"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

mercredi 7 mars 2018

ITALIE : des élections toxiques ?


Dramatisation de toute la presse de l'élite de la gauche bobo, silence des gauchistes français... Nos directeurs de conscience politique bcbg auraient-ils perdu leur latin ? Ou plutôt leur nouvelle langue de bois, comme la prose féministe du petit NPA poutounien ?
Les partis « anti-système » (mais lequel?) auraient bouleversé la donne. Ne serait-on pas à la veille de défilés de nouvelles Chemises noires et autres retraites au flambeau hitlérien ? Heureusement la presse de l'élite bourgeoise n'utilise encore que les prudes termes de « populisme » et de « nationalistes », laissant aux petits suivistes gauchistes simplistes le qualificatif infamant de « fascistes ». L'OBS constate sobrement, jouissant par avance de : l'effarement contraint ou simulé de ses lecteurs en cravates ou pull Balmain :
«  Les nationalistes de la Ligue (ex-Ligue du Nord, devenu une sorte de FN local), dirigée par de Matteo Salvini, dépassent 18% des voix, contre 4% en 2013. Ils s'offrent le luxe de passer devant leurs alliés de Forza Italia de Berlusconi (14%). Le mouvement "dégagiste" et eurosceptique 5 Etoiles est désormais le premier parti italien : son score atteint près de 32%... ».

Mais le ton change rapidement, avec des lueurs de lucidité :

« Il y a de quoi s’alarmer : l’Italie est non seulement l’un des pays fondateurs de l’Union européenne (et la troisième économie de l’Europe continentale), c’est aussi le pays du fascisme. Un cauchemar que l’on croyait, jusqu’à une période récente, oublié dans les poubelles du XXe siècle. La médiocre campagne qui a précédé le scrutin a montré que la bête n’était pas morte. La xénophobie (avec sa variante anti-islam) s’est déchaînée, sans aucune retenue. On a même entendu un candidat de la Ligue, Attilio Fontana, affirmer sans broncher, sur une radio, que la "race blanche" était menacée. (…) pourtant, ce résultat était prévisible. Pire : les partenaires de l’Italie au sein de l’UE l’ont quasiment programmé, en laissant la péninsule se débrouiller, seule, face à une puissante vague migratoire venue d’Afrique, via la Libye. Plus de 600.000 personnes ont traversé la méditerranée depuis cinq ans, dans un pays incapable d’absorber un tel accroissement de la population, pour des raisons économiques et budgétaires. »

L'OBS oublie ce qu'il avait écrit ou professé la veille. En décembre de l'an juste passé, la rentière de l'hebdo, Marcelle Padovani montrait l'Italie comme le modèle d'intégration via un sénateur bourgeois ex-militant gauchiste de Lotta Continua, transité au repos sénatorial par la fraction bourgeoise « verte ». Présentation de l'interview rigolote :
« L’Italie offre-t-elle un "modèle" possible d’intégration aux migrants ? Interview de Luigi Manconi, sociologue spécialiste de l’immigration, sénateur et président de la Commission pour les droits de l’homme  au Parlement de Rome ». Que nous conte ce brave sénateur rangé des barricades ?

« Puis, pour rester dans le long terme, l’Europe devrait se convaincre que ses 500 millions d’habitants actuels se réduiront de plusieurs millions d’ici à 2050. Comment enrayer ce déclin démographique ? Elle devrait savoir aussi, l’Europe, que le seul Nigeria aura bientôt à lui tout seul autant d’habitants que tout le Vieux continent. On va les laisser crever dans leur Afrique natale ? C’est sur ces chiffres incontestables qu’il convient de raisonner, avec pragmatisme. Et bâtir ainsi une politique. Ce n’est pas parce que je suis italien que je le dis, mais il est clair que mon pays est en tête des pays européens les plus ouverts aux immigrés. C’est une évidence. Parce qu’il subit de plein fouet la vague migratoire (180.000 en 2016, 110.000 en 2017) et est contraint d’inventer des solutions. »


Déclin démographique et crise ou invasion migratoire ?

L'affaire est si sérieuse pour l'élite que, même Le Figaro, resté maurrassien et limite facho, est tombé dans la fable du « déclin démographique », et déplorait la semaine dernière qu'il y ait un trou des naissances de trois cent mille unités en Ritalie ! D'où vient ce chiffre ? Comme les chiffres incontestables du sénateur gauchiste, on ne le saura jamais. Il ressort du raisonnement des Padovani et Manconi que, dans leur imaginaire hors du capitalisme réel, l'avenir des miséreux en Afrique est de les caser coûte que coûte en Europe ; ce qui est, si on ne veut pas être méchant, un raisonnement post et néo-colonialiste – on veut bien des échappés de la farce des libérations nationales comme pue-la-sueur en Europe – mais l'Afrique doit rester une terre de pillage de matières premières !
Les « inventions » de Manconi sont ainsi très limitées :
« ...le problème est que sur 7.970 communes italiennes, seulement 1.340 ont adhéré à l’initiative. Or tout le monde sait que 12 immigrés dans une petite ville de 5.000 habitants, cela ne pose aucun problème. S’ils sont 120, c'est plus compliqué. C’est donc dommage que le SPAR doive se contenter d’un nombre aussi réduit de communes  disposées à l’accueil. Si elles étaient plus nombreuses, le problème serait résolu. »1 .
Manconi roule pour le réseau des emplois « humanitaires » qui fournissent de l'emploi à gauchistes ; cette fraction du petit commerce capitaliste est ce qui motive principalement le marché antiraciste militant des sectes gauchistes italiennes au NPA en France et diverses ramifications nord-américaines (les euphémistes ONG) ; d'où la surenchère réac-utopiste de l'ouverture à tout va des frontières comme argument internationaliste frauduleux, mais nullement prolétarien des clowns figurants du NPA2. Contrairement au bla-bla du gauchiste recyclé sénateur, l'Italie n est aucunement le pays le plus ouvert, c'est le plus exposé aux fuyards des guerres africaines, grâce aux joyeux passeurs et la complicités des ONG gauchistes qui vont chercher les migrants sur les cotes lybiennes. Lampeduza aimerait être aussi éloigné de l'Afrique du Nord que Paris ou Nantes. Les italiens qui voient ces débarquements organisés et les drames ne sont pas forcément d'indécrottables racistes ni des militants de la Ligue du Nord.

