"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

mardi 26 mars 2019

Un troisième Manifeste communiste... mais pour de rire ?


Ou les aventures de Bitexit

Un Manifeste communiste
pour le XXI ème siècle
par Claude Bitot (janvier 2019)

Il y aura eu trois Manifestes manifestement communistes. La terre entière connaît celui des Marx et Engels, rédigé vers 1847. Puis vers 1961, un second Manifeste rédigé par Munis et Benjamin Péret, d'une facture plus modeste. Claude Bitot nous en propose un troisième, au milieu de nombreux autres troisièmes ; j'ai sous les yeux le « Projet de programme de l'Internationale Communiste », quasiment rédigé par Boukharine dans les années 1920 et d'une toute autre envergure. Chaque secte politique maximaliste a plus ou moins produit un Manifeste à son époque, des trotskiens au CCI, même les bobos modernistes ont le leur (Le manifeste contre le travail). Il ne reste pas grand chose de tous ces pensums futuristes. Les prévisionnistes des années 1970 ont été plus près de la vérité que tous nos marxologues ou apparentés concepteurs de « projets universels » pour parer à l'inévitable et cyclique « catastrophe finale » :
« Alors commencera la redoutable période où l'excès de la production amènera l'excès de la consommation, l'excès de la consommation l'excès de chaleur, et l'excès de chaleur la combustion spontanée de la terre et de tous ses habitants. Il n'est pas difficile de prévoir la série de phénomènes qui conduiront le globe, de degrés en degrés, à cette catastrophe finale... »1.

L'ouvrage de Claude Bitot, Bitexit, ne semble pas avoir trouvé d'éditeur et c'est bien dommage car cet auteur a l'art de secouer le cocotier avec virulence et bien souvent avec pertinence en se refusant à réciter le catéchisme marxiste, mais en se servant paradoxalement des résidus du marxisme qu'il lui reste comme d'un nouveau catéchisme. A trop secouer le cocotier notre ami court le risque de se ramasser une grosse noix sur la tronche, ce qui lui est arrivé car il secoue drôlement la tête parfois2. Son projet était louable, en voulant revisiter de façon synthétique et moins barbante que nos vieux pensums " marxistes-léninistes" ou peu s'en faut, il lève un coin du voile bourgeois qui a quasiment réussi à éradiquer tout souci d'une autre société, vraiment communiste, dans la plupart des luttes sociales, et qui ne laisse pour alternative que les diverses mièvreries pour « plus de démocratie » autant chez les tenants de la gauche bourgeoise ringarde que chez nos anars « radicaux » (de la phrase) et ces malheureux gilets jaunes orphelins de leur propre incapacité à imaginer un autre avenir que celui autour d'un rituel référendum « populaire » où chacun est présumé décider de tout à tout moment ; aberration individualiste effectivement populiste et imbécile. Bitexit cependant ne veut plus jouer au restaurateur de la « doctrine » comme il l'a longtemps été mais enfourche cette autre doctrine du croque-mort qui prie le dieu-parti et plaint une hécatombe présumée de (l'ancienne) la classe ouvrière évanescente voire disparue à jamais dans les siècles des siècles3.

Parfois je me demande si certains d'entre nous n'ont pas trop lu les sociologues au point de se laisser berner par leurs analyses « sociétales » et une dénonciation soft de la société de « consummation », où il est de bon ton de pointer du doigt ces pauvres ouvriers qui s'empiffrent « la clope au bec » jusqu'à y voir un prolongement de cette « aristocratie ouvrière » que stigmatisait Boukharine dans le projet de programme de l'IC : « Cette « aristocratie » de la classe ouvrière, corrompue par l'impérialisme (pas encore par Darty et Auchan), qui constitue les cadres dirigeants des partis social-démocrates, intéressée au pillage impérialiste des colonies et dévouée à « sa » bourgeoisie et à « son » Etat ».
Rassurez-vous Bitexit n'a jamais confondu bureaucrates syndicaux et simples prolétaires, mais s'il constate que les ouvriers ne meurent plus de faim, c'est pour déplorer leur décrue numérique, ou ce qu'il croit être leur décroissance numérique et pour manifester son amour récent pour le rêve écologique si bien mis en scène par les dominants. Le capitalisme étant entré dans sa phase ultime (puisque nous les divers révolutionnaires on vous l'assure depuis deux fois cinquante années), le prolétariat a revêtu les habits du joueur de flûte de Hamelin4. Le prolétariat est au fond ingrat comme les habitants de Hamelin, c'est pourquoi il est destiné à périr dans le conte de Bitexit, comme toutes ces sectes de « milieu révolutionnaire décati » ; heureusement dans le postromantisme, pardon le postmarxisme le parti a été sauvé de la noyade et les bouées de ce parti qui surnage.. sont les gilets jaunes !

NB: ce soir Claude Bitot m'a fait savoir qu'il n'avait pas voulu m'envoyer son texte, que celui-ci est encore en chantier, OK mais y a du boulot sur le chantier et on connaît déjà le plan anti-marxiste de l'architecte

RUSE DE L'HISTOIRE OU PRURIT D'AUTOMOBILISTES EN COLERE ?

Dans le conte à dormir debout de notre ami Bitexit, il n'y aura jamais plus de guerre mondiale car « le capitalisme n'a nullement l'intention de se suicider » ; que d'humains sentiments il prête à la machinerie capitaliste ! La recherche de la guerre même « finale » est une des meilleures preuves de l'aspect critique de l'état du capitalisme, sa logique même qui ne peut conduire qu'à la destruction comme tant d'autres sociétés disparues ne l'ont été que dans un cheminement vers l'anéantissement mais sans pouvoir détruire la terre entière.
Autant Mélenchon est séduit par le brave routier Drouet, autant Bitexit salive devant ces gilets jaunes annonciateurs du « parti », et du parti de monsieur tout le monde car « de moins en moins d'usines = plus de classe ouvrière » d'autant que « la classe ouvrière n'est plus qu'une minorité ». La classe ouvrière ou même le prolétariat dans son ensemble considéré comme « usiniste », Marx et Lénine doivent se retourner l'un dans sa tombe, l'autre dans son sarcophage en verre. Notre homme s'empare des pires théories malthusiennes, le capital « se retrouve avec une immense couche de salariés qui ne lui rapportent rien », les chômeurs « sont devenus des hommes en trop ». Mais de tout cela on s'en fout, on s'en fout de savoir si telle ou telle catégorie de prolétaires rapportent ou pas, sont de « vrais usiniers » ou pas, ce n'est pas ce qu'ils sont par rapport aux exploiteurs cyniques qui nous préoccupe, c'est qu'ils subissent, c'est qu'ils sont et exploités et exclus, et le fait que la capital ne leur propose qu'une misère plus grande est la condition de leur révolte généralisée. Bitexit a posé son cul sur le trottoir et raisonne comme un sociologue clochardisé. Et depuis ce bord du trottoir il nous décrit bien pourtant la misère des petits boulots de tout ordre, et il a raison dans nombre de ses descriptions qui ne sont que constats désolants : « on crée des emplois mais qui ne permettent pas d'accéder à la société de consommation » ; le revenu ridicule « universel » du pitre Hamon ne ralentira même pas la marche à la catastrophe ; peut-être le « capitalisme vert » y parviendra-t-il un court moment...

VERS UNE DECROISSANCE COMMUNISTE ?

J'avais déjà reproché à Claude, pour ses ouvrages antérieurs de nous promettre un communisme « frugal », je sais que j'avais touché un point sensible, mais pénétré à son tour par la grande cause universelle du « changement climatique », il récidive en faveur de ce que végans et écolo-bobos nomment la décroissance, et il en conclut que « la révolution devrait se donner les moyens de les (les forces productives) rabaisser afin que leur niveau de développement soit compatible avec les ressources encore disponibles de la planète ». On relève en passant une contradiction dans le discours anti-productiviste, on nous parle de la nécessité de « rabaisser » les forces productives alors qu'un peu avant il était établi que la classe « productive » ce n'était plus que 12% de la population... Bitexit inverse la problématique, qui était réelle, la mise en avant de la nécessité de développer les forces productives (hommes et machines) par nos prédécesseurs en théorie révolutionnaire correspondait à une réalité quand la plupart des pays concernés étaient « sous-développés » ; ce n'est donc pas qu'il faudrait rabaisser les forces productives mais redéfinir les vrais besoins dans une société ni basée sur le machinisme à tout prix ni sur un retour plouc à la terre.
On est dans le domaine de la spéculation, c'est pourquoi, sans transition (puisqu'il n'y aura pas une orchestration du rabaissement des forces productives) maître Bitexit donne ensuite un coup de baguette magique : « ...lorsque le capitalisme s'écroulera l'idée de révolution considérée comme néfaste et périmée, refera surface », « puis nous ferons le bilan de la révolution ». Simple et évident !
Et voilà c'est pas un miracle ça ? Et de nous en mettre plein la vue avec le mot paradigme5, mais avec le pire concept non scientifique d'un Bernstein : « la révolution se fera d'une façon relativement pacifique, il lui faudra prendre le pouvoir mais celui-ci n'aura plus besoin d'être terroriste ».

