"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

vendredi 9 novembre 2007

L’ARGENT DES RICHES

ET LE CREPUSCULE

DE LA PETITE BOURGEOISIE

« La bourgeoisie n’est autre que l’intérêt parvenu à satisfaction »

Victor Hugo

« Les riches et les filous sont les deux faces d’une même médaille ; ce sont les deux catégories principales de parasites nourris par le capitalisme ; ce sont les principaux ennemis du socialisme, des ennemis qu’il faut placer sous la surveillance particulière de toute la population… »

Lénine (Comment organiser l’émulation ? 27 décembre 1917)

19331 euros par mois. La nouvelle paye du Président a affolé brièvement les gazettistes et flanqué des boutons aux petits bourgeois. Rien de bien extraordinaire pourtant. Comme avec le coup du Fouquet’s au soir de son élection ou le séjour en Méditerranée avec Madame Ex à bord du rafiot d’une star patronale. Sarkozy montre encore une fois que l’exemple de la richesse sociale qui commence par soi-même. Il peut toujours arguer qu’il s’agit d’un réajustement plus clair que les rémunérations obscures de bouche ou de cul de son prédécesseur. Croyez-vous que Chirac se laissait rétribuer trois fois moins que ses premiers ministres ?

Chirac touchait bien les officiels 6700 euros brut pour l’Elysée, mais on lui ajoutait 13 000 euros de pensions diverses, ce qui lui rapportait 20 000 euros au total, sans payer non plus de loyer ni les banquets et avions républicains ; mais le parasite en chef de la nation puise en vérité ce qu’il veut dans les caisses noires de l’Elysée ; çà déborde même des armoires et menace de s’envoler comme dans l’ultime razzia de Kubrick. Le seul problème qui devrait intéresser les journaux people (mais ils n'ont pas osé) est de savoir si la pension alimentaire de Cécilia-Antoinette sera calculée sur l'ancien ou le nouveau salaire du blaireau.

LA DEMOCRATIE DES MILLIARDAIRES RIEURS

Les députés, qui ont votés pour le passage du budget de l’Elysée à 100 millions d’euros, sont eux-mêmes épaulés par des pensions diverses dont la plus scandaleuse est la retraite cumulable : une mandature = 1500 euros, deux = 3000 euros, cinq = 1500 X 5, etc. Les députés sont eux-mêmes membres des conseils d’administration ou des mêmes « loges » que les patrons, et ils se tiennent tous par la barbichette. Les élections sont les clés de la tirelire luxueuse.

Le gagnant-gagnant dans les payes princières reste Strauss-Kahn ; ce bourgeois recevra comme directeur du FMI, 295 000 euros net d’impôts, et une allocation forfaitaire de 75 000 dollars. Le blaireau Sarko fait perdant avec ses 231 972 euros par an, même s’il ne paye pas de loyer non plus.

Pour les bouffons Zemmour et Domenach qui se pavanent sur i-télé, c’est normal que « Nicolas » soit devenu fou du fric. Regardez, dirent-ils, lors de la soirée au Fouquet’s la liste des invités ne comportait que des membres du CAC 40… il y avait de quoi avoir des complexes face à des stars patronales qui émargent à plus de 3 millions d’euros par an !

L’un des pitres confia comprendre les réajustements en cours :

- les salaires patronaux ont explosé, avant il y avait parité entre revenus des politiques et des entrepreneurs, il est normal qu’il y ait un certain rattrapage, même si les disparités sont sans commune mesure avec ce que gagnent les animateurs de télé, les patrons du CAC 40 et les grands journalistes…

La gauche caviar et ses syndicalistes payés deux fois le SMIC poussent des cris d’orfraie. Le SMIC était à 1280 euros en juillet dernier et s’il avait dû bénéficier de la même hausse de 140% pour le blaireau, il serait de 3010 euros/mois, c'est-à-dire un salaire de cadre inférieur.

Ils nous font rire tous ces jaloux car ils défendent au fond la même hiérarchie sociale et politique et se battent pour les mêmes places à chaque élection !

Sus aux patrons ! Or la plupart des patrons de PME ne dépassent pas les 3973 euros/mois, c’est-à-dire la moyenne des salaires des cadres supérieurs planqués dans les grandes entreprises publiques et des chefs des partis de gauche. Certains petits patrons privés ne gagnent longtemps que le SMIC, certains sont moins rémunérés que leurs employés.

Donc un patron du CAC 40 gagne 100 fois plus qu’un patron de PME, tant mieux pour lui. Les « retraites chapeau », les « parachutes dorés », les « primes de performance » n’ont plus de limites bien qu’un cabinet, Proxinvest, ait fixé à 240 fois le SMIC « la limite socialement acceptable des revenus de dirigeants ». Les disparités sont encore pires au Royaume Uni et aux Etats-Unis….

Evidemment les grands patrons réinvestissent mais le plus souvent, de plus en plus, dans la mafia financière des banques, pas pour créer des emplois…

Evidemment nous les prolétaires on n’en a que foutre de ces salaires faramineux, on n’a pas besoin d’avoir quinze voitures au lieu d’une, quatre bifteck au lieu d’un, etc. Cette minorité de richards n’est pas un problème : les 50 dirigeants du CAC 40 + Sarkozy + les généraux et syndicalistes les mieux payés, pourront tous tenir dans les murs de la prison de la Santé.

Le problème politique principal n’est pas constitué par cette poignée de magnats et de radars de la finance gangstériste officielle, mais par les centaines de milliers de petits profiteurs des PME à 3973 euros/mois, leurs collègues cadres supérieurs des TGE (très grandes entreprises), les milliers de syndicalistes rétribués en sous-main, et les flics et magistrats parrainés, etc.

Il n’y a pas que les revenus des big stars patronales qui ont explosés. Il suffit de voir sur les routes l’explosion du nombre de big 4X4 et dans la campagne ou à la neige des résidences secondaires… Des milliers et des milliers de petits bourgeois profiteurs dans la banque, dans le commerce, dans les corps armés et humanitaires (ce néo-colonialisme impérialiste si bien éventé par l’Arche de Zoé) sont avides d’accumuler, prêts à toute prostitution pour s’enrichir toujours plus, avec comme exemple, certes lointain, la poignée de magnats qui les méprisent.

Ma mère disait toujours « il y a ceux qui en ont trop et d’autres pas assez ». Mais, on ne peut pas partir de là pour remettre en cause l’ordre capitaliste. A ses électeurs gauchistes et aux imbéciles de la secte LO, le politicien véreux Rocard répondait justement il y a des lustres : « il n’y aurait de toute façon pas de solution en répartissant l’argent mieux, car ce que gagnent au total la minorité des magnats, ne représente qu’une infime partie de la valeur du travail ».

Le mode de vie des couches moyennes friquées tend hélas à modeler la consommation de ceux d’en bas, et bien sûr la classe ouvrière qui reste pourtant la seule classe à montrer qu’il est plus important d’être que d’avoir et dont les éléments les plus conscients savent bien qu’il ne s’agit pas de réformer la hiérarchie extrême des salaires ni de mieux distribuer l’argent mais de l’abolir avec le salariat et l’Etat.

LA PETITE BOURGEOISIE NE VEUT PLUS TOMBER DANS LE PROLETARIAT

La petite bourgeoisie est une classe anxieuse par nature, qui est stressée dès qu’elle se rapproche des 1850 euros médians. Il est loin le temps où les enfants des couches moyennes s’imaginèrent « jouir sans entraves ». Mai 68, personne ne l’a dit clairement, avait vu les enfants de la petite bourgeoisie tomber (fugacement) dans le prolétariat, mais en s’imaginant à la tête des prolétaires, pas à leur traîne. Cette chute dans le bassin prolétarien n’avait pas entrainé une purification des corps et des âmes, ni un adoubement par les damnés de la terre industrialisée. Les progénitures petites bourgeoises gardèrent leurs tics d’éducation extérieure. Ils se devaient de conserver leur rang social comme leurs pères et ne se conçurent que comme donneurs de leçons aux bases salariales. Leur culture politique limitée à un survol de Bakounine, Staline, Lénine et Trotskine conféra à leurs discours d’AG estudiantines un efficace training à leur future carrière de managers du PS, de professeurs d’Université et de cadres de services publics. La plupart entrent désormais dans la catégorie des retraités salariés les plus aisés, grands bénéficiaires de la révolution mitterrandienne et jospiniste. En Angleterre et en France on trouve en général les hôtels pleins de ces têtes chenues de rentiers de la révolution qui s’étendit du boul Mich’ aux résidences en Méditerranée et qui végètent dans l’espoir d’un loisir rentier infini. La petite bourgeoisie s’affole face à la crise des caisses de retraite et y voit une remise en cause de son confort en fin de carrière. Peu de caisses de retraite sont nées d’initiatives ouvrières. Aux beaux jours du syndicalisme révolutionnaire, les militants ouvriers étaient hostiles à l’idéologie de prévoyance sociale, très vite récupérée par le patronat, car détournant les travailleurs du projet révolutionnaire en favorisant le repli sur la vie familiale.

Je partage avec N.Sarkozy ce dégoût pour cette population bobo (pas pour les mêmes raisons certes), qui, occupant les deux tiers des grandes cités, empêche la droite caviar de rafler la mise. Les pires ne sont pas souvent ceux qui occupent le haut de la galerie mais cette couche moyenne inférieure composée des intellectuels ratés des cryptes trotskiennes et de l’ultra-gauche qui, piteusement, se revendiquent encore d’une vague révolution. Ils restent mécontents, non pas que la révolution n’ait pas eu lieu, mais d’être remisés au rang des couches inférieures de la société, sans pouvoir prétendre dicter leurs conditions aux ouvriers et à leurs progénitures émeutières.

Ce milieu hétéroclite d’échoués intermédiaires du système a cru brièvement en un changement radical et rapide à leur profit en supposant prendre la tête de la classe ouvrière (aux deux sens du terme). Face à l’apathie méfiante de la classe ouvrière, le rêve de pouvoir a viré au cauchemar mitterrandien : ils s’affirmèrent encore comme un tampon amortisseur entre bourgeoisie et prolétariat, sous couleur verte et bio. Le syndicalisme, sponsorisé ou gratuit, leur sert à marginaliser les ouvriers dans leurs luttes et à prétendre disparue l’identité prolétarienne au profit d’une citoyenneté de pacotille.

Cette petite bourgeoisie politique intellectuelle sent désormais le rance aux côtés de la petite bourgeoisie artisanale archaïque et raciste. Elle est assez représentative de l’aspiration vers le haut de la hiérarchie sociale d’une masse importante de la population autochtone qui a entrainé un appel d’air pour une immigration peu qualifiée, permettant même à une mince couche de la classe ouvrière de se prendre pour une « aristocratie ouvrière » syndicaliste et enseignante, soluble dans les couches moyennes inférieures.

Les jeunes des couches moyennes ont cessé d’être des acteurs politiques de premier plan des sixties, puisqu’ils ont vieilli. Dès les années 1980, l’âge moyen du représentant syndical et politique était de 45 ans, puis de 59 ans en 2000. Malgré quelques leaders des mouvements étudiants petits bourgeois successifs jusqu’au CPE, voués à un avenir de caciques du parti bourgeois PS, et excepté le pâle Besancenot, la vie politique reste rythmée par des « vieux » politicards. Les jeunes prolétaires ou étudiants ne retrouvent leur voix subversive qu’en temps d’émeutes et de révolutions.

Le déclassement social qui frappe à la fois les enfants de la classe ouvrière et ceux des couches petites bourgeoises ne les montre pas encore prêts à remettre en cause l’ordre politique et social bourgeois. Le suicide ou la prostitution restent l’horizon partagé.