La mère Padovani avait déchanté au vu du déroulement électoral, alors que l'orchestration antifasciste a été diablement réussie avec en prime un cinglé qui a grièvement blessé six migrants :

«... ce qui se présentait comme un épisode électoral un peu terne, avec un taux d’abstention très élevé, duquel serait sorti vainqueur un centre droit faiblard et instable, est devenu une campagne hargneuse, violente, dont le sujet central est l’immigration. Le quotidien "La Repubblica" a eu beau rappeler que même les expulsions sont coûteuses (les experts évaluent à 4.000 euros par migrant le coût d’une expulsion, ce qui pour 600.000 personnes atteindrait la jolie somme de 2,4 milliards d'euros) et d’autres journaux souligner que la politique d’entente du gouvernement italien avec les Libyens a obtenu de beaux résultats en matière de contrôle des côtes, le thème est lancé et l’Italie redevient le laboratoire du populisme européen ».

Même le journal patronal, Les Echos, a déploré que ces élections aient été « instrumentalisées » autour de la question migratoire. La recruteuse de migrants désespérés pour des salaires ridicules (pour des prolétaires européens pas pour les spoliés du gauchisme indépendantiste) au profit du patronat européen, nous sort à chaque fois un argumentaire de plus pour justifier (masquer) l'invasion de la misère africaine : expulser coûterait plus cher qu'assimiler (sans intégrer car il faut respecter l'islam). L'argumentaire énamouré de l'accueil sans fin et sans limite de toute la misère des pays en guerre est insondable. Comme est inénarrable ce souci de l'avis ponctuel de l'électeur lambda auquel la dictature bourgeoise soft et perverse ne demande pas l'avis pour gérer le capitalisme. On lui pourrit de toute façon son avis. De même qu'on ne demande pas son « avis » ou son « opinion » au prolétaire qu'on va licencier, on décrète qu'il est raciste et facho parce qu'il voit arriver des concurrents de misère, et parce qu'il sait (ignorant raciste intrinsèque qu'il est) qu'on va rémunérer le migrant vingt fois ou plus, moins cher que lui et sans assurances sociales (l'Etat bourgeois en a marre de « faire du social »). L'arsouille persévère à penser que les nouveaux venus sont de trop et qu'ils pourraient trouver une solution chez eux plutôt que de venir ici chercher à se sauver... Dans les deux cas, prolétaire comme migrant sont parfaitement méprisés et n'entrent aucunement en ligne de compte pour une dignité humaine et une dignité sociale et politique.

DOUCHE FROIDE POUR L'ELITE BOURGEOISE OU BONNE PARTICIPATION ELECTORALE ?

L'édito de l'OBS, de Pascale Riché, qui suit le résultat bordélique des élections italiennes dément les racontars des Padovani et Manconi :

« Rien n’a été fait pour répartir l’accueil de ces migrants, au contraire : on a appliqué avec zèle le "règlement de Dublin", qui veut que tout migrant doit demander l'asile dans le premier pays de l'Union européenne dans lequel il est arrivé. Rien n’a été fait non plus pour aider les Italiens à fournir un accueil décent à ces migrants. Ces derniers ont le plus souvent été livrés à eux-mêmes, sans logement, sans soins, sans nourriture, poussés vers la marginalité et parfois la délinquance. Ajoutez à cela l'austérité permanente, imposée au nom de la discipline européenne depuis la crise de 2008, avec pour résultat un chômage des jeunes de 34%, des faillites en cascades, une explosion de la pauvreté : comment être surpris des résultats du 4 mars ? Au vu des résultats, il est impossible de dire qui formera le prochain gouvernement : aucune coalition n’a atteint les 40% nécessaires pour s’assurer d'une majorité stable au Parlement. Mais les urnes ont confirmé avec une grande netteté le désamour des Italiens vis-à-vis de l’Europe, à laquelle ils étaient pourtant attachés depuis des décennies. Bien des voix avaient mis en garde l’UE et ses membres face au risque d’un tel scénario-cauchemar, faute d’une plus grande solidarité. Ils sont pourtant restés sourds, malgré les nombreux appels à l’aide de Rome. Le piège s'est refermé dimanche. L'Europe jura, mais un peu tard, etc. »

Désamour manifeste de l'électeur lambda des partis populistes comme du mouvement 5 étoiles dont le programme précise: "zéro débarquement de migrant"(et l'hilarant "revenu de citoyenneté" qui en a abusé plus d'un post coïtum électoral). Tout rédacteur de l'OBS se doit de mentir et de mentir effrontément, tout en semblant reconnaître une vérité désagréable pour leur discours habituel lénifiant et humaniste à bon compte ; mais au fond toujours un remake masqué du vieux chauvinisme3. Ce n'est pas l'Europe, monstre bureaucratique vague qui surfe sur l'agonie des nations et favorise les régionalismes nationalistes, qui a permis de LIMITER L'ABSTENTIONISME, c'est la mondialisation sauvage, le chômage, l'affichage de la prétention migrante « à venir passer un diplôme d'ingénieur en Grande Bretagne » , c'est plus encore la vieille fracture entre le Nord et le Sud de l'Italie. Ce n'est pas l'Europe qui a gonflé le chiffre du parti du clown M5 étoiles mais le fait-divers tragique de Macerata élevant au rang de remontada du fascisme le « raid raciste » d'un petit énergumène (« Ritalie sous le choc »), ex-candidat malchanceux de la Ligue du Nord qui « a redonné chance aux populismes » (l'OBS), confirmant le risque de renaissance du fascisme (NPA), mais en vérité qui aura servi de gonflette électorale pour un pan de l'électorat drivé par l'élite de la gauche bourgeoise, concernant un fascisme inexistant4. Le jeu politique de la mondialisation sauvage est un théâtre d'ombres où tous les chats sont fascistes.
Les partis « nationalistes » de Salvini et Berlusconi auront capté pour leur part les abstentionnistes troublés par les faits divers concernant des exactions de migrants (dans le besoin... insatisfaits par l'accueil oecuménique des curés et des gauchistes, ou des curés gauchistes et des gauchistes curés)5. L'essentiel était sauf : la participation aux urnes a été une réussite. Pour le reste, comme en Italie ou en Allemagne, la gestion des affaires gouvernementales se fait si naturellement et sans insurrection, ni fasciste ni communiste, qu'on peut voir venir voire provoquer, j'allais dire « organiser l'ambiance » pour de nouvelles élections, qui ne s'usent que si l'on s'en sert trop.

