"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

lundi 10 juillet 2017

UNE SI BREVE « LONGUE MALADIE »


LETTRES INTIMES DE MARTINE A ANOUKE

N'entre pas qui veut dans le monde des cancéreux avérés, aseptisés, encadrés, surveillés et dosés. C'est un monde à part, celui des « déjà morts » face aux « vivants ». Je me rappelle de ce grand homme noir qui allait et venait à la salle fumeur avec son cathéter où il aimait à causer avec elle. Lorsqu'il s'aperçut qu'elle était mariée et qu' il venait la voir, il cessa de lui parler. Même dans cet autre monde on peut encore être jaloux. Monde à part dans l'espoir ou le désespoir, j'ai le souvenir de ce colloque sur le cancer au Palais des Congrès à la mi-1998, où une sorte de syndicat des cancéreux s'était affiché, marquant délibérément une sorte d'affirmation corporative pour ne pas dire corporelle des malades d'une des plus innommables maladies, qu'on dit depuis des siècles incurable. Et de ce genre de maladie qui vous tombe dessus sans crier gare et à laquelle vous ne vous sentiez pas particulièrement prédisposé. Mais c'est ainsi, alea jacta est !
Par effraction involontaire si. Au fond du grenier, dans mes dossiers où j'avais empilé radios, examens, ordonnances et tutti médecinis, je suis tombé sur des lettres qui étaient restées cachées par ma malade à l'époque. Je savais la solidarité intime qui avait très vite rapprochée les deux femmes, de tempérament très différent. Martine, compagne d'un militant, de dix ans plus jeune, belle grande brune à la quarantaine, devenue plantureuse comme on les aime à la veille de la retraite, était infirmière psy, lymphatique et guère angoissée par la vie. Au contraire Anouke, hypocondriaque, était sans cesse dans l'introspection tout en étant très à l'écoute des autres et bourrée d'humour ; parmi ses nombreux écrits retrouvés je tombai sur ce poème à la façon des chansonnettes pour enfants lorsqu'elle était mono dans les colos de vacances en 1969 :

Je gribouille pour oublier
Oublier ma tristesse
Vivre pour souffrir
Souffrir pour survivre
Survivre pour mourir
Mourir pour en finir
Finir cette vie enchaînée
Enchaînée par l'amour
Amour fait de luttes
Luttes pour sa survie
Survie pour son fruit
Fruit mauvais ou bon
Bon je le souhaite
Souhaite pour revivre
Revivre pour l'enfant
L'enfant. Notre enfant
Enfant, j'entends tout
Tout bonheur, équilibre
Equilibre car raison
Raison de vivre
Vivre pour lui.

Ce que l'on ne sait pas nous les « vivants » c'est que le malade (que drôle de terme ? Le vivant n'est-il pas lui aussi un malade qui s'ignore?) souffre de la peur de la solitude, chose que je n'avais pas bien vue lorsque j'avais rédigé « Le cahier de la douleur » - qui sert d'approche au déroulement de la maladie et à l'indignation des proches pour de futurs médecins. C'est pourquoi la proximité ou le contact permanent avec d'autres « victimes » de l'irréparable, de l'impensable, de l'impensé cancer multiple et protéiforme, est ardemment recherchée. Elle n'est pas simple proximité mais complicité. Cette complicité existait déjà entre nos deux couples. Complicité de classe ? Plutôt une complicité de pauvres déclassés. Dans le CCI, au niveau convivial privé cela se passait comme au PCF ou dans tout parti bourgeois, on (les intellos dirigeants) ne recevait pas chez soi ceusses des milieux inférieurs, pas forcément ouvriers (un qualificatif déjà périmé pour la plupart des prolétaires en ces années-là) mais ni bobos ni ingénieurs. Au moins nous avions la fierté d'être autant méprisés que les profs ; le CCI n'était pas une secte de profs comme LO, car, même s'il y avait quelques profs, ils n'étaient jamais pris très au sérieux, cette catégorie de complexés aspirant toujours à devenir maître du monde quand elle ne reste que très partiellement maîtresse de sa classe de bambins. Les ingénieurs, docteurs et cadres se recevaient entre eux pour des soirées haschichin et l'ignoble « jeu de la vérité » ; nous, on était peut-être des prolos déclassés mais on se recevait entre nous en banlieue avec cannettes de bière et kir vinasse, et Martine se moquait allègrement de nos pruderies et morales de militants « de base ».

Martine avait été hospitalisée la première au milieu de l'année 1997. Nous avions été à son chevet et j'en étais ressorti avec ce sentiment qui me faisait honte, comme après un accident qui ne concerne que « les autres » : « la mienne n'était pas touchée ». On irait voir Martine, lui porter des fleurs, espérer que ses cheveux repousseraient mais nous, n'étions-nous pas bien dans notre peau ? Pas malade du tout. Les cheveux blonds d'Anouke flottaient au vent. Quoique... Anouke toussait, elle fumait autant que Martine. Il fallut le tibia brisé de Reiser sur les Champs Elysées, les premières douleurs à Empuria Brava pour que le questionnement commence à nous tarauder, mais c'est une autre histoire, que j'ai déjà racontée.
En novembre c'était au tour d'Anouke. Le couperet était tombé dans le bureau de l'auguste docteur en chef de l'hôpital de Clamart : « vous avez un petit cancer ». Elle avait blémi comme celui à qui on annonce la guillotine pour sûre. Blémi et si seule à blémir. Un autre monde s'annonçait dont j'étais désormais exclu. Ce qui ne m'empêchait pas de combattre férocement et avec haine contre cette bureaucratie médicale française qui applaudit à la souffrance comme « marqueur ».
Je me démenais tant que je pouvais toujours au bord des larmes, comme fou d'impuissance. Les proches deviennent en général enragés. Tous les témoignages le plus souvent à compte d'auteur (silence... maladie incurable et personnel irréformable) témoignaient de la violence ressentie par « l'entourage » face à la bureaucratie médicale française. Une infirmière ayant été particulièrement odieuse, nous la recherchions avec mon fils pour la buter. Elle fût éloignée du service le temps de la « fin de vie » d'Anouke. Je fus convoqué au bureau de la psychologue pour les proches :
  • que se passe-t-il avec l'émotive de la chambre « fin de vie » ?
  • ah parce qu'en plus c'est la chambre « fin de vie » !

Le mépris que marquait cette qualification d'émotive de ma pauvre malade me laissait sans voix, comme me laissa aphone la bêtise des infirmières. Anouke, à quelques heures de sa mort demanda des nouvelles de Martine qui lui téléphonait régulièrement. Martine était tombée dans le coma. J'allai trouver les infirmières dans leur bureau pour leur demander de déclarer que Martine avait téléphoné et que tout allait bien. Ces grosses connes ouvrirent de grands yeux bêtes :
  • quoi ? Quelle horreur ! Nous, mentir, jamais.

Le hautain toubib qui avait gagné sa confiance et la maintenait sous sa coupe de « savant » fût le même qui décida derrière son dos de la « débrancher ». Anouke fût débranchée à trois heures du matin, trois jours avant son anniversaire en mars 1998. Elle est allongée depuis sans télé ni web au cimetière de l'église de Selles (62). Martine a été débranchée une semaine plus tard. Elle s'ennuie ferme dans son caveau à Savigny sur Orge. Elle aimait bien les Beatles et Mozart.
La durée de leur crabe s'était étalée sur environ 9 mois, jusqu'à ce qu'elles soient à la veille de mourir de faim, le corps est décharnée, et qu'on se résolve dans la plupart des cas, non officiellement, à l'euthanasie, pour abréger la souffrance qui n'est plus physique mais psychologique.
Et puis il y a eu toutes ces combattantes (je n'aime pas le mot militant), M. de Suède, Claude, Michèle, Bernadette, et Michel Pi. Mais je ne dirai pas « etc. ». Il paraît qu'il y a eu des progrès, qu'on s'achemine vers un blocage de la circulation des métastases, que le taux de guérison est épatant comparé au passé. Mais a-t-on résorbé la connerie du personnel soignant à l'égard des proches ?
Maintenant vous allez pouvoir entrer dans ce monde que vous ne connaissez pas avec les extraordinaires conseils de Martine à sa consoeur en malheur. Ames sensibles s'abstenir.

Annouk,

maintenant que j'ai la bonne adresse, je vais pouvoir essayer de te remonter le moral qui a l'air au ras des pâquerettes...
Excuse l'écriture tremblotante. C'est une des séquelles de ma métastase au cerveau. C'est très « chiant », je suis obligé de tenir une tasse à café à deux mains, mais je me dis que je m'en suis bien tirée. Mon cerveau aurait pu être atteint à un autre endroit et je risquais la cécité, la paralysie, voire la démence... IL FAUT TOUJOURS VOIR LE COTE POSITIF DES CHOSES.

Je change complètement de sujet mais je le fais pendant que j'y pense et afin d'éviter tout quiproquo. Gilbert a cru comprendre que Jean-Louis pensait qu'il était témoin à notre mariage. C'est en fait ce qui était convenu dès le départ, vous deviez tous les deux être les témoins. Or, c'est juste le soir où on allait vous le demander que Jean-Louis nous a annoncé la nouvelle de la maladie. Donc on ne lui a même pas parlé du mariage. Ce n'était pas le moment. De ce fait, ce seront les voisins qui seront les témoins, mais il est bien évident qu'on compte sur vous, que vous serez nos invités et que j'espère de tout cœur que tu seras présente. De toute façon, je te rassure de suite, c'est le mariage survêtement-baskets avec nous et les voisins seulement. Vraiment le petit comité.

BON, revenons-en à nos moutons.
D'abord, n'oublies pas :
  • ON NE SE NOIE PAS EN TOMBANT DANS L'EAU, ON SE NOIE EN Y RESTANT.
Mais aussi :
  • SI VOUS TREBUCHEZ, RELEVEZ-VOUS AUSSITOT SANS REFLECHIR. ET SI VOUS TOMBEZ 7 FOIS, RELEVEZ-VOUS 8.

