"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

mercredi 9 mai 2012

LA LOURDE MEPRISE DE DARWIN




Il ne sera nullement question ici de remettre en cause l’analyse de l’évolution selon Charles Darwin mais de signaler, grâce à E.Lucas Bridges – « Aux confins de la terre, une vie en Terre de Feu (1874-1910) (ed Nevicata 2010) – quelques erreurs de méthodologie dûes à une vision occidentaliste coloniale (et flicarde) des tribus primitives.
D’abord, comme le signale Malaurie en introduction, le grand naturaliste, père des ethnologues, admiré par Marx, n’était pas exempt non plus de préjugés eugénistes : « … Il a outrageusement négligé son grand et trop méconnu prédécesseur, le chevalier Jean-Baptiste de Lamarck. Peut-être convient-il de regarder de plus près la nature même des observations qui ont abouti, aux Galapagos, à des principes qui ont changé notre regard sur l’évolution des espèces (…) Et elle n’est pas sans conséquence si l’on songe que Charles Darwin a conclu après ses travaux à une philosophie eugéniste. Je le cite :
« Les Esquimaux, sous la pression de la dure nécessité, ont réussi à faire plusieurs inventions ingénieuses, mais la rigueur excessive de leur climat empêchait tout progrès continu… Chez les sauvages, les individus faibles de corps et d’esprit sont promptement éliminés et les survivants se font généralement remarquer par leur vigoureux état de santé. Quant à nous, hommes civilisés, nous faisons au contraire tous les efforts pour arrêter la marche de l’élimination ; nous construisons des hôpitaux pour les idiots, les infirmes et les malades ; nous faisons des lois pour venir en aide aux indigents ; nos médecins déploient toute une science pour prolonger autant que possible la vie de chacun… Les membres débiles des sociétés civilisées peuvent donc se reproduire indéfiniment. Or quiconque s’est occupé de la reproduction des animaux domestiques, sait, à n’en pas douter, que cette perpétuation des êtres débiles doit être nuisible à la race humaine… Nous devons donc subir, sans nous plaindre, les effets incontestablement mauvais qui résultent de la persistance et de la propagation des êtres débiles » cf. Voyage d’un naturaliste à travers le monde, ed La Découverte).
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… Des trois années que les jeunes Yahgans vécurent au milieu des Anglais, la moitié se passé à bord du Beagle avec FizRoy. Ils le convainquirent, ainsi que les autres passagers, que les Indiens étaient cannibales. Charles Darwin passa douze mois à bord du Beagle en compagnie des Fuégiens. Ce grand chercheur de la vérité, lui-même, accepta leur témoignage tel quel. Nous qui, plus tard, avons vécu de longues années au contact quotidien des aborigènes, nous ne pouvons trouver qu’une seule explication à cette lourde méprise.
Nous pensons que York Minster ou Jimmy Button ne se préoccupaient pas le moins du monde de dire la vérité quand on leur posait des questions : il leur importait seulement de répondre dans le sens qu’ils pensaient être celui que l’on attendait d’eux. Leur connaissance limitée de l’anglais ne leur permit pas, les premiers temps, de s’expliquer longuement et on sait qu’il est beaucoup plus facile de répondre « oui » que de répondre « non ». Les témoignages que l’on attribue à ces jeunes gens et à Fuegia Basket ne sont rien d’autre que l’accord donné aux suggestions qui leur étaient faites. Nous pouvons imaginer leur réaction devant des questions pour eux aussi ridicules que celles-ci :
-          « Tuez-vous des hommes pour les manger ? »
D’abord embarrassés, ils finissaient, à force de répétitions, par saisir le contenu de la question et ils réalisaient quel genre de réponse on attendait d’eux. Aussi aquiescaient-ils tout nnaturellement. L’enquêteur poursuivait :
-          « Quelles personnes mangez-vous ? »
Pas de réponse.
« Mangez-vous des méchants ? »
-          Oui. »
« Quand il n’y a pas de méchants, que se passe-t-il ? »
Pas de réponse.
« Mangez-vous vos vieilles femmes ? »
-          Oui. »
Une fois ce jeu lancé et leurs connaissances de l’anglais s’étant améliorées, il est facile d’imaginer le plaisir que durent éprouver ces jeunes irresponsables à constater le crédit que méritaient leurs élucubrations. Stimulés par leurs auditeurs, qui prenaient des notes de leurs récits, les Fuégiens continuèrent à inventer. On nous dit qu’ils décrivirent avec force détail comment les Fuégiens mangeaient leurs ennemis tués au combat et comment ils dévoraient leurs vieilles femmes quand il n’y avait pas de morts au combat. On leur demanda s’ils mangeaient des chiens quand ils avaient faim : ils répondirent par la négative, les chiens étant utiles pour chasser les loutres, tandis que les vieilles femmes ne servaient plus à rien. Les malheureuses, dirent-ils, étaient confinées dans une épaisse fumée jusqu’à ce qu’elles meurent par asphyxie. Ils déclarèrent que leur chair était très bonne.
Ces charmantes histoires acceptées, toutes les tentatives pour les rejeter auraient été vouées à l’échec, car elles auraient été attribuées à une répugnance croissante à confesser les horreurs dans lesquelles ils s’étaient complus naguère. Les jeunes rapporteurs lâchèrent la bride à leur imagination et chacun fit assaut pour savoir lequel d’entre eux raconterait les histoires les plus fantastiques. En outre ils s’enhardirent de l’admiration qu’ils suscitaient, chacun, auprès de leurs compagnons.
La croyance en leur cannibalisme ne fut pas l’unique erreur de Darwin au sujet des Fuégiens. En les écoutant, il eût l’impression qu’ils répétaient toujours les mêmes phrases, encore et encore. Il en arriva à la conclusion que tout leur langage ne comptait pas plus d’une centaine de mots. Nous qui, tout enfants, avons appris à parler le yahgan, nous savons que cette langue, dans ses limites spécifiques, est infiniment plus riche et plus expressive que l’anglais ou l’espagnol. Le Dictionnaire yahgan (ou yamana) – anglais, élaboré par mon père et auquel je me référerai ultérieurement, ne contient pas moins de trente-deux mille mots ou inflexions, nombre qui aurait pu être considérablement augmenté sans s’écarter de la langue châtiée (x).
(x) Les Yaghans avaient au moins cinq mots pour le vocable « neige ». Pour « Plage », ils en avaient plus encore. Le choix du vocable dépendait de plusieurs facteurs : l’emplacement de la plage par rapport à celui qui parlait, le fait d’avoir de la terre ou de l’eau entre lui et la plage, l’orientation de celle-ci, etc. Les mots variaient selon la place de l’orateur. Ainsi un mot employé alors qu’il se trouvait dans un canoë pouvait être différent du mot utilisé à terre pour désigner le même objet. D’autres variantes étaient introduites en fonction de la direction de l’interlocuteur et selon que ce dernier se trouvait à terre ou sur l’eau. Pour désigner les liens familiaux, parfois si lointains que la langue anglaise fait appel à toute une phrase pour les expliciter, les Yaghans possédaient au moins cinquante mots différents, chacun désignait une relation familiale particulière, souvent complexe. Parmi les différentes variante du mot « mordre », il existait un mot qui signifiait « rencontrer sous la dent , par surprise, une substance dure alors que l’on mange quelque chose de consistance molle », par exemple une perle dans une moule.

