"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

lundi 20 septembre 2010

QUELLE CHRONOLOGIE FUNESTE : EN AVANT POUR LA « GRAISSE GENERALE » DU JEUDI 23 SEPTEMBRE !



On ne mesure le but, la durée et l’efficacité des campagnes d’agitation gouvernementale et syndicale souvent que longtemps après. Sur le moment, on est tourneboulé, en colère, impuissant, on parle à un mur, le mur de la honte syndicale, on espère puis on désespère très vite. La chronologie funèbre qui suit vous démontrera mieux que mes discours comment les élites syndicales manipulent les masses qui n’ont hélas pas de mémoire ; les états-majors intrasyndicaux s'y reprennent toujours à deux fois : deux journées interprofessionnelles en 2007 suffisent à calmer les énergies débridées, il en faudra deux par semestre en 2010 face à l’ampleur du coup d’estoc gouvernemental ; mais 2008 aura été le point culminant du nombre de manifestants, et les élites syndicales craignant tellement de réels débordements cette année-là annuleront tout défilé au deuxième semestre. Et puis les élites syndicales respectent scrupuleusement une règle républicaine : parlementaires et sénateurs ne peuvent voter aucune loi scélérate contre la classe ouvrière tant qu’elle occupe la rue. Personne n’a oublié que le carnaval électoral ne pût être restauré en juin 68 qu’après que les syndicats aient cassé toutes les grèves ; le dernier avatar de cette prudente discipline bourgeoise aura été la «reconductibilité » factice de la JA du 7 septembre, repoussée et ainsi dégonflée au 23 afin de laisser les députés grouillots de la bourgeoisie arrogante approuver en paix le plus grand coup de poignard contre le prolétariat en France depuis la guerre ; la blessure n'a pas tué la classe ouvrière, mais n’est pas prête de se refermer et se payera tôt ou tard, mais certainement pas avec la canne d’aveugle de la gauche caviar en embuscade. La chronologie funeste révèle que la classe ouvrière non seulement subit une régulière suite d’échecs, mais que son humiliation est sanctionnée à chaque fois par un vote au parlement, confirmant la nature criminogène du parlementarisme, complémentaire du poison syndical.

EN 2007, la planification gouvernementale au moyen terme de l’attaque sur les retraites va d’abord s’en prendre au secteur prolétaire le plus dangereux, c'est-à-dire le plus capable de paralyser le pays, depuis que EDF dénationalisé est hors jeu. Il faut donc DESTABILISER D’ABORD A LA SNCF pour y « réformer les régimes spéciaux », PREMIERE ATTAQUE PRELIMINAIRE qui sera suivie de celle contre les prolétaires d’Air France, présentés comme privilégiés. Ceci démontre que, indépendamment des couleurs successives des gouvernements, la bourgeoisie planifie au long terme ses attaques ; de Rocard à Sarkozy, chacun a travaillé pour l’avenir de la société bourgeoise. Faire tomber deux bastions importants, tout en préservant des garanties corporatives, après les anciennes attaques des Balladur et Fillon, contre le privé d’abord puis contre le secteur public, préparait le terrain pour l’attaque d’envergure trois ans plus tard contre l’ensemble d’une classe ouvrière privée de colonne vertébrale, c'est-à-dire privée de secteurs fortement concentrés, pouvant à la fois paralyser le pays et servir de pôle de rassemblement aux millions de prolétaires dispersés.

Voici comment étaient annoncées puis décommandées les manifs en l’an 2007 (où il est parfois difficile d’y délimiter manifs corporatives et interprofessionnelles) : Initialement, la reprise du mouvement social dans les transports en commun était pressentie pour le 20 novembre. Cette journée est en effet une journée de grogne nationale dans la fonction publique. Cependant, rien n'était vraiment définitif et les syndicats se sont réunis dans la journée de mercredi, certains d'entre eux ont annoncé que ce sera finalement pour le mardi 13 novembre 2007. Cependant, contrairement à la journée du 18 octobre 2007, le front syndical est loin d'être uni. Sur les 8 syndicats les plus représentatifs, ils sont 6 à appeler effectivement à la grève. La FGAAC qui représente 30% des cheminots préfère attendre le début des négociations et espère des concessions catégorielles. Au niveau des perturbations, cette mobilisation plus faible devrait se traduire par des perturbations de trafic moindres que lors de la journée du 18 octobre. Ce jour là, seules 6 lignes de trains de banlieue avaient pu fonctionner avec des passages de trains regroupés sur les seules heures de pointe. Si le service sera un peu mieux assuré, le mouvement de grève pourrait en revanche s'étaler dans la durée: les syndicats qui ont appelé à la grève ont déposé des préavis reconductibles de 24h en 24h. Au niveau de la RATP, rien n'est certain. Comme à la SNCF, les syndicats ne semblent pas d'accord entre eux sur la stratégie à adopter face au gouvernement et à leur direction. Les organisations de la régie se sont eux aussi réunis hier, mais n'ont pas pris de décision commune. A la suite des ces communiqués contradictoires, la secte trotskyste la plus radicale LO affirmait qu’on allait vers la généralisation… La direction SNCF fait mine de reculer et les syndicats continue à jeter le flou sur la « riposte ». Les syndicats de la SNCF ne se réuniront finalement pas vendredi 7 décembre pour fixer la date d'une journée de grève, comme l'avait annoncé la CGT la veille. Certains responsables syndicaux préfèrent se donner du temps, tandis que d'autres évoquent des tensions entre les fédérations. "Il y avait une table ronde ce matin [au siège de la SNCF, dans le cadre des négociations sur les régimes spéciaux, ndlr] et on attendait d'avoir les résultats pour faire le point" à la CGT, avait déclaré Laurent Russeil, secrétaire général adjoint de la CGT-Cheminots. Avec "vingt-quatre heures de grève, les cheminots ne sont pas dupes, ils perdront une journée de salaire" sans rien obtenir et "notre fédération a proposé un préavis reconductible", avait expliqué Gérard Le Mauff (FO).

- 2007 (novembre): grève SNCF, Thibault hors jeu, négo menées par le sous-fifre , Didier Le Reste
- 2007, 17 novembre, gaffe à RTL : UN ACCORD A ETE SIGNE EN COULISSES ENTRE LE MINISTRE BERTRAND ET THIBAULT qui prévoit une progressivité de l’allongement de la durée du travail…
- 2007 (21 novembre) :MANIF, grève RATP pour affaiblir la manif, éclipse en début de cortège à Paris de Chérèque et Thibault conspués par les manifestants comme « traîtres » ; tracts et banderoles gauchistes assurent que « c’est le moment » ;
- 2008 (9 janvier) : calme social depuis novembre : titre de mon blog : La revendication et la grève politique (de la nullité des mobilisations syndicales)

DEUXIEME ATTAQUE PRELIMINAIRE A AIR France en 2008 (22 mai) : Journée de manifs interprofessionnelles « pour la défense de la retraite solidaire » et le moulin à vent de la « pénibilité », qui sont bafouées, allongement des cotisations à 41 ans et demi… annonce de la suppression de la retraite à 55 ans à Air France qui jette l’émoi dans cette corporation…
- 2008 (7 octobre) : journée d’action nationale intersyndicale, même stratégie d’hésitations qu’à la SNCF : Les huit syndicats (CFDT, CFTC, FO, SNPNC, Sud aérien, CGT, Unac et Unsa) de navigants d'Air France qui avaient appelé à la grève pour la semaine prochaine ont décidé samedi de reporter le mouvement au 5, 6, 7 et 8 décembre. Les organisations syndicales d'Air France ont appelé le personnel navigant à une grève nationale en raison d'une disposition, soumise aux députés vendredi, relevant de dix ans l'âge maximal de la retraite des pilotes, hôtesses et stewards…
- 2008 (1er novembre) : article du blog : Incompatibilité entre l’économie bourgeoise et les réclamations du prolétariat (la bourgeoisie ne cède plus sur rien) ;
- 2008 (18 novembre): APRES LE PARLEMENT, LE SENAT A VOTE POUR LA RETRAITE REPOUSSEE A 70 ANS… (donc tout était déjà voté avant septembre 2010....) - 2009 (29 janvier : rien ne s’est passé depuis octobre, les troupes syndicales renâclent sans pouvoir trouver les mots pour qualifier le système (pourtant si pervers) des grèves éloignées les unes des autres, « l’intersyndicale », cartel permanent des bonzes « promet d’examiner les suites à donner »…
- 2009 (19 mars) : Manifs répétition du 29 janvier, article du blog : Rapaces et limaces syndicales
- 2009 (6 mai): article De l’imbécillité sociale et des robots syndicaux ;
- 2009 (septembre) : Où est passé la grève illimitée de la Poste promise avant les vacances par la CGT et Besancenot ?
- 2010 (janvier) : article Entre drame et revendication
- 2010 (25 février) : grève des contrôleurs aériens
- 2010 (26 mai) : article « Pourquoi vous allez faire grève pour rien demain ? » ;
- 2010 (27 mai) : Article « Le feuilleton syndical continue » ;
- 2010 (30 mai) : article « La retraite ou la révolution ? » ;
- 2010 (24 juin) : article : « Beaucoup de manifestants, et après on fait quoi ? » ;
- 2010 (29 juillet) : article « Reculer la retraite c’est prolonger la menace du chômage » (et tuer la retraite car on meurt en moyenne à 63-64 dans la classe ouvrière) ;
- 2010 (18 juillet) : amplification des scandales, après le scandale Bettencourt (16 juillet) ; constat en gros caractères sur le blog : « Mauvais climat judiciaire mais la réforme des retraites est déjà arrosée » (est jointe la photo où Woerth trinque à l’Elysée avec Thibault) ;
- 2010 (3-10 août) : début de la campagne de dérivation sécuritaire de Sarkozy- 2010 (4 septembre) : titre du blog : « Pourquoi vous allez manifester pour des prunes le mardi 7 septembre » ;
- 2010 (7 septembre) : Manifestation pour des prunes :
- 2010 (10 septembre) : article : « A propos du foutage de gueule syndical » ;
- 2010 (11 septembre) : article : « LES GROUILLOTS ONT VOTE LA RETRAITE A 62 ET 67 ANS »- 2010 (15 septembre) : interpellation des députés devant la Chambre par quelques centaines de professionnels du syndicalisme et du gauchisme (simple opération m’as-tu-vu de la gauche syndicalo-bourgeoise) ;
- 2010 (20 septembre) : en préparation de la nouvelle manif du 23 septembre, avec la même logique circulaire, des anarchistes, admirateurs de la forte mobilisation syndicale du 7 septembre, préparent l’éternellement virtuelle « grève générale » à la base avec la banderole : « Mettons le capitalisme à la retraite » ; le cartel syndicaliste Solidaires après avoir protesté contre le refus des élites syndicales de « battre le fer quand il est chaud », s’engage à redéfiler derrière elles le jeudi 23 et appelle à des AG tous azimuts promettant de « gagner ensemble ». Une mouvance anarchiste rappelle le succès de retrait du CPE (une rigolade comparée à l’épineuse question des retraites). L’esprit du 23 doit être marqué au coin de la surenchère, FO-cheminots et Sud rail appellent « à une grève reconductible à partir du 22 septembre au soi » (ce qui signifie qu’elle ne sera reconductible qu’au jour J programmé par les élites syndicales, et point d’orgue). Les syndicats de la RATP à Paris appellent évidemment à la grève pour empêcher la venue d’un plus grand nombre de naïfs manifestants, au cas où un grand nombre n’aurait pas été démoralisé par les 15 jours d’écart pour faire retomber le soufflé. La secte d’Arthaud-Laguiller met « tout en œuvre (pour) que la journée du jeudi 23 septembre soit encore plus massive et réussie que les précédentes ».

