"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

samedi 16 février 2008

MORALE DE CADAVRE

rectifications brouillonnes

d’un ANTIFASCISME OUTRAGEANT

Protocolairement Sarkozy a réussi un joli coup le 14 février pour botter en touche face non seulement à son lynchage soigneusement programmé mais au coup de poignard du SMS tordu. La meilleure défense est l’attaque comme chacun sait. Refiler la Shoah aux CM2 parce que les adultes en ont ras la casquette du mémorialisme bcbg, fallait un sacré conseiller pour y penser ! Guéant ? Guaino ? Attali ? Hallyday ? Glucksmann? Il semble plus probable, d’après 20 minutes, que la trouvaille vienne de la famille Klarsfeld (Arno le dépité a été repêché comme employé de Fillon), spécialistes du détournement des responsabilités du capitalisme qui connaissent très bien un certain Jean-Jacques Rousseau, lequel se moquait déjà d’eux :

« En écoutant ces gens à qui on permet de parler en public, j’ai compris qu’ils n’osent ou ne veulent dire que ce qui convient à ceux qui commandent, et que payés par le fort pour prêcher le faible, ils ne savent parler au dernier que de ses devoirs, et à l’autre que de ses droits ».

D'après le Canard Enchaîné l'inventeur de cette connerie serait la directrice de cabinet du Président, Emmanuelle Mignon! Mais, curieusement et paradoxalement, c’est plus terrible comme truc dérivatif. Günther Grass lui, qui n’avait pas encore révélé en l’an 2000 qu’il avait à se faire pardonner une jeunesse nazie (les meilleurs antifascistes ne sont-ce pas les anciens nazis ?) avait déjà proposé que chaque allemand adulte verse 20 euros, pardon 20 marks à la fondation pour la shoah, et flop ! (cf. p.279 de mon book sur le nazisme). L’immense majorité des allemands adultes ne sont pas plus responsables du massacre des juifs, de tziganes et des communistes que les élèves français de nos CM2. C’est en ce sens que Simone Weil a jeté un couac dans la parade du galopin avec les mots justes : «C’est inimaginable, insoutenable, dramatique et, surtout, injuste. On ne peut pas infliger cela à des petits de dix ans! On ne peut pas demander à un enfant de s’identifier à un enfant mort. » On peut surtout constater que son candidat élu favorise toutes les formes d'antisémitisme en instituant le malheur juif comme prioritaire partout et comme aune du capitalisme moral dont le chef d'Etat est l'exemple le plus affriolant jusque dans les mensonges dans sa vie privée.

Retour sur les agapes communautaristes. Devant un millier d'invités, parmi lesquels une vingtaine de membres du gouvernement et les représentants des religions monothéistes, le texte lu par le Président a fustigé les "approximations, les amalgames, les raccourcis" qui ont suivi les autres discours de la plume de son écrivain personnel. Il en a proposé une relecture­: "Jamais je n'ai dit que la morale laïque était inférieure à la morale religieuse. Ma conviction, c'est qu'elles sont complémentaires. Et jamais je n'ai dit que l'instituteur était inférieur au curé, au rabbin ou à l'imam pour transmettre des valeurs. Mais ce dont ils témoignent n'est tout simplement pas la même chose." Foi de Saint Guaino !

A Saint-Jean-de-Latran, le 20­décembre 2007, le chef de l'Etat pipole, venu quérir son diplôme de chanoine avait fayoté bigot grave­ avec des accents guainolents presque rimbaldiens: "La morale laïque risque toujours de s'épuiser quand elle n'est pas adossée à une espérance qui comble l'aspiration à l'infini", ajoutant un peu plus loin, "dans la transmission des valeurs et dans l'apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l'instituteur ne pourra jamais remplacer le curé et le pasteur parce qu'il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d'un engagement porté par l'espérance".

Devant la communauté juive, le chef de l'Etat a produit une lecture vivante d’un texte déplorant "la chape de plomb intellectuelle" qui s’est abattue "sur notre pays pour s'offusquer qu'un président en exercice puisse dire tout simplement que l'espérance religieuse reste une question importante pour l'humanité". Continuant à lire ce texte désopilant, rédigé par son nègre Guaino Henri, il récusa l'idée qu'il s'agirait d'une atteinte à la laïcité. Les rabbins du parterre échangeaient à cet instant des clins d’œil avec imams et monseigneurs.

Comme chaque année, le chef du CRIF, Richard Prasquier, pour une fois pas rabbin en chef mais simple "juif séculier" (comme le note Le Monde), fût chargé de fesser le Président de la république séculière et romaine. Ce n’est pas le moindre paradoxe de la fessée annuelle qu’un chef communautariste (même séculier) ait vu la faille dans le discours de Guaino Henri. Dans une critique implicite à "l'apport civilisateur" des religions du texte lu par M.­Sarkozy, M.­Prasquier a affirmé­: "J'ai trop de respect pour ceux des Justes qui étaient des athées pour croire que les religions sont la seule barrière contre le mal. Elles peuvent être meurtrières quand elles prétendent imposer une vérité absolue. L'homme ne détient qu'une vérité partielle. C'est le message de la tradition juive; c'est aussi le message des Lumières."

Au passage on aura remarqué que le chef séculier n’en référa pas moins au génie du peuple élu mis sur le même plan que la révolution française et Voltaire, avec le sous-entendu classique sioniste : toutes les religions sont meurtrières sauf la juive (qui n’est pas une religion aux dires de ses fanatiques) ; CQFD et oubliez les crimes de l’Etat raciste israélien !

En réponse anticipée, le texte de Guaino ânonné par le chef d'Etat pipole, évoquant le nazisme et le communisme, a développé l'idée que "le drame du XXe­ siècle n'est pas né d'un excès de Dieu mais de sa redoutable absence. Il n'y a pas une ligne de la Torah, de l'Evangile ou du Coran, restituée dans son contexte et la plénitude de sa signification, qui puisse s'accommoder des massacres commis en Europe au cours du XXe­ siècle au nom du totalitarisme et d'un monde sans Dieu". On reconnaît là le style insipide et impayable du porte-plume de l’Elysée. Ce petit con, comme ledit président en exercice, est un inculte de première et n’a pas lu les âneries contenues dans ces bréviaires pour arriérés : ils sont ponctués d’appel au meurtre et à l’extermination du voisin, de l’incroyant, etc. Les religions, y compris la religion juive, sont initialement des chants de guerre, des encouragements à la guerre de tous contre tous et dieu y est invoqué pour faire le tri des cadavres.

Passant de l’hostie à la fiente, du coq religieux à l’âne athée, not’bon président retrouva les accents de Monseigneur Dupanloup ; s'il s'est félicité que l'enseignement public de la morale religieuse ait été abandonné, le chef de l'Etat a ergoté que "nos enfants aient aussi le droit de rencontrer à un moment de leur formation intellectuelle et humaine des religieux engagés qui les ouvrent à la question spirituelle et à la dimension de Dieu". Enfin, pour faire la nique aux sondages à l’union des sacrés imbéciles de l’opposition, il a lancé ce pavé dans la mare qui allait agiter la capitale pendant quelques heures : la shoah pour les nubiles en CM2 (11.000 noms d’enfants juifs déportés à attribuer aux potaches). Il jura enfin de ne plus serrer la main aux chefs d’Etat qui ne reconnaissent pas Israël, ce qui était de bon ton dans une telle assemblée.

Un sacré chiffon rouge qui, pour un court moment, pût faire oublier, non la dégringolade sondagière – (comme toujours, qui la manipule ? (*)- ni le luxe et la luxure trop affichés, mais la misère salariale, les taudis et les expulsions.

La provocation présidentielle n’était pourtant qu’un « souhait »… dans le cadre de la lutte contre l'antisémitisme. Cette proposition suscita le tollé attendu de la gent intellectuelle. Le syndicat UNSA-SE la qualifiait jeudi matin "d'ânerie morbide". Simone Weil eût les mots les plus justes comme on l’a vu.

RETOUR AUX FONDAMENTAUX

Le jour d’après, Sarkozy avait déjà modifié le projet primaire à Périgueux. Il paradait au 20 heures de la télé pipole de PPDA-Chazal dans une salle de CM2 où il était question de "retour aux fondamentaux" (travail, morale, patrie) pour favoriser la réussite de tous en chantant la Marseillaise (tous debout SVP!) et en respectant hiérarchies, inégalités et injustices sociales. Ce qui est certes plus électoraliste que l’attribution du nom d’un enfant martyre. Le maréchal Pétain et le président Coty eux aussi aimaient faire la tournée des classes maternelles, en ces lieux il n’y a pas de marins pour cracher à la gueule du prince (seulement 4 élèves se sont levés, déplora Claire Chazal). On n’a pas vu sur TF1 si Sarko a été photographié au milieu des chrystantèmes au fond de la cour de l’école. Mais d’où qui va comme ça not’Président ? dirent aussitôt les pipoles de l’Etat. Le retour à la IVe République est impossible et Al Capone minus ne peut poser au père la morale ni réincarner un sénile maréchal fantoche. La patrie et sa mafia féodale bourgeoise on l'emmerde définitif. Il faudra cependant cesser de faire des reproches d’impuissance à Sarkozy. Ce n’est qu’un homme. Si, comme l’a dit son prédécesseur Jospin « l’Etat ne peut pas tout », un chef d’Etat, décrédibilisé ou pipolisé, ne peut rien du tout. C’est un homme qui a fait des promesses électorales. D’après la constitution nul n’est punissable s’il ne tient aucune de ses promesses électorales. Vous êtes marrant vous les électeurs râleurs ! Vous espériez que Sarkozy solutionne le chômage ? Qu’il vous loge décemment ? Ce n’est qu’un numéro, un pauvre type assiégé en son palais qui peut même pas sortir faire son jogging sans gilet pare-balle, peut-être avec une belle gonzesse, mais il n’est ni la finance à lui seul ni le directeur de l’économie mondiale ! Il n’est pas là pour que la classe ouvrière vive mieux mais pour qu’elle continue à baisser l’échine pour les profits de la minorité des beaux quartiers et au surplus une immense hiérarchique d’intermédiaires qui croient que les miettes du profit sont éternelles. Il joue tant mal que bien un rôle politique avec une partition usée par les années. Malgré une apparence brouillonne, Sarkozy a une ligne de conduite qu’il faut rendre claire : favoriser tout ce qui ravive le nationalisme. Il y a très bien réussi pour son élection avec le thème sécuritaire. Les expulsions chiffrées, si elles énervent les assistantes sociales gauchistes et quelques édiles du PS en campagne, continuent à militer pour rassurer (hic !) les vrais chômeurs français, même s’ils restent exclus ! Il ne peut que tenter de brouiller les cartes de la lutte des classes par un foisonnement de ficelles idéologiques et figuratives: exacerbation cyclique du communautarisme juif comme mesure exiguë de l'histoire qui ne passe pas et exhibition arrogante dans les quartiers riches de parvenus en redingotes de bourgeois polonais du XIXe siècle, faux attentats et vrais attentats, débats creux sur le racisme et l’antiracisme, vaine agitation du goupillon dans un monde sans foi ni loi, pirouette éthique à une école laïque en perdition, etc.

L’IDEOLOGIE OUTRAGEE DE L’ANTIFASCISME

Car tout cela oblitère quelque chose de plus grave. Sans solutions crédibles pour la question sociale, avec des syndicats considérés comme des traîtres avérés depuis l’échec de la lutte des cheminots, ce n’est pas Sarkozy qui est affaibli mais l’Etat. Toute la ronde médiatique autour du cas Sarkozy vise à faire oublier ce fait. L’antifascisme de salon n’est qu’un pan de l’idéologie nationaliste d’Etat, un sucette, quand le bâton de la répression reste la colonne vertébrale du nationalisme relooké derrière le féodalisme européen.

