"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

dimanche 20 septembre 2015

DE LA REUNION FRATERNELLE DE QUELQUES CERCLES REVOLUTIONNAIRES





Voix des travailleurs (site : Matière et Révolution) avait invité diverses personnes et cercles à sa réunion élargie semestrielle, si je ne me trompe, sous un libelle contre « l'extrême gauche du capital », avec sa faconde habituelle, avenante, non sectaire. Le titre d'invitation importe peu puisque le principal animateur, Robert Paris, indique aux présents, une fois réunis, de proposer leurs thèmes à débattre, leurs suggestions ou encourage chacun à faire les introductions aux débats choisis.
Il faut se rendre compte de l'originalité et de l'intérêt d'une telle démarche en nos temps de désarroi et de dégoût du politique, évidemment pour ce qui nous concerne, c'est à dire l'approche et la conscience de l'utilité des cercles et groupes qui se réclament d'une classe ouvrière révolutionnaire et portent l'exigence ancienne et obstinée d'une nécessaire révolution prolétarienne contre l'ordre existant. Pas d'à priori, pas de menaces terroristes dans l'affirmation des opinions, pas d'anathèmes précipités, pas de morale gauchiste comme argument politique, tous ces éléments concourent à oxygéner n'importe quel débat  pour éclaircir la conscience de classe, et ainsi échapper à la chape de plomb des médias et de la plupart des groupes politiques officiels. Il n'est pas étonnant qu'une telle démarche soit issue de camarades venus de Lutte Ouvrière, groupe trotskien léniniste le plus éloigné des modes gauchistes, secte hermétique à leurs modes confusionnistes de type antiracisme, antifascisme de pacotille et luttes « libératrices » des diverses catégories sociologiques. Le genre a toutefois ses limites comme on le verra dans ma tentative de résumé, objective et subjective, de cette étonnante réunion ; il est incontestable que nombre de ces camarades passé à la moulinette trotskienne durant des années conservent des réflexes de pensée que je dirai de type caméléon (on s'adapte en fonction de la radicalité de l'intervenant) donc opportuniste, ce qui signifie qu'ils font partie, eux, tout de même du combat révolutionnaire au sein du prolétariat.

Après un tour de table, trois sujets furent choisis pour rythmer notre journée de débats :
                    la situation internationale
                    bilan des luttes sociales en France
                    la question de la laïcité.

Je fus choisi comme président de séance, moi qui me considère plutôt comme un yéti, mais j'ai su habilement me délester de cette tâche ingrate en cours de journée, pour la refiler à la jeune garde montante canadienne.

LA GUERRE EST-ELLE LA CAUSE PREMIERE DE LA CRISE DES MIGRANTS ?

Ma présentation de la situation internationale fût centrée sur la question de la guerre et des migrants. J'ai dit que l'essentiel pour comprendre le moment de la propagande d'Etat était la phase de négociation pour le partage des champs pétroliers entre Obama et Poutine, sur le dos de l'Europe qui se débat avec le merdier de la crise des migrants. J'ai à ce titre salué le titre du tract de Voix des travailleurs : « Ils brandissent les migrants pour nous tromper »[1].
J'ai ensuite développé ce que je dis sur mon blog concernant l'utilisation des migrants (même si cela n'eût pas l'air de plaire à tout le monde), le fait qu'il y a un grand nombre de bobos parmi eux, que la bande à Merkel a été irresponsable de prétendre les accueillir massivement, que c'est la dénonciation de l'impéritie des gestionnaires capitalistes qui prévaut plus que de se soumettre aux diverses opérations de charité publique.
Evoquant les toutes proches élections en Grèce, je me suis attaché à souligner que la soit disante compétition gauchiste pour prendre le pouvoir, avait trouvé là son épilogue ; pendant 50 ans les gauchistes en pointe (les trotskiens puis souteneurs de Syriza) nous avaient raconté qu'on allait voir ce qu'on allait voir (leur fond de commerce restant le capitalisme d'Etat et ses nationalisations), mais une fois au pouvoir tout se dégonfle, ils ne peuvent tenir aucune promesse sérieuse, à part échelonner les dettes des pauvres ou comme dans le programme adjacent de Varoufakis proposer des bons de nourriture aux pauvres, c'est à dire un programme de malnutrition de guerre. Le parti Syriza aura servi à illusionner quelques mois le prolétariat grec (très fractionné et divisé, avec une majorité d'immigrés qui se tapent le sale boulot) avant retour à la case départ.

La discussion s'engagea avec une contestation de la guerre comme causalité première de la crise des migrants de la part des camarades de VDT (Voix des travailleurs) [2]. En premier lieu, Robert Paris remarqua que la planète connaissait la guerre partout depuis longtemps. Partout la bourgeoisie s'efforce de mobiliser nationalement. Il a évoqué le Patriot Act, puis il a développé ce qu'il estime être dialectique, une confrontation permanente de la bourgeoisie et du prolétariat dans chacun des événements marquants de ces dernières années. Ainsi lorsque Saddam Hussein fût en passe d'être renversé, c'était parce que le prolétariat en Irak étant dans une situation potentiellement révolutionnaire. On avait assisté au début des troubles en Syrie, c'était comme partout ailleurs dans les soulèvements du « printemps arabe », à des manifestations ouvrières pacifistes de masse. Par conséquent si on ne voit pas en permanence les orientations de la bourgeoisie dans chacun de ses engagements comme un combat contre le prolétariat, on n'est pas marxiste. N'y a-t-il pas des contradictions au sein de chaque classe ? De même il n'y a pas de séparation entre la lutte de classe, la guerre et les migrants. L'ouverture soudaine et chaleureuse aux migrants n'est pas autre chose qu'une attaque contre le prolétariat, sans se soucier de qui les a fait fuir. Tout cela a été fait exprès. Les bourgeois ne sont pas en guerre avec eux-mêmes mais incapables de gérer la planète. Il y a de plus en plus une limitation du capital à accumuler davantage. Nous vivons une situation nouvelle. Quant à l'extrême-gauche, elle est victime de sa perte de confiance dans le prolétariat ; elle n'a plus confiance dans les capacités du prolétariat, elle le voit uniquement comme démoralisé. Pourtant la bourgeoisie a de bonnes raisons d'avoir peur du prolétariat.

Pour l'un des camarades du GIGC il faut placer les questions au niveau historique. Il n'y avait pas de capacité alternative du prolétariat en Irak. Il brossa le tableau des cycles de défaite et du cours historique avant la Seconde Guerre mondiale, pour insister sur le fait que le capitalisme n'a que la guerre comme solution à sa crise de surproduction. Bien sûr que la crise des migrants est due à la guerre. Plusieurs éléments expliquent pourquoi la guerre mondiale n'a pas encore eu lieu. D'abord il n'y a pas encore eu constitution de blocs qui sont indispensables dans une confrontation généralisée.  Ensuite la menace prolétarienne demeure, même si le prolétariat est encore globalement soumis à l'idéologie bourgeoise, il n'est pas complètement soumis ; de plus, il faut faire la comparaison qui s'impose : il n'est plus autant « encadré » qu'il le fût dans les années 30. Depuis 2008 on assiste à un développement des luttes ouvrières dans le monde. On a vu aussi des luttes importantes en Grèce. La bourgeoisie mène une attaque à la fois économique mais aussi politique. Elle se doit partout d'infliger une défaite idéologique au prolétariat. Enfin le camarade estima qu'il ne faut pas en rester au niveau de la simple discussion, mais se poser à terme la question du regroupement des révolutionnaires, saluant la réunion organisée par VDT.
Plusieurs camarades de VDT se sont succédé, témoignant de leur combat en entreprise, de leur lutte contre la défaite organisée des syndicats, de leur capacité à favoriser les discussions, de leur conscience que les travailleurs ne baissent pas les bras... la chute de la Bourse en Chine est aussi révélatrice... on peut sortir de l'étau : ou blanc-seing à l'Etat ou charité (Max). Appuyant l'intervention de R.Paris, un autre camarade estima que le camarade Juan avait embrouillé, que le capital étant toujours en guerre, ce ne pouvait pas être une nouveauté que de la fournir comme explication première, et qu'on n'est pas à la veille d'une 3 ème Guerre Mondiale. Du point de vue du prolétariat, on n'en est plus aux espoirs vains des journées d'action, certains se posent le problème de qu'est-ce qu'on va mettre à la place du capitalisme, faire des comités, etc. (Efraim). Les guerres impérialistes sont des rivalités de classe, selon Borak[3]. Il répondit au camarade du cercle Robin Goodfellow – qui avait fait circuler une série de graphiques illustrant l'effondrement économique – que les statistiques n'expliquent pas tout, que même dans les périodes d'effondrement économique, le capitalisme est capable de s'en sortir.

LES GAUCHISTES PAUVRES VICTIMES DE LA DEMORALISATION DE LA CLASSE OUVRIERE OU ASPIRANTS MENEURS ?

Pour ma part, revenant sur les affirmations de R.Paris, je contestai que les motivations impérialistes soient en permanence calquées sur les désidératas du prolétariat. La bourgeoisie entoure c'est vrai toujours ses préparations militaires de campagnes sur « l'opinion », mais ce qui la détermine d'abord c'est la compétition entre fractions rivales, et dans les pays en guerre il n'y a pas de prolétariat développé à embobiner. J'ai récusé la formulation de R.Paris « l'extrême-gauche victime de sa perte de confiance dans le prolétariat ». Les gauchistes font partie de la bourgeoisie politique depuis longtemps, ce n'est qu'une variété de politiciens arrivistes qui ne partent pas des besoins ou objectifs politiques de la bourgeoisie, mais des leurs ; dans la Gauche Communiste dès la fin des années 40 ils sont nommés « aspirants meneurs » par Mousso. J'ai lu ensuite sur mon smartphone un extrait du texte de la Gauche communiste de France (Internationalisme 1947) qui les caractérisait bien avant notre naissance – j'étais le plus vieux de la salle - ainsi :
« Les ouvriers sont invités à participer à ce travail inutile ; toute la gauche bourgeoise – SFIO, staliniens, trotskistes – les entraîne à pallier quotidiennement à la crise du système bourgeois. Pour les uns, la grande pénitence, la ceinture au dernier cran est la solution réelle contre la famine ; c'est une façon de combattre le mal par le mal » (signé Mousso).
Une occasion au passage de rendre hommage à notre tradition de la « Gauche communiste », pas celle dont vous parle la télé, les Mousso, Chirik et Goupil.