Entre deux eaux, celui-là y croit encore, il a suivi très fidèlement toutes les « grèves saute-mouton » (saute-couillon), mais il a raison de dire que le rouleau compresseur est en marche mais il oublie que le moteur du rouleau est bien huilé par tous les appareils syndicaux et que la marque de fabrique de cette huile est « graisse générale » : « La décision de l’intersyndicale de reporter au 23 septembre la grève nécessaire est navrante. Il y a là une incapacité ou un refus d’utiliser le rapport de force obtenu par la grève et les manifestations du 7 septembre. Il n’y a pas de réforme des retraites. Il y a un rouleau compresseur qui détruit les retraites comme il détruit les libertés, l’école, la protection sociale et les services publics. Ce pouvoir, totalement au service des nantis, est impopulaire. Sa seule force, ce sont nos hésitations, notre peur de l’affronter. Le précédent du CPE montre qu’on peut gagner. Pour cela, il faut impliquer les salarié-e-s, réunir des Assemblées Générales et préparer une grève générale et reconductible. Le temps presse. Souvenons-nous que la stratégie des grèves saute-mouton pilotées par le sommet a toujours échoué ». C’est ignorer l’efficacité de la programmation de la déstabilisation générale de la classe ouvrière par les pourritures diplomatiques syndicales, le fait que faire grève à répétition n’est pas tenable pour les prolétaires appauvris. C’est faire semblant de méconnaître les arguments des flics des élites syndicales en AG face aux colères impulsives:
- hé les mecs, vous êtes cons ou quoi ? Vous oubliez que le parlement a voté la loi, vous voulez aller au casse-pipe ou quoi ? (Marchais et Séguy jadis nommait cela « aventurisme ») ; ou encore :
- hé les gars, faut être responsables, Sarko on peut le virer dans deux ans, vous affolez pas, nos amis des partis de gauche ramèneront la retraite à 60 ans… allez… reprenez après moi : « Sarko Oh Oh si tu savais, Oh Oh si tu savais où on s’la met ta réforme, Oh Oh… »
- hé camarâââdes, vous avez barré des routes, fait flamber des pneus… ouais ouais on la comprend votre colère contre ce xénophobe de Sarko, ce facho qui expulse nos amis les Roms, y a de quoi péter les plombs… mais camarâââdes reprenez-vous, le jusqu’auboutisme ne sert à rien. On les aura tôt ou tard. Rentrez chez vous, l’intersyndicale va se réunir dans trois semaines et décidera des suites à donner à notre action. Il ne faut surtout pas briser l’unité qui a présidé à ces deux journées mémorables du 7 et du 23. Allez chantons tos : « Tous ensemble, tous ensemble… ouais ! ».
Quelques commentaires de posteurs lucides vaudront bien les miens face au dégoût de l’instrumentalisation pachydermique de la colère :
- « Blocage du pays, blocage social, pour moi c’est abscons, ce que je connais moi c’est faire grève jusqu’au retrait de cette saleté qu’est le Plan Sarkozy-Woerth. Moi aussi je veux battre ce gouvernement mais tu viens de nous dire que l’affaire devait être réglée avant la fin octobre, alors pourquoi avoir attendu le 23 septembre pour la prochaine journée de grève? Et que fait-on au soir du 23? On se donne rendez-vous fin octobre? Les grecs, les roumains ont fait des journées d’action à répétition, ils ont perdu… Moi je suis prêt à perdre de l’argent dans une grève reconductible mais pas si c’est sur plusieurs mois avec une défaite assurée à la fin… Si c’est pour se retrouver ensemble à la Toussaint, moi j’aime bien les défilés mais beaucoup moins les processions! »
- Pierre Montoya, lui, dit : « Quand on veut faire perdre, ou laisser passer les contre réformes, il suffit de s’en donner les moyens à minima. La grève saute mouton permet aux bureaucraties de dire « on existe , la preuve » et c’est un défouloir, une soupape. L’orage sans foudre passé, la bourgeoisie peut dormir tranquille. Pour combien de temps encore. Le mouvement social est la gauche actuelle connait une grave crise de direction , la plupart des dirigeants sont acquis au social libéralisme. Chacun en mal de notoriété veut être reconnu et la bourgeoisie note au travers de ses médias et distribue les bons points. Elle ne met en avant que ses bons serviteurs, pour le moment Chérèque tient la corde et d’autres lui disputent sa position. La lutte à minima, cela entretient les bases mais ne change rien. Là est l’essentiel ».
Je suis OK avec Montoya, gauchistes et syndicalistes de base anars servent de caution « radicale » mais ne sont, à chaque fois, que les rabatteurs des appareils, y compris leurs jusqu'auboutistes enflammeurs de pneus. Donc il n’y a pas « crise de direction » mais bien complémentarité dans une époque sans perspective, sans parti crédible. Il faudra d’autres événements, d’autres circonstances encore pour que le prolétariat non se réveille, il fait un cauchemar, mais monte à l’assaut et nous dirons alors: « élisons des anonymes » (slogan peint sur un mur à Paris pendant la Commune de 1871.

PS :
EXEMPLE D’UNE PREPA DE MANIF en 2007 (par la clique néo-stalinienne) :

Déroulement de la manifestation
rendez-vous place de la République 14 heures
animation à partir de 13 h 30, camionnette et ballon du PCF
angle place de la République-boulevard de Magenta
Formation du cortége :
En tête : la camionnette sono du CN ainsi que le ballon.
Les invités au rassemblement qui prendront la parole et, autour de Marie-George Buffet, des responsables des fédérations du PCF, des élus-e-s en écharpe, nationaux, régionaux, départementaux et locaux.,
Des représentants des organisations qui partageront avec nous cette initiative.
Les marcheurs pour l’emploi du Nord-Pas de Calais et les élus qui en ont pris l’initiative.
Le Mouvement de la jeunesse communiste.
Les manifestants départements hors Île-de-France.
Les fédérations d’Île-de-France.
La manifestation se transforme en rassemblement à la Rotonde du bassin de La Villette.
(métro Jaurès)
Accueil en musique
Prendront la parole des salarié-e-s en lutte (EADS,Virgin,journalistes), une porte-parole des marcheurs du Nord et du Pas de Calais, des personnalités de la société civile comme le docteur Lehmann ou Dominique Noguères, des syndicalistes cheminots, enseignants, Marie George Buffet clôturera le rassemblement.
Fin du rassemblement au plus tard à 17 h 15

mercredi 15 septembre 2010

LA MAJORITE SILENCIEUSE ENJEU DE LA RESTAURATION NATIONALE



Tout s’en mêle, tout s’emmêle. La société du spectacle politique bien huilé n’en finit plus d’être supplantée par la société du scandale politique permanent. Pas un jour sans qu’un ministre ne soit accusé de malversation, pas un jour sans que la personne du président de la république, et celle de ses ministres les plus exposés ne soient couvertes d’insultes, et pas quelques unes, mais des tombereaux sur les sites des divers journaux qui laissent aimablement s’étaler injures, moqueries, insanités diverses des sans-grades aigris, des anarchistes paumés, des militants sur le pied de grue. Cette foire d’empoigne est encouragée par les partis d’opposition et les particules gauchistes. La haine est distillée, les bonzes font des commentaires plus polis mais aussi vipérins. A croire que les manifestations syndicales ne défoulent plus les naïfs qui y participent encore. A croire surtout qu’on ne peut plus discuter de politique sans insulter l’adversaire. Cette « guerre de tous contre tous » dont j’ai déjà signalé dans un article antérieur l’ampleur grandissante met mal à l’aise (voir dans messages anciens, et il est sous-titré : « Le fait divers expression de la désintégration sociale ou arme naturelle de l’Etat juridique bourgeois ?). En réalité on ne sait plus qui est qui, qui vaut quoi quand les insultes pleuvent de tous côtés, tant en ce qui concerne la liquidation du système des retraites à 60 ans qu’en ce qui regarde l’insécurité, les fantasmes contre l’étranger musulman ou Rom. Le niveau politique des individus masqués qui expriment, non leur opinion (ce serait bien) mais des éjaculations verbales est totalement affligeant ; la plupart du temps, le seul argument consiste à insulter et à traiter l’opposant ou celui qui ne file pas dans le sens du vent de « facho » ou de PMU iste (drôlerie gauchiste inversant le nom du parti au pouvoir). Internet poubelle ! Et pourtant c’est un bel instrument pour tous ceux qui n’ont pas peur de se battre pour la vérité.
Ce tohu-bohu l’Etat bourgeois en reste le maître pourtant et en tire profit encore pour l’instant. Le chaos n’est qu’apparent : les lois scélérates passent malgré le charivari des députés de la gauche caviar, les syndicats collaborationnistes parviennent à duper encore des milliers de manifestants qui en redemandent. Les blogueurs et disputailleurs se comportent comme des caïds de la Toile, des policiers de la sublime pensée de gauche pathologique anti-Sarko-garantie caca-boudin. Cette hystérie se retourne contre ses prestataires, gentils contestataires coprophages impuissants.

COTE COUR

En réalité tout se passe encore côté cour où l’on se chamaille pour un rien, où l’un flingue l’autre pourtant dans le même camp. Dans les deux principaux camps bourgeois il n’y a jamais eu pourtant d’unité intrinsèque, les cliques restent toujours en compétition, les rivaux non récompensés veulent renverser ceux qui occupent les bonnes places du pouvoir.
Les querelles n’ont pas un bien grand intérêt. Si la gauche « vierge » fustige la droite « vérolée » avec sa campagne de détournement « situationniste » (plus que nazie) sur les Roms, on sait bien qu’ils sont tous mal dans leurs chaussures cirées concernant les « raccompagnements » à la frontière, car il en reste des frontières, partout en Europe, et que les divers Etats sont prêts à en recréer autant qu’il en faudra pour duper… le prolétariat.
Au fond, il n’y a pas grand-chose de changé au pays de la propaganda bourgeoise, on nous ressort les mêmes ficelles usées depuis un siècle. Le « Touche pas à ma nation » d’un cartel d’intellectuels français a été néanmoins un fiasco, la pétition sentait trop la naphtaline face à cette moisissure de « xénophobie d’Etat », inventée par les gauchistes bcbg qui n’ont pas à gérer les flux de populations incontrôlées et qui considèrent le capitalisme comme une entreprise philanthropique apte à intégrer et à accueillir toute la misère du monde. Et le capitalisme n’est, d’une part, plus apte à intégrer ses chômeurs en surplus ni à désintégrer les coutumes les plus arriérées, et, d’autre part il oppose la misère errante à la misère salariée.
Les pitres pétitionnaires ont eu le culot de défendre… la même chose que le Président actuel, criblé de critiques de toutes parts, une forfanterie coutumière, la défense de « l’égalité entre les citoyens devant la loi ». Une galéjade à mourir de rire avant l’âge canonique de la retraite en milieu ouvrier. Du coup la loi (normale) pour supprimer la burqa islamo-tarée est passée inaperçue, mais pas forcément de la « majorité silencieuse ». En vérité, droite au gouvernement et gauche dehors mitonnent ensemble, non pas un vague populisme, mais une sorte de restauration de l’idéologie nationale, pour ne pas dire nationaliste, pour, dans les deux cas, faire croire à un intérêt commun des diverses classes dans la crise ; on laisse faire le sale boulot à la droite concernant les expulsions (en la conspuant) dans la mesure et sachant que la gauche serait obligée de mener la même politique si elle se trouvait bousculée à la place ; gauchistes et anarchistes peuvent bien hurler qu’il suffit de laisser circuler tout le monde et de distribuer des cartes d’identité comme des tracts, personne ne les prend au sérieux.

Au total, Sarkozy a gagné, non simplement parce que ses godillots parlementaires et syndicaux lui ont tracé la voie royale, non simplement en se moquant de sergents recruteurs du gauchisme et des mafias syndicales minoritaires mais parce que dans son triple langage à lui (sécuritaire, chauviniste et électoraliste) c’est le 3e qui est le mieux passé pour les actuels retraités qui, eux, votent contrairement aux ouvriers et aux chômeurs ; ils ont parfaitement compris que la bourgeoisie voulait pour l’instant « sauver » LEURS RETRAITES !
Sans en utiliser l’expression, en 2009 à Saint Quentin, Sarkozy avait déjà fait allusion à une notion de base gouvernementale, la fameuse majorité silencieuse : «J'ai également la responsabilité de ceux qui ne défilent pas. Ce n'est pas parce que les gens ne défilent pas qu’ils ne souffrent pas». Cette même majorité silencieuse qui ne s’exprime pas sur l’affaire de l’expulsion des Roms (car elle est lucide contrairement à nos idéalistes électoralistes) ni sur le bordel généralisé des pratiques communautaristes (que nous subissons tous).


