"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

lundi 21 novembre 2016

Pourquoi Droppy a gagné?


Notre principal Poulidor français, l'homme qui ne souriait jamais1, a endossé le maillot jaune, cette couleur traditionnelle des cocus ou des fous2. Revanche éclatante d'un prétendu éternel loser selon les commentateurs à la petite semaine. Le chanteur Renaud, dégrisé, aura eu du flair d'en faire son champion. Un président a toujours besoin d'un ménestrel pour l'accompagner. Qu'aurait donc été Sarkozy sans Doc Gynéco, et Hollande sans Benjamin Biolay ?

Le petit chose, simple collaborateur d'un ex-président colérique, a grillé la politesse aux trémolos des uns et des autres de la « famille de droite ». On nous explique la réaction du « corps électoral » comme une sorte de prurit cathartique, une soudaine folie, mais surtout voilà la surprise relativisée comme un « magnifique sursaut démocratique », car, l'air de rien, le petit chose qui ne riait jamais affiche soudain tant de qualités consensuelles que la haute se baisse pour lui tendre la main. C'est tout bénef pour une classe bourgeoise avec un personnel politique en déshérence, une gauche bourgeois plombée - non par ses rivalités de personnes « grillées », comme ce benêt de Macron automatiquement effacé du tableau par plus thatchérien que lui, mais par sa « politique de droite » (comme diraient les trotskiens) – mais surtout par le passage en force grâce aux « élus de la gauche éternelle, tolérante et antiraciste » d'une loi travail qui n'est toujours pas digérée par la classe ouvrière, même si celle-ci pèse peu dans la mystification électorale ; mystification signifiant imposture et tromperie vénale comme vous êtes sensés le savoir. Le dictateur Sarkozy n'en voulait pas de cette "primaire" qui ne pouvait que le rabaisser.... comme ce sera le cas pour Hollande s'il passe sous les mêmes fourches caudines si peu sportives.

Même les intellos de Libération, avec leur empathie pour le multiculturaliste heureux Juppé, n'ont
rien vu venir, traitant avec mépris « l'austère pédagogue » Droppy. Ne s'acheminait-on pas soit vers un duel couru d'avance Hollande/Sarko, soit, quoique plus improbable Hollande/Juppé. Plus personne ne causait de la monstrueuse Le Pen dans une équation qui laissait des chances à François II.

Passons d'abord par les explications psychologiques. La soirée spectacle électoral sur BFM, animée par le groupe de potes qui se bombardent chacun « directeur politique » de la rédaction ou de la réaction, fût relativement clean, avec le VRP sondeur habituel, honnête et précis. Le seul couac n'aura été que cette grosse bête de Ruth Elkrief qui négligea l'ancien duel Copé/Fillon en laissant croire que Fillon était aussi pourri que Copé. Erreur majeure, l'imposteur pour la course à la prise de tête du parti de droite bourgeoise, était resté dans « l'opinion » l'arrogant Copé ; sinon comment expliquer son score lamentable de bon dernier ? Bref, les « gens » avaient voté finalement pour un homme au parler franc, pas pour son programme (Hein ? Ils l'ont même pas lu (les cons, en off) susurrait Ruth) 3. Bonne remarque, lors des trois débats préliminaires, Fillon est le seul à ne pas tenir le discours électoral classique et à se passer des trémolos habituels : « vous verrez on rasera gratis, l'ascenseur social sera réparé par un ministre qui aura ôté sa cravate, etc. ». Mais les journalistes restent superficiels ou orientés. Ils n'ont pas vu vraiment en quoi Fillon séduisait. Premièrement, mais cela tout le monde l'a vu, il ne s'énerve jamais, ou si c'est le cas c'est avec un parfait contrôle de soi et sans grossièreté comme vous savez qui. Les « gens » se branlent de l'avenir des communautés locales, du nombre des députés (quoique Fillon propose de diminuer de moitié ces parasites sociaux), des histoires de référendum, du nombre de prisons à construire, de la situation des fonctionnaires, etc. Ce qu'ils veulent c'est un état des lieux économique, mais sans illusions (et secondaire en fait) et surtout « civilisationnel », et un Etat qui ne raconte plus de blagues. Or, comme lors de l'épisode bonapartiste du filou Copé, on n'a pas oublié que, même sous la férule de maître SM Sarkozy, le petit chose avait osé dire la vérité, il n'y a pas si longtemps que cela : « les caisses de l'Etat sont vides ». Bon, la plupart, comme on ne connaît rien à l'économie, se sont dits : « pas vrai, y a plus de pognon, le problème est qu'ils le dilapident en se succédant au pouvoir ! ». Faux, la dette publique ils se la refilent les uns aux autres, c'est ainsi qu'on a si souvent entendu Hollande dire, par exemple : « Sarkozy » nous a laissé une ardoise de 50 milliards de déficit », comme ce dernier criait déjà dans sa campagne foireuse version Buisson démodé «l'ardoise nouvelle c'est 50 milliards de déficit laissés par Monsieur Hollande ».

Les journalistes qui n'ont toujours rien compris et qui n'analysent les tendances ou renversement de tendances que comme le résultat de vengeances entre ces divers compétiteurs arrivistes, ont essayé de nous faire le coup de l'intérêt prioritaire des « gens » (comprenez : ces cons d'électeurs qui en plus ont payé deux balles pour enrichir un parti bourgeois) était l'économie !
Singulière interprétation quand on parcourt un peu l'austère programme économique de M. Fillon. La soupe à la grimace, du sang et des larmes, aucun cadeau fiscal (éventuellement aux très riches comme toujours). Le programme de Fillon est cependant plus subtil qu'il n'en a l'air, ou que l'interprétation qui en est faite par ceux qui le lisent un peu trop vite par esprit partisan. Prenons la suppression des 35H, ce n'est pas ce que dit Fillon, il laisse la porte ouverte aux arrangements, il ment car la moyenne horaire est déjà revenue à 39 H chez les ouvriers made in France ; c'est vrai que les 35 heures ont pu dégager un peu moins de 300.000 emplois, mais Fillon ment quand il dit que passer à 39 H permettrait une grande création d'emplois ; le reproche qui est lui est fait immédiatement après sa victoire par le clan Juppé – que le passage à 39 H augmenterait la masse salariale – ne pèse donc pas lourd, vu le tour de passe-passe4, et le fait qu'un gouvernement Fillon sera bien obligé, comme l'anti-syndical Sarko, de négocier au cas par cas, avec précaution en particulier pour la suppression rêvée des statuts, suivant la puissance de telle ou telle corporation égotiste. Idem pour l'annonce de la suppression de 500.000 fonctionnaires. Ah ! supprimer les fonctionnaires, ces parangons de paperasserie et d'arrogance bureaucratique, cela vous fait rêver tout l'électorat plouc et artisanplouc ! Dans la réalité je ne connais pas le moindre Etat moderne qui pourrait se passer d'une masse de fonctionnaires. Depuis longtemps, les gouvernements successifs annoncent cette mesure de « réduction du budget de l'Etat », comme le miracle attendu, mais qu'on n'atteint jamais. Chaque année des milliers de fonctionnaires ne sont pas remplacés, le chiffre est aussi inconnaissable que celui des reconduites de migrants à la frontière, et Fillon fera comme les autres, il ne diminuera pas autant qu'il ne le souhaite peut-être pas pour la marche de l'Etat, mais on aura déjà oublié. L'argument est un argument électoral ordinaire en direction de la petite bourgeoisie des PME. Avec l'amère cerise sur le gâteau, contre l'idéologie du mariage pour tous (le mariage cette institution des plus réacs revalorisé par tout ce que la gauche et le gauchisme contiennent de transcourants, transgenres et transgresseurs de la bêtise des divers réformistes radicaux, miroir aux alouettes pour cristalliser une prétendue différence entre gauche et droite, mais au niveau sentimental seulement, lorsqu'elles sont en poste gouvernemental).

Non ce n'est pas sur le plan de son projet thatchérien (et risqué socialement) que Fillon a pu séduire, mais, sous ses airs placides, il a marqué le coup contre l'idéologie moderniste américaine, qui vise à culpabiliser l'Europe avec la théorie anti-colonialiste réchauffée – et qui, lorsqu'elle est contestée fait de vous un adepte de la « fasciste » Le Pen – lors de la confrontation avec un syndicaliste gauchiste antillais hystérique qui réclamait le remboursement de l'esclavage. Fillon l'a laissé délirer et a clos l'algarade par un « la repentance ça suffit » ! Bref mais excellent. Du coup les départements d'Outre mer ont voté Sarkozy, mais c'est secondaire. Nul doute que avec son « identité heureuse » Juppé aurait palabré des excuses, exprimé son souci des canaques et des malheurs de nos chères populations d'Outre-mer. Le calme et la franchise de Fillon détonnent d'abord au milieu des autres excités du peloton. Puis, lors du dernier débat, il ridiculise deux générations de journalistes habitués à faire les beaux, Pujadas et Elkabach, en déniaisant leur politique spectacle. Tout est dans l'apparence, Fillon ne va rien révolutionner du tout comme les autres, mais un geste, un soupir, une répartie cinglante peuvent faire gagner des centaines de milliers de voix ; on se rappelle l'embellie de Bayrou qui avait flanqué quoique légèrement une baffe à un marmot qui essayait de lui faire les poches.
Autre argument, il est indéniable que, à droite comme à gauche de l'électorat (ce trou à rats) et en général était depuis le début TSS : tout sauf Sarkozy. Juppé sembla immédiatement un moindre mal, mais il mettait mal à l'aise ce vieux cheval de retour avec sa « politique jeune », car qui pouvait oublier ce bureaucrate « droit dans ses bottes » chassé du pouvoir en 1995 ? Lemaire trop réac, Copé coulé depuis longtemps, NKM follasse... il ne restait comme buvable que Fillon. A une époque où se décompose l'idéologie du multiculturalisme nunuche de l'idéologie américaine, et surtout un repli sur soi identitaire national, les clés de la politique bourgeoise doivent être refondues et un autre modèle fabriqué hors du moule flasque européen. Après le Brexit et « l'anti-système » trumpetiste, ou trumposeur (trompe et imposteur), l'alignement idéologique sur le principal ogre impérialiste est caduque, justement grâce au repli intra-muros America. Comme l'a dit Fillon, à l'heure où la nouvelle diplomatie américaine veut relâcher la tension avec Poutine, il serait idiot que l'Etat français refuse aussi l'ouverture à la Russie ; ce renversement de tendance face au boycott un peu longuet et bizarre des russes, est aussi, l'air de rien, un argument électoral de poids pour l'électorat des vieux grigous staliniens et des mélanchoniens qui ont la nostalgie de la soviétique Russie.

