"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

samedi 15 janvier 2011

LE SANG DES CADAVRES N’EST PAS ENCORE SECHE EN TUNISIE QUE LES MEDIAS APPELLENT PARTOUT A « LA RECONCILIATION NATIONALE »


D’Obama à Sarkozy, d’Aubry à Besancenot, de l’opposant tunisien insignifiant à une cyberbêbête des réseaux, tous prônent la « réconciliation nationale » alors que le sang des victimes de la police et de l’armée tunisienne coule encore, que certains meurent en silence dans les geôles des successeurs du fuyard Ben Ali, que les prisons sont encore pleines, que les tueurs et tortionnaires policiers ont encore toute latitude de tabasser, torturer ou égorger.
Tous les charlatans qui font mine de nous faire croire que l’Etat dictatorial soutenu par la bourgeoisie française et américaine se serait évaporé, nous assurent qu’il s’agit d’une « révolution tunisienne ». La révolution en voit de toutes les couleurs à notre époque : révolution des mœurs, révolution des oeillets, révolution orange, jasmin, de velours ; il paraît que même des barbus islaminguants ont crié eux aussi « révolution » dans les rues d’Alger et de Tunis. Dieu aurait-il disparu même chez les plus arriérés ? Un écrivain tunisien Taoufik Ben Brick utilise toutes les ressources de sa guimauve littéraire pour nous peindre « la révolution des enfants de la balle » alors que des jeunes et des prolétaires tombent encore sous les rafales de balles des policiers sadiques.
Quoiqu’il en soit, toute la presse occidentale se félicite de l’absence de prétention des barbus en pyjama à concourir pour l’heure à l’alternative au pouvoir caméléon en Tunisie. Le « soulèvement » de la population tunisienne serait à ranger dans un sain « pacifisme démocratique ». La perversité des dirigeants capitalistes surfe sur la joie du peuple tunisien (que nous pouvons partager un bref instant face à la fuite du tortionnaire en chef), en oubliant que la veille ils se taisaient tous devant les massacres de leurs obligés commerciaux des anciennes colonies et que la ministre de l’Intérieur française dite MAM avait proposé d’aider avec la répression sophistiquée des CRS français. Réunis dans l’affolement, le chef de l’Etat bourgeois français et son aide de camp Fillon ont cru bon de prodiguer ce soir des leçons de tolérance et de démocratie financière aux vieux fantoches de l’intérim tunisien.
Pour un portrait sympathique du Che Guevara entraperçu, les diverses « chaînes » de télévision du monde arabe et occidental font passer en boucle surtout les images de jeunes gens beaux et propres sur eux – pas les jeteurs de pierre – se pavanant sur les « réseaux » enveloppés du drapeau tunisien. Le spectacle aurait été incomplet si l’on ne nous avait pas présenté des images de soit disantes « fraternisations » où un CRS tunisien est surpris en train de pleurer et des manifestants en train de serrer la main aux mercenaires en uniforme robocop.
Toujours aussi ignobles, les aristocrates syndicaux français réunis en conclave pingre à la bourse du travail de Paris hier avec leurs alliés gauchistes de base, se sont précipités pour louanger leur homologue tunisien unique UGTT, vieil ami de Ben Ali, et appeler à la rescousse « démocratique » tout ce que l’Europe contient de putains parlementaires. Mieux, ces valets du pouvoir bourgeois n’ont pas trouvé mieux que de donner en EXEMPLE l’oligarchie corrompue des régimes luxueux pour une minorité d’Europe avec des fadaises qui agonisent au seuil du pole emploi et dans les cahots de la république cette putain à milliardaires:
« Les organisations syndicales françaises se déclarent également solidaires des revendications des syndicalistes et du peuple tunisien qui aspirent à un régime démocratique, au respect des libertés publiques, de la presse et des médias, à l’indépendance de la justice et au respect des droits syndicaux, de manifester et de grève. Autant de droits bafoués par un régime à bout de souffle qui d’année en année a renforcé sa répression et son autoritarisme ».
Comme le bla-bla sur déterminations des « organisations des salariés » à empêcher le gouvernement Sarkozy de perpétrer son mauvais coup sur les retraites, les aristos et leurs amis gauchistes réacs ont attendu 4 jours et des dizaines de morts avant de pondre ce communiqué misérable, chic et pas cher, à distance respectueuse, appelant la bourgeoisie européenne à pleurer avec les familles des prolétaires assassinés sans aucun appel à des manifs en France de solidarité avec les prolétaires tunisiens, comme tout le mouvement ouvrier héroïque et digne en organisait jadis pour protester contre toute ignominie étatique dans un coin du globe.
On se trouve encore dans une période de flou et d'incertitude. Cela a beaucoup marqué les jeunes tunisiens qu'on ait pu tirer sur des gens à balles réelles. Dans la tête et le cœur de la population, Ben Ali, c'était fini avant sa lâche débandade. Le régime Ben Ali n'est pourtant pas fini en tant que système. Les dites « élites tunisiennes » - la petite bourgeoisie diplômée - piaffent d’impatience à bousculer la hiérarchie étatique, c’est pourquoi les médias et les « réseaux » internet leur donnent inconsidérément la parole. Au nom du dépassement d’un « système nourri par une logique sécuritaire et une logique de corruption », la bourgeoisie occidentale chante les vertus « d’un processus de démocratisation », « donnant des garanties pour une réelle solution démocratique » alors que le sacrifice des insurgés de la misère porte en premier lieu contre la faim et le chômage ! En résumé la bourgeoisie internationale et ses relais électroniques inventent un présumé effondrement du « régime Ben Ali », feignant d’oublier les incertitudes révélées par la situation en Côte d’Ivoire.
ISOLER LA REVOLTE PROLETARIENNE EN TUNISIE
Naturellement les émeutes en Algérie sont passées au second plan, et gageons que la sainte alliance capitaliste a ordonné au gouvernement militaire d’Alger de lâcher du lest face au danger d’exemplarité d’une révolte contagieuse pour le monde entier. Excepté le Maroc bigot, royaliste et arriéré sous la domination d’ un roi terroriste qui a pour ami Sarkozy et le comique troupier Djamel, tous les pays arabes sont concernés par l’insurrection des peuples contre la misère. Le week-end dernier, sur les hauteurs riches d’Alger, tous les bourgeois n’ont pu aller bâfrer puisque tous les restaurants avaient été détruits comme ont été ravagés les quartiers huppés de Tunis :
« En milieu d'après-midi, à Gammarth, banlieue résidentielle chic du nord de Tunis, plusieurs centaines d'émeutiers s'en sont pris aux domiciles de la famille Trabelsi, du nom de Leïla Trabelsi, le femme du chef de l'Etat tunisien. Armés d'une liste de noms, ces émeutiers, âgés de 16 à 17 ans, ont fait le tour des résidences de cette banlieue proche du palais de Carthage, et attaqué systématiquement les maisons qui appartiennent à la famille Trabelsi, délaissant les autres, y compris de plus luxueuses. "C'est une mise à sac organisée. Les insurgés font sortir les habitants des maisons, sortent la Mercedes du garage, pillent, saccagent, puis mettent le feu, témoigne un journaliste tunisien qui préfère garder l'anonymat. Deux paniers à salade emplis de policiers sont passés, sans intervenir. Je n'ai jamais vu de telles scènes," a confié au Monde.fr un journaliste tunisien, sous couvert d'anonymat. A chaque fois, il s'agissait de propriétés de neveux de la présidente Leïla Trabelsi, haïe en Tunisie, car son nom symbolise l'accaparement des richesses du pays et la corruption. A 16 h 15, après avoir saccagé une quatrième maison, les jeunes émeutiers s'en sont allés. Un ex-ministre, le général Bouazizi, a fait les frais de cette vindicte : sa maison a été saccagée et pillée par erreur, les émeutiers croyant qu'il s'agissait d'une demeure des Trabelsi. Selon ce journaliste tunisien témoin de la scène, les biens emportés par ces jeunes n'avaient pas de valeur. "Ils emportaient des bouteilles de gaz, des téléviseurs, des magnétoscopes... A croire que les Trabelsi avaient été prévenus de ce qui allait leur arriver et qu'ils avaient mis à l'abri leurs affaires les plus précieuses", dit-il. Les rumeurs faisant état du départ de la famille Trabelsi pour Dubaï notamment se font de plus en plus insistantes à Tunis et plus encore sur Internet. On sait seulement que deux avions Falcone blancs ont quitté l'aéroport de Tunis-Carthage en tout début d'après-midi ».
Après l’attaque des commissariats de police, et probablement de la mise à sac du siège du syndicat d’Etat UGTT, ces randonnées jouissives de très jeunes gens contre la minorité des profiteurs est un excellent exemple pour la jeunesse flouée du monde entier qui remise au musée des fabriques idéologiques occidentales nos anciennes émeutes de banlieue de cailleras nihilistes opposés aux chics étudiants assembléistes anti-CPE. La décadence perverse du capitalisme unifie la jeunesse révoltée aux côtés de la classe ouvrière dans une union irréversible pour la destruction de la richesse éhontée de la minorité bourgeoise.
Les images de la répression policière inouïe de la révolte « unie » de la population font plus pour la perspective de renversement de la gabegie et ignominie capitalistes que tous nos meilleurs discours maximalistes peu écoutés. Si la révolution n’est pas encore à l’ordre du jour parce que la Tunisie est un petit pays, bordé par un cordon sanitaire médiatique intense – ce ne serait qu’un « problème tunisien » soluble dans une « union nationale » des opposants bourgeois et de leurs tortionnaires – le soulèvement des prolétaires tunisiens, après des grèves tues par les médias, en a tous les prémices ou les signes avant-coureurs à plus ou moins longue échéance. Ni émeutes de « voyous », contrairement à la jactance débile des nombreux blogueurs flics et franchouillards, ni simple exaspération de « sous-développés », le soulèvement, autrement plus grave et sérieux qu’un gentil mai 68, vient montrer au monde l’EXEMPLE de la violence de classe. Violence ni sadique ni aveugle, contrairement aux mensonges des thuriféraires de l’ordre dominant qui agitent sans cesse l’ignominie stalinienne ou khmer rouge au nez des prolétaires, cette violence est une réaction de défense et d’affirmation d’une contre société humaine qui n’a pas craint de perdre son sang pour affirmer son droit à la parole, à vivre, à manger et au respect. Violence qui, simple bousculade des mercenaires armés et destruction des symboles de richesse, vient exiger d’occuper l’espace public pour non seulement crier sa révolte mais exiger un autre monde.
Plus enthousiasmant, le soulèvement détruit tous les faux débats sur les races, les nationalités, l’immigration et le voile islamiste. Avec ou sans voile, nous avons observé avec bonheur ces femmes tunisiennes qui défilaient et criaient avec les hommes contre l’ignominie du régime capitaliste. Nous partageons les moments de bonheur de cette foule qui soudain prend conscience de sa force et de sa légitimité historique face au monde entier. Nous partageons aussi sa détresse face aux morts. Nous ne voulons pas que sa générosité et sa vaillance soit bradée à nouveau par les mensonges démocratiques bourgeois. La crise systémique frappe partout les prolétaires et, partout, ils devront se battre avec les mêmes moyens et un même but : le soulèvement généralisé contre le capitalisme ! Le véritable programme communiste est contenu dans ce mouvement de fond. Il se concrétisera politiquement par la formation du parti mondial de la révolution.
L’année 2011 commence sous de bons auspices pour le prolétariat universel !
POST SCRIPTUM : de même que les grands impérialisme américain et chinois font supporter la crise aux pays les plus faibles, notre bourgeoisie n’est pas en reste et est d’une certaine façon responsable des émeutes dans les pays du Maghreb. Elle est responsable non seulement du chômage en France mais aussi sur l’autre rive de la Méditerranée, voilà pourquoi elle s’est tue aussi longtemps craintivement. Le propos ici n’est pas de défendre la théorie gauchiste angélique de l’ouverture des frontières aux chômeurs du Maghreb (ni l’installation de petits commerçants algériens), car le chômage est déjà endémique dans les pays développés, mais le Maghreb était considéré jusque là comme simple « armée de réserve prolétaire» des pays capitalistes européens et la fermeture des frontières maintenue (et aggravée par démagogie électorale du gouvernement Sarkozy) n’a fait que précipiter l’étouffement des pays lésés par la colonisation. La solution n’est toujours pas l’ouverture inconsidérée des frontières (le capitalisme ne pouvant plus développer à l’infini le travail) ni un « maintien au pays » des forces vives dans le désert industriel des anciennes colonies, guettées par l’épuisement des richesses pétrolières et gazières, mais dans le renversement des Etats du monde entier pour rebâtir une société vivable pour tous sans déplacements des populations ou chantage à la faim.
Le texte qui suit, instructif, je l’ai repiqué sur TSA (tout sur l’Algérie) ; on lira par après une série de témoignages intéressants du Monde sur l’Algérie.
« Après plusieurs mois de brouille, Alger et Paris ont décidé l’été dernier de réchauffer leurs relations bilatérales. Deux visites à Alger de Claude Guéant, secrétaire général de l’Elysée, ont suffit pour mettre fin à plus de deux ans de relations tendues. Mais tout comme les raisons de la brouille, les éléments qui ont poussé à la réconciliation restent méconnus. On sait seulement que les Français souhaitent voir aboutir deux sujets prioritaires en Algérie : l’accès de leurs entreprises aux contrats publics et la révision des accords de 1968 sur l’immigration, actuellement favorables aux Algériens vivant en France. Sur le premier point, les résultats sont déjà perceptibles. Le groupe parapétrolier Technip, qui fut pendant plusieurs années interdit de contrats en Algérie après un conflit avec l’Etat algérien qui s’était terminé devant un tribunal d’arbitrage international, a obtenu un contrat de 908 millions de dollars avec Sonatrach. La visite, fin novembre, de Jean-Pierre Raffarin, désigné par l’Elysée pour gérer le dossier économique avec l’Algérie, a également permis de débloquer plusieurs dossiers liés aux investissements français. Une autre visite de M. Raffarin pourrait intervenir en mai prochain pour faire aboutir d’autres dossiers.
En face, les Algériens semblent se comporter comme si la période de froid entre Alger et Paris n’avait eu de conséquences que sur les intérêts des Français en Algérie. Or, ces tensions ont été mises à profit par Paris pour durcir ses lois à l’égard des Algériens en matière d’immigration et de délivrance de visas. Ainsi au moment où les groupes français revendiquent davantage de contrats en Algérie, les commerçants algériens souhaitant se rendre en France devront signer une déclaration sur l’honneur dans laquelle ils s’engageront à ne pas demander de titre de séjour en France ni à y bénéficier de prestations sociales ou médicales. Au moment où on exige davantage de liberté pour les investisseurs français en Algérie, on empêche les commerçants algériens –qui sont aussi des investisseurs– de se rendre librement en France. L’autre catégorie concernée par les restrictions en matière de visas : les journalistes. Ces derniers devront désormais fournir une invitation pour pouvoir obtenir un visa. Or, parfois, les journalistes sont amenés à se rendre en France pour un motif professionnel, comme la réalisation d’un reportage. Comment obtenir une invitation dans ce cas ? En matière d’immigration, les préfectures françaises ont été instruites pour durcir les conditions de renouvellement ou d’attribution de titres de séjour des Algériens. De nombreux témoignages évoquent de nouvelles complications pour le renouvellement des cartes de résidence. L’objectif de Paris, via ces restrictions, est de forcer Alger à accepter la renégociation des accords de 1968 sur l’immigration. Or, les propositions formulées par les Français vont dans le sens d’un durcissement des conditions de séjour des Algériens en France.
Si Paris a pris en charge les problèmes et les dossiers économiques français en Algérie, le gouvernement algérien n’a pris aucune initiative pour tenter de régler les problèmes des Algériens en France. La désignation de Mohamed Benmeradi, ministre de l’Industrie, comme interlocuteur de M. Raffarin a réduit le contentieux algéro-français aux seuls problèmes économiques de la France en Algérie.
Depuis quelques mois, Paris tente de convaincre Alger de réviser les accords migratoires entre les deux pays. Ces derniers, qui datent de décembre 1968, offrent aux Algériens vivant en France un statut particulier, avec de nombreux privilèges par rapport aux autres ressortissants étrangers non issus de la communauté européenne. Mais depuis l’élection de Nicolas Sarkozy, la France souhaite les modifier, avec comme objectif d’aligner l’Algérie sur le régime commun à tous les étrangers vivant sur le territoire français. Les deux pays viennent d’engager une nouvelle étape des négociations sur le projet. TSA s’est procuré en exclusivité une copie des propositions françaises contenues dans l’avant projet transmis récemment à l’Algérie. Les Algériens devraient apporter leurs remarques au document français dans les prochaines semaines. Dans le document, Paris propose une révision globale des accords bilatéraux sur l’immigration. Les changements touchent à presque tous les aspects, y compris le préambule. Ce dernier ne contient plus aucune référence aux Accords d’Evian qui constituaient la référence entre les deux pays. Le gouvernement français affiche ainsi sa volonté d’inscrire les nouveaux accords migratoires en dehors du passé historique entre la France et l’Algérie. Du regroupement familial à l’installation d’investisseurs algériens en France en passant par les conditions de régularisation des ressortissants algériens résidant depuis plus de 10 ans sur le sol français ou encore le mariage d’Algériens avec des ressortissants français, Paris veut tout modifier dans le sens d’un durcissement. Le projet contient également des articles susceptibles d’être interprétés de différentes manières par les préfets. Les mesures les plus dures ont été introduites dans les conditions de régularisation des ressortissants algériens et le renouvellement des titres de séjours obtenus après un mariage avec un ressortissant français. Sur le premier point, Paris propose de supprimer une spécifié algérienne : l’obtention d’une carte de résidence d’un an renouvelable sur une simple justification d’une présence sur le sol français depuis plus de 10 ans (15 ans pour les étudiants), même en situation irrégulière. Paris veut porter aussi de 10 à 13 ans, l’âge à partir duquel l’enfant doit justifier avoir résidé en France avec au moins l’un de ses parents pour obtenir une régularisation. Sur le second point, Paris veut introduire plusieurs modifications à l’accord actuel. Dans le cadre d’un mariage, le ressortissant algérien devra entrer en France avec un visa long séjour au lieu d’un simple visa actuellement. Une fois marié, le ressortissant algérien devra justifier d’une « vie commune effective » avec son conjoint français à chaque demande de renouvellement de son titre de séjour. Actuellement, cette exigence s’applique seulement au premier renouvellement. La proposition française, si elle est acceptée par l’Algérie, réduirait la possibilité pour un ressortissant algérien de se séparer de son conjoint français. La proposition française accepte en effet une dérogation en cas de décès du conjoint ou des violences conjugales. Dans ses propositions, Paris veut conditionner le regroupement familial à la justification de « ressources stables et suffisantes ». Une disposition ambigüe qui donne aux préfets une liberté d’interprétation presque totale et ne fournit aucune garantie au ressortissant algérien étant donné qu’il sera difficile de s’entendre sur la définition d’une ressource « stable » et « suffisante ». Sur cette question, les Français proposent d’aligner les Algériens sur le régime commun aux autres communautés. Le document français s’attaque également à autre dossier sensible : l’installation d’entrepreneurs algériens en France. « Le ressortissant algérien établi en France et désireux d’exercer une activité commerciale doit justifier de la viabilité de son projet ». Là encore, le texte pénalise fortement les Algériens concernés : sur quelle base un préfet peut-il décider de la viabilité ou non d’un projet ?