COTE JARDIN

Cela nous permet d’en venir au côté jardin. Derrière la façade bourgeoise pleine de haine et de fureur, tous les signaux d’alerte économique sont allumés. Jamais notre bourgeoisie autochtone n’avait déployé autant d’efforts pour « l’avenir de la nation », pour « sauver nos retraites » à l’horizon 2018. Pourtant, jamais elle n’a eu autant d’incertitudes envers une situation à court terme gravissime, face à laquelle elle prétend parer mais que les spécialistes en calcul élémentaire jugent comme attitude fallacieuse et téméraire. La crise systémique continue à avancer à pas lourds. L’armée allemande a déjà peur par exemple de ne plus disposer d’assez de pétrole non pour la « consommation courante des ménages » - ces consommateurs égoïstes nullement prêts à aller mourir pour un pays quelconque ni à servir de claque aux sergents recruteurs du PS et des gauchistes dans des campagnes d’arroseurs-arrosés – mais pour faire avances ses tanks et ses avions létaux.
Le système s’effondre lentement et le gouvernement ne fait que poser des rustines dans un champ de mines sociales. En face l’opposition est inexistante en projet alternatif bourgeois et reste aveugle face à la catastrophe qui vient en faisant chanter ses troupeaux militants avec des comptines dignes de la méthode Coué. L’opposition évite de poser devant ses ânes suivistes les problèmes de société faramineux sous-jacents qui ne sont pas de l’ordre de la prétendue réforme mais d’une révolution méchante. Les bonzes du PS pratiquent comme les syndicollaborationnistes le même double, triple voire quadruple langage – chose normal du fait que ces gens s’adressent à différentes clientèles électorales – et ils promettent le retour à la retraite à 60 ans en 2012 s’ils remportent la mise électorale. En réalité ce ne serait pas un retour en arrière mais une continuité dans le changement comme le concède la députée Marisol Touraine, et qui dans le détail flou ne se rend pas compte qu’elle se met à dos la principale clientèle du PS, les cadres : « L’âge légal de départ à la retraite sera à nouveau 60 ans, mais ce ne «sera pas une obligation, pas une règle comme veut le faire croire le gouvernement. Il s’agira d’une protection pour les plus modestes, d’un bouclier social». Ceux qui ont commencé à travailler avant 18 ans et qui, lorsqu’ils auront cotisé 41,5 annuités (en 2020), pourront partir à la retraite. C’est surtout une mesure qui profitera à ceux qui exercent des métiers pénibles ou usants. En revanche, «nous pensons que certains peuvent travailler plus longtemps, par exemple les cadres, et nous voulons les inciter à le faire». La députée maintient le flou artistique total et ne démontre rien ; de jeunes travailleurs de 18 ans ou même de 17 « lorsqu’ils auront cotisé 41,5 annuités », et elle ajoute « en 2020 , pourquoi en 2020 et ceux qui ont actuellement 18 ans ils ne pourront donc pas prendre la retraite en 2051 parce que soit il faudra à l’époque encore au moins cotiser des années en plus, soit le plus probable la retraite n’existera plus ; et elle n’existe plus de fait de toute façon pour nombre d’ouvriers et même de cadres qui claquent peu avant ou peu après 60 piges !
Enfin l’argumentation de la députée est aussi peu crédible que la bouffonne S.Royal qui avait promis n’importe quoi en s’imaginant déjà en lévitation dans le fauteuil élyséen, en voulant expliquer mensongèrement qu’on ne va pas vers une diminution des pensions, elle avance sans gêne que la gauche de retour aux affaires prendra dans la poche des cadres, 900 euros de moins par an pour les petits gradés, et 1600 en moins pour les super gradés ! Voilà une bonne manière de se préparer à perdre les élections parmi les meilleurs serviteurs du Capital.
Comme il reste toujours un problème de financement, la députée nous vante une déontologie du PS qui ferait peser la taxation sur les profits bancaires… espéranza tchi-tchi-tchi… ni en 36 ni en 81 la gauche bourgeoise ne s’en est pris aux banques, et Mitterrand a même privatisé ce secteur à tour de bras. Donc, couché Marisol Touraine !

COTE USINES

De ce côté-là, la classe ouvrière continue aussi d’être humiliée et soumise aux chantages les plus odieux et les prolétaires menacés de "destruction d'emploi" sont soutenus comme la corde soutient le pendu par les fleurs bleues du PS, du NPA et de LO. La gueule menaçante d'un pistolet et cette injonction inscrite dessous : “Tes RTT ou ton travail”. C'est l'affiche des salariés de Continental à Toulouse. Lesquels se voient sommés par leur direction d'accepter une baisse de leurs revenus et une augmentation de leur temps de travail alors que l'entreprise a réalisé 38 millions de bénéfice pour 400 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2009. «C'est inadmissible, a râlé le sénateur PS Bertrand Auban. C'est un monde qui avance sans foi ni loi. Tout ça pourrait finir par des jacqueries». Il est jacobin en carton le sénateur. A l’ AG du lundi 13 septembre à 14h devant l'usine toulousaine de Basso Cambo, avaient accouru aussi le maire-adjoint du Parti de gauche, Christophe Sellin et et la conseillère PCF Monique Durieux. Plus le NPA et Lutte ouvrière. Comme si ce conflit allait leur créer des électeurs. Il y avait même des syndicalistes de Barcelone (une catalane a été très applaudie avec son creux « mucha unidad » et un allemand venus apporter non leur solidarité de classe mais une solidarité « européenne »). On peut se féliciter que des ouvriers de Clairoix, même syndicalistes, soient venus cependant porter témoignage de leur calvaire, ils avaient accepté eux aussi des sacrifices négociés mais avaient été quand même licenciés guère plus tard. Selon la direction toulousaine, une légère majorité aurait accepté… c’est possible, moi je ne leur jetterai pas la première pierre car c’est ça ou rien, et les bonzes syndicaux par contre continuent à faire les beaux, et les idiots de posteurs pro-syndicats d’encourager les « gars » « à tenir bons » ! Tenir bon seul dans son coin, vous en avez de bonnes vous les « salariés protégés » à la solde du patronat…
C’était juste un exemple de l’égalité devant la loi républicaine prônée par nos pétitionnaires têtes universitaires couronnées et à revenus garantis.

COTE SOCIETE : LE MONSTRE DOUX ?

Après s’être longtemps choqués du gouffre grandissant entre les élites repues de la Nation et les basses classes, les gardiens intellectuels du temple capitaliste ont cherché les causes. Ils ne les ont pas trouvées et elles, ces causes, vont même faire sursauter dans le nouveau réveil du prolétariat comme ces horribles pendules mécaniques de jadis sans douceur et sans touche repeat. La politique de droite et de gauche – en résumé bourgeoise – en effet sert de tremplin pas moins qu’avant aux démocrates et aux gauchistes idéalistes. Regardez les élections, ne sont-elles pas régulièrement ridiculisées par les sondages fabriqués ? Un seul maître, l’argent, commande la décision des urnes ; comme à la Bourse, il faut « opérer sur la naïveté des masses, acheter le concours de la grande presse, et aider le hasard par une infinité de ruses » (Georges Sorel, Réflexions sur la violence). D’ailleurs démocrates de droite et démocrates de gauche s’entendent à merveille : « La démocratie est le pays de Cocagne rêvé par les financiers sans scrupules » ; les uns et les autres estiment que le monde regorge assez de richesses « pour qu’on puisse le voler largement, sans trop faire crier les producteurs ; tondre le contribuable sans qu’il se révolte, voilà tout l’art du grand homme d’Etat et du grand financier » (Sorel, Matériaux…). L’expérience de tant d’années écoulées prouve à l’évidence que la démocratie bourgeoise n’est pas autre chose qu’une « école de servitude, de délation et de démoralisation » (ibid).
J’aurais pu tout aussi bien citer Lénine, mais bon c’est un « facho » pour les ignorantins. Nous venons de prendre connaissance disons de la complicité des factions bourgeoises, mais Sorel n’avait pas eu les moyens de comprendre à son époque, plus grave et plus subtil, leur complémentarité. A chacun sa place, la gauche promet la lune (qui ne fait plus rêver depuis sa conquête par l’impérialisme US) et la droite nous ramène sur la terre ferme et peu accueillante. La droite est quelque part sacrément emmerdée de la perte de crédibilité de la faction de gauche bourgeoise ; elle lui sert les plats, accepte de gonfler le nombre des manifestants (par ex aujourd’hui, ils auraient été des milliers à conspuer les députés devant l’Assemblée nationale… les clichés de presse montrent même pas 200 personnes, bonzes permanents et retraités staliniens compris…).
La bourgeoisie feint de s’inquiéter que la droite gagne trop facilement. Titre du Le Monde : « Pourquoi l’Europe s’enracine à droite ? ». L’article présente un essai de l’italien Raffaele Simone : » Comment expliquer l'effondrement de la gauche européenne, alors que le continent souffre des contrecoups de la crise financière née des excès du libéralisme ? L'essai de l'Italien Raffaele Simone Le Monstre doux. L'Occident vire-t-il à droite ? qui sort enfin en France (Gallimard) aide à comprendre ».(…) « Son constat est sévère. Selon lui, la gauche n'est plus porteuse d'un grand projet "à la hauteur de [son] temps". Face à elle, la droite nouvelle l'emporte parce qu'elle a compris notre époque consommatrice, individualiste, pressée et médiatique, et sait se montrer pragmatique et sans idéologie. Cette droite conquérante s'est associée aux chefs d'entreprise comme aux hommes des médias pour promouvoir une société de divertissement et de défense des intérêts de court terme, tout en promettant la sécurité et la lutte contre l'immigration.Un projet que Raffaele Simone appelle "le monstre doux". Son essai a fait couler beaucoup d'encre en Europe dans les milieux de gauche dès sa sortie en Italie, début 2009 ».
Comment cela se fesse-t-il s’interroge le pigiste du Monde ? Les sondages sont quand même plutôt bons pour la gauche en France… mais « le PS n’a pas élaboré une position claire tant sur les retraites que sur les questions de sécurité et l’immigration ».


MARCUSE ET LE MODELE SUEDOIS

Fortiche le pigiste ? Puis il demande à l’auteur de décrire son « monstre doux ». Déjà R.Simone n’est pas en route pour une clarté moderne puisqu’il s’inspire de l’ancien flic Alexis de Tocqueville, devenu sociologue (hé hé) et nous balance ses descriptions de l’individualisme égoïste d’une autre époque. Nous y sommes ce "monstre doux" ce n’est pas l’Etat bourgeois (ouf !) mais le petit individu consommateur et jouisseur qui symbolise un régime de droite généralisée ; le pigiste du Monde se pâme en écoutant la révélation qui ne va pas plus loin pourtant que le système cognitif demeuré d’un anarchiste de base : « Ce régime s'appuie sur une droite anonyme et diffuse associée au grand capital national et international, plus proche des milieux financiers qu'industriels, puissante dans les médias, intéressée à l'expansion de la consommation et du divertissement qui lui semblent la véritable mission de la modernité, décidée à réduire le contrôle de l'Etat et les services publics, rétive à la lenteur de la prise de décision démocratique, méprisant la vie intellectuelle et la recherche, développant une idéologie de la réussite individuelle, cherchant à museler son opposition, violente à l'égard des minorités, populiste au sens où elle contourne la démocratie au nom de ce que "veut le peuple" » (…) .(Comme Berlusconi) « …le président Sarkozy a fait scandale par son omniprésence à la télévision et son train de vie de star. Sa politique me semble exemplaire de cette droite nouvelle refusant d'imposer comme d'effrayer les plus riches, voulant diminuer les services publics et flirtant avec le populisme et certaines thèses d'extrême droite ». R.Simone fier de sa découverte gauchiste égrène ensuite les 3 commandements du monstre doux :
1. devoir de consommer
2. devoir de s’amuser
3. le culte du corps jeune.
Rien de très intéressant ni de politiquement nouveau dans cet ouvrage présenté comme le must du moment, Marcuse a déjà dit ça il y a un siècle avec ses amis hippies. La bêtise politique de l’auteur transparaît dans sa description méprisante en fait (et si classiquement bourgeoise) des basses classes : « Un monde où le consommateur a remplacé le citoyen, où le divertissement supplante le réalisme et la réflexion, où l'égoïsme règne me semble favorable à la droite nouvelle, qui d'ailleurs le facilite et l'entretient, car ses valeurs comme ses intérêts sont associés à la réussite de la consommation et de la mondialisation de l'économie, pleine de promesses ».
La « droite nouvelle » décrète « ringarde les idées d’égalité et de solidarité, méfiante envers les pauvres et les immigrés, est plus proche des intérêts immédiats des gens…. ». Encore un exemple de triple langage psychologisant bourgeois ; trois idées dans la même phrase, toutes contestables : pas vrai que la droite au pouvoir renie les idées d’égalité et de solidarité, mais elle les place au niveau de la « nation » ; pas vrai que les ouvriers autochtones sont « méfiants » envers les pauvres et les immigrés, ils sont méfiants vis-à-vis des voyous et des flics plus sûrement ; et « les gens » c’est qui, quelle classe ? Les riches qui votent ou les ouvriers qui ne votent plus ?
Enfin R.Simone nous lâche le morceau qui fait tâche, les questions qui gratouillent : « Ils (les partis de gauche) se sont opposés longtemps, avec force, à la critique écologique du productivisme sans frein, qui aurait pu les ressourcer. Ils ont dénié l'apparition d'un facteur ethnique dans la sphère politique. Jusque récemment, ils ont refusé de discuter de l'immigration de masse et des clandestins, se montrant laxistes sur ces questions. Eux, les défenseurs de la laïcité, n'ont pas été clairs dans leur critique de l'islam radical, sur les questions du port du voile et de la visibilité des signes religieux. Ils ont montré le même aveuglement face aux violences urbaines et à l'insécurité, ne considérant que leurs causes et pas leurs effets. Ils s'obstinent à ne pas voir le vieillissement de la population et, comme en France, à ne pas évoluer sur les retraites. Ils ont abandonné la défense des ouvriers et des salariés aux syndicats et n'ont plus rien de partis populaires. Ils n'ont pas compris la montée en puissance des pays émergents… »
Ce catalogue peut faire bouillir un large spectre politique, où par ex. les bobos pourront déplorer que la gauche officielle n’ait pas été assez écolo, où les électeurs du NPA et du PS assureront que parler de problèmes ethniques est archéologiques, que supputer un surnombre des clandestins est « facho » car le problème n’existe pas, tout est de la faute aux banques, les mêmes soutiendront qu’il faut tolérer le voile comme hier ils toléraient Mao, HO Chi Minh et Staline ; les questions d’insécurité et d’autodéfense ne sont-elles pas des questions typiques du FN, surenchérira le militant gauchiste de service ?
Moi j’ajoute en tout cas, au plan strictement politique et social, que R .Simone se réveille bien tard s’il découvre seulement maintenant que les partis de gauche ont abandonné les ouvriers, et qu’il y a pire, c’est qu’ils sont devenus des combattants acharnés de toute révolution prolétarienne. D’ailleurs ils sont en bonne compagnie, puisque R.Simone utilise leur langage :
« En même temps, l'effondrement brutal et grotesque du communisme a signifié l'écroulement de quelques-uns des grands mythes de la gauche tout entière. L'idée qu'elle allait changer le monde par la "révolution", que celle-ci fût violente, comme le voulaient les bolcheviques, ou graduelle, comme l'entendaient les sociaux-démocrates, a fait long feu. Qui veut encore la révolution aujourd'hui, et pour mettre en place quel régime ? Quant aux grands discours sur "la lutte des classes", ou même "la haine de classe", nous savons bien qu'ils mènent à la guerre civile et au despotisme ».
Bien sûr, bien sûr… et franchement qui n’en veut de la révolution sanguinaire aujourd’hui ? Des intellectuels de gauche et d’ultra-gauche, « antiaméricanistes », ajoute notre bon professeur du « monstre doux », avec des sympathies dangereuses envers les Castro, Chavez, etc. R.Simone a un plan d’avenir pour sauver la gauche bourgeoise de la noyade :
« Affirmer le rôle de l'Etat dans la régulation des excès du marché et du capitalisme financier. Mettre en place des services publics forts. Investir dans des universités et des écoles de haut niveau. Défendre radicalement la laïcité contre les intrusions religieuses. Assurer durablement et sans laxisme la sécurité des citoyens. Soutenir puissamment la recherche. Appuyer la création de médias et de télévisions de qualité ». Enfin R.Simone invite la gauche moisie le coup du modèle suédois avec la théorie catho de « l’entraide » !
R.Simone, plumitif du pays de Bordiga, est un clerc de notaire de faillite, sans mémoire, sans savoir qu’il a affaire à des classes en lutte et pas à de vulgaires consommateurs individuels. Les aspects premiers de cette consommation que méprisent tous les petits bourges restent la bouffe, l’habillement et la distraction. C’est peu et méprisable pour les bourgeois, mais c’est beaucoup pour nous. L’histoire des partis bourgeois de gauche est plus la cause de leur effondrement public que la consommation des millions de petits individus misérables que nous sommes. En vérité les « monstres doux » de la gauche ont tellement trahi les intérêts et favorisé la division de la classe ouvrière qu’ils peuvent plus que tenir un langage de curé : respectez-vous les uns les autres, si un jeune de banlieue d’origine arabe te frappe tend l’autre joue et ne va pas porter plainte à la police ! (*) N’oublie pas : c’est la faute à la société ! Respecte la religion des autres et leurs colifichets. Et lit le Coran, qui est plus simple que le Capital de Marx, cela te changera des séries TV pipoles idiotes… Et fait le ramadan tu seras moins gros…