On se souvient que la spé de Ritalie, Padovani, à l'encre sympathique pour ses confrères en bla-bla de gauche dorée, se félicitait de la réussite électorale : « ce qui se présentait comme un épisode électoral un peu terne, avec un taux d’abstention très élevé, duquel serait sorti vainqueur un centre droit faiblard et instable, est devenu une campagne hargneuse, violente, dont le sujet central est l’immigration ». Sic ! Sic !
Des scénarios à foison suffisaient largement à émotionner autant que le « raid raciste », convenez-en  (encore un extrait de l'hebdo à penser gauche grand bobo):

« Un revenant ! Qui aurait pu imaginer que, dans l’Italie de 2018, quatre-vingts ans après sa disparition, Benito Mussolini ferait un retour aussi remarqué ? Et pourtant, sous la forme d’un film, sobrement intitulé "Sono tornato" ["Me revoilà", NDLR], le Duce est là ! Ni un documentaire, ni un film historique, cette comédie, mêlant fiction et scènes réelles, est hilarante, si l’on en croit les extraits que la production (Indian Production) a transmis aux journalistes. Néanmoins sa sortie (prévue le 1er février), bien orchestrée, fait discuter en Italie. Car on peut aussi y voir l’histoire tragique du pays se répéter…
Adapté d’un film allemand satirique, sorti en 2015, qui relatait le retour du Führer dans les rues de Berlin, et qui fit scandale outre-Rhin, le retour du Duce évoque la possible répétition d’une tragédie historique. Car dans ce "Sono tornato", volontairement comique, on note aussi les réactions bien réelles des gens de la rue. Il y a ceux qui font carrément le salut romain en croisant le Duce. Ceux qui demandent un selfie à l’acteur. D’autres, éberlués, interrogent : "Mais qui c’est ?" D’autres le reconnaissent parfaitement et disent : "Il faudrait faire comme lui. Supprimer les partis. En garder un ou deux au maximum." D’autres, enfin, imaginent avec son retour une possible "élimination des migrants" ».

Voilà tout ce que je peux déduire du bordello italien, comme j'aurais pu le dire du bordello
Graffiti de mai 68
espagnol et catalan, du bordello anglais, allemand, du futur bordello français, etc.Des bordellos qui n'empêchent pas du tout la bourgeoisie de régner ni de sermonner ses électeurs méprisés. Et où le prolétariat est quasi absent de la situation, comme atomisé, certes comme il est normal en période de mystification électorale. Avec des partis à profusion, tiens ! Comme en 68 où apparurent une noria de sectes trotskiennes et maoïstes, comme si la multiplicité des partis ou particules avait la même fonction que les globules blancs de notre organisme.

Laissons la conclusion d'actualité à France 3 (chaîne non menacée de disparition, quel bonheur!, comme TF1) :


« Le premier scénario est celui d'un Premier ministre issu de l'ex-Ligue du Nord. Ce serait une première. Il faut pour cela que Matteo Salvini obtienne le soutien de petits partis puisque sa coalition qui va de la droite à l'extrême droite n'a pas de majorité pour gouverner.
Alliance des perdants ?
Le deuxième scénario possible est une alliance entre les partis modérés, les perdants de cette élection, pour pouvoir poursuivre la construction européenne, sur le modèle de ce qui vient de se passer en Allemagne.
La troisième possibilité est une alliance anti-système entre la Ligue et le Mouvement 5 Étoiles. Un scénario peu probable, mais possible, selon Marc Dana, l'envoyé spécial de France 3 qui s'exprime en direct de Rome ce lundi soir. Dans ce cas, l'Italie, pays fondateur de l'UE, serait dirigée par des eurosceptiques. Seule certitude : la formation du gouvernement prendra plusieurs semaines ».









NOTES :


