"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

vendredi 3 février 2017

AUX ORIGINES DE LA RELIGION DANS L'ENTREPRISE EN FRANCE LAIQUE


« Nous avons besoin de l'islam » Giscard d'Estaing (début des années 1970)
« La lutte exemplaire des foyers Sonacotra » (journal Le Prolétaire, 1977)
« La révolution ne viendra pas des immigrés » Marc Chirik (1978)
« Les religions ont un rôle civilisateur » Nicolas Sarkozy (2008)

REVISITONS NOTRE passé

UNE LUTTE EXEMPLAIRE ? DES MAOS AUX MOSQUEES...

Dans mon livre sur l'immigration et la religion (musulmane) je faisais remonter l'invention des salles de prière aux usines Renault aux années du gouvernement Jospin . En réalité, c'est dès après 1968 que l'aile droite de la bourgeoisie s'était préoccupée de compléter l'encadrement syndical des prolétaires, par un encadrement religieux des derniers arrivés, immigrés maghrébins en particulier, main d'oeuvre abondamment fournie et accélérée par la politique de décolonisation, et peu glorieuse finalité des libérations « nationales ». Près de quarante années ont passé, et l'heure est venue du bilan de ce qui avait été conçu par certains comme un mouvement libérateur de la vie sociale – la lutte « immigrée » sous la forme de grève des loyers - à côté de l'émancipation féminine, régionale, et accessoirement ouvrière post-68. Après une lutte sur la question du logement, c'est la religion qui s'est "logée" dans l'entreprise. Toute une époque... permissive.
La grève des loyers a toujours été un combat périphérique et marginal dans l'histoire du mouvement ouvrier et ne pouvait receler la force et la cohésion d'une grève classique. Le CCI ne fût jamais emballé par cette grève de loyers, malgré le bruit et l'agitation des maoïstes et des bordiguistes, ces derniers taxant le CCI d'indifférentisme petit bourgeois. Le parti bordiguiste, encore gros d'une centaine de membres en France, ne cachait plus déjà sa préférence immigrée, quoique celle-ci existât en pointillé déjà avec sa théorie évanescente des libérations nationales marchepied de la future (et inéluctable) révolution prolétarienne de l'aristocratie ouvrière occidentale. Je me souviens d'une mini fête de LO organisée par le parti bordiguiste, avec ses grands chefs profs arrogants, à tonalité très folklore maghrébin avec méchoui et musique, sans discours politique autre que charitable et vantant l'exemplarité de la « lutte immigrée » ; toute la « tactique » n'était pas décrite dans les articles de leur journal.
  • « Les résidents Sonacotra... sont un des secteurs les plus combatifs sur le terrain de la lutte » (Le Prolétaire n°243, 7 mai 1977)
  • Le PCI attendait que se dégage une avant-garde : « qui devienne un ferment de lutte et d'organisation... ce problème étant celui de toute la classe ouvrière qui aurait dû assumer les leçons générales de cette lutte » (Le prolétaire n°245, 4 juin 1977).
Bien que n'étant pas la première, en 1975, une « grève des loyers » avait débuté au foyer Romain-Rolland de Saint-Denis. Elle se propagera en 1976 à l'ensemble de la région parisienne puis aux autres régions françaises, rassemblant au plus fort des mobilisations de 20 000 à 30 000 grévistes. Protestant contre la hausse généralisée des loyers qu'ils jugeaient alors indécentes en comparaison avec la vétusté qu'offraient ces foyers, les résidents grévistes dénonçaient également l'état de délabrement précoce des structures ainsi que les méthodes de répression utilisées contre leur mouvement, comme les recours auprès des ambassades de leurs pays d'origine et les expulsions du territoire français.
La lutte perdure jusqu'en 1980, date d'aboutissement des négociations entre les grévistes et la Sonacotra. Les résidents obtiennent alors le changement du personnel d'encadrement et une plus grande consultations des résidents pour les décisions de règlement intérieur ainsi qu'une réglementation des augmentations. Mais cette victoire demeure partielle puisque leur statut de locataires ne sera pas reconnu.


Je ne viens pas ici sur le caractère indéniablement ségrégationniste de ce type de logement ni sur la gestion néo-coloniale honteuse par d'anciens militaires pieds-noirs, ni sur les différentes manœuvres des groupes maoïstes où le PCI ne fût que la cinquième roue du carrosse d'une lutte dont les côtés sombres ne nous furent pas visibles à l'époque. Le lecteur peut trouver d'amples descriptions sur le web, hélas en général menteuses et dithyrambiques. Les revendications officielles étaient de trois ou quatre ordres et ne pouvaient que recevoir l'assentiment du public et de la classe ouvrière :
  • baisse des loyers trop élevés par rapport aux équipements et services disponibles
  • mise en cause des règlements intérieurs,
  • reconnaissance des comités de résidents,
  • et, dans de nombreux cas, départ des « gérants racistes ».

Mais il y eût d'autres revendications plus troublantes face à « l'unité ouvrière » exigée et proclamée par tous les groupuscules extra-parlementaires, pas aux plus importants moments de la mobilisation, ce qui échappe manifestement au sociologue Kepel. Les années s'étaient écoulées depuis la fin sans gloire de ce long mouvement pour un logement décent, et on l'oublia. Les petites sectes révolutionnaires ont un grand défaut, assez indélébile, outre celui d'avoir toujours raison et de fonctionner en vase clos (révolutionnaires comme gauchistes) c'est de ne jamais lire vraiment les publications bourgeoises ni de s'intéresser à ce qui sort en librairie. Qu'il nous aurait été profitable vers 1987 que certains d'entre nous lisent le bouquin du jeune Gilles Kepel, à peine âgé de trente ans. C'est ainsi, mais, comme vous allez le voir, un enquêteur, même bourgeois, plus fin, peut voir des choses (quoique partielles et peu perceptibles) que le militant immédiatiste, agité et porté par son propre discours, peut ne pas voir. Comme le fameux Michel Foucauld, de formation maoïste, qui vit un nouveau padre révolutionnaire chez le répugnant Khomeini, avant de se rétracter piteusement.
Dans son ouvrage – Les banlieues de l'islam (Seuil 1987) – Kepel rappelle qu'une première grève avait eu lieu en septembre 1973 au foyer de Bobigny, qui avait durée 45 jours, et qui n'avait cessé qu'après avoir obtenu... « poses de rideaux et ouverture d'une salle de prière ». C'est seulement en 1975 que la société néo-coloniale Sonacotra va développer une « politique de mosquées ». Toute la petite bourgeoisie parisienne accourt en terre de mission :

« Appartenant aux damnés de la terre, venu du monde pauvre, l'immigré est un prophète de la révolution, qui doit contraindre le prolétariat embourgeoisé des sociétés industrielles à redécouvrir le caractère radical, inexorable des luttes ouvrières que l'ère de la consommation, de l'automobile et du réfrigérateur a transformées en combats corporatifs pour le maintien du pouvoir d'achat » (p.133).
L'action du Comité de coordination régional, immédiatement mis sur pied par les camarillas gauchistes, qui recrutent bien plus en milieu étudiant maghrébin et africain que les djihadistes de nos jours, court-circuite rapidement les pompiers du PCGT et de l'Amicale des algériens (les trotskiens sont à la traîne et qualifiés de suivistes par les bordiguistes qui, eux, croient rivaliser avec les maoïstes).
Pourtant, un autre mouvement, plus profond et plus discret se dessine à la base, dans les foyers, en deçà des proclamations maoïstes : l'affirmation de l'identité islamique :
« Le langage gauchisant et marxisant utilisé par le comité de coordination a contribué à occulter l'aspect islamique de ce conflit qui, pour n'avoir jamais été souligné par les médias qui n'y auraient de toute façon pas vu, à l'époque, un thème à succès (conjoncture internationale oblige) n'en était pas moins très présent1 (…) Entre 1974 et 1979 où les conflits sont presque ininterrompus, cette revendication de lieu de culte est tellement systématiques qu'elle finit par être devancée par les gestionnaires concernés qui budgètent dans tous les foyers des travaux pour répondre à cette exigence. Il faut aussi tenir compte du fait que, pour les gestionnaires, c'est une des revendications les plus faciles à satisfaire et que sa satisfaction paraît ramener un semblant d'ordre » (p.134).
Des salles de prière existaient déjà avant 1975, jouant un rôle modérateur : « ...gérées par les pratiquants eux-mêmes qui désignent un responsable en leur sein, elles rythment la paix sociale par les appels du muezzin montant du sous-sol cinq fois par jour ». En réalité, Kepel saute là le moment de la lutte et ment par omission, car, pour autant que je m'en souvienne et de par mon suivi aléatoire de ce mouvement, jamais on n'entendit parler de demande de salle de prière dans les AG publiques où j'ai pu me trouver en tout cas, sinon, moi en particulier, je les aurais vigoureusement contestées.
« En 1987, la quasi-totalité des foyers de travailleurs qui hébergent des musulmans est pourvue de salles de prière, que les résidents appellent souvent « mosquées ». Dans ces lieux sur plusieurs dizaines d'années s'est affirmé un processus d'affirmation islamique, bon pour les « opérateurs islamiques » et leur prosélytisme suivant le gang impérialiste auquel ils sont rattachés dans les pays arabes « libérés ».
Un des objectifs de la création des foyers Sonacotra à la fin des années 1950 était, outre de fournir une main d'oeuvre taillable et corvéable à merci (logée à proximité des usines, il en reste encore autour de l'île Seguin) de soustraire ces travailleurs à l'influence du FLN, déjà en s'appuyant sur la religion et de réguler leur arrivée en France. Les foyers qui disposaient de mosquées depuis longtemps sont restés imperméables à la grève de 1975.
Le gouvernement giscardien comprend la nécessité, dans un souci d'intégration communautariste, de favoriser l'accès à la télévision d'une émission musulmane, de la création de cimetière musulman, mais plus particulièrement il est demandé aux patrons de faire un effort. Le secrétaire d'Etat Dijoud adresse une circulaire aux patrons pour les inciter à respecter les trois principales fêtes de l'Aïd al Kébir, à mettre en place des lieux de prière en entreprise correspondant aux heures de ladite prière, de tenir de l'état physique des travailleurs musulmans en aménageant les conditions de travail, enfin, pour les cantines, de permettre le respect des règles coraniques d'alimentation (p.142) ; quoique le journal Le Monde trouve que ce n'est déjà pas assez. Une circulaire du 29 décembre 1976 d'aide à l'implantation définit une liste de règles à vocation d' « encadrement des jeunes immigrés », en tant que « promotion culturelle ». Aucune des circulaires successives n'encourage des temps compensatoires pour toutes les autres religions ou les athées en bonne santé physique et mentale. En 1976 comme en 1926 avait été célébré la création d'une grande mosquée à Paris : « … l'épanouissement éventuel des travailleurs immigrés musulmans par l'affirmation de leur « identité culturelle », et notamment par la pratique de leur culte, est l'un des moyens de parer à des risques sociaux qu'illustre la grève des loyers à la Sonacotra ». On fait appel aux gouvernements des pays d'origine pour qu'ils envoient de la littérature pieuse. Les adhérents du CNPF réagissent moins pieusement quand il leur est proposé de faire des fêtes musulmanes des jours chômés !
Les premières salles de prière dans l'île Seguin seront revendiquées à la suite d'une pétition d'un marabout africain, puis tout s'enchaîne malgré le cambouis (la prière suppose la propreté du corps) : « Au département 74, l'imam est un OS qui, après avoir travaillé à la chaîne pendant quinze ans, a été muté par la direction (avec l'appui de la CGT) sur un poste fixe, afin qu'il gère son temps plus souplement et puisse exercer au mieux ses fonctions de prédicateur. (…) Les mosquées n'ont pu se faire qu'avec l'aval – sinon la bénédiction – de la hiérarchie (…) elles se sont transformées et développées ensuite, avec l'appui du syndicat CGT majoritaire et qui entendait le rester ».

