"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

mardi 28 juillet 2020

OU EN EST LA FONCTION DISSOLVANTE DU TROTSKISME ?






Quand la radicalité gauchiste se ridiculise
Ah mes salauds ex-militants ou militants en cachette, vous vous dorez la pilule confinés sur une plage, et moi je vais encore vous distraire en continuant à vous distiller le contenu génial de mes chères archives, réchappées d’un autodafé du CCI. Merci qui ?

 L’histoire du trotskisme c’est l’histoire du délitement de la théorie révolutionnaire à la sauce bolchevique stalinienne, c’est l’aboutissement de la stratégie du « petit remplacement » depuis la chute de la maison stalinienne. Ce n’est pas un grand soir syndical, car le badge syndical reste obligatoire ; un grand soir municipal et parlementaire ? pas vraiment non plus, de Krivine à Poutou, plus mollasse sera la chute. L’hétéroclite, la démultiplication des causes et des revendications futiles (appui au gang Traoré puis la subversive revendication « des masques pour tous »)  avaient commencé au temps du grand gourou victime du coup de piolet d’Alain Delon. Comment peut-on être persan se demandait jadis Montesquieu ? J’ajoute : « comment peut-on être trotskiste aujourd’hui ? ». Impossible à moins d’être un crétin, me direz-vous. Certes mais d’un esprit crétin il ne peut plus rien sortir ni d’intelligent, ni de révolutionnaire.

-          Je ne vous le fais pas dire, conclut mon interlocuteur.



GOUROV s’est gouré !


Gourov en tenue de général
Trotsky n’aimait pas le terme de fraction trop scolastique selon lui. Il ne supporte pas les critiques de la fraction italienne, qu’il ostracise à la suite de Lénine comme « ultra-gauche », synonyme d’anarchisme. Certes il aimait bien Bordiga et lui dédicaça l’un de ses livres. Trotsky a des ornières et est incapable, voire aveugle sur la réalité de la contre-révolution au seuil des années 1930. Il voit la révolution venir alors que le stalinisme a triomphé, il soutient comme exemplaires ses féroces plans quinquennaux « en voie de dépasser le capitalisme » ; il sous-estime la montée nazie en Allemagne, puis s’enthousiasme pour les événements espagnols puis français.

Le texte que je publie par après, que vous ne trouverez pas dans les archives des sectes trotskistes, est signé Gourov, nom de clandestinité de Trotsky, et cela fera bien rire les fractions de révolutionnaires dans l’avant-guerre et jusqu’aux trotskistes enfermés dans les isolateurs en Sibérie : tout le monde aura compris que « Gourov s’est gouré ! » Et vraiment gouré de fond en comble. Il y a du gourou qui vaticine dans ce texte lamentable de pronostics foireux, avec une bêtise par paragraphe.

Trotsky n’a pas les qualités de rigueur et de rassembleur comme Lénine. Son courant reste un marécage de sectes, de scissions permanentes autour de tant de petits chefs (comme aujourd’hui), incapable de reconstituer un vrai parti, mais, et le texte en est un condensé, Trotsky enseigne le plus piteux suivisme au stalinisme pour les générations à venir. Il choisit la défense de la démocratie bourgeoise lorsqu’il se réfugie en Amérique du sud mais reste un queuiste du stalinisme par une fidélité coincée sur le sol russe.

En 1931, une délégation de la fraction de gauche du PCI déplore le fractionnement de l’Opposition autour du gourou Trotsky, les querelles incessantes de clans, elle déclare ne pouvoir travailler avec le secrétariat de la Ligue :  « … mêlé aux luttes personnelles après avoir perdu toute autorité pour faciliter le travail politique (…) nous ne nous dirigerons jamais dans la direction d’un appui à tel ou tel courant tant qu’une clarification sur la base politique de la plateforme ne sera pas fait ».[1]

En Allemagne comme en Espagne on a procédé à « des combinaisons de personnes ». Contrairement aux groupes de l’Opposition la fraction italienne n’est pas le fuit de « rencontres de militants » mais d’une tradition. Les courants de la Ligue sont hétéroclites et parfois bizarres : « Nous devons aussi exprimer notre étonnement quand nous avons su qu’il existe aussi « un groupe juif », qui a organisé une fraction à l’intérieur de la Ligue. Nous croyons que ces camarades feraient très bien de dissoudre cette formation parce qu’il ne serait pas possible de prouver que la délimitation de juif puisse correspondre à une limitation principielle ou même tactique dans le domaine du marxisme. D’autre part ces formations ne sont pas du tout faites pour faciliter la clarification politique mais elles apportent de la confusion. Il est évident que l’anarchie organisatoire doit cesser… ». Mais au bout du compte, et toute l »histoire des trotskismes le confirmera, l’anarchie organisatoire restera le mode de vie du trotskisme, car son rôle n’est plus et ne sera plus que celui de la cinquième roue du carrosse, ou pour dépasser la limite de l’imagerie, de disposer en permanence du sous-ministère de la parole, de la contestation gratuite.

Notons que le « groupe juif » n’était pas le pire, quoique  toujours attaché à la stupide défense de l’URSS, il était cependant celui qui avait une activité des plus sérieuses auprès des ouvriers, mais juifs, quand les autres sectes se battaient autour de cadors intellectuels sans réelle activité de classe[2].



LA REDACTION DU BULLETIN RUSSE VOUS ENVOIE A TITRE D’INFORMATION, NON POUR PUBLICATION LA LETTRE DU CAMARADE GOUROV (28 juillet 1931)



« I. Le flux révolutionnaire est maintenant indubitable. Les partis communistes se renforcent dans certains pays. Le flux élémentaire de forces écarte les questions de stratégie et les ramène au deuxième et troisième plan. Les ouvriers vont vers les communistes comme vers le parti le plus intransigeant. C’est dans la même direction qu’agissent les succès économiques en URSS, reconnus par une importante partie de la presse bourgeoise et devenant par là encore plus convaincante pour les ouvriers.

II. Cette situation politique générale, quoique cela soit à première vue, paradoxal, frappe non seulement l’Opposition de droite, mais aussi la gauche. Par la s’expliquent en dernier ressort les capitulations autrichiennes, l’arrêt de la croissance dans certains pays, l’affaiblissement de l’activité, etc. En plus de toute cause locale, particulière et personnelle, il existe une cause générale : la poussée spontanée, qui n’a pas encore complètement tranché les contradictions dans la situation du Comintern et de ses sections à une nouvelle étape historique. Il est évident que dans ces conditions, une fraction qui ne nage pas simplement dans le sens courant, mais qui étudie la situation critiquement et pose consciemment toutes les questions de stratégie, doit inévitablement, pour un certain temps être repoussée ; au sein de cette même fraction, doivent se manifester des sentiments d’impatience qui dans des cas isolés, prennent une forme capitularde.

III. Dans certains cas, victoire est possible, même avec une très mauvaise politique. Avec l’approfondissement de la crise, sa prolongation, avec la désagrégation ultérieure de la social-démocratie, la démoralisation des gouvernants, la victoire du parti communiste allemand n’est pas exclue, même avec la politique de la direction de Thaelmann.

Mais malheureusement, elle n’est pas exclue. Les chances réelles d’une telle victoire ne sont pas grandes. Bien entendu si les combats se développent, l’opposition de gauche y prendra part à titre de détachement peu nombreux, mais le plus décidé. Je pense que dès maintenant l’Opposition de gauche devrait faire une déclaration, non publique, mais officielle, à ce sujet : par exemple adresser au Comité central du parti communiste allemand une lettre dans laquelle on déclarerait que sans renoncer en rien à ses vues, l’Opposition de gauche dans son ensemble, et chacun de ses membres en particulier, sont prêts à mettre leurs forces à la disposition du parti pour n’importe quelles conséquences immédiates, aurait une importante éducative et aurait porté profit dans l’avenir.

IV. La victoire en Allemagne aurait une importance internationale décisive. Nous avons dit qu’elle n’est pas exclue, même avec la direction actuelle. Mais jusqu’à la victoire, il y a au moins encore loin. Le trait fondamental de la situation en Allemagne, cette fois-ci aussi, est la disproportion extrême entre l’acuité de la situation révolutionnaire et la force du Parti. Là-dessus, TROTSKY (Gourov parle ici de lui-même ç la troisième personne) a parlé dans sa brochure consacrée aux dernières élections au Reichstag. Les contradictions dans la situation politique caractérisées dans cette brochure n’ont fait que s’aiguiser depuis. Le parti, après s’être affaibli pendant quelques années par une offensive intempestive, se trouve maintenant contraint, alors que la situation exige l’offensive, de mener une politique au fond défensive et d’attente. Là naît une perspective tout à fait réelle : la situation objective peut changer en faveur de la bourgeoisie avant le reflux à demi-spontané des forces permettant au Parti communiste de passer à une offensive décisive.

V. En Espagne, la même disproportion. Pendant le développement de la révolution, exclusivement uniforme et favorable au prolétariat, le Comintern laisse échapper les mois après les mois, découvre sa faiblesse et insolvabilité, nourrit l’anarcho-syndicalisme, donne à la bourgeoisie la possibilité de s’affermir et ainsi prépare l’issue de la révolution non dans le style russe mais dans le style allemand ‘1918-1919).

VI. Je suis maintenant peu la Chine, mais là-bas aussi, les fautes criantes des dernières années, l’ignorance de la situation réelle du pays, la négation des tâches révolutionnaires démocratiques, le fait d’ignorer le prolétariat, la transportation du centre de gravité sur la guerre paysanne, ont préparé le dénouement tragique. TCHANG-KAÎ-SHECK commence la destruction des foyers paysans alors que les villes sont tranquilles. Sa victoire dans ce cas menace les communistes d’une extermination effroyable et d’un nouvel affaiblissement de la révolution pour une période prolongée.

VII. Le développement économique de l’URSS entre maintenant visiblement dans une phase critique. « Le tableau bigarré » de l’exécution du plan quinquennal (selon l’expression de STALINE) signifie la rupture des proportions même dans les cadres formels du plan. Cependant, toute la question réside en cela : réussira-t-on, te dans quelle mesure, à établir les proportions nécessaires entre les éléments du plan et les processus spontanés et mispontanés (Trotsky invente des néologismes en passant) dans l’économie. Dès le commencement nous avons prévenu que les contradictions et les disproportions qui s’accumulent avec l’absence d’une régulation constante et ouverte, éclateraient la troisième, la quatrième ou la cinquième année. Maintenant cette étape s’est approchée tout à fait.