Enfin le projet français propose de réserver un meilleur accueil pour les compétences algériennes, avec l’introduction de la carte «compétences et talents» valable trois ans. « Les ressortissants algériens porteurs d’un projet susceptible de participer, de façon significative et durable, au développement économique, au développement de l’aménagement du territoire ou au rayonnement, notamment intellectuel, scientifique, culturel, humanitaire ou sportif, de la France et directement ou indirectement de l’Algérie, et qui justifient de leur aptitude à le réaliser, reçoivent un certificat de résidence portant la mention « compétences et talents », valable trois ans, renouvelable une fois », précise le document. La France propose aussi de faciliter le maintien sur son sol d’étudiants algériens ayant achevé leur cursus universitaire avec succès. Enfin, le projet propose de supprimer l’autorisation préalable pour les étudiants algériens désirant travailler durant leur scolarité. C’est le seul point positif des propositions françaises
SITUATION CALMEE EN ALGERIE ?
• "J'habite Alger la sombre, j'ai 25 ans et la seule chose dont je rêve c'est bien d'assister à une renaissance de mon pays", par Ange
Comme tout le monde le sait, ces nouvelles manifestations sont dues aux problèmes sociaux que vivent les Algériens. Aucune organisation, parti politique, syndicat ou autre n'a appelé à une manifestation. Ce sont des jeunes, encore une fois, qui en ont marre de leur situation ; ils ne voient aucun avenir dans leur propre pays, l'un des plus riches au monde. J'habite Alger la sombre, j'ai 25 ans et la seule chose dont je rêve c'est bien d'assister à une renaissance de mon pays, une deuxième indépendance et une deuxième République. Mais en l'absence de vraies forces d'opposition, les extrémistes trouvent encore une fois le champ libre et appellent à une nouvelle "fitna" [guerre civile]. Jeudi vers 22 heures à Bab el-Oued, l'ex-chef du FIS [Front islamique du salut] appelait à la révolution, avec autour de lui des jeunes qui criaient "Allah akbar". (cf Témoignage au Monde le 10 janvier)
• Abdelkrim K.
(...) Je peux comprendre cette réaction de jeunes comme moi, même si je ne cautionne pas leur méthode. Je suis diplômé et après de longue années d'études je travaille pour un salaire de misère. Et on me demande de plus de passer le service national obligatoire ! Quel service ? Pour quelle nation ? Celle des fils-à-papas-généraux et autres voleurs ? A 27 ans je ne vois en l'avenir qu'une image noire où aucune lumière n'existe. (...) De l'autre coté, il existe une couche sociale qui vit dans une démesure totale, digne des pétrodollars des pays du Golfe ! Il y'a trop d'injustice dans un pays suffisamment riche pour offrir à chacun le droit de vivre dans la dignité. C'est notre seul requête. On ne veut pas être riche, on veut vivre dignement et librement dans ce beau pays.
• "Ce ne sont pas les prix de l'huile ou du sucre qui sont à l'origine de ces émeutes", par Med F.
Ce ne sont pas les prix de l'huile ou du sucre qui sont à l'origine de ces émeutes, mais bien la frustration de ces jeunes de ne pas pouvoir travailler, de ne pas trouver de loisirs pour se défouler... Car l'Etat ne se soucie pas de sa population mais bien de ses propres intérêts. Pour un pays si riche, c'est très frustrant. Quant aux émeutes, les jeunes ne savent pas ce qu'ils font ni quoi faire, simplement, ça les défoule, ça les change de leur quotidien... L'Etat devrait prendre ce problème au sérieux, sans quoi il comptera ses jours.
• L'instauration d'une vraie démocratie plurielle est plus que jamais une nécessité absolue", par Amar B.
Prière, arrêtez de croire que les Algériens ne se sont révoltés qu'à cause de l'augmentation des prix ! L'Algérie était sur un volcan depuis le début des années 2000 et la fin du terrorisme islamiste à grande échelle. Une caste d'apparatchiks qui se sont enrichis pendant que le peuple algérien faisait face au terrorisme a commencé à étaler son aisance matérielle au grand jour, devant des jeunes désœuvrés, sans travail et à l'avenir incertain. Toutes les frustrations cumulées ont fait qu'aujourd'hui, et grâce aux nouvelles technologies d'informations, les Algériens savent qu'ils ont été bernés par le régime, l'état d'urgence n'a plus lieu d'être et l'instauration d'une vraie démocratie plurielle est plus que jamais une nécessité absolue.
L'augmentation des prix subie dernièrement n'est que la goutte qui a fait déborder le vase. Elle a fait suite à la nouvelle loi de finances, qui prévoit de formaliser les échanges commerciaux et l'instauration des factures (il faut savoir qu'auparavant toute les transactions se faisaient de manière informelle. En Algérie, pour acheter une voiture, tu prends l'équivalent de 12 000 euros dans un sachet et tu vas chez le concessionnaire...). Donc les grossistes n'ont fait que répercuter la décision du gouvernement, qui se trouve actuellement obligé de faire marche arrière et de (re)légaliser de ce fait l'informel.
• "Il y a plusieurs Algéries", par y.k
Je suis à Alger depuis deux ans pour développer ma société. Ce que je constate, c'est qu'il n'y a pas une Algérie mais plusieurs Algéries. Celle des nantis et des intouchables : privilèges, passe-droits, corruption... Au vu et au su de tout le monde. Celle d'une classe moyenne : auto, boulot, logement, crédit, indifférents à ceux d'en haut et à ceux d'en bas. Celle des sous-prolos : difficile pour eux de joindre les deux bouts, quotidien morose avec comme seule évasion possible la parabole [de télévision]. Celle d'une jeunesse qui n'aspire plus à un avenir digne. Celle des laissés-pour-compte : soins précaires, enseignement quasi inexistant, logement exigu, aucun transport...
Alger le jour : tout ce monde se côtoie, les uns acteurs arrogants, les autres spectateurs impuissants. Alger la nuit : voitures rutilantes sur les routes, restaurants et hôtels de luxe pour les uns, prostitution affichée... Les autres restent chez eux, tandis que les jeunes au chômage regardent avec mépris ou taxent eux-mêmes les stationnements. Alors le riche paie en baissant la tête par peur pour sa voiture ou pour s'excuser de sa situation. Puis il y a le reste de l'Algérie : villes moyennes sans urbanisme, emplois précaires, les mêmes clivages, les disparités, le temps qui s'est figé. Alger ? Aucune chance pour eux de monter à la capitale si ce n'est pour la journée, car c'est inabordable pour eux.
Alors de la contestation, c'est sûr, il y en a ! Mais de façon désordonnée : pas de leader, pas de programme, seulement de la haine.
• "La suite logique d'une série d'événements", par Yanis L.
Les émeutes actuelles en Algérie ne sont que la suite logique d'une série d'événements étalés sur plusieurs mois. De nombreuses émeutes ont déjà eu lieu dans différents quartiers d'Alger à propos de la distribution des logements sociaux ou des mécontents (bénéficiaires déçus de la qualité des logements ou de leur localisation, exclus des listes, etc;). On a aussi assisté a une importante augmentation de la violence urbaine à caractère criminel, où des bandes de jeunes organisés en meutes faisaient des descentes dans les rues de la ville pour casser les magasins, et ce devant le laxisme de la police, bridée par les politiciens par crainte d'une explosion sociale.La prise en main de la rue par le pouvoir ainsi que les récentes opérations mains propres, la tentative d'assainissement des réseaux de distribution et la bancarisation des transactions commerciales auront fait réagir les réseaux mafieux, souvent apparentés à des cercles proches du pouvoir, qui ont, à coups d'infiltration, réussi à utiliser des jeunes mécontents de la situation socio-économique (le chômage a beaucoup baissé, mais au prix d'une précarisation de la situation des nouveaux employés, embauchés à coups de CDD, souvent de six mois). La hausse vertigineuse des prix n'est pas rattrapée même par les récentes et importantes hausses des salaires des fonctionnaires.
DEUXIEME POST SCIPTUM :
Le milieu maximaliste marxiste reste aussi silencieux et atone que d’habitude. Le CCI ne prend position qu’après l’extinction des feux comme d’habitude de la part d’une secte étriquée et fossilisée. Saluons par contre le tract du PCI : « SOLIDARITE AVEC LA REVOLTE DES JEUNES ET DES PROLETAIRES D’ALGERIE ». Même s’ils ont oublié au passage des jeunes et les prolétaires de Tunisie.

jeudi 13 janvier 2011

Une anthologie syndicale avec d’étranges lacunes



TRAVAILLEURS CONTRE BUREAUCRATES, anthologie n°1 par Yves Coleman avec sa revue sous forme livre « Sans patrie ni frontières », sous-titrée en plus « Ni Etats, ni Eglises, ni « races » ni ethnies, traductions et débats ». (2010, 463pages, 12 euros).