R.Paris considéra enfin qu'il n'y avait pas de désaccords sur l'analyse des contradictions économiques du capitalisme, mais il prit pour exemple la guerre de Corée où, selon lui, la Russie ne fût pas impliquée. Reprenant l'erreur de la GCF (Gauche Communiste de France/revue Internationalisme) – la venue de la guerre mondiale en 1950 – il estima que la Gauche communiste avait renoncé à la dialectique dans l'espoir d'une révolution pure.
Je ne me souviens plus des détails de ma conclusion de cette discussion, mais j'ai probablement encore insisté sur le problème de la guerre et l'absence de prise de position de la plupart des groupes qui se réclament de la révolution prolétarienne (probablement parce que la question des migrants vient rendre confuse la « préférence immigrée » de certains ou la théorisation simpliste de la classe ouvrière comme « classe immigrée ». Dans les couloirs un camarade de VDT me fît remarquer que c'était plus de la sociologie de ma part et que la plupart des migrants étaient des prolétaires. Nous convînmes qu'une bonne partie d'entre eux ne finiraient même pas prolétaires mais retour à la case départ ou misère absolue.

LA BOURGEOISIE NE FAIT PAS CE QU'ELLE VEUT

En introduction au troisième volet de la série de débats – les luttes sociales en France – R.Paris s'efforça de démontrer que la bourgeoisie faussait la réalité de celles-ci et que le prolétariat est craint par la classe des dirigeants. Intégrant les syndicats dans cette « classe des dirigeants » il s'appuya ensuite sur des exemples à Radio France, dans les hôpitaux où les syndicats officiels se dépêchent de prendre les devants pour créer des comité hadhoc, parce qu'ils sont constamment sous la pression des gens. C'est loin d'être une sinécure pour les appareils. Les hospitaliers leur criaient : « on ne négocie pas ». Les interventions par tracts de VDT leur ont permis de s'adresser à un éventail plus large de « gens ».
Le président de séance regrettant que la présentation ne se soit pas attachée à parler des luttes au niveau international, cette déficience allait être comblée par les intervenants suivants. Ils se prononcèrent tous en accord avec le constat que le prolétariat reste un danger pour la bourgeoisie. Juan rappela l'importance du prolétariat allemand, sa lutte cheminote et dans les ports. Il rappela quelques-unes des principales luttes en France des 30 dernières années pour souligner l'importance de l'implication des militants dans ces luttes, leur participation active même lorsque les luttes sont chapeautées par les appareils syndicaux de la bourgeoisie. Il considéra qu'il a toujours un aspect politique dans les luttes ouvrières, comme l'avait formulé Rosa Luxemburg, et que la classe doit avoir la capacité à assumer ce combat politique contre les syndicats, en même temps que le rôle des minorités révolutionnaires est indispensable.
Pour le camarade D. de Robin Goodfellow, indéniablement il existe une frilosité de la bourgeoisie à monter ses attaques, ce qui n'empêche qu'elle en prépare de violentes, par exemple une attaque contre le droit de grève en Italie. Il affirma son accord avec l'importance toujours actuelle du prolétariat allemand. Il examina ensuite les conflits plus particuliers à Amazone et celui de Telefonica en Espagne, infos qu'il tenait d'une rencontre avec le leader de la grève. Des assemblées sont maintenues dans les provinces. Ils discutent sur la possibilité ou pas de recréer un syndicalisme de base. Il faut réfléchir particulièrement à l'explosion programmée du groupe ouvrier, une régression sociale qui éparpille les ouvriers en précaires. Comment pourra-t-on faire la révolution avec une classe aussi atomisée ? JLR a en partie raison de comparer avec les IWW. La centralité du prolétariat européen demeure bien que ce soit une classe beaucoup recomposée. On ne peut pas dire  pourtant qu'il n'y aura pas de leçons à recevoir du prolétariat de la périphérie, des pays émergents, comme celui du Brésil.
Une partie de la discussion fût consacrée aux oppositions classiques sur le travail à faire dans ou hors des syndicats. Les camarades de Robin Goodfellow estimant qu'un syndicalisme de classe est possible dans les pays émergents, et les camarade de VDT restant partisans d'un travail militant interne et externe à ces organismes, ce qui les opposaient au GIGC et à votre serviteur.
Un camarade de VDT fût d'accord avec moi, contre l'avis de Juan, que tout n'est pas politique, même si Rosa l'a dit, et avec cette formule que j'approuvai : « faire de la politique ce n'est pas s'occuper des grèves » (R.Paris). J'ai eu l'occasion d'insister à plusieurs reprises sur le fait que la grève ne peut pas être considérée comme le nec plus ultra de la lutte de classes qui a d'autres formes d'expression, manifestations, rassemblements, discussions en comités indépendants, réunions publiques de groupes révolutionnaires, sans compter que nombre de grèves sont totalement au ras des pâquerettes et complètement dirigées ou liquidées par la bourgeoisie. L'expérience de la grève joue pour la formation de la conscience de classe collective, mais elle n'est pas la seule voie d'accès à la conscience de classe, ni en soi réflexion politique aboutie. Mais l'ensemble des participants convinrent qu'on ne peut rien prédire, qu'un mouvement important peut se déclencher pour des questions accessoires ou dérisoires en temps ordinaire et révéler ce vase qui déborde soudainement d'une conscience trop longtemps comprimée par le mensonge déconcertant dominant. Discussion tout à fait fraternelle, comme le remarqua le président de séance, content de lui.

MALAISE DANS LA LAICITE

Présenté par un des camarades de Robin Goodfelow – présentation reflétant un certain malaise sur la question religieuse – la discussion ne se voilà (ce con d'ordi maintient l'accent) pas la face ni les cheveux. Comme le formula l'un d'entre nous (D.) : les marxistes avaient cru la question réglée, mais peau de balle !
Le débat fût un peu décousu entre RG qui avait mal embarqué le débat en faisant référence à un manque de respect des lois, celle de 1905 – ce qui souleva l'ire des partisans de VDT (on va pas se battre pour les lois bourgeoises!) - entre une question charitable pour les braves croyants : posons la question « y a-t-il une oppression spécifique ? » (Efraim) ; et bibi qui ne cachait pas son rejet de la modification téléguidée par l'Etat bourgeois du paysage culturel (foulards et minarets, cantine scolaire à mets séparés, salle de prière en usine, écoles confessionnelles) quitte à passer pour une passerelle de l'extrême-droite qui s'y connaît en viaduc et colimaçon. Je ne fus pourtant pas qualifié de xénophobe ni de racisme primaire.
Il était inévitable que cet autre qui avait sorti : « le voile est un signe ostentatoire, et la loi interdisant le voile n'est pas appliquée » ne pouvait s'attirer les bravos. A l'origine du thème, les camarades de Robin Goodfellow, au vu d'une prégnance renouvelée de la religion, estiment que le combat pour la laïcité du point de vue prolétarien est encore d'actualité. Pas du tout répondit R.Paris : « il y a eu une religion de la laïcité, un combat exclusivement bourgeois », et d'invoquer 1789 où la religion n'a pas été abolie, au contraire. La religion peut être détournée comme instrument politique, mais elle reste un problème social auquel on ne peut pas répondre dans l'abstrait.
Revenant à la charge d'autres membres de VDT assénèrent des affirmations aussi discutables que :
                    la religion est apparue en même temps que les classes
                    si une femme veut porter le voile, elle est libre.

Soit des inventions historiques, soit des connotations complices de la « tolérance » islamo-gauchistes, les interventions traduisaient à mon sens plus le malaise, l'incertitude et les attentes face à un sujet savonnette et pas du tout abstrait (ou au moins autant que le bon dieu) pour ceux qui suivaient R.Paris. Il était objecté à tout cela que le combat pour la laïcité, contre les curés exploiteurs a été aussi un moment du combat pour le prolétariat – le jeune Marx n'avait-il pas dit la première critique est celle de la religion ? - le premier décret de la Commune n'avait-il pas été la séparation de l'Eglise et de l'Etat.
Ensuite, mi-angélique mais pas évangélique, j'ai posé la question qui tue : lors de l'intronisation des salles de prière en usine sous Jospin, qu'auriez-vous pris comme position :
1.                  OK c'est bien c'est la tolérance
2.                  ce n'est pas une revendication de classe, nous sommes opposés à la confessionnalisation des lieux de travail.

La plupart furent en peine de se prononcer précisément. Il me semble que c'est Juan qui apporta la meilleure réponse. Considérant que la présentation avait fait une erreur de méthode, il considéra que seule la dictature du prolétariat permettra en supprimant les inégalités de tendre à faire diminuer les croyances religieuses, pas forcément à les faire disparaître. Il considéra qu'on n'avait pas à discuter des questions religieuses en AG, ni à accorder des salles de prière, plus de pauses peut-être. La religion sert à pousser à l'idéologie guerrière. On ne peut vraiment aborder ces questions que dans la dynamique de la lutte des classes. Il n'y a pas de recettes.