QUOI DE NEUF EN POLITIQUE ? RIEN ! La gauche bourgeoise fait la morale et la droite reste immorale. Ces deux fractions voudraient bien revitaliser la mythologie nationale, avec le sport, avec tous ces débats archi-stupides, codés et simpliste sur la nationalité ou le sexe des anges. Mais la nation est morte en 1914 et nous prolétaires vivant sur le territoire européen ne voulons plus de guerres, nous ne sommes pas nés pour tue rnos frères de classe de tous les pays.
Qu’est-ce que tu proposes ? Rien, j’attends doucement la révolution.

(*) Ce serait risible mais c’est dramatique. La gauche en décomposition commencerait à se soucier de l’insécurité (terme ambigu et large : de l’insécurité au travail à la rue… il n’y a qu’un pas) de la manière suivante. Mme Martine Aubry s’est rendue, aux côtés du ministre de l’Intérieur, à l’enterrement de la jeune joggeuse assassinée (par un français de souche ceci dit). C’est franchement minable, racoleur et électoraliste. La cause de toutes nos misères reste le capitalisme, l’abaissement généralisé des êtres humains engendre des réactions de tarés hélas, mais ni les politiciens ni la police ne nous protègent de l’exclusion sociale ni des éventuelles agressions de racailles lumpen…. Désolant mais c’est comme ça, et cela fait d’ailleurs quelques décennies que c’est comme ça. Et du point de vue de la sécurité Sarkozy n’a rien fait non plus (**), et il ne couvre même pas ses flics après des bavures malheureuses, comme celui qui est jugé en ce moment en cage pour avoir descendu un gitan qui s’enfuyait ; flics et gardiens de prison ont pourtant ordre (de l’Etat et sa magistrature) de tirer sur tout prisonnier qui s’enfuit. En réalité, tout flic qui réfléchit un peu sait qu’il est traité comme la plupart des prolétaires, c'est-à-dire comme de la merde par sa hiérarchie (d’où plusieurs suicides en ce moment)…
(**) car faire quelque chose n’est pas augmenter les képis mais donner du travail, et pas des boulots idiots et sans discriminer d’après les noms ou la couleur de peau… tout cela est au-dessus non pas des forces de l’individu Sarkozy mais tout aussi irréalisable pour une gauche impuissante et creuse, et hors de question pour le capitalisme rapace et pas du tout doux !

mardi 14 septembre 2010

TOUCHE PAS A MA NATION : UNE PETITION DES BOURGEOIS RIDICULES

Nation digne et égale pour tous Ah Ah Ah Ah Ah Ah…..

(La première fois avec Dray? Désir et Mitterrand c’était une farce (touche pas à mon pote, qui avait enrichi SOS racisme et boosté les carrières des étudiants ex-gauchistes) ce coup-ci c’est… dramatique pour les signataires, j’y reviendrai plus longuement plus tard)

QUAND LA GAUCHE CAVIAR ET SES INTELLECTUELS GIROUETTES SE RIDICULISENTJ

Je vous joins mon post immédiat ce matin à la lecture de la pétition en Une de Libération, j’ai failli avoir une syncope comme Monatte et Rosmer et Lénine quand ils ont vu l’appel à L’Union nationale des PS en 1914. Apparemment, délaissant les pauvres mecs chauvins et les trolls, j’ai initié une série de remarques acides dans le même sens et jouissives contre cette pauvre bourgeoisie française et les européens de service, le balayeur DCB.

"génial, ils sont tous là les cuistres politiciens de tous bords
pour vanter l'union nationale! Pour tenter de nous faire avaler cette "entité" mourante et ringarde "la nation" , ce cache-sexe de la bourgeoisie depuis 1914!!! Un traitement "digne et égal pour tous", ah ah ah... allez dire ça bande d'arsouilles aux chômeurs, aux jeunes des banlieues méprisés par petits patrons et cow-boys en uniforme, aux ouvriers des plat-formes téléphoniques, aux sans-grades, à ces millions de prolétaires bafoués devant les guichets administratifs, à tous ces manifestants qu'on a pris pour des cons, aux retraites hiérarchisées...
Au discours "nationaliste" de Sarkozy vous répondez par le discours chauvin classique de la gauche dont on ne veut plus et qui se moque des classes exploitées!
Mardi 14 septembre à 10h01

spino75 (33)
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Bande d'hypocrites !!!!!
vous êtes les premiers à cracher et à tirer sur les musulmans de France (voile, burqua, polygamie, mixité, laicité, halal etc...) et donc à les prendre pour des boucs émissaires !
vous êtes rentrés dans cette spirale raciste du gouvernement et maintenant que vous voyez que le monde vous montre du doigt pour les roms alors vous faites semblant de vous sentir outrés !
bande de lâches et d'hypocrite !
Il n'y a qu'à voir qui sont certains signataires : les yvan attal, les caroline fourest, les mi putes mi soumises, les elie chouraqui, les encel etc... : des faschos qui soutiennent des racistes et qui viennent faire semblant de s'offusquer !
bandes d'hypocrites
Mardi 14 septembre à 10h04

genklag (2353)
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Interessant
on est au début du XXI et on se chamaille toujours sur l'idée et la définition de 'Nation'. Vu qu'on est plus au temps des romains où la nation signifiait peule ou groupement humain de même origine, notre nation est fusée dans l'état souverain. Et l'etat n'est qu'une construction arbitraire et changeante (voir ce qui se passe en Belgique); donc pour moi ce n'est pas la 'Nation' qui devrait dicter la conduite "digne et égale" mais le rapport des hommes entre eux-mêmes. Se cacher derriere la notion surannée de 'Nation' pour justifier ou promouvoir telle ou telle conduite n'est qu'un recul intellectuel dont on n'a pas besoin.
Mardi 14 septembre à 10h06

godilhaire (1)
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vòstra nacion es pas la meuna
Il vous faudra re-lire Cornelius castoriadis après avoir signé cette pétition d'un nationalisme expansioniste douteux.
Il va falloir revenir à l'université, et reprendre vos cours de sciences politiques, la confusion entre citoyenneté et nationalité n'est pas admissible pour un journal que se dit de gauche, sinon vous êtes aussi dans le camp de ceux qui aiment Barrès e Renan, ceux qui firent la fusion entre citoyenneté et nationalité pour imposer le seul français et donc le nettoyage ethnique en France, un modèle qui fera de gros dégâts en France et surtout dans toute l'Europe, après le passage des Français partout en Europe ...
Je ne comprends pas cette pétition et j'inciterait tout citoyen normal à ne pas la signer.
Dernière chose, je suis anti-Sarkoziste et contre les expulsions, mais aussi contre une manipulation national-expansionsite et de gauche de ces expulsions.
Mardi 14 septembre à 10h06

wiikiouii (549)
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voila
Une loi inutile qui ne touchera qu'une dizaine de personne (au grand maximum) par an et qui pourrait meme etre pire que la peine maximal encourue (puisqu'apres tout ils pourront revenir sous d'autres papiers, et puis ils ne seront meme pas punis pour leurs actes) ... pourquoi faire autant de bruit pour si peu mise a part essayer de garder/gagner des electorats .. ?
Mardi 14 septembre à 10h10

tartoconcombre (93)
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Retour vers le futur
Énorme, on est de retour dans les 80s. Même discours usé d'une nation qui n'a jamais su intégré. Qui a toujours confondu qualité et quantité (d'accueil) sous couvert de générosité.

Aller ensemble: nous sommes tous, des enfants d'immigré, que l'on a parqué dans des cité...
Mardi 14 septembre à 10h11

kantein (350)
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Gôôôôôche
"la nation, c'est un traitement digne et égal pour tous"

Tous, tous... toute la planète?!!

BHL si concerné par le sort des immigrés, combien donne-t-il de sa fortune pour les aider? Parce que si il se sent vraiment concerné, il ne devrait garder que de quoi se nourrir et se loger modestement chaque mois et donner le reste aux pauvres clandestins...
Ah mais voilà, il habite dans le 16eme et bouffe du caviar tous les jours, du coup il ne lui reste pas tant que ça...! et puis c'est tellement mieux de faire casquer la classe moyenne en la faisant culpabiliser toujours plus au passage!
Mardi 14 septembre à 10h13

kiki25 (112)
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La Nation, c'est un traitement digne et égal pour tous...
pour tous les gens honnêtes, pour les autres pas de pitié!
Et marre des "victimes de la société".

Certains noms sur la liste me choquent:

Fabius, ça va le sang contaminé, les gamins séropositifsvont mieux (j'oubliais, responsable mais pas coupable)? Et le décédé dans le rainbow warrior, c'est oublié?

Et les comédiens, mis à part le fait de montrer leurs gueules à la télé ou au cinéma, ils sont plus malins que le commun des Français, ils ont un pouvoir de dicernement supérieur? Minables va!
Mardi 14 septembre à 10h14

ricco72 (1065)
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Je ne reve pas...
Martine Aubry a signé la pétition alors qu'elle ne veut pas de Roms à Lille...Elle a vraiment honte de rien...
Mardi 14 septembre à 09h50

shoshana_lafreha (16)
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ce texte est aussi creux que le point de vue du gouv et peu convaincant.

A nouveau on relègue au second plan la question essentielle :
Puisque nous avons officiellement arrêté l'immigration pour des raisons économiques , pourquoi ne pas la réorienter vers des candidatures idéologiques, des étrangers victimes d'oppression politique et qui portent un réel attachement à nos valeurs républicaines ?

petit rappel, c'est après avoir saigné à blanc le pays que Louis 14 introduisit le "droit du sol" pour repeupler la France : autrefois les guerres, hier le besoin de main-d'oeuvre, alors demain ?

ces escarmouches entre racistes et démagogues sont à mourir de rire .
maitre_kobayashi (27)
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Et ben moi je trouve ça un peu court de nous ressortir du badge touche pas à mon pote
en couverture, tant qu'à y être faites des nouveaux badges, dans les écoles ils seraient super d'accord, les gniares sont les meilleurs citoyens.
Mardi 14 septembre

samedi 11 septembre 2010

Dernière minute: c'est bouclé! Les grouillots ont voté la retraite à 62 et 67 ans!


Mon commentaire sur Libération dès potron minet:

NE SOYEZ PAS NAIFS VOUS TOUS!

