"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».

Marx (L'idéologie allemande)

mardi 16 novembre 2010

DES ENSEIGNEMENTS POUR LE PROLETARIAT MONDIAL ..

OU
DES RENSEIGNEMENTS SUR LA Sénilité du CCI ?

(Du danger de la propagande grèvegénéraliste)

S’il y a eu un mouvement de protestation sur les retraites, personne ne s’en est aperçu au niveau international, ou plutôt n’aurait pu s’en apercevoir avec le seul site du CCI qui pendant dix mois n’a ni pris position ni reflété une quelconque discussion de ses sympathisants (enfants de militants) ou en son sein (exigu) concernant la principale attaque gouvernementale bourgeoise contre la classe ouvrière, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Le mouvement de protestation s’est incroyablement délité comme on pouvait prévoir qu’il le serait, canalisé depuis le début non comme flot impétueux mais comme long fleuve tranquille bordé par la certitude en béton que les syndicats ne menaient pas à l’abattoir. Voilà l’agence mondiale française du CCI qui se réveille tout à coups alors que les lampions de la fête amère sont éteints. Depuis son site fade et imbitable il annonce triomphalement au monde entier : « Ce mouvement est déjà riche en enseignements pour le prolétariat mondial » et « nous nous efforcerons dans la mesure de nos forces de traduire ces textes (du forum de discussion) dans les principales langues ».
Déjà que le prolétariat en France ne sait plus où il en est, on se demande quelles leçons il pourrait fournir aux autres prolétariats ! Depuis un an il n’y a eu AUCUNE discussion concernant la longue mascarade syndicale sur les retraites sur le blog de ces messieurs les leaders politiques marxistes du prolétariat mondial, et on apprend qu’ils vont « s’efforcer » de traduire des discussions qui n’ont pas eu lieu… Heureusement qu’il n’y a quasiment rien à traduire, car comme ils ne sont guère plus de deux ou trois par pays, le prolétariat universel attendrait trois siècles le bilan de la glorieuse lutte défaite des aristos syndicaux en France comme celui de la magnifique lutte des resquilleurs grecs qui ont portés triomphalement leur dompteur de gauche au pouvoir (Cf. Brève chronologie des événements de la lutte contre la réforme des retraites » par ICConline du 22 octobre).
La chronologie rétroactive de l’agence du CCI, RI augure que chacun peut fort bien prendre un train en marche, en rappelant justement que le train avait eu du mal à démarrer depuis la première JA du 23 mars, mais il est criminel de faire croire que la locomotive est devenue fiable à partir du 23 septembre et très accommodant soudain avec les agités du milieu puant de la CNT AIT. Le principal « regroupement international marxiste en vue de la fondation du parti mondial de la révolution de demain » fait la promo et s’agenouille devant cette poignée de gugusses anarchistes qui flirtent avec les staliniens comme avec n’importe quel antisarkozyste primaire. Donc l’agence RI a vu que le 23 septembre « le mouvement enfle », que « des cortèges hésitent à se disperser », que « des tracts d’interprofessionnelles (elles sont sexy ?) commencent à appeler à la prise en main des luttes… » et : « Dans quelques villes, la CNT AIT organise des Assemblées populaires pour « libérer la parole » (le CCI se joindra ensuite à cette excellente initiative) » (notez bien c’est eux qui la spécifie cette « excellente initiative »). La sénilité politique et activiste du CCI est traduite immédiatement en jargon français : « Cette volonté de s’auto-organiser exprimée par des minorités révèlent (singulier !) que l’ensemble de la classe commence à se poser des question sur la stratégie syndicale, sans oser tirer encore toutes les conséquences de leurs doutes et questionnements ». Vous imaginez donc que cette dizaine de personnes qui ne veut pas remonter dans les cars syndicaux en fin de manif et la poignée d’agités anars expriment cette « volonté de s’auto-organiser » ! Mais s’organiser à partir de quoi ? Des manifs composées majoritairement des vieux retraités des encadrements syndicaux, des bénéficiaires des régimes spéciaux, des habituels employés municipaux réquisitionnés et des troupes gauchistes sans diplômes, permettent au rédacteur de l’agence RI d’accompagner les gros ballons des syndicats, en validant leurs chiffres et le mensonge de la participation du secteur privé lors des processions dominicales rajoutées aux JA pour faire peuple. ..
Toute l’action de la poignée des vieux has been de RI a donc été de compter les manifestants et de collecter les divers tracts anars qui circulent pour se pâmer devant cette volonté de « communiquer » malgré le son assourdissant des sonos des aristos de la négociation au long cours. Pire l’agence RI, incapable de sortir le moindre tract de la qualité de celui du PCI ou des camarades de Tumulto de Toulouse (avec Controverses), nous resservent les tracts… des anarchistes ! Quelle décadence !