UN INCIDENT SECONDAIRE EN MARGE DE LA REUNION

Avisant un militant du cercle « Mouvement communiste » qui passait par là, je me fais engueuler par icelui qui me reproche de les avoir qualifié de « terroristes », ce qui peut aider la police. Je réponds que je les ai qualifiés de « terroristes rouges » en référence à leur ancienne théorie, commune à presque tous les gauchistes et ultra-gauches, repiquée à Trotsky et à la révolution française, nullement en les assimilant au terrorisme islamique. Il est vrai que parfois mon clavier a pu fourcher, mais je ne dénonce personne, je me moque d'une théorie caduque pour gagner le prolétariat à la révolution. Si tel a été le cas, c'est parce qu'on m'a informé que ce groupe avait sorti une brochure où ils annonceraient avoir abandonné le marxisme-léninisme et l'exemple de la révolution russe ; ce que je trouvais fort le café pour un groupe assez arrogant et ventripotent de verbiage intellectuel violent pour rameuter les masses. Renseignement pris, la brochure est introuvable auprès du libraire qui m'en avait parlé, et qui est devenu évasif sur le sujet ! Invention d'un ex-concurrent maoïste ? A suivre.
Revenons aux textes même du « mouvement communiste », sponsorisés comme textes classiques sur le fascisme par le révérend Yves Coleman, procureur anti-raciste à ses heures, et pourfendeur de la xénophobie des « souchiens » et du FN qui serait un parti « fâchiste ». Le texte des MC est hyper-gauchiste confus, complètement étranger à la tradition de la Gauche communiste. On y voit poindre le nazisme derrière chaque pet de la démocratie bourgeoise. L'infantilisme navrant sourd de phrases redondantes et potaches  et de curieuses conceptions :
                    nous allons vers « une militarisation rampante du rapport social de production (…) vers un national-socialisme à la française ».
                    le fascisme s'appuie sur toutes les couches de la société
                    sa base prolétarienne est constituée par des chômeurs, des prolétaires, des paysans en uniforme démobilisés et déclassés.
Des notions qui fleurent bon un modernisme mâtiné de marxisme-léninisme gratiné fleurissent un peu partout dans un discours hallucinant de menaces et d'affirmations outrancières. C'est quoi « la communauté du prolétariat mondial » ? C'est où « gagner la guerre contre le fascisme? ». C'est pas fasciste l'affirmation suivante : « le prolétariat ne doit pas s'encombrer donc de la défense de la démocratie contre le fascisme ». Toutes les formules sont ambiguës, semblent plagiées sur Bordiga, mais là où Bordiga exprimait un point de vue, souvent avec humour et doute, on assène ici des dogmes sectaires, avec l'argument de « l'autorité du parti », du « devoir ». Très militaire tout cela... Le révérend Coleman et ses rudes combattants de la phrase radicale, pionniers d'une analyse du fascisme comme produit de la classe ouvrière, ne seraient-ils pas nos nouveaux fascistes, en herbe ?
Je ne veux pas les accabler d'épithètes, il me font pitié, je regrette simplement de les avoir cités il a 15 ans dans mon livre sur l'histoire du nazisme (Cahiers Spartacus) comme référence parmi les groupes politiques plus clairs sur la nature du nazisme. Ils ne sont pas clairs du tout.






AJOUTS SUBSIDIAIRES HORS DE LA REUNION :

La collusion avec l'expansion de la joyeuse tolérance à l'expansion de l'islam est ouvertement chantée par Y.Coleman dans sa dernière revue. On fait semblant d'oublier que les pays colonisateurs se sont sentis floués après la décolonisation, non seulement de la privation de matières premières, mais de prolétaires, c'est pourquoi il a fallu revoir les politiques d'immigration et arrangements qui vont avec (accompagnement et financement des aliénistes religieux).
Listant les concessions religieuses faites  l'Etat bourgeois néerlandais, qu'ils estiment insuffisantes, Y .Coleman nous fournit la liste de ces « victoires » de la démocratie :
                    les musulmans hollandais sont mieux organisés puisqu'ils contrôlent 206 moquées sur 453 (n'en déplaise aux islamophobes et aux racistes!)
                    prise de jours de congé pour motif religieux ;
                    égorgement rituel seulement (sic!) une fois la semaine ;
                    enseignantes autorisées à porter le voile dans les écoles publiques tout comme les gardiennes de prison ;
                    droit de prier sur le lieu de travail pendant le ramadan ;
                    droit de construire des moquées (plus facilement qu'en France (sic) ajout de YC)
                    droit au nom de la liberté d'expression pour les imams de tenir des discours homophobes, la justice néerlandaise considérant ne pas avoir à se mêler des questions...religieuses :

Le procureur immigrationniste YC dénonce à cet égard « l'intolérance du hollandais de souche », et un « racisme institutionnel » qui seraient les causes du retour à la religion. Le multiculturalisme estime obligatoire de développer les mosquées pour « libérer les musulmans ». La politique de l'Etat hollandais reste un mélange de concessions sournoises et de répression « raciste » selon le révérend YC.
Il déplore certaines mesures « outrancières » à son goût, telle celle de la municipalité d'Utrecht ait décidé de supprimer les allocations chômage aux porteuses de la burqa. A côté de son étalement de compassion pro-islamiste, YC se veut en même temps critique, surtout de la religion catholique... : « Les religions évoluent, ce qui ne les rend pas moins nocives » ; il se veut rassurant, contre la tendance générale : « la plupart des sociétés sont en voie de sécularisation ». Puis, pape moralisateur, antéchrist antiraciste primaire, le voila-t-il pas qu'il fait la leçon aux anarchistes et aux marxistes : « nous ne vivons plus au temps de Galilée ». Dans les deux cas, chez le doux révérend Coleman (ex-chefaillon de LO) et nos rudes insurrectionnalistes du verbe, c'est la même hyper violence pathétique contre des ennemis imaginaires, et dans le cas de l'hypocrite révérend, complètement dans les voiles de l'Etat bourgeois.







[1][Après lecture ce tract m'apparût le meilleur qui ait été produit en date du 15 septembre parce que centré justement sur la question de la guerre, meilleur même que celui du groupe « Révolution ou guerre » (GIGC groupe international de la gauche communiste) : Exode massif sur tous les continents : ce sont nos frères de classe que le capitalisme assassine, le 5 septembre ; qui est critiqué sur ce blog)]. Néanmoins ce genre de tract contient un défaut : il est cloné sur les bulletins de boite de la maison mère LO (aïe les droits d'auteur...), il est personnalisé à chaque entreprise où il est diffusé, avec au dos des « échos de la boite » où il est diffusé, celui-ci porte l'en-tête « Hôpital public », concession sans doute au néo-bolchevisme trotskien qui veut assurer qu'il est bien implanté dans la classe ouvrière, ou qui se donne l'illusion qu'il aura ainsi plus l'oreille des masses de la corporation indiquée comme marque de lessive en chapeau de tract ; et vous imaginez la joie de l'ouvrier neuneu de base : « ouah un tract révolutionnaire qui parle de MA boite d'un côté et de l'autre de la situation internationale » !

[2]Ce qui m'apparut ultérieurement contradictoire avec le contenu (très bien) de leur tract, dénonçant la responsabilité des puissances occidentales.
[3]En entendant cette intervention assez externe au marxisme – les guerres impérialistes sont des compétitions entre grands Etats ou blocs rivaux – je repensais à cette autre hérésie, celle de Vercesi/Perrone (le grand animateur de BILAN) qui pensais que en 39-45 le prolétariat avait disparu ! Deux dérapages opposés en quelque sorte. Je réfléchissais au cour de cette réunion au fait que la question des réfugiés, de l'aide aux réfugiés peut conduire à la compromission politique. Le grand théoricien intransigeant de la Gauche italienne en Belgique (alors que Bordiga ronflait dans l'île où Mussolini l'avait emprisonné) Perrone, en se portant à la présidence du comité pour l'aide aux réfugiés italiens à la fin de la guerre en Belgique, fût salué par la presse bourgeoise comme un grand homme, dans l'union nationale charitable et pleurnicheuse.

vendredi 18 septembre 2015

La question des réfugiés à la fin de la guerre mondiale

Alors que le monde entier n'en est qu'au début de cette immense crise des réfugiés, certains s'offusquent qu'on y attache trop d'importance, excipant que ce fût une crise d'une autre ampleur qui secoua l'Europe dès avant 1940 et surtout après 1945. Il est vrai que la crise actuelle ne fait pas suite à une guerre mondiale, mais cela n'est en rien rassurant ; la crise des réfugiés avait commencé dès la fin des années 1930 (réfugiés, russes, espagnols, allemands, juifs, etc). L'Europe fût ensuite en reconstruction et avait besoin de réparer et reconstruire d'immenses destructions du capitalisme en guerre mondiale. A notre époque, le capitalisme et ses impérialismes détruisent aussi beaucoup mais pas encore à l'échelle de 1945, au Moyen Orient, en Afrique, en Tchétchénie, en Ukraine, etc.

Personne ne dénonce plus la guerre de manière frontale. Elle fait partie du paysage. Soit elle est trop compliquée – jeu de cons à plusieurs – soit il est plus électoraliste de protester contre le sort fait aux migrants, et on se sent mieux dans sa peau à besogner pour des actes de charité. Le petit NPA, comme d'autres sectes qui se prétendent marxistes appellent à ouvrir très grandes les portes à tous les RéfugiéEs, comme le ministre bourgeois Valls appellent à bien les traiter tous humainement face à la vilaine Hongrie qui se hérisse de barbelés. Ces réformistes radicaux (ou secouristes radicaux, mais seulement en paroles) irresponsables figurants, à la suite de la championne en la matière, die Mutter Merkel, peuvent bien dire n'importe quoi – ils ne veulent pas du pouvoir ou si on les laisse y accéder, ils se tirent (cf. Syriza) – mais restent d'infantiles anarchistes hors de la réalité. Or, le système capitaliste s'étouffe, en étouffant surtout ses populations surnuméraires ! Si exalter la pénurie, l'envahissement disproportionné de populations chassées par la guerre, et la croyance à des aides sans fin, enchantent ces activistes – et qu'ils imaginent ainsi mieux « faire payer les riches » (LO) ou « la bourgeoisie » (NPA), ils se mettent le doigt dans l'oeil. C'est non seulement la bourgeoisie qui le fait payer en termes d'impôts à la classe ouvrière, mais surtout elle le lui fait payer politiquement en l'enfermant dans l'étau de la paranoïa nationale et du multiculturalisme « international ».