1 Manconi vante le SPAR : le SPAR ou "Système de protection des demandeurs d’asile et des réfugiés". C’est un organisme public qui assure un "deuxième accueil" aux immigrés déjà présents sur le territoire. En utilisant des critères justes, qui permettent la redistribution sur le territoire de groupes de demandeurs d’asile compatibles entre eux (par exemple des originaires du Sri Lanka, ou du Maroc, ou d’ailleurs ; ou un groupe de familles relativement homogène, en évitant à chaque fois de  mélanger les nationalités ou les tranches d’âge). Ces groupes sont dirigés vers de petits centres d’accueil situés dans les municipalités qui ont signé un accord volontaire avec les autorités.
2La prose antiraciste, féministe cucul et simpliste du NPA a tout pour désorienter politiquement seulement … des lycéens et leurs profs hors des réalités sociales et politiques de lutte « des classes » : « Le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb vient de présenter, en conseil des ministres, son projet de loi « asile et immigration ». Ce projet vise à limiter encore un peu plus l’octroi du droit d’asile et à rendre plus difficile les recours pour les exiléEs. Il s’inscrit dans une volonté affichée d’accroître les expulsions et d’amplifier la chasse aux migrantEs.
Cet alignement de plus en plus net sur les positions de l’extrême droite xénophobe va à rebours de ce qui se passe dans la société, où l’on assiste à un renforcement des mouvements de solidarité avec les migrantEs et une multiplication des initiatives de soutien concret, de la vallée de la Roya à l’université Paris 8 en passant par Ouistreham, Nantes ou Villeurbanne. 
Le NPA apporte tout son soutien à ces initiatives : il faut accueillir les migrantEs, ouvrir les frontières, faciliter la liberfté de circulation et d’installation, régulariser les sans-papiers et en finir avec les politiques sécuritaires qui propagent les préjugés racistes.
Le NPA sera de toutes les mobilisations pour mettre en échec ce projet de loi. Il s’investit notamment dans la préparation de la marche contre le racisme d’État, contre la loi asile et immigration et contre la chasse aux migrantEs, organisée par un collectif d’associations le 17 mars prochain à Paris. » 
3Comme le révèle ce soutien attristé à un collabo moderne qui « a risqué sa vie pour la France » : « Mohammad Basir Ibrahimi ressemble à beaucoup de ses compatriotes en exil, à une particularité près : il a risqué sa vie pour la France et quand on voit ce qu’il lui arrive, on n’ose à peine imaginer le sort réservé aux autres. Pendant près de deux ans, il a travaillé pour l’armée française à Kaboul en tant qu’interprète. Des documents officiels du ministère de la Défense (que s’est procurés la radio France-Bleu) attestent de ses qualités professionnelles. Puis, en 2015, lorsque l’Otan décide de se retirer d’Afghanistan et que les talibans reprennent l’offensive, il demande un visa à l’ambassade de France qui le lui refuse (comme à 150 autres auxiliaires de l’armée également abandonnés à leur sort et en danger) ». Tous les arguments sont bons pour les sergents recruteurs journalistes du mondialisme sauvage  qui exclut toute conception marxiste de l'immigration et de son ancienne place traditionnelle dans le mouvement ouvrier!
4Je rappelle que, comme le césarisme, le boulangisme ou tout autre idéologie politique, le fascisme comme le nazisme sont « datés » et correspondent à une période de contre révolution où face au risque de révolution mondiale intronisé par Octobre 17, c'est la bourgeoisie qui a inventé le fascisme et le nazisme comme forces de répression anti-prolétariennes et pour accélérer la marche à la guerre mondiale ; il est sinistre et presque tragi-comique de voir l'ensemble de la bourgeoisie furieusement mondialiste, voire « internationaliste » hurler au loup fasciste face à l'indignation des « populations » méprisées (parce que les ouvriers « blancs » ou pas d'Europe ne sont pas aveugles face au discours antiraciste et antifasciste, parce que, politiquement, il reste une expérience passée pas complètement oubliée, de l'amitié sincère des fractions bourgeoises avant guerre pour leurs consoeurs nazies ou fascistes ! Un système autoritaire et de focalisation raciale ne peut naître ou renaître qu'en période de contre révolution, mais la révolution elle est où ? Et les migrants ne peuvent pas jouer le rôle maléfique attribué aux juifs avant-guerre ? Sauf à alimenter divers fantasmes pas complètement irréels : progression de l'islam arriéré, et des faits divers sexuels, la faute aux guerres de la France et des autres en Syrie, etc.

5Les trotskiens féministes ne semblent aucunement se soucier, comme les autorités de la libéralisation sauvage, des besoins sexuels (normaux) de cette masse de souvent très jeunes migrants. L'acte hétérosexuel va-t-il finir par être prohibé après la campagne balancetonporc ? Trump va-t-il tomber de son piédestal si la pute qu'il a rétribué 130.000 dollars, gagne un procès fielleux et faux-cul pour lequel elle a dû toucher le double pour balancer … le porc qui déplaît désormais à Goldman&Sachs ? Cf. le départ de son commis voyageur Cohn, présenté comme un séisme par le Huffpost, financé par... GS : « « A la Maison Blanche, cet ancien haut responsable de la puissante banque d’affaires Goldman Sachs jouait les contrepoids par rapport aux instincts nationalistes du président confortés par son conseiller stratégique Stephen Bannon, un ultra évincé en août 2017, puis par Peter Navarro, un partisan du protectionnisme dont l’influence a été déterminante au cours des dernières semaines. Qualifié de « globalist Gary » par ses détracteurs, Gary Cohn n’avait déjà pas pu empêcher la décision de rompre avec un projet de traité de libre-échange avec des pays riverains du Pacifique, puis celle de quitter l’accord de Paris contre le réchauffement climatique ». On notera l'acidité de la plume de l'arriviste gauchiste de Suresnes, Gilles Paris, concernant une nouvelle entité politique: « les instincts nationalistes » de Trump, on pourra ensuite parler des « instincts bobos », des « instincts gauchistes » ou « fascistes » relookés, etc.
En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2018/03/07/gary-cohn-principal-conseiller-economique-de-donald-trump-demissionne_5266661_3222.html#0piVL61Y5LCFRgby.99

jeudi 1 mars 2018

FACE A L'ATTAQUE GOUVERNEMENTALE PERVERSE A LA SNCF, QUELLE RIPOSTE DE CLASSE ?