Une chronologie honnête contient les déclarations des protagonistes des deux bords sinon elle ne sert à rien pour comprendre le déroulé des événements ni en tirer la leçon. Leur chronologie ne fait qu’exagérer d’éventuelles discussions au coin de la rue et des AG interprofessionnelles virtuelles, ou qui furent inconsistantes comme en 1995. La seule révélation de la « trahison systématique » des syndicats, portée par le déambulateur du CCI (ce squelette du parti) est le bluff des AG par catégories et par étages (bof comme si on le savait pas); mais avec un simplisme manichéen, les « enseignements pour le prolétariat mondial » se résumeraient à ces cortèges lassants d’une foule « trahie » par les méchants syndicats. Trahie au bout de la rue ?
L’échec du mouvement se résume-t-il à la perpétuelle trahison des méchants syndicats ?
DU DANGER OPPORTUNISTE DE LA PROPAGANDE GENERALISTE ET GREVEGENERALISTE
Avant de radoter pour les diverses « autonomies » de la lutte et « d’extension massive de la lutte et de la solidarité », un réel parti politique aurait analysé la situation : quelles forces en présence ? comment l’attaque a-t-elle été préparée par la bourgeoisie ? quels objectifs donner au mouvement s’il se « durcit » ?
Si l’agence RI s’était posé ces questions, elle aurait tenu compte :
- Du fait que la classe ouvrière ne subit que des échecs depuis 1993 sur cette question des retraites, qu’elle est encore incapable de relever la tête tant qu’elle ne saura pas prendre les risques nécessaires pour une véritable confrontation (grèves et rejet des syndicats)
- Que le gouvernement a clairement laissé entendre qu’il ne toucherait pas aux régimes spéciaux et qu’il a ainsi rassuré les aristocraties syndicales du secteur public, qui ont pu ainsi organiser mollement et sans risques les promenades successives ;
- Qu’il n’y avait aucune grève pour être le socle à une véritable généralisation des luttes, excepté la grève des raffineries ordonnée (et arrêtée brutalement sans raison par les syndicats en temps et en heure), pour démontrer aux jusqu’auboutistes dans leur rang (qui étaient persuadés qu’il suffisait de bloquer l’essence pour mettre Sarko KO) que ce blocage ne servait à rien
- Que la « trahison » attendue des syndicats n’est pas venue comme d’ordinaire – ils accompagnent des enterrements sans risques et sans trop s’exposer (cf. le langage abstrait et ambigu des grands bonzes aristocrates) – et a été supplantée par l’habituelle « radicalisation » gauchiste et anarchiste (il est vrai que Sarko a manqué son coup en espérant que les lycéens – pas les petits bourges étudiants – allaient casser).
- En profiter pour offrir au prolétariat universel une analyse plus large de la SIGNIFICATION de l’attaque sur les retraites comme des expressions de fin de vie du capitalisme, et OSER dire que la retraite, comme le salariat, sera supprimée dans le communisme.
Au lieu de cette réflexion, l’agence RI a réagi avec lâcheté, suivant les troupes anarcho-syndicalistes. Sommet de cet opportunisme syndicaliste, est la reproduction d’un tract d’une assemblée générale de Saint Sernin à Toulouse, Le tract présenté comme « Des tentatives de lutter en dehors du contrôle syndical » est si bref et pauvre en généralités qu’il ne sert qu’à amplifier la sono syndicale pour les présents. Il appelle à la fusion de tout et n’importe quoi à l’exemple improbable de la Grèce. Plus grave aucune critique n’est portée au tract d’une AG gare de l’Est à Paris, tract grèvegénéraliste de la plus belle eau… inter-classiste, où on lit que « … nous ne devons pas apparaître comme défendant des intérêts catégoriels mais ceux de toute la population travailleuse, y compris les petits paysans, marins-pécheurs ( !?), petits artisans ( !?), petits boutiquiers (ah ah !), qui est jetée dans la misère avec la crise du capitalisme. Nous devons les entraîner et nous mettre à la tête de toutes les luttes pour mieux nous en prendre au capital ». On se demande bien qui est ce « NOUS » qui va prendre le pouvoir pour se mettre à la tête de toutes les couches de la population, mais cela ne pose pas problème à l’autiste agence de RI qui pense que ce « nous » ce sera elle !
La pire compromission de l’agence RI est enfin son « plein soutien » au tract de la CNT Toulouse : « Comment lutter ? Par une Résistance Populaire Autonome »( !?). Comme tout tract radical anarchiste il comporte quelques vérités mais surtout des billevesées critiques-critiques et archi-activistes habituelles de la mouvance anarchiste jusqu’auboutiste et infantile (actions menées en général conjointement avec les syndicalistes CGT et SUD), stupidités auxquelles l’agence en France du parti mondial de la révolution ne porte AUCUNE critique :
