"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

samedi 27 octobre 2007

NICOLAS S'EST MOQUE DE GUY

Le sénile maréchal Pétain faisait chanter en son temps dans toutes les écoles de la « zone libre » une ode à sa gloire : « Maréchal nous voilà ! ». Le dictateur au petit pied qui fait office de nouveau Président de la République ne pouvait pas graisser la patte à Doc Gynéco pour que ce pauvre rappeur lèche-botte blues concocte un « Nicolas youp là boum » pour faire danser nos enfants de maternelle ! La lecture de la dernière lettre (la lecture obligée, pas le contenu) du jeune Guy Môquet à ses parents avant d’être fusillé par la soldatesque nazie est pourtant autrement navrante et falsificatrice que la chanson pour le pépé massacreur de 14-18. Pas seulement parce que ce pauvre Guy Môquet croyait combattre pour le communisme aux ordres du maréchal Staline.
Cette lettre imposée comme lecture civique dans toutes les écoles de la France libérée de toute honte, pour aussi émouvante qu’elle soit, ne permet pas de gagner les matchs de rugby. Elle fût lue dans les vestiaires avant le premier match de l’équipe de France à ces grands enfants bourrus et musclés comme antidote à leur élimination annoncée, par un sous-fifre nommé Bernard Laporte. Le ridicule ne permit pas de remporter la coupe du monde du ballon ovale.

L’obligation élyséenne nécrophage de lire la lettre souleva une intense polémique parmi le brave milieu enseignant, choqué à bon droit d’une telle démarche incongrue, nauséabonde et odieuse. Pour ceux qui connaissent l’histoire, la guerre et de la résistance, cette démarche propagandiste est ignominieuse et ne sert pas seulement à rappeler des vérités gênantes dans la continuité de l’ordre établi, mais inaugure une nouvelle politique nationale comme on le déduira en conclusion de cet article.
En lieu et place de la dénonciation du maquillage concernant la lutte contre l’occupant nazi chargé de tous les péchés rétroactifs du monde, un tremplin a été dressé pour le PCF et ses souteneurs, dont les résidus se sont mis à hurler : « ne touchez pas aux martyrs de Chateaubriant ! » parmi les soit-disant 75.000 fusillés du parti de Maurice Thorez. Encore un coup de la droite pour s’emparer des mythes de la gauche, après le ralliement des transfuges « socialistes » !

Il s’agit bien d’un mythe (peu glorieux) de la gauche capitaliste en effet. Le PCF ne reconnut sa responsabilité dans l’attentat de Nantes qu’en 1950, mais non comme un crime. La résistance avait été enterrée depuis longtemps par la reprise en mains des rênes de l’Etat bourgeois et des corps militaires. Les résistants ne faisaient plus figure que de rigolos utopistes quand les anciens fonctionnaires pétainistes, Papon et Cie, avaient repris leurs fonctions dans l’appareil d’Etat. Lors d’une commémoration, devant 15.000 perosnnes, le 20 octobre 1991, le dernier membre du commando qui avait exécuté le lieutenant-colonel Karl Hotz à Nantes, entrainant les représailles contre les otages de Chateaubriant, Gilbert Brustlein avait exhibé un panneau « Marchais n’a pas sa place ici ! » et avait été expulsé manu militari par les officiels gaullistes et le SO du PCF. Désordre.
Comme Guévara pour les trostskiens, Guy Môquet avait jusque là longtemps servi de vitrine à l’histoire maquillée du PCF pendant la guerre. Aragon avait été chargé d’écrire un long pensum à la gloire involontaire des martyres (dont deux trotskistes) précisant qu’il avait fallu fusiller le petit Guy Môquet évanoui. Aragon se permettait de tirer dans la foulée un coup de chapeau à Gabriel Péri, lui-même vraisemblablement livré par le PCF à la Gestapo pour son hostilité à la pratique terroriste de la résistance FTP, qui s’inscrivait dans la lignée discontinue de tous ceux qui croyaient « préparer des lendemains qui chantent ».

Résumé des courses par Wikipédia :
« Le 20 octobre 1941, le lieutenant-colonel Karl Hotz à Nantes (…) est abattu rue du Roi-Albert à Nantes par trois résistants : Gilbert Brustlein, Marcel Bourdarias et un ancien officier des Brigades internationales d'origine italienne (naturalisé Français en 1932) Spartaco Guisco, tous trois venus de Paris, envoyés par Jules Dumont et Albert Ouzoulias responsables des Bataillons de la Jeunesse. Tandis que le pistolet de Guisco s'enraye, Brustlein tire deux balles dans le dos de l'officier à proximité de la cathédrale. Les deux hommes qui ont cherché en vain une cible la veille, ignorent qui sont leurs victimes ce matin là. Ils réussissent à prendre la fuite. Les autorités nazies décident une répression exemplaire de cet acte qu'elles qualifient de terroriste. Le lendemain, une proclamation indique qu’au moins 50 otages seront fusillés si les tireurs ne se livrent pas. Deux jours plus tard, 48 personnes sont abattues en représailles. L'arrestation à Paris, quelques jours plus tard, des auteurs de l'attentat par la police française diffère celle de cinquante autres otages dont Hitler réclamait l'exécution. Parmi les 48 otages fusillés, 27 sont des internés du Camp de Châteaubriant, supposés communistes, et ils sont exécutés sur place, à la carrière de la Sablière, 17 sont de la région nantaise et sont exécutés à Nantes et 4 sont exécutés à Paris. Le ministre de l'intérieur Pierre Pucheu a tout fait pour que soient désignés des communistes plutôt que des « bons Français ». Au Camp de Châteaubriant, 27 otages seront fusillés, parmi eux figure Guy Môquet. Il s'agit du plus jeune des fusillés (17 ans). Il refuse que ses camarades intercèdent en sa faveur. « Je suis communiste autant que toi » déclare-t-il au dentiste Ténine. Les plus connus des autres fusillés étaient Charles Michels, député communiste du XVe arrondissement de Paris et Jean-Pierre Timbaud, secrétaire de la fédération des métaux CGT de la région parisienne. Il y avait également deux trotskistes : Marc Bourhis et un communiste qui avait rompu avec le PCF à la suite du pacte germano-soviétique, le maire de Concarneau Pierre Guéguin. Cette exécution, en même temps que d'autres à Nantes et à Bordeaux, suscita une énorme émotion dans le pays, et une grève symbolique de cinq minutes est organisée à travers toute la France le 30 octobre.


