"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

lundi 20 mai 2013

SCANDALE A UNE KERMESSE TROTSKIENNE




 LA FETE ANTI-POLITIQUE DE LUTTE OUVRIERE (ou comment cibler sur le patronat pour ménager le gouvernement de la gauche bourgeoise)

Dans l’immédiat après 68, la fête de Lutte Ouvrière fût un réel espace de débats et de confrontation entre tous les groupes gauchistes, embryons de cercles révolutionnaires et individus en recherche d’une cohérence révolutionnaire pour préparer la révolution. C’était une réelle soupape d’expression des minorités politiques à vocation révolutionnaire hors parlement et interdites d’expression dans les canaux dominants. Pourtant en une dizaine d’années, la porte s’est refermée progressivement à la fois du fait du reflux de la lutte de classes et d’une fossilisation du groupe trotskien en secte institutionnelle. L’appât de la manne électorale bourgeoise et la lutte des places syndicales ont accéléré le processus d’embourgeoisement d’un groupe d’étudiants et de professeurs, pour partie formés à l’école du stalinisme, ou en tout cas en compétition avec ce mammouth en voie de liquéfaction historique. L’expulsion des petits groupes de la Gauche communiste (CCI puis PCI) a correspondu à la nécessité des bureaucrates anonymes de LO de gommer les aspérités confondantes de leur histoire et à effacer leurs compromissions électorales avec la gauche de la bourgeoisie.

La secte, génératrice d’un dévouement hors du commun par ses sectateurs, a ainsi pu prospérer avec des techniques de marketing dignes de la secte Moon, créant de toute pièce une passionaria populiste, Arlette Laguiller, longtemps sponsorisée par les médias comme une pure révolutionnaire « fidèle à ses idées », comme mon voisin est fidèle à l’entretien de sa haie. Ce groupe économiste bourgeois, de type lénino-stalinien a fini par être intronisé, malgré ses simplismes confondant, comme la figuration d’une extrême-gauche présentable, pas dangereuse et facile à tourner en ridicule avec le refrain « travailleurs, travailleuses », comme si le fait de travailler ou d’être un travailleur était une référence intégrable sans dommage et référentielle dans le paysage audiovisuel et consensuel.
Je n’avais plus mis mes pieds dans le parc du château de Presles depuis des décennies. C’est donc plus par curiosité que par volonté d’y faire entendre une voix discordante dans une version appauvrie et villageoise de la fête traditionnelle du parti stalinien, que j’avais acquis mon ticket d’entrée. Je découvre une mixture d'Eurodisney, de  fête de l'Huma et de ducasse provinciale.
Le dévouement militant bénévole a fait des miracles. Fini les stands avec CRS en carton à dégommer avec des pavés de chiffon et les amusements bricolés de foire champêtre. Toiles de tente et baraquements semblent avoir été peaufinés par des professionnels. L’organisation est millimétrée. On peut se restaurer à peu près partout pour pas cher avec un service zélé, serviable à souhait. Les frites sont saines et les merguez bien cuites ; et les rentrées financières à point en conséquence, sans oublier l’importante rentrée d’argent, même en bons d’échange made in LO, à la librairie du trust « Les bons caractères ». Les WC sont régulièrement entretenus. L’endroit est à ravir pour les enfants avec des jeux ludiques intelligents, quoiqu’un vulgaire manège trône près de l’aire d’arrivée des bus,  transport gratuit, qui permet aux habitants de la région parisienne de s’y rendre sans les inconvénients des embouteillages, et, par des navettes fréquentes, rend les lieux plus accessibles que le château de Versailles à une population qui s’ennuie à Paris lors des Pentecôtes généralement pluvieuses et aussi tristes que la religion.

