"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

lundi 6 juillet 2015

VRAIS ET FAUX ENJEUX DE L'ORCHESTRATION POLITIQUE DEMAGOGIQUE EN GRECE

Démagogique est un terme très grec: "La démagogie (du grec demos « le peuple » et ago : « conduire ») est une notion politique et rhétorique désignant l'état politique dans lequel les dirigeants mènent le peuple en le manipulant pour s'attirer ses faveurs, notamment en utilisant un discours flatteur ou appelant aux passions.Le discours du démagogue sort du champ du rationnel pour s'adresser aux pulsions, aux frustrations du peuple. Il recourt en outre à la satisfaction immédiate des souhaits ou des attentes du public ciblé, sans recherche de l'intérêt général mais dans le but de s'attirer la sympathie et de gagner le soutien. L'argumentation démagogique peut être simple afin de pouvoir être comprise et reprise par le public auquel elle est adressée. Elle fait fréquemment appel à la facilité voire à la paresse intellectuelle en proposant des analyses et des solutions qui semblent évidentes" (sic! Wikipédia).

« Je ne m'habitue pas ni au cynisme des dirigeants grecs qui ont posé une question biaisée » parce que portant sur des propositions périmées des créanciers, ni aux « propos populistes d'aucuns qui, parce que leur opinion publique le leur demande, considèrent que la solution à tous nos problèmes serait de sortir la Grèce de la zone euro » (ministre Macron)

Le feuilleton grec entretient un suspense complexe largement dominé par les mensonges des dominants et le cinéma de rue des "réformateurs radicaux" (Lire l’article du CCI: Grèce: les gauchistes cachent la nature bourgeoise de Syriza); et de vaines émeutes de rue. Résumé du suspense référendaire ambigu par le site du barnum TF1 dimanche matin, révélateur de l'incroyable aveuglement et cynisme de la bourgeoisie européenne chic, imaginant 60% de oui alors que cela vient de produire le contraire (qui est pour honorer les yeux fermés des dettes faramineuses? Levez le doigt?):

"De quel côté penchera la majorité des Grecs? Des indications existent. Deux sondages, menés sur les propositions européennes en fin de semaine dernière, c'est-à-dire avant l'annonce surprise du référendum, publiés dans la presse grecque, donnent 60 % de oui. Les créanciers comptent sur la peur du Grexit, la sortie de l'euro, pour pousser les électeurs à désavouer leur premier ministre. La fermeture des banques et le contrôle des capitaux mis en place lundi donnent aux Grecs un avant-goût de la paralysie et du chaos qui pourraient conduire à un abandon forcé de la monnaie commune. Ces mesures d'exception empêchent pour l'heure un phénomène de panique bancaire qui constituerait le premier rouage de l'engrenage incontrôlable menant à l'effondrement des banques, puis au Grexit. Le dispositif va empoisonner la vie quotidienne des Grecs pendant toute une semaine et entretenir l'angoisse sur l'après. Mais, dans l'immédiat, il suspend le temps en attendant la consultation populaire de dimanche. Si le "oui" obtient la majorité : On imagine mal Alexis Tsipras ne pas démissionner à la suite de ce qui serait un désaveu cinglant de sa politique.
Si le "non" obtient la majorité :

Dans ce cas, la balle sera dans le camp des créanciers. Ces derniers pourraient retourner à la table des négociations et revoir leur copie mais cela semble peu probable. Ils devraient plutôt considérer que le texte retoqué par le référendum est le seul envisageable. La République hellénique se retrouverait alors isolée pour s'acquitter de ses dettes. Un recours au marché est exclu, le risque d'un défaut est si grand que ces derniers lui imposeraient des taux d'intérêt insoutenables. La seule solution pour le gouvernement Tsipras serait donc de refuser d'honorer sa dette. Dans sa très large majorité, cette dernière est due à des institutions ou à des Etats (42,4 milliards d'euros pour la France et 56,5 pour l'Allemagne). Les risques de contagion sont donc très faibles. Ce défaut ne devrait pas impacter le secteur financier international. Par ailleurs, sans accord, la Banque centrale européenne ne pourra plus continuer à soutenir les besoins en liquidités de la Grèce. Sans cette aide, les banques grecques feront faillites précipitant le pays dans une crise encore plus grave.
 Face à ce scénario noir, il ne restera plus qu'une solution à la Grèce, sortir de la zone euro et gérer elle-même sa politique monétaire, seule solution pour espérer sortir de la crise à moyen terme".
Tout était dit en l'espèce.

UNE VICTOIRE DE LA CLASSE MOYENNE

La semaine de tous les dangers s'ouvre après la victoire du non. Du point de vue du prolétariat grec, très faible et très encadré par démagogues syndicaux et anarchistes, ce référendum n'est que pipi de chat, il n'exprime nullement une prise en main de son sort, et la bourgeoisie, même si elle est restée muette de stupeur à l'annonce du résultat (silence radio des Hollande, Merkel et Juncker) s'en moque comme de la première dette grecque. Ce référendum gauchiste sert momentanément à sauver la peau du parti Syriza et de son cador Tsipras, et a pour but, cyniquement, de servir à mieux faire passer un plan d'austérité arrangé, rééchelonné, un tonneau de danaïdes en guenilles sans fin autre que l'attente de l'explosion d'autres contradictions capitalistes qui pourraient bien provenir rapidement. Comme l'a dit sans fard une pétasse anonyme sur la "chaîne info": c'est une victoire de la classe moyenne. Oui cette petite bourgeoisie qui ne pense qu'à son nombril, veut maintenir ses privilèges, ne pense qu'en termes de riches et de pauvres, qui veut le beurre et l'argent du beurre. Les représentants français de la petite bourgeoisie, Mélenchon et NPA, ont eu beau danser place de la République avec chants patriotiques comme sur la place Syntagma, ils n'ont amusé personne tellement la situation est grave, entre cynisme des financiers européens et démagogie gauchiste. Le clivage gauche/droite se résume un peu partout à ce schéma: une gauche bobo qui la joue victimaire pour le cas grec, et une droite qui veut qu'on fasse payer "les grecs" en général. Les partisans de l'extrême droite se répartissent dans ces deux camps, voire se veulent une synthèse des deux mystifications!
On pouvait imaginer que Tsipras, le fringant ministre du cartel gauchiste Syriza, avait choisi la seule
porte de sortie honorable pour mettre fin aux promesses électorales de raser gratis en vue d'un moratoire des dettes du demi-Etat grec (Etat sans cadastre et sans sérieuse perception d'impôts): se faire adouber électoralement (pas sûr) ou se laisser remplacer pour s'échapper d'un pouvoir bancal la tête haute du héros "résistant"même en ouvrant une crise politique dans le pays mythique de la démocratie éternelle ou du mythe éternel de la démocratie. La seule chose que sa manoeuvre dilatoire aura permis aura été de toute façon d'ouvrir la crise politique à l'échelle européenne, à contenter Poutine et à inquiéter Obama.
Très symbolique du cynisme des dirigeants financiers du Conseil européen est le fait qu'ils auront milité pour le oui en compagnie des curés orthodoxes et des patrons grecs, pour une soit disant décision démocratique électorale quand il s'étaient assis sur le nom des peuples au traité de Lisbonne: la démocratie ne s'use que selon qu'elle sert ou pas les intérêts financiers des grands groupes capitalistes, mais peau de balle au bout du compte. Le système du référendum peut être dangereux et reste plus incontrôlable que le système truqué d'élections des partis politiques. De plus, grâce à une élection réalisée à grande vitesse en une semaine, les médias conservateurs n'ont pas eu le temps de renverser la tendance à l'indignation face aux remboursements de plus en plus exorbitants, preuves de la démesure atteinte par le capitalisme en crise dont la crise grecque n'est qu'une pustule. Le manoeuvrier boutiquier Tsipras a réussi à piéger les méchants créanciers en les prenant de vitesse, mais ces élections restent aussi frauduleuses que les autres organisées en régime bourgeois; et quand toute la planète gauchiste a le culot de clamer qu'on a donné la parole au peuple, elle ment effrontément. D'abord: forte abstention face à une question à la con de manipulateur politique, près de 40%, ce qui atténue la "forte" victoire de 60 contre 48, et prouve que la manoeuvre politique de Syriza et de ses potes d'extrême droite, n'est pas si écrasante qu'on nous le hurle aux oreilles et divise bel et bien le peupel grec, et en plus le prolétariat en général, en particulier en France où ceux qui réfléchissent ne donnent aucun "crédit" à la démagogie misérabiliste suiviste des PCF, FdG et NPA. Les commentateurs ont glissé que dans certains quartiers ouvriers d'Athènes le vote avait atteint plus de 80% en faveur du non; évidemment les ouvriers les plus frappés par la crise capitaliste n'allaient pas voter oui à la baisse des retraites et des salaires (quoique si l'on lit bien les dernières conditions, ce n'est pas ce secteur qui est plus menacé -la bourgeoisie européenne craint l'explosion prolétarienne - mais les revenus déguisés des couches moyennes plus les taxes genre TVA, etc.).
La bourgeoisie grecque n'envisage nul nouveau coup d'Etat de colonels, car cette place dominante prise par la "classe moyenne" indignée est bien utile pourtant à la domination bourgeoise, avec ses ramifications mondiales d'Espagne au Brésil, de Podemos à Die Linke. Cette marge intermédiaire de la société affiche une prétention "radicale" à réformer le capitalisme, en abolissant certaines dettes, mais sans toucher aux privilèges des fonctionnaires, sans toucher aux privilèges des curés des partis politiques, des rentiers d'Etat et des curés tout court (Syriza caresse dans le sens de la barbe les parasites de l'Eglise orthodoxe et la mafia des bateaux de luxe). Cette excroissance sociale parasitaire sert de barrage à toute expression indépendante du prolétariat et valide l'absence de perspective véritablement révolutionnaire. Ce n'est pas d'abattre l'Etat bourgeois qu'il est question mais de nous chanter: "Vive le gouvernement Syriza" qui "résiste" (pour l'intérêt national) aux méchants créanciers carnivores, comprenez: "créons partout, un, deux, trois gouvernement Syriza"; au point que le petit démagogue creux Mélanchon se voit déjà président en 2017!
Or il nous faut ici resituer les enjeux sous les cris contre les salauds de la "troïka", la dénonciation de "l'humiliation du peuple grec", face aux gardiens financiers d'une Europe faussement démocratique. Ces enjeux dépassent les courtes festivités électorales.
Nous allons examiner les deux principaux aspects occultés de la "crise grecque", qui n'est pas en soi une crise économique de la seule Grèce, mais surtout une histoire politique et... militaire, géopolitiquement s'entend.