Depuis le XIXe siècle, la petite bourgeoisie, malgré son hétérogénéité et son opportunisme politique, avait toujours prétendu incarner l’idée de progrès. Historiquement la petite bourgeoisie n’est plus qu’une figurante dans la dérisoire révolution sociétale. Elle ne peut plus prétendre être une élite de rechange dans la mesure même où elle ne peut se défaire de l’idéologie de la hiérarchie. Elle veut bien commander mais ne plus être commandée. Elle regarde le prolétariat comme une classe en dessous qui oublie son histoire, qui vote mal, qui a une hygiène de vie déplorable, qui est raciste et homophobe, qui se contente de son pouvoir d’achat dans les supermarchés.

Dans la crise économique qui avance inéluctablement en aggravant le chômage de masse et en paupérisant des couches de plus en plus larges des intermédiaires, la petite bourgeoisie politique intellectuelle rêve de reprendre son rôle d’élite de rechange et réoccuper ce terrain perdu de la contestation politique des sixties. Hélas leur immaturité politique, ce mépris hiérarchique pour la classe ouvrière inférieure, et leur impuissance à proposer un avenir réellement révolutionnaire, les rendent inaptes à prétendre redevenir la tête du prolétariat. Le savoir qui était la prérogative principale de la petite bourgeoisie en milieu ouvrier est caduque. Plus personne n’a besoin de leur savoir aliéné. La crise morale et politique qui marque le quarantième anniversaire de mai 68 confirme, non le déclin de la classe ouvrière, mais le déclassement politique de la petite bourgeoisie, érodée entre gauchismes et PS. Les discours incantatoires et très conservatoires de l’idéologie démocratique bourgeoise ne sont que les chrysanthèmes du cimetière de la petite bourgeoisie comme classe poreuse et évanescente.

JLR

1917’s Old Birthday :

LES COMMERES HYSTERIQUES

CONTRE LA REVOLUTION

Qui eût cru que le 90ème anniversaire de la révolution d’Octobre 1917 entraînerait autant de cris et de fureurs contre toute exemplarité de son souvenir ?

Il est vrai que ce 90ème anniversaire coïncide pratiquement avec le 40ème de cet autre événement dérangeant pour l’ordre dominant, Mai 68 (que les mêmes hystériques intellectuels de gouvernement tentent de rabaisser à une simple révolution sexuelle…).

Les médias bourgeois mettent le paquet. Surtout les médias financés par l’industrie de l’armement comme la chaîne Arte et Le Monde, sans oublier les maisons d’édition contrôlées toutes par les magnats corrompus de l’industrie et du pouvoir. On va vérifier ici que la hargne anti-bolchevik est de type perverse narcissique bourgeoise…

La presse bourgeoise est en crise et le livre aussi, c'est-à-dire qu’elle ne vit plus à partir des sous des lecteurs, lesquels n’y voient plus que mensonges. La presse bourgeoise est tenue à bout de bras par la finance capitaliste (cf. débat sur i-télé le 8 novembre), du Figaro à l’Huma et aux Echos.

Commençons par l’édition moins people et qui instille son venin dans la durée. Un épais livre est balancé aux meilleures places des étals de libraires depuis trois mois : « La révolution russe 1891-1924, la tragédie d’un peuple » d’Orlando Figes, universitaire britannique, au penchant sociologue et ignorantin volontaire de l’histoire et des débats des révolutionnaires, persécutés par le stalinisme, roulés dans la boue par les actuels laquais intellectuels de la bourgeoisie arrogante. On ne mord pas la main qui vous nourrit.

VERSION GUTENBERG

L’introduction de Marc Ferro résume tout à fait le néant structuraliste et anarchiste de l’épais livre. On ne pouvait souhaiter pire pour commémorer les 90 ans de l’inquiétante révolution d’Octobre 1917. Le propos central de Figes est de dénier tout rôle aux bolcheviks. Ce brave universitaire cite à plusieurs reprises l’assertion de Lénine : « pour que s’accomplisse une révolution, il n’est pas besoin de révolutionnaires, il suffit de laisser agir les dirigeants ». A partir de cette assertion naturellement évidente pour nous aussi, l’universitaire et son sponsor de France 3, peuvent valider une énième version anarchiste de la révolution russe.

On nous assure que le vrai révolutionnaire est le petit paysan indigné par la longue humiliation subie sous le régime tsariste. Foin des « textes sacrés de la tradition socialiste, marxiste ou non », pour comprendre « l’accomplissement des événements de 1917 » ! Ce qui est déjà de la pure bêtise de la part de l’auteur et de son présentateur. Car prétendre « irriter tous ceux » qui y ont vu « l’effet de l’action des révolutionnaires » avec du vent et une description à la petite semaine ne risque pas d’ébranler les solides piliers qui ont fait qu’Octobre 1917 demeure une révolution prolétarienne dérangeante, même 90 ans après. Se passer de l’histoire du mouvement ouvrier et de ses débats théoriques est comme boire à la bouteille avec un contenu vide. A la trappe le « monde ouvrier » qui, selon Figes « n’occupe pas le devant de la scène » ! A la fosse les Rosa Luxemburg, Trotski, Pannekoek, Bordiga, etc. ! Place aux paysans et aux soldats mais pour dénoncer leur violence primaire !

Orlando Figes est bombardé par le chevrotant Ferro « metteur en scène de talent » pour sa description de la lente décomposition du régime jusqu’à sa chute qui « n’est pas un putsch accompli par une minorité de gardes rouges », mais… (dans la même phrase pour mieux couler l’histoire du mouvement ouvrier) « mais une épreuve de force entre un gouvernement qui a perdu toute autorité et un réseau d’organisations dont le parti a su prendre la tête ».

L’appel à la paix fait le succès des bolcheviks, comme n’importe quel bédouin est obligé de le reconnaître, mais le petit paysan n’attend pas le décret sur la terre pour s’en emparer tout comme il lui apparaitra naturel d’affamer les villes…

Ferro prend le parti des anarchistes après Figes en estimant que la décision de construire le socialisme dans un seul pays débute avec la concession de la paix de Brest-Litovsk, ce qui est une imbécillité dénoncée depuis lors par tous les éléments conscients de la Gauche communiste, et non par la « tradition trotskiste et maoïste ».

Ferro se gausse que « les pouvoirs des nouveaux tyrans n’avaient pas de prise sur la société », ce qui est vrai (aux ministères des affaires étrangères tout le monde se rit du nouveau ministre Trotsky) ; au début en tout cas, dans le chaos…

Au lieu de prendre du recul et d’examiner ce qui était possible ou pas, et surtout de placer en parallèle les immenses massacres de la guerre mondiale, Ferro et son compère Figes nous entraînent dans les méandres de la Tcheka sans expliquer les raisons de son apparition et de la participation en son sein des anarchistes ou d’autres socialistes non membres du parti de Lénine. C’est de l’histoire sélective et people, avec photos, descriptions de bains de sangs et tortures garanties. Oubliées les tortures dans les tranchées, les yeux crevés au front, les corps décapités par les rafales. Dans la guerre civile voulue par la bourgeoisie, la « fureur populaire », comme en 1793, dépasse les politiques qui sont obligés (Lénine comme Robespierre) de surenchérir pour maîtriser la situation. Et, contrairement à ce qu’affirme Ferro, Figes ne se tient pas à équidistance des adulateurs et des pourfendeurs, il se joint totalement à ces derniers pour affirmer que les « leaders les plus déterminés » de Lénine à Staline « ont assumé tous les excès et même y ont contribué ». Qu’ils aillent dire cela à leurs maîtres anti-terroristes Blair et Cie dans leur façon d’assumer tous les excès de l’armée US en Irak !

Le mensonge anarchiste si répandu qui assure que le parti a absorbé toutes les institutions sociales et ouvrières fait mine d’oublier que l’aspirateur principal fût l’Etat, Etat remis en état pour la survie d’une nation enclavée, et donc n’explique en rien pourquoi au final la plupart des leaders bolcheviks furent exterminés.

On se répand sur les atrocités dont sont victimes les paysans, sans rappeler celles dont sont aussi victimes certains commissaires politiques envoyés à la campagne.

Ferro cite les avis de Staline et du prince Lvov mais cela ne parvient qu’à conforter l’osmose entre la population exploitée et le nouveau régime fragile, heureux d’être débarrassés du tsarisme responsable cynique d’une immense misère et de millions de massacres sans nom.

Les remarques de Ferro sont enfin d’une nullité crasse, du niveau de l’odieuxvisuel et si canichement rassurantes pour ceux qui le rétribue ; le monde n’est qu’un bout de poumon qui pourrit sur place : « la société apparaît ainsi comme une fourmilière désordonnée et le déroulement de l’histoire perd toute signification » (ouf !). La « description » du nommé Figes « prend le pas sur celle des doctrines et des débats théoriques sur le socialisme ». Et ta sœur, elle prend le pas sur ton père ?

En tout cas pas par votre porte-monnaie : inutile de claquer près de 40 euros pour cette étude au ras des foins de la fourmilière des pauvres. Il vaut mieux encore relire Anna Karénine ou le dernier Harry Potter.

VERSION PRESSE CORROMPUE

Incontestablement, c’est autour le la commémoration audiovisuelle par Arte que des intellectuels de second ordre sont lancés en meute pour non seulement ridiculiser mais aussi diaboliser les bolcheviks pire que les nazis, pour jeter l’effroi sur toute perspective (« rêverie » disent ces cuistres) de mise à bas du régime capitaliste.

L’hebdo bobo des cadres supérieurs de gôche, Le Nouvel Obs, dans son supplément TV avait déjà envoyé au front des poubelles à papier, son préposé Burguière. Ce premier plumitif brode et puise au même stock de structuralisme anarchiste que tous ses compères contractuels poussiéreux de la presse dépendante des magnats de l’industrie et de l’armement. Tous, on le verra, tentent de minimiser que la révolution communiste a été enfantée par la guerre capitaliste. Le petit obligé du Nouvel Obs écrit : « La Russie tsariste ne s’est pas effondrée sous le poids de sa misère et de son arriération, comme l’a prétendu longtemps l’historiographie soviétique, mais sous l’effet d’une brutale modernisation économique et culturelle qui contrastait avec l’immobilisme politique ». Puis le rôle des ouvriers est dénié, à l’unisson du patchwork d’Arte, ce sont les comités de soldats qui se sont mutinés ! Imbécile, les soldats n’étaient tous que des paysans et des ouvriers sous l’uniforme ! Lénine, dit le contractuel larbin du trust Perdriel « ne faisait confiance qu’à l’action putschiste de révolutionnaires à plein temps », alors que comme les compères au prurit anti-bolchevik de la version Gutenberg en librairie il a reconnu qu’il n’y avait pas besoin de ces soit disant professionnels pour pousser les masses à renverser le régime de misère et de guerre !

Autre commérage commun à toutes ces commères de l’ordre dominant, il faut à tout prix faire apparaître masses et parti bolcheviks comme différents. Il salue le « remarquable film » d’Arte pour sa palette d’historiens (tous aussi réacs et superficiels les uns et les autres, du vieux Ferro à l’historien militaire russe) et son « métissage obscur des habitudes » fondu dans la Russie éternelle!?

L’agression de concierge de l’ordre dominant est plus hargneuse, violente et perverse avec un certain Jan Krauze qui est chargé par un journal douteux, probablement le plus complaisant pour la bourgeoisie actuelle, et fort implanté en milieu intellectuel petit-bourgeois. Puisqu’il s’agit de Le Monde, il faut convenir qu’il justifie par cette éructation totalitaire toutes les répressions depuis bientôt un siècle contre les prolétaires opprimés.

Au nom de qui et en vertu de quoi ce monsieur Krauze s’autorise-t-il une telle morgue face à une expérience historique fondamentale ? Une commande obligée d’un des financiers de ce journal imbitable ? Pourquoi Le Monde n’a-t-il pas laissé la plume à des historiens d’envergure, pas si impartiaux ni hystériques ? Il suffit de lire sur le net les réactions indignées pour voir que ce journal bourgeois n’a pas fini de perdre des lecteurs depuis la révélation (incomplète) de sa face cachée. Vivement la faillite complète de ce torchon de larbins qui écrivent sur commande pour détruire l’histoire qui gêne !

