"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».

Marx (L'idéologie allemande)

jeudi 13 janvier 2011

Une anthologie syndicale avec d’étranges lacunes



TRAVAILLEURS CONTRE BUREAUCRATES, anthologie n°1 par Yves Coleman avec sa revue sous forme livre « Sans patrie ni frontières », sous-titrée en plus « Ni Etats, ni Eglises, ni « races » ni ethnies, traductions et débats ». (2010, 463pages, 12 euros).

« Le syndicat n’a pas de but final ».
Kautsky


A qui s’adresse Coleman ? Certainement pas à la classe ouvrière puisqu’il n’existe pas pour lui de frontières de classe mais une guimauve humaniste anti-raciste laïque comme ses nouveaux sous-titres le confirment ? S’agit-il d’une entreprise académique comme avec les crétins Lanuque et Ubbiali, vieux chevaux de retour du trotskysme bobo de « Dissidences » ? D’une conversion magique de cet ancien petit chef de rayon de LO au bordiguisme? (par la place centrale accordée aux textes anciens du bordiguisme français).
Non, vu la diffusion réduite de son auto-édition, et comme il le remarque dans son introduction, s'il veut donner des leçons de critique des appareils syndicaux c'est à « la plupart des militants de la gauche radicale » qui ont tout oublié – s’ils n’étaient pas déjà totalement ignorants – du passé du crétinisme syndical :
« Oubli » lié à la volonté des bureaucraties « ouvrières » de camoufler leur fonction ; à la progressive disparition de toute formation politique au sein de la plupart des organisations anarchistes ou trotskystes ; à l’enseignement de l’Histoire au collège et au lycée où fascisme et communisme sont présentés comme des idéologies équivalentes et les révolutions survolées très rapidement ; mais aussi aux calculs opportunistes de l’extrême gauche, toujours à l’affût d’accords « tactiques » avec de fantomatiques « ailes gauche » des syndicats ».

Drôle de titre racoleur... pour bobos syndicaux! "Travailleurs" fait très "salariés" façon Arlette ou Nanard Thibault! Que signifie cette épithète "bureaucrates"? Pendant des décennies en milieu ouvrier, je peux vous assurer que ce ne fut jamais considéré comme une bien méchante injure, mais un synonyme d'employé de bureau, de col blanc ou de trou du cul chef; même juste après 68 les bonzes syndicaux riaient d'une telle appellation par leurs concurrents gauchistes. Les vieux gauchistes restent persuadés que c'est une accusation "subversive" comme celle de "traîtres" à répétition; les caractérisations d'ennemis des ouvriers ou de complices de l'Etat n'étant que des "exagérations ultra-gauches". Même si elles sont ultra plus près de la réalité...

Le projet éditorial de Coleman est depuis longtemps un effort pour faire accepter comme normale sa bouillie d’idéologie trotskienne non digérée et de faire avaler ses publications comme une entreprise d’édition ordinaire – collectant des opinions parmi d’autres, toutes également dignes de considération. Cette auto-revue ne cherche nullement à débattre avec quiconque car son grand ponte sélectionne les textes selon son bon vouloir sans souci de cohérence, ni de chronologie.Il tient un ou deux débats de café par an et est sponsorisé par le site socialo-libertaire La Bataille bouillabaisse avec le cuistot Dussot, le bien nommé.
Ce qui n’est pas fait pour nous étonner chez les défroqués trotskiens retournant à l’anarchisme humaniste, mais comme faux semblant car la démarche reste hyper sectaire et individualiste stalinienne. Sous les intentions louables de faire retour à l’histoire du syndicalisme crapuleux oublié par les crétins des « ailes gauche » des syndicats, et autres sudistes mollassons, Coleman, non seulement est sans méthode mais d’une part il passe sous silence l’histoire réelle et ancienne du réformisme anarchiste syndical – plus par son ignorance crasse des débats de la IIème Internationale et des écrits de Dangeville – et d’autre part – par avilissement politique trotsko-stalinien – il gomme de l’histoire la critique des syndicats en Russie (cf. le Que faire anti-économiste de Lénine), il ne dit rien des grands critiques du conservatisme syndical des Kautsky, Pannekoek, Bordiga (par ex. son vieux texte « Le mythe du syndicat révolutionnaire » aurait eu sa place avant le gentil texte d’histoire ‘Cadre historique du mouvement ouvrier français’, d’un petit PCI opportuniste des sixties défenseur du calamiteux « syndicat rouge » mité aux manches, et sur le déclin bien avant 1968).
Notre bedeau de la convivialité libertaro-trotskienne fait profession d’effaceur d’histoire en ignorant l’expérience du centre du mouvement ouvrier – l’Allemagne des années 1880 aux années 1920 – et surtout, à la manière du clown Castoriadis – en passant sous silence les principaux théoriciens et critiques du syndicalisme, les Marc Chiric (les premiers véritables textes critiques en France de la nature du capitalisme et sur son intégration à l’Etat se trouvent dans la revue Internationalisme 1945), les Péret, Munis, Raoul Victor.
Est-ce dû à une mesquine vengeance contre le groupe Révolution Internationale (continuateur de la Gauche italienne, de Bilan et la Gauche allemande) qui, en 1976, avait caractérisé l’apparition de la scission de LO « Combat communiste » d’avorton du capital (Coleman était dans cette barque avec son copain de Mouv. Com.) ? Auquel cas Coleman peut accepter d’être considéré comme un vieux partisan borné mais non pas comme il le prétend, une sorte d’historien neutre, innocent les mains pleines ?