AUX ORIGINES DE L'ADHESION DOUTEUSE DE LA GRECE A L'EUROPE

C'est l'émission consacrée à la Grèce sur Public-Sénat, la veille du jour électoral, qui vaut d'être citée pour référence et pour l'excellence du documentaire présenté, historique de l'adhésion alambiquée du pays de Platon au conglomérat européen. Sans négliger l'intérêt du débat, certes tardif, entre économistes et géopolitiques intelligents. 
L'adhésion de la Grèce, pays non industriel, paraissait anormale et donc peu souhaitable. Le documentaire rappelle que, contre l'avis de la plupart des caïds européens, la bourgeoisie française (de Giscard à Chirac) a, pendant une dizaine d'années fait le forcing pour faire admettre la Grèce. Avec des arguments démagogiques en premier lieu: cela aurait fait mauvais genre de ne pas inclure dans l'Europe moderne financière et commerciale le pays "fondateur de la démocratie". La Grèce se voyait affublée de la fonction de vitrine civilisatrice... La plupart des ex-ministres ou ex-commissaires européens se récrient d'avoir été au courant ensuite des trucages financiers invraisemblables qui ont servi à maquiller les résultats misérables des gouvernements grecs. A l'évidence ils étaient au courant, mais leur profession comporte la qualification de menteur et ils ne veulent pas être inquiétés pendant leurs confortables retraites, une hache perdue de Daesch est si vite arrivée. La bourgeoisie grecque et ses bobos mènent ensuite grand train de vie; la dolce vita: achat de Porsches et de résidences luxueuses, dîners fastueux et... doublement des salaires, du jamais vu dans toute l'histoire du mouvement ouvrier (mais les ouvriers grecs n'étant pas très nombreux... et laissant le sale boulot à de nombreux migrants...avant l'heure de leur exposition médiatique). Puis, toujours avec la manne financière européenne, le demi-Etat grec (Etat rentier) va dépenser sans compter pour de fastueux jeux olympiques, dont la facture pèse encore.
Lorsque les premières inquiétudes commencent à poindre sur la réalité de la santé économique grecque, les politiciens font appel à la banque juive Goldman&Sachs, qui va les rouler dans la farine avec des intérêts exorbitants.
Tout cela c'est l'écume des vagues. Un économiste a beau nous dire que le forcing de la France pour l'admission de la Grèce était de ne pas rester seule face à la Deutschebank, on reste dubitatif. La vérité (partielle aussi) va venir de l'excellent prof géopolitique Philippe Dessertine (à ne pas confondre avec Jean-Paul) et par un prof grec présent à l'émission.
L'association de la Grèce "berceau de la civilisation" c'était pour les gogos. En vérité, la Grèce est d'abord une frontière européenne face à la Turquie et, surtout aujourd'hui, face à la Syrie. Double enjeu, comme il n'existe pas d'armée européenne, chaque pays porte une responsabilité. Ainsi, coup double, en échange de sa prise de responsabilité défensive, la Grèce doit être arrosée financièrement pour acheter un armement sophistiqué à l'Allemagne et à la France. L'Europe finance donc avant tout l'armée grecque, alors qu'il n'existe pas vraiment de menace de la part de la Turquie membre de l'OTAN. (Mais elle finance une armée d'incapables, dixit JLR)
Si menace il y a , comme on le verra, elle provient de la Perfide Albion. Ce petit pays d'à peine 11 millions d'habitants se situe entre la troisième et la cinquième place des pays importateurs d'armement. C'est en outre la plus grande marine du monde.
Les debaters rappellent que lorsque l'armée turque envahit Chypre, la Grèce se serait retrouvée seule pour la contrer. Ils omettent de préciser que c'est l'impérialisme anglais qui était derrière, qui a toujours monté les turcs contre les grecs afin de mieux sauvegarder son importante base militaire de Chypre.
Donc, comme on le voit, la Grèce nécessite des égards financiers (même empoisonnants) comme l'Ukraine, parce que ces deux pays sont "au front". Il se pose le problème d'éponger plus ou moins la spirale infernale des dettes d'un Etat rentier incapable, mais qui ne fait que servir de bouc-émissaire à la crise capitaliste générale qui se poursuit et dont le cas grec n'est qu'un soubresaut et pas un cas particulier. La finance européenne a créé des bulles en cascade et quand elles éclatent elle crie: c'est pas moi! La comparaison avec l'Argentine n'est pas flatteuse pour les prétendues "faculté de récupération économique du système capitaliste"; l'Argentine, quand même plus industrielle que la Grèce , n'est toujours pas sortie du bourbier, après son "défaut de paiement" datant de 15 années; et certains ont même le culot de nous assurer que la Grèce est mieux protégée parce qu'elle n'est pas elle, sous la coupe des "fonds vautours" US!

DERRIERE LE CINEMA DU REFERENDUM GREC LA BAGARRE POUR LE CONTROLE DE CHYPRE

Syrisa n'a jamais constitué une alternative politique au capitalisme et n'est, comme le chantent nombre de plumitifs, qu'un exemple de fierté nationale de bobos réunis, de fierté d'un vague peuple baladés par une poignée de démagogues. Non seulement ce cartel de partis gauchistes allié à un parti d'extrême droite n'a quasiment rien fait pour bouleverser l'ordre des choses, mais, étant composé d'anciens étudiants en économie formés dans la Perfide Albion, il roule pour les intérêts de l'impérialisme britannique, quitte à contrarier le grand frère US, et ne croit pas à la fiabilité des impérialismes chinois et russe.
D'abord en menaçant in fine, sous l'affirmation de vouloir réouvrir les négociations, pouvoir séparer la Grèce du conglomérat européen (projet qui concerne la bourgeoisie anglaise elle même désireuse de faire sécession) mais cela aboutirait au  renforcement de la base militaire britannique à Chypre, que la bourgeoisie américaine tente de récupérer. Grexit ne rime-t-il pas avec Brexit? La bourgeoise anglaise a toujours surveillé et contrôlé la politique en Grèce comme l'huile sur le feu. La bagarre met aux prises en réalité Allemagne contre Angleterre, avec comme arbitre la bourgeoisie américaine (qui prônait le oui sado-maso à l'Europe); la grande base américaine à Francfort n'est plus suffisante et correspondait à la ligne de partage de la guerre froide, et le théâtre des opérations (impérialistes) se situe plus au sud évidemment face aux guerres arabes... qui se rapprochent

[La plus grande base restant la mystérieuse Diego Garcia, d'où l'armada US a probablement abattu le Boeing 777 de Malaysia Airlines et ses 239 passagers le 8 mars dernier, cf. http://www.parismatch.com/Actu/International/Le-mystere-du-vol-MH370-2-2-675084]

Ensuite, par le chantage au lâcher de migrants si les "gérants" de la finance européenne éjectent la Grèce endettée (cf. lire la déclaration du ministre facho du gouvernement Tsipras en début d'année, sur la colonne de gauche (sic) de ce blog.
Le jeu électoral qui vient de se dérouler au premier plan aura donc été une comédie, ponctuel épisode des tragédies à venir - cachant les véritables enjeux - mais on voit par en dessous la complexité du jeu géopolitique, un jeu politique très déstabilisant voire décrédibilisant pour les partis en lice. Partout en Europe les extrêmes gauches se retrouvent à faire des cantiques communs avec l'extrême droite pour bénir Syrisa et son ministre sans cravate. De Mélenchon à Marine Le Pen, de Podemos à Philippot (si bien mis en selle par les médias en France) tous ces politicards font les yeux doux au petit Tsipras, pourtant sur siège éjectable comme il le sait depuis le début. La victoire électorale de la gauche bobo aura aussi permis à la bourgeoisie grecque de gagner du temps, pendant que les syndicats et partis anars auront épuisés les ouvriers dans des processions avec drapeau national et émeutes inutiles. Tsipras, auréolé de son expérience de héros (en carton pâte) pourra tôt ou tard retourner défiler en tête des manifs "contre l'austérité" en tant qu'ancien lutteur émérite (à la saint Mendès France) contre les "géants de la finance".

Pour l'heure, la situation va devenir de plus en plus tendue. Le gouvernement de la bourgeoisie grecque, dirigé par les cadors de la classe moyenne, doit honorer un remboursement de 3,5 milliards à la BCE le 20 juillet. Et, face aux pleureuses d'un impossible moratoire, les caïds de la finance allemande ne sont pas restés muets contrairement à leurs délégués politiques, ils ne rigolent pas eux.
La crise en court peut avoir pour conséquence à court terme de nouvelles élections en Grèce pour éviter une explosion sociale, dont seront encore victimes les prolétaires (répression, piège des émeutes anars, etc.) dans un tourbillon insensé initié par la petite bourgeoisie. Le mauvais payeur grec n'est pas renforcé par la victoire électorale de Syriza (un fraudeur qui nie sa fraude ne peut être crédible auprès du public) car ce sont bien les exigences (terme signifiant originellement: percevoir l'impôt) des créanciers capitalistes qui ressortent plus exigeantes encore face à la manoeuvre électorale démagogique.


à suivre

PS: Cet article était déjà écrit lorsque je suis tombé sur l'article du Monde du 4 juin antérieur à la journée électorale:"Les risques géopolitiques d'un Grexit" http://www.lemonde.fr/europe/article/2015/07/04/les-risques-geopolitiques-d-un-grexit_4670193_3214.html
lequel confirme ce que j'analysais comme véritable arrière-plan de la crise grecque.

"Ce n’est pas par amour de Platon et Aristote que le président américain Barack Obama, dès le début de la crise grecque, s’est inquiété d’un éventuel « Grexit », jugé dangereux non seulement pour la stabilité financière mondiale ou la cohésion de l’Union européenne, mais aussi – surtout ? – pour la sécurité du commandement militaire de l’OTAN en Méditerranée orientale.
(...) Pas question pour le président américain de voir ce site stratégique menacé. Or, le premier ministre grec, Alexis Tsipras, l’affirme : dans son intransigeance économique, l’Europe sous-estimerait le risque de déstabilisation régionale qu’entraînerait une sortie de la Grèce de la zone euro. « Le facteur géopolitique est en effet totalement absent du débat depuis le début de la crise », estime Georges Prévélakis, auteur du livre Géopolitique de la Grèce (Editions Complexe, 2005). « Garantir une Grèce stable politiquement et performante économiquement aide à stabiliser la région et à européaniser les Balkans. Aujourd’hui, c’est la Grèce qui se balkanise », déplore ce professeur à l’université Paris-I.

Si des années 1970 aux années 1990, la Grèce s’est retrouvée dans une phase de rattrapage économique accélérée par rapport aux pays du nord de l’Europe, depuis vingt ans cependant, elle était devenue un acteur commercial important dans les Balkans, où ses banques, notamment, étaient très actives. L’évolution régionale est suivie avec inquiétude par la chancelière allemande Angela Merkel. Dans ces Etats souvent faibles, Moscou essaie d’avancer des pions en Serbie et dans la partie serbe de Bosnie-Herzégovine, tandis que les djihadistes recrutent dans les Balkans."(...)


Bonne lecture et vous pouvez me dire merci.


Lire aussi l'autre article du CCI "Des Etats en faillite", bien qu'il ne dispose pas de nos infos cruciales pour comprendre les enjeux de fond et ignore les questions géopolitiques:

 «Maintenant ce sont donc les Etats eux-mêmes qui se retrouvent endettés jusqu’au cou, incapables de faire face à leurs propres dettes (sans d’ailleurs que le secteur privé ne soit sauvé pour autant) et en situation potentielle de faillite. Certes, un Etat n’est pas une entreprise, lorsqu’il est en cessation de paiement, il ne met pas la clef sous la porte. Il peut encore espérer s’endetter en payant toujours plus d’intérêts, ponctionner toutes nos économies, imprimer encore plus de papier monnaie. Mais vient un temps où les dettes (ou du moins les intérêts) doivent être remboursées, même par un Etat. Pour comprendre cela, il suffit de regarder ce qui se passe actuellement pour les Etats grec, portugais et même espagnol. En Grèce, l’Etat a tenté de se financer par l’emprunt sur les marchés internationaux. Le résultat ne s’est pas fait attendre. Tout le monde, sachant que celui-ci est maintenant insolvable, lui a proposé des emprunts à très court terme et à des taux de plus de 8 %. Inutile de dire qu’une telle situation financière est impossible à supporter».

Et aussi les analyses du GIGC:
" La bourgeoisie européenne sait bien que la dette grecque ne sera jamais remboursée. Elle peut donc se payer le "luxe" de laisser Syriza venir au pouvoir en Grèce, puissance capitaliste relativement périphérique et secondaire, si elle réussit à rendre crédible au niveau européen les autres partis "radicaux" de gauche. D’autant que Syriza n’aura d’autre choix que de mener la même politique anti-ouvrière que les gouvernements grecs précédents. Par contre, Syriza et la médiatisation internationale de Podemos permettent de faire miroiter une alternative politique "radicale" de gauche, mais non moins bourgeoise, derrière l’État démocratique capitaliste au niveau européen au moment même où les grandes masses de prolétaires votent de moins en moins, s’éloignent du terrain démocratique bourgeois, et luttent de plus en plus, s’ancrent sur leur terrain de classe".(janvier 2015)
http://igcl.org/Charlie-Hebdo-la-manifestation-de