Comme les organes de propagande les plus simplistes et racoleurs de la vieille bourgeoisie, tel « Je suis partout » de l’an 40, tel « Le parisien » de l’an 70, la série des trois articles – « Un étrange coup d’Etat », « La griffe de Lénine » et « Tout est permis » - évite de rappeler les conditions historiques, la lutte des classes et l’espoir formidable soulevé pour les centaines de millions de travailleurs du monde entier. Il suffit d’emblée d’instiller le doute et par des descriptions grotesques et dévalorisantes en criminalisant la trajectoire des militants socialistes. Les termes utilisés proviennent d’une haine pathologique de la révolution… sale. Le flic qui sommeille sous Jan Krauze déplore que les poils rasés de Lénine fassent mentir sa carte d’identité, sans compter des allures d’ivrogne d’un homme de l’ombre, qui se faufile pour entrer à Smolny sans laisser-passer.

Troubles sont aussi ces soldats déserteurs qui « craignent d’être envoyés au front ». Trouble les Trotski et Dzejinski qui organisent l’insurrection en faisant baisser les ponts qui permettent de s’emparer du centre de Pétrograd. Salaud de Lénine qui menace de faire fusiller ceux qui n’obéissent pas ! Et les généraux au front ils offraient un thé aux soldats qui refusaient de se jeter au-devant des balles ?

La révolution pue : « à l’institut Smolny… les délégués s’entassent… dans une puissante odeur de tabac et d’urine… ». Le décret « Tout le pouvoir aux soviets » est « purement tactique »… bien sûr, bien sûr avec un maraudeur comme Lénine il faut s’attendre à tout !

Comme Le Figaro de 1967 lors du 50ème anniversaire : « Lénine a fait faillite ».

Deuxième série : Lénine a des griffes. Le diable aussi. Le caniche Krauze se rue à nouveau pour minimiser l’impact de la guerre. Jamais il ne dénonce la guerre capitaliste. Ce n’est qu’une « terrible saignée » qui « a miné le tsarisme et révélé l’incapacité des élites » ! L’incapacité des élites à mobiliser pour la saignée ? Et qui remettent une couche d’offensive en juin 1917 alors que les milliers de soldats désertent. Les bolcheviks, pouah… « ils se sont contentés de prendre le train en marche » ; oubliés Zimmerwald et Kienthal !

Krauze montre qu’il regrette que les Romanov n’aient pas eu plus de poigne et Kerenski plus de capacité de répression contre les bolcheviks. Un caniche choisit toujours le camp qui le nourrit. Ce type doit être petit-fils de russe blanc. Les descriptions qui suivent révèlent une verve célinienne, avec ces bolcheviks assoiffés de sang et cet « illuminé » de Lénine à la « nuque grasse d’un bourgeois » mais aussi « l’air d’un notaire de province du Second Empire ».

Dans la diatribe haineuse il y a une large place pour le mensonge et la déformation malhonnête. Le petit Krauze point du doigt avec rage un texte de décembre 1917 « joliment intitulé » : « Comment organiser l’émulation ? ». Il distille l’interprétation avec une suavité toute d’hypocrisie : « on peut lire un appel « à débarrasser la terre russe de tous les insectes nuisibles », on mettra en prison riches et filous et « on les munira d’une carte jaune… pour pouvoir mieux les surveiller »… Krauze toujours !

Vous ne voyez pas là une allusion à une certaine extermination qui sert de credo à tous les magnats capitalistes et à la gauche caviar ? Malin le petit Krauze, mérite de l’avancement à Noël ou une invitation dans un yacht de Lagardère !

Le texte de Lénine, misérablement caviardé et faussé, est tout simplement génial et encore subversif (vous pouvez le lire intégral sur Internet). Dans l’improvisation du moment et face au chaos, Lénine fait confiance encore à la classe ouvrière pour gérer la société et croit à la possibilité d’un Etat prolétarien : « Il faut détruire à tout prix ce vieux préjugé absurde, barbare, infâme et odieux, selon lequel seules les prétendues « classes supérieures », seuls les riches ou ceux qui sont passés par l’école des classes riches, peuvent administrer l’Etat, organiser l’édification de la société capitaliste ». Et contre ce pauvre petit Krauze, Lénine ajoutait par avant : « C’est là un préjugé. Il est entretenu par une routine pourrie, par l’encroûtement, par l’habitude de l’esclave, et plus encore par la cupidité sordide des capitalistes, qui ont intérêt à administrer en pillant et à piller en administrant ». En résumé Lénine ne parle jamais d’exterminer quiconque mais d’envoyer les riches nettoyer les chiottes. Je suis, moi, encore tout à fait d’accord avec lui, mais à condition d’y adjoindre Krauze.

Enfin, en troisième lieu, le petit Krauze se lance au pas de charge contre la répression des ouvriers par le parti bolchevik, il évite soigneusement de parler d’Etat, car tout Etat (y compris celui, sarkozyste, dont il se réclame) aurait fait pire.

Les bolcheviks, « à peine parvenus aux commandes », se retournent avec une brutalité « inouïe » contre toutes les catégories sociales. Voilà bien la définition communément admise depuis le maccarthysme de « l’Etat totalitaire », parodie grossière de l’Etat démocratique bourgeois ! Alors que les ouvriers se fichent de la dissolution de l’Assemblée potiche et postiche, Krauze déplore une manif de protestation en janvier 1918 où les gardes rouges auraient fait une dizaine de morts (on n’en sait trop rien, l’anarchiste Berthier prétend dans son pamphlet libéral anti-bolchevik qu’il y en eût une centaine). Hélas. Hélas, mais chiffrage des morts ou bavures regrettables sont des épiphénomènes par rapport à la grandiose révolution.

Il est facile d’extraire les cas successifs de répression contre les ouvriers puis les paysans et de les égrener mais cela ne constitue pas une analyse objective de la révolution, tout au plus une pleurnicherie de propagandiste comme le triste sire Melgounov. La critique des erreurs ou des fautes de la révolution russe, on n’a jamais eu besoin des journalistes caniches pour la mener. Nous disposons d’un trésor de contributions théoriques de Pannekoek à Bordiga, et incluant aussi Lénine et Trotsky pour mesurer sereinement apports et erreurs.

Les journalistes accrédités à l’époque ne se soucièrent pas plus des ouvriers des usines de Poutilov que le sieur Krauze ne se soucie des chômeurs aujourd’hui ! Entre 1917 et 1921 il se passe d’autres événements qui interfèrent ou justifient mesures de terreur et répression : attentats terroristes anarchistes, incursions des armées blanches, refus des paysans d’alimenter les villes… Il est trop simpliste de présenter les bolcheviks comme des buveurs de sang, mais c’est bien au creuset des Dénikine (qu’il cite aimablement), Hitler et la bourgeoisie bc bg que puise notre petit Krauze. Les mots qui caractérisent la coercition nazie sont insidieusement glissés partout : pendaison d’otages, camp de concentration, villages gazés, lyrisme sadique, de la revanche sociale au pur banditisme, criminels pervers de la Tcheka, immenses bordels, tueries de masse…

Sur Internet l’article a rallié nombre de bourgeois outrecuidants comme celui-ci : « les bolcheviks sont indéfendables, ne les défendez pas, ces gens-là étaient des voyous, c’est tout ». A information de caniche réaction de caniche. Nous les prolétaires insurgés, quand on se lève pour renverser l’oppression capitaliste, on trouve toujours des laquais, pour nous traiter comme des voyous, pour nous traîner dans la boue, comme vous le fîtes, tas de lâches, devant les colonnes de Communards enchaînés à Satory !

Je tiens cependant à répondre ici à deux accusations infâmantes concernant le massacre des ouvriers à Astrakhan et sur le train de vie des dirigeants de l’Etat prolétarien. Nous qui sommes encore fiers de la révolution en Russie, nous ne la défendons pas cyniquement à la manière de la réaction stalinienne ou trotskienne, nous n’avons jamais accepté de fermer les yeux face à la réalité des révélations successives d’atrocités, même si cette vérité devait être dure et amère pour nous. Beaucoup de jeunes gauchistes, devenus léninistes, et aussi la plupart des militants radicaux ultra-gauches, n’ont eu qu’une connaissance tardive en Occident du massacre inouï de la grève de mars 1919 à Astrakhan ; deux à quatre mille ouvriers auraient été fusillés et noyés ! Deux ans avant Kronstadt, le nouvel Etat avait donc déjà massacré en masse les ouvriers. Cela ne détruit pourtant pas à nos yeux la révolution russe. Chaque révolution peut avoir sa Vendée, ses victimes innocentes, dans un cycle pas toujours clair des deux côtés de provocation-répression ; si cela est regrettable, encore faut-il le placer en comparaison des grandes « Vendées » du capitalisme : le massacre des Juifs en 39-45 et Hiroshima par exemple.

Il y a toujours, en 1919 comme en 1793, une certaine paranoïa révolutionnaire. Comme à Kronstadt plus tard, il semble bien, comme le déduit Nicolas Werth, que la violence de « l’Etat prolétarien » ait résulté de l’affolement dû à la situation géostratégique d’Astrakhan. Près de l’embouchure de la Volga, cette ville était le dernier verrou empêchant la jonction des troupes de l’amiral Koltchak et celles de Dénikine. La grève eût une telle ampleur qu’elle avait même entrainée l’insubordination d’un régiment entier et des soldats tuèrent une quarantaine de responsables bolcheviks. Situation dangereuse du point de vue du nouvel Etat près d’une frontière de la guerre civile. Kirov, futur enfant chéri de Staline, y joua le même sinistre rôle d’organisateur des représailles que Carrier lors de la révolution française.

Concernant le train de vie des dirigeants bolcheviks, le petit Krauze véhicule n’importe quoi, et mélange les privilèges que s’accordèrent les successeurs staliniens avec la relative simplicité du mode de vie des « vieux bolcheviks » plus dévoués jour et nuit à la cause de la révolution qu’à l’accumulation personnelle. Le concierge Krauze peut jeter ses commérages comme il sort les poubelles de ses maîtres. Il y aurait eu ceux qui s’étaient réservés les anciennes datchas des nobles (Trotsky celle de Ioussoupov) et un Zinoviev qui « traîne partout une ribambelles de prostituées ». Or, les datchas accaparées par l’Etat au début de la révolution, furent plus souvent louées ou attribuées provisoirement aux nouveaux responsables et aux employés justifiant d’ancienneté comme centre de vacances pour déstresser.

Cette chute du dernier papier graisseux du journaliste correspond à son titre « tout est permis » qui n’est qu’un détournement d’un commentaire dans le film d’Arte concernant la liberté de création artistique. « Tout est permis » signifie dans la bouche du petit Krauze illustré que les révolutionnaires étaient des pourris qui n’avaient accrochés leur ceinture au bar de la révolution que pour leur jouissance personnelle.

Pour ce concierge de la presse corrompue toutes les insultes contre les révolutionnaires sont douces aux oreilles de ses maîtres, et comme il y ajoute beaucoup d’hémoglobine – les bolcheviks ayant fait couler plus de sang que les généraux tzaristes selon lui – il sera beaucoup récompensé.

Je suggère qu’il remplace, à l’Académie française, Mme Hélène Carrère d’Encausse, lorsque celle-ci ira retrouver son dieu orthodoxe, car la dame qui a si bien analysé l’irruption de la canaille bolchevik du point de vue tzariste, est elle aussi petite fille d’une noble famille ukrainienne fidèle aux idéaux de la Russie éternelle.

