"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

mercredi 4 avril 2012

UN NOUVEAU FILM POUR MASQUER LES CAUSES DE L’HOLOCAUSTE CAPITALISTE DE 1945



(mais qui révèle l’absence de la prétendue solidarité universelle de la diaspora juive, ce cache-sexe du nationalisme juif)

« Killing Kasztner », documentaire de Gaylen Ross (2H09, réalisé en 2008), Etats Unis, Le Juif qui négocia avec les nazis, sortie en France ce 4 avril 2012.

Cette contribution sera une synthèse documentaire à l’intention des révolutionnaires maximalistes (et des militants ignorantins) qui seront d’abord interloqués par une nouvelle histoire ambiguë concernant le sauvetage des juifs européens – il faudrait dire plutôt des juifs de diverses nationalités (car comme le révèle ledit documentaire, la plupart des juifs concernés étaient avant tout des patriotes des pays où ils vivaient, tout comme l’immense majorité des juifs arrêtés dans les pays de l’Est étaient des prolétaires avant d’être des juifs ; mais ce constat les propagandes réciproques nazis/démocraties l’ont toujours refusé). Nos amis maximalistes se demanderont aussi où classifier cette nouvelle histoire de sauvetage mi-ratée, ambiguë d’un « Schindler juif » et qui se termine étrangement par l’assassinat du « sauveur » après même qu’il soit passé en jugement en Israël après-guerre. Collabo ou sauveur, la presse française qui lance le film s’efforce d’allécher le spectateur potentiel en individualisant le problème par une fixette sur la personnalité du seul Kasztner et contribue encore et toujours à faire passer sous la table la perversité du capitalisme en guerre mondiale. Une petite frange de militants, d’anciens ou nouveaux, et des étudiants éveillés se rappellent de la négociation avec le juif hongrois Joël Brand (qui n’était qu’un second de Kasztner) quand la masse des endoctrinés citoyens spectateurs du monde et des mensonges à la tonne sur l’histoire passée se contente de sa connaissance hollywoodienne de la « liste de Schindler » - une liste limitative pourtant elle aussi un peu comme on le verra avec celle de Kasztner…  Schindler reste un patron efficace, qui protège « ses juifs », c'est-à-dire ses ouvriers, lesquels ne sont pas rétribués. La bonne cause antifasciste appliquée à l’industrie par un ponte nazi, même s’il demeure un exploiteur âpre au profit, servira à consacrer comme un « juste » un homme incontestablement courageux et honorable, mais qui permit la continuation du capitalisme dans les usines libérées… M’enfin le big cinéaste Spielberg aura donné bonne conscience à cette masse terrienne de spectateurs superficiels pour penser qu’il y eût de bons patrons allemands, et nazis ; et que l’essentiel, concernant cette chose monstrueuse que fût l’holocauste capitaliste, est qu’il reste perpétuellement une source d’inspiration pour synopsis démocratique truqué. Spielberg a refusé d’être payé pour son film, estimant qu’il n’avait pas à profiter de la « dette du sang »; pour la propagande de leurs maîtres politiques, les artistes savent toujours qu'il y va de leur intérêt de de leur gagne-pain futur de travailler gratis.

1.      L’épisode le plus connu… cinématographiquement.

Oskar Schindler (1908-1974) était un industriel allemand qui a sauvé durant l'Holocauste plus de 1100 personnes en les faisant travailler dans sa fabrique d'émail et de munitions située en Pologne (actuellement en République tchèque). Sa vie a été le sujet d'un roman de Thomas Keneally et d'un film de Steven Spielberg. Il est enterré au cimetière chrétien du Mont Sion à Jérusalem. Industriel allemand sudète, membre du parti Nazi, Oskar Schindler a fait fortune dans la fabrication de batteries de cuisine en émail à Cracovie en profitant du travail obligatoire des Juifs en dirigeant la Deutsch Emailwaren Fabrik. Bourgeois irrité par les abus de la hiérarchie nazie à son égard, il finit par compatir pour le sort de ses employés juifs mais strictement dans le cadre de la marche de son entreprise.
A la demande de ses amis de l'Inspection, Schindler s’était lancé dans la fabrication d'obus antichars dans une aile de l'usine. Poussé par le comptable Itzhak Stern, qui a su gagner sa confiance, il avait commencé à recruter des travailleurs juifs par l'entremise d'Abraham Bankier et sous le contrôle du bureau de placement du Judenrat (conseil juif). Ces derniers ne percevaient aucun salaire, leurs employeurs versant quant à eux une dîme au quartier général SS de Cracovie : 7,5 Reichsmark par jour pour un travailleur qualifié, 5 pour un manoeuvre ou un jeune. Mais Schindler inspirait confiance à ses recrues – en tant que patron social modèle -  en les assurant qu'ils seraient, chez lui, à l'abri des persécutions et survivraient à la guerre.
Alors que le camp dirigé par Amon Göth reçoit l'ordre de fermer et que des milliers de Juifs doivent alors être transférés à Auschwitz, Schindler décide d'acheter 1 100 de ces hommes pour les « abriter » en les embauchant dans la nouvelle usine d'armes qu'il a ouverte. Il rédige alors la liste contenant les noms de ceux qui seront sauvés. Mais un train de femmes destinées à partir à son usine est détourné vers Auschwitz. Elles échappent de peu à la mort et vont enfin à l'usine de Schindler. Dans cette usine, il interdit aux gardiens tout méfait sur les employés et ira même jusqu'à saboter sa propre marchandise pour qu'elle ne puisse être tirée par les canons. Aidé de sa femme Émilie, ainsi que de son comptable juif Itzhak Stern, il sauve ainsi la vie de plus de 1 100 d'entre eux en les rachetant et en les amenant en Tchécoslovaquie pour les faire travailler dans une usine d'armement à Brněnec (Zwittau-Brinnlitz). Il « achète » ses employés juifs non pas pour les libérer mais pour les ramener et les garder pour la production…
Sa légende assure qu’il orchestre ensuite la faillite de l’usine d’armement de Brnenec, notamment (notamment  seulement) pour sauver « ses » travailleurs juifs (liste strictement exhaustive pour la postérité démocratique)et ne pas ralentir l'avancée alliée par sa production d'armes (qu’on nomme généralement « retournement de veste). Il se rend également jusqu'à Auschwitz pour récupérer ses ouvrières juives dirigées vers le camp par l'administration nazie (ce qui est tout à son honneur). Il joua parfaitement de son charisme, de son savoir-faire pour mener à bien ses actions de sauvetage et il y consacra aussi ses biens personnels. Ce « juste » apparaît pourtant, dans le film de Spielberg, qui n’occulte pas les travers du personnage, typique du bourgeois ambigu tirant un profit matériel de la situation.
Lorsque Amon Goeth, commandant du camp de travaux forcés de Plaszow, situé à dix kilomètres de Cracovie, propose aux industriels allemands employant du personnel juif d'installer leurs usines dans l'enceinte même du camp, Schindler soutient que les machines de la DEF (Deutsche Emaillewaren-Fabrik) ne peuvent être déplacées sans dommages ni perte de temps. En contrepartie, et en gage de sa bonne volonté, il rachète à un vieux couple un terrain dont il fait un camp annexe, en payant lui-même les frais d'installation (barrières, miradors, latrines, bains-douches, lavoir, salon de coiffure, cabinet dentaire, magasin d'alimentation, baraquements, etc.), pour un montant total de 300 000 Reichsmark. Le projet est agréé avec enthousiasme par les autorités. Deux ateliers seront construits, l'un destiné à la fabrication de marmites, l'autre à celle d'obus. Cette année-là, la DEF présentera un bénéfice de 15, 8 millions de Reichsmarks...  Fidèle à ses engagements, Schindler protège son personnel en maintenant les gardes SS et ukrainiens à l'extérieur de l'usine, les officiers tant seuls autorisés à y pénétrer pour inspection. Il veille à l'hygiène en faisant bouillir le linge pour écarter le risque de typhus, et assure à tous une alimentation meilleure et plus abondante qu'à Plaszow. Bien que les journées de travail soient longues (sic), personne ne mourra d'épuisement dans son usine. Quelques mois plus tard, la guerre se termine. Oskar Schindler et sa femme quittent le pays car ils sont pourchassés comme criminels de guerre par les alliés (c’est du moins ce que prétend la légende car les occupants US et russes ont pour l’heure d’autres chats à fouetter que les industriels allemands), mais pas avant d'avoir dit adieu aux 1100 Juifs qu'ils ont sauvés et de s'être vu offrir par ces derniers une bague portant la maxime tirée du Talmud : « Celui qui sauve une vie sauve l'humanité tout entière ». Une belle connerie du Talmud, comme grand final de la légende Schindler, qui conclut de cette façon minable un film à la gloire de l’industrie capitaliste en paix, marquée du sceau de la religion rédemptrice.