De Grèce et d'Italie parviennent des remarques comme quoi les caisses de solidarité européenne sont au bord du vide. Chaque pays de l'Est concerné referme des frontières qu'on croyait disparues grâce à Schengen (elles n'ont jamais disparues pour les illusionnistes d'une fumeuse « Europe des peuples »). On en entend certains relativiser contre l'hystérie qui assure qu'on doit absorber tous les migrants d'où qu'ils viennent, qui dénoncent les promesses mirobolantes faites aux candidats à la migration, se moquent de cette propagande gouvernementale qui met tout sur le dos des passeurs, ne cachent pas les exigences arrogantes de nombre de migrants (en Hongrie l'Etat n'a eu aucun mal à réaliser l 'union nationale en exhibant les images d'un train en gare où les candidats à la migration jettent la nourriture apportée par les policiers et secouristes bénévoles, et laissent, partout où ils passent des locaux dans un état de malpropreté repoussante). Toute le propagande est ainsi, baignée d'une ambiguïté constante : on fait la morale multiculturaliste et bisounours façon Valls mais, en parallèle, on exhibe les arrivants comme arrogants, et... déguisés ; France 2 diffusa hier un reportage où des petits bourgeoises syriennes cachaient leur foulard sous un chapeau à larges bords pour mieux s'infiltrer via la Hongrie et aboutir en Allemagne où elles espèrent « ouvrir un restaurant ». Ces gens-là seraient partie prenante de la classe ouvrière « internationaliste » ? Laissez-moi rire.
Tous les solidaires gauchistes – méprisons le silence des soit-disants groupes de la gauche communiste (maximaliste) - qui rampent en faveur de la solidarité pour les pas encore réfugiés cautionnent le mensonge déconcertant de l'aide aux réfugiés. C'est l'impéritie des Etats capitalistes qu'ils devraient dénoncer, et appeler à manifester non contre l'hydre famélique du FN, mais contre la guerre en Syrie. Leurs bêlements pour une meilleure solidarité, est certes bêtement utopique, mais au fond complice de leur gouvernement de gauche « antifasciste » et roi de « l'antiracisme », ces miroirs aux alouettes de nos braves marchands d'armes et souteneurs d'Al Nostra.
Petit retour en arrière éloquent avec mon petit pillage de Wikipédia.

Expulsion des Allemands d'Europe de l'Est

L’expulsion des Allemands d'Europe de l'Est est le transfert des populations allemandes (dites Volksdeutsche) vers l'Allemagne et l'Autriche actuelles. Ce mouvement de population commença au début de la seconde Guerre mondiale dans le cadre du pacte germano-soviétique, mais s'amplifia surtout à sa fin. Les déplacements de populations à la fin de la guerre se répartissent en trois vagues qui se sont partiellement chevauchées. La première correspond à la fuite spontanée ou à l'évacuation plus ou moins organisée des populations effrayées par l'avancée de l'Armée rouge de la mi-1944 au début 1945. La seconde phase correspond à des expulsions locales, immédiatement après la défaite de la Wehrmacht. Des expulsions plus systématiques ont eu lieu après les accords de Potsdam signés le 2 août 1945 par Staline, Attlee et Truman pour éviter toute revendication territoriale future de l'Allemagne sur ses voisins orientaux.
Les expulsions eurent principalement lieu dans l'actuelle Pologne (Poméranie, Prusse, 7 millions de personnes) et en Tchécoslovaquie (Silésie, Sudètes, 3 millions de personnes) mais touchèrent la plupart des pays d'Europe centrale et orientale. Ces déplacements touchèrent entre 12 et 16 millions de personnes. Ce fut l'un des grands transferts de populations de l'histoire contemporaine et le plus important parmi ceux qui eurent lieu à la fin de la guerre. Au moins 500 000 civils sont morts lors de ces transferts des suites de mauvais traitements, de maladies et de privations. Les expulsions étaient terminées au début des années 1950 et à ce moment il ne restait plus que 12 % des populations allemandes d'avant-guerre dans ces territoires. Mais l'exode s'est poursuivi ensuite individuellement.
Cet événement de l'histoire, qui, à quelques exceptions près (Saxons de Transylvanie) a mis fin à mille ans de colonisation allemande vers l'Est, reste encore mal connu y compris en Allemagne même, car les atrocités nazies et la Shoah ont longtemps occulté les souffrances des populations allemandes ; sur le plan diplomatique, il a longtemps « pollué » les relations entre l'Allemagne et ses voisins, jusqu'à ce que divers traités aient, après 1990, fini par en régler les séquelles.

Conditions des expulsés dans l'Allemagne d'après-guerre

Ancien camp pour les réfugiés à Eckernförde, photographie prise en 1951.

Ceux qui arrivaient étaient en mauvais état, particulièrement durant le dur hiver 1945-1946 lorsque les trains transportaient les « morts et les mourants dans chaque wagon (d'autres morts avaient été jetés du train le long du trajet)». Après avoir subi les atrocités de l'Armée rouge, les expulsés durent subir les représailles des populations locales de Pologne, de Tchécoslovaquie et de Yougoslavie. Les lynchages, les viols et les meurtres accompagnaient souvent les expulsions. Des Allemands furent massacrés comme à Ústí ou enfermés dans des camps particulièrement rudes104. En plus de ces atrocités, les expulsés souffraient de la faim, de la soif, des maladies, de la séparation de leurs proches, de la perte de leurs droits et parfois de travaux forcés. Les traumatismes psychiques étaient nombreux et en particulier chez les enfants.
Une fois arrivés, ils découvraient un pays ravagé par la guerre. Le manque de logements dura jusque dans les années 1960, ce qui associé aux autres pénuries mena à des conflits avec les populations locales. La situation s'améliora seulement avec le Wirtschaftswunder dans les années 1950 qui ramena le taux de chômage à moins de 1 %.
La France n'avait pas participé à la conférence de Potsdam et se sentait donc libre d'appliquer les dispositions qu'elle souhaitait. Elle maintenait sa position selon laquelle elle n'avait pas approuvé les expulsions et par conséquent n'était pas responsable du relogement et de l'approvisionnement des expulsés dans sa zone. Si l'administration militaire s'occupait des Allemands arrivés avant juillet 1945, elle tenta de refouler les nouveaux arrivants en provenance de l'Est. La Grande-Bretagne et les États-Unis protestèrent contre les actions françaises, mais n'avaient aucun moyen de forcer la France à appliquer la politique d'expulsion décidée à Potsdam. La France continua de distinguer clairement les réfugiés de guerre et les expulsés de l'après-guerre. En décembre 1946, elle accueillit dans sa zone les 250 000 réfugiés allemands se trouvant au Danemark, car ceux-ci avaient été évacués durant la guerre. Les Danois d'origine allemande ne furent jamais expulsés. La France sauva ainsi de nombreuses vies compte tenu du fort taux de décès dans les camps danois117 .
Jusqu'à l'été 1945, les Alliés ne s'étaient pas mis d'accord sur la façon de gérer les expulsés. La France suggéra l'émigration en Amérique du Sud et en Australie et l'implantation des « éléments productifs » en France, tandis que les Soviétiques privilégiaient la réinstallation de millions de réfugiés en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale.
Les Soviétiques, qui encourageaient et participaient en partie aux expulsions, ne se préoccupaient pas des conditions de vie des expulsés et demandaient aux Américains et aux Britanniques d'absorber les réfugiés dans leur zone d'occupation. En contradiction avec les accords de Potsdam, les Soviétiques ne fournirent que peu de ravitaillement aux expulsés. À Potsdam, il fut accepté que 15 % des équipements industriels de la zone occidentale, en particulier dans le domaine sidérurgique et chimique, seraient transférés à l'Union soviétique en échange de produits alimentaires, de charbon, de potasse (pour la production d'engrais), de bois et de pétrole. Les livraisons occidentales commencèrent en 1946, mais les livraisons soviétiques, désespérément nécessaires pour ravitailler les réfugiés et relancer la production agricole, ne se réalisèrent pas. Par conséquent, les États-Unis stoppèrent leurs livraisons le 3 mai 1946, tandis que les réfugiés de la zone soviétique étaient déportés à l'Ouest jusqu'à la fin 1947.
Dans les zones britanniques et américaines, la situation s'aggrava considérablement, particulièrement dans la zone britannique. Du fait de sa localisation sur la mer du Nord et sur la mer Baltique, un grand nombre de réfugiés arrivèrent par mer et les rations déjà modestes durent être réduites d'un tiers en mars 1946. À Hambourg par exemple, la surface de logement disponible par personne déjà réduite par les bombardements aériens de 13,6 m2 en 1939 à 8,3 m3 en 1945 fut encore réduite à 5,4 m2 du fait de l'arrivée massive de réfugiés. En mai 1947, les syndicats de Hambourg organisèrent des grèves contre la faiblesse des rations et les manifestants se plaignaient de l'arrivée rapide des expulsés .
Les États-Unis durent importer de la nourriture dans leurs zones et le Royaume-Uni financièrement épuisé et dépendant des importations alimentaires dut contracter un nouvel emprunt auprès des États-Unis pour financer l'acheminement de produits alimentaires en Allemagne. Les Alliés se tournèrent vers une politique d'« assimilation », considérée comme la meilleure façon de stabiliser l'Allemagne et d'empêcher la création d'une population marginalisée qui pourrait se révolter118. Ainsi tous les expulsés qui possédaient autrefois la nationalité polonaise, tchécoslovaque, hongroise, yougoslave, roumaine, etc., reçurent automatiquement la nationalité allemande.
Manifestation d'expulsés à Bonn, capitale de l'Allemagne de l'Ouest 1951

Après la fondation de la République fédérale allemande, la loi du 24 août 1952 fut destinée à améliorer la situation économique des expulsés. La loi, nommée Lastenausgleichsgesetz ou loi sur l'indemnisation garantissait une compensation financière partielle et un accès au crédit plus facile pour les expulsés ; la perte de leurs possessions fut estimée à 299,6 milliards de deutschemarks123. Des organisations furent créées pour faciliter l'intégration des expulsés dans la société allemande d'après-guerre tandis qu'à l'Est, de telles organisations étaient interdites124. La plus importante, encore active aujourd'hui, est la Fédération des expulsés (allemand : Bund der Vertriebenen (BdV)). Il s'agit d'une association à but non lucratif créée pour représenter les intérêts des Allemands chassés de leur région d'origine à l'Est de l'Europe. Elle représente les expulsés allemands et leurs descendants soit actuellement environ 15 millions de personnes. L'actuelle président est Bernd Fabritius membre de la CSU.

Raisons et justifications pour les expulsions

Étant donné l'histoire complexe des régions affectées et les intérêts divergents des puissances alliées, il est difficile de donner une liste définitive des motifs d'expulsions. Le paragraphe des accords de Potsdam à ce sujet est assez vague : « Les trois gouvernements, après avoir considéré la question sous tous les aspects, reconnaissent que le transfert vers l'Allemagne des populations allemandes restantes en Pologne, en Tchécoslovaquie et en Hongrie doit être entrepris. Ils s'accordent sur le fait que ces transferts devront se faire de manière ordonnée et humaine ». Les principales raisons sont :
  • Un désir de créer des nations homogènes : C'est la raison principale selon de nombreux historiens
  • La vue des minorités allemandes comme une source potentielle de troubles : Les soviétiques et les administrations communistes du bloc de l'Est considéraient les minorités allemandes restantes comme une potentielle cinquième colonne qui pourrait interférer avec la soviétisation de ces pays. En général, les alliés occidentaux espéraient obtenir une paix plus durable en éliminant les minorités allemandes, qui selon eux, devait se faire de façon humaine
  • La punition des Allemands; Les alliés déclarèrent les allemands collectivement responsables des atrocités nazies.
  • Les considérations politiques soviétiques. Staline a vu dans les expulsions un moyen de créer de l'antagonisme entre les pays satellites de l'Union soviétique et leurs voisins. Ces États auraient donc eut besoin de la protection de l'URSS.

