"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

lundi 29 janvier 2024

L’ECOLOGIE PUNITIVE TALON D’ACHILLE DE LA BOURGEOISIE

 


 « L'opposition entre la ville et la campagne ne peut exister que dans le cadre de la propriété privée ». Marx

« La production capitaliste perturbe d’un autre côté le métabolisme entre l’homme et la terre, c’est-à-dire le retour au sol des composantes de celui-ci usées par l’homme sous forme de nourriture et de vêtements, donc l’éternelle condition naturelle d’une fertilité durable du sol. Elle détruit par là même à la fois la santé physique des ouvriers des villes et la vie intellectuelle des ouvriers agricoles. (Marx)

« Mais, par ailleurs, la grande propriété foncière réduit la population agricole à un minimum, à un chiffre qui baisse constamment en face d’une population industrielle concentrée dans les grandes villes et qui s’accroît sans cesse ; elle crée ainsi des conditions qui provoquent une rupture irrémédiable dans l’équilibre complexe du métabolisme social composé par les lois naturelles de la vie ; il s’ensuit un gaspillage des forces du sol, gaspillage que le commerce transfère bien au-delà des frontières du pays considéré « . (Marx)

 Du reste, le développement de la culture et de l’industrie a de tout temps agi si fortement pour la destruction des forêts que tout ce qu’il a fait en revanche pour leur conservation et leur plantation n’est qu’une quantité absolument négligeable. (Marx, traduction de 1976)

« L'écologie est le nouvel opium des masses » Alain Badiou

« La transition écologique du secteur nécessitera en effet… l’installation de personnes non issues du milieu agricole ». Terra Nova


Le mouvement de colère actuel des agriculteurs revêt une importance autrement plus importante que les défilés syndicaux pépères pour les retraites (une présumée assurance pour une fin de vie heureuse dans le capitalisme) ou la foire « citoyenniste » des gilets jaunes. Sans qu'il soit question de renier la classe ouvrière, (qui reste spectatrice et consommatrice) ni de lui chercher une place dans cette révolte, ni penser que la paysannerie des nouveaux « petits entrepreneurs » pourrait prétendre prendre sa place, la révolte paysanne révèle l'autodestruction où nous mène le capitalisme. Cette révolte, indépendamment des limites politiques de ses animateurs auxquels collent des bureaucraties syndicales aussi pourries et manipulatrices que celles des ouvriers, pose in fine la question de s'orienter vers une nouvelle civilisation..

Il n’est guère étonnant que des sectes comme LO et le CCI ne se soient pas positionnées depuis dix jours sur la révolte paysanne en cours. Ces deux groupements se réclament d’un marxisme orthodoxe, un peu plus populiste dans le cas de LO, plus ouvriériste sans ouvriers dans le cas CCI. Ne s’agit-il pas d’une simple émeute de ploucs et ploucs riches ? L’internationalisme antiraciste ne va pas même jusqu’à se soucier des ouvriers agricoles ni des petits paysans, hélas seulement français et largués. La vraie révolution c’est sûr ne peut provenir que d’une accumulation de grèves ainsi qu’en témoignent leurs longues colonnes sur les grèves ici et ailleurs, hélas toujours et invariablement trahies par les encadreurs syndicaux. L’auguste Bordiga moquait Gramsci qui envisageait la prise du pouvoir mais   dans l’usine. Pour nos deux sectes la mise en piste d’une alternative politique prolétarienne dépendrait d’une accumulation de grèves voire d’une addition de revendications corporatives. Elles s’extasièrent durant les mois d’inutiles manifestations pour la retraite, pardon les retraites, qui n’ébranlèrent nullement l’Etat. On nous parle de grèves en Suède, au Canada, éclairantes d’une montée de la lutte ouvrière mondiale ; quoique complètement corporatives, domestiquées par les syndicats et apolitiques. La question paysanne actuelle est de l'ordre de la crise ultime du capitalisme qui dépasse les simples conflits de classes quand le prolétariat reste spectateur, muet même si d'infimes minorités sonnent le tocsin en l'incitant à se lever. La grande révélation éclate au grand jour: le libre échange sera le tombeau du capitalisme.

Parallèlement ou plutôt principalement domine dans les médias l'idéologie écologique bourgeoise qui prétend apporter des solutions...de plus en plus punitives. Et de se lamenter en éructant face au « réchauffement de la planète », face aux abus de pétrole et de phosphates , quand le principal « réchauffement de la planète » est là, à nos portes : le projet avancé de nouvelle guerre mondiale, comme jamais.

Il y a d'ailleurs un lien entre ce projet écologiste et le nettoyage final. L'écologie officielle et gauchiste est aussi un projet destructeur, d'abord politiquement comme souteneurs du système « républicain » et ensuite socialement par leur mépris de la classe ouvrière. Les deux sectes trotskienne et maximaliste en question se sont mises à faire de regrettables concessions à l'idéologie écologiste sans vraiment en dénoncer les fondements. Cela reste elliptique, mais en réalité une esquive face à la situation présente. Car un certain marxisme a prévu non pas la suppression de la paysannerie, mais sa disparition comme classe (avec toutes les autres classes), et sans connaissance des derniers écrits de Marx sur le métabolisme de la nature et des humains..

Cet évitement de sectes face à la crise agricole fait pitié. Ces sectes n'ont pour seul horizon qu'un prolétariat messie, ce qu'il n'a jamais été comme tel, sauf par l'entremise des délires de ses divers partis politiques. J'avais constaté le même attentisme craintif au début de la pagaille des gilets jaunes, révolte bien confuse et secondaire comparée à la crise agricole qui porte non une taxe sur l'essence mais la production de la nourriture dans une compétition stupide entre pays où les règles écologiques sont totalement aléatoires quand elles ne sont pas soumises aux chantages liés à la guerre en Ukraine.

Cette crise agricole est autrement significative de la gravité de la période que les lassants défilés pour les retraites. Je n'ai jamais lu dans les programmes communistes que la retraite continuerait dans une société débarrassée du capitalisme et d'un travail aliénant. Cette crise est révolutionnaire, pas du fait du mode d'action des paysans (ils restent aveugles et impuissants politiquement) mais parce qu'elle révèle une des contradictions fondamentales : la crise de son mode de production dérégulé et en constante compétition, qui semble choquer les moralistes exploiteurs, et qu'il croit masquer avec ce concept de décroissance. Quelque peu douteux quand on n'oublie pas ces millions qui crèvent de fin sur la planète.

Marx a été maintes fois accusé par les intellos-bobos modernistes de faire preuve d’un « prométhéisme » naïf en prônant la croissance illimitée de la productivité et approuvant sans réserve la tendance capitaliste à développer les technologies. Or ce n'était pas une erreur à l'époque de jeunesse du capitalisme. De nos jours, la prédation des forces productives inhérente au développement capitaliste n’entraîne pas de progrès qui conduiraient automatiquement à une société communiste grâce à une société bourgeoise qui aurait déjà opéré à une décroissance bizarre. Jusqu'au bout le capitalisme se voudra croissant. S'il cesse de croître il meurt. C'est pourquoi nos bobos pensent qu'il n'y a qu'à crier décroissance et que ainsi le système s'effondrera de lui-même. Voilà enfin de vrais révolutionnaires...bourgeois pacifistes !

