"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».

Marx (L'idéologie allemande)

lundi 20 septembre 2010

QUELLE CHRONOLOGIE FUNESTE : EN AVANT POUR LA « GRAISSE GENERALE » DU JEUDI 23 SEPTEMBRE !



On ne mesure le but, la durée et l’efficacité des campagnes d’agitation gouvernementale et syndicale souvent que longtemps après. Sur le moment, on est tourneboulé, en colère, impuissant, on parle à un mur, le mur de la honte syndicale, on espère puis on désespère très vite. La chronologie funèbre qui suit vous démontrera mieux que mes discours comment les élites syndicales manipulent les masses qui n’ont hélas pas de mémoire ; les états-majors intrasyndicaux s'y reprennent toujours à deux fois : deux journées interprofessionnelles en 2007 suffisent à calmer les énergies débridées, il en faudra deux par semestre en 2010 face à l’ampleur du coup d’estoc gouvernemental ; mais 2008 aura été le point culminant du nombre de manifestants, et les élites syndicales craignant tellement de réels débordements cette année-là annuleront tout défilé au deuxième semestre. Et puis les élites syndicales respectent scrupuleusement une règle républicaine : parlementaires et sénateurs ne peuvent voter aucune loi scélérate contre la classe ouvrière tant qu’elle occupe la rue. Personne n’a oublié que le carnaval électoral ne pût être restauré en juin 68 qu’après que les syndicats aient cassé toutes les grèves ; le dernier avatar de cette prudente discipline bourgeoise aura été la «reconductibilité » factice de la JA du 7 septembre, repoussée et ainsi dégonflée au 23 afin de laisser les députés grouillots de la bourgeoisie arrogante approuver en paix le plus grand coup de poignard contre le prolétariat en France depuis la guerre ; la blessure n'a pas tué la classe ouvrière, mais n’est pas prête de se refermer et se payera tôt ou tard, mais certainement pas avec la canne d’aveugle de la gauche caviar en embuscade. La chronologie funeste révèle que la classe ouvrière non seulement subit une régulière suite d’échecs, mais que son humiliation est sanctionnée à chaque fois par un vote au parlement, confirmant la nature criminogène du parlementarisme, complémentaire du poison syndical.

EN 2007, la planification gouvernementale au moyen terme de l’attaque sur les retraites va d’abord s’en prendre au secteur prolétaire le plus dangereux, c'est-à-dire le plus capable de paralyser le pays, depuis que EDF dénationalisé est hors jeu. Il faut donc DESTABILISER D’ABORD A LA SNCF pour y « réformer les régimes spéciaux », PREMIERE ATTAQUE PRELIMINAIRE qui sera suivie de celle contre les prolétaires d’Air France, présentés comme privilégiés. Ceci démontre que, indépendamment des couleurs successives des gouvernements, la bourgeoisie planifie au long terme ses attaques ; de Rocard à Sarkozy, chacun a travaillé pour l’avenir de la société bourgeoise. Faire tomber deux bastions importants, tout en préservant des garanties corporatives, après les anciennes attaques des Balladur et Fillon, contre le privé d’abord puis contre le secteur public, préparait le terrain pour l’attaque d’envergure trois ans plus tard contre l’ensemble d’une classe ouvrière privée de colonne vertébrale, c'est-à-dire privée de secteurs fortement concentrés, pouvant à la fois paralyser le pays et servir de pôle de rassemblement aux millions de prolétaires dispersés.