Le désir de créer des États ethniquement homogènes

Nationalités majoritaires en Pologne vers 1931 d'après l'historien polonais Henryk Zieliński.
La création de nations ethniquement homogènes en Europe centrale et orientale126 fut présentée comme la raison principale des décisions de Potsdam et des expulsions qui suivirent127. Le principe selon lequel toute nation doit habiter son propre État-nation a donné lieu à une série d'expulsions et de réinstallation des Allemands, des Polonais, des Ukrainiens et d'autres nationalités qui, après la guerre se sont retrouvés en dehors de leurs pays d'origine128. Les échanges de populations entre la Turquie et la Grèce ont apporté de la légitimation à ce concept. Churchill cita l'opération comme un succès dans un discours concernant les expulsions d'Allemands138,139.
Dès le 9 septembre 1944, le dirigeant soviétique Khrouchtchev et le polonais communiste Osóbka-Morawski du Comité polonais de Libération nationale signèrent un traité à Lublin sur les échanges de populations ukrainiennes et polonaises vivant du « mauvais côté » de la ligne Curzon128. La plupart des 2,1 millions de Polonais expulsés de Kresy annexé par les Soviétiques furent réimplantés dans les nouveaux territoires polonais à l'ouest136 Le tchécoslovaque Edvard Beneš, dans les décrets Beneš du 19 mai 1945, qualifie les Hongrois et les Allemands de « traîtres à la patrie », ouvrant la voie aux expulsions et aux confiscations.


Ce court historique qui demanderait des commentaires – vous pouvez en lire l'intégralité sur Wikipédia - est intéressant à plus d'un titre. Il montre que la question des réfugiés en 1945 (et seulement en Europe, car il ne faut pas oublier qu'il était au moins aussi grave en Asie) est typique par son ampleur, bien supérieure à l'actuelle crise des migrants, des conséquences de la boucherie mondiale. Ce n'est pas la faute au peuple allemand, comme l'a démontré dans un excellent texte de Henri Chazé (lisible dans mon blog Archives maximalistes ou sur le site La bataille socialiste) mais bien de l'ensemble du capitalisme, nazis et stalinistes inclus. Il faut comparer le type de problèmes posés alors, différents de ceux d'aujourd'hui : « faire payer » aux allemands alors qu'aujourd'hui personne ne veut en principe « faire payer aux syriens », préserver l'ethnicité des nations alors qu'aujourd'hui contester le multiculturalisme et le tapis rouge dressé à l'islam (cf. en Hollande) vous fait passer pour un passéiste ringard au mieux, au pire pour qui vous savez.
Le problème des réfugiés ne semble pas avoir beaucoup préoccupé les tout petits cercles révolutionnaires, marxistes ou pas, trotskystes ou anarchistes, sous réserve de plus informé (qu'il me communique alors ses données). Dommage car il me semble que, à la fois le retour des prisonniers de guerre dans leurs différents pays que les millions de réfugiés pourchassés ne risquaient pas de se faire les apôtres de la révolution violente après ce qu'ils venaient de subir ; c'est même à mon sens – face à cet aveuglement des militants pro - une des principales causes de l'impossibilité de renouveler un nouvel Octobre 17 ! Le fait que des réfugiés soient accueillis, venant donc d'un enfer, pris en charge par l'Etat « accueillant » - russes en 17, espagnols en 39, allemands de l'Est en 45, pieds noirs et harkis en 62, cambodgiens et vietnamiens en 75, allemands de l'Est en 89, etc. - ne peut que mettre en valeur la grande mansuétude de la bourgeoisie « démocratique » et obliger les arrivants à son égard.


L'article ci-dessous de la Gauche Communiste de France, de 1947, m'a semblé tout de même capable d'aller au fond du problème, dans le désarroi des masses de prolétaires à l'époque de la Libération du nazisme. Il reste d'une étrange actualité contre toutes les pleurnicheries ou même des compassions queuistes de certains qui s'en prétendent les héritiers.


LE REFUS, SEULE POSITION DE CLASSE

C'est une habitude que prennent les gouvernements dits démocratiques d'inviter chaque année le peuple à une mascarade électorale. Bien plus que de rallier des masses à une politique ou à une autre, il s'agit d'empêcher ces mêmes masses de se désintéresser des querelles impérialistes, de crainte de les voir retrouver la solution révolutionnaire de classe. Aussi, toutes les nouvelles acquisitions de la publicité sont mises en œuvre. Les staliniens présentent des films pour faire avaler leurs discours, Ramadier prêche la pénitence, espérant dans les effets d'un masochisme collectif, et De Gaulle tente de rééditer son exploit du 18 juin 1940. Les kermesses battent leur plein.
Mais, fait significatif entre autres, on ne vit plus des incidents oratoires, on tâte des barricades de revues grand-guignolesques. À Verdun, un peu partout où quelques misérables tonnes de denrées alimentaires passent, des barricades se hérissent, des députés retrouvent les gestes de 1789, l'écharpe tricolore s'engraisse des grèves suscitées spontanément. On est prêt à mourir. Mais, au dernier moment, il y a contre-ordre et tout rentre dans le calme. Ces simulacres de guerre civile, qui font hurler les démocrates et frisonner les gens bien républicains, ces attentats manqués qui soulèvent un peu de poussière sont les artifices de la nouvelle publicité politique. Et l'on y perd la tête en attendant d'y perdre la vie.
Dans cette atmosphère bien remuante, une masse de tracts d'appel, de manifestes, de conférences internationales et de solutions définitives sont jetés en pâture à la masse qui ne demande pas tellement de paroles.
Mais, au fait, que promet-on aux masses, dans tout ce flot d'éloquence et de littérature, pour les river aux besoins politiques journaliers des 2 grands blocs impérialistes ?
La Résistance a épuisé ses derniers restes de démagogie. La lutte contre le boche et le danger allemand, s'il revient comme un leitmotiv dans chaque discours, dans chaque manifeste, c'est plus comme "médaille du mérite démocratique" que comme objectif réel.
Face à la dictature nazie, on a pu croire en la démocratie des "alliés" ; mais, cette démocratie, aux yeux des travailleurs, représentait plus un niveau de vie honnête qu'une longue constitution indigeste.
Et cette démocratie est arrivée ; que d'encre, que de battage ! Les commissions, les comités de vigilance ou non ont traîné la faim des ouvriers derrière eux. A chaque tentative de lutte contre la famine les masses ont rencontré une démagogie effrénée des organismes de collaboration de classe tels les syndicats ; c'est une politique prétendument socialiste qui conserve une structure capitaliste en employant des termes révolutionnaires dans des organismes qui avaient pu jadis, dans d'autres conditions, servir la classe ouvrière.
La tactiques des États bourgeois, de la France en particulier, a consisté en définitive à amener la classe ouvrière à discuter et à chercher à résoudre des problèmes qui n'intéressaient que le déroulement économique du capitalisme.
Les revendications économiques - qui, hier encore, pouvaient être le tremplin de vagues offensives du prolétariat - enterrent, dès qu'elles s'expriment, toutes possibilités de luttes révolutionnaires, car aujourd'hui la bourgeoisie discute ces revendications mais dans le cadre bourgeois ; pour toute augmentation de salaire, la balance commerciale capitaliste présente inlassablement un déficit non fictif, mais éminemment réel.
Aussi joue-t-on sur la monnaie ; et les augmentations se soldent en définitive par des chutes du pouvoir d'achat des masses.
Et, si les ouvriers bougent pour lutter confusément contre la famine, les organismes syndicaux et les partis dits ouvriers ressortent, fort à propos, une vieille revendication enterrée pour dévier et canaliser le flux des masses.
Comme les revendications économiques tiennent compte forcément du coût de la vie et des prix, voilà du travail pour les comités tripartites - gouvernement, patronat et salariés - d'arbitrage. À chaque fois, et ceci ne rate pas; on discute des salaires pour chercher surtout une solution à la crise du régime.
La lutte ne se fait plus entre classes mais entre une société capitaliste et les conditions qui poussent cette société dans l'abîme. Les ouvriers servent de pâture ; on jette du lest ; et ce lest est toujours au détriment des conditions de vie des ouvriers.
Toutes les conditions politiques actuelles poussent la classe ouvrière vers la collaboration de classe. L'ennemi à abattre n'est plus le système mais ces imbrisables lois du déroulement économique du régime. On cherche à amoindrir les effets du capitalisme en décrépitude en consolidant tant bien que mal, par une réduction du niveau de vie des travailleurs...
Les ouvriers sont invités à participer à ce travail inutile ; toute la gauche bourgeoise - SFIO, staliniens, trotskistes - les entraîne à pallier quotidiennement à la crise du système bourgeois. Pour les uns, la grande pénitence, la ceinture au dernier cran est la solution réelle contre la famine ; c'est une façon de combattre le mal par le mal. La strychnine à petite dose peut mithridatiser, la famine par échelons successifs pourra amenuiser les forces ouvrières qui pourraient être dangereuses. Voilà la perspective Ramadier ! Pour les autres, c'est la démocratie bafouée, l'aliénation de l'indépendance nationale, la dollar porte-malheur qui sont cause de notre mauvaise situation. Que faire alors ? Réclamer le retour des staliniens au gouvernement. Solution de chantage, mais la classe ouvrière n'est pas le maître-chanteur, il n'est que la monnaie d'échange. Voilà l'horizon des "lendemains qui chantent" du PCF.
Et les troisièmes, les sans grades, les aspirants meneurs, ceux qui, de tout mouvement de masse, prophétisent immédiatement leur radicalisation, que proposent-ils comme radicalisation ? L'échelle-mobile panacée universelle, seule arme contre la famine. Est-ce le régime qui se trouve en cause ? Bien sûr que non ! Si on voulait seulement multiplier par le même coefficient les salaires et les prix, tout irait bien. Avec ceci, ils se prétendent marxistes et internationalistes, ces symboles étant si souples et si accommodants.
L'avenir, pour ces apprentis-sorciers, est à une multiplication des commissions d'arbitrage pour calculer le coefficient d'augmentation des prix. La lutte ouvrière est retenue par le souffle des machines à calculer. Et, si ça ne suffit pas, il faut diminuer les bénéfices, ce qui signifie qu'on ne pense pas à les supprimer. C'est donc la perpétuation de l'exploitation et de la guerre. Voilà les secrets du "Programme transitoire" de la 4ème, Internationale de nom seulement.
Mais ces trois solutions offertes à la masse des travailleurs ne s'encadrent pas moins dans le déroulement historique de la situation. La guerre qui s'approche inexorablement, divisant le monde et chaque pays en deux blocs impérialistes adverses, s'appuie sue ces démagogiques solutions qui ne font que préparer les diverses économies à soutenir une nouvelle vague de guerre, pour permettre au capitalisme de survivre encore. Il est vrai que les causes de cette prochaine guerre sont rejetées d'un camp à un autre et vice versa. Les fauteurs de guerre sont ceux qui admettent un bloc impérialiste contre un autre.
Que reste-t-il à la classe ouvrière ? Prendre fait et cause pour un bloc contre un autre ; mais alors elle aliène son indépendance de classe, fait les frais en sueur et en sang de la guerre impérialiste, subit saignée sur saignée pour maintenir debout l'édifice branlant du capitalisme. Elle perd sa conscience politique dans les entreprises de renflouage que lui présente l'État capitaliste. Elle ne voit plus de solution que sur le terrain de l'ennemi de classe et passe son temps à espérer dans les commissions d'arbitrage qui surgiront comme des champignons. La nature du collectivisme, qui ne pouvait demeurer enfermé dans des limites nationales, prend figure de nationalisations, portant la lutte concurrentielle du plan national au plan international.
Bien plus, la classe ouvrière ne voit plus la collectivisation comme le premier pas vers une société de consommation ; son socialisme ne se présente plus que comme une simple planification d'une économie existante et en pleine décrépitude.
À la politique indépendante de classe, la classe ouvrière est amenée à donner le pas à la démocratie : sa mission historique ne signifie pour elle qu'une recherche de mode d'élection équitable, sans tenir compte de la nature de classe de ces élections. Elle vote et votera sans s'apercevoir que, quel que soit le mode d'élection, elle est une minorité dans le monde bourgeois. Et même si elle ne se fait plus d'illusions sur la valeur progressiste des élections, habituée à choisir uniquement les solutions que lui présente la bourgeoisie, elle applique et appliquera la politique du moindre mal et sera entraînée encore plus par le char de la bourgeoisie. Que reste-t-il à faire donc ? Une seule politique, une seule tactique : le refus de toutes solutions présentées par la bourgeoisie.
La classe ouvrière n'a pas à chercher avec le capitalisme, au travers de discussions, la solution à la famine permanente. Les contradictions qui épuisent le régime actuel, les travailleurs n'ont pas à les résoudre, mais à abattre le régime. C'est la révolution qui se pose immédiatement sans programme transitoire, sans étape pédagogique. Il faut refuser l'existence et le fonctionnement du régime en sachant fort bien que ce refus entraîne le choc de classes, la guerre civile classe contre classe.
Si la classe ouvrière considère la révolution comme un mythe ou comme un continuel désir irréalisable, c'est la famine et la guerre en permanence. Refusant ces 2 fléaux engendrés par le capitalisme, on rejette tout ce qui peut perpétuer la vie de ce régime ; on oppose à tout compromis la révolution, non comme un mot mais comme un acte.
On pourrait rire de cette tactique, la trouvant trop simple ; mais à chercher une voie plus subtile, plus compliquée, on finit par tomber dans l'opportunisme et la collaboration de classe.
Et, pour l'immédiat, pas de politique du moindre mal à la mascarade d'octobre ; l'abstention consciente de classe devient un acte révolutionnaire.