Les syndicats ont déjà préparé les mauvais rails.
LA TACTIQUE DU GENDARME POUR désarçonner la classe ouvrière

La fabrique sondagière a inventé que 67% "des français" disent souhaiter la fin du statut des cheminots... ça peut leur foutre à ces vagues "français"? Est-ce que seigneur Macron les consulte pour l'envoi des soldats en Syrie?
Si vous voulez avoir le meilleur avis suce-boule du pouvoir cynique de Macron, reportez-vous au site « chrétien » La Vie ; rarement rédac en chef aura été aussi cire-pompe, mais la plupart des journalistes tiennent leur place de cette servilité proclamée ; un certain Jean-Pierre Denis amplifie les désirs du pouvoir « Une réforme sur les bons rails » :
« Programmer l’extinction lente du statut de cheminot sera indolore pour le personnel qui en bénéficie. Il semble difficile ­d’aller immédiatement au-delà. D’ailleurs, les solutions ­radicales paraissent, à l’examen, très contestables. La privatisation d’une entreprise aussi endettée, même si elle se traduisait par une meilleure gestion, entraînerait l’abandon de toutes les activités déficitaires, délaissant des pans entiers du territoire ou de la population, et ferait regretter la qualité du service. (...) Quant à la mise en concurrence qui arrive très progressivement, il faut y voir une incitation de plus à la réforme, mais on ne doit certainement pas en attendre des miracles. La perte du monopole du fret n’a pas permis le redressement de ce mode de transport par ailleurs plus écologique que la route – au contraire, le déclin s’est accéléré. À ce stade, les choix du gouvernement pour remettre la SNCF sur les rails semblent donc à la fois réalistes, raisonnablement ambitieux, et respectueux d’un service public auquel les Français, malgré de légitimes récriminations, restent profondément attachés ».
C'est le même flou que la prise de position souffreteuse et pleine d'hésitations des divers cartels syndicaux. Comme pour la casse d'EDF, on n'en sait trop rien, privatisé ou pas, nom changé et découpage en plusieurs unités séparées ; déjà à l'époque on n'y comprenait rien de l'intérieur ; et il n'est même pas sûr que la bourgeoisie française ne roule pas ses contrôleurs européens en gardant sous contrôle étatique de larges parts des demi-défuntes entreprises nationalisées ; ce qui est un moindre mal pour le nucléaire où les gangs écolos allemands ou américains militent pour saboter l'industrie nucléaire française avec l'appui des gauchistes collabos.
Je n'aimerais pas être cheminot en ce moment pour savoir où donner de la tête. Ils savent bien eux que le démantèlement est commencé depuis des années : séparation entre diverses unités, embauches à deux vitesses. Ils savent aussi que Juppé n'avait pas vraiment été vaincu en 1995. D'ailleurs j'ai mené une recherche sur les leçons de la lutte ouvrière de 1995. Sur le site du CCI, c'est navrant on ne tombe que sur des querelles picrocholine avec le minuscule PCI mais pas moyen de retrouver un article central sur le déroulement de la grève et son échec maquillé en victoire.
Vous pouvez vous reporter à mon analyse détaillée : https://proletariatuniversel.blogspot.fr/search?q=1995 et mesurer combien était grand l'embrouillamini. Petite chronologie instructive :
Une petite chronologie d’abord pour montrer que la force de protestation du mouvement ne partait pas des états-majors syndicaux comme cette année depuis janvier. Le mouvement ne s’était pas développé comme une suite des balades orchestrées aux dates choisies par les états-majors, et suffisamment éloignées pour évite l’effet boule de neige. On comptera au total 6 grandes journées d’action et le mouvement aboutira au retrait du projet gouvernemental ; les cheminots se seront farci trois semaines de grève.
10 octobre 1995 : grève massive de la fonction publique ;
15 octobre 1995 : grève SNCF ;
14 mai 1995 : manifs syndicales contre la réforme de la Sécurité Sociale ;
Novembre 1995 : grèves dans les universités ;
15 novembre 1995 : annonce du plan Juppé : porter les annuités d’ancienneté au travail de 37,5 à 40 années pour les salariés de la fonction publique ; la CFDT, nombre d’écrivains et journalistes, et une partie du PS soutiennent le plan ;
24 novembre 1995 : la grande JA est massive mais les cheminots – du fait de leur expérience non oubliée de 1986 – reconduisent subitement la grève au grand dam des dirigeants syndicaux ;
27 novembre 1995: la RATP et la Poste rejoignent les cheminots dans la grève ;
28 novembre 1995 : réaction immédiate à ce qui s’est passé la veille, les appareils syndicaux jouent la division, la CFDT est absente des manifs.
3-4 décembre 1995 : débat flou et ampoulé sur la grève générale au congrès de la CGT.
4 décembre 1995 : boycott par la plupart des syndicats cheminots de la commission gouvernementale pour adapter le régime de retraite ;
5 décembre 1995 : JA
11 décembre 1995 : le Premier ministre Juppé recule ;
12 décembre 1995 : JA, 2 millions de manifestants ;
15 décembre 1995 : le gouvernement retire sa réforme, les syndicats crient « victoire », la défaite gouvernementale ne sera que partie remise. Sous une victoire « syndicale », il s’est passé beaucoup de choses inquiétantes... (…)
Tout au long du conflit, le système des AG a été en réalité basé sur la séparation entre les catégories. En même temps, si chaque catégorie décidait « pour elle-même » de la poursuite de la grève, chacune intériorisait le fait que la poursuite de la grève dépendait des agents de conduite. Sous l’influence bienveillante des syndicats l’AG des agents de conduite devenait peu à peu l’instance centrale de la grève. On comprend à ce moment là l’importance pour CGT et CFDT de prendre pied parmi les agents de conduite où ils ont affaire à de redoutables concurrents de LO et LCR… Le déroulement de la grève devient peu à peu une mise en scène des agents de conduite qui sont ainsi peu à peu sous l’emprise des syndicats, qui vont pouvoir ainsi chapeauter l’ensemble du mouvement de grève. Les mandants syndicaux pèsent pour refuser toute AG commune à l’ensemble du personnel, ce qui permet : 1. satisfaire la Fgaac 2.de jouer l’unité syndicale en faveur des agents de conduite et 3. de renforcer l’emprise syndicale sur la corporation en affaiblissant tout réel débat au sein de cette AG (au nom de la sainte unité syndicale). L’AG des conducteurs de train sous une si bonne protection devient amorphe et ne se consacre même plus aux objectifs généraux du mouvement ou au souci de coordination avec mes autres entreprises. L’AG débute désormais invariablement par la prise de parole des bonzes syndicaux : CGT puis CFDT et Fgaac (…) L’information (si précieuse pour la vraie lutte de classe) ne circulait plus qu’entre militants des appareils ; des réunions avaient lieu entre syndicalistes de même catégorie. La grève n’est plus qu’une palinodie. Les caisses de solidarité de fonds constitués dans les manifs ne sont pas utilisées pour « tous ensemble » mais restent séparées et distribuées par les sous-fifres syndicaux.