L'argument journaleux et pipolaire de la vengeance pour expliquer les rivalités entre les polichinelles de droite ne tient pas vraiment la route. C'est le mode de fonctionnement de base de la politique bourgeoise certes. Ils s'éliminent les uns les autres sans ménagement. Chirac avait cassé Chaban, Noir et Cie. Mitterrand avait cassé Rocard. Hollande a laissé DSK se casser tout seul. Copé a voulu casser Fillon mais a raté son coup. Sarkozy croyait casser tout le monde. Blessé que Chirac ne le prenne pas à nouveau comme ministre d'Etat, Fillon s'était mis au service de Sarkozy, pour « se venger », mais n'avait-il pas peu avant choisi et autre traître de trente ans Balladur ? Mais ces querelles tombent sous l'obligation de résultat en fonction d'une politique donnée. Je me rappelle d'un très ancien article de RI, fin des 70, qui expliquait que depuis la guerre la bourgeoisie française a toujours été divisée entre une fraction gaulliste et centriste, la centriste représentant plutôt la haute bourgeoisie la plus soumise à l'idéologie américaine. Il existe toujours des clivages dans les grandes familles politiques bourgeoises, plus tout à fait les mêmes qu'il y a trente ou quarante ans; le gaullisme n'est plus qu'une vieillerie de la reconstruction, une vague référence qui sert de cache-sexe à la gauche souverainiste et à Zemmour. Disons qu'il y a toujours un clientélisme électoral qui vise en particulier les couches petites bourgeoises des PME, les professions libérales et ce qui reste de la paysannerie, l'UMP gardant cette clientèle (quand PS et résidu du PCF chouchoutent fonctionnaires  et corps enseignant), mais avec le centre décentré et rabougri, il n'y a plus vraiment séparation avec les intérêts de la haute bourgeoisie industrielle (affamée à son niveau et en danger). La fluidité , ou l'inconstance de l'électorat en général est le produit de la chute des  classes intermédiaires, ou leur dévalorisation.
Le paysage politique français reste marqué en partie pourtant fictivement par ce clivage comique - il y aurait une droite progressiste et une droite conservatrice -, et c'est pourquoi la plupart des médias roulaient pour une alliance Juppé/Bayrou ; comme outre Atlantique pour une Hillary Clinton... Le clan Sarkozy est venu, involontairement, servir les plats à Fillon, en coulant Juppé pour son alliance avec le traître Bayrou (qui a fait gagner Hollande en 2012), symbole de mollesse et d'accommodement politicien. Quand le vrai traître n'était autre que Fillon lui-même, commis revanchard de tant d'humiliations du PN sacré roi de l'Elysée, pour ceux qui se souviennent de l'affaire Jouyet, un énarque de la gauche caviar, vulgaire employé de l'Elysée, pote avec Fillon depuis la maternelle, et qui, lors d'un dîner s'entend dire, confidence de Hollande à ses deux journalistes chargés à leur façon de faire sa promo présidentielle bis : « Allez, allez-y, vous n'imaginez pas tout ce qu'ils ont fait. Avec Bygmalion, les comptes de campagne, les financements... ». Traduction : putain mettez-le au tribunal ce vénal Sarko ! Ce PN ! Cet abruti qui m'a pompé l'air pendant quatre années !5 Comme les journalistes remarquent que le clan Sarkozy n'a pas été dupe de l'innocence proclamée de Fillon, Hollande répond que l'intérêt pour Fillon, pas fou, était de faire passer cela pour un complot de la gauche contre lui6. Mais tout le monde se fichait de l'aigreur du petit chose à Sarkozy, pas par indifférence comme disent les deux échotiers de Hollande mais par... compréhension ; après tant d'humiliations contre, au sens propre, un premier commis d'Etat qui n'aurait pas réagi comme Fillon ? Quelque part je pense que les TSS n'avaient pas oublié cet épisode, nullement en défaveur de Fillon finalement, humainement parlant. C'est de là que provient à mon avis la première chute du clan Sarkozy. Lé référence à cette affaire est posée dès le premier débat ; à la question du journaliste, Fillon avait blémi et sans être loquace avait renvoyé à la décision du tribunal. Fillon avait débuté son sillon à l'estoc contre Juppé et le pauvre Sarkozy : « moi si j'avais été inculpé, je ne me serai pas présenté » ! Et toc ! L'effet ne s'est pas fait ressentir tout de suite chez « l'électorat » mais avec le rebond des autres débats, bien profond (grâce aussi à la dernière estocade du pouvoir relançant les rumeurs sur la valise de billets. Pauvre Sarko au poteau !
Tout à sa dénonciation du « traître Bayrou » Sarkozy n'aurait jamais pu dénoncer l'autre sans paraître diviser « sa famille politique » ; Fillon était sauf. Par contre, patatras pour Sarkozy, questionné lors du dernier débat sur les valises de billets de Kadhafi : « honte au service public ». Les médias de la gauche au pouvoir en avaient trop fait au dernier moment, savonnant involontairement la planche pour Fillon.

Le petit chose Fillon n'est pourtant pas n'importe qui, au niveau de son déroulé de carrière politicienne, constant et brillant avec son mentor décédé Seguin. Plus fort encore que Juppé, lui il a fait passer sans mal les réformes successives de retraite. C'était pas sympa pour les prolétaires, mais c'est pas rien pour la bourgeoisie. Loin d'être seul, il a toujours été un « homme de relations », apprécié pour sa pondération dans les rapports personnels, et une froideur qui n'est pas du mépris ; je suis le seul à avoir remarqué que à la fin du troisième débat, juste au final, le caméraman l'a saisi en train de faire un clin d'oeil sympa et souriant à son public. A ce moment là, lui savait qu'il avait surpassé les autres.

Il peut endosser tranquillement la tunique d'un Trump propre sur lui, promettre que le muticulturalisme de l'idéologie US c'est fini, qu'il y aura une répression suffisante – remercions-le encore d'avoir été le premier homme politique de l'histoire de France à reconnaître que les flics sont non producteurs et qu'on les paye par des emprunts bancaires – que les migrants ne nous feront plus chier, que les petits tueurs de daech retourneront chez Allah, que les fonctionnaires feront moins les malins. Au moins ne nous dit-il pas « moi président vous connaitrez le bonheur » !
Juppé aurait mieux fait de se désister comme les autres parce qu'il va à la cata, un deuxième tour ne s'imposait pas sauf à vouloir faire en ses chances à Hollande, car le programme « pas crédible et pas réalisable » ainsi qu'il qualifie celui de Fillon, c'est son programme à lui aussi. Fillon a l'avantage désormais d'être la synthèse d'un néo-gaullisme, pas orgueilleusement thatchérien (sinon explosion sociale garantie après les vaches maigres de la gauche bourgeoise au pouvoir), d'un libéralisme identitaire, plutôt catho que musulmanophile, bref la bourgeoisie française respire. C'est mon homme, comme disait Edith Piaf. Même les crabes du panier de la gauche peuvent se sentir plus à l'aise, ils n'auront pas besoin de se coaliser en se griffant les pattes. Leur défaite est assuré. C'est un vrai gringalet qui débarque, mais ils l'aiment aussi.
Finalement les électeurs font bien de ne pas lire les programmes des compétiteurs bourgeois, cela serait d'abord indigeste, puis rédhibitoire, alors ils choisissent le "plus mieux" dans la pourriture ambiante, et en plus un mec de la trempe d'Edith Piaf: "malgré le mal que l'on m'a fait...". Il faut bien en choisir un en attendant Godot, ou votre révolution prolétarienne qui ne vient jamais, quand les ouvriers continuent à se faire entuber par partis et syndicats de la gauche gouvernementeuse. Et celui-là c'est un bon, il dit tout de go: "je ne vous garantis rien". Un type qui ne peut pas être par conséquent tout à fait mauvais ni complètement pourri.