Le problème est toujours faussé avec tous ces wokistes. Ils mélangent les époques avec des critères d'aujourd'hui et ils prétendent améliorer voire modifier un système, le capitalisme, qui n'est pas modifiable ; de la même manière qu'ils décrètent aux paysans de ne plus produire fe la viande car il faut tenir compte de la cause animale. Qu »une croissance raisonnable et d'autres façon de manger fassent déjà partie de nos questionnements présents, ne doit pas évacuer le fait que ce sera à concrétiser mais pas sous la domination cynique de la classe bourgeoise ; dans ce domaine en France l'ouvrier a plutôt plaisir à casser la croûte avec le paysan !

Les charlots, même jeunes, de l'appareil d'Etat ne connaissent rien à rien et prennent des décisions sur des considérations idéologiques sans fondement scientifique et sans se préoccuper des conséquences économiques et sociales dans absolument tous les domaines. L'hyper flicage des exploitations fermières, les mesures prises au bénéfice de l’Ukraine comme l'interdiction des terrasses de restaurant chauffées, comme la réimplantation des loups dans des montagnes, en sont le parfait exemple.

Pourtant plus important que la dénonciation syndicalo-nunuche du « coût de la vie » serait celui de la cause de ce coût de la vie, la comédie écologique. L’écologie est devenue depuis des décennies la messe d’un capitalisme qui prétend « sauver le monde » ou en tout cas la planète Tout serait consacré à la « décarbonisation » ou décarbonation version raccourcie. Le concept de décarbonation est directement associé à la lutte contre le changement climatique comme Graal du sauvetage de l'humanité


UN RESSOURCEMENT DU CAPITALISME ?

« Changeons de système, pas de climat ! »

Ce slogan des soldats écologistes dits radicaux n'est pas du tout révolutionnaire ! Qui est on ? Ondit ? Ornicar ? Il ne s'agit pas de virer le capitalisme mais de le réorganiser, mieux de le réformer. Sur ce plan les propositions les plus fantaisistes se recoupent entre celles des ultra- écolos et les promesses et décisions gouvernementales. Les petits bourgeois ont fini eux aussi par s'apercevoir que l’ordre existant ne peut pas vraiment offrir de solution à la crise climatique mondiale, sauf une, très polluante pour ne pas être excessif : la guerre et ses marchands d'armes. Leurs solutions punitives et arbitraires ils veulent les accorder à leur petit confort existant et à leurs limites intellectuelles et politiques. Ils sont en réalité aussi phraseurs et impuissants que leurs Etats de tutelle.

Les concepts obscurs comme le langage utilisé orwellien sont fabriqués et utilisés par les élites incompétentes pour masquer cette incompétence. Un mélange alambiqué de réformettes et d'appel à une « implication citoyenne », c'est à dire à l'obéissance à un langage ésotérique, bureaucratique et creux. Voici phraséologie et vocables pour la stratégie de la « décarbonation » : neutralité carbone, neutralité carbone arithmétique, label bas carbone, séquestration du carbone, compensation carbone, le puits de carbone, intégrité environnementale, surveillance des sols , santé des sols qui se dégradent, « tester son sol gratuitement », séquestration du carbone nécessaire à la neutralité climatique, trouver un équilibre entre garantie environnementale et pragmatisme opérationnel pour la certification, valoriser et labelliser les changements de pratiques agricoles plus systémiques avec de multiples cobénéfices, transition écologique, lutter contre la réduction en surface (artificialisation), adopter le référentiel proposé par l'initiative « net-zéro » ?  etc. Le tout basé sur le marketing suivant :

  • Développer des technologies nécessaires pour ce processus ;

  • Assurer le maintien de la compétitivité des secteurs en concurrence ;

  • Permettre l’engagement de tous dans le processus de décarbonisation.

Voici le nouvel business model vert,  un changement de modèle nécessaire qui, pour qu’il soit durable suppose votre implication citoyenne ! « via une application citoyenne vous avez, vous aussi, la possibilité d’entamer une décarbonisation de votre quotidien. Etats, entreprises ou citoyens, tout le monde est un acteur du processus de décarbonation » ! Oubliant d'ajouter qu'il s'agit surtout de décarboner la paysannerie !

Le gouvernement Attal, avec son ministère de l’agriculture et de l’agroalimentaire prétend devenir celui de la souveraineté alimentaire… Après avoir conduit les fermes à s’endetter, s’industrialiser, se sur-mécaniser. Qui croit qu'il a les moyens de faire volte-face ?

LE CREPUSCULE DE L'ECOLOGIE BOURGEOISE COLLABO DE L'EXCEPTION ECOLO-NATIONALISTE MODELE

« Ce n’est pas seulement un sursaut que réclament aujourd’hui, désespérés, les paysans, mais une rupture claire et nette avec des conditions de travail étouffantes. Rupture avec les dérives écologistes, avec la bureaucratie, avec les traités de libre-échange internationaux sans obligation de réciprocité, avec les injonctions contradictoires entre Paris et le «Green Deal» peu réaliste d’Ursula von der Leyen…(leader paysan)1

« On nous reproche de ne pas faire une agriculture propre, mais on accepte que les consommateurs mangent des produits venant de l’étranger, qui ne répondent pas au même cahier des charges que les nôtres. En revanche, on nous impose beaucoup de règles, sans que l’on soit rémunérés pour ça", explique Samuel Robineau, éleveur avicole à Lacaugne (Haute-Garonne), qui participe au blocage. 

En France comme en Allemagne, la population a complètement changé d'avis sur les bobos Vert, même s'ils se sont mis dernièrement à user d'un langage"de classe", mais sans bouger d'un poil sur l'accueil de toute l'immigration du monde que les Jaurès et les socialistes d'avant 1914 avaient récusé. Il y a à peine quelques années, surtout en Allemagne, c'était la mouvance qui portait l'espoir d'une transformation de la société en mieux sur le plan écologique, accessoirement au plan social. Aujourd'hui, les Verts sont perçus dans les sondages, comme un parti dogmatique, qui veut imposer aux gens un mode de vie, une façon de se nourrir et d'écrire. Or la classe ouvrière ne supporte pas qu'on lui explique qu'elle ne va pas manger de saucisses à midi à la cantine de son entreprise où ne partagent pas les mégères de EELV Tondelier et Rousseau.

La mafia européenne interdit strictement l’harmonisation sociale, comme le dit son traité : « Le Parlement et le Conseil peuvent adopter des mesures destinées à encourager la coopération à l’exclusion de toute harmonisation des dispositions législatives et réglementaires des États membres ». Ainsi les pays qui produisent une agriculture intensive avec des pesticides peuvent expédier leurs marchandises en France qui cassent la vente des produits paysans français, ces fieffés nationalistes comme l'assurent les bobos gauchistes.

La protestation des agriculteurs, plus efficace que les défilés ouvriers traîne-savates, capable de paralyser l'Etat, on verra combien de temps, a fermé la bouche au marais écologiste qui méprise totalement le paysan considéré comme arriéré, certes toujours individualiste (qui ne l'est pas aujourd'hui?) et « chef d'exploitation » d'une entreprise « familiale », bouleversée désormais par la scolarité de ses enfants et l'envahissement des médias ; il n'est plus coupé du monde, voire parmi les premiers agressés et rançonnés2.

