les thèses classiques sur la tâche des communistes dans les syndicats soient ceux qui (y compris la Fraction belge, sous un autre aspect qui est lui aussi très significatif), sur l’évaluation de la situation actuelle dans son ensemble, adoptent d’anciens critères de jugement.

Ces brèves observations étant faites, venons-en au fond de la question.

La question de principe de l’unité syndicale, aspect très important de la thèse classique susmentionnée, a été rompue il y a environ un an quand, sous la poussée des situations, les dissensions pour et contre la scission, ont fait leur entrée bruyante. Depuis lors, ce problème est devenu de plus en plus obsédant et il semble qu’il se soit recomposé aujourd'hui sur une base de compromis. Un tel état de choses me semble être le résultat de raisons variées. Pour ce qui concerne Vercesi et la C.E., l’attitude de la Fraction belge ne doit pas être indifférente. Pour ce qui concerne certains camarades de la Fédération, laquelle est elle aussi d’accord avec le rapport Vercesi, ils ont pu, s’agissant avec force des revendications immédiates, être amenés à ne pas voir que cette question est intimement liée au rôle des syndicats sociaux-centristes étatiques. Et puis le camarade Bianco n’est-il pas le défenseur le plus déterminé des anciennes thèses ? Malgré tout ceci, le problème demeure et une solution de compromis ne peut être que dommageable ; je vais maintenant de toute façon me répéter, mais c’est indispensable.

Si l’on admet la situation de guerre dans le monde entier, si l’on admet l’Union sacrée, si l’on admet que les syndicats sont les appendices de l’État capitaliste et si l’on admet que le cours de la révolution devra briser le cours de la guerre impérialiste en un endroit donné du monde, le fait ensuite d’affirmer que la “classe” peut encore s’exprimer dans les syndicats, c'est-à-dire dans l’État capitaliste, est une chose qui dépasse mes facultés de compréhension et qui les dépasse dans la mesure où je pense que la classe s’exprime dans le parti ou dans la fraction, qu’elle est exprimée par lui ou par elle (ce qui est la même chose), ce qui équivaut à dire, selon Vercesi, que, dans l’État capitaliste, le prolétariat révolutionnaire peut avoir la liberté de s’exprimer. Ceci est une chose que je n’arrive pas à comprendre, et c’est la première.

L’on a beaucoup parlé de la valeur des luttes revendicatives du prolétariat dans la phase actuelle, et, comme cela arrive souvent, dans la ferveur de la polémique, on oublie certains problèmes qui sont étroitement liés à la thèse que l’on veut défendre. La thèse très avancée, mais on ne peut plus juste, de l’inactualité des luttes revendicatives du prolétariat comporte totalement le devoir de préciser de quelle façon le prolétariat peut lutter pour la destruction de l’État capitaliste et de tout l’appareil qui étouffe cette lutte de sa part dans cette direction.

Les indications de Vercesi, qui consistent à rattacher les luttes revendicatives à cette direction pour être justes, devraient affirmer l’abandon des syndicats par les masses ouvrières, étant donné que, si  aujourd'hui les luttes revendicatives sont vidées de leur contenu de classe, si dans la phase actuelle le capitalisme ne peut pas contenir l’agressivité des ouvriers au moyen de concessions d’amélioration, si nous sommes dans un moment où toute lutte économique ne devient pas immédiatement une lutte politique, on le doit au Front populaire. Après tous les événements de ces deux dernières années, après l’épisode de Clichy, il ne devrait pas être permis de croire que, malgré l’aggravation des contradictions sociales, il soit possible aux ouvriers de se libérer de l’emprise des traîtres sans qu’on leur ait indiqué la voie à suivre, et nous le répétons encore une fois, elle ne peut pas être celle de Vercesi.

Même s’il était été permis aux marxistes d’exercer une activité révolutionnaire dans les syndicats et même si la totalité des travailleurs avait compris et avait exprimé la volonté de suivre leurs mots d’ordre, la bureaucratie syndicale aurait mille moyens à sa disposition pour avoir raison des uns et des autres.