Devant la pauvreté et la saleté de ces gens, Darwin considéra que, s’il n’avait pas vraiment découvert le chaînon manquant qu’il cherchait, ces Fuégiens ne pouvaient en être éloignés. Les Fuégiens possédaient pourtant de nombreuses coutumes sociales qui furent soigneusement observées. C’est ainsi que le vol et le mensonge, pourtant de pratique courante, ne justifiaient pas de traiter un homme de menteur, de voleur ou d’assassin, car c’étaient là des injures mortelles.
Depuis que Darwin et FitzRoy ont adopté la théorie du cannibalisme chez ces indigènes, d’autres y ont apporté des preuves. Il est possible, par exemple, que dans un petit village désert, l’un des chercheurs ait trouvé les restes d’un grand bûcher et, dans les cendres, des os humains carbonisés dont certains pouvaient avoir été rongés. N’était-ce pas là la meilleure preuve de leur cannibalisme ? L’explication, cependant, peut être simple. Supposons la mort d’un Indien, en hiver, quand le gel durcit le sol comme la pierre. Ses amis ne possédant pas d’outils adéquats, il leur était impossible de creuser une fosse. Les Yaghans, mangeurs de poissons, n’auraient certainement pas jeté le cadavre à la mer. Aussi allumaient-ils un grand feu et brûlaient-ils le cadavre et la tente dans laquelle l’homme était mort. Puis ils abandonnaient le lieu et évitaient de s’en approcher le plus longtemps possible, non pas par crainte des fantômes, mais parce que l’endroit leur rappelait un évènement douloureux. Il est bien possible que les dents des renards fussent la cause des traces de rongement.
Les parents et les amis détestaient qu’on leur rappelât leurs morts d’une façon quelconque.
En arrivant dans un campement après une longue absence, l’Indien devait prendre grand soin de ne pas poser de questions en utilisant le nom d’un absent car, s’il était mort, ses proches en auraient été gravement offensés.
Dans son journal, mon père raconte que, pendant les famines, quand il était impossible de pêcher à cause de la durée du mauvais temps, les Indiens mangeaient les lanières et les peaux de mocassins que les hommes portaient parfois en hiver, mais jamais personne ne suggéra de manger un être humain. Ils auraient même sévèrement critiqué celui qui, aiguillonné par la faim, aurait mangé un vautour aussi savoureux et bien rôti fut-il, car ce vautour aurait pu s’être nourri du cadavre d’un humain. Comme j’ai pu le constater moi-même, ils s’indignaient plus encore si quelqu’un les conviait à partager ce qui pour eux était un repas répugnant. Pour la même raison, ils refusaient de manger de la viande de renard, bien que, plus tard, il fut prouvé qu’une autre tribu – celle des Onas (ou « Indiens de la terre ferme ») – considérait la consommation d’un renard gras comme un régal.
Dans un autre ordre d’idées, il est intéressant d’indiquer comment un grand nombre de noms de lieux sont nés d’erreurs et sont assurés de la pérennité puisqu’ils ont été consignés dans les cartes de l’Amirauté. Les tout premiers historiens nous parlent d’un lieu appelé Yaapooh et des habitants de cette région. Ni cet endroit ni ce peuple n’existent. Ce nom est simplement la corruption du vocable yaghan iapooh qui veut dire « loutre ». Le capitaine FitzRoy, désignant un rivage à quelque distance, a certainement demandé comment il s’appelait et les Yaghans, avec leur vue perçante ayant aperçu une loutre, ont dû répondre : « Iapooh ».
Sur toutes les cartes de cette région, aussi bien espagnoles qu’anglaises, le nom Tekenica figure pour désigner une baie de l’île Hoste. Les Indiens n’employaient ce mot ni pour ce lieu, ni pour un autre. Ce mot dans la langue des Yaghans signifie « difficile à voir ou à comprendre ». La baie fut certainement montrée à un indigène qui répondit quand on lui en demanda le nom : « Teke uneka », ce qui veut dire : « Je ne comprends pas ce que vous voulez dire ». La baie reçu le nom de « Tekenika ». On pourrait citer bien des exemples de la sorte. Ceux-ci suffisent. »

Il y en a comme çà plus de 600 pages ! On comprend le succès phénoménal de ce livre à sa sortie, il y a plus d’un demi-siècle.

dimanche 6 mai 2012

AMER TRIOMPHE DE LA RELIGION ELECTORALE



 "Vous ne nous avez protégé de rien pendant 5 ans. Au contraire. Même pas de vous-même". F.Hollande



Pour l’essentiel, excepté la petite manip de l’ordure sondagière concernant les seconds rôles Le Pen et Mélanchon, les sondages ne se trompent pas et ne se sont pas trompés au premier comme au second tour de piste; et avec un large écart que je prévoyais compte tenu de la détestation justifiée de "l'anormal" sorti, même pour une frange de la bourgeoisie, désolée de n'avoir pu lui trouver un remplaçant dans la faction (minable et grossière) de la droite caviar. Cela serait presque désespérant si la sondagerie était naturelle et non pas basée sur un découpage bien réglé des catégories de citoyens et de leur degré d'aliénation infra-politique soumise à telle ou telle faction de l’arc en ciel de la religion électorale. 
La religion électorale bourgeoise a confirmé que ses adeptes étaient encore majoritaires. L’élection attendue de Hollande est et aura été un simple vote de rejet du gugusse sortant et sorti. A la différence de mai 1981, il n’y a pourtant aucune illusion sur la gauche bobo libérale, apologiste des PME et de la croissance pour le profit national; le nouvel impétrant ne peut pas se lancer dans une nouvelle comédie des nationalisations de l'époque du premier ministre Mauroy, au risque d'un effondrement immédiat de la "confiance des marchés bourgeois"; Hollande sait qu'il va devoir composer. Vote empiriste et circonstanciel, comme ailleurs dans le monde (sauf dans la Russie gangstériste de Poutine) aucun chef d’Etat n’échappe à l’élimination électorale. Depuis des mois, malgré un battage haineux de 90% des médias acquis au PN de l’Elysée, il était déjà « licencié » par la population votante et passive. Moins réjouissant que l’élimination de Sarkozy est la confirmation de cette passivité des masses ouvrières comme petite bourgeoises à poser la question de la sortie de la religion électorale truquée et l’incapacité à prendre en main politiquement une alternative révolutionnaire de société. L’oligarchie change de veste avec la même religion politique, la continuité dans le changement d’autres apparatchiks qui feront ce qu’ils voudront durant les cinq années qui viennent.

VOTER COMME DEVOIR ET SOUMISSION
Je n’avais pas connaissance de l’ouvrage d’Emilio Gentile – « Les religions de la politique » (Seuil 2001) lorsque j’ai rédigé mon petit livre – « La croyance électorale et ses origines ». Ouvrage d’un érudit, fort intéressant bien qu’il s’appuie trop souvent sur des auteurs réactionnaires et catholiques, il n’en constitue pas moins une pertinente analyse de la statolâtrie et de la commune religiosité des régimes totalitaires et de l’hypocrite démocratie, comme de la complicité des masses consentantes, ainsi que nos élections hexagonales viennent d’en être l’illustration misérable simplifiée : le combat du bien « normal » (Hollande) contre le mal « anormal » (Sarkozy), pour en définitive ne rien changer à l’ordre exploiteur établi. (Quoique je sois aussi heureux qu’un chef d’Etat débile ait été « licencié »).

Survolons quelques extraits éclairants de l’ouvrage de E.Gentile avant de tirer quelques leçons de la dernière mascarade de la « religion civile ».
« …L’interprétation du phénomène religieux que nous pourrions appeler fidéiste, proposée par Gustave Le Bon à la fin du XIXème siècle, accorde à la religion de la politique toute sa validité. Le concept de religion n’impliquerait pas nécessairement, selon lui l’existence d’une divinité transcendante. Les deiux sont le fruit de nos rêves :
« C’est l’homme sans aucun doute, qui a créé les dieux mais après les avoir créés, il a été immédiatement asservi par eux. Ils ne sont pas les fils de la peur, comme le prétend Lucrèce, mais de l’espérance, et leur influence sera donc éternelle (…) Certes les dieux ne sont pas immortels, mais leur esprit religieux est éternel. Assoupi pendant quelque temps, il se réveille à peine est créée une nouvelle divinité ».
Le spécialiste de la psychologie des foules considérait le phénomène religieux, quelle que soit sa manifestation, comme l’expression d’un irrépressible sentiment humain. La religion puise son origine aux sources du plus impérieux des instincts « le besoin de se soumettre de toute façon à une foi ; divine, politique ou sociale » :
« Ce sentiment a des caractéristiques très simples : adoration d’un être supposé supérieur, crainte de la puissance magique qu’on lui suppose, soumission aveugle à ses commandements, impossibilité de discuter ses dogmes, désir de les répandre, tendance à considérer comme ennemis tous ceux qui ne les admettent pas. Qu’un sentiment s’applique à un Dieu invisible, à une idole de pierre ou de bois, à un héros ou à une idée politique, du moment qu’il représente les caractéristiques précédentes, il reste toujours d’essence religieuse (…) On n’est pas religieux seulement quand on adore une divinité, mais quand on met toutes les ressources de l’esprit, toutes les soumissions de la volonté, toutes les ardeurs du fanatisme au service d’une cause ou d’un être qui devient le but et le guide des pensées et des actions ».
Fruit de ce sentiment, les croyances religieuses sont la force primordiale dont naissent et sur laquelle se fondent les empires et les civilisations. La puissance de la religion tient à son pouvoir de façonner et de transformer le caractère d’un groupe humain en donnant aux individus qui le composent une communauté de sentiments, d’intérêts et d’idées. Se libère ainsi une formidable dynamique génératrice d’enthousiasme et d’action, qui fait converger les énergies individuelles et collectives vers le but unique de faire triompher leurs croyances : « de l’évolution des idées religieuses est indirectement née la majeure partie des événements historique. L’histoire de l’humanité est parallèle à celle de ses dieux. La naissance de nouveaux dieux a toujours marqué l’aurore d’une nouvelle civilisation ».
Pour preuve, Le Bon citait l’exemple de la révolution française, lorsque le monde vit « ce que peut l’esprit religieux ; car ce fût vraiment une religion nouvelle qui se fondait alors, animant de son souffle tout un peuple. Les divinités qui venaient d’éclore étaient sans doute trop fragiles pour pouvoir durer ; mais aussi longtemps qu’elles subsistèrent, elles exercèrent un empire absolu ». Pour Le Bon, la société moderne, espace de conflit entre les religions traditionnelles déclinantes et les aspirations des masses à les remplacer par de nouvelles divinités et de nouvelles croyances, était un terrain extrêmement propice à la naissance et à l’affirmation de nouvelles religions laïques comme le fût, selon lui, le socialisme.
Dans les premières décennies du XXe siècle, d’autres spécialistes du socialisme se sont réclamés de cette interprétation. Les masses, observait Roberto Michels, en étudiant la sociologie du parti politique, « éprouvent un besoin profond de s’incliner non seulement devant de grandes idéalités, mais aussi devant les individus qui, à leurs yeux, représentent celles-ci. Leur idéalisme les pousse à s’agenouiller devant des divinités temporelles auxquelles elles s’attachent avec un amour d’autant plus aveugle que la vie qu’elles mènent est plus rude ».
(…) L’interprétation fidéiste se situe à l’opposé de l’interprétation charlatanesque dans l’évaluation des aspects religieux propres aux mouvements politiques. Elle considère en effet que les mythes et les rites ne sont pas l’invention des seuls chefs dans le dessein de tromper et de gouverner les masses, mais qu’ils peuvent aussi être l’expression spontanée du peuple en quête de nouvelles croyances, que la dévotion à la personne du chef ou à une idéologie garante de bien-être et de salut leur permet de satisfaire. Cette perspective ne réduit pas la religion de la politique à un pur artifice, mais l’envisage aussi sous l’angle d’une nouvelle religion répondant à l’exigence séculaire, particulièrement lorsque de profonds bouleversements viennent ébranler les anciennes croyances et que l’espoir en l’avènement d’un monde meilleur se fait plus pressant ».