L’expression politique est par contre soigneusement cadenassée. Vous pouvez déambuler de la place Karl Marx à l’espace Engels en vous sachant protégé par nombre de gardes rouges avec brassard. Aucun de ces jeunes du 9-3 venus bâfrer et picoler ne s’aviserait à faire le mariole ; Valls pourrait y trouver inspiration pour sa police de proximité. Outre la messe traditionnelle de la nouvelle cheftaine Nathalie Arthaud[1], qui fait cesser toutes les activités en milieu du dimanche après-midi, les forums sont majoritairement consacrés à des exposés de scientifiques et de romanciers, sommités et mandarins sensés apporter le savoir au bon peuple méprisé par des médias infantilisants[2].
LO renoue avec sa vocation de république des professeurs staliniens, tout comme ses militants de base sont sensés apporter la conscience syndicale de l’extérieur de TF1. Or ce savoir n’est pas plus intéressant ni formateur que les meilleures émissions de Arte ou de FR3. C’est du remplissage pour occulter le refus des véritables discussions politiques. Le symbole le plus patent de la fossilisation stalinienne de LO est sans conteste la « cité politique », réduite à un mouchoir où s’entassent une poignée de stands de groupuscules politiques sans intérêt (CNT, NPA, Tendance bolchevique, Mouvement communiste, etc.). Une tribune leur est réservée grande comme une aire de leurs chiottes. Cette cité politique sent tellement le renfermé qu’elle reste à l’écart de la plupart des visiteurs, et couverte par le bruit des orchestres de musette qui jouent de leurs flonflons sans égard pour les éventuels disputailleurs.
Une seule « attraction » pouvait solliciter quelque intérêt, sous le chapiteau « Karl Marx » : « Automobile : les travailleurs confrontés à l’offensive patronale. Débat animé par des militants de Lutte Ouvrière du secteur automobile ».
Nous nous y sommes rendus et assis. Debout et assis on pût décompter rapidement près de 600 personnes face à une tribune composée de représentants syndicalistes de Renault, de PSA, un syndicaliste américain du groupe frère Spark, etc. La vedette à qui devait échoir le discours final était bien entendu le chouchou actuel des médias Jean-Pierre Mercier, leader des 130 derniers grévistes, d’Aulnay qui focalisait les regards du public avec sa crinière blanche (vue à la TV).
Les discours se succédèrent avec pour contenu la description des vilenies patronales, les péripéties des cahiers de revendication de chaque entreprise, ponctuées du fameux « y a de l’argent » et il faut être persuadé qu’on peut faire plier ou reculer le patronat. Des conditions précises du déroulement des quelques conflits salariaux et des trahisons syndicales il ne fût point question. Une telle présentation du « savoir syndicaliste » (savoir-faire de clan et surtout savoir taire) était de nature à encourager non un véritable débat politique sur la lutte de classe réelle mais à « poser des questions ». Ce qui était insufflé au final par le président de  tribune, vieux machin mis en vedette dans le film d’entreprise consacré à la famille Peugeot.
Le dernier discoureur, Jean-Pierre Mercier soi-même, joua d’abord la modestie et une volonté d’être synthétique pour ne pas allonger la sauce. Ce fût un hymne à la longue maturation des infiltrés de LO chez Peugeot, forgés au combat syndicaliste depuis 2003, 2007, etc. Car, les grèves ne tombant pas du ciel, elles nécessitent la formation continue d’élites militantes qui, se renforçant, se multipliant, finissent par donner corps à la volonté gréviste et à faire comprendre qu’on peut lutter « tous ensemble ». "Nous avons formés des générations de militants indispensables pour apprendre aux ouvriers à s’organiser, nos anciens ici présents peuvent en témoigner. Tout au long de la grève des rencontres ont été organisées avec  les autres entreprises en lutte. Quant à la fin de la grève à Aulnay, elle constitue une victoire. Un comité de lutte a été constitué, d’ailleurs[3], ouvert à tous les grévistes, syndiqués ou non". "Nous avons fonctionné de façon à ce que ce ne soit plus les délégués qui dirigent et prennent les décisions. Les sanctionnés sont réintégrés. Les grévistes percevront 20.000 euros. Et en plus, il a été décidé que la fin n’était qu’une « suspension », pour bien faire comprendre au patronat  et au gouvernement que la lutte continue. Cerise sur le gâteau de la victoire : « nous reprendrons le travail mardi en expliquant aux non-grévistes que nous avons fait grève pour eux ».
Ce discours, en plus d’être une apologie du rôle d’organisateurs patentés des militants de LO en bleu de chauffe, n’était qu’une litanie de mensonges. Par omission d’abord, en passant sous silence les tractations et reniements des divers clans syndicaux, en se passant d’expliquer  les raisons de la persistance d’une grève par une minorité des ouvriers, et les enjeux de la période de la crise capitaliste. La dernière phrase de l’orateur vedette fût un modèle de déclaration lamentable et médiocre de tout syndicaliste de base avec brassard CGT ou SUD : « nous avons obtenu peu mais c’est déjà beaucoup ». Une telle vilenie fût accueillie par une salve d’applaudissement de têtes chenues, très certainement anciens encartés du PCF et retraités divers séduits lors des campagnes électorales de la secte.
Personne d’autre que moi ne se précipitant pour prendre le micro, je n’ai pas hésité. Et il paraît que je fus brutal :
« On se croirait à un congrès de la CGT il y a 40 ans ! Tous autant que vous êtes vous n’avez cessé de remplir votre temps de parole pour nous expliquer que les patrons sont des salauds et pour nous faire part des démarches pour protester contre les déficiences de la clim ! Rien sur le déroulement de la lutte et ses obstacles. Vous réduisez le combat  à un spectacle dont l’ensemble des prolétaires restent les spectateurs…C’est comme le blog de LO, apolitique ! Il ne faut surtout pas parler de politique. La grève est un échec et une humiliation…  et la dernière intervention de Mercier est particulièrement honteuse… »
La salle s’est évidemment mise à me siffler, et les « qu’est-ce que tu proposes ? » ou « quelle politique veux-tu ? ». Je demandai à ce qu’on me rendre le micro pour expliquer la politique que je soutiens. Le président de séance y coupa court : « tu as assez parlé, la démocratie c’est de laisser la parole aux autres ». Une fonctionnaire de Lo se dressa aussitôt pour me faire la leçon : « Nous sommes intéressés à savoir ce qui se passe dans les entreprises. Ces témoignages que tu méprises sont importants dans la lutte contre le patronat. Il faut saluer cette lutte qui est exemplaire pour toute la classe ouvrière ».