Voici comment étaient annoncées puis décommandées les manifs en l’an 2007 (où il est parfois difficile d’y délimiter manifs corporatives et interprofessionnelles) : Initialement, la reprise du mouvement social dans les transports en commun était pressentie pour le 20 novembre. Cette journée est en effet une journée de grogne nationale dans la fonction publique. Cependant, rien n'était vraiment définitif et les syndicats se sont réunis dans la journée de mercredi, certains d'entre eux ont annoncé que ce sera finalement pour le mardi 13 novembre 2007. Cependant, contrairement à la journée du 18 octobre 2007, le front syndical est loin d'être uni. Sur les 8 syndicats les plus représentatifs, ils sont 6 à appeler effectivement à la grève. La FGAAC qui représente 30% des cheminots préfère attendre le début des négociations et espère des concessions catégorielles. Au niveau des perturbations, cette mobilisation plus faible devrait se traduire par des perturbations de trafic moindres que lors de la journée du 18 octobre. Ce jour là, seules 6 lignes de trains de banlieue avaient pu fonctionner avec des passages de trains regroupés sur les seules heures de pointe. Si le service sera un peu mieux assuré, le mouvement de grève pourrait en revanche s'étaler dans la durée: les syndicats qui ont appelé à la grève ont déposé des préavis reconductibles de 24h en 24h. Au niveau de la RATP, rien n'est certain. Comme à la SNCF, les syndicats ne semblent pas d'accord entre eux sur la stratégie à adopter face au gouvernement et à leur direction. Les organisations de la régie se sont eux aussi réunis hier, mais n'ont pas pris de décision commune. A la suite des ces communiqués contradictoires, la secte trotskyste la plus radicale LO affirmait qu’on allait vers la généralisation… La direction SNCF fait mine de reculer et les syndicats continue à jeter le flou sur la « riposte ». Les syndicats de la SNCF ne se réuniront finalement pas vendredi 7 décembre pour fixer la date d'une journée de grève, comme l'avait annoncé la CGT la veille. Certains responsables syndicaux préfèrent se donner du temps, tandis que d'autres évoquent des tensions entre les fédérations. "Il y avait une table ronde ce matin [au siège de la SNCF, dans le cadre des négociations sur les régimes spéciaux, ndlr] et on attendait d'avoir les résultats pour faire le point" à la CGT, avait déclaré Laurent Russeil, secrétaire général adjoint de la CGT-Cheminots. Avec "vingt-quatre heures de grève, les cheminots ne sont pas dupes, ils perdront une journée de salaire" sans rien obtenir et "notre fédération a proposé un préavis reconductible", avait expliqué Gérard Le Mauff (FO).

- 2007 (novembre): grève SNCF, Thibault hors jeu, négo menées par le sous-fifre , Didier Le Reste
- 2007, 17 novembre, gaffe à RTL : UN ACCORD A ETE SIGNE EN COULISSES ENTRE LE MINISTRE BERTRAND ET THIBAULT qui prévoit une progressivité de l’allongement de la durée du travail…
- 2007 (21 novembre) :MANIF, grève RATP pour affaiblir la manif, éclipse en début de cortège à Paris de Chérèque et Thibault conspués par les manifestants comme « traîtres » ; tracts et banderoles gauchistes assurent que « c’est le moment » ;
- 2008 (9 janvier) : calme social depuis novembre : titre de mon blog : La revendication et la grève politique (de la nullité des mobilisations syndicales)