RELIGION CIVILE ET NATIONAL-SOCIALISME
(Selon l’écrivain catholique Hilckman)
« Pour le national-socialisme, toutes les valeurs sont fonction de la politique. Le national-socialisme est peut-être le cas le plus extrême de socialisme d’Etat, d’étatolâtrie : l’Etat est tout, les individus n’ont aucune valeur en eux-mêmes : voilà l’Evangile des hitlériens ouvertement confessé ; on pourrait parler de culte, d’adoration de l’Etat ; l’Etat est la source de tout droit et de tout devoir ; il est la négation absolue et totale de tout droit naturel et divin. Et les national-socialistes ne cachent pas cette étatolâtrie païenne : l’omnipotence de l’Etat divinisé est le premier article du credo hitlérien. Il n’est pas difficile de trouver les racines de cette conception inhumaine de la politique ».

RELIGION CIVILE ET VICTOIRE DEMOCRATIQUE
« (…) La Seconde Guerre mondiale fût menée et vécue par les Alliés comme une guerre de religion dont dépendant le destin de l’humanité : « La victoire signifie pour nous la victoire de la religion », avait déclaré le 2 janvier 1942 le président Roosevelt dans son message annuel au congrès : « Nos ennemis sont animés par un cynisme brutal, par un mépris impie pour le genre humain. Nous sommes mus par la foi qui refait surface, traversant les époques depuis le premier livre de la Genèse : « Dieu a créé l’homme à son image ». Nous luttons pour rester fidèles à cet héritage divin. Nous combattons, comme ont combattu nos pères, pour défendre les principes selon lesquels tous les hommes sont égaux devant Dieu. Sur le front opposé, il y a ceux qui luttent pour détruire cette foi profonde et pour créer un monde à leur image – un monde de tyrannie, de cruauté et d’esclavage ».
(…)
« Les pays occidentaux – déclara Gerhard Leibholz lors d’une conférence à Oxford en 1942 – mènent actuellement une guerre au nom de principes, de valeurs et d’idées universelles. Pour cette raison, on a comparé le conflit en cours à une sorte de croisade, ou à une guerre sainte, ou à une guerre de religion (…) Voilà pourquoi ce conflit  a été toujours plus fréquemment décrit comme une lutte entre le bien et le mal ».
(…)
La victoire couronna la lutte des démocraties occidentales alliées à la Russie stalinienne. Emportées et détruites par l’écroulement définitif de leurs régimes, les religions politiques du fascisme et du national-socialisme désertèrent la scène politique, vouées à la damnation éternelle de la mémoire collective qui les jugeait responsable des horreurs de la persécution, de la guerre et de l’extermination. Mais le phénomène de sacralisation de la politiques dont elles étaient issues ne s’épuisa pas pour autant : les religions de la politique, en tant que religions civiles ou religions politiques, connurent durant les cinq dernières décennies du second millénaire un renouveau international, donnant naissance à des situations tantôt durables, tantôt éphémères, dans un contexte parfois troublé par de nouvelles explosions de fanatisme et d’intégrisme qui sacrifièrent encore des millions de victimes au triomphe d’entités politiques sacralisées ».

LE CAS DE LA France
« Catholique et nationaliste, chantre des valeurs de la France révolutionnaire et républicaine, de Gaulle (1958-1968) a été le principal acteur de cette nouvelle religion civile réconciliée avec la tradition catholique. Il partageait la « religion de la grandeur française », et avait donné à son idée de la France une majesté sacrale : « La France vient du fond des âges. Elle vit. Les siècles l’appellent. Mais elle demeure elle-même au fond des temps ».
(…)
« Adversaire acharné de De Gaulle, François Mitterrand hérita du général le sens dramatique et théâtral dévolu au rôle quais sacerdotal de la présidence de la nation et de la république, y adaptant volontiers, au cours de sa présidence (1981-1995), sa personnalité d’intellectuel sophistiqué et de politicien socialiste. La visite qu’il effectua le 21 mai 1981, après sa première élection à la présidence de la république, au Panthéon, le plus grand temple de la religion républicaine où, seul, d’un pas religieux et lors d’une cérémonie solennelle, il rendit hommage aux grands hommes vénérés par la patrie reconnaissante, est un rite de religion civile ».

PARTOUT UN REFLUX DE LA RELIGION CIVILE
« A l’aube du troisième millénaire, les religions de la politique apparaissent partout en reflux. Il n’est pas possible de prédire, du moins pour l’historien que je suis, quel sera leur avenir et si elles en ont réellement un, sous quelle forme il se manifestera ni si la sacralisation de la politique connaitra de nouvelles saisons et quels fruits elle produira. (…) Cette époque a été marquée par le déclin progressif puis l’effondrement de croyances, de mythes et d’institutions qui avaient été des siècles durant sacrés et intouchables, ainsi que par l’émergence tumultueuse de nouveaux credo, de nouveaux mythes et de nouvelles institutions en quête de sacralité ».
(Eric Hobsbawm avait lui aussi identifié les caractéristiques d’une religion sécularisée dans la politique bourgeoise du XXème siècle) :
« Le court XXème siècle a été une ère de guerres de religion, bien que les plus militantes et assoiffées de sang de ces religions aient été les idéologies séculières du XIXème siècle, tels que le socialisme et le nationalisme, qui avaient remplacé les dieux par des abstractions ou par des hommes politiques vénérés comme des divinités ».