Le jeune délégué Samir, un des sanctionnés, qui était à la réunion de Lille, se dressa à son tour :
« On le connait celui-là, il est venu nous voir à Lille, il dit n’importe quoi et on ne l’a jamais vu à Aulnay ».
Un autre me crie :
-          T’es de quelle organisation ?
-          Aucune.
-          Alors dégage !
Un autre encore :
-          On ne sait pas d’où il est !
Je crie : je suis un marseillais de Paris ( ce qui est vrai).
La tribune donne aussitôt ensuite la parole à un délégué espagnol qui commence à discourir longuement en espagnol, suivi d’une traduction qui n’en finit pas, alors que je reste l’objet des regards courroucés de la salle. Je hurle qu’ils cherchent à éviter les vraies leçons de la lutte. Un maigrichon avec brassard se penche vers moi menaçant, mais je l’écarte d’un geste de la main. Et la traduction dure, dure. Fin des bans. Je me lève et m’éloigne, jugeant inutile de cautionner cette assemblée de neuneus.
Un des spectateurs, Gaétan, s’approche de moi en souriant :
-          A quoi bon ? La discussion est impossible dans l’enceinte de LO. Tu n’aurais pas dû intervenir seul. Il faut être au moins à deux face à une telle réunion de gens irréfléchis. Seul …ils ont tout loisir de te faire passer pour un fou. C’est le problème de tous les groupements, ils se contentent du peu des discours…Et on est tellement habitué au sabotage des syndicats, et puis LO fait pareil...
Christian qui s’est joint à nous abonde dans son sens. Ils n’ont tous deux, jeunes, aucune expérience militante et ne font pas la différence entre les groupes. Nous continuerons à discuter longuement, fraternellement autour d’un bac à frites. Je reconnais qu’en général je considère que, face à ce type d’assemblée, il faut « cogner » (verbalement, d’abord et discuter ensuite. Je déplore d’être une sorte de dernier des Mohicans car il n’y a plus aucun groupe révolutionnaire pour faire face aux mafias trotskystes, et que c’est bien dommage, mais que les idées proches de la vérité font et feront leur chemin. Gaétan et Christian ne croient pas une révolution possible et même que c’est dans la nature de l’homme d’être crédule et amnésique. Ce que je ne pense pas.
Deux heures plus tard, alors que nous continuions notre discussion près d’une baraque à café, une jeune femme s’approche de moi et demande à me causer « par rapport à tout à l’heure ».
Je me rends totalement disponible à ses questions et remarques.
-          Vous avez été dur tout à l’heure. Ils ont quand même le mérite d’avoir fait grève par les temps qui courent où domine la passivité. Pourquoi avez-vous parlé de « spectacle » alors que les médias ont organisé le black-out sur la grève ?
-          Oui je maintiens l’idée de spectacle. Il n’est pas vrai qu’il y a eu black-out, on a vu plusieurs interviews et articles consacrés à Mercier. Je ne crois pas qu’ils ont agi pour étendre la lutte. La visite à d’autres entreprises était purement formelle et soigneusement organisée par les appareils. Qu’est-ce qu’on a à foutre qu’ils se soient rendus au congrès du parti gouvernemental ! çà change quoi ? Qu’ils aient fait des quêtes ! Ont-ils seulement appelés les autres travailleurs à se mettre en lutte avec eux ? On était réduit nous derrière l’écran de notre télé au niveau de simples spectateurs.
-          Mais ces délégués ce sont aussi des ouvriers ! Et les sanctions ont été levées…
-          Séguy, Marchais étaient aussi des ouvriers ! La sanction de quelques uns fait partie du scénario patronat-syndicat au début des grèves ; moi-même j’ai été sanctionné plusieurs fois au cours de grèves dites sauvages, et la levée des sanctions contre moi était finalement présentée comme une victoire des syndicats… Ces syndicalistes sont autant d’arrivistes qui veulent monter dans l’appareil.  Le délégué américain ne s’est-il pas vanté de s’être présenté pour être président du syndicat de l’automobile américain, et n’a recueilli qu’un piètre score.  Mais le principal problème est que ces gens-là sont engoncés dans l’esprit syndicaliste corporatif. A Lille ils m’ont raconté que les bagnoles Peugeot étaient vendables, et que les patrons mentaient… comme s’il n’y avait pas une réelle crise de surproduction qui pose le problème plus large d’une réorganisation de la société pas d’une sauvegarde des emplois de plus en plus limités ou du maintien à tout prix de la « boite »!
-          Qu’est-ce que vous auriez proposé à leur place ? Vous vous seriez opposé à la grève ?
-          Je ne dis pas çà. Je suis bien conscient que l’extension n’est pas possible à tout moment, et qu’on doit en rabattre parfois. D’abord, lorsque la grève est devenue ultra-minoritaire, j’aurais proposé de l’arrêter. Il est ridicule de prétendre étendre si seulement une minorité de l’entreprise persiste à croire gagner dans ces conditions.  Alors il existe d’autres formes, telle que les comités de lutte pour maintenir l’unité et solidarité du temps de la grève ; je les soupçonne d’avoir repris in extremis cette forme que j’avais évoquée à Lille. En lot de consolation pour masquer encore leurs embrouilles.
-          Oui mais cette minorité était déterminée à continuer… Et on veut tous la même chose au fond...
-          C’est classique, une partie des syndicats les laissent tomber, et puis un autre, CGT ou SUD, accompagne les jusqu’auboutistes pour les aider eux aussi à mordre la poussière…  un peu plus tard. Et cette fois-ci de façon scandaleuse. Mercier a confirmé cette saloperie, que je prenais pour une manip de la presse, les grévistes recevront 20.000 euros de plus que les non-grévistes. Message : les prochaines fois vous gagnerez aussi 20.000 euros grâce à la CGT ! La lutte « qui paye » pour une minorité de grévistes devient ainsi dans l’échec un espoir de le renouveler perpétuellement sans poser les enjeux de société, et en faisant passer cet échec pour une victoire. Non on ne veut pas tous la même chose. L’esprit syndicaliste, qui voudrait se faire passer pour révolutionnaire et communiste est un verbe radical creux. Il sert à éloigner toujours plus la volonté révolutionnaire. Déjà en 68 après le sabotage de la grève massive, des ouvriers déchiraient leurs cartes syndicales en protestant : « avec les syndicats c’est jamais le moment ».  Et on a vu clairement l’attitude de faux-cul du jeune syndicaliste de base vu à Lille – qui me serinait qu’il n’avait rien à foutre de la hiérarchie et de la direction de la CGT – qui consiste à se mettre finalement au service des pires menteurs de l’appareil face au public.
-          Ils disent qu’ils ont tenu des assemblées délibératives où les délégués ne prenaient pas la décision. Ils ne pouvaient pas faire autrement en ce moment.
-          Je n’en sais rien, je n’y étais pas, mais je les ai vu faire à Lille, à quatre ils ont dirigé l’assemblée comme ils le voulaient, dans leur cadre corporatif-commercial. Une assemblée peut-être manipulée par des sous-marins d’une organisation. Je suis bien d’accord avec vous qu’en l’état actuel de la situation sociale confuse l’esprit d’autonomie ouvrière n’existait pas pour éjecter tous ces menteurs, mais  l’action glorifiée a été une supercherie, et c’est la politique incessante de disque rayé de LO depuis 40 ans. Moi je milite pour que les prolétaires de toutes les entreprises ne soient pas « tous ensemble » comme boites de conserve à la queue leu le comme en 1995, mais se  mixtent , se mélangent dans un  combat commun pour s’assembler  à un niveau politique supérieur  non de simple solidarité de classe mais pour une politique de rupture avec le système afin de constituer des Conseils de pouvoir pour gérer autrement la  société. En tout cas, je vous remercie mademoiselle d’avoir fait l’effort de venir me demander des explications.
Nous nous sommes serrés la main, ainsi que celle de son compagnon qui se fichait de toute discussion politique et gérait l’intendance après avoir été chercher un bac à frites qu’il me proposa de partager.