Tu m'inquiètes, parce que tu as l'air de te laisser complètement aller et de sombrer. Il faut au contraire relever la tête et aller de l'avant. Ce n'est pas en pleurant sur son sort que ça ira mieux. Bien sûr il y a la douleur qui est insupportable à assumer, mais c'est pour cela que je conseille vivement d'accepter les dérivés morphiniques car avec la douleur en moins, crois-moi que déjà tu te porteras mieux et ton moral aussi. En plus tu me sembles terriblement angoissée et le lexomyl est bien léger pour calmer les grosses angoisses. Il serait bon que tu en parles aussi à ton médecin, car c'est un peu du « pipi de chat » et qu'il passe à la vitesse supérieure, style Tranxène, voire anti-dépresseur.

J'ai une chance inouïe c'est sûr, c'est que je prends les choses telles qu'elles viennent. Bon, certes on a un cancer du poumon, toi avec une métastase au genou, moi au cerveau ! C'est pas tombé sur ta voisine ni sur la mienne, mais sur nous. Mais la terre n'arrête pas de tourner pour autant et nous non plus. On va être dans la galère pendant quelques mois mais on sortira de là complètement différentes avec une autre vision de la vie, car, même moi qui étais déjà très ZEN et COOL de nature, je m'arrête encore moins que d'habitude à toutes les « conneries » qui nous empoisonnent l'existence qui en fait ne sont que des futilités.
Jean-Louis (et Gilbert) de mauvaise humeur, aucune importance, en plus il en a parfaitement le droit pour des raisons qui lui sont personnelles.

PAGE BLANCHE : Désolée VOIR PAGE 3

APRES TOUT JE PROFITE DE MA BETISE POUR RAJOUTER SUR CETTE FEUILLE DES ASTERIQUES A MA LETTRE.
Là j'ai l'air idiote. A la lecture de ma lecture, j'ai eu deux idées en m'y disant qu'il faut que je rajoute ça, ça et ça. Désolée une fois de plus, j'ai perdu le fil de mes pensées... je ne sais plus ce que je voulais rajouter !! ça me reviendra peut-être demain.

Factures impayées, on verra ça plus tard, ETC.Tu n'as pas le souci majeur que j'ai eu au début. Si le pire arrive, car c'est vrai qu'on se l'imagine tout de suite au début dès que la nouvelle tombe pour l'oublier rapidement : que vont devenir les enfants ? On rame comme des galériens avec nos problèmes de fric. Sébastien serait obligé à coup sûr d'arrêter son BTS et Marie-Adeline est bien jeune. Tu n'as donc aucune excuse pour ne pas t'occuper QUE DE TOI . Tes enfants sont grands, élevés, capables de voler de leurs propres ailes...
Seulement il ne faut pas oublier que si tu t'angoisses toi-même, tu angoisses toute ta famille. Alors, demain, ALLEZ HOP ! Une petite toilette de chat s'il le faut, un jean, un joil pull, un bon coup de peigne (pendant qu'il te reste des cheveux (*) excuse-moi pour mon humour un peu déplacé), un bon coup de blush sur les joues et du rouge à lèvres. Un petit gâteau à faire au four ou une quiche lorraine et le tour est joué. Déjà toi tu te sentiras mieux et Jean-Louis aussi même pour une soirée.
NE RESTES PAS AU FOND DU LIT
(*) sauf une fois par semaine comme moi hier dimanche, journée pyjama, debout à midi devant mon café, tartines, jusqu'à deux heures de l'après-midi et à rien faire de la journée. Tu verras c'est appréciable beaucoup plus une fois dans la semaine que si ça se fait tous les jours.

Bouges ! Même pour ne rien faire. Prépares de bons petits plats, change les bibelots de place. Allez adopter un petit chien à la SPA. Et, à l'aide de la morphine et des béquilles, tu as un ascenseur, tu n'as aucune excuse pour ne pas sortir ton chien 2 fois par jour au pied de l'immeuble. Tu vas te montrer mémère à chien, quelle importance, tu discuteras ¼ d'heure, ça t'évitera de penser à toi-même. Sinon, tu regarderas les feuilles des arbres qui ont gardé encore pour un petit temps les couleurs d'automne puis la neige et les premières pousses du printemps. IL Y A PLEIN DE CHOSES A VOIR DEHORS. VAS-Y.

Si vraiment tu ne sais pas quoi faire, écris-moi aussi pour me raconter tes états d'âme, ça te fera le plus grand bien et te passeras également le temps.
Désolée pour les fautes. Je n'ai plus le courage de me relire. Je te renvoie, en espérant qu'elle va me revenir rapidement la première lettre égarée où j'expliquais surtout le processus de la radiothérapie et de chimiothérapie mais je te réexpliquerai tout cela dans une prochaine lettre si tu veux. Je t'embrasse très fort,

Martine

RELEVES LA TETE

CITATIONS

  • quand on ne sait où l'on va, on risque d'arriver n'importe où. Ou pire : nulle part. Choisissez VOTRE direction.
  • Ayez un seul but en tête. Marchez droit devant lui. Sans vous détourner. Les étapes s'enchaîneront toutes seules.
  • 80% de la réussite est dans le premier pas (Woody Allen). Un seul suffit. AVANCEZ.
  • Nettoyez. Rangez. Classez. Vous « nettoierez » et vous « rangerez » dans votre tête en même temps. Comme par magie.

Les prochaines pour une autre fois.

Bisous


ooooo

Anouk,

Rappelles-toi

  1. ON NE SE NOIE PAS EN TOMBANT DANS L'EAU, ON SE NOIE EN Y RESTANT ;

Mais aussi :

  1. SI TU TREBUCHES 7 FOIS, RELEVES -TOI 8 FOIS.

Cette lettre pour te redire le protocole des radiothérapies et des chimios, car je sais qu'il n'est pas facile d'ingérer plein d'informations par téléphone comme ça d'emblée.

LA RADIOTHERAPIE

La première séance : ils vont faire des marquages sur ton genou au feutre afin de délimiter la zone à traiter. C'est ce qui va prendre le plus de temps. Environ ½ heure, ¾ d'heure !
Ensuite, lors des autres séances, tu n'as pas de souci à te faire, c'est rapide, 10 minutes au maximum et en aucun cas douloureux puisqu'il s'agit en fait d'un vulgaire appareil radio qui envoie du cobalt. Renseignes-toi auprès du médecin radiothérapeute à savoir si tu dois perdre tes cheveux pendant tes séances de radiothérapie. Ce n'est peut-être pas évident de suite ; moi, ce n'est qu'à la fin des séances (cerveau) que j'ai perdu les miens, mais je ne suis pas sûre que le cobalt sur le genou puisse avoir une incidence sur tes cheveux. Ceci dit, occupes-toi quand même dès maintenant de ta prothèse capillaire, car malheureusement avec la chimiothérapie, plus tard, tu les perdras.

LA CHIMIOTHERAPIE

C'est visiblement plus complexe. Depuis le début de ma maladie, tout le monde s'accordait à me dire que c'était un traitement lourd et qu'il fallait en supporter les inconvénients, à savoir : nausées, voire vomissements et maux de tête. Quand je dis tout le monde, ce sont les médecins qui font leur boulot, à savoir : ne vous inquiétez pas, ça fait partie du processus... mais aussi deux de mes collègues, qui ont été atteint respectivement d'un cancer il y a 5 et 3 ans qui se portent tous les deux comme un charme. Un d'un cancer du poumon opéré après notre même parcours (métastase, radiothérapie, chimio). L'autre d'un cancer du sang. Celui du cancer du poumon a repris le travail depuis longtemps. L'autre a repris en mi-temps thérapeutique et en a profité pour ouvrir un cabinet de psychanalyste...

Et c'est vrai que mes deux collègues, qui se sont « mobilisés » de suite par téléphone et par solidarité, m'ont annoncé le pire à venir au niveau des chimiothérapies, donc je m'attendais au pire... qui n'est pas venu. S'il n'est pas venu pour moi il n'y a pas de raison qu'il vienne pour toi.

Un petit exemple : je viens de partager trois jours lors de ma dernière chimio avec une voisine de chambre, lorsque son mari, ou un autre membre de la famille, arrivait en visite. En dehors des visites, elle était sereine, m'a même empêché de dormir tellement elle ronflait la nuit, lisait et regardait son petit journal et hop au moindre petit coup de téléphone, alors qu'elle avait à peine décroché, elle se remettait à être malade.
Elle devait sortir le samedi comme moi, elle ne voulait pas, tu me croiras ou pas, mais ils l'ont poussé « un peu » même beaucoup dehors ; du style : vous seriez aussi bien à être « nauséeuse » et vomir chez vous qu'ici.
CONCLUSION : Ne te laisses pas influence dans ton statut de malade. Il y a une grande part de psychologie qui intervient puisque, en discutant de cela avec le médecin, pas plus tard que samedi dernier avant de sortir, il me disait que certains malades étaient malades avant même de commencer la chimio ! Normal dans un sens, si on leur dit que cela doit se passer comme ça, le malade un peu fragile va suivre le protocole jusqu'au bout...