Mousso





mercredi 16 septembre 2015

L'anti-nationalisme cet allié de l'impérialisme


Bruits de guerre suivis des picotements d'un Pic (moins vert)

« Inutile d'ajouter que l'immigration raisonnée sera un bienfait au lendemain d'une révolution sociale où les « villes tentaculaires » devront de plus en plus disparaître ». Louis Loréal

« Sous la domination du capitalisme, la nation ne peut jamais être pour eux (les ouvriers) un moyen de monopole du travail. Et ce n'est qu'à titre exceptionnel qu'on entend parler, chez des ouvriers rétrogrades – tels les vieux syndicalistes américains – d'un désir de restreindre l'immigration ».
Anton Pannekoek


Incroyable édito du Monde du 15 septembre: « Migrants : l'Europe des égoïsmes nationaux », où pas une fois on ne trouve le mot national, ni démonstration de ce présumé égoïsme, ni quoi ni qu'est-ce !
Condensé de cette leçon d'hypocrisie : « L’Allemagne a dit, mardi matin, qu’elle se résignait mal à cet échec : elle menace les récalcitrants de sanctions financières. Elle a raison. (…) De même peut-on comprendre que nombre de pays membres des accords de Schengen, qui instaurent la libre circulation de leurs ressortissants au sein de l’UE, aient provisoirement rétabli des contrôles aux frontières face à un afflux massif et soudain de réfugiés.(...) Même si l’Europe décide d’être relativement indifférente au sort des familles qui fuient la guerre et les persécutions les plus atroces, elle n’échappera pas aux effets déstabilisateurs du chaos proche-oriental. Du seul point de vue de la défense de ses intérêts, elle doit agir collectivement. C’eût été bien de commencer par les réfugiés ».

Malgré la virevolte piteuse de la gaffeuse et irresponsable Merkel, malgré l'effondrement de la guimauve charitable, le principal chef d'orchestre de la gauche bourgeoisie au pouvoir vient accuser tout le monde (l'autre monde, celui des sans voix), comme un vulgaire Coleman, d'égoïsme national ! Mais sans détailler car la semaine dernière il n'y avait pas plus généreux que les patrons français à la suite de leurs homologues allemands, pas plus généreux et charitable que Libération, France Inter, TF1, etc. Sauf ces galeux ces pelés d'ouvriers des sondages. Et si la « prise de position » des plumitifs anonymes du Monde ne comporte pas le terme nationalisme ni patriotisme, c'est parce que c'est indémontrable, à moins de cibler sur les diverses branches de l'extrême droite. Ce n'est pas d'égoïsme national qu'il s'agit, ni d'une volonté indirecte de se moquer des migrants (comme les dessins débiles de Charlie Hebdo), mais de sidération devant l'impéritie des dirigeants capitalistes européens face au flot de migrants, « massif et soudain », comme semble le croire ce clan de hâbleurs gouvernementaux. Cela faisait un moment que l'afflux était massif par mer, mais comme il redouble par la terre, on veut bien s'en inquiéter après avoir clamé pendant des jours qu'il n'était pas un problème. Sidération face à des promesses d'accueil intenables, avec des chiffres exponentiels démentiels... qui confirment que les grands dirigeants capitalistes sont hors des réalités.
Il leur faut continuer à masquer leur impéritie en accusant l'autre monde, celui des sans voix, des millions de prolétaires qui déplorent évidemment le sort réservé aux possibles, mais pas certain, réfugiés.

Le Monde n'est pas seulement en train de fustiger une Europe imaginaire « indifférente aux familles qui fuient la guerre », mais esquive la source de la catastrophe humaine en évitant de rappeler que, dans la guerre en Syrie-Irak (qu'on pourra bientôt appeler Syrak, car elle signifie la fin du partage Sykes-Picot) Etats-Unis et France épaulent la fraction islamique Al-Nostra, quand en face Russie et Iran soutiennent Assad, dans ce combat opaque à trois, où le troisième larron, Daesch, est soutenu par une fraction de la bourgeoisie américaine, l'Arabie Saoudite et le Qatar.

C'est là qu'est l'origine du problème pas dans un «égoïsme » national ou européen. La pensée anti-nationaliste intransigeante semble, indirectement appuyer l'impérialisme, écrivait Paul Mattick.
On oublie de rappeler que l'idéologie européenne a été remise sur pied, sous parapluie US, pour faire croire que le capitalisme dépassait les vieilles conceptions nationales-nationalistes, devenant vecteur d'une paix universelle, et aussi comme pied de nez aux prétentions « internationalistes » de la Russie stalinienne.

LA LECON DE MORALE D'UNE BOURGEOISIE COINCEE DANS SON DESIR DE GENERALISER LA GUERRE

Venir nous laisser entendre, comme les médias n'ont cessé de le faire depuis deux semaines, que les habitants de l'Europe, de la France en particulier et de Hongrie, (comprenez l'imprononçable prolétariat) sont nationalistes, c'est encore une fois vouloir faire obéir son âne en prétendant qu'il est bête comme un cloporte. Puisque tout internationalisme a disparu selon nos bons docteurs la morale des médias et, on va le voir, avec le De profundis des puces sous influence comme un petit pic-vert de la marge gauchiste, pourquoi cette difficulté à aller à la guerre, cette trouille d'avoir « à envoyer des troupes (européennes) au sol » en Syrak ? Le prétexte invoqué généralement, au débat du Parlement hier, est que cela ferait désordre et raviverait les affres des armées coloniales, et qu'il est plus valable de survoler ou pilonner simplement depuis les airs et n'y envoyer plus tard que des vrais arabes du cru au casse-pipe plus du tout national. Que nenni ! Ces millions qui sont accusés de ne pas ou plus être internationalistes (de la charité) n'ont pas envie d'aller au dit casse-pipe pour la guerre de rapine autour des champs pétroliers ! Ce n'est peut-être pas très internationaliste ni solidaire de la lutte (entre bourgeois) contre les grands méchants de Daesh, mais c'est un conscience très dangereuse, disons de bon sens humain, pas encore vraiment de classe.