Cette emprise subtile a détruit deux choses : d’abord la possibilité de l’AG des conducteurs de devenir un vrai comité central de grève national, ensuite (le plus important) mis fin au système de délégation directe à partir de l’assemblée. Cette AG devient ainsi non plus l’expression des travailleurs en colère contre le gouvernement mais un instrument de contrôle de la grève par les organisations syndicales. On le constate à la fin de la grève, le 11 décembre alors que l’AG des conducteurs se tenait toujours après les AG des autres catégories, elle se déroule très tôt le matin. Alors que la veille encore, le discours des militants CGT et CFDT fixait comme objectif le retrait du plan Juppé, la mainmise syndicale sur l’AG des conducteurs de train permet d’organiser la reprise sans que le débat sur les objectifs de la grève et son déroulement ait lieu. Quand les autres AG se tiennent, la reprise n’est plus un enjeu. Les AG ont été dépouillées par le sommet de leur souveraineté constitutive. Elles ne sont plus qu’un rituel où les cadres syndicaux organisent le tour de parole dans des locaux proposé par eux. Le « tous ensemble » habille alors l’opacité quant aux lieux de décision ».
Vous pouvez relire la totalité de cet article dont je n'ai repris que ces extraits. En vérité il n'y eu pas de vraie victoire, le statut des cheminots semblait préservé mais la réorganisation managériale était mise en place pour les années à venir dans ce vaste trompe l'oeil, pour aboutir au constat d'aujourd'hui que reconnaissent lâchement les bonzes syndicaux eux-mêmes : la boite a été démantelée ! Et pleurnicher comme le journaliste bigot qu'il ne reste que ce putain de statut et la dette hénaurme ! Quand en même temps, la presse bourgeoise fait dire à 67% des français qu'il faut détruire le statut des cheminots, que les sommets syndicaux « hésitent sur la conduite à tenir » pour être pris au sérieux, « ne pas monter l'opinion contre les cheminots ». Et, pachyderme magnanime la bande à Macron de s'afficher impériale : de toute façon on emmerde tous les cheminots et nos parlementaires godillots, on tranchera par ordonnances ce qui nous a si bien réussi grâce aux promenades syndicales pour les régimes de retraite allongée !
La France restait un des rares pays disposant d'une relative protection sociale. Les bandits au pouvoir sont donc en train de parachever les sabotages successifs des Sarkozy et Hollande. Comme il n'y a plus sens à parler de droite et de gauche, qui se confondent chacune une fois au pouvoir, personne n'accuse Macron de mener une politique... de droite. Mais il y a assez de milliers de journalistes et syndicalistes serviles pour proclamer que « c'est une bonne chose » car seront préservées les lignes campagnardes ! (cf. l'interview minable du grand dadais premier ministre – fiston Juppé – par la mère Sophie Lapix ).
C'est vraiment se foutre de la gueule du prolétariat ! Les lignes secondaires ont été l'objet de coupes sombres depuis 95 et cela continue. Les accidents ou mauvais fonctionnements attribués au « service public ringard » sont des arguments supplémentaires fallacieux : privatisé, le réseau aurait connu des accidents plus horribles encore comme chez nos brexiteurs anglais ; et la mise au point informatique sophistiquée pose les mêmes problèmes à toute grande entreprise privée.
Le découpage entre mafias de profit ne va pas rendre plus sécurisant le voyage en train. Je rappelle que ce farceur a affublé le transport concurrent de « cars Macron » et que ce moyen de transport collectif reste un des plus dangereux au monde, et qu'en France on a toujours autant d'accidents graves avec ce type de transport, comme ce terrible accident de passage à niveau où juges et policiers s'efforcent de faire porter la responsabilité à la pauvre conductrice alors qu'il semble bien que cela soit dû à une défaillance de la bureaucratie SNCF ; dans cette vieille entreprise nationale il existe depuis toujours une hiérarchie impotente où chaque contrôleur de train se prend pour Napoléon.
Quel enjeu pour ce conflit déjà pétard mouillé par toutes les officines des journaleux aux syndicalistes ?
Défendre un retour à la nationalisation pépère ? Bof personne n'y croit plus à part les retraités staliniens en déambulatoire. Défendre le statut ? C'est perdu d'avance, l'opinion a été formatée. Mais c'est bien la seule chose pourtant qui mériterait d'être défendue et capable de retourner « l'opinion » (du moins celle qui n'est pas inventée par les sondeurs pervers mais la conscience de classe). Macron n'a pas besoin de venger Juppé, il a besoin d'accrocher à ses crocs de boucher bourgeois une défaite bien sanguinolente d'un des secteurs les plus combatifs du prolétariat depuis 1968. A cet égard il s'agit bien plus d'une provocation à faire une grève longue qui, provoquant la pagaille surtout pour les prolétaires obligés de prendre quotidiennement ce moyen de transport n'auront pas envie de soutenir une « lutte corporative ». Une victoire bien saignante et cuisante servirait à renforce l'idéologie de domination et d'écrasement de la conscience ouvrière : non seulement vous n'avez plus de bastion mais on peut virer n'importe quel prolétaire comme on veut parce que c'est la compétition internationale qui nous y oblige. Voyez cette entreprise – Pimkie – certainement conseillée par d'ex-gauchistes, qui, au nom de la participation aux décisions managériales (idéologie autogestionnaire) a réussi à faire que ses salariés se licencient eux-mêmes.
DU CAPITAL FICTIF A LA GREVE FICTIVE ?
C'est comme le capital fictif. On gonfle les actifs pour leur conférer plus de valeur ultérieurement. On gonfle la dette de la SNCF pour en faire porter la responsabilité aux employés « statutaires ». On gonfle le nombre d'accidents pour justifier la carence d'une entreprise nationale centralisée comme on gonfle le nombre de morts présumés par la pollution (60.000 à Paris) pour justifier la suppression du diesel.
Je serais cheminot j'y regarderai à deux fois avant de me laisser entraîner soit dans une grève longue, perdue d'avance, soit dans une grève baroud d'honneur avec une souveraineté des AG encore une fois détruite par le personnel syndical et gauchiste. Si toutefois une grève devait vraiment être décidée, elle aurait d'énormes atouts à ne pas se laisser entraîner sur les revendications chauvines des syndicats (nationalisation) et capitalistes (penser d'abord au profit) et à engager un combat forcément séduisant au regard de toute la classe ouvrière pour la garantie d'emploi, statut ou pas, pour la sécurisation des professions. La lutte pourrait alors prendre son envol pour redevenir une vraie lutte de classe intercatégories, et faire reculer ces apaches qui veulent nous gouverner comme les chinois et les qataris. Sans se faire d'illusion car ce n'est pas demain que ce capitalisme décadent, qui fait tout voler en éclats comme toute société finissante, lèvera l'angoisse du prolétaire, « la peur du lendemain », comme disait Babeuf. A un moment ou un autre, la violence nécessaire sera très violente.