VIII. Selon les conditions objectives, nous sommes entrés dans la période des révolutions et des guerres révolutionnaires. L’armée rouge est dans ces conditions un facteur historique d’une importance énorme. Sur le plateau de la balance historique, l’armée rouge pourrait l’emporter de beaucoup non seulement sur le fascisme allemand, mais de plus sur le polonais. La situation générale de l’Europe justifierait entièrement une offensive révolutionnaire. Mais ici se pose d’une manière particulièrement aiguë la question du pain, de la viande, des chevaux, de l’avoine, et après cela celle des sentiments de la paysannerie et aussi des sentiments de la classe ouvrière. La planification et la régulation inharmoniques (sic) et bureaucratiques mènent à ce que, dans un moment critique, l’économie puissante d’après ses possibilités abstraites est extrêmement faible d’après ses ressources réelles.

IX. Dans une politique à longue échéance, il faut aussi prévoir la pire variante, surtout si la probabilité est aussi grande que dans les conditions actuelles. Quelle est donc cette pire variante ? Le prolétariat allemand ne s’empare pas du pouvoir dans la période proche. Le Parti communiste espagnol ne réussit pas à croître en temps opportun jusqu’au rôle dirigeant de la classe ouvrière. Le capitalisme bénéficie d’un répit. Sous les formes fascistes ou « démocratiques », ou combinées, il se tire de la crise. Bien entendu le caractère dégradant du capitalisme ne peut pas être surmonté. Mais déjà rien que l’apaisement temporaire de la Chine peut ouvrir une place d’armes pour les opérations de grand style. Un nouvel essor industriel ne peut aucunement être considéré comme théoriquement exclu d’avance.

X. La période écoulée se caractérise par le fait que la capitalisme a glissé de plus en plus dans les fondrières de la crise tandis que l’UNION Soviétique a donné des pourcentages de croissance de plus en plus grandioses. Le danger consiste en ce que le monde peut donner dans la période qui s’ouvre un tableau d’un caractère jusqu’à un certain point opposé.

Notamment : le capitalisme va se tirer de la crise et dans l’Union Soviétique se feront jour toutes ces disproportions et ces contradictions rentrées par la pression bureaucratique et dont le raisonnement est le dernier discours de STALINE.


                                                OOO



Tout ce qui est dit plus haut a bien entendu un caractère hypothétique (sic). Comme dans la planification économique, il peut y avoir des variantes maxima et minima, ainsi dans les pronostics politiques, il faut prendre la variante la meilleure et la pire. Plus haut est analysé la pire des variante possibles. La réalité passera quelque part entre la meilleure et la pire des variantes, bien que comme on peut le craindre, plus près de la pire que de la meilleure. Que signifie cela du point de vue du développement du communisme lui-même ? Une période de crise intérieure profonde, de critique, de vérification de l’expérience passée et des discussions du passé. Qu’a fait l »Opposition de gauche, effectivement, jusqu’ici ? Très peu. Il y a une certaine quantité& de travaux critiques et de plateformes que le prolétariat d’Occident, même son avant-garde, même l’avant-garde de cette avant-garde, n’a pas assimilé et n’a pas vérifié sur sa propre expérience. Dans différents pays existaient pendant ces dernières années des groupes oppositionnels qui n’ont eu quelquefois rien de commun avec le bolchevisme et qui ont seulement compromis l’Opposition de gauche par leur sympathie pour elle. Notre travail dans cette dernière période se réduisait dans une grande étrangers, et est réellement pernicieux (le secrétaire de Trotsky devait être fatigué à la frappe). Avec cela, nous-mêmes avons fait pas mal de fautes qui sont tout à fait inévitables, étant le pris de l’enseignement. Rien d’étonnant si les ouvriers ne se sont aucunement précipités à corps perdu à l’appel des groupes oppositionnels de gauche dans les différents pays. Le flux révolutionnaire actuel apporte par lui-même aux ouvriers avancés la satisfaction naturelle qui leur permet de ne plus penser aux problèmes stratégiques. Tout cela, comme il est dit plus haut, explique entièrement pourquoi l’Opposition de gauche se sent dans une série de cas repoussée du lit principal du mouvement. Mais cela s’explique comme une situation provisoire. Les questions de la stratégie révolutionnaire seront dans un temps proche posées dans une série de pays, tout d’abord en Allemagne et en Espagne, avec une acuité exceptionnelle. Une grande partie de ce qui est dit par l’Opposition dans le passé et qui serait maintenant oublié, (qui en partie est oublié par l’Opposition elle-même), montera demain à la surface, revivra, acquerra de nouveau un caractère extraordinaire actuel.


Nous défendons des idées et des méthodes absolument justes à l’aide de faibles, de pitoyables moyens primitifs. Le Comintern défend des idées fausses à l’aide de la « technique américaine ». Mais à la fin des fins, c’est l’idée juste qui vainc.


De cela découle encore une conclusion. Notre forme au stade donné est dans une appréciation générale juste, dans une conception marxiste, dans un pronostic révolutionnaire juste. Ces qualité nous devons les présenter tout d’abord à l’avant-garde prolétarienne. Nous agissons en premier lieu comme des propagandistes. Nous sommes trop faibles pour essayer de donner des réponses à toutes les questions, pour intervenir dans tous les conflits particuliers, pour formuler partout et en tous lieux les mots d’ordre et les réponses de l’Opposition de gauche. La poursuite d’une telle universalité avec notre faiblesse et l’inexpérimentation de bien des camarades, mènera souvent à des conclusions trop précipitées, à des mots d’ordre imprudents, à des solutions erronées. Par des pas particulièrement faux, nous nous compromettrions nous-mêmes en empêchant les ouvriers d’apprécier les qualités fondamentales de l’Opposition de gauche. Je ne veux nullement dire par là que nous devons être à l’écart de la lutte réelle de la classe ouvrière. Rien moins que cela. Vérifier les avantages révolutionnaires de l’Opposition de gauche, les ouvriers avancés le peuvent seulement sur l’expérience vivante, mais il faut apprendre à choisir les questions les plus vives, brûlantes et principielles, et sur ces questions engager le combat sans se disperser dans des minuties et des particularités. C’est en cela que m’apparaît maintenant la règle fondamentale de l’Opposition de gauche.



28 Juillet 1931 à Paris.   G. Gourov[3]







LA FONCTION ACTUELLE DES TROTSKISMES


Au milieu des années 1970, RI pouvait écrire, et le répète encore maintenant :


« La fonction des trotskistes actuels

« Trente ans après la tenue du Congrès de fondation de la IVème Internationale, les groupes politiques qui perpétuent la tradition trotskiste végétaient à l’ombre des partis communistes staliniens et parfois même, pour certains, en leur sein. Depuis la fin des années 60 cependant, ces groupes ont vu leurs rangs se renforcer et leur importance au sein de l’appareil politique du capital faire de même. Or, ce changement notable ne peut pas s’expliquer par un bouleversement de leurs positions politiques. Ce que l’on constate en effet, c’est plutôt la persistance des erreurs de Trotsky poussées jusqu’à l’absurde, c’est à dire en clair, la défense des intérêts bourgeois ! Les groupes trotskistes d’aujourd’hui sont tous des continuateurs de la politique contre-révolutionnaire des trotskistes pendant la guerre et des défenseurs du fameux “Programme de Transition” quelles que soient par ailleurs les différences d’interprétation que chacun de ces groupes peut en faire. (…)

Donc, comme on le voit, l’activité des groupes trotskistes depuis la fin des années 60 s’inscrit parfaitement dans la lignée de la dégénérescence des années 30 et du passage dans le camp bourgeois lors de la seconde guerre mondiale. Et le regonflement relatif des groupes trotskistes ces dernières années s’explique, à la lumière des changements intervenus dans la vie du capitalisme vers la fin des années 60 et son entrée dans une nouvelle phase de crise économique, avec le resurgissement des luttes du prolétariat mondial. C’est à la lumière des problèmes et des nécessités qui s’imposent au capital que l’on peut comprendre le renforcement de la place des trotskistes ».[4]


UNE EXAGERATIO N DE LA PLACE DES TROTSKIENS DANS LA LUTTE DE CLASSE



Près de 50 années plus tard, le CCI-RI est toujours un bon pit bull des errements trotskiens et de leur complicité avec les modes idéologiques bourgeoises successives. C’est le seul groupe politique maximaliste qui, malgré ses propres errements organisationnels et politiques, continue un travail remarquable de critique de ces aventuriers politiques, dont ils négligent pourtant la lente et inexorable chute vers l’anarchisme le plus plat et le plus confusionniste ; d’ailleurs Besancenot se définit plus volontiers comme anarchiste que comme marxiste. On verra que, plus « ultra-gauche » (donc plus surrenchéristes de l’extrême gauche mais pas coupés de leurs affabulations tiers-mondistes) ils passent à côté du grand remplacement du prolétariat par l’immigration, dans la droite ligne du conclave bourgeois Terra nova, d’où les radotages obsolètes sur une capacité éternelle des trotskars « à enchaîner une classe ouvrière » qu’ils méprisent de plus en plus ouvertement avec leurs nunucheries antiracistes et secouristes.

Examinons donc le suivi actuel des méfaits trotskiens par le vintage CCI, sous le titre du dernier journal (électronique ! et quel besoin de persister à fabriquer la version papier qui reste austère et invendable ?) : « Les groupes gauchistes face à la pandémie ! chiens de garde et rabatteurs du capitalisme ». Certes, certes, le titre est le même qu’il y a 50 ans, mais plus précisément, n’y a-t-il aucune nouveauté ? Cherchons-la.

« Les gauchistes enchaînent la classe à l’État bourgeois À propos du confinement, le Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) écrit par exemple : “l’État continue de refuser d’imposer la fermeture de secteurs de la production, pire il impose des mesures remettant en cause le droit du travail en protégeant les entreprises”. Ce parti trotskiste français n’invoque en fait rien d’autre que le “respect du Droit du travail” qui établit déjà partout les “règles” de l’exploitation capitaliste. La préoccupation du NPA est donc comment, à ses yeux, mieux faire fonctionner l’économie capita liste à bout de souffle. De même, le NPA réclame “un programme de sortie de crise pour rompre avec le capitalisme et reprendre le contrôle du système bancaire par la socialisation des banques”. Il préconise de “mettre l’appareil productif au service des besoins sociaux, sanitaires et de la transition écologique” par une série “de mesures d’urgence… ».

C’est déjà prêter une bien grande importance à un projet politique de la part d'une secte qui passe son temps à dénoncer la police « raciste », à faire des leçons de morale féministe, anti-fasciste et syndicaliste. Je doute fort que dans l’activisme effréné qui fait courir en tout sens les très jeunes recrues petites bourgeoises, ces dernières se soucient du programme de « socialisation des banques » des vieux coucous du trotskisme qui maternent en sous-main la maison girouette de Besancenot et Cie. Tout comme je suis certain que la majorité de la classe ouvrière n’a pas plus à fiche de ce programme, ignoré et néo-stalinien, ni n’est gagnée à une quelconque de ses facéties comme solution « nationalisée ».