Je te souhaite de tout cœur de prendre sur toi et, comme notre parcours est vraiment le même, en dehors de la métastase qui s'est installée ailleurs (là-dessus, excuse-moi, mais tu as plus de chances que moi, j'aurais préféré un genou ou une épaule que mon cerveau qui est plus complexe et qui m'a laissé de bonnes séquelles que tu n'auras pas). Il ne me reste qu'à te dire BON COURAGE, MAIS DE TOUTE FACON RASSURES-TOI. C'EST PAS SI DRAMATIQUE QUE CA. ET ON S'EN SORTIRA TOUTE LES DEUX..

gros bisous

Martine

Anouk, excuses-moi, la lettre est un peu désordonnée

Désolée j'ai sauté une page

PS : Vous deviez être tous les deux témoins de notre mariage qui s'est décidé il y a trois semaines voire un mois, juste quand j'ai eu Jean-Louis au téléphone qui m'a annoncé la nouvelle de ta maladie. (…) ET ANOUK SERA PRESENTE, J'EN SUIS CERTAINE. Rassures-toi, je ne peux pas me déplacer plus que toi, car je m'essouffle vite au bout d'un temps, alors nos hommes nous feront monter les escaliers de la mairie dans leurs bras !!!

mardi 27 juin 2017

AU-DELA DU PATRIOTISME MINABLE DE MELENCHON


RETOUR DE LA VIEILLE « religion patriotique » et vacuité de l'immigrationnisme de la gauche bourgeoise

« Dans l'idée de rendre plus dociles des peuples ignorants et sauvages, leurs premiers législateurs inventèrent des religions (…) On effraya les hommes sans les rendre meilleurs ». Baron d'Holbach

« Je ne suis pas un nationaliste, je suis un patriote » Mélenchon (23 fev 17)1

"Abolissez l'exploitation de l'homme par l'homme et vous abolirez l'exploitation d'une nation par une autre nation."
Karl Marx - 1818-1883


Lors de cette longue et navrante campagne de tricherie électorale, le mot « patriote » si utilisé par toutes les factions en lice, qu'il sembla interloquer via divers pages du web – les médias sont dans l'ensemble des libéraux mondialistes post-stalinisme – fait pourtant depuis belle bluette partie du vocabulaire du résidu PCF ; du reste, depuis une dizaine d'années le personnel syndicaliste CGT ne se gêne point pour l'utiliser au nom de la sauvegarde de « nos entreprises ». Sous le premier gouvernement Hollande, le pitre Montebourg, éphémère ministre hystérique pour un « redressement productif », en mannequin pour maillot rayé made in chez nous, avait demandé aux « français » d'être « patriotes ». Mélenchon pour sa part, espérant damer le pion à la mère Le Pen, proclama à la fête de L'Huma millésime 2013 : « je ne suis pas nationaliste, je suis un patriote ».
"Le président des patriotes", l'anaphore "être patriote", terme, massivement employé par le Front national, est apparu par après dans les discours du produit pour supermarché européen Emmanuel Macron2. Lire la verbosité creuse de sa définition :
"Être patriote, ce n'est pas la gauche qui s'est rétrécie sur ses utopies. Être patriote, ce n'est pas la droite qui se perd dans ses avanies et l'esprit de revanche. Être patriote, ce n'est pas le Front national, le repli et la haine qui conduira à la guerre civile. Être patriote, c'est vouloir une France forte, ouverte dans l'Europe et regardant le monde." Plus creux et tu serais alter-nationaliste !

Question sentiment, le Front national n'a pas le monopole de la revendication d'un amour pour la France, un électeur quelconque peut aimer la patrie... comme sa mère (vieille chanson populaire, mais pas encore populiste), ou comme son porte-monnaie, ou comme son patrimoine immobilier. Certes le FN nous saoulait de fumée depuis au moins la guerre d'Algérie avec le mot « patriote » et son dérivé patriotisme à tout crin. Le mot sonne ringard en diable. Il n'a plus ni le sens révolutionnaire bourgeois de 1792 – les patriotes de Valmy défendaient la République contre les monarchies réacs – ni le sifflet recruteur des Déroulède et Hitler3. C'est tout simplement devenu un mot creux, mais dont suinte encore l'arrière goût fade et ignoble d'une notion fantasmatique d'un chez nous interclassiste qui exigeait d'envoyer au sacrifice des millions de prolétaires et de paysans pour les « marchands de canon », voire protéger du viol ennemi nos femmes et « nos capitaux ».

Utiliser un tel mot si chargé de sens négatif et passéiste pour la lutte de classe obéit chez le mitterandolâtre aigri et pervers Mélenchon à une volonté de confusion, pour recruter d'abord banalement la clientèle chenue des derniers dinosaures staliniens, quelques ouvriers arriérés attirés par le vote FN et par après la mouvance bobo des professions intellectuelles avec le milieu du business écolo. Pour leur faire avaler que la défense des intérêts nationaux (localistes), mais au surplus, au milieu de la crise migratoire, seraient mieux pris en compte que par les autres compétiteurs de la gauche antiraciste mondialiste et islamophile. Un peu comme à la cantine on sert les premiers arrivés surtout s'ils ont la carte du parti français.

Le mot ne plaît pas trop à un certain nombre d'embrigadés de France insoumise, qui pensent être surtout des internationalistes libertaires, ouvert à tous les peuples, sauf aux migrants qui viendraient polluer leur propre jardin. Dans le programme mélanchonesque, nullement internationaliste ni révolutionnaire, on trouve néanmoins bien des concepts idéalistes de cette gauche libérale-libertaire (absence des questions et soucis concernant l’insécurité, légalisation du cannabis, discours universaliste et utopique sur l’immigration à tout va) qui est finalement depuis des décennies, le credo des ultra-libéraux bourgeois, concrétisé à chaque fois par leur soutien à un terrorisme policier accru s'ils sont en position de pouvoir et un soutien purement verbal au « malheur » des migrants. Mélenchon se livre à d'excessifs moulinets d'estrade, flattant un public crédule qui psalmodie : « tous sont pourris mais au moins on a Mélenchon ». Et lui au moins, il ne cesse de dénoncer Merkel, sauf sur la question migratoire.Il n'a pas encore compris l'ex-sous ministre de Mitterrand que ce qui est excessif est insignifiant.

QUAND LE MOT INTERNATIONALISME N'AVAIT PAS DISPARU...

L'antimilitarisme à la veille de la guerre de 14 semblait être le moyen principal pour empêcher la guerre. Anarchistes et socialistes protestaient contre l'accroissement des budgets militaires et se moquaient des défilés armés. La polémique ne cessait jamais contre les bourgeois pacifistes, tenant de cette cynique imposture de la classe dominante qui n'avait pour but, avec ses discours humanitaires, que de faire diversion face à la réalité de la permanente guerre économique menée contre les prolétaires. La guerre serait toujours évitée grâce aux arbitrages internationaux, assuraient les vieux messieurs barbus et en chapeaux quand Jules Guesde tonnait qu'il fallait faire confiance au parti socialiste qui saurait en temps voulu faire obstacle au bellicisme capitaliste grâce à la mobilisation de l'auguste Seconde Internationale.
Cet antimilitarisme était cependant autre chose que les chimères humanistes et secouristes d'Angélique Merkel et de tous les intellos gauchistes français à sa suite. Il contenait une réelle critique de fond de la marche du capitalisme : « le capitalisme c'est la guerre » et pas une possible société de paix éternelle, écologique, islamophile et antiraciste. Plus loin il y avait l'idée d'une nécessaire démoralisation de l'armée et des troupes mercenaires de l'Etat (police, gendarmerie) pour que la révolution soit possible. Les mutineries de 1907 avaient réellement inquiété la bourgeoisie d'époque, pourtant repue de ses massacres et viols en juin 1848 et mars 1871.
Le patriotisme fonctionna par contre hélas en effet comme une nouvelle religion. Les religions en général ne sont qu'une expression particulièrement mystificatrice du mensonge fondateur de la société des classes ; à l'origine de la plupart des Etats antiques, elles sont toutes bellicistes même si elles se prétendent toutes de nos jours ce vulgaire mirage « d'amour et de paix ». L'Union nationale patriotique fonctionna sur le modèle de l'imposture religieuse. Le nouveau Moloch sacré fût la patrie qui réclamait à son tour le sang sacrificiel des hommes. La foi patriotique eût ses dévôts comme Charles Péguy, ancien socialiste, ancien anarchiste pacifiste, qui fût rapidement sanctifié par une balle « boche ». La montée à la guerre était devenue communion, rassemblement sacré. Le christianisme convenait parfaitement à cette résignation à la guerre et à la soumission aux curés militaires pour une durée prétendue éphémère, « fraîche et joyeuse ».
Chassé par la fenêtre en 1905 le cléricalisme rentrait par la porte de l'armée4. A l'époque on bénissait encore les ouvriers en assemblée d'usine à la prise du travail comme on bénissait les régiments avant le départ au combat. C'est bien la peine de montrer du doigt de nos jours les embrigadés guerriers musulmans comme exceptionnelle étrangeté barbare5.
L'antipatriotisme n'empêcha pas la guerre pourtant parce qu'il n'était pas la réponse aux enjeux d'une guerre mondialisée, parce qu'il était encore limité aux conceptions nationales des anarchistes et des socialistes qui ne concevaient pas encore le phénomène révolutionnaire comme international, quand bien même ils reprenaient le concept du Manifeste de Marx : « les prolétaires n'ont pas de patrie, on ne peut leur enlever ce qu'ils n'ont pas » (concept assez confus encore chez Marx comme on l'analysera plus loin). Mais répété sans analyse des circonstances et du rapport des forces le concept relève de la méthode Coué idéaliste6. Un des plus acharnés contempteurs de la « collaboration de classe » que signifiait le patriotisme, Gustave Hervé, passera d'un coup à l'Union sacrée ; il signait jusque là ses articles : « un sans patrie » ; il faut toujours se méfier des radicaux extrémistes de la phrase qui cachent souvent une simple girouette, capable de tourner casaque au moment fatidique (ils furent nombreux dans la deuxième Internationale comme dans la troisième stalinisée!).
L'antipatriotisme, par ses outrances, ne sera pas pris au sérieux par la classe ouvrière imbibée de religiosité patriotique et de revanchisme (l'Alsace et la Lorraine). Le syndicaliste Dumoulin a le courage de tirer la leçon en 1921 : « Notre propagande antimilitariste, plus tapageuse que réelle nous a trompé (…) nous nous sommes trompés en nourrissant notre orgueil dans des congrès bruyants avec des motions boursouflées et pleines de suffisance ».
Cet échec historique de l'antipatriotisme, comme doctrine séparée de la lutte de classe gréviste, a été finalement un peu comme l'antiracisme moderne qui est devenu un idéalisme interclassiste qui peut faire communier le prolétaire comme le bourgeois dans un statut d'observateur indigné, et le conduire à se laisser mobiliser dans la guerre à la manière du recrutement antifasciste. Echec également de l'internationalisme vu, telle que la mythique grève générale, comme un vœu pieux et supplanté par le mondialisme communautariste.
Cela ne signifie pas qu'il faudrait en revenir au patriotisme miteux, ou rejoindre ce demi-patriotisme électoraliste à la Mélanchon qui n'est ni un internationalisme déguisé ni une base pour défendre les intérêts et la nature du prolétariat. Comme tous les autres compétiteurs des diverses solutions bourgeoises aux problèmes nationaux, la faction de Mélenchon ne propose que de mirifiques plans de sauvetage de l'économie bourgeoise en crise, dont la nationalisation est le sommet du ridicule et la glorification des syndicats un conte de fée.