Chassez le flic, il revient au galop. Quand l’Etat est faible, il ne lui reste plus que la répression, qui, elle-même ne peut être que temporaire, dosée, justifiée, etc. La personnalisation des décisions de l’Etat - qui n’est pas du fait de la seule agitation du préposé en bas bleus à l’Elysée, mais cette façon de répercuter ses moindres mouvements, la manière de désinformer en faisant passer les ministres pour de simples guignols - rend opaque le fonctionnement pérenne de l’Etat bourgeois.

Nullement original ni magnanime, Sarkozy, chef suprême des magistrats, prend simplement sa part dans le pouvoir terroriste ; il persiste et signe au poste principal à la prétention de « montrer ses couilles » à la société, quand bien même ce ne sont que les matraques de ses soudards. En 2004, simple ministre de l’Intérieur il fait condamner à un mois de prison ferme un SDF qui l’a traité de fils de pute (ce qui n’est certes pas signe d’une grande conscience prolétarienne ni gentil pour les mamans) et un jeune de 30 ans qui lui avait lancé : « retourne en Chine espèce de hongrois ! » (ce qui n’était pas plus futé mais au moins humoristique). A Strasbourg vers la même époque, un mois ferme également pour un jeune de 21 ans qui, avec la langue gogol des attardés de banlieue lui avait crié « Sarko on va te niquer ta mère ». Si les insultes de personnages dignes de Zola sont poignantes de grossièreté, la sanction est disproportionnée ; mais le petit duc n’avançait-il pas cyniquement vers son destin en écrasant sans remord des « mouches à merde » ? Comme son homologue anonyme et cacochyme, l’Etat, qui méprise et pressure le prolétariat en gonflant son ventre pour lui faire la morale.

A l’heure où tout le monde s’affolait, piaillait et pleurait sur la shoah quésaco en CM2, le jeudi 14 février le tribunal correctionnel de Paris condamne à son tour Romain Dunant à 800 euros d'amende (et un euro de dommages et intérêts pour Sarko qui n’aurait de toute manière pas assez de 800 euros pour offrir un foulard Hermès à sa Dulcinée). Car ledit Dunant avait outragé en 2006 l’impétrant pas encore maréchalisé en comparant sa politique en tant que ministre de l'intérieur à celle de l'Etat français sous Vichy. Ce jurassien militant suicidaire de la Confédération nationale du travail (CNT), avait adressé le 19 décembre 2006 un courriel au ministère de l'Intérieur dans lequel il demandait la libération d'un militant marseillais de RESF (cartel de toutes les sectes gauchistes et gauche caviar), Florimond Guimard, placé en garde à vue pour s'être opposé à l'expulsion d'un parent d'élève sans papiers. Dans ce courriel M. Dunant écrivait : "voilà donc Vichy qui revient. Pétain a donc oublié ses chiens (...)". Il critiquait aussi une "politique qu'il faut bien qualifier de raciste" avant d'adresser ses "salutations antifascistes" au ministre.

La 10e chambre correctionnelle avait reconnu ce militant coupable d'outrage à personne dépositaire d'une autorité publique, stipulant que : "la liberté d'expression a des limites : c'est l'outrage". Le prévenu n'avait pas contesté son message, qu'il avait jugé "légitime", mais son caractère outrageant, estimant qu'il y avait "similitude entre la politique actuelle d'expulsions massives de sans-papiers et celle de Vichy". Son avocate avait expliqué que son client avait voulu faire "un parallèle politique". "C'était une politique qui était visée, pas une personne", avait-elle insisté en plaidant la relaxe. La défense était impeccable du point de vue juridique, le prévenu n’avait aucunement dit Sarko est un fasciste mais il fait COMME VICHY (avec « comme » ce n’est plus ni une insulte ni un outrage) mais qui peut prétendre invoquer cette pute Madame la justice et la virginité des magistrats quand le prince est à poil ?

Je n’ai que foutre de la CNT, cette secte bourgeoise. Je me marre plutôt que la même idéologie antifasciste du Chef de l’Etat et du nommé Dunant retombe sur le nez du second. Le gauchisme et son géniteur l’anarchisme survivent avec cette stupide idéologie antifasciste qui permet aussi bien au crétin de base de l’orga anarchiste qu’au crétin président de faire d’insignes comparaisons et au fond de justifier l’existant avec un petit changement de virgules. Est-ce que si le « vichyste » Sarko expulsait moins ou pas du tout, tout irait pour le mieux ? Il n’y a pas de souci à se faire pour les autochtones qui ne trouvent ni travail ni logement décent même si toute l’Afrique débarque au port à Marseille? Bien sûr Sarko a gagné la première manche avec les expulsions quoique cela ne donne pas plus de travail ni de logement…

Le monde n’est pas menacé par le fascisme ni par le racisme, il est menacé par l’aveuglement et l’indifférence d’une classe sociale paralysée et impuissante pour l’heure.

Dans l’affrontement CNT/Etat-Sarlkozy (où Dunant a été le lampiste), culpabiliser l’adversaire en invoquant un diable disparu est un jeu frelaté, débilitant entre concurrents politiques. Mais le scandale n’est pas dans la plainte du délateur Sarkozy, mais bien dans l’effronterie de la magistrature d’Etat à pomper directement dans la poche d’un prolétaire plus de la moitié de son salaire, pour une analogie, douteuse et stupide, puisqu’elle suppose que l’Etat français actuel pourrait être comparable au minable gouvernement de Vichy, alors qu’il est d’une puissance pire ! Avec cette différence que personne, sous la terreur (et en l’absence des hommes valides prisonniers en Allemagne) ne pouvait protester contre les rafles des juifs en 1942, mais qu’à Paris en 2008 les rafles de centaines d’ouvriers étrangers sans papiers, sans terreur officielle, paraissent normales.

Madame Carla Bruni-Sarkozy, voulant rendre sa monnaie du SMS félon à l’hebdo gôche pipole NouvelObs.com a usé des mêmes arguments que le nommé Dunant:"Si ce genre de sites avait existé pendant la guerre, qu'en aurait-il été des dénonciations de juifs ?" . Va-t-elle être aussi traînée en justice pour outrage… à la liberté d’expression pipole, ou à une revue pour bobos haut de gamme en plein exercice de bruits de chiottes ?

Je m’en tape.

dimanche 10 février 2008

NO LIMIT

Tous les commentaires sont les bienvenus sur ce blog. Hélas si on peut voir de nombreuses connections depuis quelques mois, peu se risquent à émettre leur avis ou restent cachés. C’est pas beau le voyeurisme idéologique ! La pensée consciente n’existe pourtant que dans le dialogue, la confrontation des points de vue et je n’ai pas vocation à prêcher dans le désert. Si cela devait perdurer, je finirai par conséquent par clore ce blog. Je remercie donc chaleureusement le bloggeur « démocrate anarcho-monarchiste » du courriel qu’il m’a fait parvenir :

« A parcourir votre blog - fort bien écrit par ailleurs -, après plusieurs mois d'absence, je me pose toujours la même question : pourquoi vouloir imposer aux gens de choisir entre capitalisme et marxisme ? J'agit-il donc de choisir entre le Bien et le Mal ? Je déteste, pour ma part, les approches désespérément systémiques que proposent ces deux "modèles". Avec les capitalistes, comme avec les marxistes, les gens ne sont que des pions, prisonniers de leur compte en banque ou de leur classe sociale. Ainsi, on les enferme dans des grilles de lecture qui ne sont pourtant que des créations de l'esprit humain. Pas d'alternative, donc, ni pour les uns, ni pour les autres. Les uns disent : "le pognon, c'est génial ! La Bourse, c'est formidable ! La spéculation, officiellement c'est pas bien, mais en réalité c'est merveilleux ! La loi de la jungle, ya que ça de vrai ! Premier arrivé, premier servi ! Et pas de pitié pour les perdants !". Les autres disent : "la lutte des classes explique TOUT ! Absolument TOUT ! Et tout doit être pensé à partir de cela ! Les "comités", les "cellules", les "partis prolétariens", y a que ça de vrai! La Révolution ! La Révolution ! Et ceux qui ne sont pas avec nous sont forcément contre nous, car ils sont à la solde de la réaction !" Et il me semble que je caricature à peine...
Franchement, moi qui déteste le pognon tout autant que les dogmes, quand j'entends parler les uns et les autres, j'ai simplement envie de faire le choix... de ne pas choisir.
Je doute que vous puissiez arriver à me convaincre, mais je prendrais volontiers connaissance de vos arguments, si vous souhaitez me répondre...

Cordialement,

Hyarion, le démocrate anarcho-monarchiste.

PS : j’adore la blague de Toto étudiant.(4 février)

Cher Hyarion,

Comme je vous l’ai déjà dit dans ma réponse immédiate et brève, je ne suis pas là pour vous convaincre. Je suis depuis longtemps vacciné contre le militantisme de caserne. Je ne suis pas un parti à moi tout seul, bien que parfois je donne l’impression de me prendre pour Mirabeau. Je m’efforce simplement de rester humain. Je ne puise pas ma conviction dans l’encre du révolté gauchiste et syndicaliste qui puise sa motivation dans la rage, la haine, l’envie et le ressentiment. Pas de pose rebelle ou arrogante de ma part, même si je me laisse parfois aller à l’insulte qui est l’arme du solitaire et de l’impuissant devant l’injustice du monde.

Venons-en à votre question : pourquoi vouloir imposer aux gens de choisir entre capitalisme et marxisme ?

D’emblée il me semble que vous faites fausse route, et j’ai envie de vous répliquer comme Marx que le problème est dans la question. Personne n’impose rien à personne en soi hormis dans les périodes électorales truquées de la bourgeoisie. Vous êtes libre (en Occident) de penser ce que vous voulez et cela ne dérange personne. A votre façon vous êtes néanmoins le produit humain d’une époque où il est légitime que les gens ne croient plus en rien et surtout ne se laissent plus abuser par les promesses de TOUS les partis et conciliabules politiques. Cependant ce rejet ou ce dégoût généralisé n’est pas signe à mon sens d’indifférence. Je ne sais si vous êtes étudiant, chômeur, ouvrier ou parasite quelconque, mais je puis vous dire que nous sommes tous impliqués, concernés et responsables de la situation sociale et économique dans laquelle nous nous trouvons. Immédiatement, à ce titre nous n’avons pas tous les mêmes motivations ni les mêmes besoins. Comme je l’affirme dans mon ouvrage « Dans quel ‘Etat’ est la révolution ? » - qui ne paraîtra certainement pas vu l’impéritie et la veulerie des éditeurs à qui je l’ai soumis – la société est partagée entre Etre et Avoir. Que vous le vouliez ou non, le monde capitaliste (c’est comme cela qu’il s’appelle) est dominé par la lutte pour le pouvoir, le paraître et l’AVOIR. Je peux comme vous dire, je ne veux pas choisir entre l’être et l’avoir. Or, indépendamment de nous, le monde actuel est dominé par le culte de l’avoir, et moi je ne veux pas avoir, je veux être. J’aime beaucoup la conclusion du dernier livre de Jean-Claude Michea : « Mais s’il advenait, malgré tout, que l’humanité perde son dernier combat et soit ainsi contrainte de céder la place aux machines post-humaines, dans le monde dévasté du libéralisme victorieux, il resterait encore une vérité ineffaçable. La richesse suprême, pour un être humain – et la clé de son bonheur – a toujours été l’accord avec soi-même. C’est un luxe que tous ceux qui consacrent leur bref passage sur terre à dominer et exploiter leurs semblables ne connaîtront jamais. Quand bien même l’avenir leur appartiendrait » (cf. L’empire du moindre mal, ed. Climats).

Le bourgeois (car il existe vous en convenez ?) n’est pas conscient, il veut jouir, jouir de son pouvoir, de ses esclaves, de ses biens, de ses distractions. Toujours plus ! Le prolétaire et le petit bourgeois sont eux-mêmes contaminés par temps morose par la même envie au rabais. On voit donc que le monde ne se divise pas entre le bien et le mal, le péché et l’abstinence. Le désir d’AVOIR règne sur ce monde dans toutes ses acceptions : vaincre, baiser, posséder, écraser l’autre, le tuer, etc.