Pour justifier un tel reniement du fait de base qu'une révolution est de toute façon violente parce qu'il ne peut pas être autrement, ou alors en supposant que le pouvoir bourgeois est un ami (...qui ne veut pas se suicider) et prêt à se laisser dépouiller avec élégance de ses attributs qu'il défend même au prix des pires massacres et des pires mensonges, on va nous expliquer la « décroissance » de la théorie marxiste. Revisitons le jeune Marx par la grâce du professeur Bitexit.
« La révolution du prolétariat était donc vue par lui comme étant celle d'une classe tellement nombreuse qu'elle aurait cessé d'être celle d'une classe particulière » ; mais on va voir que tovaritch Bitexit ne comprend vraiment rien à la phrase du Manifeste de 1847 : « Le mouvement du prolétariat est le mouvement autonome de l'immense majorité au profit de l'immense majorité ».
Notre nouveau Raymond Aron du XXI ème siècle se choque qu'ensuite, deux ans à peine par après en 1850, Marx en vient avec d'autres révolutionnaires de son acabit à vouloir créer un parti nommé « la société universelle des communistes révolutionnaires » - ce qui confirme l'excellent nom de mon blog qui fût pourtant moqué en ses lointains débuts. Horreur ! Marx affirme vouloir « la déchéance de toutes les classes privilégiées » et se fait copiste de la révolution française, prônant dictature et terreur ; et de nous ressortir la citation encourageant la vengeance alors que Marx a fait son mea culpa sur cette conception.
Comme exemple d'une terreur dûe à un prolétariat minoritaire (très minoritaire) où par une gymnastique peu convaincante notre observateur finit par donner raison à l'Etat du parti bolchevique : « il fallait se faire barbare pour en finir avec la barbarie » et de nous citer la gentille Rosa Luxemburg qui déplorait les crimes inutiles plus qu'elle n'imaginait une révolution pacifique ; et Bitexit l'accuse de ne pas avoir soutenue la terreur « légitime »... du parti ! (on comprend pourquoi les Cahiers Spartacus ont refusé le manuscrit). Non mais.

Même carence et failles béantes dans les connaissances de Monsieur encyclopédie bâclée... « la Commune apparaît presque sans tâche »... et il ne connaît pas les sévères critique sde Marx et de Reclus par après. La cause de la terreur ? Surtout pas le parti mais... « à partir du moment où la révolution est le fait d'une classe particulière pas moyen de faire autrement » ! En effet « il aurait fallu que la révolution soit le « mouvement de l'immense majorité ». Ouf avec un prolétariat réduit comme peau de chagrin et une population massivement gilet jaune on évitera ainsi tout recours à la violence et pire à la terreur !
Marx est une impossibilité de nos jours, d'ailleurs ce n'était que.. : « Marx était alors ce jeune bourgeois gauchiste qui voyait dans ces révoltes du prolétariat un nouveau messie en marche à qui il avait confié une grande « mission » dans l'Histoire ». Tout indique qu'il s'est gouré : plus de barricades pendant des années mais des ouvriers anglais qui se battent benoîtement pour un « salaire équitable ». Pfft les pauvres réformistes ! En plus ils se découvrent une patrie et une « instruction publique et obligatoire par l'Etat ». Qu'une jeune anar ou un blak bloc écrive des bêtises pareille, on serait magnanime mais un vieux routier du mouvement révolutionnaire de 80 piges !?

Tout rôle moteur est nié à la classe ouvrière, elle n'est jamais étudiée dans sa constitution comme classe et dans la marche commune un temps avec la classe progressiste bourgeoise, elle est nulle pendant la Commune de 1871 car cette révolution était « plus populaire que prolétarienne », mais ne pourrait-on pas dire qu'il en est de même en Russie et en Allemagne en 17-18 où ce sont les soldats majoritairement qui font basculer le régime mais, objecte notre refaiseur d'histoire, à Petrograd « existait un prolétariat industriel », dont on a vu qu'il se fiche pourtant lui attribuant la cause de la terreur (comme n'importe quel Marcellin ou Castaner) , et sans pouvoir nous expliquer pourquoi tous les membres du parti bolchevique n'étaient pas fraiseurs-tourneurs. Même trafic pour la fausse révolution espagnole, la FAI « faisant office de parti » !
Tout est de la faute de ces anciennes classes ouvrières dans l'échec de la vague révolutionnaire des années 1920 : « Il existait un décalage entre ces prolétariats qui n'étaient pas placés dans la même situation (…) la grande majorité ne se sentait pas concernée par une telle lutte (…) depuis la crise de 1929... cela n'avait donné lieu à aucun éveil révolutionnaire ». En gros la classe ouvrière se laissait intégrer et « capitulait sans combat »... plus c'est gros plus ça passe quand notre balayeur du métro prolétariat envoie sous le tapis les milliers de grèves, insurrections, arrestations massives qui ont frappé au cours de ces années le prolétariat en Europe et en Amérique du nord.
« La classe ouvrière s'était dérobée », voilà le résumé du combat sanglant contre le terrorisme bourgeois que notre professeur (non certifié) nous dégueule, « il n'y avait plus rien à en attendre », « requiem donc pour la révolution prolétarienne internationale ». Idem en 68 « où il suffit que les pompes à essence soient de nouveaux ouvertes pour que les grévistes se précipitent dans leurs bagnoles » (il faudrait que Bitexit nous explique l'opération inverse en 2018 où les conducteurs ont été bloquer les stations service...).

De profundis : « trotskystes, bordiguistes, luxemburgistes, conseillistes, toute la petite panoplie... ne sont plus que des révolutionnaires conservateurs » comme les parlotes de « nuit debout » : « jusqu'à ce que survienne le mouvement des « gilets jaunes » (montrant) le retour de la question sociale » !6
Menace affichée sur Cnews tte la journée
La question sociale n'a jamais disparue et n'a pourtant pas attendue le soit disant « miracle » des gilets jaunes. Dans la durée ce mouvement s'est avéré décevant, absolument pas porteur d'avenir. La durée du mécontentement « citoyen et fiscal » n'est ni une preuve de force ni de subversivité ; ,les divers clans GJ peuvent toujours se constituer en nouveaux syndicats ou en assocs de personnes solitaires ils ne dérangent plus le pouvoir. Il n'a a que le tovaritch Bitexit pour croire que ce mouvement va rebondir « et se manifester avec plus d'ampleur » ; il n'a même pas vu que le NPA avait organisé la dernière manif avec le FDG ; mouvement très original dans sa forme décomposée finale : ficelé par les gauchistes il conserve les revendications les plus creuses des « fachos ».


CONTRE LE « MARXISME DE BAZAR » accroché au dieu « prolétariat »

« Mais de quel prolétariat au juste est-il question ? »

Pfuit... les vendeurs de pizzas, les gratte-papiers des banques, les planqués fonctionnaires des municipalités, les laveurs de carreaux, les vigiles de Prisunic, « un tertiaire qui pullule », des gens pas productifs du tout ! Quoique se sentant obligé de rappeler que dans le célèbre premier Manifeste Marx donne une définition étonnamment moderne du prolétariat : « est prolétaire celui qui pour vivre est contraint de vendre sa force de travail ». Heureusement pour Bitexit, dans le capital il relève une précision de taille qui contredit la définition de 1848 « est prolétaire le salarié qui produit pour le capital et le fait fructifier » ; notre arsouille triomphe par conséquent : « ce n'est pas ce qui se passe avec le salariat du tertiaire, lui improductif pour le capital »7.

