"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

vendredi 22 juillet 2016

PSYCHOPATHES D'HIER ET D'AUJOURDHUI


(interprétations et délires : tueur psychopathe ou soldat de daech?)

« Notre société est dirigée par des fous ayant des objectifs démentiels. Je pense que nous sommes gouvernés par des maniaques ayant des fins maniaques et je pense avoir des chances d’être mis à l’écart comme fou pour avoir dit ça. C’est ce qui est fou à propos de ça ». John Lennon
« Si le peuple savait ce que nous avons fait, il nous poursuivrait dans la rue et nous lyncherait ». (George H.W.Bush, décembre 1999).

On n'est pas en guerre. Ceci est une invention du pouvoir pour justifier ses incursions militaires au service de la bourgeoisie américaine et de ses banques. Il y a complot et complot. Le complot du terrorisme sans cesse avancé par nos gouvernants a du plomb dans l'aile. Par contre le complot impérialiste est bien réel : trois curieux militaires français tués, trois membres de la DGSE en vérité, morts en « service commandé » sur un territoire où la France n'est pas sensée être en guerre... Par ailleurs, même si l'on fait la part de désinformation de l'agence d'Etat syrien, la guerre « peu conventionnelle » de messieurs Hollande et Valls ressemble bien à une guerre « de masse » classique : « La Syrie demande à l'ONU de prendre des mesures après qu'un raid aérien français a causé la mort de plus de 120 civils le 19 juillet à la frontière turco-syrienne, selon Damas, qui déplore en outre que la coalition soutienne des groupes terroristes ».
Réponse du berger à la bergère dans cette guerre de l'ombre les victimes sont des femmes et des enfants syriens pas des familles de daech ! C'est pourquoi l'argumentaire invoqué pour les radicalisations, selon experts et gauchistes patentés, comme motivations à enrôlement par vengeance ne tient pas la route. Et en quoi de petites racailles psychopathes seraient-ils légitimés pour tuer des civils français et musulmans innocents, qui n'ont donc rien à voir ni avec les exactions de l'armée des industriels capitalistes ni une quelconque responsabilité pour le tapis de bombes jetées au « front syrien » ?
Finalement, la présumée guerre contre l'obscur terrorisme, axe généraliste du mal, permet tout en même temps : de faire passer au second plan les guerres là-bas au service des fractions impérialistes US, allemande et pétromonarchies, de justifier la prolongation et la répétition incessante des meurtres de masse de civils, meutres auxquels « il faut s'y faire » (déontologie du petit despote Valls qu'il nomme « langage de vérité » pour « guerre non conventionnelle ») ; la prolongation éternelle de la situation dite d'exception a permis de dévitaliser toutes les manifestations sociales avec la complicité moutonnière des syndicats jusqu'au vide vacancier, les policiers harnachés ayant tous les droits ; en nouveau plein deuil national, sans vergogne, la principale attaque sociale depuis la vraie guerre mondiale a été achevée dans le cadre des institutions minoritaires et arbitraires de l'élite nationale des politiciens professionnels, on se rappelle le Valls répondant aux manifestants lui disant qu'ils ne voulaient pas de la loi contre le travail : « Vous la voulez pas ? Eh bah vous l’aurez ! ». Toute dictature est cynique1.

Nos inénarrables experts n'ont pas marché une nouvelle fois dans la combine ministérielle, estimant peu probable que les tarés de daech aient organisé directement les récentes attaques en France ou en Allemagne restant éventuellement source d'inspiration pour les débiles et récupérant de façon opportuniste le bain de sang sur le sol européen.

Des interprétations de l'Etat à géométrie variable :
L'idée d'un complot prémédité a toujours la faveur du gouvernement et des gauchistes2... qui se sont empaillés sur les réseaux sociaux entre ceux qui imaginent un « projet politique » chez les psychopathes - « abrutis endoctrinés » - donc gratifient les tueurs de daech comme « soldats », et ceux qui comprennent que la société produit des dépressifs dangereux qu'ils se nomment Andréas ou Mohamed. Les premiers argumentant que daech ne s'était pas réclamé du crash de l'avion de la germanwing, mauvaise pioche3.
Fous furieux ou soldats fous de dieu ?On est presque soulagés... » décrète, sur France Info, un de ses « grands spécialistes » médiatiques, suite à la revendication par Daech de l'horrible attentat de Nice  !
Ainsi, ce n'est plus « un simple déséquilibré  » surgi de nulle part, mais un « soldat de Daech  », qui a fait ce coup sordide et monstrueux. Nos journaleux se retrouvent ainsi rassérénés, en terrain connu, pour faire la propagande guerrière pour laquelle ils sont rémunérés... En effet, comment expliquer à tout un chacun que le monde est devenu une sorte de roulette permanente où à tout instant votre voisin de palier, le quidam que vous croisez au volant, peut, sans le moindre signe précurseur, se révéler être une bombe vivante, une arme fatale improvisée, avec un minimum de moyens, constamment disponibles autour de lui...
Mohamed Lahouaiej Bouhlel, un « abruti endoctriné » ? radicalisé en quelques jours seulement? La thèse a fait long feu pourtant. Une semaine après l'attentat du 14 juillet qui a fait 84 morts et des dizaines de blessés, le procureur François Molins a annoncé que son auteur prévoyait son acte depuis des mois, mais ni dans une parano religieuse, ni avec l'aide indirecte des pourvoyeurs turcs ou allemands d'armes létales, mais à la ramasse dans un milieu de petites racailles où un couple d'albanais minables revend une ferraille dans un négoce où chti Mohamed et une autre racaille sont en train de s'imaginer en pleine gloire. Cette version « soudaine » détruit la fausse piste lancée par le gouvernement comme d'habitude d'une brusque radicalisation, imbécillité qui avait pourtant fait s'indigner jusqu'au spécialiste Filiu. Une fausse piste habituelle qu'avait déjà emprunté le procureur le jour de l'assaut donné contre les auteurs de l'attentat du 13 novembre, à Saint-Denis. Comme quoi le complot terroriste sert toujours à justifier l'impuissance de l'Etat bourgeois à protéger la population, mais au moins ne fait plus de ses flics des héros, « orfèvres » de la sécurité plus préoccupés de tabasser les manifestants ouvriers, de commettre des bavures qui restent impunies.
Récapitulons. Pour les commis d'Etat bourgeois anti-ouvrier, Valls et Hollande il faut jeter la confusion dès le lendemain du meurtre de masse : l'auteur de l'attentat de Nice "est un terroriste sans doute lié à l'islamisme radical", quand le sous-fifre de l'Intérieur assurait que rien ne permettait pour l'instant de l'affirmer. Les jours passant, le despote Valls a cherché à désamorcer toute critique en niant toute faille des forces de sécurité. Mais ne fallait-il pas bloquer les accès à la promenade des anglais qui allait accueillir 30 0000 personnes autrement qu’avec un véhicule de police municipale et des plots en plastique sur la promenade et absolument rien pour bloquer les trottoirs adjacents ? Quand Mohamed Lahouaiej Bouhlel est arrivé au volant de son camion fou, il lui a suffi de passer sur
le trottoir pour contourner l'obstacle...
Apparemment ni des chicanes constituées de blocs en béton, ni des herses au sol pour bloquer tout véhicule forçant le passage n’ont été envisagées par la police nationale et le Préfet ou par la police municipale et la mairie de Nice. Les services de vidéo surveillance, chers au président du conseil régional et ancien maire de Nice, Christian Estrosi, n'ont même pas été capables de repérer un camion normalement interdit de circuler ce jour là... présumé livreur de glace sans glacière. C'est la raison pour laquelle plusieurs familles de victimes portent plainte à la fois contre l'Etat et la mairie de Nice.
Plus les jours passent plus les manquements des plus hautes autorités qui nous promettent toujours plus de meurtres de masse et toujours plus de policiers qui ne servent à rien, plus il faut cacher l'incompétence et leur jem'enfoutisme. A croire qu'ils aiment tant jouer les croque-morts et les éloges funèbres en chaire4. Alors comme jadis au pays de Brejnev ou chez Erdogan le terroriste, il suffirait d'effacer les traces de la gabegie gouvernementale et des politiciens de droite locaux :
« Panique et incompréhension à la mairie de Nice. Mercredi à 11 heures, la sous-direction antiterroriste (SDAT) a envoyé aux agents qui gèrent la vidéosurveillance de la ville une réquisition citant les articles 53 et L706-24 du code de procédure pénale et de l'article R642-1 du Code pénal leur demandant l'effacement «complet» de 24 heures d'images provenant de six caméras nommées et numérotées, mais aussi de toutes les scènes depuis le début de l'attentat ayant eu lieu sur la promenade des Anglais, dans la nuit du 14 juillet. Contacté par Le Figaro, le parquet de Paris a confirmé l'information et précisé: «cela a été fait dans ce cas précis pour éviter la diffusion non contrôlée et non maîtrisée de ces images». Du côté de la police nationale, on rappelle que «sur les mille caméras installées à Nice, 140 présentaient des éléments d'enquête intéressants. La police judiciaire a récupéré 100% des vidéos de ces dernières. La PJ et le parquet ont donc demandé d'effacer les images de ces 140 caméras afin d'éviter l'utilisation malveillante de ces dernières par souci de la dignité des victimes et pour éviter la reprise de ces images par les sites internet djihadistes à des fins de propagande». Enfin, à la chancellerie, on précise que la demande d'un effacement «complet» s'explique par l'impossibilité de procéder à des destructions partielles sur ce type de matériel ».
Au culot de la destruction policière s'ajoute le langage d'adjudant de Valls : « Je n'accepterai jamais les propos honteux qui insinuent que tout cela aurait pu être évité, car dire cela, c'est discréditer nos forces de sécurité qui se battent chaque jour et qui obtiennent des résultats ». Des résultats probants pour le troisième épisode de la série « Vies humaines fauchées »: pratiquement 100 morts et plus de 300 blessés ! Pas la peine de se flatter de pointer l'ignominie du meurtre de centaines de noirs par la police démocratique américaine !