« Le syndicat n’a pas de but final ».
Kautsky


A qui s’adresse Coleman ? Certainement pas à la classe ouvrière puisqu’il n’existe pas pour lui de frontières de classe mais une guimauve humaniste anti-raciste laïque comme ses nouveaux sous-titres le confirment ? S’agit-il d’une entreprise académique comme avec les crétins Lanuque et Ubbiali, vieux chevaux de retour du trotskysme bobo de « Dissidences » ? D’une conversion magique de cet ancien petit chef de rayon de LO au bordiguisme? (par la place centrale accordée aux textes anciens du bordiguisme français).
Non, vu la diffusion réduite de son auto-édition, et comme il le remarque dans son introduction, s'il veut donner des leçons de critique des appareils syndicaux c'est à « la plupart des militants de la gauche radicale » qui ont tout oublié – s’ils n’étaient pas déjà totalement ignorants – du passé du crétinisme syndical :
« Oubli » lié à la volonté des bureaucraties « ouvrières » de camoufler leur fonction ; à la progressive disparition de toute formation politique au sein de la plupart des organisations anarchistes ou trotskystes ; à l’enseignement de l’Histoire au collège et au lycée où fascisme et communisme sont présentés comme des idéologies équivalentes et les révolutions survolées très rapidement ; mais aussi aux calculs opportunistes de l’extrême gauche, toujours à l’affût d’accords « tactiques » avec de fantomatiques « ailes gauche » des syndicats ».

Drôle de titre racoleur... pour bobos syndicaux! "Travailleurs" fait très "salariés" façon Arlette ou Nanard Thibault! Que signifie cette épithète "bureaucrates"? Pendant des décennies en milieu ouvrier, je peux vous assurer que ce ne fut jamais considéré comme une bien méchante injure, mais un synonyme d'employé de bureau, de col blanc ou de trou du cul chef; même juste après 68 les bonzes syndicaux riaient d'une telle appellation par leurs concurrents gauchistes. Les vieux gauchistes restent persuadés que c'est une accusation "subversive" comme celle de "traîtres" à répétition; les caractérisations d'ennemis des ouvriers ou de complices de l'Etat n'étant que des "exagérations ultra-gauches". Même si elles sont ultra plus près de la réalité...

Le projet éditorial de Coleman est depuis longtemps un effort pour faire accepter comme normale sa bouillie d’idéologie trotskienne non digérée et de faire avaler ses publications comme une entreprise d’édition ordinaire – collectant des opinions parmi d’autres, toutes également dignes de considération. Cette auto-revue ne cherche nullement à débattre avec quiconque car son grand ponte sélectionne les textes selon son bon vouloir sans souci de cohérence, ni de chronologie.Il tient un ou deux débats de café par an et est sponsorisé par le site socialo-libertaire La Bataille bouillabaisse avec le cuistot Dussot, le bien nommé.
Ce qui n’est pas fait pour nous étonner chez les défroqués trotskiens retournant à l’anarchisme humaniste, mais comme faux semblant car la démarche reste hyper sectaire et individualiste stalinienne. Sous les intentions louables de faire retour à l’histoire du syndicalisme crapuleux oublié par les crétins des « ailes gauche » des syndicats, et autres sudistes mollassons, Coleman, non seulement est sans méthode mais d’une part il passe sous silence l’histoire réelle et ancienne du réformisme anarchiste syndical – plus par son ignorance crasse des débats de la IIème Internationale et des écrits de Dangeville – et d’autre part – par avilissement politique trotsko-stalinien – il gomme de l’histoire la critique des syndicats en Russie (cf. le Que faire anti-économiste de Lénine), il ne dit rien des grands critiques du conservatisme syndical des Kautsky, Pannekoek, Bordiga (par ex. son vieux texte « Le mythe du syndicat révolutionnaire » aurait eu sa place avant le gentil texte d’histoire ‘Cadre historique du mouvement ouvrier français’, d’un petit PCI opportuniste des sixties défenseur du calamiteux « syndicat rouge » mité aux manches, et sur le déclin bien avant 1968).
Notre bedeau de la convivialité libertaro-trotskienne fait profession d’effaceur d’histoire en ignorant l’expérience du centre du mouvement ouvrier – l’Allemagne des années 1880 aux années 1920 – et surtout, à la manière du clown Castoriadis – en passant sous silence les principaux théoriciens et critiques du syndicalisme, les Marc Chiric (les premiers véritables textes critiques en France de la nature du capitalisme et sur son intégration à l’Etat se trouvent dans la revue Internationalisme 1945), les Péret, Munis, Raoul Victor.
Est-ce dû à une mesquine vengeance contre le groupe Révolution Internationale (continuateur de la Gauche italienne, de Bilan et la Gauche allemande) qui, en 1976, avait caractérisé l’apparition de la scission de LO « Combat communiste » d’avorton du capital (Coleman était dans cette barque avec son copain de Mouv. Com.) ? Auquel cas Coleman peut accepter d’être considéré comme un vieux partisan borné mais non pas comme il le prétend, une sorte d’historien neutre, innocent les mains pleines ?

Tiens qu’est-ce qu’un innocent les mains pleines ? C’est un mec qui vient de s’emparer des bijoux dans la boutique du bijoutier, dont la vitrine a été cassée lors d’une émeute. Le type s’est baissé et a ramassé tout ce qu’il a pu sans chercher à savoir la valeur des pendentifs ou des colliers. Il a donc été pris la main dans le sac par la police, laquelle se moque bien évidemment de lui car il n’a ramassé que du toc (en vitrine on ne met jamais les bijoux de grande valeur). C’est exactement le même cas pour le collector Coleman. Sa vitrine à lui, c’est la poubelle internet où il a été ramasser des vieilleries anarchistes, se retapant en plus les textes faiblards du groupe néo-trotskien Combat communiste (avec plein de coquilles) mélangés sans se soucier de leur pauvreté comparée à ceux du PCI ou des RKD de 1945, et, sous couvert d’une restitution neutre d’historien, sans jamais (être en mesure) critiquer leur raide soubassement trotkien aménagé.
Coleman est un centriste gauchiste malin. S’il n’avait lancé sa compil que derrière le calamiteux Ernest Mandel, pape du trotskisme belge et théoricien de tous les révisionnismes sociologiques de la lilliputienne IVe Internationale, on eût dûment rigolé de ce remugle de fidélité au trotskisme disparu. C’est pourquoi il fait suivre l’abominable exaltation de la double nature syndicale mandébilienne d’un historique du mouvement ouvrier français par la vieille et très honorable génération des fondateurs (Suzanne, Voute, Lucien Laugier, Dangeville, Camatte, etc.) du début des sixties. Le PCI et ses légendaires fondateurs (qui résistèrent aux sirènes de S ou B) était pourtant sur la pente opportuniste, et dans sa conception invraisemblable du parti immanent et dans sa conception du « syndicat de classe » version à peine améliorée du modèle éducationniste et rabatteur du trotskysme petit bourgeois.
Le démocrate anti-raciste Coleman s’est bouché le nez en repiquant ces textes, qui font radicaux, en arguant qu’il n’approuvait pas l’opuscule « Auschwitz le grand alibi » (« qui aurait dû être rendu à la critique rongeuse des souris"); mais on a pas besoin de lui pour défendre le camp maximaliste. Comme tous les maquignons en mal de reconnaissance par la bourgeoisie il tenait bien évidemment à l’assurer de son intentionnalité bienséante et de son honorable antiracisme démocratique, en mémoire sans doute de la belle Voltairine de Cleyre ou de l'affreux Voltaire tout cours.
Pour l’essentiel, la pensée de Coleman est donc bien condensée dans le texte à chier du théoricien de la petite bourgeoisie universitaire et syndicaliste, Mandel. Pour ceux qui ne l’ont pas lu sur le web, ce texte désastreux de cuistrerie et de confusion résume toute la pensée petite bourgeoise du gauchiste arriviste à l’anar en mal de promotion sociale, un véritable bréviaire néo-stalinien qui fait (mais oui) carrément l’apologie des salopards permanents (mais je démonte le docteur es syndicalisme Mandel dans mon propre livre « L’aristocratie syndicale » pour ne pas perdre mon temps à m’appesantir plus ici). A lire absolument pour vous dégoûter à jamais de l’idéologie trotskienne, idéologie bourgeoise extérieure au prolétariat, avec laquelle le boutiquier Coleman a trop frayé pour rompre le cordon syndical . Le livre ne vaut d’être acheté, outre pour bien connaître les âneries anarchistes et ce pitoyable Mandel, que pour sa reproduction des excellents textes bordiguistes du début des sixties (une leçon d’histoire sur les méfaits de la petite bourgeoisie, totalement ignorée par l’autre courant maximaliste RI et Cie…) et le cours texte lumineux de Malatesta (quelle belle déniaiserie de la grève générale !) ; le reste du fouilli anar et coopérativiste peut être lu sur le web. Le bilan de 68 des copains du groupe anarcho-terroriste MC est vraiment pas terrible, ouvriériste ras de pâquerettes et franchouillard ; il ne met pas en évidence l’essentiel de 68 : la fin du caporalisme syndical et la vision de la classe ouvrière comme séparée des syndicats.

J’aime trop les anthologies quand elles ne sont pas des compilations pour éviter de voir la lumière, mais d’un Panthéon trotskien je ne veux point.

P.S.: LES SYNDICATS C'EST POUR LES VIEUX.
Comme de bien entendu les syndicats français - en communion nationale avec les intérêts franco-bourgeois en Tunisie et Algérie - n'ont toujours pas protesté contre le massacre de nos frères de classe ni planifié de manif comme ils ont été capables de le faire l'an passé pour leurs vieux cotisants de l'aristocratie ouvrière. Il est vrai qu'au Maghreb il n'y a du travail (et des ressources) que pour les vieux, comme le confiait à un journal de métro un jeune émeutier. Les jeunes ne sont donc pas prêts de se syndiquer des deux côtés de la Méditerranée malgré les leçons baveuses de syndicalisme de Coleman et son maître Mandel.

mardi 11 janvier 2011

IDEOLOGIE DU BLOCAGE OU IDEOLOGIE DU COMPLOT DE LA BASE AVEC LE SOMMET DES SYNDICATS ?

Reçu La lettre internationaliste n°12 que je recommande vivement (et que je peux transmettre à quiconque en fera la demande). Elle contient une analyse erronée, tirée par les cheveux du faux mouvement social pour les retraites, sans tirer toutes les leçons des magouilles autour du blocage des raffineries. Est publié une contribution sous forme de lettres d’un nommé Peter Vener qui sont autrement plus intéressantes sur les magouilles de fond du syndicat CGT en premier lieu, qui moquent la collaboration basiste gauchiste sous ce que cet auteur nomme l’idéologie du blocage, tout comme il déshabille la radicalité en carton des p’tis couns (les amis de Coupat). Nous les critiques du carnaval syndical depuis février 2010 nous nous sentons un peu moins seuls.
Très intéressant témoignage concret de terrain, sauf qu’il n’y a pas une vision d’ensemble du but des promenades des vieux de l’aristocratie syndicale, et une sous-estimation de la complicité entre bloqueurs anarchistes de base et sommets syndicaux (ce que je démontre dans mon ouvrage L’aristocratie syndicale) mais l’analyse confirme bien que sur le terrain les ouvriers des raffineries n’ont pas été acteurs du « blocage », que les bloqueurs de routes étaient quelques poignées d’anarchistes « tolérés » par l’aristocratie syndicale : on laissait les enfants terribles de la grève générale fictionnelle jouer à brûler des pneus quand l’essentiel de l’économie nationale n’était pas touchée. Cet auteur publie dans la revue moderniste temps critiques, donc nous doutons ici de ses capacités politiques à s’extraire d’une critique pointilleuse (certes valable sur les points évoqués) mais de type anarchiste. Je reviendrai ultérieurement sur les critiques à porter à la lettre internationaliste et à ce Peter Vener, pour l’heure le vent de la révolte prolétarienne en Tunisie, Algérie et Jordanie doit bien plus mobiliser notre attention et réflexion. On n’en est plus aux gentillettes et inoffensives processions syndicales. Les syndicats d’Etat ferment d’ailleurs leur bouche.
L'idéologie du blocage (selon Vener)
"J’ai rédigé les lettres présentées ici fin octobre 2010. Elles sont le fruit de discussions, de rencontres, de confrontations avec des situations qui, pour les plus lointaines, remontent
à l’époque où je vivais et, parfois, travaillais en Basse Loire. D’où les références qu’elles contiennent, en particulier sur la raffinerie de Donges. Bien sûr, je n’ai pas la prétention de dresser le tableau critique de la totalité de ce qui est advenu au cours du mois d’octobre en
France. Par contre, j’ai tenté de dégager quelques traits caractéristiques de la situation actuelle, sous l’angle de la subversion du monde à laquelle j’essaie de participer
à la mesure de mes modestes forces. Des individus et des cercles affinitaires, en particulier anarchistes, croient que l’octobre 2010 annonce, sinon les prémices de révolutions mesurées à l’aune de l’octobre russe de 1917, de réputation finalement douteuse, au moins celles d’oppositions plus profondes et plus radicales, sanctionnées par le « blocage de l’économie ». Dans cette optique, la perturbation de la filière pétrolière en serait l’embryon. Or, loin de favoriser l’apparition de quelque chose de neuf, de ruptures inédites à venir, les délires autour du « blocage pétrolier » révèlent essentiellement les propres limites de la militance à prétention révolutionnaire, qui « débloque » plus qu’elle ne « bloque » quelque chose d’essentiel, qui joue le rôle de claque turbulente, mais de claque quant même, à gauche de la vieille gauche instituée, même lorsqu’elle endosse le costume chatoyant de l’insurrectionnalisme. Nul mépris pour les individus qui y participent dans les critiques qui suivent. Mais il est indispensable qu’elles soient formulées, ou plutôt reformulées
car, en la matière, je n’ai pas l’impression de dépasser le cadre des banalités de base.

