"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

dimanche 12 janvier 2020

GREVE SURREALISTE et DESINTEGRATION GENERALE


« La bourgeoisie, alors qu'elle luttait contre la noblesse, soutenue par le clergé, arbora le libre examen et l'athéisme; mais, triomphante, elle changea de ton et d'allure; et, aujourd'hui, elle entend étayer de la religion (écologique) sa suprématie économique et politique. Aux XVe et XVIe siècles, elle avait allègrement repris la tradition païenne et glorifiait la chair et ses passions, réprouvées par le christianisme; de nos jours, gorgée de biens et de jouissances, elle renie les enseignements de ses penseurs, les Rabelais, les Diderot, et prêche l'abstinence aux salariés. La morale capitaliste, piteuse parodie de la morale chrétienne (et musulmane), frappe d'anathème la chair du travailleur; elle prend pour idéal de réduire le producteur au plus petit minimum de besoins, de supprimer ses joies et ses passions et de le condamner au rôle de machine délivrant du travail sans trêve ni merci.
Les socialistes révolutionnaires ont à recommencer le combat qu'ont combattu les philosophes et les pamphlétaires de la bourgeoisie; ils ont à monter à l'assaut de la morale et des théories sociales du capitalisme; ils ont à démolir, dans les têtes de la classe appelée à l'action, les préjugés semés par la classe régnante; ils ont à proclamer, à la face des cafards de toutes les morales, que la terre cessera d'être la vallée de larmes du travailleur; que, dans la société communiste de l'avenir que nous fonderons "pacifiquement si possible, sinon violemment", les passions des hommes auront la bride sur le cou: car "toutes sont bonnes de leur nature, nous n'avons rien à éviter que leur mauvais usage et leurs excès ».
Paul Lafargue (Réfutation du droit au travail de 1848)


« Pour moi, la justice sociale, c’est de prévenir les inégalités », a résumé hier le pervers narcissique qui nous gouverne. Et il a fait cette révélation aux ouvriers qui ne pensent qu'à leur retraite : « Nous restons un pays où, selon la famille, et l’endroit d’où l’on vient, il est plus dur d’accéder aux études supérieures, il est plus dur d’accéder aux responsabilités. C’est ça la vraie injustice. Moi j’ai jamais vu des manifestations pour se battre contre ça ! ». Ce qui est profondément vrai, jamais les élites ni le petit étudiant Macron n'ont jamais fait grève pour élargir leurs privilèges de classe.
Pinocchio chef d’Etat, au demeurant éborgneur en chef, a aussi dénoncé « la violence » dans certaines manifestations. « Une chose que je ne peux pas accepter est la haine, la violence et l’irrespect », a-t-il dit, fustigeant également ceux qui contestent « le fait majoritaire » dans une démocratie. « J’entends toute la colère », a-t-il ajouté, en espérant qu’avec une forme de démocratie participative comme la Convention « on arrive à faire sortir la colère de la rue ». La colère mise en bouteille ou figurée par les petits clowns mélenchonesques, cela a en effet une autre allure, qui tient de la maîtrise de soi, pardon des institutions bourgeoises.

Gouverner par le chaos ?

Cette expression m'est apparue assez explicative pour le déroulement de cette grève bancale, interclassiste et il faut bien dire irréelle du point de vue des objectifs de conservation de l'hypocrite « droit à la retraite », contrairement aux affirmations menaçantes mais creuses des robustes syndicrates. Elle désigne l'ouvrage d'un sympathisant libertaire des rigolos de Tarnac dont je n'ai que foutre ainsi que de tous les complotistes, mais d'autres semblent l'avoir conceptualisée avant ou d'une autre manière, par exemple le CCI avec le thème de la décomposition fourre-tout. Dans un essai le célèbre pirate informatique Kevin Mitnick, l'ingénierie sociale serait "l'art de la supercherie"; plus précisément l'art d'induire autrui en erreur et d'exercer un pouvoir sur lui par le jeu sur les défaillances et les angles morts de son système de perception et de défense. Illusionnisme et prestidigitation appliqués à tout le champ social, de sorte à construire un espace de vie en trompe-l’œil, une réalité truquée dont les règles véritables ont été voilées d'avance.
On peut plaisanter avec des comparaisons de Macron avec Badinguet, sauf que ce dernier a créé de vraies mesures sociales (mais nous a mené à la guerre), sauf que la bourgeoisie actuelle est bien plus armée politiquement que les despotes barbichus de naguère. Les élites modernes ne sont pas idiotes, elles lisent aussi les radotages de RI et de LO. Et elles peuvent dormir tranquilles après lecture d'analyses aussi pépères et suivistes, que personne ne lit d'ailleurs. N'est-il pas frappant de constater que, hors des petits calculs journalistiques sur qui allait gagner ou pas dans le jeu de rôle du gouvernement méchant et des gentils syndicaux, jamais l'Etat n'a paru s'inquiéter ni pour la pérennité de ses attaques économiques, ni par le bordel causé par l'absence de transports en commun, surtout en région parisienne, preuve qu'on pouvait continuer à faire du vélo au pays de la mère Hidalgo et laisser certaines artères bloquées le temps de quelques promenades syndicales. L'Etat « libéral » laissez faire...laissait  suer et galérer les centaines de milliers « solidaires » par devers eux (sondés ad hoc) de la protestation syndicale. Les voitures ministérielles et policières restaient prioritaires. Macron en son palais s'en fichait et posait au voyageur de commerce pressé et préoccupé par les « affaires de la France ».
De bout en bout, les sous-fifres du gouvernement se sont en effet conduit avec une morgue pleine, traitant comme moins que rien les larbins syndicaux. Depuis le début le gadget de l'âge pivot1 a été le hochet pour faire croire que Berger aurait dû jouer au vrai berger gentil, en tant que toutou gardien de la plus grande bergerie gouvernementale la dite CFDT. On peut rire des pauvres et pas simplement les mépriser. Pensez : après des siècles de parlotes de couloir on frisa la convulsion syndicale lorsque l'on apprit que le projet de loi sur la réforme des retraites était déjà rédigé et envoyé au Conseil d'État. D'après Le Parisien, un sous-ministre avait indiqué sur Sud Radio qu'« un texte est parti au Conseil d'État afin d'amender, corriger, apporter des compléments et de l'étoffer ». Selon les informations du Parisien, seuls, quelques membres du gouvernement étaient au courant de la procédure qui s'était déroulée la semaine précédente.Du côté de la syndicratie, on riait jaune. Les « opposants » à la réforme étaient en train de faire un énième appel à une mobilisation pour le mardi 7 janvier. Le Noël avait trépassé tristement confirmant que les grévistes ne seraient pas de la fête. Les colloques gouvernementaux concernant l'horrible pénibilité et le travail (rare) des seniors seraient encore de sujet de réflexion aux journalistes. Yves Veyrier, finsecrétaire général de Force ouvrière, et probablement ancien trotskiste lambertiste, était monté au créneau :  « C'est bien la démonstration que ces discussions n'ont rien à voir avec le texte de la réforme qui, sans doute, devait être déjà écrit avant les vacances ». Au moins ce bonze avait-il une approche de la méthode gouvernementale par le chaos programmé et le foutage de gueule certifié.

SAVOIR ARRETER UNE GREVE bidonnée

Avec le dénouement peu surprenant que chacun pouvait deviner (la mise de côté de l'âge pivot et la rupture du front bas des bonzes syndicaux) chacun pense inévitablement à la formule du chef stalinien Thorez « il faut savoir terminer une grève » comme si elle ne servait qu'à marquer au fer rouge l'attitude collaboratrice du PCF au gaullisme pour appuyer la reconstruction bourgeoise ; or d'épuisement financier en reconduction de manifs ronflantes avec chars de carnaval syndicaux et ballons d'obédience avec sigle de boutique, on en était venu à souhaiter que les grévistes cessent de se sacrifier pour le roi de Prusse et... pour que rien ne change grâce au jeu de rôle pervers des boutiques syndicales et le discours gouvernemental parfaitement cynique, c'est à dire pervers narcissique... d'Etat. Avec une impression de déjà vu... en 2016 où la loi travail est acceptée par les mêmes syndicats qui aujourd'hui encore « trahissent »2, et les mêmes lamentations de tous les larbins nominés par Macron, comme Valls à l'époque : « cela doit cesser car la grève est incompréhensible » ; laquelle est devenue d'autant plus « incompréhensible » quand les grévistes sont laminés et isolés. La surexposition médiatique des manifs a pu faire croire à une somme de grèves plus ou moins dispersées3 alors que cheminots et RATP restaient seuls en lice, au point que Le Parisien se demandait s'ils allaient.. étendre à d'autres secteurs début janvier, quand cela sent le fagot4. Les badgés dits radicaux jouent leur partition finale ordinaire en clamant que c'est maintenant qu'il faut étendre le mouvement alors qu'il ne peut que foirer un peu plus dans le labyrinthe sans fond des vices de forme et vices tout court des conciliabules étatiques.

La grève pour le maintien des régimes spéciaux en 2007 n'avait pas été un 1995 bis. Mais 1995 c'était il y a … 25 ans, et rien n'a bougé depuis ; désespérément sans mémoire le prolétariat s'est toujours laissé boucher l'horizon dans les ornières syndicales, avec les mêmes processions syndicales moutonnières sans assemblée générale décisionnelle, derrière les mêmes baudruches ballonnées des véhicules corporatifs, quoiqu'il n'y avait que très peu de jeunes, lesquels sont au chômage ou dans des boulots de merde. Et quoique le privé restait toujours paralysé par impuissance sociologique et émiettement professionnel. Au moins en 2016 avait-on pu placer quelque espoir d'un débordement historique des mafias syndicales avec les « nuit debout », qui ne furent pourtant qu'un feu follet de parlote de bobos5. Un coup nombre de nos révolutionnaires critiques du ronron syndical exhibent des recettes formelles (vivement des AG, et des délégués élus et révocables) mais un coup il y en a des AG, mais dévitalisées par le personnel syndical, et un autre les prolétaires restent compartimentés dans leur corporation et incapables de contacts transversaux. Mais là quelles leçons tirer d'une des plus longues grèves de l'histoire sociale en France ?