Nos trotskistes nationaux ont-ils les moyens d’être machiavéliques dans une perspective d’usurpation d’un hypothétique renversement de l’Etat bourgeois, soit par des élections surprenantes, soit par l’arrivée d’une armée rouge trotskienne ? Le CCI n’est quand même pas bête au point d’imaginer que les lointains petits fils de Gourov veuillent encore se prendre pour les bolcheviques à la veille de la prise du palais d’Hiver, il les cantonne au rôle de garde-barrières, de vigiles de la bourgeoisie. Cet aspect là est en effet du même ordre que la fonction de la flicaille syndicale, avec laquelle nos vigiles trotskiens marchent comme jamais main dans la main, avec régulières félicitations mutuelles. Le CCI sur ce plan aurait donc raison d’écrire la même chose qu’il y a 50 ans : « La gauche du capital joue ici parfaitement son rôle d’agent de contrôle et de mystification de la classe ouvrière en tentant d’enchaîner cette dernière au mythe d’un capita lisme géré par un “État social et démocratique” non plus pour les profits mais pour les intérêts du “peuple”. Or, que la propriété soit aux mains d’entreprises privées ou soit nationalisée par l’État, cela ne change rien à l’affaire, ces deux formes de propriété ne sont que les deux faces de la même pièce ». Mais c’est faux désormais, car c’est oublier que le trotskisme était fort du règne du stalinisme, et qu’il l’a suivi pour l’essentiel au tombeau, notamment avec la farce des nationalisations ; c’est oublier que si le stalinisme ne contrôle plus la classe ouvrière, le trotskisme, qui n’est qu’un sous-stalinisme, en est d’autant plus incapable qu’il renie cette classe au profit d’une morale centrée sur l’immigration, les femmes petites bourgeoises et un soutien prioritaire au lumpenprolétariat de banlieue. 


Après un machiavélisme supposé tout puissant de ces dérisoires sectes électoralistes et syndicalistes, voici nos « habiles » trotskiens qualifiés de « fossoyeurs de la lutte de classe », fossoyeurs ? pas plus que la CGT ou les mesures dilatoires du gouvernement ou de l’assurance chômage ! Les trotskiens sont désormais couverts par l’anonymat du terme « gauchiste » mais jamais au grand jamais en tant que « islamo-gauchistes » qui signifie que vous êtes automatiquement fan du petit chien de lunettes arrière Zemmour. Certes, à l’unisson des divers gangs syndicaux, ils sabotent systématiquement toute prise en main de la lutte par les ouvriers eux-mêmes, mais sur la question du retrait, le rédacteur de RI a poussé le zèle jusqu’à proférer une ânerie hors de la réalité.

« Les gauchistes fossoyeurs de la lutte de classe. La plupart de ces groupes revendiquent comme nouvelle forme de lutte un “droit de retrait”. Convergences révolutionnaires (CR), autre tendance du NPA, vante ainsi “la riposte des ouvriers à la base et à l’initiative de militants locaux qui ont imposé ou bataillé pour imposer leur droit de retrait”. Pour CR, il s’agirait également d’ “une nouvelle forme de grève”. On apprend ainsi que la lutte de classe en temps de pandémie ne se résumerait qu’à imposer “le droit de retrait”. Ce “droit” serait devenu le nec plus ultra de la lutte face à l’obligation faite aux prolétaires d’aller travailler au risque de contracter un virus mortel. Les gauchistes se moquent ouvertement des ouvriers ! Ils leur demandent d’appliquer… la loi, celle prônée par les syndicats et les institutions pour éviter des grèves massives et briser toute réaction basée sur une solidarité de classe par des initiatives individuelles. Les réactions spontanées, collectives et solidaires des prolétaires ont dans les faits démontré l’inanité de ces prétendus “moyens de luttes” individualistes, diviseurs et nocifs préconisés par les trotskystes ».

On ne polémique pas pour dire systématiquement le contraire de son ennemi qui a le droit de professer parfois une partie de la vérité. ET avec l’argument perpétuellement paranoïaque de la malfaisance intentionnelle, où le moindre pet de syndicaliste signifie une  manœuvre pour empêcher la grève de masse. Le CCI ne s’en est pas aperçu au début, et je crois être le premier à l’avoir signalé (et leurs premiers articles sur la pandémie semblaient en avoir tenu compte), le droit de retrait a été effectivement, à un niveau mineur, une réponse au milieu de la surprise et de l’improvisation face à la pandémie qui a pesé sur nous tous. Oui c’est vrai qu’au début on ne pouvait envisager que ce putain de droit de retrait et pas s’amuser à tenir des AG « révolutionnaires » dans le domaine d’extension des clusters ! Et je ne crois pas que la tendance du NPA montrée du doigt ait maintenue cette position avec le déconfinement. Le gouvernement a été contraint d’improviser, ses gauchistes aussi. S’il faut penser qu’ils contrôlent tout, voire sciemment avec l’intention de se détruire avec, les gens du CCI sont des nihilistes qui professent une révolution impossible. Ils ne comprennent rien au véritable rôle néfaste et anti-ouvrier du gauchisme trotskien : avec le culte de l’étranger immigré,qui-a-le-droit-de-croire-au-coran, et de chier éternellement sur le méchant colonialisme français, il sert à gonfler hors de proportion l’identité nationale et à faire passer l’ouvrier français et le flic moyen pour des gros beaufs. La « stratégie » gauchiste sert, qu’elle le veuille ou non, à diviser la classe ouvrière, surtout à la dissoudre, et à gonfler le mythe du fâchisme à nos portes. Ce gauchisme hystérique joue au fond le même rôle que le stalinisme dans les années 1930 qui a été un facilitateur de la montée du nazisme et du fascisme. Nos amis de Radio Vosstanie et du garap ne le voient pas aussi clairement, mais ils n’en sont pas loin.


HEUREUSEMENT L’ISLAMO-GAUCHISME EST FORT BIEN analysé



Par cette mouvance de ceux que je nomme les groupes-individu, ce qui n’est pas forcément péjoratif puisque la plupart des sectes empêchent de penser. Aussi je ne résiste pas à vous reproduire partiellement (car ces zigotos sont très longs », les échanges sur radio Vosstanie avec le Garap. Ils sont incontestablement sur les positions de classe. Le jeune directeur de radio Vosstanie est certes conseilliste et plutôt esthète et intello déclassé, mais il mène depuis plusieurs années une expérience unique et original de radio-libre du point de vue prolétarien. Le GARAP je ne les connais pas, mais ils offrent des analyses saisissantes de vérité qui carbonisent systématiquement la mystification gauchiste, peut-être un peu trop à mon avis en héritiers de Debord et avec un programme anarcho-bolchevique genre « tout tout de suite ». Mais lisez donc retranscrit soigneusement par écrit cet étonnant dialogue.


L’ARRIERE FOND DE L’ANTIRACISME GAUCHISTE (l’intertitre est de moi)


GARAP – Cette vision est d’ailleurs au cœur du travail qu’entreprend le Parti des Indigènes de la
République (PIR). Derrière leur dénonciation perpétuelle de ce qu’ils nomment le « champ politique blanc », il y a surtout une volonté de faire de la politique à l'ancienne mais entre gens moins « « blancs » ». En gros il ne s’agit que de ça, sans aller au-delà. Le PIR, à ses débuts, avaient même dénoncé le système de recrutement au sein des Renseignements Généraux, en pointant du doigt le fait que les RG n'embauchaient pas assez de musulmans. Et donc ils ont écrit un communiqué pour demander de facto à ce qu'il y ait une part plus importante de musulmans dans les RG en France. Tous ces discours basés sur l’ethnie et/ou la religion et/ou la « « race » » ne visent en réalité qu'à répartir différemment les pouvoirs au sein de la classe dominante française ! Et tout le vernis subversif ne sert qu’à masquer cette réalité tristement réformiste (au mieux). Les envolées à prétention lyriques de Houria Bouteldja sur les plateaux de télévision, servent à masquer cela.



Vosstanie – D’un point de vue strictement progressiste, je te suis. Mais d’un autre côté, le paradoxe c’est l’infiltration dans des luttes sectorielles, par exemple le féminisme, de phénomènes identitaires ...
GARAP – Dans ce cas-là, ce ne sont pas des féministes. On assiste à une appropriation, que l’on pourrait qualifier d’expropriation, de la langue-même de l’émancipation. Il y a tout un jeu pervers qui s’effectue et qu’on rencontre en permanence lorsque l’on affronte le phénomène identitaire. Ça te fait passer des vessies pour des lanternes. Une féministe voilée ne sera jamais féministe, c’est un tissu de conneries politiques notamment avancé par les Frères Musulmans pour faire passer la conquête de l’espace public par leur doctrine religieuse sous couvert d’émancipation. On vient confondre la régression avec l’émancipation, et cela se produit lorsque viennent adhérer à ces conceptions des relativistes (ceux qui considèrent qu’il n’y a pas / plus de projet universel) - tels que le sont une bonne partie des militants de la gauche et de l’extrême-gauche -, auxquels viennent se greffer des scories de l’anti-impérialisme.religieux comme les revendications de « féministes » voilées.



. GARAP – On ne peut pas mettre sur le même plan les luttes parcellaires concernant la revendication de certains droits dans une visée progressiste, et des luttes menées dans un cadre strictement identitaire. Il faut appréhender avec méfiance ces luttes parcellaires car elles sont clairement détachées d’une perspective concrètement révolutionnaire. Pour le cas du mouvement féministe, la perspective était toute autre dans les années 1970, car le combat était lié à cette époque à un projet révolutionnaire, et était porté par l’assaut prolétarien contre le vieux monde. Ces luttes parcellaires d’aujourd’hui sont clairement détachées de la perspective révolutionnaire. Par contre, les autres luttes identitaires sont, elles, réactionnaires par essence, et soutiendront le capitalisme jusqu’au bout.

À partir de là, des glissements se font entre l’oppression économique et politique, et l’oppression identitaire. Si bien que la défense de l’identité, concernant l’opprimé, c’est la défense de sa liberté. On va donc transformer la religion – l’un des plus anciens mécanismes d’oppression, de négation de l’individu, d’archaïsme total – en un point d’émancipation, parce que « religion des opprimés ». Les opprimés s’expriment au travers de leur religion, et il va falloir être de leurs côtés, donc il faut défendre la religion contre le méchant impérialiste. En réalité, le mécanisme ne se déroule pas de cette façon, car cette analyse balaie totalement les compositions de classe à l’intérieur de ces pays dits dominés, et surtout elle est en complet décalage par rapport aux évolutions du capitalisme, parce que finalement elle l’accompagne. Le capitalisme depuis 40 ans a opéré un virage dans le sens d’une transnationalisation des capitaux, ce qui fait que ses acteurs peuvent aussi être des citoyens de pays dominés – un Indien ici, un Mexicain là – qui sont des grandes fortunes, et qui n’ont plus rien à foutre des frontières et du soi-disant impérialisme.