73.000 soldats de métier sont projetables sur les « théâtres d'opération ». Les adorables députés, sans possibilité de vote lors de ce débat post avis présidentiel, ont parlé de la nécessité de dix mille à vingt mille hommes à envoyer là-bas... Vous imaginez, au rythme de la guerre moderne... il faudrait rétablir par après la circonscription, avec les risques d'une insurrection très rapide contre une telle guerre, certes anti-nationale, mais très impérialiste !
Je rappelle, et c'est mon avis obstiné, que Obama a été élu pour modérer les ardeurs bellicistes du capital américain, face à une population de prolétaires saturée des multiples sacrifices humains lors des deux guerres du Golfe, et gardant en mémoire l'horreur de la guerre du Vietnam ; ce qui est interprété généralement comme un affaiblissement de l'empire américain, peut être considéré en premier lieu, à mon humble avis, comme un traitement prophylactique à court terme pour endormir le prolétariat ; ce retrait américain qui a incité les vassaux européens à prendre le relais, vérifie ce qui a été analysé au paragraphe plus haut, et l'aggravation des risques pour les vassaux au front de la misère impérialiste n'en est que plus manifeste.

Ainsi, donc, toute la théorie multiculturaliste, antiraciste, anti-nationaliste, qui nous a été servie depuis deux décennies est en train de s'effriter. Elle reposait sur cet anti-nationalisme, resucée du vieil antifascisme, nommée un jour anti-terrorisme, un autre défense des valeurs de la démocratie.
La cacophonie et les réticences, voire ces refus fermes, si décriés, d'accueillir chacun son quota de migrants, est aussi révélateur de la conscience qu'ont les dirigeants bourgeois les plus avisés de l'opposition de leurs populations prolétaires à cet EFFORT DE GUERRE. Car ce sont avant tout des migrants de guerre qui viennent chercher refuge... à l'arrière. C'est un exode de guerre pas religieux ni dû à des catastrophes naturelles.
Tombent à l'eau tous les faux débats sur l'identité nationale, qui avaient pour but de faire avaler cet internationalisme de pacotille bourgeois si nécessaire aux blocs impérialistes, car l'identité nationale, supposée innée, et accouplée avec la « civilisation » chrétienne et l'islam soft, se promettait de dissoudre toute « identité prolétarienne » (je préfère le terme de conscience). C'est cet « internationalisme multiracial et multiculturel » qui aurait dû conduire à la guerre mondiale, déjà au moment de l'attentat contre les tours de New York ; bouleversement qui aurait pu être baptisé alors « l'union de la multiculturalité » contre le « nationalisme islamique », lequel comme toutes les religions ne se prive pas de faire valoir sa vocation à son « internationalisme pieux »1.

Autre preuve subséquente et phénoménale de la perte de crédibilité dans ces divers montages idéologiques, c'est justement cet exode massif, qu'il est honteux d'ailleurs de qualifier de masse de migrants, d'immigrants ou même de réfugiés (car ils ne sont pas prêts à l'être), d'une masse majoritairement composée de prolétaires, qui, non seulement ne croient plus à rien, mais n'avaient pas d'autre choix que l'exode sous la furie militaire des gangs armés du capitalisme. Tout indique qu'il s'agit du même type d'exode que la débâcle en France en 1940 : on fuit impulsivement face à l'horreur de la guerre, parce qu'on est désarmé et impuissant à s'y opposer sur place, plus de classes, plus de lois, sauve qui peut.
Ce n'est jamais au front que les guerres ont été freinées ou arrêtées, c'est à partir de l'arrière : d'où la responsabilité du prolétariat européen de ne pas céder au chantage à la compassion muette – ce qui n'empêche pas la solidarité ponctuelle sur le terrain – et il serait souhaitable qu'il engage la lutte, sous toutes ses formes (manifestations, blocages, grèves, etc.) pour endiguer la guerre, au lieu de laisser la bourgeoisie prétendre qu'elle va endiguer le flot des réfugiés avec ses quotas et ses barbelés.

Il y a de fortes chances hélas, qu'il faille en venir à assister à des attentats meurtriers et à subir des mobilisations militaires « au sol » pour que le prolétariat des pays d'Europe commence à comprendre la gravité de la situation où nous mène le capitalisme. La réflexion est déjà commencée avec la prise de conscience de l'irresponsabilité des divers chefs de guerre qui prétendent gérer la société « socialement » et « dans l'intérêt de tous », mais les massacres continuent pendant la réflexion.

LA BOURGEOISIE VA-T-ELLE DEVOIR RESSORTIR SON CARNET B ?

Le Carnet B, instrument principal de surveillance des « suspects », français ou étrangers, sous la République n°3 en France avait été créé en 1886 par le général Boulanger (qui avait gagné ses galons dans le sang contre la Commune), pour lutter contre les activités d'espionnage, puis avait été étendu à tous les individus pouvant troubler l'ordre public ou aux antimilitaristes qui promettaient de s'opposer à la mobilisation nationale. Il n'est pas nécessaire de le mettre en œuvre le 1er août 1914, le premier flic de France de l'époque, le « socialiste » Malvy a convaincu les autres membres du gouvernement que le parti, les syndicats et les anarchistes seraient fidèles au « patriotisme »... socialiste. CQFD.
Hélas, idem aujourd'hui, pas besoin de carnet B – quoiqu'il y ait bien mieux avec la surveillance sophistiquée de google – mais surtout depuis 1985 les services secrets ont raison de ne plus prendre au sérieux les sectes gauchistes et les résidus d'anars ultra-gauche (sacrés chevaliers des chemins de fer) bien qu'on les ait fait passer pour de dangereux activistes, n'étant quede braves rigolos plein de plumes avec Charlot éditeur (Hazan). Concernant le milieu maximaliste, ces quelques individus et couples qui se prennent pour les héritiers historiques des grandes heures du prolétariat, rien à craindre non plus, ils sont si déchirés en querelles personnelles et coincés par leurs radotages qu'on peut toujours les exposer dans le cirque à Médrano.
J'espère que certains s'en sortiront, et désespoir n'est pas marxiste.