Or, depuis les premiers chrétiens, nous savons que dans la misère (des éternels vaincus) il n’y a pas que la misère mais la conscience d’un autre monde possible. Si vous vous trouvez bien en ce monde, no problem, passez votre chemin et qu’un dieu vous garde. Si vous n’êtes pas aveugle à la misère du monde alors songez à ces premiers chrétiens qui enduraient mille humiliations et morts, dont les mains étaient enchaînés mais qui découvrirent que personne ne pouvait enchaîner leur esprit. Bien sûr cet éveil primaire se réfugia d’abord dans la croyance superstitieuse en un prophète ou en un au-delà du respect humain, mais les siècles qui nous séparent de cet éveil ont montré que le mal n’était pas naturel ni héréditaire mais était le fait de sociétés de classes ou des hommes dominaient d’autres hommes sans vergogne. Des révolutions successives ont révélé que la conscience d’une humanité perfectible était un projet humain possible. Permettez-moi de citer encore Michea, philosophe pourtant doux anarchiste, mais si lucide :

« Dès que l’on se refuse à prendre appui sur des vertus déjà (ou encore) présentes dans la vie des classes populaires, ce ne sont plus seulement les raisons de leurs révoltes qui deviennent incompréhensibles. Il faut également admettre que l’invitation à rester humain n’a aucun sens, que le capitalisme ne sera définitivement vaincu que par des hommes ‘qui n’existent pas encore’ et que seule une élite mystérieusement protégée contre les vices inhérents à la nature humaine (« des hommes taillés dans une autre étoffe », disait Staline) pourra diriger le processus de fabrication industrielle de « l’homme nouveau ». Tel est, en dernière instance, le fondement mystique invariable de toutes ces théories qui invitent à confier le destin des peuples à l’avant-garde éclairée du genre humain ».

Pour l’avenir de l’espèce humaine il n’est ni dieu, ni César, ni tribun. Cette maxime est celle qui émerge du mouvement de la classe ouvrière ancienne et moderne. Affirmation plus que jamais valable et qui n’intronise pas en soi cette classe ouvrière si méprisée. La classe ouvrière n’est pas toute l’humanité. Des millions d’humains ne peuvent être rangés dans cette catégorie, mais cela veut-il dire qu’ils sont désintéressés à la vie ou la survie du monde ? Cela veut-il dire qu’un grand chambardement n’entrainera pas toutes les couches intermédiaires, paupérisées ou quart-mondisées ?

Nous sommes dominés par de puissants organismes d’Etat. Nous ne sommes rien quand nous pouvons être tout. Si on en reste à votre simple question bipolaire le monde dans lequel nous vivons apparaît indicible. Vive la politique de l’autruche ? Je suis content de n’être considéré que comme un tube digestif, un con-sommateur ?
La majorité de la population dans tous les pays galère peu ou prou (c’est pire au Sahel et en Tchétchénie) mais cent millions de chinois et moi et moi et moi… On vit une époque formidable, le danger « communiste » a été éradiqué, remplacé par le brouillard islamique. Google me surveille nuit et jour. Il faudrait un nouvel Engels pour décrire The condition (effroyable) of the working class… Des femmes étudiantes se prostituent pour ne pas être à la rue. L’Etat me protège contre les voyous et les assassins. L’Etat apprend à lire à mes enfants. L’Etat ne cesse d’inventer des réformes qui enchantent les sectes obscurantistes. En France, les fœtus auront bientôt le droit de vote comme les morts puisqu’ils disposent désormais d’un état civil. Au Canada, après les écoles réservées aux enfants juifs, une école est ouverte pour les noirs exclusivement. En France encore un prof qui donne une baffe parce qu’il s’est fait insulter par un élève va illico en taule. En Turquie, le port du voile est légalisé à l’université. Tous les jours des dizaines de personnes sautent en Irak, en Afghanistan et on torture allègrement avec le supplice de la baignoire dans tous les pays civilisés. Chaque jour apporte son lot de révélations d’ignominies, d’injustices, de suicides de pauvres gens… et moi et moi je ne veux pas choisir, je me bouche les oreilles, je ferme les yeux et je me tais… Pourtant je vis dans un système qui n’a plus de limites… dans l’aberration et le nihilisme…

Le marxisme n’est pas la seule théorie qui a théorisé que du capitalisme devait sortir le communisme. Il suffit d’examiner les siècles d’histoire pour considérer la succession de divers types de société. Quand une société succède à une autre - il n’existe pas plusieurs grilles de lecture d’un monde qui implose ni plusieurs choix - celle-ci succède à celle-là même si mon ego se refuse à choisir. Quand je traverse la chaussée, soit je me fais écraser, soit je passe sans encombre ; je ne reste pas indéfiniment sur le trottoir à me demander si un monsieur ou une dame va me prendre par la main pour passer de l’autre côté.

Fin d’allégorie. Vous me direz encore qu’il n’y a plus de parti crédible et que la classe ouvrière, missionnaire avachie bêle derrière des syndicats gouvernementaux. Je ne vous dirai pas le contraire, c’est pourquoi le problème était dans votre question, et qu’elle suppose une autre discussion.

Bien cordialement,

JLR

PS : Un commentaire glané sur le web :

« Platon avait coutume de dire : “Quand l’élève ne respecte plus le maître, quand les lois sont bafouées, c’est le début de la tyrannie.” Je pense qu’il faut réhabiliter un gros mot : l’éducation. » – C’est une notion en perte de vitesse ?
« L’élève capable de dire “connard” à un prof est impulsif, angoissé. Il sera incapable de dire non à une nouvelle paire de baskets, à un nouveau téléphone portable. C’est lui qu’on retrouvera surendetté lorsqu’il sera adulte. Cette clientèle-là fait tourner l’économie. Environ 15 à 30 % des parents seraient incapables de dire non à leurs enfants. Ces derniers se sentent alors tout puissants, ils se comportent avec leurs parents, leurs profs, comme avec leurs copains, ce qui les rend éminemment fragiles. Aujourd’hui, près d’un jeune de 18 ans sur quatre est déjà passé par un épisode dépressif ».

Et je ne résiste pas à citer encore Michea qui, par une figure de style, croit avoir trouvé la pierre philosophale. Il nous conte que le Capital se nourrit encore de ses ferments de décomposition : « L'intérêt économique majeur (vise) à maintenir un taux de délinquance élevé. Non seulement, en effet, la pratique délinquante est, généralement,très productive (incendier quelques milliers de voitures chaque année par exemple, ne demande qu'un apport matériel très réduit, et sans commune mesure avec les bénéfices ainsi dégagés pour l'industrie automobile)... la participation du délinquant à la croissance du PIB est immédiatement rentable, même s'il est très jeune (il n'y a pas ici de limite légale au travail des enfants)..... » Avec cette parabole Michea trouve le moyen pour éviter de se prononcer politiquement sur le sens des émeutes. ET il ne connaît pas grand chose. J'ai connu un système de petites bandes des 70 depuis la porte de Vanves qui étaient payés pour crever les pneus autour du périphérique, au profit des garagistes voisins... Il faut savoir que pour toute épave la compagnie de CRS du périph touche un bakchich... mais chut!

mardi 5 février 2008

LE BON PLAISIR DE LA BOURGEOISIE EUROPEENNE

ET SES VOTARDS RIDICULISES

(ABSENCE DE COMMENTAIRE DES VEULES MEDIAS DE L’OLIGARCHIE DOMINANTE SUR LE TRAITE « SIMPLIFIE » mais analyse du Prolétariat Universel VERSION informatique du périodique qui nuit gravement à la pensée unique démocratique)

Relisons ce qu’écrivait le pamphlétaire Albert Libertad, en remplaçant le mot peuple par prolétariat :

« C’est toi le criminel, ô Peuple, puisque c’est toi le Souverain. Tu es, il est vrai, le criminel inconscient et naïf. Tu votes et tu ne vois pas que tu es ta propre victime. Pourtant n’as-tu pas encore assez expérimenté que les députés, qui promettent de te défendre, comme tous les gouvernements du monde présent et passé, sont des menteurs et des impuissants ?
Tu le sais et tu t’en plains ! Tu le sais et tu les nommes ! Les gouvernants quels qu’ils soient, ont travaillé, travaillent et travailleront pour leurs intérêts, pour ceux de leurs castes et de leurs coteries.
Où en a-t-il été et comment pourrait-il en être autrement ? Les gouvernés sont des subalternes et des exploités : en connais-tu qui ne le soient pas ?
Tant que tu n’as pas compris que c’est à toi seul qu’il appartient de produire et de vivre à ta guise, tant que tu supporteras, - par crainte,- et que tu fabriqueras toi-même, - par croyance à l’autorité nécessaire,- des chefs et des directeurs, sache-le bien aussi, tes délégués et tes maîtres vivront de ton labeur et de ta niaiserie. Tu te plains de tout ! Mais n’est-ce pas toi l’auteur des mille plaies qui te dévorent ?
Tu te plains de la police, de l’armée, de la justice, des casernes, des prisons, des administrations, des lois, des ministres, du gouvernement, des financiers, des spéculateurs, des fonctionnaires, des patrons, des prêtres, des proprios, des salaires, des chômages, du parlement, des impôts, des gabelous, des rentiers, de la cherté des vivres, des fermages et des loyers, des longues journées d’atelier et d’usine, de la maigre pitance, des privations sans nombre et de la masse infinie des iniquités sociales.

Tu te plains ; mais tu veux le maintien du système où tu végètes. Tu te révoltes parfois, mais pour recommencer toujours. C’est toi qui produit tout, qui laboure et sème, qui forge et tisse, qui pétrit et transforme, qui construit et fabrique, qui alimente et féconde !

Pourquoi donc ne consommes-tu pas à ta faim ? Pourquoi es-tu le mal vêtu, le mal nourri, le mal abrité ? Oui, pourquoi le sans pain, le sans souliers, le sans demeure ? Pourquoi n’es-tu pas ton maître ? Pourquoi te courbes-tu, obéis-tu, sers-tu ? Pourquoi es-tu l’inférieur, l’humilié, l’offensé, le serviteur, l’esclave ?

Tu élabores tout et tu ne possèdes rien ? Tout est par toi et tu n’es rien.

Je me trompe. Tu es l’électeur, le votard, celui qui accepte ce qui est ; celui qui, par le bulletin de vote, sanctionne toutes ses misères ; celui qui, en votant, consacre toutes ses servitudes.

Tu es le volontaire valet, le domestique aimable, le laquais, le larbin, le chien léchant le fouet, rampant devant la poigne du maître. Tu es le sergot, le geôlier et le mouchard. Tu es le bon soldat, le portier modèle, le locataire bénévole. Tu es l’employé fidèle, le serviteur dévoué, le paysan sobre, l’ouvrier résigné de ton propre esclavage. Tu es toi-même ton bourreau. De quoi te plains-tu ?

Tu es un danger pour nous, hommes libres. Tu es un danger à l’égal des tyrans, des maîtres que tu te donnes, que tu nommes, que tu soutiens, que tu nourris, que tu protèges de tes baïonnettes, que tu défends de ta force de brute, que tu exaltes de ton ignorance, que tu légalises par tes bulletins de vote, - et que tu nous imposes par ton imbécillité.

C’est bien toi le Souverain, que l’on flagorne et que l’on dupe. Les discours t’encensent. Les affiches te raccrochent ; tu aimes les âneries et les courtisaneries : sois satisfait, en attendant d’être fusillé aux colonies, d’être massacré aux frontières, à l’ombre de ton drapeau.

Si des langues intéressées pourlèchent ta fiente royale, ô Souverain ! Si des candidats affamés de commandements et bourrés de platitudes, brossent l’échine et la croupe de ton autocratie de papier ; Si tu te grises de l’encens et des promesses que te déversent ceux qui t’ont toujours trahi, te trompent et te vendront demain : c’est que toi-même tu leur ressembles. C’est que tu ne vaux pas mieux que la horde de tes faméliques adulateurs. C’est que n’ayant pu t’élever à la conscience de ton individualité et de ton indépendance, tu es incapable de t’affranchir par toi-même. Tu ne veux, donc tu ne peux être libre.