Tout le long, le gouvernement a entretenu la cacophonie, dit la presse, qui se nourrit de la confusion ambiante autour de la préoccupation assez incongrue « des » retraites. Vrai. Jadis la retraite pouvait être une question unificatrice, encore que uniquement électoralement. La gauche bourgeoise mit longtemps à son programme le cap des 60 ans. Bon gré mal gré c'est fini. La retraite à la carte est de mise dans toutes les contrées capitalistes. Tant pis pour les vieux ringards comme Juan du groupe mondial de son nombril, les syndicalo-gauchistes et les insoumis mélenchonesques. Quant à la prétention affichée de certains corporatistes badgés de lutter pour « nos enfants »... laissez moi pouffer ! Lénine dénonçait la vanité étroite de cette démagogie. Dans les « bastions » dits exemplaires par certains révolutionnaires ringards, EDF comme SNCF, dans le ch'nord en particulier, c'est le népotisme qui régnait de père en fils et en cousin ; le syndicat devenant même un clan familial ! Ce népotisme transparaît encore dans le corporatisme du rail qui, par ses limites conceptuelles et politiques rappelle le sinistre Vikjel russe ou les mineurs valets de Ceausescu. Rien à voir avec la conscience politique de la classe ouvrière comme ensemble à vocation universelle au-dessus des divers corporatismes, et surtout obligée de les briser avant de commencer à lutter sérieusement.

Âge pivot ou pas, économies attendues ou pas... Depuis le début de cette grève surréaliste, la protestation corporative apparaissait sans fin, confuse, abstraite et illisible. Jusqu'au bout de l'épuisement circulaire cette grève protéiforme, dans l'entonnoir des dernières processions syndicales, aura fait défiler toutes les classes : aristocratie des transports ferroviaires, médecins, avocats, paysans, artisans vêtus de la veste jaune, sans que l'Etat vacille ni ne cesse de victimiser sa police terroriste. Avec cet air de déjà vu de même cloisonnement syndical qu'en 1995 et cette chimère du « tous ensemble » qui promet de déborder les « directions syndicales » mais qui n'en peut mais. Pendant ce temps, Macron 1er éborgneur de France promet des « décisions fortes » sur le climat (pas social) et un référendum contre le réchauffement climatique... piqûre de rappel de l'écologie punitive mais pas pour tous. Un petit ministre a parlé de « cocktails » de mesures pour la retraite new wave, ce qui va bien avec l'idéologie religieuse dominante de la « diversité ».
Parmi les prétendants à la révolution, la vraie, la prolétarienne et communiste, Révolution internationale et son petit bâtard (Révolution ou guerre)6 ont radoté leur langage de 1995 : « Unifions nos luttes contre les attaques de nos exploiteurs » (tract). Ce qui était se mettre à la remorque des gauchismes et des syndicaux qui font du chiqué. Pire, et lâche, hésitant à se prononcer sur la faillite annoncée d'une mobilisation chaotique et inconsciente, le groupe publie sur son site non une analyse et prise de position mais un vague communiqué du genre « vive la lutte » même foireuse et invite à plusieurs réunions publiques pour recueillir l'avis des spectateurs et, opportunément, en faire une synthèse qui lui évite de se brûler les doigts7. 


La croyance en une mobilisation totale de la population et un grouillement de grèves et de lutte, entretenue par toute la galaxie gauchiste et nos pâles « communistes de gauche maximaliste » s'est dégonflée à l'observation de rues vides ou peuplées de consommateurs. Et d'où qu'ils étaient nos farouches opposants grévistes ? En AG dans facs et usines comme au beau temps de 68. Que nenni ! tous au fond de leur tanière et visibles seulement, mais encadrés, dans les escortes de manifestations militaires. Il ne se passa rien de dynamique comparé aux gilets jaunes à leur début qui étaient, eux, visibles et permettaient des discussions de rue ; voyez aussi le niveau misérable et pâlichon des rencontres syndicales8.



LA RETRAITE C'EST PAS LE PEROU !

Merde ! Il y a plus grave que la question des retraites et la religion écologique ! Et c'est une pauvreté inouïe qui s'est installée dans la jeunesse sans travail et sans classe de référence, chez une majorité de femmes seules et une foule de gens isolés dont personne ne se soucie, sauf de la catégorie migrants (sans rien y changer) pour la galerie et la pose des bateleurs de foire de la gauche bobo. Suicides et meurtres se répètent dans notre oubli quotidien. Pendant que les barnums syndicaux défilent avec leurs tristes badges et calicots en chantant des hymnes à leurs corporations respectives, des milliers et des milliers souffrent de la persécution des banques, se moquent des magasins bios pour riches fonctionnaires et du souci des cyclistes du quartier latin pour la couche d'ozone, ignorent les seins nus des féministes ringardes, et patientent dans les stages bidon de pôle emploi sans savoir quand leur logeur les fera expulser.

Une seule chose est certaine au terme foireux d'une des plus longues grèves faussement générale de l'histoire sociale en France, le travail ne fait plus rêver au même moment où il n'y en a plus assez pour tout le monde, quoiqu'en dise les sondages sur commande, et comme l'a constaté à sa façon Julliard, et pas que en France contrairement aux propos des journalistes germanophobes ou pro-américains9. Mais une alternative de société non plus. Ce « droit à la retraite » est aussi caricatural que l'ouvrage de Louis Blanc « le droit au travail » publié au moment de la révolution de 1848, et si bien moqué par Lafargue. Aucun de nos prétendus révolutionnaires gauchistes ou ultra-gauchistes ne s'en est moqué, preuve de plus de leur appartenance au vieux monde du fonctionnariat, de l'immigrariat10 et des mafias corporatives syndicales de père en fils11.

MACRON SERAIT-IL UN NOUVEAU LENINE ?

Macron a été grimé en nouveau Louis Philippe par l'ami des flics et de la répression, la starlette Zemmour12, et aussi par d'autres en nouveau Badinguet. Il y a pourtant une pose à la bolchevik dans cette attitude élitaire farouche de se soucier du « financement des retraites », cette volonté forcenée et mensongère de créer un système « égalitaire » par points. Dans la confrontation à une société civile assez généralement indignée de l'attitude du comité central de la république en marche vers des lendemains assurés pour les vieux jours toujours plus repoussés...

Certains ont été jusqu'à penser que, comme Lénine, Macron voudrait se passer des syndicats, voire les ridiculiser. Pourtant dès avant même son élection, Pinocchio avait défini ce qui était, selon lui, le rôle des syndicats. « Je souhaite un syndicalisme moins politique » (en mars 2017) ». Macron a été à l'école de la gouvernance bourgeoise : « On a besoin de corps intermédiaires, mais à la bonne place (…) Je fais confiance aux syndicats pour réguler les relations de travail dans la branche et l’entreprise. Mais ils ne doivent pas se substituer aux détenteurs de l’intérêt général ». Autrement dit rien de choquant, comme Sarko et Flamby, les syndicats doivent rester dans leur rôle figuratif. Un type qui se nomme Eric Bourguignon a tenté de comprendre : « Pour le gouvernement, les organisations syndicales manquent de légitimité. De son point de vue, elles ne peuvent plus jouer le rôle de corps intermédiaires. Au moment des "gilets jaunes", on a d’ailleurs vu que l’exécutif leur demandait de désigner des représentants, comme pour créer une alternative aux syndicats. »

Pas vraiment, un gouvernement bourgeois qui se passerait des syndicats à notre époque serait suicidaire. Le souci de Pinocchio est plutôt l'exigence qu'ils fassent leurs preuves, preuve qu'ils sont bien capables de rester les bergers (sic) de la classe ouvrière. A ce point de vue il faut bien dire qu'ils ont été décevants (du point de vue du gouvernement et surtout des galériens parisiens). Gouverner par le chaos oui mais faut pas que ça dure trop longtemps. Certes cela devait pousser derrière, la population prolétaire et petite bourgeoise n'est pas prête à avaler la pilule d'une fin de vie non hédoniste. Pris en étau entre un pouvoir qui les maltraite et une société civile peu syndiquée, les syndicats seraient-ils voués à disparaître ? « Aujourd’hui, il n’y a pas de vraie alternative aux syndicats, reconnaît le Rémi Bourguignon, et ces derniers jouent là-dessus. Mais rien ne dit que de nouvelles formes de corps intermédiaires ne finiront pas par émerger un jour ».
Il ne s'agit pas donc de détruire les syndicats mais leur donner une chance de retrouver une représentativité réelle, disons de pérenniser leur fonction de police du prolétariat, mais... la crise économique est un sacré déniaiseur !

