"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

dimanche 12 août 2018

LE SECRET DU POUVOIR MONDIALISTE : la dépossession


« Raisonner avec les gouvernements tels qu'ils existent depuis des siècles, c'est raisonner avec des brutes » Tom Paine (Les droits de l'homme, texte fondateur du mouvement ouvrier anglais)

« Que nos adhérents soient en nombre illimités... » le même



La notion de dépossession intrinsèque au concept d'aliénation est quasiment ignorée du public et des minuscules sectes qui restent du grand rêve révolutionnaire prolétarien du siècle écroulé1. Il faudrait y consacrer un livre entier Le concept est pourtant fondamental chez le jeune Marx et fondateur de toute la réflexion marxiste. Cette notion de dépossession ne semble avoir intéressé que les sociologues, pas les militants, sans doute parce que les militants se croient uniques « possesseurs » d'un savoir politique, de même que les possédants possèdent leurs élites politiques avec leur langue de bois et leur mépris de tout interlocuteur de basse classe. Savoir signifiant pouvoir pour tous ces amateurs ou professionnels de la politique, aborder la problématique de la possession peut se retourner immédiatement contre eux. Donc il vaut mieux l'ignorer ou plutôt la laisser confondue avec la notion d'aliénation, devenue lieu commun utilisable et jetable pour toute clique ou tout bord. Un autre aspect de la dépossession n'est pas traité ici (par incompétence avouée) débat d'esthètes économistes, milieu gauche intello-trotskienne, assez vain pour touiller des possibilités de résurgence du capitalisme, mais dont les quelques extraits ci-joint révèlent les pépites du marxisme concernant la genèse du capitalisme2.
Comme l'avait pourtant noté un auteur, nuance : « Historiquement, la logique de l’aliénation renvoyait à l’expérience politique de la dépossession imposée par les conditions objectives de l’exploitation, expérience subie par un sujet qui, en en prenant collectivement conscience, au titre de classe, s’efforcera de s’organiser afin de transformer et ces conditions et la place qu’elles lui désignent dans l’édifice social, de s’en libérer, en imposant au monde social-historique une tout autre forme »3.

Avec la fragmentation de la classe ouvrière relativement réussie présentement par la dépossession de son projet historique révolutionnaire, comme je l'explique plus loin, sous les divers matraquages communautaristes et antiracistes, il n'y aurait plus que des micro-groupes (prolétariens et marxistes) « substituts » à une classe ouvrière quasiment disparue et aux grèves invisibles, face aux célébrations les plus indécentes du beau pluralisme de la démocratie bourgeoise et de ses leçons de morale antiraciste avec ses passeurs gauchistes. Sans voir la permanence du prolétariat comme mouvement en perpétuel changement mais ni de nature ni d'être « sans réserve »4, qui ne peut que rester attaché au projet de remplacement du capitalisme malgré ses paralysies ponctuelles lors de phases plus ou moins longues, un certain Anderson ne voit que l'aspect dit postmoderne des idéologies fabriquées et saucissonnées par la bourgeoisie moderne pour dissoudre le projet humain du prolétariat. Une classe n'obéit pas aux ressorts psychologiques d'un individu ni à un volontarisme organisé, et la lutte universelle du prolétariat depuis ses origines contenait toutes les émancipations, mais, en les fractionnant la dépossession bourgeoise les dévitalise en catégories séparées et opposées qui se retournent contre le prolétariat, que ce soit via l'officialisation de la lutte syndicale truquée, par le truchement des divers antiracismes ou avec la dernière gonflette, la bruyante lutte pour la sauvegarde de la planète au bord de l'asphyxie, non du capitalisme mais de VOS excès à vous consommateurs prolétaires inconscients ! Or comme le dit si bien Marx c'est l'ouvrier qui reste la principale marchandise !
Anderson voit bien le grand remplacement idéologique au profit de la bourgeoisie mais pas en tant que machiavélisme roublard :
« Avec la période postmoderne, de nouveaux pôles d’identification oppositionnelle ont émergé ; le genre, la race, l’écologie, l’orientation sexuelle, ou encore la diversité régionale ou continentale. Mais jusqu’à présent, ces derniers n’ont constitué qu’une série d’antagonismes relativement faibles »5.

Le prolétariat est-il en lambeaux ? 6

Défroqués gauchistes et autres croque-morts du prolétariat tiennent régulièrement le discours funèbre suivant : la lutte du prolétariat était censée porter à son point d’incandescence réelle et non plus idéale le projet d’émancipation et d’éducation de l’humanité propre aux Lumières ! En reniant un projet historique qu'ils n'avaient nullement compris au temps de leur période « marxisante », ces girouettes confirment qu'ils récusent finalement d'avance toute problématique révolutionnaire ou de transformation radicale de la société au profit de la question de l’égalisation graduelle des droits, de la redistribution graduelle des richesses et de l’intégration graduelle des couches les plus basses de la société. Ils se rallient donc à la soumission des premiers grands traîtres du prolétariat, les hussards instites et avocats franc-macs de la social-démocratie, aux arrangements permis par la société bourgeoise du 19ème au 21 ème siècle, ce « progressisme » inventé par le « possibilisme » (entendu que le communisme n'était qu'un impossibilisme »). Un réac post-moderne résume d'ailleurs assez bien le tour de manche en rendant hommage à cette social-démocratie bourgeoise (donc « intégratrice ») :

« Autrement dit, c’est peut-être seulement avec et dans cette pensée « social-démocrate » au sens large que le prolétariat en tant que tel pouvait se donner à voir et à penser, aux dépens de ce triple déni. être prolétaire « sans feu ni lieu », ce n’est peut-être pas d’abord un rêve de transformation radicale de la société, mais le rêve de retrouver enfin un feu et un lieu : le rêve de s’embourgeoiser, par l’éducation civique, par une plus grande aisance matérielle permettant justement la création de formes inédites de solidarité (il n’y a de solidarité inédite et expérimentable, donc non mécanique, qu’entre individus profondément individualisés) et par la représentation politique (donc la respectabilité sociale). Autrement dit, la pensée social-démocrate est peut-être la seule à avoir perçu cette très simple vérité : le prolétariat ne naît pas dans l’économique, mais à la racine du politique, dans le taraudant sentiment d’injustice sociale qui naît chez celui qui fait vivre le système sans jamais pouvoir en être, ni lui ni ses enfants »7.

Et de gloser sur « les limites pratiques du sujet collectif », « lieu de rencontre manquée » et un « réductionnisme économiste marxiste ». Piètre démarche d'aveugles et d'ignorants du marxisme réel dont Lukacs a été un éminent passeur qui insistait que la conscience de classe n'est jamais achevée et ne vise nullement à une institutionnalisation du prolétariat comme celle de la ridicule bourgeoise :
« On ne doit donc jamais ignorer la distance qui sépare le niveau de conscience même des ouvriers les plus révolutionnaires, de la vraie conscience de classe du prolétariat (…). Le prolétariat ne s’accomplit qu’en se supprimant, qu’en menant jusqu’au bout sa lutte de classe et en instaurant ainsi la société sans classes. La lutte pour cette société (…) n’est pas seulement une lutte contre l’ennemi extérieur, la bourgeoisie, mais en même temps une lutte du prolétariat contre lui-même : contre les effets dévastateurs et dégradants du système capitalise sur sa conscience de classe (…). Le prolétariat ne doit reculer devant aucune autocritique, car seule la vérité peut amener sa victoire, et l’autocritique doit donc être son élément vital »8.
Les cercles lilliputiens qui se réclament encore, quoique courageusement du rôle émancipateur global du prolétariat, restent bien frileux quant à cette nécessaire autocritique qu'ils doivent faire aux luttes truquées ou dévitalisées du prolétariat ; on l'a hélas bien vu lors du fiasco de la prétendue grève SNCF (j'y reviens ultérieurement). Leur absence d'autocritique d'un moment du prolétariat impuissant et inexistant comme classe antagoniste au vrai capital, qu'il soit nationalisé ou privé, était consternant, comme est consternante leur absence de dénonciation de l'antiracisme bourgeois et de la célébration du migrant comme autre substitut, après l'immigré, à un prolétariat évanescent. Paine avant Marx pronostiquait toujours la nécessité pas seulement d'une révolution politique mais d'une révolution de civilisation.