Il ne s’agit pas aujourd'hui de voir s’il serait ou non possible pour des marxistes d’exercer une activité saine au sein des syndicats ; mais il s’agit de comprendre que ces organes sont désormais passés de façon définitive dans le camp ennemi, qu’il est impossible de les transformer.

Maintenant, après que l’on s’est rendu compte de cet état de choses, il faut voir de quelle manière l’on doit agir pour aider les couches les plus avancées du prolétariat à se libérer des traîtres, à revenir par conséquent sur les voies de classe, et le problème, à mon avis, réduit à sa forme la plus simple, consiste en cela : au lieu de déployer une activité (du reste impossible) à l’intérieur des syndicats afin d’éclairer quelques groupes d’ouvriers, avec l’intention de transformer le syndicat en liquidant la bureaucratie syndicale, il s’agit en effet d’éclairer les ouvriers, mais essentiellement de l’extérieur, en insistant, en faisant remarquer que toute possibilité de lutte du prolétariat contre le capitalisme réside dans le fait de rompre d’une manière sans retour avec toutes les formes d’oppression capitaliste, y compris les syndicats existants. Tel est à mon avis le devoir impérieux de la Fraction en ce moment. Et alors, l’on me demandera ce qu’il faut faire. Il ne s’agit pas de donner des recettes toutes faites sur le comment et le par quoi l’on remplace les syndicats existants : ce sont des problèmes qui se poseront avec l’évolution des événements et que nous pourrons résoudre dans la mesure où, déjà à partir d’aujourd'hui, nous faisons la promesse de leur apparition. De nouveaux syndicats ? Une forme d’organisation sur la base des conseils ? Je ne le sais pas ; je fais seulement remarquer en passant que, malgré le rôle impropre que les ordinovistes assignaient aux conseils en Italie, ceux-ci, et pas seulement en Italie, ont représenté dans l’après-guerre une puissante réaction contre les bonzes sociaux-démocrates.

L’histoire de ces dernières vingt années a appris beaucoup de choses aux prolétaires marxistes, y compris celle que les conseils d’usine, en dépit de toutes les erreurs que les courants antimarxistes leur ont fait commettre, ont représenté et peuvent encore représenter la seule réaction du prolétariat pour se libérer des traîtres de toutes espèces. C’est dans cette direction que les efforts de la Fraction doivent être concentrés, et ce sera peut-être la seule voie grâce à laquelle la Fraction de gauche pourra naître en France.

 

Luciano 

 

*********  à suivre...

jeudi 6 août 2020

LIBAN : un nouvel exemple de l'irresponsabilité des rackets capitalistes


« Une classe profondément immorale, incurablement pourrie et intérieurement rongée d'égoïsme»1. Engels 

 Le Liban était agité par une contestation populaire depuis le 17 octobre 2019. Les manifestants criaient leur rejet de la classe dirigeante, jugée inefficace et corrompue.  Le pays s’enfonçait presque tranquillement dans la récession et la débâcle  financière2. Quand soudain, explosion quasi atomique (le champignon en fait foi) : « Le nitrate d'ammonium en cause ». Titrage magnifique et généralisé de la presse dominante, au lendemain de la catastrophe, comme si la presse du grand capital avait voulu sciemment prendre les devants sur toutes les sectes marxistes et divers anars écolo-compatibles qui toutes répéteront : « le capitalisme en cause ». Qu'il nous suffise de parodier l'explication indolore qui fait fi de la crapulerie des trois rackets libanais (chiite, sunnite et chrétien) et l'irresponsabilité du profit :

« A Beyrouth, la substance chimique qui a explosé est du capitalisme à l'état pur. 2 750 tonnes d'irresponsabilité inodore étaient stockées dans le port de Beyrouth. Or, depuis un siècle, le capitalisme est mis en cause dans plusieurs explosions mortelles, dont celle de l'usine AZF à Toulouse en 2001. Alors pourquoi le capitalisme était-il entreposé là en dans de telles quantités ? »3
 