Concluons donc même si on n'en est qu'au générique de fin.Tout s'est déroulé dans une ambiance où maraudeurs gauchistes comme recruteurs syndicaux entretenaient la plausibilité d'un arrangement de la retraite heureuse comme seule fin envisageable à la vie dans le monde capitaliste. Maigre et amer constat pour celles et ceux qui auront été épuisés psychologiquement et financièrement par cinq semaines de grève trop bien « organisée », sarclée, compartimentée. Ce n'est pas un hasard si les synonymes de retraite sont : recueillement, résignation, non-activité, repli, débandade...
Pour tirer le bilan (désastreux) de cette grève hétéroclite pour des retraites interclassistes il ne faut pas compter sur les révolutionnaires amateurs qui se sont mis à la remorque d'un grève piégée d'avance par gouvernement et syndicats puis alignés sur les sergents recruteurs gauchistes. Il faut lire et se contenter (hélas) de la pertinence de certains éditorialistes bourgeois.
Giesbert dans « Le Point » :
« En France, la CGT ira jusqu'au bout, c'est à dire nulle part, pour défendre le système des régimes spéciaux qui donne aux retraités de la RATP, même s'ils arrêtent de travailler plus tôt, une pension supérieure à celle des médecins généralistes, voire à celle de certains spécialistes hospitaliers, pendant que les paysans n'ont droit qu'à quelques rognures ou à la crevaison ».(2 janvier)
Julliard dans « Marianne » :
« Je ne sais s'il faut parler de convergence des luttes ou de confusion des esprits. Dans le cas des grèves actuelles, on a rarement vu un conflit d'une telle ampleur s'accompagner d'une telle médiocrité dans les analyses et les propositions. Ce n'est pas FO qui a rejoint la CGT ; c'est la CGT qui a rejoint FO dans le refus pour le syndicalisme de dépasser le cadre du corporatisme revendicatif. Le principal risque est celui d'une désintégration générale ».(3 janvier)

On peut dire ce qu'on veut du catho-proudhonien Julliard, mais outre une carrière remarquable d'intellectuel de gauche syndicalo-socialiste, il n'est pas tombé de la dernière pluie concernant l'histoire du mouvement ouvrier (même s'il en connaît que pouic de notre sainte « gauche communiste » aux oubliettes et qui n'a plus réponse à tout) ; lisons ce qu'il analyse avec lucidité au début de son article intitulé « L'émiettement » :
« ...Corrélativement, pour expliquer l'étrange climat qui règne aujourd'hui sur la France, il y a ce retour des passions tristes, le ressentiment, l'envie, la haine même13, que l'on avait déjà vues à l'oeuvre durant l'année « gilets jaunes », et qui se sont substituées à l'exercice de la lutte des classes de jadis. Car, paradoxalement, la dramaturgie de la lutte des classes, avec ses grandes entités collectives, capitalisme, prolétariat, patronat, interdisait la psychologisation de la vie publique14. Ce n'est pas le capitaliste comme individu, la patron comme personne privée que l'on combattait, mais des forces collectives comme le capital. Oui, paradoxalement, la lutte des classes était un facteur de cohésion nationale, qui permettait à la citoyenneté d'exister à côté de la confrontation économique . Nous voilà revenus à une société prémarxiste où rien ne vient équilibrer la pression de l'individualisme et inciter chacun à raisonner en termes collectifs ».
Loin d'être un premier pas pour retrouver le chemin des luttes massives comme le dit frileusement un CCI suiviste de rumba syndicrate, l'aspect dominant et navrant de la protestation trop bien organisée (et si chaotique) d'un syndicalisme arrogant et bavant de corporatisme et d'avantages catégoriels risque bien de ridiculiser la classe ouvrière pendant de nouvelles décennies comme la fable du « tous ensemble » de 1995.

On se revoit quand, camarade syndiqué, pour une nouvelle journée de mobilisation ?


NOTES

1 La proposition de l’âge pivot du MEDEF à 64 ans, c’est à mourir de rire ! Le taux d’activité de la tranche 60-64 ans est à 33,5% en 2018 (chiffre du ministère du travail) «dares.travail-emploi.gouv.fr/IMG/pdf/dares_tableau_bord_seniors_septembre_2019». Donc avant d’acter un âge pivot, que les patrons commencent déjà à faire augmenter ce taux d’employabilité des seniors, avec une meilleure accessibilité aux emplois, quand il sera à 70%, on en reparlera…

2Mot insatisfaisant puisque les syndicats gouvernementaux sont payés pour poignarder dans le dos en permanence les travailleurs ! Ils ont pour fonction de négocier en tant que « spécialistes », incontrôlables par leurs soi-disant mandants, car ils restent des valets du pouvoir. Ils disent changer de position ou bien que le gouvernement « a ouvert de nouvelles pistes de dialogue », jamais personne ne joue au croque-mort de la grève
3Il y avait même des secteurs en lutte qui se différenciaient de la danse des retraités. Les hospitaliers faisaient bande à part. En conflit ouvert avec le gouvernement depuis la publication de la faiblesse des lignes de crédits alloués à l’hôpital en 2020, le Collectif inter-hôpitaux, au sein duquel les médecins sont très actifs, n’entend pas mélanger les causes. Pas question pour celui-là de s’associer aux protestations contre la réforme des retraites. «Ce qui nous importe, c’est le sort de l’hôpital, insiste son coordinateur, le professeur André Grimaldi. Nous n’avons pas de légitimité sur un autre sujet. Il s’agit pour nous d’éviter que nos revendications soient noyées dans d’autres problématiques.» Une position que ne partagent ni le Collectif interurgences, à l'origine d'un vaste mouvement de grève national des services d'urgences, ni les syndicats de personnels hospitaliers, CGT et SUD santé, qui avaient déjà répondu présents le 17 décembre lors de la manifestation interprofessionnelle contre la réforme des retraites.
4 Le 9 JANVIER, titrage du Parisien : « SNCF et RATP : grévistes recherchent soutien désespérément ». Les cheminots et les agents RATP, qui tiennent le mouvement depuis le 5 décembre, attendent que les salariés d’autres professions prennent le relais. Godot se faisait attendre aussi.
5Nous avions donc rêvé en 1986 en croyant que les décennies à venir allaient confirmer une tendance au débordement des organismes para-étatiques. Il est vrai qu'ils sont foutus historiquement et qu'ils ont perdu tout crédit majoritairement dans le prolétariat. C'est bien un sacré paradoxe qu'ils arrivent encore à tenir le haut du pavé et à saboter toute dynamique de lutte exponentielle, voire plus si affinités révolutionnaires.
6L'individu qui réalise ce blog -Révolution ou guerre – s'est même pris pour Napoléon, ou Voltaire, s'octroyant d'informer la classe ouvrière du monde entier sur la lutte made in France et soufflant dans les cornes syndicales pour « généraliser » la lutte, mais laquelle ? Celle des avocats ? Des rentiers ? Des mercenaires policiers ?
7 Le mouvement contre la réforme des retraites n’est qu’un premier pas pour retrouver le chemin des luttes massives
Depuis début décembre, venant de tous les secteurs et issus de toutes les générations, des centaines de milliers de manifestants descendent dans la rue contre la “réforme” des retraites. Dans les cortèges, la colère et la combativité sont évidentes. Depuis les luttes de 2003 et 2010 contre les précédentes “réformes” des retraites, nous n’avions pas vu en France un tel enthousiasme d’être aussi nombreux à se mobiliser tous ensemble contre cette attaque qui touche toute la classe des exploités : salariés du public et du privé, actifs et retraités, chômeurs, travailleurs précaires, étudiants. La solidarité dans la lutte se manifeste par une volonté de se battre non seulement pour nous-mêmes mais aussi pour les autres secteurs et pour les générations futures.
Néanmoins, ce mouvement connaît aussi d’importantes limites et difficultés en particulier dans la prise en main et l’organisation de la lutte par les prolétaires eux-mêmes. Il n’y a que très peu, ou pas, de réelles assemblées générales dans lesquelles les travailleurs peuvent débattre, prendre ensemble les décisions et la conduite de leur lutte. Contrairement, par exemple, à Mai 68.
Quelles leçons tirer du mouvement en cours ? Quelles sont ses forces et ses faiblesses ? Comment préparer au mieux les luttes futures ? Quel rôle jouent réellement les syndicats et les partis de “gauche” ? Ce sont de toutes ces questions, et bien d’autres encore, que nous proposons de discuter lors des réunions publiques à :
8 Consultez par exemple les videos des dites rencontres inter entreprises de LO à Safran Villaroche et à PSA. Le badge syndical est le sésame des braillements corporatifs. Badgé CGT l'inénarrable JP Mercier, et ce blabla époustouflant des syndicaux trotskiens recrutant en fait pour ce faux tous ensemble au cul des mafias syndicales et répandant l'idée d'une extension possible (mais abstraite), face à une poignée de syndicaux du privé avec fanion CGT peu enthousiaste mais bon public, « si on arrive à être tous ensemble, Macron pourra pas grand chose, dit l'un :
« hein qui c'est qui va s'essouffler c'est le gouvernement, les travailleurs ont décidé d'être acteurs... tout ça pour un monde meilleur..appels répétés à suivre toutes les promenades syndicales... Mercier fait du chiqué : « le gouvernement joue le pourrissement, fait un chantage à la fête de Noël... arguments stupides pour retourner opinion publique mais Macron va à l'échec ! ». Mercier informe que plus de 60% de la population soutient les grèves : «  c'est nous qui avons démarré le bras de fer contre Macron, … y vont bloquer les salaires, nous faire crever au boulot et avec des milliards de profit, ...c'est le moment d'y aller sinon ils vous tous nous faire crever... y vont continuer à baisser les salaires … à nous faire trimer comme des chiens... pour avoir une vie meilleure alors bon courage à tous ! ». Applaudissements nourris des maigres troupes badgées.
A Vélizy, un sous-fifre de LO, Badgé CGT orange à Thalès... c'est le blabla d'un certain Abdel sur la grève en contagion : « en avant... privé et public tous ensemble, jeunes, vieux, tous ensemble on est tous concernés».
10Par ce néologisme je me moque du culte gauchiste de l'immigration conçue comme matrice du prolétariat alors que l'immigration n'est pas en soi révolutionnaire ni un signe de renforcement de la classe ouvrière. Peu de marxistes ont noté le poids des différences culturelles et raciales dans la constitution du prolétariat, facteurs de retardement comme le notait Pierre Souyri pour les USA : « … la conscience du prolétariat américain est simplement en retard. Le manque d'expérience du régime d'oppression dans un pays qui n'a pas eu, comme ceux de l' Europe, à lutter contre l'Ancien Régime, l'hétérogénéité d'un prolétariat d'immigrants qui ne peut pas d'un seul coup surmonter ses divisions culturelles et raciales et surtout l'absence de barrière à la mobilité sociale due à l'expansion vers l'Ouest, rendent compte de ce retard ». (cf. Variations dans le marxisme)
11Cf. le cas du Vikjel en Russie en 1917 illustre la complexité et le poids du corporatisme syndical: « C'était l’une des plus fortes organisations syndicales, représentant un secteur très imprégné de ses particularités corporatives et qui, par rapport aux ouvriers d’usine, constituait une sorte d’« aristocratie ouvrière ». Dans les postes hiérarchiques du personnel ferroviaire, parmi les employés, les conciliateurs gardèrent plus longtemps qu'ailleurs de l'influence. Les bolcheviks, dans les chemins de fer, n'étaient suivis que par une minorité, principalement par les dépôts et les ateliers. D'après Schmidt, un des dirigeants bolcheviks du mouvement syndical, les cheminots les plus proches du parti étaient ceux des réseaux de Petrograd et de Moscou. Le Vikjel était contrôlé par des forces politiques hostiles aux bolcheviks : à l’été 1917, sur ses 40 membres, il y avait 3 bolchéviks, 2 interrayons, 14 SR, 7 mencheviks, 3 troudoviks, et 11 « indépendants » parmi lesquels en réalité beaucoup soutenaient le parti KD" (wikirouge). On lit dans les OC de Lénine que : « Le camarade Lénine estime qu'il faut mettre fin sur-le-champ à la politique de Kaménev. Il ne s'agit pas d'avoir en ce moment des conversations avec le Vikjel [1]. Il faut diriger des troupes sur Moscou. Il propose une résolution sur le Vikjel. Le Vikjel ne fait pas partie du Soviet et il est impossible de l'y admettre ; les Soviets sont des organismes exprimant la volonté des masses alors que le Vikjel n'a pas leur soutien ». On lit aussi que : « Après la victoire de la Révolution d'Octobre, le Vikjel, qui était dirigé par les menchéviks et les s.-r., devint un centre de la contre-révolution à Pétrograd. Le 29 octobre (11 novembre), le Vikjel adopta une résolution sur la nécessité de former un «gouvernement socialiste homogène» comprenant les représentants de tous les partis «depuis les bolchéviks jusqu'aux socialistes-populistes». Des pourparlers sur la composition du gouvernement s'ouvrirent le même jour au Vikjel. Y prirent part des représentants des menchéviks- jusqu'auboutistes, des menchéviks internationalistes, des s.-r. de droite, des s.-r. de gauche, de l'Union des employés des PTT, de la Douma de Pétrograd, du Conseil exécutif du Soviet des députés paysans, etc. Le C.C. du Parti bolchévik estima possible la participation aux pourparlers en soulignant que les négociations sur l'élargissement du gouvernement et du Conseil exécutif central de Russie devaient se baser exclusivement sur la reconnaissance du programme d'action du pouvoir soviétique adopté au IIe Congrès des Soviets. Le C.C. du parti délégua Kaménev et Sokolnikov à cette conférence. Le Conseil exécutif central y envoya D. Riazanov et d'autres de ses représentants ». On imagine le casse-tête d'une révolution moderne, en mode léniniste amélioré, une situation où un Etat « prolétarien » devrait négocier des places de ministres avec la CGT cheminots ultra-corporative ! Pour une analyse plus fouillée du rôle contre-révolutionnaire des syndicats corporatifs dans la révolution d'Octobre, lire : https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4740