Revenons au concept de dépossession chez Marx dans le domaine « politique » et non pas simplement économique comme une lecture rapide pourrait le laisser accroire :

« L'ouvrier s'appauvrit d'autant plus qu'il produit plus de richesse, que sa production croît en puissance et en volume. L'ouvrier devient une marchandise. Plus le monde des choses augmente en valeur, plus le monde des hommes se dévalorise ; l'un est en raison directe de l'autre. Le travail ne produit pas seulement des marchandises ; il se produit lui-même et produit l'ouvrier comme une marchandise dans la mesure même où il produit des marchandises en général.
Cela revient à dire que le produit du travail vient s'opposer au travail comme un être étranger, comme une puissance indépendante du producteur. Le produit du travail est le travail qui s'est fixé, matérialisé dans un objet, il est la transformation du travail en objet, matérialisation du travail. La réalisation du travail est sa matérialisation. Dans les conditions de l'économie politique, cette réalisation du travail apparaît comme la déperdition de l'ouvrier, la matérialisation comme perte et servitude matérielles, l'appropriation comme aliénation, comme dépouillement. [...]
Toutes ces conséquences découlent d'un seul fait : l'ouvrier se trouve devant le produit de son travail dans le même rapport qu'avec un objet étranger. Cela posé, il est évident que plus l'ouvrier se dépense dans son travail, plus le monde étranger, le monde des objets qu'il crée en face de lui devient puissant, et que plus il s'appauvrit lui-même, plus son monde intérieur devient pauvre, moins il possède en propre. C'est exactement comme dans la religion. Plus l'homme place en Dieu, moins il conserve en lui-même. L'ouvrier met sa vie dans l'objet, et voilà qu'elle ne lui appartient plus, elle est à l'objet. Plus cette activité est grande, plus l'ouvrier est sans objet. Il n'est pas ce qu'est le produit de son travail. Plus son produit est important, moins il est lui-même. La dépossession de l'ouvrier au profit de son produit signifie non seulement que son travail devient un objet, une existence extérieure, mais que son travail existe en dehors de lui, indépendamment de lui, étranger à lui, et qu'il devient une puissance autonome face à lui. La vie qu'il a prêtée à l'objet s'oppose à lui, hostile et étrangère »9.
Mais Marx n'est ni usiniste ni ouvriériste, son combat reste avant tout politique ; comme Lénine il est resté méfiant vis à vis de l'unionisme, Trotsky également mais comme petit Staline bis et défenseur de l'Etat dans « Cours nouveau ». Si, dans le Capital il passe beaucoup de pages et de notes à décrire le processus productif dans l'usine, dans la plupart de ses écrits politiques il juge de la place du prolétariat dans la vie politique civile du capitalisme. Il ferraille sans cesse contre les divers bonimenteurs du prolétariat et ses falsificateurs, donc contre la dépossession politique constante à laquelle s'ingénie la classe bourgeoise et ses valets anciens comme modernes. Dépossession obsédante de nos jours où le prolétariat n'est pas en lambeaux mais en état filandreux.

LA DEPOSSESSION POLITIQUE MODERNE

A la suite de Bourdieu, un Gérard Mauger - hors pourtant du dit « milieu révolutionnaire » peau de chagrin - qui s'attacha à souligner une dépossession politique croissante des classes dominées, mais pour souligner en même temps une révolte passive du prolétariat ; mai 68 est resté avant tout, on a tout fait pour nous le faire oublier, une mise en cause du discours politique des spécialistes tant trotskistes que gaullistes.

« En dépit des droits formellement reconnus à tous et contre la complaisance populiste qui accorde au peuple une connaissance infuse de la politique, les taux d’abstention massifs des plus démunis mettent en évidence une coupure entre « agents politiquement actifs » et « agents politiquement passifs ». De façon générale, l’analyse des conditions sociales de l’acquisition de la compétence sociale et technique que suppose la participation active à « la politique » révèle une logique censitaire de fait. Il y a une relation très étroite entre le capital scolaire et la propension à répondre aux questions proprement politiques. Les chances d’avoir une opinion dépendent à la fois d’une compétence technique, c’est-à-dire de la capacité de comprendre le discours politique (culture politique), mais aussi d’une compétence sociale, c’est-à-dire du sentiment d’être statutairement fondé à s’occuper de politique (droit statutaire sur la politique) : la propension à prendre la parole est proportionnelle au sentiment d’avoir droit à la parole (…)  « La probabilité d’accéder à l’opinion personnelle.... Ainsi, plus l’interrogation porte sur des problèmes qui touchent à l’existence quotidienne ou à la vie privée (qui sont donc du ressort de la morale domestique), comme tout ce qui concerne le logement, l’alimentation, l’éducation des enfants, la sexualité, etc., plus l’écart qui sépare les hommes des femmes et les moins instruits des plus instruits s’atténue. C’est aussi pourquoi l’abdication des droits formellement reconnus, le renoncement à « l’opinion personnelle » et la propension à déléguer à d’autres, reconnus pour leur compétence technique, la responsabilité des affaires politiques, varient (...) ».
Remarque fort intéressante pour « les problèmes qui touchent à l'existence quotidienne », où (traduisons) « l'opinion prolétarienne » reprend le dessus sur les élites autoproclamées ; et c'est ce qui fonde justement le marxisme car la conscience de classe ne se base pas sur la politique en soi mais sur une politique « pour soi » des millions de méprisés. La politique sur ce plan est la vraie politique, c'est à dire la vie, le combat pour la vie et pour l'espèce. Cela on ne l'enlèvera jamais au prolétariat et personne ne peut s'y substituer. Il n'y a nulle place pour une quelconque compétence invasive de diplômés ou d'instruits des classes supérieures.

DISPARITION DU VOTE DE CLASSE ?

Avec la fabrique électorale bourgeoise et autiste depuis un siècle, la politique officielle se fiche de la consultation des masses, elle est affaire de spécialistes cultivés :

« « … le niveau de compétence politique variant, à niveau d'instruction égal, avec le sexe, l'âge et, plus faiblement, le milieu social, l'efficacité de l'action scolaire dépend encore d'une disposition à s'intéresser aux événements politiques liés à la position occupée dans la division sociale du travail. L'acquisition d'une compétence politique est donc indissociable de l'obligation où se trouvent certains agents sociaux de faire preuve de leur maîtrise pour tout ce qui concerne les affaires politiques. La compétence politique est à la fois attribution et capacité, droit de connaître et connaissance, compétence cognitive et compétence sociale. C'est parce que certains agents sociaux sont investis d'une autorité politique, c'est à dire d'une aptitude socialement reconnue (et prescrite) à connaître d'un domaine de la réalité, comme d'autres sont compétents pour connaître d'un procès, qu'ils sont socialement disposés à accumuler les savoirs politiques qui contribuent, en retour, à légitimer leur droit statutaire de se prononcer sur les problèmes politiques.
L'autorité politique des éléments masculins des générations adultes des classes supérieures devient alors un cas particulier de l'exercice des activités légitimes qui consacre leur domination sociale. Devant faire preuve d'une compétence minima en matière politique, ils sont davantage sollicités que les femmes, les autres générations et/ou les membres des autres groupes sociaux de transférer les techniques et les savoirs scolaires pour l'acquérir, la possibilité pour tous les agents sociaux d'y parvenir étant toutefois fonction de la durée de leur scolarisation. Les effets de l'âge, du sexe et du milieu social sont donc d'autant plus faibles que le niveau culturel des agents sociaux est plus élevés et renforcent encore l'action des mécanismes proprement culturels qui favorisent la politisation des classes cultivées ».