La fixation sur le drame libanais va permettre à tous les impérialismes de la région de jouer les saintes nitouches du secourisme international, nul souci à se faire face à une classe ouvrière inexistante comme force sociale, et simple agrégat de syndicalismes confessionnels4. Pays sans matière première et à vocation surtout financière et commerciale, sa population petite bourgeoise ne peut manifester que pour des objectifs démocratiques bourgeois améliorés. Il y a autant de risque d'explosion sociale dangereuse que, par exemple, à la dite rentrée sociale en France en septembre5

QUAND IRRESPONSABILITE RIME AVEC CORRUPTION ET IMPUNITE 

 L'irresponsabilité capitaliste est avant tout aveuglement d'une classe égoïste et sans foi ni loi, motivée par le seul culte de l'argent amassé. L'histoire de l'usine AZF construite initialement hors de Toulouse illustre bien le mépris capitaliste pour la vie humaine. L'usine avait été construite à l'écart de la ville en 1921, mais, naturellement les villes modernes capitalistes ayant vocation à s'étendre, du fait d'ailleurs de la croissance nécessaire de la classe ouvrière, elle avait été progressivement environnée d'habitations. Sans que le pouvoir et le patronat ne se soucient de la dangerosité d'une telle nouvelle configuration urbaine. Y avait-il eu, à la suite de la catastrophe et d'un bilan humain et matériel considérable des leçons tirées, des études sur la dangerosité de tels sites ailleurs ? Du tout ! Une loi Bachelot du 30 juillet 2003 inventa une « garantie des catastrophes technologiques », non pas une interdiction des usines à risque technologique ni une ébauche de réflexion sur d'autres sites dangereux à déplacer... On prévoit d'indemniser mais pas de prévenir et surtout pas de toucher aux bijoux de famille ! La modernité capitaliste est toujours identique à ce cynisme que Marx dénonçait au temps de la « révolution industrielle »6 ; ce n'est même pas de la décomposition mais un mode de vie criminel qui se perpétue sans état d'âme tant qu'on fichera pas en l'air le capitalisme et ses divers rackets. Et qui se fiche autant de la population que de la classe ouvrière. Et ce n'est pas la protestation écologique qui menace l'irresponsabilité dominante, comme le montrait bien un article de la minorité bordiguiste PCI7.

LES RESPONSABLES INDUSTRIELS DE CES CATASTROPHES NE SONT JAMAIS CONDAMNES

Le cas libanais dépasse l'entendement, me direz-vous, conserver pendant des années une cargaison de nitrate d'ammonium stockée dans un hangar du port de Beyrouth, en plein centre ville, à côté d'un entrepôt de feux d'artifices, il n'y a pas plus couillon comme version. Il y a tout lieu de considérer que c'est tout simplement un entrepôt de munitions dans ce pays aux confins de la guerre perpétuelle.. 

Le drame libanais est traité avec la même légèreté que les débuts du coronavirus : c'est un problème « libanais » de corruption, d'Etat faible, de communautarismes confessionnels... Certes, mais toutes les explosions de produits chimiques mal entretenus ou protégés depuis un siècle, se sont produites avec la même imprévoyance étatique, impéritie congénitale des bureaucrates gestionnaires dans tous les pays. L'ensemble des Etats capitalistes sont incapables de résoudre la pandémie actuelle. Qu'une partie de la bourgeoisie libanaise en appelle au secours de Macron contre les mafias confessionnelles est dérisoire dans le délitement actuel où même la police en France ne peut même plus faire son travail "civil".