GARAP – Chris Harman est un théoricien du Socialist Worker Party, trotskiste anglais. Il a théorisé, dans un livre intitulé Le prophète et le prolétariat publié en 1994, l’alliance avec les islamistes. Ici on rentre au cœur de cette logorrhée anti-impérialiste qui vient soutenir les mouvements les plus réactionnaires. Que nous dit-il ? Que les islamistes sont des petits bourgeois qui avancent derrière des discours et des idéologies spiritualistes et religieuses un peu archaïques au niveau des mœurs certes, mais qui objectivement peuvent représenter une composante avec laquelle s’allier pour vaincre l’impérialisme. Il faut quand même se rappeler qu’en 1994, en Algérie, ont lieu des massacres à l’instigation de ces mêmes islamistes. C’est simplement scandaleux d’avoir le toupet de théoriser cette alliance ; il faut être assez déshumanisé, sous couvert de stratégie politique, et en plus il faut vraiment ne rien avoir à foutre du projet communiste pour tenir de telles propos. Proposer une possible convergence - ce n’est pas une réflexion sans conséquence - soi-disant pour combattre l’impérialisme américain... Pendant ce temps-là, durant la guerre civile algérienne, se déroulent des massacres et où les islamistes égorgent par exemple 500 personnes en une nuit. La « conciliation » avec ces barbares, qu’est-ce que ça veut dire ? C’est juste honteux ! Et une grosse partie du trotskisme aujourd’hui, au NPA en particulier, est encore travaillée par cela. Des militants tolèrent à leurs côtés les croyances les plus débiles comme la création de la terre par dieu, la science habitée par l’islam ou le relativisme culturel envers la violence infligée aux femmes. Qu’est-ce que c’est que ces conneries ? De toute façon, on est amenés à les affronter sur ce terrain. Ces trotskistes sont les alliés objectifs de l’aggravation de nos conditions de vie. Et c’était déjà le cas pour les Algériens en 1994, lorsqu’on te racontait qu’un islamiste qui te coupait la gorge était en fait un allié objectif du mouvement ouvrier. C’est honteux !

Vosstanie – Sans compter l’Iran, par exemple.



GARAP – Je vais être méchant. Tous ces milieux sont, au fond, soulagés d’abandonner définitivement le projet affirmé du communisme, affranchi de l’État et des classes : à savoir le communisme authentique. Ils se sont acharnés à l’écraser et à obstruer toutes possibilités de sa réalisation au XXe siècle, donc c’est en fin de compte un soulagement. Désormais, il s’agit de défendre la religion des opprimés, en validant au passage des assignations identitaires, culturalistes, ce qui fait fonctionner la caserne et permet de trouver des points de concordance et de légitimation de la part de ce qu’ils considèrent comme les masses opprimés. Aujourd’hui, l’extrême-gauche n’a plus vraiment prise sur le prolétariat... or il faut bien faire fonctionner la machine clientéliste.

GARAP – En juin 2015, c’était les dix ans de l’appel du MIR, ce qui a été l’occasion pour Houria Bouteldja de s’exciter devant quelques centaines de personnes, en compagnie d’Angela Davis – icône populiste des luttes des noirs aux USA, maintenant une bonne universitaire bien intégrée au système – et des défenseurs des gender studies d’Outre-Atlantique. Elle en a profité pour faire une apologie de Tariq Ramadan à la fin de son discours, et pour développer le concept de « race sociale », puisé chez Gumplowicz, un théoricien fumeux du XIXe siècle. En bref, elle a testé sa panoplie gauchiste en organisant un véritable crash-test appareillé de considérations d’extrême-droite pour voir si ce discours pouvait prendre dans la salle. Bien évidemment, ça marche comme prévu, les gens applaudissent ; d’ailleurs sur la vidéo tu te rends compte que son auditoire inclut un grand nombre de bobos - dont la majeure partie ne fait clairement pas partie de ce qu’elle pourrait considérer comme des « racisés » ! -, plutôt des looks de gauchistes ayant la soixantaine. En bref tout ce public sent le gauchisme décomposé. A la suite de cela, le PIR a organisé une marche, « La marche de la dignité et contre le racisme », afin de dénoncer le racisme d’État, – D’ailleurs le résultat est assez pauvre, car cela aboutit à défiler

Vosstanie – Peut-on faire succinctement un historique du PIR ?

GARAP – Pour faire bref, le PIR a 11 ans d’existence, depuis l’appel du Mouvement des Indigènes de la République (MIR). L’appel était un texte qui, à l’époque, opposait au sein même du prolétariat, les blancs et les non-blancs, ce qui était synonyme selon eux de « prolétariat issu des colonies »... alors que ce n’est pas automatique du tout car la France n’a pas eu le monopole du colonialisme à l'échelle mondiale. Ainsi, l’utilisation de ces concepts comme s'il s'agissait d'évidences est présent dès l’Appel, alors qu’il s’agit en réalité d’imbécilités à déconstruire. Cet Appel a eu un certain succès, qui allait au-delà même de ce qu’escomptaient ses initiateurs, car de nombreux médias et politiciens en ont parlé. Le MIR s’est constitué à la suite de ce texte. Quatre ans plus tard, les membres décident de se constituer en tant que parti, le PIR, ce qui leur donne un objectif clairement électoraliste, car ils déclarent ne plus vouloir se contenter de peser sur le « champ politique blanc » - ce qui n’a aucun sens mais se constituer en « force indigène autonome », dans le but, donc, de présenter des candidats aux élections. Mais, sept ans après sa constitution en force politique, le PIR n’a toujours pas présenté le moindre candidat dans aucune élection, pas même cantonale ou législative. Ils savent très bien qu’entre leur présence médiatique importante et leur poids réel en terme militant, il y a un véritable gouffre. En gros, le meilleur moyen pour eux de rester crédibles, c’est de s’en tenir à de l’agitation spectaculaire chez Taddei ou autre, et de ne pas se brûler les ailes à faire de la politique politicienne en se présentant aux élections. De plus, ils se prévalent d’une présence importante dans les quartiers populaires... qui, pour une large part, n’en ont rien à foutre de la politique politicienne. Donc vouloir les attirer par le biais des élections serait vraiment se tirer une balle dans le pied. C’est pourquoi le PIR est un parti qui en est resté au même stade au niveau du jeu politique que son ancêtre le MIR. Très peu de divisions, donc, mais en revanche un fort pouvoir de nuisance, ne serait-ce que par leur présence médiatique, et par leurs relais dans les réseaux d’extrême-gauche, voire libertaires. C’est pourquoi il est important d’en parler et de s’attaquer à leur prose.

Vosstanie – Pourquoi le PIR est-il (fin de la question perdue)

GARAP – Aucune, si ce n’est que cela rejoint des éléments déjà abordés, à savoir d’abord que ces milieux sont bien contents de pouvoir se débarrasser de ce qu’il leur restait de lutte des classes au sein de leur corpus théorique politique. Ainsi le glissement de la lutte des classes à ce que le PIR appelle « la lutte des races » leur permet d’évacuer par cette pirouette tout le mouvement ouvrier. Un fait révélateur est que la Ligue Communiste Révolutionnaire est devenue, à peu près au même moment où elle se mettait à soutenir les Indigènes de la République, le NPA... Évacués donc les termes « communiste » et « révolutionnaire », et bienvenu l'adjectif flou « anticapitaliste », comme un symbole d’un soutien avoué (voire agressif) au PIR.

GARAP – Il y a quand même certaines réactions, ce discours travaille une partie de l’extrême-gauche. Des clivages se mettent en place, malgré la difficulté de se faire entendre due à une certaine lâcheté politique. En réalité, le PIR est un Think Tank qui tire sa force de partis politiques situés dans les institutions, et qui le soutiennent de facto. Les signataires de l’appel du MIR sont pour l’ensemble des staliniens, des écolos, des trotskistes, donc tout ce qui représente la gauche de gouvernement, avec quelques trotskistes en marge qui font de l’agitation de rue, quoique désormais l’agitation se fait surtout sur le Net. En gros, ce sont des réacs de gauche qui soutiennent ce mouvement, issus des éléments bureaucratiques chauvins, nationalistes, autoritaires. Des réacs qui, une fois de plus, se révèlent pour ce qu’ils ont toujours été. Tout ce que je dis peut sembler un peu réducteur, mais il y a au fond cette réalité qui fait surface, et encore une fois il y a ce soulagement de pouvoir abandonner le mythe du soulèvement révolutionnaire prolétarien. Là, ils retombent sur des terres qu’ils connaissent, à savoir des terres essentialistes, culturelles, hiérarchiques : on remplace le prolétariat par le peuple, ce qui (leur) permet de parler de patrie, avec les notions de nations opprimées (« prolétaires »), concepts fascistes à l'origine ! Ça nous ramène aux idées de Enrico Corradini, au début du XXe siècle, lequel était adhérent au parti fasciste italien. Ce sont essentiellement des masques qui tombent.

GARAP – Ils sont interclassistes également sous la plume de Sadri Khiari, « théoricien » du PIR, qui écrit que, selon ses critères, l’ « indigène » qui vote à droite parce que Sarkozy s’est engagé à construire des mosquées est plus subversif que l'indigène qui vote PS pour défendre ses intérêts économiques... ce qui a le mérite de la clarté ! Au même moment où Khiari écrivait cela, Sarkozy – alors ministre de l’intérieur et des cultes – pondait des bouquins comme La République, les religion, l’espérance... Dans ce bouquin, Sarkozy écrivait justement - qu’il manquait beaucoup de mosquées et de synagogues dans certaines communes du 93 ! Ainsi Khiari, dont le cœur de cible est la population des villes du 93, indique qu’il préfère un vote sarkozyste pour avoir des mosquées, alors que le but caché évident d’un Sarkozy, à travers la construction de lieux de culte, est de canaliser une éventuelle colère populaire dans certains quartiers... Donc le PIR est clairement interclassiste.