PS:  Sur le plan des répercussions sociales, dont aucun média ne se soucie excepté pour les images répétitives des queue aux dabs, toujours avec l’enjeu géopolitique majeur seul Le Point fait des remarques lucides sur un risque de révolte sociale: «... depuis la victoire accablante du non, les responsables français, soucieux de ménager l’électorat socialiste, séduit par le romantisme du populisme grec, et désireux de ne pas affoler l’opinion, tiennent un discours tellement apaisant qu’il devient émollient : sur le « respect dû à la décision du peuple grec », « la porte ouverte aux discussions », « les bases d’un accord qui existent », les répercussions quasi inexistantes – à les en croire – du défaut de paiement d’Athènes. Comme le dit en substance l’économiste Philippe Dessertine, les autorités françaises nous refont le coup du nuage de Tchernobyl, dont on se souvient encore qu’il pouvait avoir des retombées sur le reste de l’Europe, mais pas sur la France. On a vu la suite, notamment dans les Alpes-de-Haute-Provence.
(...) D’abord, parce qu’il ne faut pas mésestimer la dimension historique de la victoire du Premier ministre Tsipras au référendum. Plus qu’au moment du succès remporté par le parti Syriza aux élections législatives, le vote de dimanche, par son ampleur, est perçu par la gauche de la gauche en Grèce comme une revanche sur l’échec de la tentative de soulèvement communiste de 1944. Lorsque le gouvernement légitime, avec l’aide des Britanniques, avait empêché les maquis communistes de prendre le pouvoir. Certes, Tsipras a rompu autrefois avec le parti communiste, le KKE, et serait, s’il était en France, plus proche de Mélenchon que de Pierre Laurent. Mais la Grèce est en train de glisser, jour après jour, dans une situation de pénurie : les commerçants ne peuvent plus s’approvisionner faute de liquidité, l’essence devient rare dans les stations-service, les voitures sont laissées chez le garagiste parce qu’on n’a pas les moyens de payer la facture, les salaires sont payés irrégulièrement, les pharmacies sont dépourvues de médicaments, etc. Après l’euphorie populaire de la victoire du non, les lendemains peuvent rapidement déchanter et la situation peut se tendre dans la rue, voire devenir incontrôlable. Pour Tsipras aussi.
Même si la Grèce évite cette dérive extrême, l’instabilité qui découle de la situation dans laquelle elle se trouve en a fait, depuis quelques mois, le maillon faible de la sécurité en Europe. Or, comme le dit son ministre des Affaires étrangères, Nikos Kotsias, « notre pays est au centre d’un triangle de crises et de déstabilisation ». Ukraine, Libye, Irak, Syrie, la Grèce est géographiquement au coeur des tensions. Un désastre économique, la désorganisation de l’État pourrait, si on ose l’écrire, en faire le talon d’Achille de l’Europe. À la fois pour la pénétration de commandos islamiques dans l’espace Schengen, mais aussi pour l’afflux sans contrôle de réfugiés venant des zones de guerre du Proche-Orient. Déjà le nombre de migrants entrés en Grèce – officiellement 68 000 – est supérieur depuis le début de l’année à ce qu’il avait été pour la totalité de 2014. Faute de ressources, Tsipras a décidé de fermer les camps destinés aux arrivants, qui sont maintenant livrés à eux-mêmes quand ils débarquent.

Un appel d’air pour les candidats au voyage qui ne s’améliorera pas. Et peut-être pour le coup une bonne raison pour l’Europe – même si c’est là un réflexe égoïste – d’aider la Grèce à sortir de sa mauvaise passe économique et financière afin qu’elle ne devienne pas la porte d’entrée d’une marée de migrants, venus de Syrie ou d’ailleurs, attendant une occasion favorable pour se répandre dans les pays du Nord. Il faut toujours avoir en tête que la géographie a fait qu’Athènes est plus proche de Damas que de Bruxelles».

lundi 29 juin 2015

DES FAILLES ET DEFAILLANCE DANS LA THEORIE DE LA «GUERRE DE CIVILISATION»


"Nous sommes confrontés à une guerre contre le djihadiste, le terrorisme et l’islamisme radical. Nous ne pouvons pas perdre cette guerre de civilisation". Manuels Valls (Premier ministre sur Europe 1)

«Les musulmans sont chez eux en France» (le même)

«Il faut toujours avoir en tête le mot d'ordre de l'État islamique diffusé il y a un an quand notre armée s'est engagée dans la coalition: tuer les Français par n'importe quel moyen: couteau, pierre, fusil, automobile…» Pascal Bruckner

«Ce sont presque toujours les fripons qui conduisent les fanatiques, et qui mettent le poignard entre leurs mains; ils ressemblent à ce Vieux de la montagne qui faisait, dit-on, goûter les joies du paradis à des imbéciles, et qui leur promettait une éternité de ces plaisirs dont il leur avait donné un avant-goût, à condition qu’ils iraient assassiner tous ceux qu’il leur nommerait». VOLTAIRE

«...la première leçon apprise sur le champ de bataille est que, plus on se rapproche de l’ennemi moins on le hait». Jesse Glenn Gray (The warriors, 1959, intro d’Hannah Arendt)

«Même aux plus stables, le futur n’est jamais assuré». Michel Verret



Immédiatement après «l’attentat terroriste» de la région lyonnaise à Saint-Quentin-Fallavier, dans une usine classée Seveso, le gouvernement appela à «resserrer les rangs de la nation», à ne pas se laisser aller aux «divisions», quand les rumeurs les plus folles batifolaient déjà: Daesch aurait mis un pied à terre in France! Vigipirate partout! Tous aux abris!
On apprenait qu’un type (un individu selon les uns, un jeune homme pour la presse bien pensante) avait foncé dans l’usine avec un véhicule pour faire exploser des bouteilles de gaz puis qu’on avait trouvé une tête tranchée accrochée aux grilles entourée de deux drapeaux «islamiques» ou quelque chose dans le genre. Un média titrait peu après: «Il a égorgé son patron»; pourquoi pas puisque tant de patrons poussent leurs employés au suicide, mais même un patron n’a-t-il pas le droit de vivre et de partir en vacances, d’être aimé par sa femme et ses enfants? Mais hélas même sur les plages on n’est plus tranquille, à preuve dans cette pauvre Tunisie démocratique commerciale, entourée de féroces dictatures mortifères, où un autre «individu» psychopathe aussi imprévisible a tiré dans le tas des bronzés de la plage, commettant une trentaine de morts innocents puis a été suicidé par la police.
En temps réel, Radio propaganda France autorisait un de ses porte-voix à déclarer que l’attentat à une encablure de Lyon était lui en fait une attaque contre les travailleurs, qui étaient 43 dans l’usine en question au moment où le premier psychopathe a tenté de tout faire sauter. Donc l’émotion était grande parmi «les travailleurs». Des spécialistes étaient convoqués sur toutes les chaînes de propagande pour discerner une attaque concertée de Daesch dans trois endroits: France, Tunisie et Koweit, pour fêter un autre anniversaire funeste des fous d’Allah. On soupesait, on dramatisait, on épiloguait sur le «complot» islamiste qui, on en est certain à chaque fois, régente la planète. La campagne antiterroriste allait réconcilier, comme à chaque fois, toutes les classes sociales, redorer le blason du pâle ministre de l’Intérieur, voire donner des chances de réélection à l’actuelle occupant de l’Elysée sans qu’il change quoi que ce soit à son quotidien d’inaugurateur de chrysanthèmes.
Et puis plouf, en tout cas pour l’attentat en France. Il n’aurait été qu’une variété, certes atroce, de fait divers. Le type en question devait se venger de son patron (qui l’avait rabroué pour avec laisser chuter une palette contenant du matériel électronique) et de sa femme (on ne connait pas encore la teneur des bisbilles familiales); mythomane lâche, il confiait aux flics avoir voulu se suicider. Pas brillant comme argumentation (dégonflée) d’un présumé envoyé de Daesch (qui aurait si bien su abuser tous nos espions informatiques policiers)! Maquiller un crime sordide en opération au nom d’Allah; il aurait crié ‘Allaou Akbar’ au moment ou les flics lui ont mis le pied dessus avec les pompiers, à moins que ce soit aïe ouille! Minable maquillage de taré: décorer la tête de son patron assassiné de deux drapeaux daechiens et poster un selfie pour inquiéter la communauté internationale, après avoir laissé traîner un coran dans le véhicule et un pistolet en plastique... Echéc hélas, la cabine du camion lui a évité d’exploser à son tour et les autres bonbonnes de gaz n’ont pas explosé non plus.
Mais ce qui devrait être un échec pour la propaganda gouvernementale ne le sera pas vraiment, celle-ci démultipliant communiqués et révélations à vous donner le tournis et à radoter «qu’on est en guerre», même si on ne sait pas exactement contre qui. Et le plus subliminal sous les analyses musulmaniaques ou géopoliticiennes des experts, n’est-ce pas le retour de «l’ennemi intérieur», la hache d’une «cinquième colonne arabe» qui plane au-dessus de vous, votre collègue musulman, si gentil apparemment, qui un jour, sans crier gare, peut vous couper le kiki? Et tous ces réfugiés affamés, sans femmes, qui débarquent de Lampedusa à Malte, ne vont-ils pas venir vous piquer femme et travail? La propaganda si antiraciste et si généreuse en paroles pour l’immigration du monde entier vous renvoie un message bien différent sous ses orgueilleux appels à la tolérance et à la convivialité dans l’atroce informationnel, informe et dégoulinant. Et le débat franco-français de rejaillir abstraitement entre les «padamalgame» Todd et le trotskien moustachu de Médiapart face aux effarés de la «capitulation des élites face à l’islam radical» les Finkielkraut et Laignel-Lavastine.
Tous les attentats ne sont pas à mettre sur le même plan ni le produit d’une coordination machiavélique, ils sont surtout tous re-traités, interprétés et utilisés par tous les clans intellectuels en lice des obligés du pouvoir bourgeois, qui se démènent pour occuper la scène ronde du cirque, et tournoyer ensemble pour opacifier les vraies questions que pose le capitalisme décadent.

Dans ce capharnaum, relevons les propos intelligents du juge Trévidic, qui explique, concernant le crime de la région lyonnaise, qu en somme il y a pas mal de psychopathes de nos jours (voire de plus en plus) qui n’ont même pas besoin du coran pour délirer et passe à l’acte: «Le nombre de personnes atteintes de délire djihadiste est exponentiel!» Deux jours après les attaques djihadistes en Isère et en Tunisie, le juge antiterroriste Marc Trévidic dans une interview au Télégramme, estime que: «La population concernée est plus jeune, plus diverse et aussi plus imprévisible, avec des personnes qui sont à la limite de la psychopathie... mais qui auraient été dangereuses dans tous les cas, avec ou sans djihad».  « Ceux qui partent faire le djihad agissent ainsi à 90 % pour des motifs personnels: pour en découdre, pour l'aventure, pour se venger, parce qu'ils ne trouvent pas leur place dans la société... Et à 10 % seulement pour des convictions religieuses: l'islam radical. La religion n'est pas le moteur de ce mouvement et c'est ce qui en fait sa force».

Ce fait divers est pourtant diablement révélateur de l’utilisation par de plus en plus d’individus paumés de la religion musulmane comme couverture à leurs délires suicidaires.
Certains appellent culture ce qui est bourrage de crâne des peuples depuis l’enfance au lieu de s’interroger sur la perte du sens de la vie humaine, sur pourquoi des hommes encore infantiles en viennent à tuer leurs semblables le sourire aux lèvres. Au lieu de se pencher sur la société actuelle capitaliste qui produit de tels suicidaires, on préfère radoter sur la théorie du complot et de la manipulation terroriste.


[Toute la presse finit par reproduire l’info suivante: «Motivations terroristes ou personnelles ?
D'abord mutique pendant les premières heures de sa garde à vue, Yassin Salhi a commencé « à s'expliquer sur le déroulé des faits » samedi soir, avant d'avouer l'assassinat de son patron, Hervé Cornara, 54 ans, selon des sources proches du dossier. D'après iTélé et Le Parisien, il aurait agi en raison de tensions avec son épouse et son patron et aurait voulu se suicider en réalisant un coup médiatique sous couvert de terrorisme. Les deux hommes se seraient disputés il y a quelques jours. Yassin Salhi avait fait tomber lors d'une manœuvre une palette de matériel informatique. Il s'en serait pris à son employeur sur un parking entre son entreprise et le site de l'usine d'Air Products. Le selfie, évoqué ensuite et qui prouve que l’individu est bien un enfant d’internet (de la gloriole virtuelle du web planétaire) - qui convient parfaitement au délit de confirmation de délit de terrorisme en copains organisés - est très vite identifié comme ayant  «été envoyé à un numéro canadien via la messagerie WhatsApp, est finalement parvenu à Sébastien-Younès V., originaire de Vesoul (Haute-Saône) et parti en Syrie en 2014. Connu des services de renseignement et localisé à Raqqa, il combat dans les rangs de l'Etat islamique». ]

La palme de la cuistrerie revient à M.Valls avec l’expression "guerre de civilisation", redite de celle utilisée par Nicolas Sarkozy en janvier 2015, qui avait pourtant été critiquée par le Manuel Valls de l'époque, déclarant alors : « Nous sommes dans une guerre contre le terrorisme. Nous ne sommes pas dans une guerre contre une religion, contre une civilisation», soucieux de ménager en permanence l’électorat musulman et de tordre le cou à «lamalgame».