« La mise en place d'une structure islamique à l'intérieur de l'usine présente pour la direction plusieurs avantages, dans la perspective à court terme du maintien de la paix sociale et de la productivité, en attendant que les OS cèdent la place aux robots. Cela renforce l'adhésion des travailleurs musulmans à l'esprit de l'entreprise, à laquelle ils se montrent reconnaissants de leur permettre de pratiquer leur culte, et cela crée un nouveau type d'interlocuteurs, de médiateurs entre direction et ouvriers, ce qui relativise le monopole de la représentation syndicale » (p.151).
Avant 1976 la CGT se refusait à reprendre la revendication de salles de prière : « Par ailleurs la CGT s'est livrée à ce que certains de ses rivaux n'hésitent pas à appeler de la « surenchère islamique ». En effet, elle redoutait que la direction ne fût le principal bénéficiaire de l'émergence d'un islam consensuel. A cette fin, elle a systématiquement mis en avant des syndiqués croyants, organisé un « collectif mosquée », composé d'imams sympathisants encadrés par des leaders pratiquants pour « sauvegarder la mosquée de toute déviation ».

LE DRAMATIQUE CONFLIT A TABLOT ET LE FOLKORE A AULNAY

En 1982, à l'époque de la « révolution iranienne » où les tchadors commencent à se pointer partout, on se rappelle ces terribles bagarres où les ouvriers se jetaient des pierres les uns sur les autres, et de ces visages hagards et ensanglantés :
« Dans ce dernier établissement la direction poussera très loin le souci d'encadrement du champ religieux en recrutant au Maroc des imams dont la fonction à l'usine sera essentiellement de servir de courroie de transmission au syndicat maison, la CSL, auprès des OS immigrés ».
Dans sa contre-offensive au syndicat-maison la CGT emprunte le langage de l'islam et flatte carrément l'intégrisme musulman: « Les propriétaires de l'organisation CSL veulent exterminer tout musulman pur et notamment celui qui revendique les droits et les intérêts des musulmans (…) ; ils sont le premier microbe qui fait la guerre aux musulmans et à l'islam (..) En fait, qu'est-ce que la CSL ? Il s'agit d'une bande fasciste sioniste qui s'oppose contre tous ceux qui proclament la vérité. Cette bande accuse la CGT d'être contre les musulmans (…) alors que plusieurs de ses responsables mangent publiquement pendant le ramadan ».
En avril 1982, la grève à Aulnay est très médiatisée. En 1980 on avait vu les ouvriers polonais agenouillés en train de prier en AG, cette fois-ci nous voyons des centaines d'ouvriers en bleu de travail avec au dos marqué Citroën, prosternés sur un parking en direction de la Mecque, écoutant un imam-ouvrier. La CGT d'époque a inscrit parmi les revendications spécifiques pour travailleurs immigrés « le droit et les moyens d'exercer son culte ». dans le récit des événements, « L'Humanité » fait à nouveau dans le genre « à chacun son boche » : « ...la provocation (patronale) est allée jusqu'à fournir comme seule nourriture (…) aux délégations syndicales composées de nombreux travailleurs de confession islamique... du porc et du vin ! La direction n'avait pas prévu que ces vivres seraient refusées par tous les syndicalistes français et immigrés ». Question de dignité ! Conclut le journal stalinien.
Depuis « l'identité musulmane » en entreprise a fait son chemin, à EDF, à la RATP où des « frères de classe », sombres barbus comme le père Noël, peuvent refuser de serrer la main à des non-soeurs de classe et jusqu'à l'extérieur de l'entreprise, où dans des boutiques, rue Jean-Pierre Timbaud à Paris par exemple, il vaut mieux savoir parler arabe, ne pas se permettre d'interrompre la conversation entre deux barbus, et, si l'on est une pauvre femme, accepter de se laisser doubler par un homme dans la queue. Ne parlons pas des cafés dans le 9-3 où seuls, les hommes croyants et Benoît Hamon ont le droit d'entrer... (45% de la population du 93 est musulmane d'après le Préfet, cette région est considérée comme le bastion des starts up de l'avenir et un... gisement d'emploi non conflictuel). Une bonne classe ouvrière est une classe musulmane, n'est-ce pas ? C'est à dire soumise corps et âme.


1Kepel ajoute une note savoureuse, à la lecture du « Quotidien du peuple » : « Pour les maoïstes qui s'efforcent d'être « comme des poissons dans l'eau » en milieu immigré, la référence musulmane est instrumentale et doit faciliter leur insertion. Ainsi, ils n'hésitent pas à distribuer à Belleville de stracts intitulés : « Avec les travailleurs immigrés maghrébins fêtons l'Aïd al Kébir » (la fête du mouton) ce qui susciste des réactions horrifiées chez leurs rivaux trotskistes, qui ont la fibre plus « laïque ».

jeudi 2 février 2017

TRUMP EMPEREUR REVOLUTIONNAIRE ? (2)



"Ce qui s'est noué le 2 décembre 1851 s'est dénoué le 2 septembre 1870. (…) Il était dans cette destinée funeste de commencer par un drapeau noir, le massacre, et de finir par un drapeau blanc, le déshonneur. (Victor Hugo, Histoire d'un crime)
«  Il (l'empereur) n’a pas manqué une occasion de faire des sottises  » Ludovic Halevy

«  Tous les grands événements et personnages historiques se répètent pour ainsi dire deux fois […] la première fois comme tragédie, la seconde fois comme farce  ». Marx (Der achtzehnte Brumaire des Louis Napoleon).


Après que “L'Administration” sous Obama ait liquidé une série de dictateurs du tiers-monde, allons-nous désormais devoir supporter de véritables empereurs d'un monde capitaliste industriel dominant en phase de repli belliciste? On peut relire comme un calque de la situation présente, lourdes de menaces (guerre en Ukraine, tensions ravivées au Moyen Orient à l'initiative du nouveau pouvoir américain) le 18 Brumaire de Marx, qui faisait suite au pamphlet “luttes de classes en France” (1850) où Marx reprenait l'idée que la république est l'ultime outil de la bourgeoisie. Comme Badinguet qui rêva de reconstituer la grande France de son oncle1, comme son pote (pas forcément pour longtemps) Poutine et son rêve de refonder le glacis soviétique, Trump s'imagine restaurer une Amérique hyper-puissante alors qu'elle est contestée partout.

Il y a des différences (sur une conception libéraliste de l'économie) mais beaucoup de similarités sur les débuts de l'accession au pouvoir de Napoléon III avec la farce électorale qui a abouti à l'intronisation de l'empereur scandaleux Donald Trump. Les difficultés commencèrent pour le neveu de Napoléon Bonaparte dès le lendemain de son élection. Il était politiquement isolé, car le bonapartisme n’avait aucune assise parlementaire et lui-même était totalement étranger au milieu dans lequel il entrait. Comme la campagne avait laissé des traces, les républicains lui refusèrent leur concours et il dut composer, contre son gré, un gouvernement conservateur autour d’Odilon Barrot, l’ancien chef de l’opposition dynastique sous la monarchie de Juillet et du légitimiste Falloux, qui repoussait ses principaux projets qualifiés d’«  élucubrations  » et qui se concertait à l’avance pour lui imposer ses décisions sous forme de quasi-ultimatums. Le président Napoléon bis devait aussi compter avec une Assemblée à majorité républicaine qui lui était hostile, puis, à partir de mai 1849, avec une nouvelle Assemblée, cette fois dominée par les monarchistes et aussi mal disposée vis-à-vis de lui.
Les sobriquets ne manquent pas non plus pour le nouveau président américain: “Dangerous Donald”, “Donald l'ignorant”, Voldemort (le vilain sorcier de la saga Harry Potter), Captain Tantastic, The orange Knight, Droopy Donald... Napoléon III intronisé après le bain de sang de la répression de 1851 est nommé lui Ratapoil par Honoré Daumier, Badinguet par Paul Gavarni, Crapulinsky par Marx2 . Soros prédit l'échec du “dictateur Trump”.