Marx en écrivant le Capital n'écrit pas un Manifeste politique. C'est un très grand ouvrage de sociologie dans le bon sens du terme, pas au service du pouvoir bourgeois, où il peut se permettre des nuances qui ne sont pas des sentences politiques. Il faut plutôt comprendre sa formulation sur l'ouvrier productif comme une différenciation avec les patrons des fabriques et non pas comme un grade d'honneur d'ouvrier « plus qualifié pour une conscience collective », ce qui n'a jamais été le propre de tous les ouvriers en usine, parfois plus étroitement corporatifs que ceux des petites unités de travail. Pauvre Bitexit avec sa fixation sur l'ouvrier productif il ne peut expliquer comment il se fait que les livreurs de pizzas et autres camionneurs individuels étaient si nombreux lors des premières grandes manifs des gilets jaunes ! Une mobilisation « non productive » qui vient contredire son propre emballement pour « les gens » en colère comparés à une classe ouvrière productive « envolée ». Marx n'a jamais fait d'une partie industrielle de la classe ouvrière l'unique caractéristique et définition d'une classe aux milliers de fonctions, voire de fonctions "inclassables" comme nos nouveaux entrepreneurs individuels (cf. lire l'excellente contribution analytique et marxiste de Robin Goodfellow); ni de la place occupée dans la production d'une partie comme gage de conscience de classe; en réalité Bitexit ne fait que reprendre la conception antédiluvienne de l'artisan anar: je produis donc je suis ceci ou cela.

Quant aux « nouvelles classes moyennes », Bitexit explique « elles ne sont aucunement des classes », mais « un groupe social créé artificiellement par le capitalisme » ; car Bitexit pense que les classes ont disparu, qu'il n'y a plus que des « groupes sociaux » comme le sermonnent tous les sociologues de plateaux TV ! Ne comprenant rien au « mouvement ouvrier » il ne peut rien comprendre aux fluctuations des couches intermédiaires. Heureusement qu'il a renié ce « jeune gauchiste de Marx » !
De ce magma de « jobs bidons », le cuisinier Bitexit trouve le moyen de nous mitonner la marmelade de l'avenir, une mixture confiture indigeste de ces pseudos classes moyennes et populaires : « (avec) l'écroulement (spontané ! JLR) du capitalisme… la structure sociale de celui-ci se décomposera tout à fait et alors il se formera une immense majorité qui ne pourra plus se reconnaître dans une classe et un quelconque groupe social : une non-classe ».

Le retour du refoulé (bordiguien) vers le GOUVERNEMENT DES « CHOSES » (= les masses)

Bitexit se jette dans les bras des vieux coucous modernistes avec leurs « multitudes » pour rêver à cette révolution « des gens » qui font table rase des classes sociales avant la révolution spontanée du capital ! Plus merveilleux encore, plus renversant, la révolution sera « une sortie « civilisée du capitalisme ». Après une longue digression spéculative et confuse sur l'histoire des partis au XIXe siècle et chez Lénine, notre prospecteur du prolétariat disparu nous rappelle cette vision eschatologique qui lui est apparue lors de la première nuit jaune : « c'est parce qu'à certains moments la domination du capitalisme devient tout à fait intolérable qu'il y a apparition du communisme », mais parce que le capitalisme décadent est en même temps « révolution permanente » (même la pensée du Trotsky dégénéré est appelés à la rescousse). L'autre vision qui lui est apparue, certainement quand Drouet a tweeté depuis la cabine de son camion que son but final était d'occuper l'Elysée, c'est l'exemple suprême du parti bolchevique. La transsubstantiation du parti procède de l'eau bénite : « le parti communiste (…) forme d'organisation spécifique que revêt la révolution lorsque celle-ci se fait communiste ». Et il va droit au but pour définir ce parti miraculeux : « Allons droit au but : le parti communiste n'est pas le parti d'une classe qui serait la classe ouvrière, il n'est pas son avant avant-garde secrétée par elle, ni non plus une création d'intellectuels révolutionnaires particulièrement inspirés, il voit le jour en raison des catastrophes qu'engendre de temps à autre le capitalisme qui ont pour effet de plonger dans une misère extrême... ». Un parti spontané de la misère ou une misère spontanée de parti ?
Surgit le petit conclave des compagnons de Jésus : « le parti est une minorité d'élite (…) elle est détentrice d'une conscience que tout le monde n'a pas : celle communiste ». Ce parti en définitives des millions de grouillots « hors-classes » est un joyau communiste : « une minorité qui préfigure la société communiste sans classes ». On n'a jamais si bien défini une secte lambda. Vous imaginez les réunions de l'élite bolchevique pendant que Lénine discourait, Radek et Boukharine qui passaient leur temps à croquer les profils de leurs voisins, Staline qui roupillait, Trotsky qui se grattait le nez, une préfiguration de la société communiste ?
« Le parti est le lieu où s'incarne l'idée communiste »... ce que croyaient d'ailleurs tous les utopistes anarchistes en parlotes sans fin et en picolant jusqu'à plus soif. Le parti miraculeux ne pourra d'ailleurs plus compter sur personne (comme le parti étatique bolchevique quand il faisait tirer sur la foule des grévistes ? 8

Après avoir tant fait des courbettes en faveur de « l'exemple », le parti bolchevique, il faut quand même que Oulianov Bitexit nous en montre les limites : « il ne fut jamais un parti compact ». Jadis le parti fut « déficient », ce qu'il ne sera plus à l'avenir : « la révolution se produisant dans un contexte historico-social nouveau, n'étant plus le fait d'une classe mais d'une immense majorité (…) la violence ne sera plus si nécessaire, la dictature perdra en bonne partie sa raison d'être et le pouvoir qui se mettra en place sera plus une administration des choses qu'un gouvernement des hommes (…) Désormais, les classes s'étant dissoutes et avec elles leurs antagonismes virulents, la révolution cessera de ressembler à une impitoyable guerre sociale ». Le plus neuneu des anars utopistes peut vous raconter de telles sornettes mais dans le cas de notre heureux retraité consummériste je crois plutôt à une réincarnation de Bernstein. Car, je vous le jure, il va jusqu'à nous faire croire que la classe bourgeoise éclatera en mille morceaux sous le choc de l'éternuement de l'immense « majorité aclassiste » : « bref, il ne sera plus nécessaire d'instaurer la fameuse dictature du prolétariat bonne à ranger dans un musée ».
Il se moque plus loin de l'assembléisme permanent sans se rendre compte que la permanence de l'agitation gilet jaune génère la même lassitude que la politique bourgeois mais aussi prolétarienne9. Mais il nous a mis la charrue avant les bœufs. La bourgeoisie n'est même pas dissoute mondialement qu'il nous balade dans un immédiat « gouvernement des choses », quoiqu'on comprenne que les « choses » sont les masses hors du parti !

LE RETOUR A UN COMMUNISME REAC

On n'as pas fini de rigoler avec notre auteur de ce troisième Manifeste loufoque, gare à ne pas vous laisser surprendre parce que je vais vous en rapporter. Bitot, Bitexit disciple d'Asselineau, il faut le lire pour le croire.
« Aussi que le pouvoir s'exercera à l'échelle nationale ne sera déjà pas si mal (…) Un négationnisme brutal des nations ne serait qu'un gauchisme irresponsable et voué à l'échec, comme le montre bien le capitalisme qui après s'y être essayé avec son projet d'Europe supranationale est en train de se casser les dents, les masses face à ce mondialisme capitaliste et dans sa foulée l'immigration sans limites, continuant d'être attachées à l'idée de nation ».
Les masses, ces « hors-classes », peut-être mais pas le prolétariat des dernières usines, les livreurs de pizzas et les chômeurs qui s'en battent le coquillard mon cher !10

VERS LE COMMUNISME PLOUC
« Le communisme sera donc essentiellement agraire ».CB

Très perméable à la sociologie du pouvoir, tovaritch Bitexit reste un partisan du communisme frugal, d'ailleurs il n'a pas tout à fait tort, me direz-vous, vu que le capitalisme fait mourir des millions d'obèses prématurément. Il embouche donc tous les arguments de la mode écologique universelle, cette grande messe qui abolit les classes et les injustices entre les hommes. « Il faudra avoir recours au travail manuel mais qualifié et riche ». Rubel avait raison de voir en Marx « un théoricien de l'anarchisme » ; « le communisme de Marx était un communisme bourgeois, un gauchisme de la bourgeoisie » ; « s'inventer un communisme où existerait une parfaite harmonie entre l'individu et le collectif est une blague (…) le communisme en faisant valoir le pôle collectif » (ce que pensait en effet Brejnev)11.

