"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

vendredi 25 décembre 2015

Déchéance de la nationalité et déchéance de l'internationalisme

UNE BAGARRE CREUSE ENTRE BOURGEOIS

Nationaux, binationaux, plurinationaux... les anneaux inextricables de l'idéologie de guerre moderne

Fièrement patriote dans la guerre anti-terroriste ?

Faut-il retirer la nationalité française aux personnes qui partent faire le djihad à l'étranger ? Pour l'instant, la loi autorise cette mesure uniquement quand elle cible des auteurs d'actes terroristes binationaux qui ont obtenu la nationalité française depuis moins de dix ans. Mais le débat se durcit depuis les attentats de Paris... dans le verre d'eau politicien hexagonal où tout est confus et où personne n'y pige que pouic ! Pourtant la vie politique bourgeoise semble bien n'être plus que répétitions de mêmes événements dramatiques, de mêmes arguties, de mêmes crimes, d'une même répétition... répudiation générale ?

Au début de cette année, dans les colonnes du Figaro, un sénateur belge, Alain Destexhe1, expliquait comment le gouvernement de son pays envisageait d'appliquer la déchéance de nationalité aux terroristes condamnés, le 10 février soit peu de temps après le meurtre des dessinateurs de Charlie Hebdo. Etait décrite la même scène de scandale qui se déroule en ce moment en France à la veille de la fête païenne de Noël : une gauche bourgeoise s'époumonant contre une stigmatisation honteuse au regard du « droit international » qui interdit de créer des apatrides2. Les binationaux peuvent être appelés à servir dans les deux armées, tout comme à voter les crédits militaires dans leurs deux pays même si ceux-ci sont en guerre... La gauche bourgeoise contestataire n'a pas entièrement tort pour une fois, mais pas pour les raisons qu'elle avance, et sans avouer la séduction indirecte qu'elle manifeste envers les « électeurs musulmans ».

La question de la déchéance de la nationalité est une très vieille question qui n'est en rien dépendante des droits de l'homme ou d'une dignité civique bafouée comme le proclame la gauche vertueuse électoraliste et antiraciste3. Si vous examinez le traitement chronologique de ladite déchéance, pas seulement pour les binationaux4,sur votre wikipédia ou dans la liste de vos favoris des mystifications historiques, vous verrez qu'elle est toujours corrélée au moment de guerres, aux nécessités idéologiques de désignation d'un « ennemi intérieur », à peu près sur le même plan que la suppression des droits civils pour les condamnés de droit commun, et surtout aux nécessités de recrutement militaire massif5. C'est pas grand chose pour un aventurier ou un espion, et ça fait pas mal comme le peloton d'exécution.

Peu nous chaut la querelle en ses débuts, campagne idéologique qui devrait perdurer jusqu'en février prochain. On ne va pas vers une presse des années 1930 exigeant chaque jour la déchéance des juifs ! La campagne inaudible de l'extrême gauche pour la vigilance de l'antiracisme en 2015 confirme qu'elle n'a rien à voir avec la classe ouvrière, peut-être avec les assocs caritatives, mais surtout rend ses comptes aux petits bobos parisiens. L'indignation des Mélenchon et des retraités à la Cohn-Bendit nous fait sourire. Moins l'orchestration de « double faute » de Hollande6. Visiblement « habité » par le manoeuvriérisme à la Mitterrand, Hollande tient à faire savoir qu'il est au centre du jeu symbolique7; cela lui réussit très bien comme l'a confirmé le résultat des élections, sauf que, comme toujours, à force de diaboliser le FN, le plus grave passe : rien n'est véritablement organisé contre l'islamisme rampant, en particulier sur les lieux de travail, et les crétins nationalistes corses se voient déjà tirer leur épingle du jeu suite à l'oubli présidentiel. Néanmoins, malgré des ratés, un chef doit toujours déstabiliser par période, leçon de Machiavel.
Le maintien de la déchéance de nationalité – qui existe pourtant déjà dans la législation - qui ne pourra concerner qu'une dizaine d'imbéciles attrapés avec leur cagoule, jette le trouble dans toutes les factions politiques de droite à gauche. Sel de la manœuvre, la « laxiste » Taubira devrait démissionner, victime du « couac gouvernemental ». Peau de balle ! Mme Taubira a toute sa place au gouvernement de la gauche caviar, comme hier M. Chevènement chez Mitterrand. Ou hier encore les transfuges Kouchner et Buisson chez Sarkozy. Les gouvernements modernes se doivent d'être dotés de « sensibilités » diverses, comme d'un quota racial pour donner l'impression de représenter « tout le peuple » républicain et vacciné journellement contre le racisme et le fascisme. De même, Mme Duflot, en tant que représentante de la rive gauche et de l'écologie évolutionniste, a tout à fait le droit de s'indigner de la « trahison » du président sans frac et sans gibus : « Les criminels, on les pourchasse, on les juge, on les condamne"(...) "je préfére que quelqu'un qui a attaqué notre pays soit jugé en France, en prison en France et surveillé plutôt que renvoyé dans un autre pays et qu'on ne sache pas quand est-ce qu'il peut intervenir ou revenir". 
Vous l'aurez remarqué elle ne défend ni l'assassin mercenaire de l'impérialisme ennemi, ni un principe républicain violé jadis par l'extrême droite, mais une répression « contrôlée » au pays. Toute la tempête dans un dé à coudre de la gauche diversifiée et pluriculturelle ne porte donc que sur le degré de nationalité à préserver. Ces galipettes procédurales abstraites entre bourgeois au pouvoir des médias esquivent le fond du problème : la cause du terrorisme et ses imbrications avec con-vertis islamiques dans un panel de concurrents masqués au niveau international, à une époque où traîtres et espions ne sont plus fusillés mais servent à leur tour d'otages ou de monnaies d'échange entre Etats terroristes ! Les « belligérants » islamiques, ceux qui n'ont pas eu le temps de s'enfuir sans crever après avoir opéré au nouveau concept sociologique en vogue de « tuerie de masse », pourront toujours attendre en prison démocratique d'être un jour libérés, à la faveur de négociations inter-étatiques dont vous avez des chances de ne jamais entendre parler.
Sur le fond, la querelle est d'importance tout de même pour les bourgeois en guerre. Le sens de la bataille verbale (à l'arrière) est : la nationalité ça se mérite ! C'est d'ailleurs un prolongement du projet de débat échoué de Sarkozy et sa troupe sur l'identité nationale. Tous semblent s'être mis d'accord sur une exhumation du terme « patriotisme », quand de sévères professeurs politiques autorisés veulent nous « expliquer » qu'il n'a jamais copulé avec le terme nationalisme. Désormais un peu partout, non seulement en France, la classe ouvrière est constituée majoritairement d'immigrés. En aussi peu de temps cela constitue un changement par rapport à jadis, mais ce n'est pas le seul changement. L'immigration massive, est désormais vouée à ne pas reproduire la classe ouvrière classique mais à entrer, avec sa religion, dans le cadre de la « communauté nationale », c'est à dire à se considérer comme... autonome par sa religion, libre de décider si elle souhaite des mosquées ou faire porter des rideaux à ses femmes. La menace de déchéance de la nationalité, comme également je l'avais signalé pour la punition de la catégorie des hommes seuls qui vont au bordel, vise donc spécifiquement cette partie de la population prolétaire ; je suis complètement d'accord avec cet internaute anonyme qui écrit : « L'impact de cette mesure contribuerait à fragiliser encore des populations issues de l'immigration, puisqu’elles constitueraient évidemment sa principale cible. Près du tiers des descendants d’immigrés déclarent une double nationalité ». Dans le même sens, j'insiste sur le fait que l'islamophobie ne concerne pas les français croyants ou non, mais les prolétaires d'origine maghrébine qui en ont peur, qui sont soumis journellement à la pression policière de leurs maîtres à penser leur vie quotidienne et aux petits bras à longue barbe qui essaiment et prétendent régenter les mœurs de leur quartier à défaut de trouver une place honorable dans la société de classes hiérarchisées. En gros, sous prétexte de lutte contre une poignée d'assassins terroristes sans foi ni loi, on met la pression sur une grande partie de la classe ouvrière à connotation musulmane, pour faire mine de satisfaire celle, de souche, qui se sent aussi lésée que celle qui est stigmatisée si machiavéliquement par les médias Gorgones. L'ouvrier musulman est ainsi pris en otage entre imams et policiers institutionnels de l'ordre bourgeois.
On notera d'ailleurs immédiatement ci-après l'intrusion saoudienne (ce modèle de tolérance et de libération de la femme) qui arrive à peu près aux mêmes conclusions que moi :
« Parlant de cette mesure comme du résultat « des attaques de la droite contre les idéaux français », le site saoudien Arab News dénonce un « cadeau idéologique au Front national », et craint que l’extension de la déchéance de nationalité « n’isole les musulmans » de France. Car, « première cible de la lutte contre le terrorisme », les musulmans risquent de vivre dans la crainte de perdre leur nationalité, poursuit l’éditorial du site saoudien. Et de conclure : « Un tel changement de la Constitution ne fera que renforcer le statut de citoyens de seconde zone dont beaucoup de musulmans français ont souffert. »


Comment combattre une idéologie « sans patrie ni frontières » ?
On pensait en avoir fini avec la patriotisme depuis le carnage de 14-18, ou du moins depuis la boucherie « inter-nationaliste » et « anti-fasciste » de 39-45, ou encore, pour les puceaux, depuis le juvénile anti-patriotisme de 1968. Mais non, il nous est resservi, toutes classes, toutes races et toutes religions confondues, le patriotisme, ressorti de la naphtaline, des vieux livres d'école sentant bon l'aisselle des hussards noirs de la République. Est-ce qu'on n'avait pas trop rêvé, pas trop exagéré, pas trop oublié nos aïeux morts pour la France, Dantzig ou Alger ? Dans les moments de doute, un marxiste chevronné, devenu fébrile, se jette alors aussitôt sur ses classiques, couverts de poussière, pour se rassurer avec les « chers maîtres ».
Il trouve alors les classiques plus nuancés qu'il ne le pensait, pas anti-patriotiques simplistes à la Proudhon, Lafargue ou Gustave Hervé. Le Manifeste communiste :
« En outre, on accuse les communistes de vouloir abolir la patrie, la nationalité. Les ouvriers n'ont pas de patrie. On ne peut leur ravir ce qu'ils n'ont pas. Comme le prolétariat de chaque pays doit, en premier lieu, conquérir le pouvoir politique, s'ériger en classe nationalement dirigeante, devenir lui-même la nation, il est encore par là national, quoique nullement au sens bourgeois du mot ». Manifeste communiste de 1848 ».
Etrange, se dit-il, ce prolétariat « encore national... quoique nullement au sens bourgeois du mot ». Et cet héritier qui n'éclaircit pas mieux :
«La notion de nation, écrit Kautsky, est également difficile à délimiter. La difficulté n'est pas diminuée par le fait que deux structures sociales sont désignées par le même mot et la même structure par deux mots différents. En Europe occidentale, avec sa vieille culture capitaliste, la population de chaque Etat se sent solidement liée à lui. On y désigne comme nation la population d'un Etat. Dans ce sens, on parle par exemple d'une nation belge. Plus on se dirige vers l'Est de l'Europe, plus nombreuses deviennent les parties de la population d'un Etat qui ne veulent pas lui appartenir et qui constituent dans celui-ci des communautés nationales. On les nomme aussi bien «nations» que «nationalités». Il serait bien plus approprié d'appliquer à ces communautés cette dernière désignation» (La Conception matérialiste de l'Histoire).
Plus tard, un essayiste de génie, Rosdolsky éclaircit sa lanterne : « Pour revenir au passage cité au début de cet article, en caractérisant la lutte du prolétariat contre la bourgeoisie comme une lutte «en premier lieu nationale» Marx et Engels ont manifestement en vue une lutte menée en premier lieu dans le cadre d´un Etat. Cela découle clairement de la motivation de cette phrase selon laquelle «le prolétariat de chaque pays doit en finir, avant tout, avec sa propre bourgeoisie». Mais, de ce point de vue, la phrase «s'ériger en classe nationale dirigeante», «devenir lui-même la nation», acquiert également une signification tout à fait définie. En fait, elle ne dit rien d'autre que le prolétariat doit se dresser tout d'abord dans les frontières d'Etat existantes, s'ériger en classe dirigeante à l'intérieur des Etats existants. C'est pourquoi il sera «encore national», provisoirement, «quoique nullement au sens de la bourgeoisie» qui aperçoit son objectif dans les séparations politiques entre les peuples et dans l'exploitation des nations étrangères par sa propre nation. En opposition à cela, la classe ouvrière victorieuse agira dès le début en vue d'éliminer les séparations nationales et les oppositions entre les peuples et créera par sa domination les prémisses pour que disparaissent, «avec l'opposition des classes au sein de la nation», en même temps aussi «les attitudes hostiles des nations les unes envers les autres». De ce point de vue, et seulement de ce point de vue, peut-il être question en général de «l'abolition» ou de «l'annihilation» de la nationalité - dans la mesure où il faut comprendre par cela non l'élimination de la formation linguistique-ethnique existante (ce qui serait tout-à-fait insensé !) mais au contraire des séparations politiques entre les peuples. Dans une société où, selon les termes du Manifeste, «l'autorité publique perd son caractère politique», où l'Etat en tant que tel «dépérira», il ne peut en tout cas plus y avoir de place pour des Etats nationaux distincts ! »8.