12Souvent les pires réactionnaires ont du flair en histoire, laquelle est toujours plus ou moins un guide pour le présent. La comparaison avec Louis Philippe, dernier roi français, par l'obscurantiste Zemmour peut être intéressante, mais illusoire, pour les immédiatistes syndicalo-gauchistes. En effet, c'est une misère insigne qui caractérise les règnes de Louis Philippe et de Louis Macron : « Cependant, la chute du régime qu’il a fait naître a pour principales causes d'une part la paupérisation des « classes laborieuses » (paysans et ouvriers) et d'autre part le manque de compréhension de la part des élites de la monarchie de Juillet pour les aspirations de l’ensemble de la société française ». Sauf que les élites bourgeoises actuelles disposent d'un pouvoir plus considérable que la monarchie finissante d'autrefois et que la classe ouvrière moderne n'est plus aussi entreprenante que celle, jeune, du XIX ème siècle.
13Le film « Les Misérables » dont j'ai dénoncé immédiatement le caractère haineux, anti-flic primaire et apologiste de la violence revancharde musulmaniaque de banlieue, a été et reste encensé par les médias (et le Macron), cf. Le Monde qui félicite le metteur en scène repris de justice et ordurier vis à vis de Zemmour et d'une journaliste arabe athée de Charlie.
14Le dernier livre de Beigbeder décrypte la mode de la moquerie en politique, systématique dans tous les médias pour mieux faire croire à la démocratie, mais qui la ridiculise définitivement.

vendredi 20 décembre 2019

POURQUOI J'ETAIS ET JE SUIS CONTRE CETTE GREVE ?


une lutte de vieux chats déjà en retraite?
"Quelle est l'espérance de vie des ouvriers?
- 65 ans.
- qu'on leur mette la retraite à 65 ans".
Bismarck

"Je ne connais personne en France qui fasse grève pour les autres, ils font tous grève pour leur gueule et nous le privé on est toujours baisé".
Un pote artisan jardinier


«Le problème financier n’existe pas. Il y a des réserves»
Mélenchon
« On est très, très loin d’un accord avec le gouvernement » Berger (bonze syndical)


Alors que les journées d'action à répétition de cortèges d'hommes-sandwich des étiquettes syndicales ont déjà épuisé une partie des grévistes, le malaise que chacun ressent face à l'allongement de ce conflit social préfabriqué a reposé sur un deal pervers : un gouvernement capitaliste qui pose au « révolutionnaire » macronesque en faveur d'une retraite « universelle » et des appareils syndicaux qui jouent aux interlocuteurs radicaux tout en défendant des privilèges il faut bien le dire corporatifs et tournés vers le passé et le passif stalinien1. Malaise aussi face à l'étonnant discours très social du bébé Juppé. Jamais on ne vit un simple commis de la bourgeoisie française tant se soucier soudain de la « pénibilité du travail », faire autant de ronds de jambe pour s'engager à garantir que les éclopés des boulots les plus pénibles, malgré une vie raccourcie, se verraient désormais accorder un strapontin de deux ans de suppression de la torture
Vu le 3 janvier sur Causeur, bravo Finki!
travail, avec des « bons points » comme à l'école primaire. Au malaise s'est ajouté le dégoût quand on apprit que c'était pourri de chez pourri, Jean-Paul Delevoyou, grand ordonnateur de la « révolution macronesque », qui s'engraissait par un cumul de revenus non déclarés. Certes il eût fallu un abbé Pierre pour, imaginons-le, que touche au cœur des prolétaires la leçon de morale pour « sauver les finances publiques » ou garantir le nirvana gériatrique. Pas de pot, tous irrémédiablement corrompus, y compris le successeur de Delevoyou et au surplus ses commanditaires qui se veulent plus compétents qu'honnêtes.
A la mi-décembre les dés apparaissent clairement pipés pourtant. Ne sommes-nous pas devenus spectateurs de la bagarre de deux clans qui nous sont étrangers. Elite gouvernementale et élite syndicale débattent en spécialistes et nous on n'y pige plus que pouic. Ils ne cessent de se féliciter mutuellement. Contrairement aux affres de 1995 (années thatchériennes), il n'est nullement question d'opérer non plus à une casse de la gestion paritaire (syndicats-patronat) du système de sécurité sociale pour la confier aux seuls barbouzes élitaires de l'Etat. Certes la CFDT a remplacé FO comme chouchou gouvernemental quand la CGT n'a plus que la troisième place jusqu'aubouiste de figuration d'une radicalité sans lenedemain.
 

Le déroulement de ce blocage généralisé par les employés des « services publics », qui pénalise si bien le secteur privé, empêche de fait toute extension au privé où la grève est quasi impossible, et quasi impossible faute de solidarité réelle du secteur public « quand c'est le moment » (lorsque les annuités du privé sont passées en 1993 de 37,5 à 40, personne n'a bougé dans le secteur public).

Il n'existe pas de lutte des classes pure. Tout le scénario imposé de fait par gouvernement et syndicat a d'abord été une réponse à de nombreuses grèves non contrôlées (cheminots de Châtillon) ou de luttes anciennes (hôpitaux) exprimant une colère non limitée, et même non enfermée sur le seul objectif de la défense d'une retraite décente. La plupart des diverses luttes du prolétariat échappent à une classification rigide, et les leçons des grèves du temps de Rosa Luxemburg seraient bonnes pour une manifestation dans une cour de maternelle. Les bonzes syndicaux peuvent sembler répondre à une juste colère en prenant les devants pour chapeauter la colère (une colère « organisée » ai-je précisé dans mon article précédent), avec l'intention de les contrôler sous couvert d'unité « intersyndicale » et de plus en plus avec des AG « inter-catégories » dont ils tirent les ficelles (avec leur personnel gauchiste)2 ; et enfin, dès que les promenades syndicales, les débats de spécialistes et l'apparition de divergences entre généraux syndicaux ont démoralisé les prolétaires, de sonner l'heure de la retraite, pardon leur savoir-faire pour terminer une grève. Cela ne veut pas dire qu'ils peuvent avoir un total contrôle sur le déroulement de la lutte lorsque celle-ci est devenue massive. Une fois en lutte, même hyper encadrés par les professionnels du léninisme syndical, les prolétaires se rendent compte combien ils existent comme classe et à quel point ils angoissent la bourgeoisie régnante. Dans la période actuelle, pourtant si nihiliste, et malgré le beau rôle dévolu aux généraux syndicaux, la méfiance face aux pratiques syndicales reste majoritaire, c'est pourquoi les gauchistes et autres sudistes tiennent un langage très critique envers les appareils ; mais sommet de leur perversité, s'ils supputent une possible trahison des chefs, ils n'en cessent pas pour autant de racoler derrière les états-majors syndicaux de l'Etat3.
Mais le mouvement actuel a tout d'un remake sinistre de 1995. Bébé Juppé radote la même chose que son paternel Juppé premier qui prétendait engager la réforme que ses prédécesseurs n'avaient pas osé mener "depuis 30 ans"4. Et au niveau de la classe ouvrière, je doute que ici et là on y retrouve cette vraie solidarité inter-catégorie que l'on avait vécu en 1995. La volonté de lutte indépendante (et avec des objectifs clairs et vraiment unitaires) n'est qu'embryonnaire ou aléatoire et sans conviction.