Tiens qu’est-ce qu’un innocent les mains pleines ? C’est un mec qui vient de s’emparer des bijoux dans la boutique du bijoutier, dont la vitrine a été cassée lors d’une émeute. Le type s’est baissé et a ramassé tout ce qu’il a pu sans chercher à savoir la valeur des pendentifs ou des colliers. Il a donc été pris la main dans le sac par la police, laquelle se moque bien évidemment de lui car il n’a ramassé que du toc (en vitrine on ne met jamais les bijoux de grande valeur). C’est exactement le même cas pour le collector Coleman. Sa vitrine à lui, c’est la poubelle internet où il a été ramasser des vieilleries anarchistes, se retapant en plus les textes faiblards du groupe néo-trotskien Combat communiste (avec plein de coquilles) mélangés sans se soucier de leur pauvreté comparée à ceux du PCI ou des RKD de 1945, et, sous couvert d’une restitution neutre d’historien, sans jamais (être en mesure) critiquer leur raide soubassement trotkien aménagé.
Coleman est un centriste gauchiste malin. S’il n’avait lancé sa compil que derrière le calamiteux Ernest Mandel, pape du trotskisme belge et théoricien de tous les révisionnismes sociologiques de la lilliputienne IVe Internationale, on eût dûment rigolé de ce remugle de fidélité au trotskisme disparu. C’est pourquoi il fait suivre l’abominable exaltation de la double nature syndicale mandébilienne d’un historique du mouvement ouvrier français par la vieille et très honorable génération des fondateurs (Suzanne, Voute, Lucien Laugier, Dangeville, Camatte, etc.) du début des sixties. Le PCI et ses légendaires fondateurs (qui résistèrent aux sirènes de S ou B) était pourtant sur la pente opportuniste, et dans sa conception invraisemblable du parti immanent et dans sa conception du « syndicat de classe » version à peine améliorée du modèle éducationniste et rabatteur du trotskysme petit bourgeois.
Le démocrate anti-raciste Coleman s’est bouché le nez en repiquant ces textes, qui font radicaux, en arguant qu’il n’approuvait pas l’opuscule « Auschwitz le grand alibi » (« qui aurait dû être rendu à la critique rongeuse des souris"); mais on a pas besoin de lui pour défendre le camp maximaliste. Comme tous les maquignons en mal de reconnaissance par la bourgeoisie il tenait bien évidemment à l’assurer de son intentionnalité bienséante et de son honorable antiracisme démocratique, en mémoire sans doute de la belle Voltairine de Cleyre ou de l'affreux Voltaire tout cours.
Pour l’essentiel, la pensée de Coleman est donc bien condensée dans le texte à chier du théoricien de la petite bourgeoisie universitaire et syndicaliste, Mandel. Pour ceux qui ne l’ont pas lu sur le web, ce texte désastreux de cuistrerie et de confusion résume toute la pensée petite bourgeoise du gauchiste arriviste à l’anar en mal de promotion sociale, un véritable bréviaire néo-stalinien qui fait (mais oui) carrément l’apologie des salopards permanents (mais je démonte le docteur es syndicalisme Mandel dans mon propre livre « L’aristocratie syndicale » pour ne pas perdre mon temps à m’appesantir plus ici). A lire absolument pour vous dégoûter à jamais de l’idéologie trotskienne, idéologie bourgeoise extérieure au prolétariat, avec laquelle le boutiquier Coleman a trop frayé pour rompre le cordon syndical . Le livre ne vaut d’être acheté, outre pour bien connaître les âneries anarchistes et ce pitoyable Mandel, que pour sa reproduction des excellents textes bordiguistes du début des sixties (une leçon d’histoire sur les méfaits de la petite bourgeoisie, totalement ignorée par l’autre courant maximaliste RI et Cie…) et le cours texte lumineux de Malatesta (quelle belle déniaiserie de la grève générale !) ; le reste du fouilli anar et coopérativiste peut être lu sur le web. Le bilan de 68 des copains du groupe anarcho-terroriste MC est vraiment pas terrible, ouvriériste ras de pâquerettes et franchouillard ; il ne met pas en évidence l’essentiel de 68 : la fin du caporalisme syndical et la vision de la classe ouvrière comme séparée des syndicats.

J’aime trop les anthologies quand elles ne sont pas des compilations pour éviter de voir la lumière, mais d’un Panthéon trotskien je ne veux point.

P.S.: LES SYNDICATS C'EST POUR LES VIEUX.
Comme de bien entendu les syndicats français - en communion nationale avec les intérêts franco-bourgeois en Tunisie et Algérie - n'ont toujours pas protesté contre le massacre de nos frères de classe ni planifié de manif comme ils ont été capables de le faire l'an passé pour leurs vieux cotisants de l'aristocratie ouvrière. Il est vrai qu'au Maghreb il n'y a du travail (et des ressources) que pour les vieux, comme le confiait à un journal de métro un jeune émeutier. Les jeunes ne sont donc pas prêts de se syndiquer des deux côtés de la Méditerranée malgré les leçons baveuses de syndicalisme de Coleman et son maître Mandel.

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