Allons, vote bien ! Aies confiance en tes mandataires, crois en tes élus.

Mais cesse de te plaindre. Les jougs que tu subis, c’est toi-même qui te les imposes. Les crimes dont tu souffres, c’est toi qui les commets. C’est toi le maître, c’est toi le criminel, et, ironie, c’est toi l’esclave, c’est toi la victime.

Nous autres, las de l’oppression des maîtres que tu nous donnes, las de supporter leur arrogance, las de supporter ta passivité, nous venons t’appeler à la réflexion, à l’action.

Allons, un bon mouvement : quitte l’habit étroit de la législation, lave ton corps rudement, afin que crèvent les parasites et la vermine qui te dévorent. Alors seulement du pourras vivre pleinement.

LE CRIMINEL, c’est l’Electeur ! »
(Albert Libertad)

REVISITONS MAINTENANT les fondements de notre brave pensée unique démocratique :

Le droit de vote est un des droits civiques de base dans une démocratie. Il permet aux citoyens d'un État d'exprimer leur volonté, par le biais d'un scrutin, et ainsi d'élire leurs représentants et leurs gouvernants ou de répondre à la question posée par un plébiscite ou un référendum.

Qu’est-ce qu’un corps électoral ?

Le corps électoral est constitué par l’ensemble des personnes qui bénéficient du droit de vote lors d’un scrutin, quel que soit le type d’élection (politique, professionnelle, associative...). Il est la source des autres pouvoirs (exécutif et législatif), car il désigne et révoque par son vote les gouvernants et les législateurs. Il se matérialise par un document appelé liste électorale, qui ne regroupe donc que les personnes effectivement inscrites sur cette liste (corps électoral inscrit), et non l’ensemble des personnes qui pourraient voter (ex : tous les majeurs de plus de dix-huit ans (corps électoral potentiel).

A quoi sert une élection ?

La République fonctionnant selon le principe du gouvernement représentatif, la fonction première de l’élection est de permettre aux citoyens de choisir leurs gouvernants et leurs représentants, qui rédigeront et voteront la loi en leur nom au Parlement. Ainsi, l’élection est une délégation de Souveraineté. Elle constitue, au sein d’une société organisée, une « soupape de sécurité ». En effet, la possibilité pour les citoyens de pouvoir régulièrement exprimer leur mécontentement ou, au contraire, de donner un nouveau mandat au pouvoir sortant, évite que les désaccords politiques majeurs ne trouvent un autre terrain d’expression (la rue) et d’autres modalités (la violence). (Hé hé !)

L’élection peut aussi permettre de régler une crise. Lorsqu’un débat extrêmement important divise les citoyens, le recours au suffrage universel peut permettre de trouver une solution. Ainsi, lors des événements de mai 1968, la dissolution de l’Assemblée nationale et la convocation à des élections législatives permirent de calmer les tensions dans la rue. (Hi hi !)

Enfin, l’élection peut revêtir un aspect stratégique : on peut recourir à l’élection afin de garder le pouvoir. Ainsi, en Grande-Bretagne, les élections législatives ont toujours lieu avant la fin du mandat de la Chambre des Communes, le Premier ministre choisissant, pour la dissoudre, le moment qu’il estime le meilleur pour son propre parti.

A quoi sert un référendum ?

Le référendum est une procédure de vote permettant de consulter directement les électeurs sur une question ou un texte, qui ne sera adopté qu’en cas de réponse positive. La constitution prévoit quatre cas de référendum : trois nationaux, pour l’adoption d’un projet de loi et l’autorisation de la ratification d’un traité (art.11) et pour réviser la constitution (art.89), et un local, pour soumettre à la décision des électeurs d’une collectivité territoriale un projet d’acte relevant de sa compétence (art. 72-1). Toutefois, aucune révision constitutionnelle, même approuvée par référendum, ne peut porter sur « la forme républicaine du gouvernement » (art. 89).

Le référendum est donc, avant tout, un instrument de " démocratie directe " car il permet au peuple d’intervenir directement dans la conduite de la politique nationale ou locale. Aujourd’hui, beaucoup d’observateurs proposent de recourir davantage au référendum, notamment pour faire évoluer certains domaines de la vie sociale difficiles à réformer (ex : Éducation nationale).

Lisons ensuite la presse du jour, par exemple le journal prolétarien « Challenges » :

Le Congrès a entériné à Versailles la révision constitutionnelle préalable à la ratification du traité.

« La révision constitutionnelle préalable à la ratification du traité européen de Lisbonne a été entérinée lundi 4 février par le Congrès réuni à Versailles. L'adoption définitive du texte requerrait la majorité des trois cinquièmes des suffrages exprimés, à savoir 445 voix sur 741.
Or la révision a été approuvée par 560 voix contre 181. Sur les 907 parlementaires inscrits (un poste de sénateur vacant), 893 ont participé au vote. 152 parlementaires se sont donc abstenus, dont une majorité de socialistes. (…)La révision constitutionnelle est la première étape vers la ratification par la France du traité signé par les Vingt-sept à Lisbonne le 13 décembre dernier. »

Indignation des bloggers :

Mais a quoi a servi le référendum ... Pour faire simple : Vous les petits prolétaires vous avez très mal voté; Alors on le fait quand même !!!! moi j'appelle ça : Un déni de démocratie !

Non cher conseiller pour prolétaires, la « simplification », autrement dit le passage en force de la dictature bourgeoise c’est bien la DEMOCRATIE BOURGEOISE FEODALE. Rappelle-toi comme les « élus » de Cohn-Bendit aux Sarko et Hollande avaient étalés leur profond mépris du NON. Quand on méprise les « électeurs » avant et pendant les élections, il est normal qu’on leur chie dans la gueule après. Mais ce n’est pas assez, ils iront encore veauter aux Municipales ! Qui sont encore une arnaque pire puisqu’ils vont élire le principal PDG et flic de leur commune !

Sur « Marianne » un lecteur vitupère en restant sur ses illusions démocratiques aux jupons de la mère Royal :

« Apparemment les retournements de veste sont nombreux au PS ! Puisqu'on évoque son éventuel changement de nom, je propose "PR", Parti Réversible ...
Finalement, on voit que la situation n'est pas encore décantée dans ce Parti. Heureusement, Ségolène -dont je regrette qu'elle approuve le nouveau traité, mais qui a le mérite de la cohérence - reste fidèle au poste, et elle est la seule chance du PS d'obtenir un jour une majorité , à condition de retrouver le chemin du peuple ».

Dans la stupeur du vote "noniste" bafoué - plus vote de protestation contre les élites -et dans la colère contre le fonctionnement usurpateur des institutions démocratiques bourgeoises, on voit que des prolétaires croient encore à l'insupportable démocratie bourgeoise. Ce n’est donc pas sur ce terrain qu’on peut les éclaircir ni leur enlever leurs chaînes. Encore un effort prolétaire pour entrer dans une bonne guerre DES CLASSES !

On ne va pas s’énerver ici pour si peu, l’Europe « simplifiée » ou « compliquée » restera une baudruche sans consistance et ne peut résoudre ni le chômage, ni le mal être ni les inégalités, ni ébranler les hiérarchies sociales. L’heure est à la blague.

Blaguons.

_______________________________________

Nicolas SARKOZY SE SUICIDE COMME LE GENERAL BOULANGER

PAR AMOUR POUR CELLE QUI L’A QUITTE

Il est accueilli au Paradis par Saint Debré qui lui dit :

- Bienvenue. Cependant, nous devons régler un petit problème. Nous voyons si
rarement des rois de France ici que nous ne sommes pas certains de ce que
nous devons faire de toi. Le Grand Patron veut que tu passes un jour en
Enfer et un jour au Paradis. Tu devras ensuite choisir l'endroit où tu
voudras passer l'éternité.

- Mais j'ai déjà décidé, je veux rester jouir au paradis !

- Je regrette, mais nous avons nos règlements.

Saint-Debré conduit SARKOZY vers un ascenseur qui le conduit en
Enfer.

Quand la porte s'ouvre, il se retrouve sur un magnifique terrain qui ressemble à cracher à celui de son séjour sur terre à la Lanterne, le soleil brille dans un ciel sans nuages. Au loin se profile un superbe montgolfière qui arbore la banderolle « Sarko for ever ». A l'avant de l'édifice se trouvent son papa Louis XIV, Napoléon III,Louis XVI, Johnny Hallyday et Mireille Mathieu.

Tous ces beaux personnages s'amusent, heureux et habillés de façon élégante
mais décontractée (Dior, Versace, Armani, etc.). Ils accourent à sa
rencontre, l'embrassent et Mireille Mathieu entonne une vieille rengaine de Piaf « Il y a des jours où tout va bien… »

Ils dînent au homard et au caviar. Le Diable, au masque de Chirac offre même une liqueur américaine

- Bois donc ce Bourbon et relaxe un peu, Nicolas !

- Euh, ben, je ne peux plus boire, j'ai fait un serment.

- Voyons, mon garçon, c'est l'Enfer ici. Tu peux boire et manger tout ce que
tu veux sans t'inquiéter. À partir de maintenant, ça ne peut qu'aller de
mieux en mieux !

SARKOZY boit son cocktail et commence à trouver le Diable
sympathique. Il est gentil, raconte de bonnes blagues, aime trinquer.

Ils s'amusent tellement qu'ils ne voient pas le temps passer. Arrive
pourtant l'heure de partir. Tous ses amis le serrent dans leurs bras et
SARKOZY prend l'ascenseur qui monte vers le Ciel.

Saint-Debré l'attend à la sortie.

- "C'est maintenant le temps de visiter le Ciel", lui dit le vieux parlementaire recasé en lui montrant la porte du Paradis.

Pendant 24 heures, Nicolas SARKOZY doit frayer avec Babeuf, Karl Marx, Bakounine, Rosa Luxemburg, Lénine, Trotsky, Pannekoek, Bordiga, Perrone, Damen, Munis, Marc Chirik et toute une confrérie de gens bienveillants qui conversent de sujets beaucoup plus intéressants que
l'argent et qui se traitent l'un l'autre avec courtoisie. Pas un seul
mauvais coup ou de trader indélicat, pas cet horrible garnement de Montebourg ni ce pervers narcissique de DSK, ni l’autre la toquée de Ségolène. Etant donné que ces gens sont tous pauvres, il ne rencontre aucune connaissance, et il n'est pas reconnu comme quelqu'un
d'important ou de spécial. Mais pire encore, le dénommé Karl Marx ne cesse d’expliquer que la bourgeoisie est si décadente en France particulièrement qu’elle a été incapable de se doter d’un nouveau « père de la nation » pour introniser un petit jouisseur de boite de nuit qui risque bien d’être le dernier prétendant à une fonction purement honorifique. Et Amadeo Bordiga au fond de la pièce qui surrenchérit: "moi yo souis pleinement d'accord avec Carlos, yé vois oune symbole da la fin dou système capitaliste par le fait qué lou dépoutés se soient réunidos au château di Versailles, coma les Etats généraux di 1789... bientôt on va lui couper le kiki (Ha Ha!)".

La journée terminée, Saint Debré revient...

- Alors, Nicolas, tu dois maintenant choisir.

SARKOZY réfléchit et répond :

- Bien, je n'aurais jamais pensé faire ce choix. Hum? Bon, je trouve le
Paradis «intéressant», mais néanmoins je crois que je serais plus à l'aise
en Enfer avec mes amis.

Saint-Debré l'escorte alors jusqu'à l'ascenseur et SARKOZY
redescend jusqu'en Enfer.

Quand les portes s'ouvrent et il se retrouve au beau milieu d'une grande
plaine brûlée et stérile, couverte de vidanges et de déchets toxiques
industriels. Il est horrifié d'apercevoir tous ses amis, en guenilles et
enchaînés tous ensemble, qui ramassent des déchets pour les mettre dans des
grands sacs noirs.