mercredi 28 février 2018

LA DERNIERE BLAGUE DE JACQUY


Isaac Mamane dit Jonas (1947-2018)

Isaac Mamane, dit Jacquy a demandé à être débranché de ses souffrances sur terre ce 24 février. C'est non seulement un des fondateurs de Révolution Internationale à Toulouse en 1968 et du Courant Communiste International en 1976 qui disparaît, mais un homme exceptionnel de lucidité , d'empathie et de dévouement à l'insatiable envie de révolution. Pendant plus de quatre décennies, malgré les aléas de la vie et la dramatique période d'exclusion et de persécution d'une organisation qui s'est étouffée dans des délires néo-staliniens et policiers, il a maintenu toute son énergie, toute son intelligence au service d'une seule cause, la perspective du communisme, en ne s'abaissant pas à se soumettre aux délires d'une secte rabougrie et en continuant le combat avec un petit cercle, le GIGC, qui, trois fois hélas, comme Gulliver, croit être un géant parmi les nains1.

Chirurgien dentiste, Jacquy (qui signait ses articles JE comme Jacquie, ce sympathique prénom accommodable à l'infini) était connu dans le coin du Pré Saint Gervais comme un mauvais dentiste. Le genre de dentiste seulement ouvert un jour sur deux. Il se foutait de gagner de l'argent. Il délaissait en effet son cabinet et préférait se consacrer au travail opiniâtre d'organisation, aux réunions politiques des comités ou commissions diverses, comité exécutif, comité de rédaction, commission extraordinaire,etc. Débattre avec cette voix grave et chaude (qui vous aurait guéri sans bistouri une rage de dent) jusqu'à trois heures du mat n'était jamais un défi pour lui par conséquent. Sa personnalité dégageait une telle aura qu'on lui donnait confiance en général pour les tâches de liaison les plus exposées ou les plus diplomates. Il donna toute sa mesure dans le lien entre comité de rédaction et comité exécutif. Le comité de rédaction, comme souvent dans les petits groupes maximalistes, était l'objet d'envie ou de compétition de pouvoir, mais pendant la période où il en tint les rênes il apaisait les tensions, il calmait les ardeurs. Bien qu'il ne fût pas une plume, ce dont il se fichait, il avait le souci d'exposer avec clarté son opinion ou sa divergence, et souvent avec courage.
Il était rigoureux, fidèle dans l'échange, humain dans ses rapports avec tous les camarades, ce qui ne fût pas le cas d'autres à sa place ; les orgas révolutionnaires draînant parfois de drôles de cocos et un lot inévitable de pervers narcissiques. En bref il inspirait confiance et méritait cette confiance qu'il se trouvât à la commission des finances ou bien délégué à un congrès.
Il faisait partie de ce qu'on peut appeler les « camarades sortables », car, comme je viens de le dire on avait des zigotos pas forcément présentables, au physique comme au comportement (années 70 et 80). Jacquy pouvait apparaître, comme quelques-uns d'entre nous, heureusement, présentable et normal, et apparaître comme un marxiste buvable même s'il savait être intraitable si la discussion prenait un tour polémique.

Il ne fût pas toujours un puits de science ni clairvoyant dans les tempêtes entre tendances, contrairement à l'hagiographie exagérée que lui consacre Juan. Mais s'il n'a pas vu venir le processus de destruction interne au mitan des années 1990, c'est à dire quasiment au même moment où les luttes ouvrières étaient défaites quoique encore dangereuses pour le pouvoir (cf. 1995)2, il ne s'est jamais lui comporté en procureur d'un clan ni n'a manifesté l'hystérie moraliste et psychologique de certains qu'il qualifiera tardivement de Torquemada, alors qu'il n'avait pas vu ce qui était arrivé (ou plutôt que cela lui avait été masqué) aux premiers dégoûtés par l'acharnement policier et stalinien contre le « clan pavillon » et les humiliations répétées de Raoul Victor, dont moi qui m'en veut encore de ne pas avoir hurlé à temps contre les délires. Jacquy a, lui à son tour, été traité comme un chien, mais il n'était pas de ceux qui se laissent mourir d'inanition, ni qui succombent à la destruction organisée de l'individu (comme Orwell l'a si bien démontré) par ces connards de militants suivistes, ces couples pervers et ces Fouquier-Tinville de carnaval. Il a tenu la tête haute et n'a jamais cédé aux menaces. La connerie des Torquemadas a été tellement cynique et odieuse qu'ils avaient dénoncé sa « prétendue » maladie immune comme manipulation et mensonge ; les lâches continuent à vous asséner leurs coups de pieds lorsque vous êtes à terre. Il avait été poursuivi jusque chez lui à Sceaux à l'époque. Et je salue encore la ténacité et la persévérance dont il a fait preuve avec Juan. Mais, me direz-vous, un procès de Moscou à Paris n'a jamais fait des morts ! Si, parce qu'il reste une paix des tombes en milieu révolutionnaire suite aux ravages de la folie cciesque, et qu'on ne s'en est pas remis en cette période anniversaire morose et kitsch de mai 68

