"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

vendredi 20 février 2026

L'ENIGMATIQUE EPSTEIN, NOUVEAU RASPOUTINE ?

 


Quel est le nouveau « moine fou » ? Trump ou Epstein ?

LES FRASQUES SEXUELLES DES ELITES BOURGEOISES VONT-ELLES FAVORISER LA REVOLUTION EN 2026 ?

Quelle part du financier, du sexuel, du chantage....


Deux siècles séparent Marie-Antoinette et Jeffrey Epstein et un siècle de Raspoutine, mais le scandale a le même effet sur la perception de la pourriture des élites bourgeoises. Trump, empêtré dans le golfe persique, est très embêté, pas seulement parce que restent encore en attente d'autres révélations sur sa complicité avec Epstein, mais parce que l'ampleur des conséquences de cette affaire pédophilo-fiancière a fait passer au second plan son blabla sur l'Iran, au point que tout le monde n'a plus rien à foutre qu'il intervienne ou pas en Iran.

Plus que les guerres en cours ou le nombre des grèves (seul phare anticapitaliste de mes amis gréviculteurs du CCI), cette affaire relève de l'absence de morale d'un système immoral et fier de l'être. Elle relève d'un niveau politique supérieur au seul plan économique, elle est donc subversive. Or toutes les révolutions, à ma connaissance, se sont produites après des scandales sexuels, ou, en tout cas, ceux-ci ont été une composante de l'indignation des masses ; car il y a une dimension morale dans toutes les révolutions1. En prélude à la révolution bourgeoise de 1789, les scandales de la noblesse, mêlant religion, curés, sexe, frasques du marquis de Sade et politique, ont contribué à l'effondrement de l'Ancien régime.

Avant d'être scandale sexuel, le cas du charlatan Raspoutine (à ne pas confondre avec Poutine) illustre ce qui fascine et révulse à la fois la conscience de classe à l'époque des révolutions russes de 1905 et 1917. On peut même regretter d'abord que surtout la paysannerie et une grande partie de la classe ouvrière russe soient « suggestionnées », voire subjuguées par ce personnage étrange, alcoolique dépravé. Il vient d'en bas, comme nous. Il peut guérir le fils du tsar. Paradoxalement il infuse une mystique de la possibilité d'échapper à sa condition. Il apparaît comme guide spirituel vers ube liberté possible. On oublie que la population russe était encore dominée par un esprit mystique, ce qui explique que le prêtre Gapone (socialiste policier) ait été en tête de la première et dramatique manifestations de masse en 1905 à Saint Pétersbourg. Les prophéties de Raspoutine fascinent un peuple et un prolétariat qui pensent à un avenir pour combattre le présent2. Les révoltes au début des périodes révolutionnaires peuvent être paradoxales ; par exemple la Commune de 1871 à Paris est d'abord une réaction de défense nationale. En 1916, après la Douma, Raspoutine et la tsarine seront accusés de connivence avec l’ennemi. Ce guérisseur mystique qu’on adulait à Pétrograd se fera de plus en plus d’ennemis, dont l’Eglise qui commence aussi à lui échapper. Il est un pacifiste, mais on l’impute à fournir des renseignements à l’étranger (comme le prince Andrew) quand, pour le peuple Russe, les occidentaux dépravés sont de la même engeance.

En 1905 les masses ne se lèvent pas vraiment contre le capitalisme. Les fondements politiques de la monarchie ne sont pas les seuls à être fortement contestés pendant la première crise révolutionnaire de 1905. On reproche tout autant à la noblesse son mode de vie, et son libertinage, marque d’une appartenance perverse à un Ancien Régime en déclin. Une partie de la bourgeoisie russe s'indigne de la débauche de la noblesse puis des frasques sexuelles de cet étrange conseiller du tsar, qui caresse sous les draps les jeunes princesses au moment du coucher au palais. La noblesse est de plus en plus perçue par l'ensemble de la population comme une classe décadente motivée par le libertinage et la débauche 3. L'idée d'une révolution pour rétablir un ordre moral est en chemin. On en reste cependant sur ce seul plan philosophique à une vision idéalisée d'un peuple innocent, d'une bourgeoisie vertueuse face à une noblesse composée de « malades », comme fût désignée la Marie-couche-toi-là, Marie-Antoinette4.

La place pardoxale et surprenante de Raspoutine au sommet de l'Etat russe résume le processus de décomposition du tsarisme russe à la veille de février 1917, l’inconsistance d’un pouvoir qui, quelques mois seulement après la mort de ce triste personnage, sera renversé par le principal mouvement révolutionnaire du XXe siècle.  Raspoutine est l’expression la plus caricaturale, celle d’un immense territoire plongé dans le sous-développement, l’archaïsme et la brutalité de rapports féodaux persistants malgré l’abolition du servage.

J'ai découvert ensuite une analyse très pertinente du cas Raspoutine, et assez inattendue de la part d'un groupe trotskien plutôt agité du bonnet et antifa ras des cacahuètes, Révolution Permanente, dont je fais miens les extraits suivants5.

UN PERSONNAGE HORS DE LA LOGIQUE DE L'HISTOIRE

« Quelque chose qui n’était pas dans la logique de l’histoire » : ainsi fut qualifié Raspoutine par Kerenski, chef du Parti socialiste révolutionnaire et ministre-président du gouvernement provisoire après février 1917. Cette citation symbolise à elle seule l’incrédulité que suscitait à l’époque l’influence de ce « moine fou » sur le couple impérial. Pourtant, si la position de pouvoir prise par Raspoutine, moine mystique et illettré, a tout d’une erreur historique improbable en ce début XXe siècle, il n’en reste pas moins qu’elle s’explique. Auprès de Nicolas II, les personnages de ce type, rebouteurs, mages et possédés, sont nombreux : ils sont le symptôme de la décadence du tsarisme russe et de la déligitimation de l’autocratisme russe après la révolution avortée de Février 1905. Un phénomène analysé avec humour par Trotsky dans son Histoire de la Révolution Russe (I, ch. 4 "Le tsar et la tsarine") : « plus la dynastie s’isolait et plus l’autocrate se sentait délaissé, plus il ressentait le besoin de l’au-delà ».

« Les archives permettent de dresser le portrait d’un homme aux fortes caractéristiques de gourou. Doté d’un grand pouvoir de persuasion et de séduction, son influence est particulièrement remarquable auprès des femmes (en premier lieu de la tsarine) et il enchaîne les conquêtes sexuelles, jusqu’à dix par jour selon les sources. Des relations dont on peut se demander dans quelle mesure elles sont consenties (toute ressemblance avec Epstein serait forfuite). En effet, le gourou maîtrise également l’art de l’hypnose et d’une grande sensibilité psychologique, et plusieurs récits relatent sa capacité à obtenir ce qu’il veut de ces personnes mises dans un état de semi-conscience.

« L’ascension de Raspoutine est téléguidée en sous-main par une partie de l’élite russe qui y voit le moyen de prendre le pouvoir, dans un contexte où le tsar Nicolas II, déconnecté de la réalité politique, est incapable de gouverner le pays. La majorité des historiens s’accordent d’ailleurs à relativiser l’influence souvent attribuée à Raspoutine dans la conduite des affaires politiques de la Russie. Pour Trotsky, « mis en valeur au moment opportun, "l’homme de Dieu" trouva bientôt des auxiliaires haut placés ou, plus exactement, ils le trouvèrent, et ainsi se forma une nouvelle coterie dirigeante qui mit solidement la main sur la tsarine, et par l’intermédiaire de celle-ci, sur le tsar. »

« Si Raspoutine est le symbole de la décadence du tsarisme en Russie, il est aussi celle d’une absence d’alternative crédible au sein des sphères de pouvoir pour remplacer un tsar qui s’achemine lentement vers l’agonie. En ce début de XXe siècle, face à l’inconséquence de Nicolas II, nombreux sont les hommes d’influence, à la Cour, à la Douma ou encore dans l’armée qui songent à le renverser, mais aucun ne s’y résout. L’idée d’une Révolution de Palais ne restera qu’un doux rêve. On craint trop de s’attaquer directement du tsar, et d’arriver au pire en voulant faire mieux.