« Mais alors de quel communisme s'agira-t-il ? Le faux communisme stalinien est mort et ne reviendra plus. De même le communisme prolétarien de Marx de 1848 et du Lénine de 1917 ». « Donc les jours de la super-société industrielle high tech sont comptés (…) Du côté des marxistes patentés ce dont on ne veut guère entendre parler c'est du caractère non durable de la société industrielle avancée du capitalisme en raison de l'épuisement des ressources naturelles et du réchauffement climatique. Pourquoi ça ? Parce que ces phénomènes rendent caduque la vision marxiste du communisme, elle, fondée à partir de la société industrielle « avancée » du capitalisme, c'est à dire le fameux capitalo-communisme de Marx. Celui-ci est tellement ancré dans les têtes marxistes que même ceux se disant « rouges » et « verts », partisans d'un « éco-socialisme », n'arrivent pas à concevoir que le communisme selon Marx c'est fini ». « Le sens qu'elle a pris (l'Histoire) avec le capitalisme n'était pas celui progressiste que Marx lui attribuait ».

Connaissant ma vieille objection, le prophète Bitexit s'interroge alors : « Faudra-t-il alors avec le communisme retourner à la bougie et à la marine à voile ? ». Quoique je pense que la marine à voile et les bougies sont encore très utiles, je ne crois pas nécessaire de supprimer toutes les machines ni de se passer de la high tech, mais voyons comment le parti de Bitexit au pouvoir va nous organiser le communisme : « lorsqu'il s'agira de prendre la succession du capitalisme, c'est un plan de sous-production qu'il faudra mettre en œuvre préconisait Bordiga » (ah revoilà le maître!). Il faudra administrer « une cure d'amaigrissement » au capitalisme (Bitexit sera certainement promu commissaire aux instituts de beauté! Voire commissaire aux pompiers :« Il s'agira d'un communisme d'extrême urgence »). Suivent diverses propositions dont la suppression de la bagnole, stop à l'immobilier anarchique, et cette vieillerie néo-marxiste ridicule des « bons de travail non accumulables ». Désurbaniser ? Comment, en restaurant la vie étroite et ennuyeuse au village ? En disant stop au chaos migratoire ou surtout en prenant au sérieux la limitation des naissances... Ponctuellement les remarques finales ne sont pas dénuées d'intérêt, mais est-ce les principales questions qu'une société en révolution aura à solutionner en premier ? Oui la question migratoire, mais aussi la place de l'islam, posent des problèmes aujourd'hui ; oui l'agriculture biologique des écolos bobos ne sera pas à même de nourrir la population mondiale. Oui il faudra une nouvelle planification des besoins réels de la population humaine. C'est un parti « élitaire » d'une révolution miraculeuse qui pourrait s'en charger ? Oui dans le monde de la poupée Barbie.

Sur les grandes questions de la transition à une autre société que le capitalisme, Bitot finit mal son exploration débridée du futur, en libertaire lambda, prétendant sans honte « compléter Marx » qu'il n'a cessé pourtant de conchier avec son concept idiot de « classe finissante » en même temps que le capitalisme (sic). Contestant la géniale formule (tronquée) de Marx « à chacun selon ses besoins », il nous sort celle nunuche de tout anar irréaliste : « à chacun sa part égale à celle de l'autre ». Marx avait fort bien compris que les besoins sont forcément différents, qu'il ne faut pas confondre égalité politique et besoins de se vêtir, de manger, se distraire, etc. La formule de Bitot c'est celle des camps de travail et des goulags. Celle d'un parti abstrait, imaginaire et calotin.





NOTES


1L'an 2000 par André-Clément Decoufflé (collection archives 1975). Michel Ragon, que j'ai eu l'occasion de rencontrer avait anticipé surpopulations et hyper concentration des villes dans ses ouvrages sur l'architecture moderne (cf. Les cités de l'avenir, 1961) quoique avec beaucoup d'illusions sur les capacités des fadas comme Le Corbusier ; le préfaçant, Jean Fourastier sommait pourtant les architectes de respecter la personnalité des villes comme la culture des humains, pari perdu sous le règne écrasant des « buildings » dingues.

2Claude Bitot est un personnage important en France tout au long de l'histoire de la réapparition du maximalisme révolutionnaire depuis les années 1950. Si l'on suit l'historique des regroupements et des démarches de prises de contact, établi par Michel Olivier, on voit que Claude a été au coeur de se souci du regroupement des révolutionnaires avec une personnalité propre, jamais suiviste. Michel le présente comme un de ceux qui ont contribué à la formation du petit groupe Révolution internationale aux côtés de Marc Chirik (j'aimerais bien savoir ce que se sont dits ces deux personnages notamment dans le train pour le fameux voyage en Italie pour rencontrer l'alter ego de Bordiga, Onorato Damen, qui les reçut fort aimablement en cette année 1968 : « qu'est-ce que vous venez foutre ici? ».
Laissons Michel raconter la suite, même de façon un peu romancée, Marc Chirik se désignait tout seul en général comme locomotive et les wagons avaient parfois du mal à suivre :

« Ce dernier (CB) avait déjà quitté l'organisation bordiguiste depuis quelques mois (témoignage de décembre 2015). Il est connu pour avoir notamment écrit chez Spartacus : Repenser la révolution. Quelle voie pour dépasser le capitalisme en 2013 et Le Communisme n’a pas encore commencé en1995. (…) Installé ensuite à Paris chez Maximilien Rubel pendant 3 mois, "Marco" poursuit son travail de contact au nom d’Internacionalismo. Il réussit à organiser une "réunion secrète" en décembre 1967 sur la demande de 6-7 membres de Programme communiste dont Claude Bitot [8], Philippe Leclercq, Serge Demianiw [9]. A cette cette réunion il y a des membres des Cahiers du socialisme de conseil [10] animés par Rubel, G. Munis, Pouvoir ouvrier (PO) [11] et des individus de la librairie La Vieille Taupe [12]. Le camarade "Valois" (qui venait de rompre avec LO avant de sombrer dans une dépression profonde) qui participera auparavant à la création de Révolution Internationale, est aussi présent à cette réunion. Des camarades dans la mouvance [13] du groupe Informations et Correspondance Ouvrières (ICO) refusent de participer à cette rencontre car il y a des "groupes politiques" comme PO et son chef de file "Véga". Mais, à l’orientation conseilliste d’ICO, il faudrait, peut être, ajouter de vieilles inimitiés qui pouvaient remonter à l’époque de leur militance commune à ou autour de Socialisme ou Barbarie [14].

Le travail international, encore une fois, n’est pas négligé, en juillet 68, MC et Claude Bitot (ancien "secrétaire" de la section de Paris du PCI, qui venait de le quitter un an auparavant) se rendent en Italie pour inciter Battaglia Comunista à prendre l’initiative d’une conférence des groupes de la Gauche communiste. Ce fut un dialogue de sourds puisque pour Battaglia comme pour les autres "Partis" bordiguistes, Mai 68 n’a aucune ou peu de signification. Le quatrième trimestre 1970 est très important pour RI, il voit le rapprochement de 2 ex-bordiguistes, Claude Bitot et Philippe Leclercq ce qui permet le développement d’un groupe de RI à Paris comprenant ces 2 camarades (ils n’ont pas la perception d’être formellement membres), Ces derniers vont créer le Groupe Communiste Mondial avec la revue Parti de classe n°1, 1972 (qui donnera ensuite Programme de la société Communiste (1975-1986) quand Claude Bitot rompra d’avec Philippe qui, lui-même, donnera naissance à Programme de la Révolution communiste en 1989. Ces deux revues existaient toujours dans les années 80).

A lire ici : http://archivesautonomies.org/spip.php?rubrique489maximalismarx.over-blog.com/2017/02/comment-et-quand-former-une-fraction-communiste.html

Sur mes archives maximalistes, on peut lire aussi mon long entretien avec Claude en 1991 où il était déjà obsédé par le nombre de non ouvriers (cette Russie avec ses 80 millions de paysans et une défaite de la révolution qui aurait été dûe au faible nombre d'ouvriers), Staline n'aurait été que la « sanction du volontarisme de Lénine » ; Claude était déjà très rêveur et utopiste :
 maximalismarx.over-blog.com/2017/05/le-communisme-une-utopie-entretien-avec-claude-bitot-1991.html

3J'ai répondu dans l'article précédent sur ce blog à ces nouvelles élucubrations bitotiennes, sans avoir lu le Manifeste du bonhomme ; pour toute réponse j'ai bien reçu le fichier de ce texte de 140 pages mais avec la mention « pour en finir avec toi ». Je reconnais bien là le doctrinaire impavide qui sous des airs de nettoyeur du métro « mouvement ouvrier », jette tout ce qui le gêne sur son passage. Pourquoi vouloir me tuer alors que j'ai le droit de vivre encore un petit peu, non ?
4Vieille légende allemande reprise par les frères Grimm : Alors que la ville de Hamelin était envahie par les rats et que les habitants mouraient de faim, un joueur de flûte vint et se présenta comme un dératiseur. Le maire de Hamelin promit au joueur de flûte une prime de mille écus pour les débarrasser des rats qui infestaient la ville. L'homme prit sa flûte et, par sa musique, attira les rats qui le suivirent jusqu'à la Weser, la rivière qui arrose la ville, où ils se noyèrent. Bien que la ville fût ainsi libérée des rongeurs, les habitants revinrent sur leur promesse et refusèrent de payer le joueur de flûte en le chassant à coup de pierres. Il quitta le pays, mais revint quelques semaines plus tard. Lors d'une nuit paisible, il joua de nouveau de sa flûte, attirant cette fois les enfants de Hamelin. Cent trente garçons et filles le suivirent hors de la ville jusqu'à une grotte qui se referma derrière eux. Selon certaines versions, le joueur de flûte aurait aussi emmené les enfants de Hamelin à la rivière ou au sommet d'une montagne. Les parents, eux, ne les revirent plus jamais.