Les Allemands, et la politique des otages:

À partir du 19 juin 1941, les autorités d'occupation allemandes de Nantes garantissent la sécurité des troupes d'occupation en prélevant à tour de rôles des notables — élus, présidents d'association, etc. — consignés en un lieu physique pour quelques heures ou simplement d'astreinte à leur domicile. Après novembre 1941, cette pratique tombe en désuétude sans qu'aucun otage n'ait été passé par les armes. La vague d'attentats initiée le 21 août 1941 par Fabien à la station de métro parisienne Barbès-Rochechouart, va amener les Allemands à modifier leur politique d'otages en privilégiant pour tout attentat la piste « judéo-bolchevique » , même en l'absence de toute revendication. Cette politique sera parfaitement formulée par l'ambassadeur allemand à Paris Otto Abetz en décembre 1941 :
« Même lorsqu'il est clairement prouvé que les auteurs d'attentats sont des Français, il est bon de ne pas mettre cette constatation en relief, mais de tenir compte de nos intérêts politiques et de prétendre qu'il s'agit exclusivement de juifs et des agents à la solde des services de renseignements anglo-saxons et russes. »
Du 22 juin au 22 octobre 1941, seulement quatre Allemands ont été tués par la Résistance mais d'autres attentats, matériels, même s'ils ont un faible impact, montrent qu'il ne s'agit pas d'actes isolés, mais bien d'une vague d'attentats. La première attitude du commandant militaire de la Wehrmacht en France (Militärbefelshaber in Frankreich, MBF), Otto von Stülpnagel consiste à demander au gouvernement de Vichy d'exercer lui-même la répression. C'est ainsi que le nouveau ministre de l'intérieur Pierre Pucheu va créer des tribunaux d'exception : les « Sections spéciales » qui envoient à la guillotine, après jugements sommaires, une poignée d'internés plus ou moins communistes.
Les Allemands prennent ensuite eux-mêmes en charge l'exécution d'otages. Les trois premiers sont fusillés le 6 septembre, les dix suivants le seront le 16 septembre. Cette répression apparait trop douce à Hitler qui trouve Stülpnagel trop mou et lui envoie la directive d'exécuter au moins cent otages par Allemand tué. Stülpnagel, arguant que les troupes allemandes ne sont pas menacées, ne se hâte pas d'engager une politique de représailles. Il ne tient pas à se mettre à dos une population qui travaille pour le plus grand bénéfice de la puissance occupante. Il ne veut pas non plus mettre en porte-à-faux le gouvernement de Vichy qui collabore de façon satisfaisante. « Des exécutions massives ne sont pas encore justifiées par la situation. Elles pourraient entraîner la résistance de toute la population française, ce qui pour des raisons politiques, militaires et économiques, pourrait conduire à d'importantes difficultés [...] » écrit-il le 11 septembre au haut-commandement de l'armée de terre. »

Tous les noms des martyres ornent des rues de la plupart des grandes villes françaises. Tout notre respect va à leur statut de victimes de guerre, non aux charognards gaullistes et staliniens qui s’en sont servi de cache-sexe. Leur rendre un véritable hommage passera ici par la restitution des causes de leur massacre.
La politique d’attentats contre les officiers allemands décidée par le PCF dans la clandestinité est destinée à frapper fort, d’autant plus fort que la direction du parti nationaliste stalinien avec Duclos venait de se compromettre dangereusement avec une demande de reparution de leur journal auprès des autorités allemandes dans la foulée du pacte amical coco-naze (cf. PU 148). La stratégie terroriste avait donc été inaugurée par le meurtre de l’aspirant Moser au métro Barbès le 21 août 1941 par celui qui sera qualifié de colonel Fabien et dont le nom est une tâche de bêtise encore dans maints lieux publics, suivi des inévitables représailles d’innocents.
Le commando envoyé de Paris à Nantes a improvisé un peu au hasard comme on l’a vu. L’attentat de Barbès avait déjà soulevé l’indignation de membres du comité central, offusqué par le pacte germano-soviétique. Gabriel Péri, si bien chloroformé pour l’histoire bc bg antifasciste, n’était plus en odeur de sainteté, il avait essayé de contacter Paul Nizan qui avait déchiré sa carte du parti. Péri s’opposait à la nouvelle tactique terroriste du parti pour son inutilité politique et surtout pour son pouvoir de nuisance sur les populations otages. L’historien Courtois a raconté comment le PCF l’avait laissé tomber aux mains de la Gestapo. Un autre gêneur avait fait apposer des affiches dans le métro dénonçant les pratiques terroristes parallèles des membres de son parti, Marcel Cachin. Il était parti en Bretagne. Une escouade fût lancée à sa recherche et le ramena à l’ordre à Paris. En 1989, un de mes interviewés, Diran Voshguiridjian, membre du groupe Manouchian, en 1989 rappelle avoir vu ces affiches dans le métro.
La mystification atteint son comble avec la légende du Colonel Fabien qui fût amené à chapeauter les divers groupes terroristes avec Ouzoulias. Un jeune docteur, Raymond Boutroy qui, avec le professeur Milliez, s’est trouvé aux côtés des combattants FTP en France puis en Allemagne, témoigne du mode de vie d’aventuriers de la camarilla terroriste du PCF. Il explique comment était le colonel Fabien et réduit à néant cette autre mensonge du front national stalinien selon lequel Fabien aurait été victime d’un attentat :
« Oui, Fabien était un pur, les autres beaucoup moins. C’était un héros dans son système à lui. Il allait jusqu’au bout. « Tête brûlée » mais pour ceux qui ne sont pas de son avis. J’ai tout de même un certain respect pour lui. Comprenez qu’on peut avoir aussi un certain respect pour Hitler qui a été jusqu’au bout de ses idées, et qui est mort dans son système. Je n’approuve pas ses idées, mais… Les explosifs étaient une des passions de Fabien. Dans les cantines du régiment, il traînait des mines diverses. Il collectionnait les explosifs comme on collectionne des timbres. Je me souviens d’une de ses démonstrations dans l’école d’Etange-Grande devant tous les officiers. Son grand gag était d’étaler devant lui des mines anti-personnelles dites « à cisaillement » qui projetaient des lames de métal. Alors que nous lui faisions face, il sortait soudainement un marteau et tapait sur le poussoir supérieur de la mine… (…) la mine était toujours chargée. On avait tous un mouvement de recul. Il nous répondait sereinement : « voilà, ça résiste à 70 kilos, un coup de marteau n’équivaut qu’à 35 kilos. Inutile de vous dire que c’était tout de même un personnage assez curieux. (…) On a beaucoup reproché la perversité des allemands. Mais j’ai eu l’occasion de vérifier que cela existe aussi chez nous. Il y a des gens qui éprouvent un certain plaisir à dégringoler leur prochain. (…) Fabien et son équipe dont une secrétaire que j’aimais bien sont morts dans l’école d’Apsheim. (…) Ce n’était pas un attentat. Le colonel Fabien qui était un maniaque des explosifs a voulu dévisser, dans le local de son PC (il ne lisait pas les notes de service des « naphtalinars » qui informaient d’un nouveau type de mine) une taylor-mine à laquelle les allemands avaient joint un mécanisme pour qu’elle explose quand on la dévissait. La fenêtre du PC qui était carrée est devenue ronde, et tout l’état-major du premier régiment de Paris est passé en bouillie par la fenêtre. Fabien n’avait plus le haut de son corps…
P।H। : la presse du PCF et ses éditions Messidor ont soutenu que Fabien avait été victime des « naphtalinars » (c à d les officiers de l’armée régulière)…
R.B. : C’est faux. J’ai été témoin de cette obsession de Fabien. Cyrille Koupernik peut aussi vous le confirmer. Un autre docteur aussi. Que voulez-vous, Fabien était un maniaque des mines. A l’époque tout le monde a dit dans le régiment « il était en train de dévisser ce nouveau type de mine ». Personne ne l’a vu bricoler. Les témoins sont partis eux aussi en bouillie. De toute façon, Fabien avait toujours avec lui tout un assortiment de mines. L’accident ne fit pas l’ombre d’un doute dans le régiment. (…) Cinoche du PCF lors de l’enterrement national ».
(cf। entretiens annexes, A bas la guerre, 1989, le docteur R.B. m’avait assuré qu’il avait confié son témoignage à des historiens de métier, apparemment les historiens « de métier » laissent des vérités aux oubliettes de leurs archives selon leurs employeurs étatiques du moment, car je n’ai retrouvé nulle trace répercutant ce témoignage dont je republierai bientôt l’intégralité, d’autant que le docteur R.B. est décédé).



