"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

mardi 30 novembre 2010

La grande mystification de wikileaks



Mardi pardi les journalstes de "Soir 3" ne sont pas loin de l'apoplexie, l'affaire des révélations de l'entité WikiLeaks promet "une onde de choc aux conséquences incalculables", suscite un "embarras diplomatique"; le "spécialiste" ombrageux des questions internationales parle vite et sa voix tremble comme toute la diplomatie mondiale. Le grand "spécialiste" Pascal Boniface se demande même comment "protéger les chancelleries". Info ou intox? Du passé faisons table basse.
Après la chute de la Monarchie de Juillet, Alexis de Tocqueville, vedette de la bourgeoisie moderne franco-américaine et de ses intellectuels de gouvernement, est élu à l'Assemblée constituante de 1848. Il est une personnalité éminente du parti de l'Ordre, un parti résolument conservateur. Prenant conscience du poids de la classe ouvrière et de l'émergence du socialisme avec la Révolution de 1848, qu'il considère comme une trahison de la révolution bourgeoise de 1789, il approuvera sans aucune réserve la répression des ouvriers lors des Journées de Juin. Il est membre de la Commission chargée de la rédaction de la constitution. Il y défend surtout les institutions libérales, le bicamérisme (système à deux parlements), l'élection du président de la République au suffrage universel, et la décentralisation. Il est élu à l'Assemblée législative dont il devient vice-président. Hostile à la candidature de Louis Napoléon Bonaparte à la présidence, lui préférant le négrier fusilleur d’ouvriers Cavaignac , il accepte cependant le ministère des Affaires étrangères entre juin et octobre 1849 au sein du deuxième gouvernement Odilon Barrot. Le 12 juin 1849 à Paris Tocqueville refuse la demande de l'extrême gauche de communiquer des pièces diplomatiques relatives au siège de Rome et manifeste à cette occasion sa solidarité avec le ministère.
La rétention des affaires diplomatiques est ancienne. Aucun pouvoir n’accepte de divulguer ses documents au-delà d’un siècle. Serions-nous privilégiés au XXIème siècle avec le site de Monsieur Julien Assange selon qui l'objectif à long terme est que WikiLeaks devienne « l'organe de renseignements le plus puissant au monde ».
WikiLeaks est un site Web de balance d’infos sensationnelles dont la prétention d'être est de donner une audience aux fuites d'information en provenance notamment « des régimes d'oppression en Asie, aux États-Unis, dans l'ancien bloc soviétique, en Afrique et au Moyen-Orient » tout en protégeant ses sources. Le site a été créé en décembre 2006 et dans l'année qui a suivi, il a ajouté 1,2 million de documents à sa base de données grâce à une communauté d'internautes, composée de dissidents chinois, iraniens, de mathématiciens et de technologues d'entreprises Internet des États-Unis, de Taïwan, d’Europe, d’Australie et d’Afrique du Sud et de nombreux anonymes. Le site publie 250 000 notes diplomatiques confidentielles, prétendues gênantes pour l’administration Obama, qui a succédé au massacreur Bush. Le site WikiLeaks a publié un ensemble de plus de 250 000 télégrammes rédigés ces dernières années par le ministère américain des Affaires étrangères et son réseau d’ambassades dans le monde. La plupart de ces documents couvrent la période entre 2004 et mars 2010.
Le 17 avril 2009, WikiLeaks avait dévoilé l'intégralité du procès de l'Affaire Marc Dutroux, le pédophile belge, en particulier le résumé de ses auditions,1 235 pages de synthèse de l'enquête destinées au juge d'instruction. WikiLeaks a publié le 5 avril 2010 une vidéo de l'armée américaine montrant deux photographes de Reuters tués par un hélicoptère Apache lors du raid aérien du 12 juillet 2007 à Bagdad. Le 25 juillet 2010, en collaboration avec The Guardian, The New York Times et Der Spiegel, WikiLeaks rend publics les War Logs, 91 000 documents militaires américains secrets sur la guerre en Afghanistan. Le porte-parole du site a affirmé que certains des documents pourraient permettre de prouver d'éventuels crimes de guerre. Le 23 octobre 2010, après avoir donné une avant première aux journaux alléchés Le Monde, The Guardian, The New York Times et Der Spiegel, aux télévisions Al Jazeera, SVT, Channel 4 et aux sites Bureau of Investigative Journalism, Iraq Body Count et OWNI, Wikileaks a mis en ligne 391 832 documents secrets sur l'Irak, portant sur une période du 1er janvier 2004 au 31 décembre 2009, et révélant notamment que la guerre avait fait environ 110 000 morts pour cette période, dont 66 000 civils et indiquant que les troupes américaines auraient livré plusieurs milliers d'Irakiens à des centres de détention pratiquant la torture. Le gouvernement français a répliqué par son porte-parole. François Baroin a assuré que la France est «très solidaire de l’administration américaine», présentant comme «une menace» la publication par le site de Julian Assange des quelques 250.000 notes diplomatiques confidentielles. Le nouveau ministre de la Défense, Alain Juppé a dénoncé lui aussi un modus operandi «scandaleux» et «irresponsable». D’autant, a estimé M. Juppé qu’«il n’y a rien de fracassant» dans les révélations. C’est vrai. Les attaques ad hominem sont légion sous les poignées de main des diplomates bourgeois.
François Baroin est un homme du sérail du pouvoir bourgeois, fils de Michel Baroin mort dans un accident d’avion non élucidé le 5 février 1987 au Cameroun qui était un haut fonctionnaire, homme d'affaires français et Grand-maître du Grand Orient de France. Selon Dominique Lorentz, cet accident était à relier à une campagne d'attentats de l'Iran motivée par le contentieux Eurodif. Curieux porte-flingue opportuniste de Nicolas Sarkozy après avoir été un « bébé Chirac », il fait la déclaration sybilline suivante : «Moi j’ai toujours pensé qu’une société transparente, c’était une société totalitaire.» «Nous sommes très solidaires de l’administration américaine sur la volonté d’éviter ce qui, non seulement porte atteinte à l’autorité des Etats, à la qualité de leurs services, mais met en danger des hommes et des femmes qui ont travaillé au service du pays». Au service de la puissance américaine ? Les collabos des puissances impérialistes n’on qu’à bien se tenir. Le jeune Baroin en langage maçonnique signifiait : « Moi j’ai toujours pensé qu’une société opaque c’était la meilleure gestion démocratique sarkozienne ». Pas de meilleure définition de l’oligarchie régnante en France.
Wikileaks et cinq journaux mondains, dont Le Monde, ont commencé pour accroître leurs ventes à publier le contenu de télégrammes ou de mémos diplomatiques, émanant de l’administration américaine, malgré cette apparente « atteinte à la souveraineté des Etats » dominants la planète. Ces documents montrent, comme par hasard, notamment l’inquiétude suscitée en Europe, Israël et dans le monde arabe par le programme nucléaire iranien, soupçonné d’avoir des visées militaires. Certains télégrammes montrent également que l’ambassade américaine à Paris taxe Nicolas Sarkozy de «susceptible» et d’«autoritaire». Une façon de rappeler à l’ordre un sous-fifre d’un pays secondaire.
Et ça balance. WikiLeaks rapporte aussi un entretien confidentiel que Jean-David Lévitte, conseiller diplomatique du président de la République, a eu avec un haut responsable américain où il y qualifie de «fou» le président vénézuélien Hugo Chavez, en train de transformer son pays en un «autre Zimbabwe». Il traite aussi que l’Iran d’«Etat fasciste». Selon la plupart des médias, les gouvernements des grands pays du monde tremblent ou s'indignent de telles « révélations ». Cinq titres de la presse internationale - The New York Times, Le Monde (France), The Guardian (Grande-Bretagne), El Pais (Espagne) et Der Spiegel (Allemagne) ont publié des documents diplomatiques américains fournis par le site Wikileaks, dont beaucoup sont classés «secret». Quelque 251.287 «câbles», couvrant une période allant de 1966 à février dernier, ont ainsi été mis en ligne. Et certains ne s'avérent nullement gênants pour les futures rencontres entre les Etats-Unis et leurs partenaires lesquels connaissent le mépris américain à leur encontre. La Maison Blanche a condamné dimanche «dans les termes les plus forts» la publication «irresponsable et dangereuse» de ces documents, affirmant que l'initiative de WikiLeaks pourrait faire courir des risques mortels à des individus, mais pas à la mystification démocratique occidentale. Le site créé par l’aventurier Julien Assange a justifié de son côté sa démarche en expliquant avoir voulu souligner la contradiction entre la position officielle américaine et «ce qui se dit derrière les portes closes». Pas très méchant.
Parmi ce nouveau torrent de documents, un câble daté du 16 septembre 2009 rapporte, comme si on y était, un entretien du secrétaire d’Etat adjoint, l’Américain Philip Gordon, avec le conseiller diplomatique de l’Elysée, Jean-David Levitte et quelques autres conseillers sont « mouillés » car ils auraient qualifiés l’Iran d’Etat « fasciste ». Mouillé aussi, au sujet de la Russie, l’un des diplomates français, Roland Galharague, aurait affirmé : «La racine du problème, c’est le régime.» Loin des courbettes habituellement réservées au duo Poutine-Medvedev pour leur vendre des armes, le conseiller de l’Elysée chargé de la Russie, Damien Loras, aurait renchéri : «Les dirigeants russes manquent de vision suffisante à long terme pour leur pays et, au lieu de cela, se concentrent sur un horizon à six mois et sur leurs intérêts commerciaux». D’ici quatre ou cinq ans, «la Russie ne pourra plus subvenir à la demande européenne» en matière d’énergie, aurait mis en garde le même Damien Loras : cela risque de donner à la Russie «encore plus de possibilités d’influence sur une Europe qui ne s’est pas préparée à diversifier son approvisionnement énergétique», ou à… se rapprocher du grand frère US. Toujours au cours de cet entretien, Jean-David Levitte aurait qualifié le président vénézuélien, Hugo Chávez, de «fou», bonne révélation pour distraire le Vénézuela de toute relation commerciale avec l’Europe. «Il est en train de transformer l’un des pays les plus riches d’Amérique latine en un nouveau Zimbabwe», aurait expliqué le servile conseiller diplomatique de Sarkozy à ses hôtes américains.
A propos de la chancelière allemande, Angela Merkel, on lit qu’elle «évite les risques et est rarement créative», donc peu intéressante pour les affaires commerciales. Au sujet des deux Corées, au cœur des préoccupations mondiales ces jours-ci, des télégrammes montrent que les Sud-Coréens ont proposé d’offrir des «incitations commerciales à la Chine» pour qu’elle se rende à l’idée d’une réunification de la péninsule. Le troc est bien une méthode courante de la diplomatie américaine rappellent d’ailleurs ces documents : la Slovénie s’est vue demander d’accueillir un prisonnier de Guantánamo en échange d’une entrevue avec le président Obama, il n’y a pas de petits profits. La Belgique s’est entendue suggérer qu’accueillir des prisonniers de la base militaire serait, pour elle, «un moyen à moindre coût de jouer un rôle de premier ordre en Europe», à défaut de calmer les ardeurs hostiles entre flamands et wallons.