2. L’épisode moins connu…

Le glossaire de l’Histoire d’Auschwitz mentionne à la date de mai-juillet 1944 (soit au même moment que l’épisode précédent): Les Nazis envoient en mission le juif hongrois Joël Brand pour essayer de marchander l’échange auprès des Alliés de un million de juifs contre 10.000 camions. Les anglais refusèrent l’offre.
Cette notation était inconnue dans les livres d’histoire avant l’an 2000. Ce n’est qu’une petite brochure du parti bordiguiste « Auschwitz le grand alibi » (rédigée d’ailleurs par un militant juif révolutionnaire décédé il y a peu) qui nous informait depuis la fin des années 1960 qu’un infâme marchandage avait eu lieu, qui n’était pas plus honorable du côté des négociateurs juifs que du côté des criminels nazis. Pendant plusieurs années, le CCI, dans chaque article consacré à la Seconde Guerre mondiale, a, très honorablement, déchiré l’hypocrisie qui avait présidé à ces quelques marchandages « privés » et secrets (en fait je n’en ai dénombré que deux : celui des Brand/Kasztner et celui de Schnidler) ; voici à peu près ce que RI explique à chaque fois :
A la conférence des Alliés aux Bermudes en 1943, les Alliés avaient même décidé de ne rien faire pour les juifs d’Europe, laissant ainsi faire extermination (comme en Syrie aujourd’hui quoique à une échelle moindre et dans une même opacité, nota de jlr) à l'immense exode qu'ils auraient eu à charge si les nazis avaient choisi l’expulsion ou le troc humain. Plusieurs marchandages incroyables eurent lieu depuis la Roumanie et la Hongrie. Tous essuyèrent le refus poli de Roosevelt sous prétexte de ne pas fournir des subsides à l'ennemi. La proposition la plus connue, masquée aujourd'hui par la mafia d’Hollywood derrière l'action humaniste très limitée du seul Schindler, mit en présence des représentants de la bourgeoisie alliée avec Eichmann pour l'échange de 100 000 Juifs contre 10 000 camions, échange que les Alliés refusèrent : « transporter tant de monde risquerait de nuire à l'effort de guerre », arguèrent les militaires britanniques. 
UN SOUS-FIFRE DE KASZTNER 
Joël Brand (1906-1964) était un juif hongrois, membre du Comité d'Aide et de Secours d'Israël Kasztner. Il déménage avec sa famille en 1910 en Allemagne, pays où il devient communiste. Matelot, il fut brièvement arrêté en Allemagne en 1934 après l'incendie du Reichstag, puis émigra à Budapest. Devenu sioniste, il rejoignit le Mapai. En 1941, son frère fut déporté. Sa belle-sœur fut aussi déportée lors de la rafle de Kamianets-Podilskyï (juillet 1941). Toutes les légendes sur le secours ou l’aide automatique entre coreligionnaires s’écroulent si on observe de près la trajectoire des uns et des autres ; dans la guerre, c’est généralement le chacun pour soi qui prédomine comme l’illustre l’itinéraire de Brand ; mais aussi celui de Kasztner, dans sa dimension « hongroise » qui lui sera reprochée par l’Etat sioniste, et qui armera ainsi la main de son meurtrier, au fond… parce qu’il aura attenté au sacro-saint mythe de la solidarité indéfectible en diaspora nationaliste…(cf. voir plus loin).
Brand donna de l'argent à un espion hongrois, Josezf Krem, afin de sauver sa belle-sœur d'une mort certaine, puis de faire exfiltrer sa belle-famille. Il s'impliqua ensuite dans la contrebande et dans l'aide aux réfugiés polonais et slovaques qui tentaient de passer la frontière hongroise, alors encore refuge relatif contre les persécutions. Après l'occupation de la Hongrie en mars 1944, le Comité d'Aide et de Secours de Kasztner fut impliqué dans des négociations avec le représentant du RSHA IV, chargé des « affaires juives », à Budapest, Adolf Eichmann, pour sauver des « juifs hongrois ». Le 17 mai 1944, Brand fut renvoyé à Istanbul par les « barbares nazis », afin de proposer à l'Agence juive d'échanger « un million de Juifs contre dix mille camions » (ainsi que du thé, du café, du savon, etc) qui seraient fournis par les Alliés. Le point de savoir si le Reichsführer Himmler était informé de cette proposition, qui visait aussi à préparer une éventuelle paix séparée, reste débattu. Aux côtés de Brand, les Allemands avaient envoyé Bandi Grosz, un espion juif ( ? source wikipédia non indiquée), chargé par le Sicherheitsdienst (SD) de négocier une paix séparée avec les Américains ou les Britanniques, qui aurait exclu l'URSS et peut-être aussi Hitler (wikipédia ne donne aucune source précise à cet endroit). Certaines sources, dont Brand lui-même lors du procès Eichmann, affirment que Grosz était en fait un agent double travaillant également pour les Alliés. De toute manière on ne saura jamais précisément ce qui s’est passé dans ce bourbier, comme toujours on ne peut vraiment savoir ce qui s’est dit lors de négociations secrètes et même les historiens se laissent abuser quand les plus intelligents prennent des pincettes. La réalité de la proposition demeure controversée à ce jour. L'historien Raoul Hilberg affirme qu'on ne peut que spéculer à son sujet. L'historien Miroslav Kárný  estime que contrairement à la parole donnée Eichmann a ordonné des déportations au lendemain de l'offre faite, et qu'en outre il ne restait déjà plus « un million de Juifs » dans le Reich, et considère qu'il s'agit sans aucun doute d'un leurre.
Lorsque Brand aurait demandé à Eichmann comment être assuré que la proposition soit honorée, Eichmann aurait répondu non seulement que les « escrocs » étaient les Juifs, pas les Allemands, et qu'il était prêt à « dissoudre Auschwitz » (acte qui dépassait sa compétence) et délivrerait progressivement les Juifs promis en fonction des camions et du matériel fourni. Les représentants du comité d’aide de Kasztner se rendirent en Syrie, où ils furent arrêtés et menés au Caire pour être interrogés par les Alliés. Si la proposition fut refusée, Brand fut relâché et envoyé en Palestine. Il meurt en Israël en 1964, quelques années après le procès Kasztner et son assassinat1. Son rôle est subjectivement décrit dans L'histoire de Joël Brand (Die Geschichte von Joel Brand), un récit pseudo-autobiographique écrit par Alex Weissberg et par lui-même.
LE CAS KASZTNER
Rudolf (Rezső) Kasztner, aussi dénommé Israel (Yisrael) Kasztner, (1906 – 12 mars 1957) était donc le dirigeant du Va'adat Ezrah Vehatzalah (Vaada), ou Comité d'Aide et de Secours, pendant l'occupation de la Hongrie par les nazis lors de la Seconde Guerre mondiale chargé de négocier avec les SS l'autorisation pour 1684 Juifs de quitter la Hongrie pour la Suisse, en échange d'argent, d'or et de diamants, dans ce qui sera appelé le "train de Kasztner".
Kasztner émigre en Israël après la guerre et devient en 1952 le porte-parole du Ministre du Commerce et de l'Industrie. Son rôle dans les négociations avec les SS est contesté en 1953, quand il est accusé dans un pamphlet auto-publié de Malchiel Greenwald d'avoir été un collaborateur des nazis pour avoir entre autres fourni des témoignages à décharge aux Alliés sur l'officier SS Kurt Becher en évitant à ce dernier d'être jugé au procès de Nuremberg. Rattrapé par son histoire « légendaire » à lui aussi, il intente un procès à ce chroniqueur qui l’accuse ne quelque sorte d’avoir collaboré. Greenwald est poursuivi en justice par le gouvernement israélien au nom de Kasztner, ce qui conduit à un procès qui dure deux ans et qui se termine par une décision du juge, stipulant qu'en effet Kasztner « avait vendu son âme au diable », c'est-à-dire qu’il aurait non seulement semé des illusions sur les négociéteurs nazis mais ne se serait préoccupé à des fins personnelles que des juifs « hongrois ». La Cour suprême d'Israël annule ce jugement en 1958, mais entre temps, Kasztner a été assassiné par Zeev Eckstein. En 1957, Kasztner avait été abattu par ce membre d’un groupuscule israélien d’extrême droite, quelques mois avant que le jugement soit infirmé en appel.

Fut-il héros ou traître ? 

Qu’a donc négocié cet homme qui, dès 1943 à Bucarest, avait mis en place un comité de salut et de secours (la Vaada ) pour venir en aide aux siens ? Fut-il héros ou traître ? Intriguée par cette figure et les faits qui lui sont associés, l’Américaine Gaylen Ross a entrepris une longue enquête qui débute sur le lieu du crime, en présence de l’assassin, libéré après une courte peine de prison. Cette présence doit moins à un goût malsain du spectaculaire qu’au cheminement du film lui-même, débutant dans le doute et le malaise, s’achevant dans une impressionnante catharsis individuelle, familiale et collective. Au long de ces deux heures intenses, l’auteure éclaire peu à peu la démarche de Kasztner qui, avec quelques autres, tenta de soustraire les Juifs « hongrois » de la déportation en échange de livraisons de matériel (principalement des camions) à l’Allemagne, mais sa démarche « hongroise » remet en cause le nationalisme juif, ce qu’un critique de cinéma enrobe sous cette suave phrase : « Le film interroge les fondements de la société israélienne »…
Les livraisons n’eurent jamais lieu, mais le versement d’une forte rançon permit au premier convoi organisé par Kasztner d’arriver jusqu’en Suisse, après avoir stationné plusieurs mois à Bergen Belsen. Poursuivant ses efforts, le « négociateur » serait parvenu à éviter le pire à des milliers d’autres internés, réorientés des camps de la mort vers des camps de travail. La cinéaste Gaylen Ross montre la culpabilité des survivants du convoi aujourd’hui très âgés, qui durent vivre avec les questions : « Pourquoi vous ? » et « En échange de quoi ? ».
Bien que Kasztner ait été présenté, lors du procès en Israël, comme un représentant des notables juifs et des Judenräte, il provenait en fait d'un milieu différent que celui des notables de la communauté juive hongroise. D'origine roumaine, il fut contraint d'abandonner le journalisme après l'application des lois antisémites du régime Horthy. Sioniste et socialiste, ces deux traits le distinguent des notables juifs hongrois lesquels, orthodoxes ou libéraux, prônent plutôt l'assimilation et se considèrent comme des « hongrois juifs », méfiants à l'égard de juifs venus d'ailleurs, et par son action Kasztner n’avait-il pas souhaité être assimilé lui aussi comme « hongrois juif » ? Il vivait modestement à Budapest, travaillant pour de petits organismes sionistes tels que le Keren Kayemet.
En décembre 1941, Kasztner avertit ses amis juifs de l'extermination menée sur le front de l'Est par les Einsatzgruppen et co-fonde en janvier 1943 le Comité d'assistance, avec Joël Brand, Ottó Komoly  (qui le préside, avec Kasztner comme vice-président mais qui en devient de fait le dirigeant), Samuel Springmann (trésorier), deux Juifs orthodoxes sionistes et Ernst Szilagyi, de l'Hachomer Hatzaïr (gauche). Celui-ci, allant à l'encontre des sentiments des notables juifs hongrois, aident à traverser la frontière aux réfugiés polonais et slovaques.
Pendant l'été 1944, Kasztner rencontre donc Adolf Eichmann, chargé de la déportation des 800 000 Juifs de Hongrie vers le camp d'extermination d'Auschwitz en Pologne. Pendant cette rencontre, le comité d'assistance voulait aboutir à cet échange horrible de 10 000 camions fournis à l'armée allemande via l'Agence juive par les Britanniques en échange du sauvetage d'un million de juifs. Finalement, un accord aurait été trouvé pour sauver 1685 Juifs moyennant le versement d'une somme de 1000 dollars par personne sauvée (sic !). La plupart des passagers ne peuvent pas se procurer une telle somme. Aussi Kasztner aurait-il mis aux enchères 150 places pour des Juifs fortunés de façon à payer les places pour les autres. En plus, l'officier SS Kurt Becher (en), l'envoyé d'Heinrich Himmler, insistait pour que 50 sièges soient réservés aux familles de personnes qui lui avaient versé de l'argent personnellement afin d'obtenir de sa part certaines faveurs, moyennant la somme de 25 000 dollars par personne. Becher lors des négociations réussit aussi à augmenter le prix de la place de 1 000 à 2 000 dollars. Le montant total de la rançon est estimée par la communauté juive à 8 600 000 francs suisses, bien que Becher lui-même la chiffre à seulement 3 000 000 de francs suisses.
Le 30 juin 1944, le train partit de Budapest mais, contrairement à la parole donnée à Kasztner, il est dirigé vers le camp de Bergen-Belsen, où il arrive le 9 juillet avec 1 684 Juifs à bord. Les passagers furent gardés pendant quelques semaines dans une section spéciale du camp de concentration. En août, 318 furent admis à partir pour la Suisse, pays resté neutre. En décembre 1944, le reste des passagers, à part 17 qui furent contraints de rester à Bergen-Belsen sous différents prétextes, furent autorisés à partir pour la Suisse dans le même train. 