LE CONCEPT D'IDENTITE NATIONALE (patriotique?)

Bien que Sarkozy ait proposé un débat large sur le sujet, aucune des factions bourgeoises n'a tenu finalement à ce qu'il ait lieu. Trop risqué. Trop fouillis. Le faux communisme parodiait le marxisme en appelant à la fin des nations, masquant son propre impérialisme et son encouragement à la création de nations croupions dans les zones décolonisées. L'Europe d'après-guerre a officié à la planification de la disparition des « vieilles nations », sous pression américaine. La monnaie unique comme l'abolition des frontières intra-européennes étaient une façon de faire la nique au projet communiste originel et de le reléguer dans son statut d'utopie incrédible et vieillerie invariante. Les vieilles nations ont bel et bien résisté à l'annonce de leur mort prochaine par Hannah Arendt, célèbre politologue acquise au mensonge américain. L'implosion du bloc de l'Est a généré une foule d'autres mini-nations très vindicatives et arrogantes. Le capitalisme semblait avoir trouvé la parade à l'hégémonie bipolaire des blocs et un moyen de survie à son système destructeur de marche à l'abîme. Ce retour au pullulement national s'est accompagné fort opportunément, comme s'en vante d'ailleurs 7.
Poutine dans l'interview complaisante que lui a servi Oliver Stone, du grand remplacement du stalinisme par la religion. Mieux qu'Obama, le tsar Poutine se félicite d'une longue mixture des religions en Russie, orthodoxe, musulmane et juive, comme base du fonctionnement « pacifique » (hic!) de la société russe actuelle, nation éternelle s'il en fût. L'islam sert à l'ouest comme à l'est d'arme à double face : une positive et l'autre négative, mais comme la religion pendant la guerre de 1914 et 1945 (les croix chrétiennes des tombes ont été bien plus nombreuses que les croix gammées sur les fanions)
Ce que l'on nomme depuis peu repli sur soi nouveau, à la suite du Brexit et de l'élection de Trump, n'est qu'un trompe l'oeil. Les nations européennes sont toujours restées jalouses de leurs prérogatives, caractéristiques et identités (de langue et de culture, de religion et de mode de vie). Ce n'est pas demain la veille ni avec la menace du « grand remplacement musulman » que les choses changeront. Ce que l'on peut constater est que les vagues migratoires – et leurs à-côtés scandaleux – servent à blinder à nouveau le concept d'identité nationale mais dans un sens opaque qui mêle défense économique, mode de vie et racismes divers (non avoués)8.
La disparition des nations, envisagées par le marxisme, peut-elle être confondue avec la oumma islamique et sa prétention à conquérir l'univers ?
La bourgeoisie mondiale dominante n'a pas du tout l'intention de laisser triompher un mode de domination arriérée, comme elle n'a pas permis au stalinisme de triompher. La musulmanie lui sert autant que le stalinisme pour une période donnée, et cette « expansion » apparente, avec ses bigotes voilées et ses burkinades ridicules, reste superficielle. Elle va de pair avec la fable des nouvelles, non pas indépendances nationales, mais prétendus exigences des minorités, politico-religieuses, raciales, communautaristes, à faire croire que l'humanité peut rester émiettée en catégories séparées, hostiles culturellement et aux modes de vie incompatibles, donc en guerres permanentes par respect pour les croyances de chacun.

MARX ET TOUS LES ANARCHISTES ET SOCIALISTES DU XIXe SIECLE SE SONT-ILS TROMPES EN ENVISAGEANT LA FIN DES PATRIES ?

Marx et Engels, dans leurs analyses plus fouillées à la fin de leur vie, voyaient le capitalisme évoluer vers la constitution de grands ensembles. Ce qui a en effet tendu à se dessiner avec les deux grands blocs puis avec les marchés nord-américains, européens, asiatiques. Sauf que la réalité d'une tendance à une économie unifiée sembla contrebattue par l'expansion de tant de nouvelles patries du tiers-monde jusqu'à l'implosion du bloc de l'Est. Le pullulement de nations fantoches n'est pourtant pas incompatible avec l'existence de grands marchés dominant les orientations politiques de tel ou tel Etat, et même fractionnant les Etats les plus puissants. Le social-traître Kautsky avait été combattu par le lucide Lénine en prétendant qu'un ultra-impérialisme pourrait dominer un jour la planète. Et c'est l'anti-léniniste Poutine qui donne raison à Lénine finalement en contestant régulièrement depuis quinze ans la prétention à l'hégémonie mondiale par l'hyper puissance américaine. En effet le capitalisme ne peut pas mettre fin à la concurrence intrinsèque qui régit les rapports de domination et de production. Mais il y a un phénomène nouveau et que, finalement, avec malice, Poutine est le seul en catimini à soulever : s'il y a une domination incontestable, économique et militaire, de la « patrie américaine », elle n'est pas unitaire, elle est bicéphale, voire tricéphale. Le scandale d'une prétendue manipulation des élections américaines par les très compétents services informatiques de Poutine (hérités de la maestria du KGB) est révélateur de la scission entre fractions américaines, sur la question pétrolière et sur la guerre en Syrie. Même au faîte de leur prétendue domination du monde les capitalistes américains ne peuvent même pas prétendre avoir réalisé l'ultra-impérialisme d'un seul, car les intérêts économiques du mode de vie du capitalisme ne le permettent pas. Le capitalisme ne peut pas aspirer à l'unité, disons à la paix avec un commerce « équitable » (idéologie hulotienne très en vogue chez les bobos), ce qui signifierait sa mort car il est basé encore et toujours sur la compétition acharnée.
D'où l'intérêt pour les Poutine et Trump de continuer à tromper les masses en faveur du mythe de l'indépendance nationale. Ce n'est pas non plus un repli sur soi, comme le prétendent de naïfs militants maximalistes à la suite des journaleux. Le système reste dominé par de grands cartels pétroliers et bancaires qui se fichent d'indépendance nationale comme de leur propre zone d'appartenance. Le capitalisme compétiteur et destructeur est même plus « internationaliste » que ne l'est encore le prolétariat. Mais voilà qu'il mélange patrie et mode de vie et religion.
Revenons aux projections de Marx.
Le Manifeste de 1848 disait :
« En outre, on a accusé les communistes de vouloir abolir la patrie, la nationalité. Les ouvriers n'ont pas de patrie. On ne peut leur ravir ce qu'ils n'ont pas. Comme le prolétariat de chaque pays doit en premier lieu conquérir le pouvoir politique, s'ériger en classe dirigeante de la nation, devenir lui-même la nation, il est encore par là national, quoique nullement au sens bourgeois du mot. Déjà les démarcations nationales et les antagonismes entre les peuples disparaissent de plus en plus avec le développement de la bourgeoisie, la liberté du commerce, le marché mondial, l'uniformité de la production industrielle et les conditions d'existence qu'ils entraînent. Le prolétariat au pouvoir les fera disparaître plus encore. Son action commune, dans les pays civilisés tout au moins, est une des premières conditions de son émancipation. Abolissez l'exploitation de l'homme par l'homme, et vous abolirez l'exploitation d'une nation par une autre nation. Du jour où tombe l'antagonisme des classes à l'intérieur de la nation, tombe également l'hostilité des nations entre elles. »
Je déplore depuis des années qu'il n'y ait plus de réflexions approfondies sur la nécessaire période de transition du capitalisme à une société humaine, qu'on la nomme communisme ou post-capitaliste. Un chercheur, dont j'ai eu l'occasion de louer les qualités9, Henri Maler, nous fournit quelques réflexions pertinentes :
«  Mais le moins que l’on puisse dire c’est que le pronostic d’un dépérissement des démarcations nationales et des antagonismes entre les peuples ne s’est pas vérifié, en dépit de l’universalisation de l’exploitation capitaliste et, partant, d’une tendance à l’uniformisation (sous le joug capitaliste) des conditions d’existence du prolétariat. Ces tendances à l’universalisation et à l’uniformisation ont été d’emblée minées par la concurrence entre nations, largement contemporaine de la mondialisation capitaliste, elle-même déjà partiellement et tendanciellement à l’œuvre quand Marx écrit. En cela, les formes nationales des luttes ont toujours eu des effets sur leur contenu.
En tout cas, quoi que dise ou laisse entendre Marx dans le Manifeste, force est d’admettre que, dans le cadre des sociétés existantes, l’appartenance de classe n’abolit pas l’appartenance nationale et que les travailleurs ont bien une nationalité, comprise non pas au simple sens de sa définition juridique et encore moins au sens d’une identité substantielle, mais comme construction historique et sociale. Cette construction a culminé avec celle des États-nation : des États de classe qui ne sont pas naturellement voués à clore l’histoire des pouvoirs publics. Mais cette construction s’est, depuis le XIXe siècle, intensifiée sous l’effet à la fois des conquêtes sociales propres à chaque pays et de la mise en concurrence des prolétariats nationaux.
Dans la mesure où la dissolution des démarcations nationales et de l’hostilité entre nations ne s’est pas réalisée, l’internationalisme peut-il et doit-il être remisé dans le bric-à-brac des idées mortes ? Le postulat d’une universalité essentielle du prolétariat, non de condition (sociale), mais de privation (d’appartenance nationale) est intenable. Si l’internationalisme devait se fonder sur une universalité de privation de nationalité qui serait porteuse d’une universalité sans délimitation, ni démarcation nationale (fussent-elles provisoires), il serait sans objet. Si l’internationalisme est une nécessité politique et un objectif stratégique, c’est aussi parce que les prolétaires ne sont pas sans nationalité et que cette nationalité affecte, parfois pour le pire, le contenu de leurs luttes.
Or celles-ci sont pour le moins équivoques : on ne peut plus guère soutenir, comme Marx tendait encore à le faire en 1848, que la vocation révolutionnaire du prolétariat et la vocation communiste de la révolution dérivent de l’existence d’un prolétariat qui serait la dissolution en acte de la société bourgeoise, et d’affirmer que l’universalité de cette vocation est inscrite dans la privation de nationalité ou de patrie de ce même prolétariat. L’internationalisme ne peut être fondé sur une telle privation, si du moins on prend au sérieux le fait que, pas plus en ce début de XXIe siècle que durant le précédent, la mondialisation capitaliste n’efface les démarcations nationales et n’assèche les mouvements nationalistes. On pourrait d’ailleurs affirmer le contraire : en accroissant la concurrence entre travailleurs de différents pays et de différentes régions du monde, mais aussi entre les États dont le rôle n’a nullement décru avec la mondialisation, cette dernière stimule les pires passions nationalistes.
Mais l’internationalisme est à la fois l’affirmation d’une universalité de condition sociale et le projet d’une solidarité internationale à construire. Or cette solidarité n’est pas seulement celle de combats communs et convergents. L’internationalisme est une perspective stratégique et organisationnelle que les défaites cumulées depuis la rédaction du Manifeste ne permettent pas de congédier. Une perspective stratégique que traduit ce mot d’ordre impératif : « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! » Comment, dans quelles limites et dans quel but ? C’est une autre affaire. C’est même la principale affaire ».
Or, si le questionnement paraît juste, en effet partout les passions nationales, pas forcément nationalistes comme le suggère notre ex-trotskien, semblent avoir repris le dessus. Or, si on n'oublie pas le passé trotskien (LCR et Révolution ! De Maler) il manque visiblement d'imagination, ou en tout cas de la capacité d'analyse du maximalisme, que certains nomment encore « gauche communiste » (pouah je préfère encore « droite capitaliste »!). Maler ne connaît visiblement rien aux débats sur la période de transition parmi les Gauches de la 3e Internationale. Bien sûr que l'abolition des frontières partout sera nécessaire et possible mais à condition d'une révolution mondiale, mais en tirant vers le haut l'expérience de toutes les nations les plus évoluées vers la vraie liberté qui suppose l'éradication de toutes les pratiques et sanctions barbares de toutes les religions et en particulier de la principale aliénée l'islam, en faveur d'un véritable « mode de vie communiste » sans entraves marchandes ni religieuses, et qui conservera les meilleurs acquis culturels (pas cultuels) des diverses nations.
On peut trouver les formulations du Manifeste imprécises, voire troublantes ou insuffisantes, mais sur le fond oui les prolétaires n'ont pas de patrie et on ne peut leur enlever ce qu'ils n'ont pas, ce qui n'empêche qu'il existe des culturelles nationales plus évoluées et des zones où la femme n'est plus considérée comme une chienne. D'ailleurs, à son niveau dérisoire et encore encadré par les lois capitalistes, la libre circulation (d'européens exclusivement et de toute classe) en Europe de Schengen révèle un réel confort de déplacement et élimine la bureaucratie douanière et celle des bureaux de change10.