LA DITE GUERRE DE CIVILISATION (démocratique bourgeoise) CONTRE UNE BARBARIE (islamiste et féodale) EST UN LEURRE

Leurre des divers rapaces impérialistes en lice quand on cantonne peuple et prolétariat au niveau du fait divers confondu avec un complotisme de pacotille et borné par l'hypocrite diversion anti-terroriste, qui évite de penser l'impérialisme, et de fustiger la responsabilité de notre propre impérialisme, vendeur d'armes triomphant doublement puisque l'acte «terroriste" du psychopathe vient à point justifier les affaires militaristes (et créatrices d'emploi pour un prolétariat soumis) de «notre» Etat VRP.
Le grand jeu du capital décadent est un jeu de cons. Les forces capitalistes sont inconscientes et comme le dit très justement cet auteur anonyme de blog, le pompier pyromane se brûle les doigts:

«A chaque fois, une conjonction d’intérêts américano-saoudienne qui favorise l’islamisme, le djihadisme et le chaos. Et ce qui devait arriver finit par arriver : le pompier-pyromane se brûle les doigts et ne peut plus éteindre le feu. La créature s’échappe et se retourne contre le docteur Frankenstein, l’exemple le plus fameux étant bien sûr Al Qaeda.

En ce qui concerne l’Etat Islamique, autre créature sortie du chapeau magique, l’Amérique n’est pas directement coupable en ce sens qu’elle ne l’a pas créé. Mais sa responsabilité indirecte est énorme. Ce sont les usual suspects saoudiens et qataris qui ont développé l’EI et Washington était parfaitement au courant, comme l’a reconnu le général Wesley Clark : « Ce sont nos amis et alliés qui ont financé l’EI » : https://www.youtube.com/watch?v=QHLqaSZPe98

Le but était, pour les pétromonarchies fondamentalistes sunnites, de casser l’arc chiite (Iran-Irak-Syrie-Liban) en créant un "sunnistan" à cheval sur la frontière syro-irakienne. Ca collait parfaitement avec les intérêts US - et israéliens ! - donc tout le monde a fermé les yeux. Le Qatar jouait aussi une carte plus personnelle, désirant ardemment faire passer son gazoduc par le territoire syrien pour relier le marché de consommation européen, ce qu'Assad refusait sur les "conseils" russes. Il fallait donc le faire partir du pouvoir et financer la ribambelle de rebelles. Washington savait également dès 2012 que la Syrie était en train de devenir une terre de Djihad où pullulaient les groupes fondamentalistes et que l’opposition "démocratique" si vantée par notre volaille médiatique n’existait à peu près que sur le papier. Pire ! un document récemment déclassifié, rédigé lui aussi en 2012 par le DIA (l’intelligence militaire), montre que le Pentagone connaissait pertinemment le danger de création d’une "principauté salafiste", mais poursuivit néanmoins sa stratégie anti-Assad en soutenant des mouvements flirtant dangereusement avec la ligne rouge : http://www.politis.fr/IMG/pdf/Pg--291-Pgs--287-293-JW-v-DOD-and-State-14-812-DOD-Release-2015-04-10-final-version11_1_.pdf
(cf. http://chroniquesdugrandjeu.over-blog.com/).

L’ALTERNATIVE RESTE BIEN: OU CAPITALISME CATASTROPHIQUE OU REVOLUTION COMMUNISTE UNIVERSELLE

Quand le prolétariat se réveillera...

Si le système dominant ne se souciait pas tant de nous enfumer par ses tonnes de mensonges ou ses simplismes politiques, on pourrait penser qu’il est serein dans la conservation des injustices séculaires et des inégalités tutélaires. En réalité, la bourgeoisie, les bourgeoisies sont inquiètes. Inquiètes non d’une conscience de classe aléatoire, qui retombe régulièrement dans une politique d’autruche, qui craint même d’invoquer le marxisme, mais des conséquences de ses compétitions économiques, militaires et terroristes - et de tous les camps terroristes car il n’y a pas que Daesch qui est terroriste mais toutes les armées et polices des grandes puissances, qui laissent Daesch parader dans le rôle du méchant.
Les conséquences de l’avanie capitaliste sont, principalement: des centaines de meurtres de civils tous les jours de Syrie en Ukraine, des milliers et des milliers de fuyards des guerres, des conditions financières inadmissibles pour de petits pays comme la Grèce (plus flouée par les requins de Goldman & Sachs que par l’impéritie locale, l’absence d’impôts et le règne du black travail), des millions de chômeurs maquillés en assistés, en réfugiés, en migrants, etc. ; il faut noter enfin ce paradoxe d’une Grèce endettée jusqu’au cou, mais obligée d’accueillir sous injonction des anonymes bureaucrates de Bruxelles les milliers et milliers de réfugiés des guerres du Capital.

Avec la domination de l’idéologie binaire spectaculaire et fallacieuse - démocratie contre islam radical - la bourgeoisie a la prétention d’avoir mis fin à tout internationalisme, à toute possibilité de réveil de la conscience de classe du prolétariat mondial.  Le fer de lance de son attaque est la tolérance démagogique en même temps que la perpétuation de la «nationalisation» de la classe ouvrière. L’idéologie de la tolérance se décompose en antiracisme de la phrase officielle et en promesse d’accueillir tous les immigrants sauf réserves de dernière minute; du Nouvel Obs à Libération, l’élite à bobos prône la simple ouverture des frontières comme si le capitalisme était devenu communiste. L’idéologie bourgeoise mise en réalité toujours plus perversement sur la division du prolétariat. Comme le prolétariat n’est plus en soi les prolétaires du cru + l’immigration, car l’immigration n’est plus simplement une immigration de travail - au temps où les immigrés pouvaient s’apparenter aux ouvriers-paysans ou aux catégories récemment prolétarisées - mais de façon croissante fuite des guerres ou une volonté d’ascension sociale de couches petites bourgeoises (intelligentsia flouée des lib nationales), la bourgeoise peut encourager la confusion par un discours humaniste et une fallacieuse promesse de large accueil, franchement irréaliste dans la crise de la misère, mais empoisonnante.

L’immigration a toujours été traitée comme un phénomène ambigu, et de nos jours plus encore avec l’inflation médiatique de l’islam parasitaire de la pauvreté. L’immigration ne constitue pas en soi la classe ouvrière qui a été créée dans les cadres nationaux par migrations internes dans les plus anciens pays capitalistes. Il n’empêche que l’industrie allemande s’est développée surtout avec des immigrés polonais et le Luxembourg avec des italiens; mais cela c’était avant, au temps du jeune capitalisme florissant, alors qu’à présent il s’agit de tuer les concurrents, de détruire des emplois industriels... et où la guerre économique se fiche de la nationalité tout comme elle dépend de la guerre tout court.  Aux Etats Unis, où la classe ouvrière a été exclusivement créée à partir de l’immigration, c’est dans ce pays que la politique discriminatoire a été le plus précocement appliquée pour les nouveaux arrivants (contre les «jaunes», etc.), comme par hasard en période de crise mondiale ou de guerre. L’imigration a toujours été plus un problème pour la classe ouvrière que pour la capricieuse classe exploiteuse...

C’est la guerre de 1914 qui a arrêté le processus naturel d’immigration, généralisant la suspicion de l’étranger comme un ennemi. Pour la CGT chauvine qui fait corps avec le gouvernement, réglementer l’immigration sert l’intérêt national. C’est à partir d’avril 1917 - inquiétante époque des débuts de la révolution russe - que sont exigés en France des papiers d’identité pour les étrangers, bien avant que ne soit créée la carte d’identité nationale. Dans la guerre l’immigré doit rester un étranger, mais travailler pour l’industrie de guerre sans relever la tête; le ministre socialiste de l’armement Albert Thomas fait venir (sans papiers) 180 000 «travailleurs coloniaux». Après l’armistice de 1918, le gouvernement français donne comme instruction «de licencier les étrangers en premier et de les réembaucher en dernier», mais vu l’immense destruction d’hommes le patronat crée en 1924 une Société générale d’immigration à sa main. Seule la CGTU combat paternalisme colonial et xénophobie. Mais à la suite de la crise de 1929, la CGT (pas encore réunifiée avec la CGTU) ,fixe à 10% la proportion des étrangers dans les travaux publics. En 1936, la CGT réunifiée se fiche de la main d’oeuvre étrangère. En 1946 la fédération CGT du bâtiment demande le refoulement des immigrants. Pour toutes les courroies du parti stalinien «l’internationalisme prolétarien se confond avec les intérêts supérieurs de la nation». Les historiens gauchistes ne cessent de rappeler le massacre à Paris du 17 octobre 1961 où la provoc du FLN est minorée, mais ils oublient le 14 juillet 1953 où les flics chargent une manif CGT composée d’ouvriers algériens (7 morts et une centaine de blessés à Paris); trop «classiste»!

La conscience d’être membre d’une même classe mondiale, internationaliste, n’a jamais été aussi dominante ou répandue que le laisse croire nombre de rêveurs marxistes, ou qui se croient tels. C’est dans les luttes plus souvent ponctuellement que la fraternité entre prolétaires autochtones, d’origine étrangère ou étrangers (mais pas dans le carcan statutaire du secteur public chauvin) s’est révélée ou affirmée. Ce que l’on taxe de xénophobie de petit blanc de nos jours, était qualifié de rigidité hier, rigidité assumée d’ailleurs prioritairement par les bureaucraties syndicales officielles (qualifiées de «mouvement ouvrier» par les auteurs de l’intéressant ouvrage «Ces migrants qui font le prolétariat» édité en 1993):

«La rigidité des attitudes du mouvement ouvrier face à l’immigration, vient déjà du retard à tenir compte des transformations du monde du travail, mais plus encore d’un effet de réaction, de déstabilisation voire de déperdition (crise du syndicalisme) par décentrement même de la classe ouvrière; celle-ci éclate en segments salariés différenciés, se trouve débordée par la généralisation du salariat et par l’amplification du travail précaire» (p.72).

Or ces sociologues sous la direction de René Gallissot n’ont pas une vraie connaissance des «transformations du monde du travail» - qui ne se transforment pas beaucoup d’ailleurs - oubliant de comparer ce qui est comparable et ce qui est incomparable ou prometteur d’avenir de classe. La fragmentation en salariés différenciés ne date ni des années 1990 ni des années 2000. A ma connaissance, aucun syndicaliste ni aucun gauchiste n’a réclamé l’embauche de travailleur immigré à EDF, à la Poste ou dans la Fonction publique en général depuis la guerre de 45! Un Etat sans classe ouvrière divisée en CDI et CDD, chômeurs et immigrés, femmes et transgenres, en retraités privilégiés et retraités pauvres ne vivrait pas deux semaines. La précarité, même si elle a été atténuée voire presque éradiquée pour les secteurs qui font fonctionner l’Etat néo-bismarckien, reste un état général et invariant de la condition ouvrière en général. Il n’est donc pas question de rigidité mais de concurrence pour le sinistre droit au travail, et, tant que le Capital existe, il n’est pas de solution satisfaisante ni comptable ni réformiste radicale, encore moins dans les situations de guerres incessantes dans notre monde actuel.