Plusieurs «failles» présumées

La question des moyens déployés pour le 14 Juillet à Nice a été relancée après la parution mercredi soir d'une enquête de Libération. «Contrairement à ce qu'a affirmé le ministère de l'Intérieur, l'entrée du périmètre piéton de la promenade des Anglais n'était pas protégé par la police nationale», assure le journal. Seule une voiture et deux policiers municipaux barraient la zone au moment où est arrivé le camion conduit par Mohamed Lahouaiej Bouhlel. Mercredi, le Canard Enchaîné pointait déjà d'autres «failles» dans le dispositif de sécurité. L'hebdomadaire satirique souligne par exemple que l'idée de disposer des chicanes en béton sur la promenade n'avait pas été retenue. Un système de «filtration du public (avec palpation et ouverture de sacs)» a aussi abandonné au profit de «contrôles aléatoires».
Attaqués pour leur incompétence, les despotes Hollande,Valls, Cazeneuve hurlent au complot contre...eux. L'autocrate Valls dégaine une vieille affaire, il nous sort un success histoire de bien nous montrer qu'ils sont sur le coup. On hésiterait presque à le feliciter. Il « confirme » lundi soir que la France a échappé à un attentat qui aurait pu être «particulièrement meurtrier», à l'occasion du Championnat d'Europe des nations. Il s'agissait en réalité de l'arrestation du djihadiste présumé Reda Kriket. Complètement décalé et hors de propos. Je reprends complètement à mon compte le commentaire de cet habitant de Saint-Denis :

« Le tueur de Nice n'était pas un terroriste islamiste mais un suicidaire psychopathe. DAESH n'a pas planifié ce crime de masse et ce n'était pas un attentat terroriste.
Lorsque je dis cela, c'est-à-dire, lorsque j'écris que DAESH a revendiqué par opportunisme et le type agi dans une phase destructrice et autodestructrice de son désespoir, sans doute puisant la "conversion" de son suicide en carnage de masse dans la psychose ambiante, on me demande ce que ça change. Deux choses.
1/ Le terrorisme est un acte idéologique : on cherche à changer un état de société, aliéner un mythe ou attirer l'attention médiatique sur un conflit idéologique en choquant l'opinion par un acte violent. Un système de pensée et une alternative au monde tel qu'il est attaqué régissent et conduisent l'agression. C'est ce qu'on appelle une "revendication". Ce n'est pas le cas ici.
2/ Il est impossible de récupérer politiquement un suicide élaboré en massacre de masse. Car, non, la "radicalisation en deux semaines", cela n'existe pas. On ne se convertit pas à la volonté de tuer en deux semaines. En cela, l'État français par ses différentes voix, est coupable d'instrumentaliser un drame suffisamment douloureux pour qu'il ne soit nul besoin d'en rajouter.
DAESH a profité de l'aubaine, la détresse pathologique du meurtrier a été influencée par une psychose. C'est tout. »

SOMMES-NOUS A NOTRE TOUR GOUVERNES PAR DES PSYCHOPATHES ?

Toujours réfractaire au Hollande bashing je ne suis du genre à croire qu'une démission de ces cuistres changerait le mode de domination de la classe bourgeoise. Ils ne sont que les délégués « provisoires » des grands intérêts des banques, de l'industrie d'armement, des obligations US et de leurs soumissions au fric des roitelets du pétrole. En tant qu'individus ils ne sont pas des Himmler ou des Hitler, mais ils servent un système qui lui est clairement psychopathe, destructeur avec des ravages collatéraux dans l'esprit de nombre d'individus.
La faconde, l'arrogance et le mépris, qu'ils affichent comme gouvernants, reflètent pourtant autisme, cynisme et terreur du pouvoir. Sans qu'on puisse vraiment les comparer aux nazis ou aux chefs obscurs de daech, ils cautionnent un système destructeur du même ordre. Valls en répétant sans cesse qu'il faut s'attendre au pire se sert de daech comme vecteur de terreur importée. A France télécom comme dans les hiérarchies administratives ou policières les sommets regorgent de psychopathes. On prétend mettre en examen en ce moment ceux qui ont produit tant de suicidés à France télécom, y a du pain sur la planche partout. Mais cela concerne les psychopathes pervers intelligents et protégés. A côté, il faut bien reconnaître, sur le terrain de la guerre que les psychopathes sortent du bois. Ces supplétifs des gouvernants en costard-cravates et des banksters ont besoin d'un certain type d'individus, mieux encadré que Mohamed de Nice. Suivons l'analyse passionnante et révélatrice de cet auteur américain :
"Les institutions militaires sont faites sur mesure pour les tueurs psychopathes. Les 5% environ d’hommes qui ne ressentent aucun remords à tuer leurs semblables font les meilleurs soldats. Et les 95% qui sont extrêmement réticents à tuer font de mauvais soldats – à moins de leur laver le cerveau avec des méthodes modernes hautement sophistiquées qui les transforment (temporairement, on l’espère) en psychopathes fonctionnels.
Dans « On Killing », le Lt. Col. Dave Grossman a ré-écrit l’histoire militaire, pour souligner ce que cachent les autres histoires : le fait que la science militaire est moins concernée par la stratégie et la technologie, que surmonter la réticence humaine instinctive à tuer des membres de sa propre espèce. La vraie « Révolution dans les Affaires Militaires » ne fut pas l’impulsion de Donald Rumsfeld vers la haute technologie en 2001, mais la découverte dans les années 1940 du Brigadier général S.L.A. Marshall que seulement 15 à 20% des soldats de la Seconde guerre mondiale sur la ligne de feu utiliseraient leurs armes : « Ceux (80 à 85%) qui n’ont pas tiré ne se sont pas enfuis ou cachés (dans beaucoup de cas ils étaient prêts à se mettre en grand danger pour leurs camarades, prendre des munitions, ou transmettre des messages), mais ils ne tiraient pas sur l’ennemi, même quand ils étaient confrontés à des vagues répétées d’attaques furieuses » (Grossman, p. 4)
La découverte et la recherche subséquente de Marshall prouva que dans les guerres précédentes, une minorité minuscule de soldats – les 5% qui sont des psychopathes innés, et peut-être quelques imitateurs temporairement fous – a causé presque tous les meurtres. Les gens normaux passaient à travers les mouvements et, si possible, refusaient de prendre la vie d’un soldat ennemi, même si cela signifiait perdre la leur. L’implication : les guerres sont des massacres de masse de non-psychopathes ritualisés par des psychopathes.
L’ouvrage de Marshall apporta une révolution copernicienne à la science militaire. Dans le passé, tout le monde croyait que le soldat voulant tuer pour son pays était la norme (héroïque), tandis que celui qui refusait de se battre était une (lâche) aberration. La vérité était que le soldat normatif provenait des 5% psychopathologiques. La saine majorité préférerait mourir que combattre.
Dans « Ponérologie Politique », Andrzej Lobaczewski explique que les psychopathes cliniques jouissent d’avantages même dans des compétitions non-violentes pour grimper les échelons dans les hiérarchies sociales. Parce qu’ils peuvent mentir sans remords (et sans le stress physiologique révélateur qui est mesuré par les tests au détecteur de mensonge) les psychopathes peuvent toujours dire tout ce qui est nécessaire pour obtenir ce qu’ils veulent. Au tribunal, par exemple, les psychopathes peuvent dire des énormes mensonges de manière plausible, tandis que leurs adversaires sont handicapés par une prédisposition émotionnelle à rester à portée de la vérité. Trop souvent, le juge ou les jurés imaginent que la vérité doit se trouver quelque part au milieu, et ensuite prennent les décisions qui bénéficient au psychopathe. Comme avec le juge et les jurés, la même chose est valable pour les responsables des décisions concernant qui promouvoir et qui ne pas promouvoir dans les hiérarchies des entreprises, de l’armée et du gouvernement. Le résultat est que toutes les hiérarchies deviennent inévitablement surchargées à leur sommet par des psychopathes.
Les soi-disant théoriciens du complot, dont certains méritent la connotation de ce terme suremployé, imaginent que des sociétés secrètes de juifs, Jésuites, banquiers, communistes, Bilderbergers, extrémistes musulmans, papistes et ainsi de suite, contrôlent secrètement l’Histoire, en faisant des actes sournois et/ou menaçant de prendre le monde en mains. En tant que « théoricien du complot » majeur selon Wikipedia, je me sens éminemment qualifié pour offrir une théorie du complot alternative qui, comme la théorie du complot alternative du 11 septembre, est à la fois plus simple et plus précise que la sagesse courante : La seule conspiration qui importe est la conspiration des psychopathes contre le reste d’entre nous ».
Laissons cette dernière considération stupide à l'auteur, ce qui importe c'est de comprendre que c'est le capitalisme qui est devenu psychopathe5.


POST SCRIPTUM : quelques autres trouvailles pour réfléchir
Considérez comment les gangs et les sociétés secrètes (les guildes de psychopathes déguisées) recrutent de nouveaux membres. Les méthodes de radicalisation (qui prennent du temps...et de l'argent) ne sont pas nouvelles, ni musulmanes ni produites par daech. Certains gangs criminels et congrès satanistes exigent que les candidats à l’admission commettent un meurtre pour « gagner leurs galons. » Skull and Bones, la société secrète basée à Yale qui approvisionne la CIA avec des trafiquants de drogue, des violeurs du mental, des violeurs d’enfants et des tueurs professionnels, requiert que les néophytes s’allongent nus dans un cercueil et se masturbent devant les membres plus anciens en récitant toute l’histoire sexuelle du candidat. En forçant le néophyte à s’engager dans un comportement ritualisé qui serait horriblement honteux dans une société normale, la guilde de psychopathes détruit la personnalité normale du candidat, en supposant qu’il en ait eu une au départ, et transforme l’individu en une ombre cooptée, corrompue, dégradée de son moi précédent – un psychopathe fabriqué ou un apprenti psychopathe.

Dans les faits – rappelez-vous les Béria et Himmler - il apparaît que Che Guevara avait lui aussi une personnalité psychopathique, eu égard (entre autres choses) aux nombreuses exécutions qu’il a lui-même perpétrées, contre ceux qu’il qualifiait « d’ennemis » ou de « traîtres » à la Révolution, et pour lesquelles il n’a jamais exprimé de remords. L’ouvrage de Jacobo Machover « la Face cachée du Che » est très instructif de ce point de vue.
Les psychopathes ne font d’alliances que tant que cela sert leurs buts personnels et qu’un psychopathe peut en éliminer un autre.
« Pris par l’exaltation et la folie de la guerre, nous sommes capables du pire », dit Jean-Claude Guillebaud. Avec Simone Weil il invite à « regarder en face les monstres qui sont en nous ». Une thèse développée dans son dernier ouvrage, Le Tourment de la guerre, aux éditions L’Iconoclaste.


«  Ce qui s’est passé le 13 novembre nous montre que nous avons désappris à regarder la guerre en face. Nos dirigeants actuels ont toujours connu la paix sur le sol européen et ont fini par se persuader qu’il n’y aurait plus de guerre. Et lors des attentats de Paris, une dizaine de crétins avec des kalachnikovs a suffi à faire vaciller l’État et créer un mouvement de panique. Ces 130 morts, c’est bien sûr épouvantable, mais rappelons-nous que les bombardements de Londres par la Luftwaffe durant la Seconde guerre mondiale faisaient chaque nuit deux fois plus de victimes et que, pendant cette période, les Anglais n’ont jamais paniqué. Ils ont su garder leur sang-froid. Durant mes reportages sur les lieux de conflit, j’ai d’ailleurs constaté qu’il y avait une différence entre nos sociétés qui étaient devenues fragiles, et les populations locales qui étaient habituées à la violence et capables de la regarder en face, de l’endurer, et même d’y résister.
Résister à la violence nécessite donc que l’homme réapprenne la guerre et ait conscience de ses failles ? Pour la philosophe Simone Weil, il faut « regarder en face les monstres qui sont en nous ». Lorsque j’ai couvert la guerre du Liban, j’ai pris une grande leçon. C’est là que j’ai vu le plus de sauvagerie. J’ai compris que n’importe qui, même le plus gentil et le plus doux des hommes, pouvait devenir un tortionnaire. Pris par l’exaltation et la folie de la guerre, nous sommes capables du pire. Il est essentiel d’en avoir conscience. Cela pour ne pas s’engager dans des voies comme celle de George W. Bush lorsqu’il évoquait, en 2002, une « croisade » contre « l’axe du Mal ». Cela consiste à penser que ce Mal nous est toujours extérieur et que, si l’on tue ceux qui l’incarnent, alors on en sera débarrassé. C’est une folie?!
Face aux actions de Daesh, l’Occident doit-il porter la réplique ? Mon expérience de reporter, les discussions avec mes amis, tout aurait dû me pousser à devenir pacifiste. Mais je ne peux pas me résoudre à baisser les bras devant des types qui décapitent des captifs en les filmant. Vais-je rester l’arme au pied en me disant non-violent?? Ce n’est pas possible. Cela fait d’ailleurs aussi partie de mon tourment. En même temps, on voit bien que la réponse à apporter est particulièrement complexe, et qu’il existe une gêne américaine car tout cela est la conséquence directe de la folie de George W. Bush en 2003 [ndlr : l’intervention militaire en Irak]. Tous les chefs de Daech se sont connus dans les prisons américaines en Irak?!
Comment jugez-vous la grande difficulté de l’Union européenne à gérer la question des migrants ? C’est effrayant?! L’Europe a montré qu’elle était divisée et incapable de courage. En étant organisé, il est tout à fait possible d’accueillir un million de migrants, alors que nous sommes environ 500 millions d’Européens?! Au fond, tout cela procède là aussi d’une incapacité à penser la guerre et ses conséquences. Rappelons-nous qu’il y a eu nombre de migrations massives durant la Seconde Guerre mondiale?! Et, comme nous sommes en paix, l’Europe se « hérisse », les pays rétablissent leurs frontières, installent des barbelés… L’Europe a perdu son âme dans cette histoire, mais également son rayonnement sur le monde. Elle ne pourra désormais plus se permettre de donner des leçons de philosophie ou de démocratie.
D’autres armées se sont appuyées sur le banditisme, de façon opportuniste, sans penser aux conséquences ( ou peut être que si, dans leur cynisme....) Je pense à l’armée américaine qui s’appuya sur la mafia sicilienne pour préparer le débarquement en sicile. Mafia moribonde, mise à mal par Mussolini qui ne supportait pas trop la concurrence.
Non seulement ça, mais les marines débarquèrent un parrain, sorti de sing-sing, Lucky Luciano, pour organiser les soutiens, qui devait ensuite rester au pays de ses ancêtres, et faire fructifier son petit commerce mafieux, les us leur laissant même des marchés après la libération.