Raspoutine devient alors, à défaut, la cible privilégié des attaques, le meilleur prétexte pour s’en prendre de manière détourné au tsar. Ses excès, réels ou supposés, exaspèrent. On le soupçonne d’organiser des orgies, de manquer à la bienséance, de ridiculiser le pouvoir russe dans la population et à l’étranger. Il est même d’accusé être un espion, à la solde de l’Allemagne, qui chercherait, avec la complicité de la tsarine, née princesse du Deuxième Reich, à affaiblir la Russie dans le contexte de la première guerre mondiale. un autocratisme russe qui, après la révolution de 1905, se maintient tout en craquelant chaque jour un peu plus : où, à côté d’un tsar qui, à la veille de la Révolution de février 1917, se comporte avec l’insouciance d’un enfant en bas âge, un « moine fou » en arrive à conseiller la tsarine, faire nommer des ministres et prendre des décisions politiques majeures pour le pays.

« Qui a le pouvoir en Russie en début de XXe siècle ? Personne ne le sait trop. Dans les classes dominantes, face à la décadence du tsarisme, c’est la paralysie qui domine. On attend : on craint trop, par une action précipitée, de faire une erreur qui pourrait tout bouleverser. A l’image de l’assassinat de Raspoutine, acte individuel de quelques personnes haut placées, et qui va précipiter encore davantage le tsarisme dans le gouffre. Face à cette expectative, dans laquelle personne ne veut, ne peut prendre le pouvoir, c’est le peuple russe lui-même qui va montrer la voie. Moins de trois mois plus tard, et même si cette ère nouvelle ne va pas résoudre, loin s’en faut, toutes les contradictions sociales et culturelles du pays, en particulier dans les campagnes, l’alliance des ouvriers et des paysans va mettre fin définitivement au règne du tsarisme en Russie, et tourner la page de ce clan d’un autre âge, dont Raspoutine fut en définitive une illustration emblématique, qui gouvernait le pays ».

LA PORNOGRAPHIE BOURGEOISE MISE A NU

Du point de vue de l'aspect gourou charlatan, il y a du Raspoutine chez Trump ; du point de vue de la perversion sexuelle Epstein en est le sosie à dimension mondiale, même sans barbe, il est emblématique de la concupiscence d'une bourgeoisie décadente qui ne pense qu'à jouir et à détruire. L'affaire Epstein n'a pas fini de faire des vagues, voire de provoquer des tempêtes politiques conduisant vite à la guerre des classes. S’il est difficile d’en mesurer l’ampleur et d’en prévoir les effets, on peut néanmoins être certain que ce genre de scandale politico-sexuel aura des implications profondes pour une conscience de classe radicalisée. L’histoire de la chute « scanaleuse » de l’Ancien Régime féodal offre à cet égard un terrain d’analyse suffisamment scandaleux et édifiant pour ne pas en douter. La gauche bourgeoise de Mitterrand avec ses affairistes glauques comme Lang, nous a longtemps raconté que la Révolution était démocratique, éthique, égalitaire, etc. avec tous les gauchistes en service d'ordre électoral. Aujourd'hui le scandale des corrompus au niveau financier d'abord, sexuel criminel ensuite dévoile au grand jour, mondialement, l'étendue des compromissions, des ramificatins de gangsters hors la loi, sans foi ni loi que leur intérêt et leurs perversions infantiles. Toute l'affaire reste explosive et nécessiterait une IA vraiment intelligente, tellement elle défie l'imagination : pour quoi et pour qui ont été filmés à leur insu tous ces riches pervers ? Persuadés qu'ils étaient que leur ami était un « obsédé sincère », comme eux et cachotier de cochonneries partagées dans des îles ou des hôtels de grand luxe...

Il faut entendre « scandale » au sens plein : non pas seulement le bruit des alcôves, mais ce mécanisme moderne par lequel la corruption mêle manipulations politiques, mépris des faibles, viols d'enfants, sexe, argent, mensonges, exploitation, etc. Du jamais vu à ce niveau-à. Raison de plus pour ficher en l'air ce déjà « ancien régime » qui aurait déjà dû être abattu depuis longtemps. Dernière remarque, l'orchestration et l'instrumentalisation de la dénonciation effrénée du pédocriminel et de certains de ses comparses hauts placés sert aussi de « cache-sexe » à une vraie dénonciation du système de fonctionnement du capitalisme. Avec une différence, Epstein-Raspoutine est mort mais l'autre est à Washington.



ILLUSTRATIONS POST SCRIPTUM


  Charlemagne couchait avec sa sœur, Aliénor d’Aquitaine. Elle a entretenu une liaison avec son oncle, Raymond de Poitiers. Catherine de Médicis aimait aussi les femmesNymphomane notoire, sa fille Margot aurait subi les assauts de ses trois frères, dont Henri III qu’on qualifierait aujourd’hui de reine queer tandis que les jolis hommes focalisaient aussi les désirs de Louis XIII, dévot tourmenté. "Quel contraste avec son priapique papa ! Persuadé jusqu’à 40 ans que son pénis était un os, Henri IV aimait frénétiquement les femmes. Même à peine pubères. Aujourd’hui, il serait incarcéré pour pédophilie" s’exclame Alain Dag’Naud. "En fait, personne ne se gênait. Les puissants aimaient qui bon leur plaisait. On veillait uniquement à perpétuer sans ambiguïté le lignage royal". De fait, les seuls scandales sexuels visaient exclusivement celles qui étaient investies de cette mission. Dans l’affaire de la Tour de Nesles (1312-14), Philippe Le Bel s’avère surtout scandalisé par le péril que l'infidélité de ses deux belle-filles fait courir à la dynastie. D’où sa fureur et les atroces supplices que leurs malheureux amants vont subir .

Le faible de Louis XV pour les très jeunes femmes, rabattues par des agents dans son parc aux cerfs, fait certes jaser. Mais moins que sa faiblesse envers les femmes qui gouvernent à sa place (la Pompadour) ou celles réputées indignes de ses faveurs (la du Barry). Si elle n'est pas un motif de scandale, la sexualité de son petit-filsLouis XVIsuscite plutôt du souci sinon de la pitié puisqu’elle est inexistante.

"La puissance sexuelle était un attribut attendu des rois, analyse Alain Dag’Naud. Le dégoût de Louis XVI pour la bagatelle va contribuer à sa perte de prestige". Et faire des désirs insatisfaits de son épouse, Marie-Antoinette, la cible de tous les fantasmes. Une littérature de caniveau bravant la censure lui prête des maîtresses (ses amies Lamballe et Polignac), un amant (le Suédois Fersen) ; même si ce sont surtout ses dépenses et son ingérence politique qui choquent l’opinion.

Alternant des périodes pudibondes et de relâchement des mœurs, le XIXème siècle ignore globalement les scandales sexuels. Une chance pour ce polisson de Napoléon III qui collectionnait les conquêtes


Les écarts sexuels sous la IIIe république

En revanche, la très moraliste IIIe république (1870-1940) verra une presse sans vergogne faire payer au prix fort leurs galipettes désordonnées à de nombreux politiciens. Le décès du président Félix Faure en pleine gâterie prodiguée par sa maîtresse le 16 février 1899 à l’Elysée ? Loin de s’en outrer les Français préfèrent en rire avec son rival Clémenceau ("Il Il se croyait César, il n'est mort que Pompée").