Le combat des prolétaires immigrés, dans les années suivant mai 68 en France en particulier, n’a pas été un combat d’immigrés, qui aurait été un prélude au combat antiraciste sponsorisé par l’élite rose et gauchiste bourgeoise par après, mais un combat du même type que les fameux IWW américains du début du siècle dernier; ces derniers étaient méprisés par les syndicats officiels car ils organisaient un même type de prolétariat que les immigrés, sorte de prolétariat urbain précaire, sans qualifications ni diplômes, sans feu ni lieu, à la limite de l’exclusion sociale (les auteurs font référence à ces catégories tenues à distance par la syndicratie d’Etat p.225 et p.227 à leur remise en question de toutes les hiérarchies, tabou qui horrifie les marxistes coincés).
C’est toujours des fractions les moins qualifiées, les moins boboïsées de la classe ouvrière, que naissent les luttes les plus radicales: exigence de la représentativité directe, souveraineté des AG, rejet des syndicats officiels, création de comités élus et contrôlés par les grévistes. Les ouvriers du privé, et avec parmi eux, les jeunes paysans des colonies récemment prolétarisés, ont un autre avantage dans ces années là, une conscience supérieure à la défense de l’entreprise, borne syndicale qui limite la conscience des employés du secteur public, ils refusent de trouver au travail leur seule source identitaire. Et contrairement aux interprétations sociologiques (y inclus dans le recueil «Ces migrants qui font le prolétariat») ce n’est pas en référence à l’islam dont on leur a bourré le crâne enfant que ces prolétaires s’engagent mais pour une autre société, pas la présente à laquelle ils ne sont même pas conviés électoralement. Dans les années 1970, étrangers ou français, nombre de prolétaires croient encore à une alternative au capitalisme, même s’ils oscillent entre stalinisme et véritable communisme. Les luttes à dominante immigrés de ces années-là sont donc plus communes/communistes au sens noble du terme; elles sont longues et appellent clairement à la solidarité; elles tendent au dépassement du cadre de l’entreprise, certes du fait que la plupart des immigrés célibataires sont dans des logements de merde mais aussi victimes de stigmatisation sociale pour ne pas dire raciste. Mais la jonction ne se fera pas entre ceux qui restent enfermés dans le carcan du sacro-saint «service public», lieu de villégiature des familles syndicales et les travailleurs sans patrie et sans entreprise de la noria de petites boites ou usines dispersées.
L’allégeance à l’islam, au cours des années 80 ne vient pas d’une soit disant quête identitaire du milieu ouvrier immigré, c’est une fabrication de l’élite bourgeoise du PS avec les sous-marins gouvernementaux des pays arabes. Les directions des grandes usines y voient un facteur d’apaisement social; c’est pourquoi Jospin aura le feu vert pour vanter l’installation de salle de prière sur les lieux de travail.
La popularisation de l’antiracisme, qui succède aux grèves des 70 plus ou plus chapeautées politiquement par les faux espoirs de «luniondelagauche», n’est pas une faiblesse - parce qu’il serait un humanisme «pris au piège de l’identité nationale» (p. 122), mais une nouvelle arme de la bourgeoisie pour dissoudre la question des classes et la nécessité de renverser l’Etat bourgeois, quand les migrations en soi font sauter, dans le pays d’origine comme en métropole, les frontières territoriales et identitaires. L’immigré type d’où qu’il vienne ne vient pas pour prier à genoux mais pour trouver femme et travail, et vivre convenablement. On va donc lui refiler l’antiracisme et l’islam dans la salle d’attente.

LA CLASSE OUVRIERE (nationale) A EU LE MOINS D’INTERET A L’IMMIGRATION...
Ce n’est pas moi qui oserai l’affirmer, mais dans la compil de Gallissot et ses amis il est clairement établi que ce fût le discours pervers de la CGT:
«... un fondement de la prise en charge par les syndicats «d’une partie des intérêts socio-professionnels des migrants» est l’objecif implicite de leur imposer une valeur marchande équivalente à celle des nationaux, pour susciter des réticences patronales à recruter à l’extérieur des frontières une main d’oeuvre concurrente. Cette optique de la «valorisation de la force de travail immigrée», est celle de la CGT, qui montre de cette façon une attitude compréhensive vis à vis du racisme populaire, dans la mesure où les ouvriers sont la classe sociale qui a eu le moins d’intérêt à l’immigration».

Deux objections, les rédacteurs doivent avoir mal digérés de vieux résidus du gauchisme apolitique, l’hostilité ou la jalousie face à l’arrivée d’immigrés n’est pas forcément un «racisme» populaire ou fasciste; d’autre part, la classe ouvrière n’ayant pas de patrie, ne se situe pas pour ou contre l’immigration; cette question n’est pas de son ressort mais des Etats et des patrons qui pratiquent sans vergogne le stop and go. La classe ouvrière dans ses diverses composantes se divise dans la concurrence qui lui est imposée, de plus la remarque est absurde comme si on voulait séparer à tout prix l’oxygène de l’hydrogène pour arrêter la circulation de l’air.

L’idéalisme gauchiste (réformiste radical) pointe le bout de son nez une nouvelle fois quand, pour le coup, les syndicats n’ont pas tout à fait tort du point de vue de la responsabilité des Etats qui se débarrassent de la main d’oeuvre en excédent; dans leur formulation pour dénoncer l’absence d’internationalisme (certes) des syndicats, les auteurs se ridiculisent en squizzant le problème posé qui est fondamental, et qui est de type socialiste (quelle répartition du travail dans le monde? Comment mieux organiser la marche de la société?):
«Sous couvert «d’internationalisme», ces organisations justifient leur politique protectionniste en tendant à renvoyer la question de la solidarité avec les populations du tiers monde vers celle des responsabilités en matière de développement économique des pays exportateurs de main d’oeuvre» (p.145). Est-ce faux?

Ils écrivent (en 1993): «Ce qui se joue, au travers des restructurations actuelles, c’est bien le devenir de la classe ouvrière dans son ensemble et non celui de l’immigration: recomposition de son unité ou bien atomisation dans la concurrence pour le poste de travail (plus ou moins stable ou «garanti»), et dans les divisions raciales, comme d’autres divisions de toutes sortes.
Ces remises en question vont plus loin que la simple revendication d’une «prise en compte» (le plus souvent hétéroclite et désarticulée) des problèmes spécifiques à l’immigration. En ce sens l’intégration telle qu’on l’entend généralement est sans doute un faux problème. Le problème n’est pas pour les immigrés de s’intégrer au mouvement ouvrier tel qu’il est (ouf!) (ou à la société française telle qu’elle est), sans y rien changer, mais de contribuer à, sa transformation, voire à la construction d’un nouveau mouvement ouvrier, véritablement internationaliste» (p.146).

Non l’immigré ne remplaça pas l’ouvrier révolutionnaire disparu ou imaginaire; un intertitre de l’ouvrage n’est pas développé, contenant autant de faux que de vrai. «Phase V: La mort progressive du mouvement ouvrier comme mouvement social et la territorialisation des rapports interethniques». Sauf si on assimile le mouvement ouvrier au syndicalisme, mais que le syndicalisme chauvin soit mort n’est pas une grosse perte ni ne signifie que les ouvriers sont incapables de s’organiser eux-mêmes. Par contre les divisions ethniques ont été savamment amplifiées, sans reparler de la principale religion qui fait problème pas seulement dans les cantines mais en milieu ouvrier. Il faut maintenant comprendre pourquoi et comment on en est venu là, et subséquemment aux «loups solitaires» et autres brebis manipulées...

LES RESPONSABILITES DU STALINISME

Au chapitre 4 curieusement titré «La municipalisation des rapports entre mouvement ouvrier et immigrations», on nous rappelle le sale boulot municipal du PCF (que nous n’avons jamais ignoré). On trouve nombre de concepts bizarres dans ce texte sur lequel on ne va pas s’appesantir ici. Une certaine tendance à s’enferrer dans la fadaise de la légitimité «culturelle» originelle - ou même à manier un concept nunuche de «culture ouvrière» (propre à la pensée stalinienne) comme cette histoire de «nationalisation des classes ouvrières» - n’éclaire pas d’abord le futur triomphe de l’idéologie cosmopolite de diversité/ethnicité (complètement anti-internationaliste):
«L’émancipation des immigrés résidait dans leur accès à la culture ouvrière laïque et révolutionnaire. L’islam a été, quant à lui, du fait de la prégnance des rapports coloniaux, des positions du léninisme spécifié (?) et ainsi toléré quoique véhiculant des attitudes et une conscience gênantes pour le combat de classe» (p. 184).

Depuis que 20 ans se sont écoulés - 20 ans de décadence avérée du capitalisme, de croupissement dans des guerres ininterrompues, de crises financières qui ne le font pas s’effondrer, d’échecs successifs de mouvements larges ou étroits du prolétariat - la bourgeoisie a permis le remplacement du chauvinisme stalinien par l’islam oecuménique et ses variations soft ou hard, qui viennent renforcer méfiance et désunion entre travailleurs de multiples origines (on se fiche ici de la population en général et de l’opinion en particulier).

Il est incontestable que la politique de la gauche au pouvoir au début des années 1980, s’est inscrite dans le droit fil idéologique d’un monde débarrassé du stalinisme et soumis à l’ethnicisation à l’américaine, où le dernier dinosaure stalinien en France a perdu la plupart de ses plumes avec l’affaire de Vitry et avec son obstination à maintenir des discours chauvins imbitables, relayés de nos jours pauvrement dans l’univers politicien bobo par le bouffon Mélenchon.

Gallissot et ses collaborateurs ont raison par après de signaler la segmentation de l’habitat comme une des passerelles de l’ethnicisation (= ré-islamisation, faurait-il préciser), mais ils ont tort de parler d’abandon par l’Etat de toute gestion de la demande d’islam, car, comme je  l’ai rappelé à plusieurs reprises l’élite rose s’est rapidement couchée devant l’exigence de salles de prière des syndicalistes sous-marins des Etats arabes post-coloniaux et avait accepté le port du voile intégral, avant que cela ne fasse scandale in France et ne favorise la réémergence de la droite bourgeoise.
Dans la partie «crise du mouvement ouvrier», il est question de la «faiblesse de l’antiracisme», c’est à dire de son côté humaniste bourgeois, et après avoir constaté les multiples manipulations dont ont été l’objet les mouvements des fils de prolétaires immigrés dits de la «seconde génération» sous le règne de Mitterrand, et avoir souligné le rejet dont ils furent l’objet par syndicalistes et ouvriéristes («c’est hors des lieux de production»), Gallissot et Cie rectifient justement le tir: «Or, non seulement les jeunes d’origine immigrée, sont en majorité ouvriers, comme l’étaient leurs parents, ou bien prolétaires des nouveaux services, mais encore ils le sont dans des conditions de précarité témoignant de politiques d’exclusion mises en oeuvre au niveau de la grande industrie, problème qui devrait au contraire interpeller les organisations du «mouvement ouvrier» traditionnel». Cédant à la conséquence de la manipulation socialo-gaucho des djeuns beurs, les auteurs en concluent que ces jeunes issus de l’immigration «ne sont pas porteurs d’une finalité anticapitaliste mais davantage d’enjeux culturels» (p.206). Lesquels? Le Rap?
Gallissot s’ company s’efforce pourtant de démontrer ensuite que, hors de tous les clichés sur la culture d’origine ou l’ethnie, ce sont bien les mêmes intérêts sociaux et politiques qui motivent les jeunes issus des immigrations antérieures et leurs copains de souche ou de classe.
Ce n’est pas de crise du «mouvement ouvrier» que nous parle, par devers eux les gallissotiens ensuite, mais du mouvement des saloperies de la gauche bourgeoise au pouvoir, en particulier lors de la honteuse campagne des municipales de 1983: «Cette campagne tendait en effet à catalyser au sein même des populations ouvrières ou des couches moyennes, l’expression des courants les plus xénophobes (...) Le gouvernement de gauche a aussi eu des responsabilités directes dans le développement des campagnes xénophobes: sur les thèmes sécuritaires (Gaston Defferre à Marseille), ou en accusant les grévistes immigrés de saboter l’économie française (Pierre Mauroy, Jean Auroux), un certain nombre de ministres ont cédé à la pression de la droite» (p.208). On amalgamait la lutte contre le racisme à la lutte contre le fascisme: «... le remède proposé étant l’explication et la sensibilisation sur les thèmes démocratiques et humanitaires, plutôt qu’une action de lutte concernant l’ensemble de la classe ouvrière».
Des réflexions par après ne sont que du bonheur pour tout militant maximaliste racorni par les années: «...l’antiracisme est actuellement pris au piège de «l’identité nationale» car il se fonde sur une défense des valeurs nationales, similaire à l’antifascisme des années 30, qui mena par exemple le PCF en pleine période de Font populair, à reprendre le mot d’ordre «La France aux français». L’analyse dominante du racisme est enfermée dans une problématique manichéenne (...) le racisme n’est pas le fait de quelques excités, mais un produit du fonctionnement des institutions, pensent les jeunes issus de l’imigration» (p.209)
«La stratégie des classes détentrices des capitaux (est) la perpétuation des divisions raciales».
La proposition de droit de vote aux immigrés fait pitié: «Dans un contexte de crise de la représentation, la polarisation des revendications sur le droit de vote n’est guère de nature à résoudre le problème de la marginalisation de populations vis à vis de la vie politique» (TB!).