GARAP – Du reste, les membres du PIR approuvent les gouvernements réactionnaires de droite comme de gauche, à travers la participation des indigènes au sein même de ces gouvernements. Voici un extrait du discours de Bouteldja pour les dix ans du PIR : « Et enfin, même l’action des traîtres comme Rachida Dati, Malek Boutih ou Rama Yade est aussi une manifestation de la lutte des races sociales. N’oubliez pas que je venais de dire qu’elles étaient ambivalentes. Leur ambition dévorante, leur ascension telles des Bel ami de l’immigration qui nécessitent de vous piétiner pour réussir, c’est une manifestation de la lutte individuelle et égoïste des races sociales. Lorsque Rachida Dati obtient le ministère de la justice, un ministère régalien, lorsqu’elle est au sommet de sa gloire, et aussi
traître qu’elle soit, elle ne peut pas ne pas penser à sa mère Zora, et c’est le nom qu’elle a donné à sa fille. Elle ne peut pas ne pas penser au chemin parcouru par une fille d’immigrés maghrébins. Elle a sa revanche sur l’histoire. Même s’il faut les combattre, les traîtres participent à leur manière à la lutte indigène. » Cette vision vient absolument couvrir, valider, les pires saloperies qui sont faites par l’UMP à l’époque, au travers de Rachida Dati, de Rama Yade ou encore Malek Boutih à la tête de SOS Racisme. Ce discours vient totalement justifier la réaction gouvernementale, et les PIRistes sont vraiment des auxiliaires patentés de la réaction institutionnelle.

Vosstanie – Leur poids médiatique est-il tributaire de notre époque internetisée et twittesque ? Parce que, globalement, on se rend compte qu’ils ne représentent pas grand-chose, mais pour autant ils ont un poids qui pourrait peut être trouver sa justification dans l’importance des nouvelles technologies de communication et de diffusion.

GARAP – Les nouvelles technologies, oui, mais ils sont finalement peu présents sur les réseaux sociaux. Ils restent tributaires de la communication classique télévisuelle, surtout sur le service public. Il faudrait s’interroger sur le nombre de passages qu’Houria Bouteldja a pu faire sur les chaînes de télé publiques. Elle a d’ailleurs vendu la mèche récemment lorsqu’elle a été mise en difficulté par un intellectuel de gauche, qui a eu le mérite de lui renvoyer dans les dents quelques vérités élémentaires : elle a déclaré que l’important n’était pas le contenu de ses bouquins mais le fait que l'on parle d'elle

GARAP – Ça nous ramène aussi à une constante du discours d’extrêmedroite, qui privilégie le mythe sur le logos. Il s’agit avant tout d’avancer des images, des icônes, des légendes ou des déclarations performatives au détriment des raisonnements logiques. Et peu importe qu’ils trouvent sur leur route des contradicteurs. On trouve cette constante au sein de l’extrême-droite, et en cela H. Bouteldja s’y inscrit totalement. Tous les discours qui s’y rattachent ont pour seul visée la production d’une subjectivation identitaire et sa diffusion la plus large possible. En ce qui concerne le PIR, ses membres ont également le soutien appuyé de toute une clique universitaire, ce qui renvoie donc aux appareils d’extrême-gauche présents pour vendre leur production intellectuelle, et dans ce cadre la valeur du scandale est à la hauteur du bénéfice de leurs ventes futures. (…)
ils jouent uniquement sur leurs sentiments et leurs émotions, et c’est justement ce que fait Houria Bouteldja. Elle joue complètement sur l’émotionnel, elle envoie tout et n’importe quoi pourvu que ça puisse piquer une forme de refoulement, de frustration sociale et, en creux, créer une subjectivation. Alors, pour pouvoir étayer mon propos, je me suis replongé dans La psychologie de masse du fascisme. Reich est une personnalité qui a pu être décriée à maints égards ; en effet il a défendu certaines positions critiquables (notamment sur l’homosexualité, qu’il considérait comme pathologique). (…)

GARAP – Je trouve ça particulièrement dégueulasse, et je vais te dire pourquoi. Tout simplement parce qu'on est en 2016 et on continue de nous parler de colonialisme. Mais le colonialisme à la papa n'existe plus. Bien sûr qu'aujourd'hui il reste des pays riches et des pays pauvres. Mais comme on l'a déjà esquissé, il y a une transnationalisation du capital à l'œuvre. Par contre, s'il y a bien une colonisation, c'est celle de la marchandise. Et comme par hasard, ce petit détail n'est absolument pas remis en cause. Et la colonisation marchande, ça c'est un fléau. S'il y a une déshumanisation, elle se fait aujourd'hui sous le coup de la marchandise qui détruit nos vies".








NOTES

[1] Intervention de la délégation de la fraction de gauche du P.C.I. sur les question politiques, 1931.
[2] Voir le document de 1932 : A toutes les sections nationales de l’Opposition de gauche et au camarade Trotsky, signé : le groupe juif de la ligue communiste en France.
-          lettres de Gourov (Trotski qui s’est gouré) : http://maximalismarx.over-blog.com/search/lettres/
https://sites.google.com/site/sozialistischeklassiker2punkt0/leon-trotsky-1/1929/leon-trotsky-lettre-a-ottorino-perrone
Anton Ciliga dans "Au pays du mensonge déconcertant" raconte comment les trotskistes prisonniers dans les isolateurs se moquaient de Gourov et de son "soutien critique" sado-maso au régime stalinien qui emprisonnait et tuait les vrais révolutionnaires restés bolcheviques.
[4] https://fr.internationalism.org/Brochure/trotski1 (R.I n° 26; 27; 28 et 29 -1976)

samedi 25 juillet 2020

LA GAUCHE COMMUNISTE ITALIENNE DANS LES ARCHIVES DE LA POLICE FASCISTE (suite)



(traductions: Jean-Pierre Laffitte)
(Pour les noms des correspondants de Bordiga se reporter à la somme biographique de Philippe Bourrinet: un siècle de Gauche communiste italienne). Et lire aussi sur le cas Ambrogi: http://maximalismarx.over-blog.com/2016/11/la-justification-sur-notre-point-de-vue-sur-la-fraction-1929.html

Les correspondances suivantes sont du plus haut intérêt pour comprendre le travail de construction de l'organisation révolutionnaire par nos ainés, plus précis et éclairant que le bla-bla externe des derniers résidus bordiguiens… sans parti. Comme quoi la police fasciste, elle, était mieux informée sur comment créer et développer une véritable organisation en "parti de classe" et pas en sectes comme les merdes trotskistes, néo-staliniennes (coordination communiste, PCF), écologistes et anarchistes. On notera l'humanité et la fraternité qui règnent dans la fraction italienne de l'Internationale en voie de dégénérescence stalinienne, une lumière exaltante du passé qui rend plus sombres et rédhibitoires nos petitesses et émiettements d'aujourd'hui.


Lettre de Bordiga à Ambrogi
Berlin, le 9 avril 1922

Très cher Ersilio,


Je suis ici depuis quelques jours, car je suis venu pour la Conférence internationale à laquelle j’ai assisté seul lors de la dernière journée.

Je déduis de ce que Codevilla m’a dit que les décisions du Comité Exécutif n’ont pas été communiquées là-bas de manière claire. En conséquence, je te fais connaître en termes précis ce qui a été décidé, y compris du fait de la délibération du Comité Central qui s’est réuni immédiatement après le Congrès.

Ton séjour là-bas est provisoire, et ta charge permanente demeure celle de Berlin. Nous t’avons invité à rester là-bas afin de ne pas laisser vacant le poste de notre représentant durant une période importante.

Tu pourras revenir à Berlin dès qu’un autre camarade sera arrivé. C’est Gramsci, qui doit être déjà parti d’Italie, qui viendra te remplacer et qui arrivera là-bas au plus tôt. Moi aussi j’irai … [un bout de phrase illisible]… pour une décision définitive concernant les affaires italiennes.

Pour l’instant, je vois que, en accord avec Umberto, vous avez fait venir ici le camarade C. J’ai décidé que, dans l’attente d’une délibération définitive du Comité Exécutif, C. restera ici et qu’il fera, jusqu’à ton arrivée, le travail que tu faisais auparavant, et j’ai communiqué officiellement aux camarades d’ici qu’il est ton remplaçant. Nous verrons par la suite s’il y a lieu qu’il reste après ta venue.

J’ai traité avec lui de diverses choses pratiques qui concernent votre tâche, et, à ton arrivée, il te tiendra au courant de tout.

Je m’abstiens par conséquent de m’étendre sur le sujet. Je te communique également que j’ai eu une entrevue avec Rad. et Bac. au cours de laquelle nous avons défini précisément ce qui précède pour ce qui concerne le voyage à Moscou, et, dans l’attente de décisions officielles à propos de la tactique de notre parti, nous avons eu un large échange d’idées en la matière.

Je repars d’ici deux ou trois jours pour l’Italie. Avec les camarades qui sont ici, je te salue cordialement.



Signé : Amadeo Bordiga



P.S. : ce serait bien que tu t’informes de manière détaillée sur le travail syndical à mener ici. [Phrase illisible].




PROJET DE RÉORGANISATION DE L’EXÉCUTIF




Afin de mieux s’acquitter de sa tâche, l’Exécutif se subdivise en un sous-secrétariat des commissions permanentes, sous la dépendance desquelles des fonctionnaires sont rattachés.

Les sections sont formées, non pas sur la base des nations ou des groupes de nations, mais sur la base des questions ou des groupes de questions.

Leur travail consiste à rassembler pour chaque pays (en imaginant au besoin les moyens les plus appropriés) le plus grand nombre de données concernant la ou les questions dont elles sont chargées, à contrôler à ce propos l’activité des partis, à traiter le matériel recueilli, et à suggérer les meilleures propositions en vue de l’action révolutionnaire du prolétariat.

Chaque membre des sections devra recevoir la copie dûment traduite des rapports et des notes qui parviendront de tous les pays, en ce qui concerne du moins ce qui constitue la question traitée par sa section. Celle-ci élaborera ensuite des rapports et des projets qui seront distribués en trois langues (français, anglais, allemand) aux membres de l’Exécutif ; celui-ci sera appelé à en discuter et à prendre des décisions définitives.

Dans chaque section, pour autant que ce soit possible, il faudra prendre soin que le choix des membres et des fonctionnaires soit effectué de manière à ce que les différentes nationalités (latine, anglo-saxonne, allemande, slave) y soient représentées et à ce que, pour les relations entre les membres du Bureau, la traduction dans les deux sens soit possible pour le russe, le français, l’anglais et l’allemand. Chaque section pourra, si c’est nécessaire, constituer des sous-sections pour la distribution du travail. Chaque section s’occupera du traitement de la correspondance et des dossiers relevant de sa compétence, lesquels seront transmis, par l’intermédiaire du secrétariat général, au Présidium ou un membre du Présidium, délégué par ce dernier, qui prendra connaissance de tous les actes. De la même façon, toute la correspondance arrive au secrétariat général lequel, après qu’elle a été [ ?], la transmet aux sections compétentes.