POURQUOI UNE NOUVELLE REMISE EN VEDETTE DE LA RESISTANCE NATIONALE ?
Nombre d’anciens terroristes en Israël comme dans les pays arabes sont devenus chefs d’Etat. Jusqu’à la fin du XXe siècle, à la suite de ses guerres de rapine ou de conquête, la bourgeoisie a placé ses hommes de main au rang de héros et les a récompensé au rang de chefs suprêmes de la « nation libérée ». Les chefs de l’ombre stalinien ont connu leur heure de gloire immédiatement après la Libération pour leur participation à la lutte nationale avec toutes les falsifications nécessaires pour évacuer toute possibilité de révolution communiste autre qu’une éventuelle soumission aux chars russes.
Puis dans le cadre de la stratégie qui a présidé au forcing pour faire écrouler de multiples façons le bloc russe, nous avons connu toute une période de réduction du rôle du PCF et à la remise au musée des antiquités des actions désordonnées de la Résistance. Des années 1980 à la veille de l’an 2000 il n’y avait plus place que pour la Shoah. Les martyres juifs n’étaient plus que les seules victimes de la guerre. Cette exagération convenait tout à fait à la mainmise américaine appuyée sur l’Europe, pour modérer ses ambitions hégémoniques en culpabilisant ses deux principaux empêcheurs de mondialiser en rond, la France et l’Allemagne. Les gouvernements Chirac s’étaient plus ou moins pliés à cette vogue exclusiviste et contraignante pour « l’honneur national » ; ce qui n’empêchait pas les vieux grognards gaullistes (et les républicains de Marianne) de râler devant une trop grande place éditoriale consacrée au massacre des juifs et à l’accommodement coupable de la population terrorisée.
Avec les nouvelles données internationales, lourdes de futures guerres, face à l’Iran en particulier, la nouvelle stratégie du pouvoir en place, oblige à flatter à nouveau les vertus nationales. De ci de là on entend stupidement des récriminations contre le gouvernement Sarkozy avec ses quotas et une politique agressive à l’encontre des immigrés. On va même jusqu’à dire qu’il reprend le programme de Le Pen ! Douce plaisanterie.
Sur le fond, pour toutes les fractions bourgeoises, seule importe l’union nationale, disons de favoriser le sentiment d’appartenir avant tout à une « communauté nationale » avec ses Valmy et ses Guy Môquet. Dans la guerre économique féroce que se livrent les grandes puissances, l’heure est au nationalisme. Un nationalisme certes nimbé de démocratisme, d’écologisme et de sport de masse. Mais en Chine, comme aux Etats-Unis, comme en Algérie ou en France – et même en Belgique - il est désormais nécessaire d’utiliser tout ce qui peut flatter le sentiment national. « L’étranger » est redevenu l’ennemi intérieur. En ce sens, la lettre du pauvre Guy Môquet, non pour son pathos, mais pour son symbole de lutte « contre l’occupant » et « jusqu’à la mort » est de bon augure pour la bourgeoisie affairiste et aux abois face au krach économique permanent qui lui pend au nez. L’idéologie nationale, qui peut aussi bien se bercer avec les confusions de Jaurès, Blum ou Charles Maurras, reste la principale antidote à la lutte des classes dans la mesure où celle-ci reste dépourvue de toute alternative d’avenir.

L’avenir bourgeois n’est pas destiné à durer longtemps si l’Etat continue à criminaliser non seulement les prolétaires qui apportent leur soutien aux migrants démunis, mais aussi les employés d’Air France qui ont jeté l’effroi chez le ministre du rang par leur forte mobilisation, plus significative que la JA bidon sur la réforme des retraites (le patron porte plainte contre les syndicats qui n’y sont pour rien….), mais aussi par les pantalonnades du blaireau président. Ce comique troupier s’est rendu impromptu au centre de maintenance SNCF de Saint Denis, protégé par une caserne de CRS pour provoquer les ouvriers : « je ne peux pas croire que vous soyiez à ce point inconscient de la réalité ». Phrase sonore non pour culpabiliser les cheminots mais pour les faire passer pour des cons au niveau national. Réponse d’une employée, non répercutée par Libé : « … j’ai du mal à joindre les deux bouts, alors qu’il ne vienne pas me dire que je suis inconsciente de la réalité ! » PAF !

Sarkozy signifie bien évidemment que la classe ouvrière devrait accepter de se serrer la ceinture au profit de la bourgeoisie nationale. Il en est pour ses frais, et à chaque fois il a tellement la trouille des réactions violentes des ouvriers, qu’il s’amène avec une armada de flics en côtes de maille.