Notre marxiste fébrile reste tout de même fébrile ! S'il faut attendre une prise du pouvoir nationale du prolétariat pour mettre fin à « l'exploitation des nations étrangères », aux « séparations nationales », à « l'opposition des classes à l'intérieur de la nation », aux « attitudes hostiles des nations les unes envers les autres », l'eau coulera sous les ponts jusqu'à la pollution complète et rapide de la planète. L'auteur fait allusion à une forme de « déchéance de la nationalité », mais seulement après le renversement de l'Etat bourgeois, ce qui semble évident à notre marxiste fébrile ; il reste dubitatif sur la non élimination de la « formation linguistique-ethnique existante » ; de quoi veut-il parler ? Et à notre époque, pourra-t-on renverser l'Etat bourgeois ailleurs que dans une seule nation, voire simultanément, en restant divisés par les nouvelles guerres de religion impérialiste ?
Sera-t-on obligé de conserver toutes ces religions bellicistes au nom d'une démocratie prolétarienne meilleure que la bourgeoise ?
Laissons pour l'instant de côté ces questions folles-désirantes de notre marxiste fébrile et revenons à notre prosaïque monde altermondialiste et antiraciste oecuménique pour ausculter ceux qui ont le mérite de tenter quelque chose, et pour qui, même si je les critique, j'ai un grand respect.
Je recense en général les prises de position des groupes maximalistes, même lorsqu'il y en a peu lors des événements graves. Il n'y a plus grand monde dans cet univers. J'ai reçu ou découvert avec retard, et je m'en excuse, la prise de position de Voix des travailleurs, feuille de boîte clone de celles de LO par un site Matière et Révolution, animé par Robert Paris, sur les massacres à Paris. Ce cercle, qui n'est pas un véritable groupe, pourrait être qualifié de groupe trotskien évolué. Sa prise de position s'intitule sous forme de tract à quatre pages : « Quel est ce monde ? Est-ce le nôtre ? Ou le nôtre est-il encore à construire ? ». L'auteur, et ses cosignataires, eussent pu faire bref, mais non. Le déroulé de l'argumentation ne se prononce pas immédiatement par rapport au carnage terroriste, mais s'étale, dans le plus pur style hollandesque, en nous livrant un catalogue de constats des turpitudes du capitalisme sur diverses couches de la population mondiale avec la méthode qui me sort par les yeux désormais : l'anaphore. Celle-ci permet l'accumulation d'un certain nombre de données visant à solliciter la compassion ou l'indignation du public. Cette méthode n'est plus bonne que pour les enterrements où en effet Hollande a excellé. Mais nous, comme les victimes, et les exploités du monde entier, ne voulons plus de paroles de réconfort face à cette « guerre mondiale qui commence » comme le note justement le tract. Voulant s'élever, par le catalogue et l'anaphore, au niveau des problèmes du monde entier, l'argumentation faiblit dès qu'elle aborde les 132 massacrés de novembre à Paris. Peut-on trouver une excuse aux mercenaires terroristes assassins en justifiant leur action d'abord comme une conséquence de l'intervention de l'impérialisme français en Libye puis en Syrie? (« on n'est pas étonné que cette guerre nous revienne en boomerang en pleine gueule ! »)et de critiquer l'incompétence des services anti-terroristes... Ces remarques ne sont pas entièrement fausses, mais inopérantes pour comprendre l'expansion du terrorisme, pas seulement à cause du capitalisme en guerre. Plus loin dans le tract il est noté que dans aucun des pays (de la Tunisie à la Syrie : « le terrorisme n'est apparu avant les destructions massives causées par les armées occidentales ». C'est bizarre de n'évoquer que les armées occidentales (et la Russie ? Et les diverses puissances régionales?). Et c'est faux. La pratique terroriste a été constante partout depuis le début du XX ème siècle, et pour faire court, peut-on oublier le « terrorisme des Etats faibles » à la fin des années 1970 avec le triomphe des ayatollahs iraniens en 1979. Avant de devenir une des stratégies des grandes puissances décadentes, ce « terrorisme des pauvres » a été développé par ces Etats, vassaux ou non des deux principales puissances du temps de la guerre froide9. Tous ces Etats avaient d'ailleurs été découpés artificiellement, et patriotiquement, de façon aberrante ; il suffit de voir la carte de l'Afrique. Ce qui ne signifie pas que les grandes puissances n'étaient pas derrière. Et la plupart de ces Etats furent régi au nom de la théorie stalinienne de la « libération nationale ». L'idéologie stalinienne, fruit du « socialisme dégénéré dans un seul pays » allait comme un gant à l'idéologie patriotico-nationale de Cuba à Ouagadoudou.
Or, dans tous ces pays, faussement libérés des grands frères impérialistes, a fini par apparaître une nouvelle idéologie, qui était (bien que l'on ne l'ai pas vue sous le béret de Guévara) déjà une religion patriotique à vocation cosmopolite, déjà clairement avancée par les aïeux de Tariq Ramadan. Même si l'islam a été sponsorisé d'une façon ou d'une autre par la principale grande puissance, il marche, il avance avec ce soi-disant « islam radical » justification du terrorisme. Boomerang des forfaits impérialistes de la bourgeoisie française, je veux bien, mais que les mercenaires assassins s'attaquent à des hommes armés de l'armée française, sinon leur cause est de la merde. Dans un raisonnement néo-tiers-mondiste sur les injustices en général, on oublie de que la particulier – le massacre de civils innocents – est le lot quotidien de la plupart des populations des pays directement mêlés aux guerres de rapine capitaliste. Et qu'il ne s'agit pas de critiquer seulement sa bourgeoisie, qui joue à se confondre et à compatir avec les victimes, mais d'expliquer pourquoi des victimes, armées de pied en cap, sont COMPLICES ET EXECUTANTS des basses œuvres. L'islamisme et son utilisation médiatique n'est pas un fascisme relooké, il est pire, il annonce la nouvelle guerre mondiale à terme. Certes le salafisme (ou la secte daech qui s'en inspire) est à l'islamisme ce que le nazisme est au fascisme. L'islamisme se répand beaucoup plus rapidement que ne s'était répandu le stalinisme ; ce dernier fonctionnait bien dans un cadre national, quand l'islamisme « sans patrie ni frontières » est en adaptation permanente (depuis Al Qaïda) au besoin mondial d'un capitalisme à la recherche effrénée de reconstitution d'un bloc antagoniste capable de justifier une nouvelle guerre vraiment mondialisée. L'islamisme avec sa charia et ses défroques du Moyen âge est bien plus mondialiste que le nazisme, qui vénérait le bastion allemand et n'avait pas la prétention globale, tout comme le fascisme italien portait haut la prétention à conserver le drapeau patriotique mais en restant dans la botte et avec quelques dépendances coloniales. Aujourd'hui le capitalisme débarrassé de l'intermède stalinien, a besoin d'un adversaire à sa mesure, même si c'est son miroir. Le capitalisme n'étant qu'une accumulation de patriotismes en compétition a besoin de la guerre comme d'une drogue, quitte à frôler le suicide.
Le tract se base sur des clichés ringards. Ce n'est pas « l'état de guerre », plus ou moins mis en scène -qui fait fuir massivement les populations qui peut «  mieux détourner de la crise économique, et pas vraiment les plus pauvres - sociale et politique »10, c'est l'invention de toute une série de concepts visant à donner des leçons de citoyenneté antiraciste aux millions d'abstentionnistes, avec ce fleuron idéologique : la dite islamophobie (inventée non pas T.Ramadan mais par le colonialisme français)11.
Les attentats des mercenaires terroristes ne sont pas encore la guerre. Ils aident à la préparer. Le tract contient des vérités : « c'est bien de la lutte des classes que l'impérialisme veut nous détourner en combattant un ennemi qu'il s'est lui-même fabriqué sur mesure : le terrorisme intégriste se revendiquant de l'islam ». Quoique la bourgeoisie n'ait pas trop d'inquiétudes à l'heure actuelle sur le niveau de la lutte des classes... Surtout pas des fariboles de « Voix des travailleurs » qui imagine que l'Egypte et la Tunisie ont connu rien de moins qu'un « début de soulèvement révolutionnaire » ; et franchement ce n'est pas la magie du bal terrorisme/anti-terrorisme qui a coulé la soi-disante « vague des révolutions du Maghreb », mais l'absence de perspectives politiques de classe dans une grand encadrement « islaméricain ».

