"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».

Marx (L'idéologie allemande)

lundi 21 décembre 2015

Espagne : dégâts électoraux partout !



L'Espagne est un pays aussi merveilleux que la France pour la situation du prolétariat. Sauf que l'anti-fascisme n'y est pas un fond de commerce aussi important pour les gauches bourgeoises, ni l'immigration massive (nouvelle ligne « jaune » du Capital et de dissolution du projet politique du prolétariat) puisque ce pays n'a plus à gérer d'ex-colonies et n'est pas une puissance impérialiste. Au plan social l'analogie est évidente : les jeunes prolétaires sont au chômage à 50%, les salaires de base sont lamentables comme en France , les emplois précaires plus étendus encore, et la corruption politique n'est en rien différente.

Gloire à la fin du bipartisme ? A faire baver d'envie le commerce de l'antifascisme binaire en France. Que n'a-t-on pas entendu sur la « nouveauté » de ces élections espagnoles, à propos de leur « coup de jeune » : n'allaient-elles pas mettre fin à cet horrible bipartisme qui sévit partout ailleurs et donne des boutons lepéniens en France ? L'Espagne allait opérer au « renouvellement de la politique »... bourgeoise grâce au chambardement des « mouvements sociaux » (cheveux longs et idées courtes) enfin aux portes du pouvoir ! Les indignados allaient sûrement rénovados la façade du pouvoir d'Etat !

LA FIEVRE JEUNE

En France, la démagogie hautaine des partis bourgeois s'invente soudain une empathie compatissante, une "oreille attentive" pour les problèmes, non du prolétariat, mais de la "jeunesse" - y inclus papy Tapie qui veut faire oublier sa propre corruption à droite et à gauche. En Espagne une jeunesse enthousiaste autant que bobo a fait sa courbette électorale.


Ecoutons la sérénade, ou le flamenco du petit télégraphiste du grand bobo Nouvel Obs, Serge Raffy au soir de la nouvelle pagaille électorale européenne : « L'’Espagne, gagnée par la fièvre jeune, est en train de donner à la France une petite leçon de renouvellement de son personnel politique. En apportant leurs voix, soit plus de 35% des votes, à deux jeunes partis à peine sortis de leur chrysalide, Podemos et Ciudadanos, dirigés par des trentenaires télégéniques et bondissants, les descendants de Cervantès prennent de sacrés risques.
Ils se permettent le luxe de sauter à pieds joints dans un nouveau monde, celui du quadripartisme et des majorités incertaines. Un saut vertigineux et brutal qui marque la fin du bipartisme à la papa, installé aux commandes depuis près de quarante ans, un bipartisme de pères la rigueur, entre le Parti Populaire et le PSOE (Parti Socialiste Ouvrier Espagnol) ».

Le mot est lâché : quadripratisme alors qu'on se contenterait en France d'un tripartisme si les élections n'étaient pas truquées par l'absence de proportionnalité. C'est pas gai comme résultat, en France on aurait dit que le score limite de la droite, l'échec du PS et la victoire relative d'un parti à la Mélenchon, en laissant de côté le parti d'un play-boy à la Bayrou, ouvre la voie à une « chambre ingouvernable ».
Comme en France, c'est la petite bourgeoisie qui fout la merde. En France elle a voté FN (plus de 20% de cadres votent désormais FN aux côtés des artisans et commerçants et des couches « carencées » nouvel adjectif des magistrats pour nommer les basses couches) en Espagne elle a voté pour le bobo au catogan et son pote le playboy de Barcelone. Explications du même Raffy : « La faute à Pablo Iglesias, leader habile qui a parfaitement canalisé la colère des Indignés et qui, au fil des mois, a opéré une mue impressionnante, passant d’un gauchisme échevelé à une forme de social-démocratie rugueuse et déterminée. L’homme au catogan, fan de la série "Games of Thrones", a siphonné une grande partie de l’électorat historique du PS.Tout comme le playboy de Barcelone, Albert Rivera, patron de Ciudadanos, nouveau chevalier blanc du centre, est allé chasser avec succès sur les terres du PP de Mariano Rajoy ». Le plumitif de l'Obs ne déprime pas et donne une prime d'espoir aux « jeunes » nouveaux caïds bourgeois : « … pour éviter qu’une "recomposition" ne se transforme en "décomposition", il faudra beaucoup de doigté politique et imposera aux "petits jeunes" l’apprentissage de l’art du compromis et des alliances »1.