Une grève tournée vers le passé

Le gouvernement fait déjà des concessions encore une fois aux corporations qui ont le plus grand pouvoir de nuisance, c'est à dire de prise d'otage des travailleurs du privé qui ne peuvent ni faire grève ni s'absenter de leur boulot. Cette grève minoritaire en réalité, pour les pourcentages plus ou
le journal d'une légende suiviste
moins fictifs ou trafiqués, n'est absolument pas collective mais une somme de corporatismes ; bien que restant étroitement contrôlée et planifiée par les appareils syndicaux d'Etat, elle suscite encore la sympathie de la part de larges couches de la population et même des derniers petits canards en gilets jaunes. Il est à craindre que non seulement elle éteigne tout autre mouvement social d'envergure pour des décennies (ce qu'avait impliqué la « victoire syndicale »5 de 1995) mais entraîne effectivement des années de démoralisation, ce dont on n'a pas besoin vu l'urgence qu'il y aura à réagir politiquement aux coups de boutoir de la paupérisation « libérale », à la culture de l'impunité par les juges gauchistes et au soutien à l'islamisation de la société par le stalinien Mélenchon et ses amis trotskiens.

Il existe certainement des ouvriers du secteur public qui pensent lutter pour tous et pas pour les avantages de leur seule corporation, mais c'est une fable, en 1995 comme en 2019. Il y a quarante ans la revendication de la retraite à 60 ans était unitaire, même sans casser des briques (le capitalisme n'a jamais eu et n'aura jamais l'intention de garantir une fin de vie heureuse à ceux qu'il exploite sans pitié)6. Actuellement, d'autant plus avec l'argument « humanitaire » de la pénibilité, syndicats et gouvernement souscrivent à une retraite différenciée ou à la carte, ce qu'elle est déjà... Beaucoup de bruit pour que rien ne bouge. Comme en 95, c'est encore une série de conflits sectoriels, qui permet et permettra au tandem syndicalo-gouvernemental de renouer avec la tradition du cas par cas, en privilégiant tel secteur et en laissant les moins menaçant en rade, par exemple les flics et les enseignants7. Pour la journée d'aujourd'hui on assiste déjà aux manœuvres de la clause du père Noël, des garanties données aux seuls paralyseurs professionnels de la Retape et de la SNCF ! Fini déjà le pâle « tous ensemble » ?
L'aspect sectoriel était déjà patent en 1995, bien orchestré par la syndicratie, et c'est pourquoi par contre, aujourd'hui, ils prétendent tous, gouvernement et syndicats, parler pour tout le monde, et que je te parle du sort des chômeurs de plus de 50 ans, et que je te parle des femmes lésées, et que je te parle des étudiants. Même Juan de la fraction externalisée du CCI est tombé dans le gauchisme syndical, croyant à une lutte en passe de devenir globalisante, où il glorifie « le sel de la terre » ces braves cheminots et les sous-marins de la Retape, exemplaires d'une résurgence de la lutte de classe et qu'il ne faudrait pas laisser seuls « à la pointe du combat »... pour la défense de leur statut. Et de s'emballer en voyant dans ce mouvement plutôt bordélique et frustrant une sorte de réponse révolutionnaire en devenir après tant d'années de capitalisme thatchérien et ubérisant, alors que la série de journée d'action renouvelables et renouvelées jusqu'à plus soif aura servi encore et toujours à nous bercer avec les mêmes chansons creuses, « grève générale » et « justice sociale ». La grève de « masse syndicale » (je préfère les termes de conflit social car « grève en masse » est trop honorable, et cette grève ne fut jamais « massive » en réalité) n'est même pas offensive, elle est défensive et pour les catégories les plus privilégiées, sans se soucier de la situation d'otages de ceux du privé8. De plus elle tourne le dos à l'avenir. Pas de retraite pépère avec le prochain krach ! L'Etat va continuer à s'endetter et à s'endetter toujours plus en achetant des crédits. Tous les syndicalistes ont le culot de crier que « l'argent il y en a », mais c'est prendre les prolétaires pour des imbéciles en leur faisant croire que la crise du capitalisme n'est qu'une histoire de pognon mal réparti par les méchants riches.
La gauche bourgeoise (Mélenchon et Cie) ment et ment résolument. Les déficits sont le produit d'une crise plus large du système, et qui ne concerne pas que les retraites. Les taux de croissance ont sensiblement baissé par rapport aux années 50, 60, et début 70, cela signifie que les revenus du gouvernement n'augmentent pas assez vite pour subvenir à toutes les dépenses, même si celles-ci croissent moins vite que par le passé. En fait, ces revenus peuvent même baisser dans la mesure où le gouvernement baisse les taxes sur les profits pour compenser le déclin des taux de profit du grand Capital sur le long terme, et réduit les impôts sur les plus hauts revenus.

VOILER LA CRISE CAPITALISTE VOLENS NOLENS

Le Capital est en crise, non seulement par manque de liquidités mais parce qu'il est proche de sa culbute avec la baisse de cette bonne vieille tendance du taux de profit. La longue récession de la première moitié des années 90 a partout contribué d'une part à augmenter la pression sur les gouvernements et le patronat pour qu'ils attaquent des acquis de la reconstruction d'après guerre que les travailleurs du public tenaient pour définitifs, et d'autre part ce qui aboutit volens nolens à déstabiliser la majeure partie des dites « couches moyennes », toujours aliénées par les idéologies modernistes de la gauche caviar pro-américaine : antiracisme, antifascisme en carton pâte, messe écologique et lamentations féministes, islamogauchisme, etc. Carcans idéologiques qui les maintiennent hors du prolétariat sans remettre en cause leur pose moraliste à l'encontre du prolétariat « populiste ».

VERS UNE NOUVELLE FARCE DEMORALISANTE

« Ce matin se confirme la prise en main politique de la grève par les réseaux locaux de la CGT et du PCF. Nous sommes en effet partis en cortège assister à un meeting politique organisé dans une mairie voisine. Certes Marc Blondel ne fait plus du retrait du plan Juppé un préalable, selon le titre du Monde de ce soir, certes Louis Viannet accepte de rencontrer le gouvernement, qui, de son côté, sans avoir encore prononcé le mot de «négociation», a cependant employé hier celui de « concertation » et semble opérer une certaine ouverture en direction des syndicats, mais, sur le site, tout indique que la grève est entrée dans une nouvelle phase de mobilisation. Celle-ci a pour objectif la manifestation de mardi 12, et trouve à s'alimenter dans les chiffres records des manifestations de province, où, ces derniers jours, les défilés étaient plus imposants encore qu'en mai 68 ».
A quelques mots près et en remplaçant les noms des anciens chefs syndicaux par les actuels on pourrait déjà anticiper la fin du scénario. Il fallait bien s'attendre à une « prochaine fois » après 1995, même s'il y eu 2003 et 2010 mais pas de longue durée, et sans surprise. Pourquoi ? Parce que contrairement au gouvernement Juppé, celui de bébé Juppé s'est bien préparé et a tiré des leçons de sa panade face aux gilets lors de décembre 2018. Il est préparé depuis de longue date à diviser pour mieux régner. Les syndicats sont des flics sociaux autrement efficaces que les petits rigolos Drouet et Cie.
Malheureusement dans les restants isolés du milieu révolutionnaire restreint, on en reste à un mode de pensée de trois décennies en arrière sans être capable d'intégrer les nouvelles données qui compliquent la lutte des classes et rendent caduques les anciens mots d'ordre, et qui oublient de dénoncer leur récupération ou plutôt liquéfaction par les forces d'extrême gauche de la bourgeoisie. On mesure la perte de contact également avec la réalité d'un petit noyau, voire un individu qui se pare d'un titre ronflant : Groupe International de la Gauche Communiste (Révolution ou Guerre) ! La totale quoi!Le nombril de la subversion marxiste embaumée ! Et qui se rejoue 1995 mais à la façon des syndicats, et avec une tonalité macho-léniniste, appelant à la généralisation des luttes en plus reflux du mouvement :
« Entraîner, encourager, aider, les travailleurs du privé à s’engager dans la lutte et la grève est la priorité de l’heure si on veut faire reculer le gouvernement ! Le blocage des transports n’y suffira pas. La grève par procuration qui fait reposer tout le poids du combat en grande partie sur les seuls cheminots et les travailleurs de la RATP ne peut mener qu’à l’impasse et à l’épuisement des grévistes. La fenêtre de tir, l’opportunité, l’occasion, d’entraîner et d’étendre la grève aux prolétaires du privé est encore là. Au moins d’ici au prochain mardi 17 et aux manifestations de ce jour. Après, il est fort possible que la grève, réduite aux seuls cheminots et travailleurs de la RATP pour l’essentiel, se réduise à une lutte "bras-de-fer" sans autre but que durer le plus longtemps. À ce jeu, la bourgeoisie et tout l’appareil d’État seront les plus forts. Ils contrôleront, ne serait-ce qu’au moyen des syndicats, la situation et pourront attendre que la lutte s’épuise d’elle-même. Comme pour les cheminots en 2018 ».
Le rédacteur de cet appel à suivre l'impasse du bourbier syndical, certes sincère, qui est pourtant doté d'une intelligence de classe rare, s'est non seulement mis à la remorque des recruteurs gauchistes mais par naïveté a cru que le thème de la retraite pouvait être une question uniificatrice, alors que c'est plutôt, hélas trois fois hélas, un thème très interclassiste !9 Il reproche par contre a tort à son ancien groupe, le CCI, d'appeler à « des AG qui mettent en avant des revendications nous concernant tous : la lutte contre la précarité, contre la baisse des effectifs, contre la hausse des cadences, contre la paupérisation », alors que c'était exactement comme cela qu'il fallait contrer l'impasse de la lutte syndicale pour le mirage d'une retraite convenable pour tous. Il confirme son aveuglement et son suivisme de la «généralisation syndicale » foireuse et mensongère10.