NOTES



1Lorsque l'on cherche son portrait sur google images, dans la majorité des photos il fait grise mine ou semble sourire contraint et forcé.
2Naguère les internés d'asiles psychiatriques étaient revêtus d'une blouse jaune, pour qu'on les reconnaisse de loin s'ils s'enfuyaient. Derrière son aspect joyeux de couleur (présumée) du soleil, le jaune est très négatif. Associé aux traîtres, à l'adultère et au mensonge, le jaune est une couleur qui mêle les contrastes. Le jaune pâle contrairement au jaune vif s'écarte de ce chemin régénérateur pour plutôt pointer la maladie, la morosité et la tristesse. Le jaune est également associé à la puissance, au pouvoir et à l'ego (c'était la couleur de l'Empereur de Chine). Or, Fillon, comme tous les hommes politiques accédant au pouvoir est de l'étoffe des traîtres, comme on le rappellera, même s'il apparaît finalement comme le vengeur masqué, anti-Sarkozy inattendu.
3Si vous désirez consulter rapidos le panel des programmes des polichinelles de droite, qui ne sont vraiment pas très différents les uns des autres en fait, le comparateur du Figaro est excellent : http://www.lefigaro.fr/elections/presidentielles/comparateur/primaires-droite/#
4L'excellent bouquin des fouille-merde Davet et Lhomme livre bien des confessions bien plus intéressantes que celles qui ont été jetées en place publique pour la galerie. Ainsi Hollande explique que cela a coûté cher de passer au 35 heures, comme cela coûtera pour passer aux 39 H. Ce qui n'empêche pas cette vérité à tuer un syndicaliste collabo : « la loi sur les 35 H a permis beaucoup de flexibilité » et « l'annualisation du temps de travail qui n'était pas possible avant les 35 H ». (page 364)
5Page 448 et suivantes de « un président ne devrait pas dire ça... ».
6Le jugement du tribunal déboutant Fillon est un modèle de duplicité : « la base factuelle était suffisante pour diffuser cette information », et « l'information découlant des propos prêtés à François Fillon présente à l'évidence un caractère d'intérêt général ».(p 454 du Davet et Lhomme).

vendredi 18 novembre 2016

DERNIER TOUR DE PISTE DES PRIMATES DE DROITE : PREPARER LA SOCIETE A LA GUERRE ET REFORMATER UNE CLASSE OUVRIERE ...d'apprentis soldats

Des plaidoiries militaristes pour une reformation morale et statistique de la classe ouvrière

Contrairement à la gauche bourgeoise au pouvoir qui promet chaque jour une fin de la crise et de loger tous les migrants et tous les SDF de souche, qui mène la guerre au Moyen Orient aux frais de l'Etat français pour les voisins européens et pour combler le désengagement US, dans un but soi-disant humanitaire, la droite bourgeoise tient plus un langage de vérité : défendre les intérêts de la France, habituer les tout petits dès la maternelle à chanter la Marseillaise et à porter un uniforme (peu après la gauche reprendra les devants avec le soutien de Le Pen: http://www.lejdd.fr/Politique/Le-service-militaire-fera-t-il-son-retour-828850), supprimer les garanties sociales, allonger sans cesse le départ en retraite, généraliser l'ubérisation du travail, supprimer des milliers de fonctionnaires (ces privilégiés aux avantages éternels, quoique moindres comparés aux privilèges des députés, des patrons et du personnel répressif), pour enfin retrouver une sorte de vivre ensemble, jovial et patriotique. Quoiqu'ils en disent, l'élection imprévue du « populiste » Trump – mais ne sont-ils pas au fond tous aussi populistes ? - a conditionné leurs prestations à tous, chacun voulant apparaître comme le Monsieur plus anti-système ! Une notion qui fait des ravages dans les rêves les plus stupides de ce tas d'arrivistes.
Aucune question gênante ne fut posée. On resta dans les généralités malgré les ronds de jambe de NKM, trop théâtrale, plus Sarah Bernard relookée pré-raphaélite que Nathalie Artaud1.

N'ayant pas jugé utile de vous fournir un résumé du deuxième débat, vu les radotages inconsistants des polichinelles de la droite caviar, pain au chocolat et Prisunic, je peux par contre porter mon appréciation sur leur troisième prestation consensuelle et si bien mise en scène par leurs partenaires journalistes, qui comportait des redites pesantes des deux confrontations précédentes..
D'emblée ce qui frappe venant de la mise en scène d'une telle émission de propagande néo-stalinienne – à la fin de l'émission on entend le petit ¨Pujadas crier « vive la politique et vive le débat » - c'est que les questions visaient à provoquer ou rallumer les conflits de personnes, ce que les vedettes politiciennes de la droite classique surent globalement et subtilement esquiver. Au-dessus du lot, Droppy Fillon réussissant le tour de force de ridiculiser la lamentable mode journalistique - ânounisation ou ardisonnation – qui consiste à favoriser le spectaculaire au lieu du sérieux, et à préférer la franche rigolade aux sujets de fond. Les journalistes ne faisant d'ailleurs que leur boulot – tenter de rendre moins insipide la tricherie et le mensonge politique permanent du discours bourgeois. Fillon était le seul à avoir eu le courage de désapprouver la conclusion de son émission précédente par une comique de variétés, conférant non pas légèreté à l'interview politique mais ridiculisant un peu plus la prestation politique de tout politicien. Peu de choses en vérité au vu de son programme sinistre comme sa tronche de Droppy aux gros sourcils de sévère maître d'école. Celui qui est présumé avoir « le plus travaillé » son programme sort des âneries économiques invraisemblables telle que la suppression des 35 heures pour redémarrer la France, et en passant à 39 heures... créer des emplois ! D'abord la moyenne horaire des prolétaires en France est déjà à 39 heures en France (comme le lui a rétorqué Poisson je crois) et ensuite si, en effet les 35 heures, gadget d'Aubry et de Jospin ont peut-être créé 300.000 emplois – et mesure destinée à séduire l'électorat bobo – on ne voit pas comment en supprimant 500.000 fonctionnaires (il a retaillé les 600.000 qu'il visait la semaine dernière) et en obligeant ceux qui restent à travailler 39 heures cela créerait des emplois !!! Au contraire cela augmentera le chômage ! Le candidat le plus sérieux se retrouve en tête de la loterie parce qu'il fait preuve de sérieux, qu'il a « la carrure », mais parce que sondés et spectateurs ne lisent jamais les programmes. L'aliénation électorale est telle que la pose, le coup d'éclat, ou une répartie saillante, constituent le meilleur moyen de gagner ces moutons d'électeurs qui font mieux ce devoir électoral minable que leur devoir conjugal. Comme Juppé, Sarkozy a un peu mouché au passage Fillon le tristounet en précisant que : oui passer à 39 heures mais pas payé 35 ! et de nous resservir ce fabuleux « travailler plus pour gagner plus » ; objection que les journaleux de la chaîne publique, archi-rétribués, n'ont pas jugé utile de relever tout à leur passion pour « l'épaisseur » retrouvée du petit Droppy.

Les questions de fond de ce troisième épisode devaient porter sur la guerre, l'éducation et la coercition. Questions traitées « en soi » jamais en comparaison ou en parallèle avec les actuels gestionnaires du capital. Ni Pujadas, ni papy Elkabach, l'indétrônable, ne se seraient risqués à par exemple mettre en situation nos probables prochains exploiteurs : « est-ce que vous auriez attaqué la classe ouvrière pour la loi travail avec la même violence que le gouvernement Holande ? ». Ni : « est-ce que les flics ont bien été utilisés par Cazeneuve et n'auraient pas dû tirer sur les grévistes pour en finir au plus vite au lieu de les bombarder de gaz lacrymogènes  et de blablater pendant des mois avec ces salauds des syndicats? »

Pourtant l'essentiel de la prochaine soupe à la grimace ne se cache pas plus que les chaussettes Kindy : guerre, répression et fossilisation/reformation de la classe ouvrière.

Le discours est immédiatement très belliciste boyscout, transsubtantation franchouillarde de l'esprit de lord Baden-Powell. Le grand dadet immature Lemaire, sans son béret, est en pointe pour mettre la baïonnette au fusil, virtuellement de sa part (à d'autres de se faire embrocher). Copé en culotte courte et NKM en jupe plissée sont pas mal aussi, avec un léger désaccord : Boy Copé veut faire écoper tous les jeunes de 6 mois de service « national » quand soeurette NKM pencherait pour trois mois seulement. A peu près toute la rangée d'oignons bourgeois est pour le retour de Monseigneur Dupanloup : uniforme scolaire avec blason, salut au drapeau tous les matins avant d'aller pisser, Marseillaise à la tombée de la nuit.

Là où ils sont tous inquiétants c'est sur la question de la guerre, soldats au sol, pas au sol, leurs mic-macs même entre eux laissent accroire les pires suppositions... si au bout de leur réforme de l'Eduque naze ils parviennent à rétablir le service « national », bien dans l'air du temps. Bien sûr que Pujadas s'est gardé de poser la question gênante (si évidente) : est-ce que vous continuerez sur la lancée belliciste de Hollande ? Bien sûr qu'ils continueront, pour amplifier même : déduire les 25% que la France sort de sa poche pour protéger militairement l'Europe des 3% européen. Bombarder daech d'abaord, Assad ensuite. Juppé se fait rectifier par Fillon ou Poisson lorsqu'il dit que l'Iran est le principal ennemi, non répond l'autre : l'Arabie Saoudite. Enfin je résume parce que cette histoire de guerre contre le monstre islamiste commence à bien faire, cachant si bien les contrastes inter-impérialistes des grandes puissances et de leurs petits intermédiaires, que le djihadisme comme personnification d'un nouveau nazisme n'est pas très crédible. Il ne faut attendre aucune vérité sur les causes, implications et conditions de la guerre anti-terroriste en cours, de la part de ces fieffés menteurs professionnels.