Les allemands n’ont fait finalement en france, à une autre échelle, que de développer la politique qu’ils avaient en Allemagne, pour remplir les bataillons SA puis SS : Ouvrir les prisons aux psychopathes les plus notoires !

D'UN AUTRE COMMENTATEUR :

Révélateur de ce que fut ce projet militaire : Un casse du millénaire, tout autant du fric que des valeurs morales. Jamais la confiscation des avoirs de pays concernés n’a jamais été si planifié que par ces gangsters, qui ont défini leur idéologie en partie avec les intérêts sonnants et trébuchants qu’ils pouvaient en tirer. La nuit de cristal fut pour les juifs, le commencement de l’exil, sans contrepartie, avec encore l’assurance de garder leur vie, mais plus pour très longtemps. Ils laissèrent ainsi des biens considérables derrière eux, que bien peu purent récupérer par la suite.

La 36e division ss dite Brigade Dirlewinger était composée de droits communs pour la plupart issu de la wehrmacht ou de la ss . C’était une pratique courante dans les armées européennes : les batd’af français, la légion étrangère ou les tercios de la bandera espagnole. Les droits communs provenant de la wehrmacht partaient pour les camps sous le vocable Spezialabteilung.
En octobre 1944, un millier de « volontaires » communistes et un millier de « criminels », prélevés dans les camps de concentration, furent mis à la disposition de Dirlewanger . Les autres recrues de Dirlewanger étaient en majorité des criminels (voleurs, souteneurs, sadiques, coupables d'attentats aux moeurs, quelques assassins). Il y avait aussi des hommes de la Wehrmacht et de la SS, coupables de désobéissance ou de lâcheté, condamnés par des conseils de guerre et purgeant des peines de prison. On y ajouta même des Russes, des Ukrainiens.Quant aux cadres de ce ramassis de gibier de potence, les sous-officiers étaient en majorité d'anciens braconniers et d'anciens gardiens de camp de concentration ; les officiers, pour la plupart, avaient été dégradés, à la suite d'un passage devant un conseil de guerre, et ne portaient pas l'insigne correspondant au commandement qu'ils exerçaient.
La discipline était terrible. Dirlewanger détenait, de Himmler lui-même, pouvoir de vie et de mort sur ses hommes, ce qu'aucun chef SS n'avait. Les punitions disciplinaires pleuvaient : coups de gourdins, cellule sans lit et sans fenêtre, où l'homme puni devait se tenir debout jour et nuit ou tout simplement : Umlegen (abattre d'une balle dans la nuque)...

Par contre, la Brigade Nord Africaine a été créée par le truand H. Lafont et le nationaliste marocain Al Maadi. et se composait de 200 crapules marocaines et algériennes.
Le comble, elle était financée par le milliardaire juif roumain Joseph Joinovici....http://lemussidanaisdanslasecondeguerremondiale.over-blog.com/article-

GUERRE ESPAGNE : mon livre démontre que sous couvert d'anarchisme ou de communisme russe, l'Etat républicain a laissé libre cours à une noria de psychopathes...

"Les cas des tueurs de Nice et Orlando appartiennent-ils à une nouvelle forme de terrorisme ?

Ce sont des profils psychologiques perturbés, qui montent une action pour se faire tuer, comme un suicide déguisé, et pour tuer un maximum de gens dans le même temps, afin d’avoir une espèce de gloire post-mortem. Je crois que leurs cas doivent être comparés à celui du pilote allemand qui a tué tous les passagers en faisant chuter son avion. C’est un phénomène qui est tout à fait différent d’une quelconque radicalisation, dont on ne retrouve pas le schéma classique. Il faut voir cela sous un angle psychopathologique, car la dimension idéologique y est totalement absente. Ce n’est même pas sûr que l’on puisse parler de terrorisme : le terrorisme, c’est l’idée de terroriser l’autre pour aboutir à un projet de société différent, par le biais d’actions rationalisées effectuées au sein d’une organisation. Ici, à Nice, Orlando et dans le train bavarois, on voit des formes de violences qui aboutissent à des massacres, mais pas du terrorisme, sinon n’importe qui pourrait devenir terroriste en commettant un meurtre et en se revendiquant de Daesh."
« Il semble qu’il se soit radicalisé très rapidement », déclarait Bernard Cazeneuve le 16 juillet, au sujet de Mohamed Bouhlel, l’auteur de l’attentat de Nice. Un non-sens pour Farhad Khosrokhavar, sociologue et directeur d’études à l’EHESS, auteur de Radicalisation en 2014 et Le Jihadisme (co-écrit avec David Benichou et Philippe Migaux) en 2015. Selon lui, les tueries d’ Orlando et de Nice, où les auteurs n’ont jamais été formés sur le territoire de l’Etat islamique, ne doivent pas être confondues avec les actes terroristes et idéologiques comme ceux du 13 novembre 2015.

Se revendiquer de Daesh ne serait qu’un prétexte pour passer à l’acte ?

Les attentats du 13 novembre étaient un réel exemple de radicalisation djihadiste. Abaaoud et les autres avaient un projet, et étaient donc animés par une idéologie. Dans les cas qui nous intéressent, le lexique du djihadisme et de la radicalisation est à mon avis inapproprié. Ce sont des gens psychologiquement perturbés et très influençables. Prenons le profil d’ Omar Mateen, l’Américain-Afghan qui a tué une cinquantaine d’homosexuels. Il était lui-même homosexuel, et c’était une manière pour lui de laver la honte qu’il ressentait à cela. Mohamed Bouhlel faisait une profonde dépression. Son psychiatre a dit qu’il était quasiment dans une phase psychotique, qu’il était fasciné par la violence. Qu’est-ce qu’on a déniché en retraçant son parcours ? Il a eu une vie sexuelle exaltée et tourmentée, il consommait de l’alcool et de la drogue, ne faisait pas le ramadan. Tout ça, on aura beau le chercher dans l’Islam, on ne le trouvera pas. On dit qu’il a été radicalisé rapidement, en dix jours. Mais un adulte ne se radicalise pas comme ça, il doit étudier l’idéologie avant, cela prend quelques mois au minimum. A la limite, on pourrait y croire si c’était un adolescent, avec la possibilité qu’il y a à cet âge-là d’une adhésion affective précipitée. Dans le cas d’un adulte, s’il s’est vraiment radicalisé en dix jours, cela signifie qu’il était mentalement déséquilibré.

Ils sont donc mus par la quête d’un quart d’heure de gloire morbide plus que par cette « révolte nihiliste » dont parle le politologue Olivier Roy au sujet des djihadistes ?

Le nihilisme était un courant et surtout une manière d’exprimer sa révolte. Ici, ce n’est même pas une révolte : c’est une manière de se mettre à mort, un suicide déguisé en geste « héroïque ». C’est une dépression profonde qui se traduit en acte destructeur autant pour soi-même que pour les autres, dans une ultime démarche de glorification narcissique. J’ai l’impression qu’ils se servent de Daesh pour cette gloire, mais ils ont surtout des problèmes mentaux. Leur côté influençable et leur environnement social créent cela. Ils sont immergés là-dedans. Ils savent très bien que s’ils se revendiquent d’une organisation terroriste, le lendemain toute la presse parlera d’eux. Quand il n’y avait personne à qui s’identifier, ces gens-là se suicidaient seuls sans causer de torts autour d’eux. Le cadre qui les pousse désormais à se revendiquer de Daesh, c’est la société française actuelle, électrique, exaltée. Ce sont des gens instables, qui se nourrissent de ce qu’ils voient à la télé et entendent à la radio. Tout ce qui fait masse les attire.

CE QUE FONT LES PROTEGES DE L'US ARMY

Un groupe rebelle soutenu par les Etats-Unis a annoncé aujourd'hui mener une enquête après la diffusion d'une vidéo montrant la décapitation d'un jeune garçon par un homme identifié comme appartenant à son mouvement. Les images d'un combattant découpant au couteau la tête du garçon atteignent le niveau d'atrocité de celles qu'a diffusées l'Etat islamique au cours des trois dernières années. D'autres images montrent le garçon avant sa mort, à l'arrière d'un pick-up et des hommes l'accusant d'appartenir à un groupe de Palestiniens combattant au côté des forces de Bachar al Assad.
"Voici un prisonnier de la Brigade Quds. Ils n'ont plus d'hommes, alors ils nous envoient des enfants", dit l'un des hommes."Ce sont tes chiens, Bachar, les enfants de la brigade Quds", lance un autre homme. Selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme, ces hommes appartiennent au Mouvement Nouraldine al Zinki, un groupe rebelle qui a reçu des équipement américains, notamment des missiles TOW. Un porte-parole du département d'Etat a dit que Washington enquêtait sur "ces informations répugnantes" et que ses livraisons d'équipements seraient suspendues si les faits étaient avérés.

“Plus largement, la France n’est pas crédible dans ses relations avec l’Arabie saoudite . Nous savons très bien que ce pays du Golfe a versé le poison dans le verre par la diffusion du wahhabisme. Les attentats de Paris en sont l’un des résultats. Proclamer qu’on lutte contre l’islam radical tout en serrant la main au roi d’Arabie saoudite revient à dire que nous luttons contre le nazisme tout en invitant Hitler à notre table.” [Marc Trevidic, juge antiterroriste français, 15/11/2015]



Notes:
 
1Comme n'importe quel roitelet du pétrole ou sinistre Erdogan, le despote « républicain » est fort avec les faibles, il fait licencier par ses obligés municipaux un employé qui s'était moqué de son despotisme. L'employé municipal, qui occupait un poste d'animateur, avait partagé sur son compte Facebook une image injurieuse à l'encontre de Manuel Valls, grimé en Hitler. Il a été révoqué mardi de son poste d'animateur pour avoir partagé sur son compte Facebook une image injurieuse envers le Premier ministre. Le quadragénaire, en poste depuis de nombreuses années, a été démis de ses fonctions à l'issue d'un conseil de discipline engagé par la mairie, composé d'élus et de représentants du personnel à part égales et présidé par un magistrat du tribunal administratif de Versailles (Yvelines).