Après "à chacun son boche", "à chacun de sa poche"?



CINEMA : LE BRAHMANE DU KOMINTERN de Wladimir Leon.

Pour une rarissime fois qu’un film à l’affiche sur un seul grand boulevard de Paris semblait faire un clin d’œil amical à notre bonne vieille révolution russe avec son affiche sympa, il n’était pas possible d’hésiter à entrer dans la salle obscure. L’obscurité historique est pourtant ce qui caractérise cette enquête d’amateur superficiel.

La photo, peu connue du grand public des peu nombreux participants au IIe congrès de l’Internationale communiste, reflète une gageure (lire sur le web, dans la Bibliothèque de la Gauche communiste : Le IIe congrès de l’I.C. un sommet et une croisée des chemins, par Bordiga). Il n’existe pas encore d’autres partis communistes hors de la Russie en 1920. Les bolcheviks ont invité des personnalités individuelles qui ne représentent encore qu’elles-mêmes ou des tendances de gauche radicale des partis socialistes qui ont trahis. Lénine, dans une posture familière, mains dans les poches est au premier plan. On croirait presque qu’il s’agit d’un tableau de Renoir, après un dîner à la campagne. Le grand Gorki tout chauve se tient en retrait et fait encore partie des amis intimes, lui qui a si généreusement financé jusque là le parti bolchevik avec ses droits d’auteur. Zinoviev, mains derrière le dos ressemble à un pacifiste instituteur de la IVe République. Une femme avec son sac à main figure entre le grand N.M.Roy et un petit barbu qui finira pendu avec Mussolini, sourit. Ce grand gaillard à tête de gentleman on le verra défiler derrière le catafalque de Djerzinski porté par Trotsky, Kamenev et les autres, dans la cohue des petits hommes bolcheviks.

Le mal nommé « brahmane du Komintern » (mauvais jeu de mot gauchiste) Manabendra Nath Roy (1887-1954) méritait mieux comme exhumation. A la fin de l’adolescence il milite dans le mouvement pour l’indépendance de l’Inde. Amené à s’exiler puis à voyager, il atterrit au Mexique où il est gagné aux positions communistes par Borodine en 1919. M.N.Roy vient d’abandonner les thèses de la libération nationale, c’est sans doute pour cela qu’il se ralliera aux positions de Rosa Luxemburg et défendra ses thèses contre Lénine au IIe congrès de l’I.C. où il est immédiatement invité. Au cours du documentaire on entend que Lénine aurait jeté son dévolu sur Roy non parce qu’il se tenait à part des milieux nationalistes indiens mais parce qu’il aurait été un individualiste plus facile à manipuler. Dans toute personnalité il y a toujours de forts traits individuels, ce qui n’est pas négatif en soi ; donc, si tel était le cas, manque de pot, Lénine eût affaire à forte partie même s’il réussit à mettre de l’eau dans les thèses sur la question nationale de Roy. Lénine conclut le congrès par un salut à N.M.Roy comme « symbole de la révolution orientale »

Le CCI par le passé a rappelé contre les errements politiques de Battaglia qu’on ne pouvait pas insulter la rectitude du communiste Roy (cf. Rint 42, 1985). Roy joue un rôle indéniable dans la fondation du premier parti communiste hors Russie au Mexique où ils ne sont que sept membres initialement (on nous montre même, SVP, une carte de membre). Le réalisateur amateur laisse dire aux vieux caciques du PC stalinien interviewés (ils sont apparemment bourrés et se marrent) que le rôle de Roy a été mineur. Ce PC produira quelques années plus tard, face à la dégénérescence de l’IC, une des fractions de gauche les plus claires aux côtés des communistes hollandais et de Bilan, la Gauche mexicaine dont les textes republiés par le CCI restent lumineux sur une foule de questions (nationalisations, libérations nationales, etc.).

En 1926, âgé de 39 ans, Roy (de son vrai nom Narendranath Bhattacharya) est membre élu des quatre organes officiels de l’IC : présidium, secrétariat politique, comité exécutif et congrès mondial). Il est envoyé partout en Europe mais aussi à Tashkent.

Roy agit à cette époque avant tout comme représentant de l’IC et non du parti russe. Ses fréquents voyages en Allemagne (où existe une importante colonie de prolétaires indiens) lui font cotoyer les communistes allemands. Il est donc très clair politiquement sur les questions principales même si, avec la dégénérescence il tend à s’orienter sur l’aile droite des Brandler et Thalheimer. Il dirige la délégation de l’IC en Chine en 1927 où il défend face à Mao et Borodine une stratégie basée sur une révolution paysanne, qui sera reprise plus tard par le célèbre dictateur chinois. Il ne comprend pas le danger de la théorie antifasciste comme nouvelle union nationale et peu à peu revient à ses croyances nationalistes de jeunesse et abandonne le marxisme au cours des années 1930 pour des conceptions rationalistes humanistes proches de l’Ecole de Francfort qu’il fréquente. Il revient en Inde où il est emprisonné plusieurs années. Son manque de clarté sur l’antifascisme le conduit à sa perte. En 1940, approché par les renseignements britanniques, il se solidarise des Alliés et reçoit une énorme somme d’argent qui lui permet de fonder son Radical Democratic Parti. Les Anglais font immédiatement connaître l’objet de la transaction et coulent ainsi le personnage et son parti qui essuient un lamentable échec électoral en 1945 face au parti de Gandhi libérateur de l’Inde colonisée par ces mêmes britanniques.

Le film documentaire de très mauvaise qualité visuelle ne nous donne pas les éléments pour reconstituer ainsi le rébus de la trajectoire de Roy. Il est constamment déplaisant, du début où il faut supporter les ricanements des vieux politiciens mexicains jusqu’à l’auto-exhibition du réalisateur qui se met sans cesse en scène, quand le propre d’un documentaire est d’être impersonnel. On y trouve des pépites cependant. Entendre la voix grasseyante de Lénine est assez surprenant et intemporel. On est déçu et énervé que la caméra qui survole les documents rédigés en français dans les archives au Mexique, en Russie et en Inde, ne nous laissent pas le temps de lire ces joyaux (lettre de protestation contre Staline de Roy, balancée par Piatniski, courriers des Trotsky, Rosmer, etc. effeuillés à la va vite). Une série de documents du plus haut intérêt et non encore photocopiés dans les archives occidentales défilent donc puis sont rejetés dans l’oubli d’armoires en ferraille gardées par d’imbéciles grosses contractuelles du régime russe. C’est à la fin de l’enquête qu’on trouve cependant des interviews de personnages passionnants, des types âgés de près de 100 ans, qui ont connu Roy, et dont la tête reste complètement lucide. Ces vieillards sont des dieux vivants. Laissons la conclusion à l’un d’eux :

« Roy était un type intègre. Le gandhisme est mort. Nous vivons dans un monde déraisonnable ».