Face à la protestation universelle des banquiers et des gauchistes contre le muslim act (interdiction d'entrée aux Etats Unis pour les ressortissants de 7 pays arabes et en plus pas ceux qui produisent spécialement des terroristes)3 je réplique, comme je l'ai écrit dans mon livre – Immigration et religion – que le Capital n'a jamais eu une âme charitable, de la part des crânes d'oeuf de la Silicon Valley jusqu'aux pires généraux faucons, car il ne s'agit pas de les intégrer (les migrants en surnombre) «mais de les domestiquer, de continuer à les soumettre en les maintenant dans les rets de la religion d'origine. Car, la bourgeoisie n'a pas oublié que traditionnellement les nouveaux arrivants du prolétariat pouvaient être des éléments dangereux, non seulement parce que leur rapide urbanisation leur faisait mettre de côté les vieilles croyances superstitieuses, mais les portait à combattre comme classe affirmée sur le terrain social  » (p298).
J'expliquais que le bonheur universel du multiculturalisme, du «  vivre ensemble  » américain n'était que la vitrine permanente de guerres incessantes et que, contrairement aux thuriféraires de cette mondialisation heureuse, la bourgeoisie ne pouvait se passer des frontières nationales malgré un marché décrété enfin «  universel  » grâce à l'élimination de l'ours «  communiste  » russe. Dans ce cadre national c'est l'idéologie américaine qui, imposant le «  respect  » de l'islam, s'est montrée par après très habile à favoriser aussi un forme de chaos des classes, où l'islam, à la suite des recommandations de la CIA et de divers chefs d'Etat suivistes européens tel Giscard d'Estaing en son temps, sert clairement de ferment d'éclatement et non d'union de classe exploitée. L'islam sous ses deux versions, pacifico-démocratique et terroriste belliciste, sert à garantir la paralysie sociale même si celle-ci, sous les termes de paix sociale, est devenue en permanence «  paix armée  »  ; dans toutes les grandes métropoles les rues principales sont balisées désormais par des militaires équipés d'armes de guerre.
Un autre aspect oublié du bonapartisme était sa volonté de redévelopper l'expansion coloniale (de façon plus égalitaire en Algérie par exemple), sans s'embarrasser des théories assimilationnistes, et, comme on le rappellera, il a été à l'origine de la dernière grande guerre du 19e siècle  : la guerre franco-allemande de 1870, qui aura tracé le sillon pour la première grande boucherie du siècle suivant. Question d'une orientation dramatique qui peut se poser légitimement avec l'arrivée au pouvoir de «  Dangerous Trump  ».
La politique coloniale du Second Empire en France (1852-1870), plus animée par le libéralisme effréné que par le retour à l'aristocratie terrienne (ou un protectionnisme à la Trump), avait consisté en une modernisation de la marine de guerre française pour améliorer la capacité d'intervention des troupes coloniales. La superficie du domaine d'Outre-mer triple durant cette période jusqu'à atteindre un million de km² pour cinq millions d'habitants. Le Second Empire s'opposait à l'assimilation au nom de l'autonomie nécessaire de ces contrées en lançant une nouvelle série de conquêtes coloniales en Asie et en Afrique Noire. A une époque encore dominée par l'esclavage, les populations colonisées restaient «  colonisées  » dans leurs contrées, et leur excursion en pays colonisateur ne concernait qu'une poignée de personnes exhibées dans de honteuses foires. Si l'on veut comparer la démagogie de Trump avec son muslim ban avec celle de Napoléon III, on peut évoquer les visites aux pauvres de Badinguet, dernier empereur français populaire et très paternaliste en matière sociale  ; ou encore, dans un esprit autrement plus ouvert que le repli national de Trump, la volonté de créer un Etat en Algérie où les arabes et les français auraient été égaux, mais qui a été méprisée comme une utopie par les Pieds noirs et la camarilla militaire occupante qui se satisfaisaient très bien du système d'exploitation coloniale en place. Indépendamment de sa doctrine peu républicaine, Napoléon III eût une politique très libérale à l'international, l'inverse de Trump.

Le populisme de Trump s'apparente en effet plus à un bonapartisme bâtard (alliance virtuelle du Chef de la Nation et de la plèbe) qu'à ce concept vague et confusionniste de populisme agité par les élites politiques bourgeoises pour désigner comme proto-fasciste meilleur démagogue qu'eux.
Trump peut toutefois s'inspirer de la manière «  ouvriériste  » avec laquelle Badinguet soignait sa popularité, en se rendant dans les écoles, les hôpitaux et les casernes, mais aussi en province  ; et de sa manière de se jouer des institutions bourgeoises classiques  ; le 30  octobre 1849, Napoléon le petit se sentit suffisamment fort pour renvoyer son gouvernement et le remplacer par un autre, composé de parlementaires de moindre envergure, des «  seconds couteaux  ». La majorité fut mécontente, mais elle ne protesta pas. Elle appréciait peu les hommes qui partaient et le président n’avait fait qu’user de sa prérogative. Cependant, si l’Assemblée était d’accord avec celui-ci pour retirer le droit de vote aux plus pauvres devant la progression de l’extrême gauche aux élections partielles (loi du 31  mai 1850), ou encore pour chercher à moraliser les masses (lois Parieu et Falloux sur l’instruction), elle ne comprenait pas qu’il s’autorisât à gracier les transportés de juin 1848, à réclamer l’élévation de la solde des sous-officiers ou à proposer la création d’une banque d’honneur pour les travailleurs sans ressources. Elle rechigna à augmenter les soldes des trouffions.4
La proclamation de la Deuxième République le 24 février 1848 avait marqué la victoire de la bourgeoisie républicaine soutenue par le journal Le National (écrivains, avocats, fonctionnaires d’esprit républicain…) Son accession au pouvoir ne se fit cependant pas comme elle avait pu l’espérer à travers une révolte libérale contre le trône mais à la suite de l'affirmation du prolétariat au moment de la révolution de 1848 qui avait vu le triomphe des «  républicains bourgeois  » de juin 1848 à la victoire de Badinguet du 20 décembre 1848.
Le talon d’Achille du système républicain mis en place par la classe bourgeoise résidait dans le dualisme entre l’Assemblée nationale et le président  : celui-ci n’avait aucune autorité sur l’Assemblée qui pouvait, en revanche, l’écarter. De plus, les membres de l’Assemblée sont rééligibles, ce qui fera dire à Marx que l’Assemblée est incontrôlable, indissoluble, indivisible, toute puissante. De l’autre côté, le président de la république nomme les ministres, distribue les emplois en France, révoque les élus locaux et régionaux. Et c’est l’élection directe du président qui permet d’abolir la Constitution. Alors que les suffrages des Français se répartissent sur 750 députés, ils se concentrent sur un homme, le président, qui représente, dès lors, l’intérêt supérieur de la nation, au-delà de tel ou tel parti. Il existe dès lors un lien personnel entre le peuple et le président, tandis que le lien unissant le peuple à l'Assemblée est qualifié de «  métaphysique  ». Ce qui est défini comme populisme, le régime présidentiel français depuis 1945 l'incarnerait plutôt à la perfection...
LE BONAPARTISME FAIT CROIRE QUE LE REGIME DE L'EMPEREUR PRESIDENTIEL EST AU-DESSUS DES CLASSES
«  La France ne semble donc avoir échappé au despotisme d’une classe que pour retomber sous le despotisme d’un individu, et, qui plus est, sous l’autorité d’un individu sans autorité [...] L’État semble s’être rendu indépendant de la société, de l’avoir subjuguée  ». Marx nuance cependant ce jugement en expliquant que le pouvoir sert avant tout les paysans à parcelles. Le paysan (comme le peuple électoral de nos jours) ne peut se représenter lui-même, il se doit d’être représenté par des gens qui apparaissent comme ses maîtres, et non ses représentants. L'équivalent du paysan à l'époque d'un Trump est cette grande masse des couches moyennes paupérisées aux Etats-Unis, mais pas la classe ouvrière blanche, hispanique et noire. La foi des couches moyennes américaines est la foi en l'Etat centralisateur soi-disant garantie contre les élites de la bande des voleurs de Goldman Sachs et des parasites d'Hollywood.
Si Napoléon le petit avait été finalement une réaction bonapartiste au dangereux prolétariat du début de l'année 1848, Trump n'apparaît pas après une tentative révolutionnaire, ni face à une montée de la xénophobie, il vient – en prolongement de la politique hypocrite d'Obama – continuer à endiguer la colère sociale (mêlant certes chômage et immigration) mais dans l'autre sens. Si Obama se faisait l'apôtre d'une ouverture à l'immigration (tout en ayant fait reconduire à la frontière des millions de refoulés, dont le camp démocrate ne s'est pas vanté), Trump – qui récuse l'accusation disqualifiante de racisme5 – tout en se vantant de construire un mur, veut marquer un coup d'arrêt – qui fait sensation - qui n'a pas pour but à moyen terme de faire cesser totalement le flux traditionnel d'une immigration nécessaire. De même Trump ne remettra pas en cause l'attribution de lieux de culte musulman, vu que la population d'origine arabe aux Etats Unis est infime. Comme Obama il laissera « la vieille Europe » se débrouiller avec les migrations massives qui servent – au plan impérialiste puis au plan humain- à foutre le bordel.
Trump comme Obama ne sera en rien révolutionnaire pour le prolétariat mais un prévisible jouet de graves événements qui se profilent.