DEUXIEME ATTAQUE PRELIMINAIRE A AIR France en 2008 (22 mai) : Journée de manifs interprofessionnelles « pour la défense de la retraite solidaire » et le moulin à vent de la « pénibilité », qui sont bafouées, allongement des cotisations à 41 ans et demi… annonce de la suppression de la retraite à 55 ans à Air France qui jette l’émoi dans cette corporation…
- 2008 (7 octobre) : journée d’action nationale intersyndicale, même stratégie d’hésitations qu’à la SNCF : Les huit syndicats (CFDT, CFTC, FO, SNPNC, Sud aérien, CGT, Unac et Unsa) de navigants d'Air France qui avaient appelé à la grève pour la semaine prochaine ont décidé samedi de reporter le mouvement au 5, 6, 7 et 8 décembre. Les organisations syndicales d'Air France ont appelé le personnel navigant à une grève nationale en raison d'une disposition, soumise aux députés vendredi, relevant de dix ans l'âge maximal de la retraite des pilotes, hôtesses et stewards…
- 2008 (1er novembre) : article du blog : Incompatibilité entre l’économie bourgeoise et les réclamations du prolétariat (la bourgeoisie ne cède plus sur rien) ;
- 2008 (18 novembre): APRES LE PARLEMENT, LE SENAT A VOTE POUR LA RETRAITE REPOUSSEE A 70 ANS… (donc tout était déjà voté avant septembre 2010....) - 2009 (29 janvier : rien ne s’est passé depuis octobre, les troupes syndicales renâclent sans pouvoir trouver les mots pour qualifier le système (pourtant si pervers) des grèves éloignées les unes des autres, « l’intersyndicale », cartel permanent des bonzes « promet d’examiner les suites à donner »…
- 2009 (19 mars) : Manifs répétition du 29 janvier, article du blog : Rapaces et limaces syndicales
- 2009 (6 mai): article De l’imbécillité sociale et des robots syndicaux ;
- 2009 (septembre) : Où est passé la grève illimitée de la Poste promise avant les vacances par la CGT et Besancenot ?
- 2010 (janvier) : article Entre drame et revendication
- 2010 (25 février) : grève des contrôleurs aériens
- 2010 (26 mai) : article « Pourquoi vous allez faire grève pour rien demain ? » ;
- 2010 (27 mai) : Article « Le feuilleton syndical continue » ;
- 2010 (30 mai) : article « La retraite ou la révolution ? » ;
- 2010 (24 juin) : article : « Beaucoup de manifestants, et après on fait quoi ? » ;
- 2010 (29 juillet) : article « Reculer la retraite c’est prolonger la menace du chômage » (et tuer la retraite car on meurt en moyenne à 63-64 dans la classe ouvrière) ;
- 2010 (18 juillet) : amplification des scandales, après le scandale Bettencourt (16 juillet) ; constat en gros caractères sur le blog : « Mauvais climat judiciaire mais la réforme des retraites est déjà arrosée » (est jointe la photo où Woerth trinque à l’Elysée avec Thibault) ;
- 2010 (3-10 août) : début de la campagne de dérivation sécuritaire de Sarkozy- 2010 (4 septembre) : titre du blog : « Pourquoi vous allez manifester pour des prunes le mardi 7 septembre » ;
- 2010 (7 septembre) : Manifestation pour des prunes :
- 2010 (10 septembre) : article : « A propos du foutage de gueule syndical » ;
- 2010 (11 septembre) : article : « LES GROUILLOTS ONT VOTE LA RETRAITE A 62 ET 67 ANS »- 2010 (15 septembre) : interpellation des députés devant la Chambre par quelques centaines de professionnels du syndicalisme et du gauchisme (simple opération m’as-tu-vu de la gauche syndicalo-bourgeoise) ;
- 2010 (20 septembre) : en préparation de la nouvelle manif du 23 septembre, avec la même logique circulaire, des anarchistes, admirateurs de la forte mobilisation syndicale du 7 septembre, préparent l’éternellement virtuelle « grève générale » à la base avec la banderole : « Mettons le capitalisme à la retraite » ; le cartel syndicaliste Solidaires après avoir protesté contre le refus des élites syndicales de « battre le fer quand il est chaud », s’engage à redéfiler derrière elles le jeudi 23 et appelle à des AG tous azimuts promettant de « gagner ensemble ». Une mouvance anarchiste rappelle le succès de retrait du CPE (une rigolade comparée à l’épineuse question des retraites). L’esprit du 23 doit être marqué au coin de la surenchère, FO-cheminots et Sud rail appellent « à une grève reconductible à partir du 22 septembre au soi » (ce qui signifie qu’elle ne sera reconductible qu’au jour J programmé par les élites syndicales, et point d’orgue). Les syndicats de la RATP à Paris appellent évidemment à la grève pour empêcher la venue d’un plus grand nombre de naïfs manifestants, au cas où un grand nombre n’aurait pas été démoralisé par les 15 jours d’écart pour faire retomber le soufflé. La secte d’Arthaud-Laguiller met « tout en œuvre (pour) que la journée du jeudi 23 septembre soit encore plus massive et réussie que les précédentes ».