Ils gémissent de douleur, se plaignant de leur supplice, leurs mains et
leurs visages noirs de saleté. Le Diable s'amène, mettant son bras velu et
puant autour des épaules du nouveau et lui passe la corde au cou.

- Je ne comprends pas, balbutie SARKOZY en état de choc, lorsque
j'étais ici hier, il y avait un terrain magnifique comme à la Lanterne, on avait si bien mangé, chanté et bu, sans compter les girls et top models qui nous avaient été fournies.Maintenant, je ne vois qu'un désert rempli d'immondices et tout le monde a
l'air misérable.

Le Diable le regarde, lui sourit sournoisement et lui susurre à l'oreille :

- Ah… çà ira… çà ira… Hier nous étions en campagne électorale; aujourd'hui, tu as voté pour
nous, c’est pourquoi nous t’accrochons à la lanterne !

samedi 2 février 2008

Belgique

DESINTEGRATION et féodalisation


« L’ordre poursuit le désordre »

Daniel Halévy (Histoire de quatre ans)

(Je me résouds à publier ici ce texte de politique fiction rédigé il y a six mois, et qui devait paraître dans une revue devenue fantôme avec un éditeur en carafe - je le dédie tout particulièrement à l'excellent comique belge François Pirette)

Alors qu’on attend encore la réponse des historiens à la question de savoir si la Belgique est morte de mort naturelle, si elle a été assassinée, si elle s’est suicidée ou si d’autres l’ont « suicidée », sa longue agonie et désintégration est célébrée en 2014. Quelque chose était pourri au Royaume de Belgie/Belgique. Qui avait eu intérêt à la désintégration de la Belgique ? L’Allemagne, si active naguère en Croatie ? L’Angleterre comme après Waterloo en 1815 ? Les Etats-Unis si craintifs à l’idée d’une Europe forte ?

Dans la géopolitique des anniversaires, on se souvient cette année des débuts des deux « protectorats » : celui, désormais décennal de la Flandre et le rattachement de la Wallonie au Pas de Calais et aux Ardennes. Les accords de Folkestone mettaient fin aux combats en Wallonie, après des années d’engagements sanglants. Caractéristique de l’accord diplomatique incertain qui sert aux grandes puissances à temporiser, le caractère atypique de celui-ci qui prétend imposer un modèle de système constitutionnel. Une machinerie politico-bureaucratique complexe est née. Même si certains résultats positifs ont été atteints, surtout en ce qui concerne les réfugiés wallons de Bruxelles (environ 55% ont pu s’établir sur la côte d’Opale), l’appareil d’Etat bipolaire se présente comme éléphantesque, très onéreux et souvent inefficace. En outre, selon presque tous les analystes politiques, il est indéniable que, aujourd’hui encore, bâtarde de cette nation artificielle à bourgeoisie bègue plus que bilingue, la Wallonie accueille quatre populations ethniquement divisées entre elles, Flamands parfaitement bilingues, Flamands néérlandophones, Flamands germanophones et Wallons-Wallons. La pacification est, aujourd’hui encore, garantie par la présence d’un contingent de troupes, actuellement celles de la Chine et du Canada.

A Knokke-Heist, charmante station balnéaire en mer du nord, lors de ces derniers mois, ont été avancées différentes propositions pour une solution définitive. Après des années où l’on s’est retranché derrière la formule « d’abord remplacer le roi, ensuite trouver une princesse » qui a garanti le pire statu quo dans le Brabant, qui vit dans une sorte d’obscurité médiatique, se profilent les premiers signes d’un intérêt international indéniable. Le 1er avril, les Nations unies, après la discussion au conseil de sécurité, ont décidé d’ouvrir formellement les négociations pour définir le statut des quatre provinces de l’ex-Belgique après avoir interné les tortionnaires du Contrex et du Vlan Blok qui seront jugés par le tribunal de Vancouver (Canada).

De nombreux observateurs s’accordent à reconnaître que la situation économique et des droits humains est actuellement à bien des égards pire que ce qu’elle a été il y a sept ans. Le mois dernier, le bloc américano-allemand, auquel sont affiliés la Grande Bretagne, l’Italie et le Danemark, a présenté un document qui prévoit l’indépendance de la Flandre. L’Inde et l’International commission on the Pays-Bas, financée par cinq Fondations privées, est parvenue à une proposition analogue qui ne devrait leurrer personne depuis que la Flandre a été rattachée à la Rhénanie-Westphalie.

La Wallonie ne cache pas son angoisse et sa peur d’un futur incertain en vue d’une réunification où la langue flamande serait obligatoire dès le berceau en complément de la langue teutonne. Une peur qui ne cesse pas d’augmenter avec les multiples tentatives états-uniennes d’imposer leurs accords pour un multiculturalisme à prédominance flamande et la réduction du français au rang de dialecte, sous prétexte d’en finir avec l’ingérence franco-chinoise qui nuit à la cohésion interne occidentale et ruine systématiquement un nouvel équilibre des forces dans la région.

Ces accords, aussi limités soient-ils, ont sans cesse marqué l’histoire de la Belgie jusqu’au Luxembourg. Ils ont signé la fin d’une guerre ethnique qui a fait couler beaucoup de sang belge, en prétendant éviter d’enfermer les différentes communautés, en tant qu’ennemies dans une même Belgique. C’était une solution pour pouvoir remettre de l’ordre en s’appuyant sur la communauté la plus puissante économiquement et qui eût dû conserver le contrôle de Bruxelles depuis la contre révolution de 1815. Mais l’ancien Etat belge avait toujours été un Etat lâche, refusant d’accueillir les Communards en 1871 et expulsant Victor Hugo.

Les accords en question, qui sont en voie d’être imposés par les milliers de soldats du contingent américano-allemand et par les milliers de dollars, ont réussi à redonner vie à l’Etat flamand. Ils ont permis aussi le retour des cinq mille wallons qui ont quitté Bruxelles pendant la guerre.

Donc après des mois de négociations et la mise en place de divers cadres constitutionnels selon les différences culturelles et linguistiques, les communautés internationales multiplient leurs efforts pour convaincre les différents acteurs à modifier le texte des accords de Vierzon (France). Une modification significative sous hégémonie américaine qui permettra d’élaborer une nouvelle constitution capable de gérer le pays sans exclure aucune communauté comme ce fût le cas après la prise de pouvoir insurrectionnelle d’Yves Leterme en 2007 après la vraie fausse vraie blague de la RTBF qui, contrairement à l’affirmation d’un vulgaire groupe ultra-gauche n’était pas un détournement de l’attention sur une grève à l’usine Volkswagen, mais avait ranimé le sentiment national régionaliste (ou régional-nationalisme) qui promettait de raser gratis.

Il va falloir créer les conditions de coopération entre les différents représentants de communautés en Flandre et Wallonie et les responsables sur la scène internationale, tels l’Union France-Chine-Russie et l’organisation des nations unies américaine et germanique. Une coopération dont l’objectif ultime est de fonder un Etat avec un seul président comme cela aurait dû être le cas il y a sept ans en remplacement du roi enfui au Kinshasa, un gouvernement et un parlement représentatif de toutes les communautés.

VERS LA DESINTEGRATION DE L’EUROPE

On l’a compris il s’agissait d’une prolongation du canular pas drôle du tout de la RTBF sur la résistible agonie de la Belgique. Chacun de vous a peu ou prou imaginé un tel scénario avec en tête l’éclatement tragique de la Yougoslavie (les belges seront-ils pires entre eux ?).

Ce dernier Etat était un produit récent des marchandages impérialistes de la Deuxième Guerre mondiale. Avec la Belgique, Etat fédéral bancal et jamais unifié autour d’une seule langue, l’affaire est plus ancienne, mais il n’existe aucune garantie que le nationalisme régionaliste qui est mijoté de toutes parts ne mène pas à des issues aussi sanglantes, voire gravissimes par extension au cœur de l’Europe. Ce nationalisme vraiment de clocher peut parader tant que la classe ouvrière reste muette. Les micros nationalismes régionaux en se généralisant – sous prétexte d’une meilleure intégration à l’Europe - s’ils affaiblissent le continent européen en le fractionnant, s’ils devaient persister à se répandre, compliqueraient singulièrement la lutte des classes, encore si opaque, si confuse et si méprisée par les médias.

Le nationalisme classique dans sa référence à l’Etat en tant qu’Etat territorial ou en tant que démocratie dont l’idée directrice domine encore les vieux pays, n’a plus d’objet dès que les régions entrent en concurrence au niveau régalien sur des bases mafieuses linguistiques ou religieuses. Par le facteur de l’ancien ordre de grandeur pratiqué dans la politique des grandes puissances, les régions se sont vues longtemps refuser le droit de constituer leur Etat à elles, ravalées au rang de clients ayant perdu toute indépendance dans certaines sphères d’influence, par rapport aux grands Etats mondiaux restés seuls maîtres du jeu d’un nationalisme de grand seigneur.

Absurde la croyance en un regroupement de grands blocs comparables à l’époque de la guerre froide. Absurde également la mondialisation avec son immortelle idée de la libre expansion économique dans le monde. Le mode de vie des régions occidentales a perdu son ingrédient essentiel qui ne réside plus dans le caractère privé de la vie communautaire mais dans le caractère économique de la vie sociale.

Ainsi, d’entre les fissures et les joints et par-dessus le bord des vieilles nations, jaillit comme un fruit de la désintégration cela même contre quoi les grands Etats avaient prétendu se constituer. Or, c’est à partir de leur infection inconsciente et involontaire par les querelles linguistiques et le communautarisme que les grandes puissances peuvent se sentir menacées de perdre la base de leurs normes de centralisation.

L’effondrement du bloc de l’Est, loin de résoudre la crise nationale universelle, n’a fait qu’accentuer et précipiter dans le chaos la transformation des rapports entre les régions et l’Etat central. Ce fut, avec Marx et Engels l’espérance de voir les Etats capitalistes se diluer dans de grands ensembles continentaux. Ce fut depuis les débuts du vingtième siècle, l’espérance socialiste et communiste d’une période révolutionnaire qui mettrait fin aux frontières et préparerait la fin de tout Etat, et non sa démultiplication en petites unités régionales.

Comme à l’ère du national-socialisme, la notion de race régionale est un pas décisif dans la dépréciation du sentiment national qui est figé et caduque historiquement depuis 1914. Que Bruxelles soit bombardée capitale européenne dans son enclave, que la Flandre obtienne la complète sécession, tous ces projets sont envisagés en contradiction avec le principe d’indépendance et d’existence historique des vieilles nations. Le concept de nation prend dès lors un nouveau sens racial, si toutefois il y a encore un sens autre que celui de petits Etats, arbitrairement formés d’un dosage administratif ethnique et de territoires colonisables. La perturbation d’un sentiment national, même plutôt artificiel à l’origine, et qui se voit dégradé au stade de la multiplicité ethnique, amène le dépérissement des valeurs spirituelles, traditionalistes et chtoniennes qu’impliquait le caractère spécifiquement culturel des nations au sens jacobin ; tout cela éloigne considérablement un véritable dépérissement marxiste de l’Etat réactionnaire. Le concept de nation est non seulement dépassé au sens historique – même si l’internationalisme « prolétarien » n’a pas triomphé ou n’a que trop tardé à le supplanter – mais aussi en tant qu’Etat national.

Ce sont, d’une part de nouvelles puissances émergentes continentales qui colonisent ou plutôt infectent la vieille Europe et d’autre part les plus petits Etats du vieux continent du capitalisme qui se trouvent abaissés au rang d’Etats secondaires dépourvus de la liberté de disposer d’eux-mêmes. On ne peut pas oublier que dans les années septante du siècle dernier la Belgique était bien loin industriellement devant la Chine. On ne peut pas nier que la disparition de toute industrie dans l’ancienne Belgique a préparé le morcellement régionaliste.