De même a été mis en lumière le double langage du président Macron, complice de la grande distribution comme des riches paysans ( syndiqués à la FNSEA). Et que je te vante « une sobriété écologique non punitive ». Le mot d’ordre avait été donné par Emmanuel Macron en juin dernier au Bourget. Vite dit. Vite oublié aussi.  Rivale informée, la Confédération paysanne a rappelé qu'à l'époque, la FNSEA se félicitait d'avoir obtenu en contrepartie une revalorisation des seuils d‘imposition de la plus-value et du régime du microbénéfice agricole ainsi qu'une augmentation de la dotation pour épargne de précaution. L'argument gouvernemental prétexte pour une nécessité de décarboner l'agriculture permettait au passage une économie d'un milliard d'euros, au profit de qui ?

Le 26 octobre dernier, Bruno Le Maire, le ministre de l'Économie, s’auto-félicitait devant les représentants de la filière des biocarburants de la fin annoncée de la défiscalisation du gazole non-routier (GNR)....

L’élément déclencheur rappelle celui de décembre 2018 : la hausse d’une taxe sur le carburant, la TICPE (taxe intérieure sur les produits énergétiques). Mais cette fois-ci, c'e st le "GNR", le gazole non routier, qui est concerné. Un carburant utilisé pour faire fonctionner les tracteurs agricoles ou les engins de travaux publics, et qui bénéficiait jusqu’alors d’une détaxation. Une fiscalité spécifique par rapport aux carburants achetés par les automobilistes ou les routiers. Le plus scandaleux qui n'est pas rappelé médiatiquement, et qui a allumé la révolte, c'est que les millions que devaient rapporter cette taxe devaient revenir aux paysans riches, avec l'accord de la FNSEA ! Le syndicat le plus vendu du monde paysan, autrement pris en considération que l'aventurier Jérome Bayle finalement, au terminus, pour négocier, seul à son tour, avec le gouvernement !

Les mamours supposés entre paysans et écolos gauchistes depuis l'antique Larzac sont de la vieille histoire. L'écologie bourgeoise c'est le retour à la culture féodale et l'exaltation du jardinet du bob parisien. Oui les pesticides c'est pas bon mais comment nourrir des millions et des millions en attendant mieux ? Laisser revenir le mildiou comme en Irlande il y a deux siècles ?

Indifférent aux pots de fleurs des balcons des bobos, le monde entier s'est efforcé de masquer l'existence aussi d'une « lutte de classe » entre paysans mais toute relative car même le petit se nomme « exploitant », « chef d'entreprise » ou « auto_entrepreneur ».que Jérôme Bayle, initiateur et traître, avait le mieux exprimé contre tous les syndicats paysans. Ce leader improvisé s'est conduit aussi bêtement que les leaders gilets jaunes s'autoproclamant chef puis décidant sans AG la fin d'un barrage. Il s'est laissé ensuite manipuler en appelant à la reprise trop tôt, ce qui a permis aux syndicats pourris de reprendre l'encadrement du mouvement en s'emparant de revendications sur les différents traités, de type très spécialisés qui ne se discutent qu'au niveau ministériel dans un méli-mélo sur l'intérêt ou pas de l'Europe, des traités de libre-échange où ni nous ni l'agriculteur de base n'y comprenons plus rien.

Dés lors les barrages et la marche sur Paris ne sont plus qu'une mise en scène qui sera close lorsque les camarillas syndicales siffleront la fin du spectacle aux côtés du jeune premier ministre. En outre, l'Etat n'a jamais vraiment été inquiété sachant l'hétérogénéité de la paysannerie et la facilité à la manipuler … revenons à nos moutons écologistes.

PARODIE D'UN COMMUNISME DE FAUX-CULS

La plupart des vieux écologistes « influenceurs » ont un passé gauchiste, le plus cultivé était trotskien avec une connaissance plus approfondie (quoique relative) du mouvement révolutionnaire néo-bolchevique que les ploucs maoïstes ou anarchistes. Le militantisme de secte vous fait longtemps croire à l'égalité politique ; ouvrier inqualifiable vous êtes content de diffuser avec ce prof ou cet ingénieur qui vous auraient daubé dans la vie hiérarchisée3 ou dans la même entreprise ; comme le prof et l'ingénieur peuvent se flatter d'être membres certifiés de la classe ouvrière parce qu'ils distribuent le même tract que l'autre zèbre qui se croit leur égal parfois grâce au discours ou au fait qu'il peut exprimer son avis en réunion. Démissionnaires ou ayant mis fin à la vocation militante utopique, les fréquentations cessent : l'ouvrier retourne à son milieu et les « cadres » présumés du prolétariat au tennis et au golf. En tout cas peu d'ouvriers, donc, dans la noria écologique moderne petite bourgeoise mais pas mal de fils et filles à papa.

Il ne leur a pas fallu transiter par sciences-po à ces bobos à nouveau « entre soi » pour savoir que tous leurs anciens partis à vocation marxienne ne crurent jamais qu'on pouvait sauter immédiatement d'une société capitaliste dans une autre se passant du profit, qu'il fallait par conséquent une « période de transition ».. Leurs parents pauvres, soldats du stalinisme pensaient eux que le régime de transition était celui de Brejnev, il n'en reste que peu de survivants à une telle escroquerie.

La plupart des leaders de 68, fils à papa, déçus que la classe ouvrière n'ait pas fait la révolution qu'ils imaginèrent « sous leur direction » ni ne les ait nommé ministres, et après des années de jachère idéologique, ont imaginé une période de transition bobo-écologique, correspondant à leurs besoins urgents de produits frais ICI ET MAINTENANT selon une formulation très mitterrandolâtre. La confrérie doit contenir quelques vieilles raclures de comunisateurs. Allons plus loin dans l'espérance révolutionnaire bobo transito.

D’une manière plus générale et encore spéculative, explique une canaille de Terra Nova, la transition écologique impliquera certainement dans les années qui viennent une révision du droit de la propriété foncière. Comme le proposaient Pascal Canfin et Thierry Pech récemment, « Il serait utile de faire en sorte que le droit de propriété s’accompagne d’un devoir de protéger les utilités écologiques du sol » : « Ne faut-il pas convenir que les services écosystémiques procurés par l’environnement forment une propriété collective qui ne peut être livrée à la seule discrétion du propriétaire privé ou de son locataire ou preneur? Quelle qu’en soit la forme, nous avons besoin de mettre en place les éléments d’un contrôle d’usage des sols. ». Un contrôle privé qui relève plutôt d'un esprit totalitaire stalinien alors que la vox populi ne les considère que comme khmers verts !4 Est-ce que la famille d'Alain Delon acceptera que des contrôleurs écolos viennent inspecter la tombe de l'acteur (en transition post-mortem) avec ses risques de décomposition ne contrevient pas à l'usage des sols ?

Laissons la parole aux plus drôles, les pitres de Terra Nova qui nous expliquèrent jadis que la classe ouvrière avait disparu et nous font aujourd'hui le même coup avec leur disparition, écologique, de la propriété privée sous ce vocable oxymore franchement stalinien : « la socialisation de la propriété » :

« Comme l’écrit le juriste Benoît Grimonprez, « Le droit de l’environnement, à travers la notion de ‘patrimoine commun’, a plus encore détruit le mythe de l’exclusivité du droit de propriété »]. Selon lui, « cette déclinaison nouvelle du patrimoine (ensemble complexe, inaliénable et indivisible) témoigne d’une emprise directe de la collectivité sur les choses, concurremment avec les droits de propriétaires privés ». Toujours selon lui, les normes environnementales « ne vont faire qu’accentuer un phénomène bien connu : la socialisation de la propriété. Elle implique que seules seront, à l’avenir, protégées ses expressions compatibles avec la nécessaire transition de l’économie »

Globalement, plus que stalinien ou simplement orwrellien cette transition promet un monde kafkaïen :

« Le cadre de compensation doit ainsi passer de la notion de « compensation carbone » à la notion de contribution. La compensation carbone est un mécanisme de financement par lequel une personne physique ou morale substitue partiellement ou totalement à une réduction à la source de ses propres émissions l’achat auprès d’un tiers d’une quantité́ équivalente de crédits carbone. Le principe sous-jacent à la compensation carbone est qu’une quantité́ donnée de gaz à effet de serre émise dans un endroit peut être « compensée » par la réduction ou la séquestration d’une quantité équivalente de gaz à effet de serre en un autre lieu. Il existe une demande croissante d’acteurs (entreprises, collectivités, administrations) pour financer des projets de séquestration ou de réduction d’émissions de GES, désireux d’entrer dans une démarche de contribution à la décarbonation ».