VERSION TELE POUBELLE DE MONSIEUR OFF

La chaîne Arte passe pour une chaîne cultivée mais en général elle est de ce niveau culturel et objectif qui était si bien caractérisé par Jean Yanne : « quand j’entends le mot culture, je sors mon transistor ». La chaîne franco-allemande est même d’un esprit plus étroit que ses consoeurs people et les débats y sont zoigneusement enkadrés. Ses journalistes sont recrutés pour leur absence d’humour et d’esprit. Les sujets historiques sont soigneusement aseptisés et les sujets de société parqués par des spécialistes qui ont toujours un manche à balai dans le cul. On espère toujours malgré cela que la chaîne idéologique rigide va nous distraire par des images moins sottes qu’ailleurs.

Hélas avec la révolution russe, les cadrages sont de travers et les personnes interviewées dans des positions intenables, en coin sur un banc, sur un fauteuil penché et on ne voit qu’un bras ou un bout du torse. Cela reflète bien le patchwork imbuvable qui sert à évacuer les questions de fond. L’émission précédente avait été conclue par un commentaire crétin : « Trotsky est mort victime d’un système qu’il avait mis en place ». Merci encore Staline !

Annoncé à grands renforts de commérages hystériques comme on l’a vu, la version franco-allemande de la révolution russe nous laissait présager le pire. Si le Nouvel Obs nous avait presque annoncé une merveilleuse synthèse, on découvrit un bazar hétéroclite où surnageait la volonté obstinée de nuire. On nous annonça qu’on allait traiter de la révolution la plus importante du XXe siècle, pour préciser aussitôt que c’était celle, démocratique et va-t-en guerre de février 1917 qui avait été toujours négligée. Le petit Krauze qui sommeille en nous pouvait être rassuré, on n’allait pas glorifier les sanglants bolcheviks, d’autant précisait Monsieur Off que le grand mythe d’Octobre relevait d’une réécriture de l’histoire. En effet, les bolcheviks à peine au pouvoir n’avaient-ils pas réécrit l’histoire ? Surtout avec leur petit coup d’Etat de minorité qu’ils ont fait passer pour une insurrection des masses qui n’y ont vu que pouic au jour dit, et que si elles avaient eu la télé, elles seraient restées devant l’écran numérique.

Bonne pomme, Monsieur Off, avec sa voix virile et grasse de vendeur de margarine, compatit avec les naïfs qui ont en tête un côté positif de la révolution, car, ou plutôt et pourtant. Et pourtant c’est dans la nature des révolutionnaires de promettre ce que les révolutions ne peuvent pas réaliser.

En tête des historiens d’aujourd’hui, car ceux d’hier sont morts, avance l’élégante fille de l’aristocratie tsariste, académicienne et spécialiste de la révolution mieux que des pues-la- sueur, Hélène Carrère d’Encausse. Nicolas II n’était pas un mauvais bougre et la révolte est venue de la société non des révolutionnaires. De Marc Ferro à d’Encausse cette insistance pour faire cas à part des révolutionnaires sent le mépris bourgeois. Comme le tsar ces commères d’histoire pensent que le peuple est un enfant sauvage qu’il ne faut pas laisser dévier par d’autres bergers. Ces derniers sont tous issus de la bourgeoisie précise aussitôt Monsieur Off. Papy Ferro revient à l’écran pour nous expliquer que Lénine était un jeune homme frustré… enrichissement historique au niveau d’un Max Gallo !

Comme dans la version Gutenberg et presse corrompue, la chaîne franco-prussienne passe rapidement sur la guerre et sur la signification de 1905, plus importante que février 1917. On apprend que de 1906 à 1909 il y a des milliers de condamnations à mort dont ont oublié de nous parler la tzarinette d’Encausse et le contractuel de FR3 Ferro. Monsieur Off reprend le dessus pour empêcher toute déduction insurrectionnaliste du spectateur et préciser que le militant bolchevik type avait cette caractéristique de l’intellectuel qui possède tout, de culpabiliser mais d’avoir toujours raison. On se sent pourtant diablement proche de l’intellectuel bolchevik lorsque défilent les images des paysans sous le servage et des ouvriers traités comme des chiens dans les mines de la Russie tzariste.

La tzarinette d’Encausse est l’invitée perpétuelle pour venir gerber sur les bolcheviks, au nom de la pluralité et diversité qui enchantent Burguière. L’amie de feu le tsar, nominée historienne officielle, ne tient visiblement pas à ce que ce salopard de Nicolas II, qui passe la plupart de son temps en loisirs, soit mis en cause pour l’envoi au casse-pipe de millions d’ouvriers et de paysans russes, aussi s’en prend-elle à Lénine qui en 1913 n’aurait pas eu une analyse différente de celles des … terroristes des années 1890 ! Or Lénine se fichait de tuer le tsar mais avait compris l’opportunité historique de liquider le capitalisme et de faire laver les latrines aux misses d’Encausse, ce qui est tout différent.

Si la rigide chaîne prusso-francophile lâche une ou deux vérités - par exemple début 1914 on compte déjà un million de grévistes et qu’en février 1917 pour la journée de la femme des milliers de compagnes d’ouvriers et de soldats lancent la lutte pour la paix et le pain - aussitôt apparaît à l’image une vieille raclure d’historien militaire (cette espèce existe) pour nous conter que les mutineries ou fraternisation au front ont été organisées par le contre-espionnage allemand pour affaiblir l’armée russe. C’est démocratique de donner la parole même aux menteurs les plus minables. La répression des manifs à Petrograd par le gouvernement de février coûte quand même 1500 morts et là, la vision de leur enterrement est saisissante et nous fait comprendre, malgré la marmelade d’Arte, que le peuple va violemment mettre fin au cauchemar.

Le fameux intermède de février que Monsieur Off disait regrettablement oublié réapparaît avec la dérisoire obstination du gouvernement Kérensky à continuer la guerre, lequel est ridiculisé non par les bolcheviks mais par le conseil central du soviet qui casse la hiérarchie militaire et donne tous les droits aux soldats. Monsieur Off en a la voix off d’ailleurs et a du mal à respirer face à cet affront à la hiérarchie séculaire bcbg. Il se reprend, la paix voulue allait être fatale au peuple qui se livrait ainsi aux ogres bolcheviks : « la paix allait être le principal instrument de recrutement des bolcheviks » omettant d’ajouter que la guerre avait été le principal instrument de recrutement obligatoire de l’autocratie capitaliste.

Flash-back sur le retour en wagon plombé de Lénine. Monsieur Off fait croire que Lénine était déjà connu comme un personnage important et que sa position défaitiste était de bon augure pour l’Etat-major prussien, d’où l’intérêt de le ramener en Russie. Or, si l’Etat allemand avait affrété ce wagon plombé, c’était pour toutes les fractions politiques radicales indistinctes, dans l’espoir d’affaiblir intérieurement un ennemi, pas pour favoriser une révolution bolcheviste ! Contredisant une nouvelle criminalisation de Lénine, Monsieur Off, qui n’en est pas à une contradiction près, nous apprend que le gouvernement Kérensky avait fait savoir secrètement aux autorités allemandes sa volonté de poursuivre la guerre, ce qui est autrement plus confondant que les éternelles supputations sur le wagon plombé.

On insiste toujours lourdement sur la permissivité qui règne au début de la révolution ; une personne peut être membre de plusieurs partis (monsieur Off le dit en passant pour encore désigner les bolcheviks comme une secte).

Lénine apparaît avec une casquette d’ouvrier, c’est le seul chef d’Etat à avoir adopté ce couvre-chef et à avoir abandonné le chapeau cloche. Trotsky est décrit comme le principal organisateur de la révolution et il apparaît même plus populaire que Lénine.

Le meilleur du venin de Monsieur Off est pour la fin. Les bourgeois balancent toujours la peau de banane en fin de discours. Le parti « ne va pas échapper à la guerre civile » (bien fait !). Lénine « a inventé le goulag avant Staline et inspiré Hitler et les dictateurs du XXe siècle ».
Tout est dit. La révolution ce fût pire que la guerre et le tsar ! Puisqu’on vous le dit en franco-prussien, par l’organe cultuel des deux principaux pays qui ont armés les troupes des blancs, c’est que c’est vrai !

Certains en tremblent encore. Vive la révolution bolchevik !

samedi 27 octobre 2007

NICOLAS S'EST MOQUE DE GUY

Le sénile maréchal Pétain faisait chanter en son temps dans toutes les écoles de la « zone libre » une ode à sa gloire : « Maréchal nous voilà ! ». Le dictateur au petit pied qui fait office de nouveau Président de la République ne pouvait pas graisser la patte à Doc Gynéco pour que ce pauvre rappeur lèche-botte blues concocte un « Nicolas youp là boum » pour faire danser nos enfants de maternelle ! La lecture de la dernière lettre (la lecture obligée, pas le contenu) du jeune Guy Môquet à ses parents avant d’être fusillé par la soldatesque nazie est pourtant autrement navrante et falsificatrice que la chanson pour le pépé massacreur de 14-18. Pas seulement parce que ce pauvre Guy Môquet croyait combattre pour le communisme aux ordres du maréchal Staline.
Cette lettre imposée comme lecture civique dans toutes les écoles de la France libérée de toute honte, pour aussi émouvante qu’elle soit, ne permet pas de gagner les matchs de rugby. Elle fût lue dans les vestiaires avant le premier match de l’équipe de France à ces grands enfants bourrus et musclés comme antidote à leur élimination annoncée, par un sous-fifre nommé Bernard Laporte. Le ridicule ne permit pas de remporter la coupe du monde du ballon ovale.

L’obligation élyséenne nécrophage de lire la lettre souleva une intense polémique parmi le brave milieu enseignant, choqué à bon droit d’une telle démarche incongrue, nauséabonde et odieuse. Pour ceux qui connaissent l’histoire, la guerre et de la résistance, cette démarche propagandiste est ignominieuse et ne sert pas seulement à rappeler des vérités gênantes dans la continuité de l’ordre établi, mais inaugure une nouvelle politique nationale comme on le déduira en conclusion de cet article.
En lieu et place de la dénonciation du maquillage concernant la lutte contre l’occupant nazi chargé de tous les péchés rétroactifs du monde, un tremplin a été dressé pour le PCF et ses souteneurs, dont les résidus se sont mis à hurler : « ne touchez pas aux martyrs de Chateaubriant ! » parmi les soit-disant 75.000 fusillés du parti de Maurice Thorez. Encore un coup de la droite pour s’emparer des mythes de la gauche, après le ralliement des transfuges « socialistes » !

Il s’agit bien d’un mythe (peu glorieux) de la gauche capitaliste en effet. Le PCF ne reconnut sa responsabilité dans l’attentat de Nantes qu’en 1950, mais non comme un crime. La résistance avait été enterrée depuis longtemps par la reprise en mains des rênes de l’Etat bourgeois et des corps militaires. Les résistants ne faisaient plus figure que de rigolos utopistes quand les anciens fonctionnaires pétainistes, Papon et Cie, avaient repris leurs fonctions dans l’appareil d’Etat. Lors d’une commémoration, devant 15.000 perosnnes, le 20 octobre 1991, le dernier membre du commando qui avait exécuté le lieutenant-colonel Karl Hotz à Nantes, entrainant les représailles contre les otages de Chateaubriant, Gilbert Brustlein avait exhibé un panneau « Marchais n’a pas sa place ici ! » et avait été expulsé manu militari par les officiels gaullistes et le SO du PCF. Désordre.
Comme Guévara pour les trostskiens, Guy Môquet avait jusque là longtemps servi de vitrine à l’histoire maquillée du PCF pendant la guerre. Aragon avait été chargé d’écrire un long pensum à la gloire involontaire des martyres (dont deux trotskistes) précisant qu’il avait fallu fusiller le petit Guy Môquet évanoui. Aragon se permettait de tirer dans la foulée un coup de chapeau à Gabriel Péri, lui-même vraisemblablement livré par le PCF à la Gestapo pour son hostilité à la pratique terroriste de la résistance FTP, qui s’inscrivait dans la lignée discontinue de tous ceux qui croyaient « préparer des lendemains qui chantent ».