Les mouvements migratoires étaient appréhendés en 1993 comme facteur d’angoisse et de bouleversements futurs: «Constitutive de la transformation de l’environnement socio-économique, la cosmopolitisation des populations est ainsi une des données majeures du futur qui tend à déplacer le champ des affrontements sociaux» (p.215)
Déjà était mise en place une «discrimination spaciospaciale» de populations «ségréguées» dans un nouveau mode d’encadrement. La mise en concurrence au sein du prolétariat est bien mis en évidence par Colette Petonnet (1929-2012) si intelligente observatrice de la «condition urbaine»: «L’infériorisation dont tous sont l’objet, atteint non pas un groupe qui pourrait alors s’unir et se défendre mais chaque individu, personnellement par dévalorisation de l’image de soi...». Elle assigne l’étranger à un statut inférieur en le faisant cotoyer les prolétaires français dans une situation de concurrence qui ne laisse que «la nationalité comme supériorité» dans les conflits interpersonnels et les tensions urbaines qui ne sont pas des affrontements ethniques. le second aspect constitué par «l’expression violente du langage», «expression ordinaire des prolétaires français», est prdoducteur de «blessures d’amour-propre» des étrangers en même temps que la défense et d’agressivité chez les étrangers. Réfutant le discours «médiatique» sur l’existence d’un réel racisme, elle appelle à une mobilisation sur «les aspects positifs des relations interethniques». (p.218)

Il n’y a pas crise du mouvement ouvrier, qui continue d’exister dans ses diverses composantes, mais crise du politique puisque l’on assiste aux «déplacements d’un militantisme classique vers un militantisme de type associatif»; c’est à dire à un abandon de la politique pour des activités au ras des pâquerettes, champ d’éclosion et de ramification de la bobologie. La domination bourgeoise de l’extrême gauche à l’extrême droite a tout intérêt à pérenniser les différences raciales ou culturelles, à exalter les spécificités afin de toujours continuer à diviser le prolétariat.
La lutte «immigrée» s’est, elle, au même moment, laissée enfermer dans le spécifique: «De par la ségrégation et la concentration sur les lieux de travail et d’habitat, les mouvements sociaux sur le terrain de l’immigration ont tendu à revêtir un caractère spécifique, et à être présentés comme tels aux yeux de l’opinion, alors que leurs enjeux intéressaient souvent par de nombreux aspects l’ensemble de la classe ouvrière». Ils ont été l’objet de soutiens pourris à caractère démocratique et humanitaire: «Ces formes de soutien entraînaient plus facilement l’adhésion de couches intellectuelles et petites bourgeoises» (p.222). «Ce faisant, se constituait un encadrement social de l’immigration, qui jouait en faveur d’un certain type  de «passage au politique»... voire au repli communautaire».

ON NE PEUT JAMAIS DESESPERER DU PROLETARIAT

Dans cette remise en cause des encadrements politiques, les jeunes de l’immigration de ces années 80 ne sont pas marginaux mais bien en phase avec ce qui était apparu le plus clairement dans la conscience de classe en 68, l’insensibilité au discours des organisations: «Les mouvements de la «seconde génération» ont ainsi présenté des caractéristiques très proches de celles des mouvements de la jeunesse prolétaire de l’après-68 de façon générale» (p.224)

L’ouvrage livre tant de perles lumineuses qu’on ne peut tout citer: «... il n’y a pas de modèle unique d’un «nouveau sujet révolutionnaire» à trouver du côté du prolétariat précaire ou de l’immigration (...) La menace d’instabilisation reste inhérente à la condition du salariat quelle que soit l’importance des privilèges obtenus» (p. 227)

L’immigration a toujours été un sujet complexe, qui ne se solutionne pas par des simplismes oecuméniques ni de tonitruantes déclarations d’intention. Elle est l’objet de tant d’attentions philanthropiques - qui débouchent si souvent sur des organisations interclassistes qui favorisent toutes les manipulations, les flicages et les malversations - qu’elle ne peut pas être en tant que telle la figure de proue ni du réveil de la classe ouvrière ni seule à même de garantir l’homogénéité de classe. Le mouvement social immigré a abouti à un échec, comme bien avant le mouvement noir aux Etats Unis. L’unité immigrés-français est restée une imagerie pour militant excité. C’est dans la lutte commune contre les avanies du capitalisme que le prolétariat sera conduit à retrouver son unité et à dépasser les divisions raciales et d’entreprises.
Enfin cet ouvrage a le mérite de déceler avant tout le monde un changement sociologique dans l’immigration, la part grandissante d’une intelligentsia qui - on le mesure aujourd’hui - n’est pas simplement venue avec ses diplômes mais comme marchands d’ethnicité et de coranisme «... dans la dépendance des Etats d’origine qui jouent aux propriétaires de l’émigration en soutenant un associationnisme national ou religieux, dans la mouvance ou la rivalité des forces religieuses ou politiques indigènes» (p.242).

L’insistance de l’ouvrage de Gallissot mérite d’être saluée en ce qu’elle indique que la conscience de classe et la mémoire ouvrière, qui se forment sur plusieurs générations, ne disparaissent jamais, mais qu’elles ne se restreignent jamais à l’entreprise, concernent l’habita, le mode de vie, qu’en fait malgré la disparition des «forteresses ouvrières», la condition prolétarienne existe toujours, toujours plus ambitieuse politiquement, dans la cité que la bourgeoisie croit dominer éternellement. Le mouvement migratoire figure en plus accentué l’instabilité, la peur du lendemain qui fonde la conscience de classe dans la maturation politique pour la quête de lendemains plus harmonieux pour l’humanité où la règle ne sera plus le meurtre du voisin, la jouissance capitaliste de tuer. Mais l’immigration reste cantonnée «aux franges ouvrières «à la limite» du sous-prolétariat, ou bien les plus exposées à y tomber» (cf. p.225). Or ce sous-prolétariat n’est-ce pas le terrorisme islamiste désespéré de nos jours?
La perpétuation de la «nationalisation» syndicalisée de la classe ouvrière autochtone refuse les conditions élémentaires d’existence et de respect aux laissés pour compte immigrés, même avec allocs et soins gratuits:
«Rien d’étonnant donc à ce que ces catégories tendent à produire des contre-normes, refusant non le travail en tant que tel, mais plutôt le climat de concurrence et de servilité conditionnant l’accès aux postes de travail, ou la mobilité forcée qui détruit les liens sociaux. Il est commode de renvoyer ces catégories aux images d’assistance ou de délinquance.
Il est plus difficile d’examiner les conséquences de leur renvoi à la marge du système social, - ainsi que de la répression à leur égard - susceptible d’étouffer les éléments les plus conscients. Car si certains continuent de refuser de «jouer le jeu», la misère a néanmoins pour but de leur faire à nouveau intérioriser - à un niveau sans précédent - des normes de compétition pour la survie» (p.226)



- Ces migrants qui font le prolétariat de René Gallissot, Nadir Boumaza, Ghislaine Clément (Meridiens klincksieck, déc 1993).
- L’emploi des immigrés, intégration et différenciation sociale, institut de sociologie de l’université de Bruxelles, 1993.

jeudi 11 juin 2015

DERRIERE LE VOILE ET SOUS L'IMMIGRATION ACTUELLE, LA DISSOLUTION DU PROLETARIAT




Les deux catégories sociologiques les plus méprisées par la population - les flics et les enseignants - sont en ce moment catapultées au premier rang de l’actualité entre Roland Garros et le PSG. Les flics robocops pour leur action violente de nettoyage des campements sauvages en plein Paris et les enseignants pour leur capacité à reproduire les inégalités sociales tout en ne pouvant nous débarrasser du voile islamique en expansion chez les femmes au foyer et dans la jeunesse improlétarisable de banlieue. Tout est mélangé en réalité. L’immigration incontrôlable est au menu quotidiennement, de plus en plus de populations fuyant les guerres, non simplement la misère; la migration échevelée se confond de plus avec l’expansion de la tenue voilée et voilante; la plupart de celles qui descendent des bateaux de fortune et qui ont survécu aux eaux profondes et létales de la traversée méditerranéenne, sont voilées. La complexité des multiples formes d’émigration/immigration se simplifie avec ces arrivées voilées. On ne vient pas seul/seule ou avec sa simple force de travail. On débarque avec sa religion à la boutonnière. Car l’immigration n’est plus une immigration d’hommes mais de plus en plus de femmes, qui savent que la bourgeoisie des beaux quartiers a besoin de leurs petites mains pour libérer les dames bien mises des ingrates tâches ménagères et du méprisable élevage des progénitures du divorce ou de l’égoïsme partagé. Et qui ont besoin de consommer en croyant à autre chose qu’aux stupidités électoralistes occidentales ou aux promesses des politiciens laïcs.




LE VOILE DIRIMANT et la religion aberrante au travail

La grande bourgeoisie n’est pas très regardante sur l’habillement de ces pauvresses, qui n’iront pas se vêtir chez Cacharel ou Chanel. Leur défroque musulmane ferait presque penser aux épaisses robes des lavandières du temps de Zola. Aux sorties des écoles des beaux quartiers, les bonnes voilées ne détonnent pas plus que les cortèges de bonnes soeurs qui longeaint les terrains vagues de Versailles où étaient entassés les communards. Triste époque réactionnaire où les classes sociales ne doivent plus exister. Dans les quartiers populaires, à la moindre brocante ou les jours de marchés, les voilées sont de plus en plus nombreuses et fières. Elles caquètent, rouspètent, avancent avec l’arrogance des chevaliers de robe d’antan, sous l’oeil vigilant de grands barbus en pyjama.


Dans l’édition, on trouve beaucoup plus d’anti-Zemmour primaires que de zemmouriens secondaires. Une Nahida Nakad déplore la non acceptation de l’expansion du voile, phénomène phobique dit islamophobique où l’islam est supposé «fragiliser les valeurs laïques et démocratiques du pays», vu à tort comme «un certain intégrisme islamique potentiellement expansionniste» (ed Don Quichotte, p.145 et suivantes); quoiqu’elle ait matière à se réjouir:


«...Aujourd’hui, dans certaines banlieues ou certains quartiers, les forces de l’ordre évitent globalement de contrôler les femmes en niqab, confortées par leurs supérieurs hiérarchiques (...) De plus en plus de femmes se voilent dans les quartiers à forte présence musulmane et ne comprennent pas pourquoi leur tenue vestimentaire devrait leur être dictée».(...) En 2012, 86 % des musulmans ont voté pour le candidat socialiste, selon l’Ifop. Cela représente «1,5 point du corps électoral... soit l’avance qui a permis à François Hollande de l’emporter».
Le journal Le Monde, organe de la haute bourgeoisie bien-pensante ne cesse de livrer des articles sur les subtilités des divers voiles «Niqab, hijab, burqa : des voiles et beaucoup de confusions» et de crier haro sur les islamophobes, du tout acabit et de tout établi, fort probables racistes impénitents. En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2015/06/11/niqab-hijab-burqa-des-voiles-et-beaucoup-de-confusions_4651970_4355770.html#csuEEucaUbtIFyuz.99.

Tout cela c'est dans la rue, qu'on le déplore ou qu'on s'en accommode. Pour le "monde du travail", le combat reste à mener, la vigilance s'impose surtout face aux syndicats FO et CGT prêts à tout pour gagner des adhérents (cf. à Aulnay et les magouilles du CE d'EDF pour privilégier la viande halal, cf. Nahida Nakad p.130). C'est la direction d'EDF qui a été le plus loin dans les concessions à l'islam (cf. son livret débile). En Seine Saint Denis: "certains employés en ont profité pour formuler des demandes collectives (sic), et plutôt radicales (resic), telles le refus de travailler sous les ordres d'une femme ou de transporter des produits alcoolisés (...) d'autres cas difficiles à gérer comme celui de femmes qui se présentent à l'entretien d'embauche sans voile, achèvent leur période d'essai ainsi, et une fois le contrat à durée indéterminée acquis, se couvrent les cheveux". Bonjour les rapports de confiance et de solidarité au travail! L'islamisation au travail est en marche pourtant sous la pression des divers consultants par exemple de "dieu et l'entreprise" qui chante la diversité des cultures pour une "terre désormais partagée"et suggèrent une salle de prière pour tous: "ouverture de lieux de recueillement ou de détente où les collaborateurs (sic) de toutes les religions peuvent se recueillir et les non-pratiquants se reposer". Géniale substitution aux laïques et houleuses AG en plein siècle réactionnaire clérical!