Peter Vener petervener@free.fr"

A LIRE AVEC CE LIEN:
http://agip44.files.wordpress.com/2010/11/idc3a9ologie-du-blocage.pdf

J’ajoute un communiqué intéressant aussi de Do de Kalachnikov « Vive la révolution » contre l’innocence affichée de la bande à Sarkozy concernant l’exécution des otages en Afrique.

Niger - À qui profite le spectacle de terrorisme de l’AQMI ?

Bonjour à toutes et à tous,
Al-Qaïda au Maghreb, c’est le nouveau nom du GSPC, qui était lui-même le nouveau nom du GIA. Il y a des preuves comme quoi ce groupe, originellement localisé en Algérie, est manipulé par les services secrets français :
http://mai68.org/spip/spip.php?article1372
Tout ce que fait AQMI (Al-Qaïda au Maghreb Islamique) est par conséquent commandité par l’État français ; par conséquent, il est bon de se demander en quoi cette mise en scène à grand spectacle de terrorisme au Sahel profite à Sarkozy et à l’État français.
Un des buts est de créer l’union sacrée, comme en 14-18 : tous unis derrière Sarko, de la droite à la gauche. Comme ça il retrouvera de la crédibilité pour 2012.
Un autre but est peut-être de justifier une guerre de recolonisation des pays du Sahel par la France, en déguisant cette guerre en guerre contre le terrorisme. Comme les USA en Afghanistan :
http://mai68.org/pages-speciales/911/911.htm
Le spectacle de terrorisme de l’AQMI profite donc à Sarkozy et à l’impérialisme français.
Merci pour votre attention,
Meilleures salutations,
do

vendredi 7 janvier 2011

SALUT AUX PROLETAIRES TUNISIENS ET ALGERIENS


Nos frères de classe qui se battent dans la rue contre les Etats bourgeois arabes. Ni les syndicats de poche de l'Etat ni les tarés intégristes ne peuvent pour l'heure faire cesser la mobilisation. Nous avons une responsabilité ici en Europe : ne pas rester les bras croisés sinon nos frères de classe seront encore écrasés dans le sang comme en 1988 à Alger. Il faut organiser des manifestations de solidarité de classe avec les prolétaires du Maghreb plus touchés par la crise systémique que nous. Ce sera une première réponse aux tyrans cyniques qui les oppriment (samedi à Paris par exemple). Ces prolétaires en lutte montrent qu'il n'y a pas de danger de l'islam mais que le véritable danger, pour les amis de l'Etat sarkozien, c'est l'unité dans la lutte des prolétaires par-delà les frontières et par-delà la Méditerranée!
Vive la lutte des prolétaires tunisiens et algériens! C'est notre lutte!

mercredi 5 janvier 2011

Le retour de Nanard le playmobil


modèle Thibault en uniforme de Pompier social


- Qu'est-ce que ti beau Thibault avec ta frange Du Guesclin et ton timbre syndical! (et encore merci au fonctionnaire qui tient le parapluie)

UNE de Libé à 15H20: Pour protester contre «l'intransigeance» et «le dédain» du Président lors de la mobilisation contre la réforme des retraites, la CGT refuse d'«apporter son concours à ce simulacre». Le simulacre est la tradition des "partenaires sociaux" de sabler le Champagne ensemble à L'Elysée en janvier, pour se féliciter mutuellement de toujours mieux baiser la classe ouvrière, comme sur la photo immortelle de l'an passé où tous les bonzes trinquaient avec le Chef de l'Etat et ce brave intermédiaire à aristos syndicollabos,le remercié Raymond Soubie.

ouah quelle radicalité et détermination!
Après le pique nique à la Bourse, la grève générale des petits fours! Les aristos syndicaux sont admirables de subversivité anarchiste ! N'est-ce pas le grand socialiste marxiste Kautsky qui écrivit il y a un siècle que "le mouvement syndical est par nature un mouvement sans but final". Donc sans couilles comme la CGT et notre Playmobil national..

POURQUOI SE GENER APRES L’HUMILIATION INFLIGEE SUR LES RETRAITES ?


Jean-François Copé explique : «On a ouvert une brèche importante avec les retraites, il faut en ouvrir une deuxième avec le temps de travail.» Il assure avoir obtenu un feu vert de Nicolas Sarkozy pour «foncer» quand il l'a vu, dimanche, et être en phase avec le secrétaire général de l'Élysée Claude Guéant, avec lequel il «parle beaucoup».
Le but de la manœuvre ne serait pas d'en finir avec les 35 heures dans les mois qui viennent, mais d'alimenter le projet du candidat à la présidentielle de 2012. Dans un premier temps, il «faut que le débat imprègne l'atmosphère», estime Copé. Novelli tient un argumentaire prêt à l'emploi à sa disposition. Petit a, «les 22 milliards d'allégements de charges censées compenser le coût des 35 heures pour les entreprises ne compensent plus rien, parce que les gains de productivité ont permis d'absorber le choc de la réduction du temps de travail. C'est 22 milliards de cadeau ! On comprend que les entreprises ne soient pas enthousiastes à l'idée d'y renoncer.» Petit b, «les salariés ont déjà subi une perte de pouvoir d'achat avec les 35 heures, ils se demandent maintenant à quelle sauce ils vont être mangés». La solution ? Une sortie des 35 heures «en sifflet». «L'État réduirait progressivement les allégements fiscaux - par exemple sur cinq ans - et en contrepartie, les entreprises auraient davantage de flexibilité en matière de fixation de la durée du travail, explique l'ex-ministre des PME. Les heures supplémentaires seraient supprimées, l'employeur s'engageant de son côté à verser une prime à l'employé pour éviter que l'opération se traduise par une perte de revenu pour l'employé, pendant une période donnée qui pourrait être de deux ans». Il n’y aura donc plus qu’à négocier avec les « partenaires sociaux » de nouvelles promenades inutiles. Comment cela se fesse-t-il ? Simple comme pour les retraites : toute la classe ouvrière n’est pas au même régime horaire. Donc le gouvernement peut la rouler dans la farine comme pour « les » retraites diversifiées et privilégiées, mouiller la poudre dès le départ d’une nouvelle « protestation » ficelée par les aristocrates syndicaux ! C’est le moment pour « foncer » a dit le cheval piaffant en réserve de plus hautes fonctions, qu’est-ce à dire au vrai ?
1. Supprimer les 35 heures non seulement ne se traduira pas par une hausse des salaires mais par leur… baisse évidemment !
2. Double gain pour les patrons, contrairement au bla-bla sur l’allègement des charges de Copé-collé, les heures supplémentaires ne seront plus payées et plus de RTT pour les « salariés » (expression syndicale).
3. Le gouvernement dispose déjà d’un allié de charme avec le Manuel Walls qui postule à être transfuge ministériel, c'est-à-dire à une place dans le futur gang gouvernemental sarkozien de 2012.
La campagne pour la suppression des 35 heures pour « sauver le pays de la crise » (et maintenir les profits capitalistes) est lancée. Bonne promenade !

lundi 3 janvier 2011

CONTROVERSES ET SES COLLABORATEURS





C’est avec un certain plaisir qu’on découvre chaque nouveau numéro de Controverses (Forum pour la Gauche Communiste Internationaliste). Pourquoi ? Parce que cette revue, animée par une dizaine ou une vingtaine d’anciens militants révolutionnaires qui ont abandonnés la défroque de militant pour garder le corpus de partisan convaincu que la classe ouvrière reste la classe porteuse de la transformation révolutionnaire de la société, s’avance avec modestie et ouverture d’esprit. Autre intérêt de ce « forum », il permet aux éléments les meilleurs des aléas du courant maximaliste de se retrouver dans le respect de chacun mais sans craindre le débat (pas vraiment encore développé) et dans le souci qu’il ne devienne pas un pugilat improductif ou insignifiant. Ainsi peuvent se retrouver côte à côté les anciens militants au long cours, fidèles de toute une vie au combat prolétarien, du PIC (pour une intervention communiste, groupe des 70 et 80), du FOR (ferment ouvrier révolutionnaire, même époque), du milieu conseilliste hollandais et belge, et d’ex membres du CCI sauvés des eaux boueuses de la secte décadente. Ceci est un « forum », pas un groupe politique. On peut être content de l’existence embryonnaire d’un tel type de structure, de non-structure allais-je dire, vu le vide politique du milieu maximaliste et la faillite de la plupart des micros-partis se réclamant de la vieille Gauche internationaliste ; avec l’implosion récente du groupe présumé sage et indestructible dit Battaglia Comunista de feu Onorato Damen (une longévité supérieure au fossile CCI). Les articles sont de qualité et à conseiller absolument dans l’ensemble à tout néophyte qui veut approcher sérieusement l’histoire et la compréhension de la continuité du courant maximaliste au XXIème siècle. « Controverses » peut devenir une référence comme base de réflexion, plus comme revue spécialisée, pas toujours facile d’accès pour le prolétaire moyen, que comme instrument de lutte politique. Il faut se féliciter de son existence en espérant qu’elle « tiendra » la route face à deux dangers : le modernisme révisionniste, comme celui de l’ancien cercle de Paris qui s’est compromis avec les théories réactionnaires du modernisme communisateur , ou l’académisme inerte des résidus de Robin Goodfellow. Saluer « Controverses » comme cercle intelligent et utile à la réflexion des prolétaires, donc comme n’étant pas un parti ni une organisation structurée, n’élimine donc pas la critique nécessaire à ses productions théoriques qui présentent tous les défauts des cercles de professeurs docteurs.


L’ensemble des textes est de type analytique, avec de lourdes notes de référence et, inévitablement une tendance au culte anarchiste de la personnalité. Inévitable, vous en conviendrez, pour nombre de ces has been militants échaudés par l’oppression hiérarchique des sectes maximalistes où ils espéraient avoir trouvé le terrain de préparation au futur parti mondial de la révolution. Il reste chez les anciens militants, critiques voire un peu cruels vis-à-vis de leur ancienne organisation « tueuse » d’énergie, une propension à mimer encore la façon de fonctionner de celle-ci. Le premier article de ce n°4 fait ainsi figure d’éditorial, et un vague tract sur la comédie des retraites en France fait référence de façon lilliputienne à « l’intervention » de vagues… collaborateurs, surtout toulousains. Le « forum » est ainsi d’abord une sorte de consolation pour ses propres participants qu’un instrument pour la lutte des classes. On se fait plaisir en réaffirmant le cœur sur la main la persistance de sa « foi marxiste ». Ces camarades d’émiettement révolutionnaire pourront ainsi pendant des lustres nous alimenter en textes intéressants, abondants, approfondis, mais ils resteront constamment à côté de la plaque – même en se félicitant mutuellement de tenir à flots sur une énorme bouée – tant qu’ils éviteront (et ils éviteront certainement le sujet qui fâche) la big question du parti de classe.


Eh oui cette question est gênante, très gênante. La bourgeoisie dispose de plein de partis pour sa classe dominante, ce sont des partis qui se partagent le pouvoir, qui se régalent de l’extrême droite ringarde à l’extrême gauche réactionnaire à inonder le public de mystifications ou faux problèmes. Et, nous les millions de prolétaires en face, on n’a rien, pas le plus petit parti cohérent pour nous aider à nous orienter, pour focaliser notre volonté de détruire le capitalisme. L’immense majorité parmi nous ne veut plus entendre parler de parti, et est donc d’accord pour laisser le pouvoir aux partis bourgeois. « Parti et Pouvoir », cruel dilemme ! Quand on l’aura résolu on aura sans doute renversé le pouvoir.