CONCLUSION

Je ne suis plus en situation pour faire grève, cela ne m'a pas empêché d'aller à des manifestations mais surtout pas derrière les menteurs syndicaux et gauchistes. J'ai d'ailleurs pu noter qu'il y avait bien plus d'inorganisés de différents secteurs en avant des défilés et que les quarterons syndicaux restaient meublés par les militants professionnels ou affidés des confréries claniques et régionales. Le piège tendu par les appareils gouvernementaux, comme cela a été souvent le cas dans des luttes sociales du passé, et pour laisser échapper un peu de vapeur, ne signifie pas que les grévistes auraient eu tort de manifester leur colère. Ce qui est certain est que le deal gangstériste autour « des retraites » et non pas de la retraite ne pouvait être un mot d'ordre unificateur. Et qu'il ne fallait surtout pas qu'il le soit pour ne pas gêner les appareils syndicaux du gouvernement lorsqu'ils jugeront qu'il n'y a plus aucun risque, et il n'y en a pas vraiment depuis le début du charivari, au moment où se dessinent déjà
L'inculte Eric Drouet veut donc concurrencer Martinez?
les premières concessions de carnaval. La période ne s'y prête pas encore. Ne sommes-nous pas les retraités les mieux dotés d'Europe ? A les entendre tous... Ce charivari est resté dominé en outre par l'apolitisme syndical sans ébranler le gouvernement bourgeois.
Des décennies de reflux, de grèves échouées, de bourrage de crâne sur les joies du libéralisme sans frein, n'ont pas dissout la lutte des classes. Au contraire, même si c'est derrière les calicots et radotages syndicaux, la colère et la frustration sont porteuses de lendemains plus déterminés politiquement pour une classe ouvrière revigorée qui riposte quand même dans les brancards, et qui pourra peut-être dans un temps pas si lointain les faire voler en éclats. Parce que la classe dominante n'a plus les moyens de lâcher des réformes sérieuses ni de leurrer les masses avec ses promesses électorales et syndicales. Il faudra bien comprendre que les syndicats lorsqu'ils "organisent" les grèves ne le font aucunement pour aider la classe ouvrière à s'homogéniser et à reprendre son combat historique, et qu'il faudra bien au contraire vérifier la force d'une lutte de masse à condition de les expulser de la direction du mouvement. 




NOTES


1On ne peut pas nous refaire le coup de la mue au cours de la lutte assez bien résumée par ce cheminot en 1996 : « « Beaucoup nous posent cette question. Mais nous ne nous battons plus pour nous, nous faisons grève pour tous les salariés. Au début je faisais la grève comme agent de conduite, ensuite comme cheminot, puis comme fonctionnaire, et maintenant c'est comme salarié que je fais grève. Alors je n'arrêterai la grève que lorsque le plan Juppé aura été retiré. » (un cheminot en 1996). Le conflit de la « colère organisée » est si bien corseté en deal gouvernemental avec des critères catégoriels égrenés par bébé Juppé que dans les faits, même s'ils nous disent lutter pour tous, ils luttent pour leur pomme et surtout pour que tout continue comme avant... quand bébé Juppé veut aggraver la paupérisation... mieux qu'avant.
2L'adaptation du syndicalisme déliquescent est comme les globules blancs, une défense immunitaire spontanée de l'idéologie bourgeoise. Ainsi face à la farouche volonté d'indépendance de classe et à la désyndicalisation, SUD est créé au lendemain du mouvement de 1995. SUD n'a jamais pu devenir une véritable camarilla équivalente au barnum CGT, il s'est surtout spécialisé dans un rôle de rabatteur et de sergent recruteur, fonction à laquelle sont formés les gauchistes dès leur plus jeune âge.
3On oublie toujours de rappeler que les principaux gangs syndicaux ne vivent pas des cotisations mais des subventions de l'Etat, on ne va donc pas mordre la main de celui qui vous nourrit. Très subversif la question que je pose : qui paye moustache de la CGT et crâne rasé de FO, sans oublier le faux cul de la CFDT. Pour Martinez c'ets ici : https://www.capital.fr/economie-politique/le-salaire-de-philippe-martinez-alimente-par-le-loyer-dune-maternite-a-la-derive-1332357. Cherchez vous-mêmes pour les autres bonzes. Je vous rappelle aussi pour la gloire que Marchais était rétribué par la caisse des concierges, Ha Ha Ha !
4Les événements se répètent toujours deux fois disait en riant notre ami Marx. La même valse hésitation du gouvernement de bébé Juppé. Paul Baretz le rappelle avec ses interviews de cheminots : « Quant aux retraites, même s'ils disent « ne pas trop y penser vu leur âge», ils ne peuvent pas s'empêcher de plaisanter sur la volte-face du gouvernement, qui, en l'espace d'une nuit, a eu le temps d'annoncer le maintien du régime spécial des cheminots... et son contraire ! Alors que, hier, Jacques Barrot, le ministre du Travail et des Affaires sociales, et Anne-Marie Iclrac, la secrétaire d'État aux Transports, ont assuré les syndicats « du maintien de la spécificité du régime spécial des cheminots», le porte- parole du gouvernement, Alain Lamassoure, a en effet expliqué ce matin sur France Inter que la commission Levert, chargée d'étudier le cas des régimes spéciaux, ne pourrait les maintenir en l'état... Si certains cheminots interprètent ces contradictions comme une manœuvre du gouvernement pour semer le trouble dans l'esprit des cheminots, mes deux compagnons veulent plutôt y voir un signe comique que les ministres « perdent les pédales » .
5Le mouvement « unitaire »de 1995 est généralement porté au pinacle alors qu'il était en recul par rapport à la grève de 1986 concernant l'autonomie de classe, je préfère dire indépendance de classe. «Unitaire», la grève le fut enfin en ce sens que les cheminots s'y sont réconciliés avec leurs syndicats. Alors qu'en 1986 la grève avait commencé contre les organisations syndicales, elle fut cette fois-ci menée du début à la fin par elles ». Paul Baretz. Quand un mouvement du passé est systématiquement présenté comme victorieux, il faut alors se demander à qui il a vraiment profité. La grève de 1986 avait été très populaire avec l'apparition des coordinations mais celles-ci furent plutôt corporatives !
6Il faut voir la réalité et celle-ci est cruelle et sans appel comme le montre l'excellent « Gloria Mundi » de Robert Guédiguian. Bébé Juppé premier commis d'Etat nous a fait beaucoup rire avec sa compassion pour les métiers pénibles comme si tous les métiers n'étaient pas pénibles en général dans la compétition hiérarchique et salariale !
7Les enseignants sont très bons donneurs de leçon mais très corporatifs et syndicalisés ; la promesse gouvernementale de les augmenter massivement a eu l'effet recherché, la division et un regain d'hostilité concernant leurs avantages ; j'ai eu en main un tract d'enseignants qui avait le culot d'écrire « chaque catégorie a ses avantages » ! Allez parler d'avantages aux ouvriers du privé, aux nettoyeurs de la Retape ou de la SNCF !
8La pratique syndicale du blocage des transports en commun est dégueulasse, jamais tel n'a été le cas en Russie en 1917. La grève générale totale a toujours été impossible et une lubie, c'est la forme des grèves obtuses auxquelles les bonzes interdisent de toucher. ET leurs rabatteurs gauchistes aussi. Il faut lire les arguments fallacieux et légalistes de la scission machin du NPA qui explique longuement que les travailleurs du public prendraient de gros risques en faisant rouler les trains et les métros, succomberaient à une répression judiciaire... Franchement non ! Dans un réel rapport de force, massif, les travailleurs n'ont rien à craindre en pratiquant des actions illégales pacifistes et tout à y gagner en termes de solidarité. Naguère j'ai participé à des coupures de courant à EDF, c'était bien plus efficace que des manifs flonflons ou des blablas sans fin avec les patrons. Les blocages actuels sont une nécessité pour saboter le mouvement de révolte et d'inquiétude pour les retraites, c'est pourquoi les bandits syndicaux sont fermes sur le sujet, en disant que c'est uniquement la faute au gouvernement, et quand cela lui est fort utile comme on le verra au bout du compte.
Eléments du langage comique et inclusif de la Tendance NPA/ARC qui se propose de « déborder les directions syndicales et de battre Macron » : « Enfin, la grève ne permet pas seulement de bloquer l’économie capitaliste, elle permet aussi d’avoir du temps pour débattre collectivement, décider au quotidien des suites de la mobilisation bref, de s’auto-organiser. L’argument n’est pas des moindres pour nous qui portons le projet d’une société émancipée où les travailleurs/ses décident elleux-mêmes de leur sort au quotidien.Luttons pour que la bataille qui s’engage contre le projet de réforme des retraites ne permette pas seulement d’imposer le retrait mais qu’elle permette aussi de consolider l’auto-organisation des travailleurs/ses et ainsi de poser les jalons d’une société autre. Société où enfin ne décident pas celleux qui possèdent les moyens de production mais celleux qui les font fonctionner ». Avec la même merde idéologique que la maison mère : « Nous devons articuler les luttes des travailleurs/ses à l’ensemble des combats des opprimé.e.s : pour les droits des femmes et personnes LGBTQI et contre toute forme de violence sexiste, pour l’accueil des migrant.e.s, la liberté de circulation des êtres humains, l’antiracisme et l’anti-impérialisme, contre les violences policières qui touchent particulièrement les jeunes des quartiers populaires, autant de questions qui ne sont pas des surplus à l’analyse en termes de « classe » mais sont des combats à la fois complémentaires et nécessaires pour envisager l’affrontement et l’émancipation de tous et toutes. »
9Contrairement à 1995, le successeur du FN approuve la grève ainsi qu'une partie de la petite bourgeoisie , et donc de la petite bourgeoisie des « services publics » où nombre de fonctionnaires ne se considèrent nullement comme partie de la classe ouvrière, sans oublier les mafias CGT et autres qui cogèrent ou gèrent tant d'organismes qui autorisent les népotismes; il est des amis dont on se passerait volontiers !
10En commentant ainsi sa critique du CCI : « c’est-à-dire des revendications sans lien direct avec la mobilisation, donc abstraite et sans utilité pour la généralisation réelle de celle-ci ». Sa perte de vue de la situation bien encadrée par les appareils de l'Etat le conduit à se figurer une nouvelle prise du Palais d'hiver : « (les grévistes) ils ne peuvent faire l’économie de disputer aux syndicats la direction du combat, des décisions d’action et des revendications, et même des tâches de négociations avec le gouvernement si elles doivent avoir lieu ». Sur ce plan imaginaire et utopique il est d'ailleurs rejoint par le CCI qui titre sobrement : « Seul le développement de cette lutte pourra ouvrir le chemin au combat fondamental et historique de la classe ouvrière pour l’abolition de l’exploitation et du capitalisme ». Courant Communiste International
(1er décembre 2019). Avec le même disque rayé depuis 50 ans : « 
Seule la lutte massive et unie de tous les secteurs de la classe exploitée peut freiner et repousser les attaques présentes de la bourgeoisie ». C'est le mot d'ordre du CCI soir et matin pendant toute la décadence du capitalisme. Ce qui est gonflé, décalé et contradictoire avec le contenu de leurs articles plus dubitatifs sur l'état du rapport des forces. De peur de se voir accablé d'indignité politique par les plus bornés des embrigadés ? Dont je n'ai que foutre.