La classe ouvrière n'est pas encore dangereuse en Europe au point qu'elle puisse être confondue avec les tueurs islamiques, mais on nous chante que : « l'état d'urgence a servi à Cazeneuve pour perquisitionner contre les travailleurs les plus combatifs d'Air France »12. C'est pas contre des travailleurs combatifs que la police à perquisitionné mais elle a participé à la même mise en scène que sous Sarkozy en 2006, avec l'épisode « les mosquées de Roissy » et la mésaventure du pauvre « bagagiste de Roissy » Abderrezak Besseghir ; la presse avait répercuté, avec pratiquement les mêmes chiffres que récemment et sans preuve tangible, que 72 travailleurs s'étaient vu retirer leur badge d'accès en raison de leurs liens avec « des mouvances fondamentalistes à visée potentiellement terroriste ». Même s'il peut toujours y avoir un ou deux con-vertis, le but est d'effrayer la population et indirectement de tout mettre sur le dos des islamistes de l'ombre. Il peut y avoir aussi des ratés dans les campagnes de manipulation de l'Etat bourgeois. L'affaire Merah est une des plus cruelles. Comme les conseillers de Sarkozy, les Raffy et Mucchielli, accusateurs publics irresponsables, jamais la presse n'a fait amende honorable d'avoir fait courir le bruit que le meurtre des jeunes militaires d'origine maghrébine et des enfants de l'école juive, était le fait du FN ; ces crimes étaient : «  la conséquence d'une campagne violente et haineuse à l'égard des minorités religieuses » ; malgré le nombre des victimes il n'y eût pas de gigantesques manifs comme lors des tueries à Paris.
Difficile pour la classe ouvrière, ou ceux qui veulent être ses hérauts, de combattre tant de confusion, de démêler le vrai du faux, de ce qui a réellement échappé à la surveillance policière et de ce qui est brodé autour.
Enfin, il ne faut pas tomber dans la propaganda régnante sur les motivations des apprentis tueurs des recettes de cuisine du coran, où l'abus de vidéos de daech montrant des enfants tués « rendent fous les islamistes et qui les amènent à vouloir punir les populations des pays occidentaux ». Je reproduis cet extrait inséré dans mon article : qui est daech ?
Le recrutement terroriste n'est ni une radicalisation (radicalisation de quoi ? Politique ? Certainement pas. Sociale ? Encore moins. Romantisme révolutionnaire religieux ? Des clous !) Très prosaïque le recrutement aux causes, nullement psychologiques, si bien décrites par un internaute anonyme :
Que cette nébuleuse terroriste n'ait aucun problème à recruter, pas grand mystère là dedans. Du fric, des voyages, de l'aventure, de l'adrénaline à profusion, une image de héros aux yeux des jeunes femmes converties, un sentiment d'appartenance, le paradis garanti où l'attendront des houris de service, à opposer le plus souvent à une vie monotone, sans but, sans flouze, sans prestige, d'un vide sidéral. Ajouté à cela, comme le montre cette analyse, un champ d'action paralysé par l'inertie, englué dans la procédure, où ne règnent qu'un minimum d'entraves, Ni les attentats ni le recrutement ne sont en voie de se tarir.
Pas sûr que le cri « révolution sociale » suffise à réveiller les morts ou à rassurer les vivants .
Sans doute faudra-t-il nous pencher plus sérieusement sur l'échec de l'utilisation du « joujou patriotique », du patriotisme comme collaboration de classe, sans oublier le cosmopolitisme islamiste comme collusion de classes. Avant de pouvoir pronostiquer une révolution sociale à l'horizon, et empêcher la déchéance de l'internationalisme prolétarien.

Déchéance des doubles nationalitaires Cohn-Bendit et  Valls. Laissons les bourgeois enterrer leurs projets moribonds avec leurs phrases creuses sur la préservation sacrée d'une nationalité à double ou simple vitesse. Autrefois cette élite puante débordait de chauvinisme simpliste, maintenant, c'est le contenu multinationaliste qui déborde de phrases du magasin des antiquités.

 


1Il est ex-président de Médecins Sans Frontières et auteur d'une « Lettre aux progressistes qui flirtent avec l'islam réac ».
2Sauf pour les révolutionnaires marxistes d'une Planète sans visa et réfugiés politiques laissés aux mains de leurs geôliers nationaux d'origine ! Lire l'article instructif sur les litiges posés par la gestion des « binationaux » : http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2015/02/10/31003-decheance-de-la-nationalite-la-belgique-va-plus-loin-que-la-france
3Hollande enfonce une porte ouverte : sur l'OBS un spécialiste répond : « Patrick Weil : L’article 23-7 du code civil prévoit depuis le 12 novembre 1938 la possibilité de déchoir de la nationalité un Français né français qui possède une autre nationalité.
Cette disposition fut adoptée par l’un des fameux décrets-lois d’Edouard Daladier, dans une période où l’on approchait de la guerre – Hitler était au pouvoir, l’Espagne était en guerre civile –, en contrepartie de l’acceptation très libérale de la double nationalité et en réaction à la loi de 1927 qui prévoyait par exemple la naturalisation après trois ans de séjour seulement. Cette disposition a été maintenue après la Libération dans l’ordonnance de 1945 signée du général de Gaulle, et elle est donc intégrée à notre législation depuis 75 ans. Elle a été appliquée à quelques centaines de personnes, des collaborateurs après la guerre mais aussi des communistes pendant la guerre froide ».
4Les remarques incidentes des internautes valent souvent plus que le contenu des articles bourgeois. Celui-ci s'interroge : « Même s'il est vrai que jusqu'à présent la plupart des terroristes était des binationaux que fait-on de ceux qui ont uniquement la nationalité française? ». Et celui-là se moque franchement : « Est ce que ça peut s’appliquer à un fils d’immigré Hongrois qui massacre la langue française ? ».

5La naturalisation des juifs d'Algérie n'était pas une mesure humanitaire, mais présentait l'avantage en conférant la qualité de citoyen français (à la veille de 1940, décret Crémieux) : l'obligation du service militaire.
6Le Monde, premier prosélyte de la propagande islaméricaine (le mot n'est pas de moi), définit les deux rails de la pensée unique va-t-en-guerre : la citoyenneté sans classe et le tigre électoral de papier : « Car la décision présidentielle constitue une double et lourde faute. D’une part, elle porte directement atteinte au principe d’égalité des citoyens, fondement de la République inscrit à l’article 2 de la Constitution. Elle revient, en effet, à instituer deux catégories de Français, ceux qui le seraient sans conteste et ceux qui ne le seraient pas complètement au motif que leurs parents ou grands-parents ne l’étaient pas. Comme la République, la citoyenneté est indivisible. D’autre part, en reprenant à son compte une mesure réclamée depuis longtemps par le Front national, le chef de l’Etat prend la responsabilité, majeure, d’en banaliser la détestable logique xénophobe » (op cit)
7Symbolique que confirme le même Monde qui note ainsi le gouvernement selon les humeurs de ses commanditaires : « cf le monde : L’efficacité de cette mesure dans la lutte contre le terrorisme ? Le premier ministre lui-même a reconnu que ce « n’est pas l’enjeu premier ». Qui peut, en effet, imaginer qu’une telle déchéance ait quelque pouvoir dissuasif que ce soit sur un terroriste décidé à passer à l’acte ? Manuel Valls a, en revanche, souligné « le caractère hautement symbolique » de cette disposition. Et l’on peut admettre que les symboles comptent dans un pays sourdement traumatisé par les attentats du 13 novembre et la menace majeure qu’ils continuent à faire peser. C’est la responsabilité du chef de l’Etat de tout faire pour éviter que le pays ne « disjoncte » devant l’agression dont il est la cible ». Tout symboliser donc pour empêcher le « pays » de « disjoncter » !
9Au début des années 1990, certes c'est à cause de son soutien à l'oligarchie militaire algérienne que la France devient la cible privilégiées des tueurs du GIA, causant une dizaine de morts jusqu'à l'attentat de Port-Royal en 1996 ; mais c'est le FIS qui, malgré l'échec en Algérie, a commencé à tisser l'islamisation des banlieues ; pour la première fois les assassins terroristes n'étaient plus des professionnels mais des individus recrutés localement dans les milieux associatifs et religieux. Plusieurs affaires ont cependant révélé que les services secrets français cornaquaient certains attentats : l'affaire Thévenot, l'histoire de la taupe Ali Touchent, l'affaire Folembray où une vingtaine de types pas du tout islamistes ont été déchus de la nationalité française et déportés en Afrique (lire p. 90 et suiv. De « Islamophobie la contre-enquête »).
10Avant 14, les antimilitaristes « antipatriotes » utilisaient ce genre d'argument : « les bourgeois n'avaient d'autre but que de faire diversion à la permanente guerre économique menée par les capitalistes et d'égarer les ouvriers ». L'argument n'a pas eu d'écho... ou s'est trop bien vérifié ! Les bourgeois n'avaient-ils pas substitué au dogme vieilli une religion de haine, de mort, tout autant que l'avait été l'autre : la « religion patriotique ». lire ici : http://mots.revues.org/2093?lang=en

11Lire l'indispensable et confondant « Islamophobie, la contre-enquête », de Isabelle Kersimon et Jean-Christophe Moreau, (ed PLEINJOUR).
12Que la planète gauchiste restreinte vante les arracheurs de chemises patronales comme nec ultra de la combativité me laisse de marbre. Que par contre islamistes et syndicalistes officiels laissent introduire le folklore religieux en entreprise depuis trente ans me pose problème. Même si on dénonça la déclaration de Mauroy de 1983, comme ayant pour but de diviser - « grèves menées par des groupes religieux ayant peu à voir avec les réalités sociales françaises » - il avait vu les prolégomènes d'un syndicalisme islamiste, qui a réussi là où le FN a échoué. Faut-il oublier que les grèves de 1979 en Iran ont permis... l'installation des « gardiens de la révolution » féroces tueurs.

lundi 21 décembre 2015

Espagne : dégâts électoraux partout !



L'Espagne est un pays aussi merveilleux que la France pour la situation du prolétariat. Sauf que l'anti-fascisme n'y est pas un fond de commerce aussi important pour les gauches bourgeoises, ni l'immigration massive (nouvelle ligne « jaune » du Capital et de dissolution du projet politique du prolétariat) puisque ce pays n'a plus à gérer d'ex-colonies et n'est pas une puissance impérialiste. Au plan social l'analogie est évidente : les jeunes prolétaires sont au chômage à 50%, les salaires de base sont lamentables comme en France , les emplois précaires plus étendus encore, et la corruption politique n'est en rien différente.

Gloire à la fin du bipartisme ? A faire baver d'envie le commerce de l'antifascisme binaire en France. Que n'a-t-on pas entendu sur la « nouveauté » de ces élections espagnoles, à propos de leur « coup de jeune » : n'allaient-elles pas mettre fin à cet horrible bipartisme qui sévit partout ailleurs et donne des boutons lepéniens en France ? L'Espagne allait opérer au « renouvellement de la politique »... bourgeoise grâce au chambardement des « mouvements sociaux » (cheveux longs et idées courtes) enfin aux portes du pouvoir ! Les indignados allaient sûrement rénovados la façade du pouvoir d'Etat !

LA FIEVRE JEUNE

En France, la démagogie hautaine des partis bourgeois s'invente soudain une empathie compatissante, une "oreille attentive" pour les problèmes, non du prolétariat, mais de la "jeunesse" - y inclus papy Tapie qui veut faire oublier sa propre corruption à droite et à gauche. En Espagne une jeunesse enthousiaste autant que bobo a fait sa courbette électorale.


Ecoutons la sérénade, ou le flamenco du petit télégraphiste du grand bobo Nouvel Obs, Serge Raffy au soir de la nouvelle pagaille électorale européenne : « L'’Espagne, gagnée par la fièvre jeune, est en train de donner à la France une petite leçon de renouvellement de son personnel politique. En apportant leurs voix, soit plus de 35% des votes, à deux jeunes partis à peine sortis de leur chrysalide, Podemos et Ciudadanos, dirigés par des trentenaires télégéniques et bondissants, les descendants de Cervantès prennent de sacrés risques.
Ils se permettent le luxe de sauter à pieds joints dans un nouveau monde, celui du quadripartisme et des majorités incertaines. Un saut vertigineux et brutal qui marque la fin du bipartisme à la papa, installé aux commandes depuis près de quarante ans, un bipartisme de pères la rigueur, entre le Parti Populaire et le PSOE (Parti Socialiste Ouvrier Espagnol) ».