NOTES:

1 Après s'être fait connaître en 1844 par un ouvrage hâbleur  : «  L'extinction du paupérisme  » («  idées napoléonniennes  », sic), dans le genre utopie à eau de boudin comme le petit Hamon et son assistanat universel, quoique ce récipiendaire des bobos parisiens n'ait aucune chance de devenir président mais de rester simple empereur des bobos, et Fillon roi déchu des apaches.
2 lire ou relire son génial “18 Brumaire de Louis Bonaparte: https://www.marxists.org/francais/marx/works/1851/12/brum3.htm
3 Après avoir exprimé ses réserves, la high-tech passe à l'action. Donald Trump a signé vendredi un décret interdisant pendant 90 jours l'entrée sur le territoire américain aux ressortissants de sept pays majoritairement musulmans : Iran, Irak, Syrie, Somalie, Soudan, Libye et Yémen. La Silicon Valley, qui dénonce un frein au recrutement, a exprimé son désaccord dès ce week-end : Décret anti-immigration : les réponses de la Silicon Valley à Donald Trump. Une fraction de la bourgeoisie américaine en lien avec l'élite européenne risque de faire payer cher à Trump son coup de barre protectionniste (qualifié de raciste)  : Le Mexique et l'Union européenne (UE) réagissent à la pression de Donald Trump. Mexico et Bruxelles ont fait part de leur volonté d'accélérer la conclusion de leur accord de libre-échange. Deux séances de négociations sur ce sujet se tiendront avant l'été, a affirmé la Commission européenne. Rappelons toutefois le fiasco de la conquête du Mexique en 1863 par les troupes du prince Badinguet...
4 Sur l'histoire du fameux coup d'Etat de Badinguet  : https://www.cairn.info/revue-parlements1-2009-2-page-24.htm
5 «  Hillary Clinton va essayer d'accuser cette campagne et les millions d'Américains décents qui soutiennent cette campagne d'être racistes  », avait prédit Trump lors d'un rassemblement à Manchester, au New Hampshire en 2016.

mercredi 1 février 2017

DONALD TRUMP UN REVOLUTIONNAIRE?



"Les conditions bourgeoises de la production et du commerce, les rapports de propriété bourgeois, la société bourgeoise moderne, qui a fait éclore de si puissants moyens de production et de consommation, ressemble à ce magicien, désormais incapable d’exorciser les puissances infernales qu’il a invoquées.(...) Une épidémie sociale éclate, qui, à tout autre époque, eût semblé absurde : l’épidémie de la surproduction. Brusquement la société se voit rejetée dans un état de barbarie momentanée ; on dirait qu’une famine, une guerre de destruction universelle lui ont coupé les vivres ; l’industrie, le commerce semblent anéantis. Et pourquoi ? Parce que la société a trop de civilisation, trop de vivres, trop d’industrie, trop de commerce ".
Manifeste communiste (1847)
" Les germes de la décomposition politique sont bien là".
 (l'ex-premier ministre bourgeois Valls après sa défaite face au marchand de sable Hamon)


LA VRAIE NATURE DE BERNADETTE TRUMP ET SES REPERCUSSIONS

Après maintes manifestations de protestations féministes et des quolibets de la part des acteurs hyper-milliardaires d'Hollywood, nombre de grands groupes patronaux, en particulier ceux de la Sillicon Valley qui emploient des milliers d'ingénieurs étrangers - Apple, Microsoft, Google, Airbnb ou Netflix - ont jugé "contraires aux valeurs américaines" les restrictions à l'immigration par le nouveau président Donald Trump, contestée dans le monde entier aux dires de la presse internationale; un honnête PDG du plus important groupe de banksters s'en est plaint à son tour très démocratiquement: "Ce n'est pas une politique que nous soutenons et je [vous] ferai remarquer qu'elle a déjà été contestée devant un tribunal fédéral et certaines dispositions du décret ont déjà été bloquées, au moins temporairement", a fustigé Lloyd Blankfein, PDG. de Goldman Sachs, faisant mine d'oublier que nombre de ses collègues de cette mafia d'affaires sise à Wall Street n'avaient pas trouvé malodorant de rejoindre la nouvelle équipe au pouvoir.
Partout dans l'Occident "évolué", chefs d'Etat et caciques de la gauche bourgeoise traditionnelle ont mis en garde le nouveau et "imprévisible" maître du monde sur sa politique de fermeture à l'immigration. Après avoir été décrit des mois durant comme un clown "imprévisible", Trump est à présent qualifié d'incompétent manipulé - par le "léniniste" Bannon - selon les élites journalistiques de Washington et New-York. Du nom de ce conseiller politique issu de l'extrême droite américaine qui a déclaré être fier du qualificatif avec un mélange d'humour et d'amalgame outrancier: "Lénine voulait détruire l'Etat et c'est aussi mon objectif. Je veux tout mettre par terre et détruire l'establishment".
En France, un abonné au soutien sans faille à Israël et à la diplomatie US, Alexandre Adler - sachant que Trump est adoubé par Netanyaou - ne se borne pas à le qualifier de danger public, voire de nouvel Hitler comme tous les affolés de face book et des milieux gauchistes antifa: "... Trump n'est ni dénué d'astuces ni dépourvu d'intelligence, il parvient, dans son déluge verbal à faire des propositions parfois de bon sens. Je ne suis ni totalement hostile à son protectionnisme, ni totalement opposé à son idée de se replier de théâtres d'opération dans lesquels la puissance américaine a été mal engagée".
Tous les gauchistes repentis et aigris, dits communisateurs, les "Temps critiques", Dauvé et autres Roland Simon, qui ont tant décrié "l'empire américain" devraient être contents de voir un nouvel empereur... américain en fonction! Au lieu de quoi la guerre est déclarée dans les salons du monde entier à son racisme et à sa misogynie (accusations qui ne reposent que sur des provocations verbales et des poses d'hidalgo).
Cette élection américaine, par laquelle le scandale est arrivé - élisant un dandy , coiffé comme une rombière, avec moins d'électeurs que sa concurrente ultra-bourgeoise et affichant richesse et harem - s'est pourtant déroulée dans les règles du cirque électoral américain traditionnel avec chapiteaux étoilés, magiciens, clowns et éléphants. Pourri par l'argent, le népotisme, la corruption, la vantardise et les effets de manche la prude démocratie ricaine n'est pas moins pourrie que ses vieilles consoeurs européennes. Mais, sous les protestations antiracistes la noria des politiciens démocrates renvoyés en opposition ainsi que la myriade de leurs amis richissimes d'Hollywood, de la Sillicon Valley, accompagnés par la multitudes de gauchistes de base, l'élection de l'imprévisible Trump a deux dimensions très prévisibles: le dégoût d'une large partie de la population contre le capitalisme financier et ses élites cyniques et souriantes, et une réorientation impérialiste.
Plutôt que l'accusation de raciste à tout bout de champ, comme hier tout contradicteur était qualifié de facho, ou d'islamophobe, néologisme inventé pour remplacer nazi, ces braves stigmatisateurs feraient mieux de voir une similarité entre la moustache volante de Napoléon III et la moumoute de Trump. Classiquement le bonapartisme est un courant de droite de la bourgeoisie qui prétend s'élever au-dessus des querelles de partis, pour affirmer la primauté de la nation et qui repose sur un chef autoritaire qui concentre le pouvoir dans ses mains. Trotsky en a donné en 1934 une définition très éclairante et qui est encore si actuelle (alors qu'elle était insuffisante à l'époque pour qualifier nazisme et stalinisme: "
"Un gouvernement qui s'élève au‑dessus de la nation n'est pourtant pas suspendu dans le vide. L'axe véritable du gouvernement actuel passe par la police, la bureaucratie, la clique militaire. Nous avons affaire à une dictature militaro-­policière à peine voilée sous le décor du parlementarisme. Mais un gouvernement du sabre en tant qu'arbitre de la nation ‑ c'est précisément le bonapartisme. Le sabre, en lui-même, n'a pas de programme indépendant. Il est l'instrument de « l'ordre ». On fait appel à lui pour conserver ce qui existe. S'élevant politiquement au‑dessus des classes, le bonapartisme, comme son prédécesseur le césarisme, a toujours été et reste, du point de vue social, le gouvernement de la partie la plus forte et la plus solide des exploiteurs; par conséquent, le bonapartisme actuel ne peut être rien d'autre que le gouvernement du capital financier qui dirige, inspire et achète les sommets de la bureaucratie, de la police, de l'armée et de la presse".
Un article éditorial sur le site du NPA, bien que dans la rue il donne de la voix avec les autres sectes anarchistes et féministes contre le "raciste Trump", a bien saisi la nuance bonapartiste de ce clan de milliardaires népotistes, en reprenant les propres paroles démagogiques de Napoléon Trump lors de son discours d'investiture:
« Nous allons ramener nos emplois. Nous allons rétablir nos frontières. Nous allons retrouver de la richesse. Et nous allons revivre nos rêves », prétend-il. Une démagogie qui s’adresse en fait à la bourgeoisie américaine et n’a d’autre but que de justifier le pouvoir autoritaire qu’il met en place en s’appuyant, au nom du peuple, sur une poignée d’oligarques de la finance et sa propre famille. « Parce qu’aujourd’hui non seulement nous transférons le pouvoir d’une administration à une autre ou d’un parti à un autre, mais nous transférons le pouvoir de la capitale Washington et le donnons à nouveau à vous, le peuple américain. »
Le vieux rédacteur de Lutte Ouvrière, lui, certes jaloux que papy Trump capte tant de jolies femmes, et criant au raciste, analyse bien le tournant protectionniste de la bourgeoisie américaine du trublion matière à scandale, un peu avant le résultat prévisible de l'élection:
"Trump donne l’illusion d’être celui qui, parti de peu, est devenu milliardaire, incarnant le « rêve américain », impression renforcée par ses mariages successifs avec deux mannequins et une actrice, toutes bien plus jeunes que lui. Une forme de réussite qu’il a mise en scène dans des émissions de télé-réalité. Trump va plus loin que bien des politiciens de carrière sur le terrain des préjugés racistes, ravissant une partie de l’électorat. Ce faisant, il ne fait qu’engranger ce que d’autres ont semé bien avant lui en vantant le protectionnisme, « achetez américain », en blâmant les immigrés et les produits chinois, etc., pour prétendre lutter contre le fléau du chômage. Malheureusement, des décennies de propagande nationaliste de la part des appareils syndicaux, soutenant ainsi de fait le patronat américain contre ses concurrents, n’ont fait que préparer le terrain pour qu’un démagogue tel que Trump obtienne des voix au sein de la classe ouvrière.
Avec des déclarations comme celle-ci : « Je vais ramener les emplois qui sont partis en Chine, au Mexique, au Japon, au Vietnam. Ils prennent nos emplois et notre richesse. Je vais ramener tout cet argent ici », Trump espère dresser les travailleurs américains contre ceux des autres pays, tout en cachant la responsabilité des patrons dans la montée du chômage. Ce sont pourtant eux qui augmentent leurs profits en se débarrassant sans cesse de travailleurs réduits à l’inactivité pendant que ceux qui restent au travail sont surexploités. Il faut noter que Sanders s’est placé sur le même créneau protectionniste (nota bene)". Et, tout en criant encre au raciste, notre trotskien anonyme montre bien que Trump au bout du compte n'a pas l'intention de léser les patrons américains quant à une main d'oeuvre immense, à bon marché:
"Les diatribes de Trump contre les musulmans, auxquels il veut interdire d’entrer aux États-Unis en prétendant que « des dizaines de milliers » immigrent « avec le drapeau de Daech dans le téléphone portable », et contre les autres immigrés ont déjà comme conséquence d’encourager le racisme à leur encontre. Et s’il devenait président, tous les Latino-Américains qui réussissent à traverser le Mexique et la frontière américaine, prenant, dans l’espoir d’une vie meilleure, à peine moins de risques que ceux qui traversent la Méditerranée, se verront peut-être confinés encore plus qu’actuellement dans un statut de parias illégaux. Mais, qu’il fasse construire ou pas le mur censé isoler le territoire américain du Mexique, Trump adaptera sa politique au fait qu’aux États-Unis de nombreux employeurs exploitent ces travailleurs. Les plus de dix millions de sans-papiers resteront indispensables à l’activité économique, même si leur vie est rendue plus dure".