La Chine, enfin, est montrée du doigt à de nombreuses reprises, ce qui ne peut que contenter l’administration Obama. Un document affirme que le Bureau politique du Parti communiste est directement à l’origine des attaques contre Google en Chine, Google ce plénipotentiaire de la Silicon Valley. Depuis 2002, des agents recrutés par le gouvernement chinois s’efforceraient aussi de pénétrer dans les ordinateurs du gouvernement américains et de ses alliés occidentaux, ce qu’on savait déjà. Les documents dont WikiLeaks est en possession «abordent une immense gamme de sujets très sensibles», a déploré Elizabeth King, secrétaire adjointe à la Défense. Hillary Clinton, la secrétaire d’Etat, et, si émotionnée qu’elle a appelé en personne ses homologues allemand, français, chinois, afghan, saoudien et émirati pour tenter d’amortir le choc. D’autres diplomates américains se sont chargés de prévenir l’Australie, la Grande-Bretagne, le Canada, le Danemark, la Norvège et Israël. «A la différence des opinions publiques, les Etats ne seront pas tellement surpris d’apprendre ce que les Américains pensent d’eux», prédit Justin Vaïsse, directeur de recherches sur la politique étrangère américaine et l’Europe à la Brookings Institution. Mais ces documents peuvent être aussi révélateurs des «initiatives de certains pays européens sur l’Afghanistan ou l’Iran», en marge de l’empire US. Cette publication va «mettre en danger les vies d’innombrables innocents», a protesté hypocritement l’administration Obama, comme elle l’avait déjà fait en juillet et en octobre, quand WikiLeaks avait mis en ligne des documents sur les guerres d’Afghanistan et d’Irak. Ces notes avaient « été fournies en violation de la législation américaine et sans considération pour les graves conséquences de cette action», a répété le conseiller juridique du département d’Etat, Harold Koh, dans une lettre au fondateur de WikiLeaks, Julian Assange. Passé le moment de bonheur qu’auront les journalistes du monde entier à publier les extraits les plus cinglants, ces fuites risquent d’être «dommageables» redo a ajouté sans rire Justin Vaïsse : «Elles vont conduire à accroître la protection des informations, à des destructions de documents et à un renfermement des diplomates sur eux. Au final, elles vont rendre la vie internationale moins transparente et plus secrète.»
Beaucoup de bruit pour rien donc. Comme lors de l’affaire Farewell (l’espion russe passé au service de la CIA) les différents services secrets occidentaux n’ont que foutre de la vie des agents « doubles » ou « détournés ». Qui peut sérieusement croire à la dangerosité de la « spontanéité » ou « indépendance » des individus qui animent Wikileaks ? Qui peut croire qu’un empire industriel, technologique, hyper-espion de la planète et nucléaire comme les USA serait « victime » d’une cabale indépendante de « corbeaux » pour corriger la perversion du capitalisme militariste?
Ce n’est pas la vie des « informateurs » qui préoccupe les dirigeants des Etats de la planète, mais des règlements de comptes obscurs au sein des coalitions impérialistes, et assez lourdement la prolifération intéressée d’un « victimisme » des démocraties impérialistes qui seraient trop exposées, trop « transparentes » face à l’hydre terroriste des « Etats voyous ». Une longue campagne d’intoxication commence qui pourrait mener à la guerre contre un nouvel « axe du mal ».
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Cet ex. membre de Wikileaks, parfaitement identifié par nous, nous a envoyé le texte ci-dessous. Il précise notre article du 5 septembre : http://dutron.wordpress.com/2010/09/05/les-lourdes-incriminations-qui-pesent-sur-julian-assange-touchent-wikileaks/ Il nous explique, de l’intérieur, qu’il connaît bien. La fuite des informations de Wikileaks vers le réseau « Genesis », la situation d’Assange, les possibilités de manipulations au sein du système US, etc.
1. Julian ASSANGE se présente comme « l’initiateur et le créateur » de WikiLeaks : FAUX. C’est un groupe de mathématiciens, puis d’informaticiens et enfin d’informateurs qui ont créé WikiLeaks. Assange s’est imposé comme « un porte-parole naturel » principalement parce qu’il est et était appuyé par des élus islandais.
2. Si beaucoup de membres de WikiLeaks se révoltent, ils ne quittent pas WikiLeaks. Ils se mettent « en attente ». Assange n’est rien sans une équipe. Pas de techniciens et pas de site !
3. Une « guerre civile » sous-entend deux groupes importants qui s’affrontent : FAUX.
Il y a d’un côté la majorité des membres (bénévoles et informateurs)
et de l’autre, Assange et les employés payés de WikiLeaks. Payés par quels fonds, quelles sources ? Une seule certitude : seuls 10 % des frais sont assurés par les dons issus du site.
4. « Pour Birgitta Jonsdottir, qui dit être une amie de Julian Assange, il faudrait que ce dernier se concentre sur ces accusations et que donc il n¹intervienne plus dans Wikileaks, au moins le temps de l’enquête » : cette élue islandaise n’est pas une amie d’Assange mais un soutien politique islandais.
5. Problème de WikiLeaks : Qui pourrait « reprendre le flambeau » de porte-parole du site ? Vous devez prendre tous les coups bas, effacer votre famille, vos amis. Et il y a les risques physiques, les « services » d’à peu près tous les pays du monde. Assange n’a jamais apporté d’explications surses motivations d’être porte-parole de WikiLeaks !
6. L’existence même d’un site du type WikiLeaks n’est pas en danger : d’autres reprendront le système. Ce qui est contesté c’est le fait qu’à peine 40% des informations et documents réceptionnés au sein de WikiLeaks soient censurés. Ok, les USA ont beaucoup de secrets mais pas uniquement militaires et pratiquement tous les autres pays de la planète ont leurs secrets. Au sein de WikiLeaks, il n’y a plus qu’une seule bataille : tous contre les USA.
7. Assange est effectivement « brut de décoffrage », un pur australien genre Crocodile Dundee mais il n’est pas connu pour son côté génial avant ses apparitions, qui connaissaient le nom d’Assange ? Qui connaissait ce hacker qui aurait piraté la NASA ???
8. Si Assange est CIA, leurs manœuvres tournent mal mais c’est une habitude dans cette « agency ». Peu probable sauf si CIA s’est retournée contre l’US Army et pire, la Maison Blanche.
9. Une certitude pour une des fuites majeures de l’US Army : Manning, celui qui a sorti les documents était connu de l’US Army comme ayant des problèmes psychiatriques. Son arme de service avait été désactivée 1 an avant les fuites. OK, tout ne va pas au mieux au pays de l’Oncle Sam mais pas au point de donner des accès à des salles et des documents classifiés. A savoir, ce type de personnel est « criblé » (très surveillé) et est régulièrement soumis à des tests psychologiques.
10. Des « collecteurs » de WikiLeaks disposent d’une moyenne de 30 à 40% d’informations confidentielles concernant les USA ET l’OTAN dont pratiquement la moitié est à caractère politique ou financier et non militaire. Le reste des documents qui devraient être publiés représentent entre 60 et 70% d’informations d’origine (dans l’ordre d’importance) : Proche Orient, Russie, Chine, Europe. Aucun n’est publié : raison invoquée par WikiLeaks : manque de moyens. OK, mais alors pourquoi ne pas respecter une règle proportionnelle de publication? Où est la publication de listes d’espions russes ou chinois fournies et complétés pas des sources confirmées ?
11. Je ne vais pas me prononcer sur des guerres entre CIA et US Army. Pas plus, pas moins probablement que dans toutes les administrations. Il est inutile de penser qu’au delà de quelques croche-pieds, cette lutte prenne cette ampleur au nez des services secrets, des politiciens US et surtout de la Maison Blanche.
12, Un des problèmes d’éthique de WikiLeaks est de localiser et identifier ses sources alors que l’on déclare le contraire sur le site. Oui, ces données sont protégées mais rien n’est inviolable. Et pourquoi prendre un tel risque ? Si ce n’est être une monnaie d’échange ?
13. Une manœuvre d’une « agency » US ? Si c’est le cas, elle ne peut émaner que du plus haut de l’Etat : La Maison Blanche et être dirigée que par un ou deux conseillers du Président. Quelles raisons ?
- McCrystal est parti pour des raisons bien professionnelles et Petraeus a été manipulé par la Maison Blanche (ou il a été d’accord de jouer le jeu).
- L’Afghanistan sera LE thème de la prochaine campagne présidentielle. Elle va débuter progressivement en 2011 après les élections de la Chambre et du Sénat en Novembre 2010.
- Malgré les déclarations de Pétraeus sur l’assurance de pouvoir décider du retrait d’Afghanistan, la Maison Blanche a fait savoir que la date de retrait (fixée mi 2011) n’était pas négociable. Pourquoi ?
o Parce que si le Président Obama veut se faire réélire pour un second mandat, il devra s’appuyer sur l’image de son prix Nobel.
o Monter des manœuvres (WikiLeaks entre autres),
o le retrait des sociétés de sécurité (dans deux mois), d’Afghanistan
o un accord de paix Israël/Palestine justement dans un an … Le Président Obama a compris qu’en matière de politique intérieure, avec le blocage des Républicains, que la reprise économique n’est pas pour demain et que le chômage ne sera pas résorbé pour les prochaines élections.
La seconde moitié de son mandat servira à la politique internationale et à être celui qui aura ramené tous les soldats américains à la maison, y compris ceux d’Afghanistan. Imaginez l’impact électoral du dernier soldat US rentrant aux USA quelques mois voir quelques semaines avant l’élection ? Ce même soldat envoyé combattre par « le vilain Bush », qui est … républicain !
Et voilà justement un WikiLeaks qui publie un maximum de réalités sur l’Afghanistan et un Julian Assange transformé en machine dirigée contre les républicains. La guerre en Afghanistan, c’est eux.
14. Attention, j’écris au conditionnel : des manœuvres secrètes menées par un très petit nombre et avec la bénédiction du Président des USA n’ont jamais été couronnées de succès : Kennedy, le Watergate ont été des « affaires » qui ont été des échecs. Pourquoi ? Pour garder le secret, un ou deux hommes seulement dirigent la manœuvre. Politiciens, ce sont des amateurs de la manipulation. C’est une des bonnes raisons pour que CIA, NSA, FBI et Services Secrets US doivent disposer d’un nombre importants d’agents et de moyens.
Les républicains ne sont pas dupes : au sein de WikiLeaks, d’autres
qu’Assange, ont des contacts journaliers avec des politiciens républicains.
Assange inculpé, une bonne idée pour lui donner le rôle d’un martyr mais cela a l’effet contraire : les autorités suédoises n’ont pas assurés leurs rôles : trop de précipitation, de communiqués … Personne ne sait plus aujourd’hui s’il faut inculper ou non Assange ! S’il est inculpé, il prend l’opinion publique internationale à témoin mais il perdra WikiLeaks. Déjà, sous les yeux horrifiés des services de renseignements étrangers (chinois et russes en tête), agissent « les collecteurs » des informations données par les informateurs de
WikiLeaks. Elles ne sont plus transmises « au centre névralgique de WikiLeaks ». Des réseaux entiers d’informations WikiLeaks passent dans un réseau parallèle de collecte et analyse d’informations : Genesis. Ce projet a été initié par les républicains au temps de Bush. Une sorte de réseau international de stockage de données.Si l’on peut faire un jeu de mots, WikiLeaks « se liquéfie » et des informations ultrasecrètes sont dispersées. Des fuites organisées et maîtrisées deviennent des torrents, bientôt des océans. Rien qu’en Belgique, plus de 6 000 000 de documents confidentiels ont été récoltés de Juin 2010 à Août 2010 sans avoir été transmis et publiés. Aucun document ne concerne les USA.
15. Pourquoi avoir peur ? Pas mal d’espions professionnels commencent à décéder ici et là. Certains sont manipulés : ils sont mal payés et c’est la crise pour tous. Et il y a tous ceux qui trahissent sans être pris. Il estprobable que CIA, NSA, FSB, ISI et autres « agency » commencent à ne plus maîtriser la situation. « Les offres » financières se multiplient pour infiltrer WikiLeaks : plus d’un million pour de simples « informations de l’intérieur du réseau » jusqu’à des « investissements à longs termes » pour infiltrer, manipuler WikiLeaks. La crise n’est pas pour tout le monde. Assurer à chacun qu’un collaborateur bénévole, ne cède à la tentation relèverait d’un mensonge inutile.
Un « collecteur » WikiLeaks dirigé contre Assange