On prétend la propriété privée dissoute avec la décarbonation, pas du tout mais elle est strictement encadré par des bobocrates pistolet à la ceinture comme ceux qui en ce moment font chier les paysans avec les haies5. Comme les barrages font chier aussi les routiers espagnols...

LA DECARBONATION EUROPEENNE CETTE VASTE PLAISANTERIE

Avec l'argument de lutter contre le réchauffement climatique dont se foutent des continents entiers, Chine, Afrique, USA, etc. le pacte vert européen c'est l'histoire du seau percé qu'on ne cesse d'emplir d'eau. En vérité il s'agit d'une tentative de ressourcer une production capitaliste à petite échelle en généralisant une foule de petites entreprises artisanales et en généralisant ce staut d'auto-entrepreneur qui fait croire aux prolétaires naïfs qu'ils sont devenus leur propre patron ! Le vrai réchauffement climatique il est en Ukraine, à Gaza, en Iran, au large de la Chine, etc. On n'aura pas commencé à vraiment généraliser décarbonation et voitures électriques que la guerre se moquera de l'écologie.

Terminons-en par des extraits édifiants des principaux promoteurs et inspirateurs « socialistes » des gouvenements écolo-capitalistes, la clique inépuisable Terra Nova, le même genre de petits personnages qui ont poursuivi de leur haine Marie Curie et qui se soucient plus avec cette étrange formule de la « santé des sols » que de la santé humaine6 ;

« Ces développements (chimiques) se sont faits au prix d’une dégradation de la qualité des sols, des eaux, de la biodiversité mais aussi d’une forte dépendance aux énergies fossiles. Atteindre le « facteur 2 » (c’est-à-dire diviser par deux les émissions de gaz à effet de serre du secteur agricole d’ici 2050 par rapport à 1990) nécessite donc un changement des pratiques de production (développement de l’agroécologie et de l’agriculture biologique) mais également des régimes alimentaires des consommateurs (diminution de l’apport calorique moyen total, diminution des protéines animales) ».

« 2022, ce sont aussi les premiers pas d’un gouvernement qui place la planification écologique au cœur de son action. Cette nouvelle mandature est le moment de la mise en œuvre pratique des objectifs décidés lors du quinquennat précédent : accélération de la décarbonation, transition agroécologique, zéro artificialisation nette (ZAN)[5], autant d’objectifs pour lesquels la politique de gestion des sols jouera un rôle clé. Le gouvernement aura aussi à mettre en œuvre les engagements européens récents, notamment le renforcement des objectifs d’atténuation suite au nouvel objectif européen pour 2030 et au paquet « Fit-for-55 »[6] et la mise en place d’une nouvelle législation sur la santé des sols répondant à la stratégie de l’Union européenne pour les sols à horizon 2030 (qui vise des sols en bonne santé d’ici 2050 ».

Enfin cette obsession néo-communiste stalinienne à faire disparaître les classes inférieures dans le capitalisme, subsumé ainsi par un jeune paysan ; « si on perd on fera j'sais pas quoi, peut-être vendeur de pizza ».

« « La transition écologique du secteur nécessitera en effet… l’installation de personnes non issues du milieu agricole ».

Bonjour les vaches !



NOTES


2 Pour Marx en 1852, en production autarcique, les paysans sont coupés tout à la fois de la division organique du travail, des autres groupes sociaux et des marchés.

3Une note en passant, je n'ai jamais trouvé le mot hiérarchie dans tous les écrits de notre guru Marc Chiric car je pense que pour lui et nombre de marxistes orthodoxes se fixer sur ou dénoncer les hiérarchies c'est être un indécrottable anarchiste. Le petit CCI a toujours été très hiérarchisé et quand j'en faisais la remarque, vous savez ce qu'on me répondait... La tradition depuis Bilan à la GCF me faisait sourire « pour la formation des cadres de demain » ! Même esprit dans toutes leurs scissions jusqu'à Controverses en Belgique qui ne publie que des articles de cadres et loue le petit professeur bipolaire Sabatier à l'oeuvre disparate plutôt libertaire et hors du réel.

4 Soyez rassurés propriétaires classiques : « 'La vérité est que nous en sommes encore très loin. Dans notre tradition juridique, la propriété foncière repose sur un principe simple : le propriétaire est le maître exclusif de ses biens. Il peut jouir a) de leur fruit (fructus) : loyers, revenus divers, récoltes, etc. ; b) de leur usage (usus) : habitation, cultures, agrément, etc. ; c) de leur disposition (abusus) : cession, transformation, détérioration… Le propriétaire foncier est en outre réputé propriétaire « du dessus et du dessous », c’est-à-dire de la surface comme des tréfonds et des richesses qu’ils pourraient receler (art. 552, al. 3 du Code civil). Enfin, le droit de propriété (du sol comme des autres biens) est reconnu comme l’un des droits fondamentaux de la personne humaine et protégé à ce titre par les grandes conventions internationales (capitalistes).

5Depuis soixante ans le fait d’arracher les haies était présenté aux agriculteurs comme un signe de modernité et de rentabilité pour leurs parcelles. C’était le résultat des directives d’après guerre et des nombreux remembrements agricoles, périodes au court desquelles les parcelles françaises avaient été mises en commun pour former des champs plus grands et gagner en productivité. Les arbustes qui les séparaient avaient été arrachés à tour de bras. La haie est désormais sacrée, interdit de la tailler en été et surveillance policière armée. Commentaire gouvernemental citoyen : « la haie a le mérite de « mettre chasseurs, associations de protection de l’environnement, collectivités, agriculteurs autour de la table » : « tout le monde veut de la haie. »

6 Marx a abordé cette question en relation avec l’épuisement des sols. Sur la côte du Pérou, de petites îles étaient composées d’excréments d’oiseaux de mer qui s’étaient accumulés pendant de nombreuses années. Elles étaient appelées îles de guano. Le guano est très riche en minéraux qui favorisent la croissance des plantes. À l’origine, le terme « guano » signifie engrais agricole en quechua, la langue indigène des Andes, et les indigènes l’utilisaient traditionnellement comme fumier. Alexander von Humboldt a découvert cet usage lors de son voyage au Pérou en 1802, puis a étudié l’efficacité du guano et l’a testé sur des sols européens. Le résultat s’est révélé positif, et son utilisation est devenue rapidement très courante dans les régions d’Europe où l’épuisement des sols constituait un problème social majeur.

mercredi 24 janvier 2024

MARX ENNEMI DES PAYSANS ?


 « La paysannerie est une classe à faible caractère de classe ».