NB: La brochure deLO "la lutte des travailleurs de PSA" comporte des subtilités intenables en public mais qui servent d'article de foi aux sectateurs jusqu'à plus ample déformé: "La conscience des rapports de force a poussé les grévistes de PSA Aulnay à s'adresser le plus possible aux travailleurs (...) pour les informer, pour gagner leur solidarité dans la perspective, inaboutie (sic) de les entraîner à étendre le mouvement. Il faut dire que, depuis plusieurs décennies, les trahisons politiques de la gauche au pouvoir ont largement contribué à démoraliser la classe ouvrière" (pas le soutien électoral trotskyste à chaque fois à cette même gauche bourgeois?). (...) " Si cette lutte a pris cette forme, a su utiliser toutes les possibilités offertes c'est aussi parce que des communistes révolutionnaires militaient depuis suffisamment longtemps dans l'usine pour gagner du crédit (sic) auprès des travailleurs et être en situation de proposer une politique acceptée et adoptée par des centaines de travailleurs".(supp au n°2338 de LO)



[1] Vu ladite Arthaud, au milieu de la place Karl Marx, interviewée par une télévision et entourée de quelques spectateurs. Elle n’a pas le visage lisse et grimé des plateaux télé, mais avec un phrasé vindicatif, elle apparaît toute ridée et moche, avec un laid rictus au coin de la bouche, un jean sale et flottant, et sans féminité. Finalement Arlette était jolie à côté. Quand elle a fini d’éructer face à la caméra, elle se précipite comme un vulgaire député, pour serrer des paluches  aux spectateurs environnants qui n’en demandaient pas tant. Minable.
[2] Un bon point, concédons-le, la librairie. La secte populiste et électoraliste ayant besoin d’un vernis « marxiste », fait publier  par son trust « Les bons caractères » des ouvrages rares – L’histoire de la SD allemande par Mehring – et réimprime en fac-similé des ouvrages de Panaït Istrati, et des éditions Rieder, devenus introuvables, des années 1920. J’ai cassé ma tirelire pour les acquérir. Il me faut signaler aussi un spectacle touchant, ces jeunes très  filles et jeunes hommes qui feuillettent avec émotion nos classiques du marxisme, Marx, Engels, Trotsky, Lénine, mais aussi Kronstadt, Istrati, des  histoires de la révolution russe, etc. et se rendent à la caisse pour les acheter... si tant est qu'ils soient capables plus tard de développer un esprit critique face à la secte commerçante et à sa légende "Barta 1939" dont la pauvreté politique et le soutien à l'URSS impérialiste en guerre sert de vademecum aléatoire  à ce groupe économiste bourgeois !
[3] Jusqu’à ce jour personne n’avait entendu parler de ce comité de lutte fantôme ! Or c’était la principale proposition que j’avais faite aux délégués de PSA à Lille quinze jours avant, ainsi que la création d’un site neutre répercutant toutes les infos… Il faut croire que les délégués « basistes » avaient fait remonter la proposition en quatrième vitesse !