UN EMPEREUR ROMAIN CONFIRMANT LA DECADENCE CAPITALISTE?

Du côté des derniers larrons du milieu maximaliste l'analyse est un peu en dessous de celles des trotskiens les moins bêtes. Le CCI gratifie "l'horrible" Trump du grade d'empereur décadent, nouveau Néron "imprévisible". Pire, il imagine que ce nouvel empereur - à ne pas confondre avec le socialisant Napoléon III - n'est pas soutenu par l'armée (quand on sait que le dernier coup de pouce gagnant lui a été donné par le chef du FBI...). Le rédacteur du CCI tombe dans les affres de l'aile clintonienne de la bourgeoisie US en croyant que Trump n'est pas capable de faire face à "la dangereuse résurrection de l'impérialisme russe". Il se laisse entraîner également dans les fantasmes agités par les gauchistes de tout poil: "on va assister à une floraison de xénophobie populaire"!
Complètement à côté de la plaque. Non, au contraire, on assiste à une noria de protestations et pleurnicheries anti-racistes de tout ce qu'une partie de la bourgeoisie américaine comporte  d'artistes parasites et obligés du monde politique capitaliste, ainsi qu'au carnaval de manifestations de rue féministes, associativo-agitatrices pour éviter de réfléchir politiquement au tournant représenté par Trump, et même indépendamment de Trump. L'impérialisme russe n'est plus le grand danger (je rappelle encore que son PIB est comparable à celui de l'Italie). Nous assistons à une réorientation stratégique, attendue depuis longtemps par les faucons de l'Etat américain, vers une possible reconstitution de blocs impérialistes, opposant USA+Russie contre Allemagne+Chine. Tournant sur lequel je vais revenir plus précisément dans ses attendus idéologiques.
L'ex-Fraction du CCI, le GIGC, ne tombe pas dans les interprétations sur le nouvel empereur ricain, mais y voit une guerre inévitable - son rédacteur en chef sans troupes ne voit que la guerre ou la révolution dans la période qui vient, ce qui prouve une vision superficielle sur ce qui est en train de se passer, et le même simplisme que les gauchistes criant haro sur une "idéologie nationale et raciste". Sûr de son écho parmi les masses qui s'arrachent son blog, le rédacteur fonceur leur indique un axe prioritaire de leur combat contre le raciste Trump: refus du nationalisme et de l'union nationale"... au milieu des multiples et bruyantes contestations bourgeoises de Trump au pouvoir? Cet appel sûrement très internationaliste a peu de chance d'y être entendu.

LA FIN DE LA MONDIALISATION "HEUREUSE"

La mondialisation aura été au bout du compte comme la fiction d'une Europe épatante et pacifique, la mystification d'une époque. L'élection de Trump, comme le Brexit, la veste électorale de Matteo Renzi en Italie, et bientôt le résultat électoral français, ne traduisent pas une simple montée du populisme, chose que radotent journalistes et à leur suite de fieffés observateurs prolétariens ou gauchistes. Ces évènements successifs ont en commun une remise en cause de cette mondialisation dont la fable principale était (comme le mythe européen jadis) de mettre fin aux frontières. Ils démontrent que jamais la bourgeoisie, même avec ses grands marchés, n'a jamais voulu mettre fin aux frontières. Le monde a désormais "trop de forces productives" comme disaient Marx et Engels un an avant la vague des révolutions de 1848, et "la civilsation se voit jetée dans un état de barbarie momentanée...".
Trump exprime la vraie nature de la bourgeoisie, qui n'est pas et ne sera jamais internationaliste malgré l'affichage de ses chants islamophiles et antiracistes; il exprime moins les couches populaires et à un niveau moindre les couches ouvrières qui ont commis un vote protestataire qu'un changement de cap obligé qui fait voler en éclat la notion de mondialisation, non pour un simple repli sur un soi national, mais pour une réorientation impérialiste. La bourgeoisie américaine aura encore recours, et sous Trump, à une importante immigration, plus contrôlée certes. Mais comme le soulignait le rapport de la CIA pour 2020 (prévisions écrites vers 2005) l'immigration a changé de nature. Par ses outrances, qui ne sont qu'une des expressions des profonds besoins de survie de la bourgeoisie nationale américaine, par une cascade d'élections aussi frauduleuses que révoltantes, Trump et ses semblables pourraient bien provoquer des révolutions... en cela Trump serait un médiateur révolutionnaire malgré lui, malgré cette posture ridicule d'un fortuné à la tête d'un puissant Etat qui génère la misère et qui exhibe les cuisses de ses putes.
L'immigration, plus massive et conséquence de l'incurie des guerres locales impérialistes n'est plus un phénomène renforçant la classe ouvrière comme on le verra dans une deuxième partie, plus franco-française. Les bonapartistes ou populistes en sont très conscients, et la fraction dominante américaine, sous le régime Obama comme sous celui de Trump ne milite pas pour sa fusion dans la classe autochtone mais pour cloisonner cette immigration dans une religion totalitaire et aliénée.Trump n'est révolutionnaire protectionniste qu'en apparence, il s'inscrit en faite en continuité, même inversée dans le discours, avec la politique communautariste d'Obama.

COMMENT SERA LE MONDE EN 2020?