2Un célèbre auteur de roman policier pour clientèle anarchiste et NPA a même pris la défense de Valls face aux huées à Nice, prévenant sur FB qu'il s'agissait seulement de sifflets de l'extrême droite...
3En réalité, non seulement parce que le pilote kamikaze n'était pas arabe (ce qui aurait affaibli le nationalisme terroriste) mais parce que daech n'est pas en guerre avec l'Allemagne... et qu'il est fort possible que la bourgeoisie teutonne soit avec une fraction US plutôt aussi derrière daech (via son allié turc). Dans la même veine, la presse bcbg antiraciste a tenu à souligner combien les allemands avaient réagi sans émotion à l'attaque à la hache d'un réfugié, blessant gravement trois ou quatre passagers d'un train, presque avec... sérénité. Bah oui, la presse aux ordres d'Outre-Rhin a eu consigne de ne pas dramatiser... le taré à la hache a eu beau se réclamer de daech, lequel ne lui avait certainement rien demandé (pas plus qu'à Mohamed de Nice), ni de frapper en Allemagne, pays si compréhensif avec l'envoi massif de réfugiés (et de terroristes planqués) via le taxi turc ! Un attentat bévue en quelque sorte, mais confirmant l'expansion souvent incontrôlables des psychopathes modernes.
4On remarquera la légèreté de la mère Touraine qui assure à chaque fois que les caisses d'assurance vont dédommager les victimes, avec la largesse d'une donzelle qui ne sera plus ministre dans quelques mois. On laisse piller les caisses de l'Etat en pensant que les électeurs auront oublié. Or il y a tant de victimes, et tant de collatérales victimes, que les caisses d'assurance ont été vidées et que tous les charlots associatifs locaux ont lancé des quêtes à hue et à dia... tant et si bien que les prochaines victimes pourront être assurées non secourables !
5Il nous faut quand même garder les critères marxistes d'analyse politique pour le fonctionnement du capital, mais en gardant un partie pour l'aspect « fou » du capital décadent, sans délirer comme le triste sire Francis Cousin qui invoque une mixture de Debord, Rosa Luxemburg et « la crise de la domination réelle du capital » sur son site « France-nation », auquel vous pouvez vous reporter si vous voulez rire un bon coup : http://www.transparenceverite.com/2016/07/francis-cousin-analyse-et-propos-sur-l-attentat-de-nice-du-14-juillet-2016.html

samedi 16 juillet 2016

La civilisation de la douleur médiatisée et une guerre dans la guerre


Suivi d'apologie du crime par Karl Marx et Trois interprétations petites bourgeoises de la Commune par le journal bordiguiste en 1971.

Ce qui est frappant avec chaque attentat terroriste, comme en ce moment pour la détresse des proches et victimes du débile qui a foncé sur la foule avec un camion « pour livrer des glaces à la réception de la mairie » et qui a liquéfié des vies humaines d'enfants en bas âge, sans vergogne (même Hitler ne se vantait pas de l'assassinat des enfants juifs par exemple), c'est l'indifférence générale dans un monde virtuel aseptisé. Bien sûr on prend connaissance des infos. On compatit mais on reprend immédiatement ses activités quotidiennes. Toutes les activités humaines ne semblent plus être distraites, en toute bonne indifférence, que par ce voyeurisme prégnant, et cette aptitude primaire à faire voir, avec cette froideur du voyeuriste, pour « partager des images » même les plus horribles. Tout le monde peut filmer un événement désormais avec caméra permanente embarquée à bord, le portable multifonction au point qu'on a oublié sa première fonction téléphonique de prise de contact ou d'échange.
Lorsque le débile eût écrasé les premières personnes, l'on vit certains, non pas se préoccuper des chairs écrasées, du sang qui giclait, des mères qui hurlaient la perte de leur enfant, mais dont le premier souci était de filmer les cadavres et l'infinie douleur des proches (voyeurisme auquel contribuèrent immédiatement aussi les journalistes d'Etat).
Quelques jours auparavant, nous avions déjà halluciné lors du meurtre d'un noir américain par la police démocratique ; non au spectacle, presque banal du meurtre sans vergogne commis par le cochon de flic... Assis à côté de la conductrice, probable compagne, le jeune homme agonisait et la fille, au lieu de lui porter secours, de faire un garrot à celui qui pissait le sang, se mettait en scène avec son portable, se filmant en selfie comme pour témoigner au monde entier de l'agonie secondaire de son compagnon, lui fournissant trois minutes de célébrité sans un geste affecteux pour celui dont la vie s'éteignait sous le revolver pointé du flic, hébété lui-même de son crime impulsif, lui-même terrorisé comme si le mort pouvait potentiellement se révolter et lui cracher à la gueule.
Il était mort. Point barre. Encore un flic américain qui avait tué un noir. On pouvait gloser désormais sur le racisme de la police américaine et l'inutilité d'Obama en faveur d'un monde moins inégalitaire pour la population noire quoique coïncée dans une désespérante société de cowboys bouseux.

Après chaque drame, la véritable opération de secours psychologique, de dégrisement des conséquences du terrorisme à bon compte, est politique. S'adressant au plus grand nombre, les politiques occupent le devant de la scène à la place des médecins, chirurgiens et autres psychologues pour victimes directes, polytraumatisés, handicapés à vie, détruits à jamais psychologiquement. Pour retrouver autant de polytraumatisés, écorchés vifs, amputés il n'existe qu'une comparaison : les tranchées de 1914. Et personne n'en parle, parce que ce serait reconnaître que la guerre de M. Hollande est mondiale et touche en priorité les civils innocents, et en priorité – un must comparé à Verdun – femmes et enfants. Comment lutter contre une telle guerre mondiale, si opaque dans les tranchées médiatiques alors que les intérêts et compétiteurs impérialistes crèvent les yeux, où le front est plus intérieur qu'extérieur, où le principal théâtre des opérations « psychologiques » vise les zones présumées en paix ? Cette guerre dont les ramifications opaques sont pratiquement impossibles à dénoncer sans passer immédiatement pour révisionniste galeux ou être qualifié de pochtron fasciste. Naguère pour le meurtre d'un archiduc ou une invasion militaire d'un pays, l'entrée en guerre mondiale était automatique car les civils de tout acabit avaient suivi sans oser une révolution.
Si l'on massacre tant les civils de nos jours, et en particulier les civils prolétaires, c'est évidemment de leur faute, parce qu'ils ne veulent plus faire la guerre mondiale, y participer ou la cautionner au nom d'une civilisation indéfendable. Mais ce refus reste dominé par l'indifférence et la croyance que la tuerie n'arrive qu'aux autres. Dangereux attentisme ! La tuerie est désormais si près de chez vous que soit vous accepterez qu'elle devienne quotidienne comme dans tant d'Etats du Proche Orient ou du lointain Afghanistan (votre portable vous tiendra au courant des moindres détails ou comment rechercher vos proches disparus), soit vous poserez les responsabilités politiques des dominants (ce qui signifie que vous éteigniez votre portable, cette télé big brother qui couche avec vous toutes les nuits). Vous verrez alors qu'il n'y a pas meilleure « thérapeutique ».

L'incurie du personnel politique bourgeois gouvernemental et oppositionnel :

Ne cherchez pas de prise de position du milieu maximaliste sur la tuerie de Nice, nos braves révolutionnaires de clavier sont en vacances, en retraite ou publieront une énième dénonciation du terrorisme en général et du capitalisme en général. Les prises de position des deux principales formations d'extrême gauche radicales réformistes NPA et LO sont brèves mais relativement correctes et insipides. On est impuissant devant tant de sang et on le reste. Aucune discussion nulle part sur ces événements tragiques successifs. C'est la politique des bras qui nous « en tombent » devant tant de tombes. Le personnel politique bourgeois nous apparaît pourtant carrément et scandaleusement coupé de la réalité, plus apte à coasser qu'à prévoir. La gauche bourgeoise au gouvernement a étalé son impuissance avec le relatif ridicule des plates condoléances radoteuses et la recette pourrie de « la cohésion nationale » quand les flics ne sont plus les héros qu'on voulait nous faire croire. La droite sarkozienne s'est une nouvelle fois ridiculisée dans la surenchère.
Contrairement aux massacres précédents (massacre des dessinateurs de Charlie, carnage au bataclan et aux terrasses des cafés parisiens, meurtre de la jeune Aurélie, décapitation d'un patron, égorgement d'un policier et de sa femme) la réaction « thérapeutique » du sommet de l'Etat n'a pas été « éviter l'amalgame » (entendez protégez la population musulmane injustement ciblée) mais : « nous sommes en guerre et nous allons la continuer ». L'indifférence de ce sommet de l'Etat à la succession ininterrompue des crimes de sang sur des personnes sans défense, qui est lui-même dans une logique de meurtre militaire, fait penser au bourreau sur l'échafaud qui demande d'accélérer la cadence pour faire circuler plus vite les futurs décapités, dans un système où le despote était supposé figurer le soleil. Ce père putatif du néant Macron est caractéristique de l'indifférence de l'élite bourgeoise aux conséquences (indirectes) de leur gouvernance dans leurs mic-macs avec les exigences américaines et les banques telle Goldman&Sachs, aux conséquences de « l'esprit destructeur du capitalisme ». Pour gouverner il faut accepter d'avoir du sang sur les mains. Aucun gouvernant n'a les mains propres ; saint Rocard lui-même avait amnistié les massacreurs des kanaques par les gendarmes (blessés achevés mains attachées dans le dos).
La parade du sous-fifre de Hollande, Cazeneuve prêterait à rire si cette nouvelle boucherie n'exigeait pas des réponses plus sérieuses : « Cazeneuve enchaîne confirmant que nous sommes face « un attentat de type nouveau ». « Il n'etait pas connu des services de renseignements, il semble qu'il se soit radicalisé trés rapidement. Par ailleurs la modalité est aussi nouvelle car il n'avait ni arme lourde, ni explosifs. Cela nous montre l'extrême difficulté de la lutte anti-terroriste. C'est une nouvelle épreuve qui doit nous inciter à prendre conscience ».

Cazeneuve est le Didier Deschamps du ministère de l'Intérieur : « on a encore perdu parce qu'on était mal préparé ». En quoi la tuerie de ce débile est-elle nouvelle ? En rien, elle fait partie de la panoplie de n'importe quel serial killer du monde entier avant que le petit Cazeneuve (sic) soit né ! Cazeneuve le ministre qui rénove tout drame du sol au plafond.

ACCUSER LE TERRORISME, LE GOUVERNEMENT OU LE CAPITALISME EST-CE SUFFISANT ?