Entre deux eaux, celui-là y croit encore, il a suivi très fidèlement toutes les « grèves saute-mouton » (saute-couillon), mais il a raison de dire que le rouleau compresseur est en marche mais il oublie que le moteur du rouleau est bien huilé par tous les appareils syndicaux et que la marque de fabrique de cette huile est « graisse générale » : « La décision de l’intersyndicale de reporter au 23 septembre la grève nécessaire est navrante. Il y a là une incapacité ou un refus d’utiliser le rapport de force obtenu par la grève et les manifestations du 7 septembre. Il n’y a pas de réforme des retraites. Il y a un rouleau compresseur qui détruit les retraites comme il détruit les libertés, l’école, la protection sociale et les services publics. Ce pouvoir, totalement au service des nantis, est impopulaire. Sa seule force, ce sont nos hésitations, notre peur de l’affronter. Le précédent du CPE montre qu’on peut gagner. Pour cela, il faut impliquer les salarié-e-s, réunir des Assemblées Générales et préparer une grève générale et reconductible. Le temps presse. Souvenons-nous que la stratégie des grèves saute-mouton pilotées par le sommet a toujours échoué ». C’est ignorer l’efficacité de la programmation de la déstabilisation générale de la classe ouvrière par les pourritures diplomatiques syndicales, le fait que faire grève à répétition n’est pas tenable pour les prolétaires appauvris. C’est faire semblant de méconnaître les arguments des flics des élites syndicales en AG face aux colères impulsives:
- hé les mecs, vous êtes cons ou quoi ? Vous oubliez que le parlement a voté la loi, vous voulez aller au casse-pipe ou quoi ? (Marchais et Séguy jadis nommait cela « aventurisme ») ; ou encore :
- hé les gars, faut être responsables, Sarko on peut le virer dans deux ans, vous affolez pas, nos amis des partis de gauche ramèneront la retraite à 60 ans… allez… reprenez après moi : « Sarko Oh Oh si tu savais, Oh Oh si tu savais où on s’la met ta réforme, Oh Oh… »
- hé camarâââdes, vous avez barré des routes, fait flamber des pneus… ouais ouais on la comprend votre colère contre ce xénophobe de Sarko, ce facho qui expulse nos amis les Roms, y a de quoi péter les plombs… mais camarâââdes reprenez-vous, le jusqu’auboutisme ne sert à rien. On les aura tôt ou tard. Rentrez chez vous, l’intersyndicale va se réunir dans trois semaines et décidera des suites à donner à notre action. Il ne faut surtout pas briser l’unité qui a présidé à ces deux journées mémorables du 7 et du 23. Allez chantons tos : « Tous ensemble, tous ensemble… ouais ! ».
Quelques commentaires de posteurs lucides vaudront bien les miens face au dégoût de l’instrumentalisation pachydermique de la colère :
- « Blocage du pays, blocage social, pour moi c’est abscons, ce que je connais moi c’est faire grève jusqu’au retrait de cette saleté qu’est le Plan Sarkozy-Woerth. Moi aussi je veux battre ce gouvernement mais tu viens de nous dire que l’affaire devait être réglée avant la fin octobre, alors pourquoi avoir attendu le 23 septembre pour la prochaine journée de grève? Et que fait-on au soir du 23? On se donne rendez-vous fin octobre? Les grecs, les roumains ont fait des journées d’action à répétition, ils ont perdu… Moi je suis prêt à perdre de l’argent dans une grève reconductible mais pas si c’est sur plusieurs mois avec une défaite assurée à la fin… Si c’est pour se retrouver ensemble à la Toussaint, moi j’aime bien les défilés mais beaucoup moins les processions! »
- Pierre Montoya, lui, dit : « Quand on veut faire perdre, ou laisser passer les contre réformes, il suffit de s’en donner les moyens à minima. La grève saute mouton permet aux bureaucraties de dire « on existe , la preuve » et c’est un défouloir, une soupape. L’orage sans foudre passé, la bourgeoisie peut dormir tranquille. Pour combien de temps encore. Le mouvement social est la gauche actuelle connait une grave crise de direction , la plupart des dirigeants sont acquis au social libéralisme. Chacun en mal de notoriété veut être reconnu et la bourgeoisie note au travers de ses médias et distribue les bons points. Elle ne met en avant que ses bons serviteurs, pour le moment Chérèque tient la corde et d’autres lui disputent sa position. La lutte à minima, cela entretient les bases mais ne change rien. Là est l’essentiel ».
Je suis OK avec Montoya, gauchistes et syndicalistes de base anars servent de caution « radicale » mais ne sont, à chaque fois, que les rabatteurs des appareils, y compris leurs jusqu'auboutistes enflammeurs de pneus. Donc il n’y a pas « crise de direction » mais bien complémentarité dans une époque sans perspective, sans parti crédible. Il faudra d’autres événements, d’autres circonstances encore pour que le prolétariat non se réveille, il fait un cauchemar, mais monte à l’assaut et nous dirons alors: « élisons des anonymes » (slogan peint sur un mur à Paris pendant la Commune de 1871.

PS :
EXEMPLE D’UNE PREPA DE MANIF en 2007 (par la clique néo-stalinienne) :

Déroulement de la manifestation
rendez-vous place de la République 14 heures
animation à partir de 13 h 30, camionnette et ballon du PCF
angle place de la République-boulevard de Magenta
Formation du cortége :
En tête : la camionnette sono du CN ainsi que le ballon.
Les invités au rassemblement qui prendront la parole et, autour de Marie-George Buffet, des responsables des fédérations du PCF, des élus-e-s en écharpe, nationaux, régionaux, départementaux et locaux.,
Des représentants des organisations qui partageront avec nous cette initiative.
Les marcheurs pour l’emploi du Nord-Pas de Calais et les élus qui en ont pris l’initiative.
Le Mouvement de la jeunesse communiste.
Les manifestants départements hors Île-de-France.
Les fédérations d’Île-de-France.
La manifestation se transforme en rassemblement à la Rotonde du bassin de La Villette.
(métro Jaurès)
Accueil en musique
Prendront la parole des salarié-e-s en lutte (EADS,Virgin,journalistes), une porte-parole des marcheurs du Nord et du Pas de Calais, des personnalités de la société civile comme le docteur Lehmann ou Dominique Noguères, des syndicalistes cheminots, enseignants, Marie George Buffet clôturera le rassemblement.
Fin du rassemblement au plus tard à 17 h 15

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