Cet autre sociologue découvre ce qu'on savait depuis un siècle, la politique en général était devenue un fief professionnel du social-démocrate bon teint au léniniste chevronné :

« De ce fait également, la professionnalisation croissante du métier politique – maîtrise d’un corpus de savoirs spécialisés et d’un langage et d’une rhétorique spécifiques, compréhension pratique de la logique immanente du champ politique et adhésion au jeu politique (intériorisation de l’illusio propre au champ) – implique une dépossession politique croissante des classes dominées ».
La « dépossession » est bien plus ancienne que ne l'imagine cet immédiatiste des analyses électoralistes contemporaines10. Dès les années 1920 tant la fraction abstentionniste de Bordiga que les gauches germano-hollandaises avaient dénoncé comme fallacieux et creux un prétendu vote de classe. Suivons pourtant son raisonnement d'ignorantin qui ne peut que se calquer sur l'histoire récente des partis félons PCF et consorts social-démocrates, partis de chefaillons qui ridiculisent la véritable notion et fonction de parti prolétarien, rétif à la comédie de la consultation électorale pour (de quel droit?) justifier un accommodement programmatique aux besoins supposés (et orientés) de la population en général. Comme toujours ce type doit être un gauchiste rangé des voitures cramées pour nous servir cette vision, très crypto-léniniste, d'une classe mitonnée et mise en boîte foutraque (« la rencontre de l'ethos avec un logos » Hi Hi!) par des permanents et un chef élaborant le programme :
« Le « vote de classe » suppose l’existence d’une classe mobilisée, donc d’un travail politique de représentation, d’unification, de mobilisation et de politisation de sorte que « le vote de classe » apparaisse comme « allant de soi » pour quiconque « appartient » à la classe. Construits « sur le papier » par les théoriciens ou les statisticiens, les groupes sociaux n’existent pas nécessairement, comme groupes sociaux « réels ». Pour rendre compte du passage d’un « groupe probable » à un « groupe mobilisé », de la « classe en soi » à la « classe pour soi » dans la terminologie de Lukàcs, il faut analyser le travail politique qui parvient à produire, sinon la classe mobilisée, du moins la croyance en l’existence de la classe, qui fonde l’autorité de ses porte-parole. Dans ce travail politique, il s’agit d’abord d’expliciter une expérience partagée du monde social, plus proche d’un « inconscient de classe » que de la « conscience de classe » au sens marxiste et de faire le groupe en faisant le sens commun, le consensus explicite du groupe. La mobilisation passe ainsi par l’explicitation dans un discours public de ce qui existait à l’état pratique dans les dispositions : elle permet la rencontre de l’ethos avec un logos capable de le révéler à lui-même. Il faut ensuite analyser le processus de délégation dans lequel le représentant reçoit du groupe le pouvoir de faire le groupe. Le porte-parole, doté du pouvoir de parler et d’agir au nom du groupe et d’abord sur le groupe, personnifie le groupe : l’unité du représentant fait l’unité des représentés et assure la continuité du groupe (en dépit de la discontinuité dans le temps du groupe mobilisé). De ce point de vue, le parti, institution permanente de représentation et de mobilisation est la condition d’existence de la classe, dont la permanence est assurée par les permanents. S’il est vrai que c’est le groupe qui fait le porte-parole, il est non moins vrai que le porte-parole fait le groupe, en élaborant un « programme »... »11.
Il s'agit là encore d'une vision complètement coupée de la réalité sociale et de la vie de la classe ouvrière, bien trop souvent réduite, sous prétexte d'autonomie, aux seules grèves et manifestations syndicales, alors qu'il existe toujours une vie politique souterraine, amoindrie, ponctuelle mais toujours prêt à ressurgir dans les lieux publics quand, en surface, élections et sondages ne restent que des instruments d'occultation des rapports sociaux, plus fabriques d'opinion par en haut que reflet de « l'opinion » réelle du prolétariat comme classe peu soumise aux naïvetés idéologiques de la gauche disparue. Néanmoins, les sociologues sont moins hypocrites que les militants en général en traitant sans vergogne des disparités culturelles qui cimentent les hiérarchies organisationnelles du parti bourgeois à capitaux à la plus petite secte à capiteux. Il faudra que l'on m'explique pourquoi aussi toutes les multiples sectes à vocation révolutionnaire depuis un siècle n'ont jamais été composées que de profs, d'étudiants et de déclassés. Sélection culturelle, cultuelle ou désespérante ?12


EXEMPLES DE LA DEPOSSESSION POLITIQUE MISE EN PLACE PAR L'ORDRE BOURGEOIS

Chaque chose se retourne en son contraire, disait Marx. Mystification antifasciste prolongée, trucage électoral permanent, Europe sans frontières, obscurités du terrorisme et de l'anti-terrorisme, etc., les abus de la dépossession bourgeoise ne sont pas indestructibles, pris un par un, mais mille propagandes sur tous les sujets peuvent donner une apparence d'invincibilité, pourtant ponctuellement mise à mal parce qui est appelé "scandale": la morale lénifiante  et puritaine se double toujours de l'appui du cogneur de service.  Esquissons quelques illustrations de la dépossession à la base des grandes campagnes idéologiques qui nous serinent en fond sonore permanent que rien n'est plus beau que le capitalisme libéral, libéré d'un prolétariat évanescent et raciste et vacciné contre toute dictature "communiste".

LA GREVE REDUITE AU NEANT : jadis longtemps pierre d'achoppement pour l'ordre bourgeois, la grève a été peu à peu domestiquée en même temps que les patrons privés avant de figurer dans la Constitution comme simple figure de style étrangère à sa fonction initiale. Elle est devenue figurative, objet placé au rang de fait divers par les médias gouvernementaux, compartimenté et régie par la syndicratie officielle. L'idée de lancer une grève indépendante des officiels bureaucrates et sous contrôle direct d'une AG est devenue proprement indécente. Meilleure illustration de cette décadence de la grève, la grève perlante et perclue à la SNCF, sans queue ni fin, où personne n'a osé dénoncer de front la mystification des syndicaux13. La plupart des dit groupes d'extrême gauche se sont comportés en suivistes honteux, Poutou en tête, ce faux ouvrier déclassé. Un résidu de LO, Matière et Révolution s'est répandu en conseils de redresseurs aux tordus définitifs, le « milieu maximaliste » (dont le CCI) n'a pratiquement rien dit ni critiqué sévèrement les cheminots pour s'être laissé embarquer dans une telle incurie syndicale14. Paradoxalement seul LO au milieu de son suivisme habituel du syndicalisme officiel a fait quelque part la remarque que la classe ouvrière n'était pas en mesure de revendiquer son autonomie et donc son contrôle réel d'une … fausse lutte. La seule position véritablement révolutionnaire aurait été de dénoncer cette fabrique de grève perlée à vocation démoralisatrice et même le refus de faire grève dans ces conditions. Cette honteuse dépossession a été adoubée sans un remord par les médias aux ordres.
LA POLITIQUE COMME JEU A SOMME NULLE (contre le prolétariat) est suffisamment illustrée ici comme principale dépossession par l'ordre bourgeois sans que je sois obligé de l'étayer à nouveau dans cet article.
L'HISTOIRE COMME FALSIFICATION ET FAKE STATE PERMANENT il n'est même plus utile de le démontrer du point de vue marxiste. Chaque ponte des médias peut donner libre cours à ses multiples interprétations. Citons simplement en particulier le petit Enzo Traverso, spécialiste de la victimologie juive depuis une vingtaine d'années (le juif comme martyr substitut au prolétariat ; face à la compétition des victimisations des communautarismes, il faut rappeler que Marx ne dit pas que le prolétariat est la classe la plus opprimée mais qu'il est la classe principalement opprimée et que la révolution a cette prétention d'abolir toutes les oppressions). Membre du NPA, cet individu négationniste du marxisme a publié récemment un brouet imbitable – Mélancolie de gauche – qui mélange toutes les révoltes à la manière de feu la 4e Internationale et veut nous faire passer Benjamin, Fanon, Mandel et Ben Saïd comme les principaux penseurs du XX e siècle et la fin du «socialisme réel » comme la fin du communisme historique. A la suite des si nombreux falsificateurs d'Octobre 17 et de deux cent ans de lutte de classe, Traverso vient égaler ce minable d'Onfray.
LA POLLUTION comme cause neutre et vitale qui nous concernerait tous est une des pires mystifications pour faire payer la crise économique et la destruction de la nature par le capitalisme émergent et détergent. Ce sont bien souvent ceux qui génèrent le moins de pollution (industrielle et militaire) , à savoir les moins privilégiés, qui en souffrent le plus. Le réchauffement climatique est en grande partie de la foutaise et une fournaise idéologique pour faire croire à des intérêts communs de toutes les classes sociales, une Titanic idéologie où, encore une fois sur le plan général, la bourgeoisie prétend déposséder le prolétariat de son souci de sauver l'humanité avant le désastre. Cet été, en France en particulier, mélangés aux incendies de Californie, de Grèce et du Portugal, aura vu les capacités de contrôle étatique et flicarde de la circulation automobile totalement validées et inféodées à la vente express de véhicules neufs dans les grandes villes sauf en province où la majorité des prolétaires ont besoin d'un véhicule à pétrole pour se rendre au travail15. L'écologie politique depuis 40 ans est une idéologie de classes moyennes sponsorisée par le Capital dont les sectes activistes servent tel ou tel impérialisme avec souvent le même personnel que les passeurs gauchistes de migrants16.
LA RELIGION est à nouveau sponsorisée comme principale dépossession de toute activité téléologique cartésienne et prolétarienne, ou d'un éventuel programme communiste restauré. Il y a plusieurs décennies que l'ouvrage de Gilles Kepel (Les banlieues de l'islam) a montré comment les patrons des principales usines automobiles avaient compris l'intérêt d'ouvrir des salles de prière sur les lieux de travail. La lutte des foyers Sonacotra à la fin des années 1970, porta, au nez et à la barbe des bordiguistes, comme principale revendication « ouvrière » l'obtention de salles de prière. Puis, comme pour l'ensemble des résidus du gauchisme, les migrants sont devenus les nouveaux substituts désincarnés d'une classe ouvrière qui serait honteusement devenue « populiste ». L'invasion migratoire est devenue une réalité qu'il faudrait considérer comme inévitable et éternelle, quand bien même il n'y a pas de place pour le monde entier dans l'espace des pays dits riches mais affublés de millions de pauvres.
Il faudrait ajouter tant d'autres sujets manifestant la dépossession par la classe dominante de toute « alternative d'en bas », comme par exemple l'indifférence à la misère sexuelle avec des masses réduites en troupeaux familiaux ou en solitaires désespérés face à la luxure des possédants et leur justice de robe sans culotte, le féminisme bourgeois qui n'émancipe pas d'un iota la condition des femmes grosses, moches et prolétariennes, la disqualification de tous les mecs seuls otages des prélèvements automatiques des « sites de rencontre », la persécution hiérarchique au travail et suicides, le retour des pires formes d'exploitation des enfants, la prostitution d'adolescentes, la surexploitation des femmes isolées, la suppression formelle du mot race dans la Constitution, la soit disant impuissance de la police contre les trafics de drogue17.