5Modèle théorique qui sous-tend la recherche scientifique.
6Il y a énormément de fautes que je corrige en le citant, mais une m'amuse particulièrement, Bitot écrit à plusieurs reprises « machisme » à défaut de machinisme. Acte manqué d'un vrai machiste vintage.
7Avec la même élucubration Bitot nous explique que Marx imaginait que c'était le prolétariat « productif » qui serait à même de faire fonctionner les machines (peut-être aussi l'Etat) une fois dans le communisme ; quant aux improductifs qui ne sont jamais entrés dans une usine (comme Bitot) : « qui ne connaît rien à la production et serait bien en peine de la prendre en main si d'aventure on lui demandait de remplir une telle tâche ». Là je me suis franchement marré. Je n'ai pas plus envie de discuter du prolétariat comme « mouvement » avec un copieur étroit des sociologues bourgeois comme avec ces trotskiens ignares qui se querellent sur la théorie confuse et opportuniste fourre-tout de révolution permanente chez Trotsky. On est là dans des mondes étrangers au marxisme et à la logique historique. Notons encore cette vision trad-unioniste gugusse de la conscience de classe : « Ce qui fait une classe ce n'est pas le niveau du salaire, c'est qu'elle joue un rôle dans la production ». Tiens mais il me semble que les GJ jouaient un rôle dans la production (puisque le transport participe pour Marx de la production-transformation de la marchandise) et qu'en plus ils la bloquaient au rond-point ! Une action plutôt du genre classique du prolétariat, non ? N'a-t-on pas eu raison de parler parfois de grèves des rond-points ?
8Il serait trop lassant de citer toutes les élucubrations ahurissantes du prophète Bitot, condensé de conception dictatoriale et très stalinienne : « Le parti communiste est le lieu où la révolution se pense, s'élabore en son programme, se définit sa tactique ». C'est exactement la pensée du révolutionnaire Macron pendant ses conseils des ministres ! On a aussi cette définition fasciste : « la dictature du parti communiste comme son nom l'indique seul celui-ci est communiste, pas les masses ». Car le communisme se fera sans et... contre les masses ! « Le parti n'aura à compter sur aucune classe probvidentielle ».
9Dans son excellent petit témoignage – Mode de vie – Trotsky révèle que les ouvriers finissaient par en avoir marre de la politique même pendant la révolution.
10Le raisonnement national devient très mécanique chez notre faux novateur niveleur : « un pouvoir mondialisé s'imposera rapidement. Mais, transitoirement, c'est une vaste fédération de pouvoirs nationaux qui devraont se mettre en place ». Hum hum, cela ne vous rappelle-t-il pas « la fédération des républiques soviétiques » ?
11Page 94 on peut lire, je ne blague pas, une apologie du courageux Staline, « militant émérite ». Il trouve aussi Khrouchtchev un peu « léniniste » : « Sans faire de Marx un adepte de la société de consommation on peut en effet s'interroger sir la perspective d'abondance matérielle de Khrouchtchev inspirée par le modèle américain n'avait pas aussi quelques fondements marxistes ». Mais c'est bien sûr car les fondements marxistes ont toujours été capitalistes ! CQFD !

mercredi 20 mars 2019

EN ATTENDANT LE PARTI GODOT



(polémique avec Claude Bitot)

« ...nous avons bien d'autres éléments pour reconnaître ce protagoniste de la tragédie historique qu'est la classe, pour en fixer les caractères, l'action, les objectifs, qui se concrétisent dans des traits d'une évidente uniformité, au milieu du changement d'une multitude de faits que le pauvre photographe de la statistique enregistrait dans une froide série de données sans vie ».

Bordiga (1921)

Préliminaires d'actualité :

Le pouvoir macronien s'est à nouveau planté. En une après-midi émeutière il a perdu tout le crédit politique qu'il pensait avoir reconquis avec son bla-bla national. Manu s'était autorisé une virée domincale à ski, l'autre à tapiner en boite de nuit, et le seul responsable fût ce pauvre tâcheron directeur de police de Paris, oui ce même directeur qui avait un peu trop parlé sur l' affaire Benalla et demandé d'y aller mollo avec les LBD. Tous ces faux derches étaient au courant de la venue des clans blac bloks et ont laissé faire pour venger l'humiliation du premier décembre. Encore raté !
Manu avait voulu piéger les gilets jaunes en laissant faire un maximum de casse dans l'espoir renouvelé mais impuissant à retourner l'opinion. Las, tout le monde s'en est aperçu, même les croulants sénateurs. Macron n'a aucune autorité, en réalité il est incapable d'asseoir une autorité permanente et cela va s'aggraver jusqu'à ce que la France soit ingouvernable. La crise des gilets jaunes, qui est en réalité surtout LA PREMIERE REVOLTE DU SECTEUR PRIVE DEPUIS LA GUERRE, est une crise profonde qui ne peut trouver sa solution au niveau des chimères des ignares et confus gilets jaunes1. La crise se manifeste de manière ambiguë comme le voit bien ce journaliste du Figaro G.Tabard : « Les Français montrent à Emmanuel Macron qu'ils peuvent «en même temps» être révoltés par la violence des casseurs et continuer à soutenir les «gilets jaunes» ; «en même temps» jouer le jeu du grand débat et exprimer leur défiance à l'égard du gouvernement.C'était sa formule, la griffe de son projet. Le fameux «en même temps» macronien se retourne aujourd'hui contre son auteur. Au nom de sa «pensée complexe», le chef de l'État voulait montrer qu'une action ne pouvait pas être univoque. Dans cette longue séquence, ce sont les Français qui lui montrent que leurs réactions sont «complexes» et expriment des motivations qui peuvent sembler contradictoires. Ils peuvent «en même temps» être révoltés par la violence des casseurs et continuer à soutenir les «gilets jaunes» ; «en même temps» jouer le jeu du grand débat et exprimer leur défiance à l'égard du gouvernement. C'est cette complexité que l'exécutif a sous-estimée. Le gouvernement avait cru ou avait espéré qu'une séquence chasserait l'autre. Qu'après le temps de la colère, celui du dialogue était venu ; qu'à l'attraction des ronds-points avait succédé celle des salles communales »2.

La masse même, pourtant pas massive, des gilets jaunes en manifs de rue est elle-même ambiguë avec son admiration des émeutiers comme nous l'étions des barricadiers de 68 : nos black bloks ne sont pourtant que de nouveaux vandales ; le prolétariat en guenilles est en santiags et cagoules de cuir motard de nos jours ; « la pourriture passive des couches inférieures de la société », populace et vagabonds, populace urbaine – ainsi que la nommait Marx et Engels, tient lieu de spectacle aux médias où il n'y a plus ni gagnant ni perdant. Drouet avait joué au bonze syndical appelant à bloquer ports et raffineries, il n'a eu que deux pneus crevés.
Le nouvel appel conjoint des bonzes syndicaux et de leurs cire-pompes gauchistes à une grande journée d'action, reprenant le slogan gilet jaune : « Fin de mois, fin du monde, même combat », a fait un bide comme toujours.


Où le MOUVEMENT GILET JAUNE ACCOUCHE DE SON PRINCIPAL THEORICIEN

Selon mon contradicteur Claude Bitot, je me suis excité en faveur du mouvement des gilets jaunes à ses débuts, y voyant le plus grand mouvement social depuis 68 avec un prolétariat (presque) en action même avec le drapeau tricolore, et je découvrirais seulement à présent qu'il est sans « culture politique » et sans perpective claire. Claude a dû lire un peu rapidement mes nombreux articles. Je n'ai pas ménagé mon soutien paritairement avec les mêmes critiques au début qu'à la phase terminale. Je crois n'en avoir jamais attendu monts et merveilles.