Présenté par Alexandre Adler, il commence par décrypter 13 certitudes relatives, d'où nous extrayons ces certitudes flageolantes dans "le grand jeu":
- Mondialisation largement irréversible pour un monde probablement moins occidentalisé,
- Un nombre croissant d'entreprises de taille mondiale facilite la propagation des nouvelles technologies,
- La montée de l'Asie et l'avènement de nouveaux poids moyens de l'économie,
- Des populations vieillissantes au sein de puissances établies...
Dans les incertitudes-clefs, des certitudes tout court: pas de réduction des inégalités entre nantis et laissés pour compte, montée de la Chine et de l'Inde, aptitude du Japon et de l'Europe à intégrer les populations immigrées, instabilité des pays producteurs de matières premières, montée de l'idéologie djihadiste, faculté des terroristes à acquérir des armes biologiques et nucléaires, quels pays défieront ouvertement Washington, etc.
Le discours de la CIA est encore celui qualifié d'antiraciste (et non pas d'appétence capitaliste à exploiter les immigrés) qui veut arracher les ouvriers à "l'islam politique":
"A l'extérieur du Moyen-Orient, l'islam politique continuera de séduire les immigrés musulmans attirés vers les opportunités d'emploi d'un Occident plus prospère, mais qui ne se sentent pas du tout familiers avec une culture qu'ils perçoivent comme étrangère et hostile" (p.79). Comprenez : la CIA veut les consoler en leur construisant des mosquées...
Les prévisionnistes de la CIA intègre déjà dix ans avant Trump la possibilité d'un renversement de tendance, avec une précision stupéfiante dans la prévision des attentats de masse:
"... un sentiment envahissant d'insécurité économique et physique pourrait entraîner un ralentissement de la mondialisation. Les gouvernements seraient amenés à prendre des mesures de contrôle sur les flux de capitaux, de biens, de personnes et de technologies  qui, à leur tour, mettraient la croissance économique en perte de vitesse. Une telle situation surviendrait à la suite d'attaques terroristes tuant des dizaines, des centaines ou même des milliers de citoyens dans des villes d'Amérique ou d'Europe, ou après contre des attques contre des systèmes liés aux technologie de l'information (sic). Les contrôles frontaliers et les restrictions dans les échanges de technologies augmenteraient le coût des transactions économiques et entraveraient l'innovation et la croissance. Parmi les autres accidents susceptibles de susciter la mise en oeuvre de politiques restrictives, citons un soulèvement populaire contre la mondialisation, provoqué par un rejet des délocalisations chez les cols blancs des pays riches. mentionnons enfin un éventuel mouvement de résistance des pays pauvres, dont les peuples se considèreraient comme les victimes de la mondialisation".
On peut dire que Trump aura suivi les conseils des brillants intellectuels prévisionnistes de la CIA, mettant fin à plusieurs délocalisations industrielles d'emblée, il confirme la fin de la théorie de la mondialisation heureuse, tout comme il évite de se révolter contre ce mirage disparu.
Le rapport prévoit l'afflux de "centaines de millions d'adultes en âge de travailler" vers un "marché mondial de plus en plus interdépendant". (p.109). Ce qui implique que la concurrence sera sévère et fera baisser les salaires: "Les conséquences de ces pressions concurrentielles dépendront de la réaction des leaders politiques et des décideurs publics. Sur un arrière-plan de récession économique mondiale, l'arrivée de telles ressources de main d'oeuvre pourrait déclencher des sentiments protectionnistes largement répandus" (p.110).

VIELLISSEMENT MONDIAL ET MIGRATIONS

Le rapport prévisionniste de la CIA est autrement plus sérieux que les prédictions fantaisistes et iréniques de Jacques Attali avec ses nomades transhumains (écrit à la même époque chez Fayard "une brève histoire de l'avenir" où il s'est gouré sur tout). Continuons notre lecture:
"L'immigration serait la solution potentielle de ce problème d'une force de travail déclinante en Europe et, dans une moindre mesure en Russie et au Japon. Elle deviendra sans doute un trait de plus en plus dominant du monde de 2020, même si beaucoup d'immigrés resteront  sans statut légal. Les pays d'accueil seront confrontés au défi de l'intégration des ces nouveaux immigrants, afin de minimer les risque sde conflits éventuels (sic). Pour les économies en voie de développement, la prise en charge des travailleurs immigrés est de plus en plus importante. Certains économistes ont calculé, que, pour la plupart des pays pauvres, ces sortes d'incitations financières à l'émigration constituent un meilleur moyen que les investissements directs à l'étranger et, dans certains cas, ils sont même plus intéressants que l'exportation".(p.160)
La CIA milite en faveur des politiques identitaires et contre la laïcité; Houellebecq dans son roman d'anticipation n'a fait à mon avis que plagier le rapport de la CIA:

"La primauté des identités ethniques et religieuses apportera à leurs adeptes une communauté toute prête, qui leur tiendra lieu de "filet de sécurité" en des temps de nécessité, facteur surtout très important chez les populations immigrées. De telles communautés fourniront aussi des réseaux susceptibles de donner accès à des opportunités d'emploi (...) L'Europe de l'Ouest se distingue de cette "religiosité"mondiale, sauf pour les communautés immigrées d'Afrique et du Moyen-Orient. Beaucoup de fonctions traditionnelles de l'Eglise - l'éducation, les services sociaux, etc. - sont maintenant remplies par l'Etat. Toutefois une laïcité plus envahissante (sic), plus insistante risque de ne pas favoriser l'acceptation culturelle des nouveaux immigrés musulmans. En effet, ces derniers considèrent l'interdiction d'arborer des signes d'appartenance religieuse dans certains pays européens comme discriminatoire" (p.195)
"Jusqu'en 2020, on peut s'attendre à ce que la propagation de l'islamisme radical ait un impact planétaire non négligeable, en ralliant des groupes ethniques et nationaux très divers, et peut-être même en créant une autorité qui transcende les frontières nationales. Une partie de l'attrait de l'islam radical réside dans l'appel au retour des musulmans vers leurs racines , quand la civilisation de l'islam (sic) occupait les avant-postes du changement mondial. Les sentiments collectifs de désaffection et de désunion sur lesquels mise l'islam ne risquent guère de se dissiper, en tout cas pas tant que le monde musulman n'apparaîtra pas pleinement intégré à l'économie mondiale.
L'islam radical va continuer à séduire beaucoup d'immigrants musulmans, qui seront attirés par l'Occident plus prospère, pour les emplois offerts, mais qui ne se sentent pas de plain-pied avec ce qu"ils perçoivent comme une culture étrangère" (ah ah, c'est le monde à l'envers!)

LA MUTATION DE L'IMMIGRATION

"La mutation des modèles d'immigration peut introdduire de nouveaux types de crime organisé dans des pays qui en étaient encore indemnes. Des groupes criminels organisés sur une base ethnique prennent en général pour proie leur propre diaspora, et s'en servent pour prendre pied dans de nouvelles régions" (p.216).

VERS L'INTENSIFICATION DES CONFLITS INTERNES

"Ces conflits internes sont souvent particulièrement cruels, ils durent longtemps et il est difficile d'y mettre un terme. Ils provoquent souvent des déplacements de population à l'intérieur des frontières et génèrent des flux de réfugiés vers l'extérieur, en déstabilisant les pays voisins".
"Si un conflit impliquant une ou plusieurs grandes puissances devait survenir, les conséquences seraient incalculables. les progrès des armements modernes - portée et précision balistique accrues, apparition de munitions conventionnelles destructices - créent un précédent qui encourage l'usage préventif de la force militaire".

à suivre...










jeudi 26 janvier 2017

La petite bourgeoisie ne veut pas tomber dans le prolétariat


Salafiste serviable et bobo en terrasse
La mixité compartimentée des bobos multiculturels et la classe ouvrière imputrescible

« Même au moment où il n'y a pas une lutte de classes déclarée, il y a lutte de classes latente, par le fait que, dans une hiérarchie il faut que les rangs les plus élevés maintiennent leur position... ». Maurice Halbwachs (cité par Louis Chauvel, p.156)
On ne m'enlèvera pas de la tête l'idée que les sociologues les plus dérangeants se gardent d'en référer aux sources de leur radicalité1, masquant ce qu'ils doivent aux tréfonds, méconnus du public,
du maximalisme ; Michéa n'en a pas tout assimilé et se gargarise avec des notions confusément libérales comme « le peuple », Clouscard et Lasch, comme Guilluy, ignorent la notion de prolétariat, et compatissent accessoirement à un milieu rural irrécupérable2. Sauf que nous les maximalistes n'avons pas besoin de savantes analyses sociologiques ni de grèves à répétition (qui ne sont jamais des hydres de révolution contrairement à ce qu'en disait Lénine) pour affirmer l'existence, la force et l'importance du prolétariat, il suffit de noter les chiffres du taux de profit mondial, et qu'il constitue la moitié de l'humanité. La classe ouvrière ne meurt jamais.

En tout cas ces auteurs, considérés comme iconoclastes, peuvent faire impression à celui qui les découvre pour la première fois. Pourquoi ? Parce qu'ils prennent la pose, la pose de l'auteur qui SAIT, qui combat le monde entier, la pose du chef de parti, même sans parti, même sans avoir été chef ni sous-chef de parti. Mieux encore, l'auteur radical oublie de mentionner qu'il lit en cachette des écrits révolutionnaires sans lesquels il n'aurait pas osé mettre en cause telle ou telle doxa dominante. J'excepterai quelques vrais géographes et des statisticiens qui, comme Michèle Tribalat, avec une démarche rigoureuse, de type scientifique, sont amenés à traiter sur des données brutes, non maquillées, sur la composition des populations, ethnicité et classes sociales, et qui sont donc amenés, forcément, à confirmer le fond de l'argumentation marxiste du maximalisme face aux fables du « vivre ensemble » et de la « paix armée » entre catégories sociologiques illogiques.