Eh oui, jamais il n’a existé un parti réel, réellement communiste, avant les révolutions qui font sens à notre époque : avant 1905 et 1917, pas grand-chose malgré les mythes bordiguiens. Et, si près encore de nous, la principale révolution, j’allais dire rénovation, de la société de consommation, 1968 - cette année où la petite bourgeoisie étudiante se crut révolutionnaire en prétendant parler au nom du prolétariat syndiqué au chaud dans les dernières usines fordistes – elle était précédée de quelles organisations, de quels partis insurrectionnalistes ? De rien. Rien de rien. Puis, comme au moment de la révolution bourgeoise – contrairement aux révolutions prolétariennes de Russie – le « mouvement 68 » faisait surgir une noria de particules anarchistes, globules blancs des partis staliniens en début de décomposition, mais aussi plusieurs petits groupes proches du prolétariat mais à cheval sur l’anarchisme et les résidus du néo-trotskysme de S ou B, situs compris. Il fallut sept années avant que ne se constitue le seul groupe international à prétendre reconstituer un parti mondial de la révolution – preuve a fortiori que 68 n’était pas une révolution, car c’est au moment de la révolution affirmée que le parti se crée inévitablement. Donc, comme suite à un réveil du prolétariat gangrené par la révolte anarchiste et sans projet de la petite bourgeoisie intellectuelle, la constitution du CCI en 1975-76 eût un aspect volontariste prétentieux, qui perdura tout de même près de deux décennies jusqu’à l’ère des nouveaux procès de Moscou.


Bien sûr que nous avons toujours besoin d’un parti mondial, pour que le prolétariat ait les bases pour retrouver confiance en lui et en l’avenir possible d’une autre société. Ce besoin n’est pas et ne sera pas exprimé par le cénacle d’intellectuels de Controverses, mais nous ne refuserons pas de travailler avec eux ou de les inviter à l’action s’ils restent sur le « terrain de classe ».


L’éditorial du maître d’œuvre commence mal. Il commence par une concession à la bobologie verte dominante, en plaçant celle-ci dans la duale dénonciation marxiste classique (austérité et guerre) à la place de la guerre ! Le poids de la mystification idéologique pèse si lourdement sur les couches moyennes ! Les « conditions de viabilité de la planète » sont pour les prolétaires ce que le contenu de la poubelle est à la concierge qui la sort dans la rue, rien à dire : fais ton boulot et tais-toi. Les deux principales pollutions pour nous les communistes révolutionnaires (éparpillés) sont la misère et la guerre, le nettoyage de la planète on aura assez de bourgeois dans les camps de travail écologiques pour s’en occuper, meilleure manière de les recycler en leur étant reconnaissant d’avoir posé le problème avant qu’on ne les vire du pouvoir.


Marcel veut prendre du champ ensuite, à la suite de cet intitulé : « Où en sont le capitalisme et la lutte de classe ? ». Projet ambitieux poursuivi depuis le premier numéro. On verra qu’il ne sait pas très bien au juste. On a plutôt l’impression d’un éditorial de CCI bis qui veut surplomber l’histoire avec fausse modestie mais avec des chiffres bétons. La conjonction présumée de facteurs ayant favorisés les révolutions de 1830 à 1917 n’est pas très crédible et prétend systématiser des causes différentes conjoncturellement. L’absence de référence à la « crise systémique », montre que non seulement le camarade Marcel ne voit pas, malgré son érudition d’économiste, la différence avec les crises du passé (et nous confirme que nos meilleurs analystes économistes maximalistes, de Marcel au CCI, sont aussi nuls que les prix Nobel de la paix. En plus il retombe dans la vision syndicaliste du CCI et ses fractions inertes d’une analyse socio-politique en termes de « qualité et de quantité » lié au cursus des grèves (l’étiage 1980-2000), où importe surtout la quantité des grèves, puisque notre économiste patenté considère que ce n’est que depuis une dizaine d’années qu’il y a « une reprise des conflits », donc depuis 2000 ! Ce qui est certainement raisonner en sociologue plus qu’en politique car depuis une dizaine d’années au contraire il ne s’est pas passé des choses aussi importantes que dans son histoire d’étiage 1980-2000 : la grève massive des ouvriers polonais, oubliée ? Des grèves partout dans le monde comme dirait H.Simon au cours de ces années 80, sans oublier celle des mineurs anglais, les grèves contre la gauche au pouvoir en France… Et puis pas seulement les grèves ! Cette vision syndicalo-révolutionnaire et gramsciste de la conscience de classe, typique du Cci et consorts, m’a toujours fait sourire. Elle abolit toute réflexion politique. Elle est typique de l’esprit d’étudiant bobo qui imagine que la classe n’existe que par les grèves, que le prolétaire qui rentre chez lui le soir n’a plus d’identité ouvrière depuis qu’il porte une cravate, qu’il est incapable d’avoir un avis politique sur les événements, qui ne saurait donc pas pourquoi il s’abstient de plus en plus aux élections parlementaires et professionnelles… Enfin pour faire new militant, l’édito nous signale « notre investissement » dans les « mouvements sociaux en France » (tu parles d’un mouvement social Berthe ?). Du CCI remâché ! Et aucune analyse de la pantalonnade franco-française ne viendra conforter cet édito enthousiaste comme lorsque le colonel Fabienne (grand barde du CCI) lisse sa moustache devant un parterre d’enfants étudiants bobos de la classe ouvrière. A peine critique-t-on la comédie du blocage des raffineries (ce que RI explique par contre très bien). Marcel frôle la vérité pourtant sans connexion avec la base explicative de la perverse résistance pacifique de l’aristocratie ouvrière (new one) en France, avec deux réflexion qui ne seront pas développées (hélas, alors que moi je les développe dans mon dernier livre) :


- « Ces faiblesses (formes dévoyées de la lutte tels que les blocages) doivent être rattachées aux importantes modifications qui sont advenues dans la composition sociale de la classe ouvrière » ;


- « Ces faiblesses découlent aussi du processus de prolétarisation de la classe moyenne qui importe ses valeurs et son idéologie petite bourgeoise au sein de la classe ouvrière ».


Très très bien cette dernière réflexion Marcel ! Et permet-moi de la prolonger concernant l’aveuglement révisionniste du CCI. Le CCI qui ne craint plus d’accoupler le diable et le bon dieu dans des scènes pittoresques et pornographiques relie dans son dernier RI (risible) la combativité en France (des planqués syndicaux) aux protestations de ces pôvres étudiants anglais « contraints de s’endetter pour pouvoir payer leurs études ». Et il rend service ainsi et relie un même mouvement totalement conservateur, celui des couches moyennes salariées qui défilaient pour se donner bonne conscience (tout à fait à l’unisson des désidérata de leurs chefs syndicaux) et ces pôvres étudiants qui vont « tomber dans le prolétariat » mais pour en être la nouvelle fibre syndicale ! Contrairement aux années 1930 la petite bourgeoisie flouée par la crise ne tombe pas dans le fascisme qui n’existe plus, mais se mue en école de formation du syndicalisme radical (école ancienne puisque comme je le rappelle dans mon livre, les leaders syndicaux gauchistes, des infirmières coordinatrices élitaires aux postiers permanents aristos, sont des échoués du système scolaire avec diplômes).


Enfin, après un détour bien superficiel sur l’importance du prolétariat chinois (et une belle esquive de la tricherie de l’Etat chinois), l’éditorialiste Marcel confirme qu’on ne sait pas où mène Controverses et rejoint le réformiste Bernstein contre Rosa Luxemburg, avec les mêmes illusions que le milieu bobo ultra-gauche sur les pays émergents il y a une quinzaine d’années: « Il est absolument nécessaire que la Gauche communiste critique et abandonne toutes les visions catastrophiques que nombre de ses composantes continuent de véhiculer ». Certainement pas !


Parce que le capitalisme va à la cata comme l’indiquait Rosa Luxemburg, qui est mesquinement critiquée par le même Marcel, sans rappeler les choses plus essentielles qu’elle a dit au niveau politique et qui ne cessent de se vérifier. On se fiche des vieux textes éthique individuelle contre perversion sectaire du vieux CCI et de la rivalité dans les analyses marxistes qui finissent par être aussi absconses que le sexe des anges.


QUELQUES REMARQUES SUR LES CONTRIBUTIONS


J’ai déjà été assez long, et j’engage mes lecteurs à pomper le n°4 de Controverses, ils en tireront profit, et gratuitement. L’article des anciens du FOR de Barcelone sur leur maître Munis est de bonne facture. Il est bon de rendre hommage à Munis pour son apport incontestable et sa rectitude. Il n’est pourtant pas un bien grand théoricien ni très rigoureux. Il a dû se dégager de l’influence du trotskisme opportuniste, et l’a fait avec panache aux côtés de la veuve de Trotsky. J’ai eu un pincement au cœur la fois où il est intervenu en pleine salle de la Mutualité à Paris à un meeting de LO, où Arlette a tenu à préciser que c’était « le camarade Munis qui vient de parler », sachant que la plupart dans la salle ne savaient pas qui était Munis. Munis a interprété la terrible guerre civile d’Espagne comme une révolution, ce fut une erreur. Il a conservé une attitude politique volontariste héritée du trotskysme et une vision de la transition plutôt anarchiste. J’avais beaucoup d’estime pour les jeunes militants du FOR. Munis fût toujours agressif avec moi parce que je symbolisais la boutique concurrente du CCI, et par conséquent je ne le prenais pas au sérieux. Lors de la première conférence des groupes de la GC à l’Eglise de la Porte de Choisy, il était venu lire son texte « Fausse trajectoire de RI ». Marc Chirik me prenant à part, la main en conque : « tu vois, çà c’est Munis, le panache, la distinction ». Je lui ai répondu : « le panache peut-être ! Mais pourquoi il a filé de suite après ? ». Il reste ses textes produits par le comité des œuvres complètes à Barcelone. C’est la manie de tous les militants rangés de voitures de créer des instituts avec la fin de leur militance : institut Bordiga, institut Damen, institut Malaquais… foutaises ! Pourquoi ne ferait-on pas une maison d’édition commune à tous nos « passeurs » de théorie révolutionnaire au lieu de les enfermer dans des musées ? En tout cas, et le texte des camarades de Barcelone et la contribution de Munis restent plus proches du catastrophisme luxemburgiste que les abracadabras «économistes » du rédac en chef de Controverses.


Deux articles sont consacrés à Maximilien Rubel. Aussi extrémiste l’un que l’autre. Le premier s’énerve que Rubel ait inventé un Marx anarchiste. Il eût fallu inverser les deux articles. Placer le deuxième en premier car l’histoire d’un homme se juge par ses débuts. Rubel fit partie incontestablement des rares internationalistes en 39-45 aux côtés de Chirik et des autres, bien qu’il ait toujours été plutôt un mou concernant la question du parti et pas très « militant ». Il n’a jamais pris de grands risques non plus. Personne n’est parfait, mais ses accrochages avec Roger Dangeville sur la paternité des traductions de l’un ou de l’autre, témoignent du virage arriviste universitaire du bonhomme. L’anti-stalinisme de Rubel le conduit dans les bras des éditions d’Etat Gallimard, tout heureux de récupérer un intellectuel anti-léniniste et anti-parti, qui vire à la fin plutôt communautariste juif en stigmatisant le non juif Engels. L’œuvre de Rubel est cependant autrement plus soignée que les éditions du PCF et reste une base de travail indispensable que l’auteur du premier article néglige complètement tout à sa diatribe. Rubel n’a pas tout à fait tort quant à l’anarchisme de Marx. Il l’est jeune évidemment. Il le reste face à la fossilisation de la social-démocratie allemande et avec ses départs précipités de diverses organisations. Ses projections sur la société communiste sont en grande partie de type utopique anarchiste. Encore faut-il savoir faire la part des choses, mais Rubel s’était bien vendu au camp démocratique qui n’adore jamais tant Marx que dans une peinture humaniste. Rubel, comme son environnement (Janover, Garnier et Cie) restant de grands humanistes littérateurs.


Le jeune lycéen illettré lira avec profit aussi le très long article de Guy sur la religion, une bonne base, même si celui-ci ne répond pas au projet de son introduction sur le règne actuel des religions et de la violence. Ce jeune lycéen accrochera sa ceinture pour lire l’article plus complexe de Vico sur la psychanalyse ; j’attends la suite contre le nietzchéen Onfray, car je fais plus confiance à un marxiste comme Vico pour déblayer le terrain sur la longue et prégnante mystification de la psychologie moderne que de la part de l’anar des plateaux télé.


Enfin la création d’une société Jean Malaquais m’a fait mourir de rire. Malaquais cet histrion, bourgeois mal embouché sanctifié ! Mais je l’aimais bien en particulier parce qu’il ne s’est jamais contenté de se tenir dans l’ombre de son mentor Marc Chirik, et a su le remettre en place quand ce dernier souhaitait se servir de la veuve de Trotsky comme Munis (fiche-lui la paix !). Il n’a jamais été pourtant un véritable militant, trop individualiste, trop écrivain et pas assez. Sa veuve dit que je n’ai pas publié toutes les lettres de leur correspondances mutuelle, c’est en partie vrai ; d’abord Clara ne m’a pas remis toutes les lettres, ensuite j’ai fait des coupures sur des affaires privées des deux hommes avant de ne pas donner l’occasion à des âmes mal intentionnées de s’en servir mesquinement.


Stimulant n’est-ce pas ma lecture de Controverses ! Faites-en autant.


samedi 1 janvier 2011

UN RENOUVEAU NATIONALISTE EUROPEEN ?