Teodor Shanin

« Pierr' Frank prend sa faucille

Et laiss' tomber le marteau »

Chanson situationniste

« On déverse de la merde devant les préfectures parce qu'on est considéré comme de la merde »

Un agriculteur français


Qu'on le constate ou le déplore, le « sac de patates » est universellement méprisé. Il sent la merde et l'esclavage féodal. Ce n'est pas ce soudain engouement des « français » pour une cause perdue d'avance qui l'infirmera dans la durée ; il ne s'agit au demeurant que d'un soutien sentimental tant les conditions sont différentes entre les classes : quel intérêt commun entre le petit entrepreneur et son ouvrier agricole ?

Je fais partie de cette vieille et dernière génération qui passa de l'état de paysan à celui d'ouvrier, statut qui n'est plus du tout le même. Certes il ne faut pas les oublier ces « gueux » qui nous ont toujours nourri, enfin eux et les agriculteurs de tous les pays. Ils font partie de la très ancienne histoire humaine et existèrent bien avant la classe ouvrière. Nous admirons toujours la longue épopée de leurs jacqueries.

Jusqu'à l'âge de 21 ans – il était né en 1918 – mon père fût paysan en Margeride. Puis c'est la guerre qui l'arracha à la ferme paternelle. Fait prisonnier dans la Somme puis déporté au stalag1B, il réussit à s'évader, est embauché comme garçon de caisse à la société générale de La Bourboule. Quand son directeur le somme de se dévouer pour le STO, il se fait la malle une seconde fois pour rejoindre le maquis auvergnat, où il participera à la sauvegarde et protection des juifs commerçants de Clermont. Ma mère avait été femme de chambre des Rothschild au grand hôtel de la Bourboule à la fin des années 1930. Rencontrée au bar du coin elle avait abandonné son mari pour enfourcher la moto du beau résistant aux yeux verts. A Albi lorsqu'il y avait de la friture dans ce couple adultère j'entendais ma mère invectiver ainsi mon père : « paysan ! Tu resteras toujours un paysan ! ». Il est vrai qu'on ne peut jamais s'émanciper complètement de son éducation de jeunesse... pourtant pour le reste de sa vie il resta toujours un prolétaire aux mille métiers.

Fin des sixties, au même âge où mon père était mobilisé, rencontrant le milieu maximaliste dit à l'époque ultra-gauche, je fus choqué d'entendre que la résistance nationale avait été « bourgeoise » , voire « plouque»! Longtemps après j'avais questionné Marc Chirik, avec la franchise qui a toujours présidé à notre amitié, pas simple camaraderie. Après lui avoir narré la trajectoire de mon père, voici ce que je lui dis : « vous les ultra-gauches, dénonciateurs des deux camps impérialistes, vous êtes marrant. Pendant la guerre votre groupe aurait tenu dans une traction avant ! Comment vouliez-vous que les prolétaires français vous rejoignent alors que la majorité de cette classe était prisonnière en Allemagne, et je préfère que les Ricains aient gagné plutôt que les Schleus ! Marc resta un instant silencieux puis esquiva une longue réponse et se contenta de me répondre : « je comprends ton père ». A la libération mon père est chômeur pour un moment. La patrie reconnaissante.

Revenons à nos patates. Le vrai programme communiste du « marxisme classique » contient la perspective de la fin de la séparation entre la ville et la campagne. Tout un programme vague et inimaginable pour longtemps1. Pour Marx c'était une des questions cruciales pour le but d'avenir ; la dissolution des classes hiérarchisées de la forme capitaliste, délimitation en classes indispensable à la domination bourgeoise. Des générations de sociologues ont conspué un « ennemi de la paysannerie », qui n 'avait rien compris à la paysannerie parce qu'il observait (déjà) en Angleterre une agriculture déjà sans paysans. La fameuse phrase du Dix-huit Brumaire de Louis Bonaparte : « Les paysans français sont comme des pommes de terre dans un sac» était pourtant une juste intuition qui préfigurait l'éclatement futur de cette classe disparate plutôt ficelée à la classe dominante, et qui est désormais minoritaire dans plupart des pays industrialisés. Tout en posant toujours problème. Avec son ouvrage «L'absorption de l'agriculture dans le mode de production capitaliste» qu' un Claude Servolin l'analysa . Marx n'est pas un ennemi mais un observateur sagace de cette vieille classe paysanne conservatrice et sans avenir, et cela se confirmera à la fin du XX ème siècle après les illusoires trente glorieuses qui butèrent sur la crise mondiale de 1973-75.

D'autres sociologues plus modernes que les conservateurs anti-marxistes ont heureusement produit des analyses plus conforme aux progrès et avanies du capitalisme moderne. Les petits producteurs marchands ont fini par se trouver «objectivement» prolétarisés alors qu'ils se pensaient toujours comme des petits entrepreneurs. Malgré deux siècles de règne du Code Napoléon, les règles de transmission de la terre sont restées très variées de région à région. En Vendée, le grand propriétaire résidant gouverne ses métayers devenus fermiers. En Beauce, le grand fermier exploite les terres de dizaines de propriétaires qu'il ne connaît pas. Etc. Pendant longtemps le lien avec la famille à la campagne resta naturel pour les ouvriers de la première génération. Cet auteur pouvait considérer une interdépendance fraternelle qui nous apparaît ringarde au XXI ème siècle :

« ... hiérarchie en deux classes sociales : les manouvriers et les laboureurs du XVIIIe siècle, devenus les ouvriers sidérurgiques et les agriculteurs de la fin du XXe, ont conservé leurs rapports sociaux d'échanges de services et de répartition du pouvoir municipal. Les femmes demeurent maîtresses du domestique et les hommes de l'extérieur, que ce soient les champs ou l'usine, le café ou le conseil municipal. Tant que les femmes font leur jardin, élèvent leur basse-cour et règlent chez l'épicier ou à la fontaine les problèmes sérieux (stratégies matrimoniales et police des mœurs), elles conservent leur pouvoir indépendant de celui des hommes. Que la moitié des hommes aillent travailler à l'usine (jusqu'à la crise) et qu'il ne reste plus qu'une poignée d'agriculteurs n'avait pas transformé le village paysan en une banlieue ouvrière ».

LE CHANT FUNEBRE DE LA PAYSANNERIE

Or aujourd'hui les villages ressemblent plutôt à des EPHAD. La moyenne d'âge des paysans est de 52 ans. Ils sont souvent divorcés parce que le métier est dur et de plus en plus mal rétribué, avec toutes les chances de ne plus retrouver une compagne et de crouler sous le sac de dettes. Actuellement les gouvernants antiracistes comme les patrons, ont décidé de saupoudrer le pays et ses villages d'africains, que des hommes en général, certainement pour « rajeunir et faire évoluer les campagnes », en les logeant à l'hôtel sans se soucier de la suite.

Tout cela est secondaire et sert surtout à faire danser la gauche bourgeoise et son internationalisme de pacotille. L'explosion de colère, il faut insister sur ce fait, a son origine dans la guerre en Ukraine. Ordre gouvernemental : priorité au blé ukrainien dont on se soucie peu de savoir si on a utilisé des pesticides (plus 230 millions de poulets ont été importés en solidarité...)2 ; avec l'intégration de l'Ukraine à l'Europe s'il n'y a pas la guerre mondiale avant, la production de blé en France n'existera plus.