Le Présidium est chargé de l’exécution des délibérations… [illisible] …les actes du Présidium et de l’Exécutif, comme également la correspondance, et toute sorte de document à l’arrivée ou en partance. Ce bulletin sera transmis aux membres de l’Exécutif, ainsi qu’aux Comités Centraux des Partis Communistes. En ce qui concerne la publication, l’on fera une exception pour certaines questions relatives aux sections VII et VIII qui seront présentées ci-après. En dehors de cette exception, tout acte, lettre ou document, peur être examiné par tout membre de l’Exécutif.


=====================



Des copies en trois langues des  rapports et des documents les plus importants seront transmises dans un fichier spécial où elles seront subdivisées et classées par nation. Seront transmises, également en trois langues, par ce même fichier des copies des procès-verbaux, des rapports et des délibérations, de l’Exécutif et du Présidium, en dehors des exceptions susdites.


SECTION I



Cette section étudiera les questions relatives à la politique et à l’économie mondiales, particulièrement par rapport à la politique internationale prolétarienne et à celle des États bourgeois. Elle rassemblera et traitera le matériel relatif aux mouvements financiers, industriels et commerciaux, à la production des États, à leurs exportations et leurs  importations, avec un regard particulier sur les marchés d’achat et de vente des produits et des matières premières, sur les visées de conquêtes de nouveaux marchés, etc.

Elle en fera des rapports périodiques et elle suggèrera par voie de conséquence les orientations de la politique prolétarienne internationale. Elle sera tout particulièrement assistée par les Bureaux de Berlin et de Londres.


SECTION II



Cette section aura le contrôle de l’activité des différentes sections de l’Internationale. Elle recueillera le matériel relatif aux programmes, à l’activité et à la force, des différents partis dans chaque État, de même que le matériel relatif aux programmes... [illisible] … les différentes agitations dans leurs causes, dans leur développement, dans leur solution, dans les éléments qui, directement ou indirectement, ont fait sentir leur poids sur elles.

Elle comparera les situations et les agitations des différents pays, etc., pour en déduire les enseignements qu’elle concrétisera dans des rapports et des projets



SECTION III



L’on croit nécessaire de créer des sections spéciales en vue de l’étude et des propositions relatives à la situation en Russie, à la politique de l’État russe et des États bourgeois à son égard, à l’activité du Parti Communiste Russe et des autres partis communistes ainsi que du prolétariat international en général vis-à-vis de l’État russe ; ces données constitueraient la mine d’expériences la plus riche pour la révolution mondiale, ainsi que pour l’intérêt particulier que l’Internationale porte à l’évolution de l’État russe en tant que premier État prolétarien.

C'est de cette section que dépendra le Comité International Communiste d’aide aux affamés



SECTION IV



De la même façon, il sera créé une section spéciale en vue de l’étude et des propositions relatives aux questions coloniales et orientales ; elle suivra la même méthode de recueil et de traitement des données que les autres sections.


SECTION V



En raison de l’intérêt particulier de la question qui découle des expériences de la Russie soviétique, question qui a été insuffisamment étudiée jusqu’ici, et qui se situe au premier plan d’une révolution et de la reconstruction sociale qui s’ensuit, l’on constitue une section spéciale en vue de l’étude et des projets relatifs à la question agraire et à l’orientation des Partis communistes à ce propos.



SECTION VI



Si l’on suit les mêmes méthodes de recueil et de traitement des données, cette section concerne… [illisible] …un sous-secrétariat des femmes et des jeunes, qui doivent être considérés comme faisant partie de cette section.


SECTION VII



Cette section est d’un intérêt particulier étant donné qu’elle concerne le travail illégal des sections et de l’Internationale. De nombreuses sections ont besoin de toute l’aide et des prochaines initiatives de la part de l’Internationale. Il faut contrôler scrupuleusement  que ce travail soit effectué par les Partis communistes. Il faut s’occuper des liaisons entre les sections, et entre les sections et l’Internationale. Il faut contrôler également que les sections prennent soin de manière interne de faire communiquer les centres entre eux. Elles doivent avoir des organes de recherche, du moins dans les principales institutions politiques et économiques bourgeoises. Elles doivent créer des organes de sabotage en vue d’une guerre éventuelle, etc. Il faut continuellement améliorer ce travail. L’importance particulière de cette section suffit d’elle-même à caractériser la III° Internationale.



SECTION VIII



  Enfin, cette section concerne l’administration des activités patrimoniales du Komintern, et la direction des organes subsidiaires, selon les instructions données par l’Exécutif



=======================



NOTE



Les membres des sections VII et VIII sont choisis directement par le Présidium parmi les membres de [ ?] ; ils ne communiquent et ils ne délibèrent qu’avec celui-ci, à l’exception des questions qui concernent les bureaux subsidiaires du sous-secrétariat et qui sont de la compétence de l’Exécutif dans son ensemble.

Tout membre de l’Exécutif peut faire partie de plusieurs sections. Avec la formation des sections, les commissions existantes, qui ont des tâches analogues à celles des sections, sont supprimées et elles remettent aux sections elles-mêmes le matériel qu’elles ont rassemblé et le travail qu’elles ont effectué. L’on fera en sorte que les éléments qui, dans les commissions,  avaient spécialisé leur activité dans l’étude de questions particulières, fassent partie des différentes sections.

Les secrétariats anglo-américain, allemand, latin, des pays [ ?], ainsi que des États de frontière, sont supprimés.




Lettre d’Ambrogi à Perrone




Moscou, le 7 septembre 1931



Très cher Ottorino,



Le retard que j’ai mis à vous écrire résulte de l’incertitude de la situation que je te résume brièvement.

J’ai été reçu ici très cordialement, malgré quelques difficultés qui, à mon avis, auraient pu être évitées. Mais en première approche, il m’a semblé que les mêmes raisons qui avaient déterminé mon départ en 1930 ne me permettraient pas de rester ici actuellement. L’invitation à revenir m’aurait été faite en raison de ma situation personnelle qui devenait de plus en plus dangereuse, ce en quoi je dois être on ne peut plus reconnaissant : j’ai demandé néanmoins l’autorisation de repartir dès que mes bagages seraient arrivés, et cette autorisation m’a été promise. Il m’a été conseillé, toujours étant donné le danger de ma situation, de laisser ici Liuba et Foresto, et j’ai fini par m’en persuader. Les bagages qui ont été expédiés à petite vitesse jusqu’à la frontière russe et de celle-ci ensuite à grande vitesse, ont subi un retard, et ils ont été envoyés par-dessus le marché à petite vitesse à partir de la frontière russe. Ce retard a permis au temps d’effectuer une clarification, à la suite de laquelle je n’ai plus eu de raison d’insister pour mon départ. Il y a besoin ici dans tous les domaines de gens pleins de bonne volonté, capables et sûrs : j’assume sans discussion le premier et le troisième attribut, et quant au deuxième, j’espère que l’expérience me confirmera que je ne dois pas me considérer parmi les derniers. Et, indépendamment de l’estime que l’on me déclare et de la solidarité personnelle, il faut aussi comprendre les motifs qui, à juste titre, ne m’ont pas été présentés et qui, spécialement après ma longue et infructueuse expérience à Berlin pour régulariser ma situation, peuvent du moins en partie justifier le désir qui m’a été manifesté que je ne m’expose pas à de nouveaux risques.

En ce qui concerne le travail, l’on m’a accordé une certaine liberté de choix : mais le fait que je ne possède pas la carte du Parti pour un travail qui aurait été à mon goût m’a créé ou m’aurait presque certainement créé des difficultés par la suite. L’on a résolu la question en me permettant un arrangement avec Ferruccio, sans que je perde pour autant les contacts avec mes anciens compagnons de travail : et cet arrangement me donne la possibilité d’effectuer un travail très intéressant du point de vue purement politique et du point de vue économique. J’aurais pu reprendre mon ancien travail ; mais celui que j’ai choisi me place davantage au cœur de l’expérience russe. Et je partirai par conséquent dans l’Oural.

Je suis convaincu que vous approuverez mes actes qui sont strictement conformes à mon message chiffré en provenance de Berlin et à ta réponse. Je vous prie de toute façon de m’en donner confirmation. Il est superflu d’ajouter que, s’il n’y a plus de raison de garder le secret sur ma résidence, il n’y a pas lieu de divulguer les détails qui m’ont encouragé et qui ont rendu possible mon séjour ici, y compris afin d’éviter que les officiels interviennent pour gêner nos rapports. Mon séjour ici a surpris tout le monde : les grands conservent, du moins en apparence, la réserve la plus absolue ; et, parmi les petits, l’on fait courir les allusions les plus louches relatives au double jeu de l’hypocrite, etc., et c’est pourquoi quelques petits que j’ai rencontrés par hasard tremblent encore de la peur de s’être compromis à me saluer. Moi, je m’en fiche : et du reste je n’approche habituellement que Trovatelli et la femme de Verdaro : les autres amis sont tous absents d’ici.

Je vous exposerai dans une autre lettre mes premières impressions sur la situation en Russie : je veux seulement ajouter maintenant quelque chose sur nos rapports et sur la question Verdaro.

Sur nos rapports : la nouvelle la plus désagréable est que, du moins pour le moment, est absolument exclue la possibilité d’une aide financière quelconque de ma part étant donné les restrictions rigoureusement observées sur l’exportation de devises. Quant à la correspondance et à la documentation en général, vous vous servirez du chiffre uniquement dans des cas exceptionnels ou si vous me donnez des informations, ainsi que je l’espère, sur des personnes ou des choses de là-bas ; vous devez tout envoyer dans des lettres fermées et si possible peu volumineuses, y compris les Bulletins et le journal qui pourraient être imprimés, concernant la copie que vous m’envoyez, en papier fin (et quant au chiffre : il est possible que je ne parvienne pas à expliquer que le premier et le dernier chiffre du nombre indiquent toujours un nombre de groupes de lettres, tandis que la deuxième – quand le nombre est de trois chiffres – indique un nombre de lettres relatif au dernier groupe de lettres). Ce serait mieux encore, mais je ne le crois pas indispensable, si vous faisiez des lettres recommandées. Sauf instructions contraires de votre part, je me servirai des adresses habituelles.

Le problème est plus difficile en ce qui concerne la littérature, laquelle passe inévitablement par le Glavlit. Je ne sais pas non plus s’il faut tenter des démarches officielles qui seront presque certainement inutiles. Quoi qu’il en soit, jusqu’à ce que je donne un avis différent, il faudra que vous commenciez par me l’expédier sous enveloppe fermée. Ce qui m’intéresse habituellement de manière spécifique, ce sont le bulletin russe et la revue française, les opuscules d’une importance particulière, et ce que vous pensez être nécessaire au cas par cas. Il s’agit évidemment d’une charge pour vous ; mais cela est indispensable pour que je puisse reprendre ma collaboration, laquelle ne sera pas possible de toute façon avant au moins un mois, c'est-à-dire avant mon installation dans l’Oural où je compte faire un saut dans quelques jours pour m’y établir ensuite définitivement à la fin du mois.