Bordiga écrivait dans les années 1950, bien qu'avec des illusions sur les libérations nationales, mais ne fallait-il pas en passer par ce processus, même pour prouver la fausseté des décolonisations (n'en déplaise aux puristes luxemburgistes de RI) ?:
« Alors que pour nous le marché national et l'Etat capitaliste et national centralisé ne sont qu'un passage inévitable pour arriver à l'économie internationale sans Etat et sans marché, pour ces grands prêtres de la démocratie que Marx raillait en la personne des Mazzini, Garibaldi, Kossuth, Sobieski, etc., la formation des Etats nationaux démocratiques constitue un point d'arrivée qui mettra fin à toute lutte sociale. Ce qu'ils veulent, c'est un Etat national homogène où les patrons n'apparaissent plus comme un corps étranger parmi des travailleurs exploités. En réalité, à ce moment historique, le front éclate et la classe ouvrière va se jeter dans la guerre civile contre l'Etat de sa «patrie». C'est au cours du processus des révolutions et des guerres nationales bourgeoises pour la formation des Etats en Europe (et aujourd'hui en Asie et en Afrique) que ce moment se rapproche et que ses conditions mûrissent: tel est le problème sans cesse changeant, aux développements extrêmement variables, qu'il faut déchiffrer ».
Si Bordiga a fait fausse route en misant sur une nouvelle étape de libérations nationales progressistes dans le tiers-monde du XXe siècle, sa réflexion de base marxiste n'en reste pas moins autrement plus profonde que les simplismes d'un certain maximalisme eurocentré et superficiel :
«Ce serait une très grave erreur de ne pas voir ou de nier que les facteurs ethniques et nationaux ont encore un impact très important dans le monde d'aujourd'hui. Parmi les tâches actuelles s'impose donc l'étude précise des limites historiques et géographiques dans lesquelles les soulèvements pour l'indépendance nationale liés à une révolution sociale contre les formes pré capitalistes (asiatiques, esclavagistes, féodales), ainsi que la fondation d'Etats nationaux de type moderne, représentent encore une condition nécessaire pour le passage au socialisme (par exemple en Inde, en Chine, en Egypte, en Iran, etc.). L'évaluation précise des différentes situations est rendue difficile, d'une part par la xénophobie suscitée dans ces pays par l'impitoyable colonialisme capitaliste, et d'autre part par la large diffusion dans le monde entier des ressources productives et des produits qui atteignent les marchés les plus reculés; mais à l'échelle mondiale la question brûlante de 1920 (qui se posait même dans l'aire de l'ex-Empire russe), la question du soutien politique et armé aux mouvements d'indépendance des peuples d'Orient, continue à se poser. Dire par exemple que le rapport entre le capital industriel et la classe ouvrière se pose de la même façon en Belgique et au Siam, et que dans un cas comme dans l'autre on peut mener la lutte sans tenir compte des facteurs de race et de nation, ce n'est pas faire preuve d'extrémisme révolutionnaire, c'est montrer que l'on n'a rien compris au marxisme.Ce n'est pas en amputant le marxisme de la profondeur, de l'étendue et de la complexité de son analyse qu'on acquiert le droit de dénoncer et un jour d'abattre les misérables qui le renient ».
Mais appliquer sans précaution ce même raisonnement de Bordiga en 1950, relativement plus juste à l'époque que les naïvetés luxemburgistes, reviendrait à cautionner le paternalisme politique des gauchistes vis à vis des migrants et leur secourisme en peau de lapin, à applaudir les libéraux au pouvoir qui n'aiment jamais tant que les «migrants » conservent leurs sinistres traditions tribales pour une paix sociale assurée et un cloisonnement des classes ouvrières. Le fond de la crise politique mondiale n'est qu'un avatar du développement inégal du capitalisme décelé par les meilleurs marxistes au début du XX e siècle, et la dite crise migratoire n'est pas due pour l'essentiel aux problèmes climatiques ou à la seule guerre en Syrie, mais de l'incapacité ou plutôt de la volonté du capitalisme de ne pas industrialiser le tiers-monde mais bien pour y pomper à la demande un prolétariat terrorisé et soumis ; la fable des nations émergentes ne concernant qu'une poignée de grands pays où reste freinée voire interdite le partage des technologies haut de gamme, même si les chinois se démènent dans l'espionnage industriel.


L'IDEOLOGIE PATRIOTIQUE RENFORCEE PAR L'IMMIGRATIONNISME

Dans un très intéressant article, JF Daguzan11, pose le problème d'une orientation vers une « patrie et démocratie ethno-confessionnelle » :
« La Nation à contrat social tend elle à s’effacer au profit de l’Etat identitaire ? Si la démocratie demeure une demande forte des populations, on détecte une tendance à ne la réserver qu’à son environnement paroissial. Finalement, les Basques, les Catalans, les Kosovars, les Corses, les Ecossais, les Touaregs, les tribus, militant pour leur indépendance, admettent parfaitement un jeu démocratique à la condition exclusive qu’il soit circonscrit dans les limites de leur appartenance ethno-linguistique. On retrouve alors la première définition de l’UNESCO de l’Etat-nation dans laquelle fusionnent la logique d’un groupe et d’une forme de gouvernement. C’est valable aussi pour de plus grosses masses, comme en Irak (et peut-être demain en Syrie) où Chiites, Sunnites et Kurdes se séparent progressivement tout en maintenant la fiction d’un Etat fédéral ».
Daguzan fournit une analyse très lucide par après de la situation mondiale et de la perte de vue (et de perspective) du projet communiste de fin des nations :
« Si la nation a été depuis la fin du XIXème siècle plutôt inscrite dans le cadre frontalier de l’Etat, d’autres propositions ont existé. Le communisme a été une « patrie » transnationale dans laquelle se sont reconnus des millions d’hommes avant que cette idée ne sombre dans la découverte sinistre du totalitarisme stalinien et de son cortège d’épouvante. La fin de l’Union soviétique quasi-ultime représentante paradoxale de ce modèle – car fortement construite autour de l’Etat – en sonna le glas. L’islamisme radical universaliste d’Al Qaida est un autre exemple de ces propositions. Fondé sur le principe coranique d’une Umma (communauté des croyants) sans frontières, les leaders d’Al Qaida proposent l’avènement d’un Dar al Islam (le monde de l’islam) vidé de toutes les influences délétères (occidentales d’abord, ou pré-islamiques). Or, depuis son émergence (le début des années 1980) et malgré ses succès « publicitaires » (le 11 septembre 2001 au premier chef), Al Qaida et sa nébuleuse ont perdu toutes leurs batailles sur le terrain (la dernière en date au Mali, 2013) et si des succès tactiques viennent ici ou là rappeler la nocivité de ce mouvement, il n’en demeure pas moins ravalé au rang de mouche du coche. Il n’y aura pas de « Grand soir » islamiste pas plus qu’il n’y a eu de « Grand soir » communiste. De la même façon la crise économique et financière mondiale a brisé les modèles de destruction de l’Etat – considérés pendant un temps par les ultra-libéraux comme économiquement obsolète. Si l’Etat-nation est remis en cause aujourd’hui, ce n’est pas par la pression des grands ensembles économiques mais par la pression socio-culturelle de populations qui lui dénient le rôle de gouvernance. Finalement, seules les diasporas, qui ne relèvent que partiellement d’un modèle idéologique, devraient continuer de survivre en tant que nations transnationales mais le phénomène devrait aller en s’affaiblissant. La question de l’Union européenne, entité fédérale en devenir ou ensemble multilatéral conjoncturel fruit de la Seconde Guerre mondiale et de la Guerre froide mérité également d’être posée tout comme celle des modèles équivalents (ASEAN, etc.) ».