Les puissances émergentes se caractérisent par un nationalisme prédateur mais désuet. Les anciennes puissances sont marquées par leur dépérissement économique et idéologique. L’effritement belge exprime mieux que l’ex-Yougoslavie la tendance au fractionnement de toutes les anciennes nations, mais à un niveau qui menace de déchirer toute la mystification européenne.

Sous la pression de la crise économique permanente et de la déchéance de sociétés vides de projets, l’Etat n’est plus que l’association de bandes népotistes. Tout Etat est basé sur la force arbitraire, type de la réalité dernière dans une société en désagrégation. Cette régression de l’Etat abandonnant sa fonction d’arbitre des classes de la société, de régulateur et de promoteur de la classe dominante, conduit à une relégation progressive de l’Etat national de ses pouvoirs régaliens, de ses pouvoirs de décision à des corporations linguistiques autonomes, à des groupements de personnalités politiques motivés plus par la concussion que par l’intérêt public, peu soucieux de préserver la civilisation de la dérive sur la haute mer du chaos.

Cet absolutisme régional, quels que soient ses buts sociaux, son credo politique, devient par la même le critère suprême selon lequel le chacun pour soi constitue le premier et le dernier commandements. La molle Europe aspirant à prévenir cette tendance dangereuse et à prétendre maintenir une centralisation comme celle des Bismarck et Napoléon III, se trouve elle-même entraînée ou à la veille de l’être dans une évolution qui intègre une myriade de petits Etats comme garant le plus efficace de l’ordre contre le prolétariat, nullement pour accéder au statut de grande puissance.

De ce fait, le libéralisme qui prétendait se défaire du tout Etat, se trouve refoulé par les puissantes impulsions communautaristes pour n’être plus que l’otage d’une forme de fractionnement de la société très ancienne qui, sous des dehors modernes et nécessaires, prétend être un progrès absolu tant chez les théoriciens régionalistes tant wallons que flamands, mais aussi bavarois, gallois, basques, galiciens, etc.

L’Europe ne pourra jamais exister comme puissance, minée par la désintégration régionale, ni être apte à créer un pouvoir central discrétionnaire comme n’importe lequel de ses anciens grands Etats. Tout Etat de grande nation ne peut remplir sa tâche en tant que suprême organisme de contrôle qu’à l’intérieur d’une sphère de souveraineté unique et illimitée. Cette sphère coïncide avec la sphère de puissance d’un Etat régalien centralisé. Le fait que se dégage une tendance irréversible au fractionnement des anciens Etats ouvre un abîme pour tout pouvoir central en concurrence avec autant de micros Etats régionaux. L’isolement politique qui en résulte peut toutefois, sous la pression de la crise économique mondiale contraindre ces micros Etats à se soumettre à l’Etat régional le plus puissant sous couvert de supranationalité européenne qui ne sera jamais qu’une passoire d’intérêts planétaires carnassiers.

En attendant une éventuelle situation de crise contraignante, la victoire du fractionnement, loin de préserver l’intérêt des peuples et des travailleurs, monde aux intérêts indissolublement différents, menace bien plutôt de morceler l’Europe en féodalités qui seront séparées les unes des autres par de rigoureux antagonismes d’intérêts et de notables différences de niveau de vie. C’est là exactement le fond traditionnel de l’idéal politique de l’avenir de la bourgeoisie.

Affirmer que cette situation serait éternelle, pour éviter de nouvelles guerres, serait pour le moins un jugement superficiel. La situation réelle est infiniment plus complexe et dramatique à terme. La représentation vulgaire du caractère épouvantable de la politique des grandes puissances, méconnaît le fait que la puissance et l’aspiration à la puissance ne peuvent être supprimées ni dans les rapports entre les grands Etats ni entre les petits Etats régionaux. Sous le prétendu équilibre des forces se cache toujours le diktat de l’Etat continental dominant qui détient le monopole de la force économique et militaire.

Le capitalisme en est venu à piétiner irrésistiblement et involontairement ses anciens cadres nationaux institutionnels au rythme de la dérive de son économie, de sa désindustrialisation accélérée dans ses anciens fiefs productifs. Il a encore besoin d’un médicament de cheval, ou de se qu’il croit être une solution, comme la nuée annonce l’orage.

vendredi 25 janvier 2008


JEUNES TRADERS DE TOUS LES PAYS, UNISSEZ-VOUS !

MORT AUX BANQUES !

MORT AU CAPITAL !

Krach boursier à suivre… Le feuilleton qui masque au jour le jour la gravité de la crise économique du capitalisme connaît son lot de rebondissements. Tout nouvel épisode sert à masquer le fond de la crise. Après le coup des subprimes, voici celui d’un présumé hacker qui aurait eu des pouvoirs exorbitants. Il est évident plutôt que la hiérarchie affolée de la Société Générale a cherché à déguiser des pertes liées à la crise des «subprimes» en les attribuant au seul Jérôme Kerviel. Qui peut croire le Bouton en chef de la SG lorsqu’il déclare au Figaro : «Ce qui est arrivé à la Société Générale n'a rien à voir avec une catastrophe qui aurait été le fait de notre stratégie. Cela s'apparente à un incendie volontaire, qui aurait détruit une grosse usine d'un groupe industriel» !? Dans le dos du grand patron de l’Elysée, ils ont tout bonnement transféré dans un trou nouveau des pertes provenant d'un autre trou, et font porter le chapeau à Kerviel, étrangement disparu (coulé dans du béton ?).

Les amerloques ont voulu profiter du mensonge systémique en accusant la simple SG de la chute spectaculaire des marchés financiers en début de semaine, obligeant la Réserve fédérale américaine (Fed) à abaisser mardi son principal taux directeur de 0,75%. Et la SG de renvoyer la balle en Extrême-Orient : «C'est absurde! Ce sont les bourses asiatiques qui ont donné le “la” ! On se marre.

Mais on peut continuer à rêver quand même à l’action « directe » ou « anarchiste » de plusieurs traders pour faire effondrer la chaîne des banques. Après tout le système capitaliste est très fragile… il suffira de le pousser un petit peu.

Nota bene : (La fraude a bon dos, elle pourrait masquer une audacieuse politique du risque", juge un banquier. "La Société générale a pu charger la barque sur le thème de la fraude pour faire passer plusieurs mauvaises opérations de marché", suggère de son côté Elie Cohen à l'AFP.)


jeudi 24 janvier 2008

EN AVANT LA ZIZIQUE :

MŒURS SEXUELS DE 68

OU POLITIQUE DES MOEURS ?

Formidable moment de remise en cause du pouvoir d’Etat et de toutes ses hiérarchies, période intense quotidienne de jubilation et d’inquiétude, d’attente de l’épisode suivant, du retournement de situation, mai 68 dérange encore. Comme avec le salut à notre dernier poilu (pourtant très dérangeant lui aussi) on s’efforce de saluer avec l’hypocrisie et la lâcheté de l’arrière. C’est parti. FR3 a lancé la commémo. L’épatante fille Drucker dirigea de main de maître l’inventaire télévisuel hier soir. Rien de bien nouveau pourtant au milieu des poncifs récurrents. Tout le monde a fini par connaître par cœur : répression des étudiants, trahison du PCGT, fuite de De Gaulle, retour au calme et élections « piège à cons », fermez le ban.

Avant une série de colloques, d’expos et radotages divers dans l’hexagone où on dissèquera grammaticalement Rimbaud, on s’aperçoit que « le pouvoir » actuel n’a rien de nouveau à nous en dire ni rien de plus à effacer. Il peut convoquer sur le plateau des vaches quelques clowns rassis, le Cohn-Bendit de service, le bêta Balladur, les navrants Fiterman et Juquin, le geignard Geismar, le nullissime Max Gallo ; c’est encore la jeune journaliste Marie Drucker, pas née à l’époque, qui pose les questions les moins idiotes et qui semble plus lucide que les épaves qui défilent devant son bureau. Cohn-Bendit fait le dur en affirmant que Marchais était une ordure (Marie en reste bouche-bée) mais le Bibi Fricotin a tellement sorti d’âneries dans sa vie politique officielle qu’il est remis à sa juste place par les images d’archives : un banal leader étudiant petit bourgeois. Oui Marchais était une ordure mais Cohn-Bendit lui a succédé en proclamant qu’il avait toujours fait semblant et que la question en 68 n’était pas celle du pouvoir mais de s’éclater… et il conclut : « heureusement qu’on a perdu politiquement » ; mais il ne parle qu’en son nom et pour une frange de la petite bourgeoisie plus très verte. (En 1985, sur Canal+, j’ai eu l’occasion de dire son fait au petit « Dany le rouge ».)

Principal poncif : les mains fragiles des étudiants n’ont pu serrer celles, calleuses, des ouvriers. Je trouve toujours un côté surréaliste à cette manif d’étudiants qui va à Billancourt pour tenter la jonction avec les ouvriers tenus en cage par la CGT et le PCF. Ni les étudiants, désordonnés et impulsifs, ni les plus gros bras CGT, n’eussent pu empêcher les ouvriers de tenir des AG et d’accueillir qui ils voulaient s’ils en avaient eu la volonté… Or ni les orateurs étudiants ampoulés ni les crétins des partis de gauche ne représentaient une alternative crédible dans cet éveil brumeux, opaque et incertain d’une révolution balbutiante et inachevable pour l’heure. Revenons à la prosaïque chaîne publique n°3, qui resta benoitement sur le seul quadrilatère franchouillard comme si 68 n'avait été qu'une simple affaire du cru, comme si l'éclat de 68 se délimitait à un mois, comme la France avait été isolée du monde, comme si les mouvements concomittants des années suivantes n'en avaient pas été partie intégrante: Italie (69), Pologne (71), Angleterre (72)... pauvres journaliers de l'écran incompétants en séismologie de la lutte des classes!

La seule innovation de l’émission est sa révélation que les CRS furent les héros de 68. Braves gars, fils de paysans ou d’ouvriers venus chercher la sécurité de l’emploi à Paris, voilà-t-il pas qu’ils se prirent des caillasses dans la gueule ! Pasolini, acoquiné aux partis staliniens, avait déclaré lui que les flics étaient fils d’ouvriers et les étudiants fils de bourgeois. En suivant la description misérabiliste de l’uniforme sans défense et des boucliers couvercles de poubelles de nos pauvres CRS, avec des séquences d’étudiants hargneux protestant avec dédain sous les coups e matraque, moi, téléspectateur averti, ne pouvais-je pas en déduire que (certes par procuration) le fils d’ouvrier en uniforme matraquait son futur cadre chef de service ou commissaire ?

Finalement tous ces CRS ne furent-ils pas les gentilles victimes d’un mai 68 petit-bourgeois arrogant ? Non, sous l’uniforme, ces lascars n’étaient plus fils d’ouvriers mais des brutes épaisses qui n’ont jamais cessé de frapper à terre les manifestants (n’en déplaise à l’onctueux et hypocrite Grimaud). Braves CRS de 68 qui, peu avant (en 1961) avaient massacré des centaines d’ouvriers algériens et qui eussent recommencé contre les foules étudiantes si leurs chefs ne leur avaient pas hurlé fréquemment : « gaffe, y a nos gosses là-dedans ! ».

Plus dérisoire que la défense sarkozienne du CRS victime de 68, l’interprétation conjointe de la fuite impulsive du Général par les râclures du PCF et de son embonpoint Balladur : une manœuvre habile ! Ouaf ! Surtout quand la parole est donnée au sinistre Pasqua qui fût un des organisateurs de l’ombre de la manif gaulliste des Champs Elysées, présentée comme éteignoir de la « majorité silencieuse ». Comme nombre de curieux restés sur les trottoirs, j’ai été moi-même vérifier le tonus de cette manif « organisée » : minable et inconsistante ! Toutes les possibilités de répression dure et même de massacre ont été soupesées par De Gaulle (comme il le suppute dans son discours glacial du 30) et les officines mafieuses comme le SAC et le milieu OAS étaient prêts mais ont été réduits à organiser la manif « pacifiste » plus payante après le poignardage de la CGT. Un des conseillers de Pompidou, Joël Lecat nous livre la vérité. Le jour de la manif d’adieu à De Gaulle, le gouvernement interdit de rue les CRS : « …il valait mieux laisser le service d’ordre de la CGT s’occuper des gauchistes que de leur renvoyer les CRS » (qui auraient été enclin au bain de sang).