Comme la compassion hypocrite des gouvernants, la dénonciation simpliste « révolutionnaire » de la guerre impérialiste qui génèrerait des vengeurs locaux, plutôt de racine arabe, comme l'ignominie des directives de l'étrange daech, n'explique rien. Le débile en camion, maintenant exhibé comme un « soldat de daech » n'est pas réductible au rôle d'exécutant de cette mafia néo-US. Aucune explication des spécialistes n'est crédible, comme est invraisemblable la trouvaille de Cazeneuve presque hilarante : « il s'est radicalisé rapidement ». Le désir pervers de tuer massivement serait le produit de cet arlésienne « radicalisation » ? Le débile n'était pas franco-tunisien, comme cela fût lancé mensongèrement, mais tunisien tout court ; il faut arrêter de dire que la France produit les débiles tueurs, pas fous ni soldats, je précise bien mais DEBILES. Et qui produit ces débiles ? Le monde capitaliste bien évidemment ! Pas la société en général, mais un monde finissant qui pousse au suicide. Ce qui devrait frapper en premier lieu – mais reste généralement ignoré – c'est le facteur de solitude personnel qui conditionne le kamikaze moderne. Ce « débile » ne nous est pas étranger parce que « loup solitaire » il peut agir en meute. Notre société no future produit des suicidés à la pelle. On fait mine d'oublier que le tueur de masse va mourir lui aussi au bout du compte, qu'il soit abattu par les flics ou finisse sa vie en prison. Quel intérêt de finir sa vie en prison quand les prisons sont pleines ?
Mourir pour Allah ou son petit télégraphiste Mahomet ? Ou aux ordres webêtés d'un affreux handicapé barbu de tel ou tel groupe de tueurs mercenaires des pétromonarchies ou de l'Etat turc ?

Manque de pot pour les spécialistes, il apparaît ce coup-ci que le type n'était pas un vrai croyant musulman, qu'il vivait mal la séparation avec sa femme, qu'il était un peu déjanté depuis son arrivée en France, ex-bouseux de Tunisie (violences contre sa femme et un automobiliste). L'insatisfaction face aux promesses de la vitrine occidentale plus les échecs personnels expliquent bien plus un suicide « bruyant et public » que le commandement présumé de daech (daech vient - en s'inventant à chaque fait divers un nouveau soldat - prêter main forte à nos sinistres va-t-en-guerre). N'importe quel criminel peut se couvrir de Mahomet ou de daech pour déguiser son crime morbide et lâche. Fofana la merde humaine qui a torturé le petit Halimi s'est auto-proclamé guerrier de l'islam, comme les petits cons qui ont mitraillé au Bataclan. En vérité chacun était dans le primaire, la vengeance. Nul mobile noble ni militaire dans ces actes. Combien d'entre nous n'ont jamais pensé se faire exploser au milieu d'un cénacle patronal ou de généraux ? Si on ne l'a pas fait c'est parce que la société à l'époque ne nous avait pas encore assez destructuré, qu'il y avait femme et enfants à dorloter, un milieu urbain et convivial...

LA MAIN INVISIBLE DU CAPITALISME DECADENT...

Cette vengeance n'est pas du tout irrationnelle, elle fonctionne comme la main invisible du marché capitaliste1. Elle nous est plus perceptible qu'aux journalistes bourgeois, aux politiciens véreux et aux sectes politiques islamistes ou gauchistes. Elle est l'aboutissement d'un monde qui déshumanise, avec ce même paradoxe que l'utilisation du portable supérieure à la réaction de porter secours, qu'un des tueurs du Bataclan réclame plus d'humanité en prison à son égard alors que lui-même a été incapable d'en faire preuve pour perpétrer le carnage précédent. Une société d'égoïstes possédants peut-elle produire autre chose que d'égoïstes suicidaires tueurs ? La vengeance, pour les anthropologues, s'inscrit dans des sociétés caractérisées par l'absence de système judiciaire unifié ou par l'absence d'un Etat national2.
Le règne impavide de la vengeance musulmane ou pas, nazislamiste ou nazie tout court qui meurtrit le monde, révèle une chose : des Etats faibles incapables de dominer les sorcières qu'ils ont engendrées.
Le monde est un, il n'y a plus séparation de civilisations dans le creuset de la décadence. Les pires croyances peuvent circuler d'un bout à l'autre sans qu'aucune « modernité » ne puisse servir de barrage, et où le culte de la mort peut ressurgir comme au temps de la sinistre guerre d'Espagne et du nazisme. Un auteur :

« ...rappelle comment, faute d’avoir combattu la sorcellerie avec la même détermination dont ils avaient fait montre pour combattre le culte des ancêtres, « les missionnaires venus d’une Europe qui ne croyait plus aux sorciers » ont travaillé à l’exaspération de ce phénomène. Cette « méprise » missionnaire explique la fortune des messianismes, prophétismes, syncrétismes (comme Mademoiselle) et des pentecôtismes pratiquant la guérison divine et luttant contre la sorcellerie, pratiques qui confortent chaque travailleur de Dieu « dans sa mission et justifie son existence  »3

Dans le prolongement de la pensée de Marx sur le fétichisme de la sorcellerie :

« Les pouvoirs sorciers seraient, dans cette perspective, le produit d’un imaginaire engendré dans le cadre des rapports des hommes à la nature, et donc aux choses, en l’occurrence les marchandises dans la société capitaliste : rapports qui sont simultanément ceux des hommes entre eux. En témoignent les propos d’un « converti » camerounais, François Ezë, chef-catéchiste parlant de la « religion » de ses parents et de ses grands-parents (lui même avait, dit-il, dix-huit ans en 1910), dans lesquels cette « vérité » marxiste est fort bien exprimée : « Mais il y avait comme des vides dans leur religion (celle de ses parents) : ils se sentaient toujours impuissants, dans l’insécurité, en lutte contre les puissances qui les dépassaient. Quand ils ont entendu parler de la nouvelle religion, ils en ont attendu de plus grands secours, plus de succès, plus d’efficience ».4

Ce que la boucherie du débile en camion vient démontrer est que si l'islam a pu prétendre remplacer le stalinisme ou un communisme utopique, l'islam n'est même plus désormais une motivation crédible pour les enfants de la tradition islamiste, mais la mort oui, comme fin aux souffrances terrestres. Enfin surtout parce que la politique est devenue désespérante et artificielle.

La focalisation apparemment involontaire sur la plupart des tueurs de masse, comme étant de souche arabe ou et islamiste, obéit à la volonté politique aveuglante de l'Etat bourgeois de substituer à la lutte des classes la lutte des communautarismes, comme certains commentateurs non marxistes finissent par s'en apercevoir, et avec cette implication évidente : la lutte inter-communautaristes est typique de la guerre de vengeance ! La lutte des classes n'obéit aucunement à une logique de vengeance mais de confrontation en vue du remplacement d'une société barbare par une société véritablement humaine. Or, la phase actuelle du capitalisme décadent révélant des Etats faibles (donc soumis au terrorisme et à l'idéologie de la vengeance) la conscience de classe pour se réveiller devra prendre conscience que seul un Etat fort peut mettre fin à la barbarie terroriste et impérialiste, un dictateur universel : la dictature du prolétariat.

POST SCRIPTUM HISTORICUM

Le crime même monstrueux sert encore la société capitaliste, fait fonctionner les hôpitaux (qui manquent de personnel), implique des embauches supplémentaires dans la police, les vigiles, démultiplie les ventes de neuroleptiques, les dons du sang, le voyeurisme touristique, bref comme l'expliquait Marx dans son apologie humoristique du crime :


« Le philosophe produit des idées, le poète des poèmes, l’ecclésiastique des sermons, Le professeur des traités… Le criminel produit des crimes.
Si on regarde de plus près les rapports qui existent entre cette dernière branche de production et la société dans son ensemble, on reviendra de bien des préjugés.
Le criminel ne produit pas que des crimes : c’est lui qui produit le droit pénal, donc le Professeur de droit pénal, et donc l’inévitable traité dans lequel le professeur consigne ses cours afin de les mettre sur le marché en tant que « marchandise ».
Il en résulte une augmentation de la richesse nationale, sans parler de la satisfaction intérieure que selon le professeur Roscher, témoin autorisé, le manuscrit du traité procure à son auteur.
Plus : le criminel produit tout l’appareil policier et judiciaire : gendarmes, juges, bourreaux, jurés, etc., et tous ces divers métiers, qui constituent autant de catégories de la division sociale du travail, développent différentes facultés de l’esprit humain et créent en même temps de nouveaux besoins et de nouveaux moyens de les satisfaire.
La torture, à elle seule, a engendré les trouvailles mécaniques les plus ingénieuses, dont la Production procure de l’ouvrage à une foule d’honnêtes artisans.
Le criminel crée une sensation qui participe de la morale et du tragique, et ce faisant il fournit un « service » en remuant les sentiments moraux et esthétiques du public.
Il ne produit pas que des traités de droit pénal, des codes pénaux et, partant, des législateurs de droit pénal : il produit aussi de l’art, des belles-lettres, voire des tragédies, témoins non seulement La Faute de Msüllner et Les Brigands de Schiller mais aussi Œdipe et Richard III.
Le criminel brise la monotonie et la sécurité quotidienne de la vie bourgeoise, la mettant ainsi à l’abri de la stagnation et suscitant cette incessante tension et agitation sans laquelle l’aiguillon de la concurrence elle-même s’émousserait. Il stimule ainsi les forces productives.
En même temps que le crime retire du marché du travail une part de la population en surnombre et qu’il réduit ainsi la concurrence entre travailleurs et contribue à empêcher les salaires de tomber au-dessous du minimum.
La lutte contre la criminalité absorbe une autre partie de cette même population.
Ainsi le criminel opère une de ces « compensations » naturelles qui créent l’équilibre et suscitent une multitude de métiers « utiles ».
On peut démontrer par le détail l’influence qu’exerce le criminel sur le développement de la force productive :
— Faute de voleurs, les serrures fussent-elles parvenues à leur stade actuel de perfection ?
— Faute de faux-monnayeurs, la fabrication des billets de banque ?
— Faute de fraudeurs, le microscope eût-il pénétré les sphères du commerce ordinaire (voir Babbage) ?
La chimie appliquée ne doit-elle pas autant aux tromperies et à leur répression qu’aux efforts Légitimes pour améliorer la production ?
En trouvant sans cesse de nouveaux moyens de s’attaquer à la propriété, le crime fait naître sans cesse de nouveaux moyens de la défendre, de sorte qu’il donne à la mécanisation une impulsion tout aussi productive que celle qui résulte des grèves.
En dehors du domaine du crime privé, le marché mondial serait-il né sans crimes nationaux ?
Et les nations elles-mêmes ?
Et depuis Adam, l’arbre du péché n’est-il pas en même temps l’arbre de la science ? »
Karl Marx
EXTRAIT D'un article du Prolétaire de 1971 (dont je ne partage pas l'analyse du parti infaillible ni la théorie de la violence, mais qui nous montre à quoi aboutit un Etat faible, à la vengeance stérile)