Collaboration supposée

La réunion entre Kasztner et Eichmann aura des répercussions à très long terme en Israël, et surtout parmi la communauté juive d'origine hongroise. Un des points reprochés à Kasztner, est qu'il participe lui-même à l'établissement de la liste de ceux qui seront autorisés à quitter la Hongrie par train. De nombreux Juifs sauvés sont des parents, des amis personnels de Kasztner ou des Juifs hongrois fortunés pouvant payer pour ceux qui n'en ont pas les moyens, ainsi que les responsables sionistes et de la communauté. Même pendant les négociations, des milliers de Juifs hongrois continuent d'être déportés vers le camp d'Auschwitz.
La plupart des Juifs sauvés par Kasztner le considèrent comme un héros qui a risqué sa vie en négociant avec Eichmann. Cependant d'autres Juifs hongrois s'interrogent pour savoir si Kasztner devait négocier avec Eichmann et si Kasztner, au lieu d'un héros, ne serait pas plutôt un collaborateur. En 1960, seize ans après sa rencontre avec Kasztner, Eichmann raconte au magazine Life que Kasztner « avait accepté de faire tout son possible pour que les Juifs n'opposent aucune résistance à leur déportation, et même qu'ils se comportent correctement dans les camps de regroupement, si je fermais les yeux et laissais quelques centaines ou quelques milliers de jeunes Juifs émigrer vers la Palestine. C'était une bonne affaire. »
En mai 1944, Kasztner et beaucoup d'autres responsables juifs savent, après avoir reçu fin avril 1944, le rapport Vrba-Wetzler, que les Juifs sont envoyés à la mort. Ce rapport est communiqué aux responsables des organisations juives dans l'espoir que les Juifs hongrois soient avertis qu'ils sont envoyés dans des camps de la mort et non dans des camps de regroupement, comme on le leur fait croire. Cependant, ce rapport n'est pas rendu public par Kasztner et les autres responsables de la communauté juive hongroise.
En particulier, le 3 mai 1944, lorsque Kasztner se rend à Cluj, douze jours avant le début des déportations, il omet d'informer la communauté juive, mis à part les notables à qui il offrait des places sur le train vers la Suisse, du sort qui les attend. Les notables [avertis par Kasztner, lui-même venant d'un milieu différent des notables de la communauté juive hongroise] furent dès lors acculés à collaborer « objectivement » avec les nazis, puisque ceux-ci, par l'entremise de Kasztner, leur promettaient la vie sauve, à la condition formulée seulement de façon implicite mais sans qu'il y ait de doute sur le sens du marché, qu'ils diffusent des nouvelles rassurantes auprès du vaste public qui leur faisait confiance, endorment toute vigilance, et donnent la consigne d'obéir sans broncher aux ordres des autorités, hongroises ou allemandes. Opération de mystification répétée à plus grande échelle, lorsque la liste des passagers du train de la survie, dont le départ eut lieu effectivement le 30 juin 1944, fut élargie pour inclure non seulement les Juifs de Cluj, à l'origine pris en compte en priorité, mais les membres d'organisations juives de toutes sortes sur l'ensemble de la Hongrie (...) Et Kasztner n'oublia pas d'inscrire sa famille et ses amis sur la liste qui assurait le salut. »
À la fin de la guerre, 450 000 Juifs hongrois auront été assassinés. Les détracteurs de Kasztner prétendent qu'il s'est mis d'accord avec Eichmann pour ne pas avertir les Juifs hongrois de la menace qui pèse sur eux, afin de ne pas mettre en danger les négociations pour sauver les Juifs qui s'échapperont par le « train de Kasztner ». Les défenseurs contemporains de Kasztner soutiennent que cet accord sur le train faisait partie du projet beaucoup plus important de négociations que de sauver tous les Juifs hongrois, le fameux « un million de Juifs hongrois contre 10 000 camions » ou l’affaire Joël Brand, que j’ai évoquée ci-dessus.

La défense de l'officier SS Kurt Becher

Renvoi d’ascenseur naturel… Au début de 1945, Kasztner voyage en Allemagne avec Kurt Becher (en), qui a reçu l'argent et les objets de valeur payés pour sauver les Juifs du train. Himmler a ordonné à Becher d'accélérer la destruction des camps de concentration, alors que les alliés gagnent du terrain, dans les derniers jours de la Seconde Guerre mondiale. Bien que Kasztner soit un Juif hongrois et Becher un officier SS, il semble qu'ils aient travaillé correctement ensemble. Après la guerre, Becher est jugé à Nuremberg pour crimes de guerre. Kasztner témoigne en sa faveur, déclarant que Becher est « taillé dans un bois différent de ceux des meurtriers de masse professionnels de la SS politique ». Sa défense d'un officier SS met en colère la communauté juive hongroise, même plus que ses négociations avec Eichmann. En tout, Kasztner témoigne cinq fois, de 1946 à 1948, en faveur de Becher et des autres SS impliqués dans les négociations sur le train et la rançon.

Le Procès Kasztner ou la surenchère nationaliste juive

Kasztner émigre en Israël après la guerre, et devient actif au sein du Mapaï (centre-gauche). Il est candidat deux fois mais ne réussit pas à être élu à la Knesset (Parlement israélien), et est nommé porte-parole du Ministre du Commerce et de l'Industrie en 1952. Son rôle dans les négociations avec les SS pour sauver des Juifs hongrois fait la une du journal de droite Hérout (en) en 1953, quand il fut accusé par Malchiel Gruenwald (en), écrivain amateur et pamphlétaire activiste d'extrême droite :
  1. de collaboration avec les nazis ;
  2. d'avoir favorisé le meurtre des Juifs hongrois ;
  3. d'être complice avec l'officier nazi Kurt Becher (en) du vol de biens juifs ;
  4. d'avoir, après la guerre, évité à Becher le châtiment qui lui était réservé.
Ironiquement, Gruenwald lui-même fut plus tard accusé d'avoir demandé aux autorités britanniques d'empêcher un navire de réfugiés, le SS Patria (en), d'accoster en Palestine. Gruenwald accusait entre autres Kasztner d'avoir été placé en bonne position sur la liste législative du Mapaï, alors qu'en fait il avait été placé suffisamment bas pour que le Mapai soit sûr qu'il ne soit pas élu. Haim Cohen, procureur général d'Israël et ministre de la Justice, décide alors que les accusations de Gruenwald doivent soit faire l'objet de réparations lors d'un procès en diffamation, soit admises par Kasztner qui devrait alors démissionner, le nouvel Etat d'Israël ne pouvant se permettre, selon ses termes, qu'un homme sur lequel pèserait un soupçon sérieux de collaboration avec les nazis ne soit investi de fonctions officielles.
Gruenwald fut poursuivi en justice pour diffamation par le gouvernement de centre-gauche pour le compte de Kasztner. Son avocat, Shmuel Tamir , est un ancien membre de l'Irgoun, ex-chef du service des renseignements de l'Irgoun à Jérusalem, et un partisan de l'aile droite du parti d'opposition Hérout conduit par Menahem Begin. Tamir fait du procès en calomnie contre son client un procès politique contre Kasztner et par ricochet contre le Parti travailliste. Appelée à la barre le 14 juin 1954, la mère de l'héroïne juive hongroise Hannah Szenes accuse aussi Kasztner d'avoir refusé de la recevoir après l'arrestation de sa fille et de ne lui avoir fourni aucune aide. Après deux ans de procès, dans son jugement, le juge Benjamin Halevi, du tribunal de grande instance, acquitte Gruenwald de calomnie pour le premier, second et quatrième chef d'accusations. Il écrit :
« Le parrainage nazi de Kasztner et leur accord pour lui laisser sauver six cents Juifs importants, faisaient partie du plan d'extermination des Juifs. Kasztner avait une chance d'en ajouter quelques uns à ce nombre. La tentation l'a séduit. L'opportunité de sauver des gens importants lui plaisait énormément. Il considérait le sauvetage des Juifs les plus importants comme un grand succès personnel et un succès pour le sionisme. C'était un succès qui justifierait aussi sa conduite – ses négociations politiques avec les nazis et le parrainage nazi de son comité. Quand Kasztner recevait son cadeau des nazis, Kasztner vendait son âme au satan allemand ». La décision du gouvernement israélien de faire appel au nom de Kasztner conduit à sa chute et à de nouvelles élections. Kasztner devient alors le symbole du « parvenu » ou du « notable juif » qui aurait préféré négocier avec les nazis afin de protéger ses proches en sacrifiant les plus modestes de la communauté juive, figure diamétralement opposée à celle du héros résistant figurée par Hannah Szenes ou par les insurgés du ghetto de Varsovie.
Le 3 mars 1957, Zeev Eckstein, jeune homme d'extrême droite alors âgé de 24 ans, et qui n'a aucun lien avec l'Holocauste, lui tire dessus. Kasztner meurt de ses blessures neuf jours plus tard. En se basant sur des rapports de la Cour israélienne, le journaliste et écrivain Ben Hecht écrit qu'Eckstein était, quelques mois avant l'assassinat, un indicateur payé par les services de renseignements du gouvernement israélien.
La Cour Suprême d'Israël annule la plus grande partie du jugement et innocente Kasztner en 1958. La décision est justifiée dans son rapport par :
  1. Pendant cette période, Kasztner n'était motivé que par son désir de sauver des Juifs hongrois, dans leur ensemble, c'est-à-dire le plus grand nombre possible qu'il estimait pouvoir sauver dans les circonstances de l'époque.
  2. Ce motif était conforme au devoir moral de secours auquel il était soumis en tant que responsable du Comité d'Aide et de Secours de Budapest.
  3. Influencé par ce motif, il adopta la méthode de négociation financière ou économique avec les nazis.
  4. Le comportement de Kasztner semble à la fois plausible et raisonnable.
  5. Son comportement lors de sa visite à Cluj-Napoca (le 3 mai) et ultérieurement, aussi bien son aspect actif (le plan des « juifs importants ») et son aspect passif (cacher les « nouvelles d'Auschwitz » et le manque d'encouragement pour des actes de résistance et d'évasion sur une large échelle) est conforme avec sa loyauté à la méthode qu'il considérait, pendant les moments cruciaux de la négociation, comme étant la seule chance de sauvetage.
  6. En conséquence, on ne peut pas trouver de faute morale dans son comportement, on ne peut pas trouver de lien entre son comportement et la facilité du transport et de la déportation des Juifs hongrois, on ne peut pas considérer son comportement comme une collaboration avec les nazis.
Contrairement aux années 1950, le procès de Kasztner représente aujourd'hui en Israël, selon l'historien M. Kriegel, « avant tout l'incapacité du jeune Etat (...) à saisir la nature des dilemmes qu'affrontaient les membres des conseils juifs, et sa tendance à resserrer toute la distribution, sur le théâtre de la Shoah, sur les deux seuls rôles du héros et du traître. Une société qui (...) considère dorénavant le procès de 1954 comme l'un des symptômes les plus problématiques de la maladie infantile de son nationalisme (je souligne, jlr). » Cette perception tranche cependant avec l'arrêt de la Cour, qui ne reprochait pas à Kasztner de n'avoir pas mené une révolte, mais surtout de n'avoir pas averti les juifs de Cluj du destin qui les attendait dans les camps, ainsi que de ne pas avoir aidé les parachutistes juifs, dont Hannah Szenes, voire d'avoir « quasiment obligé » deux d'entre eux de se livrer à la Gestapo, et d'avoir témoigné en faveur du SS Becher.
Des questions posent problème aux journalistes naïfs :  pourquoi Kasztner a-t-il démenti, lors de son procès, qu'il avait témoigné en faveur des officiers nazis ? Ce mensonge couvrait-il l'aval des autorités sionistes et leur implication dans ces négociations ? Quant à son assassin, agent infiltré des services secrets au sein de l'extrême droite, libéré de prison dès 1964, faut-il le croire lorsqu'il prétend avoir été retourné par l'idéologie qu'il était censé combattre ? Faut-il porter davantage crédit à sa version de l'assassinat, selon laquelle la balle qui a tué Kasztner provenait d'un tireur embusqué ?
«  Ces questions, dit l’un, jalonnent le film très documenté de Gaylen Ross, mais n'en épuisent pas la substance. Car la réalisatrice ne se contente ni de son travail d'enquête, ni des supputations qu'elle suscite. Elle fait de son film un acteur de l'Histoire, en convainquant à la fois la fille et la petite-fille de Kasztner, mais aussi bien son assassin, non seulement d'y témoigner, mais de se rencontrer pour la première fois. Ce "scoop" qui confine à la télé-réalité est le point d'orgue d'une mise en scène qui ne lésine pas sur les moyens de captiver le spectateur, depuis le suspense qui gouverne son récit jusqu'à la reconstitution du crime sur fond musical emphatique, en passant par un happy end tiré par les cheveux. L'affaire Kasztner, suffisamment tragique, n'en demandait pas tant. Reste une enquête impressionnante et une histoire forte, dont on aurait aimé que les nombreuses hypothèses, ainsi que les implications politiques, soient davantage passées au filtre de l'expertise historienne ».
Voilà c’est tout. Vous êtes documenté. Vous pouvez aller voir le film. Mais que cela ne vous empêche pas de réfléchir à la grande histoire, celle de la lutte des classes, et de bien considérer que la victimologie juive persiste à voiler les causes et conséquences de la Seconde Guerre mondiale. Sous le masque du nationalisme juif, à prétention universaliste.