Le mot est lâché : quadripratisme alors qu'on se contenterait en France d'un tripartisme si les élections n'étaient pas truquées par l'absence de proportionnalité. C'est pas gai comme résultat, en France on aurait dit que le score limite de la droite, l'échec du PS et la victoire relative d'un parti à la Mélenchon, en laissant de côté le parti d'un play-boy à la Bayrou, ouvre la voie à une « chambre ingouvernable ».
Comme en France, c'est la petite bourgeoisie qui fout la merde. En France elle a voté FN (plus de 20% de cadres votent désormais FN aux côtés des artisans et commerçants et des couches « carencées » nouvel adjectif des magistrats pour nommer les basses couches) en Espagne elle a voté pour le bobo au catogan et son pote le playboy de Barcelone. Explications du même Raffy : « La faute à Pablo Iglesias, leader habile qui a parfaitement canalisé la colère des Indignés et qui, au fil des mois, a opéré une mue impressionnante, passant d’un gauchisme échevelé à une forme de social-démocratie rugueuse et déterminée. L’homme au catogan, fan de la série "Games of Thrones", a siphonné une grande partie de l’électorat historique du PS.Tout comme le playboy de Barcelone, Albert Rivera, patron de Ciudadanos, nouveau chevalier blanc du centre, est allé chasser avec succès sur les terres du PP de Mariano Rajoy ». Le plumitif de l'Obs ne déprime pas et donne une prime d'espoir aux « jeunes » nouveaux caïds bourgeois : « … pour éviter qu’une "recomposition" ne se transforme en "décomposition", il faudra beaucoup de doigté politique et imposera aux "petits jeunes" l’apprentissage de l’art du compromis et des alliances »1.

En guise de rénovation politique on ne peut guère souhaiter mieux : que les jeunes loups négocient la tambouille comme leurs aînés ! Face à une perspective aussi radieuse, on aurait presque envie de devenir « romantique terroriste daechien » ! Précisions utiles : les jeunes loups de Podemos ont revêtu la peau de mouton qui aurait fait rugir Syrisa encore en opposition, nulle critique de l'hydre européenne durant la veillée électorale...
En France les élections démocratiques sont truquées par le fric et le découpage monarchique sans proportionnelle : sept millions d'électeurs du FN et 20 millions d'abstentionnistes n'ont pas voix au chapitre. En Espagne le renouvellement pourri passera par les mêmes combinaisons entre partis oligarchiques comme c'est la tradition en France. L'électeur lambda espagnol se croit plus à la mode idéologique aseptisée du fait qu'il n'y a pas de FN en Espagne, mais au moins le score du FN sert-il à montrer un dégoût massif des collusions politiques de l'oligarchie bourgeoise quand les espagnols sont encore plus les dindons de la farce électorale : ils ne savent pas entre qui et qui vont s'allier les quatre partis bourgeois qui ont reçu leurs suffrages ; n'oublions pas de noter que comme en France il y a heureusement une large abstention de la classe ouvrière.
Comme le grec Syriza, Podemos n'est qu'une compil de divers particules gauchistes ou écolos, mais absolument pas capable d'être une force d'appoint gouvernementale stable. Comme en France, les petits partis nationalistes, eux, vont faire la différence, et être l'enjeu des combinaisons ministérielles du parti de droite qui devrait garder le manche... face à la misère que seule la gauche peut encadrer en opposition.
Si un peu partout la chasse est rude contre le fascisme supposé gratouiller le cul des élites oligarchiques bourgeoises, le nationalisme régional rentre doucement par la fenêtre comme nouveau facteur de régression politique ; à la manière du petit parti musulman qui a été autorisé à concourir aux élections en France sans que nul ne s'en émeuve. Hollande et son équipe se sont fait blouser par le nationalisme micro-corse, quand l'Etat espagnol est en voie de se faire mettre par le nationalisme micro-catalan : pauvre Barcelone où est menée une intensive campagne « anti-tourisme  de masse». Le parti péquenot-fédéraliste européen - soutenu par l'islamo-gauchisme et le plouc régionalo-gauchiste anti-touriste espagnol- va pouvoir enfin rétablir le féodal « charbonnier maître chez soi », chasser les chaussures en skaï chinois et rétablir les sabots plus sains pour la transpiration pédestre.



On entre partout en Europe dans une société de « sables mouvants », d'instabilité politique confuse. Crise de la gouvernance bourgeoise ? Pas encore. Le prolétariat a besoin de quelques baffes encore pour comprendre. Mais on peut pronostiquer des manœuvres similaires en Espagne comme en France autour du « centre ». Il n'est pas étonnant que BFM ait invité comme roi de la soirée le petit prince de la bonne ville provinciale de Pau, F. Bayrou, qui se voit perpétuellement centre du monde et affublé d'un destin présidentiable. Les manœuvres et collusions électorales en France ont eu clairement pour but d'affaiblir la droite par des oeillades aux « centristes » de tout bord. Il devrait en être de même en Espagne, mais à l'inverse, le parti du dit playboy Ciudadanos (il n'est qu'en 3 ème position en Catalogne) – qui se voyait déjà roi – devra donc se vendre au plus offrant : au PP légèrement en tête ou au PS, ce qui est peu probable, quand personne ne souhaite dans l'appareil du "socialisme" espagnol "ringardisé" (par la jeunesse bobo indignée) de se mettre au service du panier de crabes de Podemos.
Une situation ingérable qui pourrait entraîner plus vite que prévu de nouvelles élections, comme en conviennent tous les commentateurs autorisés de la propagandastaffel ce soir, et sans doute encore plus d'abstentions de la part du prolétariat. Iglesias a douché ses partisans en promettant des … réformes "constitutionnelles", tout le sel du réformisme radical à la grecque quoi! Pas de quoi chanter ni rigoler pour les fringants indignados !






1Selon ces résultats, le PP obtient 28,34% des suffrages, et 124 députés, et perd donc la majorité absolue. Il est suivi du Parti socialiste, avec 22,52% des voix et 94 députés, et du parti de gauche radicale Podemos, qui avec ses alliés totalise 20,46% des voix et 68 députés. Le parti libéral Ciudadanos obtient 13,74% des voix et 36 députés. Selon ces premières estimations, ni l'hypothétique alliance PP-Ciudadanos, ni le bloc de gauche PSOE-Podemos n'arriveraient à eux seuls à la majorité absolue. Au delà de l'axe gauche-droite, beaucoup se sont demandés s'ils voulaient voter pour un «vieux» parti, fort de son expérience quoique malmené par les affaires, ou pour un nouveau, plus «présentable» mais dont on ignore encore les capacités de gestion. Juanjo, par exemple, avocat quadragénaire, a voté pour le PP. «Mais j'ai hésité avec Ciudadanos, dit-il. C'est sûrement la dernière fois que je fais un chèque en blanc au PP. Le problème de Ciudadanos, c'est qu'on ne les connaît pas encore beaucoup».Ils vont pourtant les connaître. Hi Hi.