Il existe de jeunes agriculteurs dynamiques, plus entrepreneurs que paysans reclus sur leur parcelle, mais qui véhiculent l'idéologie écolo fallacieuse qui croit pouvoir relancer le capitalisme , cependant ils sont très minoritaires face cette idéologie punitive qui les détruit. Le fond de la pensée paysanne domine encore dans ce milieu : mépris de l'ouvrier et le peu de considération de la femme. N'oublions jamais, en mangeant mandarines, oranges, légumes divers, l’exploitation brutale des ouvriers agricoles et des travailleurs saisonniers, aussi par de « jeunes entrepreneurs dynamiques » !

Une autre anecdote édifiante sur l'esprit paysan ? Un jour en lozère, un voisin vigneron du côté d'Alès me convia à rendre visite à Belvezet à un ami paysan célibataire quinqua vivant encore à la ferme avec ses parents et sans femme. Il commença ainsi les présentations : « moi 37 hectares, ma femme 8 hectares »... Le paysan reste attaché à « sa parcelle » et l'exhibe comme sa principale fortune, ne décrochant pas du culte de la propriété privée. Il a souvent été du côté du manche policier, et composé la corporation. L'armée versaillaise qui a massacré des milliers d'ouvriers parisiens en 1871 était surtout composée de paysans.

Marx dans le « 18 Brumaire » en 1852, ne contestait pas une capacité insurrectionnelle des paysans, mais il leur dénie une aptitude à l’action autonome. La paysannerie est décrite comme le sac de pommes de terre, une masse amorphe — au sens politique du terme — incapable de fixer une orientation propre. L’image renvoie aussi à la dispersion des unités paysannes : structures fragmentées, inaptes à nouer des liens entre elles, et multiples parcelles dispersées. La paysannerie ne peut se représenter politiquement ; elle doit être représentée. Son représentant ne peut qu’être son maître. Elle tombe de ce fait sous la coupe de grandes forces sociales considérées comme porteuses d’un projet propre : la noblesse, la bourgeoisie ou le prolétariat.

Au moment de la vague révolutionnaire du début du siècle dernier, la paysannerie est un fardeau immense pesant sur l’action des révolutionnaires. Engels avait été à la fois plus « classiquement marxiste » et plus conscient des limites du mir, ou plus sensible à ce qui lui semblait un processus de décomposition de la communauté paysanne traditionnelle. La prudence s'imposait pour le pouvoir bolchevique qui a finalement foncé dans le tas, et sans avoir tous les torts face aux attentats anarchiques et à cette masse immense difficile à maîtriser et peu soucieuse d'inventer autre chose que le capitalisme. Engels conseillait comme indispensable de composer avec les attentes des paysans, pourtant considérés comme conservateurs acharnés du passé, ni les forcer, ni les brusquer. Engels avait encore insisté sur ce point dans un de ses ultimes écrits de 1894-1895. Quoique presque un siècle plus tard la bourgeoisie ne se gêne pas pour les malmener et les éradiquer.


L'OXYMORE DE LA FAUCILLE ET DU MARTEAU


Célèbre dans le monde entier l'oriflamme rouge sur lequel on a dessiné le manche du marteau croisant la lame courbe de la faucille fût surtout le fruit symbolique en 1923 de la politique opportuniste de Lénine et de la III ème Internationale.

Lénine a en effet été impressionné par les formes de lutte des paysans en 1905-1906 ; une lutte qui est directement dirigée contre les propriétaires fonciers et tout ce qui incarne l’ancien régime. Il s’était enthousiasmé pour la spontanéité paysanne au point que des membres du parti bolchevique l’accusèrent d’illusion pro-paysanne et de régresser du marxisme au populisme.

Dans le cours de l’année 1917, et plus encore en 1918, Lénine avait constaté que la paysannerie faisait certes une révolution, mais que c’est sa révolution à elle, celle de l’appropriation des terres partagées égalitairement mais aboutissant au plein rétablissement des structures communautaires traditionnelles. Les deux révolutions, celle de la paysannerie et celle des forces populaires urbaines, sont de nature différente et ne se rejoignaient que dans le désir de paix (en dehors de l’élimination de l’ancien régime qui est obtenue pratiquement d’un seul coup). La jonction espérée en 1918 entre conseils ouvriers urbains et soviets des comités de paysans ne se concrétise pas .

L’hérésie de cette supposée alliance avait ainsi donné raison à Trotsky dans sa polémique avec le


Lénine d’avant 1914, mais pas tout à fait dans le sens qu’il le croyait alors. Trotsky s’était moqué des espoirs que Lénine plaçait en 1905 dans un partenariat entre ouvriers et paysans. Il réaffirmait, avec Marx, l’incapacité de la paysannerie à agir globalement et par elle-même sur le plan politique. Il répétait que la paysannerie ne pouvait que suivre l’une ou l’autre des grandes forces sociales, qu’il n’y avait pas d’autonomie possible et donc qu’il s’agissait d’une alliance inégale. Un prolétariat décidé pouvait et devait, selon lui, entraîner la paysannerie. Sinon, comme en 1905-1907, les baïonnettes du paysan-milicien obéissant à ses officiers rendraient possible la survie de l’ancien régime et la victoire de la contre-révolution.(cf. La révolution permanente). Toujours selon Trotsky, Lénine était inconséquent, sa formule de 1905 sur « la dictature démocratique des ouvriers et des paysans »
 signifiait que le prolétariat organisé dans son parti allait jouer un rôle décisif dans le succès d’une révolution qui resterait pour une longue période de nature bourgeoise. Le parti ouvrier qui conduirait cette révolution binaire ne confirmerait pas le caractère prolétarien et communiste de 1917. Il opposait à Lénine sa conception de la « révolution permanente » : si le prolétariat socialiste prenait la tête de la révolution, il ne s’arrêterait pas en chemin et irait jusqu’au bout du processus engagé, passant sans transition de la phase bourgeoise, qu’il accomplirait, à la phase socialiste sauf que la dite contre révolution stalinienne a mis tout le monde d'accord. 

L'idéologie d'une « révolution paysanne » en Chine est demeurée longtemps une pure affabulation qui séduisit un paquet de fils de bourgeois parisiens et qui, depuis, montés dans la hiérarchie sociale, ont fait mine d'oublier leur imbécillité politique à l'époque. Plus que nos petites sectes maximalistes la supercherie fût démontée par un Lucien Bianco décillé, Simon Leys et Pierre Souyri. Dans le cas chinois, le monde révolutionnaire fictif, c’est avant tout celui de son élite kaki rassemblée dans le parti (PCC fondé en 1921), du moins après le retournement contre-révolutionnaire de l’allié nationaliste du Guomindang, supposé, pour l’IC, représenter la bourgeoisie combattante ]. Pire encore, le PCC perd rapidement toute base sociale urbaine large partir de la défaite de 1927. Réussir une soit disant révolution, en réalité le bricolage d'un capitalisme d'Etat sous-développé, sera l’œuvre du maoïsme, qui reste méfiant et à distance critique du monde paysan qui sera en partie décimé par les « gardes rouges ».

Le bilan qui découle de la contre-révolution de 1927 est sans appel. La contre-révolution s’impose aisément ; en l’absence des révolutionnaires, c’est la rapide débandade de l’action paysanne qui révèle une fois de plus sa faiblesse, sa fragmentation, son absence de sens de l’organisation. L’échec de 1927 fait écho en quelque sorte au marxisme classique : la paysannerie doit être politiquement représentée, ne peut se représenter elle-même.