PS : Pour réfléchir sur le nazisme en tant que « modernisme », «avant-gardiste du capitalisme décadent » et sa perpétuation… sarkozienne, je suggère de lire Franz Neumann, ami de Marcuse, décédé accidentellement en 1954), Behemoth, grand classique et « Notes on the theory of Dictatorship » où il énumère cinq facteur qui caractérisent le totalitarisme moderne : passage de l’Etat de droit (Rechtstat) à l’Etat policier ; concentration du pouvoir ; existence d’un parti monopolisant le pouvoir d’Etat ; contrôle par l’Etat de tous les aspects de la société ; enfin, instauration de la terreur. Ce totalitarisme étatique est typiquement un produit de la société industrielle ou même post-industrielle, à la fois en raison du besoin d’organisation que celle-ci engendre, et en raison des masses désorganisées et des groupes déclassés qui lui fournissent ses troupes.


dimanche 1 avril 2012

En finir avec les «sales cons» au travail



Par Christine Lagoutte (Le Figaro) 

Dans son livre volontairement provocateur, «Objectif zéro sale con», un professeur de management de Stanford, Robert Sutton, livre ses recettes pour venir à bout des pourrisseurs d'ambiance au bureau.

http://www.lefigaro.fr/icones/coeur-.gif
Que font les entreprises pour gérer les «sales cons» qui pourrissent la vie des autres salariés? Elles ont les yeux rivés sur leur performance économique, elles prônent le dynamisme et l'innovation pour se développer, mais elles se montrent bien peu «attentives à ces personnalités toxiques», qui s'avèrent être un coût inutile mais bien réel pour les finances des boîtes?
Volontairement provocateur, Objectif zéro sale con, le livre de Robert Sutton, professeur de management à Stanford, fixe en tout cas un cap à des dirigeants qui seraient bien avisés de regarder les choses en face. «Les sales cons sont des coûts qui n'apparaissent pas dans les comptabilités analytiques, mais faire l'inventaire de leurs dégâts n'est pas si difficile», explique-t-il.
Pour Robert Sutton, il y a urgence à agir car «ils pullulent». «Toutes les entreprises doivent adopter l'objectif zéro sale con parce que ces personnes infligent des dommages considérables à leurs victimes directes, à la performance organisationnelle, mais aussi à elles-mêmes.» Augmentation du stress et des risques de crise cardiaque chez ceux qui en sont victimes, hausse de l'absentéisme et envolée de la rotation du personnel. Le professeur de Stanford s'est même livré à un calcul de ce que coûte ce genre de salarié à une entreprise: il arrive à une addition «par sale con» de 160.000 dollars par an! Mais comment agir pour atteindre cet «objectif zéro sale con»? Voici les cinq recettes de Robert Sutton.
• Choisir les bons collaborateurs. Partant du principe que «des sales cons embaucheront d'autres sales cons», Robert Sutton suggère de les écarter des processus de recrutement ou d'impliquer aussi des «gens civilisés».
• Identifier les salariés pourrisseurs d'ambiance et qui passent leur temps à brimer et harceler les autres. Pour y parvenir, Robert Sutton a listé ce qu'il appelle «leurs douze vacheries» quotidiennes. On y trouve pêle-mêle «insultes personnelles», «menaces ou intimidations», «humiliations ou remontrances publiques», «attaques hypocrites»…
• Limiter leur pouvoir de nuisance. Par exemple en réduisant les frontières hiérarchiques ou les écarts de salaires trop importants qui leur donnent un sentiment de pouvoir et l'impression d'être des superstars.
• Se protéger. «Le meilleur moyen et le plus sûr est de vous tenir aussi loin que possible des gens et des endroits contaminés par le virus», écrit Robert Sutton. Si c'est impossible, car c'est du patron qu'il s'agit, une seule solution: changer de boîte.
• Attention à ne pas devenir «sale con» soi-même. Pour Robert Sutton, nous sommes tous des «sales cons» en puissance. Il faut alors essayer de ne pas considérer ses collègues comme des concurrents et de construire plutôt une relation «gagnant-gagnant dans les échanges au travail».
À l'évidence, la méthode prônée par Robert Sutton a trouvé son public. Publié pour la première fois aux États-Unis en 2007, il s'est vendu à plus de 475.000 exemplaires (toutes langues confondues). Il vient d'être réédité, preuve qu'il y a encore du travail pour venir à bout des sales cons au bureau.

vendredi 30 mars 2012

QUI VA BAISER LA FRANCE?




(d’après L’Express : « Les gagnants et les perdants du sarkozysme »)

UN CONSTAT : LA PAUVRETE

Loin de reculer, la pauvreté progresse en France: elle concerne aujourd'hui plus de 11 millions de personnes. C'est ce que révèle le rapport de l'Observatoire national de la pauvreté et de l'exclusion sociale (Onpes) publié jeudi, qui dresse un tableau inquiétant en compilant une vingtaine d'indicateurs datant de 2009, dernière année disponible. Le point avec Didier Gelot, secrétaire général de l'Onpes.
Quelles sont les grandes tendances du rapport?
Didier Gelot: Premier constat, le taux de pauvreté en France augmente depuis 2004. Alors qu'il était de 12,6%, il s'élevait à 13,5% de la population en 2009, soit 8,2 millions de personnes pauvres, vivant avec moins de 954 euros par mois. Quant aux personnes en situation de grande pauvreté, c'est-à-dire en dessous du seuil de 640 euros mensuels, elles sont au nombre de deux millions. Sans compter les personnes touchées par des "privations matérielles sévères de biens et de services" ou une "très faible intensité de travail". Ce qui représente au total plus de 11 millions de personnes. En tout, 700.000 personnes cumulent ces trois indicateurs.
La pauvreté s'accentue chez les familles monoparentales, soit deux à trois fois plus que l'ensemble de la population, chez les enfants où le taux est de 18% et chez les jeunes de 18 à 24 ans. Et la pauvreté est encore plus présente en zones urbaines sensibles (ZUS), où le taux de pauvreté s'établit à 32%. Et près d'un jeune sur deux de moins de 25 ans habitant en zone urbaine sensible est pauvre. Deuxièmement, on ne parle pas assez de la pauvreté en milieu rural. Moins de personnes sont touchées qu'en zone sensible, mais le taux de pauvreté est supérieur qu'en zone urbaine. En 2008, il était de 14,4%. Il s'agit principalement de néo-ruraux et de paysans paupérisés.
Enfin, on peut gagner sa vie, avoir un travail et vivre en dessous du seuil de 954 euros par mois. C'est un phénomène qui s'accentue, il touche aujourd'hui 7% de la population. C'est particulièrement le cas pour les femmes seules avec enfant. De plus en plus de professions ne vous permettent pas de franchir le seuil de pauvreté, c'est notamment le cas dans le secteur du service à la personne, dans la restauration, l'agriculture.
Comment peut-on expliquer cette augmentation de la pauvreté ?
On observe qu'il y a eu un tournant dans les années 2000. Pourtant, c'était avant la crise, mais depuis dix ans le travail est de plus en plus précarisant, grisant. Certains sont exclus du marché du travail et la crise a accentué ces phénomènes déjà présents. Elle n'a pas tout fait, mais elle les a rendus de plus en plus aigus. Sur le marché du travail, le CDI (contrat à durée indéterminé) a laissé place à des contrats courts, des temps partiels.
Par ailleurs, le nombre et la fréquence des missions intérimaires se réduisent, tandis que la sous-traitance se développe y compris pour les postes qualifiés de l'industrie. Il faut avant tout une vraie politique de l'emploi.
Quelle est la situation de la France par rapport aux autres pays européens ?
La France fait partie des pays où le taux de pauvreté demeure un des plus modérés. Si l'on compare avec des pays voisins comme l'Espagne, l'Italie, l'Allemagne, le système de protection sociale de la France a permis de diviser par deux le nombre de pauvres. Aujourd'hui, sans aides sociales, le taux de pauvres serait de 20%. L'effet a été net sur la réduction du taux de pauvreté, reste le niveau des minima sociaux. Par exemple, le RSA (revenu de solidarité active) se situe aux alentours de 450 euros par mois, en dessous du seuil de pauvreté. Or le pouvoir d'achat s'est dégradé depuis les années 2000. Les minima sociaux sont n'étaient que peu revalorisés ces dernières années. Le conseil national des politiques de lutte contre la pauvreté et l'exclusion prône une revalorisation de ces minima sociaux de 25%.