lundi 9 décembre 2019

UN MOUVEMENT DE MECONTENTEMENT DE VIEUX SANS AVENIR


« Le management tue. La précarité tue. La pauvreté tue. Un étudiant, une lycéenne s'immole : être jeune n'épargne plus du désespoir d'être sans avenir  (…) On mesure mal aussi, dans la jeunesse surtout, la part de plus en plus sensible des trajectoires déviées, des refus de se conformer, des retours à la terre, des quêtes d'autres manières de vivre. La crise sans fin du capitalisme néo-libéral n'est pas seulement économique, elle est existentielle ». Laurent Jeanpierre (l'OBS)

« Il n'y a plus de vision politique, au plein sens du terme, capable de tracer une perspective d'avenir claire. D'où les réactions de colère, comme celle qui s'est exprimée l'hiver dernier avec les gilets jaunes, qui sont en train de se propager partout. Parce que la dimension psychologique signe l'échec de la politique à cerner les problèmes de la société et à proposer la manière d'y remédier. L'absence de perspective d'ensemble est saisissante ». Marcel Gauchet


Il me souvient qu'au début de l'année 1968, s'étaient déroulées des manifestations pour la défense de la retraite qui n'avaient passionné personne et qu'on avait vite oubliées avec l'explosion du mois de mai posant brutalement un problème d'alternative au capitalisme et pas une histoire d'agenda pour chacun et chacune en fin de carrière professionnelle ni de répartition des avantages corporatifs du système des retraites hiérarchisées capitalistes... Il me souvient qu'au début de tous les grands mouvements de révolte « révolutionnaire » et pas sans lendemain triste de paisible retraité, comme en 68, c'est la jeunesse qui portait le flambeau. Nos jeunes d'aujourd'hui ne se soucient plus de politique mais veulent un logement et un salaire pour réussir leurs études...
Cette focalisation soudaine et si bien organisée sur la retraite est aussi une dépolitisation de la lutte contre l'exploitation, comme l'explique si bien une spécialiste, Danièle Linhart1.
Avec nos deux « grèves générales» fictives – la grève générale a toujours été un mythe anarcho-syndicaliste et de plus quasi impossible en temps réel dans le monde moderne – ce sont des vieux syndicalistes, de vieux gauchistes blanchis sous le harnais qui mènent la danse. Quand on est jeune on se fiche de la retraite, on veut combattre pour la vie et surtout pour voir plus loin que la limite individuelle et sociale de la retraite. Que les vieux prolétaires, usés par le travail, la désirent, tant mieux, mais qu'ils se laissent berner par les spécialistes de l'encadrement politique « moral »2 et les bateleurs de foire syndicale qu'elle peut leur apporter bonheur et « bon niveau de vie », on a le droit de s'en moquer. Loin d'être un tremplin pour un mouvement collectif de classe, cette « colère organisée » surfe sur l'individualisme de la société de loisir et des besoins artificiels créés par le capitalisme décadent ; il faut lire là-dessus l'excellent Marcel Gauchet dans le dernier numéro de l'OBS3. La création des 35 heures a généré le besoin de plus de loisirs, comme pour les retraites longues, un moindre intérêt pour le travail tout en accroissant la souffrance sociale par une pression accrue pour la rentabilité des multiples tâches requises ». C'est Mitterrand comme je le redis plus loin qui a ouvert la boite de Pandore des déficits colossaux. L'âge pivot à 64 ans proposé par les sous-fifres macroniens n'est qu'un retour lent aux fatidiques 65 ans voir plus si affinités avec la longévité. Pratiquement aucune minorité politique ni aucun groupe n'a compris la manœuvre en cours, sauf Matière et Révolution4.

UNE COLERE « organisée »5

Le gouvernement a programmé en toute connaissance de cause cette « colère organisée ». À aucun moment il n'a cherché à désamorcer ce mouvement syndical de protestation corporative. Il joue l'opinion depuis la veille de la programmation syndicale, et il n'a rien à craindre ni des résidus gilets jaunes ni de la « colère syndicale » feinte. Il compte bien tirer avantage d'un « conflit dur », envisagé et souhaité dans les couloirs ministériels, où, quoiqu'il arrive il posera au « réformateur courageux » ; avec une relative sérénité compte tenu de ce que les appareils syndicaux ne risquent pas, dans ce cadre pipé, d'être débordés par « leur base » (les couillons comme l'instillent les médias). Il a fait montre d'un culot provocateur en faisant déclencher sur commande syndicale un bordel gréviste reposant sur les privilégiés des transports publics, surtout sur décision et contrôle des généraux syndicaux, sans que son projet soit officiellement présenté, les sous-fifres ministres se permettant de narguer le public en considérant avec morgue « que les gens se mobilisent contre une réforme qu'ils ne connaissent pas ; le commis d'Etat à barbe dépeinte viendra siffler la fin de la récré mercredi.
Le « mouvement social » de rejet du « plan Macron » fabriqué de toute pièce, programmé et millimétré par les syndicats gouvernementaux est une vaste fumisterie qui vise à entraîner dans le mur de larges couches angoissées de la société plus que simplement mécontentes. Le petit rouquin bras droit de Mélenchon, ces amis des décoloniaux racistes, qui a décrété que la retraite était « la mère des batailles » se fout du monde comme de la réelle lutte des classes : le but de la lutte de classe n'est pas la retraite aménagée ou garantie mais la mise à bas du capitalisme. L'arbre de Noël de la « revanche des syndicats » sur les gilets jaunes (dixit les médias serviles) sent l'imbroglio fabriqué par ces domestiques de l'Etat bourgeois en complicité avec ses édiles du sommet. En général je me fie aussi en politique à mes sentiments, j'ai été enthousiaste au début de Mai 68, aussi au début du mouvement des gilets jaunes. Là ça pue, ça met mal à l'aise, ça sent le débat obscur de spécialistes. Il est fait référence à 1995, 2003, 2010 où à chaque fois les gouvernements auraient reculé face aux manifestations syndicales. Or on s'aperçoit que tel est pris qui croyait prendre. Les gouvernements successifs font passer petit à petit la pilule amère ; la plupart des lois sociales délétères pour encadrer plus le travail sont passées par morceaux. Les secteurs dits « privilégiésé ont tous été passés à la moulinette, EDF a été démantelé sans que les syndicrates mettent le feu à la plaine. Au printemps 2018, le statut de la SNCF a été cassé par l’Assemblée nationale. La SNCF sera éclatée en 2020 en plusieurs sociétés anonymes, le réseau ferroviaire ouvert à la concurrence avec la prévision de la suppression de milliers de kilomètres de lignes. Le statut des cheminots datant de plus d’un siècle sera supprimé pour les nouveaux embauchés au 1er janvier 2020. Plus grave que le projet en pointillé de retraite par points, la réforme de l'assurance chômage qui humilie un peu plus les chômeurs est passée à l'as il y a deux mois avec l'accord des collabos syndicaux, et les petites querelles autour des interrogations sur la retraite par points évitent soigneusement de traiter de la retraite amoindrie des chômeurs et chômeuses à partir de cinquante ans. Il est vrai que le cas des chômeurs mobilise peu la population salariée en confortable CDI attachée à ses prérogatives de corporation !6

Certes le grand responsable du chaos sur ce plan reste Mitterrand qui, en faisant passer la retraite de 65 à 60 ans, a certes ravi plusieurs générations de plusieurs classes – pour faire croire que la gauche était une amie sincère de la classe ouvrière contrairement à la droite au moins sur un point – et avec quelques nationalisations pour l'honneur, mais en négligeant l'inflation faramineuse et prévisible du nombre de retraités par rapport aux actifs pour les années à venir... eux par contre en diminution constante.

Certes les couches moyennes (la petite bourgeoisie salariée, les cadres supérieurs, médecins, avocats, etc.) est touchée et elles le font savoir sans pour autant s'associer à l'effort gréviste surtout concentré et limité au secteur public, et où les salariés du privé sont encore les dindons de la farce, coincés dans la paralysie des transports par une pseudo « grève générale » et exclus des avantages en faveur des « agents de l'Etat ». Avec l'enfoncement dans la crise mondiale (qui n'est pas une simple question de déficits) l'Etat bourgeois est certes amené à scier sur la branche sur laquelle il était assis depuis au moins cinquante ans, à mécontenter ces couches moyennes qui le soutenaient et tirent la langue désormais sans pour autant manifester la moindre solidarité avec les classes inférieures. C'est pourquoi le « tous ensemble contre une même attaque » est une esbrouffe ridicule des syndicalistes gauchistes et même de nos minorités dites anciennement « ultra-gauches »7. Les couches moyennes ne sont pas encore prêtes à « tomber dans le prolétariat » ni à renoncer à leurs privilèges et retraites supérieures ; leur programme restera pour longtemps la nunucherie écologique, une écologie qui n'est pas pour tout le monde mais pour ceux qui en ont les moyens.