Mai 68 n’est plus si bon enfant qu’on a bien voulu nous le radoter quand on examine ainsi le rapport des forces !

L’émission s’efforce ensuite de gonfler la possibilité de l’alternative de « l’opposition de gauche ». Mitterrand qui ramène sa fraise et propose un gouvernement avec Mendès. Mais qu’est-ce qu’on s’en foutait ! Mitterrand n’était pas du tout crédible, ni Mendès qui d’ailleurs s’était dégonflé à Charlety (ou bien avait-il été l’objet de menaces occultes de mort par SAC ?).

Pour boucler le tout et refermer l’éteignoir, l’inventaire de la fille Drucker nous sort le dernier poncif : la libération des femmes. Et de nous raconter qu’elles n’avaient pas droit à la parole et qu’on était tous des machos… Le système idéologique sarkozien se dédouble pour faire oublier le conservatisme de ses pairs : la mixité n’existait pas encore dans les écoles, De Gaulle avait donné le droit de vote aux femmes en 1945 parce que le socialisme n’y avait pas pensé, deux fois sur trois chaque fois qu’une femme prenait las parole en public elle était l’objet d’une raillerie masculine, la CGT revendiquait des augmentations de salaires mais pas le droit pour les femmes de posséder un carnet de chèques, etc. Mais l’émission n’élève pas le niveau et détruit son propos féministe en montrant les ouvrières grévistes qui se battent en tant que membres d’une classe sociale, digne et dangereuse si elle prend en charge la question politique vue non comme une hausse des salaires mais pour « changer la vie ». Paradoxalement, cette émission nous a rappelé, par contre, notre sympathie pour toute une génération de journalistes virés brutalement qui nous enchantèrent (De Caunes, Desgraupes, Dumayet, Chapatte, Pottecher, etc.) qui eurent le courage de faire grève, mais trop tard. Les fayots comme le répugnant Bernard Volker ou le sire Mourousi (SM) et Cie connurent une bonne carrière mais la télé était morte pour les années 1970 et le mépris dont elle est l’objet chez la majorité des prolétaires date de cette époque. La défaite de 68 est avant tout politique. Les ouvriers n’ont touché que des clopinettes et on leur a institué la police syndicale d’entreprise. Les journalistes, derniers grévistes, voient leur mouvement cassé et divisé par des augmentations de salaires. Ils disent alors, tristes et dégoûtés, mais comme au nom de toute la classe ouvrière : « on ne s’était pas battus pour ça ! ».
JLR

PS : Mai 68 est surtout important au fond pour sa répercussion inouïe. Dans la période qui suit immédiatement, je suis encore abasourdi et envahi par le doute.

Dans les lycées mai 68 s’apparente déjà à un conte de Noël ou à un bon western. Début mai 1969, dans la cour du lycée Buffon, mon ami Denis Martignon, anarchiste échevelé avec la même coupe de cheveux que Georges Sand un long manteau noir et des rangers, s’avance porteur d’une bougie fixée sur un pavé, suivi par une centaine de lycéens. Il stoppe au milieu de la cour face au chef des maoïstes, Nicolas Peskine, flanqué du petit chef de la Ligue boufonne, l'aîné d'Albert-Paul Lentin, entourés par leur cohorte de porteurs du livre rouge. Tous les deux jouent du menton quelques instants avant de retourner en classe avec les autres. Nombre de bons marcheurs des manifs qui ont traversées Paris trouvent bien ridicules tous ces gauchistes et considèrent le gauchisme comme un versant secondaire et plutôt ridicule de mai. La répercussion sur les marcheurs-spectateurs ser surtout politique et dans le domaine essentiel, celui de la représentation. J’ai raconté mon itinéraire dans « Les montagnes ne se rencontrent pas », mais j’ai oblitéré que j’avais été délégué de classe en terminale, ce fût la seule fois de ma vie où j’ai accepté ce rôle dérisoire de « délégué syndical », que j’ai parfaitement ridiculisé. Nous n’étions que trois fils d’ouvriers en classe de philo, et me voilà élu pour défendre des « congénères ». Lors de ma candidature j’avais, à mon corps défendant, tenu un discours parfaitement démagogique et hypocrite (« je défendrai ici chacun et tous indépendamment de ses opinions politiques », et je pensais « même les enculés de fils à papa » ???). Mais surtout, je m’étais engagé à ne trahir personne et à rendre compte intégralement des débats avec les profs et le proviseur. Lors du conseil de classe pour le bac, je me présente avec mes cheveux longs, une longue cape noire, mes chaussures à grosse boucle Louis XIV et des mi-bas roses. Le proviseur fixa un moment ces curieux bas. Cet accoutrement visait à tromper l’adversaire car, dans ma sacoche posée au sol, il y avait mon magnétophone Philips qui enregistra à l’insu de tous. Je défendis les plus mal lotis intellectuellement de mon mieux, en particulier mon copain Dominique Borde (le futur critique de cinéma du Figaro) mais il était trop nul pour bénéficier d’encouragements et incapable de passer le bachot. Le lendemain, je convoquai toute la classe pour faire écouter l’enregistrement et faire valider mon honnêteté comme délégué, et je remis ma démission. Apprenant l'existence du scandaleux enregistrement secret, l'association des parents d'élèves (cette officine nuisible et superflue que nous dénoncions comme étrangère aux élèves) me fit savoir par une lettre sévère que je méritais d'être foudroyé! Je fis circuler la lettre bien évidemment dans toute la classe pour la joie de tous.

Mon idée révolutionnaire fût reprise par les ouvriers polonais en 1980, bien qu’ils aient eux finalement réclamé le « direct » (micro dans la salle de négociations gouvernement-syndicat et répercussion par les hauts parleurs de l‘usine). Les années sont courtes et passent si vite. Douze ans c’est rien. Le mouvement des ouvriers polonais fût aussi une répercussion sonore de 1968, plus puissante puisqu’on ignore encore que c’est cette lame de fond qui devait mener à l’écroulement d’un bloc impérialiste… et non pas la simple pression militaire des USA.

Je me tiens à l'écart des groupuscules gauchistes du lycée qui me navrent. Je délaisse ma passion pour la littérature américaine et russe pour m'intéresser de plus en plus aux essais politiques de Daniel Guérin, Marx, Trotsky, etc. Le GMPCT (groupe marxiste pour le pouvoir des conseils ouvriers) - avec son cercle GUMR (Groupe d'union marxiste révolutionnaire) dans les parages de "pouvoir ouvrier" et des bordiguisants (avides lecteurs d'Invariance) ne vont pas tarder à m'influencer, mais lentement car ce sont des potaches peu sérieux qui passent leur temps à picoler en rond et à se moquer des gauchistes - ce qui est certes un pas important pour se démarquer des imbéciles petits bourgeois - mais pas suffisant pour évoluer vers l'engagement marxiste du combat de toute une vie.

L’image ci-joint est restée ma préférée de 1968, l’émission Droit d’inventaire se lamenta qu’elle fût la seule représentant la femme. Et alors ? Même avec une seule image, la femme restait partout en 1968 dans l’âme des poètes et des révolutionnaires. Il y a longtemps que votre serviteur a choisi cette image comme sigle de ses éditions du pavé !



mardi 22 janvier 2008

Krach boursier et fin

de cycle capitaliste triomphant

Tous les marxistes ringards se pâment. Les ultra-spécialistes de l’économie capitaliste se cachent, rouges de honte car, comme à chaque fois – en serviles moutons du système confiant en un enrichissement perpétuel - ils ont été incapables de voir venir la tempête.

Je pourrais reproduire ici tout mon article d’août 2007. On se contentera de relire ceci : « Le krach bousier (que j’attendais pour septembre) est causé en apparence par des changements du marché monétaire et du crédit, mais en vérité le bouleversement provient surtout des conditions de la production et des heurts dans la compétition marchande. La recherche difficile de débouchés pour les marchandises aboutit à une tension grandissante du crédit et à une hausse des taux d’intérêt. Marx a démontré que le développement du crédit ne constitue pas la cause des crises, il favorise leur répétition et extension, tandis que la spéculation renforce les tendances contradictoires à la hausse et à la baisse des prix. L’extension du crédit a toujours représenté un danger, pour les Etats comme pour les particuliers… Le système bancaire n’est plus un intermédiaire impartial qui redistribue mais un pourvoyeur de crise dans la mesure où il y a des limites aux engagements « liquides » des banquiers. L’arrêt du crédit provoque la chute des prix. Et les fonds d’épargne ne peuvent servir éternellement de réserve de sauvetage du système financier international. »

Il s’est écoulé six ans depuis le 11 septembre 2001 qui avait déclenché le dernier krach, et une guerre pour assurer la relance économique américaine, tous les observateurs affolés oublient de le dire en ce moment. Oserai-je dire que la guerre exutoire contre l’Iran n’a que trop tardé ? Oui, j’ose le dire. Ficelée par ses rivaux impérialistes, la superpuissance US est restée coincée et va le payer cher, mais en entraînant les autres dans sa chute…

Nos spécialistes érudits vous racontent que c’est la faute à ces moutons d’opérateurs financiers qui font hausser irrationnellement les cours boursier qui s’effondrent comme un vieux loup épuisé ! L’autre explication nous est servie concernant « l'impressionnant dynamisme de l'économie américaine » dont la nature ne pouvait être durable. L'envolée des cours boursiers avait apporté aux ménages américains un `effet de richesse´ qui les a poussés à s'endetter pour consommer massivement, ce qui a permis le développement des importations américaines et, par extension, des exportations européennes, asiatiques et latino-américaines. Mais les cours boursiers surévalués, la consommation à découvert et le déficit commercial américain (passé en quelques années de 100 à 450 milliards de dollars) ne pouvaient éternellement croître et l'édifice mondial craque de toutes parts. On a tenté ensuite de nous faire croire que la crise demeurerait américaine comme si les marchés financiers n’étaient pas interconnectés. Hélas ce coup-ci les trois locomotives de l'économie mondiale (Etats-Unis, Allemagne et Japon) et adieu l’horizon d'une éventuelle reprise avec les trois machines en panne.

La jambe de bois d’un capitalisme `actionnarial´ a ridiculisé la prétention des syndicats à défendre les ouvriers et a appauvri les prolétaires en général (plus de 10% des couches moyennes en sus) ; la part des profits a décuplé par rapport à la baisse équivalente des salaires, et le retour de bâton ne s’est pas fait attendre avec la chute de la consommation des masses.

Abandonnant toute stratégie industrielle cohérente, les entreprises se sont focalisées sur la création de valeur boursière à court terme par toute une série de techniques financières: fusions-acquisitions, licenciements boursiers, transfert de dettes vers des filiales, rachat de leurs propres actions, manipulations comptables. L'édifice boursier s'effondre en même temps que des entreprises considérées jusque-là comme des modèles (Enron, Worldcom, Vivendi-Universal, etc.). La reprise risque bien d’être repoussée aux calendes grecques. La gravité de la crise actuelle va poser des problèmes politiques énormes aux dominants. Le système capitaliste est basé sur le moteur de la croissance financière. Sans croissance, il lui faut au moins une bonne guerre. Justement, nous en sommes là. Le système a trop créé de besoins artificiels et il apparaît que rien ne justifie plus une consommation artificielle ou inabordable.

Le capitaliste du XIXe siècle disait il vaut mieux vendre pas cher et au grand nombre que cher à un petit nombre. L’élite bourgeoise, ultra repue ne peut tout de même pas relancer la consommation nécessaire à la machine capitaliste. En privant de ressources suffisantes ceux-là mêmes qui pourraient consommer, le Capital se prive du carburant essentiel. Là est le ridicule des mesures d'urgences lancées en catastrophe par l'administration Bush vendredi 18 janvier 2008. À quoi bon offrir un programme de réductions fiscales quand les masses appauvries qui pourraient relancer la consommation, ne sont plus imposables depuis des lustres.