Cette entrée en matière est pourtant d'emblée une manière de minimiser l'extraordinaire importance que le tovaritch Claude a révélé accorder à cette révolte, qui, selon lui « remet à l'ordre du jour la question sociale » depuis au moins 1945. Ne s'est-il donc rien passé socialement depuis 1945 qui remette en cause Etat et bourgeoisie ?
En effet, et il a parfaitement saisi ma critique, je lui reproche dans ma première réponse, de miser sur un tel type de mouvement et non plus sur le prolétariat (théorie dont il a été un des meilleurs défenseurs pendant plus d'un demi-siècle). Le texte de Robin Goodfellow est autrement plus lucide malgré un fond politique bordiguiste mâtiné de tartufferies politiques héritées des barbaristes :
« Il est évident que le mouvement est interclassiste et que le prolétariat, tout en faisant valoir ses propres revendications, est à la remorque de la petite-bourgeoisie dont il constitue politiquement la gauche. Le prolétariat n’y existe pas en tant que parti politique indépendant mais la plupart des représentants du mouvement communiste semblent ignorer que cela fait plus de 90 ans que cette situation existe. C’est d’ailleurs pour cela que cette période est caractérisée de période de contrerévolution ».

UNE CLASSE OUVRIERE FONDUE AU SOLEIL DU CAPITALISME DECADENT ?

Après tant de Gorz, Castel, Mallet, Negri et autres charlatans de la sociologie gauchiste révisionniste, ce tovaritch vintage ne voit plus qu'une classe « fondant en même temps que les grands sites industriels du capitalisme », « des ouvriers complètement désemparés perdant tout réflexe de classe (…) votant pour un parti classé à « l'extrême droite » ; une classe ouvrière devenue aussi inculte politiquement que nos braves gilets jaunes. Plus aucune lueur d'esprit de classe dans cette classe ouvrière devenue décadente pour ne pas dire démoralisée ; pourtant dans la démoralisation il y a bien des lueurs de conscience des causes de cette démoralisation et qui sont des conditions justement pour en sortir. Ces lueurs, rejet des syndicats et de la pourriture des partis de gauche, n'en sont pas selon notre contradicteur : « il y a dans cette classe quelque chose de cassé : celle-ci ne se syndique plus et ne vote même plus pour des partis de gauche, cela attestant chez elle non pas une prise de conscience mai un dégoût propre à une classe finissante, pour ne pas dire décadente ».

La classe que je me représenterais encore comme classe révolutionnaire ne serait plus qu'un amas de professions minables, improductives (sic) autrement dit ces pauvres livreurs de pizzas du « tertiaire », en gros d'horribles gens insignifiants « qui ne sont plus dans la production » et auxquels Marx n'aurait jamais songé à commander même une pizza royale. Marx n'avait-il pas évolué, ou changé, sa définition du prolétariat ; dans le Manifeste est prolétaire « celui qui pour vivre est contraint de vendre sa force de travail » ; mais dans le Capital : « il faut entendre par prolétaire le salarié qui produit le capital et le fait fructifier ». Donc, en conclut donc le tovaritch Bitot : « était prolétaire pas n'importe quel salarié ». Or, quand bien même je me fiche des éventuelles variations littéraires de Marx ou sautes d'humeur, ce ne sont pas des individus qui sont productifs en soi mais une classe entière où le livreur de pizza va servir son modeste déjeuner au technicien pressé, lequel est bien heureux de retrouver son bureau propre le lendemain grâce à « l'improductrice » femme de ménage. Comme toutes les querelles des divers exégètes intellos sur les nuances entre travail productif et improductif, Bitot s'enferme dans une rigidité conceptuelle assez étrangère à... Marx.
Prévoyant cette objection, Bitot vient affirmer que Marx ne visait comme révolutionnaires, non pas cette « masse de domestiques du tertiaire » (merci pour eux), mais que « les prolétaires modernes » qui « dans l'esprit de Marx seraient à même dans le communisme de faire fonctionner les machines pour le compte de la société et non plus pour le compte du capital » (…) alors que le salariat des services ajourd'hui : « n'est jamais entré dans une usine, ne connaît rien de la production et serait bien en peine de la prendre en main » (…) ; disparus « les ouvriers métallurgistes professionnels en bleu de chauffe (…) car les plus qualifiés, les plus conscients, les plus révolutionnaires » (…) le capitalisme en a terminé avec cette couche dangereuse du prolétariat et du même coup réduit à néant les espoirs révolutionnaires qui avaient été fondé à partir de la classe ouvrière ».

Je ressens là comme un mélange d'ouvriérisme et de fantasme de classe ouvrière paradisiaque coincé dans une conception rigide de corps de métier. Les métallurgistes comme les mineurs ont connu leur heure de gloire ; leur travail collectif leur donna souvent pourtant plus uen conscience corporative que de classe et comme tels, même au temps de la tentative communiste en Russie, vu leur taux d'illettrisme, je ne pense pas que Marx envisageait de virer ingénieurs et chefs de projet tout de suite. D'ailleurs Claude a mal lu mon livre « Dans quel 'Etat' est la révolution », où je montre que la réorganisation d'une nouvelle société ne peut pas privilégier telle ou telle classe, mais suppose la disparition des classes et une tout autre façon d'ordonnancer le travail humain. Le grand nombre d'ouvriers paupérisés ou marginalisés des "classes dangereuses" n'est pas une nouveauté par rapport au temps de Marx; il en faisait d'ailleurs le décompte sans les considérer comme portion congrue ou inconsciente la masse des chômeurs, des pauvres assistés, des estropiés, des veuves. Il en concluait que cela caractérisait le paupérisme qui forme avec la surpopulation relative la condition d'existence de la richesse capitaliste, mais qui favorise aussi l'esprit de révolte contre "l'injustice sociale" même si ces couches ont un esprit de solidarité moindre que dans les grandes concentrations du travail. C'est un récurrent snobisme chez les marxologues académiques (apolitiques) de vouloir à tout prix faire une distinction entre travail productif et improductif. Dans les théories sur la plus-value écrites entre 1861 et 1863, Marx avait analysé la distinction entre travailleurs productifs et improductifs dans des pages à la fois drôles et pertinentes mais sans théoriser une capacité particulière des ouvriers productifs en vue de gérer l'Etat de la période révolutionnaire ni comme propriétaires d'une conscience de classe plus développée que les prolétaires improductifs.  Dans le "18 Brumaire de Louis Bonaparte, ou dans la section VIII du Livre I du Capital, Marx fait une distinction par contre entre prolétariat et "sous prolétariat" qu'il condamne parce qu'il est propice à la propagation d'idées réactionnaires, mais on doit relativiser ce reproche dans un contexte de lutte de classes où le niveau de précarisation (migrants et immigrés), d'exclusion (dépossession) et de marginalisation d'une grande partie de la population pauvre (que les modernistes nomment multitudes en y incluant le monde du travail de façon indistincte)  pose de façon plus urgence encore l'exigence de changement de société face au paupérisme qui se généralise et qui est le facteur fondamental de la conscience de classe. La notion de prolétariat ne recouvre plus simplement le salariat, et ce n'est pas une hérésie anti-marxiste.

Marx pense que le prolétariat vaincra pour deux raisons, en premier lieu parce « les prolétaires n’ont rien à sauvegarder qui leur appartienne ». En second lieu, parce qu’ils sont plus nombreux : « Le mouvement prolétarien est le mouvement spontané de l’immense majorité au profit de l’immense majorité ». L’union du prolétariat acquiert une volonté suffisante pour défaire le pouvoir politique de la bourgeoisie. C’est dans ce sens que « la lutte du prolétariat est […] une lutte nationale ». Comme la conquête de l’autonomie, elle est inévitable parce que la propriété privée des moyens de production crée une « guerre civile plus ou moins larvée […] jusqu’à l’heure où cette guerre éclate en révolution ouverte, et où le prolétariat fonde sa domination par le renversement violent de la bourgeoisie ». Certaines caractéristiques de la bourgeoisie contiennent le germe de sa propre destruction : « L’ouvrier moderne descend toujours plus bas, au-dessous même des conditions de vie de sa propre classe. Le travailleur devient un pauvre, et le paupérisme s’accroît plus rapidement encore que la population et la richesse. Il est donc manifeste que la bourgeoisie est incapable de remplir plus longtemps son rôle de classe dirigeante […]. Elle ne peut plus régner, parce qu’elle est incapable d’assurer l’existence de son esclave dans le cadre de son esclavage, parce qu’elle est obligée de le laisser déchoir au point de devoir le nourrir au lieu de se faire nourrir par lui. La société ne peut plus vivre sous la domination de la bourgeoisie, ce qui revient à dire que l’existence de la bourgeoisie n’est plus compatible avec celle de la société » et Marx de conclure que « la bourgeoisie produit ses propres fossoyeurs. Sa chute et la victoire du prolétariat sont également inévitables ».