QUAND LE « SAC DE PATATES » EST DEVENU « PAQUET DE DETTES » méprisé par le gauchisme « léniniste 

Le paysan, ligoté par les banques, est perclus de dettes faramineuses ? Des dettes énormes à faire pâlir les ouvriers avec leurs petits déficits bancaires résorbables en faisant attention. Mêmes les gros paysans sont en voie de disparitions derrière de grands consortiums où l'enrichissement est garanti opaque. Les médias compatissent, interviewent à tout va le paysan avec sa casquette, ses bottes crottées et son mégot. On déplore un burn out des agriculteurs. On imagine que vont se lever par milliers des « consommateurs efficaces » prêts à « acheter français » certes plus cher mais pour « sauver nos paysans ». Le ronron commun persiste à, être la « transition écologique » qui va sauver le monde avec une productivité saine niveau moyen âge mythique dans la petite cervelle des bobos parisiens et provinciaux. L'Etat serait aux abois, nouvelle jaunisation d'une colère prétendue spontanée, reprenant l'exemple des luttes ouvrières du lointain passées qui, elles, débordaient vraiment les syndicats d'Etat. Faut pas extrapoler ni exagérer. Seule similitude : comme les syndicats encadreurs des ouvriers, les machins syndicaux paysans délèguent exclusivement des femmes comme secrétaires générales, ce qui fait résolument « révolution féministe » mais foutage de gueule pour la situation des femmes en général.

La nouveauté de ce mouvement pas complètement cornaqué par la FNSEA et la Coordination paysanne est que la mouvance écologique et gouvernementale voilà l'ennemi et pas le « fascisme qui monte si on veut s'asseoir dessus ». Des déchets ont été déversés devant des locaux d'EELV. Le minuscule PCF appelle à une jonction des luttes « contre la vie de plus en plus chère » car nous sommes avant tout des citoyens tiens tiens...donc braves électeurs sans voix.

Le NPA défend mordicus l'idéologie écolo, si punitive, si ambiguë, dont les règles sont variées de la plus laxiste à la plus contraignante ; sûrs d'être envoyés chier par les paysans ;. Comme ces agriculteurs qui demandent le beurre et l'argent du beurre, nos trotskiens les plus girouettes promettent la lune écolo et nous inventent cette nouveauté géniale pour la survie de l'humanité française, une « sécurité alimentaire » que je ne me rappelle pas avoir vue mentionnée dans le Manifeste de 1847, qui est sans doute un apport fondamental à un marxisme moderne passé à la moulinette de l'écologie conformiste, guestapiste et pacifique :

« La FNSEA, syndicat majoritaire, utilise cette colère pour tenter de faire reculer encore un peu plus les protections environnementales. Comme le gouvernement dont il est l’allié privilégié ou l’extrême droite, la FNSEA incarne un modèle agricole intensif et productiviste, destructeur pour les paysans es comme pour l’environnement et la santé. L’accaparement des terres par les multinationales, le poids de l’agrobusiness et des centrales d’achat qui tirent les prix d’achat vers le bas, la signature de traités de libre-échange sont les vraies menaces. C’est cette orientation qu’il faut combattre. Il faut répondre aux revendications des agriculteurs/trices. Cela veut dire changer profondément les politiques publiques agricoles : imposer aux grands groupes des prix plancher et aux banques un moratoire sur les dettes ; favoriser les modèles bio paysans ; développer et soutenir la filière bio. La mise en place de la sécurité sociale alimentaire assurerait une alimentation de qualité pour tous·tes, faciliterait de nouvelles installations, et permettrait une juste rémunération des paysan/es. Une autre agriculture est possible ! Pour cela, il faut rompre avec l’agriculture intensive, productiviste, industrielle, dopée à la chimie ». 

La version de la scission du NPA, - REVOLUTION PERMANENTE - grenouille devenue plus grosse que le bœuf, offre une prise de position plus charpentée et plus argumentée qui analyse bien la manip syndicale, ce qui ne l'empêche aucunement d'être débile « La colère des petits agriculteurs est légitime : il faut dégager la FNSEA et se lier aux ouvriers ».

Comme le compère cité plus haut, il faut enseigner aux ploucs comment penser révolutionnaire et penser révolutionnaire c'est penser écolo :

« Une précarité systémique d’une partie des exploitants, canalisée sur le terrain anti-écolo

Mais si c’est sur ce terrain que s‘exprime de façon prédominante les revendications de l’ensemble des agriculteurs mobilisés, plutôt que contre la grande distribution et les grands capitalistes du secteur, c’est que la direction du mouvement et ses revendications sont capturées par les gros bonnets de la FNSEA et des JA. Ces syndicats majoritaires ont à leur tête les grands gagnants de la concentration foncière et de l’agro-industrie », 

REVOPERM affirme un trotskisme anti-européen, vont-ils s'allier avec le fringant Bardella ?

« Or, si par ses traités, l’Europe accentue la concurrence entre les différents pays de l’Union européenne, c’est essentiellement pour favoriser les grands patrons de l’agro-alimentaire et diviser les petits exploitants agricoles quelques soient leurs pays. De ce point de vue, lutter contre l’Europe au service des patron de l’agro-business, implique de lutter à l’échelle nationale contre les grands patrons qui font partie de ce conglomérat européen. À rebours de ceux qui comme l’extrême-droite cherchent à diviser les agriculteurs en faisant de l’exploitant agricole des autres pays européens l’ennemi du français, il s’agit de lutter contre les vrais responsables d’un système agricole qui favorise les grands capitalistes de l’industrie, de la grande distribution et des banques. Ce qui est en jeu c’est donc bien la crise de tout un système agricole, qui ne vit d’ailleurs qu’à coup de subventions massives, elles aussi versées majoritairement à ceux qui ont déjà tout, qui est à l’origine de la colère qui traverse toute l’Europe ».

Lorsque les trotskiens donnent des leçons de ce genre, en parlant « internationaliste » ils ne s'aperçoivent pas combien ils sont ridicules d'appliquer des motivations de lutte extensive propres à la classe ouvrière au magma paysan sans conscience et sans capacité à offrir un projet politique, avec un argumentaire moisi très léniniste opportuniste3 ;

En résumé le vieux programme de transition au communisme des années 1930 avec deux nouveautés un trotskisme européen et l'écologie pardessus tout leur bazar !

  • lutte à visage européen

  • contrôler les prix

  • rationaliser écologiquement la production

  • une nationalisation de toutes les banques sous contrôle des travailleurs, et notamment du Crédit Agricole, dont l’ancienne présidente de la FNSEA, Christiane Lambert, est administratrice.

  • un revenu garanti pour chaque actif agricole, qui ne soit pas inférieur au SMIC, dont nous exigeons l’augmentation à 1800 euros pour tous, ainsi que 35 heures de travail hebdomadaire maximum.

Suit un appel à toutes les mafias syndicales de la gauche bobo et bourgeoise, somme toute ringard et classiquement triste :

« Le mouvement ouvrier (sic), et au premier chef les directions syndicales, ne peuvent pas rester muettes et doivent proposer un programme en direction des agriculteurs de petites et moyennes exploitations. Un programme qui cherche à remettre en question le système agraire actuel qui est destinée servir les grands capitalistes de l’agro-alimentaire, la grande distribution, l’industrie et les banques. Voilà ce que devrait proposer le mouvement ouvrier aux agriculteurs, pour lutter contre l’influence de l’extrême-droite, mais aussi de « syndicats » traitres vendu aux lobbys agro-alimentaires et retourner la colère légitime des petits agriculteurs contre les vrais responsables : le grand patronat ».