dimanche 28 novembre 2010

Vider les banques? Ma réponse à Eric Cantona (*)


Peu passionné par le football, je vous aime bien comme acteur de cinéma, mais pas du tout comme conseiller politique. Je tenais d’abord quand même à vous remercier d’avoir été le premier à répondre, et avec des échos au niveau international, aux inutiles balades syndicales de cette année par tous ces aristocrates du travail si flattés par le président Sarkozy. La défaite sans véritable combat d’une petite partie des prolétaires embrigadés ou aux retraites protégées, conclu par un ridicule « pique-nique » syndical n’est pas la défaite de tout le prolétariat, mais déprime la lutte dans les autres pays. Grèves générales sans lendemain en Espagne et au Portugal comme les manifestations en Irlande ont répété le même schéma de défilés syndicaux inutiles. En France, si les dés n’avaient pas été pipés dès janvier dernier, une véritable lutte avec de vraies AG et la nomination d’un comité de grève central responsable devant la population travailleuse et dont les débats internes auraient été chaque jour transmis en direct par voie télévisuelle (comme les micros que les ouvriers polonais avaient imposé en 1980 dans la salle des négociations) avec la possibilité de chasser immédiatement cette intersyndicale obscure ficelée par le gouvernement.
Très touché par la situation des pauvres et des mal logés, vous êtes parrain de la fondation Abbé Pierre depuis 4 ans et vous venez de sortir un recueil de photos témoignant de la misère dans le monde. J’ai trouvé votre déclaration suivante très sentimentale nationale: « « Être français, est-ce que c'est parler français, chanter la Marseillaise et lire la lettre de Guy Môquet ? Non, ça c'est être con. Être français, c'est être révolutionnaire. » Mais croyez vous que français ce soit le critère pour être révolutionnaire à l’heure de la crise mondiale ?
Vous avez parfaitement saisi l’inutilité et la cuistrerie de la couleuvre syndicale de 2010 : «Au lieu d'aller dans les rues faire des kilomètres (pour manifester), tu vas à la banque de ton village et tu retires ton argent" ». Vous avez suscité soudainement l’intérêt des médias en engageant ainsi « tout le monde » à retirer son argent des banques le 7 décembre : « S'il y a 20 millions de gens qui retirent leur argent, le système s'écroule (...) La révolution se fait par les banques". "Pour parler de la révolution, on va pas prendre les armes, on va pas aller tuer des gens. Il y a une chose très simple à faire (...) Le système est bâti sur le pouvoir des banques. Donc il peut être détruit par les banques". Et s'il y a 20 millions de personnes qui retirent leur argent, le système s'écroule: pas d'arme, pas de sang, rien du tout. A la Spaggiari" ». Alors que vous semblez limité vous aussi comme les professionnels du syndicalisme à des solutions nationales, vous conviendrez que votre idée a eu tout de même une extension internationale puisque, paraît-il des gens trouvent votre idée géniale au paradis du pognon en Suisse ! Des banquiers suisses se seraient aussi affolés !
D’accord pour parler avec vous révolution nécessaire et indispensable, dans tous les pays et en mettant des coups de pieds au cul (avec chaussures cloutées de footballeur) de tous ces employés d’Etat syndicalistes qui l’ont en horreur. S’il suffisait de s’en prendre aux banques comme vous le préconisez pour faire « écrouler le système » comme vous dites, je vous sauterais au cou de joie. Hélas c’est du pipeau, comme tant d’autres projets de grève des consommateurs, des automobilistes, des collectionneurs de timbres ; et en plus vague puisque vous vous adressez à cette catégorie interclassiste de « français » ! Je me suis demandé comment vous alliez faire pour montrer l’exemple vous milliardaire du jeu collectif le plus populaire du monde. Allez-vous louer un camion de la Brink’s, et le faire garder jour et nuit dans une de vos propriétés ? Avez-vous pris la précaution de tout placer en actions, dans l’immobilier afin de ne retirer que quelque argent de poche au jour J devant les caméras de télévision? Savez-vous que la plupart des prolétaires n’ont quasi plus rien sur leur compte en banque au milieu du mois, et qu’ils sont débiteurs à la banque ? Savez-vous que la plupart des personnes âgées isolées ou même des rmistes au chômage craignent d’aller chercher leur argent au jour dit parce qu’on les attend au coin de la rue pour les dépouiller ?
Vous accréditez dangereusement en outre que l’argent aurait une valeur. C’est faux ce n’est pas l’argent qui a une valeur, c’est l’homme. Vous devriez savoir que lorsque Marx jeune plagie Shakespeare et Goethe c’est pour réaffirmer la valeur humaine : « L'argent est l'entremetteur entre le besoin et l'objet, entre la vie et le moyen de subsistance de l'homme. [...] Il apparait aussi comme cette puissance de perversion contre l'individu et contre les liens sociaux, etc. (...). Il transforme la fidélité en infidélité, l'amour en haine, la haine en amour, la vertu en vice, le vice en vertu, le valet en maitre, le maitre en valet, le crétinisme en intelligence, l'intelligence en crétinisme. Comme l'argent, qui est le concept existant et manifestant de la valeur, confond et échange toutes choses, il est la confusion et la permutation universelles de toutes chose, donc le monde à l'envers, la confusion et la permutation de toutes les qualités naturelles et humaines» (Manuscrits de 1844 : Le pouvoir de l'argent). Vous êtes trop jeune pour vous rappeler le proverbe de Coluche définissant la valeur : « Le monde appartient à ceux dont les ouvriers se lèvent tôt ».
Vous accréditez surtout la théorie fallacieuse de la gauche caviar et de toute l’armada des gauchistes suivistes que la crise serait « la faute aux banques », excusant ainsi le capitalisme comme énorme machine étatique, répressive, parlementaire imbécile et syndicratie aristocrate, avec ce mythe abstrait du « pouvoir de l’argent » ; suffirait de s’attaquer à l’argent contenu dans les banques ! Or, l’argent est d’abord la sueur et la terreur du prolétaire, le sang du prolétaire est extorqué, bonifié par la planche à billet, soigneusement récolté puis redistribué dans les divers circuits capitalistes sous forme d’actions, d’obligations, de crédits, investis, injectés, réinjectés. L’argent n’est donc pas simplement dans les banques. Les banques ne sont pas seules face à leur client, lequel n’a pas tous les droits : telle banque peut fermer le 7 pour ravalement de façade. Un décret d’Etat suffit comme en Argentine pour refuser la sortie de grosses sommes d’argent….
Je crois que vous êtes trop jeune, trop naïf et ignorant de l’histoire complexe des révolutions. Je pense comprendre la raison d’une telle naïveté – le mépris de la classe ouvrière identifiée aux syndicats pourris, croyance que j’ai souvent trouvée chez les sportifs de haut niveau – basée sur une vision bourgeoise, pour ne pas dire très catholique de la pauvreté. Où sont les pauvres ? Partout, dans toutes les classes répondait Georg Simmel en 1907:
« … les préjugés de classe sont suffisamment forts pour rendre la pauvreté pour ainsi dire invisible ; et avant cela, la pauvreté est une souffrance individuelle, sans conséquences sociales. (…) L’affirmation socio-démocratique selon laquelle le prolétaire moderne est définitivement pauvre, mais pas un homme pauvre, s’accorde à cette interprétation. Les pauvres, en tant que catégorie sociale, ne sont pas ceux qui souffrent de manques et de privations spécifiques, mais ceux qui reçoivent assistance ou devraient la recevoir selon les normes sociales ». Plus précis encore : « Le fait que quelqu’un soit pauvre ne veut pas dire qu’il appartienne à la catégorie spécifique des pauvres. Il peut être un commerçant, un artiste ou un employé pauvre, mais il demeure dans la catégorie (commerçant, artiste ou employé), qui est définie par une activité ou une position spécifique ».
Le pauvre en soi comme le français en soi ne sont donc nullement révolutionnaire. C’est le prolétariat comme classe qui fait tourner toute la société qui est seule capable de « faire écrouler le système ». On n’a pas le droit de cacher cette vérité, ni sous prétexte que la classe ouvrière s’est fait rouler dans une nouvelle manipulation syndicale avec gros ballons et flonflons, d’inventer des solutions individuelles aléatoires et aussi dangereuses finalement que les hâbleries et crêperies syndicales.
En effet, le plus grave dans votre déclaration bon enfant, confortablement allongé dans votre fauteuil, aura été votre exaltation du pacifisme et au nom du mafioso Spaggiari, ce conte pour enfants qui aura profité probablement à quelque parti de gouvernement vendeur d’armes.
Vous croyez que la classe bourgeoise qui est en train de supprimer la retraite, qui rogne toutes les concessions sociales, qui envoie nos enfants des banlieues sans diplômes se faire tuer en Afghanistan, qui jette à la rue des milliers et des milliers pour maintenir les profits non des seuls banquiers, mais de la haute de Neuilly, des milliardaires du sport comme vous, et qui dégraisse ce ballon montgol-fière des couches moyennes au point que la hiérarchie sociale va ressembler vraiment sous peu à la Tour Eiffel, va nous céder la place galamment à nous les millions de prolétaires, sans cris, sans nous tirer dessus ?
Vous nous prenez pour des cons, ou quoi ?

PS: J'oubliais le plus important, c'est pas le tout de dire "faut faire effondrer le système", mais pour le remplacer par quoi: quel est votre programme, quel est votre parti Cantona?

(*) Le titre a été modifié bienheureusement par la rédaction du Post, je les en remercie. Cet article a été publié au même moment donc sur LE POST, en 3 heures j'ai eu près de 3500 lectures...(et jusqu'au lundi 6 déc: 9753!) alors qu'avec ce blog je rame au quotidien avec une petite centaine de connections; je me demande si je vais pas le laisser tomber. Quant à la toquée nommée Sylvie qui me dénigre sur Le Post et demande ce que je propose, elle n'a qu'à relire attentivement, la réponse y est.