Quant à la question de Verdaro : il s’agit d’un cas très difficile à résoudre étant donné qu’en principe moi aussi je suis d’accord avec toi. Mais je considère que même mon aide, bien que limitée, a échoué, et il semble qu’aurait échoué également celle de Mario auquel, si vous m’envoyez son adresse, je pourrais essayer de récrire. L’affaire se complique ensuite du fait du désir compréhensible de lui et de sa compagne de se réunir. Il existe des possibilités. L’on peut de toute façon espérer qu’il ne vienne pas à se retrouver dépourvu du nécessaire pour vivre étant donné que ses exigences sont très limitées. Sa compagne pourrait peut-être tirer quelques milliers de lires de la maison : mais serait-il possible de les investir de manière suffisamment rentable ? L’on ne peut pas attribuer une grande valeur à la réponse de Verdaro à cette question : il serait intéressant de connaître ton opinion et celle de camarades experts en la matière ; parce qu’il est clair que, dans l’hypothèse où la famille d’Emilia serait disposée à débourser une somme, il faudra d’abord se demander comment l’investir. Dans l’hypothèse où l’une des questions exposées ci-dessus recevrait une réponse affirmative, je suis cependant d’avis que Verdaro doit continuer à affronter les sacrifices qui lui sont imposés par la situation là-bas. Mais s’il n’y a vraiment pas la moindre possibilité, si les camarades ne sont pas à même de lui fournir l’aide minimale suffisante ou, pire encore, si l’on ne considère pas nécessaire d’imposer la solidarité nécessaire de la part des camarades qui, dans une plus ou moins grande mesure, en ont la possibilité, il me semble exagéré d’exiger de lui le renoncement à la seule porte de sortie quand celle-ci n’implique aucune abdication. Si une telle solution est désagréable, il faut reconnaître que la responsabilité en incombe non seulement à Verdaro, mais, au moins dans une mesure égale, aux autres camarades : toujours est-il que Verdaro ne doit pas, par paresse ou pour d’autres motifs, s’imputer à lui-même les difficultés dans lesquelles il se trouve. Sauf que, la perspective de rentrer en Russie n’est pas non plus aussi simple qu’il n’y paraît : quid de l’argent pour le voyage et quid du temps nécessaire pour les démarches, certainement interminables dans un cas comme le sien,  sans la certitude cependant que ces démarches aient une issue favorable ? Le meilleur moyen serait certainement la venue d’Emilia, laquelle pourrait peut-être, même plus facilement que Verdaro, trouver un emploi, dactylographie, leçons ou autre : bref, il y a quand même quelques possibilités ; si ce n’est pas le cas, cela ne fera qu’augmenter les problèmes.

Je vous prie de répondre tout de suite à cette lettre, sinon la vôtre sera certainement perdue, à l’adresse suivante : Egisto Gentili – Grand Hôtel, chambre 410 – Place de la Révolution.  Vous attendrez ensuite mon adresse dans l’Oural.

Saluts communistes.



Ci-jointe une lettre pour Farba.

L’adresse de Landau est la suivante : Tempelhofer Ufer, 18, III (troisième étage), à gauche, bei Rente, Berlin SW 61.

Le camarade Müller, à l’adresse duquel vous envoyiez auparavant Prometeo et le bulletin français, me prie, si ce n’est pas pour vous une charge excessive, de continuer à les lui envoyer personnellement étant donné qu’il s’intéresse à notre mouvement : il s’agit d’un camarade de bonne volonté, même s’il est assez étrange.

Emilia vous salue, mais elle n’écrit pas pour le moment dans l’attente de votre réponse et de l’avis de Verdaro à la suite de cette lettre et de vos conclusions.

Lettre de Vercesi à Ambrogi 
 le 14 septembre 1932



Très cher Ersilio,


Je me suis réuni avec les amis afin de discuter de ta lettre du 7 courant. Pour ce qui concerne ton cas, nous sommes tombés d’accord pour considérer que la solution que tu nous propose doit être acceptée. En effet, ta position particulière vis-à-vis des autorités italiennes risquerait très probablement de compromettre toute participation de ta part au mouvement. Nous comptons bien évidemment sur ton attachement à la Fraction qui a été prouvé pour intervenir de manière assidue et continue dans l’activité de cette dernière. Dès que nous serons en possession de ton adresse, nous effectuerons pour toi le même service que nous devrons organiser pour les camarades de là-bas.

Tu tiens compte également du problème financier qui risque d’interrompre notre travail, et nous te faisons confiance pour trouver le moyen qui te permettra de participer aux dépenses que nous rencontrons.

Quoi de neuf ? Une proposition de Gourov (l’on dit qu’il s’agit certainement de Léon) en vue d’organiser une Conférence internationale sur la base des 4 premiers Congrès, avec le codicille de l’acceptation préalable des mots d’ordre démocratiques et du front unique entre les partis, et avec la condition expresse de notre non-participation. Nous avons répondu par un autre document dans lequel nous mettons en évidence l’énormité de l’affaire, et où nous revendiquons naturellement le droit de défendre nos points de vue. Pendant ce temps, nouvelles scissions. Treint a constitué un autre groupe et Rosmer a fait paraître son propre périodique. D’autres éléments en France se préparent encore à créer un autre groupe. L’on insiste de toutes parts en faveur de la réalisation de ton projet. Nous te tiendrons évidemment au courant de la tournure que les choses prendront ; nous agirons avec beaucoup de prudence, sans pour cela laisser s’accomplir la manœuvre consistant à nous isoler.

Nouvelles sombres en provenance de là-bas. Famine et misère. Nous espérons avoir des indications précises, et il semble que, sur la question Léon (Trotski, ndt), ils ont indiqué une position qui va dans le sens de nos conclusions.

Notre bulletin en français paraîtra ces jours-ci. Nous ne publions pas ta première attaque dirigée contre le front unique afin de ne pas devoir ensuite sauter la publication de la seconde attaque. Dès que nous serons en possession de la seconde attaque, nous publierons la première.

Tout va bien pour Müller.

Concernant Virgilio. Nous avons discuté. Il faut exclure absolument son départ. Nous avons un besoin urgent de lui, surtout que le contact immédiat avec toi a maintenant échoué. Il faudra évidemment accélérer les démarches en vue de la venue de sa compagne. Il sera possible de lui trouver une forme d’activité étant donné que, comme le dit Virgilio, sa compagne est très active. Il n’est pas exclu que, dans l’activité de Barba qui semble ne pas mal aller, l’on puisse trouver un angle pour eux. En outre, pour une dactylo qui connaît le français, il n'est pas impossible de trouver du travail, au moins pour compléter l’autre activité, si celle-ci ne devait pas suffire. Virgilio écrit dans ce sens à sa compagne. Ce que je te recommande, c’est d’accélérer les démarches afin que l’on puisse remettre Virgilio en selle.

Un camarade qui nous est proche, Calligaris, doit se trouver là-bas à l’adresse suivante : Casella Postale 455 Sicilia Mosca (2). Il doit être dans un sanatorium. Vois s’il est possible de le retrouver.

Nous écrirons à Landau.

Nous attendons de toi des informations systématiques sur la situation de là-bas.

Nous pouvons t’expédier le bulletin russe directement à ta nouvelle adresse. Nous attendons de la connaître pour t’envoyer le numéro que nous avons déjà.

Dans l’attente d’une réponse rapide de ta part, reçois, avec les tiens, une embrassade fraternelle.



Signé : illisible






dimanche 19 juillet 2020

ADAMA S'EMBOURGEOISE


L'habitué de la fabrique de pancarte à la mode
Je ne me suis jamais senti attiré par toute la mouvance protestataire qui vibrionne autour de la smala Traoré. J'attendais simplement l'aboutissement politique de l'exploitation de ce fait divers, comparable à celui de l'assassinat du conducteur de bus à Bayonne, mais ce dernier cantonné à la catégorie fait divers secondaire par l'extrême gauche du capital.

J'ai déjà dit ce que je pensais de l'exploitation de ce qui était rangé par le passé à la rubrique fait divers, bavures policières comme meurtres des racailles entre eux. L'exploitation par le clan Traoré de la mort du frangin sous le plaquage ventral des bestiaux policiers (quand en général les familles restaient claustrées dans le chagrin et la haine), sous prétexte de vengeance familiale mais au nom de l'antiracisme, ne mènait à rien qu'à une procédure judiciaire sans fin où les magistrats jouent les prolongations sans se rendre compte qu'ils participent de la perte d'autorité et de légitimité de l'Etat. Si le comité Adama m'avait écouté, c'est le ministre et le chef de la police de l'époque dont j'aurais demandé l'inculpation. Mais qui était en poste à l'époque ? Bernard Cazeneuve sous les ordres de Hollande (dont le journaleux Laurent Joffrin voudrait préparer le retour). Le comité Adama n'était pas si apolitiquement justicier derrière Tignasse première et veut donc ménager aussi la gauche bourgeoise. Qui ne sera plus jamais une alternative crédible pour les masses exploitées en ce beau moment de la faillite pandémique du capitalisme.

Allait-on voir se cristalliser un mouvement de protestation de noirs vers un nouveau fascisme "séparatiste" comme nous l'a soufflé Macron ? Peu probable, même s'il existe une secte de ce type aux USA, et puis la place est prise par suffisamment de blancs débiles, et les noirs en général n'appartiennent pas à la classe bourgeoise contrairement au fascisme ? Vers une nouvelle gauche vraiment méfiante vis à vis de la police, antiraciste et égalitaire en tout genres ? Impossible là aussi, quand la gauche succède au pouvoir à sa rivale de droite elle conserve les mêmes fonctions de répression policière et de justice pour les riches, preuve de plus que l'anti-racisme n'est pas anti-bourgeois. Et c'est le ministre d'un gouvernement de gauche qui a couvert ses policiers assassins (dans la fonction de). Vers une adhésion aux dernières sectes trotskiennes ? Invraisemblable, LO n'est qu'un conclave de vieux profs retraités au cul de la CGT et le NPA une secte infantile qui se branle sur tout ce qui bouge.