En guise de rénovation politique on ne peut guère souhaiter mieux : que les jeunes loups négocient la tambouille comme leurs aînés ! Face à une perspective aussi radieuse, on aurait presque envie de devenir « romantique terroriste daechien » ! Précisions utiles : les jeunes loups de Podemos ont revêtu la peau de mouton qui aurait fait rugir Syrisa encore en opposition, nulle critique de l'hydre européenne durant la veillée électorale...
En France les élections démocratiques sont truquées par le fric et le découpage monarchique sans proportionnelle : sept millions d'électeurs du FN et 20 millions d'abstentionnistes n'ont pas voix au chapitre. En Espagne le renouvellement pourri passera par les mêmes combinaisons entre partis oligarchiques comme c'est la tradition en France. L'électeur lambda espagnol se croit plus à la mode idéologique aseptisée du fait qu'il n'y a pas de FN en Espagne, mais au moins le score du FN sert-il à montrer un dégoût massif des collusions politiques de l'oligarchie bourgeoise quand les espagnols sont encore plus les dindons de la farce électorale : ils ne savent pas entre qui et qui vont s'allier les quatre partis bourgeois qui ont reçu leurs suffrages ; n'oublions pas de noter que comme en France il y a heureusement une large abstention de la classe ouvrière.
Comme le grec Syriza, Podemos n'est qu'une compil de divers particules gauchistes ou écolos, mais absolument pas capable d'être une force d'appoint gouvernementale stable. Comme en France, les petits partis nationalistes, eux, vont faire la différence, et être l'enjeu des combinaisons ministérielles du parti de droite qui devrait garder le manche... face à la misère que seule la gauche peut encadrer en opposition.
Si un peu partout la chasse est rude contre le fascisme supposé gratouiller le cul des élites oligarchiques bourgeoises, le nationalisme régional rentre doucement par la fenêtre comme nouveau facteur de régression politique ; à la manière du petit parti musulman qui a été autorisé à concourir aux élections en France sans que nul ne s'en émeuve. Hollande et son équipe se sont fait blouser par le nationalisme micro-corse, quand l'Etat espagnol est en voie de se faire mettre par le nationalisme micro-catalan : pauvre Barcelone où est menée une intensive campagne « anti-tourisme  de masse». Le parti péquenot-fédéraliste européen - soutenu par l'islamo-gauchisme et le plouc régionalo-gauchiste anti-touriste espagnol- va pouvoir enfin rétablir le féodal « charbonnier maître chez soi », chasser les chaussures en skaï chinois et rétablir les sabots plus sains pour la transpiration pédestre.



On entre partout en Europe dans une société de « sables mouvants », d'instabilité politique confuse. Crise de la gouvernance bourgeoise ? Pas encore. Le prolétariat a besoin de quelques baffes encore pour comprendre. Mais on peut pronostiquer des manœuvres similaires en Espagne comme en France autour du « centre ». Il n'est pas étonnant que BFM ait invité comme roi de la soirée le petit prince de la bonne ville provinciale de Pau, F. Bayrou, qui se voit perpétuellement centre du monde et affublé d'un destin présidentiable. Les manœuvres et collusions électorales en France ont eu clairement pour but d'affaiblir la droite par des oeillades aux « centristes » de tout bord. Il devrait en être de même en Espagne, mais à l'inverse, le parti du dit playboy Ciudadanos (il n'est qu'en 3 ème position en Catalogne) – qui se voyait déjà roi – devra donc se vendre au plus offrant : au PP légèrement en tête ou au PS, ce qui est peu probable, quand personne ne souhaite dans l'appareil du "socialisme" espagnol "ringardisé" (par la jeunesse bobo indignée) de se mettre au service du panier de crabes de Podemos.
Une situation ingérable qui pourrait entraîner plus vite que prévu de nouvelles élections, comme en conviennent tous les commentateurs autorisés de la propagandastaffel ce soir, et sans doute encore plus d'abstentions de la part du prolétariat. Iglesias a douché ses partisans en promettant des … réformes "constitutionnelles", tout le sel du réformisme radical à la grecque quoi! Pas de quoi chanter ni rigoler pour les fringants indignados !






1Selon ces résultats, le PP obtient 28,34% des suffrages, et 124 députés, et perd donc la majorité absolue. Il est suivi du Parti socialiste, avec 22,52% des voix et 94 députés, et du parti de gauche radicale Podemos, qui avec ses alliés totalise 20,46% des voix et 68 députés. Le parti libéral Ciudadanos obtient 13,74% des voix et 36 députés. Selon ces premières estimations, ni l'hypothétique alliance PP-Ciudadanos, ni le bloc de gauche PSOE-Podemos n'arriveraient à eux seuls à la majorité absolue. Au delà de l'axe gauche-droite, beaucoup se sont demandés s'ils voulaient voter pour un «vieux» parti, fort de son expérience quoique malmené par les affaires, ou pour un nouveau, plus «présentable» mais dont on ignore encore les capacités de gestion. Juanjo, par exemple, avocat quadragénaire, a voté pour le PP. «Mais j'ai hésité avec Ciudadanos, dit-il. C'est sûrement la dernière fois que je fais un chèque en blanc au PP. Le problème de Ciudadanos, c'est qu'on ne les connaît pas encore beaucoup».Ils vont pourtant les connaître. Hi Hi.

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