Dans tous les domaines où elle agit, la dépossession n'est pas décomposition mais continuation et réaffirmation d'un système pervers et criminel né dans la boue et le sang, lequel devra être détruit violemment non pas pour posséder à nouveau (pour quelques privilégiés succédant aux anciens) mais pour la suppression de toute possession de l'autre, des autres, pour la liberté réelle avec la suppression de la propriété privée, ce vol originel qui a généré toutes les infamies et injustices. Face au retour des pires arriérations religieuses, tenant compte de leur longue perpétuation dans les zones arriérées - la religion est dépossession de toute conscience humaine - et à la permanence des tristes radotages de la psychologie bourgeoise scientiste, avec Paine et avec Marx nous exigeons une révolution de civilisation.






NOTES:

1Le seul CCI mentionne à plusieurs reprises ce concept dans quelques articles avec deux de ses interprétations mais sans jamais l'approfondir. Le terme semble absent des analyses académiques du cercle Robin Goodfellow mais ils n'ont pas un poteur de recherche très performant... Dans les milieux gauchistes et mélenchoniens la notion est utilisée de façon primaire ou superficielle soit de la part d'un pitre géographe anglais et très tiers-mondiste : https://materialismes.wordpress.com/2014/10/31/n26-accumulation-par-depossession-le-30-octobre-2014/, ou aussi en ce moment par le canadien avertisseur d'alerte de la droite bcbg spécialiste de l'envahissement migrant
Cf. aussi les délires anti-marxistes des vieux gauchistes aigris du CNRS sur « l'homme dépossédé » : https://books.openedition.org/editionscnrs/8019?lang=fr
La formule la plus célèbre sur la dépossession (et si frappante de justesse), a été écrite curieusement par un suppôt de la droite conservatrice (qui n'est pas toujours idiote) mais dont certains se gardent bien de rappeler la paternité : « La Révolution est l'histoire de la dépossession d'une classe par une autre. Beaucoup de choses ont péri, au cours de ce transfert de pouvoir, les unes détestables, les autres excellentes ». Barrès, Mes cahiers,t. 10, 1914, p. 251.

2 Extraits :« Ceci étant, l’accumulation par dépossession est-elle indispensable à la poursuite de l’accumulation à l’échelle mondiale, comme le postulait Rosa Luxemburg, et si oui pourquoi ? Son importance varie-t-elle selon les périodes, dans quelle mesure et pour quelles raisons ? Ses modalités évoluent-elles au fil du temps, et si oui, comment ? Peut-on parler d’une évolution cyclique de la dialectique entre accumulation élargie du capital et accumulation par dépossession dans l’histoire du capitalisme ? Et si oui, celle-ci peut-elle trouver une explication, au moins partielle, dans la théorie marxiste des ondes longues, défendue notamment par Mandel (2014) ?
(…) L’autre volet du concept d’accumulation primitive, certainement le plus décisif, concerne la dépossession des petits producteurs, à l’autre pôle de la société, du bien commun (terres communales, forêts, cours d’eau, gibier, poisson, etc.) comme des moyens de production privés (terres cultivables, outils, etc.), soit la formation du prolétariat. Selon les termes de Marx : « L’accumulation primitive consiste donc simplement en ce que les moyens de production devenus étrangers à l’ouvrier, figurent vis-à-vis du travail comme puissances indépendantes » (1905-10, VII, 146). Ce phénomène est pourtant le plus mal cerné par le terme accumulation, raison pour laquelle son articulation intime avec l’autre aspect de l’accumulation primitive n’est souvent pas correctement appréhendée. (...)
    Envisagée historiquement, la seconde phase de l’accumulation primitive met aussi en évidence le rôle essentiel d’un agent de liaison essentiel entre accumulation et dépossession : le facteur politico-institutionnel (fonctions de l’Etat, du droit, de la force armée, de la fiscalité, des protections douanières). Il est intéressant de noter que celui-ci va jouer à nouveau un rôle croissant, plus tard, au 19e siècle, comme condition de la diffusion du capitalisme industriel en Europe continentale – notamment en France, en Allemagne, en Russie –, mais aussi aux Etats-Unis, et surtout au Japon, sans parler des expériences plus tardives de la Corée du Sud, de Taïwan ou de la Chine. En l’absence de telles conditions, la dépossession des petits producteurs pourrait ne pas déboucher sur la formation d’un véritable prolétariat industriel, scénario que Marx avait envisagé pour la Russie, dès le dernier quart du 19e siècle.
    En réalité, Marx ne nie pas la poursuite de l’expropriation des petits producteurs au sein des formations sociales dominées par le mode de production capitaliste, mais il tend à combiner ce phénomène avec les autres formes de dépossession liées à l’accumulation capitaliste. Ainsi, au chapitre 25 du Livre I du Capital, il note : « Accumulation du capital est donc en même temps accroissement du prolétariat » (Marx 1872-75, chap. 25, sect. 1). Il y revient un peu plus loin en rangeant les petits indépendants paupérisés parmi la part « stagnante » de l’armée de réserve industrielle, qui « se recrute sans cesse parmi les ‘surnuméraires’ de la grande industrie et de l’agriculture, et surtout dans les sphères de production où le métier succombe devant la manufacture » (1872-75, chap. 25, sect. 4 ). Dans le Livre III, il rapproche explicitement les mécanismes de dépossession mis en œuvre par l’accumulation primitive et l’accumulation élargie du capital : ils tendent tous les deux à « l’expropriation la plus vaste, non seulement des producteurs immédiats, mais des petits et moyens capitalistes » ; à cela, il ajoute que l’expropriation « est le point de départ pour le mode de production capitaliste ; son accomplissement est le but de cette production. En dernière instance, il vise à l’expropriation des moyens de production de tous les individus » (1894, chap. 27, sect. 4).
Voilà sans doute l’aspect principal de l’accumulation par dépossession de la période du capitalisme de libre-échange, puisqu’elle permet un important transfert de valeur au détriment du secteur précapitaliste (accumulation), et le pousse progressivement à la faillite (dépossession), par le biais essentiellement « non violent » de l’échange inégal, en tablant sur un cadre juridique qui abolit progressivement toute forme de monopole ou de protection. En même temps, la privatisation du bien commun se poursuit, transformant notamment les usagers de la forêt en voleurs de bois (Bensaïd 2007), les chasseurs en braconniers, etc. En même temps, le service de la dette publique continue à ponctionner les contribuables, dont la majorité est encore formée de petits producteurs indépendants, en faveur du capital, et ceci au sein d’un nombre toujours croissant d’Etats et de collectivités publiques.
C’est pourquoi, les bourgeoisies compradores défendent bien souvent l’accumulation par dépossession que suscite l’afflux des produits industriels britanniques à bas prix, et ne préconisent pas la promotion d’une industrie locale. Pour cette raison aussi, elles souscrivent sans sourciller à la théorie des avantages comparatifs et acceptent une position subordonnée au sein de la division internationale du travail. (...)
L’ouverture du canal de Suez (1867), qui raccourcit de près de la moitié le trajet entre l’Europe et l’Asie orientale, l’essor de la navigation à vapeur, le développement du chemin de fer et du télégraphe, vont certes permettre une nouvelle phase d’accumulation par dépossession sur une échelle sans précédent aux dépens des grandes masses paysannes de l’Inde, de la Chine et du continent africain. Elle coïncide aussi avec l’accélération brutale de la colonisation, notamment en Asie et en Afrique... ».https://www.cairn.info/revue-mouvements-2008-2-page-41.htm Accessoirement lire « Accumulation par dépossession en lien avec les analyses de Rosa Luxemburg : https://f-origin.hypotheses.org/wp-content/blogs.dir/744/files/2012/03/Harvey.pdf
Rosa Luxemburg et la colonisation : https://www.persee.fr/doc/homso_0018-4306_1974_num_33_1_1549 Sur l'accumulation primitive lire Marx dans le texte https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-I/kmcapI-26.htm