Les penchants triolistes du très vert Maréchal Pétain auraient eu de quoi davantage choquer les Français de l’Occupation. Ils n’en sauront rien. Le président de l’Assemblée André Le Troquer échappera, lui, à la prison ferme mais pas à l’infamie quand en 1959 sont révélés ses "ballets roses" avec des mineures sous les ors de la République. Scandale monté de toutes pièces pour nuire à Georges Pompidou, l’affaire Markovic (1968), qui prête à sa femme Claude la participation à des partouzes, fera pschitt. Devenus discrets sur la vie privée de nos dirigeants, les médias français tairont les escapades extraconjugales de ses successeurs Giscard d’Estaing, Chirac, Mitterrand.

Favori de l’élection présidentielle à venir, Dominique Strauss-Kahn, notoirement libertin, croyait jouir de cette immunité jusqu’à ce qu’il se mette à la faute au fameux Sofitel de New York en 2011. Fatal en terre anglo-saxonne, le scandale s’avère monstrueux. "Cette affaire scelle un changement accéléré par #MeToo, analyse Alain Dag’Naud. Désormais, chez nous, on ne rigole plus avec les frasques sexuelles de ceux qui nous gouvernent."

A partir des années 1950, ce sont Édouard Herriot, qui de notoriété publique aimait que ses maîtresses s’habillent en infirmière, ou encore Edgar Faure célèbre pour ses réparties. A une femme appuyée contre une cheminée, il aurait par exemple lancé : « Si c’est pour moi, pas trop cuit », à une autre, « Mademoiselle, je ne vous dévisage pas, je vous envisage ». « Il s’en dégage au long cours un insupportable fumet de machisme archaïque, lié au sexisme et à la phallocratie » résume Jean Garrigues.

Valéry Giscard d’Estaing, un séducteur compulsifEt le vent de féminisme qui souffle sur les années 1970 n’y changera rien, la tradition se perpétue. Valéry Giscard d’Estaing, dit Valéry « Folamour », était lui aussi un séducteur compulsif. « Giscard est le seul chef d’État au monde dont on sait à peu près sûrement où il ne couche pas » aurait lancé Maurice Couve de Murville, ancien Premier ministre. Jacques Chirac reprend le flambeau : « Son ancien chauffeur raconte que lorsqu’il avait rendez-vous avec une femme, c’était à la minute près » raconte Jean GarrigueCharlemagnes. « Trois minutes, douche comprise » aurait lui-même lancé l’intéressé. Quant à Mitterrand, l’apparition d’une « fille cachée » et la révélation de sa double vie, ne l’a pas empêché de collectionner les maîtresses jusqu’à la fin de sa vie. Dans l’ombre, les premières dames ont toujours fait bonne figure, ravalant leur humiliation. Seuls De Gaulle et Pompidou semblent avoir été épargnés par cette frénésie.

Nos dirigeants, tous des séducteurs ?

Quel démon a bien pu s’emparer de nos dirigeants ? Le pouvoir, tout simplement, « le plus puissant des aphrodisiaques » affirmait l’ancien secrétaire d’État américain Henry Kissinger. Une idée que développe Serge Hefez : « On est tout le temps au milieu des autres, en train de séduire, de décider, d’agir, dans un état d’éveil sensoriel permanent ». Et puis les femmes ne résistent pas aux hommes de pouvoir, dit-on, comme s’en vantait Edgar Faure : « Quand j’étais ministre, quelques femmes m’ont résisté ; une fois président du Conseil, plus une seule ». A l’ère post me too elles ont pourtant appris à dire non. L’affaire DSK en a été l’exemple le plus criant. Depuis, les accusations d’agressions et de harcèlement pleuvent sur les politiques. Le droit de cuissage a vécu.

La folle rumeur du couple Pompidou échangiste

Peu de gens les ont vues, mais tout le monde en parle en cet hiver 1968 : des photos de madame Claude Pompidou participant à une soirée échangiste. Le coup est rude pour la carrière politique de son époux Georges, ex-premier ministre de De Gaulle. D’autant que derrière ces images compromettantes se cache une sordide affaire de meurtre. La police vient en effet de retrouver le cadavre de Stevan Markovic, un malfrat yougoslave qui évolue dans la Jet Set parisienne. Ni une ni deux, la rumeur se répand dans les salons et bientôt dans la presse : Markovic aurait été l’organisateur de ces soirées échangistes dont les époux Pompidou « raffolaient ». Sa mort : une façon de le faire taire. Il s’avéra rapidement que les clichés n’étaient que des photos montages et, en 1969, le couple lava son honneur en gravissant les marches de l’Élysée.


Il faut dire en conclusion de ces quelques exemples, surtout français, que leur impact resta limité à l'hexagone. Le scandale Epstein présente une toute autre gravité. Il éclabousse les élites bourgeoises au niveau mondial, même la couronne britannique risque de passer à la trap


NOTES

1D'ailleurs sur cette question, le CCI est le seul groupe à s'être penché sur la questiion à une époque, même 'il passe son temps à nous expliquer que la guerre est capitaliste et que la seule réflexion des ouvriers tourne autour de leeur feuille de paye. cf. Le legs dissimulé de la gauche du capital (IV) : Leur morale et la nôtre | Courant Communiste International et plusieurs textes de 2024 à 2022.

2 Notamment sa prédiction de la tuerie de la famille du tsar. Dans une lettre datée de décembre 1916, il écrivit ces mots troublants : "Si je meurs ou si vous me faites tuer, vous perdrez votre fils et votre couronne dans les six mois qui suivront. Le peuple russe maudira votre famille, et tous vos proches périront..." Cette prédiction s'est réalisée avec une précision stupéfiante. Six mois après l'assassinat de Raspoutine, la révolution russe éclata, conduisant à l'abdication du Tsar Nicolas II et, ultimement, à l'exécution de toute la famille impériale en 1918. Il avait prédit aussi les bouleversements sociaux qui allaient secouer la Russie et transformer le pays, L'avènement des technologies modernes Ses visions incluaient des machines volantes et des moyens de communication instantanée entre les hommes. Les changements climatiques L'émergence de nouvelles puissances mondiales Il annonça le déclin des anciennes puissances et l'émergence de nouveaux empires. Toutes choses qu'un autre prédicateur avait aussi, et rationnellement anticipé, Vladimir Oulianov Lénine.

3 Les attitudes et comportements sexuels dans la Rome antique sont visibles dans l'art ratriotomain, la littérature, les inscriptions et dans une moindre mesure dans les restes archéologiques comme les artefacts érotiques ou l'architecture. Il a parfois été avancé qu'une caractéristique de l'ancienne Rome est une « licence sexuelle illimitée » .

4 Les lettres de cachets et les pamphlets, tels que Les amours de Charlots et Toinette, Pièce dérobée à V……[Versailles] (1779), La Foutromanie, poèmes lubriques en six chants de Gabriel Sénac de Meilhan (1780), La Messaline française, Ou les nuits de la duch. . . . . de Pol. . . . . Et Aventures mystérieuses de la pr......se d'He.... et de la ..... (1789), Le Godmiché royal (1789), Fureurs utérines de Marie-Antoinette, femme de Louis XVI (1791).

mardi 17 février 2026

POURQUOI TRUMP FERME SA GUEULE (3ème partie)



Parce qu'il n'a plus la maîtrise du jeu dans lequel il s'est fourré. Ce qui marque en outre les limites du populisme1.