samedi 18 mai 2013

Pérou : un ancien syndicaliste exotique tape sur la classe ouvrière au nom des intérêts de l’Etat « plurinational »




« Nous gagnons 280 euros mensuels et nous allons toucher environ 140 euros pendant notre retraite », explique Ninoska Aramayo, employée à la Caisse nationale de la Santé. « Personne ne peut vivre avec ça ! Nous demandons donc une retraite équivalente à 100 % de notre salaire après 35 années de cotisation », ajoute-t-il.
Attaquer les retraites, surtout celles des ouvriers, est contagieux au niveau international. Le pote de feu Chavez, Juan Evo Morales Ayma ex leader syndical promu homme d'Etat depuis sa victoire présidentielle de 2005, à l’instar du noir Obama, avait joué démagogiquement de son ascendance amérindienne en prétendant relayer les revendications culturelles et sociales des populations indigènes, mais celles du prolétariat hérissent son sens de l’Etat bourgeois. Le plus exotique dans l’exotisme nationaliste qui règne au pouvoir du Pérou est cette invention de la bande à Morales (MAS), nouveau déguisement du chauvinisme local : l’Etat plurinational !

La grève pour la revalorisation des retraites, qui durait depuis plusieurs jours, vient d’être déclarée illégale le vendredi 17 mai. Par conséquent elle devient conflit politique, mais un conflit politique douteux. Evo Morales (président exotique dit de gauche) a accusé la Centrale ouvrière bolivienne (COB) de vouloir fomenter un coup d'Etat – contre l’Etat plurinational - et a appelé ses partisans à "défendre la démocratie". Ce qui est un euphémisme comique. Des affidés de Morales ont déjà défilé quand d’autres sont appelés au zèle patriotique à La Paz, le 23 mai, au risque de provoquer des affrontements avec les grévistes. La COB n’est pas plus un syndicat de type européen que ma grand-mère le portrait d’Alain Delon.

C’EST POURTANT PAS LE GRAND SOIR MEME SI PETE LA DYNAMITE !