RETOUR SUR LA REALITE AMERE DE LA CROYANCE ELECTORALE
 Evidemment Sarkozy n'aura jamais eu "la classe" de De Gaulle ou de Mitterrand, mais Hollande, même avec une chaise bien réglée pour son dos, n'a pas les moyens ni des solutions miracle dans le siège royal élyséen pour faire rêver prolétaires et chômeurs.
Hyarion a bien résumé sur son blog la faillite inévitable du sarkozisme :
« Du reste, au delà du bilan, le quinquennat qui s'achève incarne surtout l'échec d'un homme, à la personnalité et au comportement insupportables... lesquels expliquent largement l'impopularité qu'a connu Nicolas Sarkozy durant presque la totalité de son mandat. On a souvent dit qu'il n'était pas aidé par une bonne partie de la presse, réputée être de gauche ou au moins anti-sarkozyste, mais il me semble cependant clair que Sarkozy doit avant tout s'en prendre à lui-même pour ce qui est de ce déficit de popularité. Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa n'est pas un idiot... et pourtant je crois, néanmoins, qu'il a très mal mesuré, dès le début, la teneur fortement symbolique de sa charge. Il a reconnu lui-même, durant la campagne électorale de cette année, qu'il a commis l'erreur de rester ministre dans sa tête, au lieu de tout de suite habiter pleinement la fonction présidentielle, comme ses prédécesseurs se sont généralement efforcés de le faire dès leur élection. Ces histoires de soirée au Fouquet's, d'insulte au Salon de l'Agriculture, etc. tout cela n'a l'air de rien, bien sûr, dira-t-on, et tout cela n'a guère d'importance en soit, certes, mais je crois que l'impact - plutôt fort, symboliquement - dans l'opinion publique de ce genre de péripétie surmédiatisée n'a pas contribué à entretenir durablement sa popularité et à mettre en valeur une bonne image de lui en tant que chef de l'État. De fait, s'il a bénéficié d'un "état de grâce" assez long en 2007, il se trouve que par la suite, il a constamment été impopulaire durant son mandat, ce qui, me semble-t-il, est assez inédit dans l'histoire de la Ve République. Le fait de se déplacer en province systématiquement entouré d'une véritable armée de policiers, dans des proportions particulièrement excessives, n'a sans doute pas aidé non plus : avec des interlocuteurs toujours triés sur le volet devant les caméras, et un tel écran sécuritaire entre lui et les citoyens, j'ai l'impression que Sarkozy s'est imaginé que les gens l'aimaient bien au fond, malgré les enquêtes d'opinion, alors qu'en fait, il était rarement en contact véritable avec le pays réel. D'où le fait qu'il a eu l'air de tomber des nues lorsqu'il s'est retrouvé très mal reçu à Bayonne, lors d'un de ses premiers déplacements de candidat en campagne, sans l'énorme dispositif de sécurité habituel. Sur le moment, il a accusé la gauche et d'autres d'une sorte de coup monté, alors qu'en réalité, il a juste été reçu comme il aurait pu l'être n'importe quand durant son mandat, s'il n'y avait pas eu toutes sortes de filtres entre lui et les Français. Je peux toujours me tromper, mais il me semble que l'explication est là, tout simple, s'agissant de cette mauvaise image qu'il n'a pas su vraiment améliorer, et ce même s'il y a bien d'autres facteurs expliquant son impopularité. Et pourtant, malgré son caractère souvent emporté, il n'y avait pas forcément de raison qu'il échoue dans ce registre de la sympathie auprès de l'opinion... Que l'on regarde, à cet égard, Silvio Berlusconi en Italie : avec des scandales d'une toute autre ampleur que les erreurs de Sarkozy, il a tout de même réussi à se faire durablement aimer des Italiens (contre toute raison, à mon sens), même s'il a fini par se faire dégager in fine, faute de crédibilité face à la crise. En France, Sarkozy a, en somme, tout simplement échoué, surtout, à se faire aimer d'une majorité de Français, comme Jacques Chirac avait su, lui, très bien le faire avant lui, malgré toutes ses casseroles judiciaires...
Mais comment, cependant, pouvoir aimer, ou même simplement apprécier, quelqu'un comme Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa, sachant que sa personnalité a tout de celle du pervers narcissique ? Égocentrique, déstabilisateur excessivement confiant en lui-même, manipulateur systématique, menteur éhonté, incapable de reconnaître ses fautes, créant et entretenant volontairement la discorde dans sa sphère d'influence sans jamais l'assumer, tout en étant paradoxalement soucieux de séduire, même au prix parfois de la destruction psychologique d'autrui : sans être un expert de la chose, pour moi, Sarkozy est un pervers narcissique. Ce genre de personnalité est toujours à fuir, dans la vie quotidienne, car le cas de ce genre de personne est incurable, alors que dire lorsqu'il s'agit d'un dirigeant, qui plus est élu démocratiquement ? A ce niveau-là, on ne peut rien y faire, sinon voter contre lui à la prochaine élection...  
La campagne électorale présidentielle de 2012, qui s'est officiellement terminée hier soir, a été, dans son ensemble, d'une grande médiocrité, sur le fond comme sur la forme. On aurait tort de trouver qu'en comparaison, la précédente campagne de 2007 était "bonne" : même en regard de celle de 2012, ladite campagne de 2007 était également consternante dans son genre, l'aspect faussement "nouveau" de certains candidats masquant mal l'aberrante démagogie des inconséquentes promesses faites alors par les candidats, et notamment par le gagnant du moment, Sarkozy de Nagy-Bocsa. Aujourd'hui, évidemment, cinq ans après, tout le monde a la gueule de bois, et ce n'est pas simplement la faute à cette crise dont on nous rebat les oreilles depuis quatre ans, et devant laquelle les politiciens n'ont pas de véritable solution crédible. De tout ce qui s'est dit, n'est finalement restée qu'une chose, présent dans les esprits depuis bien longtemps : la nécessité, pour une majorité d'électeurs, de sortir le candidat sortant ».
Hyarion décrit assez bien finalement le sentiment général, la détestation qui s’est généralisée contre l’olibrius qui a tant désacralisé la fonction de président de la République. Et pourtant ne devrions-nous pas lui être reconnaissant d’avoir désacralisé cette fonction régalienne, aristocratique et quelque peu ridicule de « président » de rien du tout… car, tous, successivement, même après les inaugurateurs de chrysanthèmes de la IVème république, du maurrassien guindé De Gaulle, au bedonnant Pompidou nominé par la banque Rothschild, de l’arrogant Giscard à l’illettré économique Mitterrand, du nul Chirac à l’agité du bonnet Sarkozy, tous n’ont été que du vulgaires commis d’Etat aux ordres de la machinerie obscure qui fait copuler technocrates auto-promus et banques véreuses. L’histoire désormais décadente de la bourgeoisie ne peut plus produire que des nains. Après le nain Sarkozy, le nain Hollande n’aura pas plus de panache. Les masses d’électeurs auront été aussi minables que les politiciens qu’elles jaugeaient assez lâchement et sans exiger plus de hauteur ni de projet de société.
Qu’une partie, atomisée, assistée et alcoolisée de la classe ouvrière ait pu voter pour la débile Marine Le Pen en dit long sur le poids de l’aliénation consumériste, la misère individuelle et l’assistanat pour lumpen moderne. Qu’un débat final entre les deux derniers prétendants – où le technocrate apparatchik Hollande fut brillant et altier face au boutiquier lamentable Sarkozy – n’ait été perçu que comme affligeant du fait… du « manque de correction » de Hollande, inversant les rôles en interrompant (avec intelligence pourtant) le roquet habitué du crétin « je vous explique », révèle que cette partie de la classe ouvrière des PME est régentée par une mentalité d’esclave ; le prolétaire des petites entreprises est en général soumis à l’idéologie du père, du chef et du dictateur en cours : contester le maître des lieux lui apparaît offensant. L’ouvrier servile se place toujours du côté du plus fort. L’ouvrier du secteur public qui laisse les syndicats collabos penser à sa place ne vaut pas mieux. Cet état d’aliénation n’est pas la faute aux prolétaires en général, dont beaucoup heureusement, de manière croissante sont désormais abstentionnistes face à la démocratie truquée. C’est le résultat d’une division orchestrée, chacune à leur manière, par les factions de gauche et de droite du capital. La droite oppose fonctionnaires et salariés du privé. La gauche entretient les avantages (garanties indéniables) dans le secteur public. Les deux factions sachant bien que ces prérogatives particulières doivent être maintenues pour favoriser la faiblesse du prolétariat. Le grand mensonge économique de la droite est de faire croire que la réduction du nombre des fonctionnaires favoriserait une bonne santé économique du libéralisme, alors qu’il ne s’agit que d’une entourloupe pour faire pression terroriste sur le travail, atomisé et jetable. Le grand mensonge de la gauche est de faire croire que des services publics pléthoriques seraient utiles à une société « plus humaine », farce tragique car, des contingents d’apparatchiks syndicaux aux intermittents du spectacle, le capitalisme décadent a développé une nuée de parasites sociaux improductifs. Dans les deux cas, gauche et droite, non seulement divisent la classe ouvrière, masquent qu’elle comporte un gros pourcentage de parasites nullement intéressés au renversement du système (assistés professionnels, chômeurs abonnés, intermittents petits bourgeois, etc.), mais entretiennent divisions corporatives féodales (que Sarkozy avait promis de rompre alors qu’en fait il les a maintenues, cf. sa grande collaboration avec les syndicats « compréhensifs » tout au long de la foire aux retraites).