http://www.sinistra.net/lib/bas/progco/qioe/qioeenebef.html

Trois interprétations petites-bourgeoises de la commune
Loin de nous l'idée de faire une bibliographie abrégée de la question: ce que nous voulons, c'est souligner quelques aspects qui contribueront à mettre en relief les conclusions, tirées par Marx lui-même de l'expérience de la Commune, aspects qui ont échappé - et pour cause - à l'attention des écrivains prostitués qui voudraient se faire passer pour les vestales de l'historiographie «impartiale». Donc, sans tomber dans des citations et des références livresques, nous distinguerons les trois interprétations fondamentales que les historiens ont données de la Commune, ou plutôt les trois grandes attitudes qu'ils ont prises face elle.
Malgré des oppositions formelles, chacune de ces grandes attitudes présente des points de contact avec les deux autres, si bien qu'il s'est trouvé des courants d'idéologies différentes, quoique toutes petites-bourgeoises, pour tomber d'accord sur l'une ou l'autre d'entre elles. Nous laisserons de côté l'attitude d'hostilité ouverte envers la Commune qui est le propre des partisans de Versailles, mais que nombre de grands bourgeois éclairés d'aujourd'hui trouvent plus intelligent de cacher derrière une «sympathie» de type petit-bourgeois plus apte que la haine à duper les prolétaires.
Il faut bien admettre que, ces types d'interprétation petite-bourgeoise reposent sur plusieurs aspects réels de la Commune, malheureusement détachés de leur contexte et du mouvement historique auquel ils appartiennent par une opération «critique» de nature foncièrement idéaliste puisqu'elle se refuse à considérer d'une façon réaliste ce que la Commune a pu et dû être, pour la juger uniquement sur ce que quelques uns de ses membres ont voulu qu'elle soit.
La première d'entre elles présente la Commune comme la dernière révolution populaire, du type des révolutions du «sot» dix-neuvième siècle, et notamment de Quarante-Huit, comme si Juin 1848 n'avait pas déjà été la révolution honnie du prolétariat, la «laide» révolution des blousiers, opposée aux révolutions démocratiques, victor-hugoliennes de toutes les classes du «Peuple» en tant que bloc de forces sociales antagonistes. Pour elle, la Commune est en somme la dernière insurrection violente parce que la dernière insurrection «barricadière», comme si la seule forme possible de la violence insurrectionnelle était la barricade des révolutions démocratiques derrière laquelle la «foule des citoyens» attend la dissolution spontanée de l'ennemi, des «sbires du tyran»; comme si la révolution prolétarienne ne devait pas avoir sa Garde et son Armée rouges, comme si elle ne devait pas prendre militairement le pouvoir et étendre la guerre civile contre la bourgeoisie à l'échelle non seulement nationale, mais internationale! En réalité, les barricades qui avaient réussi en février 1848 s'étaient déjà montrées non seulement inutiles, mais nocives dès juin 1848; dans la Commune, elles ont joué le rôle d'une dangereuse illusion, presque tous pensant: «On n'osera pas...», ce qui démontra «a contrario» la nécessité pour la révolution purement prolétarienne d'une attaque centralisée, chose d'autant plus évidente qu'au début la Commune jouissait d'une réelle supériorité militaire, bien que le mouvement n'ait pas été déclenché dans des conditions générales favorables.
La seconde attitude consiste à présenter la Commune comme un fait national-démocratique, républicain-patriotique, continuation logique de la défense nationale contre les «barbares» prussiens et en outre berceau de la République «de tout le monde,», de la République libérée des hypothèques royalistes et féodales. C'est l'interprétation adoptée par le P.C.F. et les staliniens en général qui, avec leur habituelle impudence, ne manquent pas une occasion d'en faire une anticipation de la... Résistance, du maquis contre les «Boches» et les collabos, grâce au précédent des francs-tireurs.
La troisième interprétation considérant comme exemplaires les aspects démocrato-libertaires de la Commune la présente comme un modèle de révolution fédéraliste et de démocratie directe qui n'aurait échoué qu'à cause des tentatives, d'ailleurs vaines, de lui donner une direction dictatoriale. Il va de soi que sur cette position convergent non seulement les anarchistes et les sociaux-démocrates, mais aussi les déstalinisateurs officiels. Quant à la conception stupide et pré-sorélienne de la Commune comme «Révolution latine» (1) opposée ou schématisme hégélo-teutonique de Marx, elle annonce évidemment les théories des «voies nationales» au socialisme.
De toute façon, on pourrait dégager de la Commune, de façon aussi abstraite qu'arbitraire, toute une série de «significations». y compris celle d'une tentative de conciliation des classes!
Tout cela, à notre avis, ne touche pas le problème véritable: ce que la Commune a été par la force des choses et indépendamment de la pensée de ses représentants. De même que, loin d'être fortuite, sa direction fut exactement ce que les circonstances lui permettaient d'être, les déficiences de cette direction ne peuvent pas être conçues comme de simples accidents n'affectant pas l'épanouissement du mouvement et dont on pourrait faire abstraction pour rendre hommage à la spontanéité conçue de façon mécaniste. En effet, dire qu'une direction adéquate a fait défaut revient à dire qu'a manqué l'actualisation et la poursuite consciente de la tâche historique du prolétariat et donc qu'a manqué une praxis révolutionnaire pleinement développée, c'est-à-dire parvenue à la connaissance et à l'emploi des moyens adéquats pour atteindre des buts clairement définis («sans théorie révolutionnaire, pas d'action révolutionnaire»).
Les limites de l'assaut au ciel
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Il y a donc eu dans la Commune une différence entre la charge et la force potentielles du mouvement d'une part et sa manifestation de l'autre. Révolution sans aucun doute prolétarienne en soi, la Commune n'a pas pu l'être en soi et pour soi à cause du manque nullement occasionnel d'un appareil capable de recueillir, de concentrer l'impulsion objective reçue. C'est ici le lieu de rappeler l'image de Trotsky dans la préface de son «Histoire de la Révolution russe»:
«Sans une organisation dirigeante, l'énergie des masses se volatiliserait comme la vapeur quand elle n'est pas renfermée dans un cylindre à piston; cependant le mouvement dépend de la vapeur, non du cylindre ou du piston.»
Naturellement, «le cylindre à piston», c'est le Parti, qui ne crée pas mais dirige la révolution, et qui n'est pas non plus lui-même créé, ni en tant que programme (parti historique) résultant de la manifestation des contradictions irrémédiables de la société bourgeoise, ni en tant qu'organisme constitué d'un ensemble de cadres qui va former l'état-major de l'armée prolétarienne (parti formel) résultant d'une exaspération des conflits sociaux qui, par un passage de la quantité à la qualité, détruit dans une avant-garde de la classe ouvrière l'influence de l'idéologie et de la classe dominantes, et les tendances centrifuges, particularistes et locales.
Ce manque de clarté programmatique de la Commune est très bien démontré par le fait qu'elle a adopté un ensemble de formules héritées du passé et allant du souvenir des communes médiévales à la Commune à majorité hébertiste de Quatre-vingt-treize. Il ne devrait pas être nécessaire de rappeler que, selon Marx (cf. «Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte», ch. 1), la prémisse pour que la révolution sociale prenne conscience de son contenu propre et s'oriente en conséquence est justement le rejet de telles réminiscences et la formulation de la mission historique propre au prolétariat, qui n'est plus ni un instrument parlant (vocale instrumentum) comme les esclaves, ni un ordre, ni une plèbe, mais une classe tout à fait particulière, puisque par son auto-suppression, elle supprime tout le mécanisme de la société divisée en classes; une classe qui n'a que faire de «cahiers de doléances», qui n'a pas de «droits» méconnus à faire reconnaître, car son unique revendication en tant que classe historique est la suppression de la situation non pas juridique, mais effective que lui impose la mercantilisation de la société et en premier lieu de la force de travail.
Il est important de souligner ici que l'attachement superstitieux aux formes passées, expression de l'impuissance à concevoir le dépassement et donc l'abolition (Aufhebung) dialectique des rapports capitalistes, ainsi que les conditions plus ou moins métahistoriques de la société des producteurs-propriétaires, caractérisent la direction de la Commune toute entière. C'est ce qui explique le jugement draconien de Lénine en 1905, selon lequel la Commune fut «un gouvernement petit-bourgeois révolutionnaire», ce qui indique que la participation de membres ouvriers à ce gouvernement n'y a pas introduit d'élément prolétarien sur le plan politique, les mesures prises restant de caractère petit-bourgeois comme leur origine les y condamnait. Pour illustrer ce fait, il suffit ici d'un seul exemple, celui de la politique des Internationaux (membres français de la Première Internationale) à l'égard de la Banque de France que Francis Jourde et Charles Besley (2) protégèrent, tandis que le groupe blanquiste de l'ex-Préfecture dirigé par Rigault cherchait à s'en emparer, fût-ce par un coup de main, intention rendue vaine par l'attitude des organes «responsables» de la Commune occupés par les proudhoniens.
Le 18 mars 1908, Lénine résumait dans un discours tenu à Genève les principaux points de la critique marxiste de la Commune en observant:
«L'idée de patriotisme (qui) remonte à la grande Révolution du XVIIIme siècle s'empara de l'esprit des socialistes de la Commune et Blanqui, par exemple, révolutionnaire incontestable et adepte fervent du socialisme, ne trouva pour son journal de titre mieux approprié que ce cri bourgeois: «La Patrie en danger»!
La réunion de ces deux objectifs contradictoires - patriotisme et socialisme - constitua l'erreur fatale des socialistes français. Dans le Manifeste de l'Internationale de septembre 1870, Marx mettait déjà en garde le prolétariat français contre un engouement pour le mensonge nationaliste...
Dans la Commune, deux fautes anéantirent les fruits d'une brillante victoire. Le prolétariat s'arrêta à mi-chemin: au lieu de procéder à «l'expropriation des expropriateurs», il se laissa entraîner par des rêves sur l'établissement d'une justice suprême dans le pays, unifiée par une tâche nationale commune; des institutions comme les banques par exemple ne furent pas saisies, la théorie proudhonienne de l' «échange équitable» régnant encore parmi les socialistes. La deuxième faute fut la trop grande magnanimité du prolétariat; au lieu d'exterminer, comme il aurait dû le faire, ses ennemis, il chercha à exercer une influence morale sur eux, il négligea l'importance des actions purement militaires dans la guerre civile et au lieu de couronner Sa victoire à Paris par une offensive résolue sur Versailles, il temporisa et donna au gouvernement de Versailles le temps de rassembler les forces réactionnaires et de se préparer à la sanglante semaine de Mai.»
Une analyse sommaire des forces composant la direction communarde nous aide à comprendre les représentations idéologiques du mouvement auxquelles nous avons déjà fait allusion et à démontrer jusqu'à quel point l'insuffisance de la direction équivalait à un hiatus entre la poussée objective et la maturité subjective. Comme le disait Rosa Luxembourg dans sa polémique contre Bernstein, en tant que classe en soi, agglomération d'individus prolétariens, le prolétariat n'est jamais mûr pour la révolution, et c'est la crise qui l'oriente vers son guide et son cerveau, le Parti. Dans la Commune, nous voyons au contraire une révolution «acéphale» dont les réalisations ne correspondent qu'en infime partie à la pression du mouvement réel, ce qui n'exclut bien entendu pas leur importance, qui est proportionnée à l'importance même de ce mouvement: mais si on la confronte avec la tâche historique à réaliser «l'assaut au ciel» pour reprendre l'expression de Karl Marx cette importance et cette grandeur deviennent dialectiquement misère.
Bien sûr, la composante patriotique et nationaliste joua un rôle considérable dans la Commune, dont la naissance même prématurée et hors de propos, selon le jugement bien connu de Marx s'inscrivait dans l'ensemble des tentatives de «radicalisation» du gouvernement qui remplaça ce «gouvernement de trahison» qui «aurait dû» défendre la France de l'avance prussienne. Tout le monde sait que, dans son journal, Blanqui lui-même avait sombré non seulement dans le patriotisme, mais dans le chauvinisme et le racisme, puisqu'il y décrivait les Allemands comme des «pithécanthropes» sortis de forêts noires plongées dans d'éternelles ténèbres médiévales, chose vraiment indigne de sa plume, mais malheureusement plus qu'explicable. Ce nationalisme n'était pas, d'autre part, une attitude transitoire, car l'illusion réactionnaire qui devait atteindre son sommet dans la formule de la «révolution latine» et dans la conviction que la tâche la plus urgente était d'en préserver le foyer - la France - est bien caractéristique de la pensée de Blanqui, et ses polémiques contre Mazzini sont presque exclusivement axées sur ce leitmotive (3).
Il en est résulté un absurde mariage des blanquistes et des jacobins radicaux dans la majorité communarde, avec pour résultat pratique le blocage de toutes les mesures caractéristiques des blanquistes, et de ce fait, la renonciation par le blanquisme lui-même - sauf cas isolés, à une action autonome. D'autre part, on ne peut pas passer sous silence le fait incontestable et illustré par de nombreux faits que les attitudes chauvines et les penchants à l'Union sacrée étaient très répandus et presque généraux au sein de la section française de la Première Internationale. On connaît bien l'attitude patriotique de cette section de l'internationale face à la guerre franco-prussienne, qui contraste avec l'internationalisme fermement et rigoureusement observé par la section allemande dirigée paf Bebel et par le vieux Liebknecht. Cette attitude chauvine de ligues de métier particulières adhérant à l'Internationale allait jusqu'à la provocation xénophobe, à l'invitation faite aux patrons locaux (4) à persécuter les prolétaires «étrangers» et notamment allemands, en tant qu' «espions de l'ennemi». une espèce d' «A chacun son Boche» avant la lettre (5).
On pourrait objecter, avec l'exemple de Jules Vallès et de son journal, que les éléments les plus proudhonisants ne tombèrent pas dans cette attitude chauvine, du fait qu'ils étaient en général hostiles au problème des nationalités (ce qui, comme Lénine devait le démontrer à Luxembourg, n'est en soi nullement révolutionnaire en tout temps et en tout lieu), malgré l'attitude à l'occasion raciste de Proudhon qui voulait résoudre la question juive à la Eichmann. Il ne faut pas oublier qu'ils substituaient au patriotisme le fédéralisme localiste, étant adversaires de la guerre entre Etats dans la mesure même où ils l'étaient de la révolution, c'est-à-dire de la guerre civile.
Employant presque les mêmes mots que Proudhon qui prônait la «combinaison économique» à la place de la Révolution, l'«Independant Labour Party» opportuniste (futur pilier du Bureau de Londres) sera fustigé par Lénine en octobre 1916 pour avoir écrit:
«Nous n'approuvons aucune insurrection armée, de même que nous n'approuvons aucune forme de militarisme et de guerre».
Et ce que Lénine lui répliquait est entièrement valable contre les proudhoniens:
«Est-il nécessaire de démontrer que de pareils «anti-militaristes» de pareils partisans du désarmement, non plus dans un petit pays, mais dans une grande puissance, sont les opportunistes les plus dangereux? Et pourtant, théoriquement, ils ont tout à fait raison quand ils considèrent l'insurrection armée comme «une des formes» du militarisme et de la guerre» (Contre le Courant).
Ainsi, si les blanquistes firent un front unique de fait avec des radicaux petits-bourgeois aux délires montagnards incapables d'une quelconque perspective historique, la section française de la Première Internationale constituait elle-même un front unique de divers courants, avec prédominance de tendances petites-bourgeoises comme le proudhonisme et quelques nuances bakouninistes (Eugène Varlin) dans la perspective utopique de la collaboration de classe qui était impliquée dans la pacifique «combinaison économique» des mutualistes ou coopérativistes.
En tout cas, la conciliation nationale était présupposée par toutes les tendances de la direction communarde, et non seulement par des proudhoniens à la Jourde-Beslay, ou bien par des bavards «jacobins» à la Pyat et Miot, mais même par un des blanquistes «de gauche» les meilleurs et les plus clairvoyants, Théophile Ferré, qui dans ses déclarations par ailleurs très courageuses et dignes au procès reconnaissait dans la Commune une tentative légalitaire de réorganisation nationale que les «réactionnaires» de Versailles avaient refusée, contraignant ainsi les Communards à la résistance.
En effet, ce fut Versailles elle-même (et notamment sa gauche dirigée par ce même Louis Blanc qui, longtemps après le massacre des Communards, demandera l'amnistie pour les rescapés) qui «tua la conciliation», pour employer l'expression de Vermesch. Ce fut elle qui démontra, avec l'appui complaisant de Bismarck, que les prolétaires n'ont pas de patrie; que les bourgeoisies, jusqu'alors rivales pour l'accaparement des marchés, ne connaissent plus d'ennemis nationaux face au prolétariat insurgé, mais se fédèrent en une unique Internationale capitaliste; que la «démocratie avancée» des Louis Blanc et épigones rivalise avec n'importe quel Deuxième Empire (nous pourrions dire para-fasciste par avance) dans la répression de ce mouvement ouvrier qui sort de l'ornière, c'est-à-dire qui dépasse les limites de ce que la bourgeoisie elle-même peut et doit donner pour conserver son pouvoir de classe. Bref, c'est elle qui confirma que «ceux qui font les révolutions à demi creusent leur propre fosse», comme Saint-Just s'en était aperçu, avec une intuition valable non seulement pour la révolution bourgeoise, mais plus encore pour la révolution prolétarienne.
Sans doute, cette orientation petite-bourgeoise de la direction communarde avait-elle une base sociale bien définie, ce qui est aussi vrai pour la minorité soi-disant «socialiste» que pour la majorité «jacobine». Mais il serait tout à fait faux de conclure, comme par exemple, l'anecdotiste Rougerie, que tous les Communards étaient des petits-bourgeois révolutionnaires, voire des sans-culottes plutôt que des insurgés prolétariens: pour ces historiens-là, la violence et la terreur sont toujours du «jacobinisme», comme si, comme l'a prétendu Kautsky, imité par ces Messieurs même lorsqu'ils l'ignorent, le caractère prédominant du révolutionnaire prolétarien était la faiblesse contre-révolutionnaire, c'est-à-dire... le girondinisme appliqué à la classe ouvrière!
En réalité, ce fut le poids de la petite bourgeoisie qui l'emporta sur la poussée ouvrière justement du fait du manque de préparation révolutionnaire de cette dernière, ce qui se produisit (il paraît même banal de l'ajouter) dans nombre d'autres révolutions et contre-révolutions, même là où le prolétariat avait atteint avec l'industrialisation le plus grand développement «sociologique», l'exemple classique restant toujours l'Allemagne d'il y a un demi-siècle. D'ailleurs, il faut rappeler aux historiens que Marx ne craignait pas de parler de la possibilité et de la nécessité d'une politique autonome de la classe prolétarienne même au cours de la première phase de la révolution double, comme on peut le lire dans la fameuse «Adresse du Comité Central de la Ligue des Communistes» de mars 1850. Et l'Allemagne de 1848 était évidemment passablement moins «industrialisée» que la France au sortir du Deuxième Empire, avec la permission des sociologues!
Dans la «Gazette Ouvrière», n° 4-5 du 15 avril 1911, Lénine établissait la façon correcte de poser la question:
«Il faut au moins deux conditions pour qu'une révolution sociale puisse triompher, à savoir, le niveau élevé des forces productives et la préparation du prolétariat. Ces deux conditions étaient absentes en 1871. Le capitalisme français était encore peu développé, la France était encore un pays en majeure partie petit-bourgeois (d'artisans, paysans, petites gens d'affaires, etc.). D'ailleurs la masse ouvrière n'avait pas une idée claire de ses buts et des moyens pour les atteindre, elle n'était ni préparée ni exercée. Il n'existait ni de bonne organisation politique du prolétariat, ni de larges syndicats ou de grandes coopératives...».