L'abandon des jeunes générations

La France a mal à sa jeunesse. Comment le dire autrement ? En Europe, ce sont en effet les jeunes Français qui sont les plus pessimistes. Que ce soit en termes de revenu, de patrimoine, d'emploi, de taux d'effort financier pour se loger ou de précarité, les inégalités générationnelles n'ont cessé de se creuser depuis au moins une décennie. La crise économique récente n'a fait qu'accentuer le fossé entre les seniors et leurs petits-enfants.
Certes, les statistiques sont parfois contradictoires. Entre mai 2007 et janvier 2012, le nombre de chômeurs de plus de 50 ans inscrits à Pôle emploi a bondi de près de 60 %, contre une hausse de 28 % pour les moins de 25 ans. Un résultat cependant trompeur. D'abord, parce que le taux de chômage des jeunes (22,4 % au dernier trimestre 2011) est trois fois et demie plus élevé que celui des plus de 50 ans. Ensuite, parce qu'il a grimpé de 4 points sur la période, contre une hausse de 1,5 point pour celui des plus de 50 ans. Surtout, les difficultés d'insertion des jeunes sur le marché du travail se sont encore accrues avec le développement de poches de travail quasi gratuit : stages, piges, free-lance... Résultat : près de 20 % des jeunes vivent aujourd'hui avec moins de 60 % du revenu médian, alors que le taux de pauvreté des retraités est désormais inférieur à celui de la moyenne de la population. La flambée immobilière des dernières années a encore accru les écarts patrimoniaux : les jeunes ont aujourd'hui peu d'espoirs d'accéder à la propriété sans un endettement maximal.
S'ajoute enfin la réforme des retraites. "En décidant de siphonner les 34 milliards d'euros du Fonds de réserve des retraites pour assurer le bouclage financier à court terme du système, le gouvernement a pris aux actifs de demain pour donner aux retraités d'aujourd'hui", dénonce Olivier Ferrand, le président de Terra Nova. Gare à la guerre générationnelle (n’importe quoi…).

Les smicards, grands oubliés

En théorie, la création du revenu de solidarité active (RSA) par Martin Hirsch, en 2009, devait profiter aussi bien aux RMistes qu'aux smicards. Les premiers sont assurés d'être toujours gagnants financièrement à la reprise d'un emploi, même à temps partiel. Avec un smic à mi-temps, un allocataire touchera ainsi son salaire, 550 euros, plus 266 euros au titre du RSA activité, qui est la vraie nouveauté de la réforme. "Avec un total de 816 euros, le gain par rapport au seul RSA est de 342 euros, contre 76 euros auparavant", calcule Yannick L'Horty, économiste de l'emploi. Par ricochet, le RSA activité bénéficie aussi à tous les travailleurs pauvres, passés ou non par la case minima sociaux. Pour reprendre le même exemple, un salarié au smic à mi-temps devrait aussi gagner 816 euros, même s'il n'a jamais été inactif. Mais 68 % des bénéficiaires potentiels du RSA activité ne le réclament pas. Un taux que les chercheurs s'expliquent mal. Méconnaissance ? Peur de la stigmatisation ? Lourdeur des démarches ? Toujours est-il que les smicards dans cette situation sont de fait perdants. D'autant que, depuis 2007, le gouvernement a toujours refusé de donner un coup de pouce au smic, se contentant d'appliquer la revalorisation minimale légale.

SALARIES DU PRIVE ET DU PUBLIC TOUS VICTIMES

Le public au régime sec
Début 2012, la France comptait presque 35 % de demandeurs d'emploi de plus qu'en mai 2007. Bien sûr, la crise économique qui s'est déclenchée dans les premiers mois de l'ère Sarkozy a laissé des traces, pénalisant en priorité les jeunes arrivants sur le marché du travail et les seniors des entreprises en restructuration. De fait, les effectifs du secteur privé ont fondu de près de 1,6 % durant le quinquennat, et la montée du chômage a pesé sur les négociations salariales.
Salaire mensuel par tête
Depuis 2006, les gains de pouvoir d'achat ont été plus forts dans le privé que chez les fonctionnaires. Cependant, la cure d'austérité a été plus sévère dans la fonction publique - non-remplacement d'un départ à la retraite sur deux, pressions sur les salaires, gel du point d'indice de rémunération en 2010 et 2011 -, même si le gouvernement a tenté de mettre en place un système de rémunération à la performance. Entre 2007 et 2011, le salaire mensuel nominal par tête a progressé de 7,8 % dans la fonction publique, alors qu'il a crû de 9,4 % dans les secteurs marchands non agricoles. En tenant compte de l'inflation, les gains de pouvoir d'achat des fonctionnaires ont donc été plus faibles que ceux des salariés du privé.
Les trous du cul patronaux grands bénéficiaires
La différence de traitement entre l'élite et le gros de la troupe s'accroît. Entre 2003 et 2010, les patrons du CAC 40 ont vu leurs émoluments s'envoler de 35%, quand la masse salariale ramenée à chacun de leurs employés progressait de 13%. Cas extrême au sein du groupe industriel Air liquide : sur la même période, le président Benoît Potier obtient une rallonge de 61%, contre 6% pour la masse salariale (par personne). Plus globalement, d'après les dernières statistiques (fin 2009), le revenu du décile le mieux loti (les 10% le mieux payés) s'élève à 3,4 fois celui du décile le plus pauvre (les 10% le moins bien payés). Ce "ratio d'inégalité" s'établissait à 3,2 en 2005. Consolation pour le président : la fracture salariale s'accroît presque partout en Europe, et dans des proportions équivalentes.

APERCU D’UN DECOUPAGE « SCIENTIFIQUE » DE LA France ELECTORALE (nettoyée de ses classes sociales) d’après le Nobs et Le Monde (« Pourquoi Hollande reste-t-il si flegmatique ?)

Une enquête Ipsos/Logica Business Consulting réalisée avec le concours du géographe Christophe Giulluy pour le Nouvel Observateur n’est pas étrangère au flegme qu’affiche actuellement François Hollande. Bousculé par la double offensive de Nicolas Sarkozy qui le dépasse désormais au premier tour dans les enquêtes d’opinion de cinq instituts sur huit, fragilisé par la montée de Jean- Luc Mélenchon (13 à 14% des intentions de vote) , le candidat socialiste a décidé pour le moment de ne rien changer à sa campagne. (…)
Si l’enquête Ipsos dit vrai, il a de quoi. Elle montre en effet que François Hollande  bénéficie d’une assise électorale très large alors que celle de son rival apparaît beaucoup plus rétrécie qu’en 2007. Combinant des indicateurs socio-économiques, démographiques mais aussi géographiques l’étude permet de distinguer quatre territoires géographiques et électoraux : la France métropolitaine aisée (25% de la population) qui est celle des grandes métropoles; la France périphérique intégrée (11%) qui regroupe les communes périurbaines ou rurales socialement intégrées ou aisées ; la France métropolitaine fragilisée (16%) qui s’apparente aux banlieues populaires ; La France périphérique fragilisée (48%) qui rassemble des communes périurbaines ou rurales fragiles ou populaires.
Le candidat socialiste a la particularité d’afficher un niveau d’intentions de vote homogène  ( entre 28 et 28,5%) dans trois catégories : la France métropolitaine aisée , la France  périphérique fragilisée et la France métropolitaine fragilisée . Il est plus faible dans la France périphérique intégrée» (25,5%) qui reste dominée par la droite et l’extrême droite . Mais au second tour, il l’emporterait dans les quatre France avec un score record de 56,5% dans la France périphérique défavorisée mais pas  négligeable dans la France métropolitaine aisée ( 54,5%) .  En 2007,  Ségolène Royal  n'était majoritaire que dans les banlieues. La situation de Nicolas Sarkozy apparait  beaucoup plus fragile. Le candidat UMP avait emporté le match de 2007 en agglomérant trois France : la France aisée ou protégée, dans laquelle il dominait largement, la France des banlieues où il talonnait Ségolène Royal, la France périphérique fragile où il dépassait la candidate socialiste ainsi que le leader du Front national . Aujourd’hui , il ne l’emporte plus que dans deux catégories : la France métropolitaine aisée et les zones périphériques intégrées,, mais avec une avance moindre qu’en 2007. En revanche il a complétement perdu son qualificatif de "candidat du peuple". Il recule fortement dans les banlieues populaires des grandes agglomérations où le Front national est à son plus haut niveau ( 19%) et surtout dans la France périphérique fragile qui représente le principal vivier électoral ( 48% ) .  Avec 25,5% des intentions de vote, il est pris en tenaille entre François Hollande ( 28,5% ) et le Front national (16%) lequel subit également la concurrence de Jean Luc Melenchon ( 14%).
« Cette France qui a cru à Nicolas Sarkozy en 2007 est en 2012, particulièrement sévère avec lui : c’est là que son bilan est le plus massivement jugé négativement, » indique Brice Teinturier , directeur général délégué d’IPSOS .
Le niveau de défiance atteint le record de 80% en matière de croissance et d’emploi qui sont les domaines dans lesquels se concentrent aujourd’hui les attentes les plus fortes. A trois semaines du premier tour , cette France périphérique fragile apparaît tout à fait stratégique car c’est elle qui concentre l’électorat le plus nombreux, le plus indécis et le plus susceptible de s'abstenir.