jeudi 25 novembre 2010

Crétinisme syndicaliste


Ce qui caractérise le parti syndical, dans ses multiples fractions (CGT, CFDT, FO, SUD), l’était déjà du crétinisme parlementaire dénoncé par Marx au 19ème siècle : « « Ils sont atteints de crétinisme parlementaire au point de se figurer qu’ils sont au-dessus de toute critique et de condamner la critique comme un crime de lèse-majesté! » »
La classe ouvrière française est-elle réellement infectée de la maladie syndicaliste et croit-elle que, grâce aux défilés syndicaux, le saint esprit se déverse sur les permanents, transformant les séances des intersyndicales obscures en conciles infaillibles et les pique-niques syndicaux en dogmes inviolables?
Le parti syndical a été mis en vedette pendant 10 mois, précisément parce qu’il était le seul parti capable de faire avaler la couleuvre sur les retraites. Si, dans une interview télévisée le président Sarkozy a remercié les syndicats, soucieux du mauvais effet de cette nouvelle bourde du Chef de l’Etat, l’aristocrate Chérèque a objecté « nous n’attendions pas la compassion du président » quand l’aristocrate Thibault, prévenu du mauvais effet de la bourde, rectifiait aussitôt que « le gouvernement se fout des syndicats ». Effet garanti puisqu’un blogueur, retraité syndicaliste CGT, m’objecta que j’étais tombé dans le piège à Sarkozy.
A en croire ces messieurs les aristocrates, le parti syndical ne doit pas être un parti exclusivement de « salariés » mais un parti populaire, ouvert à tous les hommes soucieux de l’avenir de nos retraites. Il le prouvera avant tout en abandonnant les vulgaires passions révolutionnaires et en se plaçant sous la direction de ministres instruits et européens. Alors viendront s’y joindre de nombreux professeurs de syndicalisme appartenant aux sphères des classes instruites et victimes des subprimes.
La classe ouvrière se préoccupe trop de son sort, négligeant de se syndiquer. Car le parti syndical manque encore cruellement de troupes d’hommes jeunes. Il est pourtant désirable et nécessaire de confier les mandats à de nouveaux permanents qui disposent de suffisamment de temps pour se familiariser pleinement avec l’art de la négociation pour rien. Le simple ouvrier et le petit employé… n’en ont que très rarement le loisir nécessaire. Donc, votez massivement pour les candidats de l’aristocratie ouvrière l’an prochain.
Bref: la classe ouvrière, par elle-même, est incapable de s’affranchir. Elle doit donc passer sous la coupe de syndicalistes « instruits et avisés » qui seuls « ont l’occasion et le temps » de se familiariser avec les intérêts des « salariés ». Puis, il ne faut à aucun prix combattre le gouvernement, mais, au contraire, il faut le gagner par une propagande énergique, des pique-niques et des cordons humains autour de la Bourse.
Pour enlever au gouvernement la dernière trace de peur, on doit lui prouver clairement que le spectre d’une levée en masse des prolétaires n’est vraiment qu’un spectre, que la classe ouvrière est incapable de s’élever par elle-même. Mais qu’est-ce que le secret des Conseils ouvriers si ce n’est la peur de la bourgeoisie de l’inévitable lutte à mort qu’elle aura à mener avec le prolétariat? La peur du résultat fatal de la lutte de classe moderne? Qu’on abolisse la lutte de classe, et la bourgeoisie et « tous les hommes de paille » de l'aristocratie syndicale ne craindront plus « de marcher avec les prolétaires, la main dans la main »! Ceux qui seront alors les dupes, c’est justement les prolétaires.
La revendication ne sera pas abandonnée mais simplement ajournée – jusqu’en juillet 2011 comme l’a assuré l’aristo Thibault. Le gouvernement l’adoptera définitivement, mais non pas pour ses ministres et pour le président, mais à titre posthume, comme un legs destiné aux résignations futures. En attendant, le parti syndical emploie « toute sa force et toute son énergie » pour toutes sortes de bricoles et de rafistolages de la société capitaliste, pour faire croire qu’il se passe quand même quelque chose et pour que la bourgeoisie et son gouvernement n’en prennent pas peur.
Ce sont les représentants de la petite-bourgeoisie qui s’annoncent ainsi en tombant dans le parti syndical, de peur que le prolétariat, entraîné par sa situation révolutionnaire, « n’aille trop loin ». Au lieu d’une franche opposition politique: négociation générale; au lieu de la lutte contre le gouvernement et la bourgeoisie: la tentative pour les gagner et les persuader; au lieu d’une résistance énergique à toutes les violences venant d’en haut: la soumission humble et l’aveu de mériter le châtiment. Tous les conflits historiquement nécessaires sont interprétés comme des malentendus et toutes les discussions se terminent par la constatation du parfait accord des parties. Les gens qui en 1968 se considéraient comme des staliniens, peuvent maintenant tout aussi bien s’appeler social-démocrates. Pour les premiers, c’était la mort de Staline qui était infiniment loin; pour les seconds, c’est la collaboration au système capitaliste et cet objectif n’a par conséquent aucune importance pour la pratique politique du présent; on peut donc négocier, faire des compromis, agir en « avocat du salarié », à cœur joie. Il en est de même de la lutte de classe entre le prolétariat et la bourgeoisie. On la reconnaît sur le papier, puisqu’on ne peut pas la nier, mais dans la pratique on cherche à la camoufler, à l’effacer, à l’affaiblir. Le parti syndical ne doit pas être un parti prolétaire, il ne doit pas s’attirer la haine de la bourgeoisie ou de qui que ce soit; il doit avant tout faire une propagande énergique parmi les médias au lieu de s’appesantir sur des objectifs lointains qui effrayent les bourgeois et qui pourtant sont irréalisables dans notre génération, le parti syndical préfère employer toute sa force et son énergie aux réformes petites bourgeoises de rapiécetage, qui sont autant de nouveaux soutiens de l’ancien ordre social et qui risquent peut-être de transformer la catastrophe finale en un processus de dissolution lent, fragmentaire et paisible.
Quand on écarte la lutte de classe comme un phénomène pénible et « vulgaire », il ne reste plus au parti syndical que de se fonder sur le « vrai amour des salariés » et les phrases creuses sur la « justice ».
C’est un phénomène inévitable, inhérent à la marche de l’évolution, que des individus appartenant à la classe dominante viennent se joindre au prolétariat en lutte et lui apportent des éléments d’adhésion. Il y a ici deux autres observations à faire:
Premièrement: ces individus pour être vraiment nocifs au mouvement prolétarien, doivent vraiment lui faire rêver à la grève générale à la manière de SUD et du NPA, paraplégie générale qui ne se produira jamais. Ce n’est pas le cas de la grande majorité des convertis syndicaux français. Ni « Ta page CFDT » ni la « Vie Nouvelle » (tapage CGT retraité) n’ont rien apporté qui eût fait avancer d’un pas ce projet filandreux. Les éléments d’adhésion d’une réelle valeur pratique et théorique y font aussi totalement défaut. Au lieu de quoi, des tentatives pour mettre en harmonie les idées républicaines superficiellement assimilées avec les opinions théoriques les plus diverses que ces messieurs ont ramenées de l’université ou d’ailleurs, et dont l’une est plus confuse que l’autre, grâce au processus de décomposition que traverse actuellement ce qui reste de la gauche bourgeoise française. Au lieu d’étudier sérieusement la nouvelle crise systémique, chacun préfère l’arranger pour la faire concorder avec ses opinions apprises, se fabriquant sans cérémonie une science salariale privée et affichant aussitôt la prétention de l’enseigner aux autres. C’est pourquoi il y a parmi ces messieurs à peu près autant de vieux staliniens que de têtes de cons gauchistes et anarchistes.
Deuxièmement: lorsque ces individus venant d’autres classes se joignent au mouvement prolétarien, la première chose n’est pas d’exiger qu’il n’y fassent point entrer les résidus organisatoires et oratoires de leurs préjugés bourgeois, petits-bourgeois, etc., mais qu’ils ferment leur gueule.
Quant à nous, d’après tout notre passé, une seule voie nous reste ouverte. Nous avons, depuis presque quarante ans, signalé la lutte de classe comme le moteur de l’histoire le plus décisif et nous avons notamment désigné la lutte sociale entre la bourgeoisie et le prolétariat comme le grand levier de la révolution sociale moderne. Nous ne pouvons donc, en aucune manière, nous associer à des gens qui voudraient retrancher du mouvement cette lutte de classe. Nous avons formulé, lors de la création de l’Internationale, la devise de notre combat: l’émancipation de la classe ouvrière sera l’œuvre de la classe ouvrière elle-même. Nous ne pouvons, par conséquent, faire route commune avec des gens qui déclarent ouvertement que les ouvriers sont trop incultes pour se libérer eux-mêmes, et qu’ils doivent être libérés par en haut, c’est-à-dire par des grands et petits bourgeois syndicalistes.

MARX & ROCHE

lundi 22 novembre 2010

L’INCENDIE DU REICHSTAG : LE REMAKE ?


Au souvenir de Marinus Van der Lubbe,

LE PREMIER FILM d’avant guerre servit magnifiquement la contre-révolution, le nazisme et le stalinisme mettant tout sur le dos d’un pauvre petit prolétaire hollandais communiste et anti-parlementariste, qui fut exécuté à la hache sans soutien d’aucun « parti communiste ».Marinus van der Lubbe (1909-1934) était l'incendiaire présumé du Reichstag à Berlin dans la nuit du 27 au 28 février 1933, quelques semaines après la nomination d'Adolf Hitler à la chancellerie. Il est accusé par le PCA stalinien – qui ne s’était pas gêné pour mener des grèves conjointement avec les nazis -d'avoir été manipulé par les nazis : cette propagande stalinienne le décrit comme un déséquilibré. Des « communistes de conseil » organisent sa défense et créent un Comité international Van der Lubbe qui est également soutenu par le mouvement anarchiste et la revue de la gauche communiste italienne en Belgique, Bilan. Cette défense ne sera qu’une goutte d’eau dans l’hystérie mondiale contre Van der Lubbe par les médias de l’époque.
Condamné à la peine de mort pour "haute trahison", il a été exécuté le 10 janvier 1934. L'incendie du Reichstag servit de prétexte à Hitler pour établir sa dictature. Comme la récupération de la révolte des marins de Kronstadt par Eltsine peu après son intronisation au pouvoir, la démocratie bourgeoise récupère aussi Van der Lubbe. Le jugement (mais pas le meurtre à la hache) des nazis est cassé le 21 avril 1967 par un tribunal de Berlin qui, à titre posthume (ah ah), condamne van der Lubbe à huit ans de prison pour «tentative d'incendie avec effraction». Treize ans plus tard, un des procureurs américains des procès de Nuremberg, en obtient l'acquittement. Ce verdict est cassé aussi un an plus tard en appel. La condamnation est officiellement jugée "illégale" par les services du procureur fédéral allemand le 10 janvier 2008. Le verdict contre van der Lubbe reposait sur des "prescriptions injustes spécifiquement national-socialistes", a relevé le parquet.

LE DEUXIEME FILM EN ALLEMAGNE 2010 n’a plus de nazis comme acteurs peu probables à se mettre sous la dent mais des barbus orientaux. Un nouvel incendie du Reichstag démocratique bourgeois serait prévu pour «février ou mars» et aurait pour but de «prendre des otages et faire de nombreux morts»...
« Le risque terroriste est toujours au plus haut en Europe. Après les menaces d'Oussama ben Laden le 27 octobre dernier à l'encontre de la France, c'est au tour de l'Allemagne de s'inquiéter. Selon le site Internet de l'hebdomadaire Der Spiegel, Al-Qaida et d'autres groupes terroristes «prépareraient» une attaque contre «le coeur de la démocratie», le Reichstag (siège du Parlement), pour «février ou mars». Le Spiegel online affirme que l'objectif des terroristes est de «prendre des otages et faire de nombreux morts», et que deux d'entre eux seraient déjà sur le territoire. Le site indique qu'un jihadiste résidant à l'étranger a, à plusieurs reprises, contacté l'office fédéral de la police criminelle pour lui fournir des informations. La balance terroriste, qui souhaite quitter Al-Qaida, aurait indiqué que «le commando est composé de six personnes: deux d'entre elles sont parties pour Berlin il y a six à huit semaines. Les quatre autres terroristes, un Allemand, un Turc, un homme originaire d'Afrique du Nord et un dernier, dont l'informateur ignore l'identité, attendent leur départ pour l'Allemagne». Ces informations semblent avoir été prises au sérieux par le gouvernement allemand, puisque le ministre de l'Intérieur, Thomas de Maizière, a adressé mercredi une mise en garde à la population contre des risques accrus d'attentats islamistes sur le territoire, indique Der Spiegel. A la suite de cette annonce, les mesures antiterroristes avaient été renforcée, tout comme la sécurité aux abords du siège du Reichstag. De plus, le site du magazine indique que Thomas de Maizière aurait été alerté par le FBI américain d'un risque d'attentat contre l'Allemagne provenant d'un «groupe chiite indien», qui aurait conclu «un pacte avec Al-Qaïda et veut envoyer deux terroristes en Allemagne».
Sans déguiser notre effroi pour le ridicule manque d’imagination de la bourgeoisie allemande, on ne peut cacher nos inquiétudes comparables à celles de notre cher Président français pour calmer les ardeurs des promeneurs de l’aristocratie syndicale qu’en apportant une autre information d’un lecteur de 20 minutes : « D'après des sources bien informées, Al-Qaîda-Dans-La-Bauce-Déprimée aurait projeté de dynamiter ma Xantia". (lol MDR)

MAIS REVENONS A L’HISTOIRE ET RELISONS DEUX BEAUX TEXTES DE PANNEKOEK EN 1933
Deux textes de Pannekoek, parus dans le Persmateriaal Internationale Communisten (PIC) du GIC (Hollande) en 1933 à propos de l'incendie du Reichstag.