NOTES

1Aucune cause ne peut justifier la vengeance, robespierriste, anarchiste, trotskyste ou islamiste, Malatesta était très clair là-dessus, et reconnaissait que cela servait toujours l'Etat capitaliste : En 1896, Malatesta, rapportant cette nouvelle parue dans un journal anarchiste - « A Barcelone, une bombe a éclaté dans une procession religieuse, faisant quarante morts et on ne sait combien de blessés. La police a arrêté plus de 90 anarchistes avec l’espoir de mettre la main sur l’héroïque auteur de l’attentat »- commentait ainsi, dans le numéro unique de L’Anarchia (août 1896) : « Aucune raison que la lutte pourrait justifier, aucune excuse, rien ; est-il héroïque d’avoir tué femmes, enfants, hommes sans défense parce qu’ils étaient catholiques ? Cela est déjà pire que la vengeance : c’est la fureur morbide de mystiques sanguinaires, c’est l’holocauste sanguinaire sur l’autel de Dieu ou d’une idée, ce qui revient au même ; ô Torquemada ! ô Robespierre ! » (extrait de mon livre sur la guerre d'Espagne).

2 Cf. Justice et déviance de Frédéric Chauvaud, Presses universitaires de Rennes, 2007.

3Cf. Capital sorcier et travail de dieu : https://www.cairn.info/revue-politique-africaine-2000-3-page-48.htm


4Ibid.

mercredi 13 juillet 2016

Nous ne sommes pas des "gréviculteurs"


par Marc Chirik

(intervention orale au 3ème congrès de Révolution Internationale, 1978, les militants comme équipe de foot avec un entraîneur efficace)

...C'est vrai qu'il y a une distinction qui se fait entre l'action de l'organisation comme telle, et celle des militants. C'est vrai aussi que le militant agit partout comme membre de l'organisation, mais là se fait la distinction: c'est sur les plans où se situent ces activités. C'est cela que ne voient pas ceux qui sont amenés à dire que les militants doivent chercher à être les chefs dans les luttes immédiates. Cette vision n'est pas tout à fait la nôtre. Ce que nous cherchons, nous, ce n'est pas de demander sa confiance à la classe pour qu'elle nous délègue la direction de ses luttes, mais de faire en sorte que la conscience de la classe se généralise pour que ce soit elle en tant que classe qui assume ses tâches. C'est là notre tâche fondamentale.
Nous ne pouvons pas dire seulement "généralisation" des luttes, les syndicats sont capables de récupérer ce mot d'ordre, on l'a déjà vu. Nous devons en dire plus, ne pas limiter la généralisation à l'espace, mais l'étendre au fond, allant des luttes pour des questions partielles aux questions générales. Dans les luttes nous devons toujours avoir présent à l'esprit trois soucis:

- pourquoi est menée cette lutte ?
- qui la mène ?
- comment se mène-t-elle ?

La grève n'est pas en elle-même une panacée. Les syndicats peuvent déclencher des grèves sur des revendications anti-prolétariennes, on l'a vu en Italie avant 1914, avec des grèves qui préparaient les ouvriers à la guerre. Nous ne sommes pas des "gréviculteurs".
Ce n'est pas un hasard si la question de l'intervention directe se pose à nous aujourd'hui, cela révèle deux moments: celui du développement des luttes ouvrières, et celui du développement de l'organisation des révolutionnaires qui est de plus en plus impliquée concrètement dans les luttes. Pour répondre à ce problème, il faut souligner que:

- l'intervention des militants est toujours sous le contrôle de l'organisation,

- le militant ne doit jamais exiger que la lutte dans l'usine atteint une conscience globale pour y participer, pour en être un facteur actif en intervenant. Nous devons absolument faire nôtre ce que Marx disait dans le Manifeste sur les communistes qui sont les combattants les plus décidés dans la lutte de classe.