Ou les chinoiseries d’un entremetteur de l’islam « métis »

Critique de livre : « Réinventer l’occident »

de Hakim El Karoui (Flammarion 2010)

Un notable banquier (*), jeune de surcroît vient nous faire la leçon de choses, par un essai hors du problème universel des classes, qui est sponsorisé par certains médias en France. Il s’adresse non à nous, petits prolétaires ficelés à nos salaires et à nos ennuis terriblement quotidiens et à courte vue, mais aux puissants du monde. Il les alerte : « La désoccidentalisation du monde a commencé et l’Occident est devenu un problème pour le reste de l’humanité ». Si les chinois sont les inventeurs la poudre et s’il est avéré que les arabes l’ont apportée en Europe à dos de chameau en passant par l’Espagne, les chinois modernes n’inventent plus rien quoique certains intellectuels pan-arabisants veuillent se mettre à leur service une nouvelle fois. « Identifier le phénomène de désoccidentalisation du monde, montrer que les musulmans n’en sont que des acteurs finalement secondaires, expliquer et comprendre ce qui se joue en Chine et en Asie, telles sont les ambitions de cet essai qui veut promouvoir une idée simple : la désoccidentalisation du monde doit être une opportunité historique pour l’Europe de se réinventer et une occasion pour l’Occident de revisiter à ( ?) ses valeurs ». Le conseiller pro-occidental El Karoui s’incline bien bas en faveur de la nation européenne ou de l’Europe-nation: « Se rassurer sur le devenir de la nation permettra de travailler à l’invention d’un nouvel intérêt général européen… ». Et « occidentalisation » cela voulait dire quoi ? La colonisation ? Puis la décolonisation sous l’aile des blocs dominants ? Notion assez farfelue pour remplacer l’épithète de capitalisme moderne. On verra que même s’il y avait désoccidentalisation (une chinisation par exemple, ou une halalisation ?) on traite toujours du même capitalisme qui s’ingénie à diviser le prolétariat en peuples et en autochtones et immigrés.

On va traiter ici d’une question secondaire face à la lutte des classes ; on se souvient ainsi que, même durant l’invraisemblable balade syndicale pour les retraites, la question de l’islam et de ses fétiches visibles en Occident était le cadet des soucis des prolétaires de toute origine et de tout secteur. Une fois la défaite planifiée des charlots syndicaux validée ce premier janvier au journal officiel, les questions idéologiques peuvent reprendre le dessus et, au lieu de manifestants moutons on peut fantasmer à nouveau sur le défilé des voilées et des barbus musulmans (quoique défilé limité à certaines aires paupérisées). Tant qu’à regarder passer les trains… Mais cela nous fournit l’occasion de voir de plus près comment la grande bourgeoisie avec un de ses jeunes loups s’efforce de faire croire à une nouvelle unanimité nationale vers un consensus nationaliste où prolétaires chrétiens, athées et musulmans sont sensés trouver le nirvana dans un protectionnisme européen copié sur celui de la Chine.

La colère des prolétaires en Tunisie en toute fin d’année 2010 aura été la meilleure réponse à ces grands bourgeois qui veulent nous faire accepter le respect des religions et surtout de la « religion d’Etat » : il faut se battre comme classe, indépendamment des syndicats officiels et forcément en désobéissant à la soumission religieuse. Il n’y a aucune concession charitable à faire à toute religion, et en particulier à la religion musulmane laquelle s’avère être le principal vecteur des nationalismes sous-développés et sans avenir ; cette religion très exhibitionniste sert de refuge hélas à de nombreuses minorités raciales opprimées ; aux Etats-Unis en particulier elle symbolise la seule religion qui n’était point celle des colonisateurs… pour des ignorants que les Arabes anciens étaient aussi des colons. Les partis islamo-gauchistes soutiennent honteusement la tolérance de cette idéologie religieuse. Le NPA s’est pourtant fait hara-kiri sur cette question en France. On lira avec profit l’excellent compte-rendu du SPGB « Les amis de nos ennemis », article de juillet 2010 sur une manif pro-palestinienne à Trafalgar Square, sur le site La Bataille Socialiste : il est impossible de discuter et de manifester avec les nationalistes religieux ou religieux nationalistes, hard ou soft. Ce ne sont pas des fascistes mais des totalitaires arriérés. La grande bourgeoisie envoie des émissaires chargés de modérer le discours de ses extrémistes, des entremetteurs qui visent au fond le même but : faire croire qu’une identité de classe commune est impossible entre prolétaires autochtones et immigrés du fait des coutumes séculaires de la religion de Mohammed. Un serviteur de la grande bourgeoisie française utilise la même méthode que le FN ou Sarkozy en commençant par agiter la peur de la perte d’identité… occidentale.

Qu’est-ce que cette désoccidentalisation selon Hakim El Karoui, ce servile conseiller qui détient déjà de multiples pouvoirs occultes?: « c’est d’abord l’Occident qui se vide lui-même… c’est la fin d’un monde organisé selon les valeurs occidentales ». Nous, pauvres hères du prolétariat indistinct, multiracial et multisexe tendons un moment l’oreille à ce discours national avec œillères communautaires, dubitatifs sur lesdites « valeurs occidentales », face à cet inventeur du présent dans le « sens de la destinée nationale et collective » avec :

- Une « logique de la montée en puissance des communautés »

- Leur « communautarisme (des musulmans) – quand il n’est pas agressif – est un signe de bonne intégration : la montée de l’islam en France n’est pas la cause de l’éclatement de l’idée nationale, c’est sa conséquence ».

On va examiner ces deux aspects. A côté d’analyses stratégiques du beau monde qu’il fréquente, ce jeune banquier bi-national, qui fût conseiller du Premier ministre Raffarin et électeur de S.Royal, produit parfois des constats éclairants ; ainsi l’intervention américaine en Irak a-t-elle été motivée plus par la volonté stratégique de priver la Chine de la ressource pétrolière arabe, essentielle pour l’Empire du Milieu, alors que les USA n’en dépendent que pour seulement 10%. El Karoui touche juste contre les leçons de morale de la démocratie occidentale à la Chine, leçons assez misérables en effet : « Quand on attaque le mal élu président iranien Ahmadinejah et que l’on salue l’élection de l’encore plus mal élu président Karzaï dans le pays voisin, l’Afghanistan, on perd la dernière crédibilité qui nous restait » (et l’élection de Bush en l’an 2000…). Ce « nous », c’est qui ? Le comité directeur de la banque Rothschild ? Les francs-macs du PS ?

La crise de 2008 a été pour lui, à la suite de Paul Jorion, une simple crise de la demande. La Grèce est un cas d’école typique de la crise européenne, aire menacée par une récession sans fin. Derrière l’argumentation qui sermonne l’ingrate Allemagne (dite xénophobe à l’égard de la Grèce) perce l’aspirant conseiller au futur gouvernement Sarkozy de 2012 : défendre l’intérêt national européen ! S’il semble peindre un tableau d’une société européenne plus proche de la décadence de l’Ancien régime, c’est pour fractionner les raisons de la crise capitaliste. Au lieu du tableau de la crise mondiale du système, on veut nous faire pleurer sur les conséquences pour les pays européens faibles. El Karoui prend même le plus mauvais exemple de la théorie économique de la bobologie – la croissance verte – avec une France qui ne détient que 3% du marché mondial de l’éolien face à la Chine (7%) et à l’Allemagne (16%), alors que ce même marché est en train de se casser la figure royalement ; quoiqu’il ajoute que le lobby « vert » ne peut pas résoudre le problème économique des pays développés.

Pas très rigoureux, le jeune banquier se répète souvent d’un chapitre à l’autre, obsédé par les chinois, comme on va le voir. Péril jaune à la place du péril musulman ?

« Et les chinois nous regardent et se demandent pourquoi l’Europe passe tant de temps à régler ses problèmes internes et en consacre aussi peu à élaborer une stratégie commune pour régler ses relations avec le reste du monde ».

DESOCCIDENTALISATION : L’OCCIDENT PREND-T-IL PEUR FACE A L’ISLAM ?

Les classes moyennes votent sur les thèmes « propres à l’extrême droite » : insécurité, immigration, identité. Ces thèmes ne sont pourtant pas du domaine réservé de ladite extrême droite, et El Karoui différencie ces « mouvements » de révolte électorale du fascisme des années 1920, mais, l’air de rien, il enfonce des Etats européens : « Tant que les gouvernements européens n’auront pas trouvé le moyen de relancer les salaires, ils seront contraints de trouver dans des thématiques ethniques, dans la xénophobie, la justification de leur existence ». On eût aimé que ce constat évident de la manipulation étatique soit développé par cette honorable banquier candidat au poste de conseiller près le Chef d’Etat… La solution de ce jeune arriviste fringant ? Juste avant de tacler avec le mépris de l’élite gauchiste « le vieux monde populaire français formant le chœur du vote FN » (les bobos n’en étant que les artères…) il expose prématurément une perspective à chier : « Seule la définition d’un horizon économique décent nous permettra d’échapper à la généralisation d’une politique du ressentiment tournée contre les plus faibles de nos pays. Seule une conception égalitaire des rapports entre les peuples européens permettra de trouver une solution à la crise économique. Seul un monde économique réorganisé permettra une bonne entente entre les peuples ». Ne vous interrogez pas plus loin sur le programme de base de ce vertueux banquier « bien classé en haut lieu », tout est dit avec ces trois phrases touchantes de bonhomie républicaine et eucharistique ; on n’est pourtant encore que page 61, et vous aurez beau aller jusqu’à la fin p. 238, vous ne trouverez pas d’autre argument plus consistant que cette galipette de dame patronnesse, variété de discours villepinesque.

Dans le chapitre « Les musulmans ne sont pas coupables », le patron banquier El Karoui se base sur le raisonnement de tout honnête homme. Les amalgames faisant choquer identité et immigration seraient seulement le produit de la propagande des dirigeants de l’Etat français actuel, lesquels ne se promenant pas dans les quartiers déshérités avec boutiques du tiers-monde. Le penseur « identitaire » Sarkozy est ainsi cité à profusion (même si c’est son nègre Guaino qui a scribouillé le truc). Tout n’est pas idiot dans ce qu’écrit H.Guaino annoné par Sarkozy ; El Karoui se garde de développer et d’y répondre :

- Est-ce que des immigrés peuvent dénaturer le cadre de vie, les modes de pensée, les relations sociales des français ?

- Est-ce que les immigrés échouent à s’intégrer parce qu’ils haïssent la France ?

El Karoui ne répondra pas aux deux questions mais nous entrainera dans ses références cinématographiques ou littéraires (Pérec) et ira chercher des exemples de bonne intégration dans d’autres contrées (GB et Allemagne où il est culotté d’affirmer que « l’assimilation fonctionne » et aux USA.. où à peine 2 ou 3% de femmes noires vivent avec un blanc). Or, premièrement le piège était déjà dans les deux questions. La première ne commence pas par demander « est-ce que vous vous considérez comme prolétaire ou citoyen de ce pays ? », ensuite il est évident qu’au nom du droit communautariste de répandre les religions arriérées, des comportements envahissant dénaturent (non pas la France) mais un cadre de vie où, nous les prolétaires en premier lieu, ne supportons ni les signes ostensibles de richesse mafieuse (BMW, Audi...) ni les habits du Moyen âge pour les femmes. La deuxième question, en éliminant l’appartenance de classe, ne répond pas non plus à la situation de paupérisation des prolétaires dernièrement immigrés et stigmatisés à l’embauche, et qui ne sont pas là pour « la France » mais comme tout prolétaire autochtone, pour vivre décemment. Le toutou extrémiste pro-nationalisme juif, Finkielkraut – conseiller de l’autre extrémité - va plus loin que Sarkozy avec sa théorieticule du « racisme de la différence » ; mais ce larbin médaillé peut sortir des énormités que son maître ne peut point étaler. Sur la question du voile El Karoui est aussi confus, centriste et conciliant qu’un membre du NPA ou du PS, quand ses édiles gouvernementaux ont fait voter peureusement une loi interdisant la burqa sans se donner les moyens de l’appliquer vraiment.

Pire, et cela n’étonne guère de la part d’un banquier bourgeois, la véritable voie vers l’assimilation (comprenez « la progression sociale » - comme dans la City) est d’offrir une honorable carrière de cadre sup aux immigrés ! Et avec une totale naïveté il en conclut que « c’est parce qu’ils sont en train d’être assimilés que les enfants d’immigrés venus d’Afrique du Nord concentrent l’attention et la haine ». Certainement que cette assimilation « par le haut » - sous l’injonction gouvernementale des « quotas » d’intégration vers le haut – permet de diviser un peu plus le « milieu salarial » avec la promo à tous les étages de petites Rachida Dati, très antiracistes mais très autoritaires, classique patronal (dans les 50 et les 60, en usine les patrons nommaient toujours des chefs d’une autre nationalité que celle des ouvriers du service concerné). On parle bien souvent des refus à l’embauche des personnes aux noms maghrébins pour les boulots de merde, mais on tait la proportion encouragée de « brillants » enfants de l’immigration… très zélés pour s’assimiler aux mentalités hiérarchiques bien franç… non capitalistes ! En soi, la gouvernance de l’immigré parvenu ne dénature pas « le cadre de vie » professionnel, mais a des conséquences plus perverses et condamnables par les patrons anti-racistes… Les « vieux français » peuvent être remisés au chômage quand « le Maghreb est jeune, commence à former des diplômés en nombre et a un besoin urgent de cadres bien formés pour transmettre de l’expérience et des savoir-faire » (p.96). Si les enfants d’immigrés deviennent tous cadres, qui va se farcir la truelle et la pelle dans le bâtiment ?

El Karoui, voulant rester fidèle à ses origines, moitié immigrées moitié grandes bourgeoises, tient à faire croire à ses possibles employeurs ministériels que les sociétés arabes ne sont qu’une « crise de transition ». On croirait lire du Tariq Ramadan : « La crise de l’Islam, c’est une crise de transition, douloureuse et complexe, parfois violente, souvent régressive. Mais, ce n’est pas une fatalité. Oui, l’Islam est compatible avec la laïcité. Il faut lui donner le temps de gérer sa crise de transition… ». On ne sait pas dans quelle dictature arabe – et il n’en cite aucune – « la place des femmes continue de changer, certaines sociétés se laïcisent.. » (lesquelles ?). La Turquie est évoquée pour son occidentalisation qui a condamné les tenues traditionnelles, supprimé le califat et donné le droit de vote aux femmes 22 ans avant la France (catho-facho jusqu’en 1944) certes. Mais El Karoui ne nous dit pas que sur le fond, rien n’a changé : la religion arriérée sert toujours de morale sociale à l’Etat bourgeois dirigé encore et toujours par une armée d’assassins, et les femmes sont considérées toujours comme espèce inférieure.