LES SUCCESSEURS DE L’ABBE PIERRE et le migrant sans papier super-star

Le NPA, qui perdit tant de plumes à tenter de lancer en piste une candidate voilée (relativement) reste très tolérant pour les femmes voilées autant que pour les anciens électeurs du stalinisme, est régulièrement sponsorisé par une chaîne indépendante d’Etat, pas forcément prolétarienne, mais très visionnée en banlieue, où son «grand journal» tient lieu de 20 heures ludique, antiraciste et pipole, au point que le site du NPA a fait sienne cette lucarne bourgeoise, animée par un De Caunes qui ne déconne plus ni ne se rase, pour faire peuple.

Les extraits d’interviews de sa vedette postière Besancenot sont calés sur le site sous la rubrique «NPA television». Qui se ressemble s’assemble. Peu après la brutale répression des CRS contre les occupants sans papier sous le métro la Chapelle (qui ont d’ailleurs tenté de se réfugier dans une vraie église, dite Saint Bernard), Besancenot était invité sur le plateau de C+ en compagnie d’un expulsé d’origine syrienne, où il tint le discours subversif suivant:"nous n’avons rien à attendre de la gauche au pouvoir», au nom de qui parlait-il? Aux mannes de l’abbé Pierre? Comme délégué du plateau de pitres de C+? Au nom de la fraction humanitaire du NPA?. Le site du NPA relayait le soutien des camarades de Canal +, ni plus ni moins dans un «Front uni contre la répression»:
«L’ensemble des organisations de gauche et des associations de l’arrondissement se sont réunies pour organiser mardi 9 juin un rassemblement parisien de solidarité avec les migrants. Nous défendons les revendications essentielles des migrants : arrêt du harcèlement policier, libération des personnes arrêtées, mise à disposition d’un local collectif d’habitation et d’organisation permettant aux migrants de se reposer et d’entreprendre les démarches nécessaires au règlement de leur situation. Ces revendications doivent être satisfaites au plus vite et ne sauraient attendre le résultat des hypothétiques vœux déposés en mairie par les élus du Front de gauche ou de EÉLV. Elles ne sauraient non plus entrer dans les divisions que voudrait instaurer le pouvoir, en créant des différences de traitement entre demandeurs de droit d’asile, déboutés du droit d’asile, ou migrants en transit. Comme l’affirment depuis des années les sans-papiers : « le cas par cas, on n’en veut pas, régularisation de tous les sans-papiers ! ». Sur le même site, on peut lire une critique amicale des camarades cinéastes qui ont réalisé «Samba», ode au sans papier super-star:

«Utiliser les moyens du cinéma à large diffusion pour aborder les problèmes des sans-papiers n’est pas forcément une mauvaise idée. Dans Samba, appuyé par le savoir-faire de deux acteurs de qualité, Omar Sy, interprète du personnage central venu du Sénégal, et Tahar Rahim en prétendu Brésilien, on trouvera un certain nombre de notations justes sur les sans-papiers. D’abord l’obsession de trouver un travail (n’importe lequel, on est toujours prêt), l’accumulation des documents (pour pouvoir prouver qu’on est en France depuis plusieurs années), la peur de la police (dans la rue, les transports en commun, lors des descentes sur les chantiers, etc.). Pour ce qui est du travail, agences d’intérim et patrons sont souvent peu regardants : il suffit de leur montrer un papier d’identité qui ait l’air à peu près authentique (comme ça, l’employeur est couvert en cas de contrôle). Au gré des aléas de la vie, noms et prénoms varient : le personnage de Samba a trois ou quatre identités au long du film ; Wilson n’est pas Wilson, ni même Brésilien...Il y aussi les sigles barbares que policiers, juges et organisations humanitaires utilisent sans les expliciter et dont il faut apprendre la signification... et les dangers comme OQTF. Enfin, il y aussi dans ce film des moments de fraternité.Mais le manque de crédibilité de l’intrigue et du personnage interprété par Charlotte Gainsbourg gâche cette bonne idée de départ. Dommage !" (Henri Wilno).

 

Tous ces éléments ici listés de l’édition à la télévision démontrent à profusion que journalistes, Besancenot et tutti quanti, viennent répercuter la campagne de «Cette classe dominante (qui) accompagne ses infâmes pratiques d'une crapuleuse propagande anti-immigrés, dans le seul but de diviser la classe ouvrière» (déclaration de la secte ultra-gauche CCI).


 


DES AFFABULATIONS GROSSIERES SUR UNE SOIT DISANT POSITION INVARIABLE DU MOUVEMENT OUVRIER SUR L’IMMIGRATION

Là où le NPA s’agite devant quelques caméras de télévision pour bien faire voir sa position humanitaire concernant les réfugiés de toute sorte - ce dont il a parfaitement le droit, tout comme toutes sortes d’organismes charitables qui ont pignon sur rue et aides de l’Etat - le chétif CCI dit la messe derrière les claviers des militants rabougris. Il reproduit ad patres et ad etrenam ses vieux articles poussiéreux férus d’idéologie simpliste et ouvriériste. Ainsi cet article que j’ai déjà critiqué et décortiqué dans mon livre sur le sujet - L’immigration et le mouvement ouvrier (reprint de 2010 de sa Rint, rédigé par l’ami américain de Willy Brandt, et qui avait rédigé un livre commun, social-démocrate, pour se féliciter de la chute du mur de Berlin; on peut être militant du CCI et journaliste libéral!). L’analyse reconduite, resucée dans toutes les langues abordables par la secte reproduit une même analyse idéaliste et totalement anti-marxiste. Résumons leur vision de la «position historique du mouvement ouvrier sur l’immigration»:

- d’abord la leçon de morale: historiquement, le mouvement ouvrier a été guidé par le principe : “les ouvriers n’ont pas de patrie”, un principe qui a influencé à la fois la vie interne du mouvement ouvrier révolutionnaire et l’intervention de ce mouvement dans la lutte de classe. Tout compromis envers ce principe représente une capitulation envers l’idéologie bourgeoise».

On apprend qu’il a toujours existé des sentiments fraternels que les ouvriers avaient pour les ouvriers des autres pays... Puis que la Première Internationale avait pour habitude «d’intervenir dans les grèves avec deux objectifs centraux : empêcher la bourgeoisie de faire venir des briseurs de grève de l’étranger et apporter un soutien direct aux grévistes comme elle le fit envers les fabricants de tamis, les tailleurs et les vanniers à Londres et envers les fondeurs de bronze à Paris». (Marx n’aimait pas cette corporation...)

Tiens déjà, à l’insu du rédacteur social-démocrate Grevin, la Première Internationale s’opposait à sa manière à la venue malvenue de travailleurs étrangers... et on ne nous précise pas la teneur du «soutien direct» de cette Internationale (morale ou pécunière?). Il est précisé par après que la Première Internationale n’envoyait pas des boat people mais des «représentants en Belgique et au Danemark", qui n’étaient pas forcément des travailleurs.

L'exception suivante, pourtant en continuité avec les exceptions précédentes, démontre-t-elle que la Première Internationale était raciste dans sa scetion américaine ou soucieuse de l’intérêt des ouvriers nationaux?: «L’exception la plus marquante à cette position internationaliste eut lieu aux Etats-Unis en 1870-71 où la section américaine de l’Internationale s’opposa à l’immigration d’ouvriers chinois aux Etats-Unis parce que les capitalistes les utilisaient pour faire baisser les salaires des ouvriers blancs».

Jerry Grevin, notre social-démocrate du CCI, oublie le rôle constitutif du prolétariat par la nation (selon une analyse vieillote d’un certain Manifeste communiste) pour conchier une section américaine... raciste, l’argument de la défense du travail des autochtones ayant, selon lui: «servi à donner une explication rationnelle à l’exclusion raciste». Bel exemple d’analyse intemporelle digne du gauchisme éternellement antiraciste et antifasciste! A la suite du petit bourgeois Lénine qui voyait partout dans les pays industriels de l’époque des »aristocrates ouvriers», confondant planqués syndicalistes et ouvriers des métiers spécialisés.

Même lorsque Grevin semble s’élever au-dessus de la charité politique gauchiste, son argumentation reste idéaliste, et, concédons-lui qu’il pouvait être encore loin d’une réalité plus aliénée encore, il écrivait à une époque où l’islam n’était pas venu compliquer la question en supplantant le stalinisme:

«... on blâme, avec des arguments moralistes, les ouvriers qui se méfient des immigrés, et pas le capitalisme pour son racisme anti-immigrés ; et on poursuit même en glorifiant les ouvriers immigrés comme des héros plus purs que les ouvriers de souche. Les “anti-racistes” soutiennent les immigrés contre les non-immigrés au lieu de mettre en avant l’unité de la classe ouvrière. L’idéologie multiculturelle qu’ils propagent dévoie la conscience de classe des ouvriers sur le terrain de la “politique d’identité” pour laquelle c’est “l’identité” nationale, linguistique, ethnique qui est déterminante, et pas l’appartenance à la même classe. Cette idéologie empoisonnée dit que les ouvriers mexicains ont plus en commun avec les éléments mexicains bourgeois qu’avec les autres ouvriers».

Suivait enfin cette guimauve simpliste non dialectique, ahistorique et impuissante


«... les ouvriers n’ont pas de patrie ; la défense de la culture nationale, de la langue ou de l’identité n’est pas une tâche ni une préoccupation du prolétariat ; nous devons rejeter les tentatives de tous ceux qui cherchent à utiliser les conceptions bourgeoises pour exacerber les différences au sein de la classe ouvrière, pour saper son unité. (...) Nous considérons la diversité ethnique, culturelle, linguistique de notre classe avant tout comme une force et nous soutenons la solidarité internationale prolétarienne face aux tentatives de nous diviser entre nous. Nous devons transformer le principe “les ouvriers n’ont pas de patrie” en une réalité vivante qui contient la possibilité de créer une communauté humaine authentique dans une société communiste. Toute autre perspective constitue un abandon du principe révolutionnaire». (Jerry Grevin)
 

Incapable de critiquer ses à peu près idéalistes sans cesse réédités, la secte en remet une couche dans le révisionnisme depuis une dizaine d’années en claironnant cette thèse idiote que la classe ouvrière «est une classe d’immigrés»; alors cela peut devenir «immigrés de tous les pays unissez-vous», tout autant que cette autre outre vide «pauvres de tous les pays unissez-vous»!

 

Sans du tout se placer à partir des moments historiques successifs, on va nous balader des «déshérités» aux «paysans» avec les banalités sociologiques les plus éculées: « La bourgeoisie n'a pas de solution de rechange à offrir à ces déshérités pas plus qu'à l'ensemble de la classe ouvrière. Et pour cause. Le poids du développement du chômage massif au sein de la classe ouvrière et l'incapacité à intégrer à la production de nouvelles générations d'ouvriers comme des masses croissantes d'indigents agglutinés dans des mégapoles sont des signes indubitables de la faillite irrémédiable du capitalisme. En développant régulièrement des campagnes contre l'immigration, la bourgeoisie tente non seulement de faire passer de nouvelles attaques dirigées en fait contre l'ensemble du prolétariat mais elle s'efforce de masquer que l'immigration est à la base même des conditions d'exploitation de la classe ouvrière. C'est ce cadre que nous rappelons dans les larges extraits de l'article qui suit, déjà paru dans RI n°206.





ROSA LUXEMBURG QUI RAPPORTE QUE DES OUVRIERS EXIGEAINT UN MAXIMUM DE 10% D'EMBAUCHE D'OUVRIERS ETRANGERS

«L’immigration à la base même des conditions d’expoloitation de la classe ouvrière»!? Il fallait l’inventer, c’est fait! Jamais nulle part on ne lira cela sous la plume de Marx. Rosa Luxemburg ne traite pas elle directement de l’immigration, elle considère que la destructuration de l’ «économie naturelle» n’est pas une conséquence mais un fondement de l’accumulation du capital. La destructuration des zones pré-capitalistes sert à étendre les marchés à à libérer la main d’oeuvre des structures sociales archaïques antérieures, mais par exemple en Angleterre, avant de faire venir les irlandais, la bourgeoisie exproprie les paysans, puise dans la paysannerie sa main d’oeuvre corvéable. Pour les marxistes de l’époque, et même ceux des sixties, ce phénomène contraignant était sensé servir au développement et à la maturation de la classe ouvrière du tiers-monde comme la nation en Europe avait été le corset de la révolution industrielle. Le cadre national est bien révolutionnaire pour toute une époque et ce jusqu’à l’aube du XXème siècle, et ce n’est pas sans poser de problèmes disons déontologiques au mouvement ouvrier. Rosa évoque parmi les revendications des ouvriers d’une fabrique une limitation à 10% de l’embauche d’ouvriers étrangers sans cracher sur cette revendication ni traiter ces ouvriers de racistes (cf. le tome de l’OC de Rosa Luxemburg consacré à ses écrits sur la France, pour la première fois traduits en français, sous l’égide des éditions Smolny).