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mercredi 10 octobre 2007





Sous-chef Guevara :
UNE LEGENDE STALINIENNE

(ci-contre défilé des oufs trotskiens pour maquiller, "guévariser" les 4O années depuis mai 1968; il est pas mieux ainsi not'Tintin syndical national?)




Hollywood exhibe bien Marylin Monroe comme poster d’une vague culpabilité américaine, pourquoi nos trotskiens hexagonaux n’auraient-ils pas le droit d’exhiber sur leurs T-shirts leur Indiana Jones, avec la gueule d’amour d’Ernesto, clochard céleste tout frais ressorti des bois pour se moquer à nouveau de mai 68?
Une d’une Huma-dimanche : « Viva Guevara » ! Le cadavre stalinien, lui, bouge encore. A l’unisson de leurs enfants prodigues trotskiens, les vieilles raclures staliniennes encensent « chef Guevara ». Le 16 septembre, dans une émission télévisuelle – Guévara saint ou tortionnaire ? - où staliniens et trotskiens ont rivalisé de louanges, grimant la fin des années 1960, et donc 1968, par une « guévarisation » des bouleversements sociaux troublant à l’époque. Le directeur de l’Huma, un certain Le Hyarrick, se répandit en qualificatifs aussi hyperboliques que ridicules : « humanisme » du docte « Che », « fraîcheur », « éthique », etc. Un complice réalisateur, Jean Ortiz, spécialiste de tous les mensonges véhiculés sur la Libération, la résistance, et le mythe crapuleux des « libérations nationales » proclama « Che plus que jamais » ; chef plus que jamais, et de quoi ? (Che = chef)
Les résidus du stalinisme en faillite, qui trémoussent un éloge funèbre d’un mort dissident du même carcan idéologique, me font penser aux social-démocrates allemands qui exaltent la liberté de penser de Rosa Luxemburg, alors que celle-ci a été assassinée par leurs pères putatifs.


Dans les années 1960 on a tant aimé les symboles de la nouvelle société de consommation, sous forme de posters, de gadgets, de T-shirt. Ces années sont systématiquement présentées par l’idéologie dominante actuelle comme l’équivalent de la « Belle époque ». Dans la misère de l’après 1945 il était de bon ton d’évoquer le bonheur des années 1900 qui le furent certes, mais pour les classes aisées et avec Joséphine Baker comme colonisée apprivoisée. Dans les années 2000, on fait croire aussi à une sorte de nirvana pour les jeunes indifférenciés des sixties comme si les couches pauvres n’avaient pas connu aussi l’incertitude du lendemain ni l’ennui sans fin d’une misère relative. Idéologiquement, les gauchistes, version trotskienne, sont depuis longtemps un courant marginal de la bourgeoisie. La branche krivinesque est issue de l’accouplement chaste et hideux des jeunes membres du parti stalinien en voie de gâtisme prolongé et des vieux briscards d’avant-guerre d’un trotskisme obsolète. Ce groupuscule insurrectionnaliste, longtemps le plus important numériquement, connut un fort recrutement en milieu étudiant et lycéen après 1968 comme récompense de sa présence agitée et fort en gueule sur les barricades et dans les assemblées estudiantines. Ses orateurs, les Weber, Bensaïd, etc., y furent souvent sifflés et mis en minorité pour leur débilité politique, mais cela, Besancenot qui n’était pas né, ne va pas vous le rappeler. La Ligue successive ne fût que le carrefour et l’empilement de tout et de n’importe quoi. Aspirateur de toutes les agitations à la mode, elle n’a pas changé et ne changera pas. En 1968, la Ligue se situait du point de vue de la « guerre révolutionnaire » de tout ce qui se proclamait guérilleros en Amérique du Sud et aux côtés des généraux staliniens du Vietnam du Nord. J’ai même eu l’occasion à l’époque d’entrer dans l’appartement d’un petit chef trotskien. Au mur, sur une carte du Vietnam, étaient planté des petits drapeaux du Vietnam du Nord, déplacés chaque jour face aux avancées ou reculs des petits drapeaux de l’armée US. Le trotskisme radical, krivinesque, c’était cela, un engagement à bataille navale loin des champs de tir. La révolution vue comme une guerre de partisans paysans, venant libérer de l’oppression les ouvriers des villes et les soumettre à un nouveau parti gouvernemental.

Les situationnistes, passés par l’école de Socialisme ou Barbarie, avec Guy Debord, eurent ce mot magnifique : 68 c’était le réveil du prolétariat ; vision qui fût prorogée par d’autres par après, comme RI et de petits groupes qu’on a qualifié à tort d’ultra-gauche. Effaçant à la manière de ses maîtres staliniens, ce constat historique, la Ligue s’est toujours moquée du prolétariat puisque, encore maintenant, tout dépend d’un parti hiérarchisé, des élections en laissant dans la poche un vieux résidu du blanquisme terroriste, la prise d’armes guérilleriste. Concernant la guérilla, Guy Debord eu aussi ce mot merveilleux : théorie pour sous-développés.
Après la dissolution de la LCR pour ses bagarres de rue contre leurs extrêmes rivaux du FN en 1973, et dont les prolétaires n’avaient rien à cirer, les rêveries post-68 sur la « guerre révolutionnaire » et son « épanouissement » dans une guerre civile bien juteuse, se sont effiloché, comme l’a si bien établi un de leurs anciens, Che Filoche. La guérilla urbaine, singerie occidentale de la lutte guérilleriste autrement plus risquée, n’était plus qu’une agitation stérile qui ne pouvait émouvoir ni les masses ni le Chef de l’Etat. Symbole de ces années d’artifice du gauchisme : les portraits de Guevara et du dictateur Ho Chi Minh décoraient les banderoles des manifestants qui hoquetaient « che che Guevara ! Ho Ho Chi Minh !). La Ligue doit, pour les trente années suivantes, ranger dans les cartons ses billevesées insurrectionnalistes et se recycler dans le syndicalisme et l’alter-monstrualisme.