Et voilà, il ne restait que l'écologie ! Va pour l'écologie ! La messe bourgeoise dominante ! L'idéologie qui nous unit tous pour sauver la terre, notre mère à tous, pour confirmer que nos intérêts sont communs par-delà les classes sociales, pour consommer mieux en payant plus cher des produits de « notre » terroir, fabriqués par « nos » artisans et vendus par « nos » petits commerçants. L'écologie c'est le nouveau patriotisme à la louche internationale mais qui n'est qu'un planétarium fictif où exploitation et guerres restent consommables sur la longue durée.

LE PACTE AVEC LA BOURGEOISIE ESOTERIQUE

Je ne cesse de relever ici l'apparition d'une nuée de formes de contestations de la part des couches petites bourgeoises. Plus que de décomposition du capitalisme, il s'agit de grouillements de sectes petites bourgeoises, complices avec le lumpenprolétariat (en tout cas à Paris et Grenoble) qui, ne pouvant ni ne prétendant parvenir au pouvoir, parviennent néanmoins à maintenir un bordel incessant qui ne nuit pas au fond au mode de gouvernement chaotique et parfois carrément illisible de la classe dirigeante, mais sert d'écran à toute véritable mise en cause de l'ordre capitaliste. Tous ces hypocrites essaient de se rattraper en ajoutant le mot « social » à leurs contestations mais n'abusent pas la principale classe exploitée, le prolétariat, qui subit chômage, exploitation et mépris politique.

CONVERGENCES OU CACOPHONIE CONTESTATAIRE ?

Comme les fêtes religieuses, les contestations se déroulent un jour en fin de semaine. Le samedi c'est les résidus des gilets jaunes et leurs jérémiades éculées. Vont-ils se marier avec la smala Adama ? C'est ce que semblaient souhaiter les journalistes lors de la manif de ce samedi dans le Val d'Oise, et ils étaient très nombreux journalistes et photographes, au point que sur certaines photos on a l'impression qu'ils sont majoritaires dans une manif qui ne comportent pas des milliers de personnes comme le dit à dessein le Figaro (pour effrayer les lecteurs de Valeurs actuelles) mais des centaines (selon Le Monde, la police chiffrant environ à 2700). Non le plus important n'était pas les touches jaunes dans un cortège noir – des papys en jaune il y en a dans toutes les manifs et c'est plutôt le signe du retraité qui a besoin de marcher – mais la « coorganisation » du gang Traoré et de la secte Alternatiba. Pour le spectacle, et le festival de rappeurs à la suite, on avait convoqué les familles d'autres victimes des crimes policiers mais aussi les clowns Omar Sy et un certain Malik Benthala. C'est la prise de parole de Tignasse première qui fut la plus culottée en matière de cuistrerie opportuniste et de recrutement : «Quand on demande justice pour Adama, on demande justice pour tous les Adama, tout le monde », a-t-elle lancé, dénonçant « l’impunité policière ». « Le combat, on le lâchera jamais. (…) Vous êtes devenus des soldats malgré vous. »
Si jusque là seul importait le grand frère à venger, désormais le gang Traoré se porte à la tête de toutes les vengeances « juridiques » souhaitées ou souhaitables, et après la formule syndicaliste du NPA, Tignasse première de se ficher des moutons présents : « Vous êtes devenus des soldats malgré vous ». Cette engeance ne veut donc nullement une révolution mais une guerre ! Et s'imagine que des foules immenses vont les suivre avec les pires représentants de la bourgeoisie ésotérique.

La coorganisation d'Alternatiba était pourtant modeste. La cheffe Elodie Nace n'avait affrété qu'un bus de 70 places depuis Paris, mais plus que la troupe du NPA. Elle avait envoyé une déclaration bien plus prétentieuse à l'AFP avant de monter dans son bus : « La lutte climatique dénonce aussi le système d'oppression et de domination. L'écologie doit être sociale, populaire, solidaire ». En gros la même chanson que les Macron, Jadot, Besancenot et Le Pen.
Propulsée vedette du samedi Saint Adama, la donzelle a fait savoir qu'il s'agissait de « combats partagés » : « Cette 'mobilisation commune' est l'occasion de renforcer une alliance importante pour la construction d'une écologie populaire, aux côtés des populations en première ligne des injustices et de la pollution ».
Vous noterez que le terme classes est soigneusement évité. Qui sont ces populations en première ligne des injustices ? Les noirs ce samedi ? Puis les fermiers bios dimanche ? Un commentaire anonyme explicite mieux la drague bourgeoise, qui s'adresse plus largement à la classe ouvrière interraciale qu'aux gangs racialistes : « C'est aussi un moyen pour un des mouvements écolos de faire un pas vers une approche plus sociale, qui incluerait des groupes sociaux moins sensibilisés à la cause (sic) reprochant au mode de vie écologiste d'être inaccessible financièrement. Un moyen de discuter d'une écologie qui prenne en compte un versant social plus prononcé que d'autres mouvements verts ». La camarilla bourgeoise EELV appelait ouvertement sur son site à cette glorieuse manif des « convergences » et y avait envoyé quelques-uns de ses politiciens ». Un autre commentaire, quoique soft, m'a bien plu : « La convergence de revendications avec certains mouvements écologistes m'interpelle beaucoup. Je trouve que c'est un peu fourre tout, porte drapeau d'une société libertaire ? ».

C'est quoi Alternatiba ?

et surtout de paix sociale!
Je vous laisse le soin d'en lire le descriptif sur wikipédia. En résumé c'est une variante des multiples sectes de désobéissance civile non violente (mais violentes au besoin dans le lancer de pavé ou verbalement). Créée au début des années 2010 par des ploucs basques, il est question de se passer de l'hiver prolétarien pour éradiquer le réchauffement climatique et développer des villages climatisés. Lors de son intronisation toutes les sectes petites bourgeoises avaient accouru, 90 sectes et syndicraties paraît-il : FSU, les Amis de la Terre, Greenpeace, SUD solidaires, Attac, Bioc oop, la Fondation Nicolas-Hulot.

Mais lors du coup de sifflet électoral cyclique, toutes ces sectes, y inclus cette alternative basquaise appellent à voter dans les deuxièmes tours pour n'importe quel parti de droite et de gauche pour « faire barrage au FN ». Il faut mordicus défendre le système actuel, certes pas assez écolo-compatible, pour empêcher le retour au pouvoir du fascisme disparu, surtout qu'il était lui-même plus écolo que le régime démocratique mensonger actuel.

UN REPROCHE AU COMITE ADAMA

Pourquoi ne pas avoir aussi invité les potes de Extinction rébellion ? Qui est elle aussi une pure
expression de toutes ces sectes qui sanctifient l'anarchisme capitaliste. On devine que le gang Traoré fonctionne comme hiérarchie familiale, avec la générale en chef Tignasse première et ses « soldats », idem pour le clan basque associé au festival antiraciste permanent.
Tous ces clans prétendent quand même ne pas avoir de hiérarchie mais il y en a toujours. Extinction rébellion est la hiérarchie ésotérique par ...extension. Des hiérarchies locales sont instituées mais temporairement... pour préparer l'action (organisation holacratique) ; le militant postulant pour une action doit le faire savoir un mois à l'avance et endosser le rôle de « coordinateur » provisoire. Puis il s'occuper de recruter. Mouvement totalement désintéressé, il n'est soutenu que par des organismes totalement subversifs du Climate Emergency Fund (CEF), un fonds créé pour soutenir financièrement les actions de mouvements radicaux tels que XR, pour un montant de 350 000 dollars. Lancé début juillet 2019, il est dirigé par Trevor Neilson investisseur milliardaire, Rory Kennedy, fille de l'ancien sénateur Robert Kennedy et Aileen Getty, une des héritières de l'empire pétrolier américain Getty Oil fondé par son grand père. Extinction Rebellion a aussi reçu un don d'environ 344 000 € du groupe de rock britannique Radiohead (autant a été versé au CCI par Mick Jagger). On ne sait pas si, succédant à Luis Mariano dans le chant climatique, Michel Etcheverry a cotisé lui aussi pour Alternatiba, mais ce doit être le même style de financement.

Ce qui est frappant est de considérer comment l'Etat tolère et laisse faire ces contestations, certains parlent de complicité des autorités locales et de la magistrature considérée comme gauchiste. La maire éternelle de la petite bourgeoisie parisienne, Anne Hidalgo, a carrément laissé faire et soutenu la paralysie de la place du Chatelet, qui nous a fait chier pendant des semaines, par les petits connards d'Extinction rébellion.
Une « vraie justice » réclamée par le clan Adama est aussi aberrant que le plan de ces idiots financés par la bourgeoisie américaine (semer le chaos dans les pays amis qui se rebiffent) : il faudrait immédiatement supprimer les vols aériens (la mère Royal, pour exister, vient de reprocher aux ministres de Castex de se déplacer en avion! Alors qu'au mois d'octobre dernier elle appelait à réprimer ces cinglés) et 38 millions de voitures essence et diesel d'ici 2025. Un cofondatrice des Grünen, Jutta Ditfurth, a parfaitement résumé : « c'est une secte ésotérique croyant en l'extinction précoce de l'humanité et recommandant le sacrifice de soi ». La secte LFI, par la voix de son rouquin rigide, a fait savoir au contraire qu'elle appréciait les méthodes pacifiques de ce mouvement. LFI sait quelquefois être pire que la girouette NPA.

Dans un article publié le 10 octobre 2019 sur le site de Libération, le gilet jaune à casquette, Maxime Nicolle est remonté dans mon estime en déclarant que le mouvement Extinction Rebellion en est « financé par des philanthropes et riches Américains proches du milieu des affaires et pétroliers». Éric Drouet, s'étonnait, pour sa part, d'une certaine indulgence de la police à l'égard des manifestants de ce mouvement, par rapport au sien ; il aurait pu y ajouter la pouffiasse Hidalgo. Enfin je ne résiste pas à recopier la remarque suivante, surtout de la part d'un journaliste qui participe de la même messe écologique.

Hervé Kempf, journaliste et créateur du site français d'actualité écologique Reporterre, considère que le mouvement Extinction Rebellion bénéficie « d’une tolérance qui témoigne qu’il ne remet fondamentalement en cause aucun intérêt véritable », tout en appuyant son argument sur le célèbre vers de Pierre Corneille « À vaincre sans péril, on triomphe sans gloire ». Hervé Kempf ajoute également que les militants de ce mouvement semblent ignorer les autres luttes, comme celles qui dénoncent les violences policières ou les inégalités dans notre société, « qui sont pourtant au cœur du rapport brutal qui se joue dans la destruction du monde. »

Voilà pourquoi sans doute les deux autres sectes de la marche pour la célérité de la justice bourgeoise dans le Val d'Oise sont restées divergentes de ce barnum sponsorisé par des milliardaires US. Conservant jalousement ce qui fait du bruit pour rien : l'anarchisme contestataire impuissant fleur de la démocratie bourgeoise.