Donald Trump a-t-il mis fin à huit guerres depuis son arrivée au pouvoir en janvier, comme il le revendique? Dans les faits, le bilan de son cinéma de médiations inconsistantes est nettement facétieux. Face aux guerres, à Gaza, en Ukraine et enIran, il est puant d'indifférence ; au fond il n'a rien fait cesser du tout ni en 24 heures ni en trois mois dans le mécanisme des guerres perpétuellement recommencées (c'est la nature du capitalisme). L’une des conséquences concrètes du « pacifisme » de Trump a été non seulement de peupler son administration de militaires d’active ou récemment retraités, mais aussi le fait qu'il est obligé de déléguer au Pentagone la décision et les modalités d’emploi de la force sur les théâtres de guerre où les Etats-Unis sont activement engagés. Cela s’est traduit par une intensification des frappes aériennes américaines, de l’Afghanistan (où le nombre de frappes est le plus élevé depuis 2012) à la Somalie en passant par l’Irak, la Syrie et le Yémen. Si tu prônes la paix, fais la guerre ! Le populisme au pouvoir est aussi laisser faire la guerre aux autres comme en Ukraine et à Gaza, pour ensuite se féliciter d'y avoir mis fin, quoique toujours provisoirement et après la victoire des plus puissants.

Trump est un simple pervers narcissique vieilli, qui a réussi contre toute attente, qui a toujours raison même quand il déconne à plein tube. Il sait être même franchement ignoble, comme lorsqu'il fait déclarer par un de ses sous-fifres ministériels, devant Rochebin hier soir, à propos de son inaction pour faire tomber le régime des mollahs assassins : « le peuple iranien doit se libérer lui-même ». L'idéologie populiste n'est ni un internationalisme ni un humanisme « démocratique », il est un enculage des peuples (excusez ma grossièreté).

De Gaza au Venezuela, le bedonnant et impuissant Trump a montré combien il est bon à rien et ne finit rien. Les guerres sans vainqueurs sont ses limites involontaires et dépendantes de la doctrine (contraignante) « zéro mort » comme je l'ai rapporté dans les deux parties précédentes. Parce que le populisme trumpien n'a pas une vraie vocation impérialiste, pas d'occupation en vue comme sous Nixon ou Reagan ou Hitler. Par impuissance comme le révèle l'immobilisation coûteuse de son armada dans le Golfe persique. Et la trouille de toutes les dictatures pétrolières environnantes. Poutine est probablement lui aussi de plus en plus dans une situation d'impuissance également comme vient de le prouver le bloczage de starlink (merci Elon Musk). Je persiste à dire qu'il va se passer des choses oimportantes cette année.

Ce personnage bouffi avec moumoute laquée, de plus en plus antipathique, même dans sa base maga (déçue de sa lâcheté pour l'Iran mais surtout par la hausse des prix et la vacuitéde ses droits de douane), expose des caractéristques typiques des caïds nationaux d'un monde décadent, ou en décomposition comme dit le CCI. Besoin de reconnaissance et prise de risque : remise en question du statu quo Les dirigeants pipoles parvenus au pouvoir contre les pronostics ont tendance à prendre davantage de risques et à vouloir davantage bousculer le statu quo. Ils ont soif de reconnaissance et besoin de prouver leur domination sur les autres, y compris par l’insulte. L’une des conséquences est que le dirigeant populiste, s’il ne se sent pas respecté, cherchera à délégitimer ses adversaires par tous les moyens. A l’inverse, il sera sensible à la flatterie, voire à la corruption. Surtout, le leader populiste, arrivé au pouvoir « contre l’élite », sait qu’il doit sa légitimité à sa base, d’où le besoin constant de « nourrir » cette base, y compris lors de discours familiers s’adressant également aux audiences mpndiales. Avec cet appel constant à la violence qui imprègne la société et conditionne en même temps la jeunesse, quand cette personnalisation de la vie politique ne peut conduire qu'au meutre, comme on vient de le voir en France (le jeune Quentin), à l'instigation répétitive de la faction populiste de gauche, toujours prête à hurler « mort aux fachos ». Trump n'est pas du tout pacifiste au fond (cf. son coup d'Etat raté). Le populisme s'il devait durer pourrait aboutir au chaos d'une guerre civile pas du tout révolutionnaire.

Le populisme est une faiblesse politique avant tout. Il est scandaleux et honteux ; Trump traîne l'affaire Epstein comme un boulet ue même le bombardement de l'Iran ne pourrait pas liquider face à la société américaine, et mondiale. Cette idéologie bâtarde supprime l'antique manipulation binaire : l'opposition gauche/droite où le prolétariat devait choisir un camp bourgeois contre un autre. Comme l'a noté justement le CCI, le fascisme permit d'aller à la guerre en établissant l'opposition binaire démocratie/dictature au niveau international. Le populisme moderne manifeste une impossibilité à aller à la guerre (il est division nationale et politique erratique) Et la classification progressistes contre populistes , reste vaseuse et ne peut remplacer le clivage droite/gauche.

Pourquoi cette opposition n'est pas ou plus utilisable dans la tension Iran/USA ?

D'abord parce que cette mystification s'est complètement usée un peu partout, en Occident bien entendu. Ensuite parce que Trump négocie directement avec les dictateurs génocidaires gardiens de la réacion sur les cadavres de milliers de morts. On ne négocie pas avec des génocidaires normalement lorsque l'on s'affiche « démocratique » ? Il ne fût pas possible de négocier avec Hitler. Mais il leur serre la main et à l'autre salaud Netanyahou. Par conséquent : exit la vieille confrontation démocratie/dictature ; ce père la moumoute n'a aucune vélléité pour mettre à bas réellement les dictatures vénézueliennes et cubaines ; comme Nixon contrôlant l'Amérique du sud avec des Pinochet. Il permet de vérifier que le populisme au gouvernement ne change rien fondamentalementà l'autocratie bourgeoise., les mêmes financiers et les mêmes généraux continuent à tirer les ficelles du pouvoir.

L'émancipation ou au moins le respect des peuples est le cadet de ses soucis, y inclus le peuple américain. Le trumpisme a émergé lors de sa première campagne présidentielle en 2016. Sa rhétorique s'inscrit dans une mélasse populiste qui propose des solutions nationalistes invraisemblables aux problèmes politiques, économiques et sociaux dans le peuple mais surtout contre la classe ouvrière. Le populisme n'est pas une manipulation à l'origine mais a éclos face à l'insécurité croissante, à une immigration affolante et au mépris des élites bourgeoises mais aussi intellectuelles avec levaste marais petit-bourgeois. Comme le dit un auteur, il ne faut pas confondre démagogie et populisme ; la démagogie renvoie à l'idée de dire au peuple ce qu'il veut entendre, alors que le populisme renvoie à l'idée de faire ce que l'opinion publique souhaite entendre...

LE POPULISME NE PEUT PAS ETRE UN INTERNATIONALISME

C'est pourquoi il n'est nullement question pour le milliardaire adipeux de risquer de mettre en danger un régime exemplaire pour lui de mise au pas d'une immense population meutrie. Cette scorie du nationalisme est un chauvinisme bâtard qui n'a pas les moyens de redevenir un vrai nationalisme et se fiche des crimes immenses chez les voisins. Une internationale populiste ? Impossible. Il n'est que l'invariable « chacun pour soi », patchwork de mécontentements: tes immigrés ne sont pas  les miens, mes produits sont meilleurs que les tiens, ma culture est supérieure, des colères régionalistes, un racisme péquenot,  haine de la centralisation étatique, ce mouvement ne peut même pas favoriser une union nationale s etc. 