- « la conduite de la lutte n’est pas le monopole de qui que ce soit (fonctionnaires syndicaux ou autres professionnels, etc. » ; ahurissant ! donc cette conduite est aussi celle… des aristos syndicaux !
- « les revendications doivent être unifiantes pour éviter la mise en opposition entre les salariés, les consommateurs, voire les usagers » ; doublement ahurissant de voir se cotoyer cette catégorie syndicale « les salariés » aux côtés d’autres catégories qui peuvent être autant bourgeoises que prolétaires ou chômeurs !
- « Pour sensibiliser partout où c’est possible, à notre disposition : les barrages filtrants, les piquets volants sur les axes routiers… cortèges tintamarres (comme pour un mariage)… rassemblements devant Palais de Justice, Pole emploi, etc. »…
C’est ce qui s’appelle organiser la dispersion. C’est le credo complémentaire, aux côtés des « réformistes » des syndicats pour tous les connards de léninistes anarchistes et de gauchistes conseillistes pour « apporter la conscience de l’extérieur » ou pour « sensibiliser » comme ils disent les millions de prolétaires qui avaient bien besoin d’eux pour se rendre compte qu’ils étaient floués par le gouvernement et que celui-ci tomberait comme une prune avec quelques barrages routiers et les petites phrases des chefs aristocrates syndicaux à la veille de chaque JA !
La secte CCI était morte depuis ses procès de Moscou au milieu des années 1990, son cadavre dégage encore les odeurs pestilentielles des égouts de la petite bourgeoisie intellectuelle. Les étudiants, ces carriéristes de plus en plus floués par la crise, sont encore montrés aux prolétaires comme exemplaires avec leur victoire contre le CPE qui a encore aggravée le chômage des fils de prolétaires sans diplômes. Le cadavre du CCI pue encore plus lorsqu’il prétend fin octobre qu’en France « s’accroît la solidarité entre différents secteurs ». Ce mensonge est une couronne de fleurs mortuaires offerte aux fossoyeurs syndicaux.
FAUSSE RESSOURCE DE L’ACTIVISME
Un article de la revue bordiguiste Programme communiste (texte de Milan 1952, republié en 1971) avait déjà cloué au pilori la décadence politique des sectes comme RI-CCI ; Extraits :
« 1 - Il existe une objection courante, qui n'a elle-même rien d'original, puisqu'elle a déjà accompagné les pires épisodes de dégénérescence du mouvement ouvrier - c'est celle qui consiste à sous-estimer la clarté et la continuité des principes et qui incite à «être politique», à se plonger dans l'activité du mouvement, qui indiquera lui-même les voies à prendre; à ne pas s'arrêter afin de décider en étudiant des textes et en tirant les leçons d'expériences précédentes, mais à poursuivre son chemin sans trêve dans le vif de l'action.
2 - Cet activisme pratique est à son tour une déformation du marxisme, soit qu'il veuille mettre en premier plan l'esprit de décision et la vivacité de groupes de direction et d'avant-garde sans grands scrupules doctrinaux, soit qu'il réduise tout à la décision et à la consultation «de la classe» et de ses majorités, sous couvert de choisir la voie que, poussés par l'intérêt économique, la plupart des travailleurs préfèrent. Ce sont de vieux trucs, et jamais aucun traître, vendu à la classe dominante, n'a quitté le Parti sans soutenir primo, qu'il était le meilleur et le plus actif défenseur «pratique» des intérêts ouvriers; secundo, qu'il agissait ainsi de par la volonté manifeste de la masse de ses partisans ou... de ses électeurs.
3 - La déviation révisionniste, par exemple l'évolutionnisme réformiste et légalitaire de Bernstein, était au fond activiste et non ultra-déterministe. Il ne s'agissait pas de remplacer le but révolutionnaire trop élevé par des revendications limitées que la situation permettait d'obtenir, mais de fermer les yeux devant la brûlante vision de l'arc historique complet. On disait: le résultat du moment est tout, proposons-nous des buts immédiats et limités, à l'échelle non pas universelle, mais locale et transitoire, et il sera possible de modeler de tels résultats par la volonté. Des syndicalistes partisans de la violence, à la Sorel, dirent la même chose et finirent de la même façon: les premiers se préoccupaient davantage d'arracher des mesures législatives par la voie parlementaire, les seconds de remporter des victoires catégorielles et au niveau de l'entreprise; mais les uns et les autres tournaient le dos aux tâches historiques ».

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