LA TRILOGIE PRODIGIEUSE : ECOLE- ARMEE- POLICE

Deux écoles ; mais aussi emplois à deux vitesses. On eût droit à moult jongleries sur les allocs (Sarko en veine lepéniste veut les supprimer pour les migrants), le smic au rabais, la promesse de rajouter quelques centimes aux retraités pauvres et de faire rouler sur l'or les handicapés, sans oublier les emplois-rebonds misérables du plus lamentable « jeune » politicien nullard des encravatés en scène.

Mais, soit dit en passant, pour faire de bons militaires et de bons ouvriers manuels, faut d'abord une solide culture de l'obéissance à l'école, et surtout en finir avec cette fredaine (des autres boyscouts de la gauche caviar) « l'égalité des chances ». Et la rangée des cabochards de la diaspora républicaine-caine de s'étriper sur la formation à deux vitesses des esprits rapides et des « esprits lents », identifiables dès la maternelle. Lemaire est le plus réac, dès la sixième (onze ans) un enfant doit savoir s'il veut être pâtissier, mécano ou docteur...), ou dit plus artistiquement : « chaque enfant doit savoir découvrir le talent qu'il a en lui »2. Tous ces braves bateleurs de foirails d'insister sur les « fondamentaux » : l'apprentissage de la lecture, de la langue française... mais jusqu'à onze ans ou quatorze ans, âge de l'apprentissage ré-inventé ou re-généralisé. Cela me rappelle le sermon de nos profs racistes des fifties : « si tu es pas fichu de faire tes devoirs tu finiras balayeur comme l'arabe du coin » !3 La pré-raphaélite NKM s'indigne tout de même que grand dadet classieux imagine qu'un enfant de onze ans puisse trouver en lui si jeune quel métier il va faire plus tard !4

LA LECON DE MORALE INDUSTRIELLE

Le problème réel, sous couvert de lutte pour le retour à la fable du plein emploi (et pour en finir avec la dette publique, hé hé!) on peut en résumer ainsi l'imaginaire des candidats au mensonge suprême :

  • il faut des universités indépendantes, gérées comme des PME, avec un proviseur-patron ;
  • il faut pas faire du mot sélection un mot tabou : dès ses onze ans le fils d'ouvrier, à l'esprit lent, ne doit pas emmerder les esprits rapides, donc fissa vers l'apprentissage ;
  • les petits patrons (avec leurs gros bides et leur cynisme) doivent pouvoir venir enchanter dans la cour de récré les mêmes défavorisés aux métiers manuels (car tous les métiers sont nobles, etc. etc.)
  • il doit y avoir une plus grande proximité entre policiers, enseignants et chefs d'établissement (cf. le sergent chef Copé, qui insiste aussi comme les autres sur un redéploiement des « maisons de correction ») ; il n'est pas dit si les policiers vont pouvoir  recruter à leur tour dans les cours d'école5, ou si leur épopée ne vise qu'à transmettre aux chères têtes blondes et crépues le prestige de l'uniforme, pas celui de pandore bien sûr, mais le kaki.

Ces marionnettes de l'ordre dominant se sont bien expédiées de petits flèches assassines comme lors des deux précédents feuilletons, mais ils apparaissaient si complices au fond, celui-là aspirant, malgré son faible sondage, à un poste élevé si son voisin de droite l'emporte, celle-ci un ministère de l'écologie si son voisin de gauche surmonte le tiercé gagnant. Juppé ressemble de plus en plus au plus mauvais d'entre tous, clone d'un Chirac vieilli, mêmes intonations oratoires. Sarkozy fait de plus en plus la cancre de la classe, pour ses saillies et son indiscipline. Droppy, les chevilles gonflées parce qu'il creuse son sillon, sort des âneries plus drôles que ses épais sourcils de bilieux avec sa défense de cet OVNI incongru : "la liberté de réussir" ! Nous les prolétaires on se contentait jusqu'à cette auguste phrase, de la « liberté de perdre » son emploi, sa femme et sa vie à la gagner.
S'ils appliquent leur programme, ils nous donnent toutes nos chances en faveur de la révolution. Ils sont si vides au niveau des perspectives qu'on pourrait même penser que Hollande garde toutes ses chances de renverser la vapeur.
Finalement c'est le néo-facho Poisson qui a eu le bon mot de la fin au milieu de tous ces cyniques. Il a mis un bémol à leurs dithyrambes tout en jambes sur la révolution robotique; pré-raphaélite NKM s'était gargarisée avec le mot, comme Lemaire avec ses emplois rebonds sous-payés ; sus aux ringards avait pronostiqué celle qui se prend pour une star de Bollywood et se croit plus belle que Rachida Dati : « révolution car émergence du travail in-dé-pen-dant... nouvelles technologies...nouvelles valeurs ! ».

Crac boum, Poisson mettait tout ce pathos par terre : « L'essor du numérique remet en cause la protection sociale. Les robots ne paieront pas les cotisations sociales. On va vers une marchandisation des relations sociales. Deux voisins seront obligés pour dialoguer de passer par une plate-forme contrôlée par des robots ». Poisson serait-il la réincarnation de Guy Debord ?

Allez, rendez-vous dimanche soir pour le dépouillage de la société du spectacle présidentiel.

NOTES

1Il y a un point commun entre la nouvelle égérie de LO et cette dame distinguée, comme avec toutes les polichinelles du plateau TV, c'est leur commune passion (récente dans la secte LO) pour les élus locaux (ah... les signatures de base pour être candidat, comme se moque le PCI) ! Or, je le répète les élus des porte manteaux du Capital français sont autant des pourritures que leurs chefs parlementaires et autant des ennemis « populistes » de la classe ouvrière, la plupart étant toubibs, avocats, bouseux, profs en retraite, etc. (sic ! z'avez compris mon joke sur les élus départementaux?)
2C'est la paradigme de la pensée Auteuil-Neuilly-Passy pour supprimer le collège unique et perpétuer les « proles », les enfants de la classe ouvrière autrement dit : reproduire indéfiniment les inégalités sociales.
3Il est vrai que la gauche bourgeoise et ses psychos débiles, chargés des programmations new wave, avec la théorie égalitariste, la diminution des « fondamentaux » (lecture, écriture, histoire de France) , bac et masters à l'encan, avec facs de psycho ou de philo qui servent à rien, s'ingénie à perpétuer échec, non intégration et exclusion, avec pour souci principal d'occuper les jeunes en attendant qu'ils aillent pointer à pôle emploi. L'égalité fumeuse des chances scolaires remplace le temps passé à l'armée, et la droite offre comme « progrès » : de restaurer le service militaire !
4Pour autant que je me souvienne, je n'en savais rien, ne voulais pas savoir, boulanger ? Aviateur ? Chanteur ? Peut-être pas une vie de merde comme grouillot salarié...
5Un bon point pour l'ultra- réaliste Fillon, qui creuse son sillon une nouvelle fois face à l'arrogant Copé, qui veut 50.000 flics de plus, et qui ajoute à la fulgurante montée de Droppy ; lors des trois débats Fillon n'a pas varié, c'est vrai, non seulement il faut payer les policiers, ces non-productifs, par des emprunts bancaires mais en plus en augmenter le nombre ne peut résoudre ni la crise sociale ni les violences ni le chômage ! Couché Copé !

samedi 12 novembre 2016

UN RENEGAT REDACTEUR EN CHEF DE L'ITALIA DI DOMANI

VERCESI PROMU REDACTEUR EN CHEF DE L'ITALIA DI DOMANI 1 (L'Italie de demain)


Nous allons nous pencher sur la trajectoire sinueuse du grand théoricien de la Fraction italienne réfugiée en Belgique pendant la guerre, Ottorino Perrone (dit Vercesi) qui fût présenté par Bordiga (qui était resté muet pendant toute la guerre) au moment de sa mort en 1957, comme le grand continuateur de la Gauche de Livourne. Sans l'action et le témoignage de la GCF, les frasques théoriques et charitables du « grand continuateur » mais en zig zags, auraient été gommées du passé des traditions bordiguistes linéaires et falsificatrices.
En 1993, dans le premier tome que j'ai consacré à l'oeuvre de Marc Chirik (Marc Laverne), j'introduisais ainsi la première polémique contre l'opportuniste Vercesi (Ottorino Perrone), le qualifiant de renégat : « Le texte (de MC) est la première grande réponse aux positions opportunistes du grand animateur de la Fraction Italienne avant-guerre, Vercesi. Il est écrit en mai 1944 pour le Bulletin international de discussion de la Fraction italienne de la Gauche Communiste (N°5, 8 numéros furent publiés en français pour favoriser la discussion). Ce texte occupe quasiment tout le bulletin et montre la gravité de la situation de lâchage théorique de la part de Vercesi. Il faut du cran et de la bouteille pour se permettre de contrer la dérive de quelqu'un qui n'est pas n'importe qui; comme nous le disons dans la présentation au deuxième long texte de réfutation de l'opportunisme, Vercesi avait une influence comparable à celle d'un Kautsky au début du siècle dans les rangs de la minorité révolutionnaire. Ce faisant, Marc sauve et la continuité marxiste et la Fraction italienne d'un effondrement complet. Cette dernière oubliera cette dette envers la Fraction française en excluant Marc peu après au moment de l'illusoire et aventureuse reconstitution du parti en Italie autour de Bordiga, montrant par là que l'opportunisme en matière organisationnelle concernait tout autant une grande partie de la Fraction que Vercesi, tout comme Kautsky n'avait été que l'expression de la gangrène opportuniste étendue dans le parti social-démocrate allemand ».