 Début juillet 2018, en Italie, le chef de la Lega (Ligue) et ministre de l’Intérieur Matteo Salvini, admirateur de Donald Trump et de Vladimir Poutine, se qualifiant lui-même de « populiste », avait lancé́ l’idée d’une « Ligue des ligues en Europe », définie comme « l’alliance des populismes qui unirait tous les mouvements souverainistes qui « veulent défendre leur peuple et leurs frontières ». Son idée directrice était que les mouvements dits populistes en Europe ont une « vision commune », opposée à celle de « l’Europe des élites, des banques, de l’immigration et du travail précaire ». Enfin élever ce pauvre mouvement des gilets jaunes au rang de révolte pure, fait pitié ; comme Bannon ci-après. La fin du clivage gauche/droite n'est en tous cas pas le fait de Salvini et Cie et leur équipée concurrentielle risque de ne pas faire long feu.

Aux États-Unis, Steve Bannon, éphémère conseiller de Donald Trump à la Maison-Blanche, s’est autoproclamé le chef d’orchestre de cette offensive dite « populiste » en Europe et, plus largement, dans d’autres régions du monde. Sa conception du « populisme » n’est pas conceptuellement nouvelle : elle est fondée sur l’idée-force d’un dépassement du clivage droite-gauche, remplacé par l’opposition entre les élites et le peuple. Ce qui est nouveau, c’est l’idée d’une « internationale populiste ». Dans une interview publiée le 5 janvier 2019 sur le site de L’Express, Bannon célèbre le mouvement transpolitique des « gilets jaunes » en les donnant pour un exemple à suivre, celui d’une mobilisation de masse caractérisable par le « ni droite ni gauche » : « Aujourd’hui, ces perdants de la mondialisation, paupérisés comme jamais, se réveillent et crient : “Stop !” La beauté́ de leur action est qu’elle réunit des gens de droite comme de gauche. Au pays de la Révolution française, le mouvement des gilets jaunes mène la mère des batailles. Ils sont une inspiration pour le monde entier. » Pchitt

LE TRUMP AFFAIBLI PEUT-IL SORTIR DU TROU EN BOMBARDANT Khamenei ?

Le populisme peut être à géométrie variable. Les Américains sont contre une intervention militaire en Iran, mais les électeurs de Donald Trump pour. Trump a parlé de « calme avant la tempête », semblant évoquer une nouvelle guerre imminente, confirmant que si le populisme est toujours un chauvinisme étroit, alors le populisme en politique étrangère, c’est aussi la guerre. Et un bombardement des mollahs assassins que j'aprouverais totalement en espérant au moins la chute de ce régime criminel. En détails, les avis sont très partagés voire majoritairement opposés à l'intervention militaire.Près de trois quarts des Américains (74 %) s'inquiètent de la possibilité d'une implication des États-Unis dans une guerre encore plus massive avec l'Iran. Les démocrates sont évidemment beaucoup plus inquiets (93 %) que les républicains (57 %). Environ 2 Américains sur 10 déclarent qu'ils soutiendraient une force militaire américaine visant à renverser le gouvernement iranien, environ la moitié s'y oppose et 3 sur 10 déclarent ne pas être sûrs. La croyance en la doctrine « zéro mort » reste vivante, même si tous les sondés compatissent avec la population iranienne.

Terminons par les suppositions de la B.B.C.

Le régime s'effondre, remplacé par un régime militaire.

Beaucoup pensent que c'est l'issue la plus probable.

Si le régime est clairement impopulaire auprès d'une grande partie de la population et que les vagues successives de manifestations qui se sont succédé au fil des ans l'affaiblissent davantage, il reste néanmoins un appareil sécuritaire puissant et omniprésent qui a tout intérêt à maintenir le statu quo.

Les principales raisons pour lesquelles les manifestations n'ont jusqu'à présent pas réussi à renverser le régime sont l'absence de défections significatives dans leur camp, tandis que ceux qui détiennent le pouvoir sont prêts à recourir à une force et à une brutalité illimitées pour rester au pouvoir.

Dans la confusion qui suivrait toute frappe américaine, il est concevable que l'Iran se retrouve gouverné par un gouvernement militaire fort, composé en grande partie de membres du CGRI.

Car pas d'opposition structurée ni clasee ouvrre forte... (JLR)

Les voisins arabes de l'Iran dans le Golfe, tous alliés des États-Unis, sont naturellement très nerveux à l'heure actuelle, craignant que toute action militaire américaine ne finisse par se retourner contre eux.

L'Iran riposte en posant des mines dans le golfe Persique.

Cela représente depuis longtemps une menace potentielle pour le transport maritime mondial et l'approvisionnement en pétrole, depuis la guerre Iran-Irak de 1980-1988, lorsque l'Iran a effectivement miné les voies maritimes et que les dragueurs de mines de la Royal Navy ont aidé à les déminer.

Le détroit étroit d'Ormuz, entre l'Iran et Oman, est un point de passage stratégique. Environ 20 % des exportations mondiales de gaz naturel liquéfié (GNL) et entre 20 et 25 % du pétrole et des dérivés du pétrole transitent chaque année par ce détroit.

L'Iran a mené des exercices visant à déployer rapidement des mines marines. S'il venait à le faire, cela aurait inévitablement un impact sur le commerce mondial et les prix du pétrole.

L'Iran riposte en coulant un navire de guerre américain.

Un capitaine de la marine américaine à bord d'un navire de guerre dans le Golfe m'a un jour confié que l'une des menaces iraniennes qui l'inquiétait le plus était une « attaque en essaim ».

Il s'agit d'une attaque au cours de laquelle l'Iran lancerait un nombre tellement important de drones hautement explosifs et de torpilleurs rapides sur une ou plusieurs cibles que même les redoutables défenses rapprochées de la marine américaine seraient incapables de tous les éliminer à temps.

La marine du CGRI a depuis longtemps remplacé la marine iranienne conventionnelle dans le Golfe, dont certains commandants avaient même été formés à Dartmouth à l'époque du Shah.

Les équipages navals iraniens ont axé une grande partie de leur entraînement sur la guerre non conventionnelle ou « asymétrique », cherchant des moyens de surmonter ou de contourner les avantages techniques dont bénéficie leur principal adversaire, la cinquième flotte de la marine américaine.

La marine du CGRI a depuis longtemps remplacé la marine iranienne conventionnelle dans le Golfe, dont certains commandants avaient même été formés à Dartmouth à l'époque du Shah.

Les équipages navals iraniens ont axé une grande partie de leur entraînement sur la guerre non conventionnelle ou « asymétrique », cherchant des moyens de surmonter ou de contourner les avantages techniques dont bénéficie leur principal adversaire, la cinquième flotte de la marine américaine.

Le naufrage d'un navire de guerre américain, accompagné de la capture éventuelle de survivants parmi son équipage, serait une humiliation considérable pour les États-Unis.

Bien que ce scénario soit jugé improbable, le destroyer USS Cole, d'une valeur d'un milliard de dollars, a été gravement endommagé par un attentat suicide d'Al-Qaïda dans le port d'Aden en 2000, tuant 17 marins américains.

Avant cela, en 1987, un pilote de chasse irakien avait tiré par erreur deux missiles Exocet sur un navire de guerre américain, l'USS Stark, tuant 37 marins.

Outre la possibilité d'une guerre civile, comme celle qui a frappé la Syrie, le Yémen et la Libye, il existe également le risque que, dans le chaos et la confusion, les tensions ethniques dégénèrent en conflit armé, les Kurdes, les Baloutches et d'autres minorités cherchant à protéger leur propre peuple dans un contexte de vide politique à l'échelle nationale.

Une grande partie du Moyen-Orient serait certainement heureuse de voir disparaître la République islamique, notamment Israël, qui a déjà porté de lourds coups aux mandataires de l'Iran dans toute la région et qui craint une menace existentielle liée au programme nucléaire présumé de l'Iran.