LA PRESSION SOCIO-CULTURELLE DES POPULATIONS ?

Là cet auteur nous déçoit. Qu'est-ce que cette « pression socio-culturelle », il ne le développe pas. Or, du point de vue marxiste, nous voyons bien une orchestration des Etats, une focalisation sur la question religieuse et des règles de vie opposées. Les populations en général ont bon dos, mais elles restent encadrées par des mafias étatiques, tant capitalistes qu'islamistes ou dictatoriales. L'Etat est la religion de la société capitaliste comme la religion est la meilleure expression désormais des volontés de l'Etat capitaliste. Ce ne sont pas les aspects ethniques, raciaux, climatiques qui divisent les peuples et les prolétariats, mais bien des modes de vie qui permettent de rendre la liberté impossible ou utopique : liberté de circuler, liberté sexuelle, solitude si utile au marché capitaliste, etc. L'islam est bien en ce sens la religion number one de la réaction bourgeoise mondiale, pas sa oumma ni l'utilisation du terrorisme islamique comme terreur ...des Etats dominants (qui en profitent pour renforcer leur propre terreur étatique). Le rigorisme de l'islam est mille fois supérieur disons à la période victorienne puisque, dans tous les pays, il impose une ghettoïsation de la femme, une morale ascétique très famille-patrie. Il s'immisce comme mode de vie dans la plupart des capitales occidentales avec la bénédiction des Etats démocratiques et de leurs contreforts gauchistes. Il est l'ordre moral dont ce système pourri jusqu'à la moelle prétend sauvegarder ses turpitudes financières et ses crimes impérialistes12.
Daguzan remarque finalement que l'émiettement en micro-nations n'est pas fait pour complaire au capitalisme moderne ni destiné à durer, et il cite le fameux rapport de la CIA de 2012 dont j'ai déjà parlé ici - Global Trends 2030 - qui souligne un phénomène d’hybridation : « L’Etat-nation ne devrait pas disparaître, mais les pays organisent et orchestrent de plus en plus des coalitions « hybrides » d’acteurs étatiques et non étatique qui changent selon l’objet. ».
La seule classe capable de mettre fin aux idéologies patriotiques est à l'heure actuelle complètement incapable de remettre en cause dispersions nationales et hybridations diverses, elle reste dominée, non par un rejet raciste, comme disent les rigolos gauchistes, mais par des appréhensions non d'invasion non plus, mais d'attaques sur le mode de vie occidental ; et cela personne n'en parle, même pas les révolutionnaires maximalistes amateurs, et Mélenchon le sait par contre qui met un bémol à l'immigrationnisme industriel à la Merkel13.
L'internationalisme de la classe ouvrière ne peut non plus aucunement se développer en applaudissant aux migrations massives, qui aboutissent logiquement à renforcer l'illusion patriotique14, aussi bien en France que, par exemple, en Algérie où « les autorités » ne s'embarrassent guère de gants pour laisser crever les migrants dans le désert, ce dont l'ex-tiers-mondiste patenté le journaleux bourgeois Plenel se garde de parler15.
Je laisse la conclusion, pessimiste, à Michèle Tribalat :

«  En Allemagne, le pic de l’enthousiasme a correspondu à septembre 2015 après la mort du petit Aylan sur les côtes turques : 79 % des Allemands sont alors d’accord pour qu’on répartisse les migrants qui arrivent entre les divers pays européens et pour en accueillir une partie. C’était le début de la grande vague migratoire déclenchée par le discours d’Angela Merkel. Rappelez-vous, c’était le 31 août : « Le monde voit dans l’Allemagne une terre d’espoir et d’opportunités. Et ce ne fut pas toujours le cas ». Tout le monde comprend alors, en Allemagne et ailleurs, qu’Angela Merkel fait référence à l’époque nazie. Beaucoup d’Allemands se sont alors mobilisés avec enthousiasme pour être à la hauteur. Mais la proportion d’Allemands répondant favorablement à l’accueil des migrants a quand même perdu 18 points de pourcentage en moins de deux ans. (...) On s’est beaucoup félicité de l’évacuation de la jungle de Calais sur le moment. Mais on sait maintenant que des migrants reviennent ou viennent à nouveau dans le coin. Donc, la maîtrise du phénomène est encore à démontrer. Le développement de barrages sur l’autoroute, avec la mort d’un chauffeur de camion mardi dernier a sans doute encore rafraîchi les bonnes volontés. Il y a donc une fluctuation des réponses à ce type de sondage en fonction des événements, mais les Français restent majoritairement opposés  à la répartition des migrants qui débarquent sur les côtes européennes. C’est seulement après la diffusion des photos sur le petit Aylan que la proportion de Français favorables à une répartition des migrants a frisé les 50 %. Quand ils répondent ce qu’ils répondent, on peut supposer que les Français souhaitent échapper à la déferlante. Répartir les migrants ce n’est pas maîtriser les flux migratoires. Ça peut même être compris comme étant tout le contraire : se faire à ce qui nous arrive ».

D'où la popularité du renforcement des frontières ! Surtout parmi la classe ouvrière ancienne ou nouvelle.




NOTES



et voir LO : https://journal.lutte-ouvriere.org/2017/04/19/melenchon-un-patriote-professionnel_88474.html

2Pendant toute la campagne son pensum « Révolution » barrait l'entrée de tous les supermarchés, ce sont maintenant des rayons entiers qui sont dédiés à la saga Macron. On se croirait plongé dans une librairie roumaine des seventies, à la gloire du couple Ceausescu, tout auteur désirant entrer dans la carrière étant invité à tresser une ode livresque au président des présidents, au bourgeois des bourgeois, au gigolo de la finance ravie.

3Le patriotisme est historiquement autant une notion de droite que de gauche. La Ligue des Patriotes de Déroulède mène campagne pour l'union nationale contre les Prussiens, (comme le parti socialiste qui avait appelé à l'union nationale en 1914) et surtout contre l’occupant juif incarné par la figure du capitaine Dreyfus. Le Parti des Patriotes de Taittinger qui a également pour ennemi principal les Juifs, lui succède au cours des années 1930. Pendant l’Occupation, tout le monde est patriote ; les résistants sont patriotes contre l’occupant nazi. Vichy est patriote contre l’envahisseur "judéo-communiste"sponsorisé par Londres et Moscou. A la Libération le PCF caracole sous les termes de « front national ».


4Les historiens officiels reprochent encore aux syndicalistes révolutionnaires et à Paul Lafargue d'avoir été les tenants d'une déchristianisation sectaire, Lafargue s'en fichait : « La bourgeoisie a besoin d'une religion qui lui promette une vie céleste pour continuer sa vie terrestre de fainéant et de jouisseur ». Voir aussi les multiples interprétations de la loi de 1905 par les missi dominici du système, qui la révisent et prétendent qu'elle servait à adapter les religions mais pas à les supprimer complètement de la sphère civile et politique.

5On prie le Seigneur de sauver la peau des combattants mais surtout de les autoriser à massacrer sans vergogne. La joie et l'indifférence face au meurtre n'est pas une nouveauté dans l'histoire chaotique de l'humanité. Le grand historien de l'Antiquité, Paul Veyne, décrit comment spectateurs des arènes romaines et chrétiens étaient parfaitement indifférents aux meurtres et égorgements des gladiateurs. Dolf Oehler – Juin 1848 : le spleen contre l'oubli – décrit l'absolue indifférence des flics lorsqu'ils étripent à la baïonnette les prolétaires insurgés. Ce qui choque de nos jours une grande partie de l'humanité consciente n'en émeut pas une autre partie à l'instinct primaire et à qui cela ne fait pas plus d'effet que d'écraser des mouches, surtout en temps de guerres.

6C'est la révolution russe de 1917 qui pose la question de l'internationalisme conçu comme fin des frontières, beaucoup plus clairement in vivo que n'avait pu le faire Marx.

7Parmi les nombreux mensonges de Poutine, qui conchie régulièrement les origines du socialisme comme le grand nettoyage religieux des bolcheviks. La majeure partie de la population musulmane serait dans la région de Moscou, et cette confrérie est très choyée par le tsar Poutine, comme sa consoeur orthodoxe. Bernard Guetta, lors du débat suivant l'émission, salue comme Hubert Védrines, l'importance du rôle de Poutine : sa victoire écrasante en Tchétchénie aurait évité à la Russie de devenir une république musulmane. C'est le discours inverse de l'empire US mais cela y ressemble étrangement. Des milliers de russes musulmans seraient au service de daesch, et le malin tsar laisse entendre, comme tous les sites dits « révisos », en tout cas critiques du big brother Washington (Réseau international, Voltaire, etc.), que daech n'est qu'une faction de la bourgeoisie américaine. Poutine ou Lavrov ont les infos et une parfaite compréhension de ce qui se passe entre fractions de la bourgeoisie US et en jouent avec beaucoup de malice. Caldwell : « Alors pourquoi les gens se soucient-ils autant de Poutine ? Parce qu’il est devenu un symbole d’auto-détermination nationale. Les conservateurs populistes le voient de la manière dont les progressistes ont vu Fidel Castro, comme la seule personne qui dit qu’il ne se soumettra pas au monde qui l’entoure. »


8Le charity business des associations pour réfugiés, vanté par Le Monde et les gauchistes spectateurs, fait partie de l'économie capitaliste : appel d'offres sur les centres de rétention administrative, développement d'hébergement de réfugiés chez des particuliers, l'accueil des réfugiés et demandeurs d’asile est (plutôt mal) réalisé dans des permanences spécialisées de Frontex (une bureaucratie cynique qui les traite par-dessous la jambe) et diverses autres dépendantes d'aides étatiques et qui surexploitent des bénévoles « en stage ». Face à des bateaux de fortune qui arrivent avec des migrants enchaînés, expédiés ainsi par leur Etat d'origine, un gisement d'emplois est là pour conseils et aide juridique à toutes les étapes de la procédure, même en les faisant tourner en bourriques (envoi à Berlin puis retour à Rome, puis Vintimille, etc.) : dossier Ofpra, recours à la cour nationale du droit d’asile (CNDA), admission au séjour, procédure de réadmission « Dublin III », défense contre les abus des préfectures, ou encore réunification familiale des réfugiés. etc ...
Tout ce cinéma rapporte des millions aux assocs à but non lucratif... et sert l'idéologie du bon accueil antiraciste, si mensonger.