Deux très longs articles devaient être consacrés à réfuter à la fois la théorie de Vercesi sur la disparition du prolétariat pendant la guerre, mais aussi son comportement de ralliement à un comité de soutien antifasciste aux italiens en Belgique à la veille de la fin de la guerre, avec deux titres neutres : « notre réponse » (à la crise de la Fraction) et « Le cas Ver. » (Quand l'opportunisme divague ).

On verra dans cet article que Marc Chirik n'avait pas répondu à toutes les divagations de Vercesi2. On s'efforcera aussi de comprendre ce qui dans la tête de ce grand théoricien a pu le conduire à plonger dans l'opportunisme. Il est important de bien se rendre compte que la guerre n'est pas finie - le Comité de coalition antifasciste est créé bien avant l'élimination de Mussolini -  l'involution de Vercesi n'est pas une simple action caritative « après la guerre », qui eût pu être considérée comme anecdotique; peu importe qu'un communiste révolutionnaire participe par exemple à la Croix rouge s'il a du temps pour cela; mais en période de guerre des tâches politiques sont prioritaires non? Sa participation a une signification plus grave qu'un simple opportunisme secouriste puisqu'il agit aux côtés des forces alliées toujours en guerre contre le fascisme en Italie et le nazisme en Allemagne. Il ne le fait pas en étant le principal responsable de la trésorerie des quêtes  mais par des articles dans le journal antifasciste, au titre si démocrate "Italie de demain", certes humaniste, mais pas du tout prolétarien, cette 'Italia di domani', où ses articles voisinent avec des appels au partisanat, vantent des victoires soldatesques. Avec son bagage théorique hérité de la grande Gauche italienne il couvre d'un vernis radical une entreprise de type union nationale aux côtés du camp de la dictature démocratique en convalescence soutenue par l'infirmerie de l'armada US. Essayons de comprendre ce qui se passe dans la tête de ce théoricien un peu fantasque (il adorait la fête et se déguiser). 
     J'ai éliminé l'hypothèse que Vercesi veuille sauver sa peau à la veille de la fin de l'hégémonie nazie en Europe. Pour éviter de connaître le sort funeste des collabos, ou surtout de présumés collabos (pour ceux qui n'avaient pas adhéré à l'hystérie guerrière antifasciste), certains grands révolutionnaires rejoignirent, la veille du triomphe américano-russe, les groupes de partisans, comme le hollandais Appel, ancien président des Conseils ouvriers d'Allemagne (comme il l'avoue à la fin de sa bio que j'ai traduite en français dans mes premières archives maximalistes). 
L'idée de disparition du prolétariat pendant la guerre est une idée consolatrice assez simple pour excuser la minorité italienne de Bilan d'avoir eu tort à la veille de la guerre. Quelques mois avant le déclenchement de la deuxième boucherie mondiale, la revue Bilan change de titre pour Octobre, c'est à dire que l'analyse s'aligne sur celle de Trotsky : on est à la veille d'une nouvelle révolution ! Pas de pot, nouvelle guerre mondiale, et même pas de conférence de Zimmerwald ou de Kienthal ni nouveau Lénine ni nouveau parti bolchevik, et les prolétaires n'ont même pas le temps de voter avec leurs pieds qu'ils sont tous encasernés ou massacrés. Donc, puisque la minorité politique de Bilan ne pouvait avoir tort, c'est la faute au prolétariat qui... a disparu de la scène. Comme disait Brecht « puisque le peuple vote contre le gouvernement il faut dissoudre le peuple ». Cette disparition pourra permettre au bout du compte à notre ami opportuniste de justifier sa collusion finale avec l'antifascisme, mais aussi, comme je vous le révélerai plus loin, suite à ma relecture de L'Italia di domani, par d'ahurissantes analyses pro-staliniennes et autres concessions au chauvinisme italien. Il est fort possible que les camarades de la GCF n'aient pas eu en main à l'époque les éditions successives du journal antifasciste tout dévoué à la « libération de l'Italie ».
Deuxième explication clé, à mon sens, ce prurit secouriste qui s'empare d'un théoricien considéré comme froid (cf. biographies de Ph.Bourrinet) au moment de la guerre d'Espagne. En effet, la Fraction à Bruxelles, en dénonçant une fausse révolution, en réalité guerre impérialiste d'époque à la syrienne – analyse totalement juste – fût longtemps la cible des railleries ou des insultes même des individus les plus proches, de Hennaut à Chazé. Bilan, culpabilisé aussi par un futur engagé, Mario de Leone, avait fini par faire une concession, lançant à son tour une caisse de secours aux millions d'ouvriers espagnols, réponse mégalomaniaque et inappropriée, comme si aujourd'hui par exemple les groupes Révolution Internationale et Battaglia Comunista lançaient une caisse de collecte d'argent pour les ouvriers syriens ! Cette initiative d'un petit groupe d'une dizaine de personnes, la plupart sans papiers, avait fait plouf. Vercesi la reprend en 1944, et ça marche, les dons affluent... miracle, mais pas vraiment car c'est au service d'un camp bourgeois en guerre que la volonté secouriste (en plus en exclusivité pour ses « compatriotes » que le grand continuateur de la Fraction se démène, au siège de la « Casa d'Italia », 38 rue de Livourne à Bruxelles! Ça ne s'invente pas3.

On compte encore de nos jours plusieurs transfuges d'un ancien militantisme doctrinaire qui pensent que « c'était ce qu'il fallait faire », comme vous l'assurera également tout syndicaliste de base gauchiste. Marc Chirik, pour le groupe de la Gauche Communiste de France, véritable héritier de la Fraction répond sur cette supercherie de l'assistance, d'autant que le Comité de coalition antifasciste de Bruxelles a été créé sur la base suivante : 1°) assistance, 2°) activité culturelle, 3°) contre les menées fascistes. Et il dit ensuite bien des choses essentielles en 1945 comme en 2016 :

« Nous ne nous arrêterons pas sur l'assistance. L'assistance sociale, le prolétariat ne peut l'organiser en collaboration avec la bourgeoisie. Cette assistance, il l'exige et l'impose à la bourgeoisie par sa lutte de classe. Il dénonce la bourgeoisie comme seule responsable de la misère des masses. Ce n'est qu'après le renversement par la révolution de l'Etat capitaliste que le prolétariat pourra efficacement organiser l'assistance sociale. L'Entraide, la Solidarité envers les victimes du capitalisme, envers les combattants pour la cause du prolétariat, les ouvriers ne peuvent l'organiser qu'indépendamment des groupements capitalistes. C'est là un problème de classe qui ne peut être résolu que sur le terrain de classe, les syndicats, le parti et une organisation comme le Secours rouge ».

En 2016, et depuis longtemps ni syndicats ni Secours rouge, ou Croix rouge ou Croissant rouge ne font plus partie d'une assistance de classe, tous ils ne servent que les groupements bourgeois du pouvoir. Et notre attitude, du point de vue de classe n'est pas de passer notre temps à dénoncer leurs collusions ou ces organismes « humanitaires » cache-sexe et avant-garde des menées impérialistes – le jeune Trotsky disait en 1914 que la Croix rouge servait à soigner au plus vite les blessés pour qu'ils retournent se faire zigouiller au front. Les organisations d'assistanat, de secourisme, d'aide aux réfugiés existent tant mieux, et certainement que beaucoup font leur travail. Point à la ligne. Ce n'est pas fondamentalement du ressort des minorités politiques révolutionnaires, et cela ne justifie pas du tout le dérapage de Vercesi qui, certainement a fini par succomber à l'accusation de cynisme face à la cruelle guerre d'Espagne, et il y a toujours, hélas un certain cynisme en politique (comme je le souligne dans mon livre sur l'Espagne), pour ceux qui ont une conscience politique abstraite ou, comme chez Vercesi, des relents de culpabilité judéo-chrétienne. Mais plus qu'une simple mièvrerie de Vercesi, dans l'ordre de la glissade si je puis dire, il y a d'abord dans son esprit : 1) l'abandon de la vision du prolétariat (il prétendra même que le fascisme l'a détruit en Italie), 2) l'accusation de dogmatisme figé du binôme fascisme/antifascisme pour la découverte de la théorie nouvelle de l'assistanat prolétarien aux côtés des organismes charitables de la bourgeoisie. (Marc Chirik explique très bien au début de sa deuxième polémique contre Vercesi – que vous pouvez lire sur le site Révolution ou Guerre, Internationalisme n°4 – comment on devient opportuniste et révisionniste.