3F. Jameson, Le Postmodernisme ou la logique culturelle du capitalisme tardif, op. cit., p. 441, 443
4«  Le prolétariat passe par différentes phases de développement. Sa lutte contre la bourgeoisie commence avec son existence même. » Manifeste communiste de 1848.
5P. Anderson, Les Origines de la postmodernité, op. cit., p. 145.
6« Le prolétariat hors la lutte » de Pierre Zaoui, cf. https://www.cairn.info/revue-cites-2008-3-page-55.htm

7 Le prolétariat hors la lutte de Pierre Zaoui.
8 Lukacs, Histoire et conscience de classe.
9Marx, Manuscrits de 1844. Magnifique ! Couchés les milliers de sociologues dénonciateurs modernistes du méprisable ouvrier-consommateur ! Lire aussi ailleurs comment être aliéné signifie être dépossédé de soi-même(https://www.philolog.fr/lalienation-du-travail/
même si Marx n'avait pu profiter des apports incontestables de Freud et de la psychologie scientifique moderne. Que l'on peut considérer contenus implicitement dans les raisonnements de Marx, personnage en effet génial parce que produit de l'époque de l'apparition du prolétariat. Marx n'est pas un militant, comme le décrit sans peur du ridicule un article récent du CCI (à la manière des sectes ils veulent faire croire à leurs ouailles qu'ils seraient tous des mini-Marx, alors que militant vient du terme militaire). Marx est et reste un penseur génial, produit du prolétariat à son époque d'incandescence.
12Claude Lefort avait lui renoncé à croire utile la forme parti et les mettait tous dans le même sac: cf. « La méthode des intellectuels dits « progressistes » : échantillons » (dans ma collection complète de S ou B, in le n°23,janvier 1958)
« Ces partis, partis de la vérité, en tant qu'ils participent du mouvement communiste total, sont simultanément en tant qu'on les envisage dans leur singularité, dans le concept de leur action, les partis de la stupidité. Point de salut pour l'intellectuel communiste : s'il pense, il trahit, s'il ne pense point le voici stupide. Point de statut même, son existence est « impossible », une hésitation entre la stupidité et la trahison, un néant (pauvre Lefebvre!). C'est du dehors qu'on peut énoncer la vérité du Parti : son objectivité. Et sa stupidité : sa subjectivité ». Il a raison sur un point : il n'y a pas plus subjectif qu'un parti.
13Sauf moi et dans ma lettre ouverte aux cheminots je dénonce la dépossession opérée par ces chiens de garde, obscurs bureaucrates comme agités du bonnet trotskiens.
14Le CCI s'est contenté d'un articulet : http://fr.internationalism.org/content/9724/mouvements-sociaux-france-quelles-lecons-tirer-des-dernieres-luttes qui ne retrace pas la farce de la honteuse grève perlée ni ne quémande la moindre autocritique des ouvriers et employés passifs.
15Il y a 50 ans que le Capital sait que le diesel est nocif. En Grèce jusqu'en 1968, toute voiture équipée d'un moteur diesel était interdite dans la région d'Athènes. De plus toutes les grandes marques ont triché et continuent à tricher pour continuer à vendre des véhicules diesel « améliorés », mais pas vraiment.
17En Algérie, sous couvert de démocratie parlementaire, policiers et militaires s'entretuent pour le contrôle du trafic de drogue, ou plutôt les flics, à la suite de Daesch, sont devenus trafiquants de drogue et menacent les militaires de vouloir freiner ou empêcher cette activité lucrative pourtant illégale (aucun média n'en parle en Occident). En France, épisodiquement des flics se font pincer au moment de revendre une partie des stocks saisis. La tentation est grande quand les puissants montrent l'exemple, et que la plupart du show business sont consommateurs... intouchables.

mardi 24 juillet 2018

UN AMATEUR A L'ELYSEE


(Monsieur Propre s'est sali ou LREM – la République En plein dans la Merde)


«Quelle est votre profession? Prince français en exil. Quels sont vos complices? La France entière. De quel droit portez-vous la Légion d'honneur? - Je l'ai trouvée dans mon berceau.»
Victor Hugo

«On ne peut pas être président de la République sans avoir été ministre pour une période assez longue et avec une gestion complexe pour connaître les rouages» de l'État ».
Giscard d'Estaing, sur le « jeune » Macron, juillet 2016)

« Il (Macron) n’a jamais connu ni géré de crise politique de sa vie, ni en tant que maire, ni en tant que parlementaire, ni en tant que ministre. Il a réagi comme si l’Etat était une entreprise : il met à pied trois chefs de rayons et pense que tout est réglé. Il se trompe. Cette crise va durer » Jean-Luc Mélenchon

« Les inégalités engendrées par le système de marché accroissent le risque d’un spasme sociétal, d’une révolte dont la forme est imprévisible. On ne peut pas continuer comme cela, l’inégalité est trop forte. On risque l’insurrection ».
Alain Minc (8 juillet 2018)


Un zélé cogneur impuni ?


Le novice ne fût pas le cogneur Benalla, mais bien son boss freluquet. Tous les gauchistes et la marge trotskienne défroquée se sont rués sur le supplétif policier de l'Elysée, barbouze rapidement promu sous-chef flic, haussé au rang de scandale majeur de la blanche démocratie bourgeoise sans argent sale et sans reproche. Au lieu de plonger impulsivement dans la soit disant révélation, ils auraient pu réfléchir et se demander ce qui avait produit cette nouvelle ruse de l'histoire, ou vengeance par procuration de hiérarques policiers humiliés dans un Etat géré de plus en plus comme une PME... Comme quoi il se vérifie que les dictateurs au petit pied peuvent perdre toute autorité en quelques heures... et qu'un certain libéralisme acharné contient des effets pervers destructeurs pour la marche de l'Etat (bien relevés pour une fois par Mélenchon).

Heureusement qu'on est en France avec un prolétariat non embrigadé dans la future guerre mondiale (comme dit le CCI), ni par la religion musulmane, mais qui regarde encore son nombril. Sinon la petite frappe, qui met ses muscles aussi bien au service de la gauche que la droite, mais qui a enrayé bêtement le macronisme vulgaire, ne serait restée qu'à son niveau : un fait divers. En Turquie par exemple, la brute épaisse n'aurait certainement pas fait partie des proches d'Erdogan, et l'auteur de la première video comme les journalistes ergoteurs auraient fini en cabane. Mais voilà, on est en France où la classe ouvrière est présumée disparue, où on ne voit plus ses grèves, ou plutôt quand ses grèves n'inquiètent plus personne et sont ridiculisées en luttes intermittentes par la syndicratie. Pourtant le scandale népotiste et la fébrilité (députés, magistrats et hauts flics sont en première ligne) devrait nous rassurer : un tel luxe d'indignations est bien propre à enfumer le vrai danger. Quand les attaques gouvernementales successives sont si nombreuses, avec passe droit institutionnel automatique et que les complices syndicaux ferment toutes les portes, il faut bien s'attendre à ce que quelque chose entre violemment par la fenêtre. Fût-ce par le biais de ces sales smartphones qui pullulent, quand on ne peut plus pisser au coin d'une rue sans être vu et catalogué. C'est pourtant bien le grand absent, le prolétariat, qui n'éternue plus, mais qui conditionne les ruades de tous ces ma'as-tu-vu.