Guilluy, qui lance son pavé « Le crépuscule de la France d'en haut » (chez Flammarion) – 3 le patronat, ils occupent les emplois des secteurs stratégiques du CAC 40 ; pourfendeurs de l'idéologie dominante, ils fabriquent l'essentiel du discours médiatique et culturels... ». Il y adéjà un hic, ils ne pourfendent pas l'idéologie dominante, ils sont celle-ci !
lamentation pour une France « périphérique » et non pas dénonciation de la dissolution programmée de la classe ouvrière - espérait bien en faire un best-seller, tout en étant sagement réformiste dans ses conclusions finales. Mais, prenons-le en cours de route. Il nous dit que la bourgeoisie : « … a compris que la défense de ses intérêts ne passait pas par la lutte des classes, mais au contraire par le brouillage des classes » (p.26). Mais ce constat n'est pas une nouveauté. Voyons-en plutôt la spécificité de cette bourgeoisie soi-disant « antithèse de celle d'hier ». Paris est la ville bobo par excellente et la première fédération du PS, avec 40% de cadres : « Contestataires de salon de l'économie mondialisée, les bobos parisiens occupent la partie haute de l'échelle des salaires ; contre (tout contre)

L'auteur utilise une technique un peu facile de généralisation pour scandaliser, en opposant l'enrichissement des cadres supérieurs à la baisse du niveau de vie des employés et des ouvriers, alors qu'un autre auteur, Louis Chauvel, explique qu'une partie des cadres est aussi touchée par la paupérisation. Mais il ne faut jamais trop plaindre les cadres en général, ils disposent en général de pensions de retraite presque trois fois supérieures à celles des ouvriers. Guilluy ne nous explique pas que sans « encadrement » qui ferait marcher l'exploitation de l'homme par l'homme ?
Par contre il tape juste sur la bien-pensance néo-chrétienne de l'élite dominante – tolérante, bienveillante et altruiste- pour « les plus faibles » - comprenez non pas les ouvriers mais les immigrés : « cette compassion (…) est d'autant plus facile qu'elle s'adresse le plus souvent à des catégories populaires immigrées où le rapport de classes est court-circuité par les différences culturelles des catégories populaires immigrées qui ne remettent pas en question la domination sociale de la nouvelle bourgeoisie ».
Comme géographe Guilluy met en évidence l'hypocrisie de la gentrification, un parc de logements au centre ville pour ceux qui « ont les moyens », et un parc de logements réservé aux flux migratoires d'où sont exclues ce qu'il appelle les « classes populaires traditionnelles » (euphémisme qui lui évite de nommer le prolétariat). Le constat est percutant de vérité sur le clivage introduit par la bourgeoisie grande et petit bobo néanmoins : « La ville mondialisée a besoin de catégories supérieures qualifiées et d'exploiter à la marge des catégories populaires immigrées, voilà tout ». Il ne précise pas qu'il y a encore suffisamment d'immeubles vétustes au centre des villes qui comptent, pour y loger la nounou noire et la bonne arabe, sans qu'elles soient toujours reléguées à la Courneuve ou à Bagneux : « Les immigrés dans le parc très social de banlieues, les key-workers dans le parc social intermédiaire de la ville-centre : la bourgeoisie libérale des métropoles sait se faire étatiste quand ses intérêts sont en jeu »4.

Au niveau de l'expression politique publique, l'effacement de la classe ouvrière est ...criant : un baromètre de la « diversité » du CSA a noté que 57% des cadres supérieurs parlent à la télé contre 2% des ouvriers, sans préciser que les ouvriers sont convoqués dans les émissions les plus débiles. Bah tout le monde a fini par le savoir comme le fait que tous les médias sont contrôlés par les banques et le lobby de l'armement dans le cadre de « l'entre-soi médiatique ». Le pire est que l'auteur comme les médias pense que la seule vengeance contre cet abrutissement serait le refuge électoral dans les bras de la mère Le Pen et pas demain dans une guerre civile sanglante !

Guilluy n'est ni dialectique ni connaisseur de la logique orwellienne, c'est pourquoi il est inapte à comprendre que le discours de l'intelligentsia universitaro-médiatique se lamentant de la montée de la xénophobie (et défendant pas exemple le ridicule burkini) est le principal pourvoyeur (fourvoyeur) de cette même xénophobie avec cette compassion envers les immigrés « en général » soupçonnés de se complaire dans leur misère sociale et religieuse, tout comme de produire le djihadisme impérialiste.
A force de pointer du doigt le bobo moyen, il oublie d'analyser qu'il n'est qu'un sous-produit lui aussi de la grande bourgeoisie, ce quadra du NPA, qui a déménagé d'un quartier isalmisé, qui habite les beaux quartiers et qui place ses enfants en école privée !
Le représentant de la mondialisation heureuse, des banques et de la surexploitation des ouvriers, l'encravaté Macron a eu le courage d'affirmer la conviction renversante du gauchiste de base : « L'arrivée de réfugiés est une opportunité économique. Et tant pis si la mesure n'est pas populaire »5. Quelle lâcheté en fait !

Guilluy peut nous éclairer sur la nouveauté de cette immigration rêvée par le patronat et les grandes fortunes : « L'immigration permet de répondre aux besoins du marché de l'emploi peu ou pas qualifié des métropoles, mais aussi de contrôler la masse salariale d'une main-d'oeuvre bon marché et peu syndiquée. Bref un système d'exploitation classique de l'immigration qui repose sur la permanence des flux ». Non, faux, pas classique. Il s'agit surtout d'une immigration de guerre qui, à la fois, sert à faire passer « nos » guerres par perte et profit, mais aussi à répandre une religion de soumission et de repli sur soi, laquelle religion, l'islam pour ne pas la nommer, est très prégnante comme on le voit et ne pose aucin problème aux dominants dans leurs cages dorées. Guilluy s'aligne lui aussi sur les sondages fabriqués, avec questions orientées, où est demandé s'il y a trop d'étrangers en France – ce dont on se fout – et non pas trop d'arrivées musulmanes, certes « exploitées » ; car, comme il le note lui-même plus loin, la haute bourgeoisie a besoin de l'aliénation musulmane : « Une exploitation rendue invisible grâce à la mise en avant de la thématique de l'altérité culturelle qui vient opportunément se subtituer à un rapport de classes plus difficile à assumer » (p.76)6.
On disserte un peu beaucoup sur la baisse du nombre des grèves, mais pas autant sur le nouvel engagement militant des bobos, la pétition, le clic ou le like d'une « gauche hashtag », sorte de « gentrification des luttes sociales ». Et Guilluy d'en référer au super-bobo François Ruffin des fameuses nuits à dormir debout de la petite bourgeoisie parisienne... d'où la classe ouvrière (française et immigrée) a été justement absente ! Il eût été beaucoup plus efficace d'expliquer la mort du gauchisme et de dénoncer le réformisme radical creux de la bande à Hamon.

Incapable de nommer la principale classe exploitée par son nom, Guilluy continue à brasser des « classes populaires », mais ce qu'il note là est très vrai, toujours dans la lignée de l'effacement de la principale classe révolutionnaire, réduite à cette misère nommée « assistanat » : « Tout se passe comme si on avait déjà acté qu'en milieu populaire (sic) désormais la figure du « travailleur » laissait place à celle de l' « assisté ». Dans ce modèle inégalitaire, les classes supérieures produisent et profitent des richesses, les classes populaires (resic) consomment (un peu), tendent la main et finissent par perdre leur autonomie » (p.115).

Ne voyez là nullement la complainte outragée d'un communiste maximaliste. Guilluy est un néo-souverainiste, désolé du gâtisme de Chevènement : « Le rouleau compresseur de la mondialisation, les abandons successifs de souveraineté et le choix de l'immigration par le grand patronat ont mis fin au modèle assimilationniste républicain ». Qu'on le déplore ou qu'on le pérore !

Le capitalisme financier et multiculturaliste n'est certes pas avare de contradictions – Cameron et Merkel ayant reconnu que la multiculturalisme était un échec - « c'était avant que le patronat allemand exige l'arrivée d'un million de migrants en 2015 » (p.121)7. Guilluy ne voit pas que le marketing ethno-culturel américain ne prend pas, non à cause, de Le Pen, mais à cause de l'exploitation des prolétaires par la gauche caviar et ses succédanés gauchistes. Il y a incontestablement une désaffection de la classe ouvrière (française et de souche immigrée issue de la guerre d'Algérie) vis à vis des élites dites socialistes et du gauchisme syndical en général. Lui aussi, en tant que manager sociologique ne voit pas ni ne connaît « l'opinion » en milieu ouvrier sur la question du racisme. Il saisit en partie que l'idéologie bisounours antiraciste sert à contrer « moralement » toute remise en cause du capitalisme « tolérant » à l'égard des « minorités » (mais pas des classes), « échangiste » et « multiculurel », mais seulement sur les plateaux de télévision où règne la discussion de comptoir entre journaputes.

Guilluy, sans référence ni tradition historique prolétarienne, ne sait pas que la concentration urbaine de la classe ouvrière a toujours été un bain pour sa conscience de classe, et que de fait la bigarure multiculturaliste a pour but de détruire toute notion d'internationalisme dans la cité, en expulsant les « en trop », les « relégués », les divers « exclus » vers les zones à faible densité urbaine toujours représentatives du « désert français » face à Paris (cf. Lessing) et de l'emprise de la calotte et du pouvoir paternaliste patronal et syndical. Il sait par contre quel est l'épouvantail agité par Big Brother média (qui est confondu par les bobos désormais avec le méchant Trump) pour protéger l'ordre bourgeois.

Pour cacher qu'il a découvert la critique de l'antifascisme de salon du pouvoir et de ses gauchistes résiduels dans le milieu ultra-gauche, dit tel en tout cas, Guilluy en réfère à Pasolini qui disait, fort justement d'ailleurs, à propos d'une gauche qui abandonnait la question sociale : « il s'agit de mettre en scène un antifascisme facile qui a pour objet un fascisme archaïque qui n'existe plus et n'existera plus jamais » (p.172). Je ne résiste pas à citer la suite pour mes lecteurs gauchistes et trotskiens voyeurs :
« C'est d'ailleurs en 1983, au moment où la gauche française initie son virage libéral, abandonne les classes populaires (resic) et la question sociale, qu'elle lance son grand mouvement de résistance au fascisme qui vient. Lionel Jospin reconnaîtra plus tard que cette « lutte antifasciste en France n'a été que du théâtre » et même que « le Front national n'a jamais été un parti fasciste ». Ce n'est pas un hasard si les instigateurs et financeurs de l'antiracisme et de l'antifascisme sont aussi des représentants du modèle mondialisé (…) du medef aux entreprises du CAC 40, de Hollywood à Canal Plus, l'ensemble de la classe dominante se lance dans la résistance de salon. « No Pasaran » devient le cri de ralliement des classes dominantes, économiques ou intellectuelles, de gauche comme de droite (…) les groupes « antifa » (…) recrutent essentiellement des jeunes diplômés de la bourgeoisie » (p.173)8.