Le souci de Marx resta toute sa vie celui inscrit dans le Manifeste communiste de 1847, l'unité du prolétariat dans et par la lutte, sans distinction de qualifications professionnelles ou du rapport des ouvriers et des employés à la production, et avec le souci d'intégrer la masse des exclus. En 1844, le jeune Marx accorde d'ailleurs la primeur au terme prolétariat plutôt qu'aux termes de classe ouvrière: "le prolétariat est le produit de la dissolution des « classes moyennes », des « couches intermédiaires », de la « petite bourgeoisie".

Quelle pirouette comique de la part de Bitot, par après, d'affirmer: « je n'ai donc pas abandonné le marxisme, ce sont les analyses de Marx sur le prolétariat qui m'ont abandonnées »... donc c'est bien un abandon du marxisme !3

Même rigidité auto-satisfaite pour l'espoir de révolution, comme tous nos petits profs retraités modernistes, il n'y a qu'à attendre, la révolution tombera du ciel : « je n'ai pas abandonné l'idée de révolution, qui elle se posera lorsque le capitalisme finira par s'écrouler » ! Invraisemblable qu'un vieux de la vieille nous sorte une telle billevesée idéaliste ! Jamais dans les milliers de débats sur le sujet depuis 1917 dans le mouvement révolutionnaire, aucune de nos grosses têtes n'a imaginé que le capital s'effondrerait un jour tout seul ! Ils ont tous affirmé et répété qu'il faudra vraiment l'aider à s'effondrer ; c'est comme si un algérien naïf vous disait : « ne vous inquiétez pas, le clan des truands derière Bouteflika va finir par s'écrouler »...

VERS UN PARTI POUR FAIRE RENAITRE LES GILETS JAUNES ?

Une chose est sûre avec Bitot, si la classe ouvrière « métallurgiste » a disparu, au moins une nouvelle classe, certes bâtarde, celle des gilets jaunes l'a remplacée : « je soulignais fortement la nécessité de ce parti en ce qui concerne l'avenir d'un tel mouvement qui n'est pas fini mais qui va renaître avec plus de force et d'intensité (alors que JL semble avoir tiré un trait dessus attendant que le « prolétariat » entre en scène) ». J'imagine assez bien les deux routiers Drouet en secrétaire général du parti « jaune » et son adjoint Fly Rider casquette à l'envers secrétaire adjoint, Jacline pour le programme électoral en jaune, et sans doute Pricilla secrétaire de l'union des femmes libérées des taxes.

Claude est estomaqué que je moque le promoteur d'un parti rédempteur d'un prolétariat disparu, léniniste caricatural sans le manche et sans la lame. Attaquons donc le Jean-Louis ad hominem, ce type « sans nuance », disciple du gourou Chirik concepteur d'un parti qui ne prend pas le pouvoir et d'une classe ouvrière « qui ne se salit pas les mains au pouvoir »... Ce n'est que de l'anarchisme ! C'est comme un vieux relent de bordiguisme chez une grenouille laïque. Mais c'est triste de ta part Claude car tu sais très bien qu'en 1991 nous avions travaillé tous deux sur la question de l'Etat de transition qui avait donné lieu à un bon travail comment (qui est publié sur mon site Archives maximalistes) et où tu ne déformais pas mes positions et donc celles du CCI ; échange politique si fructueux puisqu'il t'avait servi pour ton premier ouvrage aux Cahiers Spartacus.

QU'EST-CE QUE LE PARTI COMMUNISTE ?

Ce n'est un relent mais une resucée bordiguienne qui nous est ressorvie par après. Tout ce bla-bla sur le parti historique depuis le Moyen âge comme embryon à chaque époque des révolutions successives où ce n'est souvent que des bandes limitées ou deux ou trois forte personnalités devient une démonstration fétichiste, onirique et fabulatrice qui esquive les vraies questions posées pour le ou les partis modernes. Claude attend le parti comme moi j'attends la révolution, mais notre seul argument est : le plus tôt serait le mieux because il ne nous reste pas longtemps à vivre sur cette planète.

En voulant conserver le vieux jus faisandé du bordiguisme, le tovaritch Bitot fuit complètement ce que le bordiguisme avait de tranchant et de marxiste4. Il nous invente un parti « hors-classes » ; un machin qui conviendrait sans doute aux tovaritchs « hors-classes » Drouet, Nicolle, Rodriguez et Priscilla, voire leur petit avocat manche à balai dans le cul, mais aux masses exploitées ! C'est même un parti communiste « témoin de Jéhovah » pour : « éclairer les masses en diffusant parmi elles un programme clair répondant à leurs attentes, prendre la direction de leurs luttes5 et une fois le pouvoir pris jouer un rôle central dans son exercice ».

Voilà le tour est (mal) joué, tovaritch Bitot nous refait le coup de Brejnev ! Alors que nous les gilets jaunes originaux et vierges nous souhaitions nous passer d'un parti de gouvernement (un peu comme le CCI le promet avec un peu de chance si on renverse le capitalisme) et pas nous faire chier tous les jours avec des référendums, because y a pas que la politique dans la vie sous le capitalisme ou dans le communisme.

CE QUI A ENGENDRE LE PARTI BOLCHEVIQUE, LA GUERRE ?

Aux origines le parti bolchevique ne pouvait qu'être un parti de rien du tout. Il oublie de nous rappeler que le petit groupe s'était fondé sous les auspices et dans le cadre de la II ème Internationale, avec un souci étrange et quelque peu prétentieux : seule une classe ouvrière ultra minoritaire au cœur d'un océan de paysans pouvait prétendre diriger la révolution ; que le parti de Lénine ait reçu un coup de pied au cul au début des révoltes contre la guerre ne change rien aux fonds baptismaux « socialistes » de ce parti et à ses engagements ultérieurs. Les principes de ce parti n'ont pas été forgés par la réaction spontanée des masses contre la guerre mondiale (qu'il camoufle pudiquement du concept de « situation catastrophique » mais par des années de lutte contre l'oppression tsariste et par une délimitation principelle avec les partisans du terrorisme petit-bourgeois.
Tovaritch Bitot nous sort une autre explication de son sac à malices : tout cela est peau de balle, au vrai « c'est la situation de guerre et l'impossibilité de la bourgeoisie d'y mettre fin (…) qui amena les ouvriers les plus avancés, les plus intelligens, les plus révoltés, à s'organiser en parti de classe révolutionnaire ». Tout cela est bien évidemment faux. La bourgeoisie voulait continuer la guerre et les masses se sont organisées oui mais en soviets et en conseils ouvriers ; elles ont longtemps était plus attirées par les partis libéraux et mencheviks, puis elles ont pris le parti monolitique dans la gueule en particulier au moment de Kronstadt.
Malgré cette invention d'un parti « produit d'une situation catastrophique », tovaritch Bitot nous refait le coup de la gloire du parti bolchevique sans lequel nulle révolution n'eût eu lieu tandis que ces abrutis de gauchistes allemands « ne voulaient pas entendre parler d'un « parti de chefs ».. tien cela aurait plus à nos ignares gilets jaunes ! Même l'ultra-gauchiste Bordiga ne trouve plus grâce aux yeux veloutés de tovaritch Bitot, il a traîné la savatte pour accoucher lui aussi d'un parti mort-né vers 21-23. Ailleurs ? Que dalle ! Et depuis ? Rien, il peut recoupier André Gorz en lisant par-dessus l'épaule de Marcuse : « Le capitalisme après 1945, avec son Etat-providence, sa société de consommation, intégra complètement la classe ouvrière, ce qui rendit tout à fait impossible sa résurrection ». Vu les mots religieux funèbres usés régulièrement par le tovaritch, je présume qu'il a suivi le catéchisme dans l'enfance sans se soucier du sexe de beautés qui nous l'enseignaient, contrairement à moi.