DANS LES COLONNES de L'Organo della Coalizione Antifascista


La contribution de Vercesi, qui signe de son vrai nom, preuve qu'il est sorti de la clandestinité : Ottorino Perrone, puis O.P. Depuis qu'il est « reconnu ». Les titres de ses articles sont apparemment très radicaux, avec la pose de l'intello sachant et savant, quoique plutôt rabatteur vers la spécificité italienne et toujours en première page  :
  • La signification théorique de l'expérience italienne (n°2, le 13 janvier 1945)
  • Le substrat historique et économique du phénomène fasciste (n°4) ; en macaron au bas de la première page on lit : « Dimanche 11 février 1945, à 15 heures, à la « Casa d'Italia », 38, rue de Livourne : GRANDE FETE DE BIENFAISANCE, au profit des Oeuvres d'Assistance de la Colonie Italienne. Suivi d'une Soirée de DANSE – Grande TOMBOLA ».
  • L'Italie, terre d'expérience où agonise la société capitaliste (n°5)
  • Le soldat italien n'a pas « marché » pour la victoire du fascisme (n°8) (sic!)
  • L'inéluctabilité de l'avènement du socialisme
  • Pourquoi le fascisme ne pouvait pas être renversé dans le cadre national (n°12, mars 1945) ou une caution aux libérateurs... internationalement antifascistes !
  • Pourquoi le fascisme DEVAIT AVORTER dans les pays « démocratiques » (n°31)
  • La cohésion de l'antifascisme en Belgique (n°14)


Le n°18 du 12 mai 1945, comporte un encart : MONS, Souscriptions pour la Croix-rouge du 13 février au 15 avril, suivent des centaines de noms en majorité italiens, au bas de la colonne, on lit : Per ricevuta Il Segretario Provviserio O.PERRONE.

Lors de la première parution en traduction française de « L'ITALIA DI DOMANI », c'est Vercesi qui fait la synthèse de la première réunion avec le sénateur belge L.De Broukère à la Casa d'Italia, le dimanche 22 octobre 1944. Le titre est alléchant et faux : « FASCISME OU REVOLUTION », alors qu'en réalité c'est « antifascisme et pas de révolution ». Sous-titre : La Conférence de De Brouckère à la Casa d'Italia, « Le Fascisme italien vu par un Socialiste belge ». Il commence par des ronds de jambe :
« … la renommée du citoyen De Brouckère a attiré non seulement la grande majorité de la Colonie italienne, mais aussi de nombreux belges, parmi lesquels nous avons remarqué la citoyenne Vanderveken et les citoyens Vanderveken, du Fonds Matteotti, Bruafaut député de Bruxelles, l'avocat Beelmans et d'autres personnalités. Le camarade Roncoroni, du Comité de Coalition Anfifasciste, dit quelques mots pour rappeler aux italiens les services rendus par De Brouckère et Vanderveken aux exilés politiques et aux émigrés italiens en général, puis l'orateur commence sa conférence avec cette simplicité qui captive d'un coup l'attention soutenue de l'auditoire.(...) Mon grand ami Emile Vandervelde devait, dans son livre « Le Socialisme contre l'Etat », préciser de façon magistrale que la marche vers le socialisme n'est concevable que comme une marche vers la destruction de l'Etat.
Enfin, Staline, en réponse à des questions que des camarades lui posaient, devait indiquer – ainsi que le publia la Revue de l'Internationale Communiste en 1939 – que seuls les dangers de la guerre avaient empêché la Russie Soviétique de procéder à la progressive démobilisation de l'appareil étatique » ! [no comment de Vercesi, il n'a pas un haut le cœur face à une telle vilenie?!]4
Aujourd'hui se dresse devant nous le dilemme : fascisme ou révolution. Nous avons connu les horreurs du fascisme et nous sommes d'accord avec Victor Adler pour réfuter cette conception policière de la révolution qui voudrait nous présenter celle-ci comme une débauche de violence. Nous souhaitons par contre une révolution pouvant éclore au travers des institutions démocratiques du peuple. ». Dans la suite du résumé Vercesi se met ensuite en scène :
« C'est le camarade Perrone qui, au nom du Comité de la Coalition Antifasciste, exprime à De Brouckère les remerciements émus des antifascistes. Dans la trouble situation actuelle où la cobélligérance pourrait ne pas sauver les italiens du danger d'être traités en ennemis, De Brouckère aura frayé la voie à un courant de sympathie parmi le peuple belge en faveur de ceux qui ont souffert plus de vingt ans de dictature fasciste. (…) Nous pouvons vous remercier, dit Perrone, non seulement parce que vous savez être ce que vous êtes mis aussi parce que vous savez être ce que vous n'êtes pas (sic) (…) Au nom des réfugiés politiques, Perrone assure De Brouckère et les travailleurs belges que ceux nés en Italie, les exilés italiens, feront leur devoir. (…) Enfin pour clore cette merveilleuse manifestation de culture et d'humanité, l'assistance tout entière entonna « L'Internationale » dont les accents firent valser nos cœurs tendus vers la société de demain ».

LE SOLDAT ITALIEN STADE SUPREME DE LA REVOLUTION MONDIALE

Il y a un retour du refoulé de la guerre d'Espagne chez Vercesi/Perrone. Le voilà chef d'une coalition bigarrée, mais nombreuse. Les pages de L'italia di domani sont constellées d'encarts sur les victoires militaires des partisans italiens, les communiqués nationalistes de Radio-Sardaigne. On croirait que Perrone s'est glissé dans la peau d'un Andrès Nin. Le ton est à la mobilisation nationale dans l'article très va-t-en-guerre « Ne pas fléchir » de son collègue J.Brandaglia, presque l'anagramme de « pas réfléchir » (n°4):

« Nous traversons une grande période historique où s'entremêlent les éléments rationnels et irrationnels. Personne peut-être ne l'a prévu, mais c'est une situation de fait que nous, antifascistes et hommes d'action, devons exploiter tout de suite sans nous égarer dans les petits détails attachés au commerce et à l'administration (sic mais gérer quand même les œuvres charitables de la bourgeoisie ! JLR). Comprendre et exploiter les circonstances (tiens le propre de l'opportunisme ! JLR) : voilà la grand secret d'un homme d'action. Lénine, le plus grand stratège révolutionnaire, sut choisir l'heure X. Voilà pourquoi il réussit à détruire la vieille société russe et à en fonder une nouvelle. Si les ouvriers russes, beaucoup moins mûrs que nos travailleurs (re-sic), ont accompli le miracle, pourquoi ne le pourrions-nous pas ?
Nous, antifascistes italiens, du libertaire au républicain, nous avons au moins un minimum commun à réaliser ensemble : une république basée sur des principes socialistes. Restons sur la brèche jusqu'à la dernière heure et continuons la bataille pour la réalisation de ce programme minimum. Les intérêts commerciaux, la propagande touristique, n'en souffriront guère ; et nous n'y perdrons rien, même si nous les laissons quelque temps en veilleuse ».

Dans l'article du n°5 – L'Italie, terre d'expérience où agonise la société capitaliste – Vercesi reprend la thèse stalinienne (le fascisme aurait exprimé l'agonie du capitalisme et non pas la marche vers la guerre), et il le décrit comme une spécialité arriérée de l'Italie, mais alors quid de l'Allemagne industrialisée ? Et avait-il oublié que le fascisme est avant tout un produit de la Première Guerre mondiale et un sous-produit du stalinisme ? Alors, de même que ce magicien morbide avait inventé une disparition du prolétariat pendant la guerre – quelle farce Mussolini et Hitler en avaient trop besoin pour faire tourner leurs usines de guerre ! - il donne un coup de baguette magique à la figurine du soldat italien éternel (c'est vrai en soi que les italiens n'ont jamais gagné une guerre moderne mais de là à faire du moindre pioupiou un révolutionnaire qui s'ignore, c'est de la farce comme en 37 en Espagne) : « L'artisan de ces défaites, c'est le soldat italien qui renaît (!?) et qui dans le monde entier bâtira, en opposition à la société capitaliste qui agonise dans la guerre actuelle (sic), la société socialiste qui ouvrira à l'humanité le règne de la paix ».

Il est indubitable que certaines soirées de la rédaction à la Casa d'Italia devaient être souvent arrosées de cette piquette de Chianti ; d'ailleurs, après l'AVC de Perrone, Bordiga était très mécontent de son aptitude à picoler immodérément, ce qui à notre avis explique des articles délitants pas seulement liés à l'opportunisme.