Résumé des courses par Wikipédia :
« Le 20 octobre 1941, le lieutenant-colonel Karl Hotz à Nantes (…) est abattu rue du Roi-Albert à Nantes par trois résistants : Gilbert Brustlein, Marcel Bourdarias et un ancien officier des Brigades internationales d'origine italienne (naturalisé Français en 1932) Spartaco Guisco, tous trois venus de Paris, envoyés par Jules Dumont et Albert Ouzoulias responsables des Bataillons de la Jeunesse. Tandis que le pistolet de Guisco s'enraye, Brustlein tire deux balles dans le dos de l'officier à proximité de la cathédrale. Les deux hommes qui ont cherché en vain une cible la veille, ignorent qui sont leurs victimes ce matin là. Ils réussissent à prendre la fuite. Les autorités nazies décident une répression exemplaire de cet acte qu'elles qualifient de terroriste. Le lendemain, une proclamation indique qu’au moins 50 otages seront fusillés si les tireurs ne se livrent pas. Deux jours plus tard, 48 personnes sont abattues en représailles. L'arrestation à Paris, quelques jours plus tard, des auteurs de l'attentat par la police française diffère celle de cinquante autres otages dont Hitler réclamait l'exécution. Parmi les 48 otages fusillés, 27 sont des internés du Camp de Châteaubriant, supposés communistes, et ils sont exécutés sur place, à la carrière de la Sablière, 17 sont de la région nantaise et sont exécutés à Nantes et 4 sont exécutés à Paris. Le ministre de l'intérieur Pierre Pucheu a tout fait pour que soient désignés des communistes plutôt que des « bons Français ». Au Camp de Châteaubriant, 27 otages seront fusillés, parmi eux figure Guy Môquet. Il s'agit du plus jeune des fusillés (17 ans). Il refuse que ses camarades intercèdent en sa faveur. « Je suis communiste autant que toi » déclare-t-il au dentiste Ténine. Les plus connus des autres fusillés étaient Charles Michels, député communiste du XVe arrondissement de Paris et Jean-Pierre Timbaud, secrétaire de la fédération des métaux CGT de la région parisienne. Il y avait également deux trotskistes : Marc Bourhis et un communiste qui avait rompu avec le PCF à la suite du pacte germano-soviétique, le maire de Concarneau Pierre Guéguin. Cette exécution, en même temps que d'autres à Nantes et à Bordeaux, suscita une énorme émotion dans le pays, et une grève symbolique de cinq minutes est organisée à travers toute la France le 30 octobre.


Les Allemands, et la politique des otages:

À partir du 19 juin 1941, les autorités d'occupation allemandes de Nantes garantissent la sécurité des troupes d'occupation en prélevant à tour de rôles des notables — élus, présidents d'association, etc. — consignés en un lieu physique pour quelques heures ou simplement d'astreinte à leur domicile. Après novembre 1941, cette pratique tombe en désuétude sans qu'aucun otage n'ait été passé par les armes. La vague d'attentats initiée le 21 août 1941 par Fabien à la station de métro parisienne Barbès-Rochechouart, va amener les Allemands à modifier leur politique d'otages en privilégiant pour tout attentat la piste « judéo-bolchevique » , même en l'absence de toute revendication. Cette politique sera parfaitement formulée par l'ambassadeur allemand à Paris Otto Abetz en décembre 1941 :
« Même lorsqu'il est clairement prouvé que les auteurs d'attentats sont des Français, il est bon de ne pas mettre cette constatation en relief, mais de tenir compte de nos intérêts politiques et de prétendre qu'il s'agit exclusivement de juifs et des agents à la solde des services de renseignements anglo-saxons et russes. »
Du 22 juin au 22 octobre 1941, seulement quatre Allemands ont été tués par la Résistance mais d'autres attentats, matériels, même s'ils ont un faible impact, montrent qu'il ne s'agit pas d'actes isolés, mais bien d'une vague d'attentats. La première attitude du commandant militaire de la Wehrmacht en France (Militärbefelshaber in Frankreich, MBF), Otto von Stülpnagel consiste à demander au gouvernement de Vichy d'exercer lui-même la répression. C'est ainsi que le nouveau ministre de l'intérieur Pierre Pucheu va créer des tribunaux d'exception : les « Sections spéciales » qui envoient à la guillotine, après jugements sommaires, une poignée d'internés plus ou moins communistes.
Les Allemands prennent ensuite eux-mêmes en charge l'exécution d'otages. Les trois premiers sont fusillés le 6 septembre, les dix suivants le seront le 16 septembre. Cette répression apparait trop douce à Hitler qui trouve Stülpnagel trop mou et lui envoie la directive d'exécuter au moins cent otages par Allemand tué. Stülpnagel, arguant que les troupes allemandes ne sont pas menacées, ne se hâte pas d'engager une politique de représailles. Il ne tient pas à se mettre à dos une population qui travaille pour le plus grand bénéfice de la puissance occupante. Il ne veut pas non plus mettre en porte-à-faux le gouvernement de Vichy qui collabore de façon satisfaisante. « Des exécutions massives ne sont pas encore justifiées par la situation. Elles pourraient entraîner la résistance de toute la population française, ce qui pour des raisons politiques, militaires et économiques, pourrait conduire à d'importantes difficultés [...] » écrit-il le 11 septembre au haut-commandement de l'armée de terre. »

Tous les noms des martyres ornent des rues de la plupart des grandes villes françaises. Tout notre respect va à leur statut de victimes de guerre, non aux charognards gaullistes et staliniens qui s’en sont servi de cache-sexe. Leur rendre un véritable hommage passera ici par la restitution des causes de leur massacre.
La politique d’attentats contre les officiers allemands décidée par le PCF dans la clandestinité est destinée à frapper fort, d’autant plus fort que la direction du parti nationaliste stalinien avec Duclos venait de se compromettre dangereusement avec une demande de reparution de leur journal auprès des autorités allemandes dans la foulée du pacte amical coco-naze (cf. PU 148). La stratégie terroriste avait donc été inaugurée par le meurtre de l’aspirant Moser au métro Barbès le 21 août 1941 par celui qui sera qualifié de colonel Fabien et dont le nom est une tâche de bêtise encore dans maints lieux publics, suivi des inévitables représailles d’innocents.
Le commando envoyé de Paris à Nantes a improvisé un peu au hasard comme on l’a vu. L’attentat de Barbès avait déjà soulevé l’indignation de membres du comité central, offusqué par le pacte germano-soviétique. Gabriel Péri, si bien chloroformé pour l’histoire bc bg antifasciste, n’était plus en odeur de sainteté, il avait essayé de contacter Paul Nizan qui avait déchiré sa carte du parti. Péri s’opposait à la nouvelle tactique terroriste du parti pour son inutilité politique et surtout pour son pouvoir de nuisance sur les populations otages. L’historien Courtois a raconté comment le PCF l’avait laissé tomber aux mains de la Gestapo. Un autre gêneur avait fait apposer des affiches dans le métro dénonçant les pratiques terroristes parallèles des membres de son parti, Marcel Cachin. Il était parti en Bretagne. Une escouade fût lancée à sa recherche et le ramena à l’ordre à Paris. En 1989, un de mes interviewés, Diran Voshguiridjian, membre du groupe Manouchian, en 1989 rappelle avoir vu ces affiches dans le métro.
La mystification atteint son comble avec la légende du Colonel Fabien qui fût amené à chapeauter les divers groupes terroristes avec Ouzoulias. Un jeune docteur, Raymond Boutroy qui, avec le professeur Milliez, s’est trouvé aux côtés des combattants FTP en France puis en Allemagne, témoigne du mode de vie d’aventuriers de la camarilla terroriste du PCF. Il explique comment était le colonel Fabien et réduit à néant cette autre mensonge du front national stalinien selon lequel Fabien aurait été victime d’un attentat :
« Oui, Fabien était un pur, les autres beaucoup moins. C’était un héros dans son système à lui. Il allait jusqu’au bout. « Tête brûlée » mais pour ceux qui ne sont pas de son avis. J’ai tout de même un certain respect pour lui. Comprenez qu’on peut avoir aussi un certain respect pour Hitler qui a été jusqu’au bout de ses idées, et qui est mort dans son système. Je n’approuve pas ses idées, mais… Les explosifs étaient une des passions de Fabien. Dans les cantines du régiment, il traînait des mines diverses. Il collectionnait les explosifs comme on collectionne des timbres. Je me souviens d’une de ses démonstrations dans l’école d’Etange-Grande devant tous les officiers. Son grand gag était d’étaler devant lui des mines anti-personnelles dites « à cisaillement » qui projetaient des lames de métal. Alors que nous lui faisions face, il sortait soudainement un marteau et tapait sur le poussoir supérieur de la mine… (…) la mine était toujours chargée. On avait tous un mouvement de recul. Il nous répondait sereinement : « voilà, ça résiste à 70 kilos, un coup de marteau n’équivaut qu’à 35 kilos. Inutile de vous dire que c’était tout de même un personnage assez curieux. (…) On a beaucoup reproché la perversité des allemands. Mais j’ai eu l’occasion de vérifier que cela existe aussi chez nous. Il y a des gens qui éprouvent un certain plaisir à dégringoler leur prochain. (…) Fabien et son équipe dont une secrétaire que j’aimais bien sont morts dans l’école d’Apsheim. (…) Ce n’était pas un attentat. Le colonel Fabien qui était un maniaque des explosifs a voulu dévisser, dans le local de son PC (il ne lisait pas les notes de service des « naphtalinars » qui informaient d’un nouveau type de mine) une taylor-mine à laquelle les allemands avaient joint un mécanisme pour qu’elle explose quand on la dévissait. La fenêtre du PC qui était carrée est devenue ronde, et tout l’état-major du premier régiment de Paris est passé en bouillie par la fenêtre. Fabien n’avait plus le haut de son corps…
P।H। : la presse du PCF et ses éditions Messidor ont soutenu que Fabien avait été victime des « naphtalinars » (c à d les officiers de l’armée régulière)…
R.B. : C’est faux. J’ai été témoin de cette obsession de Fabien. Cyrille Koupernik peut aussi vous le confirmer. Un autre docteur aussi. Que voulez-vous, Fabien était un maniaque des mines. A l’époque tout le monde a dit dans le régiment « il était en train de dévisser ce nouveau type de mine ». Personne ne l’a vu bricoler. Les témoins sont partis eux aussi en bouillie. De toute façon, Fabien avait toujours avec lui tout un assortiment de mines. L’accident ne fit pas l’ombre d’un doute dans le régiment. (…) Cinoche du PCF lors de l’enterrement national ».
(cf। entretiens annexes, A bas la guerre, 1989, le docteur R.B. m’avait assuré qu’il avait confié son témoignage à des historiens de métier, apparemment les historiens « de métier » laissent des vérités aux oubliettes de leurs archives selon leurs employeurs étatiques du moment, car je n’ai retrouvé nulle trace répercutant ce témoignage dont je republierai bientôt l’intégralité, d’autant que le docteur R.B. est décédé).