Le plus grand danger aujourd'hui est que le président Trump, après avoir rassemblé cette puissante force près des frontières iraniennes, fasse faire demi-tour à sa flotte en se vantant d'avoir signé des accords potables (sur le dos du peuple iranien). Pour l'heure Khamenei a gagné grâce au « zéro mort » comme je le soulignais dans la première partie : Le souci du "zéro-mort" offre aux adversaires des Etats-Unis - incapables de gagner un combat conventionnel contre l'armée américaine - un moyen rapide, facile et peu coûteux de faire échouer la première puissance du monde et de limiter ses ambitions.

Ce pauvre Trump, acculé par l'affaire Epstein, a pourtant une chance de prolonger un peu son règne bancal (Musk l'a poignardé dans le dos avec la paralysie de starlink), en lançant des bombardements ciblés et en tuant le guide sadique, car les protestations internationales contre une telle interventionnne seraient pas plus inquiétantes ou méchantes que celles qui suivirent la guerre des 12 jours.

POURQUOI TRUMP FERME SA GUEULE (2 ème partie)


« Qu’y a-t-il de ressemblant entre les événements somaliens de 1993, la chute des enclaves
bosniaques, les 78 jours d’offensive aérienne de l’OTAN dans les Balkans, les incidents de Prizren de juin 1999 mettant aux prises la 
Bundeswehr, ou les tensions ethniques autour du pont de Mitrovica au Kosovo ? N’est-ce pas cette dimension à la fois subtile et aliénante reprise sous le vocable de concept de « zéro-mort » ? Non pas le « zéro-mort » du ciblage militaire avec évitement ou le « zéro-mort » des armes non létales. Celui, plutôt, de cette propension à éviter des pertes humaines chez soi sans s’inquiéter, outre mesure, des pertes chez l’adversaire,(comme l'indifférencve de l'idiot Trump pour le massacre en Iran) la collatéralité civile étant supportée, subie ou recherchée. Bref, au pire, le « zéro-vivant » en face. N’est-ce pas, plus subtilement, le refus d’une prise de risques au nom d’une hiérarchisation des valeurs à défendre, des vies à protéger, des hommes à secourir, des intérêts à préserver ? »

Or l'avenir du cynique bourgeois Trump se joue en ce moment. Ia déjà perdu une bonne partie de sa crédibilité pour sa lâcheté d'avoir laissé massacer la jeunesse iranienne, ce qui lui aliène déjà une partie de sa base maga. Car le populisme, même s'il n'est pas internationalisme, et du fait que les chefs de l'Etat islamique terroriste ne sont pas une élite mais un gang de tueurs sans vergogne - reste, sans diabolisation, aussi une expression du peuple. Et le peuple américain, composé aussi d'iraniens, est aussi bouleversé que nous par les massacres des assassins mollahs. Comme je l'ai remarqué antérieurement, Trump avait une chance de consolider une réputation de politique aux côtés du peuple (ceux d'Orban et de Giorgia Meloni) mais pas le peuple martyrisé par les salauds enturbannés avec qui il est obligé de négocier la trouille au cul. Dans tous les cas et même s'il bombarde, cela contribuera à amplifier le déclin américain et sa possible éjection ou assassinat dans les mois à venir par la bourgeoisie US rationnelle outrée de son attitude erratique, suicidaire et ridicule. L'avantage principal du comportement de Trump est son inhumanité exhibée en spectacle qui finit par faire vomir les gens d'en bas, qu'il méprise profondément.

LES CONSEQUENCES INCERTAINES DU « ZÉRO-MORT »

« Le terme de « zéro-mort » est d’abord un slogan journalistique issu de la vision simpliste et toute relative des frappes de précision de la guerre du Golfe, mais où l’accent fut mis sur la faiblesse des pertes de la coalition face à l’armée de Saddam Hussein. Le « moindre mort », qui était déjà sous-jacent durant la guerre du Viêtnam, fut progressivement remplacé par cette volonté première et prioritaire de préserver ses propres hommes en opération de gestion de crises. Aussi, cette expression-slogan très signifiante va devenir le maître mot des commentateurs des missions de type Petersberg1 lorsqu’il est question de l’opportunité d’intervenir, du choix des systèmes d’armes et des stratégies opératoires ou de la façon de sortir de la crise. Le degré de prise de risque devient l’alpha et l’oméga des débats politico-médiatico-militaires. La préservation des hommes semble devenir le paramètre premier transcendant les autres objectifs, les décisions politiques, l’attitude des états-majors (selon le contexte et les armes employées). Aussi, le « zéro-mort » prend bel et bien ses racines dans plusieurs espaces ».

« Le premier espace est celui du champ politico-stratégique, parce que les interventions de Petersberg hors du cadre territorial de l’article V/5 ne concernent aucunement les intérêts vitaux. À des enjeux différents, il y a prise de risques différente. Cette échelle de valeurs est d’autant plus visible que « les occupations territoriales ne sont plus des buts politiques ni des enjeux de souveraineté dans la nouvelle ère électronique » . En outre, c’est parfois la simple présence de la force sur un théâtre extérieur qui constitue en soi un fait politique, sans que les autorités qui ont décidé de son déploiement ne se soucient particulièrement de lui fixer un mandat à assumer. (hi ! cf. l'armada US dans le golfe) On peut alors en arriver à ce que la stratégie d’intervention soit associée à la stratégie de sortie (exit strategy). Le refus du risque veut que l’on soit parti avant d’être arrivé. Bref, on souhaite ne pas s’éterniser. Mais nous nous trompons souvent, comme on peut le constater en Bosnie et au Kosovo où la présence de la Force multinationale de stabilisation (SFOR) et de la Force de paix au Kosovo (KFOR) reste nécessaire sur le moyen terme ». (donc bombardement de l'Iran pas exclu). Donc bombardements pas exclus à terme ».

« Le deuxième espace intègre le champ technologique, parce que nous vivons le passage de la guerre des mégatonnes à celui des mégabits, avec cette croyance d’une guerre sans aléa, où nous pouvons distinguer les objets automatiques sacrifiés non récupérables (missiles, drones) des objets humains épargnés. Cette parcimonie où l’on fait la guerre en restant intact est apportée par l’apparition de nouvelles technologies post-guerre du Golfe. Les senseurs, les drones, le tir, la furtivité, les armes perforantes, la gestion des flux d’information, le renseignement, la relocalisation des cibles et les doctrines qui y sont associées, alimentent alors le « zéro-mort » et vice versa. L’adage de Williamson Murray "Clausewitz Out, Computer In », prend alors tout son sens, avec la figure de l’ingénieur militaire l’emportant, dans l’imaginaire, sur la figure du guerrier traditionnel.

C’est bien le règne de la répugnance au corps à corps, le choix de l’étouffement des mécanismes vitaux de l’adversaire sans contact physique, cette croyance à forte tonalité utopique, profondément enracinée dans la culture américaine et en passe peut-être de nous atteindre, selon laquelle tout conflit peut et doit être résolu par la technologie. Mais les limites sont bien présentes, à la fois parce que les rivalités inter-armes obèrent encore l’efficacité du système, mais aussi, et surtout, parce que ce raisonnement mécaniste sur l’apport des technologies ne tient pas suffisamment compte des facteurs humains, mais aussi de scénarios n’associant pas des conflits entre pairs, mais des conflits asymétriques. Enfin, les enseignements du conflit du Golfe ont montré que le différentiel de compétence et le qualitatif sont davantage significatifs dans la victoire finale, que la seule technologie ».

« Le troisième espace occupe le champ sociologique et anthropomorphique parce qu’il implique l’adoption d’une extrême prudence dans la prise de risque au sein des armées occidentales. Le vieillissement des populations et une démographie stagnante, l’individualisme prégnant et le poids des forces culturelles et sociales, le coût élevé dans la formation des personnels militaires, autant de facteurs créant les conditions d’une prise de valeur ajoutée des hommes par comparaison aux attitudes du passé. La préservation des vies est partie prenante d’un mental postguerrier, et la culture du « dédommagement » atteint le militaire. L’investissement familial et sociétal dans les sociétés postindustrielles est lui-même surdimensionné par la valeur ajoutée du militaire technicien, ce dernier étant davantage socialisé  et intégré à la société civile.