LA DROITE MONDIALE EST-ELLE EN CRISE ?
Si des votants demeurent des crétins naïfs qui adhèrent à ce truisme du fair-play dans les débats politiques, d’autres restent indécrotablement figés à la religion du libéralisme criminel et voleur. Beaucoup auront voté Sarkozy en se bouchant le nez, arguant qu’ils n’avaient pas le choix, que bien que Sarkozy soit dément, ils ne pouvaient choisir l’effondrement virtuel mais relatif de leur profit avec la victoire du pourtant très libéral Flamby.
Aucun chef d’Etat n’a été réélu pendant la période de crise actuelle puisque tous ces perdants avaient géré les affres de la crise par une exploitation accrue du prolétariat; Obama sera-t-il l'exception parce qu'il est le seul à s'être soucié de la "couverture santé"?
 Aucune solution claire n’émerge des divers cas de figure en Europe. La gauche aléatoire est éliminée en Espagne au profit d’une droite encore plus impuissance et féroce contre la basse classe. En Italie pas de nette majorité de gauche mais un mic-mac politique. En Angleterre, on vote à gauche mais la droite continue à tenir le manche. En réalité, l’oligarchie se maintient sans mal partout en niant toute alternative de classe ennemie identifiable, noyant tout choix radicalement différent sous les discours cacophoniques de ses économistes menteurs et ergoteurs.
Le retour de la gauche caviar (fort modestement libérale) en France (même avec 30% en moins du salaire du ténor en chef) n’est qu’un pis aller, pas très dramatique : les législatives ne sont pas gagnées par cette fraction rose-PME et Hollande sera obligé de se tenir coi comme Sarkozy face à l’Allemagne dominatrice. Hollande ne sera qu’un intermède comme Jospin, en plus libéral et sans la gonflette du Front de Gauche du PN Mélenchon, lequel jouera le rôle du préposé oppositionnel avec des syndicats en partie blanchis de leur accointance avec Sarkozy. D’une certaine façon, comme dans le cas d’Obama, la temporisation d’une gauche libérale peut permettre de limiter les risques d’explosion sociale face à la torture croissante des conditions de travail et aux plans sociaux anarchiques. A l’arrogance racaille d’un Sarkozy, l’écoute hypocrite et consensuelle d’un Hollande pourra, sans doute brièvement, calmer des ardeurs impulsives (contre les riches mais pas contre le système bourgeois comme totalité) sans orientation politique et dénuées de réflexion vraiment politique qui se sont manifestées au long de cette lassante campagne de religiosité déplacée, dans l’impasse de la simple haine contre un PN, plus préoccupé à chercher des déménageurs en fin de parcours qu’à reconnaître son déficit intellectuel.






 Je vais vous expliquer... Faites gaffe pauv'cons,  vous vous souviendrez de moi!






La plume acérée de Willem avant le 1er tour




INDEMNITES DU PRESIDENT DES RICHES LORS DE SON LICENCIEMENT
(et encore il aura pas assez pour frimer auprès de sa milliardaire de femme mannequin de luxe)


6.000 euros de retraite, des voyages gratuit, un appartement... Comme tous les anciens présidents, Nicolas Sarkozy va bénéficier d'avantages dus à son ancienne fonction. «D'abord, il percevra une indemnité de 6.000 euros brut, accordée à tous les "ex", quelle que soit la durée de leur séjour à l'Elysée. Ensuite, il pourra siéger au Conseil constitutionnel, en tant qu'ancien Président et percevoir, à ce titre, une indemnité de 11.500 euros net par mois», explique le site challenges.fr. Pour le moment, Nicolas Sarkozy n'a pas précisé s'il comptait siéger dans cette institution mais il pourrait redevenir avocat.

1,5 million d'euros pour l'Etat
A ces avantages, Sarkozy bénéficiera d'avantages en nature. Un appartement de fonction, deux fonctionnaires de la police nationale pour assurer leur protection rapprochée, une voiture de fonction avec deux chauffeurs, sept collaborateurs L'ancien président pourra également voyager gratuitement, grâce à deux cartes de circulation illimitées, l'une sur Air France, en classe affaires, l'autre à la SNCF première classe.
«Pour l'Etat, la facture de ces nombreux avantages est salée: La charge financière -que personne ne connaît compte tenu de la dispersion des financements- peut être estimée à 1,5 million par an et par ancien président, souligne le député René Dosière dans son livre "L'argent de l'Etat" (Seuil)», détaille Challenges.fr.






mercredi 2 mai 2012

TROP C'EST TROP: une campagne électorale puante


Nous aurons supporté jusqu'à ce mois de mai probablement la campagne électorale la plus minable de toute l'histoire de France. Cette campagne bourgeoisie truquée, assourdissante et merdique se termine par une valse hésitation de la majorité des pelés et tondus électeurs : ils ne savent plus où donner de la tête, à qui refiler leur vote ; tous pourris ? Pas un pour relever l’autre. Ces tristes élections laissent de toute façon un goût amer aux premiers concernés, les prolétaires, et ils n’y auront trouvé aucune promesse crédible, aucune conscience élevée, aucun espoir de changement… sauf celui de virer le petit PN de l’Elysée, qui se sera trop fait prier pour dégager sans semer la zizanie, la haine et le dégoût.
Le studio où vont s’affronter les deux candidats de la bourgeoisie est fin prêt, pré-chauffé, décoré. Les caméramen ont pour consigne de ne pas filmer le crâne dégarni de Hollande ni le nez busqué de Sarkozy. Les médias ont beau user de métaphores guerrières ("duel", "guerre des mots") ou sportive (match de boxe, etc.), tout cela sera temporisé par la réalisation de l'émission. Depuis 1981, une charte établie par le duo Serge Moati-Robert Badinter exclut les "plans d'écoute". En d'autres termes, vous ne verrez pas les deux adversaires se décomposer lorsque les coups pleuvront.  
La droite ose croire encore que le blaireau de l’Elysée va écraser son adversaire quand la gauche mise sur le calme mitterrandien de son candidat. Quel ennui et quelle décrépitude que cette campagne lassante, puante et horripilante. Ils se bagarrent déjà comme des chiffonniers à droite avec le venue de la défaite comme, parmi la gauche bourgeoise et corrompue, certains « parrains » ne souhaitent pas la victoire des futurs impuissants à « maîtriser la finance, interdire la spéculation… ».

Le challenger sortant aura tout tenté, au ras du bitume, sans vergogne, sans honte, s’adressant surtout aux vieux retraités privilégiés dont cette masse grisonnante et frissonnante de bourgeois venus s’agglutiner derrière la place du Trocadéro en agitant des drapeaux tricolores pour imiter les troupes gériatriques de la smala Le Pen. Cette campagne d’insultes et d’attaques incessantes contre le candidat Hollande se termine par la pire démagogie – qui ne fait pas recette dans les zones urbaines – la dénonciation du trop d’étrangers. Comme Hollande avait bafouillé face à la question piège du Pujadas de service, le blaireau en avait profit pour clamer « oui il y a trop d’immigrés », déclamation aussi stupide qu’inique, que pourrie… Hollande, face à Bourdin, corrige par une autre hypocrisie : « il n’y a pas trop d’immigrés en situation légale, mais il y en a trop en situation illégale ». Aucun des deux concurrents n’y changera rien et là n’est pas la question. La vraie question : il n’y a plus assez de travail pour tous dans la crise, ni pour ceux qui vivent ici ni pour ceux qu’on a fait venir. Sarkozy est un salopard qui se moque des prolétaires en général, de ceux qui sont au chômage (au début de sa campagne tardive et ratée) et de ceux qui sont au travail (exaltation de l’exploitation salariée + parade clownesque pour ridiculiser le 1er mai). Sarkozy, qui a senti le vent du boulet de sa défaite annoncée, aura rendu quand même un dernier service aux syndicats traîtres, ces parangons du travail partagé et cloisonné, ces appareils sur lesquels il a pu compter entièrement pour faire passer l’attaque sur les retraites, en les criminalisant comme « rouges » et en dénonçant leur façon de se mêler de la politique. Les fonctionnaires syndicaux s’y voyaient déjà dans ce minable 1er mai, qui ne signifie plus rien, qui ne sert qu’à faire défiler menteurs et escrocs de base. Ils pensaient, en chantant les cantiques trade-unionistes ringards : « la classe ouvrière aura oublié qu’on avait sablé le champagne avec le blaireau ». Ils n’avaient pas tort, en général la classe ouvrière a autant de mémoire qu’un piaf.
Le travail en régime capitaliste n’est ni exaltant ni une gloire, il est toujours et de plus en plus une humiliation, pour l’ouvrier comme pour l’ingénieur  (Le journaliste Bourdin sur RFM a eu le génie de formuler ainsi sa première question à Hollande : « que vaut la valeur travail quand on est au chômage ? » ; que ne l’a-t-il posée au blaireau... Le président des riches se permet lui, sans cesse, de se moquer de ceux qui travaillent en exigeant qu’ils soient soumis à ses propos imbéciles de petit boutiquier néo-nazi, parce que la majorité des millions de retraités, ces chanceux en sursis, attendent que les actifs leur servent longtemps encore la soupe, et que ces gériatriques citoyens ne pensent qu’à leur gueule.