vendredi 18 décembre 2015

Inaugurations: La "fraternisation" commémorative des factions bourgeoises




- à mes deux grands oncles de lozère revenus du Canada pour se faire tuer à Verdun,
- aux deux amis de mon grand-père maternel à Tauves (Auvergne), Joseph Dauphin et François Brugière tués « pour l'exemple » par les généraux chiens de guerre morts dans leur lit1
Qu'est-ce qu'il en aura inauguré des chrysanthèmes le père-la-patrie Hollande tout au long de cette année si sanglante pour les civils en France. Même le père la victoire, Clemenceau, n'a pas dû prononcer autant d'homélies durant les quatre années de la première boucherie mondiale du capital !
L'année 2015 se termine donc par l'accouplement hideux d'un design pacifiste bêlant et de l'accolade avec un politicien de droite plus court sur pattes que le principal locataire de l'Elysée, pour l'inauguration d'un monument « aux fraternisations », assez minable2 ; j'ai été le voir juste après le départ des officiels (je vous joins les images). Le principal champ de bataille de la première boucherie mondiale a pour tapisserie les terrils de Liévin et de Lens. Comment ne pas penser à ces mineurs qui n'eurent le choix que de mourir au fond de la mine ou au fond d'une tranchée boueuse, et qui furent aussi les otages de la soldatesque allemande dans la lourde bataille de Vimy ; le charbon était alors un des nerfs de la guerre comme le pétrole de nos jours.
L'ex-trotskien Jospin avait fait naguère un jeu de manches pour demander la réintégration à la nation des fusillés pour l'exemple, ce qui pouvait leur faire une belle jambe. Il fallait concrétiser, et au moment adéquat, au lendemain d'élections où les comtes régionaux de la monarchie républicaine – adoubés par l'habile monarque démocratique – se sont engagés à faire front contre la perfide duchesse-bassesse Le Pen, quitte à ridiculiser le chevalier Bayard Nicolas qui en est resté à la stratégie de la bataille de Crécy.
La rencontre très symbolique de gentihomme François Hollande et d'inféodé Xavier Bertrand a toutefois fait grincer des dents aux nobliaux de droite de l'hémicycle carolingien. "Faire des grandes photos de fraternité n'est pas la bonne réponse" aux problèmes des manants Français, a tancé le marquis Bruno Le Maire, candidat à la primaire LR pour la monarchielle de 2017. Réponse cinglante de Gérald Darmanin, damoiseau de Xavier Bertrand durant les provinciales : "Si les soldats français et allemands en 1915, en pleine boucherie de la Première Guerre mondiale, ont su fraterniser, je pense que le roi de la monarchie républicaine et le futur comte provincial ont le droit de se saluer devant un monument".
Notre roi du discours anaphorien, que dieu le bénisse, a voulu faire plaisir à un quarteron d'artistes et d'intellectuels de cour avec le cinéaste Carion 3 en inaugurant ce piètre monument à la fraternisation, plus rêvée que répandue, mais habilement récupérée par l'orateur gentilhomme de cour européenne.
Le cinéaste Carion avait réalisé un film niais « Joyeux Noël »4 avec une brochette des acteurs les mieux payés du spectacle, mettant en scène une fraternisation lors des Noël 1915 et 1916 à Neuville Saint Vaast, au cœur de la fournaise du champ de bataille particulièrement sanglant autour de la crête de Vimy où furent massacrés des milliers de canadiens. Il y eût nombre de fraternisations certainement. J'ai eu, en 1971, à Vanves, le témoignage d'un vieux poilu, qui crût longtemps être sourd, alors qu'on avait oublié un bourrage de coton dans ses oreilles ; il me raconta avoir passé une nuit entière sous les schrapnels à Verdun serré contre un soldat allemand dans le no man's land. Ils s'étaient séparés le matin, chacun regagnant son camp. Le pauvre pioupiou pleurait avec sa compagne en me narrant son histoire.
Le cinéaste assurait dans son article idyllique « les tranchées de la fraternité » que, et au vu de sa visite superficielle des archives militaires, il n'y avait pas eu d'exécutions « pour l'exemple » des soldats impliqués dans les fraternisations, because elles auraient été trop nombreuses. Franchement on ne peut pas croire cela. La fraternisation étant, au point de vue de la férocité des généraux en campagne militaire, pire que la désertion individuelle (car possible contagion communiste à l'époque).
C'est la première fois qu'un film de fiction basé sur une histoire vraie mais interprétée à la sauce des dominants et faiseurs de guerres actuelles sert de justificatif à un monument aussi hypocrite au creux d'un cimetière de tant de martyrs de la folie impérialiste.
Le monument est donc sponsorisé « bande annonce officielle » (comme on dit pour la réclame des films) pour limiter et aseptiser ce qu’il s’est passé à la faveur du Noël 1914. Résumé du cinéaste : des soldats ennemis (français et britanniques face aux allemands) se sont rassemblés, ont fait des matchs de foot, joué aux cartes, visité les tranchées adverses, enterré ensemble leurs morts, fait des messes en commun, échanger du tabac, etc. Il précise même sans rire que « cela ne s'oppose pas aux monuments aux morts »... pour la patrie sans jouer au foot eux. Non ce sera un monument complémentaire donc, somme toute pour réconcilier la nation entre agneaux sacrifiés et moutons noirs gentiment contestataires...
Fraterniser, ou échanger par-dessus des barricades, ce n'est pas nouveau. Cela s'est reproduit dans
maintes guerres sans impliquer une véritable action subversive contre la guerre capitaliste. Des officiers ont même été responsabilisés pour tolérer certains relâchements aléatoires, à la façon du Carnaval au Moyen âge. Pendant la seconde boucherie mondiale, par exemple les soldats italiens combattaient le lendemain les alliés d'hier, ou vice-versa. Les milices phalangistes libanaises pouvaient taper le carton avec des soldats israéliens pendant que d'autres s'occupaient de massacrer les arabes... La fraternisation, comme la désertion individuelle, ne sont pas révolutionnaires en soi !
Hollande et son cinéaste font mieux en truquant les enjeux historiques (allez on tape dans le ballon et après on recommencera à se tirer dessus...) et, en même temps en oblitérant les véritables fraternisations entre soldats allemands et russes au front de la révolution mondiale : crosse en l'air et fusillons les généraux. Ceux-là ne seront jamais commémorés par la bourgeoisie si sûre de son impunité, de sa modernité et de son éternité.
La fraternisation d'un soir à la Neuville Saint Vasst, comme c'est admis par tous les gangs militaristes du monde, fait partie du jeu. Elle est inoffensive comme le navet de Clarion.
LA FRATERNISATION SANS REVOLUTION EXALTEE PAR UN CHEF DE GUERRE
JAMAIS NOTRE AUGUSTE CHEF DES ARMEES SI PACIFISTE SUR ESTRADE NE REMET EN CAUSE LA GUERRE MONDIALE CAPITALISTE!
Notre grand « chef des armées » lesquelles il envoie en ce moment au casse-pipe en Syrie5,  a donc
béatifié un épisode absolument inoffensif dans cette région qui a été le principal champ de bataille de 14-18. Mais avec son discours de Gorgones il va faire mieux, il célébra « un acte de paix en temps de guerre » (quand au même moment avec son porte-avions gaulliste le gouvernement « socialiste » fait un acte de guerre en temps de paix, tout au moins en Europe riche). Tourné ensuite vers ses généraux, qui pouvaient se vexer de l'exaltation du pacifisme « lâche », le chef de nos armées précise immédiatement : « Ce n'est pas un grand acte dans la guerre mais un instant d'humanité ». On ne le voit pas à l'écran mais les généraux enrichis aspirent un bol d'air. Puis le chef des armées fit un signe onctueux aux curés de toute résilience : « la laïcité permet de protéger toutes les religions ». Il termine par une révélation sur les souhaits des footballeurs en uniforme, à laquelle les fraternisations d'un soir n'avaient même pas pensé (comme par exemple « fusiller les généraux et
foutre en l'air l'Etat bourgeois militariste »), mieux encore, le général-président invente a posteriori sans craindre de sifflets de la part du cercle des invités régionaux triés sur le volet de la classe supérieure des apparatchiks provinciaux : « les fraternisations rêvaient de l'Europe unie ». Et Jeanne d'Arc de ressembler à Angela Merkel ?
Car, ajoute-t-il : « la fraternité est une valeur de la République ». Pourquoi ses mégaphones tel le laid Askolovitch nous jouent-il du violon patriotique qui serait au nationalisme ce que le sucre est au poivre ? Dans les comparaisons historiques fangeuses et les approximations post 1945, peut-on « fraterniser » avec les assassins de Daech ? Parce que c'est une valeur de la république ?
. A lire : « Fusillé vivant » de Odette Hardy-Hémery. L’histoire de François Waterlot, ouvrier des mines, exécuté pour l’exemple en 1914, survivant, et mort au combat. Ca se passe dans la région.


le comte provincial est plus petit que le monarque républicain

à visionner absolument: https://www.youtube.com/watch?v=mEkkpy4rBj4
 

1Je raconte leur histoire dans mon livre « A chacun sa famille » (2010). Privé de permission de sortie, Joseph Dauphin se saoule comme un polonais, il se met à crier ensuite en direction du QG des officiers : « A bas la guerre ! Vive la Révolution ! A bas Poincaré ! Vive la Russie ! ». Le peloton d'exécution est aussitôt formé, son pote François Brugière doit en être. Non seulement il refuse mordicus mais il aggrave son cas : « Si on m'oblige à tirer, la balle ne sera pas pour mon camarade, mais pour le commandant du peloton ». Joseph est fusillé et François condamné à la déportation au bagne militaire d'Orléansville en Algérie, où il meurt peu après.
2 En voici la description autorisée sur Le Parisien : « Le visiteur pénétrera dans une tranchée constituée de pans de béton brut, entourée d’un parc paysager. Le cheminement permet de rejoindre un peu plus haut un terre-plein où ont été placées six silhouettes de soldats, jouant au football ou assis au pied d’un sapin de Noël, figurés dans des blocs de verre translucide. Christian Carion y voit un monument « à hauteur d’homme, pas du tout ostentatoire, presque pudique ». En réalité on a l'impression de passer dans une entrée de parking bétonnée (les tranchées étaient dégoulinantes de gadoue et de sang), et les silhouettes fondues dans des panneaux de verre font décor pour boutique de manucure ou salon de coiffure. Ce machin pacifisto-européen de trucage de la mémoire, laid et ras du bitume, a coûté du pognon : budget de 800 000 €, avec des aides de l’État (ministère de la Défense), de la Région, du Département du Pas-de-Calais et de mécènes privés. Une démarche de financement participatif sur Internet a en outre permis de recueillir 55 505 € auprès de 317 donateurs.
4Les critiques de cinéma les plus sagaces éreintent ce navet à sa sortie :
La critique de Positif : « C'est beau comme un traité constitutionnel, émouvant comme une première communion. Joyeux Noël quand même ! ».

Les inrockuptibles :  
« Tellement irréel, non maîtrisé, de mauvais goût, stupide, que ça en atteint parfois des sommets poétiques (...) c'est tellement abject qu'on soupçonne Carion d'être un provocateur surréaliste.
Cahiers du cinéma : « Rien de neuf dans la tranchée de l'imaginaire poilu de la Grande Guerre (...) Le vrai sommet international de cette Grosse Illusion ne se passe toutefois pas dans les tranchées, mais dans son plan de financement (...) que le film s'occupe de raconter, faute de mieux ». 

Ma critique: Voulant mélanger grandiloquence théâtrale (le ténor est moche et raide, le couple de chanteurs allemands est franchement ridicule de se la jouer opéra au milieu de tranchées décorées de sapins de Noël) et moquerie de la hiérarchie militaire façon Fernandel revanchard, le scénario ne tient pas la tranchée avec cette insistance en toc de nous faire passer pour un internationalisme démocratico-européen la succession des dialogues en langues...européennes. Les acteurs, surtout D.Boon et G.Canet sont mauvais, leurs casquettes trop grandes. Cornemuse criarde, messe débile, cantatrice incrédible au milieu des pioupious convenus, rien n'est drôle ni émouvant dans ce navet inférieur au moindre feuilleton américain, un scénario simplet et irréel qui voulait magnifier un des nombreux cessez-le-feu au cours du massacre généralisé, mais absolument pas subversifs ni inquiétants pour les généraux assassins.


5On ne supposera pas la possibilité de fraternisations avec Daech, sauf à interdire les couteaux de cuisine dans un éventuel repas commun. Notre chef des armées (de la bourgeoisie) nous le laisse certainement déduire, car il ne faut plus dire du mal des allemands, ces européens confirmés. L'Europe n'est-elle pas la fraternisation des peuples « classe » ?

mercredi 16 décembre 2015

ILS VONT REPUBLIER MEIN KAMPF ET ON S'EN F...



Dans l'« Avertissement des éditeurs », Sorlot relève les menaces très lourdes à l'endroit de la France et souligne que « [ce] livre qui, répandu en Allemagne à plus d'un million d'exemplaires, a eu sur l'orientation soudaine de tout un peuple une influence telle, qu'il faut, pour en trouver l'analogue, remonter au Coran »

En 2007, il a été présenté à la Foire internationale du livre du Caire par une maison d’édition syro-égyptienne, al-Kitab al-Arabi, dont le représentant, Mahmoud Abdallah, a déclaré : « il [ce livre] représente une grande partie de notre succès, en particulier parmi le public des 18 à 25 ans ».



Peut-on imaginer que Mein Kampf va être lu de nos jours du fait qu'il peut être réédité en 2016 sans plus de droits d'auteur que de toute façon Hitler n'eût pas touché outre-tombe ? Voyez ce combat picrocholin entre universitaires allemands, leur gouvernement et des associations de déportés, à l'occasion du terme des droits d'auteur de feu Hitler – l'arsouille avait conservé ses droits depuis 70 ans, subtilité comique du droit éternel bourgeois - pour surseoir ou annuler la republication du « livre qui a causé le plus de morts au monde »(dixit Ach Arte!).

Le lire constituerait un effort d'abnégation considérable sur soi-même pour s'intéresser à un amas de fabulations aussi indigestes que le coran ou la bible. Je dois en posséder un exemplaire au fond d'une de mes bibliothèques, délaissé à la critique rongeuse des termites. J'avoue avoir essayé d'en lire plus de trois pages en sautant les chapitres, mais rien n'y faisait, non pas parce que je pense comme tout le monde que Hitler était un sacré salaud, mais parce que, intellectuellement et politiquement, c'est bête, confus et imbitable. Il y a a tant d'auteurs classiques plongés dans l'oubli qui mériteraient d'être réédités – d'un niveau autrement supérieur et structurant que ce vulgaire compilateur délirant – qu'on peut s'interroger sur le pourquoi d'une polémique internationale pour éditer, même annotée, cette merde ? Alors même qu'on peut le trouver chez plusieurs bouquinistes depuis la guerre ou en édition intégrale sur le web ? 1

Evidemment qu'il s'agit d'une séduction démoniaque démocratique, mâtinée de solides rails conceptuels du professorat de l'institut de Munich (qui veulent arrondir leurs fins de mois), d'un épiphénomène littéraire destiné à ressortir les increvables et répétitifs mensonges sur la guerre mondiale, à une époque où elle se repose à peu près dans les mêmes termes. C'est pourquoi la propagandastaffel Arte, après tout le monde, y a consacré une soirée, tape à l'oeil et superficielle comme d'hab. Vous pouvez lire les explications de wikipédia et, non seulement vous aurez le canevas qui a servi aux scénaristes d'Arte, mais vous en saurez même plus sur le monstrueux « Mein Kampf ».
Je ne m'en excuse pas, mais je vais vous dire mon avis sur un livre que je n'ai pas lu, que je n'ai pas lu lire et que je ne lirai pas, me fiant aux divers résumés pour le contenu mais pas pour l'interprétation ; on me dira que ce n'est pas bien, qu'il faut lire les écrits de ses adversaires et du principal Belzébuth contemporain avant de les critiquer, mais Hitler, ou plutôt le nazisme est un livre ouvert depuis longtemps pour la plupart des gens sensés, qui ont potassé moult livres d'histoire et qui ont réfléchi aux données historiques sur le déroulement de la seconde boucherie capitaliste mondiale. Pas besoin non plus de visiter les camps de la mort pour comprendre comment c'était horrible.