VERS LA NON-CLASSE REVOLUTIONNAIRE version Bitot

Les années 1970 ont vu fleurir pléthore d’« adieux au prolétariat » (selon la formule d’André Gorz en 1980 à la suite de Marcuse) au motif que celui-ci ne constituait non seulement plus « le » sujet révolutionnaire, mais n’était même plus un sujet politique consistant tout court ; qu’il s’était embourgeoisé, devenu pour l’essentiel une gamme de « classes moyennes » aux conditions de vie améliorées, sans identité autre qu’une participation active à la « société de consommation » . Les intellectuels gauchistes rangés des voitures brûlées en Italie comme en France ont alors repris la notion féodale de « multitudes » pour varier celle, cramée, de peuple ; tovaritch Bitot lui a créé la notion de non-classe. Il faut relire les commentaires de Dangeville autour de ses citations lumineuses de Marx sur la complexité de la création de la classe laborieuse et l'instabilité de son statut de classe exploitée et corvéable à merci :

« Le développement de l’industrie n’a pas pour seul effet d’accroître le prolétariat, mais encore de l’agglomérer en masses de plus en plus compactes. Le prolétariat sent sa force grandir. Les intérêts, les situations se nivellent de plus en plus en son sein à mesure que le machinisme efface les différences dans le travail [non la production] et ramène presque partout le salaire à un niveau également bas. La concurrence accrue à laquelle se livrent les bourgeois et les crises commerciales qui en découlent rendent le salaire des ouvriers de plus en plus instable. Le perfectionnement incessant et toujours plus poussé du machinisme rend leur condition de plus en plus précaire. Les heurts individuels entre les ouvriers et les bourgeois prennent de plus en plus un caractère de collision entre deux classes. Bientôt les ouvriers s’efforcent de monter des coalitions contre les bourgeois ; ils se groupent pour défendre leur salaire. Ils vont jusqu’à fonder des associations durables pour constituer des réserves en vue de révoltes éventuelles. Ça et là, la lutte éclate sous forme d’émeutes. »
Certains auteurs telle Sarah Abdelnour, qui a publié en 2012 le livre, Les nouveaux prolétaires, défendent la pertinence spécifique aujourd’hui du terme de prolétariat, et même s’il est nécessaire pour l’auteure d’en « réactualiser la notion ». 
L’ouvrage de S. Abdelnour a le mérite d’affirmer que les lumpenprolétaires sont tout autant des prolétaires que les travailleurs employés qui sont, eux, toujours près d’entrer à leur tour dans l’armée industrielle de réserve. Marx du reste, dans le livre I du Capital, avait déjà analysé en détail l’hétérogénéité de la population prolétaire et proposé une véritable classification des types de chômage (de « surpopulation relative ») du plus ponctuel au plus permanent, marquant même que ce chômage « présente toujours des nuances variées à l’infini » , et il fut prolongé en cela par Rosa Luxembourg dans son importante Introduction à l’économie politique  : dans les deux cas, le prolongement naturel de l’analyse fut la prise en compte de l’hétérogénéité des représentations, inscriptions et mobilisations politiques potentielles. Ce n’est pas d’aujourd’hui, donc, qu’il est clair qu’une population de chômeurs, par définition exclus des cadres de socialisation assortis à la possession d’un emploi stable, vivant dans des conditions d’insécurité sociale majeure, est comparativement bien moins accessible à la propagande d’un syndicat ou d’un parti qui tendent à s’adresser de façon plus ciblée, et dans la durée, à une classe de travailleurs, justement, à l’identité professionnelle ou politico-culturelle ancrée. De ce fait, les zones de combativité du prolétariat contemporain sont plus variées qu’on ne pourrait le croire trop facilement : ce sont autant celles du travail employé (usines, entreprises, petite bourgeoisie employée ou fonctionnaire), que celles des espaces où marginalité, exclusion, désidentification sociopolitique prédominent, espaces bien trop désertés par les syndicats et les partis.

On a dit que « prolétariat » disait plus que classe ouvrière : cela devient évident à l’aune de cette double ouverture, d’un côté au « sous-prolétariat », de l’autre à la petite bourgeoisie, en raison des dynamiques permanentes de différenciation et de recomposition évoquées. Autre façon de dire que, depuis Marx et Engels même, le problème de l’hégémonie ouvrière dans une situation d’alliance de classes, n’a jamais été celui d’un ouvriérisme quelconque6.


Revenons à notre théoricien de la non-classe qui ne veut pas se compliquer la tâche avec la complexité du prolétariat moderne.

Un autre parti communiste verra le jour : « A partir d'une non-classe (déjà perceptible avec le mouvement aclassiste des « gilets jaunes ») qui ne pourra plus se reconnaître dans une classe du fait de la décomposition complète de toutes les classes, demi-classes, pseudo-classes (…) consécutive à la chute du capitalisme qui surviendra à la suite de sa phase terminale. Non-classe qui sera au fond une classe, la classe des laissés-pour-compte que le capitalisme dans son effondrement aura engendrés et précipités dans la misère, elle deviendra l'immense majorité de la société ».

On a compris qu'il s'agit du parti des « livreurs de pizzas » auxquels on croyait avoir échappé en introduction à la promesse d'un parti présumé livré chaud et consommable. Ce devra être une « forte » pizza, pardon un « fort parti » nous assure le tovaritch, « le parti compvat et monolithique de demain ». Je l'adresse ici aux connaisseurs de notre « milieu », ce parti ne vous rappelle-t-il pas un courant maximaliste qui a eu ses heures de gloire ? Mais qui lui faisait référence au prolétariat et pas à une non-classe ?

Le 15 avril 1921, Bordiga écrit un article qui explique que les thèses sur le rôle du parti communiste dans la révolution prolétarienne, adoptées par le second congrès de l'Internationale communiste, stipulent que « le parti de classe ne peut comprendre dans ses rangs qu'une partie de la classe, jamais sa totalité, ni peut-être même sa majorité ». On est loin des facéties de tovaritch Bitot.



NOTES

1Ils sont récupérables tôt ou tard avec leur quête chimérique d'une « vraie démocratie », et Bordiga le prévoyait si bien : « La bourgeoisie elle-même ressent à notre époque une sympathie et une inclination nullement illogiques pour dans sa fraction la plus intelligente elle accepterait volontiers de réformer son appareil étatique et représentatif pour faire une large place aux syndicats "apolitiques", et même à leurs revendications de contrôle du système productif. La bourgeoisie sent que tant qu'on peut maintenir le prolétariat sur le terrain d'exigences immédiates et économiques qui l'intéressent catégorie par catégorie, on fait œuvre conservatrice en évitant la formation de cette dangereuse conscience "politique" qui seule est révolutionnaire, parce qu'elle vise le point vulnérable de l'adversaire, la possession du pouvoir ».
2« On peut prendre l'exemple du 24 mai 1968 : l'opinion publique était jusque-là favorable aux manifestations étudiantes et aux grévistes, mais tout bascule après des affrontements particulièrement violents et les deux morts – le commissaire Lacroix à Lyon et un jeune homme à Paris – qui sont attribuées aux manifestants. On apprendra bien plus tard que ce dernier a en fait été tué par un éclat de grenade offensive de la police et pas poignardé par la "pègre manifestante", comme l'avait dénoncé le lendemain le ministre de l'Intérieur.
La nouveauté aujourd'hui, c'est la diffusion des informations sur les réseaux sociaux, en particulier les images des blessés graves, et la diffusion sur tout le territoire national et dans le monde entier, en boucle sur les chaînes d'information en continu, des images des lieux symboliques de la France attaqués et brûlés. Ces images ont à coup sûr un impact fort sur l'opinion publique, même si elles tranchent avec la figure plus rassurante qu'ont présentée les "gilets jaunes" sur les rond-points ».
3Je ne pinaille pas sur tous les aspects surprenants ou incongrus de la lettre de Claude, mais il faudra qu'il m'explique oralement ce qu'il entend par une telle classe «  réduite par son ultra-machisme à la portion congrie » ; à mon que ce soit une faute de frappe = machinisme.
4D'une certaine façon, outre tombe, le Bordiga de 1921 lui répond : « Une interprétation tout à fait fausse du déterminisme marxiste, une conception limitée du rôle que jouent dans la formation des forces révolutionnaires, sous l'influence de départ des facteurs économiques, les faits de conscience et de volonté, conduisent un grand nombre de gens à rechercher un système "mécanique" d'organisation qui, en encadrant quasi automatiquement la masse d'après la place des individus qui la composent vis-à-vis de la production, suffirait à la rendre prête a agir pour la révolution avec le maximum d'efficacité révolutionnaire ».

5Là déjà du coup, Drouet, Nicolle et Priscilla démissionnent derechef ! Et moi aussi.
6Sur le site Le grand soir, contribution de Emmanuel Barot.