- tant l'organisation que le militant n'ont pas à faire de la surenchère, à être plus radicaux que les ouvriers; cette attitude existe chez certains groupes parce qu'ils sont isolés, coupés de la classe, comme le FOR.

- les militants de la classe ouvrière doivent mener la lutte locale de la manière la plus effective et la plus efficace. Ce n'est ni un sport, ni une fête, comme peuvent le penser les surréalistes ou les situationnistes. Etre au sein des luttes, avec sérieux et responsabilité, c'est le contraire de ce que font les anarchistes qui font la "grève générale" tous seuls ou des "actions exemplaires". C'est avoir la conviction d'une victoire partielle possible et rejeter l'attitude du style "le capitalisme n'a rien à accorder", défendre les positions des ouvriers contre les atteintes du capital, et être avec eux décidés à faire aboutir la lutte.

- Notre dénonciation des syndicats et courants anti-prolétariens doit être la plus énergique possible; cela signifie qu'elle ne doit jamais prendre des formes abstraites, plaquées sur la lutte, mais être le démasquage concret, dans le faits, à travers les problèmes pratiques, de leur nature anti-prolétarienne.

- Nous devons exercer une vigilance constante à l'égard des manoeuvres anti-prolétariennes; si, au début de la lutte, il est difficile de démontrer les manoeuvres syndicales, il faut s'assurer de pouvoir les dénoncer immédiatement, au fur et à mesure du développement de la lutte.

- à l'égard de toute tentative de formation de groupes au sein de usines, il faut être conscient que de tels groupes, comme ceux qui se réclamaient de l'autonomie ouvrière, sont des groupes politiques qui entravent la formation de l'organisation politique de la classe. Par contre, nous apportons notre soutien à tout surgissement réel de groupes de réflexion dans les usines ou les quartiers et nous y participons.




jeudi 30 juin 2016

Après Ankara, Istanbul... De mystérieux attentats


Le plus curieux est que l'attentat (comme les précédents, sans oublier l'accident inexpliqué d'Egypt Air)) reste mystérieux. Le même jour la chaîne teutonne (d'un pays ami du despote Erdogan) diffusait une soirée consacrée à la complicité daech-Etat turc... serait-ce un renversement d'alliance? ou un nouvel écran de fumée (sanglant) pour couvrir la complicité de la Turquie qui met tous les attentats sur le dos des kurdes en général? Alors que tout le monde sait que ce sont les SS turcs ou le laisser-faire qui président à ces meurtres de masse.

Vous lirez deux visions ci-après, celle du consensuel Le Monde, plate et creuse, puis l'interview du Figaro plus intéressante politiquement sur les magouilles impérialistes que cachent ces sinistres attentats, où daech à défaut d'être la main de dieu, est le poignard de l'impérialisme US, de l'Arabie Saoudite (qui a le culot de plaindre quelques concitoyens victimes) et …de la Turquie terroriste du despote Erdogan. Aux dernières nouvelles les trois kamikazes seraient d'origine russe. A qui profite le crime au moment même de la réconciliation Russie-Turquie? Daech se serait-il mis au service du SVR?

L'immonde :
« Si aucune revendication n’a été reçue pour l’heure, Ankara penche vers l’hypothèse d’une opération menée par des membres de l’organisation Etat islamique (EI). « Les indices pointent Daech [acronyme arabe de l’EI] », a ainsi déclaré le premier ministre, Binali Yildirim. Lors de deux attentats précédents à Istanbul, les autorités turques s’étaient également empressées d’attribuer l’attaque à l’organisation terroriste. Depuis les Etats-Unis, le directeur de la CIA, John Brennan, a lui aussi dit que l’attentat portait « sans aucun doute la marque de la dépravation de l’EI ». Le président américain, Barack Obama, avait lui-même laissé entendre un peu plus tôt, mercredi, que l’attaque-suicide pourrait être l’œuvre de l’organisation djihadiste. Par son ampleur, sa cible et son mode opératoire, cette opération se distingue toutefois de celles précédemment attribuées à l’EI. Mais elle comporte aussi des similarités avec celle survenue, le 22 mars, à l’aéroport de Zaventem à Bruxelles, celle-ci ayant été revendiquée par l’organisation terroriste. Mais l’EI n’est pas le seul suspect. La Turquie est confrontée à une autre menace, celle des autonomistes kurdes du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), en guerre contre Ankara depuis 1984 ».



FIGAROVOX/ENTRETIEN - Alain Rodier décrypte le contexte géopolitique turc après l'attentat de l'aéroport d'Istanbul. Pour lui, les indépendantistes kurdes restent, devant l'Etat islamique, l'ennemi prioritaire d'Ankara.

Spécialiste du terrorisme et de la criminalité organisée, ancien officier au sein des services de renseignement français, Alain Rodier est directeur de recherche au Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R).

FIGAROVOX. - Les attentats à l'aéroport d'Istanbul, métropole attaquée pour la troisième fois cette année, on fait 41 morts et 239 blessés. Que vous inspirent-ils?
Alain RODIER. - Ils font partie intégrante de la «situation de guerre» dans laquelle la Turquie se retrouve aujourd'hui empêtrée. Ils marquent l'échec de la politique étrangère menée par Recep Tayip Erdogan depuis les printemps arabes en général et la révolution syrienne en particulier.
Ont-ils été perpétrés par l'Etat islamique? Si c'est le cas, comment expliquer qu'ils n'aient pas été revendiqués?
Il est trop tôt pour avoir des certitudes. Selon Binali Yildirim, le tout nouveau Premier ministre turc, des indices
Le mode opératoire rappelle d'autres actions revendiquées par Daech comme l'attentat dirigé contre l'aéroport de Bruxelles.
concordants laissent à penser qu'il s'agit bien de Daech. Sachant que les autorités turques ont tendance à présenter les séparatistes kurdes comme les premiers instigateurs d'attentats, il est fort probable que les services de renseignement turcs aient en leur possession des éléments qui leur permettent d'avancer cette thèse. Il est vrai que le mode opératoire rappelle d'autres actions revendiquées par Daech comme l'attentat dirigé contre l'aéroport de Bruxelles.
Jusqu'à aujourd'hui, jamais Daech n'a pas revendiqué les opérations qui lui ont été attribuées en Turquie (en particulier les attentats de 2015 à Suruç et à la gare centrale d'Ankara). C'est une curiosité puisque partout ailleurs, Daech revendique dans les heures qui suivent toutes les opérations qu'il peut mener ou que d'autres conduisent en son nom. Il est possible que ce soit une manière de ne pas «humilier» directement le pouvoir turc de façon à se préserver une «porte de sortie (et d'entrée)» via la Turquie. En effet, c'est le seul pays par lequel les volontaires et la logistique peuvent transiter. Cela dit, il semble que les limites aient été atteintes et que Ankara ne va plus faire de cadeaux.
La Turquie a effectué de récents rapprochements avec la Russie - versement de compensations financières après avoir abattu un avion de chasse russe en novembre 2015, déclarations du chef de la délégation turque à l'Assemblée parlementaire de la Coopération économique de la mer Noire sur la nécessité de coopérer avec la Russie dans le domaine de la lutte antiterroriste - et avec Israël. Faut-il y voir une explication des attaques de l'aéroport?
Il est vrai que le président Erdogan semble être en train d'effectuer des virages à 180° dans le domaine de sa politique étrangère. Les excuses faites à la Russie concernant son bombardier abattu alors qu'il survolait très momentanément l'espace aérien turc (le président Erdogan est revenu sur les «compensations» qui seraient accordées par Ankara à Moscou) et le rétablissement de relations «normales» avec Israël en sont les signes les plus marquants. Le président Erdogan qui est extrêmement intelligent sait se montrer très pragmatique. Sa politique étrangère a échoué et il tente d'en changer. Cela va sans doute être possible avec Israël mais plus long avec la Russie.
Ces attentats sont-ils liés à l'ambiguïté entretenue par Erdogan au sujet de la lutte contre l'Etat islamique?
En 2011, l'idée première de Erdogan, alors premier ministre, était de faire retrouver à la Turquie un rôle central dans le monde musulman sunnite, surtout par opposition à son vieil adversaire iranien (chiite). Il était alors poussé par les Frères musulmans -alors en odeur de succès- dont il est très proche, voire plus... Dans ce but il pensait que la chute de Bachar el-Assad honni par l'ensemble du monde sunnite était un préalable et que la Turquie devait jouer un rôle prépondérant. Cela a été sa première erreur car il a sous-estimé le pouvoir de résilience du régime syrien et surtout ses alliances indéfectibles avec l'Iran et la Russie. Il n'a pas été le seul à se tromper mais il a persisté dans l'erreur plus longtemps que les autres.
L'idée machiavélique d'Erdogan a consisté à utiliser Daech contre les Kurdes syriens.
Tous les moyens étaient permis pour abattre Assad, en particulier le soutien aux groupes salafistes-djihadistes dont beaucoup dépendaient d'Al-Qaida «canal historique» via le Front al-Nosra. Daech n'a fait sécession qu'en juin 2014. Cette branche n'était considérée au départ par Ankara que comme une des différentes formations islamiques radicales sur laquelle s'appuyer, ce qui explique sa mansuétude à son égard. Toutefois comme Daech était l'organisation salafistes-djihadiste la plus puissante, l'aide turque a été proportionnelle. De plus, l'idée machiavélique d'Erdogan a consisté à utiliser Daech contre les Kurdes syriens considérés comme des «cousins» des séparatistes kurdes du PKK (ce qui est loin d'être faux). Pour lui, la création d'un «Etat» kurde dans le nord de la Syrie est inadmissible car il représente à terme un risque pour l'unité même de la Turquie, les séparatistes du PKK pouvant s'en servir comme base arrière.
Observe-t-on un changement d'attitude de la Turquie envers l'Etat islamique? Devient-il l'ennemi prioritaire, devant les indépendantistes kurdes?
Les indépendantistes kurdes restent l'ennemi prioritaire des Turcs nationalistes qui sont majoritaires dans l'opinion publique et dans les différents partis politiques dont l'AKP au pouvoir. En effet, ils sont considérés comme une menace supérieure pour la stabilité et l'unité du pays. Mais les salafistes-djihadistes commencent à être considérés comme une menace importante surtout pour l'économie turque en général et le tourisme en particulier. Sur le plan idéologique, c'est une lutte à mort entre les Frères musulmans en place à Ankara et les salafistes-djihadistes de Daech.
Il convient d'ajouter que le président Erdogan, en jouant la police et la justice contre l'armée (procès Ergenekon) puis ensuite inversement, a considérablement affaibli l'outil sécuritaire turc, les cadres d'expérience se retrouvant au mieux à la retraite, au pire en prison. Cela explique peut-être les «failles sécuritaires tant dénoncées par les observateurs. Il faut dire qu'une de ses obsessions est de faire disparaître le «mouvement Gülen» (très présent au sein de l'appareil politico-judiciaire) qui l'a aidé à atteindre les commandes du pays mais qui est devenu trop encombrant pour la réalisation de ses ambitions personnelles: un régime présidentiel taillé à sa personne.
L'EI semble apte à frapper partout, pays musulmans compris. Assiste-t-on à une mondialisation de la guerre asymétrique de l'Etat islamique contre le monde?
Le Groupe Etat islamique est apte à frapper partout dans le monde à tel point que même le Brésil commence à se faire du souci pour les Jeux Olympiques qui doivent avoir lieu en août.