Une véritable alternative « de classe » existe encore moins que dans une grande puissance industrielle dans un tel petit pays, non pas que la lutte soit amoindrie par son aspect spectaculaire et « généralisé », ni parce qu’il n’y a pas de solution locale autre qu’un gouvernement bourgeois d’austérité. Il faut connaître les données particulières à la Bolivie, les ronds de jambe des intellectuels de l’Etat « plurinational » et ne pas calquer le schéma des « partenaires sociaux » bien connu en Europe. Le titre du journal véreux Le Monde peut laisser penser au naïf ignorant (et aux anars gnangnan) qu’un pas qualitatif de la lutte de classe, passant du syndical au conflit politique, serait en voie de s’épanouir (pourquoi pas en révolution oh hé hein bon !). En réalité, des conflits sociaux divers n’ont pas cessé depuis des années dans ce pays, parfois très violents, sans poser vraiment une alternative de classe révolutionnaire. L’an 2000 avait été marqué par une mobilisation sociale massive contre la privatisation de l’eau. En 2003, lors du soulèvement contre le gouvernement néolibéral de Sanchez de Losada, les mineurs s’étaient battus dans les rues de La Paz à la dynamite contre l’armée. Puis, en 2006, des affrontements qui avaient causé plus d’une dizaine de morts avaient opposé le nouveau gouvernement à plus de 4000 mineurs, qui obtinrent gain de cause et furent incorporés comme salariés de la mine nationalisée
L’arrivée au pouvoir du MAS en 2006 avait conduit dans un premier temps à la promotion-cooptation des chefaillons syndicalistes. Mais, depuis la « rebelión fabril » de 2010, soulèvement des ouvriers des industries et des manufactures qui a réussi à faire abroger la réforme du code du travail et l’augmentation du prix de l’essence, Morales ne cesse de perdre peu à peu sa « clientèle sociale » :  ouvriers conçus comme catégorie corporative ou « secteurs », travailleurs de la santé, enseignants, mais aussi indigènes de la région du TIPNIS. Le « secteur » considéré comme le plus avancé par les trotskiens locaux  contre le MAS (simple parti mono-gouvernemental) est celui des mineurs de Huanuni où les trotskiens tiennent le manche et sont à l’origine de la récente fondation d’une nouvelle mafia politique : le Parti des Travailleurs[1]. Ces politiciens ont plus ou moins ralliés des syndicalistes, de la COB, éjectés du gouvernement. Nombre de dirigeants de la COB sont pourtant devenus infréquentables du fait de leurs compromissions ou soumission aux gouvernements successifs. Le nouveau parti est divisé, comme le syndicat COB, entre ceux qui veulent « un parti comme le PT de Lula », c’est-à-dire un parti électoraliste qui leur permette de mieux négocier des miettes avec le gouvernement, de continuer à faire des accords avec le MAS et de marginaliser les tendances d’extrême gauche, et cette dernière au programme capitaliste d’Etat. Ce parti reste le théâtre d’une foire d’empoigne entre sous-marins du parti gouvernemental MAS et les divers chefs syndicalistes arrivistes.
C’est avec l’accord de la COB peu fiable que les mineurs, traditionnellement en pointe dans les mouvements revendicatifs, auraient entraîné dans la grève les enseignants, le personnel hospitalier et des ouvriers de l'industrie. Les grévistes demandent une pension de retraite égale à leurs derniers salaires, alors qu'elle s'élève actuellement à 70 %, ainsi que pour des augmentations salariales supérieures aux 8% promises par le gouvernement. Le mouvement s'est durci lorsqu'ils ont appris que les militaires sont les seuls à toucher une pension égale à 100 % de leur dernière paie. Plus de 5 000 travailleurs des mines de Huanuni se sont rendus à La Paz. Comme d'habitude, ces mineurs manifestent bruyamment, en faisant exploser des petits bouts de bâtons de dynamite. La place Murillo, où se trouvent le palais présidentiel et le Congrès, était bloquée par la police, qui éloigna les grévistes à coups de gaz. Durant ces quatre derniers jours de grève, 367 personnes ont été arrêtées, à ce jour 300 ont été libérées et 37 "remises à la justice", quant aux 30 autres, on n’en sait rien. Le gouvernement bolivien a appelé mercredi les mineurs à reprendre le travail, le blocage de la mine  causant selon lui "des pertes quotidiennes de 500.000 dollars" au pays. Il s’est également adressé au dirigeant de la COB, Luis Delgado, pour discuter des modalités d’une "proposition qui ne mette pas en péril le système de pensions de retraite ".
La grève est en particulier suivie par les 5 000 mineurs de la principale mine d’étain de Bolivie, celle de Huanuni, dans la région d’Oruro, laquelle est contrôlée par les trotskiens. Des barrages routiers avaient par ailleurs été installés dans tout le pays, des centaines de grévistes bloquant en particulier la route reliant La Paz  aux villes d’Oruro et de Cochabamba.
Evo Morales dénonce des motifs politiques derrière le mouvement de grève. Il appelle ses partisans à le défendre.  « Mouvement subversif », « déstabilisation politique », « scénario de conspiration » : ce sont les mots choisis par le ministre bolivien de l’Intérieur pour qualifier l’actuelle protestation sociale. Carlos Romero en veut pour preuve une tentative de prise d’un aéroport au nord du pays, et la saisie de centaines de tonnes de dynamite dans plusieurs convois de grévistes, qui ont par ailleurs fait sauter un pont à l’explosif au début du conflit.
Des accusations rejetées par la COB, la Centrale ouvrière bolivienne, qui accuse à son tour le gouvernement de « trahir le peuple » et de chercher par tous les moyens à décrédibiliser le mouvement de grève. Le centre-ville de La Paz a connu jeudi 16 mai son troisième jour consécutif de paralysie totale et de manifestations violentes, alors que les blocages de routes au niveau national feraient perdre l’équivalent d’environ 6 millions d’euros par jour au pays.
Les braves représentants de l'ONU à La Paz ont dénoncé mercredi les « actes de violence » et ont appelé grévistes et gouvernement à entamer un « dialogue franc ».
Pour le gouvernement bolivien, les demandes de la Centrale ouvrière bolivienne (COB) sont impossibles à satisfaire. « Nous ne mettrons pas en danger l’économie du pays. Nous ne mettrons pas en danger le système de financement des pensions pour les gens qui gagnent le moins dans le pays », a ainsi déclaré le ministre de la Présidence, Juan Ramon Quintana. Par ailleurs, le gouvernement a annoncé avoir saisi 400 tonnes de dynamite et autres explosifs dans un convoi de mineurs. Juan Ramon Quintana dénonce une tentative de déstabilisation du pouvoir : « Nous avons entendu des dirigeants syndicalistes dire qu’ils allaient chasser du pouvoir le président Evo Morales de la même manière qu’ils l’y avaient installé. Ça, c’est un langage de coup d’État, c’est un langage anti-démocratique. »
Des accusations balayées par Octavio Urquizo, de la COB. « Le gouvernement devrait au contraire nous remercier. Nous nous sommes battus contre les dictatures, contre les gouvernements de droite. Et c’est grâce à ces batailles, à ces guerres, qu’existe le gouvernement actuel. Nous pensions que ce gouvernement allait justement œuvrer pour le peuple bolivien et pour les travailleurs. Au lieu de cela, il nous accuse de comploteurs quand nous ne faisons que manifester pour des revendications sociales », dénonce-t-il.
Résumons, si la colère des travailleurs boliviens est totalement compréhensible face à un gouvernement bourgeois « plurinational », exotique et amérindien certes, quelles perspectives sont possibles avec le syndicat COB ? Aucune. Rien de rien. Comme la plupart des mafias syndicales sud-américaines, la COB n’a pas de projet politique clair. Ce genre de syndicat soutient épisodiquement tel ou tel politicien doté d’un vague programme de nationalisation et d’assistance sociale.