LE DESIR DE REVOLUTION N'EST PAS ETERNEL MAIS IL N'EST PAS MORT

Si près de 80% de ces salauds de cadres et les vieux machins de plus de 65 ans croient que le régime démocratique est irremplaçable et le meilleur système possible, près de 40% des jeunes, des ouvriers et des employés considèrent que « d'autres systèmes politiques peuvent être aussi bons que la démocratie » (p.200).
Guilluy a raison de conclure qu'on assiste bien plus à une mondialisation de la sédentarisation qu'au nomadisme à la con d'Attali, que la mobilité pour tous est un mythe sauf pour les bourgeois sur les tarmacs.

Louis Chauvel, avec « La spirale du déclassement, essai sur la société des illusions » (Seuil), fournit un travail plus scientifique et donne des annotations pertinentes sur l'état du prolétariat. Mais la lecture est aride au milieu de plus nombreux graphiques que chez Guilluy. Il faut parvenir à la page
164 pour trouver une réflexion sur l'amenuisement des grèves à partir des années 2000 :
« Dans les années 1970, 2 millions de journées de travail ont été consacrées à la grève, contre seulement 75000 au début des années 2010, moins qu'au début du XX e siècle. Ces écarts sont considérables et signifient une baisse de vingt à un de ce type d'action collective depuis la période qui suit immédiatement les événements de 1968 ».
Chauvel écarte d'emblée ceux qui ont abandonné le prolétariat et la causalité du chômage de masse, tout comme une lutte supplétive à travers les blogs. Il souligne plutôt deux causes : l'institutionalisation des syndicats (dont les théoriciens s'appuient d'ailleurs sur l'usine à mystification de la gauche caviar (terra nova) et les intellos négateurs de la classe ouvrière, mais sans le dire ouvertement) et la non transmission du savoir militant par la génération de 68 :
« Plus vraisemblablement , l'institutionnalisation des syndicats les a orienté vers un rôle d'agence de négociation et de cogestion des carrières et des ressources plus que de coordination des luttes.
L'aspect générationnel est peut-être aussi important : une génération mobilisée a disparu sans transmettre le savoir-faire organisationnel de la conflictualité sociale alors même qu'elle hésite à saisir le contexte nouveau vécu par les générations suivantes et leurs enjeux ».
Je ne suis pas d'accord avec des deux affirmations, d'abord parce que les syndicats sont devenus des collabos de l'Etat bourgeois depuis plus d'un demi-siècle, et ensuite que la transmission du militantisme syndical réformiste comme révolutionnaire se fait toujours même à petite dose. Mais nos sociologues raisonnent toujours à courte vue sur l'hexagone comme si les événements du monde n'influaient guère sur l'interne « conflictualité sociale ». Chauvel passe à côté de l'explication majeure de la chute du muer de Berlin et, hors d'une compréhension du développement de la conscience de classe ; il l'avoue d'ailleurs quelques lignes plus loin : « ...les aspects subjectifs des classes sociales (culture ouvrière, comportement politique et syndical, conscience de classe, identité collective, mouvement social, etc.) demeure un mystère des sciences sociales ».

Chauvel fait parfois des remarques très justes, sans jamais se placer au niveau historique international non plus, différenciant par exemple le petit nombre de grèves très gentiment réformistes de nos jours comparé à des grèves d'une autre envergure dans les années 1930 où, derrière la grève d'époque il y avait en effet l'hydre de la révolution (qui pourtant venait d'échouer en Allemagne comme en Russie) : « Il est vrai que celle-ci (la lutte des classes) a culminé dans les années 1930, l'enjeu était moins la mobilisation de rue et la grève, même générale, que celui de la prise du pouvoir par un parti communiste versant dans la clandestinité et l'organisation secrète. L'indicateur même de participation aux grèves peut réduire la visibilité de l'action de classe (TB » (p.168). La conscience de classe a eu la vie dure : « A partir des trente glorieuses et de l'édification d'un système social-démocrate, les inégalités ont été fortement régulées sans que la conscience de classe se soit dissoute pour autant ». Si le tournant des années 1979 a déjà vu s'atténuer la mobilisation sociale, et que le rêve de la société sans classes s'est éloigné selon Chauvel, il a conclu que le discours égalitariste n'aurait plus d'effet à une époque de creusement d'inégalités plus fortes que jamais. Bizarre ! Car il exprime le contraire quelques lignes plus loin : les dernières décennies montrent « un contenu et des contours plus stables des classes sociales » !

LA GRANDE « ANOMIE » IDENTITAIRE

En reprenant ce terme de la langue de bois des sociologues Chauvel veut traiter de la crise d'identité si étalée partout comme concept justifiant la confusion capitaliste. Reprenant les termes flous de « classes moyennes », il envisage que la petite bourgeoisie soit amenée « à partager le sort de ce qui reste de la classe ouvrière » laquelle est « à peine au-dessus d'une classe de post-travailleurs – ce qu'en anglais nous pourrions appeler post-working class, constituée d'individus a priori atomisés, spécialement subventionnés pour se tenir hors de la sphère de l'emploi ». Suit cette curieuse analyse d'une non-classe (certainement les subventionnés universel de Hamon coupés de toute conscience et responsabilité de classe) avec des individus rêvant d'une révolution hors classe dont ils seraient les prochains meneurs : « Cette position sociale située en dehors du sens collectif offert par la participation à la production collective étant intolérable à la majorité des individus, au long terme, les personnes dans cette non-position sociale s'inventent nécessairement d'autres supports identitaires, en se constituant l'idéologie d'une révolution spécifique dont ils pourraient se sentir les nouveaux leaders ». (p.173)
Chauvel croit identifier donc une forme idéologique spéciale d'accompagnement de l'effondrement économique du système capitaliste par un « post-prolétariat » « pour qui les néomarxismes en vogue dans les classes moyennes intellectuelles pourraient ne pas avoir les mêmes attraits ». Dans son langage peu clair et heurté de sociologue Chauvel s'avoue inquiet, sans taxer ni de populisme ni de fascisme ce nouveau « post-prolétariat assisté » dans un monde où la coupure avec les élites (bourgeoises) est béante, dans un « ensemble civilisationnel où le tiers-monde côtoie à quelques kilomètres de distance, parfois moins, les zones les plus privilégiées de la planète ». Il ne voit une restructuration des classes que dans une ou deux générations et le remplacement du support identitaire de classe par les substrats religieux plus que par le « marxisme occidental ». Il est très pessimiste : « La constitution d'un noyau d'exclusion , d'un précariat diplômé, et la diffusion de nouvelles approches religieuses de la question sociale sont de nature à désagréger ce qui reste de l'héritage idéologique populaire (sic) et solidaire de la Reconstruction ».
A part comparer avec la décadence de l'Empire romain et noter « les risques s'accumulent mais l'apocalypse promise tarde », notre sociologue pas plus que son compère Guilluy n'a de cheminement politique révolutionnaire à indiquer, il espère tout au plus au final une jeunesse capable de « travailler par elle-même ».



NOTES


1Les Philippe Murray, Michel Clouscard, Hervé Algalarrondo, Christopher Lasch, Jean-Claude Michéa, l'ex NPA Robin (et sa reprise de l'expression « la gauche du capital » au courant maximaliste de la Gauche communiste) ; Bourdieu et Jacques Julliard ont des fulgurances presque marxistes, Julliard restant toutefois un bon démocrate jacobin... Géographes comme Guilluy et démographes statisticiens comme Michèle Tribalat par leurs analyses méthodologiques arrivent à peu près aux mêmes conclusions que les révolutionnaires maximalistes concernant la répartition des classes sociales, leurs confrontations et de cette plaie : la petite bourgeoise (même si elle est qualifiée à tort de « couches moyennes »).

2Les limites de Guilluy sont visibles dès son apologie des gougnafiers et poujadistes « bonnets rouges ».
3Selon le mot de Sacha Guitry.
4Les key-workers sont les agents de service public nécessaires à l'ordre bourgeois de proximité et de soin : flics, infirmières, instituteurs... qui peuvent bénéficier de logements de proximité en priorité.
5Page 73. Vu les états de service de Macron chez Rothschild et son train de vie, on comprend son besoin de personnel de service...
6Avec une belle image : « Ainsi, quand un bobo achète les services d'une nounou africaine, cette « exploitation traditionnelle du prolétariat » sera habillée d' « interculturalité ». Sans noter que nombre de vedettes du cinéma, journalistes ou richissimes « hommes de gauche » sont passés au tribunal pour surexploitation ou sévices sur femme de peine...
7Lire aussi pour le comique de la cohabitation des bobos émancipés mais cannabissophiles compartimentés avec les barbus en pyjamas : Géraldine Smith « rue jean pierre timbaud » stock 2016
8Et d'autres bonnes formules qui clouent au pilori des imbéciles utiles du système comme Coleman et ses amis communisateurs : « ce n'est pas le FN qui influence les classes populaires, mais l'inverse »). OU mieux pour la lutte qui est la nôtre POUR le communisme : « Si elle (la bourgeoisie) perd la guerre des représentations, la classe dominante est nue » p.175). « Le « théâtre de la lutte anti-fasciste » se joue devant des salles vides ». « La quincaillerie « révolutionnaire » proposée par les tenants d'une petite bourgeoisie n'attire plus personne, surtout pas dans les milieux où l'urgence est de boucler les fins de mois » (p.195). Cependant, comme je l'ai constaté, dans les médiathèques de la gauche au pouvoir dans les municipalités de banlieue tout ce qui n'a pas le label anti-fasciste part à la poubelle, ainsi les mémoires de Wagner et de Cosima son épouse et divers ouvrages de penseurs considérés comme off... un nouvel autodafé à la Hitler...démocrate multiculturaliste !