Si les électeurs provisoires et ponctuels du FN sont réellement des protestataires et en grande partie des prolétaires ils ne peuvent pas reconduire le blaireau des capitalistes, ils peuvent aussi s’abstenir. Ceux qui voteront pour le zozo de l’Elysée sont à considérer comme des épaves de l’idéologie, nullement à plaindre, parfaitement méprisables en tant que catégorie de lumpen inconscients. Mais le trafic électoral ne simplifie pas les choses, et n’agit pas au plan rationnel. La plupart des gens ne lisent ni les journaux ni internet mais prêtent l’oreille à ce qui se dit mécaniquement à la radio et à la télé.
Dans ce cadre culturel restreint et sans oxygène pour l’esprit critique et la conscience de classe, la campagne finale simpliste de Sarkozy empeste et pue considérablement. Elle pue non seulement parce qu’elle reprend les arguties du FN (le racisme d’Etat et le communautarisme entretenu ne sont pourtant pas une invention du FN, mais le jouet à plusieurs facettes agité par la bourgeoisie de droite ou de gauche au gouvernement, avec un langage double et triple au même moment, langage de la perversion narcissique de l’imbécile Copé au dictateur Sarkozy : on dénonce comme on défend les « immigrés » en général mais tout gouvernement assure en même temps des expulsions…inévitables… et qui ne servent à rien puisque les patrons du bâtiment et des services sont toujours demandeurs d’employés sans protection ni juridique ni sociale. (Le pacha Sarkozy a fait refaire une de se résidences à Versailles par des équipes de… sans papiers, dont l’un fût expulsé à la fin des travaux).
La campagne sarkodélirante pue aussi parce qu’elle s’appuie naturellement sur la pourriture des concurrents de la gauche caviar dont les politiciens sont en bagarre permanente entre eux. La gauche caviar fait son propre tort à coups de règlements de compte. Plus que la dénonciation des promesses fallacieuses du « rêveur » Hollande (ce nul, ce mou, cet incapable, dixit Sarkozy, petit pote de cour d’école), les scandales qu’on s’envoie à la figure remplacent le cartable d’écoliers morveux. En tant que premier gangster de l’Etat, Sarkozy a du sang sur les mains (affaire Karachi, guerre en Libye, etc.) – « on ne peut point régner innocemment », disait déjà Saint Just – mais il a réussi à corrompre une partie du dit « camp ennemi ». Le scandale, étrangement relativisé de l’ancien bordel de la rue Saint Denis, renommé « J’ose » et offrant des boissons égrillardes pour le prétendu anniversaire du corrompu J.Dray, a bien failli faire capoter l’armada Hollande. Le lieu (la rue Saint Denis a longtemps été la principale artère des putes parisiennes), la venue du gros dégueulasse DSK, et la présence de deux gros poissons du staff Hollande, Valls et Moscovici, dont personne ne saura jamais s’ils ont été saluer leur ancien chef de clan mafieux (un parrain, même condamné reste LE parrain), n’a pas ébranlé les éléphants et les apparatchiks tourtereaux de l’officine bourgeoise de la rue de Solférino ni Libé ni le Nobs, ni tous les cercles bobos qui se sont évertués à minimiser en tant qu’affaire « privée » une rencontre très « maçonnique » entre truands de la députation, tout comme le viol du parrain à NY n’avait soulevé aucune objection vertueuse parmi les fidèles « amis ». Par contre, imaginez l’effet confondant et écoeurant parmi d’abord les prolétaires en général, puis accessoirement les votants FN aléatoires ! On aura noté au passage la faible amplitude de l’utilisation de ce scandale par machin Sarkozy, vu qu’il est mal placé pour faire la leçon avec ses partouzes au milieu des patrons du Cac 40, et sa nomination au FMI de Gros dégueulasse… et pour ne pas aggraver le cas de son espion J.Dray, auquel il est reconnaissant d’avoir en 2009 pris la défense de son fils dans l’affaire de l’Epad… et peut-être promis une place de sous-ministre si Hollande casse, passant encore pour un yaourt incapable de contrôler les amitiés mafieuses parallèles de ses sous-fifres de la vingt cinquième heure.
Au prétendu anniversaire de J.Dray, il n’y avait pas que des putations de gauche… et vu les liens personnels amicaux entre Dray et Sarko (et Mélanchon), le scandale pouvait éclabousser tout autour… c’est pourquoi, sur ordre d’en haut, la compagne de Gros dégueulasse, qui devait orchestrer les résultats électoraux, a été priée de se tenir hors des studios de la première chaîne d’infos d’Etat, BFM…
Dur dur d’être électeur dans cette puanteur qui émane des clans bourgeois, mêlés, complices, sans passerelle, où les uns naviguent dans les eaux basses sans se soucier des odeurs pestilentielles et des cadavres qui flottent à la surface. Le choix est triplement simple : les privilégiés (très riches et retraités aigris) voteront pour le blaireau, et les pauvres prolétaires dragués par les mafias de gauche choisiront entre Hollande l’archange en peau de yaourt et l’abstention.
Après il faudra continuer à faire la queue à pole emploi, et, comme en Irlande ils mettront des anti-vols attachés à la viande et les banques imposeront une amende à ceux qui ne disposeront pas de 1500 euros en dépôt permanent. Et les prolétaires continueront de se suicider ou d’aller voter humblement pour honorer leurs exploiteurs impavides.

vendredi 27 avril 2012

UNE PAGE D’HISTOIRE : TROTSKY COMPLICE DE LA « GUERRE REVOLUTIONNAIRE » STALINIENNE




D’après l’intéressante et novatrice biographie
de Trotsky par Robert Service (ed Perrin, 2009, 27 euros)

(après l’invasion des trois pays baltes par l’armée stalinienne en juin 1940, in chapitre 50 : La Seconde Guerre mondiale)

« … S’il estimait faibles les compétences du Kremlin, Trotski avait pleinement approuvé le principe de la campagne militaire soviétique. Il prétendait que la « soviétisation » apporterait un bénéfice inestimable à la Finlande. A New York, la fraction minoritaire du Socialist Workers’ Party – la plus importante des dernières grandes organisations trotskystes – formula des objections. Ses membres détestaient ce qu’ils appelaient « l’impérialisme stalinien » et rejetaient l’hypothèse de Trotski selon laquelle l’armée rouge aurait déclenché une guerre civile en Finlande. On avait au contraire assisté à une résistance nationale face à une invasion extérieure. La fraction minoritaire elle-même, dont les membres se rangeaient du côté de Trotski, mit en doute son analyse de la situation. Le révolutionnaire refusa de céder. Dans une lettre adressée à Joe Hansen, il fit remarquer qu’en 1920 les mencheviks eux-mêmes avaient admis que la guerre russo-polonaise avait mené à la guerre civile en Pologne (déjà à l’époque c’était une connerie, ndt). Il soulignait la similitude avec la situation en Finlande et continuait à croire en la victoire de l’armée rouge accompagnée d’une insurrection communiste finnoise, jusqu’à la conclusion d’une paix entre Moscou et Helsinki.
En même temps il enrageait contre les camarades qui prenaient parti dans la guerre en Europe. Sa rigidité intellectuelle s’accentuait. Il était figé dans ses souvenirs de la Grande Guerre, et se remémorait comment, à l’instar des autres délégués de la « gauche de Zimmerwald », il avait jeté l’anathème sur les parties belligérantes. Le Reich allemand et l’empire d’Autriche s’étaient montrés aussi mauvais que l’Empire britannique, la France de Napoléon et la Russie tsariste. Il énumérait les événements qui avaient jalonné les débuts du communisme – comme d’habitude de façon tendancieuse. Il se souvenait de la querelle bolchevique au sujet des accords de Brest-Litovsk en 1918, quand Boukharine avait défendu la guerre révolutionnaire en dépit de la faiblesse militaire du gouvernement soviétique (il omettait de préciser qu’il était lui-même alors plus proche de la position de Boukharine que de celle de Lénine). Pour sauver la révolution d’Octobre, Lénine préférait signer une paix séparée avec les Puissances centrales ; il stipulait aussi que, si une révolution socialiste devait éclater en Allemagne, l’armée rouge serait envoyée en renfort, même si cela impliquait de sacrifier le « pouvoir soviétique » en Russie. Trotski voulait appliquer cette stratégie léniniste à la Seconde Guerre mondiale. Si les ouvriers allemands devaient se révolter contre Hitler, écrivit-il à Shachtman, « nous dirions que nous devons subordonner les intérêts de la défense de l’Union soviétique aux intérêts de la révolution mondiale ». Il faisait bien remarquer qu’il ne demandait pas un « soutien inconditionnel au Kremlin ». Sur le plan formel cette déclaration avait l’air justifiée, sauf que l’argument était assez spécieux, en 1939-1940, dans la mesure où il n’existait pas l’ombre d’un soulèvement au sein du prolétariat allemand. Le contrôle des nazis sur la société allemande n’avait jamais été aussi étroit. En réalité, Trotski sous-entendait là son engagement total à la défense de l’Union soviétique. Il était disposé à autoriser un débat sincère sur la question et se prononçait contre l’application de sanctions organisationnelles à l’encontre de la faction minoritaire du Socialist Workers’Party. Il ne fallait pas interdire les factions mais au contraire encourager la minorité à publier un bulletin interne. Il prit contact avec Hansen : « Nous ne sommes pas des bureaucrates, au contraire. Nos règles ne sont pas immuables. Nous sommes des dialecticiens, et dans le domaine organisationnel aussi ». la discussion qui en résulta ne convainquit pas Shachtman, qui continua à critiquer Trotski sur la politique ukrainienne, le traité germano-soviétique et la Finlande (…)
Ses partisans étaient devenus trotskistes parce qu’ils le considéraient comme le plus farouche adversaire du fascisme. Et le voilà qui déclarait que le Troisième Reich et la France républicaine ne valaient pas mieux l’un que l’autre. Les tensions s’accrurent au sein du Socialist Workers’Party. Trotski craignit de voir ses membres quitter le IVème Internationale. Il demanda à Joe Hansen, son plus fidèle acolyte à New York, de tout faire pour empêcher la scission. A cet égard au moins il ne calquait pas son attitude sur celle de Lénine durant le premier conflit mondial (…) Shachtman n’en quitta pas moins la fraction pro-Trotski du mouvement américain, pour ne jamais y revenir. Trotski avait été le grand unificateur de la social-démocratie russe avant 1914 (faux, Trotski sur le plan organisationnel était un nul comparé à Lénine, ndt). Désormais il s’attirait inutilement des ennemis : il était devenu le Lénine de sa propre internationale en temps de guerre. A ceci près que le second conflit mondial ne lui offrait pas de contexte révolutionnaire à exploiter, au contraire de Lénine en 1917.  En mai 1940, la France se réveilla vaincue après une guerre éclair. Puis ce fut l’occupation, et les trotskistes français, déjà contraints d’opérer dans la clandestinité à cause de leur opposition à la guerre, se virent obligés de défendre leur vie. En tant que mouvement international, le trotskisme avait terriblement souffert. (…)
Soudain, en juin 1940, il (Trotski) proposa de tendre la main au Komintern. Il reprocha aux leaders trotskistes new-yorkais de poursuivre leurs attaques en direction du parti communiste des Etats Unis. Il argumenta : « Les stalinistes sont issus d’un courant légitime du mouvement ouvrier » et « font preuve d’un grand courage ». La Quatrième Internationale devait donc essayer de séparer la « base » des membres de la direction communiste officielle. Il confirmait qu’il était toujours dans le coup, intellectuellement et politiquement (ayant eu vent sans doute de l’accusation de dégénérescence par les camarades de Bilan : « un renégat à la plume de paon », ndt). Et il demandait à ses partisans de se considérer comme des « militaristes révolutionnaires prolétariens », parce qu’un jour, bientôt, peut-être, ils seraient peut-être amenés à prendre les armes contre les envahisseurs de l’Union soviétique ».
Une prédiction très en faveur des… Alliés bourgeois puisque plus de 300.000 soldats US furent tués en Normandie pour aider Staline à se débarrasser d’Hitler à Stalingrad… Gageons qu’il y eût des trotskistes dans le débarquement, tués eux aussi, comme ceux qui participèrent à la « guerre révolutionnaire » pour la Libération de Paris… pour mesurer combien une antique notion girondine et bolchevique (tendance com. De gauche) a sombré dans le ridicule, l’obsolescence et la récup dans le giron patriotard.