La loi était votée depuis longtemps dans les arcanes du pouvoir, les députés, ces cuistres, ne sont toujours que des godillots de L'Elysée, comme les syndicats d'ailleurs derrière lesquels vous avez défilé comme des boeufs! Désormais dansez, chantez "on a gagné, on a gagné, on a..." Couic!
Je suis consterné moi aussi, mais voici la réalité:
1. c'est une illustration de plus de la dictature de la classe dominante (ultra-minoritaire mais surprotégée par une armée de flics en armes et surtout une armée de flics syndicaux de base de secteurs "protégés" et avec retraite aménagée (pour ceux qui ne connaissent pas l'histoire, je signale qu'en 1914 les militants syndicaux pour la défense nationale étaient exemptés du front...)
2. il faudra du temps, du sang et des larmes, avant que la classe prolétaire déchire toutes ses illusions syndicales et démocratiques, réfléchisse, réfléchisse encore sur comment lutter vraiment, qui sont nos amis et nos ennemis, quelle révolution est nécessaire, comment allons-nous recréer des organismes du type des conseils ouvriers de 1917 en Russie et en Allemagne...
Une chose est claire, indépendamment du "méchant" Sarko, la bourgeoisie paupérise sans gêne et SUPPRIME progressivement la retraite. Elle ne sait même pas à quoi cela va aboutir.
Samedi 11 septembre à 05h10

PRECISIONS POUR LES EXCITES SYNDICALISTES GAUCHISTES ET LEUR POSTIER GREVEGENERALISTE

Sous le titre « Les conditions d’une crise sociale ne semblent pas réunies », une journaliste de la gauche caviar/Nouvel Obs (Marine Pennetier) a été demander son avis à un zozo spécialiste des relations sociales (mais oui cette espèce d’observateur existe), voici ce qu’il lui a confié qui confirme en tous points la réussite de la stratégie d’usure du gouvt et de son intrasyndicale (et évidemment les analyses prévisionnistes de ce blog) :

« Malgré la pression accrue des syndicats, la mobilisation contre la réforme des retraites en France a peu de chances d'aboutir à une crise sociale mais Nicolas Sarkozy doit se garder de tout faux pas, estiment des analystes. Pour Hubert Landier, spécialiste des relations sociales, on ne déclenche pas une crise sociale - risque évoqué par le dirigeant de la CGT Bernard Thibault - en appuyant sur un bouton et, pour l'instant, chaque acteur s'en tient à son rôle. « Nous assistons à une commedia dell'arte avec des acteurs qui connaissent leur rôle et qui s'est jouée sans trop de couacs jusqu'ici", dit-il. "Il était prévu à l'avance dans le scénario que le gouvernement conserverait du gras pour répondre à l'appel de la rue et apporter quelques concessions supplémentaires. Tout ceci était déjà dans les tuyaux ». Entre 1,1 et 2,7 millions de personnes selon les sources ont défilé mardi contre le texte phare du quinquennat de Nicolas Sarkozy qui (a fait voter dixit hier) notamment le report de 60 à 62 ans de l'âge légal de départ en retraite. Les syndicats, forts de ce succès, ont appelé à une nouvelle mobilisation le 23 septembre (Ah Ah Ah !). François Fillon a exclu jeudi d'autres concessions sur la réforme après les "avancées" proposées la veille par le chef de l'Etat sur des sujets annexes, comme la pénibilité. Face à cette fin de non-recevoir, la situation ne devrait pas pour autant s'envenimer, estime Guy Groux, chercheur au Cevipof.
« Jusqu'à présent, la CGT et la CFDT font preuve d'une attitude raisonnable en ne demandant pas le retrait du texte et ne parlant pas de 'texte scélérat' comme cela a pu être le cas par le passé », dit-il. "Leur objectif est d'obtenir des concessions pour sortir de cette affaire sans avoir l'air d'avoir tout perdu aux yeux des adhérents et de l'opinion publique."
SYNDICATS DIVISÉS (ah la bonne excuse à la fin du film !), OPINION FRAGILE
Sur les huit syndicats qui participeront à la nouvelle journée de mobilisation, seul Solidaires agite ouvertement le drapeau d'une grève reconductible.Partagée sur la stratégie à adopter, l'intersyndicale a mis plusieurs heures mercredi pour se mettre d'accord sur la date du 23 septembre, fruit d'un délicat compromis. Ce dilemme se retrouve chez les Français. Une récente étude de l'Ifop insiste sur la "fragilité" de leur positionnement, une tendance qui était moins marquée lors des précédentes réformes des retraites, relève Hubert Landier.
"L'opinion publique a bougé en faveur d'une réforme des retraites. Ça ne veut pas dire qu'elle soutient la réforme mais elle estime qu'une réforme pour garantir le financement des futures retraites est indispensable", avance-t-il. Selon lui, la prochaine manifestation sera avant tout l'occasion de tenter d'obtenir de nouvelles concessions et ne devrait pas aboutir à des grèves comme en 1995 ou à des mouvements du type de celui contre le contrat première embauche (CPE) de 2006.
"En 1995, le mouvement était parti non pas d'une loi mais d'un discours d'Alain Juppé. Pour le CPE, c'était une décision personnelle de Dominique de Villepin, qui était isolé dans l'opinion publique et dans son propre gouvernement. Le contexte actuel est différent, on est face à une réforme qui est inéluctable dans un contexte de déficit budgétaire," dit-il.
PRUDENCE
Céline Bracq, directrice adjointe de BVA Opinion, note "une résignation plus forte pour cette réforme que pour une autre"."La majorité de la population ne croit pas en la promesse du PS de rétablir l'âge légal de la retraite à 60 ans s'il revient au pouvoir", estime-t- elle. Si l'opinion soutient les manifestations, la majorité des Français ne sont pas prêts à descendre dans la rue, dit-elle. "Il s'agit plus d'un soutien de coeur que d'un soutien effectif. Les grévistes sont une part marginale de la population."Pour obtenir le retrait du projet de loi, réclamé par FO et Solidaires, il faudrait que les dirigeants syndicaux provoquent une crise sociale. Mais selon Hubert Landier, les conditions pour y parvenir ne sont pas réunies. "Une crise sociale est imprévisible et n'est jamais décidée par les états-majors syndicaux", explique-t-il. "Une crise sociale est une réaction du corps social qui est prise en charge par les syndicats." Pour autant, le gouvernement doit prendre garde à ne pas faire de faux pas dans les semaines qui viennent (il a pas besoin d’un tel conseil d’ami pourtant ! jlr).
Les soupçons de trafic d'influence qui pèsent sur le ministre du Travail, Eric Woerth, pour ses liens avec le gestionnaire de fortune de l'héritière de L'Oréal Liliane Bettencourt est un sujet sensible qui menace de faire basculer l'opinion du côté de la radicalisation (n’importe quoi !). "Il faut que le gouvernement, l'Elysée fassent très attention dans la période actuelle. Les gens comprennent qu'il faut faire des efforts sur les retraites mais veulent que ce soit une répartition juste des efforts à faire et ne toléreront pas d'écart", souligne Hubert Landier.


Il a du bon sens le spécialiste des rapports de classes, mais glisse pas mal d’insanités : le gouvernement ne risque RIEN pour l’instant !
Bien entendu s'il s'avérait que le gouvernement n'ait pas été prudent, d'autres moyens plus persuasifs sont avancés parallèlement, une petite bombe calmerait bien vite quelques esprits échauffés, il paraît que la menace du terrorisme "n'a jamais été si grande"; suivez mon regard:
"Dans une interview au JDD, Bernard Squarcini, patron de l'antiterrorisme français, dit craindre un attentat kamikaze en France : « Nous sommes aujourd'hui au même niveau de menace qu'en 1995. S'il y a des militaires dans les aéroports, des barrières devant les écoles et des sacs poubelles en plastiques, ce n'est pas pour rien. Tous les clignotants sont dans le rouge. »
Il ne faut jamais oublier que quand les ballons rouge de la CGT et des intrasyndicales ne fonctionneront plus du tout il y aura "de la mitraille, toujours de la mitraille pour les prolétaires" (Blanqui) mais à la façon moderne, indirectement. En 1995, mouvement le plus important en France depuis 1968, si cela avait "dégénéré", comme disent les journalistes, un attentat bien ciblé dans le métro aurait mis tout le monde à la raison. raison de plus!

vendredi 10 septembre 2010

RETRAITES A LA CARTE: A PROPOS DU FOUTAGE DE GUEULE DES SYNDICATS




Reçu un courrier mail de notre ami Dominique Kalachnikov du site « Vive la révolution » (qui se plaint toujours d’être censuré, et qui subit certainement des bidouillages policiers) où il s’aperçoit clairement que les « directions syndicales se foutent de notre gueule », mais pas du foutage de gueule permanent des syndicalistes « de base » ni de la capacité des appareils syndicaux à varier les plaisirs dans leurs manipulations stratégiques et langagières. Il croit qu’on peut appeler à ce miracle éclusé de « grève générale » à tout bout de champ et surtout dans le cimetière des illusions syndicales. Il croit qu’on a gagné sur la sécu en 95 (alors qu’on a juste fait sauter le fusible Juppé et que les cheminots seuls ont préservé leurs avantages). Il croit qu’en concentrant notre haine sur le chef Thibault cela permettrait de « comprendre » ou « combattre » le système ; rien n’est plus faux, Thibault n’est qu’un pion. Si nous voulons monter des coordinations de la lutte ou des conseils de travailleurs, cela dépendra : 1. de la gravité de la situation, 2. d’un rejet violent du syndicalisme de compromission de classe, 3. (et sans doute en premier lieu) d’une réelle perspective politique maximaliste. Dominique a une vision simpliste, unilatérale et anarchiste ouvriériste de la révolution. La révolution ce n’est pas « la grève qui ne s’arrête jamais », c’est une foultitude d’événements où la grève massive ou partielle (dans quelques industries ou transports très « bloquants ») peut cesser – le monde moderne est fragile et il faut alimenter une énorme population (on n’est plus dans les faubourgs de 1848 ou de 1917). La lutte de classes prend diverses formes : vie active des AG, législation des Conseils de prolétaires, débat sur internet avec les révolutionnaires du monde entier, manifestations, occupations, désarmement de la police et de l’armée avant ou après la destruction de l’Etat, etc.
Je vous livre son courrier et ses propositions, et, par après je vous livre mon analyse des « adaptations » programmées de l’Etat (gouvernement + syndicats).

LE COURRIER DE KALACHNIKOV

Bonjour à toutes et à tous,

La prochaine grève est dans quinze jours !
C’est un progrès par rapport à l’an dernier où les journées d’actions avaient lieu tous les deux ou trois mois.
Mais, les directions syndicales continuent à se foutre de notre gueule !
Je viens d’entendre un commentaire sur Itélé qui vient à l’instant de dire qu’incontestablement Sarkozy peut regarder ce soir un DVD tranquillement.
Je rappelle que si l’on a gagné en 1995, sur la sécu, c’est parce qu’il y avait une journée d’action chaque jour !
Puisque les directions syndicales font partie du pouvoir et sont nos ennemis autant que les patrons, montons une coordination qui "décrètera" (*) la :
GRÈVE GÉNÉRALE SAUVAGE TOTALE ET ILLIMITÉE !
Note (*) : mot choisi spécialement pour faire plaisir à la CGT.
Le 8 septembre 2010
Bien à vous,
do
http://mai68.org/spip

Retraites - Ne comptons pas sur les "socialistes" en 2012 :

http://mai68.org/spip/spip.php?article1433

Résumé : qu'il sagisse de Martine Aubry ou de Dominique Strauss-Kahn, tous les deux ont dit qu'il fallait augmenter l'âge de la retraite !

Et Bernard Thibault devint chef :

http://mai68.org/spip/spip.php?article1170

Ou : http://kalachnikov.org/ag/869.htm

Ou : http://www.chez.com/vlr/ag/869.htm

Résumé : si Thibault est devenu chef, c'est grâce au fait qu'il a réussi, en 1995, à empêcher les cheminots de monter une coordination.

Qu'est-ce qu'une coordination :

http://mai68.org/spip/spip.php?article1081
Dans une coordination, tout part de l’individu mais rien ne s’y arrête. Une coordination n’est pas un syndicat. Son but n’est donc pas de les concurrencer mais de donner le pouvoir à la base. Dans un syndicat, c’est le bureau qui décide. La différence entre un syndicat et la coordination est une différence de nature, de qualité. En pratique, avec une coordination, les individus font ce qu’ils désirent. L’étymologie du mot le dit : la coordination n’est là que pour coordonner les actions et les réflexions quand c’est possible.
Tout part de chaque individu. Il s’exprime et vote en Assemblée Générale d’usine (ou d’école, etc.) Cette A.G. élit et mandate deux délégués qui iront à la coordination départementale pour voter selon leur mandat et pour exprimer les idées de leur A.G. La coordination départementale débat sur chaque proposition qui lui est faite à titre de mandataire ou à titre personnel. Puis elle l’adopte ou la refuse. La coordination départementale élit et mandate deux délégués pour la coordination nationale. Le rapport entre la coordination départementale et la coordination nationale est le même que celui qui s’établit entre l’A.G. d’usine et la coordination départementale ou entre l’individu et l’A.G. d’usine.
Les propositions adoptées par la coordination départementale redescendent en A.G. d’usines qui décident ce qu’elles en font.
Les propositions adoptées par la coordination nationale redescendent en A.G. d’usines par l’intermédiaire des coordinations départementales. Les coordinations départementales et les A.G. d’usines décident ce qu’elles en font.
Ainsi se crée un va et vient entre les individus et la coordination nationale où ce sont les individus qui ont le pouvoir. Les délégués ne faisant que transmettre les informations, les propositions ou les votes pour lesquels ils sont mandatés. Les présidents de séances ne sont pas des chefs. Ils sont élus pour, et seulement pour orgaaniser les tours de parole. Délégués et présidents de séances sont révocables à tout instant par ceux qui les ont élus. Un observateur s’exprime toujours à titre personnel. Il ne vote jamais. Il peut faire des propositions. Un délégué peut aussi s’exprimer à titre personnel à condition de le préciser à chaque fois. Quand un individu constate un "vice de forme" dans le développement d’une réunion, il le signale en criant : "point d’ordre". son intervention est alors prioritaire !
Fait le 15/02/1987 par le "comité pour une coordination"
Note : La révolution, c’est quand la grève ne s’arrête jamais, c’est quand l’auto-organisation des individus en coordination devient le seul "pouvoir". Là j’ai du mettre le mot "pouvoir" entre guillemet parce que si on en arrive là un jour, c’est que le pouvoir aura disparu !