L'ACTE PERSONNEL

En ce qui concerne l'incendie du Reichstag par Van der Lubbe on peut relever les prises de positions les plus divergentes. Dans des organes de la gauche communiste (Spartacus, De Radencommunist) on l'approuva comme l'acte d'un communiste révolutionnaire. Approuver et applaudir un tel acte signifie conseiller sa répétition. C'est pourquoi il est nécessaire de bien apprécier son utilité.
Son sens ne pourrait être que de toucher, d'affaiblir la classe dominante : la bourgeoisie. Il ne peut en être question ici. La bourgeoisie n'a pas été touchée le moins du monde par l'incendie du Reichstag, sa domination n'a en aucune manière été affaiblie. Pour le gouvernement, ce fut au contraire l'occasion de renforcer considérablement sa terreur contre le mouvement ouvrier et les conséquences ultérieures de ceci devront encore être appréciées.
Mais même si un tel acte touchait et affaiblissait effectivement la bourgeoisie, la seule conséquence en serait de développer chez les ouvriers la conviction que seuls de tels actes individuels peuvent les libérer. La grande vérité qu'ils ont à apprendre, que seule l'action de masse de la classe ouvrière tout entière peut vaincre la bourgeoisie, cette vérité élémentaire du communisme révolutionnaire leur serait occultée. Cela les éloignerait de l'action autonome en tant que classe. Au lieu de concentrer toutes leurs forces sur la propagande au sein des masses travailleuses, les minorités révolutionnaires les gaspilleraient alors dans des actes personnels qui, même lorsqu'ils sont effectués par un groupe dévoué et nombreux, ne sont pas en état de faire vaciller la domination de la classe dominante, En effet, grâce à ses forces de répression considérables, la bourgeoisie pourrait aisément venir à bout d'un tel groupe. Il y eut rarement un groupe révolutionnaire minoritaire effectuant des actions avec plus de dévouement, de sacrifices et d'énergie que les nihilistes russes il y a un demi-siècle, A certains moments, il sembla même que par une série d'attentats individuels bien organisés, ils réussiraient à renverser le tsarisme, mais un policier français convoqué pour prendre en main la lutte anti-terroriste à la place de la police russe incompétente, réussit par son énergie et son organisation toute occidentale à détruire en quelques années le nihilisme, Ce n'est qu'après que se développa le mouvement de masse qui renversa finalement le tsarisme.
Un tel acte n'a-t-il pas néanmoins valeur de protestation contre l'abject électoralisme qui détourne les ouvriers de leur véritable combat ?
Une protestation n'a de la valeur si elle fait naître une conviction, en laissant une impression de force, ou, si elle se développe, la conscience, Mais peut-on raisonnablement croire qu'un travailleur qui pensait défendre ses intérêts en votant social-démocrate ou communiste, va commencer à émettre des doutes sur l'électoralisme, parce qu'on a incendié le Reichstag ? Tout cela est totalement dérisoire, comparé à ce que la bourgeoisie elle-même fait pour guérir les ouvriers de leurs illusions, en rendant le Reichstag complètement impuissant, en décidant de le dissoudre, en l'écartant du processus décisionnel. Des camarades allemands ont dit que cela ne pourrait être que positif puisque la confiance des ouvriers dans le parlementarisme recevrait ainsi un fameux coup. Sans doute, mais on peut tout de même se demander si ce n'est pas représenter les choses d'une façon quelque peu simpliste. Les illusions démocratiques se répandront alors par une autre voie. Là où il n'y a pas de droit de vote généralisé, là où le parlement est impuissant, c'est la conquête de la démocratie véritable qui est avancée et les travailleurs s'imaginent qu'ils ne peuvent y arriver que par ce moyen. En fait, une propagande systématique visant à développer à partir de chaque événement une compréhension de la signification réelle du parlement et de la lutte de classe, ne peut jamais être escamotée et est toujours l'essentiel.
L'acte personnel ne peut-il être un signal, la poussée qui met en mouvement cet immense combat par un exemple radical?
Il est tout de même courant dans l'histoire que l'action d'un individu dans des moments de tension agisse comme l'étincelle sur un baril de poudre. Certes, mais la révolution prolétarienne n'a rien, de l'explosion d'un baril de poudre. Même si le Parti communiste essaie de se convaincre et de convaincre le monde que la révolution peut éclater à tout moment, nous savons que le prolétariat doit encore se former à cette nouvelle façon de combattre comme masse. Dans ces visions perce encore un certain romantisme bourgeois. Dans les révolutions bourgeoises passées, la bourgeoisie montante, et derrière elle le peuple, se trouvait confrontée aux personnes des souverains et à leur oppression arbitraire; un attentat sur la personne du roi ou d'un ministre pouvait signifier le signal de la révolte. Dans la vision selon laquelle aujourd'hui encore un acte personnel pourrait mettre les masses en mouvement, se révèle comme la conception bourgeoise du chef, non pas du dirigeant de parti élu, mais du chef qui se désigne soi-même et qui par son action entraîne les masses passives. La révolution prolétarienne n'a rien à voir avec ce romantisme désuet du chef; c'est de la classe, poussée par des forces sociales massives, que doit venir toute initiative.
Mais après tout, la masse se compose aussi de personnes et les actions de masse recouvrent un certain nombre d'actions personnelles. Certes, et c'est ici que nous touchons à la vraie valeur de l'acte personnel. Séparé d'une action de masse, en tant qu'acte d'individu qui pense pouvoir réaliser seul quelque chose de grand, il est inutile. Mais en tant que partie d'un mouvement de masse, il est de la plus grande importance. La classe en lutte n'est pas un régiment de marionnettes identiques marchant d'un même pas et réalisant de grandes choses guidées par la force aveugle de son propre mouvement. Elle est au contraire une masse de personnalités multiples, poussées par une même volonté, se soutenant, s'exhortant, se donnant du courage et rendant, de par leurs forces de nature différente, mais toutes concentrées vers le même but, leur mouvement irrésistible. Dans ce cadre, l'audace des plus braves trouve l'occasion de s'exprimer dans des actes personnels de courage, alors que la compréhension claire des autres dirige ces actes vers le but adéquat pour ne pas en perdre les fruits. Et dans un mouvement ascendant également, cette interaction des forces et des actes est de grande valeur, quand elle est dirigée par une compréhension claire de ce qui: vit à ce moment-là parmi les ouvriers, de ce qu'il faut faire et de comment développer leur combativité. Mais dans ce cas, il faudra bien plus de ténacité, d'audace et de courage qu'il n'en fallut pour incendier un parlement !

LA DESTRUCTION COMME MOYEN DE LUTTE

L'appréciation de l'incendie du Reichstag dans la presse de la gauche communiste nous amène encore à poser d'autres questions. La destruction peut-elle être un moyen de lutte des ouvriers ?
Tout d'abord, il convient de préciser que personne ne pleurera la disparition du Reichstag. C'était un des bâtiments les plus vilains de l'Allemagne moderne, toute l'image pompeuse de l'Empire de 1871. Mais il y a d'autres bâtiments, plus. beaux, et des musées avec des trésors artistiques. Lorsqu'un prolétaire désespéré, pour se venger de la domination capitaliste, détruit quelque chose de précieux, comment l'apprécier ?
D'un point de vue révolutionnaire son geste paraît sans valeur et de différents points de vue on pourrait parler d'un geste négatif. La bourgeoisie n'est pas le moins du monde touchée puisqu'elle a déjà continuellement détruit tant de choses lorsqu'il s'est agi de profits et elle place la valeur argent au-dessus de tout. Un tel geste touche surtout cette couche plus limitée d'artistes, d'amateurs de belles choses dont les meilleurs ont souvent des sentiments anticapitalistes, et dont certains (comme William Morris et Herman Gorter) ont combattu aux côtés des ouvriers. Et puis, y a-t-il une raison de se venger de la bourgeoisie ? Celle-ci a-t-elle donc le devoir d'apporter le socialisme au lieu du capitalisme ?
C'est son rôle De maintenir en place de toutes ses forces le capitalisme ; sa destruction est la tache des prolétaires. Par conséquent, si quelqu'un peut être rendu responsable du maintien du capitalisme, c'est bien la classe ouvrière elle-même qui négligea bien trop la lutte. Enfin, à qui enlève-t-on quelque chose par la destruction ? Aux prolétaires victorieux qui seront un jour les maîtres de tout cela.
Bien sûr toute lutte de classe révolutionnaire, lorsqu'elle prend la forme d'une guerre civile, provoquera toujours des destructions. Détruire les points d'appui de l'ennemi est nécessaire dans toute guerre. Même si le vainqueur essaie d'éviter trop de destructions, le vaincu sera tenté par pur dépit de provoquer des destructions inutiles. Il faudra donc s'attendre à ce que vers la fin du combat, la bourgeoisie décadente détruise énormément. Par contre, pour la classe ouvrière la classe qui prendra lentement le dessus, les destructions ne seront plus un moyen de lutte. Elle essaiera au contraire de transmettre un monde aussi riche et intact que possible à sa descendance, l'humanité future. Cela vaut non seulement pour les auxiliaires techniques qu'elle peut améliorer et perfectionner mais surtout pour les monuments et les souvenirs des générations passées qui ne peuvent pas être reconstruits.
On peut naturellement objecter que la nouvelle humanité, porteuse d'une liberté et d'une fraternité inégalée, créera des choses bien plus belles et grandioses que celles des siècles passés. De plus, l'humanité à peine libérée voudra faire disparaître les restes du passé qui représentaient son ancien état d'esclavage. C'est ce que fit ou - essaya de faire - également la bourgeoisie révolutionnaire. Pour elle toute l'histoire du passé n'était que ténèbres d'ignorance et d'esclavage, alors que la révolution avait consacré la raison, la connaissance, la vertu et la liberté. Le prolétariat, par contre, considère l'histoire des ancêtres tout autrement. Sur 1a base du marxisme qui voit le développement de la société comme une suite de formes de production, il y voit une lente et dure annexion de l'humanité sur la base d'un développement du travail, des outils et des formes de travail vers une productivité toujours plus élevée, d'abord à travers la simple société primitive, ensuite à travers les sociétés de classe avec leur lutte des classes, jusqu'au moment où par le communisme, l'homme devient maître de son propre sort. Et dans chaque période de développement, le prolétariat trouve des caractéristiques qui sont liées à sa propre nature.
Dans la préhistoire barbare, les sentiments de fraternité et la morale de la solidarité du communisme primitif. Dans le travail manuel petit-bourgeois, l'amour du travail qui s'exprime dans la beauté des bâtiments et des ustensiles d'usage courant que les descendants considèrent comme d'incomparables chefs-d'oeuvre. Dans la bourgeoisie montante : le fier sentiment de liberté qui proclama les droits de l'homme et s'exprima dans les plus grandes oeuvres de la littérature mondiale. Dans le capitalisme : la connaissance de la nature, le développement inestimable des sciences naturelles qui permit à l'homme, par la technique, de dominer la nature et son propre sort. Chez tous ceux-ci, ces traits de caractère grandioses étaient liés d'une façon plus ou moins étroite avec de la cruauté, de la superstition, de l'égoïsme. Ce sont justement ces choses que nous combattons, qui nous font obstacle et que nous haïssons donc. Notre conception de l'histoire nous apprend que ces imperfections chez nos ancêtres doivent être comprises comme des étapes naturelles d'une croissance, comme l'expression d'une lutte pour la vie d'hommes pas encore pleinement humains dans une nature omnipotente et dans une société incomprise. Ce qu'ils créèrent malgré tout de grandiose restera pour l'humanité libre un symbole de leur faiblesse mais aussi un souvenir de leur force digne d'être conservé avec soin. Aujourd'hui, c'est la bourgeoisie qui possède tout cela, mais pour nous, c'est la propriété de la collectivité que nous tacherons de transmettre aussi intacte que possible aux générations futures.
Anton Pannekoek
[Traduit du néerlandais; in PIC n° 7, mars 1933]

dimanche 21 novembre 2010


hé! KAMARADES DE l’ARISTOCRATIE SYNDICALE THIBAULT ET CHEREQUE
IL SE DEROULE A QUELLE HEURE LE DERNIER défilé enterrement
MARDI 23 NOVEMBRE ?
et dans quelles villes?