Et la professionnalisation des armées est, quelque part, un effet de cette frilosité des États dominants et vieillissants. On ne va pas lever l’impôt du sang si la nation n’est pas directement menacée. Dans les sociétés postbelliques (pour reprendre François Géré), le rapport à la vie et à la mort tend à faire apparaître une potentialité différente à faire la guerre, le déficit thanatologique occidental à se représenter la mort étant bel et bien présent. La distanciation face à la mort et l’importance attachée à l’individu unique et « irremplaçable » (parce qu’exclusif) sont ainsi les matériaux permettant d’assurer le mental « zéro-mort ». À cette posture vient s’attacher la doctrine opératoire du tir à distance sans effet retour, soutenue par la haute technologie.

« L’homme n’est plus la matière première, la denrée consommable de la guerre. Aujourd’hui, dans les armées occidentales, il n’est d’ailleurs pas étonnant que l’on améliore sans cesse le continuum de la chaîne des services de santé, afin de maximiser la survie des blessés. Mais si personne ne se plaindra de ce souci de réduire les pertes humaines – en principe cela apparaît comme l’un des objectifs des chefs militaires occidentaux ces dernières décennies –, l’impuissance virtuelle ou relative face au désordre des conflits identitaires ou asymétriques est posée.(quésaco ? Et le prolétariat n'a pas son mot à dire ? JLR)

« À l’extrême, cette nouvelle perception des valeurs entre en interaction avec le jeu des médias pouvant soumettre la conduite des politiques aux variations de l’opinion et l’expression des opinions publiques, aux accents parfois permissifs, quelquefois directifs  bornant en partie la marge de manœuvre des décideurs en matière de sécurité. Le slogan du « zéro-mort » devient alors l’outil de légitimation relative dans cette recherche d’une adhésion des populations au principe d’intervention militaire. (donc ce « zéro mort » peut tout autant, à un certain moment, servir aussi à la marche à la guerre ! JLR)

« Les enquêtes sociologiques et statistiques relatives aux opinions publiques indiquent une acceptation des pertes, que nous qualifierions d’« à la carte », sous conditions. Chaque situation est un cas de figure, mais il semble se confirmer que l’homme politique serait plus sensible au problème des pertes humaines amies et à leur effet sur le public, que l’opinion publique elle-même, certes dans un jeu interact f assez serré. Et si 80 % des Européens estiment aujourd’hui que l’armée doit avoir pour rôle de maintenir ou rétablir la paix dans le monde – ce qui implique nécessairement un certain nombre de risques –, aucune certitude n’apparaît quant aux réactions face à la vue de « morts-citoyens », qu’ils soient issus de l’institution militaire professionnelle ou membres volontaires provenant de la conscription. La question du seuil de tolérance reste assurément difficile à quantifier, alors que la guerre devient un spectacle lointain télégénique (pour reprendre Martin Shaw).

« Ensuite, le « zéro-mort » tend à court-circuiter davantage l’intensité et l’ampleur des frappes en instaurant des pauses et des paliers dans l’escalade, autant par prudence et sûreté que pour laisser ouverte la négociation diplomatique. Les frappes de semonce et les frappes limitatives sont ici l’expression d’un gradualisme politique, mais peuvent aussi être les effets directs d’une improvisation. Dans bien des cas, le gradualisme est associé au refus du risque, puisqu’il instaure une prudence dans l’escalade. Selon Pierre Hassner, la limite de cette posture stratégique est qu’elle « ne tient pas compte de l’importance de l’enjeu qui doit être plus grande chez celui qui bombarde que chez son adversaire ». On peut alors aboutir à des conflits sans vainqueur, ou à des guerres préservant – volontairement s’entend – les régimes en place, comme ce fut le cas durant la guerre du Golfe où la stratégie de décapitation fut évitée. (sic)

Le Kosovo nous vient directement à l’esprit En outre, cette stratégie tendrait, par facilité, à privilégier les cibles fixes faiblement protégées, à caractères économiques et industriels, accentuant alors les risques de dommages collatéraux ou les stratégies de déception, les effets retours sur les opinions publiques spectatrices et une plus forte cohésion, face aux épreuves, des sociétés vulnérabilisées ». Donc même commencée la guerre peut entraîner des retournements subits de « l'opinion »!



« Le « zéro-mort » virtuel américain n’est-il pas le « moindre mort » européen ? Derrière cela peut se profiler un partage des tâches entre Européens et Américains, les premiers prenant déjà davantage de risques que les seconds, pour des motifs technologiques, historiques et doctrinaux. À l’extrême, le risque est grand de voir se codifier la guerre des « fantassins » réservée aux Européens et la guerre informationnelle et logistique aux États-Unis. (çà c'est pas sur vu l'expérience historique du prolétariat européen!)

« Les déclarations d’Anthony Lake en novembre 1996 et celles de Condoleezza Rice en octobre 2000, respectivement conseillers de William J. Clinton et de George W. Bush, sont révélatrices de cette permanence dans la politique des États-Unis, à savoir que la première mission des forces armées américaines n’est pas de conduire des missions de maintien de la paix, mais de gagner des guerres.

La différence de capacité, de mentalité, de culture militaire, de prise de risque existe d’ailleurs déjà au sein même des forces terrestres alliées. Alors que l’US Army s’enferme dans d’imposants camps retranchés, véritables petites villes, comme celui de Mc Govern (Bosnie) et de Bondsteel (Kosovo), les forces européennes ont tendance généralement à côtoyer – certes avec un minimum de précaution – les populations des sociétés à stabiliser. Cette attitude explique le refus américain d’apporter quelques renforts lors des incidents de Mitrovica afin de soutenir les unités européennes sur place. Finalement, cette conception du « zéro-mort » peut-elle aller jusqu’au retrait de l’armée de terre américaine du Vieux Continent au profit d’une capacité de projection et de reconstitution, laissant seulement opérer à terre les forces spéciales ? (article précurseur qui avait prévu la venue de la tactique « pacifique » trumpienne)2

« L’esprit de dévouement, de courage et d’abnégation généralement propre à la culture militaire pourrait être mis à mal par le « zéro-mort ». À l’autre spectre, « la passion et la haine » de la part des forces d’intervention occidentales y deviennent interdites , inadmissibles, incongrues, vulgaires. Ce bouleversement du mental militaire post-guerre froide dans les sociétés modernes vers le non-martial et le posthéroïsme (pour reprendre l’expression de François Géré) est formidablement interpellant, car il y a dorénavant déséquilibre entre la prise de risque nécessaire et le souci de se préserver ».

ENCORE UN EFFET PLUTOT POSITIF DE LA DECOMPOSITION ?

« La distanciation par rapport au réel du combat, loin du choc collectif du « soldat Ryan », entraîne une vulnérabilité psychologique par rapport aux conflits identitaires asymétriques dont le paroxysme violent aboutit à l’absence de règles et d’éthique, engendrant exactions, charniers et fosses communes. Cette fragilité psychologique du combattant moderne, déjà perceptible face aux nouvelles armes de saturation de zone  dont il dispose lui-même et dont il connaît les effets, apparaît également à l’autre bout du spectre, dans la gestion des crises hors zone face à des guerres psychologiques et civiles. L’envoi de psychologues auprès de soldats de la Bundeswehr, après l’incident du 13 juin 1999 à Prizren en est l’illustration parfaite. Le guerrier moderne pourrait-il ne plus être endossé que par les seules forces spéciales ? L’objectif est alors une tentative de faire atteindre le seuil de renoncement et d’« insupportabilité » morale aux intervenants militaires postmodernes, en faisant durer un conflit sans code ».