POURQUOI UNE NOUVELLE REMISE EN VEDETTE DE LA RESISTANCE NATIONALE ?
Nombre d’anciens terroristes en Israël comme dans les pays arabes sont devenus chefs d’Etat. Jusqu’à la fin du XXe siècle, à la suite de ses guerres de rapine ou de conquête, la bourgeoisie a placé ses hommes de main au rang de héros et les a récompensé au rang de chefs suprêmes de la « nation libérée ». Les chefs de l’ombre stalinien ont connu leur heure de gloire immédiatement après la Libération pour leur participation à la lutte nationale avec toutes les falsifications nécessaires pour évacuer toute possibilité de révolution communiste autre qu’une éventuelle soumission aux chars russes.
Puis dans le cadre de la stratégie qui a présidé au forcing pour faire écrouler de multiples façons le bloc russe, nous avons connu toute une période de réduction du rôle du PCF et à la remise au musée des antiquités des actions désordonnées de la Résistance. Des années 1980 à la veille de l’an 2000 il n’y avait plus place que pour la Shoah. Les martyres juifs n’étaient plus que les seules victimes de la guerre. Cette exagération convenait tout à fait à la mainmise américaine appuyée sur l’Europe, pour modérer ses ambitions hégémoniques en culpabilisant ses deux principaux empêcheurs de mondialiser en rond, la France et l’Allemagne. Les gouvernements Chirac s’étaient plus ou moins pliés à cette vogue exclusiviste et contraignante pour « l’honneur national » ; ce qui n’empêchait pas les vieux grognards gaullistes (et les républicains de Marianne) de râler devant une trop grande place éditoriale consacrée au massacre des juifs et à l’accommodement coupable de la population terrorisée.
Avec les nouvelles données internationales, lourdes de futures guerres, face à l’Iran en particulier, la nouvelle stratégie du pouvoir en place, oblige à flatter à nouveau les vertus nationales. De ci de là on entend stupidement des récriminations contre le gouvernement Sarkozy avec ses quotas et une politique agressive à l’encontre des immigrés. On va même jusqu’à dire qu’il reprend le programme de Le Pen ! Douce plaisanterie.
Sur le fond, pour toutes les fractions bourgeoises, seule importe l’union nationale, disons de favoriser le sentiment d’appartenir avant tout à une « communauté nationale » avec ses Valmy et ses Guy Môquet. Dans la guerre économique féroce que se livrent les grandes puissances, l’heure est au nationalisme. Un nationalisme certes nimbé de démocratisme, d’écologisme et de sport de masse. Mais en Chine, comme aux Etats-Unis, comme en Algérie ou en France – et même en Belgique - il est désormais nécessaire d’utiliser tout ce qui peut flatter le sentiment national. « L’étranger » est redevenu l’ennemi intérieur. En ce sens, la lettre du pauvre Guy Môquet, non pour son pathos, mais pour son symbole de lutte « contre l’occupant » et « jusqu’à la mort » est de bon augure pour la bourgeoisie affairiste et aux abois face au krach économique permanent qui lui pend au nez. L’idéologie nationale, qui peut aussi bien se bercer avec les confusions de Jaurès, Blum ou Charles Maurras, reste la principale antidote à la lutte des classes dans la mesure où celle-ci reste dépourvue de toute alternative d’avenir.

L’avenir bourgeois n’est pas destiné à durer longtemps si l’Etat continue à criminaliser non seulement les prolétaires qui apportent leur soutien aux migrants démunis, mais aussi les employés d’Air France qui ont jeté l’effroi chez le ministre du rang par leur forte mobilisation, plus significative que la JA bidon sur la réforme des retraites (le patron porte plainte contre les syndicats qui n’y sont pour rien….), mais aussi par les pantalonnades du blaireau président. Ce comique troupier s’est rendu impromptu au centre de maintenance SNCF de Saint Denis, protégé par une caserne de CRS pour provoquer les ouvriers : « je ne peux pas croire que vous soyiez à ce point inconscient de la réalité ». Phrase sonore non pour culpabiliser les cheminots mais pour les faire passer pour des cons au niveau national. Réponse d’une employée, non répercutée par Libé : « … j’ai du mal à joindre les deux bouts, alors qu’il ne vienne pas me dire que je suis inconsciente de la réalité ! » PAF !

Sarkozy signifie bien évidemment que la classe ouvrière devrait accepter de se serrer la ceinture au profit de la bourgeoisie nationale. Il en est pour ses frais, et à chaque fois il a tellement la trouille des réactions violentes des ouvriers, qu’il s’amène avec une armada de flics en côtes de maille.

Après "à chacun son boche", "à chacun de sa poche"?



CINEMA : LE BRAHMANE DU KOMINTERN de Wladimir Leon.

Pour une rarissime fois qu’un film à l’affiche sur un seul grand boulevard de Paris semblait faire un clin d’œil amical à notre bonne vieille révolution russe avec son affiche sympa, il n’était pas possible d’hésiter à entrer dans la salle obscure. L’obscurité historique est pourtant ce qui caractérise cette enquête d’amateur superficiel.

La photo, peu connue du grand public des peu nombreux participants au IIe congrès de l’Internationale communiste, reflète une gageure (lire sur le web, dans la Bibliothèque de la Gauche communiste : Le IIe congrès de l’I.C. un sommet et une croisée des chemins, par Bordiga). Il n’existe pas encore d’autres partis communistes hors de la Russie en 1920. Les bolcheviks ont invité des personnalités individuelles qui ne représentent encore qu’elles-mêmes ou des tendances de gauche radicale des partis socialistes qui ont trahis. Lénine, dans une posture familière, mains dans les poches est au premier plan. On croirait presque qu’il s’agit d’un tableau de Renoir, après un dîner à la campagne. Le grand Gorki tout chauve se tient en retrait et fait encore partie des amis intimes, lui qui a si généreusement financé jusque là le parti bolchevik avec ses droits d’auteur. Zinoviev, mains derrière le dos ressemble à un pacifiste instituteur de la IVe République. Une femme avec son sac à main figure entre le grand N.M.Roy et un petit barbu qui finira pendu avec Mussolini, sourit. Ce grand gaillard à tête de gentleman on le verra défiler derrière le catafalque de Djerzinski porté par Trotsky, Kamenev et les autres, dans la cohue des petits hommes bolcheviks.

Le mal nommé « brahmane du Komintern » (mauvais jeu de mot gauchiste) Manabendra Nath Roy (1887-1954) méritait mieux comme exhumation. A la fin de l’adolescence il milite dans le mouvement pour l’indépendance de l’Inde. Amené à s’exiler puis à voyager, il atterrit au Mexique où il est gagné aux positions communistes par Borodine en 1919. M.N.Roy vient d’abandonner les thèses de la libération nationale, c’est sans doute pour cela qu’il se ralliera aux positions de Rosa Luxemburg et défendra ses thèses contre Lénine au IIe congrès de l’I.C. où il est immédiatement invité. Au cours du documentaire on entend que Lénine aurait jeté son dévolu sur Roy non parce qu’il se tenait à part des milieux nationalistes indiens mais parce qu’il aurait été un individualiste plus facile à manipuler. Dans toute personnalité il y a toujours de forts traits individuels, ce qui n’est pas négatif en soi ; donc, si tel était le cas, manque de pot, Lénine eût affaire à forte partie même s’il réussit à mettre de l’eau dans les thèses sur la question nationale de Roy. Lénine conclut le congrès par un salut à N.M.Roy comme « symbole de la révolution orientale »

Le CCI par le passé a rappelé contre les errements politiques de Battaglia qu’on ne pouvait pas insulter la rectitude du communiste Roy (cf. Rint 42, 1985). Roy joue un rôle indéniable dans la fondation du premier parti communiste hors Russie au Mexique où ils ne sont que sept membres initialement (on nous montre même, SVP, une carte de membre). Le réalisateur amateur laisse dire aux vieux caciques du PC stalinien interviewés (ils sont apparemment bourrés et se marrent) que le rôle de Roy a été mineur. Ce PC produira quelques années plus tard, face à la dégénérescence de l’IC, une des fractions de gauche les plus claires aux côtés des communistes hollandais et de Bilan, la Gauche mexicaine dont les textes republiés par le CCI restent lumineux sur une foule de questions (nationalisations, libérations nationales, etc.).

En 1926, âgé de 39 ans, Roy (de son vrai nom Narendranath Bhattacharya) est membre élu des quatre organes officiels de l’IC : présidium, secrétariat politique, comité exécutif et congrès mondial). Il est envoyé partout en Europe mais aussi à Tashkent.

Roy agit à cette époque avant tout comme représentant de l’IC et non du parti russe. Ses fréquents voyages en Allemagne (où existe une importante colonie de prolétaires indiens) lui font cotoyer les communistes allemands. Il est donc très clair politiquement sur les questions principales même si, avec la dégénérescence il tend à s’orienter sur l’aile droite des Brandler et Thalheimer. Il dirige la délégation de l’IC en Chine en 1927 où il défend face à Mao et Borodine une stratégie basée sur une révolution paysanne, qui sera reprise plus tard par le célèbre dictateur chinois. Il ne comprend pas le danger de la théorie antifasciste comme nouvelle union nationale et peu à peu revient à ses croyances nationalistes de jeunesse et abandonne le marxisme au cours des années 1930 pour des conceptions rationalistes humanistes proches de l’Ecole de Francfort qu’il fréquente. Il revient en Inde où il est emprisonné plusieurs années. Son manque de clarté sur l’antifascisme le conduit à sa perte. En 1940, approché par les renseignements britanniques, il se solidarise des Alliés et reçoit une énorme somme d’argent qui lui permet de fonder son Radical Democratic Parti. Les Anglais font immédiatement connaître l’objet de la transaction et coulent ainsi le personnage et son parti qui essuient un lamentable échec électoral en 1945 face au parti de Gandhi libérateur de l’Inde colonisée par ces mêmes britanniques.

Le film documentaire de très mauvaise qualité visuelle ne nous donne pas les éléments pour reconstituer ainsi le rébus de la trajectoire de Roy. Il est constamment déplaisant, du début où il faut supporter les ricanements des vieux politiciens mexicains jusqu’à l’auto-exhibition du réalisateur qui se met sans cesse en scène, quand le propre d’un documentaire est d’être impersonnel. On y trouve des pépites cependant. Entendre la voix grasseyante de Lénine est assez surprenant et intemporel. On est déçu et énervé que la caméra qui survole les documents rédigés en français dans les archives au Mexique, en Russie et en Inde, ne nous laissent pas le temps de lire ces joyaux (lettre de protestation contre Staline de Roy, balancée par Piatniski, courriers des Trotsky, Rosmer, etc. effeuillés à la va vite). Une série de documents du plus haut intérêt et non encore photocopiés dans les archives occidentales défilent donc puis sont rejetés dans l’oubli d’armoires en ferraille gardées par d’imbéciles grosses contractuelles du régime russe. C’est à la fin de l’enquête qu’on trouve cependant des interviews de personnages passionnants, des types âgés de près de 100 ans, qui ont connu Roy, et dont la tête reste complètement lucide. Ces vieillards sont des dieux vivants. Laissons la conclusion à l’un d’eux :

« Roy était un type intègre. Le gandhisme est mort. Nous vivons dans un monde déraisonnable ».

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mercredi 10 octobre 2007





Sous-chef Guevara :
UNE LEGENDE STALINIENNE

(ci-contre défilé des oufs trotskiens pour maquiller, "guévariser" les 4O années depuis mai 1968; il est pas mieux ainsi not'Tintin syndical national?)




Hollywood exhibe bien Marylin Monroe comme poster d’une vague culpabilité américaine, pourquoi nos trotskiens hexagonaux n’auraient-ils pas le droit d’exhiber sur leurs T-shirts leur Indiana Jones, avec la gueule d’amour d’Ernesto, clochard céleste tout frais ressorti des bois pour se moquer à nouveau de mai 68?
Une d’une Huma-dimanche : « Viva Guevara » ! Le cadavre stalinien, lui, bouge encore. A l’unisson de leurs enfants prodigues trotskiens, les vieilles raclures staliniennes encensent « chef Guevara ». Le 16 septembre, dans une émission télévisuelle – Guévara saint ou tortionnaire ? - où staliniens et trotskiens ont rivalisé de louanges, grimant la fin des années 1960, et donc 1968, par une « guévarisation » des bouleversements sociaux troublant à l’époque. Le directeur de l’Huma, un certain Le Hyarrick, se répandit en qualificatifs aussi hyperboliques que ridicules : « humanisme » du docte « Che », « fraîcheur », « éthique », etc. Un complice réalisateur, Jean Ortiz, spécialiste de tous les mensonges véhiculés sur la Libération, la résistance, et le mythe crapuleux des « libérations nationales » proclama « Che plus que jamais » ; chef plus que jamais, et de quoi ? (Che = chef)
Les résidus du stalinisme en faillite, qui trémoussent un éloge funèbre d’un mort dissident du même carcan idéologique, me font penser aux social-démocrates allemands qui exaltent la liberté de penser de Rosa Luxemburg, alors que celle-ci a été assassinée par leurs pères putatifs.