Les richesses ne sont plus réinjectées dans l’économie ou sont investies dans les pays émergents non fiables au moyen terme comme la Chine et l’Inde. Ces pays ont un faim immense de consommation et leurs dizaines de millions de prolétaires ont encore moins de moyens de consommer que dans l’Occident faussement repus. Il leur est impératif d'exporter… vers l’Occident qui sature ! C’est donc sur les places asiatiques que le krach boursier est aujourd'hui le plus sévère.

La crise des subprimes n’aura été que la cerise sur le gâteau. L’heure est grave. Ce ne sont pas que les « couches moyennes » ou les petits accédants à la propriété privée d’une baraque qui vont être jetés à la rue. Le krach va frapper cruellement des millions de prolétaires – déjà souterraine la crise en avait déjà terriblement appauvri un grand nombre – et reposer les questions majeures d’alternative de société dont tous les dominants et leurs laquais intellectuels se moquaient depuis un bon bout de temps. Il ne s’agira plus de lutter simplement pour maintenir des acquis salariaux ou défendre les retraites…

PS: Au niveau des entrefilets des chiens écrasés, la presse nous apprend ce jour que quelques milliers d'ouvriers des transports ont défilé dans Paris pour "continuer à peser sur les négociations portant sur la réforme des régimes spéciaux". Avec le servile Thibault en tête il ne s'agissait que des quelques affidés de la CGT et d'employés municipaux provinciaux. Autant dire qu'il ne s'est rien passé. "Le Monde" nous a fait beaucoup rire en titrant l'entrefilet: "les syndicats parviennent encore à mobiliser sur la question des régimes spéciaux".

dimanche 13 janvier 2008

LES IDEES REVOLUTIONNAIRES NE SONT LA PROPRIETE DE PERSONNE

(suite de l’article : La revendication et la grève politique)


Plus que tout autre, Marc Chirik a dénoncé de façon permanente les travers de la petite bourgeoisie qui ont accompagnés jusqu’ici tout le mouvement révolutionnaire, voire l’ont gangrené ou lui ont fait perdre sa spécificité (mille exemples éclairants dans ses ultimes textes in Marc Laverne, tome II, toujours très demandé dans plusieurs pays alors qu’il est épuisé et qu’on est obligé de faire circuler en format numérique, même Google est intéressé ! Ohé éditeur moins ignare que les autres !). La petite bourgeoisie retombe toujours dans l’idéalisme et a du mal à se rendre compte comment fonctionne la classe ouvrière. Elle encule souvent des mouches abstraitement et avec son impatience coutumière sans réaliser ce que le mouvement lui-même déroule sous ses yeux. Sur le lien, ténu et non automatique des revendications immédiates et du passage à la lutte politique décisive, on relira avec profit le compte-rendu génial de la grève générale à Marseille en 1944 par Marc (in Bulletin interne de la Gauche communiste internationale n°6, juin 44, dans le tome I pour ceux qui ont encore la chance d’en posséder un exemplaire). Sur cette question du lien entre quête immédiate et but politique, je vous livre ci-dessous la méthode employée par Marc pour résoudre la quadrature du cercle concernant les revendications immédiates des chômeurs ; cela se trouve dans le tome II pour une discussion de l’année 1980 :

« Le seul débat concevable aujourd'hui est de savoir comment intégrer les spécificités de cette catégorie (les chômeurs) de la classe dans la lutte générale de la classe, de savoir quelle peut être la forme d'organisation et de luttes de ces ouvriers en dehors des usines, et le contenu concret de leurs revendications immédiates les reliant à la lutte générale de la classe, immédiate et finale.
C'est à ces préoccupations que répond le Manifeste contre le chômage de la section en Espagne, et à ce titre il reste un modèle pour tout le C.C.I..
2) Il ne nous appartient pas d'établir une "plate-forme" de revendications, pas plus pour ce qui est des chômeurs que pour ce qui est des ouvriers au travail. Nous ne sommes ni des gauchistes-autonomes, ni des bordiguistes, ni des trotskystes qui se plaisent à fabriquer des "Programmes de transition".
Ce qui nous incombe, c'est:
- premièrement soutenir inconditionnellement toute lutte des ouvriers au travail ou hors du travail pour la défense de leurs intérêts immédiats sur un terrain de classe, se gardant de toute démagogie et de toute surenchère du type du FOR,
- deuxièmement veiller à ce que les luttes ne s'enferment pas dans le catégoriel (professionnel) ni localiste,
- troisièmement à oeuvrer pour leur extension et généralisation maxima et leur auto-organisation,
- quatrièmement à lier ces luttes (et dans ces luttes) aux problèmes généraux historiques de la classe, à sa finalité et à ses butes (lutte contre les menaces de guerre et pour la transformation révolutionnaire de la société: la révolution socialiste).
Nous n'avons ni recettes, ni panacées à offrir mais nous devons nous efforcer, au sein de la lutte et en la soutenant, de donner le cadre général de son développement.
3) C'est avec force et raison que le Manifeste insiste que la lutte et les revendications des chômeurs ne doivent jamais apparaître comme une requête de charité, mais comme une lutte contre les conditions de misère que leur impose l'Etat capitaliste. Les chômeurs ne quémandent pas mais exigent de l'Etat la satisfaction de leurs revendications immédiates. Ils ne demandent pas "du travail", mot d'ordre réactionnaire et par-dessus le marché utopique car irréalisable par le capital en crise. Ce qu'ils exigent, c'est que le Capital (et son Etat) porte toutes les conséquences de cette crise dont il est le seul responsable; les prolétaires au chômage (comme ceux encore au travail) refusent de subir ces conséquences. Et c'est encore avec raison que le Manifeste affirme que la satisfaction de ces exigences ne peut être obtenue que par "la lutte sans merci, l'unité de tous les prolétaires".
4) Cependant, quand le Manifeste propose comme "unique moyen" dans la lutte contre le chômage "la grève générale" ou lance pour conclusion le slogan "Contre le chômage : grève générale!", il nous semble qu'il quitte la terre ferme de la réalité concrète de la lutte pour de la "phraséologie révolutionnaire".
Ce n'est pas pour rien que la "grève générale" faisait partie de l'arsenal de la phraséologie pseudo-radicale des anarchistes et anarcho-syndicalistes qui en ont fait une panacée. Très rares sont les grèves générales, dans la longue histoire de la lutte du prolétariat, et plus rarement encore ont-elles été le point de départ d'un développement révolutionnaire (voir l'expérience de la révolution russe et allemande). Le mot d'ordre de "Grève Générale" a quelque chose d'abstrait, de statique, de "préparé d'avance" et décrété un beau jour (par qui?). Dans ce sens, ce mot d'ordre sonne creux, utopique, et peut parfaitement être récupéré et utilisé par tous les tenants du syndicalisme. Nous préférons de loin les appels à la "Grève de masses" de Rosa qui exprime mieux la tendance réelle, dynamique de la lutte. »

On est hélas loin d’une telle méthode avec le suivisme invraisemblable et l’interclassisme (confusion du rôle des militants et des étudiants) qui ont prévalu au long de la brève grève des transports. Pauvre Marc, comme il doit trépigner dans ses cendres, lui qui, en phase terminale du cancer, avec toute sa lucidité, nous écrivait :
« Nous avons toujours défendu l'idée que nos analyses ne sont pas des "vérités" éternelles, qu'elles peuvent être partiellement, et même complètement erronées. C'est ainsi que nous nous donnons la possibilité de vérifier la validité de nos positions, et au besoin de les corriger. Mais pour cela, il ne suffit pas que tout d'un coup, on énonce des idées qui viennent de vous passer par la tête. Nos positions reposent sur des analyses mûrement élaborées et qui ont nécessairement des implications politiques sur nos activités et sur notre intervention. Pour mettre en question une position importante, il faut opposer une autre analyse et non des fantaisies improvisées ». MC (4/09/1990)

CONTINUITE OU DISCONTINUITE ?

Dans l’immédiat après-guerre, Marc démontre que la continuité organisationnelle est du bluff, en étudiant successivement les dissolutions de la première Internationale mais aussi de la Ligue des communistes, comme la disparition du mouvement Chartiste (p.263 du Tome II, ‘La tâche de l’heure…’, Internationalisme n°12). Par contre il théorise faussement le repli initié par Marx et lui fait dire qu’il se consacre à « des tâches plus fécondes… la formation des cadres », ce qui est encore une concession à la continuité comme si elle était formelle alors qu’en vérité tous les meilleurs militants sont dispersés et n’entretiennent qu’une correspondance ponctuelle avec Marx ou entre eux. Cette carence signe aussi l’échec du projet de Marc Chirik, non seulement de fonder la nouvelle Internationale de son vivant, mais même d’armer théoriquement ses héritiers présumés. Marc et le CCI, c’est en plus petit comme Lénine et la révolution russe, on ne sait pas bien (s’ils avaient survécu) s’ils auraient empêché la décadence du mouvement. Dans les années 1960, il est pourtant résolument contre la théorie de la continuité organique, dans le cadre d’Internacionalismo où il dit « nous avons toujours combattu cette stupidité bordiguiste » (cf. p. 439 du tome I).

A la veille de sa mort, s’il évoque la continuité, celle-ci est organisationnelle ; il consacre ses toutes dernières forces à passer le témoin à cette organisation dont il a été le Saturne et qui a été le couronnement de toute une vie. Mais il est terriblement lucide et il met en garde : « …le dilemme qui nous est posé est: ou nous serons dignes d'être cette continuité, ou nous allons devenir des parasites de ce mouvement, devenir une entrave supplémentaire pour le prolétariat dans son effort pour se donner les organismes dont il a besoin pour faire triompher son destin historiquement déterminé. » MC (4/09/1990, hôpital Tenon)

« …Une telle défaillance, une telle faiblesse de l'ensemble du C.C.I. restant figé sur d'anciennes questions et de vieux débats, se transforme en une véritable entrave pour suivre et comprendre l'évolution de la situation. Poursuivre ce chemin voudrait dire que le C.C.I., d'avant-garde qu'il est toujours, devient l'arrière-garde du prolétariat.
Nous avons toujours insisté sur le fait que l'organisation révolutionnaire secrétée péniblement par la classe ne porte aucune garantie assurant et justifiant son existence et cela, non seulement par un processus de dégénérescence politique, mais sa perte peut aussi se produire par des incompréhensions et le fait de ne pas être à la hauteur de l'évolution des évènements et des situations. Dans ce cas, la classe se trouvera obligée de secréter et de constituer une nouvelle organisation, ce qui demande beaucoup de temps et d'efforts.
L'objectif de mon article est de pousser le C.C.I. tant qu'il est encore temps à prendre conscience de ce risque et à réagir fermement. » (Paris, le 9/11/1990. MC.)

Ce dernier écrit a valeur de testament politique, et il ne visait pas que le CCI mais toutes les organisations à prétention révolutionnaire qui peuvent servir, comme je l’ai dit dans la première partie de cet article à aider théoriquement le prolétariat et lui éviter de gâcher son énergie. Ne nous avait-il pas souvent soufflé : « si nous ne sommes pas capables d’assurer, d’autres nous remplaceront ». Ceci est une leçon d’histoire : si l’un de nous tombe, un autre se lève et reprend le flambeau, telle est restée dans l’esprit de Marc la vision du prolétariat sans cesse renaissant, même après les pires contre-révolutions, même après les plus longues faillites d’organisations.

Théoriquement nous ne sommes plus tout nus comme les canuts. Les écrits marxistes de notre tradition de ce que Marc Chirik nommait justement la « Gauche communiste internationale » restent nos guides et disponibles sur le web ! La continuité aura alors des airs de retrouvailles !

S’il faut réécrire le manifeste communiste, nous le ferons.