Les classes moyennes ont disparu (selon le géographe Christophe Guilluy. Interview dans leNobs).

 De l’autre côté, une France périphérique sur la défensive. Celle des nouvelles classes populaires...

Elle  représente  60% de la population. Dans la France périphérique, je mets à la fois des  espaces périurbains pavillonnaires, des zones rurales, des villages, des villes de mono-industries et même des centres urbains plus importants comme Perpignan. À l’écart du développement métropolitain, ces territoires représentent la France des fragilités sociales : celles des revenus, des statuts et du chômage. Regardez la carte des plans sociaux actuels : ce n’est pas celle des banlieues, pas celle non plus des grands centres urbains, mais bien celle de cette périphérie. Celle des petits salaires à 1.000 euros mensuels, voire 700 euros lorsqu’on étudie un département comme la Mayenne où le temps partiel est quasiment la norme. Une France bien moins dotée aussi en associations solidaires, au point que c’est dans ces territoires que la sous-utilisation du  RSA est la plus flagrante.

Vous insistez sur l’éloignement des pôles d’excellence scolaires et universitaires.

C’est le revers de la sympathique boboisation des centres des grandes villes, qui n’est rien d’autre qu’une appropriation du parc de logements populaires et des filières de la réussite par les catégories supérieures. Une lutte foncière des classes implacable. Du coup, les cursus éducatifs les plus performants sont de plus en plus excentrés et difficiles d’accès pour les enfants de la France périphérique. Et ils observent en silence que le recrutement prioritaire à Science Po concerne les étudiants des Zones urbaines sensibles. Jamais eux.

La désaffection des classes populaires pour les partis traditionnels ne relève donc ni d’une saute d’humeur ni d’un égarement…

Elles ont 20 ans d’expérience. 20 ans, elles ont cru pouvoir se faire entendre et à chaque fois elles ont été déçues. Or, leurs positions, tant sur l’immigration que sur la mondialisation, ne sont ni volatiles ni à simple vocation provocatrices comme on a pu le  croire après leur ralliement à Sarkozy en 2007. Il y aura toujours à leurs yeux deux  marqueurs décisifs aux prochaines présidentielles : la question sociale et la question identitaire.

Sur l’identitaire, on voit mal la gauche singer les thèses du Front national !

Bien entendu ! Mais il faudra bien affronter le sujet, si délicat soit-il, parce que l’entrée dans une société multiculturelle n’est pas qu’une simple péripétie. Surtout en France, qui prônait  et pratiquait jusqu’aux années 1970 l’égalitarisme républicain et l’assimilation des nouveaux arrivants. Que l’autre ne devienne plus "moi" mais ait à vocation à rester "autre", à développer ses valeurs et une identité plus ou moins communautariste, c’est une mutation anthropologique gigantesque. La gestion des différences culturelles, de l’islam et des prières de rue, ou encore du droit des femmes, ne peut être retoquée au  seul prétexte que des xénophobes l’exploitent. D’autant que c’est toute la société qui gère déjà cette coexistence par ses choix résidentiels ou les parcours scolaires de ses enfants. 

Mais c’est chacun selon ses moyens. Dans votre "Atlas des fractures sociales", vous rappelez qu’un parent enseignant sur cinq réussit à contourner la carte scolaire. Pour les ménages ouvriers ou d’agriculteurs, c’est un ménage sur… 20 qui y parvient. 

Le coeur du contentieux est là. Dès lors que vous disposez des moyens financiers ou relationnels pour ériger des frontières invisibles, la difficulté est maîtrisée. Le bobo réussit ainsi parfaitement à instaurer un protectionnisme culturel non dit en se payant le luxe d’un discours enthousiaste sur la société ouverte. Mais lorsqu’on ne dispose pas de ces outils, et c’est le plus souvent le cas pour les classes populaires, on se retourne alors vers un Etat fort pour le faire à sa place. 



mercredi 28 mars 2012

Front De GAUCHE = FOUTAGE DE GUEULE



(Le programme creux du Front de Gauche en tant que machine à perdre)