UNE SI VIEILLE RUPTURE AVEC LE MARXISME

Le marxisme stalinien est mort. Il ne sert plus d’y référer pour ses fils et petits-fils trotskiens. Va pour l’idéologie libertaire, « libertaire » pas « anarchiste », et pour une renaissance de l’anarcho-syndicalisme. Libertaire cela fait démocrate, sympa et convivial. Politiquement néanmoins, libertaire = anarchisme. Il était typique pour l’anarcho de la fin du XIXe siècle de rêver la révolution sur la base d’une hypothétique grève générale déclenchée par ses chefs syndicaux et en même temps, pour les jours déprime, de rêver à son succédané, la propagande par le fait où la bombe anarchiste libèrerait les masses de leur torpeur. Ce mélange de syndicalisme usé jusqu’à la corde et de pouvoir impulsif au bout du fusil, est ce qui caractérise la nouvelle ligne Besancenot-Krivine. Effet paralysant garanti : dégoûté successivement des grèves sabotées par les syndicats, accrochez au mur de votre chambre un portrait de Guevara et ainsi rêvez, à votre tour, de prendre le maquis pour mettre à bas le capitalisme hors de ces maudites et inutiles grèves invariablement salariales…
Variante corruptrice, cet anarchisme new look, mâtiné d’une contestation sans principes, est monnayé désormais avec l’ordre dominant ; même comme figurants, la participation aux élections remplit des caisses de LO et de la LCR.
« Nos vies valent plus que leur profit » est le type de slogan électoral qui ne coûte pas cher et permet de paraître radical, sans muscle théorique et sans alternative hors de l’obéissance aux sous-chefs trotskiens et à leurs amis de la gauche caviar.
Nos Trotskiens agités du Besancenot, en voulant nous faire oublier leur « soutien critique » au stalinisme, confirment leur abandon total du véritable marxisme avec cette nouvelle formule électoraliste : « mi-guévariste, mi-libertaire ».
L’anarchisme ne représente plus rien depuis belle lurette. Il n’est qu’un foutoir idéologique pour gros lycéens primaires. Tout le trotskysme a dû jeter la chemise sale stalinienne pour reprendre cette idéologie qui permet plus encore de prétendre fédérer tout ce qui bouge. Mais, pour conserver un appui d’apparence révolutionnaire, à la différence des autres trotskiens du PT et de LO, la LCR nous a ressorti de la naphtaline Guevara.
On ne compte plus les conférences-promo – tenez vous bien aussi sur la place de la Sorbonne avec la permission de Delanoé et Sarko - autour de l’ouvrage commun du vieux cacique krivinesque l’ultra-cultivé Löwy et de son faire-valoir le jeune Olivier. Rédigé donc par « Olivier le fataliste et son maître », « Une braise qui brûle encore » vient conter la légende « exemplaire » du chef guérrillero Guevara, avec pépé Maspero en guest star sur l’estrade. Pauvre Guevara il n’était pas plus chef que militant de base (dixit Olivier) mais un drôle d’intermédiaire pour idéologie arriérée.
Besancenot joue de la lyre guévariste sur deux aspects qui interrogent évidemment tous ceux qui doutent de la validité de la révolution en général, et pas de la cuistrerie de la LCR : la putrescence de la question nationale et la question du pouvoir. Besancenot dit « retenir » du Guevara (car tout n’est pas rose) son « internationalisme ». Et aussi apparemment – phrase sibylline – qu’on peut participer au pouvoir sans se faire prendre par le pouvoir ! Mon œil !

La LCR devrait pouvoir toucher aussi un pourcentage sur la vente des millions de T-shirts, de chaussettes et de slips à l’effigie du courageux guérillero et disposer de chaises pour assister aux commémorations religieuses en Amérique latine et dans la caserne de Cuba.
Besancenot a déclaré à «Metro » que Guevara était un « simple militant révolutionnaire ». Après avoir porté T-shirt à son effigie dès ses 14 ans, on lui fît faire ses classes trotskiennes à la lecture de textes du grand barde des focos. Résumé du potache: « On y retrouve les thèmes de la haine et de la violence comme facteurs de la lutte sociale. Le Che, avant de prendre les armes, avait épuisé toutes les solutions démocratiques ». La haine comme facteur de lutte, bizarre non ? Et, singulière substitution, car Guevara avait épuisé surtout toutes les impasses du… stalinisme impérialiste !
Ou Guevara n’était qu’une simple victime des …solutions démocratiques, et on n’en saura pas plus pour qui et pour quoi il a pris les armes. Pour lutter contre les dictatures à Cuba puis en Bolivie ? Et les remplacer par quoi, par qui, sur quel programme ?

FOCO AGRICOLE ET FAUX-CUL GUEVARA :

Avant d’être un gêneur « non-aligné » ou « désaligné », sous-chef Guevara n’a-t-il pas été un bon agent stalinien ? El commandante Guevara ne fut longtemps que le bras gauche de Fidel Castro, son Vichinsky et son commissaire aux finances cubaines (piètre postérité, sa tronche figure sur les billets de banque). Dans ses hautes fonctions il fut à tu et à toi avec les Khrouchtchev, Kossyguine et Brejnev, qu’il embrassait sur la bouche, mais, avant l’érection triomphale de l’homophilie, le
« baiser communiste » entre hommes était la mode « communiste » en ce temps-là, ne riez pas. Son internationalisme n’était que son credo au service du camp stalinien.
« Un, deux, trois Vietnam » n’était que le slogan nationaliste répété dans chaque enclave nationale, où tout un chacun, comme au temps des brigades internationales, était convié à venir se faire tuer au profit du bloc de l’Est (cf. p22 de mon livre « Les trotskiens »).
La théorie des focos (foyers), la lutte armée partant de la campagne vers la ville, donc d’une révolution imaginaire apportant des champs et des bois la conscience aux ouvriers de la ville, était une théorie d’un autre âge, fort en vogue chez les intellectuels d’extrême gauche des années 1960, issus pour la plupart du tronc stalinien. Pour la plupart « fils à papa », maoïstes et trotskystes se masturbaient sous les portraits géants des dictateurs du tiers-monde. Quant aux anarchistes ploum-ploum, ils se contentaient en queue de défilé d’être porteurs volontaires du béret à étoile.
La théorie de la « propagande armée » fondée sur la haine rétroactive et rétrospective du colonisé tout azimuts contre le « colonisateur occidental » (« tuer un européen » indifférencié était un acte révolutionnaire pour Guevara et Sartre !) fondait « l’humanisme » de Guevara. Elle était dans l’air du temps cette théorie, non comme subversive mais comme expression de la décomposition du stalinisme, avec ses pasteurs hystériques, les Malcom X et le psychiatre antillais Frantz Fanon, passé au service du nationaliste FLN. Elle justifia auprès d’une jeunesse petite bourgeoise flouée par l’université de masse, la mise sur pied de mouvements terroristes et insurrectionnels dans les anciennes colonies européennes que se disputaient les deux blocs rivaux. Cette sous-théorie reprise par el commandante préconisait la création de foyers (focos) de guérilla qui s'étendant auraient eu pour but l’embrigadement de l'ensemble de la population. Appliquée par le sous-chef Guevara en Bolivie, la théorie du foco s'est avérée être un échec total. Le développement exponentiel des centres urbains en Amérique latine durant les années 70 a vidé les campagnes, laissant les « foyers de paysans armés » dépourvus du soutien populaire envisagé. Cette théorie du foco a encouragé le développement d'un grand nombre de gangs terroristes plus ou moins autonomes et peu coordonnés, comme la Colombie en est encore le triste exemple. Cette fragmentation des groupes terroristes a facilité le travail des forces de contre-subversion de la CIA qui, forte de cette expérience, a pu téléguider le sanglant coup d’Etat au Chili. Bien qu'elle ne le revendique pas, la mouvance Islamique opaque et louche utilise un principe analogue partout où elle planifie ses attentats. Et, en plus - Pauvre Guevara ! – toutes les libérations nationales se sont conclues par des massacres civils et la mise en place de nouvelles bourgeoisies féroces contre leur classe ouvrière.
Ils espèrent quoi, ces tartuffes staliniens et trotskiens, en embaumant une nouvelle fois Guevara ? Se relooker ? Se ressourcer avec une ignominie de plus ?