NB: Drôle de révolutionnaire ce "ministre prolétarien" Trotsky qui espère une alliance avec les armées bourgeoises occidentales avec ladite "armée rouge": "Il poursuivit ses discussions avec les représentants des Alliés, et le 5 mars, soit deux jours après la signature du traité de paix, il demanda aux Américains s'il pouvait compter sur leur assistance au cas où le Sovnarkom déciderait d'attaquer l'Allemagne" (ibid, p.248). Comique ce partisan de la "guerre révolutionnaire" avec des armées bourgeoises à ses côtés!

PS : contre toutes les âneries entretenues dans le milieu maximaliste sur le mythe de la guerre révolutionnaire (et le livret anarchiste et SR de Sabatier, « Brest-Litovsk »), lire Philippe Riviale : « La Ballade du temps passé : guerre et insurrection de Babeuf à la Commune », Anthropos 1977, et mon propre ouvrage : La guerre révolutionnaire de Robespierre à Lénine.




lundi 23 avril 2012

POURQUOI LA FABRIQUE DES SONDAGES A ECHOUE ?



Le secrétaire général de l'UMP, François Copé était persuadé la veille du scrutin que, "le soir du premier tour, il va y avoir une sorte de libération" ; Patatras ! L’arrogance des seigneurs sarkoziens en a pris plein le cul : crash de son maître et envolée de la mégère Le Pen. Tout faux le gus le plus grossier de la campagne. La défaite de Sarko signifiera aussi la fin des espoirs présidentiels du chauve le plus arrogant et le plus goujat de la comédie électorale. Le résultat a, il est vrai, décoiffé politologues et sondologues. Commentaire méprisant généralisé : « les invisibles votants « fachos » sont de retour… ». Haro sur les baudets, spectre du 22 avril, etc.
Les élections bourgeoises dites représentatives n’ont aucun intérêt en soi pour le prolétariat. Cette antre de faussaires organisés n’abuse plus que très relativement les masses de prolétaires : aucun enthousiasme immodéré n’a régné parmi les basses classes face à cette cacophonie d’insultes et de mensonges mutuels. Leur fin comme leur début ne consistent qu’en accumulation de vantardises et de promesses par tous les partis candidats au pouvoir acharnés à défendre la fausseté d’une consultation truquée, compartimentée, biaisée et transparente. Mieux la modernisation de la mystification électorale par la pratique sondagière, élimine toutes les classes sociales distinctes et configure le troupeau civil à dessein. L’arrière-cuisine des sondages fige invariablement la répartition des pourcentages de catégories obscures et prend sans vergogne l’électeur pour un con.
Néanmoins, un marxiste maximaliste peut en étudier l’envers du décor et en démonter le mécanisme pervers. Les sondages ont pour but de « modeler » l’électorat dans le sens voulu par les gouvernants. C’est en premier lieu ce que nous démontre ce longuet cirque électoral (8 mois !). Ainsi concernant la tendance pour les deux principaux candidats, les instituts mafieux de sondage ne se sont pas trompés, et ne se trompent jamais depuis 50 ans de sondages qui ont si bien modelés les « avis » de la population, opinion poil au citron. Mais voilà-t-il pas qu’on nous chante qu’ils se sont encore lourdement trompés pour deux partis qui se partagent la séduction envers la classe ouvrière (non reconnue mais traitée comme couches populaires ou ouvriers « minoritaires », « racistes en souffrance» voire « colériques impulsifs) »: le FN et le clone du PCF le FdeG. Certes il faut remonter à un certain mai 1981 pour trouver un tel manquement, un tel amateurisme imprévoyant en vue de l'accident électoral relativement rarissime sous la dictature démocratoque bourgeoise.

Le "lissage" des sondeurs maqués
Baratin de journalistes aristos ! Concernant les partis secondaires, ou attrape-électeurs du premier round, les sondeurs maqués ont opéré à ce qu'ils nomment en charabia de leur arrière-cuisine, à un "lissage"... pas bien heureux au final. Le gonflement du score du FDG visait tout au long des 8 principaux sondages (pour la gauche bourgeoise) à contribuer à la renaissance/restauration du parti le plus pourri de la collaboration de classe en vue de l’accélération de la misère capitaliste, avec une idéologie archi ringarde popu modèle 1936, le PCF maquillé Front de Gauche. L’abaissement volontaire du score réel du FN (Marine la bleue aurait mené mauvaise campagne) visait à siphonner les électeurs savonnettes de Le Pen en faveur de la faction Sarkozy.
Il y avait donc une complicité de fait de la part des mafias sondagières pour « fabriquer » une répartition droite/gauche si classiquement utile à la gestion de toute crise capitaliste : une gauche forte en opposition relayée par des syndicats obéis et une droite sans complexe arrogante et vulgaire à la manière de son principal chien de garde F.Copé. Pas de pot, une nouvelle bande des quatre, très problématique, est sortie du trou puant des urnes : deux partis bourgeois classiques prêts à mener la guerre louche en Syrie, un FN à 18% et une abstention bien assise.