DECRYPTAGE DES ADAPTATIONS PROGRAMMéeS DE L’ETAT BOURGEOIS (gouvernement + syndicats)

Les titres de la presse gauche caviar étaient lamentables :
Le Monde : Fillon inflexible, les syndicats offensifs !
Libération :Inflexible sur les 62 ans, Fillon n’exclut pas certaines « adaptations » !

Les "adaptations" ou futur prétendu "recul du gouvernement" ou "avancée syndicale" portent sur ladite "pénibilité du travail". Quelle ignoble farce même pas déguisée! C'est le travail en général sous ses multiples formes d'ignominie (bravo aux descriptions du derner Günter Wallraff in "Parmi les perdants du meilleur des mondes")qui est PENIBLE! Il en sera de la pénibilité des professions de merde du bâtiment comme de l'embauche des seniors: du vent, encore du vent, toujours du vent!
L'Etat bourgeois croit-il que ses incessantes humiliantes mascarades avec ses milliers de larbins syndicaux ne vont pas lui péter à la gueule? Qu'est-ce quo'n attend pour être heureux?

Thibault fait risette à nouveau en tête des manifs et croit qu’on a oublié que certains de ses partisans, face à ses trahisons successives, lui déposaient des chats morts devant sa porte. Il fait le malin dans ses déclarations à Le Monde :
- en jouant sur l’hypothèse d’une crise sociale d’ampleur,
- en accusant son chef Sarkozy d’avoir « instrumentalisé la réforme des retraites « pour des raisons politiques » (ce qui est du sabir et ne veut strictement rien dire,
- en disant que « la démocratie sociale a été bafouée » alors qu’il trinque régulièrement avec le Président
- en disant que l’Exécutif français a verrouillé toute discussion (faux ils ne font que ça négocier entre eux)
- patelin il ajoute « plus l’intransigeance dominera, plus l’idée de grèves reconductibles gagnera les esprits »

Sur un « Chat » de Le Monde toujours, à la question « ne craignez-vous pas que certains salariés en colère partent en colère reconductible sans les syndicats ? », un bonze CFDT répond en outre au même Le Monde :
« Marcel Grignard : C'est tout à fait possible. Cependant, je crois que la très grande majorité des salariés qui expriment à la fois le besoin d'une réforme, et en même temps d'une réforme juste, attendent des organisations syndicales qu'elles pèsent au mieux dans le débat parlementaire actuel pour des résultats très concrets. Il n'est pas du tout certain, pour la plupart des salariés, que le processus de grève, notamment reconductible, peut conduire à ce résultat. »
On peut admirer le même sabir que l’autre con de la CGT. Grigri parle au nom de la « grande majorité » (tranquille) qui « comprend le besoin de réforme » et attend le miracle syndical et distingue les ouvriers spectateurs de leur propre défaite d’éventuels troublions innommables (et pas nommés) pour s’asseoir sur l’idée même de grève reconductible, forcérnent anti-syndicale puisqu’elle suppose des AG de prolétaires qui la décideraient et non les désidératas des cartels syndicaux. A la question de Claudine, qui sait très bien l’art intersyndical de détruire une éventuelle montée en puissance de contestation (« Jusqu’où l’intersyndicale peut-elle aller sans risque de fracture de l’unité à propos des 60 ans ? »), le bonze Grigri reste évasif mais ne nie pas que c’est ce qui pend au nez des milliers de naïfs si cela devait durer. Michel, lui, décidément très méfiant pose une question dans le même sens que Claudine (car tout le monde finit par bien connaître les tactiques de sabotage syndical), on admirera encore une fois la réponse évasive du bonze :
« Michel : Pensez-vous vraiment que les journées d'action à répétition ne vont pas émietter la mobilisation et ainsi faire le jeu de ce gouvernement ?
Marcel Grignard : Le gouvernement a tout fait pour nous rendre la vie difficile en annonçant le contenu de son projet à la veille de l'été et en adoptant un calendrier de débat particulièrement rapide. D'une certaine manière, il nous oblige à multiplier les temps de mobilisation. Je pense malgré tout que la compréhension de plus en plus grande de ce que sont les injustices de cette réforme pousse à réussir les mobilisations successives et, de fait, à croire possibles des avancées significatives ».
Puma et Hibou vont enfin poser les questions qui entrainent des réponses qui révèlent la cuistrerie de tous les syndicalistes (je vous laisse juge du sabir si clair des larbins du gouvernement.fr) !
« Puma : Peut-on encore obtenir du gouvernement un recul sur les 62 ans ?
Marcel Grignard : Si nous avons décidé, avec d'autres, de poursuivre, et si possible d'amplifier les mobilisations, c'est parce que nous sommes convaincus que globalement les choses peuvent changer. Sur la question des 62 ans, je crois qu'il sera difficile de faire bouger le repère en tant que tel. Par contre, je crois qu'il est possible d'obtenir des infléchissements sérieux qui en limitent fortement l'impact.
C'est en particulier la question des carrières longues. On ne peut pas accepter qu'un salarié qui commence à travailler à 18 ans devrait, du fait du recul à 62 ans, cotiser quarante-quatre ou quarante-cinq ans avant de partir à la retraite, alors que d'autres en seront à 41,5 ans.
Hibou : Les syndicats ne sont-il pas trop frileux ? Pourquoi une nouvelle journée de mobilisation si tard ?
« Marcel Grignard : On ne pouvait pas décider d'une nouvelle journée d'action plus tôt que le 23 septembre, tout simplement parce que l'organisation de telles journées prend du temps et que, par exemple, il faut au minimum quinze jours dans les transports pour déposer un préavis. Par ailleurs, nous sommes dans un processus parlementaire où nous avons voulu peser dans le débat à l'Assemblée nationale en manifestant le premier jour du débat, le 7 septembre. La journée du 23, en amont du débat au Sénat, vise à réinterpeller les élus, qui doivent entendre ce que leur disent les salariés qui sont leurs mandants sur cette réforme.Par ailleurs, on n'ignore pas la difficulté pour les salariés, tant sur les questions d'emploi que sur les salaires. On ne peut pas appeler à tout bout de champ à l'action et à la grève ».
L’organisation de la grève par les syndicats gouvernementaux a été légèrement différente des précédentes JA, sinon cela lasserait les troupes, cela aucun des participants au « Chat » ne le relève. En bloquant intégralement les transports comme les autres fois, surtout sur Paris, on aurait vu encore moins de manifestants ; en laissant le métro circuler on a incité les gens à venir défiler (pas très jeunes et surtout des embrigadés syndicaux). Les manœuvriers syndicaux sont capables de varier le mouvement des troupes, faut pas les prendre pour des imbéciles. La grève « reconduite » pour le 23, mais par les Etats-majors des syndicats gouvernementaux est la nique aux gauchistes suivistes extrémistes : elle aura lieu pour faire coucou aux élus bourgeois dans leur hémicycle de ratifieurs béni-oui-oui face aux cris d’orfraie des clowns de la gauche caviar.
Evidemment, dans un tel débat « national » piégé depuis des mois et dans la nasse syndicale, le questionnement est trop confus. La détermination de l’Etat (gouvernement + syndicats) à faire durer le plaisir de l’attente sado-maso était nécessaire pour mieux « entuber » la classe ouvrière, lui refiler ce sentiment d’impuissance et d’amertume inévitable après avoir été enfermée dans une série de longues manœuvres depuis les coulisses de l’Etat, manœuvres sybillines, perverses et difficiles à confronter comme telles:
- il y a, je le répète, 36 sortes de retraite en cours et à venir, et contrairement à une éventuelle revendication unitaire (rêvée par gauchistes et maximalistes) autant demander l’égalité des salaires : les retraites sont en elle-même un scandale depuis 50 ans, quoi de commun entre la retraite des cadres et des ouvriers et de ceux qui n’ont pas toutes leurs annuités ? La plupart des prolétaires partent désormais « à la carte », « à la tête du client » ; votre voisin d’atelier ou de bureau a déjà rajouté deux ou trois ans pour un taux approchant même pas les 70% ; on part depuis longtemps à 62, 63 ou 65 ans…
- la presse du gouv.fr (Le Figaro) montre du doigt les régimes spéciaux qui conservent leurs avantages (comble d’hypocrisie, la CGT pousse les cheminots aux JA sans lendemain autre que disque rayé et pour faire croire à une « solidarité unitaire »)
- hors des sondages mensongers une majorité d’ouvriers n’ont pas oublié que CGT+CFDT ont fait passer les réformes successives des Balladur et Fillon (toujours en première ligne et nullement fustigé, quoique les bonzes l’aient snobé en public à la télé car ils sont les obligés du Sarkozy en titre) et ne croient aucunement à leur bla-bla contestataire ampoulé et véreux face aux journalistes ;
- la presse ment sur les conditions du passage à 65 ans ou 67 ans dans les autres pays européens où il existe autant de régimes différents et privilégiés de retraites,
- les manifestants n’étaient déjà que les figurants des états-majors syndicaux et ils sont désormais figurants du débat entre élus bourgeois au parlement.

Cette dite « lutte pour défendre la retraite à 60 ans » par les menteurs de la gauche caviar face à une droite caviar « pour sauver LES retraites » (celles de riches cadres et des femmes de bourgeois) est bien une gigantesque foutaise dont nous, les millions de prolétaires, sommes les spectateurs impuissants face aux gestionnaires du Capital. La vraie question posée est de foutre en l’air le système. Mais c’est pas encore le moment et ce système machiavélique nous fera avaler beaucoup encore des tonnes de vaches ,enragées avant qu’on dise : STOP ON VA DEVENIR VIOLENTS ET ON VA VOUS BOTTER LE CUL!

mercredi 8 septembre 2010

LA XENOPHOBIE EN MILIEU OUVRIER : UNE EXAGERATION QUI A LA VIE DURE



Critique et extrapolations à partir du livre de Gérard Noiriel : Le massacre des Italiens
(Aigues-Mortes, 17 août 1893) Ed Fayard 2010


Le 17 août 1893, dans les marais salants d’Aigues-Mortes où la récolte du sel rassemblait des centaines de travailleurs français et italiens, s’est déroulé une émeute opposant « trimards » français et ouvriers immigrés italiens. Au moins 8 italiens ont été tués et des dizaines d’autres blesses. En dépit des preuves accablantes réunies contre les saisonniers autochtones, les assassins furent tous acquittés. Directeur d’études à l’EHESS (école des hautes études sociales) et membre de la commission gouvernementale antiraciste, Noiriel a étudié de près le déroulement du drame, l’expliquant comme conséquence des mutations politiques et économiques de la fin du XIXe siècle. Selon lui, les discours officiels sur la fierté d’être français ont incité les laissés-pour-compte de la République à s’acharner contre ces étrangers ; le patronat, les militaires, les journalistes, les juges et les politiciens sont parvenus à échapper à leurs propres responsabilités. L’analyse est assez réductrice et conforte les ignorances sur les causes réelles et la théorie gauchiste bobo d’un racisme éternel intrinsèque aux classes pauvres. Noiriel en rajoute une couche, en refaisant l’histoire de la fin du XIXe siècle mais à la lumière de ce qu’il voit en ce début du XXIe siècle. C’est une sorte d’histoire à l’envers qui, sous couvert d’érudition du passé, jette la confusion et tente de ressourcer les idées humanistes, intemporelles et hypocrites de la bourgeoisie ; il n’est donc pas étonnant qu’il soit publié chez Fayard, en tant que membre d’une commission gouvernementale. A propos des Italiens tués lors des affrontements sanglants de ce 17 aout 1893, Noiriel parle explicitement de « victimes de l'identité nationale », avec une allusion plus qu'évidente à ce qui se passe de nos jours. En faisant un parallèle avec la situation actuelle, il conteste bien la thèse du livre du bourgeois souverainiste Max Gallo auteur de « Fiers d'être Français ! » ; ce derrnier se sert de la tragédie d'Aigues-Mortes de façon instrumentale chauvine. Il prétend opposer les Italiens d'antan, qu'il considère comme un modèle d'intégration, aux peuples de banlieue et leurs émeutes, dont il ne faut pas nier la « dimension ethnique », qui risquent de provoquer la « balkanisation de la France ». Noiriel lui oppose un article du site gauchiste Bellaciao qui s'intitule « Mohammed s'appelait alors Giovanni », comme exemple de tentative de « susciter un réflexe de solidarité avec [les immigrés] d'aujourd'hui » en rappelant les souffrances de ceux d'hier.
L’ouvrage de Noiriel « Le creuset français », paru en 1988, passe pour la première histoire générale de l'immigration en France. Critiqué lors de sa sortie, l’ouvrage, qui a intronisé Noiriel comme sociologue présentable et récupérable, décrivait la construction juridique et administrative de l'immigré, en particulier que l'apparition des termes « immigration » et « immigré » coïncide avec les débuts de la Troisième République. Noiriel n’innovait pas, le mouvement révolutionnaire a toujours souligné que l'immigration est intimement liée à l'industrialisation des pays développés, en permettant au patronat de s'en servir comme variable d'ajustement face aux résistances de la paysannerie ; et que les prolétaires n’ont pas de patrie.