9Cf. mon livre « Dans quel « Etat » est la révolution ? ». Que je suis étonné de voir en vente, ainsi que mon histoire du maximalisme, à des prix scandaleux, très chers, par des quidams sur Amazone alors que j'ai tant d'invendus que je brade. La thèse de Maler « Convoiter l'impossible » est une très utile réflexion pour le communisme, si on le retrouve.

10L'Europe de Schengen n'est évidemment pas cette fable longtemps rêvé par nos trotskiens nationaux « d'Etats-unis socialistes d'Europe », invention d'un Trotsky qui voulait faire concurrence aux « Etats-unis communistes » de Staline, mais une impasse de pays riches et la place du principal marché mondial pour fournisseurs des grandes puissances !

11https://www.diploweb.com/La-fin-de-l-Etat-Nation-Surprise.html

12Macron a été très activement soutenu par l'UOIF des frères musulmans - organisation considérée comme terroriste par la Russie et que les républicains aux Etats-Unis ont vainement tenté de faire classer de même.

13 Mélenchon radotait en 2012 sur la Canebière, avec ce terrorisme verbal hérité de sa kultur trotskienne, que « notre chance, c’est le métissage » avant de louanger les « Arabes et Berbères» ayant importé « la science, les mathématiques ou la médecine » sur le Vieux Continent. En revanche, son livre-programme, Le Choix de l’insoumission (Le Seuil, 2016), développe une vision de l’immigration moins gauchiste angélique : « Si on ne veut pas que les gens viennent, il vaut mieux qu’ils ne partent pas [...] Donc éteignons l’une après l’autre les causes de leur départ. Elles sont très simples, c’est la guerre et la misère. Une fois que les gens sont là, que voulez-vous faire ? Les rejeter à la mer ? Non, c’est absolument impossible. Donc il vaudrait mieux qu’ils restent chez eux. » A Florange, en janvier dernier, il se déclarait favorable à la « régularisation des travailleurs sans papiers mais pas pour le déménagement permanent du monde, ni pour les marchandises ni pour les êtres humains ». Protectionniste et antilibéral, il n’en prétend pas moins rester partisan d’une « république universelle » par la généralisation du droit du sol et des naturalisations. Mais sans destruction de l'Etat capitaliste ! Et sans en référer au fait que les petites nations sous-développées doivent rester de simples réservoirs à main d'oeuvre corvéable et encadrée sagement par l'islam. Plus à droite, si je puis dire, que Mélenchon on trouve un site du PCF 'Réveil communiste' qui récuse l'enchantement immigrationniste et ne se bouche pas la vue avec la généralité « nos frères de classe », mais avec un arrière-goût très marchaisien : http://www.reveilcommuniste.fr/pages/Les_communistes_et_limmigration_quels_principes_adopter_augmente_1382011-5126356.html


14Ce que certains commentateurs anonymes qualifient, pas à tort à mon sens de « folie migratoire », comme celui-ci : « Le problème ne vient pas des migrants mais de nos politiques qui refusent d'admettre la colonisation par l'islam et qui font bénéficier les clandestins de l'état providence destiné aux citoyens qui ont travaillé et cotisé ; l'envoi des enfants mineurs depuis l'Afrique est devenu une source de revenus pour des villages entiers ! De plus, ces migrants vont se transformer en des poches de problèmes car ils viennent avec leurs traditions contraires à notre république et notre mode de vie ! Avant d'envisager des arrivées nouvelles de personnes à la logique communautariste, il est utile de solutionner les zones à problème existantes sur notre territoire et combattre sans complaisance ceux qui veulent imposer leurs traditions et culture moyenâgeuse hors de notre conception sociétale ». Le questionnement dans le désarroi contient des vérités mais encore une fois dans l'espoir que l'Etat « providence » bourgeois pourrait remédier à une situation bordélique... dont il a besoin pour continuer à diviser la société !



15Le rédacteur du minuscule GIGC s'est bien fait avoir par la propagande autour de l'exhibition du cadavre du petit Aylan, un « petit frère de classe » ! S'il récuse de se laisser entraîner par les campagnes de solidarité humanitaire gauchiste, il ne propose que la lutte gréviste (!?) pour mettre fin à la barbarie et au massacre des migrants, comme saut dans le Grand Soir libérateur ! Or, où est le programme maximaliste : attentisme + attitude de spectateur indigné ! Ne faut-il pas par contre que les minorités maximalistes insistent, d'une part comme le fait partiellement Mélenchon sur la nécessité de l'arrêt de la guerre, et surtout la perspective d'une « réorganisation » de la société en laissant les gens là où ils sont plutôt que d'encourager une soit disant prolétarisation, prolifération qui confine à ghettoïsation du salariat et généralisation du mode de vie islamique (ce que le malin Poutine a fort justement glissé dans l'interview au journaliste américain) (cf . Sur le site Guerre ou Révolution et le tract informatique : « Exode massif sur tous les continents, ce sont nos frères de classe que le capitalisme assassine).

lundi 19 juin 2017

RUFFIN : le roi des bobos dans le poulailler ! Et vive les marches syndicales !

Quai de la racaille à Aubervilliers: le tagueur "insoumis" n'a pas eu le temps de finir.
« Une opposition sans frein sombrerait dans la platitude. Les entraves l'obligent à être spirituelle , et c'est là un très grand avantage ». Goethe

 
Jeudi 22 gare ! Grève nationale des énergéticiens (ex EDF mais néanmoins toujours EDF), « journée entreprises mortes »1. Cela ne vous rappelle-t-il pas des souvenirs du temps passé ?2 Les médias ne vous ont pas informé ? Si si c'est la corpo EDF qui ouvre le défilé post-bals électoraux. On va voir ce qu'on va voir, du reste quelques coupures de jus ! C'est à dire pas grand chose ; la grève corpo a du bon, comme me l'ont confirmé mes ex-collègues musulmans, il n'est pas proscrit de faire grève durant le ramadan. Bonne chose que la religion n'interfère pas sur le « terrain de classe » (étant un vieux révolutionnaire je m'excuse auprès des jeunes prolétaires incultes d'user de ce langage ringard, deux fois désolé car ils ne trouveront pas la définition sur wikipédia ni dans le guide illustré du petit syndicaliste3).
Gageons que le « tribun de la gauche radicale » Mélenchon et le « dormeur debout » Ruffin seront invités à trôner en début de défilé parisien4. Y aura-t-il un rajeunissement syndical par après ? Une macronisation juvénile du syndicalisme, voire aussi juvénale que le profil politique de la nouvelle majorité si minoritaire (elle n'est élue que par 16% des électeurs inscrits). Allons-nous assister à un renouvellement des avant-gardes et cadres syndicaux pour les nouvelles balades syndicales « en marche » ? De jeunes permanents viendront-ils aux « marches syndicales » remplacer les vieux coucous inertes qui tapent le carton dans les locaux aristos pendant que les ouailles défilent avec pétards et calicots ? Remplaceront-ils le pastaga ouvrier par le joint bobo ?
Le permanent syndical demandera-t-il à être désormais rétribué au SMIC et révocable s'il ment une seule fois à l'AG des syndiqués ?
Des inquiétudes planent sur l'aura du syndicalisme made in France. Bien qu'ultra minoritaire dans le privé et très planqué dans le public, le personnel syndical se fait des cheveux blancs au propre comme au figuré. Pensez l'ignoble nouvel occupant de l'Elysée, prévoyant d'imposer des négos et les licenciements branche par branche, ne va-t-il pas dessécher totalement le discours syndical corpo à vocation nationale ? Quand, naguère tout gréviste stalinien ou trotskien se prenait pour l'hydre de la révolution, comme le bon Lénine le leur avait suggéré, persuadé qu'il était au fond du plus petit bled de son entreprise riquiqui qu'il était à l'avant-garde de la grève générale5. Voire insurrectionnelle si la FA et les bordiguistes fournissent les armes.
N'allons pas trop vite pour les marches syndicales à venir, ou même la remise en marche d'un syndicalisme si atone pendant les cycles électoraux, les lampions de l'olympisme électoral franchouillard patriotique ne sont pas complètement éteints. Je n'avais pas bien compris, dans mon article précédent, l'intérêt des DJ des médias de nous barber au terme de l'ultime semaine électorale avec cette antique affaire Grégory ; la réponse était fournie pourtant dans ces curieux commentaires prévoyant si bien une nouvelle forte abstention : elle était encouragée: le fait divers, celui-là ou un autre, FAIT DIVERSION ! Mais oui et je dirai même diversion sponsorisée. Vous avez la mémoire bien courte ! bien longtemps avant la révolution macronesque, dans notre pays médiéval sous-libéral tous les abbés et prélats de la gauche profonde nous promettaient l'enfer et nos fesses rougies au fer incandescent : s'abstenir c'était favoriser le diabolique FN ! Las, avec nos brillants formateurs d'opinion : que nenni ! L'abstention s'avérait un dopage très positif pour la « révolution macronesque en marche », permettant une victoire odieusement majoritaire avec une minorité de connards d'électeurs du futur dictateur destructeur de toute loi humaine du travail !
Lors de son premier commentaire à la fin du carnaval, l'austère Edouard Philippe, ci-devant premier ministre avec son maintien raide de caporal chef, avec ses boutons de manchettes sophistiqués aux trois couleurs patriotiques et qui ravissent les pigistes de l'OBS, fit peu de cas de cette abstention. En réalité il s'en branlait comme de ses premiers boutons de manchette. Bof, pensait-il : « aux States ils gouvernent à chaque fois avec plus de la moitié de la population qui s'abstient ! Et puis les abstentionnistes, ces couillons, ils n'ont qu'à la fermer... »
Pauvres cons d'abstentionnistes, plus que l'électeur lambda n'est-ce pas ? ne les voilà-t-il pas « récup » à leur tour par le Lénine du pauvre, le Robespierre des « gens », le dompteur du tigre de papier PCF : ce sacré tribun patriotique du peuple, le Mélenchon qu'est allé fout' la pâtée à Menucci-la volaille socialo, bien plumée à Marseille ! A défaut d'avoir pu éradiquer la blondasse raciste des alcooliques du nord.
Plus majoritaire en fait que les minorités macronesques, interrompant sans vergogne le bla-bla des chefs de plateaux de BFM, le grand homme - « tribun de la gauche radicale » - devenu enfin député en costard simplement mao (sans cravate macroneque ni boutons louis-philippard) éleva la voix pour expliquer l'engagement civique, voire grévegénéraliste, de « notre peuple » :
« L’abstention écrasante qui s’est exprimée aujourd’hui a une signification politique offensive », « notre peuple est entré dans une forme de grève générale civique ». Laissons un journaliste compléter : «  Pour le tribun de la gauche radicale, la « majorité boursouflée » de la formation d’Emmanuel Macron n’a pas « la légitimité pour perpétrer le coup d’Etat social qui était en prévision ». Et d’appeler le président de la République à organiser un référendum sur sa réforme du droit du travail ». Le « tribun du peuple » ajouta qu'il postulait désormais pour précéder toutes les manifs avec le drapeau tricolore : « Le peuple français (…) nous a désignés pour dorénavant porter devant le fanal du combat ». C'est en effet le mandat qu'il a reçu des millions d'abstentionnistes.