El Karoui, ex-conseiller de Raffarin n’est pas un anarchiste chérubin, pétitionneur émérite pour tous les sans-papiers du monde, il condescend que l’immigration n’est « pas populaire » (l’a-t-elle jamais été ?) et note qu’il n’est plus possible d’ouvrir les frontières comme avant 1974 ; alors il propose un remède de négrier français de souche : « Il faut inventer un modèle nouveau, fondé sur la rotation plutôt que l’installation, avec des permis de travail temporaires, adaptés aux besoins (du capitalisme français ? ndt) : quelques mois pour les saisonniers agricoles, quelques années pour des professions plus qualifiées… » (p.97).

Pour ce banquier aristocrate, en conclusion du chapitre en cours, le monde arabe et musulman est en crise de transition, marquée par une « agressivité antioccidentale ». Pour ma part, les régimes arabes, en général des dictatures militaro-religieuses ou dictatures de pitres royaux sanguinaires, ne sont que le produit d’une vie sociale fossilisée, maintenue dans l’arriération par la religion, incapables de développer une industrie ou un semblant de capitalisme moderne. Les capitalismes occidentaux sont obligés de négocier avec eux pour les matières premières de leurs sous-sols mais se fichent de la promotion des fringants diplômés des universités arabes, seule les intéresse la main d’œuvre à bas prix pour les sales boulots ; à noter que les Etats-Unis ont révisé leur cuti quant à la promotion des ingénieurs hindous, qui retournent finalement au pays avec le savoir-faire occidental en poche comme les étudiants chinois. Cette « occidentalisation » intellectuelle ne favorise en rien ni assimilation des prolétaires immigrés du bas de l’échelle sociale partout, ni l’amitié entre les peuples, puisque les banquiers, scientifiques et autres ingénieurs reviennent au pays pour se mettre au service du potentiel militaro-industriel de leur « nation ».

DES BANALITES SUR LA CHINE NOUVELLE

Croyant frapper un grand coup, le banquier El Karoui nous apprend que la Chine a été la plus grande puissance du monde jusqu’au milieu du XIXe siècle. On ne sait comment des types ont été capables de calculer le PNB et le PIB de l’époque. C’est possible selon Paul Bairoch, mais peu importe, la révolution industrielle européenne a mis le monde entier d’accord. En résumé, El Karoui va nous seriner l’adage du nouvel empire du Milieu : « pas besoin de démocratie pour développer le capital, et nous achetons vos produits pour mieux les copier ». Le confucianisme qui a succédé au maoïsme paysan diffuse en gros les mêmes préceptes que les religions monothéistes qui dominent une minorité des peuples en Europe : respect de l’autorité et de la hiérarchie sociale, réticence aux conflits, un leadership éclairé, la subordination du loisir au travail… Il vaut mieux travailler en Europe du Nord, sans voile que prier à genoux en Afrique du Nord.

Pour faire travailler le prolétariat chinois dans des conditions dignes du XIXe siècle infernal, pas besoin de démocratie, le fouet suffit. Tout le monde l’a compris mais cela ne produit pas une réémergence du capitalisme. Au lieu de dénoncer frontalement la domination capitaliste en Chine, le conciliateur El Karoui – ami des peuples obéissants, bénis et fraternels – ressasse les généralités du brave démographe Emmanuel Todd. Il note le faible statut de la femme, l’infanticide féminin, mais ne commence pas par le plus scandaleux, et qui explique la réussite provisoire de l’économie chinoise basée sur une tricherie généralisée : le travail des enfants. Il évite le tableau d’une société hyper-fliquée où les condamnations à mort sont légion, où l’emprisonnement politique pour des peccadilles est furieusement répandu, journalier et honteux. Notre brave banquier des puissants, amoureux des chiffres, est séduit par « l’accès de dizaines de millions de chinois aux études supérieures » ; qu’importe la répression pourvu qu’on ait les diplômes !

Si le rond de cuir El Karoui croit bon d’alerter face à l’aveuglement occidental », il nous décrit ensuite une Chine modèle de protectionnisme, pas du tout impérialiste – passant sous silence son budget d’armement et le nombre de ses soldats. Le rond de cuir se pâme à son tour devant « le modèle économique » où les mots « croissance », « pourcentage », « dévaluation » remplacent les morts à la mine, les licenciements massifs et les enfants estropiés.

Autant El Karoui tentait de nous faire croire que le Maghreb serait en train de sortir de sa fossilisation religieuse, autant va-t-il essayer de nous assurer que l’Asie n’est pas l’avenir de l’Occident… mais qu’il faut à tout prix imiter le protectionnisme goujat de la Chine. Ce serviteur d’Etat bourgeois tient à préciser que la Chine n’est pas exemplaire politiquement et qu’il n’est nullement question dans sa « réinvention » de « mettre en péril quelques grands acquis occidentaux comme la démocratie » ! Sa démonstration concernant les faiblesses du capitalisme chinois est assez proche de la réalité d’un analyste marxiste. Il n’y a aucune illusion à se faire (exit les marchés émergents) « l’Asie ne tirera pas les économies occidentales ». La Chine croule sous une montagne de dettes, des bulles considérables se forment. 400 millions de personnes ne bénéficient d’aucun régime de retraite (deux tiers des paysans). Enfin le gros risque de la surproduction, cercle vicieux dangereux : « plus le taux de profit baisse, plus – comme l’avait bien compris Marx - , « le capitaliste réduit de son plein gré son profit sur chaque marchandise, mais se dédommage en produisant davantage ». Merci pour le coup de chapeau du banquier à Marx, mais c’est Marx qui lui a expliqué, pas l’inverse (pour ce qu’El Karoui a compris partiellement). La dette réelle de la Chine serait de 96% de son PIB, pour la France elle est de 78%.

El Karoui n’aborde, succinctement, la question sociale qu’au deux tiers de son ouvrage, sans s’intéresser du tout au formidable poids du prolétariat chinois et à ses capacités encore insoupçonnées, même s’il n’a pas créé un Marx ou un Lénine comme l’Allemagne le fit au XIXe siècle et la Russie au XXe siècle. Il se contente de décrire la Chine comme vaste usine d’assemblage où les mouvements sociaux sont sous contrôle et où « on n’entend parler que des revendications salariales dans les entreprises étrangères travaillant en Chine ». C’est la faute à la crise financière occidentale si des dizaines de millions de travailleurs migrants ont été renvoyés chez eux, permis de séjour interne confisqué. El Karoui frôle pourtant la réalité explosive de la Chine, sans être apte à analyser les parades politiques à la future explosion sociale. Corruption de l’Etat et népotisme des enfants des cadres du parti (communisme… c’est bourré de fautes de frappes, bravo Flammarion !) enferment les millions d’exploités dans une alternative sans issue : ou la continuation de la dictature du parti komvantard ou une éventuelle démocratie occidentale aussi pourrie ?

El Karoui en déduit que l’Occident n’imposera plus ses vues et que l’Asie est en train de bâtir « une autre organisation du monde ». Furieusement irréaliste : le capitalisme n’est plus occidental en soi et le nationalisme chinois n’est pas une nouveauté hors du capitalisme. Si c’est pour nous répéter que la Chine se fout de délivrer un message universel, peu nous chaut. L’impérialisme US (+ francophone) nous diffuse à longueur de journée un message universel bien plus creux, parce qu’il prétend être un message (mais repose sur l’infamie) et parce que la démocratie n’est que le cache-sexe de l’oligarchie la plus puante. El Karoui réinvente le capitalisme d’Etat pour la Chine, la Russie et les monarchies du Golfe… on le sait depuis Bilan en 1937 et tous les trotskiens défroqués des années 1930, le capitalisme d’Etat est resté permanent sous de multiples formes dites libérales ou financières. « L’Asie met un terme à l’expansion des valeurs occidentales » (p.161), quelles valeurs occidentales encore une fois? Les valeurs des banksters de Wall Street ! La Chine n’a pas plus vocation messianique que les Etats-Unis avec leur messianisme de la démocratie truquée en Afghanistan et dans tous les pays occidentaux… Le rond de cuir El Karoui a oublié ce qu’il écrivait dès les premières pages !

DE L’ISLAM METIS A L’ EXALTATION POUSSIVE DE LA NATION EUROPEENNE

Les nations ne sont pas plus éternelles que la croissance chinoise, et la connaissance de l’histoire de France de notre banquier ne va pas plus loin que les âneries de De Gaulle ou les propos des garden party où il trempe son biscuit. El Karoui ne connaît rien à l’histoire du prolétariat en France pour nous assener ce mépris de la classe dominante sarkozienne qui veut effacer l’histoire réelle dans les écoles, comme la Chine efface le taux de productivité des enfants et le taux de mortalité dans les mines dans ses chiffres de croissance industrielle : « Il fallait donner une cohérence (le chant La Marseillaise) au nouveau prolétariat urbain qui faisait peur ». Archi débile. En 1848, sur le sang des ouvriers un poète de cour Lamartine impose le drapeau tricolore comme signe de victoire bourgeoise et la Marseillaise sera chantée longtemps dans les grèves de tous les pays, comme chant de révolte, en attendant l’Internationale. Ce chant guerrier a eu longtemps plus une cohérence prolétarienne que nationale ! Une dignité symbolique pour les lutteurs dans les grèves autrement enthousiasmante que ce chant « nationalisé » pour compétiteurs sous-développés des stades de football.

Notre banquier réformateur, qui plaide pour une rotation des travailleurs immigrés dans les boulots de merde (à défaut d’une place de cadre pour les plus arrivistes) imagine l’invention d’une nouvelle France « où il ne faut pas s’inquiéter de voir disparaître une certaine façon d’être français »… Ah oui ! Par exemple ? Habiter des grands ensembles paumés à la périphérie ? Ne pas blairer le voile religieux ostentatoire ? Ne plus râler face aux prières dans la rue ? Se mettre à respecter ses chefs, etc. L’invention du petit El Karoui ressemble pourtant étrangement au monde présent : à la société de consommation a succédé la société de communautarisation et d’islamisation pacifique: « Aujourd’hui, chaque individu combine un grand nombre d’identités, plus ou moins exprimées en fonction des circonstances ». Décidément fidèle à son riche papa, El Karoui plaide contre « l’universalisme par uniformisation » pour « la diversité des cultures » : « Il est temps par exemple d’inventer l’islam métis, l’islam non pas en France ou de France, mais l’islam français, tout simplement ». Quelle invention de génie ! Et qui sait, un autre proposera l’invention d’un catholicisme algérien, catholicisme non pas en Algérie, mais le catholicisme algérien, tout simplement : un catholicisme métis ! Comme Tariq Ramadan, El Karoui semble se démarquer de « l’islam militant » en répondant aux « intégristes » : « Ils ne savent pas ce qui se passe dans les pays musulmans les plus avancés (sic) dans l’invention de la modernité ». Si, ils savent ce qui se passe en Turquie et en Iran : RIEN. Structurellement, le capitalisme est incapable de faire évoluer désormais les Etats arriérés ; même au XIXe siècle les facteurs d’arriération religieux dans certains pays rendaient impossible la révolution du mode de production capitaliste – Marx et Engels avaient fondé (en vain aussi) de grands espoirs sur la Turquie pour la diffusion de structures modernes au Moyen orient et en Afrique du Nord. Il faut le reconnaître, malheureusement, tous les pays où la religion musulmane est reine sont incapables d’innovation scientifique et de révolutionner la production capitaliste. Au contraire, ces pays arriérés peuvent prendre pour modèle la Chine dictatoriale qui n’est capable que de tricher, de piquer les innovations ailleurs et de traiter les prolétaires comme des chiens. La Chine ne représente même pas un retour aux sources du capitalisme flamboyant et sanglant du XIXe siècle mais une fuite en avant vers l’abîme, avec Confucius et Allah. Il faut préciser que si la bourgeoisie se sert partout des religions pour maintenir les peuples dans la soumission, le capitalisme dominant reste profondément anti-religieux et très pragmatique, et c’est encore ce qui fait sa force. L’Afrique post-coloniale, contrairement aux espoirs de toutes les catégories de marxistes des sixties, n’a pas développé un prolétariat conscient de sa tâche historique, il demeure une vaste population de prolétaires dispersés, attirés par la « promotion occidentale » et encore plus illusionnés par la perspective d’une vraie démocratie bourgeoise. Comme compensation misérable à l’échec de la perspective marxiste – même staliniste gauchiste – l’Afrique a été envahie pour partie par la superstition musulmane, qui est devenue la meilleure garantie de survie du capitalisme en milieu paupérisé puisque cette religion, pas du tout anti-capitaliste, a aussi essaimé jusque parmi le prolétariat noir nord-américain.

Le benêt courtisan d’Etat ressort les naïvetés (cf. de la page 61) pour lycéen en classe terminale. L’islam et la France n’ont pas besoin de convoler en justes noces, « se pacser » leur suffirait. Il suffirait de « cultiver » les « jeunes désocialisés des banlieues ». Quel mépris de petit bourgeois parvenu ! Les jeunes en question ne sont même pas socialisés et, selon lui, n’ont pas accès non plus « à la liberté de penser », celle-là même qui est diffusée par ses chefs ministériels, les gérontocrates du PS et les réactionnaires anarchistes. Tout ce que notre banquier en déroute propose n’est-il pas « ce bouillonnement associatif » qu’il faudrait fédérer ? En réinventant la nation « grâce à l’identification au métissage, à la fraternité, trois manières d’être ensemble et de célébrer le sacré qu’il y a en l’humanité ». Ce démocrate républicain pan-arabe ne rate jamais une occasion de nous glisser la dimension religieuse dans des discours qui pourraient être prononcés par Villepin, Bayrou ou Sarko, ou DSK, quatre de ses possibles futurs employeurs.