Avec sa lourdeur pachydermique, la chaîne teutonne bétonne et déconne d'entrée, en reprenant la méthode (très hitlérienne) des idées simples. Cela débute par l'évocation des migrants actuels qui marchent dans la nuit noire. Cette introduction se flatte elle-même de rappeler que le suc du danger hitlérien réside dans le refus des étrangers, pas dans les guerres capitalistes incessantes. On est en terrain connu et bordé pour tout lycéen antifa. On est prévenu que le livre du petit moustachu à casquette de postier de base, non syndiqué à Sud, exsude agressivité et haine.L'actualisation historique possède ses limites hystériques.

On nous cite ensuite des éléments : Hitler regrette un manque d'homogénéité de la nation et estime que « nous devons nous battre pour la multiplication de notre race ». Une vieille potiche fardée jusqu'aux yeux, genre sexagénaire gauchiste qui veut se croire encore jeune, filmée en gros plan pour qu'on voit bien des rides accumulées par les soucis de 14 et de 39, nous fournit une explication psychologique, sans doute pour remettre à sa place le non-lecteur inconscient comme moi :  « On a tendance à se moquer de Hitler... c'est pas peur de trouver ce qui sommeille en nous ».
Alors, ainsi averti, j'ai ensuite essayé de savoir ce qui sommeille en moi quand je vois de telles émissions : le fou-rire ou le dégoût ? Je vous le dirai à la fin.

Coupable parce que coupable, l'Etat allemand, pétri de honte, a interdit la republication du best-seller de Hitler depuis 1946... par peur de la contagion ! Ouf ce n'était qu'un propos d'estrade, car, heureusement le Manifeste communiste de 1848 – qui reste plus utile et contagieux pour le prolétariat que pour feu Brejnev – a continué à être édité au pays meurtri de Karl Marx.
Suivent les intermittents des interviews qui rythment le scénario. Celle-là nous assure que le lecteur comprend immédiatement que Hitler appelle à l'extermination des juifs, comme le tueur coranien appelle à tuer tous les mécréants de nos jours, ou les pacréants du tout. Il s'agit d'une ancienne déportée juive, on comprend que son jugement puisse être très affecté par une interprétation littéraire très mauvaise. En voici une autre qui témoigne que ce projet n'apparaît pas à la lecture du brouet.
Voici depuis un laboratoire de la génétique antifasciste, sis à Munich la salope, nos professeurs d'explication du texte maudit, 150 exégètes du navet nazi, qui ont planché trois ans durant pour « expliquer », « démystifier », « mettre en garde » contre la nocivité perverse d'oncle Adolf, avec ce résumé subliminal : « faut l'expliquer aux jeunes ».
Un autre combat, et pas des moindres en notre époque de misère galopante (plus que le fascisme), le notoire mérite des augustes professeurs de Munich, en osmose avec l'Etat des länders, est naturellement d'empêcher l'exploitation idéologique et commerciale de MK, « car son idéologie raciste continue de séduire aujourd'hui ».

La vieille décatie gauchiste, poudrée et rouge à lèvres criard (il y en a certaines qui mériteraient d'être voilées, foi de macho ridé), revient nous donner la clé : « avec Mein Kampf, tout s'explique » (entendez : pour les pauvres d'esprit... racistes et anti-migrants). Le reste est très accessible à un spectateur débile comme moi. Tout s'enchaîne : Hitler est en prison, remâche sa haine après un putsch minable et un jour, tilt ! Il se dit « je vais écrire un livre, ce sera un best-seller et je pourrai rembourser mes dettes », « c'est un mélange de biographie, de programme politique et d'obsessions ». Bien, plus j'avance dans mon écoute de l'émission, plus je me persuade qu'on me donne bien le résumé ad hoc du brouet et cela me confirme dans mon absence d'intérêt pour le lire de fond en comble, de nullité en caducité2 .

Les commentateurs de Arte font preuve d'un incontestable racisme intellectuel en traitant Hitler comme une vulgaire racaille de nos banlieues expulsée de l'école à l'âge ingrat : « Hitler a quitté l'école très tôt et ne sait pas écrire », « mais il n'est pas bête » (on respire ! Comment, autrement, un idiot aurait-il pu entraîner dans une guerre mondiale un peuple aussi cultivé et lecteur assidu de MK?).
La mémère décatie revient nous offrir la deuxième clé, l'ambiance du roman hitlériste : « il se voit investi d'une mission mais il n'est animé que par la haine ».

A cette étape du scénario, vous en avez déjà marre comme moi. Que signifie cette personnalisation de l'histoire ou plutôt de la barbarie capitaliste ? Qui défie toute chronologie historique, à la manière du brouet d'Hitler d'ailleurs. On a commencé par nous refiler la comparaison des migrants actuels et des juifs du passé avec un zozo emprisonné qui s'est mis dans la tête de faire un best-seller !
Rien sur le traité humiliant de 1918 ! Rien sur le véritable ennemi intérieur : le prolétariat qui s'était mis en révolution contre la guerre en Russie et avait « contaminé » les « frères de classe » jusqu'en Allemagne ! Rien sur la contre-révolution ! Hitler est tombé du ciel et on se magne de promettre la réédition de son navet plutôt que de faire lire aux masses des historiens intelligents comme Kershaw ou les écrits subtils et profonds des Bordiga et Trotsky !

Le lecteur aura intérêt à lire la notice de wikipédia assez complète sur Mein Kampf, bien que le sujet soit vaste, non exhaustif et même parfois aux limites du discernement humain. On y apprend que le jeune auteur Adolf a débité ses délires, compilations d'un autodidacte aigri après plein de lectures ésotériques et d'écrivaillons racistes des deux côtés du Rhin, et que des conseillers et un curé ont ordonnancé de flot hétéroclite3. L'historien Kershaw explique très bien aussi comme l'armée a instrumentalisé le nouveau petit caporal, sans oublier les appuis financiers du capital international.

MEIN KAMPF : UN LIVRE POUR ANNONCER LA GUERRE

C'est un livre de guerre, pas un livre pour annoncer le massacre des juifs, c'est pourquoi il n'en est pas question comme le confirment les divers lecteurs, sauf ceux qui supputent ou auscultent les intentions du zigoto pris comme instrument plénipotentiaire du Mal.

Enfin des intermittents de l'interview du scénario sans queue ni tête autre que l'ombre du fascisme et les fantasmes inconsistants pour l'époque actuelle que la classe dominante fait débiter à ses intellectuels de gouvernement (et de partis soliloques), viennent au moins reconnaître que Mein Kampf, en écartant fatras de commentaires hétéroclites et nombriliques ou digressions invraisemblables, contient deux projets essentiels :
  1. permettre à l'Allemagne de retrouver son rang impérialiste en écrasant la France, son principal ennemi (Hitler fait expurger un tiers du livre qui attaque ce pays pour l'édition française, mais pas ses digressions sur les juifs) ;
  2. le but concomitant (pour le capital allemand et pas pour Hitler en soi) est de conquérir « l'espace vital », c'est à dire la Russie et les pays de l'Est (comme aujourd'hui d'ailleurs, cf. la situation en Ukraine orchestrée par la bourgeoisie US pour empêcher un nouveau Barbarossa économique...).

Les juifs ne sont traités qu'en troisième lieu, et la chronologie et l'ordonnancement de l'argumentation a peu d'importance dans l'écrit de tout gourou qui « ne fait pas de politique » mais « parle aux sentiments » ; le liant dans ce magma plus belliciste que raciste (mais en même temps racisme et bellicisme font toujours bon ménage) est bien sûr le juif, bouc-émissaire tout trouvé, traditionnel depuis le 19 ème siècle, impeccable remplaçant du prolétariat. Nos cuistres d'Arte n'ont même pas osé invoquer la haine de la bourgeoisie allemande contre les « juifs bolcheviques », pour ne pas mécontenter l'un de leurs patrons, Poutine, antifasciste confirmé qui ne veut plus entendre parler des youpins du Kremlin... en 1917.

Mémère décatie revient nous expliquer que l'auteur Hitler voit le juif comme symbole d'un monde décadent, qui a intérêt au déclin de l'humanité ; peu lui chaut que les bandes d'Hitler et de la social-démocratie du « socialiste » Noske ait tiré plus qu'au Bataclan à la mitrailleuse contre des milliers d'ouvriers berlinois !
Un autre intermittent, peut-être ancien déporté, est chargé de nous glisser que le communisme pour Hitler est un grand danger ; mais cela apparaît comme anecdotique puisqu'on nous assure, et Hitler et le scénario de l'émission que le plus grand danger était « les juifs » ; mais personne ne nous démontre en quoi.

L'histoire est au niveau d'une émission de Bernard Pivot, on suit les chiffres de l'édition à la trace. Comme Sarkozy se rendant au Fouquet's au soir de sa première élection (et probablement la dernière) , Hitler relance la vente de son book au lendemain de sa victoire électorale de 1933 : « les ventes explosent ». Bingo ! Comme s'il devait arriver la même chose à Droopy Fillon s'il avait une chance quelconque de refiler son navet promotionnel en 2017; actualisation piège à ignorons!
 En 1935 le brouet n'intéresse déjà plus personne, aussi les apparatchiks nazis inventent de l'offrir en cadeau de mariage, idée reprise par Le Figaro lors de mon mariage en 1970; l'abonnement annuel pas le livret d'Hitler (ce journal me servit pour protéger mes pauvres meubles de la peinture); comme oncle Adolf j'ai tendance hélas dans cet article, vous le voyez, à mêler le subjectif à la grande histoire, que mes hautains lecteurs et lectrices me le pardonnent.

Un des supplétifs vient « combattre une idée tenace » ensuite : le fait que Mein Kampf n'était pas lu en général. C'est vrai pourtant et cela coule de source comme des historiens l'ont constaté il y a longtemps. D'une part les masses « populaires » ne lisent jamais les programmes et peu les livres en général. D'autre part, comme le rappelle la notice de wikipédia, le livre est offert en cadeau à tous les mariés non échangistes comme Mitterrand après 1935; c'est le genre de cadeau qui finit sur la cheminée ! Et ce cadeau est tiré à 12 millions d'exemplaires quand Hitler – se remplit les fouilles au point de refuser sa paye de premier ministre, échappant comme Xavier Bertrand à tout cumul compromettant de mandats. On nous assure qu'un allemand sur cinq a lu cette merde, ce qui fait beaucoup trop par rapport au petit temps libre dont disposent les ouvriers allemands, encore majoritaires et qui préfèrent une bonne bière au bistrot que lire à la bougie ou en polluant ses poumons près de la cheminée que Emmanuelle Cosse ou Ségolène Royal auraient fait ramoner par Nicolas Hulot si elles avaient été ministres d'Hitler en son époque.