La révolution c'est pas pour maintenant et ce ne sera pas une soirée de gala !

Naguère notre vieil ami et camarade Marc Chirik ne cessait de nous dire que le problème pour la bourgeoisie ce n'était pas la dureté du pouvoir ou de savoir si tel président se prenait pour Napoléon ou De Gaulle, mais de disposer d'une opposition forte avec un projet un tant soit peu crédible. C'est bien là tout le problème des gouvernants actuels, et pas seulement en France. Comme on a pitié de voir les Corbyn, Mélenchon et autres Salvini, qui ne sont aucunement des recours crédibles ni sérieux à la crise politique grandissante de la fable démocratique bourgeoise. La soit disante lutte pour des retraites décentes vise en fin de compte à faire croire que dans le capitalisme une masse de privilégiés (encore au boulot) pourrait échapper à la misère qui se généralise. Il faut par contre dire la vérité aux prolétaires, comme le disait le jeune fondateur du CCI en Europe à a fin des années 1970, Raoul Victor : « le passage à une autre société supposera des sacrifices et la fin des besoins inutiles créés par le capitalisme, mais il n'y a pas d'autre chemin ». Les vrais révolutionnaires ne sont pas des vendeurs de rêves syndicrates, des gauchistes aux utopies plouques. Ils ont pour tâche de dénoncer les menteurs professionnels et d'affirmer qu'une autre société est possible sans concessions à l'écologie punitive des bobos ni aux moralistes d'un capitalisme propre.




NOTES


1« Même si de fortes mobilisations apparaissent chez les travailleurs de la santé (sans doute parce qu'ils savent que leur travail concerne tout un chacun) force est de constater que le travail s'estompe progressivement comme enjeu politique. La question de son organisation et de sa gestion n'est pas au centre des révoltes, ni des luttes. C'est que le patronat a réussi à le « dépolitiser » (…) le patronat à créé les conditions d'une insensibilisation du travail comme enjeu de société et enjeu politique laissant l'emploi et le salaire comme seules questions apparentes ». Danièle Linhart (Repolitiser le travail)
2Selon l'excellent Marcel Gauchet, l'extrême gauche : « … elle, en revanche, est en train de muter sous l'influence de la nébuleuse néoféministe, décoloniale, indigéniste, « minoritariste ». Elle n'est plus révolutionnaire au sens classique, mais morale. Cette nouvelle extrême gauche se complaît dans la dénonciation de tous ceux qui n'adhèrent pas à sa vision des choses, les renvoyant dans la catégorie des « ennemis du genre humain » ou des « salauds ». Et elle ne se contente pas de les poursuivre de sa vindicte, elle entend les empêcher de s'exprimer ».
3« Au fond, la retraite d'aujourd'hui réalise le rêve du socialisme utopique du XIXe siècle : un revenu et des loisirs ! Mais les actifs d'aujourd'hui craignent que cet état de grâce – qui ne concerne pas tous les retraités ! - ne se reproduise pas pour les nouvelles générations. C'est une dimension nouvelle qui n'était pas aussi présente en 1995, car, depuis, le sentiment de déclassement du pays, pour ne pas parler de déclin, s'est grandement accentué. On touche donc là à quelque chose de très lourd qui révèle la crise de l'identité française, au sens historique du terme ». Qui touche surtout à une politique de l'autruche où la retraite serait une sorte de club méditerranée permettant de remiser la société socialiste ou communiste future au rang de la hache et du rouet.

4Mention spéciale pour la lucidité de MATIERE ET REVOLUTION : « ...ils vont mettre en scène une mobilisation syndicale et un faux recul gouvernemental avec un Grenelle et une nouvelle réforme des retraites acceptée par certains syndicats. Tous crieront à la victoire partielle et en même temps toutes les autres attaques passeront en douce comme la privatisation du rail, la destruction de l’hôpital public, la guerre tous azimuts, les attaques des chômeurs et de la sécu, etc...En fait, les appareils syndicaux veulent seulement diriger le mouvement pour le limiter, pour le contrôler, pour éviter que la classe ouvrière ne s’auto-organise et pour ensuite la trahir en la vendant au pouvoir et au grand capital…En effet, secteur par secteur, ce n’est que les travailleurs que les syndicats organisent pour préparer la journée du 5 décembre et les suivantes, non, c’est les négociations avec le pouvoir qu’elles mettent en place ! Et on le voit dans tous les secteurs, dans toutes les catégories, pour tous les syndicats. Tous sont reçus. Tous négocient dans le dos des travailleurs. Tous trahissent dès maintenant ! https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve1036

5Je n'invente rien, c'est la consternante secte NPA, association de sergents recruteurs des syndicats gouvernementaux et sponsors des fachos décoloniaux qui rend compte des préparatifs de tous ces faux amis des ouvriers et des retraités : « L’organisation de la mobilisation des cheminots
Dès septembre, 5 syndicats de la RATP (FO, UNSA, CGC, SUD et Solidaires)  lançaient un appel à la grève reconductible à partir du 5 décembre. Désireux de ne pas subir une défaite de plus et tirant les leçons de l’échec de 2018, dès septembre 2019, SUD Rail et UNSA ferroviaire lançaient, eux aussi, un appel à la grève reconductible à partir du 5 décembre contre le projet Delevoye, suivi par FO et la CGT » (lu sur le site du NPA avec les mêmes lamentations pitoyables sur la « grève générale » qui va mettre à bas le capitalisme... en dansant derrière les syndicats gouvernementaux. Les chiffres sur le taux de grévistes chez les cheminots sont trafiqués, la grève n'y est pas suivie majoritairement, le taux élevé des conducteurs de train oublie de mentionner que c'est une minorité de l'effectif des cheminots. Le caméléonnisme bien connu de ce courant trotskien, qui se couche devant toutes les modes, adopte aussi la couleur jaune, l'éclectisme et l'interclassisme de nos pauvres gilets jaunes est ainsi exalté et intégré au « mouvement social » exemplaire ! Parmi ces caméléons islamophiles de tous les communautarismes un certain Léon Crémieux (chef d'une certaine 4e internationale, vous connaissez cette secte vous?) conclut une longue explication servile de la fabrique « colère syndicale », confondant la retraite avec l'avenir d'une société débarrassée du capitalisme, ce qui est le comble du réformisme radical: « Le mouvement pour les retraites pose directement la question de la société dans laquelle nous voulons vivre, débarrassée de l’exploitation et des oppressions, organisée démocratiquement pour la satisfaction des besoins sociaux. Faire avancer cette perspective dépendra dans les jours qui viennent de la force du mouvement social ». La messe est dite par ce vieux rigolo des « sphères dirigeantes » du trotskisme embaumé.
La secte ouvriériste LO est moins éclectique, plus critique vis à vis des « directions syndicales » mais tout aussi rabatteuse : «en 1995 Juppé s’était montré aussi arrogant que Macron l’est aujourd'hui, et il avait dû manger son chapeau face à la détermination des grévistes. Aujourd'hui, nous pouvons en faire autant, si nous reprenons confiance dans notre force collective.Beaucoup d’entre nous se méfient des confédérations syndicales et de leurs calculs d’appareils qui les ont régulièrement conduits à sacrifier les intérêts des travailleurs.Eh bien, il faut se battre avec la conviction que nous pouvons nous organiser pour contrôler et diriger notre mouvement de façon démocratique. Avec la conviction que nous pouvons décider et agir sans attendre les consignes des confédérations ».
6Secteur privé : 19 millions de salarié, secteur public : 4 millions ! (84 % des actifs). Je n'ai aucune admiration pour les corporations ni pour les ouvriers « corporatistes » idiots au souvenir des tristes mineurs roumains amis de Ceausescu, ni pour les exactions naguère de grévistes staliniens, ni pour ces grévistes suivistes des ordres syndicaux, minoritaires, pas très courageux et planqués au fond des hangars sans nulle considération pour la masse de prolétaires obligés de subir leur blocage égoïste et sans communication publique pour justifier de rester minoritaire sans souci de partager une expérience de lutte réelle. Le CCI résume bien l'aliénation de la notion de classe  : « « La bourgeoisie est parvenue à leur faire croire que la classe ouvrière n’existait plus, qu’ils n’étaient pas des ouvriers mais des cheminots, des urgentistes, des électriciens, des enseignants, des pilotes, des laborantins. Mieux encore, aux yeux de la classe dominante : des “citoyens”.
…)
7Il est symptomatique que le courant de la « gauche communiste » (italienne et allemande) qui voit confirmé massivement ce qu'il avait justement dénoncé pendant un demi-siècle – l'implosion du système des partis politiques et des syndicats (sans voir l'implosion de leurs propres partis fictifs néo-léninistes) – soit incapable de s'orienter face à cette nouvelle donne politique et donc d'orienter autrement que par d'antédiluviens clichés : « tous ensemble pour faire reculer le gouvernement », ou « une même attaque contre les travailleurs ». Ce qui revient à encourager une collection de corporatismes et de privilèges de « grosses boites », en oubliant que des revendications unitaires ne sont pas une série de privilèges corporatifs, en oubliant aussi que toutes les révolutions ont été menées par la petite bourgeoisie (Robespierre et Lénine étaient avocats) et que les basses classes y ont toujours servi de masses de manœuvre, et que demain encore la petite bourgeoisie voudra mener en tête la lutte contre l'Etat mais en maintenant ses prérogatives de classe... arriviste.