Dans le cadre du mouvement pour la paix, financé par Moscou, la plupart des groupes gauchistes européens d’obédience trotskienne, ne défendaient pas la paix mais la victoire des Etats fantoches appuyés logistiquement par Moscou. Puis ils rabattirent leur caquet avec la guerre des frères ennemis Vietnam/Cambodge. A force de choisir un camp, leur aspiration à la lutte armée pour ladite révolution s’avérait n’être qu’une lutte armée au service d’un Etat bourgeois local post-colonial mais au fond toujours au profit du bloc russe.
Après le couac de son discours critique d’Alger à l’encontre de Moscou la gâteuse, Guevara ne devait pas s’illusionner beaucoup sur ses chances de survie dans la fumeuse théorie des focos pas encore privatisée. On peut en déduire raisonnablement qu’il a été lâché par Castro et ses commanditaires de Russie. Le combat de Guevara n’était pas celui du mouvement communiste de Babeuf à Lénine, ni celui du prolétariat. Cela n’empêche pas de considérer qu’il a été très courageux, lâchement abattu, mais que, pire encore, son meurtre est totalement récupéré par les héritiers du stalinisme et de son bâtard le trotskisme.
Un, deux, trois matchs ! Pauvre Guevara dont il ne reste plus de lisible que ses écrits de jeunesse sur sa passion pour le rugby, dont l’exhumation vient à point pour conforter le chauvinisme bleu qui a le vent en poupe à la veille de la demi-finale mondiale. Guevara aurait-il soutenu l’équipe de Chabal, un barbu un peu sauvage lui aussi ?

IL NE LEUR RESTE PLUS QUE « QUELQUES CONVICTIONS » :

Plus de pouvoir au bout du fusil pour que le Comité central de la LCR s’empare de l’Elysée avec le programme de transition 1938 made in Trotsky : Lamentation du site LCR : « Nous n’avons pas de modèle achevé de société à opposer à la barbarie capitaliste, simplement quelques convictions…(…) qu’il est possible d’en finir avec le capitalisme ». Et comment ? : « nous voulons une société réellement démocratique, où l’ensemble de la population décide collectivement des choix ».
Plus de gouvernement PC+PS+radicaux de pharmacie, mais un « gouvernement des travailleuses et des travailleurs appuyé sur des mobilisations populaires ».
Coucou à Olivier l’asticot à jeunes électeurs : « comme le disait Olivier lors de la campagne présidentielle : la Ligue est à vous. Alors n’hésitez pas à prendre contact ».
A la Ligue ils ont toujours le mot pour rire pour conclure leur prêchi-prêcha, mais en pastichant mot pour mot les paroles du ministre d’Etat prolétarien, Léon Davidovitch : « avec la 4e Internationale, nous apprenons à voir et comprendre le monde avec les yeux du mineur polonais, de l’étudiante chinoise, de l’indigène du Mexique, des femmes algériennes ou sénégalaises… » Mais pas avec les mains ni les pieds…

Les luttes de toute sorte, les grèves syndicales, etc. se traduisent sur la « scène électorale » par les 1.200.000 voix recueillies par Olivier Besancenot, dont la candidature de figuration avait pour fonction de dire au plus grand nombre que la politique est l’affaire de tous, quelque soit son âge, son sexe, sa profession ou sa couleur de peau. Vous avez compris, voter c’est faire de la politique pour la LCR. Nous lisons en effet ce lamentable commentaire platement électoraliste sur leur site. Les futurs lendemains électoraux vont pourrir cet enchantement impulsif comme la mère Arlette et ses arsouilles dépités après la rechute en deçà des 5%.

Argument racoleur pour crétins non vaccinés, la jeunesse est l’aune à laquelle le « sympathisant » est appelé à équarrir son jugement. Il est beau, il est bon, il est Besancenot. Un peu plus de trente ans qu’elle a la LCR… « une organisation à peine plus âgée que le plus jeune de ses trois porte-parole ». What an orgasm ! Mais c’est vieux trente ans pour une « orga » !
Une autre couche de jeunesse dépeint la saga trotskienne : « Produit de la fusion entre la « Jeunesse (sic) communiste révolutionnaire, l’une des organisations les plus dynamiques du mouvement étudiant de Mai 68 (ouaf !) et du Parti communiste internationaliste (des vieux !), la Ligue est née en avril 1969. »
La Ligue n’est pas une des progénitures de Mai 68, mais une de ses infections opportunistes ! Mais 68 fût une insurrection contre toutes les hiérarchies, et surtout celles des partis qui prétendaient parler au nom du prolétariat, y inclus les nouveaux postulants trotskiens et maoïstes qui, avec leurs multiples CC, qui se rêvaient en chapka prendre d’assaut le palais de l’Elysée, avec cette innocence toute juvénile de la jeunesse réactionnaire.
Hé hé, n’y avait-il pas à la tête de la copie replâtrée du PCF un jeunot ? : « …elle présentait un petit jeune de 28 ans, Alain Krivine (qui ne l’est plus pourtant) à l’élection présidentielle ». Le projet de la LCR était déjà ambitieusement comique : « elle voulait ainsi faire entendre la voix des dix millions de grévistes ». Chacun se rappelle en effet du petit Krivine, bien propret avec sa petite cravate et de son discours racoleur pour la ménagère qui avait dénoncé les poêles Tefal comme cancérigènes. Il avait bien plu dans les chaumières ce p’tit jeune, pas un excité comme tous ces enragés et ce débraillé de Cohn-Bendit qui a si mal fini!
Suit le listage de tous les mérites de cette Ligue : « résolument anticapitaliste, internationaliste, féministe et écologiste… » bla-bla et le « soutien aux luttes anti-impérialistes » (de triste mémoire), sans oublier la lutte contre le FN qui leur avait valu dérisoire dissolution en 1973.