Depuis 1945, en France en particulier, aucun gauchiste, aucun syndicaliste n’a jamais remis en cause le fait que dans le secteur nationalisé, l’emploi était réservé exclusivement aux ouvriers français de souche; ce qui selon moi était une hérésie chauvine, un décalé réactionnaire, complètement étranger au souci naturel et temporaire des prolétaires de la fin du XIXe siècle dans des nations jeunes ou en constitution; quoique la priorité à l’emploi pour les résidents auprès de la fabrique ou de l’entreprise ait été logique, de même que le sont les préférences régionales dans les dits bassins d’emploi.

La secte CCI vient aligner sur le même plan immigration intérieure et extérieure, et pour les besoins de cette analyse stupide - afin d’exclure l’analyse du caractère provisoirement révolutiionnaire de la nation - résume la chose lamentablement: «...les paysans et petits artisans, en devenant prolétaires, vont, dès cette époque, constituer les premiers travailleurs immigrés. Cet exode rural massif imposé par le développement sauvage du capital, s'est encore accompagné, de masses d'affamés venues des régions agricoles, en particulier d'Irlande. (...) Le prolétariat est, par essence, une classe d'immigrés, de transfuges issus de la destruction sanglante des rapports de production féodaux».

Non le prolétariat fût d’abord une classe nationale, quoique pas tout à fait comme l’objectait le Manifeste de 1848 qui ne théorisait pas la composition du prolétariat (en immigrés et nationaux) mais comme une dynamique universaliste vers l’abolition des frontières et non par une quelconque alchimie de transhumance massive de populations «déshéritées", «affamées" ou «persécutées"; quoique anarchistes et socialistes du dix-neuvième étaient loin d’imaginer quel degré de barbarie la capitalisme serait capable d’atteindre au cours des siècles suivants.

Les importantes migrations de travailleurs européens entre 1848 et 1914, correspondent encore aux besoins de développement du capital dans la plus grande colonie du monde mais au lieu d’être une confirmation de la théorie simiesque de la "classe immigrée" signifient l’étiolement de la dynamique capitaliste et butent sur la Première guerre mondiale, et nullement sur un renforcement de la classe ouvrière internationaliste, malgré la courte vague révolutionnaire en Russie.

Pour justifier la théorie simiesque de Tintin CCI, on brode n’importe comment, non sur l’agonie de l’idée nationale, mais sur cette histoire très inventée et très gauchiste de «ralentissement des flux migratoires», sans évoquer de plus la crise économique. La pensée cciesque avance par bonds comme un sauterelle; la confirmation du progrès capitaliste au XXe siècle aurait été le phénomène de «migrations massives», non pas l’industrialisation plus poussée, les découvertes de la médecine, etc. mais les voyages forcés des prolétaires à la recherche de cet Eden sado-maso le travail là où ils espéraient en trouver, qu’on nomme pour l’occasion et la pertinence de la fabulation théorique «ralentissement croissant du développement des forces productives» (Marx se retourne dans sa tombe en criant «merde à ces cons»!):

«Tout au long du 20e siècle, le ralentissement des flux migratoires va devenir un signe de plus en plus évident de l'enfoncement du capitalisme dans sa période de décadence marquée par l'éclatement de la Première Guerre mondiale. Avec la première boucherie impérialiste de 1914-18, les migrations massives de prolétaires qui avaient accompagné et permis l'ascension du capitalisme commencent à décliner».

C’est faux et d’une naïveté à pleurer, plus complexe et plus tordu. Par exemple, aux Etats Unis, dans les années 1930, la diminution du nombre d’irlandais employés à la municipalité de New York, permet l’arrivée des juifs et des italiens: «ces derniers font valoir leurs compétences professionnelles et utilisent également les relations de proximité qu’ils entretiennent avec le pouvoir politique pour occuper des postes publics. Une fois en place ces deux groupes monopolisent les places, par exemple dans la police, chez les pompiers et dans l’enseignement. Ils font alors barrage aux autres groupes ethniques, notamment les noirs et les portoricains, jusque dans les années 1970, en favorisant le recrutement dans le réseau ethnique ou dans la parenté".

Il serait fastidieux de relever toutes les insanités contenues dans cet article, mais au cours de la seconde boucherie mondiale, le capital a bien recours à une immigration "forcée" encore une fois, celle des millions de prisonniers de guerre (pendant et même après)! Après la guerre idem, l’Allemagne de l’Est est aux commandes pour piloter les déplacements de millions de travailleurs du bloc de l’Est sans oublier ceux des goulags! Partout encore au contraire la bourgeoisie a recours massivement à une main d’oeuvre immigrée à l’Est comme à l’Ouest

Dans la période d’après-guerre mondiale II, le fait que la bourgeoisie européenne puise la main d’oeuvre immigrée au sud de l’Europe et dans les ex-colonies, n’est pas significatif d’un renforcement du prolétariat international mais vient conforter la mise en place et la bénédiction de la fameuse société de consommation où tous les chats sont gris et l’oubli roi.

Et la conclusion va vous navrer, elle est la même que ce pauvre Grevin, un coup de clairon humaniste, bourrée d’intention pieuse et aussi subversive qu’un pétard de carnaval à la fête de LO ou à un bal du NPA:

«... il n' y a qu'une seule perspective pour la classe ouvrière : rejeter fermement la logique de la concurrence et du "chacun pour soi" de ses propres exploiteurs. Quelles que soient son origine, sa langue, sa couleur de peau, le prolétariat n'a aucun intérêt commun avec le capital national. Ses intérêts, il ne pourra réellement les défendre qu'en développant partout sa solidarité de classe internationale, en refusant de se laisser diviser entre ouvriers immigrés et ouvriers "autochtones". (...) Seule l'affirmation de ses intérêts communs, dans la lutte, permettra au prolétariat de rassembler toutes ses forces, de s'affirmer comme classe mondiale solidaire et unie, pour abattre le Moloch capitaliste». (D'après RI n°206, en ligne).


L’IMMIGRATION N’EST PAS REVOLUTIONNAIRE

Derrière la théorie «le prolétariat est une classe d’immigrés», il y a la vision plate de petits intellectuels sans imagination, pour forcer à tout prix la certitude écornée de la «classe ouvrièree classe révolutionnaire» parce que internationaliste. Or si le plouc national du 19ème siècle avait besoin qu’on lui explique que les ouvriers des autres pays subissaient la même exploitation, les mêmes humiliations - et il ne le comprit pas tout à fait puisqu’on réussit à l’envoyer s’entretuer avec ses «frères de classe» - le brassage des populations depuis le XXème siècle et la mondialisation des informations (bien que cloisonnées et très contrôlées) aboutit à ce que toutes les classes sont non pas internationalistes mais mondialistes, et capables de se reconnaître entre elles hors frontières ou à distance. Toutes les classes voyagent, ce n’est pas ni plus une spécificité du prolétariat.

 MULTIPLES IMMIGRATIONS

Un excellent petit livre aux éditions La Découverte en 2003, décrit les multiples aspects de la complexité migratoire qui ne permet aucunement de simplifier à outrance en inventant une classe «immigrée» unique et réservoir idéologique pour humanitaire gauchiste ou ultra-gauche. On y parle des travailleurs saisonniers, des Gastarbeiter (travailleur-hôte dont la bourgeoisie allemande est friante), de l’ethnic business, etc.

«... L’accroissement sans précédent du nombre de commerçants et de petits indépendants parmi les immigrants récents conduit des chercheurs à s’interroger sur les conditions d’émergence de leurs activités entrepreneuriales. Des secteurs tels que la confection, la restauration, le commerce de détail et les taxis sont particulièrement investis par les nouveaux arrivants. Depuis 1980 (aux Etats Unis) ces derniers sont proportionnellement plus nombreux que les natifs à travailler à leur compte» (p.44)

Le capitalisme décadent, loin d’agoniser, trouve encore son jus dans l’ostracisme, le racisme et donc le commerce ethnique:

«La mobilité sociale ascendante étant bloquée en raison de la discriminbation ethnique et raciale, l’entreprenueriat ethnique constitue un alternative à une position précaire sur le marché du travail secondaire. L’entrepreneur ethnique transforme un désavantage, son imputation ethnique, en une ressource qui devient le fondement d’une solidarité communautaire».



«La discrimination subie forge une «solidarité contrainte» qui renforce la conscience d’appartenir à une communauté ethnique et alimente la préférence à participer à des réseaux sociaux de même origine nationale (...) La «confiance obligée» est à la base des tontines, mécanisme traditionnel de mobilisation de ressources financières, fréquent chez les asiatiques, ou des emprunts sans garantie chez les cubains ou les dominicains. L’enclave ethnique constituerait pour certains une manière de réussir économiquement aux Etats Unis tout en refusant leur américanisation».

Enfin, malgré le bruit des curés gauchistes et les lamentations de la gauche caviar compatissante, une autre réalité se révèle derrière les diverses migrations, et qui était déjà visible du côté américain au début des années 2000, l’importance de la migration petite bourgeoise: «... l’idéal-type du migrant rural et peu qualifié cède le pas à d’autres figures d’immigrés, qui, sans être totalement nouvelles, n’étaient pas dominantes, comme les commerçants. Des études relatives aux sans-papiers montrent que les nouveaux migrants songt aussi issus des classes moyennes de leur pays d’origine. Contrairement au passé, ils viennent des villes et possèdent des diplômes. ceux-là entendent accélérer leur mobilité sociale grâce aux gains financiers escomptés par la migration».

Mais ce qu’il faut ajouter en fin de compte c’est que la migration, pour ce qui concerne sa partie arriviste et cynique, c’est qu’elle n’est pas simplement individualiste, elle est porteuse d’un projet religieux conforme à la pérennité du capitalisme, sous des déguisements folkloriques et avance la prétention de confirmer l’adage antique: le commerce mène le monde.

Quant à la défense des migrants en général de plus en plus nombreux pour la période à venir, les protestations de la «gauche radicale» ne sont que roupie de Sansonnet. Il ne s’agit pas d’un combat politique mais d’un tour de magie humanitaire parfaitement hypocrite et creux. La véritable aide pour les victimes non consentantes, pas la petite bourgeoisie arriviste, résiderait:

- dans la dénonciation réelle et concrète de la guerre, des guerres entretenues par les grandes puissances,

- une réflexion sur l’alternative d’une société où les hommes et les femmes ne seront plus obligés de fuir la terre où ils sont nés pour continuer à y vivre libre, heureux et sans terreur.

Cela aucun parti politique n’est capable de la proposer. Tous ils ne sont que des pleureuses méprisables.



 

"Je prévois combien de mes lecteurs seront surpris de me voir suivre tout le premier âge de mon élève sans lui parler dse religion. A quinze ans, il ne savait s'il avait une âme, et peut-être à dix-huit ans n'est-il pas encore temps qu'il l'apprenne; car s'il l'apprend plus tôt qu'il ne faut, il court le risque de ne le savoir jamais...
Il faut croire en Dieu pour être sauvé. Ce dogme mal entendu est le principe de la sanguinaire intolérance, et la source de toutes ces vaines instructions qui portent le coup mortel à la raison humaine en l'accoutumant à se payer de mots. sans doute il n'y a pas un moment à perdre pour mériter le salut éternel; mais si, pour l'obtenir, il suffit de répéter certaines paroles, je ne vois pas ce qui nous empêche de peupler le ciel de sansonnets et de pies, tout autant que d'enfants. L'obligation de croire en suppose la possibilité. le philosophe qui ne croit pas a tort, parce qu'il use mal de la raison qu'il a cultivée et qu'il est en état d'entendre les vérités, qu'il rejette. Mais l'enfant qui professe la religion chrétienne, que croit-il? Ce qu'il conçoit; et il conçoit si peu ce qu'on lui fait dire que, si vous lui dites le contraire, il l'adoptera tout aussi volontiers. La foi des enfants et de beaucoup d'adultes est une affaire de géographie. Seront-ils récompensés d'être nés à Rome plutôt qu'à La Mecque?"

Jean-Jacques Rousseau


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 
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