Il y a suffisamment de journaux, la radio et les meetings pour « expliquer » et « lire » les idées nazies, qui sont avant tout un encouragement à la guerre, avec cette rouerie de fondre les classes dans une union défensive contre la personnalisation perverse du capital par les juifs ; ce que nos intermittents d'Arte définissent comme « montée du racisme » ; ce roc de la pensée moderne, germanopratine et décomplexée du stalinisme amoindrissant, qui oublie, même les mémères décaties, qu'il est surtout le bréviaire du réarmement, qui fait fi du niveau de terreur qui régissait de plus en plus la société en Allemagne, avec des bruits de botte croissants non pour aller combattre les juifs mais pour briser l'encerclement des compétiteurs capitalistes et relever le taux de profit par le pillage impérialiste.
Une nouvelle fois un autre intermittent reconnaît qu'il n'y a nul appel au meurtre massif des juifs. Malgré l'insistance grand-guignolesque sur l'ennemi juif, toute la promotion d'Hitler et l'avant-guerre ne reposent pas sur la chasse aux juifs en soi. La chasse aux juifs à l'approche de la guerre, c'est quoi ? C'est la fabrication d'un ennemi intérieur, qui fond ou unifie toutes les classes sociales tendues vers un seul but : la guerre externe. Admirable perversité de la bourgeoisie allemande, derrière sa marionnette Hitler : remplacer le dangereux prolétariat – liquidé en Russie par Staline et massacré par les social-démocrates et les corps francs avec le petit dernier Hitler, en 1919 et 1923 – par les « migrants » inoffensifs juifs, ou non migrants puisque qu'un grand nombre des prolétaires à l'Est étaient juifs ; comme aujourd'hui Daech est supposé être dans nos murs avec les millions de croyants musulmans. L'émission teutonne veut bien oser la comparaison historique mais sans oser la comparaison avec le subterfuge mystificateur ! Et pourtant le subterfuge est là aussi et fait dresser nos cheveux sur la tête : pour mener à bien une guerre mondiale, il faut être capable d'inventer un ennemi intérieur, du genre figurant comme les juifs  (qui s'excuseraient les bougres en général de vouloir prendre un pouvoir quelconque) , mais surtout pas une classe dangereuse historiquement et socialement comme la classe des classes : la classe ouvrière.

Il suffit d'égrener enfin les clichés convenus qui n'exigent plus d'explications, pour fossiliser le diable extra-terrestre Hitler. On évoque les gaz à Verdun, sans préciser que c'est une invention de l'armée française. Il est aussi convenu qu'ils sont d'accord avec l'affirmation d'Hitler « les juifs sont responsables de la défaite en 14 » ; on ne nous rappellera pas que c'était l'interprétation de l'état-major allemand, ni que Hitler savait très bien que c'était le prolétariat allemand qui avait « trahi » sa bourgeoisie ; c'est pourquoi il n'inquiéta jamais les chefs « socialistes » à la retraite, au contraire des collabos français qui s'en prirent au « juif Blum », alors que en France aussi les généraux avaient organisé la débâcle. On a compris après l'accumulation des clichés, science infuse de tous les potaches en politique, que ce salaud de Hitler était venu sur terre « prêt à tuer tous les êtres humains ». Churchill, Truman, Hiro-Hito n'étaient à côté qu'une nurserie bénévole sans nounou voilée.
On a donc compris le résumé de Mein Kampf : une incitation à la haine. Des juifs bien évidemment, espèce de lourdaud ! Mais aussi des français, des russes, des arabes mécréants, des témoins de Jéhovah pratiquants, etc.

Dégoût qui sommeille en moi devant cette propagande qui prend la tangente pour éviter de mettre en évidence la responsabilité du capitalisme dans la montée aux guerres mondiales, mais pas simplement. Cette actualité « littéraire » de peu d'importance en soi (vous n'attraperai ni la rougeole ni le virus du nazisme si toutefois vous lisez cette merde) comparée à l'enrichissement d'Amazone avec tous ceux qui revendront en vitesse cette vieillerie d'autodidacte ampoulé et dégénéré, illisible, surtout avec les commentaires de 150 ânes universitaires de Munich. Un conseil : lisez la notice de wikipédia, presque tout l'essentiel y est, sauf notre analyse marxiste du nazisme et du pion Hitler.

La conclusion de l'émission est aussi navrante que son contenu. La comparaison historique des juifs et des musulmans est bêtifiante. C'est faux les boucs-émissaires ne sont pas interchangeables, non parce que juifs et arabes n'auraient pas leurs « riches » exploiteurs du monde ou leurs terroristes marginaux, mais parce que nous vivons une période complètement différente que celle de la contre-révolution des années 1930 et d'une crise qui ne pouvaient mener qu'à la guerre par impuissance du prolétariat. Aujourd'hui, si les médias comparent facilement djihadisme et nazisme, cela reste incongru. Nous n'avons pas les mêmes dimensions entre le nazisme industriel et un islamisme armé avec un micro Etat régional qui n'est que le paillasson et le bourreau d'intérêts impérialistes rivaux. Le nazisme a trouvé sa force dans une homogénéité contrainte du nationalisme, sans commettre ses cruautés au début de son règne. L'islamisme marche à l'envers, il se veut mondialiste mais reste éclaté à ce niveau et commet ses atrocités maintenant sans avoir conquis une place-forte nationale.
Il n'est qu'une troupe d ' « éclaireurs » en vue de la guerre mondiale. Il peut compter sur l'idéologie interclassiste de l'antiracisme pour compléter la panoplie du futur épouvantable.

Au terme de cette émission de hâbleurs superficiels, le commentaire en voix off ne dit pas le contraire : « les deux idées majeures de Mein Kampf étaient l'ultra-nationalisme et le racisme », « solution simple dans un monde complexe ». Comme celui d'aujourd'hui ?

Le pire était à venir, la pub pour cette merde : « étudier Mein kampf c'est étudier le monde actuel ».

Et étudier le programme communiste de Marx et Engels, c'est étudier la lune ? Et Hitler le plus grand sociologue de tous les temps ?

BORDIGA avait raison en 1945, disant paradoxalement que le fascisme avait finalement triomphé. Puisqu'on trouve la même méthode de raisonnement binaire certes à l'envers, chez nos abrutisseurs publics de télé-radio-web !

Big brother vous a parlé mes chers frères. L'humanité et son ennemie la haine, décrite par cet auteur exceptionnel oncle Adolf au mitan des années 1920, vivotent comme au temps des années folles, entre diable et bon dieu. Pourvu qu'elles ne s'identifient pas un de ces jours à ces deux classes pithécanthropes : le prolétariat et la bourgeoisie !





1En 2013, par suite à une campagne des courageux apparatchiks antifascistes de salon, F de gauche et PCF, une librairie de Berck a été sommée de retirer l'ouvrage de ses rayons. J'ai été bien entendu soutenir ce libraire qui n'était ni facho ni un fourrier du nazisme. On ne peut regretter finalement qu'une chose : ces crétins d'apparatchiks auront servi à faire de la pub pour cette merde, et je suis sûr que plusieurs personnes, émoustillée par un possible contenu dérangeant le système, aient par la suite passé commande et dépensé leurs sous en vain, pour une vraie merde !
2Refuser de lire un auteur du calibre lamentable d'Hitler ne peut pas être un péché, de même que ne pas perdre son temps à lire les grands auteurs bourgeois n'est pas une régression de la pensée ; Bordiga se vantait bien de n'avoir jamais lu une ligne de Benedetto Croce !
3Le plan fourni par wikipédia ne concerne que l'édition (tronquée) française, mais révèle bien dans l'ordre les préoccupations non du seul Hitler, mais de la bourgeoisie allemande revancharde, les ennemis : 1. la France, 2. le bolchevisme, 3 l'ennemi intérieur remplaçant : les juifs. Mein Kampf n'a fait que s'inspirer des recettes des best-seller américains, mélange de petite histoire personnelle et de grande histoire à la façon de Léon Zitrone, pour l'estimation la plus haute. Le sommaire le démontre. Les nègres de Hitler ont dû suer sang et eau pour mettre un semblant d'ordre dans ce fatras, mais le plan reste délirant en lui-même sauf pour une obsession : la guerre.

Tome I : bilan

Préface de l'auteur
  1. La Maison familiale
  2. Années d'études et de souffrance à Vienne
  3. Considérations politiques générales touchant mon séjour à Vienne
  4. Munich
  5. Propagande de guerre
  6. Le commencement de mon activité politique
  7. Les causes de la débâcle
  8. Le peuple et la race
  9. La première phase du développement du parti ouvrier allemand national-socialiste

Tome II : le mouvement national-socialiste

  1. Opinion philosophie et parti
  2. L'État
  3. Sujets de l'État et citoyens
  4. La personnalité et la conception raciste de l'État
  5. Conception philosophique et organisation
  6. Lutte des premiers temps - L'importance de la parole
  7. La lutte contre le front rouge
  8. Le fort est plus fort quand il reste seul
  9. Considérations sur le sens et l'organisation des sections d'assaut
  10. Le fédéralisme n'est qu'un masque
  11. Propagande et organisation
  12. La question corporative
  13. La politique allemande des alliances après la guerre
  14. Orientation vers l'Est ou politique de l'Est
  15. Le droit de légitime défense
Conclusion

lundi 14 décembre 2015

VICTOIRE DU référendum ANTI-FN


photo prise à Calais le 13 décembre
« Succès sans joie » Cambadélis, secrétaire du parti gouvernemental

Quoiqu'il y ait eu un sursaut de l'électorat, de 4 à 8% d'abstentionnistes du premier tour qui ont fait l'effort d'aller risquer leur vie à la plus proche mairie pour défendre la république en danger, on a près de la moitié du « corps électoral » (= 22 millions de prolétaires en majorité) qui n'ont pas jugé utile d'aller cautionner la pitrerie électorale bourgeoise, et je ne compte ni les bulletins blancs ni les déchirés ou insultants. Si cinq à six millions, à peu près comme au premier tour, ont persisté, même en vain, à voter FN, cela signifie que les divers partis politiques de droite (y inclus le FN) et de gauche ne sont élus et ne gouvernent que pour un quart des habitants (électeurs) de la France. Fumisterie classique de la démocratie bourgeoise inter-classiste ! Le parti gouvernemental limite les dégâts grâce à une campagne hystérique au nom d'un fantôme du passé, la droite fait minable épaulée par ces pauvres électeurs de gauche et le FN prend une claque qui le remet à sa vraie place, celui d'un barnum creux de frustrés. Signe de la dispersion et du délitement de l'encadrement bourgeois, on ne se préoccupe pas de la montée du régionalisme nationaliste en Corse ou en Martinique (*).