Dans les années 1960 on a tant aimé les symboles de la nouvelle société de consommation, sous forme de posters, de gadgets, de T-shirt. Ces années sont systématiquement présentées par l’idéologie dominante actuelle comme l’équivalent de la « Belle époque ». Dans la misère de l’après 1945 il était de bon ton d’évoquer le bonheur des années 1900 qui le furent certes, mais pour les classes aisées et avec Joséphine Baker comme colonisée apprivoisée. Dans les années 2000, on fait croire aussi à une sorte de nirvana pour les jeunes indifférenciés des sixties comme si les couches pauvres n’avaient pas connu aussi l’incertitude du lendemain ni l’ennui sans fin d’une misère relative. Idéologiquement, les gauchistes, version trotskienne, sont depuis longtemps un courant marginal de la bourgeoisie. La branche krivinesque est issue de l’accouplement chaste et hideux des jeunes membres du parti stalinien en voie de gâtisme prolongé et des vieux briscards d’avant-guerre d’un trotskisme obsolète. Ce groupuscule insurrectionnaliste, longtemps le plus important numériquement, connut un fort recrutement en milieu étudiant et lycéen après 1968 comme récompense de sa présence agitée et fort en gueule sur les barricades et dans les assemblées estudiantines. Ses orateurs, les Weber, Bensaïd, etc., y furent souvent sifflés et mis en minorité pour leur débilité politique, mais cela, Besancenot qui n’était pas né, ne va pas vous le rappeler. La Ligue successive ne fût que le carrefour et l’empilement de tout et de n’importe quoi. Aspirateur de toutes les agitations à la mode, elle n’a pas changé et ne changera pas. En 1968, la Ligue se situait du point de vue de la « guerre révolutionnaire » de tout ce qui se proclamait guérilleros en Amérique du Sud et aux côtés des généraux staliniens du Vietnam du Nord. J’ai même eu l’occasion à l’époque d’entrer dans l’appartement d’un petit chef trotskien. Au mur, sur une carte du Vietnam, étaient planté des petits drapeaux du Vietnam du Nord, déplacés chaque jour face aux avancées ou reculs des petits drapeaux de l’armée US. Le trotskisme radical, krivinesque, c’était cela, un engagement à bataille navale loin des champs de tir. La révolution vue comme une guerre de partisans paysans, venant libérer de l’oppression les ouvriers des villes et les soumettre à un nouveau parti gouvernemental.

Les situationnistes, passés par l’école de Socialisme ou Barbarie, avec Guy Debord, eurent ce mot magnifique : 68 c’était le réveil du prolétariat ; vision qui fût prorogée par d’autres par après, comme RI et de petits groupes qu’on a qualifié à tort d’ultra-gauche. Effaçant à la manière de ses maîtres staliniens, ce constat historique, la Ligue s’est toujours moquée du prolétariat puisque, encore maintenant, tout dépend d’un parti hiérarchisé, des élections en laissant dans la poche un vieux résidu du blanquisme terroriste, la prise d’armes guérilleriste. Concernant la guérilla, Guy Debord eu aussi ce mot merveilleux : théorie pour sous-développés.
Après la dissolution de la LCR pour ses bagarres de rue contre leurs extrêmes rivaux du FN en 1973, et dont les prolétaires n’avaient rien à cirer, les rêveries post-68 sur la « guerre révolutionnaire » et son « épanouissement » dans une guerre civile bien juteuse, se sont effiloché, comme l’a si bien établi un de leurs anciens, Che Filoche. La guérilla urbaine, singerie occidentale de la lutte guérilleriste autrement plus risquée, n’était plus qu’une agitation stérile qui ne pouvait émouvoir ni les masses ni le Chef de l’Etat. Symbole de ces années d’artifice du gauchisme : les portraits de Guevara et du dictateur Ho Chi Minh décoraient les banderoles des manifestants qui hoquetaient « che che Guevara ! Ho Ho Chi Minh !). La Ligue doit, pour les trente années suivantes, ranger dans les cartons ses billevesées insurrectionnalistes et se recycler dans le syndicalisme et l’alter-monstrualisme.

UNE SI VIEILLE RUPTURE AVEC LE MARXISME

Le marxisme stalinien est mort. Il ne sert plus d’y référer pour ses fils et petits-fils trotskiens. Va pour l’idéologie libertaire, « libertaire » pas « anarchiste », et pour une renaissance de l’anarcho-syndicalisme. Libertaire cela fait démocrate, sympa et convivial. Politiquement néanmoins, libertaire = anarchisme. Il était typique pour l’anarcho de la fin du XIXe siècle de rêver la révolution sur la base d’une hypothétique grève générale déclenchée par ses chefs syndicaux et en même temps, pour les jours déprime, de rêver à son succédané, la propagande par le fait où la bombe anarchiste libèrerait les masses de leur torpeur. Ce mélange de syndicalisme usé jusqu’à la corde et de pouvoir impulsif au bout du fusil, est ce qui caractérise la nouvelle ligne Besancenot-Krivine. Effet paralysant garanti : dégoûté successivement des grèves sabotées par les syndicats, accrochez au mur de votre chambre un portrait de Guevara et ainsi rêvez, à votre tour, de prendre le maquis pour mettre à bas le capitalisme hors de ces maudites et inutiles grèves invariablement salariales…
Variante corruptrice, cet anarchisme new look, mâtiné d’une contestation sans principes, est monnayé désormais avec l’ordre dominant ; même comme figurants, la participation aux élections remplit des caisses de LO et de la LCR.
« Nos vies valent plus que leur profit » est le type de slogan électoral qui ne coûte pas cher et permet de paraître radical, sans muscle théorique et sans alternative hors de l’obéissance aux sous-chefs trotskiens et à leurs amis de la gauche caviar.
Nos Trotskiens agités du Besancenot, en voulant nous faire oublier leur « soutien critique » au stalinisme, confirment leur abandon total du véritable marxisme avec cette nouvelle formule électoraliste : « mi-guévariste, mi-libertaire ».
L’anarchisme ne représente plus rien depuis belle lurette. Il n’est qu’un foutoir idéologique pour gros lycéens primaires. Tout le trotskysme a dû jeter la chemise sale stalinienne pour reprendre cette idéologie qui permet plus encore de prétendre fédérer tout ce qui bouge. Mais, pour conserver un appui d’apparence révolutionnaire, à la différence des autres trotskiens du PT et de LO, la LCR nous a ressorti de la naphtaline Guevara.
On ne compte plus les conférences-promo – tenez vous bien aussi sur la place de la Sorbonne avec la permission de Delanoé et Sarko - autour de l’ouvrage commun du vieux cacique krivinesque l’ultra-cultivé Löwy et de son faire-valoir le jeune Olivier. Rédigé donc par « Olivier le fataliste et son maître », « Une braise qui brûle encore » vient conter la légende « exemplaire » du chef guérrillero Guevara, avec pépé Maspero en guest star sur l’estrade. Pauvre Guevara il n’était pas plus chef que militant de base (dixit Olivier) mais un drôle d’intermédiaire pour idéologie arriérée.
Besancenot joue de la lyre guévariste sur deux aspects qui interrogent évidemment tous ceux qui doutent de la validité de la révolution en général, et pas de la cuistrerie de la LCR : la putrescence de la question nationale et la question du pouvoir. Besancenot dit « retenir » du Guevara (car tout n’est pas rose) son « internationalisme ». Et aussi apparemment – phrase sibylline – qu’on peut participer au pouvoir sans se faire prendre par le pouvoir ! Mon œil !

La LCR devrait pouvoir toucher aussi un pourcentage sur la vente des millions de T-shirts, de chaussettes et de slips à l’effigie du courageux guérillero et disposer de chaises pour assister aux commémorations religieuses en Amérique latine et dans la caserne de Cuba.
Besancenot a déclaré à «Metro » que Guevara était un « simple militant révolutionnaire ». Après avoir porté T-shirt à son effigie dès ses 14 ans, on lui fît faire ses classes trotskiennes à la lecture de textes du grand barde des focos. Résumé du potache: « On y retrouve les thèmes de la haine et de la violence comme facteurs de la lutte sociale. Le Che, avant de prendre les armes, avait épuisé toutes les solutions démocratiques ». La haine comme facteur de lutte, bizarre non ? Et, singulière substitution, car Guevara avait épuisé surtout toutes les impasses du… stalinisme impérialiste !
Ou Guevara n’était qu’une simple victime des …solutions démocratiques, et on n’en saura pas plus pour qui et pour quoi il a pris les armes. Pour lutter contre les dictatures à Cuba puis en Bolivie ? Et les remplacer par quoi, par qui, sur quel programme ?

FOCO AGRICOLE ET FAUX-CUL GUEVARA :

Avant d’être un gêneur « non-aligné » ou « désaligné », sous-chef Guevara n’a-t-il pas été un bon agent stalinien ? El commandante Guevara ne fut longtemps que le bras gauche de Fidel Castro, son Vichinsky et son commissaire aux finances cubaines (piètre postérité, sa tronche figure sur les billets de banque). Dans ses hautes fonctions il fut à tu et à toi avec les Khrouchtchev, Kossyguine et Brejnev, qu’il embrassait sur la bouche, mais, avant l’érection triomphale de l’homophilie, le
« baiser communiste » entre hommes était la mode « communiste » en ce temps-là, ne riez pas. Son internationalisme n’était que son credo au service du camp stalinien.
« Un, deux, trois Vietnam » n’était que le slogan nationaliste répété dans chaque enclave nationale, où tout un chacun, comme au temps des brigades internationales, était convié à venir se faire tuer au profit du bloc de l’Est (cf. p22 de mon livre « Les trotskiens »).
La théorie des focos (foyers), la lutte armée partant de la campagne vers la ville, donc d’une révolution imaginaire apportant des champs et des bois la conscience aux ouvriers de la ville, était une théorie d’un autre âge, fort en vogue chez les intellectuels d’extrême gauche des années 1960, issus pour la plupart du tronc stalinien. Pour la plupart « fils à papa », maoïstes et trotskystes se masturbaient sous les portraits géants des dictateurs du tiers-monde. Quant aux anarchistes ploum-ploum, ils se contentaient en queue de défilé d’être porteurs volontaires du béret à étoile.
La théorie de la « propagande armée » fondée sur la haine rétroactive et rétrospective du colonisé tout azimuts contre le « colonisateur occidental » (« tuer un européen » indifférencié était un acte révolutionnaire pour Guevara et Sartre !) fondait « l’humanisme » de Guevara. Elle était dans l’air du temps cette théorie, non comme subversive mais comme expression de la décomposition du stalinisme, avec ses pasteurs hystériques, les Malcom X et le psychiatre antillais Frantz Fanon, passé au service du nationaliste FLN. Elle justifia auprès d’une jeunesse petite bourgeoise flouée par l’université de masse, la mise sur pied de mouvements terroristes et insurrectionnels dans les anciennes colonies européennes que se disputaient les deux blocs rivaux. Cette sous-théorie reprise par el commandante préconisait la création de foyers (focos) de guérilla qui s'étendant auraient eu pour but l’embrigadement de l'ensemble de la population. Appliquée par le sous-chef Guevara en Bolivie, la théorie du foco s'est avérée être un échec total. Le développement exponentiel des centres urbains en Amérique latine durant les années 70 a vidé les campagnes, laissant les « foyers de paysans armés » dépourvus du soutien populaire envisagé. Cette théorie du foco a encouragé le développement d'un grand nombre de gangs terroristes plus ou moins autonomes et peu coordonnés, comme la Colombie en est encore le triste exemple. Cette fragmentation des groupes terroristes a facilité le travail des forces de contre-subversion de la CIA qui, forte de cette expérience, a pu téléguider le sanglant coup d’Etat au Chili. Bien qu'elle ne le revendique pas, la mouvance Islamique opaque et louche utilise un principe analogue partout où elle planifie ses attentats. Et, en plus - Pauvre Guevara ! – toutes les libérations nationales se sont conclues par des massacres civils et la mise en place de nouvelles bourgeoisies féroces contre leur classe ouvrière.
Ils espèrent quoi, ces tartuffes staliniens et trotskiens, en embaumant une nouvelle fois Guevara ? Se relooker ? Se ressourcer avec une ignominie de plus ?