PEUT-ON SE PASSER DES PESTICIDES ?

Sur cette question comme sur celles du nucléaire, on m'excusera de l'image usée par les années mais si parlante en l'espèce, nos professeurs de lutte écolo-gauchistes et tous les autre ânes de LFI et des résidus PCF et PS, ils veulent mettre la charrue avant les boeufs ou même se passer de ces animaux. Ils participent aux prétentions affichées journellement par les sirènes de la domination pour seriner la capacité d'adaptation, de renouvellement, d'intelligence (certes artificielle) du présent capitaliste. Or de vrais changements ne sont pas possibles dans le système actuel où il faut faire avec les moyens du bord, sachant même qu'ils sont limités voire potentiellement dangereux. Stopper la construction de centrales nucléaires a été une connerie monstrueuse des Hollande et Macron dont j'ai déjà démontré le pourquoi. Pour les pesticides c'est pareil. Du point de vue de classe on peut émettre un avis même si on n'est pas aux commandes et sans prendre au sérieux les délires irresponsables de tous ces bobos militants. Il faudra faire un historique de toutes les débilités imposées par les dites couches moyennes, au nom de la recouvrance de la nature traditionnelle, comme la réintroduction des loups qui dépècent des élevages et auquel les paysans ne doivent pas toucher un poil, sinon direction la prison !

Pour réduire l’usage des pesticides, l’État a dégainé en 2009 une feuille de route, le plan Écophyto. Sa dernière version reporte à 2025 l’objectif de réduire de moitié l’usage de ces produits. Certaines filières agricoles ne disposent pas ou peu de méthodes de substitution aux pesticides pour lutter contre les ravageurs et les maladies. C’est le cas de la betterave.  L'Etat a dû consentir à des exceptions concernant l'utilisation détergents et polluant, ce qui a indigné la mouvance écolo-bobo.

 La culture intensive rend la betterave particulièrement vulnérable aux maladies. Pour augmenter les rendements, la production s’est fortement mécanisée, ce qui a exigé de travailler des parcelles de plus en plus vastes au détriment des haies où vivent les insectes et les oiseaux susceptibles de réguler les populations de ravageurs. Dans le Nord-Pas-de-Calais, les champs de betteraves se déploient à perte de vue, les insectes y infestent donc de grandes surfaces, contrairement aux zones où les cultures sont diversifiées.

Juste deux autres exemples supplémentaires . D’autres filières se retrouvent dans une impasse, notamment celles de la pomme de terre ou du blé, soumises à la même logique de production intensive. Les pommes de terre sont de grosses consommatrices de fongicides. Il existe des variétés résistantes au mildiou, première cause de traitement. Mais elles sont peu cultivées car elles ne correspondent pas aux exigences techniques des industriels de l’agroalimentaire qui fabriquent des frites.

Enfin, on a expliqué aux paysans depuis des décennies qu'il est possible de se passer du glyphosate pour désherber en utilisant des moyens mécaniques qui supposent d'acheter un tracteur à 60.00 euros, qui ne peut passer dans les vignes très en pente, seule solution : à la main comme à l'époque féodale ! Merci les écolos conseillers de la noria des boutiquiers des « énergies renouvelables ». Nos khmres rouges-verts sont donc aussi responsables des lourdeurs administratives et flicages permanents dont se plaignent les paysans4. Ils ont raison désormais de vouloir voter RN car celui-ci est plus réaliste et ne promet pas la lune peinte en vert, même si au pouvoir il n'y pourrait rien changer. Quoiqu'il n'ai rien à craindre politiquement, en face il n'y a que des charlots qui promettent monts et merveilles quand tout le système s'emballe et devient incontrôlable sans qu'aucune solution ne soit crédible.

Voilà c'est tout pour aujourd'hui. Dans ce merdier le gouvernement a intérêt à ne pas laisser traîner des mois sans baisser culotte comme lors de la crise des gilets jaunes. Mais il n'a rien à craindre d'une supposée alliance paysans-ouvriers. Les paysans sont des petits patrons otages du crédit agricole. Un jeune paysan n'aura pas assez de toute sa vie pour rembourser des crédits gigantesques. Un tracteur neuf cela va chercher dans les 100.000 euros sans compter le matériel, remorques et etc.

L'ouvrier lui va mieux y arriver avec un crédit de 5000 euros pour acquérir une voiture d'occasion, et probablement mieux manger à sa faim que ce pauvre homme qui roule perché sur son tank à gros pneus, enfermé dans une vie de merde, avec l'odeur de la merde, sans connaître les joies de la grève et sans trouver femme dans son village de grabataires.

Qui veut être paysan aujourd'hui ?





NOTES


1Théme fondateur et fondamental du marxisme, avec déjà en filigrane un souci écologique, est l’opposition entre la ville, conçue comme lieu de progrès, et la campagne, perçue comme source de régression. Marx reliait tout projet de modernité (bourgeois ou post-capitaliste) à la victoire des villes sur le monde rural arriéré. Mettre fin à la cassure entre les deux mondes, cette exigence du socialisme, ce n’était pas procéder à une réunification harmonieuse, c’était déruraliser les campagnes, au moins socialement et économiquement. La paysannerie incarnait la « barbarie au sein de la civilisation ». Ces formules visaient le monde rural français des années 1850. Dans le Manifeste du parti communiste (1848), Marx et Engels considéraient que l’un des grands mérites de la bourgeoisie c’était d’avoir « arraché une grande partie de la population à l’idiotisme de la vie des champs ». On pourrait dire à peu près la même chose en ce moment, mais à l'envers : la bourgeoisie affairiste et décadente écrase les petits agriculteurs pour les faire disparaître au profit des gros.

2Le poulet français coûte 6 euros quand l'ukrainien n'en vaut que 3 ! Dans ces conditions qui veut acheter français ? En Ukraine les antibiotiques pour animaux ne sont pas interdits. La débilité bureaucratique de la bourgeoisie française soumise à l'irresponsabilité de la gauche bourgeoise écolo est bien décrite ici et je comprends d'autant mieux la colère des paysans: «Surtransposition» des normes : quand la France alourdit les contraintes des agriculteurs au-delà de ce qu’exige Bruxelles (lefigaro.fr) Et devinez qui vient jeter de l'huile sur le feu et qui montre qu'il serait urgent que même les paysans fassent tomber ce gouvernement d'une élite lâche et hors des réalités: le Haut conseil pour le climat (machin créé par Macron) vient de publier une annonce aussi débile que la surimposition des critères écologiques (en réalité très capital-profit pour la filière), appelant à accélérer "la transition climatique" dans l'agriculture! encore un concept  trotskiste ! Vive l'insurrection paysanne!

3Sur leurs fanions rouges ils ont inversé les lettres RP sans doute en filiation avec le PCF qui avait inverser la faucille et le marteau pour faire original par rapport au drapeau de Staline ; ils devraient reprendre ces deux outils à la place de leur minable appellation.

4Je pourrais vous livrer d'autres anecdotes vécues dans le Pas de Calais où des écolos se font casser la gueule. Tel ce touriste bourgeois parisien qui était venu sermonner un gardien des parc à moules, qui doit tirer au fusil pour éloigner les mouettes, ce qui fait qu'il arrive qu'une prenne du plomb dans l'aile. Le bobo parisien avait surgi pour morigéner l'ouvrier en le menaçant ; pourtant grand et costaud il a été accompagné à l'hôpital mâchoire et nez fracturés.