L’EROSION DU « BLOC NATIONAL-POPULAIRE »

C’est sous cette dénomination que Morales avait prétendu fondre éternellement les « couches de la nation », mais la grève a fait réapparaître les clivages de classe. Autrefois membres à part entière du MAS gouvernemental, les enseignants exerçant dans les campagnes (maestros rurales) qui prenaient part à la grève de la COB ont ainsi fait l’objet d’une répression organisée par les syndicalistes paysans acquis au gouvernement  ; le 16 avril dernier, à Cochabamba, la fédération locale donnait l’ordre à ses affiliés d’exclure les professeurs grévistes de leur communauté au terme d’un délai de 48 heures. La contestation sociale, en grande partie ambiguë et clientéliste derrière la COB, est criminalisée :  mi-février déjà, le vice-président Álvaro García accusait les dirigeants trotskistes à la tête des syndicats de l’éducation et de la santé de constituer «  l’avant-garde politique de la droite […], l’extrême droite camouflée  ». Le 8 mai dernier, c’était au tour du président Morales de juger que la COB était «  un instrument du néolibéralisme  » en raison de ses revendications «  irrationnelles  ». Les trotskiens n’en sont pas moins eux aussi, à leur manière (façon NPA franchouillard) des fossoyeurs de la nature distincte du prolétariat, vu comme clientèle égoïste et assimilé au syndicat pourri dominant: « En dépit de sa visibilité médiatique, la COB est quant à elle paradoxalement prisonnière de son propre corps militant, essentiellement composé de salariés, dont les préoccupations demeurent somme toute distinctes d’autres catégories pourtant majoritaires au sein de la population, tels les travailleurs de l’économie informelle, les paysans et les indigènes ».
Mais rien ne vaut le charabia de l’intellectuel de gouvernement en service pour Le Monde Diplomatique, pour goûter la phraséologie sirupeuse du « socialisme sud-américain » - que vous me permettrez de citer longuement - le sieur Alvaro Garcia Linera, sorte de défenseur d’un Etat « prolétaro-exotique » - l’Etat plurinational (sic) -,  qui éjacule le raisonnement suivant, crucifiant vertueusement le « corporatisme prolétarien » au nom de l’universalisme… bourgeois retoqué « bolivarien »  ou « néo », ou « néant »:
« La deuxième tension créatrice oppose l’ampleur du processus révolutionnaire — qui découle de l’incorporation croissante de différents groupes sociaux ainsi que de la quête d’alliances larges — et la nécessité d’en cimenter la direction indigène, paysanne, ouvrière et populaire, laquelle garantit l’orientation politique. L’hégémonie du bloc national-populaire exige la cohésion des classes travailleuses. Elle implique également le rayonnement de leur leadership (historique, matériel, pédagogique et moral) sur le reste de la population afin de s’assurer son soutien. Certes, il y aura toujours un secteur réticent à l’hégémonie indigène et populaire, agissant à l’occasion comme courroie de transmission des pouvoirs étrangers. Mais la consolidation de la direction prolétarienne exige que l’ensemble de la société considère que sa situation progresse lorsque ces classes travailleuses dirigent le pays. Cette nécessité contraint un pouvoir de gauche à tenir compte d’une partie des besoins de ses adversaires. Une troisième tension créatrice s’est manifestée avec beaucoup d’intensité depuis un an. Elle vient de la confrontation entre l’intérêt général et celui, particulier, d’un groupe, d’un secteur ou d’un individu. Entre la lutte sociale, commune et communiste et les conquêtes individuelles, sectorielles et privée
« Le dépassement de cette contradiction proviendra du renforcement de la portée universelle de notre projet. Si le particularisme corporatiste venait au contraire à triompher, la perte de dynamisme de la révolution marquerait le point de départ d’une restauration conservatrice. Cette tension entre revendications universelles et particulières au sein du peuple a toujours existé. C’est d’ailleurs le propre des révolutions : de sujet fragmenté et individualisé — aspect dominant —, le peuple est progressivement amené à se constituer en instance collective. Mais nous abordons de toute évidence une nouvelle étape de la mobilisation, comme le suggère le récent conflit entre deux fractions de la Centrale ouvrière bolivienne (COB) , l’une alliée au pouvoir, l’autre non. En avril 2011, des professeurs d’école membres de la COB se sont mis en grève avec pour principale revendication le relèvement des salaires. Depuis 2006, l’administration Morales a pourtant augmenté les traitements des travailleurs de la santé et de l’éducation de 12 % net d’inflation. Dans le même temps, d’autres branches de l’administration publique (ministères, par exemple) ont vu leurs salaires gelés. Ceux du vice-président, des ministres et des vice-ministres ont, eux, été réduits de 30 à 60 %. La baisse a été encore plus importante pour le président. On peut concevoir que les fonctionnaires de la santé et de l’éducation réclament de nouvelles augmentations, mais elles ne peuvent provenir que d’un accroissement des revenus du pays.
La politique menée par le président Morales vise en effet à améliorer les conditions de vie des plus démunis et à centraliser les ressources issues des nationalisations et des entreprises d’Etat. Il s’agit de créer une base industrielle dans le domaine des hydrocarbures, des mines, de l’agriculture et de l’électricité de façon à générer une richesse durable et à utiliser les ressources du pays pour améliorer la qualité de vie des travailleurs, tant à la ville qu’à la campagne ».

Taisez vos revendications et retroussez vos manches pour « l’industrialisation » !