Entre mille exemples de la même impéritie généralisée, il faut se souvenir de la catastrophe du Bangladesh, qui s’était déroulée le 24 avril 2013, dans la ville de Savar, située à une trentaine de kilomètre de la capitale Dacca. Un immeuble de 9 étages, le Rana Plaza, s’était brusquement effondré. Il abritait 5 ateliers de confection textile, tous travaillant en sous-traitance pour des grandes marques occidentales. Le bilan, encore temporaire, s’élevait à 1 127 morts. Plus de 300 ouvriers ont été portés disparus. Leurs familles étaient descendues dans la rue pour protester de fait contre la brutalité du système économique - le capitalisme - qui avait causé cette tragédie. Ce drame intervenait cinq mois seulement après l’incendie tragique de l’usine Tazreen Fashion d’Ashulia, une ville près de Dacca également, où plus de 110 travailleurs du textile avaient péri. Personne n’a jamais été tenu responsable de ce désastre, et encore moins condamné.

Lorsque en 2019, l'usine Lubrizol de Rouen a émis du gaz mercaptan dans l'air de l'agglomération rouennaise, le jour suivant, l'odeur nauséabonde du gaz a été sentie jusqu'en région parisienne et dans le Sud de l'Angleterre. Le Ministère de l'Intérieur n'a cessé d'affirmer qu'il n'y avait aucun risque pour la population alors que l'inhalation de ce gaz, même à dose réduite, provoquait des irritations pulmonaires, des nausées, des vomissements. Près de 500 000 habitants des agglomérations de Rouen et Elbeuf vivent à proximité d'une bonne quinzaine de sites classés Seveso. Ces usines fonctionnent pour satisfaire la soif de profit du capital. Elles empoisonnent au quotidien les populations environnantes et présentent un risque majeur pour celles-ci. Elles cherchent à produire toujours plus avec toujours moins de travailleurs, et avec toujours moins de dépenses pour assurer la maintenance et la sécurité des installations.

L'incapacité congénitale des dirigeants capitalistes à prévoir et à protéger la population

En se focalisant sur le seul Liban et son « folklore » de pourritures locales politiques et confessionnelles, l'ensemble des hypocrites de tous les pays, continuent à maintenir gabegie et impéritie. Comme avec le convid 19, on se lave les mains de la catastrophe du voisin avec d'abondantes pleurnicheries : « c'est typique », « un Liban malade de la corruption ».


La vraie responsabilité serait ou aurait été immédiatement de poser : le drame du Liban nous interroge, le conseil des ministres du sieur Castex a décidé immédiatement de lancer une étude à grande échelle sur les sites dangereux sur l'ensemble de nos territoires (sic), afin de se prémunir contre ce genre de catastrophe indigne d'une société développée, libérale, démocratique et écologique.

Bernique ! Pour mettre fin à dames Impéritie et Gabegie, il y faudrait (faudra?) partout une révolution prolétarienne. Ou au moins, malgré tout, un Etat « prolétarien ».


L'humanité attendra encore.

dernière minute: assocs et ONG se réveillent pour alerter (seulement) sur le nitrate d'amonium en France, mais pas sur la catastrophe capitaliste! Les mêmes connards bureaucrates que les bœufs carottes et voxusagers qui ne servent que de feuilles de vigne vierge aux imbéciles belliqueux qui nous gouvernent.