De drôles d'insoumis : Dom Quixote de la Mélencha et Sancho Ruffa


A son QG de campagne de la « France insoumise », au bled de Flixecourt, en contrebas de l'A16 près d’Amiens, François Ruffin, dit Ruffa, roi des bobos parisiens et père putatif des « nuits debout », s’est félicité de sa victoire députationnelle « par et pour le peuple » avant d'engager ses spectateurs benêts, sous les applaudissements, à « partir en manif » (le régime antidiabétique parfait pour joggeur gauchiste). « Si on veut que le pays change, ça s’est passé un peu dans les urnes aujourd’hui mais ça va se passer dans la rue demain », a averti les puissants le nouveau député ou le nouveau député qui en a ainsi avisé les puissants.
Il y a du fakir dans la trajectoire de Sancho Pença dit Ruffa, voire de la magie vu ses trois promesses « révolutionnaires » de campagne électorale bourgeoise ; la première : toucher le Smic (1.480,27 euros brut), soit près de cinq fois moins que ses collègues qui gagneront 7.185,60 euros brut par mois (sans compter tous ceux qui ont été étendus sur matelas Dunlopillo et continueront à percevoir la même alloc chômage de député durant trois ans seulement les pauvres. Il n'est pas dit s'il reversera la différence au FdeG (qui pompe ses élus comme le PCF de naguère, cf. bisbilles à Grenoble) et qu'on lui laissera les reverser à de quelconques « œuvres charitables » ; la bonté obséquieuse a des limites que Dom Mélenchon ne saurait tolérer !
Deuxième : avoir un mandat révocable ! Bien bien... disent les spectateurs anarchistes épatés, les yeux brillants des images de la démocratie communarde !6 Et Sancho ajouta : "Si 25% des inscrits de ma circonscription souhaitent que je dégage, eh ben je m'en irais." Petit problème, comment Sancho pourra-t-il retrouver ses électeurs qui en principe votent sous le sceau du secret isoloir en tant que « gens » (comme dit Dom Mélenchon), voire les réunir ce qui serait les balancer à la police macronesque ? Sans compter que ses opposants (du candidat battu) sont sûrs de le révoquer puisqu'ils sont déjà plus de 34% !
Troisième : à propos de la réserve parlementaire, que le projet de loi de moralisation de la vie publique prévoit de supprimer, il a prévenu que si elle était conservée, il la ferait "gérer par un jury populaire tiré au sort" :"Ce sont des dizaines voire une centaine de militants qui ont arpenté les villes, les villages et qui, au porte-à-porte, sont allés arracher les gens, non pas au vote Macron puisqu'on savait que, dans le coin, les gens ne voulaient pas de ça, mais simplement sont allés les arracher à l'abstention, à la résignation, à l'écœurement", a-t-il expliqué.
S'agira-t-il de corps populaires « patriotique », milices armées façon Mao ou LO ? Des escouades de militants bobo-gauchistes voire islamo-gauchistes vont-ils aller incendier la résidence secondaire de tel salaud de réserviste parlementaire ? Les "gardes rouges" ruffinesques ne vont-elles pas se retourner contre leur (pauvre) petit fakir s'ils s'aperçoivent que malgré un salaire de député au SMIC il dispose d'une réserve "artistique" de scénariste en plus d'un discret revenu d'intermittent des "gens" du spectacle (en tous genres)?


Le derviche Sancho Ruffa ne va-t-il pas griller la politesse à Dom Mélenchon ? Tant l'exorde journalistique est boursoufflée : « Son entrée à l'Assemblée nationale pourrait (déjà) avoir des airs de petite révolution. François Ruffin, emblématique journaliste et documentariste césarisé pour son très remarqué "Merci patron ! ", a été élu dimanche député de la 1ère circonscription de la Somme, avec 56% des voix.
Vous voyez combien Goethe avait raison dans mon exergue, Mélenchon et Ruffin, bien que ultra-minoritaires, salués comme « grandes gueules » vont servir à légitimer une assemblée pas du tout légitime et tenter de réinventer la courroie de transmission syndicale7, comme Sancho le susurre à moustache CGT et Poutou NPA :"Si on ne trouve pas des voix pour porter nos paroles à l'intérieur de l'Assemblée nationale, si c'est un bloc monolithique qui avance avec ses lois, sûr de soi, dominant, eh bien, c'est à l'extérieur de l'Assemblée nationale » que ça se passera."
C'est pas gagné l'impact et la durée de ce parti morpion « France insoumise ». Le free lance Ruffin risque d'avoir une carrière aussi brève que le Tapie, il refuse déjà de cotiser et a pas signé la charte d'engagements prévoyant, entre autres, la discipline de vote. Fier à bras, Sancho a confirmé qu'il voterait "en (son) âme et conscience, en toute indépendance, c'est ce que j'ai assuré aux électeurs". "Je pense qu'il n'y a pas besoin de discipline quand on est d'accord sur l'essentiel". Caméléon à tout faire ou girouette sans avenir, Ruffin n'est pas fini. Il ne va pas longtemps bluffer « les gens » comme il en a tant bluffé avec son journal provincial bourré d'infos erronées ou inventées.
La politique bourgeoise est usée mais ses comédiens politiques sont très mités.

NOTES

1http://cgtparis.fr/spip.php?article3067
2Par exemple les successives et invariantes misérables « villes mortes », et les « JA » secteur par secteur ?
3Ou alors tapez : terrain de classe et ajoutez « révolution internationale », vous verrez que le terme est très usité par le groupe CCI et qu'il signifie : les grèves, les manifestations ouvrières, les réunions (rares ou disparues) de quelques minorités politiques maximalistes... voire, mais au niveau héroïque, les lieux investis par le prolétariat lorsqu'il fait la révolution, ce qui fait que le terrain de classe devient les places publiques, les avenues, le palais de Tauride, l'institut Smolny, etc. Demain après la prise d'armes l'actuel parlement en bord de Seine (qu'on nous promet torride avec les potes de Dom Mélenchon), le parc du Luxembourg, le dôme du Conseil économique et social, etc.
4Depuis la disparition des grands clowns du PCF, dans les boites frappées de fermeture sauvage, on se contente d'attirer l'attention des médias en laissant venir parader (ou en les démarchant) des figurants de moindre envergure parlementaire : les Besancenot, Poutou, Arthaud et Mélenchon, quoique ce dernier soit en passe d'être starisé à défaut d'être stylisé comme le fût le mémorable Marchais, dont la gouaille était certes moins cultivée que le vieux trotskien recyclé socialo et « porte-parole des gens ». Mais si comique.
5Il vient de sortir un bon petit livre d'une jeunette sur l'histoire du grand soir, que j'ai déjà signalé dans la colonne de droite de ce blog ; malheureusement, malgré une étude très documenté la jeune auteure est incapable de nous expliquer d'où vient originellement cette formule « grand soir » qui est généralement accolée à ce grand mythe foireux de « grève général »... pour le jour J ou R de la révolution.
6L'éligibilité/révocabilité immédiate est un acquis de toutes les grandes révolutions prolétariennes, Sancho le sait mais se moque du monde et surtout du prolétariat, il n'est qu'une variante de poseur d'estrade bourgeois qui veut embobiner les gens (pour reprendre le terme de son chef de tribu) : « Moi je vous propose d'être le porte-parole des petits et des moyens contre les gros. Il faut aller voter parce que les riches, eux, ils oublient jamais de voter pour défendre leurs intérêts ». Bla-bla anti-marxiste mais surtout grand n'importe quoi, les riches n'étant qu'une minorité infime et ne pesant nullement par leur vote dans le cadre truqué de l'électoralisme bourgeois ! Ce bateleur de foire nouveau-né, mais mort-né pour toute crédibilité politique, ne voit même pas que la plupart des « gens » le prennent pour ce qu'il est : un imbécile nouveau ou imbécile utile... au système.
7Cf. l'article dithyrambique de l'OS, page grands formats. Un petit coup de pouce a été donné à "France insoumise" par l'argumentaire journalistique se plaignant d'une absence d'opposition à la vague "en marche", un certain nombre de mes ami(e)s ont cru bon d'aller apporter leur obole à Dom Mélenchon et à Sancho Ruffin...