Toutefois, lui et son tout petit cercle, n'ont pas été capables de mener à bien une réflexion sur les causes et invariants de la dégénérescence des petites minorités révolutionnaires à la fin du vingtième, ni de poser un regard critique sur la fonction d'organisations plus mimétiques de feu le parti bolchevique, que réellement fécondées pour favoriser la révolution des masses. Le GICC avec ses deux tondus et un pelé reste un clone du CCI. Sera-t-on à jamais condamnés à être des poupées russes et à faire rigoler anarchistes et conseillistes ?

Enfin peu importe ce soir. Mon Jacquy tu aimais la vie. Tu étais féru des westerns que tu préférais regarder des après-midi entiers plutôt que de recevoir tes clients. Tu aimais les blagues, les rires lors de nos soirées amicales en famille. Je n'ai pas aimé ta dernière blague, elle m'a fait pleurer. J'embrasse ta compagne et ton fils Willy. Au firmanent communiste virtuel tu les as rejoint les autres, nos autres chers disparus : « le vieux » Marc, Anouke, Clara, Claude, Bernadette, Michèle, Raymond, et tant d'autres dont le nom ne me revient pas. Ne rigole pas, on vous rejoindra nous aussi. Tôt ou tard.

Sache que, quand j'écoute Brel, je ne peux m'empêcher de penser à toi.

Même si un jour à Knocke-le-Zoute
Je deviens comme je le redoute
Chanteur pour femmes finissantes
Que je leur chante " Mi Corazon "
Avec la voix bandonéante
D'un Argentin de Carcassonne
Même si on m'appelle Antonio
Que je brûle mes derniers feux
En échange de quelques cadeaux
Madame je fais ce que je peux
Même si je me saoule à l'hydromel
Pour mieux parler de virilité
A des mémères décorées
Comme des arbres de Noël
Je sais qu' dans ma saoulographie
Chaque nuit pour des éléphants roses
Je chanterai la chanson morose
Celle du temps où je m'appelais Jacky

Etre une heure, une heure seulement
Etre une heure, une heure quelquefois
Etre une heure, rien qu'une heure durant
Beau, beau, beau et con à la fois

Même si un jour à Macao
Je deviens gouverneur de tripot
Cerclé de femmes languissantes
Même si lassé d'être chanteur
J'y sois devenu maître chanteur
Et que ce soit les autres qui chantent
Même si on m'appelle le beau Serge
Que je vende des bateaux d'opium
Du whisky de Clermont-Ferrand
De vrais pédés de fausses vierges
Que j'aie une banque à chaque doigt
Et un doigt dans chaque pays
Que chaque pays soit à moi
Je sais quand même que chaque nuit
Tout seul au fond de ma fumerie
Pour un public de vieux Chinois
Je rechanterai ma chanson à moi
Celle du temps où je m'appelais Jacky

Etre une heure, une heure seulement
Etre une heure, une heure quelquefois
Etre une heure, rien qu'une heure durant
Beau, beau, beau et con à la fois

Même si un jour au Paradis
Je deviens comme j'en serais surpris
Chanteur pour femmes à ailes blanches
Que je leur chante Alléluia
En regrettant le temps d'en bas
Où c'est pas tous les jours dimanche
Même si on m'appelle Dieu le Père
Celui qui est dans l'annuaire
Entre Dieulefit et Dieu vous garde
Même si je me laisse pousser la barbe
Même si toujours trop bonne pomme
Je me crève le cœur et le pur esprit
A vouloir consoler les hommes
Je sais quand même que chaque nuit
J'entendrai dans mon
Paradis Les anges, les Saints et Lucifer
Me chanter la chanson de naguère
Celle du temps où je m'appelais Jacky.

Etre une heure, une heure seulement
Etre une heure, une heure quelquefois
Etre une heure, rien qu'une heure durant
Beau, beau, beau et con à la fois.


1On peut lire ici un hommage large et bien informé mais ampoulé et disproportionné (est-ce dû à l'émotion d'être seul au monde par l'unique rédacteur du GIGC?) ici : http://igcl.org/Le-camarade-Jonas-l-ami-Jacky-nous. Je n'ai pas voulu relever toutes les affirmations boursouflées, emphatiques et ridicules comme par exemple l'invraisemblable « intervention de masse du CCI » par Juan qui se prend pour Lénine et le parti bolchevique réincarné.
2Je reste persuadé que, comme la campagne anti-négationniste de la fin des 70, dirigée contre ce qui était appelé l'ultra-gauche dans un arc très large, le sabotage ou sabordage de plusieurs groupes maximalistes cohérents du PCI au CCI, a été l'objet d'une petite « aide » policière... comme il est de coutume dans un siècle d'existence d'organisations prolétariennes lorsque le pouvoir s'aperçoit qu'elles sont intraitables et dangereuses par rapport à une masse de prolétaires toujours en éveil et renaissante ; et historiquement hermétique aux fables du régime démocratico-totalitaire. Hélas je ne peux pas le prouver, n'étant pas encore devenu commissaire politique aux archives du capitalisme décadent renversé par l'insurrection prolétarienne de la semaine dernière.