Vercesi n'aime pas, comme tous les dogmatiques marxistes néo-staliniens (de la fameuse guerre révolutionnaire en virtuel), le soldat qui déserte – les généraux anarchistes les fusillaient en Espagne – alors nouveau Déroulède, made in Italia, il engage le pioupiou italien à ne pas être lâche au feu et à ne pas voter avec ses pieds, quoique on ne sache pas bien où vont les pieds de Peronne dans son argumentation patriotarde « antifasciste » : « L'histoire, après avoir condamné la société actuelle, évoque la société socialiste (hips!). Le soldat qui fût lâche lorsqu'il s'agissait de se battre dans la guerre pour la société mourante, deviendra un héros lorsqu'il s'agira de bâtir la paix (!?) et la société socialiste naissante (!?). Lénine disait des paysans russes qui désertaient en 1917, qu'ils « votaient avec leurs pieds ». Les soldats italiens, en refusant de se battre pour le triomphe de la forme la plus hideuse de la société capitaliste – le fascisme – ont été les premiers à s'acheminer dans la voie qui sauvera l'humanité. Eux aussi « votèrent avec les pieds » et c'est du bas qu'il furent héroïques ; mais c'est du haut qu'ils le seront demain, du cœur et de la tête pour le socialisme ».5

Perrone devait être encore sacrément bourré pour reprendre ici encore la théorie stalinienne, en pleine guerre mondiale, du soldat de plus surtout « italien » qualifié de révolutionnaire. Quand pour autant que nous sachions, les soldats italiens de Mussolini n'ont pas été différents de ceux de la Wehrmacht, que ce ne sont pas des désertions de militaires qui font tomber une première fois Mussolini, mais la grève massive des ouvriers turinois, et que les « héros » pour la libération de l'Italie ont été les « soldats » de la bourgeoisie américaine !

Enfin au niveau de ses pauvres prédictions de petit sergent recruteur de l'armada occidentale et russophile, Perrone nous ressert sa fumeuse théorie de l'économie de guerre, la reconstruction sera courte (hips elle a pris 30 ans!) et la révolution surgira d'une troisième guerre mondiale :
« … l'on en peut déduire que la reconstruction se fera dans un laps de temps bien inférieur aux dix années qu'il y fallut après l'autre guerre et jusqu'à la crise de 1929. Par conséquent, il faudra s'attendre à voir la crise générale sévir beaucoup plus promptement et poser de nouveau la nécessité de l'économie de guerre en vue d'un troisième conflit mondial. Nous disons IL FAUDRAIT et non IL FAUT, car nous sommes convaincus que le prolétariat de tous les pays abattra cette fois le dieu de la guerre et passera à la construction de la société socialiste. C'est qu'en effet, pour sortir de la crise historique, une seule issue est possible dans le cadre de la société actuelle : une troisième guerre mondiale. Mais les masses à qui l'ont fit croire qu'elles se battaient pour le socialisme réclameront demain le socialisme ».

Suffit de le demander.

Voisinant sur les mêmes pages du n°10 du 10 mars 1945 – article « L'inéluctabilité de l'avènement du socialisme – on peut lire les encarts, pour ne pas dire les écarts, suivants, parodiant Churchill :
« La contribution de l'Italie à la lutte contre le fascisme et le nazisme » : « La cobelligérance est une formule juridique qui est encore vide de sens (pfuit ! C'est le bloc des puissances en guerre ! on dit de nos jours "communauté internationale" JLR). Mais l'Italie parsemée de morts et presque détruite – héritage du fascisme – demande encore du sang, des larmes et des douleurs avant de se retrouver définitivement et complètement libérée » (signé X.RONCORONI).
Un autre encart de Radio-Sardaigne, libérée par l'armée US, donne ses nouvelles d'Italie (rubrique l' « Italie combat » : « A l'occasion du vingt-septième anniversaire de l'Armée rouge, le premier ministre Bonomi a télégraphié au Maréchal Staline les félicitations du gouvernement italien, rendant hommage à l'Armée rouge pour ses grandes victoires qui délivreront le monde de la menace nazie ».

C'est tout naturellement que dans le n°12 suivant du 24 mars, que Perrone va maquiller encore sa soumission à l'antifascisme bourgeois, avec l'article : « Pourquoi le fascisme ne pouvait pas être renversé dans le cadre national ». Il explique la guerre encore une fois par la disparition du prolétariat... « italien ». Après un bla bla confusionniste où il glisse quand même une pique aux alliés du moment - « capitalistes français, anglais et américains participèrent enthousiastes à l'infâme curée dont la classe ouvrière fut la victime » (oui seulement la classe ouvrière italienne!) - tout cela n'est pas vraiment méchant car remonte à 1914, il nous apprend que le fascisme « est la personnification de l'ignorance », mais nulle part n'est développé l'idée contenue dans le titre de l'article ! Pourquoi ? Parce qu'elle était trop gênante à exprimer... Et il termine par la même blague italienne hors sol en plein ultime carnage, tel un bateleur de foire électorale face à sa clientèle : « Les ouvriers italiens, qui furent les premiers écrasés (toujours toujours victimes les italiens!), portent sur leurs épaules meurtries la responsabilité formidable mais sublime d'apporter à l'humanité le pain dont elle pourra vivre enfin : celui de la société socialiste ».

Il est indubitable que, tôt ou tard, le petit garçon italien devenu bordiguiste à l'âge mûr, trempé
dans 20 siècles de christianisme, vous ressortira au cours d'un discours de fin d'année scolaire ou lors d'une promo d'entreprise ou au Consulat d'Italie à Bruxelles, la fable de la multiplication des pains, miracle du Christ,  pain azyme et vin étant corps et sang de Jésus!

L'ANTIFASCISME FACTEUR D'ORDRE MORAL

Enfin pour clore notre décryptage de la trajectoire du renégat Vercesi, nous pouvons te livrer lecteur attentif, l'apologie de la cohésion de l'antifascisme en Belgique. On est encore en avril 19456. Ottorino Perrone nous explique que l'antifascisme est « d'essence morale » car « l'antifascisme ne signifie nullement une tentative d'accaparer l'Etat pour le faire servir aux besoins d'une cliqiue opposée » (mon eil!). Allez je ne résiste pas à vous offrir toute le reste et à vous laisser juge des arguties du Déroulède italien :

« Le contraste profond entre fascisme et antifascisme se situe ailleurs : l'antifascisme est le reflet des intérêts des grandes masses de travailleurs, celles-ci étant d'ailleurs la personnification des besoins profonds de l'humanité tout entière. Après sept mois d'efforts de l'antifascisme en Belgique, nous pouvons affirmer que des résultats importants ont été atteints dans la voie de la consolidation de ce facteur essentiel d'ordre moral qui doit être commun à tous les antifascistes, quel que soit le parti ou le courant duquel ils se réclament.
Il n'a pas été facile d'en arriver là, car le passé avait opposé d'une façon qui semblait irrémédiable le membre d'un parti au membre d'un autre parti ou d'une autre tendance. Aujourd'hui nous en sommes arrivés à cette situation qu'il est possible de faire valoir une opposition sans encourir automatiquement le risque d'être traité de fasciste. Cette tolérance réciproque est un des succès décisifs remportés dans l'activité des Comites Antifascistes. Ces derniers comprennent des représentants de partis qui, jusqu'avant la guerre, s'étaient opposés dans une lutte violente et qui actuellement se serrent fraternellement la main. Chacun garde ses anciennes opinions mais aucun n'exclut le droit des autres à avoir une opinion différente, ce qui signifie aussi qu'aucun n'exclut de façon violente que l'opinion d'un autre soit aussi valable que la sienne propre.
Toutefois, si dans le domaine des opinions, cette tolérance devait et a pu triompher, dans un autre domaine, une fermeté devait et a pu s'établir. Il s'agit du domaine moral : ici, tous les antifascistes sont absolument décidés à n'admettre aucune concession. Dans les rangs de l'antifascisme, aucune entreprise à caractère personnel ne peut être tolérée. L'antifascisme est au service total et unique des intérêts profonds de tous ceux qui ont souffert et de la colonie dans son ensemble, à l'exclusion toutefois des puissants qui ont profité du fascisme et qui ne parviendront pas à profiter de l'antifascisme.
Cette cohésion, dans le sens de la tolérance pour ce qui est des opinions politiques et de l'intransigeance la plus ferme pour ce qui est des positions politiques et de l'intransigeance la plus ferme pour ce qui est du désintéressement personnel, cette double cohésion est un résultat que rien ne pourra désormais entamer ». O.P.

Dans sa deuxième polémique de 1945, Marc Chirik n'avait pas oublié de répondre à cette ignominie argumentaire de Perrone :

« Mais pourquoi l'Etat capitaliste antifasciste (comme l'appelle Vercesi) qui a succédé ou succèdera dans les pays où il y avait le fascisme, ne pourrait-il pas se servir de l'antifascisme pour immobiliser encore une fois le prolétariat ? Vercesi/Perrone répond : « parce que les ouvriers exigent aujourd'hui l'écrasement du fascisme ». Mais, cette exigence-là, les ouvriers la proclamaient aussi hier, cela n'a pas empêché l'Etat capitaliste et les forces politiques du capitalisme, ses divers partis, de fourvoyer le prolétariat et de l'immobiliser. Pourquoi cela ? Mais justement parce qu'ils se sont placés ou on les a placés sur le terrain d'exigences antifascistes, et non pas sur leur terrain de classe anticapitaliste. La réponse de Vercesi n'en est pas une, et sa justification de l'antifascisme d'aujourd'hui rejoint les justifications des menées antifascistes de toujours ».7


Cet épisode d'histoire, peu connu même en Italie, pose de nombreuses questions, en particulier le fait que la refondation d'un parti communiste internationaliste, au début des années 1950, hors et contre le stalinisme, intègre un tel personnage, un peu comme si le PCF lors de sa fondation avait réintégré le social-traître Marcel Sembat8. La création précipitée en Italie d'un parti, croyant violer le moment de la pire contre révolution, avec un espace occupé par les partis, staliniens, avec un volontarisme de recrutement fut finalement un triste échec, même en ayant récupéré un résidu dans la poubelle de la glorieuse tradition révolutionnaire, resté le meilleur pote de Bordiga, lequel ferma les yeux sur l'escapade national-bruxelloise de l'ex-plume de paon de Bilan. Entre italiens on se comprend mieux.