Dans le cadre du mouvement pour la paix, financé par Moscou, la plupart des groupes gauchistes européens d’obédience trotskienne, ne défendaient pas la paix mais la victoire des Etats fantoches appuyés logistiquement par Moscou. Puis ils rabattirent leur caquet avec la guerre des frères ennemis Vietnam/Cambodge. A force de choisir un camp, leur aspiration à la lutte armée pour ladite révolution s’avérait n’être qu’une lutte armée au service d’un Etat bourgeois local post-colonial mais au fond toujours au profit du bloc russe.
Après le couac de son discours critique d’Alger à l’encontre de Moscou la gâteuse, Guevara ne devait pas s’illusionner beaucoup sur ses chances de survie dans la fumeuse théorie des focos pas encore privatisée. On peut en déduire raisonnablement qu’il a été lâché par Castro et ses commanditaires de Russie. Le combat de Guevara n’était pas celui du mouvement communiste de Babeuf à Lénine, ni celui du prolétariat. Cela n’empêche pas de considérer qu’il a été très courageux, lâchement abattu, mais que, pire encore, son meurtre est totalement récupéré par les héritiers du stalinisme et de son bâtard le trotskisme.
Un, deux, trois matchs ! Pauvre Guevara dont il ne reste plus de lisible que ses écrits de jeunesse sur sa passion pour le rugby, dont l’exhumation vient à point pour conforter le chauvinisme bleu qui a le vent en poupe à la veille de la demi-finale mondiale. Guevara aurait-il soutenu l’équipe de Chabal, un barbu un peu sauvage lui aussi ?

IL NE LEUR RESTE PLUS QUE « QUELQUES CONVICTIONS » :

Plus de pouvoir au bout du fusil pour que le Comité central de la LCR s’empare de l’Elysée avec le programme de transition 1938 made in Trotsky : Lamentation du site LCR : « Nous n’avons pas de modèle achevé de société à opposer à la barbarie capitaliste, simplement quelques convictions…(…) qu’il est possible d’en finir avec le capitalisme ». Et comment ? : « nous voulons une société réellement démocratique, où l’ensemble de la population décide collectivement des choix ».
Plus de gouvernement PC+PS+radicaux de pharmacie, mais un « gouvernement des travailleuses et des travailleurs appuyé sur des mobilisations populaires ».
Coucou à Olivier l’asticot à jeunes électeurs : « comme le disait Olivier lors de la campagne présidentielle : la Ligue est à vous. Alors n’hésitez pas à prendre contact ».
A la Ligue ils ont toujours le mot pour rire pour conclure leur prêchi-prêcha, mais en pastichant mot pour mot les paroles du ministre d’Etat prolétarien, Léon Davidovitch : « avec la 4e Internationale, nous apprenons à voir et comprendre le monde avec les yeux du mineur polonais, de l’étudiante chinoise, de l’indigène du Mexique, des femmes algériennes ou sénégalaises… » Mais pas avec les mains ni les pieds…

Les luttes de toute sorte, les grèves syndicales, etc. se traduisent sur la « scène électorale » par les 1.200.000 voix recueillies par Olivier Besancenot, dont la candidature de figuration avait pour fonction de dire au plus grand nombre que la politique est l’affaire de tous, quelque soit son âge, son sexe, sa profession ou sa couleur de peau. Vous avez compris, voter c’est faire de la politique pour la LCR. Nous lisons en effet ce lamentable commentaire platement électoraliste sur leur site. Les futurs lendemains électoraux vont pourrir cet enchantement impulsif comme la mère Arlette et ses arsouilles dépités après la rechute en deçà des 5%.

Argument racoleur pour crétins non vaccinés, la jeunesse est l’aune à laquelle le « sympathisant » est appelé à équarrir son jugement. Il est beau, il est bon, il est Besancenot. Un peu plus de trente ans qu’elle a la LCR… « une organisation à peine plus âgée que le plus jeune de ses trois porte-parole ». What an orgasm ! Mais c’est vieux trente ans pour une « orga » !
Une autre couche de jeunesse dépeint la saga trotskienne : « Produit de la fusion entre la « Jeunesse (sic) communiste révolutionnaire, l’une des organisations les plus dynamiques du mouvement étudiant de Mai 68 (ouaf !) et du Parti communiste internationaliste (des vieux !), la Ligue est née en avril 1969. »
La Ligue n’est pas une des progénitures de Mai 68, mais une de ses infections opportunistes ! Mais 68 fût une insurrection contre toutes les hiérarchies, et surtout celles des partis qui prétendaient parler au nom du prolétariat, y inclus les nouveaux postulants trotskiens et maoïstes qui, avec leurs multiples CC, qui se rêvaient en chapka prendre d’assaut le palais de l’Elysée, avec cette innocence toute juvénile de la jeunesse réactionnaire.
Hé hé, n’y avait-il pas à la tête de la copie replâtrée du PCF un jeunot ? : « …elle présentait un petit jeune de 28 ans, Alain Krivine (qui ne l’est plus pourtant) à l’élection présidentielle ». Le projet de la LCR était déjà ambitieusement comique : « elle voulait ainsi faire entendre la voix des dix millions de grévistes ». Chacun se rappelle en effet du petit Krivine, bien propret avec sa petite cravate et de son discours racoleur pour la ménagère qui avait dénoncé les poêles Tefal comme cancérigènes. Il avait bien plu dans les chaumières ce p’tit jeune, pas un excité comme tous ces enragés et ce débraillé de Cohn-Bendit qui a si mal fini!
Suit le listage de tous les mérites de cette Ligue : « résolument anticapitaliste, internationaliste, féministe et écologiste… » bla-bla et le « soutien aux luttes anti-impérialistes » (de triste mémoire), sans oublier la lutte contre le FN qui leur avait valu dérisoire dissolution en 1973.

Curieuse hagiographie ! Pas un mot pour nous dire si la LCR a combattu nos exploiteurs de la gauche caviar, qui a certes « multiplié les cadeaux au patronat », ni les sinistres garde-chiourmes du PCF. Qui ne dit mot consent : la LCR qui prétend avoir combattu contre toutes les oppressions est atteinte d’Alzheimer pour tout un pan de la domination bourgeoise. Ne serait-ce pas parce qu’elle se voit l’héritière de feu les gouvernements PC-PS-Radicaux de gauche ? Et qu’elle drague à tout va leurs anciens électeurs.
Que nenni, esquive nous revoilou la LCR: «Héritière de la lutte menée par les révolutionnaires russes contre le stalinisme n’a pas versé de larmes lors de l’effondrement du mur de Berlin».
Le raccourci n’excuse rien : les trotskiens restèrent 50 ans partisans de soutenir les chars russes. Et lors de l’effondrement du bloc russe, ils se firent tout petits. Un des vieux chefs de la LCR, Bensaïd, dans son principal galimatias théorique (Marx l’intempestif) esquiva la question de la nature de l’URSS et piqua effrontément l’idée à la Gauche communiste (Bilan et la GCF), ignorée par les médias et leurs maisons d’édition, que l’erreur avait résidé « dans l’identification du parti et de l’Etat ». Il fût question plus tard, selon le vieux cacique Krivine de laisser tomber le terme de « communiste » (cf. p177 de mes Trotskiens). Rien ne fut conclu sur la caractérisation « d’Etat ouvrier » ni hier ni aujourd’hui dans les sirupeux textes attrape-couillons.
Les kriviniens et les besancenotiens pensent, comme leurs pères staliniens, que le prolétariat est sans mémoire, qu’il ne réfléchit pas comme eux, qu’il est prêt à les suivre dans leur mille agitations tous azimuts. Mais ils se fichent du prolétariat qui ne les intéresse qu’avec carte syndicale en main. Ils s’adressent à toutes les catégories… d’électeurs, étudiants, profession peu importe (même les enculés d’agents de maîtrise et les cadres), les faucheurs d’OGM, les homosexuels, les gros, les nains, les moches, les automobilistes et les cyclistes.

La nouvelle ligne, le « nouveau parti anticapitaliste par le bas » prend déjà l’eau. Il filtre que la culture du vedettariat pour Besancenot implique une rigidification hiérarchique et la mise à l’écart des vieux briscards du syndicalisme et des vieilles thèses de « vieux schnocks ». On s’en fiche. Mais il y a de quoi avoir le tournis. En 2003 il était question de créer le seul vrai parti anticapitaliste qui aurait rassemblé tout le camembert de la gauche de LO au PCF. Pas plus tard qu’au mois d’août dernier, Besancenot avait assuré face aux médias rigolards que la LCR allait disparaître prônant un nouveau parti « anticapitaliste, mi-guévariste, mi-libertaire » ! (On se souvient qu’en 1972, le tempo de la chanson était mi-Guevara et mi-Etat vietnamien et les Etats-Unis socialistes d’Europe…).
Et maintenant tout ce charabia sur leur site qui flanque tout par terre en ne pouvant cacher que la Ligue reste et restera la Ligue, avec ou sans la baudruche Besancenot. Le secret de l’engouement tout provisoire pour le brave Olivier réside justement en dehors de ce qu’est la LCR, c'est-à-dire un parti toujours comme les autres, capable de décider à la place des masses, de magouiller, de négocier des places pour ses apparatchiks de l’ombre dans un éventuel gouvernement de coalition de crise. La baudruche Besancenot, contrairement à tous les vieux apparatchiks grimés sous des pseudonymes ridicules, est connu pour ce qu’il est : un brave postier qui rame au boulot comme la plupart des prolétaires, un gars d’en bas capable de moucher les Sarkozy sur les plateaux de télé, de jamais s’énerver et de remplacer la retraitée Laguiller dans la figuration misérable de la voix d’en bas tolérée dans le barnum démocratique pour maquiller la dictature des vieux partis bourgeois.
A part cette pauvre trouvaille d’un candidat jeune (tous les autres partis bourgeois ne proposant en effet que de vieux politicards) nos trotskiens perpétuellement relookés, ne peuvent pas inventer ou ressortir épisodiquement au bout du compte autre chose que les mêmes âneries de leur pape en 1938, nationalisations, pouvoir syndical, autogestionnite, etc. Du reste, tant qu’ils ne se rangent pas directement aux côtés des fusilleurs du prolétariat, ils restent présentables en ergotant sur une toujours plus vague future révolution, étrangère à l’esprit subversif de 1968, dissoute dans un syndicalisme oecuménique et bercée virtuellement au souvenir de l’icône Guevara.
Vanité des cartels de la gauche caviar et de ses croupions, du délabrement hétéroclito-trotskien ne sortira jamais un nouveau parti de masse électoral. Sans nouvelle explosion sociale majeure ou événement mondial dramatique, suivi d’une cuisante défaite du prolétariat, tout nouveau parti bourgeois parlementaire « de gauche » dominant est impossible. Du camembert électoral de la gauche flétrie par ses compromissions gouvernementales, avec sa brochette d’alter-mondialistes hétéroclites et la prétention besancenotiste à fédérer nos exploiteurs d’hier, il ne peut sourdre que le bruit et la fureur de postulants impuissants à rallier la classe ouvrière derrière des drapeaux troués et déchirés sur le cadavre des prolétaires et des masses exploitées du tiers-monde.


Jean-Louis Roche