INVENTER UNE RELIGION EUROPEENNE

Il veut tout inventer dans un monde pourri qui a déjà tout inventé et des inventions toutes plus mortifères les unes que les autres, surtout les inventions banquières (cf. celles de 2008). Il veut inventer une nouvelle régulation commerciale, une nouvelle fiscalité, une nouvelle régulation des échanges, un nouveau protectionnisme. Lorsqu’il fait la leçon de solidarité européenne à l’Allemagne, il ose à peine une petite flèche contre les magnats allemands : « Les allemands savent d’ailleurs qu’il y a bien sûr des gagnants de cette insertion forcenée de l’Allemagne dans le commerce mondial : la même petite élite qu’en France… ». Mais notre banquier, limité à la vision de son guichet franco-musulmanophone, ne porte jamais un jugement sur le capitalisme mondial, s’arrêtant simplement à chaque fois sur chacun de ses dominos et limité à la poussée de celui-ci sur celui-là. Tout n’est qu’imagination de clerc d’Etat, comme cette supputation d’une coupure totale avec la Chine, supputation qui révèle combien notre jeune économiste est aussi crétin que les meilleurs prix Nobel et ne mesure pas le degré d’interdépendance des diverses économies, ni la volonté expansionniste de la Chine qui, récemment, par ses aides à la Grèce et au Portugal, manifeste une volonté (très messianique dans la charité) d’aider cette Europe chancelante en difficulté, cette vieille Europe cheval de Troie US qui n’est qu’une planète à éliminer de la compétition impérialiste pour dominer le monde. Ou à phagocyter au profit d’un futur bloc. Mais la Chine peut toujours courir, c’est l’Amérique qui tient la Chine pour l’instant et pas l’inverse.

El Karoui voudrait rajeunir le capitalisme européen, qui reste l’enfant bâtard de l’Amérique. Autant le caïd dont il aurait aimé être le conseiller rétribué, Sarko Ier, est un empereur en guenilles, autant El Karoui peut aller se rhabiller au pôle emploi s’il escomptait apparaître possible guide éclairé du prince. Il raconte n’importe quoi sur la construction de l’Europe. Le marché européen a été piloté depuis Washington face au bloc russe depuis 1945. L’Europe a toujours été un mythe qui excitait les vieilles bourgeoisies désireuses de redevenir maîtresses du monde, comme la Chine peut s’accrocher pour redevenir le présumé Empire du Milieu, céleste dominateur du monde. El Karoui reprend le même raisonnement que les gauchistes des sixties qui assuraient que des pays arriérés « libérés » du colonialisme allait gicler l’exemple pour la révolution prolétarienne mondiale, mais en plus minable : copions le protectionnisme du capitalisme chinois primaire pour retrouver la croissance et payer mieux à nouveau « nos classes moyennes », incluant un bon quota d’immigrés diplômés. Balivernes : copié collé !

Au fond toujours musulmaniaque, ce sacré El Karoui nous propose, bonnet d’âne à la main : « d’inventer une religion européenne » (p.206). Et il repart fissa dans l’identité française, refusant de considérer qu’elle ait été fabriquée avant le XIXe siècle (et 1789 ?). Jusqu’à sa prétendue désoccidentalisation du monde (le monde est capitaliste pas occidentalisé), la France éclairait un peu et l’Europe « guidait l’humanité par les progrès qu’elle parvenait à faire faire à l’esprit humain ». Quel charabia ! Il termine par force coups de chapeaux à Balladur et à Sarkozy ces grands penseurs d’une … occidentalisation rajeunie. Pour que « l’Occident redevienne une référence » (p.227). Quel retournement final ! Après nous avoir fait le coup (vieille blague) de la mort de l’Occident, voici que le prophète capitaliste libéral, en tenue blanche et chaussures crocos nous fait son gentil sourire de cadre bankster. L’islam doit revenir une foi, et pas disparaître. La France doit assimiler cette religion ou disparaître. C’est ce qui se lit entre les lignes. El Karoui n’aura aucun prix au concours Lépine.

El Karoui a échappé miraculeusement (grâce à Allah ?) à la véritable question posée par la crise systémique mondiale : Guerre ou révolution prolétarienne ? Ce vieil aveuglement de parvenus qui ignorent la capacité d’initiative des masses prolétariennes du monde entier.

ADDENDA I: El Karoui ne nous définit jamais ce que sont les « acquis occidentaux » dans le présent. La révolution industrielle a fait long feu mais on ne peut pas dire encore que le capitalisme moderne est devenu incapable de révolutionner sans cesse les instruments de production ; les principales découvertes et brevets proviennent toujours des anciennes puissances européennes et des Etats-Unis. Les acquis politiques des pays développés sont par contre très discutables et relatifs: la démocratie permet un semblant de liberté d’aller et venir, limité par l’argent et la contrainte professionnelle de toute manière, elle est caricature de vraie démocratie au niveau du trafic népotiste électoral dominant, le contrôle policier de la société civile n’est pas moindre qu’en pays dictatorial sous-développé, les syndicats sont des syndicats de république bananière, le statut public de la femme est certes beaucoup plus libre et protégé qu’en pays musulman (la plupart des femmes maghrébines rêvent de vivre libres en Europe) mais la femme reste une inférieure sociale et un objet sexuel de marketing. En réalité, la démocratie réelle n’est plus liée au développement du capitalisme en Europe comme en Chine ; en Chine les choses sont claires, elle est interdite de cité quand, en Europe ou aux Etats-Unis, elle n’est plus qu’une sinistre parodie de consultation des peuples (cf. le traité de Lisbonne refusé par les électeurs mais avalisé par les fonctionnaires de Bruxelles). Le refus français taxé de ringard et chauvin par les élites de Bruxelles, a manifesté plutôt une réticence positive indirecte du prolétariat à appuyer cette Europe fictive et irréalisable de dominos impossibles à assembler dans la perspective de la reconstitution d’un bloc pour la guerre.

Si l’on se situe hors du raisonnement de petit bourgeois arriviste, El Karoui pose tout de même des questions gênantes concernant l’avenir de la société moderne, qu’on la nomme multiculturelle ou multiraciale, questions qui n’existaient pas comme telles au XIXe siècle de Marx. Marx se contentait de généralités idylliques, paraphrasait les utopistes pour se garder de se projeter dans l’avenir avec des écumoires de sorcières. Argument un tantinet facile et dépassé. Dans la perspective du renversement de la société bourgeoise, on ne peut plus se permettre de dire à la façon du Marx anarchiste : on fait tout péter et après on verra.

- Les prolétaires n’ont toujours pas de patrie, mais dans les anciens pays dominants ils en ont toujours eu une, et dans les pays libérés de la colonisation s’est développé un nationalisme hystérique qui a bien oublié les guévaristeries et autres angéliques abolitions des frontières sous le communisme. Peut-on dire que la société bourgeoise décadente actuelle avec son multiconfessionnalisme et son antiracisme serait une préfiguration de la société communiste sans frontières ? OU bien qu’il s’agit d’une mystification sur une base économique pourrie qui rend impossible la fraternité des peuples et des prolétaires en concurrence sur un marché du travail mondialisé et en rétrécissement ? Ne pourrait-on pas resituer comme partie du programme communiste que la société entière devra être réinventée du sol au plafond, mettre fin à la sous-alimentation sans attendre l’application lointaine de la taxe gauchiste Tobin, calculer les vrais besoins, équiper partout avec les mêmes matériaux urbains respectant l’écologie, mettre fin au déplacement anarchique des populations miséreuses en leur donnant les moyens du développement sur place, etc.

- Avec ce qu’il faut bien toujours considérer comme une sorte de décomposition sociétale du capitalisme, peut-on prendre exemple sur l’utilisation perverses des diverses religions par les Etats capitalistes pour prétendre qu’on continuera à leur faire des concessions à la superstition antique au nom de la « liberté de penser », « liberté de culte », alors que le financement des cultes sera immédiatement supprimé, tout comme la rétribution des intellectuels religieux fainéants : curés, imams, rabbins, et sorciers divers ? Et parce que l’humanité n’aura plus besoin de « prier » dans les nuages de la superstition mais d’exister vraiment sans les chaînes séculaires de l’oppression.

Le communisme ne peut pas être uniformisation, mais sa diversité culturelle et scientifique – conservant les apports précieux de l’humanité – ne peut pas être confondue avec le bordel élitaire et bigot du capitalisme. El Karoui n’est pas loquace non plus sur cette identité métissée pour laquelle il milite. « Il ne faut pas s’inquiéter de voir disparaître une certaine façon d’être français », nous a-t-il assuré ? Faisait-il référence à ses cousins pauvres (et éloignés de son statut social élitaire) de banlieues qui moquent « le gaulois », version caillera du beauf avec baguette et béret ? Car il existe autant un racisme anti-français dans l’hexagone qu’un racisme anti-blanc en Afrique… Dois-je être complexé d’être natif de cette contrée dite « terre catholique » mais dont je n’ai pour héritage que les belles montagnes et les rivières généreuses, qui a longtemps été pour les révolutionnaires du monde entier une « terre d’asile », et accepter une « nouvelle façon d’être français » en supportant que des imams arrogants en pyjama et longues barbes viennent remplacer les robes noires des curés disparus dans la surveillance des rues ? (pour vérifier si le ramadan est bien appliqué ou s’il n’y a pas couple adultérin). L’humanité ne sera pas libre tant que le dernier curé n’aura pas été pendu avec les tripes du dernier syndicaliste et le dernier imam avec la ceinture du dernier flic. Et le dernier flic avec le… Bon j’arrête là l’imagerie nanar-situ extravagante, tous ces fainéants pourront être recyclés sans les zigouiller dans des camps de travail… écologiques par exemple. Mais gageons que les nanarchistes qui vont me lire vont hurler au retour de Staline alors qu’ils se sont réconciliés et ligués avec les derniers staliniens pour décréter qu’il valait mieux une bonne société parlementaire à l’affreux régime bolchevique.

Le communisme peut dépasser le multiconfessionalisme, qui n’est que l’orchestration de la division des peuples, consolation religieuse pour les pauvres, et nullement un échange permanent cultuel ou culturel. Le communisme ne signifie pas la table rase de toutes les anciennes cultures nationales, mais il est évident que l’abolition réelle des frontières conduira à une humanité supérieure, au-delà du progrès national incontestable représenté par l’abolition des patois au profit d’une langue unique, laquelle langue maintenant devra être universelle même si elle conserve les anciennes dans des universités ou des archives locales spécialisées. El Karoui, comme la plupart des cadres supérieurs issus des écoles élitaires ne connaît rien à l’histoire concernant l’histoire des nations, qu’il lise par exemple comment le grand Engels entrevoyait le chemin vers l’unification: « Certes, pendant tout le moyen âge, les frontières linguistiques et nationales furent loin de coïncider ; mais, à l’exception peut-être de l’Italie, chaque nationalité était tout de même représentée en Europe par un grand Etat particulier, et la tendance à établir des Etats nationaux qui ressort d’une façon toujours plus claire et plus consciente, constitue un des principaux leviers de progrès du moyen âge. » (La décadence de la féodalité et l’essor de la bourgeoisie).

ADDENDA II : Impossible de résister à l’idée de reproduire les projections sur la Chine des Marx et Engels.

- « L’industrie et le commerce de la vieille Europe devront faire des efforts terribles pour ne pas tomber en décadence comme l’industrie et le commerce de l’Italie au XVIème siècle, si l’Angleterre et la France ne veulent pas devenir ce que sont aujourd’hui Venise, Gênes et la Hollande. D’ici quelques années, nous aurons une ligne régulière de transport maritime à vapeur d’Angleterre à Chagres, de Chagres et San Francisco à Sydney, Canton et Singapour ». (cf. Nouvelle Gazette Rhénane n°2, février 1850, trad Roger Dangeville).

- « La seule chance pour que les pays civilisés d’Europe ne tombent pas dans la même dépendance industrielle, commerciale et politique que l’Italie, l’Espagne et le Portugal modernes, c’est qu’ils entreprennent une révolution sociale qui, alors qu’il en est encore temps, adaptera l’économie à la distribution, conformément aux exigences de la production et des capacités productives modernes, et permettra le développement des forces de production nouvelles qui assureraient la supériorité de l’industrie européenne et compenseraient ainsi les inconvénients de sa situation géographique ». (ibid)

- « Il peut paraître très étrange et paradoxal d’affirmer que le prochain soulèvement des peuples européens en faveur de la liberté républicaine et d’un gouvernement bon marché dépendra probablement plus de ce qui se déroule dans le Céleste Empire – au pôle opposé de l’Europe – que de toute autre cause politique actuelle » (Marx : La révolution en Chine et en Europe, New York Daily Tribune, 1853).

Et si c’était vrai ?

(*) Hakim El Karoui cumule des postes de pouvoir, outre une naissance grande bourgeoise, cet avocat du protectionnisme européen est directeur adjoint de la banque Rothschild, ce dit « intellectuel inclassable » est aussi maître d’œuvre d’un institut pour la culture musulmane, acoquiné avec Rachida Dati pour des projets divers et n’a jamais caché avoir voulu miser sur le bon cheval… Sarkozy. Mais rien n’est impossible au pays de l’oligarchie des valets interchangeables.