LE BAL DES FAUX CULS

Etranges et dérangeantes élections où tous les partis bourgeois firent grise mine à l’annonce des résultats. Le PS et son candidat se gardant de pavoiser car la gauche bourgeoise reste minoritaire en France, et l’abstention au deuxième tour menace de réfréner les vengeances populistes. Les excités du Front de Gauche et leurs sponsors du PCF se mirent à gémir de dépit (dans mes interventions sur les posts de Libé j’avais ferraillé avec quelques-uns leur prédisant même plutôt un score à un chiffre et un avenir de comète à la NPA). La fabrique des sondages, par une propagande outrancière en complicité avec les médias, avait tout fait pour populariser le PN Mélenchon, pour qu’il détrône le FN de la troisième place. Peine perdue. Avec sa lourdingue campagne antifasciste à retardement, à laquelle même les gauchistes n’adhérèrent point, et sa défense angélique de l’immigration tout azimut, sans oublier un programme démagogique et impuissant, le clone du PCF ne pouvait remettre sur ses jambes le paralytique parti stalinien. Disons qu’il a surtout servi à limiter l’abstention en milieu ouvrier, tout comme il continue à se poser comme une opposition à un futur gouvernement Hollande, et ainsi en allié objectif de Sarkozy and Cie (Mélenchon fait partie de la même loge que le président sortant, et fréquente sans honte ses proches conseillers). En bon PN rigide, ce pauvre Mélenchon a assuré que ses électeurs feraient la différence et qu’à défaut de « prendre le pouvoir » ils le refileraient au bourgeois Hollande « sans rien demander en échange » (preque la même formule que LO lors du sacre de Mitterrand I); moi à la place du syndiqué moyen CGT, j’aurais honte d’avoir apporté ma voix à un tel saltimbanque. A.Juppé avait raison de remarquer qu’il n’y a pas eu de poussée de la gauche, tout en se fourrant le doigt dans l’œil sur une possible victoire de sa faction « jouable », c à d faiblement possible. Il se dessine en France, comme en Grèce, comme en Belgique, comme en Espagne et en Italie une situation ingouvernable, où aucun parti ne peut plus rien promettre de crédible dans la crise.
Les Verts n’ont eu que ce qu’ils méritaient et tentèrent de se consoler derrière les pleurnicheries antifascistes de grand-mère d’E. Joly (« honte à ceux qui ont préféré se laisser berner par le FN… » pas par les écolos-bobos ?), à l’unisson du pauvre Mélenchon, quoique l’antifascisme ne donne ni travail ni protection sociale. Ne parlons pas des figurants Poutou et Arthaud, ils ont servi comme toujours à ridiculiser toute perspective de révolution avec un langage ras du bitume syndicaliste et simplement antibanquiers.
Même si le « normal » Hollande l’emporte sur « l’anormal » Sarkozy, les législatives sont au bout, et ce ne sera pas une mince affaire pour trouver une solide assise gouvernementale. La bourgeoisie française se prépare à une crise majeure, qui va contribuer à déstabiliser un peu plus l’Europe en papier mâché.

La baffe au blaireau 

A droite le paysan Bayrou pourra toujours ruminer sur son avenir présidentiel disparu. Dans la crise les « centristes » ne représentent plus rien qu’une aile secondaire de la droite bourgeoise, aussi moralisatrice que ridicule, et ils ne sont pas non plus comestibles pour la gauche. Le plus choqué de la bande fût le psychopathe en chef, le blaireau de l’Elysée. Alors qu’il était sensé se montrer à 20H30, il fallut poireauter une heure et demi devant nos écrans plats pour le voir apparaître, et dans une salle pas très grande, celle de la Mutu, pâle et décontenancé. Le regard était vitreux. La gestuelle compassée. S’était-il shooté ? Pas beau à voir un perdant. La surprise qu’il avait promise entre les deux tours, une proposition de trois combats de ring avec son adversaire, qui suscita des hurlements de joie (organisés et planifiés) depuis le parterre, fût vraiment bêbête (comme le reconnut la girouette FOG du Point). Pour atténuer la baffe magistrale que les diverses sélections de votants lui avaient filé, le blaireau n’a plus que sa réputation de superman pour prétendre conjurer son destin funeste déjà programmé pour la deuxième série électorale. Espère-t-il pouvoir, catcheur de foire, contrer à sa guise un Hollande dit mou à la façon de son chien Copé lors de trois duels télévisés, sans respecter les « règles » ? L’équipe Hollande, déjà avertie, a naturellement refusé cette histoire infantile et inédite de trois duels, et ses réalisateurs discutent déjà d’arrache-pied pour qu’il n’y ait pas de dialogue faussé et un filmage à tour de rôle. On va semble-t-il vers un clash, même pour l’unique duel télévisé. La bourgeoisie – sa fraction leader actuelle de la droite caviar -est prête à toutes les intimidations, viols des règles, mensonges éhontés et trucages de dernière minute, pour conserver le manche même si le capitalisme n’est pas en danger en France. Du sang et des larmes, cela suffira-t-il à maintenir la tension jusqu’au terme du deuxième tour ? Rien n’est moins sûr, deux hypothèses peuvent dominer : un doublement des abstentionnistes ou (et) un report massif des votants FN vers Hollande ; car, là aussi les sondages mentent, les 60% de votants FN sensés se reporter sur Sarkozy sont une gageure invraisemblable ; si tant d’électeurs ont laissé tomber Sarkozy pour le FN – donc déçus par sa prétendue droitisation – ce n’est pas pour lui resservir la soupe. Le papy du FN a clairement laissé entendre que la consigne secrète est la défaite de Sarkozy, car l’élimination du blaireau permettra de rétablir une dose de proportionnelle favorable à une véritable représentation du FN aux législatives, autorisant une gauche gouvernementale blafarde, à la manière de Mitterrand, à raviver la flamme antifasciste, cette vieillerie qui autorise tous les amalgames, et à tenir la droite classique hors du pouvoir principal. A moins qu’au cours des tractations secrètes le blaireau reprenne la promesse d’une proportionnelle plus conviviale pour le FN… 

LA « SOUFFRANCE » DU VOTANT FN

Mais là encore rien n’est très sûr. Etrange discours de la bourgeoise M. Le Pen, pas du tout fasciste, qui emprunta ses deux idées maîtresses à deux espèces de catégories politiques étrangères au pétainisme, à la résistance (« entrons en résistance ») et au gauchisme (« ce n’est qu’un début, continuons le combat ») ; avec une prétention à devenir le centre de la droite , gentille fable pour appâter les nuls : le FN n’a pas l’ossature d’un parti bourgeois solide (vieillards sourds, jeunes demeurés et délégués gogols ou avinés comme ce pauvre Collard, infoutu de développer une argumentation.
Le votant du FN n’est pas fiable, ce n’est pas un électeur de parti fasciste, embrigadé, marchant au pas, prêt à aller se faire zigouiller pour la patrie… Les grands élitaires des deux mafias dominantes ont immédiatement compati : « l’électeur du FN est un type qui souffre ». Plus malin quand même que les soldats consentants du clone du PCF qui traitent d’abruti et de moins que rien ce « pauvre type »… au chômage, précarisé, exclu de toutes les décisions civiles, méprisé par les services municipaux qui préfèrent les grandes familles d’immigrés qui vont limiter le manque de main d’œuvre dans le bâtiment grâce à leurs échecs scolaires, et à qui on peut laisser exhiber le voile caritativement… Ce « pauvre type » qui ne supporte pas qu’on donne le droit de vote aux étrangers parce qu’il a été renforcé dans sa croyance que les étrangers en question ne sont pas fichus de s’émanciper de leur soumission à l’islamisme arriéré… comme l’ont montré les élections ridicules des révolutions « de jasmin »… Il faut le dire, ce « sous-électeur » est tout de même plus conscient que les fonctionnaires et les diplômés du FdeG (Foutage de Gueule, ai-je écrit) de la saloperie des grands partis élitaires morale répudiée en bandoulière. Son vote n’est pas plus politique que celui du brave électeur de la gauche ronron antiraciste et bêlante, il n’est ni raciste ni fâchiste, il témoigne de l’impuissance de la politique bourgeoise à berner les laissés pour compte avec ses partis traditionnellement oligarchiques. Ce vote protestataire est plus jumeau de celui, abstentionniste, qui refuse de cautionner l’hypocrisie du système faussement démocratique et imbibé de fric, que des couches moyennes qui votent PS soft libéral et PC déguisé.
Cette idée de « souffrance » particulière de l’électeur FN prêtée par les deux principales mafias électorales, est une nouvelle façon de tenter de le berner une fois de plus, pour transformer son vote protestataire en vote soumis, celui des millions de moutons qui bêlent derrière les divers oligarques rétribués sur le dos des masses et archi corrompus. Esperanza tchi tchi tchi!

 LA DECADENCE DES SOIREES ELECTORALES

TF1 et BFM, chaînes clairement sarkoziennes ont été les moins matées de la soirée, au profit de la 2. Néanmoins, tout débat s’est avéré impossible dans le luxueux "service public". La haine apparaissait aussitôt, suivie de ricanements, d’interruptions incessantes laissant les journalistes impuissants à organiser quoi que ce soit. La foire d’empoigne entre Copé et Aubry confirma la petitesse et la bêtise de ces précieuses ridicules. Le larbin Fillon fût d’une platitude consternante dans son appel minable aux « français ». NKM apparut comme une tragédienne bourgeoise ergoteuse à qui un manant aurait mis sans gêne un doigt dans le cul. On eût dit une peinture de mœurs comme ces tableaux de la bourgeoisie obèse et pornographique sous Weimar par le dessinateur révolutionnaire G. Grosz.
Voilà pourquoi, en plus, la fabrique des sondages a généré une cacophonie politicarde propre à faire dégobiller tout prolétaire digne de ce nom, et rehaussé la nécessité de détruire les élections bourgeoises truquées avant de se prononcer sur quoi que ce soit, et en refusant d’obéir ou de « donner sa voix » à l’oligarchie de la gauche socialo-stalinienne, comme aux divers droites, y compris à ce vieux cénacle de FN, traditionnel cache-sexe de tous les gouvernants depuis 30 ans, qui ne sert qu’à véhiculer des fantasmes mêlés à des demi-vérités.