COUCOU DE PIC-VERT SUR FACE BOOK

Remplaçant le pâle et incompétent Bourseiller, un observateur queuiste nous abreuve de ses compils de textes anarchistes, divers quiz et surtout recensement depuis des années des divers sectes d'extrême droite ; plus épistolier du gauchisme évanescent et contempteur fanatique des petites passerelles entre extrêmes2, plus scoliaste lassant que doué d'une pensée originale. Sa revue éclectique étant tombée sous mes yeux dans le foutoir de face book, j'ai donc parcouru les 500 pages au format PDF pour voir s'il était possible d'en extraire du jus concernant nos intellos vagabonds. Pas grand chose de consistant à part la reproduction des textes de Pannekoek et Mattick.
Pas de crainte de subversion de ce côté non plus. Passant son temps à désigner les sectes d'extrême droite comme sommet d'un iceberg glaçant de plus en plus l'Europe, taxant tout contradicteur de raciste ou d'antisémite, le zigoto qui ne peut se faire passer pour un connaisseur qu'en milieu anar ignorantin, n'élève pas plus la réflexion que les nullités antifas ; quoique la prétention intellectuelle ne soit pas feinte : le deuxième chapitre en intro à des vieilleries anarchistes s'intitule : « Des outils pour penser ». Pourquoi, après tout comme disait Proust Marcel : « un ouvrier (électricien) peut être baudelairien ». Mais les outils des anars sont quelque peu dépassés et rangés dans une caisse à outils rouillée. Si on doit retenir quelque chose des œuvres complètement brouillonnes de Coleman, ce sera l'image du moulin à vent. Il redémarre une carrière individuelle il y a une décennie en voulant concilier le marxisme sommaire qui lui a été enseigné dans la secte LO, ensuite son souci des races le mène à ses auteurs de référence à l'époque : Alain Gresh et Tariq Ramadan. Il roule à fond la caisse pour le multiculturalisme anglo-saxon et amerloque, s'indigne qu'on se moque des foulards islamiques au nom de la démocratie, et succédant à Klasfeld père le voilà « chasseur de fachosé, tous ceux qu'il a désignés comme racistes ou passeurs de xénophobie ; tout en donnant la parole à plus délirant encore que lui, les luftmenschen (complètement loufs ceux-là, ils veulent interdire la liberté d'expression au nom du culot des pauvres) !
Le pic vert de la gauche caviar, Coleman3 donc vadrouille en épistolier de cette farce élimée, la prétendue pureté de l'idéologie anarchiste, c'est son credo depuis le début des années 2000 où il a présidé à son retour artisanal en politique en s'offrant le petit nécessaire de l'imprimeur particulier, et en consacrant son œuvre – incrustée depuis sur le web – sous le sigle (stalinien) : sans patrie ni frontières, qui est aussi creux qu'un pot de confiture sans sucre et sans fruit. Il morigène des propos déplacés sur « une radio se réclamant de l'anarchisme », « qui manque d'antiracisme » tout de même ! Qui d'autre qu'un admirateur bâtard de Léon Trotsky aurait pu servir cette prose lénifiante du saint anarchisme : « Les libertaires (qui) sont traditionnellement plus sensibles aux diverses formes d'oppression que leurs concurrents marxistes ».
Son introduction à ce qu'il considère comme son chef d'oeuvre d'anthropologue des marges, l'exhumation de textes d'une encyclopédie anarchiste de 1925 à 1934, nous vaut au surplus le dithyrambe suivant :
« ...textes qui montrent un anarchisme percevant clairement le rôle de l'embrigadement patriotique dans la révolution française et l'inféodation du nationalisme républicain de la gauche socialiste (…) mais tombant dans le piège de l'anticléricalisme ».
L'anticléricalisme n'a pas toujours été un piège, et a encore de beaux jours devant lui ; il est plus respectable selon moi que le très clérical combat colemanien, encore plus sectaire et étranger à la lutte politique primordiale. Petite souris agitée d'un milieu parisien de bobos anars qui papillonnent entre Radio Courtoisie et Radio libertaire, radios pour ânes habillés de noir - curés et libertaires aiment cette couleur - et commentées par un noir (que le récipiendaire n'y voit pas malice!) - Coleman pose au poste de gourou des antifas : « Nous devons combattre la propagande de la gauche laïco-xénophobe » ! Non mais ! Et accueillir les migrants du monde entier !
Hélas, trois fois hélas, notre pic vert (de moins en moins) est un mauvais scoliaste pour vanter ainsi le crétinisme anarchiste dont les sectateurs échevelés n'ont jamais approché le matérialisme historique (disons pour les non convertis : la compréhension des étapes de l'histoire des sociétés et des nations). Il n'a même pas compris les textes de Pannekoek et Mattick reproduits plus loin dans sa dernière compil avec Adobe Reader (c'est gratuit comparé à l'auto-édition artisanale de bistrotier), lesquels, réels marxistes non délirants expliquent très clairement les étapes nationales dans la constitution du prolétariat. Outre que la nation fût le cadre de développement de l'industrialisation, Pannekoek précise même que : « l'antagonisme national (était) la forme primitive de l'antagonisme des classes ». Pannekoek est bien plus subversif et actuel que le marais anarchiste « pur » de Coleman sur la question de la nation, il est très sévère sur les dites libérations nationale ; la véritable critique de la nation, à ne pas confondre avec le nationalisme, est venue du pôle marxiste le plus lucide, pas des commentaires a-historiques du petit monde intellectuel libertaire.
Qu'est-ce que vient faire cette notion « d'embrigadement patriotique » très moderne certes, version 14-18 à l'époque de la « guerre révolutionnaire », phase inévitable dans la lutte pour la destruction du féodalisme ? Question embrigadement patriotique modernisé, les amis anars de Coleman sont au top, la CNT racolait récemment pour la « lutte à Kobané », remix du front popu en Espagne ! Pourquoi ne pas avoir rappelé aux bisounours de l'anarchisme qu'en 14 ce sont les bolcheviques qui ont innové historiquement en refusant la défense de la patrie !
Nier que le combat pour la patrie était le combat pour la liberté en Europe en 89, c'est du révisionnisme réchauffé à la Furet, ex-stalinien qui retomba dans les ornières anarchistes bourgeoises de l'historicisme bourgeois. Pannekoek suit au plus près le génial Manifeste de 1848 en s'arrêtant au paragraphe, qui a tant interloqué des générations de purs anti-nationalistes anars : « le prolétariat est encore national quoique nullement au sens du mot » ; c'est très simple pourtant, chaque prolétariat confrontant sa bourgeoisie, les ouvriers français ne font pas grève contre l'Etat anglais. Bon de nos jours c'est plus difficile, on ne sait plus contre qui on fit grève ! Pannekoek ajoute une donnée importante, la lutte de classe se déroule de plus en plus contre l'Etat, la nation devenant secondaire à l'ère de l'impérialisme où « le prolétariat dans tous les pays se perçoit comme une armée unique ».
Le nationalisme qui obsède Coleman est une vieille baderne du XX e siècle dont Mattick a prononcé l'oraison funèbre : « le nationalisme du XX e siècle instituait le développement du capitalisme d'Etat » ; un truc qui est foutu, complètement obsolescent aujourd'hui et un obstacle pour le capital lui-même : « L'organisation de la production capitaliste au plan national augmente sa désorganisation à l'échelle mondiale » (ibid). Coleman qui additionne tous les textes, n'a, il est vrai, pas le temps d'y réfléchir en les tapant sur son clavier.
Maître Coleman sur son arbre perché déplore que ces pauvres Pannekoek et Mattick « ont eu tort. Le nationalisme n'a pas reculé devant l'internationalisme », et il croit bon de nous éclairer : « ...derniers avatars du nationalisme, l'islam politique, le régionalisme identitaire ou indépendantiste et l'anti-impérialisme réactionnaire des altermondialistes ».
Notre pourfendeur d'un nationalisme poussiéreux, à la retape comparé aux mystifications dominantes (démocratie universelle, antiracisme, multiculturalisme, etc.) me fait penser à un de ses anciens collègues au staff de LO, un nommé Dumas qui au début des années 1980 sortit sa thèse selon laquelle le PCF allait à nouveau retrouver ses troupes d'antan ; alors qu'il s'effondrait irrémadiablement. Il a lui aussi un soyouz de retard, comme tous les anciens trotskiens indécrottables. Coleman est à la ramasse parce qu'il est toujours resté un intellectuel en chambre, hors des réalités. Ces intellos officiels et autres « 12 salopards » (terme très usité par l'Huma à la Libération) qu'il pourchasse en comptes d'apothicaire pour une phrase ou un mot de trop4, ne faudra-t-il pas les lyncher un jour ?Il répertorie les listes d'intellectuels de gouvernement et met en fiche tous ceux à l'extrême gauche qui lui déplaisent ou l'ignorent. Sera-t-il le grand inquisiteur, négateur du racisme anti-gaulois, épurateur impavide vengeur de la féministe et de l'enfant antiraciste qui fera tomber les têtes racistes « franco-gauloises » au prochain grand soir anarchiste, mais pur ? 
 
NATIONS ET INTERNATIONALISME

L'internationalisme n'a jamais été autant d'actualité, pas celui prolétarien qui était supposé faire avancer à pas de géants la révolution, mais un internationalisme à toutes les sauces, justement celles que listait Coleman sous le vocable nationalisme. Obnubilé par son décryptage maladif des diverses sectes néo-nationalistes, il perd de vue le village mondial, le web et les compétitions sportives. Il n'y a plus de mur de Berlin, même s'il y a des petits murs partout, la perception du monde et des problèmes du monde est désormais globale ; toutes les classes posent d'emblée, chacune, leurs problèmes à l'échelle du monde ; bourgeoisie et petite bourgeoisie sont aussi devenues des classes immigrées. Il n'y a plus que les anarchistes pour croire à la résolution localiste des problèmes. La classe ouvrière n'a pas montré de grandes vagues de lutte coordonnées internationalement – heureusement pour la bourgeoisie, cela aurait signifié une sérieuse possibilité d'ébranlement du système – mais il y a eu des luttes importantes dans plusieurs pays, pas les mieux lotis ; lire les exemples dans la presse du PCI et les communiqués de Robin Goodfellow. Paradoxalement, c'est la petite bourgeoisie, avec ses indignés, Podemos et autres Syriza, réformistes radicaux d'un système en impasse, qui ont, par devers eux, souligné que tout problème social est immédiatement mondial. La pensée étroitement franchouillarde de Coleman – mais certifié anti-gaulois - lui fait imaginer, ou plutôt recopier la presse bcbg, « une montée des extrêmes » là où il n'y a que coassement de groupuscules, même pas variables d'ajustement électoral comme le FN, lequel affiche plus le programme vieillot et invraisemblable de Marchais que celui de ses premiers pas, vulgairement thatchériste.
Avec les soubresauts de la crise et de la guerre mondiale, c'est au prolétariat que la bourgeoisie s'attend à faire face, pas à être doublée sur sa droite par des mirlitons ridicules aux opinions plus pathologiques que politiques.



Je ne veux pas tirer des plans sur la comète sur l'avenir de la nation. La nation n'était qu'une perspective en devenir, pas une tradition, selon le grand Pannekoek. La fin des frontières ne signifiera pas forcément la fin des cultures nationales. La plupart des grandes œuvres de l'humanité sont issues de ses diverses culturelles nationales pas d'un esprit éthéré ne reposant que sur des généralités universalistes. Il y a des cultures nationales qui sont incompatibles, certaines embourbées dans telle ou telle religion, et les religions elles aussi ont produit des arts. La nation n'a pas été un produit artificiel. Selon le théoricien socialiste Bauer, critiqué par Pannekoek, il y aura toujours « une différence croissante de la culture spirituelle des nations », « par la diversité de l'éducation et des mœurs ». On reparlera de tout cela lorsque les nations auront perdu « leurs racines économiques » (Pannekoek). Pour Kautsky on va vers l'assimilation des nations.
Oui Coleman le terme culture est un terme piégé, tout dépend de ce que chacun y met dedans. On n'en a pas trouvé d'autre. C'est le plus souvent un instrument d'exclusion, mais c'est aussi un mode de vie lié à des conceptions de la liberté des individus ; mais de sujets devenus citoyens nous ne sommes pas encore devenus tout simplement des hommes et des femmes.
Certaines cultures et croyances disparaîtront. Tout cela ne dépend pas du pouvoir politique mais du niveau de vie et des besoins de la société à telle ou telle étape de son développement. Une monoculture, niveau 1984 d'Orwell est impossible, et Coleman a raison de dire aussi que « la pluralité culturelle, c'est l'apartheid », mais G. Noiriel n'est pas une référence crédible. Notre Pic-vert pâle a quand même l'intelligence de décrypter le double et triple langage « culturel » de la droite bourgeoise : un jour on a droit au multiculturalisme (ce qu'il défendait lui-même il y a dix ans), un autre « aux racines chrétiennes de la France », un autre enfin à l'islamophobie ou à l'islamisme.
Concluons que ce n'est certainement pas dans le cadre de cette compil hétéroclite, farcies de clichés bourgeois bien-pensants, tombereau d'inepties de plumitifs amateurs, qu'une réflexion pourrait être menée sur l'avenir culturel ou pas, linguistique ou diversifié de la société terrienne, ou sur comment se débarrasser du capitalisme. C'est une somme de has been, de défroqués de l'anarchisme, du trotskysme et d'un marxisme-léninisme terroriste (les clowns girouette du mal nommé Mouvement communiste) qui étalent leurs considérations chaotiques et simplistes sur un monde où ils rament en tous sens.
Pendant ce temps il y a la guerre...



1« Oui l'internationalisme prolétarien peut être réactionnaire » un ami de T.Ramadan cité dans SPNF. Ce n'est plus le patriotisme qui mobilise les foules, mais dans la citation suivante on peut remplacer par internationalisme (démocratique): « Le patriotisme se cultive comme toute religion par des sacrifices humains ». Charles Boussinot, un des auteurs anars cité mais critiqué par Pic-Vert car paternaliste (?). Autre référence grotesque de Coleman, Federica Montseny ministre anar qui s'est mise au service de l'Espagne républicaine et s'écrie : « la patrie c'est l'humanité » !
2La critique de l'islam mène lentement à la xénophobie, sans doute comme les allocs mènent à la prostitution !

3 Cf. mon article de 2010 : Marceau Coleman, pic-vert de la gauche caviar, sur ce blog.
4Et les diverses sectes fachettes ou néo-fachettes : « Je surveille les élucubrations des futurs militants de Riposte laïque depuis 2007 ». Il n'a que ça à faire ? Quels sont ses revenus ? La Préfecture de Paris ?