jeudi 18 novembre 2010

LES DELIRES DU GRAND CONSEIL GCI A L’ETOILE ROUGE


QUI TOURNE

(Des délires évidents concernant le mouvement colin-maillard sur la planète France)
Attention lecteur, je vous invite sur une autre planète, où des mutants ultra-communistes ont perçu vaguement les vibrations de la baudruche française - ce serpent chinois de papier syndical qui a fasciné près d’un an les gauchistes du monde entier - quoique dégonflée sans que personne n’avoue en être responsable. Ces mutants se prenant pour des abeilles industrieuses, se croient investis d’en délivrer le miel au monde entier. On pensait avoir touché le fond lunaire avec les frasques anarchistes de la maison-mère CCI sans principes marxistes (cf. message blog précédent ci-dessous), on va voir qu’une autre progéniture bâtarde du CCI peut bien en affichant des principes soi-disant mantras (parti terroriste ou terrorisme de parti) reproduire les pires compromissions activistes des gauchistes et des anarchistes de base. Le GCI dispose des Trois Piliers de l'énergie Jedi :
• La Connaissance, contenue dans les Archives Jedi (mélange d’anarchisme et de marxisme bête)
• La Force (des autres et des lycéens envoyés au casse-pipe)
• L'auto-discipline (la discipline militaire de parti formel et informel)
La capsule a aluni avec quelques secousses gênantes. Le sol est noir et rouge, curieux mélange de teinte, n’est-ce pas ? Vous êtes sur l’étoile filante du GCI (Groupe Communiste Internationaliste) dont le véritable nom n’est connu que des initiés de la Grande Ourse : Grand Conseil Intergalactique. En dépit du décor typiquement, anarchiste noir et rouge (les mutants aiment à mêler les contraires), vous n’êtes pas non plus en Chine maoïste malgré l’étoile rouge qui tourne dans les chambres au-dessus de la tête de lit de tous les activistes, si peu nombreux et provenant non de l’univers comme leur prospectus internet le prétend mais surtout de la galaxie belge. Curieux mutants, cette espèce bipède d’universitaires wallous est issue du croisement hideux de l’anarchisme et du CCI en l’an 1979 de l’ère reaganienne. Ces extraordinaires caméléons de l’espace marxiste/mantra interstellaire sont-ils à considérer dans le camp du maximalisme, m’objecterez-vous ?
Certes à chaque paragraphe de leurs longues si longues billevesées numériques sur leurs e-book riches en copié-collé d’articles ergonomiques et d’explications professorales pour collégiens de 3ème, on se doute qu’ils sont maximalistes en tout, démesurés dans l’observation des fourmis terrestre, emphatiques lorsqu’ils voient poindre un régiment de termites. Il y a maximaliste et maximaliste. Cela n’en fait point des cosmonautes sérieux du camp révolutionnaire terrien, mais certainement des gentils guerriers du Jedi. Le langage est parfois nébuleux, hollywoodien, conférant cette espèce d’étrangeté des habitants des planètes inconnues de l’Empire galactique du goulag. Langage un peu comparable à celui des martiens staliniens au début de leur message interstellaire : « Quand ça commence à grincer dans des bastions de la paix sociale ». Veulent-ils parler des planètes bourgeoises ou seulement de la terre ? Leur langage cinématographique se formalise après une offensive de l’Empire galactique dont ont été victimes de méprisables êtres terre à terre: « …à travers la planète (sic) (qui) a entretenu parmi les prolétaires des zones attaquées moins frontalement l’ultime illusion qu’en acceptant d’énièmes sacrifices, qu’en renonçant au cours de leurs luttes à s’affronter véritablement à leurs exploiteurs, qu’en se vendant en définitive au moindre mal, ils sauveraient leur peau du pire ».
Le Conseil GCI ne peut avoir que 4 membres à la fois. Il se compose de deux membres à vie (tels Yoda ou encore M.M. sous-chef dans l’ancien CCI), de un membre sud-américain à long terme (en fonction pour plusieurs années) et d’un membre à court terme, ancien cosmonaute trotskien (élu pour quelques mois ou quelques années). Ces 6 membres ont pour tâche de diriger et guider l’Ordre GCI (Grand Conseil Intergalactique) contre l’Empire américain ; ils ont une particularité unique à l’aune de toutes les galaxies connues d’être les généraux jupitériens et la troupe lunaire. Le Conseil Conseil central GCI ne se déplace en général dans l’actualité terrestre que la nuit avec des bougies. Nous avons reçu partiellement leur message, entrecoupé des grésillements de galaxies parasitaires, et malgré un langage vampirique et exponentiel, nous croyons en avoir saisi partiellement le sens, dont est extraite la traduction terrestre suivante : Le GCI (Grand Conseil Intergalactique) communique que :
« La mécanique est huilée, certes, mais elle n’a rien d’un perpetuum mobile qui mettrait le capital à l’abri de sa contradiction fondamentale. La classe bourgeoise, qui personnifie les intérêts du capital, n’a jamais eu et n’aura jamais, en dépit de ses efforts politiques et militaires multiséculaires et permanents en ce sens, la capacité de régler à sa guise le cours mondial des choses, et ce pour l’implacable raison que les nécessités vampiriques et exponentielles de la valorisation du capital ne laissent à ses défenseurs aucun « choix », aucune possibilité de freiner sa course (n’en déplaise aux sinistres idéologues de la « décroissance »), aucun moyen de remédier même partiellement à sa nature catastrophique, de suspendre le cours de son attaque permanente contre nous. Celui-ci ne peut même que s’accélérer à tous les niveaux, et tôt ou tard les zones relativement préservées devront également faire l’objet de brutales restructurations et mesures d’austérité, en somme d’attaques des salaires et de nos conditions de survie qui ne pourront pas être absorbées sans réaction, assimilées au cours « normal » et acceptable des choses, ce qui remettra à chaque fois davantage en jeu la stabilité de l’ensemble ».
Après avoir nettoyé l’écran des poussières de météorites anarchistes qui en gênaient la lecture, nous saisissons mieux LE ROMAN planétaire du retour de Jedi (prononcez Jeudail), quoique le titre soit long et fastidieux: « La lutte contre la réforme des retraites en France : unification et radicalisation d’un mécontentement profond et diffus ». Le prologue n’est pas très prolétarien mais imagine que ce sont des prolétaires sans combinaison syndicale qui auraient décidé de bloquer le carburant des navettes trade-unionistes, alors qu’il est fort connu en pays franc que les bonzes syndicaux ont fait la navette en février comme en septembre pour ordonner la grève puis la faire cesser lorsqu’elle eût assez amusé la galerie. (Etrange pour des anti-syndicalistes aussi chevronnés que les honorables Grand Conseil GCI (avec papier à en tête) qu’ils aient été aussi mal informés par les ondes perverses de radio France sur le sabotage de la grève des raffineries en février, ignorant le « souvenir encore vivace » de la façon dont les aristos syndicaux ont stoppé net la lutte sans prévenir, et récidivé en octobre sans que personne n’y voit pouic. L’important n’est-il pas pour un romancier de produire de belles descriptions pour faire rêver la lectrice :
« A partir du 12 octobre, en marge de ces défilés inoffensifs, des mouvements de blocages dans les raffineries, dans les dépôts de carburant et plus en amont, dans les terminaux portuaires s’en prennent directement à la sève même des flux marchands et de la production. Outre la distribution proprement dite des produits finis, c’est en effet la production elle-même qui dépend aujourd’hui entièrement du transport puisqu’elle fonctionne quasi totalement à flux tendus (pour éviter au maximum les frais liés à l’immobilisation de matières premières, de pièces détachées, de produits finis, etc.), sans compter que le pétrole est aussi une des matières premières essentielles dans plusieurs des industries clefs d’Europe occidentale, comme par exemple l’industrie chimique ».
Le Grand Conseil GCI voulant sans doute partir de l’histoire véridique du partage du travail des grands aristocrates syndicaux, les méchants « mouvementistes » qui organisaient les enterrements manifestes d’une colère déjà embaumée, a préféré révéler, sans imagination, qu’il avait laissé tomber la rédaction de la véracité des faits pour se rendre auprès des distractions fournies aux petits aristocrates de base, version plus conforme à la star war gauchiste.
Les anarchistes et staliniens brûleurs de pneus étaient conscients au plus haut niveau de conscience spatiale : « Le développement des pratiques du blocage exprime en effet objectivement un refus accru de l’invitation bourgeoise permanente à se sacrifier pour sauver l’économie en crise au nom de la sauvegarde de « notre compétitivité », de « l’emploi » et de « notre système social » ou encore de « la stabilité de la zone euro ».
Le Grand Conseil GCI affabule ensuite, en revenant à la partie imaginaire de son roman :
« Ce développement de l’action directe s’accompagne de la constitution d’« assemblées interpros » (pour « interprofessionnelles »), relativement mal nommées puisqu’en de nombreux endroits, elles réunissent, outre les travailleurs sans distinction de profession, des lycéens et des chômeurs. Ces assemblées sont les formes d’organisation dont se dotent les prolétaires en lutte pour centraliser et coordonner leurs actions et ainsi répondre aux besoins que pose la nouvelle direction prise par le mouvement dès lors qu’il va au-delà des défilés pacifiques préconisés par les grandes centrales syndicales. Aussi, avec toutes leurs contradictions et hétérogénéités, nous considérons ces « assemblées » comme des premières formalisations de la tendance de notre classe à : s’unifier dans la lutte et dépasser les divisions et les cloisonnements imposés par la structuration professionnelle des grandes centrales syndicales ; développer son associationnisme et son autonomie contre les organisations social-démocrates qui préconisent des « journées d’action nationale » réduites à de simples défilés moutonniers ». Du jamais vu, mais quel talent fictionnel !
Autre versant de la fiction, la rencontre nationale de Tours dont personne n’a plus entendu parler depuis le 6 novembre où étaient convoqués tous les brûleurs de pneus et barreurs de routes de France, ni non plus des dépôts de gerbes gauchistes le 11 novembre sur la tombe du mouvement carbonisé depuis le début par les aristos syndicaux et leurs sergents recruteurs de base.
La séquence suivante du scénario s’enfonce un peu plus dans les brumes de la galaxie nanopolitique du Grand Conseil GCI – lequel nous avait inventé des Conseils ouvriers en Iran vers 1980 – et nous, qui vivions d’assez prêt par nos diverses oreilles (des cosmonautes des services publics et des géologues du privé) ne reconnaissons les descriptions suivantes que comme farfelues et inconnues dans nos régions, bien que nous eussions beaucoup apprécié qu’elles y soient appliquées à notre climat social morose et lunaire :
« Dans ses faits et gestes, comme dans son organisation, le mouvement a ainsi pris un caractère progressivement plus territorial et plus autonome, les travailleurs de secteurs divers s’organisant directement eux-mêmes, décidant de leurs actions, non plus dans chaque entreprise isolément mais collectivement, avec les chômeurs et les lycéens, et se donnant pour objectif clair d’empêcher la bonne marche des affaires. L’agilité et la mobilité montrent clairement leur supériorité sur l’abnégation à soutenir le siège de telle entreprise, tel bâtiment, tel nœud des flux : on fuira l’affrontement direct et les infrastructures, rendues à leur normalité productive par l’intervention brutale des forces de l’ordre, sont rebloquées dès leur départ. Enfin, et cela n’est pas de moindre importance en terme de processus d’autonomisation du mouvement, ces pratiques se sont accompagnées d’une multiplication impressionnante d’expressions écrites (tracts, banderoles, tags, bulletins de lutte, textes d’analyse, etc.) qui expriment à différents niveaux la nature profonde de ce mouvement, à savoir d’être le mouvement de négation, d’abolition de l’ordre social existant, d’être porteur de la destruction de ce qui nous détruit ». Admirable prose, du Julien Coupat à l'état pur!