Le retrait masochiste en faveur de la droite bourgeoise n'était pas seulement un réflexe de peur panique face au seul parti qui pouvait se prétendre subversif (quoique à moindre frais et sur des critères crétins plus que racistes) mais un réflexe monarchique du staff Hollande. Le référendum anti-FN a été clairement organisé et planifié en vue du « référendum présidentiel » dans une dizaine de mois. Tout a dans l'ensemble bien fonctionné. Les électeurs sont des veaux. Ils ont bien répondu à l'appel au barrage anti-FN, de la même manière qu'une masse d'autres crétins ont persisté à voter pour ce parti gériatrique et accessoire de mémères creuses. Le stress d'une ou deux victoires féodalo-régionales a été évacué dès le 20 heures de Pujadas et le brushing de Marschall sur BFM. La télé à l'heure d'internet est caricaturale, on voit désormais des haschtags de politiciens qui apparaissent sur la droite de l'écran pour commenter en cours de débat.

Tout était relatif, mesurable, quantifiable et non dommageable pour la gauche gouvernementale, sauf le drame de fin de soirée, pas un nouvel attentat, mais la perte de la première région française l'île de France, ce berceau de Paris, au profit d'une lieutenante de Sarkozy, quoique celle-ci salua en tribune son maître Chirac et non pas l'excité du bonnet ex-président roi du stress ministériel, frisa la comparaison avec l'accident de mai 1981 (les élections démocratiques bourgeoises ne sont pas complètement contrôlables comme un scrutin brejnévien). La gaffe du petit Bartolone1, ci-devant honoré président de l'Assemblée nationale mais concurrent mesquin, contre la figure de proue de la droite caviar, taxée de complaisance envers la race blanche, a fait la différence. Le mot de trop, la gaffe attendue, n'a pas profité au FN, mais les électeurs parisiens du FN s'en sont servi contre le PS en votant pour la candidate de droite2. Les bobos-intellos-gauchos sont dominants à Paris – avec le socialo-antiracisme – mais pas dans l'ensemble de l'île de France qui contient globalement une masse de couches moyennes artisanales et non pas la « texture » du 93 pour ne pas la nommer.


DES RESULTATS PAS JOYEUX

Victoire sans joie d'autant que, même avec zéro président de région, le parti des deux blondasses se retrouve avec trois à quatre cent apparatchiks dans tous les conseils régionaux de l'hexagone alors que, suite à la stratégie hollandaise, dans trois grandes régions il n'y aura plus un seul apparatchik de la gauche bourgeoise, et aussi que, par extension, des "élus" du FN finiront ainsi tôt ou tard sénateurs.
Bien sûr chacun, journaliste ou édile politicien du « camp républicain » nous répercuta que la joie ne pouvait être là avec un FN à 40% bis repetita, qu'il fallait répondre aux questionnements de l'électeur lambda du parti bleu marine légèrement foncé, chose qui fût stupidement résumée par la noble et sexy NKM comme seulement lié au chômage, preuve que l'oligarchie considère les laissés pour compte mais aussi les millions de prolétaires abstentionnistes pour des débiles « économistes », l'oeil rivé sur les aides publiques, les allocs de toute sorte et pas des êtres pensants révulsés que leur avis politique sur la marche de la société compte pour du beurre face à des milliers d'apparatchiks démocratiques pas plus respectables que ceux du temps de Brejnev ; il faut noter d'ailleurs l'incroyable culot subliminal du journaliste bourgeois moyen lorsqu'il décrit le FN comme une sorte d'ovni néo-bolchevique, indéniable tour de passe passe avec un passé diabolique toujours conjuré (comme illégal) : « un parti ne peut pas arriver au pouvoir seul ».
Les résultats sur cette « solitude » du FN ne sont pas joyeux en vérité parce que rien n'est tranché dans la compétition des diverses factions bourgeoises. Le but de la gauche gouvernementale était d'instrumentaliser le FN à la fois pour détourner l'attention de sa responsabilité première dans l'attaque capitaliste contre les conditions de vie du prolétariat, mais aussi pour émietter sa faction rivale de droite en vue de la prolongation de la manne seigneuriale présidentielle et de ses nombreux courtisans bénéficiaires en 2017.

Certes le résultat fait naître des barons de la droite bourgeoise : les sieurs Bertrand, Estrosi, Wauquier, et damoiselle Valérie Pécresse. Légitimés par le « suffrage populaire » ces nouveaux nobles de la démocratie étiquement représentative ne sont pas de bon augure pour le prince consort (qui avait été sorti) dit Sarkozy; les poignards sont aiguisés derrière le trône re-convoité. Le chef de guerre des ripoublicains n'avait pas de quoi pavoiser non plus - il n'a pas été le principal rempart contre le FN - mais sa tactique anti front républicain a quand même été complémentaire puisque son principal lieutenant, l'auvergnat Wauquier a triomphé sans le mouton électeur de gauche avec le slogan "l'immigration ça suffit". Juppé et Fillon ne passent toujours pas la rampe, le premier a l'air vieux, fait mou et chevrotant à la lecture de ses discours et le second reste fade comme Droopy.
Un des nouveaux barons, qui s'est complu (et corrompu) en remerciements pour les électeurs de gauche du Nord, le provincial "affranchi" X.Bertrand – non adepte le théorie sarkozienne du ni-ni comme NKM - a fait acte de lèse majesté en intimant à son ex-patron de se taire entre les deux tours ; Sarkozy draguant trop ostensiblement les voix du FN. Ce même baron est candidat aux primaires présidentielles à droite, et la sympathie qu'il a vu venir d'un électorat de gauche (effrayé par une possible victoire de Marine la moustachue) pourrait lui être plus utile de la part de couches pas très laïques, cajolées par la gauche gouvernementale quand l'ex-chef de file caractériel misait sur une séduction envers la clientèle du FN (tactique qui n'a pas été contredite sur la place parisienne).
La plupart des factions politiques bourgeoises sont au courant des sondages secrets sur l'état réel de « l'opinion » à tel ou tel moment, et ils gouvernent tous avec ce thermomètre, et tant qu'on ne le leur cassera pas ils régneront « en toute bonne foi » avec cet adoubement inconscient des gens du  « peuple » qui font la queue en mairie en croyant s'exprimer.

A l'heure fatidique de la révélation médiatique,  la bousculade pour la prise de parole face aux médias, mémère Le Pen en pôle position, puisqu'elle ne risquait plus d'être subversive, mais chahutée par une intervention concomitante du blaireau Sarkozy, révéla la fébrilité de ces différentes factions de la bourgeoisie, coincées depuis les débuts de la campagne dans les ornières des stratèges de l'Elysée.
Les seconds rôles Bertrand et Estrosi ont donné ensuite une enflure démesurée à leur sponsorisation réussie par la gauche de gouvernement. Des trémolos aux accents de Déroulède. Le nordiste nain Bertrand a assuré que l'histoire retiendra que c'est ici (dans le ch'nord) «  que nous avons stoppé le FN ». Le « résistant » du sud ensoleillé Estrosi a clamé son émotion de la victoire du peuple Alpes-Provence, cet Hercule, doté d'une volonté de résister inscrite "aux tréfonds de l'âme de ce peuple indomptable" ; on était ébaubi en pensant aux retraités  fortunés de la côte d'azur, et à ses potes mafiosos de Nice jusqu'à Monaco !
Dans un minutage calculé, juxtaposé à la suite des seconds rôles, le torero Valls a salué l'appel courageux de la « gauche unie » (en grande partie pourtant au service des barons de la droite reconnaissante) – et en réalité complètement dispersée du F de G aux écolos – pour l'appeler à continuer... le combat antifasciste ! (car « le danger de l'extrême droite n'est pas écarté »... au moins jusqu'à la prochaine élection présidentielle). Le carburant de l'antifascisme est en tout cas plus efficace que le carbone qui émeut les conférences genre COP21, mais ne fait rien avancer avant vingt ans de la part des grandes puissances... étouffantes pour l'humanité3.

Comme après la victoire brejnévienne de gangster Chirac en 2002, on nous a promis quantité de solutions nouvelles et, star des stars, la fin de la langue de bois politique qui avait tant vexé l'électeur moyen du FN, devenu soudain (mais seulement après sa défaite à plate couture) le barreau d'échelle où pourra être soupesée et évaluée l'ignominie politique permanente du sérail politique bourgeois.
Les divers mégaphones du FN firent par contre grise mine, preuve de leur immense auto-intoxication. Collard l'avocaillon fût pitoyable et le petit mignon de Marine, pas flamboyant le petit Philippot, ex-chevènementiste. Les Hamon, Dray, M.Aubry, Mélenchon, jouèrent l'air des prolongations en nous expliquant que le suspense FN va être l'âme du scénario jusqu'à 2017 pour nous affilier à leur tambouille électorale et faire lanterner la mise en cause du système cynique démocratico-capitaliste devant lequel ils s'agenouillent. Il faut faire durer le suspense de l'antifascisme de confort pour masquer l'impuissance de toutes les coteries bourgeoises à résoudre la précarité massive, le chômage massif, l'immigration massive, la crise identitaire et le terrorisme au quotidien.
Comme exutoire au pourrissement de leur société, ils nous proposent l'air pur de la planète, en dépit de la flotte aérienne US et chinoise, en promotion de débattre des « questions de fond » « enfin » - c'est la période des soldes et des colifichets de noël.
Tas de hâbleurs. Par devers leurs "consignes" de vote, leur façon de gérer leurs résultats comme un sac de patates, on a vu très nettement que la masse des abstentionnistes est composée de la majorité de la classe ouvrière. On  ne fera pas savoir à tous ces menteurs que la prise en main de la destinée de cette classe ne dépend en aucune manière du bon vouloir de leurs professionnels, psychologues et autres flics de la conscience d'une classe méprisée. Ni de l'orchestration périodique de ce genre de « consultation » populaire, joué d'avance et jeu démagogique à somme nulle.






1Marine Le Pen, venant consolider les sondages désespérant pour elle et sa bande, a aussi contribué à l'énorme différence à l'arrivée, appelant sur ses tracts à un refus de l'abstention (alors qu'elle la souhaitait au second tour) et dégonflé une de ses promesses – limiter l'immigration (pas une idée idiote actuellement où trop d'immigration tue l'immigration (et où ce n'est pas le réchauffement climatique qui fait fuir les peuples mais les guerres impérialistes) – avouant que, une fois élue à Calais, elle ne pourrait de toute façon rien faire contre les migrants... ce qui est une affaire qui dépend du gouvernement national !
2Dans le marais de la petite bourgeoisie une élection peut se gagner par un bon mot, une vacherie sans appel, ainsi en 1974 Giscard l'avait emporté face à Mitterrand avec cette formule « vous n'avez pas le monopole du coeur ». ; en 1981, Mitterrand baise Giscard : « vous êtes l'homme du passif ». En 1988, il baise aussi Chirac, répétant à deux reprises : « vous aves tout à fait raison monsieur le Premier ministre »...
3Valls a aussi parlé de l'importance du liquide lave-glace : « le patriotisme c'est la fierté de la France ». Or ce liquide patriotique était jusqu'à peu de temps le fonds de commerce du FN et du PCF.
 (*) Ni Valls ni Hollande n'ont vu venir le "patriotisme corse" (ou ont fait semblant comme l'irresponsable Jospin), Simeoni est le fils du fondateur qui tenait un discours proche de celui du FN de papy Le Pen, et le second Talamoni dénonçait "l'occupation française"; ces deux guignols nationalistes "au pouvoir" (relatif) de la région Corse réclament maintenant la libération du tueur Colonna "prisonnier politique" et ses potes libérateurs nationaux...