NOTES


1 Nous devons tous un grand tribut à Engels qui a sorti Marx de la nébuleuse philosophique avec son étonnante étude toujours actuelle sur la condition de vie de la classe ouvrière anglaise au mitan du 19 e siècle ; il l'a même initié à l'écologie déjà, et Marx avec sa plume remarquable en a par après mieux décrit les effets : « même le besoin de l’air libre cesse, chez le travailleur, d’être un besoin, l’homme retourne à sa tanière, mais elle est maintenant empestée par le souffle pestilentiel et méphitique de la civilisation et il ne l’habite plus que d’une façon précaire, comme une puissance étrangère qui peut chaque jour se dérober à lui, dont il peut chaque jour être jeté dehors s’il ne paie pas ; (…) la lumière, l’air, etc., la propreté animale la plus élémentaire cessent d’être un besoin pour l’homme ; (…) l’incurie complète et contre nature, la nature putride devient son élément de vie ; plus aucun de ses sens n’existe encore, non seulement sous son aspect humain, mais aussi sous son aspect inhumain, et donc pas même sous son aspect animal ».Il faut lire l'admirable introduction à une nouvelle traduction de l'ouvrage de jeunesse d'Engels par Eric Hobsbawm, avec ses approfondissements sur la maturation du prolétariat :« L'essor du capitalisme industriel entraîne l'élimination des petits producteurs, de paysannerie et de la petite bourgeoisie; le déclin de ces couches intermédiaires interdisant à l'ouvrier de devenir petit Patron, l'enferme dans le prolétariat qui se transforme ainsi en « classe stable, alors que jadis il n'était souvent qu'une transition pour l'accès à la bourgeoisie » (p. 52). Chez les travailleurs apparaît par conséquent une conscience de classe - l'expression elle-même n'est pas utilisée par Engels - et le mouvement ouvrier se constitue. Comme le souligne Lénine : « Engels a été le, premier à dire que le prolétariat n'est pas seulement une classe qui souffre, mais que c'est précisément la situation économique honteuse qui lui est faite qui le pousse irrésistiblement de l'avant et l'oblige à lutter pour son émancipation finale ».  https://www.kadaza.fr/search?q=npa

2L'économiste Jad Chaaban dénonce les liens entre les milieux d'affaires et une partie de la classe politique. « La crise de la dette est liée aussi au fait qu’une partie des milieux d’affaires du pays ne paient pas d’impôts. Il y’a une forte interconnexion entre le secteur privé et le secteur politique. Un député, qui a fait fortune dans l’immobilier, fera tout pour que justement son secteur ne soit pas trop imposé. Les intérêts privés l’emportent sur l’intérêt général », explique Jad Chaaban. La spéculation immobilière, en effet, une des sources de richesse des plus fortunés au Liban, n’est pas taxée. «Ce système fiscal est perçu comme injuste car les ménages les moins aisés eux sont imposés. Le début du mouvement populaire est parti d’une révolte contre la mise en place d’un impôt sur l’utilisation d’une application de téléphonie mobile, WhatsApp», dit cet autre économiste Samir Aïta. Alors que le Liban est touché par une vague de manifestations, le parti chiite du Hezbollah,au cœur du système politique, est pour la première fois contesté par sa propre base.

Face à la crise économique inédite depuis la fin de la guerre civile (1975-1990) et malgré les restrictions imposées face au coronavirus, la mobilisation populaire - déclenchée initialement à l'automne dernier - a repris il y a quelques jours contre le pouvoir accusé de corruption et d'incompétence. Plusieurs banques ont été vandalisées à travers le pays. 

http://alter.quebec/liban-chute-dans-la-crise-sociale/

 3https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_d%27accidents_industriels_impliquant_du_nitrate_d%27ammonium

5Le chiffre des chômeurs envisagés a été démesurément gonflé et les pare-feux syndicaux sont prêts (même sans la cinquième roue du NPA et de LO), et comme chaque année depuis 50 ans, il ne se passera rien à la prochaine « rentrée sociale ». Après, on verra...

6« Cette économie va jusqu’à bourrer d’ouvriers des pièces étroites et malsaines ce qui, en langage capitaliste, s’appelle économiser des bâtiments ; entasser des machines dangereuses dans le même local et négliger les moyens de protection contre le risque d’accident ; ne pas prendre de mesures de sécurité dans les procès de production insalubres de par leur nature ou périlleux comme dans les mines, etc. Sans parler de toute installation pour rendre humain, agréable ou simplement supportable le procès de production. Du point de vue capitaliste, ces dépenses constitueraient un gaspillage inutile et déraisonnable.» (Karl Marx, Le Capital, Livre III, Chapitre V, tome 3, pp. 96-97)

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