Non tout cela est hélas le fruit d’une imagination malade ou bien… Nous pensons plus sérieusement, nous pauvres terriens assoiffés du désir d’une véritable lutte conduite par les cosmonautes de base et du milieu, que la bande de Jedi, le Grand Conseil GCI avait probablement dû abuser de notre ignoble picrate Beaujolais (Ils avaient été livrés en Belgique avant les japonais ?) pour délirer ainsi sur ce triste tortillard syndical sans fin ni scénario crédible de happy end.

Le message interstel-blog était ensuite à nouveau brouillé et nous ne percevions plus que des termes étranges, inconnus au bar-tabac Jupiter ou à la piscine Saturne : « mouvementisme… autonomisation des luttes….guerre contre… les centrales syndicales (où ? où ?)… guerre contre l’Etat (ouah super !)… Une phrase était compréhensible soudain : « Dans la perspective pratique de briser le « mouvementisme » syndical qui mène la lutte à l’impuissance, à l’essoufflement et à l’épuisement, ce texte a ceci de fort qu’il pose également la question du comment continuer ?, comment aller plus loin ?, évoquant entre autres la nécessité d’imposer une temporalité de lutte propre au mouvement (et non plus décidée par les centrales syndicales) ; de développer toujours plus avant l’action offensive, organisée et coordonnée de manière autonome : les auteurs du textes soulignent ainsi l’initiative de la constitution d’une « Coordination nationale et autonome pour contourner les mots d’ordre des centrales syndicales, dont la première réunion a eu lieu à Tours le 6 novembre… (grésillements) de « passer par un nécessaire mouvement des occupations », faisant en cela directement référence aux « éléments du grand mouvement social des instituteurs à Oaxaca au Mexique qui a débouché sur la grande insurrection populaire de tout le Sud-Mexique : occupation permanente d'une place de la ville, occupation et création de plusieurs antennes radios de lutte, réappropriation des chaînes de télé locales et nationales ; grève générale par blocage économique local total ; paralysie des moyens de communication d'État et des forces de répression par occupation-réappropriation ; etc. »

Revêtus de leur tenue noire et gothique pour entrainer les lycéens (les membres du GCI disposent aussi de l’uniforme ouvrier ou militaire pour les autres types d’intervention, quoiqu’ils préfèrent se déplacer toujours avec leur scaphandre en chambre, + le foulard pour masquer qu'ils sont vieux)) se félicitent que des lycéens aient été au casse-pipe et que des dizaines soient en prison en attente de jugement, car cela leur apprendra à devenir vraiment révolutionnaire : « Aujourd’hui, sans atteindre le niveau d’embrasement des banlieues en 2005, il est à souligner que des modes d’action radicaux (manifs sauvages, saccages, pillages, incendies, actions directes menées par de petits groupes très mobiles…) ont également été adoptés par les lycéens au cours des manifestations : Si les centrales syndicales sont les ennemies politiques de la lutte (négociation et cogestion avec le patronat, revendications minimalistes, structure pyramidale et ultra-hiérarchisée), leurs Services d’Ordre (SO) sont les ennemis directs des manifestants. À coups de tonfas, de gazeuse, de gants plombés, les SO attaquent physiquement tous ceux qui ne manifestent pas docilement comme le souhaitent les syndicats : coordonnés avec les flics, ils tabassent et arrêtent les lycéens trop turbulents, ils encadrent et empêchent ceux qui préfèreraient partir en manifestation sauvage, etc. ».
Le spectre du GCI (Grand Conseil Intergalactique) hante le monde...
« Le mouvement actuel se distingue en termes de dépassement des cloisonnements sectoriels, d’auto-organisation et de contamination de pratiques ciblées contre l’économie et l’État En termes de limites du mouvement, évitons d’emblée la pseudo-distinction entre les limites « internes » au mouvement, les limites qu’il « se serait imposées » de par ses « faiblesses propres », et les limites « externes », qui lui « auraient été imposées » par la force tant physique qu’idéologique. Le mouvement de négation des conditions existantes est un produit de celles-ci. Même s’il est précisément ce qui leur est irréductible, non-intégrable, non-assimilable, il naît sur le sol même de ces conditions, dans un rapport de force mondial donné, et reproduit encore des traits et idéologies de cette société. Au-delà de sa durée propre, chaque mouvement qui rompt tangiblement avec le temps de la valorisation capitaliste nous rend à notre contemporanéité fondamentale avec toutes les luttes passées et à venir, nous lie chaque fois plus intimement les uns aux autres dans notre communauté de lutte, dans notre étrangeté radicale à ces relatifs « retours à la normale » auxquels nos ennemis aspirent pour différer la chute de leur monde putride ». Le style c'est l'ombre du GCI et l'ombre est le style du GCI. Pas bon pour réussir au cinéma. Les metteurs en scène gauchistes sont bien décidés à ne pas se laiser licencier par moins talentueux qu'eux.
Nous saluons franchement camarades martiens votre langage cosmique et vous invitons à venir en France le tenir aux bouches de métro. Vous serez conviés ensuite à visiter les lieux nettoyés de manifs traine-savates et les carrefours lavés des brûlures de pneus. En prime vous sera offert un pneu rechapé de n’importe quelle JA.

RESUME POUR CEUX QUI NE PIGENT POINT LE MARTIEN DANS LE TEXTE :

Le GCI est une micro-secte anti-syndicaliste mais très syndicaliste en réalité, très anti-gauchiste mais très gauchiste en réalité, très anti-anarchiste mais très anarchiste en réalité, très prolétaire mais tout à fait anti-prolétaire en réalité avec son exaltation de la vague "lutte du peuple" comme au Mexique, très parti mais en réalité très anti-parti de classe. La lecture des citations ci-dessus révèle qu’un groupe, n’importe quel groupe qui se prétend radical peut reproduire les mensonges et les pires poncifs gauchistes. Ce pitoyable cercle de vieux intellectuels tient le même discours grèvegénéraliste que n'importe quel gauchiste fonctionnaire, discours creux et ridicule.
Les choses ont été simples en France :
- Pour les masses (non des millions mais des centaines de milliers dans plusieurs manifs avec même manifestants des services publics, des municipalités, des nombreux vieux des syndicats, etc.) + une partie des lycéens qui ont été lancés dans les promenades par une concertation secrète Sarko-syndicats dans l’espoir qu’ils allaient casser (je déduis mais je n’ai pas de preuves, mais qui n'avait pas besoin d'être "complotée" non plus pour tenter la même chose) les balades épuisantes,
- Pour les énervés de base, des syndicalistes CGT des ports, de EDF, etc. ont joué à l’action « indépendante » des syndicats aux côtés des "incontrôlables" avec les mêmes méthodes… poujadistes habituelles de leurs syndicats : blocage de carrefour, pneus brûlés. Ces petits cordons d’agités anars et staliniens n’ont jamais été rejoint par la masse : l’action de blocage ne permet pas plus la discussion que de défiler sous le hurlement des sonos syndicales,
- La grève des raffineries bis a été une excellente manœuvre, très machiavélique, très contrôlée avec deux objectifs : contenter une foule de gens qui sur les forums du web ou dans les boites gueulaient qu’il fallait tout bloquer (et le syndicat CGT leur aura démontré par le fait que cela ne menait à rien), et en second lieu, faire planer le risque de pénurie qui est bon pour cette connasse d’opinion publique ; paradoxalement ce n‘est pas cette 2e hypothèse qui a marché, mais la première… venant conforter le sentiment d’impuissance des prolétaires spectateurs de keur propre humiliation.
- S’il est une leçon à retenir de la soi-disante lutte en France c’est bien l’intelligence tactique des aristocrates syndicaux qui ont « accompagné » comme on accompagne un tombeau et la prestation des seconds rôles, les imbéciles gauchistes et anarchistes qui ont permis par les actions dites de « blocage » de liquider la vraie carence de la protestation prolétaire : l’impossibilité de débattre et de décider (même s’il y eût semble-t-il des AG pour poser les vraies questions comme à Toulouse par exemple).
Il faut le répéter, le mouvement sous le nombre mou et les nombres exagérés n’était ni cohérent ni unifié, et malheureusement la vérité de sa faiblesse intrinsèque n’apparaissait que sur les forums internet où des prolétaires du privé (non "umpistes") ne mâchaient pas leurs mots contre les défilants aux régimes spéciaux maintenus… et contre cet extraordinaire suivisme derrière des aristocrates syndicaux assez minables pourtant. Lamentable jeu colin-maillard.

QUANT AUX RESIDUS DU VIEUX MILIEU MAXIMALISTE: pas brillant. Le BIPR devenu Tendance Communiste Internationaliste (TCI) n'a pas confirmé les espoirs pingres et naïfs de l'ex fraction interne du CCI qui s'est scindée également en deux (2 et 2 font 4, et 4 divisé par 2 donne 2), un couple croyant toujours au redressement possible de la maison-mère CCI, et les autres pas et proche du cercle Klasbatalo du Canada. Sur le site canadien CMAQ, comme on me l'a signalé, vous pouvez lire les errances du clash de l'ex Battaglia Comunista qui semblait pourtant imminisé des délires des autres tout petits groupes depuis 50 ans: "Scission dans le BIPR, maintenant TCI - Qu'en est-il? (en date du jeudi 9 décembre). Quant au CCI, il dégénère de plus en plus vite, pas la peine de s'énerver comme une aile de la fraction "dite interne" qui lui a consacré un long article sur son révisionnisme concernant la "violence de classe", mais en s'appuyant sur le plus mauvais brouet sur le sujet "Terrorisme ou communisme" de Trotsky. Certes sur le fond la nouvelle théorisation des braves étudiants "fifils de la classe ouvrière" (une connerie de première) est doublée de l'exaltation de leur pacifisme manifestant opposé à la "violence aveugle" des "lascars de banlieues", mais cela ne fait que confirmer le caractère petit bourgeois de cette secte, emmenée par une nouvelle théoricienne Jiang Qing (veuve de Mao). Appliquez cette théorie aux gardes rouges de 1967-68 et vous verrez l'effet "culturel" produit!

mardi 16 novembre 2010

DES ENSEIGNEMENTS POUR LE PROLETARIAT MONDIAL ..

OU
DES RENSEIGNEMENTS SUR LA Sénilité du CCI ?