Le même suce-boule AGL : « On nous reproche de ne pas avoir procédé à une « véritable » nationalisation des ressources naturelles et de laisser des transnationales s’emparer d’une partie des richesses du pays. Mais nous passer des sociétés étrangères impliquerait de maîtriser les technologies dont elles disposent : celles liées à l’extraction, mais également à la transformation des matières premières. Ce n’est pas le cas. Il ne peut donc y avoir de nationalisation totale des ressources naturelles sans phase d’industrialisation. Le gouvernement a pris la décision d’édifier une industrie du gaz, du lithium, du fer et de certaines réserves d’eau. Des intellectuels ont interprété ce processus de construction d’entreprises publiques comme l’émergence d’un capitalisme d’Etat, contraire à la consolidation d’une vision « communautariste » et communiste. A nos yeux, le capitalisme d’Etat des années 1950 a placé les grandes entreprises au service de clientèles particulières : bureaucratie, groupes patronaux, grands propriétaires terriens, etc. En revanche, l’utilisation des excédents générés par l’industrialisation que la Bolivie encourage désormais donne la priorité à la valeur d’usage, pas à la valeur d’échange : la satisfaction des besoins avant le profit. C’est le cas des services de base (eau, électricité, etc.), élevés au statut de droits humains et donc distribués parce qu’ils sont jugés nécessaires, et non pas rentables. C’est aussi le cas de l’achat de produits agricoles par l’Etat, qui vise à garantir la souveraineté alimentaire du pays et la disponibilité de denrées vendues à des prix « justes » : fixés de façon à ce que les produits soient accessibles aux consommateurs, ils n’évoluent pas en fonction de l’offre et de la demande.
La plus-value issue de l’industrialisation offre ainsi à l’Etat la possibilité de mettre en cause la logique capitaliste de l’appropriation privée. La génération de telles richesses provoque néanmoins un ensemble d’effets néfastes pour l’environnement, la Terre, les forêts, les montagnes. Et quand la nature se trouve agressée, les êtres humains souffrent, en bout de course. Toute activité industrielle comporte un coût environnemental. Mais le capitalisme a subordonné les forces de la nature, en a abusé, les plaçant au service des gains privés, sans tenir compte du fait qu’il détruisait ainsi le noyau reproductif de la nature elle-même. Nous devons éviter le destin auquel un tel cours nous conduit.
Les forces productives du monde rural et l’éthique professionnelle des agriculteurs portent sur nos rapports à la nature un regard opposé à la logique capitaliste. Elles nous proposent de voir la nature comme partie d’un organisme vivant, total, auquel l’être humain et la société appartiennent aussi. Selon cette vision, l’utilisation des capacités productives naturelles doit se faire dans le cadre d’une attitude respectueuse de cette totalité et de sa reproduction.
« Humaniser la nature et naturaliser l’être humain », prescrivait Karl Marx (2). C’est le sens de notre projet : utiliser la science, la technologie et l’industrie pour produire des richesses — comment faire autrement pour construire les routes, les centres de soins, les écoles qui nous manquent et pour satisfaire les demandes de notre société ? — tout en préservant la structure fondamentale de notre environnement. Pour nous, mais aussi pour les générations futures.
Les tensions créatrices qui tiraillent le bloc national-populaire au pouvoir en Bolivie caractérisent les dynamiques de transformation sociale : les révolutions ne sont-elles pas des flux chaotiques d’initiatives collectives et sociales, d’élans fragmentés qui se croisent, s’affrontent, s’additionnent et s’articulent pour de nouveau se diviser et se recroiser ? Autant dire que rien n’y est défini par avance ». (Alvaro Garcia Linera : Vice-président de l’Etat plurinational de Bolivie. Auteur de Pour une politique de l’égalité. Communauté et autonomie , dans la Bolivie contemporaine, Les Prairies ordinaires, Paris, 2008).
Entre l’Etat « plurinational », la compétition entre les rackets trostkiens et le sermon dégoulinant de marxisme de pacotille des intellos de gouvernement, le prolétariat bolivien a peu de chance de sauver sa peau, et encore moins ses retraites. Et son combat, même avec bâtons de dynamite, n’a rien d’exemplaire pour le prolétariat universel. Les prolétaires sont là les dindons d’une farce qui les dépasse, et leur colère est hélas
vissée dans une robuste cocotte-minute. A chacun ses mystifications continentales, aux prolétaires sud-américains les bisbilles entre fractions bourgeoises capitalistes d'Etat, aux prolétaires européens les écuries électorales et le syndicalisme d'Etat.


(1) Le scrutin de décembre 2009 fait suite à une période de déstabilisation politique 
 (2) Karl Marx, Manuscrits de 1844, Editions sociales.



[1] Les 7 et 8 mars derniers, dans la ville minière de Huanuni en Bolivie, en présence de 1300 délégués représentants 100 organisations différentes, était fondé le Parti des Travailleurs (PT). Son programme de gouvernement inclut des mesures aussi avancées que la nationalisation sans indemnisation des hydrocarbures, des mines et de l’ensemble des ressources naturelles, l’expropriation des grandes propriétés terriennes, la nationalisation des banques, l’ouverture des livres de comptes pour que les travailleur-se-s puissent en prendre connaissance et le contrôle ouvrier sur la production. Cette initiative exceptionnelle a été impulsée par la très combative Fédération Syndicale des Travailleurs des Mines de Bolivie (FSTM), et soutenue par les principaux dirigeants de la Centrale Ouvrière Bolivienne (COB).(ce bla-bla dithyrambique et servile est la prose du préposé trotskien sur le web)