Curieuse hagiographie ! Pas un mot pour nous dire si la LCR a combattu nos exploiteurs de la gauche caviar, qui a certes « multiplié les cadeaux au patronat », ni les sinistres garde-chiourmes du PCF. Qui ne dit mot consent : la LCR qui prétend avoir combattu contre toutes les oppressions est atteinte d’Alzheimer pour tout un pan de la domination bourgeoise. Ne serait-ce pas parce qu’elle se voit l’héritière de feu les gouvernements PC-PS-Radicaux de gauche ? Et qu’elle drague à tout va leurs anciens électeurs.
Que nenni, esquive nous revoilou la LCR: «Héritière de la lutte menée par les révolutionnaires russes contre le stalinisme n’a pas versé de larmes lors de l’effondrement du mur de Berlin».
Le raccourci n’excuse rien : les trotskiens restèrent 50 ans partisans de soutenir les chars russes. Et lors de l’effondrement du bloc russe, ils se firent tout petits. Un des vieux chefs de la LCR, Bensaïd, dans son principal galimatias théorique (Marx l’intempestif) esquiva la question de la nature de l’URSS et piqua effrontément l’idée à la Gauche communiste (Bilan et la GCF), ignorée par les médias et leurs maisons d’édition, que l’erreur avait résidé « dans l’identification du parti et de l’Etat ». Il fût question plus tard, selon le vieux cacique Krivine de laisser tomber le terme de « communiste » (cf. p177 de mes Trotskiens). Rien ne fut conclu sur la caractérisation « d’Etat ouvrier » ni hier ni aujourd’hui dans les sirupeux textes attrape-couillons.
Les kriviniens et les besancenotiens pensent, comme leurs pères staliniens, que le prolétariat est sans mémoire, qu’il ne réfléchit pas comme eux, qu’il est prêt à les suivre dans leur mille agitations tous azimuts. Mais ils se fichent du prolétariat qui ne les intéresse qu’avec carte syndicale en main. Ils s’adressent à toutes les catégories… d’électeurs, étudiants, profession peu importe (même les enculés d’agents de maîtrise et les cadres), les faucheurs d’OGM, les homosexuels, les gros, les nains, les moches, les automobilistes et les cyclistes.

La nouvelle ligne, le « nouveau parti anticapitaliste par le bas » prend déjà l’eau. Il filtre que la culture du vedettariat pour Besancenot implique une rigidification hiérarchique et la mise à l’écart des vieux briscards du syndicalisme et des vieilles thèses de « vieux schnocks ». On s’en fiche. Mais il y a de quoi avoir le tournis. En 2003 il était question de créer le seul vrai parti anticapitaliste qui aurait rassemblé tout le camembert de la gauche de LO au PCF. Pas plus tard qu’au mois d’août dernier, Besancenot avait assuré face aux médias rigolards que la LCR allait disparaître prônant un nouveau parti « anticapitaliste, mi-guévariste, mi-libertaire » ! (On se souvient qu’en 1972, le tempo de la chanson était mi-Guevara et mi-Etat vietnamien et les Etats-Unis socialistes d’Europe…).
Et maintenant tout ce charabia sur leur site qui flanque tout par terre en ne pouvant cacher que la Ligue reste et restera la Ligue, avec ou sans la baudruche Besancenot. Le secret de l’engouement tout provisoire pour le brave Olivier réside justement en dehors de ce qu’est la LCR, c'est-à-dire un parti toujours comme les autres, capable de décider à la place des masses, de magouiller, de négocier des places pour ses apparatchiks de l’ombre dans un éventuel gouvernement de coalition de crise. La baudruche Besancenot, contrairement à tous les vieux apparatchiks grimés sous des pseudonymes ridicules, est connu pour ce qu’il est : un brave postier qui rame au boulot comme la plupart des prolétaires, un gars d’en bas capable de moucher les Sarkozy sur les plateaux de télé, de jamais s’énerver et de remplacer la retraitée Laguiller dans la figuration misérable de la voix d’en bas tolérée dans le barnum démocratique pour maquiller la dictature des vieux partis bourgeois.
A part cette pauvre trouvaille d’un candidat jeune (tous les autres partis bourgeois ne proposant en effet que de vieux politicards) nos trotskiens perpétuellement relookés, ne peuvent pas inventer ou ressortir épisodiquement au bout du compte autre chose que les mêmes âneries de leur pape en 1938, nationalisations, pouvoir syndical, autogestionnite, etc. Du reste, tant qu’ils ne se rangent pas directement aux côtés des fusilleurs du prolétariat, ils restent présentables en ergotant sur une toujours plus vague future révolution, étrangère à l’esprit subversif de 1968, dissoute dans un syndicalisme oecuménique et bercée virtuellement au souvenir de l’icône Guevara.
Vanité des cartels de la gauche caviar et de ses croupions, du délabrement hétéroclito-trotskien ne sortira jamais un nouveau parti de masse électoral. Sans nouvelle explosion sociale majeure ou événement mondial dramatique, suivi d’une cuisante défaite du prolétariat, tout nouveau parti bourgeois parlementaire « de gauche » dominant est impossible. Du camembert électoral de la gauche flétrie par ses compromissions gouvernementales, avec sa brochette d’alter-mondialistes hétéroclites et la prétention besancenotiste à fédérer nos exploiteurs d’hier, il ne peut sourdre que le bruit et la fureur de postulants impuissants à rallier la classe ouvrière derrière des drapeaux troués et déchirés sur le cadavre des prolétaires et des masses exploitées du tiers-monde.


Jean-Louis Roche