Ruse policière ou revanche inédite, l'épisode Benalla, est venu ébranler l'arrogance étatique alors que l'image de la violence plus que l'irrespect hiérarchique du type au macaron élyséen n'est qu'un fait divers voire une ratonnade post-manif, courante, sans graves conséquences pour les personnes1. A chaque manif des gens sont frappés par les professionnels de la cogne. Tous les jours, des flics et des militaires sont humiliés par leur hiérarchie galonnée. En soi l'épisode de favoritisme « aggravé » est moins grave que le fait que le président se soit entouré de milliardaires et de justiciables comme Alexis Kohler ou le patron et ex député PS Richard Ferrand, qui passent tous régulièrement à travers les mailles de la dite justice, comme Eric Worth du bord opposé. Napoléon 4 n'a pas voulu tenir compte des avertissements des bonzes syndicaux ni de Minc, et l'avertissement (policier) qui lui tombe dessus va-t-il le faire réfléchir au risque d'une chute brutale s'il continue à se la jouer perso ?2

Paradoxe de cette ruse pour initiés ou ambivalence d'un fait divers « mis en image » qui fait trembler le sommet de l'Etat : il passionne l'opinion internationale et peut être traité plus sereinement parce que les ouvriers sont en vacances. Imaginons qu'il se soit produit au plus fort de la protestation niquée des cheminots... De telles images de violence contre des civils (et étalant au grand jour la complicité de patrouilles privées rémunérées par... nos impôts) ; c'est cette violence visible qui avait provoqué l'étincelle en mai 68. Etincelle politique et pas syndicale. Il ne faut pas imaginer une nouvelle étincelle déjà éteinte par les protestations hystériques de tous les groupes bourgeois insoumis qui pratiquent la politique substitutive de Danton3, et il n'y a aucun relève alternative à Napoléon 4, même les pieds dans sa boue.
Bien sûr la protestation ne vient pas du prolétariat en vacances, bien que l'événement le rende attentif à chaque épisode de révélations, mais ce que ne peuvent comprendre les faux révolutionnaires ou les déchets du gauchisme, et qui doit nous interroger, nous les vrais amis du prolétariat, c'est la vivacité de la réaction des oppositions éclatées au macronisme vulgaire, cette variété libérale musclée de bonapartisme, gouvernance rigidement verticale et népotiste4.

Ou un règlement de compte entre clans policiers et Etat ?

C'est évidemment depuis le renseignement et la surveillance policière des réseaux sociaux que le buzz a été utilisé ; les déviants anonymes de la police sont choyés par Le Canard et Médiapart qui a censuré un contributeur qui signalait l'appartenance de Benalla à une loge maçonnique... comme la blanche Collomb5. Aucun citoyen internaute ne se serait soucié d'identifier la tronche à Benalla, sauf ceux dans la complexe hiérarchie étatique qui le côtoyaient et subissaient sa faconde de voyou parvenu. Règlement de compte au début donc, par la gendarmerie, fort éprouvée par des remaniements hiérarchiques ces dernières années, et grande muette SM contrairement à la police bien-aimée qui dispose de syndicats corpos musclés. Le mépris des grands corps de mercenaires d'Etat est pourtant une tradition des chefs d'Etat. Les CRS sont pris pour de la merde ; on se souvient du conseiller d'Etat, arabe en service pour Hollande, qui exigeait de se faire livrer des croissants tous les matins par le CRS de garde. Sous Flanby Hollande et Bismuth Sarkozy, des conseillers du président - Aquilino Morelle et ses chaussures cirées, Patrick Buisson le conseiller facho - avaient été accusés de comportements inadaptés. Sous flambeur Macron, le comportement « inadmissible » était devenu... admissible.
Intéressons-nous brièvement aux débuts des révélations (au compte-goutte) de l'affaire Benalla. Le pavé dans la mare fût la première vidéo : révéler sous le casque la trogne du cogneur de l'Elysée6. La video contient la vengeance brute de décoffrage de la corpo gendarmesque et favorise deux premières interprétations : un couple lambda est sauvagement agressé par « un proche de l'Elysée ». Deux types sont au premier plan, un chauve qui semble dire au manifestant à terre : « maintenant tire-toi ! », l'autre se débat à nouveau furieusement au lieu « d'obtempérer »7, puis déboule un type trapu, avec une grosse veste et un casque de solex, avec brassard police. C'est dubeau, ducon Benalla ! Ami quasi familial du sieur Macron ! Effet garanti, toutes les gazettes pointent du doigt un simple employé de gardiennage de la présidence. Nous, internautes spectateurs légèrement indignés, avons une pensée presque émue pour les CRS qui s'éloignent des deux « civils », imaginant qu'ils sentent le gaz ce comportement de zélés souteneurs de leur métier8. On imagine même que cette vidéo est une fake news qui va entraîner un bon débat pour justifier une police propre qui tape « légalement » en uniforme tout manifestant récalcitrant...

Malheureusement, on n'est encore qu'au début du feuilleton Benalla Gate qui devient Macron Gate ; une deuxième vidéo suit où les CRS qui, jusqu'alors paraissaient méfiants devant la brutalité de leur supérieur inconnu haut Benalla, certainement un intimidant haut placé sorti de la cuisse de Jupiter, se mettent à s'acharner sur le couple échevelé. On voit pourtant le type à terre faire un geste qui peut coûter cher dans cette situation, il attrape le bâton d'un CRS à la ceinture et de lui crier « arrête », évidement un autre CRS frappe sur sa main avec sa bombe à lacrymo, quand la femme échevelée est repoussée à l'intérieur de la boutique. La soudaine violence des CRS alors que les deux civils avec badge police sont à leur tour calmes et redevenus simples observateurs, par quoi est-elle motivée ? Rébellion ? Insultes ? Toutefois avec cette deuxième vidéo, le statut de couple insoumis, en légitime protestation « citoyenne » n'est pas entamé, donc notre indignation reste intacte : c'est dégueulasse, les CRS c'est bien toujours des pourris et Macron avec ou sans police parallèle voilà la concrétisation de sa « révolution des réformes pour redresser les comptes de l'Etat : il détruit les services publics, il se sert des syndicats pour ridiculiser les ouvriers et quand ça ne suffit pas il envoie ses cognes » !
L'image des attaques sur le retraites, toujours en cours, revient : « Macron cogne sur la classe ouvrière » comme ses affidés cognent physiquement sur les gens. Très mauvaise image... concrète ! Les sous-fifres macroniens ont beau défendre à hue et à dia leur prince en tentant d'en faire un « cas individuel », c'est désastreux : toute la chaîne de commandement policière et militaire est ridiculisée. Le dérapage de ducon Benalla est patent, ce n'est pas Macron qui lui a demandé d'aller faire … le con et de s'exposer aisni au ridiculise. Mais la bêtise de Benalla fait du bien au prolétariat : il permet de lever toutes les couleuvres du prince népotiste !