XENOPHOBIE OUVRIERE ?

Noiriel veut vendre sa camelote avec une idée passe-partout, typique de l’élite bourgeoise, qui ne voit les prolétaires que comme de perpétuels crétins : « En effet, cette affaire (d’Aigues-Mortes) figure aujourd’hui dans toutes les histoires de l’immigration comme l’exemple le plus sanglant de la xénophobie ouvrière » (p. 71). Noiriel met évidemment xénophobie sur le même plan que le concept large et confus de racisme, qui permet de diaboliser en général les classes inférieures. En réalité, loin d’être des rixes racistes ou xénophobes, les quelques 80 rixes qui ont lieu en France de 1870 à 1890 (y inclus les « Vêpres marseillaises » du 17 juin 1881) ne concernent pas une lutte pour « l’identité nationale » mais, très prosaïquement pour « défendre son boulot », et ces rixes se confondent souvent même avec la lutte contre les « jaunes » ce que n’examine pas monsieur le sociologue gouvernemental. Le « massacre des Italiens » du 17 août 1893 est largement extrapolé par le sociologue à sensation (éditoriale et financière, toutes les médiathèques de gauche ont acheté son livre…) est fort simplement résumé au plus près de la vérité dans l’annexe 1, le rapport du procureur général de Nîmes Léon Nadal. Personne n’est blanc. Les ouvriers piémontais plus costauds que les « trimards français » cassent les cadences ; ce sont eux les premiers provocateurs quand l’un d’eux jette son pantalon sale dans la cuve à eau potable des ouvriers autochtones, déclenchant la bagarre meurtière. Noiriel hausse au rang d’un prétendu combat politique nationaliste un fait divers, certes émeutier et sanglant, mais dont il fait usage au même titre que les médias de l’époque mais… aujourd’hui, et contre une classe ouvrière, supposée traditionnellement arriérée et chauvine. Il place ce fait divers sur le même plan que les représailles un an plus tard contre des Italiens en France suite à l’assassinat par Caserio du président Sadi Carnot, mais il n’explique ni les éléments et groupements qui ont exercé ces représailles, comme il ne s’étend pas sur les dits « ouvriers massacreurs » d’Aigues-Mortes. En vérité, la chasse à l’italien dans les rues d’Aigues-Mortes est encouragée par les petits patrons et ces fameux « trimards » qui ne sont pas des ouvriers évolués. Peut-on même les qualifier de prolétaires ? Ils sont pour la plupart vagabonds, SDF apaches, saisonniers sans foi ni loi. Ils sont bagarreurs et violents. La classe ouvrière est encore en train de se « moderniser » dans les années 1880 mais compte une majorité d’anciens ruraux, illettrés et instables. Elle n’est pas encore cette classe de masse qu’elle va devenir subitement au début du XXe siècle, délaissant les vieux fantasmes jacobins et sanguinaires. Les éléments massacreurs d’Aigues-Mortes sont plus proches du lumpen que de cette classe ouvrière industrielle qui n’aura plus le culte de l’émeute, et ne se rangera plus derrière les petits boutiquiers terroristes pour qui l’appel au meurtre est le pic de la révolte. Noiriel ne nous dit quasiment rien des réactions de la IIe Internationale qui pourtant, face à ce drame, rappela la fraternité fondamentale entre ouvriers.
Le seul élément moderne que nous retiendrons du drame d’Aigues-Mortes est qu’il a lieu en pleine crise économique, en tout cas d’une grave crise du « bassin d’emploi » des salins du Midi. Et cela nous apparaît comme une explication bien plus moderne, et utile à la compréhension de nos problèmes… modernes, apparemment insolubles comme le sel.

L’IMMIGRATION N’EST PAS SOLUBLE DANS LA NATION

Contrairement à Noiriel, des auteurs anglo-saxons plus sérieux ne se sont pas limités aux bornes de leur pays. Eric Hobsbawm a fait remarquer que « le milieu du XIXème siècle marque le début des plus grandes migrations de l'histoire de l'humanité », avec pour commencer le flux énorme d'immigrants européens aux Etats-Unis et, dans une mesure moindre, en Amérique du Sud, Australie et Afrique du Sud. Le résultat le plus spectaculaire est celui des USA, la proverbiale « nation d’immigrants », sa classe ouvrière étant formée des vagues successives d'immigration. Il y a de nombreux autres cas, qui vont des travailleurs immigrés irlandais dans l'Angleterre victorienne à l’utilisation massive de travailleurs agricoles polonais par les propriétaires fonciers prussiens de la fin du XIXème siècle. Le recours au travail immigré s'est imposé comme un des traits structurels du capitalisme avancé dans la deuxième moitié du XXème siècle. Dès le début des années 70 il y avait près de 11 millions d’immigrés dans l'Europe Occidentale, venus d'Europe du Sud ou des anciennes colonies durant le boom des années 50 et 60. Et même pendant les années 70 et 80, marquées par la crise, les USA ont continué à attirer une vaste immigration nouvelle d'Amérique Latine et d'Extrême-Orient. Les capitalistes emploient des travailleurs immigrés à cause des bénéfices économiques qu’ils leur apportent : ils contribuent à la flexibilité de l'offre de travail, acceptent naturellement des emplois dans des travaux sales et mal payés. Mais, bien au-delà, l'existence d'une classe ouvrière composée d'indigènes et d’immigrés (ou, dans le cas des Etats-Unis, de représentants de vagues plus ou moins récentes d'immigration) rend possible la division de cette classe selon des démarcations raciales, surtout si les origines nationales correspondent, ne serait-ce que partiellement, aux différentes situations dans la division technique du travail (par exemple, entre ouvriers qualifiés et OS).
Marx comprenait la façon dont les divisions raciales et ou religieuses entre travailleurs indigènes et immigrés pouvaient affaiblir la classe ouvrière, comme il l’a montré dans sa célèbre lettre à Meyer et Vogt du 9 avril 1870. Marx tentait d'y expliquer pourquoi la lutte des Irlandais pour l’autodétermination était une question vitale pour la classe ouvrière britannique :

« Enfin, l'essentiel. Tous les centres industriels et commerciaux d'Angleterre ont maintenant une classe ouvrière scindée en deux camps ennemis : prolétaires anglais et prolétaires irlandais. L'ouvrier anglais ordinaire déteste l'ouvrier irlandais comme un concurrent qui abaisse son niveau de vie. Il se sent à son égard membre d'une nation dominante, et devient, de ce fait, un instrument de ses aristocrates et capitalistes contre l'Irlande, et consolide ainsi son pouvoir sur lui-même. Des préjugés religieux, sociaux et nationaux le dressent contre l'ouvrier irlandais. Il se conduit envers lui à peu près comme les blancs pauvres envers les niggers dans les anciens Etats esclavagistes de l'Union américaine. L'Irlandais lui rend largement la monnaie de sa pièce. Il voit en lui le complice et l'instrument aveugle de la domination anglaise en Irlande. Cet antagonisme est entretenu artificiellement et attisé par la presse, les sermons, les revues humoristiques, bref, par tous les moyens dont disposent les classes au pouvoir. Cet antagonisme constitue le secret de l'impuissance de la classe ouvrière anglaise, en dépit de sa bonne organisation. C'est aussi le secret de la puissance persistante de la classe capitaliste, qui s'en rend parfaitement compte ».

Dans ce passage remarquable, Marx ébauche une explication matérialiste de la xénophobie dans le capitalisme moderne. Nous pouvons y trouver trois conditions fondamentales de l'existence du « rejet de l’autre »:
1) La concurrence économique entre les travailleurs (« l’ouvrier anglais ordinaire déteste l'ouvrier irlandais comme un concurrent qui abaisse son niveau de vie »). Il y a un schéma particulier de l'accumulation du capital qui implique une distribution spécifique du travail, représentée sur le marché du travail par des taux de salaires différents. Dans les périodes de restructuration du capital, alors que le travail se trouve déqualifié, les capitalistes remplacent les travailleurs qualifiés en place par une main d’œuvre meilleur marché et moins qualifiée. Si les deux groupes de travailleurs ont des origines nationales/religieuses différentes, et par voie de conséquence sans doute des langues et des modes de vie différents, il existe un potentiel de rejet irrationnel dans les deux entités de prolétaires. C’est une situation qui s’est souvent répétée dans l'histoire de la classe ouvrière américaine sous forme de divisions raciales, alors qu’au fond elles ne peuvent être que des tentatives bornées des travailleurs qualifiés pour défendre leurs positions dans le cadre national limité. Dans toute une série d'occasions, au cours du XIXème siècle, des travailleurs noirs américains furent délogés des niches de qualification qu’ils étaient parvenus à occuper à la place de travailleurs blancs - par exemple, par des immigrants irlandais sans qualification dans la période qui a précédé la Guerre de Sécession.
2) L'attrait de l'idéologie du rejet (non pas du racisme) pour les travailleurs autochtones (pas spécialement blancs de peau) (« le travailleur anglais ordinaire... se sent un membre de la nation dominante »). Le simple fait de la concurrence économique entre différents groupes de travailleurs n'est pas suffisant pour expliquer le développement de la xénophobie. Pourquoi la xénophobie opère-elle une telle séduction sur les travailleurs autochtones ? Les gauchistes hurlent contre l’assimilation de la délinquance à l’immigration et confortent ainsi la xénophobie, en premier lieu, en niant une part de la réalité subie par des prolétaires maghrébins français de souche eux aussi. D’autre part dans le cas de la France, c’est un fait que les derniers arrivés (les italiens avant guerre, les maghrébins de nos jours) étant les plus pauvres et les plus ostracisés dans le marché du travail, ce n’est même plus la deuxième génération mais la troisième génération qui se laisse tenter par les petits trafics illégaux et qui dégage le plus d’éléments violents, qu’on peut assimiler aux lumpens plus qu’aux « trimards » d’Aigues-Mortes en 1893.
Les commentaires angéliques du milieu ex-ultra gauche genre CCI esquivent le fond du problème en faisant de la simple surenchère humanitaire par rapport aux gauchistes, et de peur de paraître faire des concessions aux fractions d’extrême droite ; ce n’est pas très courageux. La théorie (marxiste) d’une unité de la classe ouvrière ne marche plus dans les conditions actuelles de domination des communautarismes et l’étalage des colifichets religieux. La division est soigneusement entretenue et vient de loin. La fraction de gauche de la bourgeoisie française porte une lourde responsabilité dans l’établissement de cet éclatement social : depuis sa prise du pouvoir au début des années 1980 elle a laissé se généraliser le voile ; on se souvient des terribles images de 1983 où les ouvriers des usines de Poissy ou d’Aulnay sous bois, se balançaient à la figure des boulons …
On creusera plus loin la question de l'obtention de salles de prière dans les usines, qui n’étaient pas l'objet principal des grèves dures comme à Talbot Poissy en 1982. Lors d'une grève chez Renault en 1983, Pierre Mauroy déclara : « Les principales difficultés qui demeurent sont posées par des travailleurs immigrés […] agités par des groupes religieux et politiques qui se déterminent en fonction de critères ayant peu à voir avec les réalités sociales françaises ». En charge de la gestion de l’Etat bourgeois, alors qu’elle venait de promettre électoralement de raser gratis, la gauche au pouvoir ne pouvait que miser sur la division des ouvriers entre français et immigrés, tout comme d'assimiler les grévistes immigrés à des intégristes en puissance.