(Du danger de la propagande grèvegénéraliste)

S’il y a eu un mouvement de protestation sur les retraites, personne ne s’en est aperçu au niveau international, ou plutôt n’aurait pu s’en apercevoir avec le seul site du CCI qui pendant dix mois n’a ni pris position ni reflété une quelconque discussion de ses sympathisants (enfants de militants) ou en son sein (exigu) concernant la principale attaque gouvernementale bourgeoise contre la classe ouvrière, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Le mouvement de protestation s’est incroyablement délité comme on pouvait prévoir qu’il le serait, canalisé depuis le début non comme flot impétueux mais comme long fleuve tranquille bordé par la certitude en béton que les syndicats ne menaient pas à l’abattoir. Voilà l’agence mondiale française du CCI qui se réveille tout à coups alors que les lampions de la fête amère sont éteints. Depuis son site fade et imbitable il annonce triomphalement au monde entier : « Ce mouvement est déjà riche en enseignements pour le prolétariat mondial » et « nous nous efforcerons dans la mesure de nos forces de traduire ces textes (du forum de discussion) dans les principales langues ».
Déjà que le prolétariat en France ne sait plus où il en est, on se demande quelles leçons il pourrait fournir aux autres prolétariats ! Depuis un an il n’y a eu AUCUNE discussion concernant la longue mascarade syndicale sur les retraites sur le blog de ces messieurs les leaders politiques marxistes du prolétariat mondial, et on apprend qu’ils vont « s’efforcer » de traduire des discussions qui n’ont pas eu lieu… Heureusement qu’il n’y a quasiment rien à traduire, car comme ils ne sont guère plus de deux ou trois par pays, le prolétariat universel attendrait trois siècles le bilan de la glorieuse lutte défaite des aristos syndicaux en France comme celui de la magnifique lutte des resquilleurs grecs qui ont portés triomphalement leur dompteur de gauche au pouvoir (Cf. Brève chronologie des événements de la lutte contre la réforme des retraites » par ICConline du 22 octobre).
La chronologie rétroactive de l’agence du CCI, RI augure que chacun peut fort bien prendre un train en marche, en rappelant justement que le train avait eu du mal à démarrer depuis la première JA du 23 mars, mais il est criminel de faire croire que la locomotive est devenue fiable à partir du 23 septembre et très accommodant soudain avec les agités du milieu puant de la CNT AIT. Le principal « regroupement international marxiste en vue de la fondation du parti mondial de la révolution de demain » fait la promo et s’agenouille devant cette poignée de gugusses anarchistes qui flirtent avec les staliniens comme avec n’importe quel antisarkozyste primaire. Donc l’agence RI a vu que le 23 septembre « le mouvement enfle », que « des cortèges hésitent à se disperser », que « des tracts d’interprofessionnelles (elles sont sexy ?) commencent à appeler à la prise en main des luttes… » et : « Dans quelques villes, la CNT AIT organise des Assemblées populaires pour « libérer la parole » (le CCI se joindra ensuite à cette excellente initiative) » (notez bien c’est eux qui la spécifie cette « excellente initiative »). La sénilité politique et activiste du CCI est traduite immédiatement en jargon français : « Cette volonté de s’auto-organiser exprimée par des minorités révèlent (singulier !) que l’ensemble de la classe commence à se poser des question sur la stratégie syndicale, sans oser tirer encore toutes les conséquences de leurs doutes et questionnements ». Vous imaginez donc que cette dizaine de personnes qui ne veut pas remonter dans les cars syndicaux en fin de manif et la poignée d’agités anars expriment cette « volonté de s’auto-organiser » ! Mais s’organiser à partir de quoi ? Des manifs composées majoritairement des vieux retraités des encadrements syndicaux, des bénéficiaires des régimes spéciaux, des habituels employés municipaux réquisitionnés et des troupes gauchistes sans diplômes, permettent au rédacteur de l’agence RI d’accompagner les gros ballons des syndicats, en validant leurs chiffres et le mensonge de la participation du secteur privé lors des processions dominicales rajoutées aux JA pour faire peuple. ..
Toute l’action de la poignée des vieux has been de RI a donc été de compter les manifestants et de collecter les divers tracts anars qui circulent pour se pâmer devant cette volonté de « communiquer » malgré le son assourdissant des sonos des aristos de la négociation au long cours. Pire l’agence RI, incapable de sortir le moindre tract de la qualité de celui du PCI ou des camarades de Tumulto de Toulouse (avec Controverses), nous resservent les tracts… des anarchistes ! Quelle décadence !
Une chronologie honnête contient les déclarations des protagonistes des deux bords sinon elle ne sert à rien pour comprendre le déroulé des événements ni en tirer la leçon. Leur chronologie ne fait qu’exagérer d’éventuelles discussions au coin de la rue et des AG interprofessionnelles virtuelles, ou qui furent inconsistantes comme en 1995. La seule révélation de la « trahison systématique » des syndicats, portée par le déambulateur du CCI (ce squelette du parti) est le bluff des AG par catégories et par étages (bof comme si on le savait pas); mais avec un simplisme manichéen, les « enseignements pour le prolétariat mondial » se résumeraient à ces cortèges lassants d’une foule « trahie » par les méchants syndicats. Trahie au bout de la rue ?
L’échec du mouvement se résume-t-il à la perpétuelle trahison des méchants syndicats ?
DU DANGER OPPORTUNISTE DE LA PROPAGANDE GENERALISTE ET GREVEGENERALISTE
Avant de radoter pour les diverses « autonomies » de la lutte et « d’extension massive de la lutte et de la solidarité », un réel parti politique aurait analysé la situation : quelles forces en présence ? comment l’attaque a-t-elle été préparée par la bourgeoisie ? quels objectifs donner au mouvement s’il se « durcit » ?
Si l’agence RI s’était posé ces questions, elle aurait tenu compte :
- Du fait que la classe ouvrière ne subit que des échecs depuis 1993 sur cette question des retraites, qu’elle est encore incapable de relever la tête tant qu’elle ne saura pas prendre les risques nécessaires pour une véritable confrontation (grèves et rejet des syndicats)
- Que le gouvernement a clairement laissé entendre qu’il ne toucherait pas aux régimes spéciaux et qu’il a ainsi rassuré les aristocraties syndicales du secteur public, qui ont pu ainsi organiser mollement et sans risques les promenades successives ;
- Qu’il n’y avait aucune grève pour être le socle à une véritable généralisation des luttes, excepté la grève des raffineries ordonnée (et arrêtée brutalement sans raison par les syndicats en temps et en heure), pour démontrer aux jusqu’auboutistes dans leur rang (qui étaient persuadés qu’il suffisait de bloquer l’essence pour mettre Sarko KO) que ce blocage ne servait à rien
- Que la « trahison » attendue des syndicats n’est pas venue comme d’ordinaire – ils accompagnent des enterrements sans risques et sans trop s’exposer (cf. le langage abstrait et ambigu des grands bonzes aristocrates) – et a été supplantée par l’habituelle « radicalisation » gauchiste et anarchiste (il est vrai que Sarko a manqué son coup en espérant que les lycéens – pas les petits bourges étudiants – allaient casser).
- En profiter pour offrir au prolétariat universel une analyse plus large de la SIGNIFICATION de l’attaque sur les retraites comme des expressions de fin de vie du capitalisme, et OSER dire que la retraite, comme le salariat, sera supprimée dans le communisme.
Au lieu de cette réflexion, l’agence RI a réagi avec lâcheté, suivant les troupes anarcho-syndicalistes. Sommet de cet opportunisme syndicaliste, est la reproduction d’un tract d’une assemblée générale de Saint Sernin à Toulouse, Le tract présenté comme « Des tentatives de lutter en dehors du contrôle syndical » est si bref et pauvre en généralités qu’il ne sert qu’à amplifier la sono syndicale pour les présents. Il appelle à la fusion de tout et n’importe quoi à l’exemple improbable de la Grèce. Plus grave aucune critique n’est portée au tract d’une AG gare de l’Est à Paris, tract grèvegénéraliste de la plus belle eau… inter-classiste, où on lit que « … nous ne devons pas apparaître comme défendant des intérêts catégoriels mais ceux de toute la population travailleuse, y compris les petits paysans, marins-pécheurs ( !?), petits artisans ( !?), petits boutiquiers (ah ah !), qui est jetée dans la misère avec la crise du capitalisme. Nous devons les entraîner et nous mettre à la tête de toutes les luttes pour mieux nous en prendre au capital ». On se demande bien qui est ce « NOUS » qui va prendre le pouvoir pour se mettre à la tête de toutes les couches de la population, mais cela ne pose pas problème à l’autiste agence de RI qui pense que ce « nous » ce sera elle !
La pire compromission de l’agence RI est enfin son « plein soutien » au tract de la CNT Toulouse : « Comment lutter ? Par une Résistance Populaire Autonome »( !?). Comme tout tract radical anarchiste il comporte quelques vérités mais surtout des billevesées critiques-critiques et archi-activistes habituelles de la mouvance anarchiste jusqu’auboutiste et infantile (actions menées en général conjointement avec les syndicalistes CGT et SUD), stupidités auxquelles l’agence en France du parti mondial de la révolution ne porte AUCUNE critique :
- « la conduite de la lutte n’est pas le monopole de qui que ce soit (fonctionnaires syndicaux ou autres professionnels, etc. » ; ahurissant ! donc cette conduite est aussi celle… des aristos syndicaux !
- « les revendications doivent être unifiantes pour éviter la mise en opposition entre les salariés, les consommateurs, voire les usagers » ; doublement ahurissant de voir se cotoyer cette catégorie syndicale « les salariés » aux côtés d’autres catégories qui peuvent être autant bourgeoises que prolétaires ou chômeurs !
- « Pour sensibiliser partout où c’est possible, à notre disposition : les barrages filtrants, les piquets volants sur les axes routiers… cortèges tintamarres (comme pour un mariage)… rassemblements devant Palais de Justice, Pole emploi, etc. »…
C’est ce qui s’appelle organiser la dispersion. C’est le credo complémentaire, aux côtés des « réformistes » des syndicats pour tous les connards de léninistes anarchistes et de gauchistes conseillistes pour « apporter la conscience de l’extérieur » ou pour « sensibiliser » comme ils disent les millions de prolétaires qui avaient bien besoin d’eux pour se rendre compte qu’ils étaient floués par le gouvernement et que celui-ci tomberait comme une prune avec quelques barrages routiers et les petites phrases des chefs aristocrates syndicaux à la veille de chaque JA !
La secte CCI était morte depuis ses procès de Moscou au milieu des années 1990, son cadavre dégage encore les odeurs pestilentielles des égouts de la petite bourgeoisie intellectuelle. Les étudiants, ces carriéristes de plus en plus floués par la crise, sont encore montrés aux prolétaires comme exemplaires avec leur victoire contre le CPE qui a encore aggravée le chômage des fils de prolétaires sans diplômes. Le cadavre du CCI pue encore plus lorsqu’il prétend fin octobre qu’en France « s’accroît la solidarité entre différents secteurs ». Ce mensonge est une couronne de fleurs mortuaires offerte aux fossoyeurs syndicaux.
FAUSSE RESSOURCE DE L’ACTIVISME
Un article de la revue bordiguiste Programme communiste (texte de Milan 1952, republié en 1971) avait déjà cloué au pilori la décadence politique des sectes comme RI-CCI ; Extraits :
« 1 - Il existe une objection courante, qui n'a elle-même rien d'original, puisqu'elle a déjà accompagné les pires épisodes de dégénérescence du mouvement ouvrier - c'est celle qui consiste à sous-estimer la clarté et la continuité des principes et qui incite à «être politique», à se plonger dans l'activité du mouvement, qui indiquera lui-même les voies à prendre; à ne pas s'arrêter afin de décider en étudiant des textes et en tirant les leçons d'expériences précédentes, mais à poursuivre son chemin sans trêve dans le vif de l'action.
2 - Cet activisme pratique est à son tour une déformation du marxisme, soit qu'il veuille mettre en premier plan l'esprit de décision et la vivacité de groupes de direction et d'avant-garde sans grands scrupules doctrinaux, soit qu'il réduise tout à la décision et à la consultation «de la classe» et de ses majorités, sous couvert de choisir la voie que, poussés par l'intérêt économique, la plupart des travailleurs préfèrent. Ce sont de vieux trucs, et jamais aucun traître, vendu à la classe dominante, n'a quitté le Parti sans soutenir primo, qu'il était le meilleur et le plus actif défenseur «pratique» des intérêts ouvriers; secundo, qu'il agissait ainsi de par la volonté manifeste de la masse de ses partisans ou... de ses électeurs.
3 - La déviation révisionniste, par exemple l'évolutionnisme réformiste et légalitaire de Bernstein, était au fond activiste et non ultra-déterministe. Il ne s'agissait pas de remplacer le but révolutionnaire trop élevé par des revendications limitées que la situation permettait d'obtenir, mais de fermer les yeux devant la brûlante vision de l'arc historique complet. On disait: le résultat du moment est tout, proposons-nous des buts immédiats et limités, à l'échelle non pas universelle, mais locale et transitoire, et il sera possible de modeler de tels résultats par la volonté. Des syndicalistes partisans de la violence, à la Sorel, dirent la même chose et finirent de la même façon: les premiers se préoccupaient davantage d'arracher des mesures législatives par la voie parlementaire, les seconds de remporter des victoires catégorielles et au niveau de l'entreprise; mais les uns et les autres tournaient le dos aux tâches historiques ».