Le clan élyséen, aussi violemment tarabusté (mais pas physiquement), a réagi en faisant diffuser une troisième vidéo pour contrer le buzz des précédentes favorisées par les gendarmes en colère : celle des flics où là le couple n'apparaît plus innocent. On voit le type, qui va être tabassé par Benalla et les CRS, lançant un objet sur les flics. Il n'a pas l'âge d'être lycéen ni étudiant. Il semble qu'il fait aussi un bras d'honneur ; le journaliste du Monde dit que c'est sa compagne. Changement de décor et d'interprétation : provocation-répression- CRS=SS, le tintouin habituel de n'importe quelle manif. Un pet de souris.
Hélas, trois fois hélas, il y a encore ce pauvre Benalla. Que fait-il là déguisé en flic d'appoint ? Quels bas instincts l'ont poussé à venir « se faire » des manifestants au corps à corps alors qu'il est – comme on l'apprendra abondamment – destiné à une super promo (lieutenant-colonel puis sous-préfet, car on ne refuse rien aux braves) ? Le naturel est revenu au galop. Le cogneur s'ennuyait sous les meilleurs ors de la République. Il voulait continuer à tâter du terrain comme lorsqu'il gardait l'entrée des supermarchés. On l'a prévenu rapidement qu'il avait une merde sur la tête. Trop tard, on ne remplace par un pois chiche par un cerveau. Plus saisissant, un pois chiche en fait tomber un autre ! J'ai déjà dit ce que je pensais du grand esprit de Macron : le vide. Sidéral et sidérant. A se demander comment un charlot pareil a pu se constituer une aussi large cour d'arrivistes, la plupart désormais penauds et de mauvaise foi face au népotisme qu'ils ont permis d'installer.
On imagine le prince Macron effondré : « Quel con ce Benalla, et dire que j'ai réchauffé un serpent dans mon sein ! ». Il lui téléphona : « Tu étais mon seul homme de confiance ! Abruti ! qu'es-tu allé faire dans cette galère, cette sphère à bobos place de la Contrescarpe ? Les cours de karaté ne te suffisaient plus ? Taper ta nana non plus ! Dégage ! Retourne dans ta banlieue de merde et reprend ton vrai prénom arabe ! Je ne peux plus rien pour toi ! Et rend-moi le double des clés de ma datcha au
Touquet ! »
Une suceboule de LREM (la république dans la Merde) a ergoté qu'on ne peut pas « jeter le discrédit sur l'ensemble de la majorité uniquement pour un acte isolé d'un individu ». Son maître a fait savoir, sans montrer sa mine déconfite qu'il « n'y aura pas d'impunité », mais il y a eu de toute façon impunité et népotisme crasse ! Cette façon de tenter d'écarter l'accusation de népotisme est aussi ridicule et impuissante qu'un chefaillon de droite comme Wauquier qui dénonce les cogneurs dans les manifs mais qui lorsqu'il est ministre à son tour ne trouve rien à redire de la violence « normale » des CRS.

NE PAS SALIR LA POLICE

« L'affaire est choquante car elle salit la police »
Hervé Pierre (ex-cadre de la Préf de police de Paris, in La Voix du Nord du 22 juillet)

« Ce sont nos policiers et nos gendarmes qui, au quotidien, défendent les valeurs de la France ».
Gérard Collomb (Ministre de l'Intérieur auditionné par la Commission des lois)

« Quand on bascule d’un lien de proximité, de confiance, à des relations qui perdent leur lien de pureté, on prend un risque ».
Alain Gibelin, Préfet de police de Paris.

Que Macron soit parano, comme tous ses prédécesseurs, pour sa protection et celle de sa famille, n'aurait rien de choquant s'il faisait confiance aux institutions, mais, visiblement il n'a même pas confiance (lui non plus... comme le prolétariat) en la police et gendarmerie officielles ; et cela
Distribution de médailles (cf. L'organisation eggregore)
personne ne le relève dans le scandale, sauf les policiers eux-mêmes, dont l'huile précédente, parmi la noria de dircabs, dénonce le « copinage malsain » car la police, elle, est pure, elle ne "marche" qu'à la prime et à ma médaille. C'est à dire qu'il y a un scandale dans le scandale. Que Macron ait recours à une police privée n'est pas nouveau sous la Ve République, grands patrons et politiciens divers de l'Etat bourgeois y ont toujours eu recours à certaines périodes, en arrosant généreusement en pépètes et en médailles les heureux « nervis » désignés. Le scandale est plus grand surtout en ce qui concerne le fait que Macron se passait royalement d'une invention de Mitterrand, conservée par ses successeurs, les mousquetaires du GIGN. Pourquoi ce manque de confiance ? Seul l'intéressé pourrait nous le dire si, par bonheur, il passait sous les fourches caudines de la commission des lois.


A plusieurs reprises j'ai déjà signalé comment les campagnes idéologiques avaient toujours des aspects obscurs, viraient à la persécution et à l'obsessionnel9, focalisant sur le couple népotiste Fillon sans qu'il n'y ait éclaircissement ni suite dans les idées. Les vidéos actuelles qui sont restées en circulation ajoutent à la confusion et autorisent toutes les interprétations. L'objet de cette campagne médiatique n'est évidemment pas de faire tomber l'Etat, mais, en dérivant le fond du problème sur « l'intégrité policière » - réponse du berger à la bergère - pour ne pas dire sa pureté virginale, on prépare la décrue en milieu policier relativement discipliné et humble, car, d'autres mécontents ont envie de balancer, en vue de la réduction du nombre de députés.
Quelques fusibles vont sauter dans la noria impénétrable des multiples secrétaires, sous-secrétaires, sous-directeurs, vice ceci ou vice cela, mais la tâche restera indélébile. Aussi Macron et ses plus proches affidés doivent-ils scruter les listes des noms députables (infidèles ou peu courageux dans la tempête) à éliminer pour le futur dépoussiérage parlementaire. Dans la charrette, probablement le préfet Gibelin promu au gibet puisque sa langue a fourché face à la méchante commission des lois.

Début avril, premier exécutant de l'exécutif, Édouard Philippe, avait annoncé la réduction de 30% du nombre de parlementaires et l'introduction d'une dose de 15% de proportionnelle aux législatives, dans le cadre de la réforme des institutions prévue pour 2019. Le nombre des députés serait ainsi ramené à 404, et celui des sénateurs à 244 (contre 577 et 348 actuellement). La norme dans les démocraties occidentales, c'est un député pour 100 000 habitants. En 2009, la barre était fixée à un député pour 125 000 habitants. Avec la réforme de 2019, il y aura un député pour 200 000 habitants.Difficultés techniques, députés inquiets de perdre leur siège... Avec la baisse de 30% des députés et sénateurs prévue pour 2019, le redécoupage de la carte électorale s'annonce comme une vraie boucherie. Il va falloir annoncer à 30% de parlementaires qu'ils ne pourront pas se représenter. Tout le monde ne pourra pas être recasé.
En attendant, Louis-Napoléon Macron a bien fait preuve d'un singulier amateurisme, l'Etat ce n'est pas lui mais il est redevable à l'Etat. Pour l'heure, il se cache, il a perdu toute autorité et réduit à néant toutes ses gesticulations vantardes à travers le monde. Si une opposition bourgeoise crédible ne se reconstitue pas, le régime dominant sera très fragilisé à terme socialement et politiquement. La nature a horreur du vide et des pois chiches.


Le scandale contient des éléments de réflexions pour la lutte de classes, mais pas seulement, Pour faire chier l'anar de gouvernement, anti-marxiste acharné, Michel Onfray, il me plaît de citer ici Lénine qu'il ne comprendra évidemment pas:


« Quiconque reconnaît uniquement la lutte des classes n’est pas pour autant un marxiste ; il peut se faire qu’il ne sorte pas encore du cadre de la pensée bourgeoise et de la politique bourgeoise. Limiter le marxisme à la doctrine de la lutte des classes, c’est le tronquer, le déformer, le réduire à ce qui est acceptable pour la bourgeoisie. Celui-là seul est un marxiste qui étend la reconnaissance de la lutte des classes jusqu’à la reconnaissance de la dictature du prolétariat ». 
Cela donne envie de relire le génial « Les luttes de classes en France » de Marx et l'intro d'Engels :
« Le présent ouvrage de Marx fut sa première tentative d'explication d'un fragment d'histoire contemporaine à l'aide de sa conception matérialiste et en partant des données économiques qu'impliquait la situation. Dans le Manifeste communiste, la théorie avait été employée pour faire une vaste esquisse de toute l'histoire moderne, dans les articles de Marx et de moi qu'avait publiés la Neue Rheinische Zeitung nous l'avions utilisée pour interpréter les événements politiques du moment. Ici, il s'agissait, par contre, de démontrer l'enchaînement interne des causes dans le cours d'un développement de plusieurs années qui fut pour toute l'Europe aussi critique que typique, c'est-à-dire dans l'esprit de l'auteur, de réduire les événements politiques aux effets de causes, en dernière analyse, économiques.
Dans l'appréciation d'événements et de suites d'événements empruntés à l'histoire quotidienne, on ne sera jamais en mesure de remonter jusqu'aux dernières causes économiques. Même aujourd'hui où la presse technique compétente fournit des matériaux si abondants, il sera encore impossible, même en Angleterre, de suivre jour par jour la marche de l'industrie et du commerce sur le marché mondial et les modifications survenues dans les méthodes de production, de façon à pouvoir, à n'importe quel moment, faire le bilan d'ensemble de ces facteurs infiniment complexes et toujours changeants, facteurs dont, la plupart du temps, les plus importants agissent, en outre, longtemps dans l'ombre avant de se manifester soudain violemment au grand jour. Une claire vision d'ensemble de l'histoire économique d'une période donnée n'est jamais possible sur le moment même; on ne peut l'acquérir qu'après coup, après avoir rassemblé et sélectionné les matériaux. La statistique est ici une ressource nécessaire et elle suit toujours en boitant. Pour l'histoire contemporaine en cours on ne sera donc que trop souvent contraint de considérer ce facteur, le plus décisif, comme constant, de traiter la situation économique que l'on trouve au début de la période étudiée comme donnée et invariable pour toute celle-ci ou de ne tenir compte que des modifications à cette situation qui résultent des événements, eux-mêmes évidents, et apparaissent donc clairement elles aussi. En conséquence la méthode matérialiste ne devra ici que trop souvent se borner à ramener les conflits politiques à des luttes d'intérêts entre les classes sociales et les fractions de classes existantes, impliquées par le développement économique, et à montrer que les divers partis politiques sont l'expression politique plus ou moins adéquate de ces mêmes classes et fractions de classes.
Il est bien évident que cette négligence inévitable des modifications simultanées de la situation économique, c'est-à-dire de la base même de tous les événements à examiner, ne peut être qu'une source d'erreurs. Mais toutes les conditions d'un exposé d'ensemble de l'histoire qui se fait sous nos yeux renferment inévitablement des sources d'erreurs; or, cela ne détourne personne d'écrire l'histoire du présent ».




La suite aux prochains numéros médiatiques...





































































NOTES




1Enfin, et j'y reviendrai, le tabassage du couple n'est pas la fin du monde, c'est moins grave que l'assassinat par étouffement policier d'Adama Traoré. Le couple de bobos – lui a jeté la carafe d'eau du bistrot sur les CRS et elle a fait un bras d'honneur – tenant à se faire passer pour un couple de badauds, et surtout pas « black blok ». Ils l'ont bien cherché en ignorant que tout est filmé et qu'ils sont en tort vis à vis de la loi bourgeoise. L'acharnement des CRS semble plutôt montrer qu'en matière de rébellion ils sont naïfs : cerné par les cognes, il est stupide de se mettre à les insulter ou à protester de son innocence après leur avoir balancé une bouteille. La présence de policiers en civil, ou même d'acolytes ou d'une police parallèle ne gêne aucunement les diverses polices complémentaires. Pour réprimer dans les moments révolutionnaires, le premier commerçant venu sanguinaire peut s'improviser chef des CRS. Le Monde détailla une fois sous l'aspect clean le faux problème de ce mercenariat : « Outre les forces dédiées au maintien de l’ordre, d’autres policiers issus des commissariats agissent dans les cortèges, notamment les brigades anticriminalité. Ils sont en civil afin de ne pas être repérés. Leur but est, le plus souvent, de procéder à des arrestations et d’extraire des individus de la foule.Ces fonctionnaires font l’objet d’une polémique récurrente concernant la présence supposée de « policiers casseurs » qui provoqueraient des troubles. Mais ces allégations n’ont jamais été prouvées, les images publiées autour de la question étant souvent manipulées. Les syndicats de policiers nient par ailleurs vigoureusement, rappelant d’une part que des policiers ne vont pas jeter de pavés sur leurs collègues, et, d’autre part, leur attachement à la liberté de manifester ».https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2016/05/03/ce-que-la-police-peut-et-ne-peut-pas-faire-pendant-une-manifestation_4913025_4355770.html . Je ne dirai rien aujourd'hui de ce que je sais des faux manifestants qui ont détruit le Fouquet's au soir de la gloire de notre éphémère plénitude footballistique.
Je rappelle ici l'étymologie du terme népotisme : « Le terme a été emprunté en 1653 à l'italien nepotismo, lui-même dérivé de nepote qui signifie « neveu », par référence au favoritisme accordé par un pape à l'un de ses neveux par la cession indue de titres ecclésiastiques ou de donations réservés au Vatican3. Au Moyen Âge, le mot désigne normalement dans ce contexte, les enfants des frères et sœurs des ecclésiastiques. Mais souvent, par euphémisme, les mots « neveux » et « népotisme » désignaient aussi les propres enfants des ecclésiastiques ; Savonarole prêchait ainsi contre l'Église de Rome en 1497 : « autrefois, si les prêtres avaient des fils, ils les appelaient leurs neveux ; maintenant on n'a plus de neveux ; on a des fils, des fils tout court. »

2Un Mussolini, bien que autrement criminel, mais du genre Bonapartiste en guerre, est tombé une première fois par suite à la magnifique grève des ouvriers turinois en 1943, dessaisi par le grand conseil fasciste et le roi. Tout dictateur, ou assimilé, est dicté, comme me le répondirent un jour les camarades du Prolétaire (PCI).
3Dont je vous ressasse régulièrement la célèbre formule : « Soyons terrible pour éviter au peuple de l'être », ce qui accouche certes d'un minable : « soyons de féroces insoumis pour éviter au prolétariat de l'être ».
4Un point commun entre Napoléon III (Badinguet) et Napoléon IV (Macron) : Badinguet avait été sponsorisé par une riche bourgeoise au début de sa carrière politique ; Macron a été drivé par sa maîtresse d'école qui ne connaît rien à toutes les arcanes de l'Etat. Dans tous les cas, les petits dictateurs bonapartistes ont commis inévitablement des bourdes aux conséquences gigantesques, par immaturité et goût âpre du luxe.
5Voir ici : http://www.wikistrike.com/2018/07/franc-maconnerie-benalla-a-des-reseaux-proches-du-grand-orient.html. IL faut savoir que pour faire carrière dans la police il vaut mieux être franc-mac et la corpo en regorge.
6Dont n'importe quel policier pouvait connaître la trajectoire. Les agents de sécurité les meilleurs, pas forcément les plus intelligents, sont recrutés chez les petites ou grandes frappes de banlieue. La mère Le Pen, dénonçant avec virulence une nouvelle affaire de barbouzes, faisait mine d'oublier que son parti en vrille est le parti préféré des barbouzes, et rappelait, justement, que le garde du corps précédent du roi élyséen Makao, deux mètres treize, pote avec Jaoud, le logeur des tueurs islamistes. Et cf. Libération  (7 juin 2018).Dans cette vidéo, on peut voir Jawad Bendaoud jouer au jeu vidéo de football FIFA, avec un homme très costaud arborant un maillot bleu barré de rouge, très ressemblant à celui de l’équipe de rugby de République Démocratique du Congo. Makao, l’ancien garde du corps d’Emmanuel Macron, originaire de ce pays, était également membre de sa sélection de rugby, selon l’Express.En légende, Jawad Bendaoud note : «Makao va Jawad FIFA 2018» et «Makao il est énervé quand il mange».
7L'individualisme bobo, comme celui des cailleras ou des blacks bloks, interdit qu' « on me touche ». « Tu me touches pas ou t'es mort ! », « je sais où tu habites », « je vais cramer ta maison », et suivent généralement une litanie d'insultes pour intimider. Les flics ont semblent-ils des consignes pour « ne pas toucher » en public, et ont une stratégie d'encerclement de l'individu indigné ou hystérique pour tenter le le maîtriser sans cogner tout de suite.
8C'est la version que fait circuler un syndicat policier : « «L'Elysée, ça fout la trouille à tout le monde» : c'est ce qu'a admis Philippe Capon du syndicat des gardiens de la paix Unsa-Police, cité par le journal Le Monde. Cela explique peut-être la passivité des CRS entourant Alexandre Benalla et Vincent Crase le 1er mai, alors qu'ils s'en prenaient violemment à des manifestants ».
9 Article dans ce blog sur le Penelope gate : une curieuse campagne de persécution médiatique
(fev 2017) avec l'éternel Monsieur Propre, pourri lui-même, face aux népotismes et aux corruptions habituelles.