NOTES


1Vous pouvez toujours pianoter sur les moteurs de recherche, il n'y a rien sur cette presse L'Italia di domani, comme si la gauche et le maximalisme italien avait quelque chose de honteux à cacher. Cette histoire n'est consignée que dans de vieux articles du CCI ou chez des auteurs comme Bourrinet ou Michel Olivier. Personne pour nous renseigner sur les tractations qui ont abouti à la création de cet organe, la fourniture des fonds, l'organisation de la diffusion, la raison pour laquelle il est aussitôt traduit en français (pour que les politiciens belges donateurs puissent le lire?).

2Voici le résumé de sa première réponse à Vercesi : « La thèse de Vercesi confond le militarisme (champ économique accessoire) phénomène qui accompagne le capitalisme dans toutes ses phases avec l'économie de guerre, phénomène économique spécifique de l'époque décadente.2) La thèse révise la notion marxiste de la fonction du militarisme, arme de lutte contre les classes opprimées et des luttes entre Etats antagonistes, en lui substituant une théorie confusionniste de de « transplantation de densité des contrastes sociaux, etc. », démentie dans la réalité. 3) La thèse révise en niant la thèse marxiste d'exacerbation des antagonismes interimpérialistes dans la phase décadente et se trouve dans l'impossibilité d'expliquer les conditions et les motifs déterminant l'instauration de l'économie de guerre.4) La thèse rompt avec la théorie marxiste qui considère que la société capitaliste est entrée dans sa phase décadente de décomposition et lui substitue la théorie d'un « cycle économique de pleine expansion des forces productives, de prospérité économique ».5) La thèse rompt avec les conceptions définitives des communistes, consignées dans la victoire de la révolution d'Octobre et dans les bases programmatiques de la Fraction et de la Gauche Italienne qui considère que les conditions objectives de la révolution prolétarienne sont données. Elle rejoint la thèse sociale-démocrate de l' « immaturité des conditions objectives pour la révolution ».


3Livourne est la cité où en 1921 a été fondé par les Bordiga, Gramsci et Perrone le premier vrai parti communiste d'Italie.

4Il est vrai que le bacille de l'antifascisme contient le microbe de l'anti-stalinisme. Dans son article du n°15, Vercesi en vient à trahir... Trotsky : « … Nous sommes de ceux qui, aujourd'hui, se refusent de la façon la plus ferme à prendre parti pour une personne contre l'autre, pour Trotsky contre Staline », mais il ment car dans la colonne suivante il prend le parti du « réformiste Staline » : « Et force nous est bien de constater que si Staline a été un réformiste conséquent en allant jusqu'au bout dans la réalisation de la réforme et en adoptant un rythme à la mesure formidable de sa participation à la guerre (sic), où l'Etat russe aura joué un rôle de premier plan, Trotskya été de son côté un réformiste inconséquent. Il a non seulement partagé l'erreur théorique (re-sic) de Staline, puisqu'il admettait que la « réforme » de la propriété étatique devait être défendue même par la guerre , mais il a commis l'autre erreur – et c'est là son inconséquence – de considérer que cette réforme était irréalisable. Or, les événements et notamment la guerre actuelle, ont nettement prouvé que, sur ce point, Staline avait raison contre Trotsky ». Dans un court article « L'Italie devant le fascisme » il explique que c'est l'existence des « l'Etat ouvrier » (du sieur Staline) qui a motivé les nombreuses grèves d'après guerre... Dans l'article précédent il expliquait que le transfert de la propriété individuelle à la propriété privée, et pendant la guerre : « … peut représenter un pas vers le socialisme si l'Etat ouvrier se met au service des intérêts des travailleurs dans les limites de ses frontières, créant par cela même la condition fondamentale pour se relier à la lutte du prolétariat international pour le triomphe international de la société socialiste ». Bla bla bla... si les camarades de la GCF avaient lu ces conneries, probable qu'ils auraient été directos rue de Livourne à Bruxelles étrangler l'impétrant.

5Article « Le soldat italien n'a pas « marché » pour la victoire du fascisme » (n°8, mars 1945).

6L'ntifascisme est à la veille de son triomphe, Mussolini est exécuté à la fin de ce même mois.

7Page 194 du Tome I « Marc Laverne et la Gauche Communiste de France » (1920-1970).


8Ministre de l'Union sacrée en 1914, le député socialiste Sembat était aussi brillant que cultivé. Contrairement à Perrone qui ne resta au fond qu'un journaliste, Sembat avait des ambitions littéraires, qui révèlent une même façon d'argumenter pour la guerre en promettant la paix. En 1913, il écrit : Faites un roi, sinon faites la paix, ce qui constituait une boutade… Sa thèse centrale, énorme et insupportable aux gauches chauvines jusqu’à nos jours, à savoir la conviction que la République française, telle qu’elle se présentait en 1913, ne saurait être capable de mener victorieusement une guerre contre le militarisme surdéterminé de l’Allemagne. Une critique se moquait ainsi de la lubie de Sembat, vous pouvez remplacer son nom par Vercesi, et cela reviendra au même constat de l'intellectuel primesautier : « … soudain il prit une position de franc-tireur. […] Ce qu’il y avait en Sembat d’esprit primesautier, un certain goût du paradoxe, s’y donnait libre cours […] pour prouver qu’on ne pourrait jamais tirer de la République les qualités qu’exige une politique de guerre, il étalait son « infirmité gouvernementale », soulignait l’instabilité et l’incurie du pouvoir […]. Ayant abouti au dilemme « la guerre, mais le Roi, ou […] la République, mais la paix », Sembat, choisissant la paix, en posait les conditions. Les événements devaient démentir cette thèse fragile. La guerre venue, la République la conduisit à la victoire [16][16] Jean Jolly (éd.) Dictionnaire des Parlementaires français,...… ». D'ailleurs le parallèle s'impose si on lit l'explication fournie par Philippe Bourrinet sur ladite « économie de guerre » dans son dictionnaire biographique :



« Sur un autre plan, celui des perspectives de guerre, les réflexions théoriques de Perrone eurent un effet dévastateur. Si en 1933, Perrone avait proclamé que le triomphe du nazisme se traduirait par une guerre inévitable, en 1937 il changeait totalement de position. Lors du congrès de la Fraction italienne et lors de la fondation du «Bureau international des fractions de gauche», il fit adopter une nouvelle orientation politique sur les perspectives de guerre. Selon lui, la mise en place d’une économie de guerre tendait à fournir une «solution économique» au capitalisme international.

Cette nouvelle forme de capitalisme rendait «les contrastes inter-impérialistes» secondaires, la bourgeoisie pouvant «reporter l’échéance de la guerre mondiale». Les guerres devenaient des «guerres localisées» dont la finalité était autant un débouché pour la production d’armements qu’une tentative de «destruction du prolétariat de chaque pays».

Il s’ensuivait une «solidarité inter-impérialiste» pour, comme lors de Munich, éviter la guerre et donc la révolution, comme en 1917. Cette position défendue par Vercesi et Jacobs était minoritaire mais tétanisa l’activité des ‘bordiguistes’ italiens et belges. Les thèses défendues par Perrone et Jacob Feingold sur une économie de guerre salvatrice du capitalisme dans des guerres restant locales, aboutissaient à la dénégation de la guerre mondiale. La position officielle défendue publiquement après les Accords de Munich (30 septembre 1938) était sidérante : la perspective d’une guerre mondiale était écartée d’un trait de plume ».





jeudi 10 novembre 2016

NE VOUS AFFOLEZ PAS ! TRUMP N'EST PAS HITLER, MAIS UN PETIT COWBOY COMMERCIAL FUMEUX QUI TIRE DES BALLES A BLANC! (sic)? aussi "populiste" électoralement que les Obama, Clinton, Hollande ou Merkel. Les médias sondagiers serviles et fabricants d'opinion font passer les français en général(et ces salauds d'ouvriers blancs "racistes") - quoiqu'une poignée ridicule de sondés ne reflète jamais les classes en conflit - pour des gros cons à 78% antiracistes bcbg estomaqués par la victoire du "nazi Trump" (quand la veille ils n'étaient que la suppôts de la blondasse Marine), tout comme les médias milliardaires US (qui se sont plantés royalement) ont cru manipuler la population américaine (et surtout le prolétariat interracial US) en faisant croire que 78% pensaient queTrump était un gros facho islamophobe à 100 % et que la noble femme Hillary était gagnante d'avance! La psychologie bourgeoise croit pouvoir miser indéfiniment sur la "servitude volontaire" (La Boétie) et la bêtise congénitale des demeurés antifas islamo-gauchistes si méprisants vis à vis des ouvriers sans diplômes et de race blanche, quoique "connards de chômeurs" éternellement colonialistes et responsables de l'extinction des dinosaures. La comédie aura distrait le monde entier, et au final rien n'est changé pour les classes exploitées, excepté des jours et des semaines pour les journaputes à gloser sur des querelles de milliardaires et de faux-culs exploiteurs impavides de la classe prolétarienne. Trump restera un laquais du capitalisme financier le plus pourri: Goldman&Sachs!