TOUTES LES FRACTIONS BOURGEOISES ONT FAVORISE LA RENAISSANCE DE LA XENOPHOBIE

La fraction de droite accuse la fraction de gauche en France de laxisme par rapport à l’actuelle « islamisation » et « halalisation » de la France. Propos d’estrade. Les choses sont plus compliquées, et on ne peut même pas dire que les politiciens soient vraiment responsables de la déstructuration de la société – ou du moins de cette espèce de bariolage communautaristo-religieux qui s’est progressivement implanté – car la société capitaliste obéit avant tout à des exigences économiques et sociales ; députés et ministres bourgeois ne contrôlent pas grand-chose même quand ils pensent tenir la barre. La droite actuellement au pouvoir reproche à la gauche d’avoir favorisé par son laxisme l’intégrisme de rue, le foulard, la viande halal… C’est en partie vrai. L'apparition de "foulards" à Creil, en 1989, étrangement semblables au voile iranien imposé en Iran depuis la révolution islamique de 1979, avait déclenché un grand débat national. Le ministre de l'Education nationale d'alors, Lionel Jospin, avait renoncé à légiférer, laissant chaque chef d'établissement régler "à sa sauce" la question. S'en tenant à un recours au Conseil d'Etat, il jugeait le "foulard islamique" compatible avec la laïcité : "son interdiction ne serait justifiée que par le risque d'une menace pour l'ordre dans l'établissement ou pour le fonctionnement normal du service de l'enseignant". Lors de la séance à l'assemblée nationale le 3 novembre 1989, Lionel Jospin (soutenu par Jack Lang, alors ministre de la Culture), est vivement critiqué par « l'opposition libérale et le Parti communiste, mais aussi par plusieurs députés socialistes » parce qu'il ne respecte pas le principe de laïcité ; les enseignants du collège de Creil demandaient à Lionel Jospin de venir dans l'établissement pour expliquer ses directives ; La Voix de l'Islam, une association ultra-musulmane (dite « islamiste »), avait appelé à une manifestation pour le port du voile à l'école, mais l'avait annulé pour organiser « un débat sur les droits et les devoirs des musulmans en France » le 11 novembre 1989. Le 4 novembre 1989, ce sera au tour de Danielle Mitterrand de se prononcer pour le respect des traditions et accepter les filles voilées à l'école. Danielle Mitterrand sera accusée par Marie-Claire Mendès-France de faire le lit de la « charia musulmane ». De son côté, Julien Dray (PS) prônait l'acceptation des filles voilées qui, ainsi, « évolueront d'elles-mêmes » tout en soulevant la problématique d'intégration de la population d'origine étrangère, avec ce double langage typique des contestataires de l’appareil. Ce sera sous Jacques Chirac, pour marquer sa faible différence dans sa continuité gouvernementale après la gauche, que le port du voile, progressant inexorablement, donnera lieu à la loi sur "l'interdiction des signes ostensibles religieux à l'école" sera votée... en 2004, après les travaux approfondis de la Commission Stasi. Les Verts et les gauchistes apportèrent leur soutien aux « voilées » ; il faut toujours un bouffon dans les rangs de la gauche caviar pour laisser penser que tout est tolérable… pour les pauvres et les aliénés.
Indépendamment de ce charivari entre compétiteurs bourgeois, dans un contexte de discriminations multiples (recherche d'emploi, de logement, entrée en discothèque, contrôle de police au faciès etc), une partie de la population d'origine immigrée se réfugie dans la religion, ce qui explique un certain retour de l'islamisme. Comme au niveau international, cela s'explique aussi par l’effondrement il y a vingt ans du faux communisme « soviétique ». En tout cas, au nom de la « tolérance républicaine », et de leur laxisme électoraliste.
Ces petits chantages ou accusations entre amis des fractions de droite et de gauche ne sont que le reflet de la politique de la bourgeoisie au niveau mondial. Depuis une dizaine d'année, une véritable vague d'islamophobie a été attisée par les gouvernements des pays impérialistes. La véritable raison idéologique pour cela a été de justifier l'intervention impérialiste au Moyen Orient (guerres et invasion de l'Irak et de l'Afghanistan, occupation israélienne de la Palestine) ainsi que la « guerre au terrorisme » sous couvert d'une prétendue menace islamiste. Toute la civilisation occidentale serait ainsi en danger à cause de la montée de l'islamisme dans ces pays ainsi que au sein des communautés immigrées (théorie du « choc de civilisation »). Comme au temps du colonialisme, cette théorie a pour but de masquer la bagarre planétaire entre grandes puissances sous le drapeau de la lutte pour l’antiracisme, la démocratie et le droit des femmes.

L’USINE STADE SUPREME DE L’INTEGRATION

Revenons au cœur du problème qui se situe… dans la lutte (désormais) opaque des classes. Ami de la gauche caviar et antiraciste, Noiriel ne peut pas être utile à la réflexion sociale et politique pour comprendre à la racine la DESINTEGRATION sociale. Il ne le peut certainement pas en mettant sur le même plan immigrés italiens et arabes, non pas seulement parce que ce serait une histoire de religions (les italiens étant intégrable comme chrétiens… ce qui ne les a pas empêchés d’être assassinés par d’autres chrétiens mais français à Aigues-Mortes) – mais parce qu’il s’agit de deux époques différentes : la fin du XXe siècle est encore une phase de révolution industrielle et les émeutes même ouvrières sont encore marquées par la phase artisanale de la société ; à la fin du XXe siècle déjà la société est marquée par une désindustrialisation intensive, et on parle couramment depuis l’an 2000 de « destructions d’emplois ».
Penchons-nous, pour mieux comprendre et la différence de période et la fin des possibilités d’intégration, sur un moment de l’histoire, à la veille d’ailleurs de la fin des deux grands blocs issus de la Seconde Guerre mondiale, sur des événements très particuliers au début des années 1980 en France. Et concernant des salles de prière en usine où, en principe le religieux n’a pas sa place, ni le politique au demeurant.

LA FIDELISATION PIEGE A CONS

Dans la période qui suit mai 1968, moment pas du tout ludique de remise en cause surtout du « travail à la chaîne », la bourgeoisie a beau jeu d’invoquer la « participation », un encadrement plus humain, et relâcher les rênes, les ouvriers français urbains ne se précipitent plus vers les usines. Les campagnes du côté de Flins et Sandouville voient de moins en moins s’approcher des « forteresses ouvrières » les fils de paysans. Il faut mener une autre politique, au moins aussi importante : la fidélisation des ouvriers immigrés qui, eux, poussés par les privations hors des anciennes colonies, sont instables. On leur interdit depuis le début des sixties de venir en famille et ce sera Giscard qui, en 1974, permettra enfin le « regroupement familial », non par souci d’humanité mais pour fixer une main d’œuvre intéressante. Cependant comme les ouvriers français soixantehuitards, les prolétaires immigrés ressentent cruellement la robotisation et la déshumanisation de l’usinisme ; ils seront d’ailleurs le fer de lance de la lutte contre la robotisation à peine dix ans plus tard avec en face d’eux la gauche bourgeoise au gouvernement. Le prolétaire immigré a besoin de pain mais, comme tout être humain, il a aussi besoin « d’âme », ou d’esprit, ou d’identité. Quand la droite bourgeoise accuse la gauche d’avoir favorisé par ses laxismes la montée de l’intégrisme, elle oublie de rappeler qu’elle était au pouvoir lorsque ses patrons ont négocié avec les imams les premières salles de prière pour « fidéliser » ces prolétaires coupés de leurs racines et voués à cette vie morne « métro-café de l’usine-usine-dodo dans un meublé », qui tendaient à s’enfuir régulièrement. Ainsi, en 1979, est tolérée avec bienveillance la création de l’Association Islamique de Billancourt, qui obtient même des locaux municipaux pour ses réunions. Peu après, succédant à la droite patronale bienveillante, les technocrates de la gauche au pouvoir se rendent compte à leur tour que l’entreprise doit rester le lieu essentiel d’intégration, moyennant des concessions religieuses pour tenir les nouveaux principaux forçats d’un usinisme de plus en plus rejeté (*).

En 1982-1983, la gauche au pouvoir aggrave la crise malgré elle et doit y faire face, alors qu’elle aurait dû rester dans l’opposition. Les trois premières années du gouvernement Mauroy sont une catastrophe, le chômage bondit à des hauteurs inégalées. Nous les maximalistes révolutionnaires nous combattons généreusement contre les licenciements et toujours angéliquement pour l’unité de tous les ouvriers français et immigrés. Pourtant la perception est différente à l’intérieur des usines de PSA et de Renault où les ouvriers immigrés sont de plus en plus majoritaires. Frappés en première ligne par les licenciements, ils refusent de quitter cette putain d’usine qui est leur « lieu de vie », et en plus ils considèrent que leur licenciement est un « acte raciste ». La presse bourgeoise se fait l’écho en 1982 d’un « Printemps de la dignité » à Talbot-Poissy et à Citroën-Aulnay (Renault ce sera en 85) mais sous le signe de « L’intégrisme musulman » ; les professionnels de l’intox mettent au premier plan une intox de première : la revendication de salles de prière intra-muros dans l’usine, chose propre à choquer le français lambda bien logé, qui a son Eglise et sa famille à la campagne. En vérité, les ouvriers – qui vont se canarder salement à coups de boulons contre les énergumènes du syndicat maison - avaient alors débrayé pour plus de liberté syndicale, une augmentation des salaires, et davantage de dignité (sous-entendu éliminer les méthodes terroristes des fachos de la CFT). Les salles de prière n’étaient pas une des revendications principales du mouvement, mais elles se sont greffées au mouvement, réclamées par des responsables syndicaux de la CGT après le 29e jour non travaillé. La gauche légalisa une situation de fait, sous prétexte d’humaniser la vie de merde du travailleur expatrié, qui, comme il n’y avait pas de salle aménagée (il était interdit de faire la prière à l’usine), priait de toute façon à son heure au bord des lignes de montage et c’était très dangereux. Depuis trente ans, la gestion de l’islam en entreprise est devenue un réflexe chez PSA. Pendant la période du ramadan, les pauses déjeuners sont adaptées aux horaires de la rupture du jeûne. Les musulmans pratiquants ont droit à cinq minutes de plus pour manger, les non-musulmans en profitent pour fumer une cigarette ou boire un café. Des sandwiches hallal cohabitent avec ceux au saucisson sec dans les distributeurs.
En 1986, une partie des ouvriers algériens refuseront de continuer à aller à la mosquée de l’usine, estimant légitime de disposer d’une vraie mosquée à l’extérieur du lieu de travail. Ce choix n’est pas un choix vraiment décidé mais accompagne les licenciements. Perdre son travail en usine signifie perdre quelque part aussi son identité de musulman puisque c’était le lieu où était effectuée la prière. La fermeture de Renault-Billancourt accélère le désarroi des ouvriers musulmans. Alors que certains avaient déjà eu tendance à délaisser les règles religieuses au contact des ouvriers français, le fait de se retrouver au chômage va les pousser à compenser par un refuge plus grand encore dans l’islam. La CGT utilise sans gêne cette religion et ses imams-ouvriers comme vecteur de ses grèves. Parallèlement, les différents Etats d’Afrique du Nord, dont les revenus des ouvriers sont une manne appréciable, les relient à leur pays d’origine par l’entremise de leurs propres imams. Et ce maintien d’un esprit national, qui n’est pas pour déplaire aux patrons de Renault et PSA, passe par les bons offices du syndicalisme qui recrute de plus en plus des permanents arabophiles. On peut même parler d’une espèce de militant « syndicalo-religieux » (j’avais pris la parole devant l’usine d’Aulnay sous bois, une fois, à côté d’un zèbre de cette espèce, filmé par FR3 SVP !).
Il faut le noter, la reconnaissance de l’islam dans l’usine a précédé sa reconnaissance et intronisation au niveau de l’ensemble de la société. Répétons-le, pas par souci de tolérance ni de respect des religions quelles qu’elles soient, mais pour « fixer » dans le bagne usiniste les prolétaires migrants. Jusqu’à présent pourtant, bien que facteur de division parmi les ouvriers des usines classiques, l’islam reste une religion conçue différemment selon les uns et les autres. Majoritairement l’intégrisme dur n’est pas plus accepté que la politique en général. L’intégrisme radical (de type fasciste) est perçu comme totalitaire ou extrémiste par la plupart des ouvriers. Contrairement à la réputation qu’on lui fait d’être grégaire, l’islam reste affaire de l’individu face à soi-même : « On ne peut pas forcer un gars à faire le ramadan ou la prière » (tunisien, 51 ans, 21 ans d’ancienneté, non-syndiqué, imam du département 49 ; cf. Revue européenne de Migrations internationales n°3, 1991 : « Les travailleurs musulmans à Boulogne-Billancourt, Le repli » par Xavier Bougard et Philippe Dialo).
Un constat pour clore aujourd’hui ce message-blog : La société capitaliste décadente ne peut plus réaliser l’intégration « sédentaire », c’est sa crise systémique inexorable qui freine puis empêche toute intégration, même la nôtre à nous pauvres autochtones frappés autant par le chômage, la peur du lendemain, la maladie et la vieillesse que nos frères de classe immigrés. Ni Sarkozy ni le Coran ne représentent notre avenir.


(*) En 2009, on trouve cet article dans Les Echos : « C'est l'une des questions les plus sensibles dont ont à connaître certaines entreprises : la prière, souvent perçue par les autres collaborateurs comme un signe de radicalité. Les pratiques se font discrètes, excepté chez les constructeurs automobiles, sans doute parce que le secteur fut l'un des premiers à faire appel à une population immigrée. Ainsi, une salle de prière existe à l'intérieur même de l'usine de Flins. « Elle est souvent utilisée le vendredi par les équipes du matin. Cela leur évite de se rendre à la mosquée, observe-t-on chez Renault. A un moment, il y avait même un imam salarié de l'usine ! » Certes, les entreprises ne sont nullement tenues de fournir ces espaces de recueillement. Mais « on autorise bien les fumeurs à s'absenter quelques minutes, alors pourquoi ne pas laisser quelques instants à ceux qui veulent s'isoler pour prier, si cela ne gêne pas le service », observe Philippe Hagmann, responsable de la vie au travail et de la diversité chez EDF.