Dans l’hypothèse de son accession au pouvoir, le PS ne peut gouverner seul, et la crise a déshabillé la faction écologiste bourgeoise au profit d’un revival des thèmes staliniens autour du bateleur du cartel des gauches (PCF + un parti petit et artificiel, le Front de Gauche). Les sondages indiquent tout de même les tendances d’une opinion savamment conditionnée et cadenassée. Malgré tant d’agressivité, d’injures et de mauvaise foi sur tous les plans la droite bourgeoise n’a pas réussi à détrôner de la tête du peloton le champion de la gauche caviar et yaourt. Ni l’affaire DSK, ni le souvenir du bling-bling et de ses coquetteries de président des riches, ni les aboiements du chien de garde Copé, ni le très curieux épisode du terrorisme jihadiste à Toulouse, n’ont suffi à entamer la bonne cote du maillot jaune Hollande ni à faire baisser cette détestation du blaireau de l’Elysée. Quant une tactique est mauvaise de l’extérieur ne faut-il pas miser sur une autre, de l’intérieur… Sans oublier, ce qui n'est là pas du tout hypothèse, que le bateleur de foire populiste gauche ringarde, sert en même temps (voire surtout) de rabatteur d'abstentionnistes...qui fantasment "les virer tous" sans faire l'effort d'une révolution prolétarienne...
Le plus drôle dans les envolées du pitre, élevé au biberon trotskien, est sa découverte des richesses de la mer (belle référence aux pillards professionnels de la mer, le patronat maritime, un des pires exploiteurs des hommes... et de la mer). Les abstentionnistes considèrent que TOUS ces politiciens nous roulent dans la farine, Mélancon roule les vieux stals dans ... l'eau de mer et espère bien rouler "un maximum" des abstentionnistes les moins conscients. Et ils en redemandent, le ricard risque d'être salé...
L’envolée sondagière (relative et exagérée) du cas Mélenchon, décrété en troisième position, devançant l’horrible Marine Le Pen, reléguant la candidate écologiste au niveau des gagnepetits de l’extrême-gauche enfouie sous ses radotages, enchante tous les pépés éternellement syndiqués au stalinisme et fait battre la chamade au cœur des appareils municipaux où les professionnels des défilés espèrent une augmentation de salaire.
Cette embellie du F de G avec son porte-parole tête à claques n’est pas une fabrication de la presse (quoiqu’elle l’encourage) mais bien le reflet de l’impact des questions primordiales sur le public salarié – ceci dit péjorativement – chômage et crise. Le parti bourgeois écolo en est la principale victime et c’est tant mieux, mais quid d’une nouvelle « gauche plurielle » avec un cartel de partis néo-staliniens au programme imbitable pour tout gestionnaire sérieux de l’Etat français ? Hollande refuse de discuter avec Mélanchon, et ce dernier ne veut pas du programme (mal ficelé) du PS. Hollande veut bien du pouvoir présidentiel sans les inconvénients de la gauche solitaire, Mélanchon et ses complices se fichent de l’étape présidentielle mais rêvent d’un plus grand nombre de députés en villégiature parlementaire.
Henri Guaino, prince consort de l’Elysée (et qui ne veut pas en sortir) se répand en louange sur Mélenchon l’arsouille. Et si l’Elysée blaireau avait enfin compris qu’il ne sert à rien de s’égosiller contre Hollande et de laisser Mélanchon achever le travail… comme Marchais en 1977 ?
Trajectoire d’un hargneux :
Dans le portrait que lui consacre Libération en 2000, Mélenchon affirme que "la politique est devenue toute sa vie, qu'il n'a aucun hobby et que ses modèles sont Saint-Just et Mitterrand", et oublie de rappeler que ses deux idoles précédentes furent Trotsky et Lambert.  Au PS, Jean-Luc Mélenchon occupait une place relativement marginale comme chez les trotskiens lambertistes.  Il fût de toutes les aventures de la gauche du parti, avec le courant "Gauche socialiste" et Julien Dray, puis avec Henri Emmanuelli. Il refuse un poste de secrétaire d'Etat au Logement dans le gouvernement Jospin en 1997 (pas assez honorable pour lui) et finit par obtenir un maroquin de délégué à l'Enseignement professionnel en 2000 ; il s’avère être un « promu » très reconnaissant à son employeur Jospin et très discipliné.  Il est très triste au soir de la chute de Jospin. Son plan de carrière est donc interrompu, aussi lorgne-t-il vers d’autres partis.  Il rame dans les meetings avec Marie-George Buffet (madame 2%), José Bové, Olivier Besancenot, et découvre, selon Julien Dray, « une nouvelle famille chez qui il est applaudi, alors que la sienne ne l'aime plus ». Elu député européen en 2009, il s'ennuie au Parlement de Strasbourg mais a envie de copier le parti stalinien allemand recyclé Die Linke. Il lui faut ensuite faire parler de lui, en bien comme en mal. Il est grossier avec les journalistes qui le lui rendent bien. Il se fend d’un petit livre pas bien épais «  Qu'ils s'en aillent tous » pas cher et au titre démagogique pour un enfant de la balle formé au trotsko-stalinisme. 
Il attend patiemment que les clans d’extrême gauche se suicident comme à leur habitude (défense du voile au NPA + retrait de Besancenot), et se permet de mépriser ces gagnepetits pour ravir chez les journalistes la palme de « représentant de l’extrême gauche », avec des arguments qui sentent fort le pervers narcissique, assez comparable au blaireau de l’Elysée :"Je ne veux pas jouer dans le petit bain de l'extrême-gauche...  mon but est de démontrer que le vote utile, c'est nous". Utile pour le conseiller du blaireau, Guaino qui se répand en flatteries obséquieuses pour « l’intelligent Mélanchon », hommage du baudet à l’âne du PCF.
Mélanchon ne présente aucun intérêt comme personnage, et ne devrait pas supplanter le FN en terme de proportionnalité électorale, sur un seul point qui disqualifie tout son bla-bla d’arpète ; comme pour les gauchistes angéliques l’immigration n’est pas un problème, ce qui est se moquer franchement et des prolétaires et des immigrés, comme on l’analysera par après ; et la leçon de moralisme antiraciste donnée au FN, a autant d’effet qu’un cataplasme sur une jambe de bois.
LE PROGRAMME RADICALEMENT UTOPISTE DU FDG :
Utopiste n’est pas forcément un qualificatif infâmant. Pour le marxisme et le mouvement ouvrier, nous devons beaucoup aux utopistes du début du XIXème siècle. Les révolutionnaires maximalistes sont toujours, au bout du compte, qualifiés d’utopistes avec leur programme communiste de renversement de l’Etat capitaliste partout, au sens d’impossible et imaginaire. Or la vraie utopie est bien ce discours électoral d’estrade qui promet de raser gratis en dessaisissant la bourgeoisie de son pouvoir financier sans coup férir, du jamais vu et argument démodé de toute l’histoire du pacifisme impuissant. Utopique réformiste donc, qui relève du domaine des idées en soi, mais enfin du chant électoral sirupeux. Et ce mensonge réformiste n’abuse que les gogos qui veulent bien y souscrire.
Le programme du PDG n’a rien à voir avec le programme révolutionnaire communiste, mais frappe d’emblée par une foule de ressemblances avec un programme vieillot, chauvin et hexagonal du début des années 1970. Comparons immédiatement donc avec l’ancien programme commun de la gauche bourgeoise en 1972. On retrouve le même bla-bla à peu de choses près :
  • « Vivre mieux, changer la vie » : Réduction du temps de travail (retour à une durée du travail effective de 40 heures (le PDG renchérit avec les 35 heures), augmentation des salaires, généralisation de la sécurité sociale, aide au logement ;
  • Nationalisation (avec indemnisation) de grands secteurs industriels, régulation des marchés, « démocratie » dans l'entreprise ;
  • Décentralisation, « démocratisation » des institutions, garanties dans le domaine des libertés individuelles (fin des gardes à vue)
  • Lutte contre le chômage (objectif affiché de tout gouvernement de droite comme de gauche)
  • « Politique de paix » avec l'abandon de la force de frappe nucléaire, la réduction du service militaire à 6 mois, et la dissolution de l'OTAN et du pacte de Varsovie sources de tensions internationales. (mais cette fois sans le paternel Brejnev)
  • Remaniement de l'Éducation nationale (éternel…)
  • Etc.
Alors que ces projets « unionistes » (augmentation des salaires, réduction du temps de travail,...) supposaient un besoin de financement majeur, les méthodes de financement n'avaient pas été très explicitées (comme celles du fumeux programme du F de G de Mélanchon ne le sont en rien que… piquer aux riches dans un esprit jacobin yaourt sucré) ; et la catastrophe fût là en 1984. Signée par le PS, le PC et le Mouvement des Radicaux de gauche en 1972, cette union marquait le retour d’une gauche présentable (remaquillée après l’oubli de la responsabilité de la SFIO  dans la guerre d’Algérie). Cette union de politiciens permit au vieux routier charmeur de la IVème, Mitterrand d'être le candidat unique de la gauche en 1974 et à cette association de gagner une majorité de municipalités aux élections de mars 1977, sans toutefois lui permettre d’accéder au nirvana élyséen.
Cependant, les résultats décevants du PCF aux législatives partielles (et sous la pression de l’URSS) amènent celui-ci à conditionner le maintien de sa participation à une radicalisation du programme. Cela provoque la rupture avec un PS déjà très divisé sur la question du programme commun (le PS, comme la SFIO, a toujours souhaité régner avec des centristes). Malgré un rabibochage des trois partis entre les deux tours des législatives de 1978, les voteurs moutons font le « bon choix » (cf. discours du président Giscard d’Estaing) et la droite garde la majorité à l’Assemblée nationale. Pour la première fois le PS obtient un score supérieur à celui du PCF, ce qui été interprété par la suite comme une validation à moyen terme de la stratégie florentine (quoique toujours empirique et heurtée) de Mitterrand le petit.
La mise en place du Programme commun à partir de l'élection accidentelle de Mitterrand en mai 1981 a mené à une perte de confiance et à une fuite importante de capitaux. Face à cette crise française majeure, Mitterrand revient sur les changements opérés dans le domaine économique ; Pierre Bérégovoy, ministre de l'Économie, des Finances et du Budget du gouvernement  Fabius, privatise certains secteurs. Les marchés financiers sont partiellement dérégulés. La plupart des entreprises nationalisées entre 1981 et 1984 sont privatisées sous le gouvernement Jacques Chirac entre 1986 et 1988. Ce projet, du point de vue économique, aura marqué l'histoire de la France de par son échec et sera une des causes de la faiblesse de la gauche au cours des années suivantes. Le « tournant de la rigueur » de 1983-1984 confirme qu’à chaque fois qu’elle se retrouve au pouvoir l’oligarchie de gauche finit par gouverner comme la droite pour le maintien de la bourgeoisie. L’Etat de Mitterrand en 1984 se rend compte que les nationalisations ne sont pas une solution face à la crise économique et fait marche arrière vers la fuite en avant ultra-libéraliste.
Le PCF avait perdu un quart de son électorat au premier tour de l'élection présidentielle de 1981 et tombe de 20% à 15% des suffrages. En juin 1984, il passe en-dessous du FN aux élections européennes et tombe à 10%. En 1988,  Lajoinie, candidat du PCF plafonne à 6% des suffrages. Quant au PS, il remplace le PCF comme pôle principal de la gauche en France, pour la première fois depuis 1945. Le PCF ne cessera pas ensuite de décliner, passant même sous le score du NPA avec Besancenot, jusqu’à la plongée de la mère Buffet, confirmant que le PCF intra-muros n’avait plus une tronche présentable pour remonter la pente (et la mélanconisation n’est qu’un trompe l’œil pour cette  faction bourgeoise moribonde).
En signant le Programme commun, le PCF n’avait pas visé à accéder au gouvernement en période de crise. Il voulait demeurer le roi de l’opposition ; en bloquant 20% des suffrages depuis 1945, le parti stalinien garantissait le maintien de la droite au pouvoir au pouvoir moyennant un contrôle sur la classe ouvrière avec détournements de biens publics au profit de son appareil syndical et de ses féodalités municipales. Dès après 1968 (première atteinte à la domination du PC en milieu ouvrier), les élections locales montrent que le PS l'emporte sur le parti stalinien et la rupture de 1977 ne fait que renforcer le basculement du centre-gauche vers le PS ; les voix perdues à partir de cette date ne seront jamais rattrapées, et elles ne sont pas à mettre sur le prétendu déclin de la classe ouvrière ; et elles permirent au grand dam de Marchais et de Brejnev, d’installer le PS au centre du pouvoir, avec quatre strapontins du Colonel Fabien.
L’HUMAIN D’ABORD
Le programme du PDG Mélanchon se ridiculise d’emblée en prétendant proposer un capitalisme à visage humain, tout comme son alter ego PN Sarko avait prétendu humaniser ce même système. L’introduction fait appel aux meilleurs sentiments anti-capitalistes. Qui peut nier cette horrible domination, et ce besoin irrépressible que nous, spectateurs invariablement impuissants, d’ « affronter la finance », d’en finir avec « la suprématie des marchés ».
Mais n’est-il pas dérangeant, dès l’introduction, cet appel (déjà vu) : « il faut reprendre le pouvoir » ! Qui donc ? Certes en votant pour Mélanchon l’électeur syndiqué « prend le pouvoir » à travers lui comme on s’en doute, mais est-ce lui qui le « reprend », l’a-t-il jamais détenu ? Non puisque le pouvoir était celui de la gauche caviar puis jospinesque ! Ce sont les mêmes qui veulent revenir, quoique leur PDG bouffi semble refuser avec ostentation tout maroquin étatique.
Le programme du FDG est déjà dégonflé dans ses bases par une actualité amère, car il s’appuie sur des fumigènes évaporés en vue d’une 6ème République virtuelle et consensuelle : « déjà… des révolutions se développent en Amérique du Sud, dans les pays arabes… » ; mauvaise pioche : le petit caïd souteneur de Kadhafi, Chavez n’en a plus pour longtemps, et le jasmin est fané et ensanglanté dans le croissant arabe.
En fin d’introduction le programme du FDG ne se révèle au fond, indépendamment des marchandises utopiques qu’il va étaler par après, que comme un acte de bravoure électorale en faveur des vieux pachydermes du PC, des recyclés du trotskisme et des éjectés du PS, en résumé à se « soumettre » au cycle électoral présidentiel et législatif de l’année en cours.
PROGRAMME CHAUVIN
La patte du maréchal Staline n’est pas loin, le fameux « l’homme, ce capital humain », lorsque l’on s’avance dans le premier chapitrage qui définit ce qu’est la « richesse d’un pays », la capacité des hommes « à s’associer librement »… dans les entreprises nationalisées avec PDG syndicaux traditionnels. L’enflure stalinienne néo-française qui a toujours fétichisé depuis les années 1930 la « révolution française », pour minorer la révolution « des russes », ressort de la naphtaline pour indiquer que le résultat des navrantes élections françaises vont changer le monde : « ces forces créatrices qui refondront notre pays et aideront demain à changer le monde ». Oui électeurs des basses classes, debout pour « réinventer la gauche », qui aimerait tant être réinventée mais reste invendable ! Oui, vous, électeurs pue la sueur, vous aurez le droit de vous pointer aux « ateliers législatifs » du nouveau pouvoir « populaire » et mélanchonien, et d’assister aux débats entre Monsieur de Montebourg et d’obscurs caciques du parti stalinien, quand Hollande et ses laquais seront enfermés à Fresnes…
Le second chapitre tonitrue en faveur de la justice sociale enfin trouvée grâce aux urnes jacobino-staliniennes : « Partager les richesses et abolir l’insécurité sociale » ! Babeuf en est tout retourné dans sa tombe, avec le FDG et son PDG Mélanchon, finie la peur du lendemain !
Et d’égrener les mesures « maximalistes » où, par le miracle du saint esprit s’exercera « le pouvoir de la société sur les banques » (parce que nos révolutionnaires de soap opera veulent garder les banques ; une hérésie stirnérienne nous dit Marx dans son e-mail) :
-          Les 35 heures retrouvées (comme la Madeleine de Proust)
-          La timbale salariale à 60 ans
-          Salaire MAXIMUM pour les petites entreprises (Robespierre dors-tu content ?)
-          SMIC à 1700 euros (même chose que les gauchistes immédiatistes)
-          Remboursement à 100% des dépenses de santé (qui dit mieux ?)
-          Blocage des loyers (ouais tous ensemble tous ensembleu…)
-          CDD « encadré » avec le retour de l’autorisation administrative de licenciement (à laquelle personne ne croit plus et qui n’empêcha point les licenciements massifs chez le théoricien Mitterrand…)
-          Interdiction des licenciements boursiers (très bien mais sera-t-il possible de transformer les CRS en « garde rouge » ?)
-          Interdiction des expulsions locatives (même question que la précédente)
-          Réquisition des logements vacants (a-t-on pensé à désarmer les propriétaires en possession d’une partie des deux millions de fusils à pompe répandu en Gaule depuis leur interdiction ?)
-          Accession sociale à la propriété, « encourager diverses autres formes de propriété » (jadis, en référence au socialisme, la gauche ouvrière ne s’est jamais soucié de développer la propriété privée, serait-ce une erreur des camarades du PDG ?)
-          Taxation des revenus financiers des entreprises (très bien mais qui va accueillir ces pauvres patrons boat-people qui vont s’évader du territoire stalinokarchérisé vers des cieux fiscaux plus magnanimes ?)

Le pouvoir du mélanchonisme appliqué, outre sa virtualité dérisoire, ne serait qu’un partage dudit pouvoir entre vieux politiciens du stalinisme nécrosé et syndicalistes girouettes de tous les pouvoirs. Qu’on pense à ce que serait une renationalisation d’EDF avec les bonzes nucléocrates CGT directement aux commandes, faisant la nique aux éoliennes des braves bobos écologistes… une crise explosive potentielle entre bobos et mégalos syndicaux… et exit la gauche plurielle à peine esquissée.
Quelques ajouts servent à faire croire à des points de rencontre (capitalistes) avec la gauche bobards du PS - si on laisse de côté un gadget romanesque repiqué à un roman de science-fiction stalinienne (le IPH : indicateur synthétique de progrès humain ; l’homme ce capital précieux sera mesuré à l’aune d’un concept typique de l’époque de l’homme de marbre) –
-          Développer le potentiel industriel de la France (il n’est pas précisé comment, par la ré-introduction du travail à la chaîne ?)
-          « nous abolirons les pôles de compétitivité » (alors ce n’était point la peine de prétendre à une réindustrialisation !)
-          Finie l’exonération des cotisations sociales (les gros patrons seront partis et le schefs syndicaux surveilleront les casseurs et casseuses de pierre)
-          Création d’emploi dans l’agriculture (même pour produire bio, et faire des concessions à la bobologie verte) personne ne voudra retourner à la campagne aliénée (cf. regardez la fuite des paysans chinois)
Enfin sur l’immigration le programme du FDG se présente comme l’antithèse de celui du FN, et est apte à séduire les angéliques gauchistes et tous les irresponsables qui clament que l’immigration n’est pas un problème. Parenthèse : ce genre de laxisme pour des gens qui aspirent à « gouverner » est une confortable position qui n’engage à rien et sert de vertu « internationaliste » à bon compte. Comme pour les femmes battues, la critique de la Poll Tax ou les défilés altermondialistes ou gauchistes en faveur de la régularisation de tous les sans-papiers du monde, la protestation d’intention n’est que parole de prétoire, parole de faux-cul. Les femmes restent toujours battues dans ce système, les ouvriers licenciés et les sans-papiers humiliés aux portes des préfectures.
Pour le FDG et son PDG, l’immigration n’étant pas un problème (uniquement un os à ronger lancé par les méchants sarkoziens et les fachos du FN) il suffit de régulariser tous ceux qui le demandent. De même l’Etat mélanchonien se veut neutre concernant toutes les communautés religieuses et… politiques (le FN ne sera-t-il pas interdit ?)… les centres de rétention seront fermés (rentrera en France qui veut…), le port du voile sera donc rétabli, et comme sous la gauche jospinienne, on pourra constituer des petites mosquées en entreprise… par tolérance envers des immigrés que l’on spolie en haut lieu, bien qu’ils servent à musulmaniser de plus en plus le décor des banlieues ouvrières. L’antiracisme vire àl’anti-discrimination qui se mue en total respect pour la religion de la soumission qui sert alors à diviser les prolétaires aussi bien, et parfois mieux, que les différentes syndicraties et oligarchies de partis.
L’immigration n’est ni un problème local ni national, ni de droite ni de gauche… Elle est devenue un des problèmes insolubles dans cette société. Pour assurer sa crédibilité, le candidat Hollande a d’ailleurs mis un bémol à l’absence de contrôle des immigrés en général, face aux cris inconscients « humanitaristes » des gauchistes angéliques et des hargneux mélenchoniens. La question est certainement plus en milieu ouvrier réfléchi « qui les fait venir » ; et je me fiche à ce point de vue qu'un ouvrier vote Mélanchon ou Le Pen. Des deux côtés de la Manche, le patronat du bâtiment est avide de ce flux de main d'oeuvre mais il compte sur le filtrage drastique des Etats policiers pour poser ses conditions: aucune garantie sociale. Le traitement de l'immigration est devenu opaque et complexe et ne peut être résolu par le simpliste et gentil slogan "régulariser tous les sans-papiers", et leur attribuer les mêmes droits (bafoués déjà) qu’aux autochtones. L’idéologie d’Etat antiraciste se sert des immigrants déversés par la misère du monde pour enfermer le prolétariat dans des réactions de "défense nationale", de protection de "nos emplois". Celui qui affirme qu'il n'y a pas de problème de flux migratoire est un fourrier du FN, laquelle clique se repait du constat « d’envahissement » (qui n’est pas faux, mais prend tout son sens si l’on constate plutôt « l’incapacité du capitalisme décadent à absorber toutes les forces productives ; problème qui ne peut être réglé ni dans un seul pays ni sans détruire les Etats capitalistes). En ce moment dans le pays qui a été l’objet de tous les fantasmes émeutiers, en Grèce, sur la place principale d'Athènes, il y a foule de pakistanais et de petits dealers... L'Etat grec laisse faire pour détourner la colère sur  "l'envahissement" et plus seulement sur les banques. L'Etat turc laisse passe les migrants pour faire chier l'Europe... et un tel étalage sert parfaitement à diviser la classe ouvrière et à marginaliser les gauchistes qui exigent la régularisation de tous les « envahisseurs », autant de gagné pour l’équivalent du FN en Grèce.
Après l’avenir radieux promis en France à tout demandeur immigré, ce qui suit à un arrière-goût chevènementiste de restriction des « sauvageons ». La proposition subséquente est bidonnante : augmentation des effectifs de la police ! Pour quoi faire alors qu’elle n’aura plus rien à faire dans le monde de la liberté de s’associer, où tout licenciement sera interdit, où n’importe quel gus du monde pourra trouver le loger, le couvert et le cul de la crémière.
Résumé de la « démocratie participative » mélanchonienne :
-          Rétablissement de la proportionnelle et droit de vote aux immigrés, ainsi comme lors des « révolutions » fanées du croissant arabe, une foultitude de partis bourgeois pourront concourir sans rien changer au système de domination politico-financier, voire d'élire untel imam ou untel collectionneur de timbres ;
-          En entreprises l’oligarchie syndicale fera la pluie et le beau temps, interdisant la parole autant aux ouvriers qu’aux patrons (en souvenir de l’Etat bureaucratique prolétarien de l’autre côté du rideau de fer, les commissaires syndicaux étant tout de même plus compétents que les femmes de ménage)
-          Les voitures les plus récentes à des prix accessibles aux seuls grands bobos disposent d’une sixième vitesse, pourquoi les salariés de la France navrante ne disposeraient-ils pas d’une 6ème République ? Une assemblée constituante permettra aux professionnels des divers militantismes bourgeois d’occuper la scène et de jouer aux Etats généraux girondins et robespierristes, peut-être modifieront-ils le calendrier et remplaceront-ils le premier mai par le culte de l’être suprême avec moustache reconstituée?
-          Des forums citoyens permettront aux intellectuels staliniens et gauchistes de briller au-dessus de la foule des salariés plus intéressés par l’option sports moscoutaires.
Mieux que l’exemple fumeux et évanoui de la Grèce en colère, les fiers partisans du FDG assurent que la France mélanchonisée redeviendra le phare du monde, après sa note dégradée par les agences de notation et la rotation perverse du blaireau précédent : « Notre désobéissance fera tâche d’huile » ; un, deux, trois, France vaincra ! Victoire au FDG ! Tout le pouvoir au FDG! Ouverture totale de l’espace Schengen ! Troupes françaises hors d’Afghanistan ! (Hollande l’a déjà promis)
Annulation de la dette des pays pauvres ! Bravo mais Sarko l’a déjà promis.
Une politique de paix !  Bravo, mais Brejnev finançait aussi tous les mouvements pacifistes, et chacun sait que le pacifisme est la continuation de la guerre par d’autres moyens.
Création d’un observatoire des inégalités à l’école. En effet il pourra « observer ».
Conclusion sobre : « le monde est fou », oui mais à cause de quoi et de qui ?
Du capitalisme ? de la bourgeoisie financière ? Même pas, tenez-vous bien, à cause : « du dépérissement de la démocratie… de l’absentéisme de masse ». Voilà bien au final un programme qui se révèle totalement PN, vu que la folie du monde est dûe aux victimes parce qu’elles ne … participent pas assez aux mystifications politiques des exploiteurs dominants. Le « peuple » doit se mettre en ordre de marche derrière le FDG et son PDG.

En tout cas, c’est mal barré. Le FDG ne mérite pas plus les suffrages des prolétaires conscients que le FN. Deux partis artificiels créés par la bourgeoisie. Le deuxième a longtemps servi à maintenir la droite en opposition. Le premier vise nettement à maintenir la gauche en opposition. Et les mélenchoneries ne permettront pas au FDG de se maintenir en troisième place au vu de ses largesses d'estrade concernant l’immigration et de son absence de légitimité de classe ; cartel bourgeois pluriel ce gang ne s’adresse pas en soi aux prolétaires mais à la multitude des électeurs, c'est-à-dire aux pois chiches. Le FDG aura gagné son pari partager le vote protestataire avec le FN, en le retirant complètement au PS.
Qui a dit que les partis secondaires ne servaient à rien dans la démocratie figurative ?