« Le « zéro-mort » fait partager l’idée selon laquelle la guerre humanitaire ne vaut pas un coût humain occidental. La question est ainsi de savoir quel message peut être délivré en n’acceptant pas de risque au sol, sachant que le prix du sang, paradoxalement, représente la valeur attribuée à la vie. Et, dès lors, se pose la question de la valeur des populations sans défense au sol, la valeur donnée aux populations victimes à protéger. 

À force de s’autoprotéger, ne développe-t-on pas un état d’esprit aboutissant déjà à l’adoption d’une sorte de code de bonne conduite par la prise en compte des zones collatérales et le dosage minutieux des feux, ce même dosage pouvant à moyen terme favoriser les conditions permettant d’aboutir au concept de « double zéro-mort » ? Nous ne sommes pas loin alors des stratégies de décapitation, de paralysie sociétale et d’armes non létales qui recèlent également leurs propres mythes, limites et contradictions. Le souci d’épargner des vies dans ses propres rangs finirait par entraîner la volonté de préserver celles de la partie adverse , comme on peut déjà le lire dans les documents officiels les plus récents du ministère français de la Défense.

Jusqu’où ira l’Europe dans l’intégration confuse, ambiguë, dégradée du concept américain de « zéro-mort » ? Quels seront les effets de cette intégration partielle ou totale dans la planification des équipements, la formation dans les académies et écoles militaires supérieures, dans les doctrines opératoires nationales ? La récupération de ressortissants nationaux ne relève-t-elle pas des missions de Petersberg, qui se situent à la frontière entre le vital et le non vital, l’identité nationale et non plus l’identité territoriale pouvant être le symbole vivant d’intérêts premiers, favorisant ainsi une possible acceptation plus ouverte au risque ?

Enfin, l’obsession du « zéro-mort » hors zone, en voie d’intégration dans les esprits, peut-elle insidieusement altérer l’esprit de sacrifice autour des intérêts vitaux de l’article V/5 ? En d’autres mots, à force d’assimiler le concept de prudence dans le champ du militaire et du « zéro-mort », serait-on fragilisé face à une hypothétique menace majeure territoriale ?

Comment imaginer le passage d’un état d’esprit à l’autre si une opération ne relevant pas de l’article 5/V évolue en partie et parallèlement en une agression territoriale impliquant une nouvelle définition du vital, du réactif, et donc du rapport à la mort ?

(…) S’il est indécent de critiquer le principe de la préservation des vies, la notion de « zéro-mort », altérée ou nuancée, aux multiples facettes et interrogations, bouleverse déjà la conception que les Occidentaux ont de la guerre, de la crise et de la violence archaïque.

Les actes terroristes gravissimes intervenus aux États-Unis imposant une réponse proportionnée et plurisectorielle, tout en évitant la collatéralité moralement inacceptable, devraient conduire à une réelle prise de risque dès l’instant où l’agression fut majeure et impliquait le territoire national. Aujourd’hui, le « zéro-mort » se conjugue encore avec les missions non vitales pour des enjeux extérieurs à la défense du territoire.

(...) si les actes terroristes subis devaient s’exprimer hors du sanctuaire contre d’autres symboles nationaux, ce nouveau paysage de l’internationale terroriste aveugle libérerait-il des contraintes du « moindre mort » ? Où peuvent s’arrêter les réticences face aux risques ? La frontière dans l’attitude militaire et politique face au risque de mort est-elle en définitive uniquement calquée sur le binaire des intérêts vitaux et non vitaux définis sur le plan national ? Telles sont, finalement, les questions majeures face à un futur incertain »3.


Encore à suivre...

NOTES


1Les missions de Petersberg étaient une série de missions militaires que devait mener l'union de l'Europe occidentale, elles avaient été décidées à Petersberg en 1992 en Allemagne par les Etats membres de l'UEO. (Union de l'Europe Occidentale)

Pourquoi Trump ferme sa gueule

 



Les risques du « zéro mort » et pourquoi 

Trump ne finit jamais ce qu'il commence

Trump est-il fou ? Désir de toute puissance ? Narcissisme ? Trump nous avait habitué, chaque jour, jusqu'à ce longuet round de négociations brumeuses, à donner son avis sur tous les sujets, plutôt pour systématiquement démolir ou décrédibiliser : urgence climatique, le chanteur portoricain Bad Bunny, moqueries des rivaux politiques, recettes de cuisine... Comme l'a constaté Le Monde, en vérité Trump marche sur des œufs à l'intérieur et à l'extérieur, et le fou semble calmé pour l'instant : « Les moments de communion populaire sont devenus rares aux Etats-Unis. La fracture du pays est si profonde que même le deuil ne rassemble plus. On l’a vu en septembre 2025 au moment de l’assassinat du militant ultraconservateur Charlie Kirk ou de la mort de Renee Good et d’Alex Pretti à Minneapolis (Minnesota) en janvier, tués par des agents du département de la sécurité intérieure. Tout divise. »

A l'extérieur les négociations font plutôt figure de blocages réciproques. Dans leur stratégie de négociation, les deux impérialismes ont donc décidé de maintenir une ambiguïté. Et les autres acteurs régionaux tentent de peser par peur des missiles collatéraux. Donald Trump reste pris entre ses alliés. Le génocidaire Netanyahou, qu'il a reçu cette semaine, défend la nécessité de reprendre la guerre. Les dictatures arabes du Golfe, dont plusieurs se rendront à Washington la semaine prochaine, prônent, elles, une présumée solution négociée. Mais ça piétine étrangement alorsque le monde entier s'attendait, souvent avec intérêt (« noos enemis de nos ennemis sont nos alliés »), surtout le peuple iranien martyrisé.

CAUSES : blocage entre les classes ? Ou opposition du prolétariat à la guerre ?

La théorie si contestée du CCI – le blocage entre les classes – semblerait se vérifier, de façon sous-jacente, avec le « zéro-mort » devenu obligatoire pour tout gouvernement américain depuis le début des années 2000 ; théorie qu'il ignore, ce que je leur ai reproché au cours de leur dernière RP, comme les autres minorités révolutionnaires dont certaines ne cessent, sans réfléchir, de crier à la venue inévitable de la 3ème guerre mondiale (jamais deux sans trois?).

Penchons-nous sur l'ambiguïté qui tourmente les requins en présence, qui conditionnent les affres du « zéro mort » surtout côté occidental :

« Dans cette volonté insistante de préserver les vies, développée aux Etats-Unis, l'évolution des mentalités, l'impact de la technologie en matière d'armement et la transformation des enjeux de la guerre ont joué un rôle moteur. 1/ La sociologie et l'anthropologie expliquent une plus grande prudence dans la prise de risque au sein des armées occidentales : on accorde plus de valeur aux vies des soldats que par le passé. Ceci est lié au vieillissement des populations, à la démographie stagnante, à un individualisme prégnant, au poids des forces culturelles et sociales, et au coût élevé de la formation des personnels militaires. La professionnalisation des armées, l'amélioration constante des services de santé témoigne du souci de préserver la vie des combattants ». Officiellement, pas à la conscience de classe en tout cas ! La vie du « public » !

« … grâce à une multiplication des systèmes de surveillance, à l'emploi de munitions guidées…) ; une nouvelle hiérarchie entre les armes : l'outil aérien permettant les frappes à distance est l'expression militaire du zéro-mort en missions non-vitales (ceci peut avoir des effets pervers avec l'illusion de gérer la guerre à distance, de pouvoir répondre aux conflits asymétriques par les airs tout en protégeant les populations) ; le développement des sociétés internationales privées de sécurité, sous-traitant des services publics à l'industrie privée, traduit le refus de prise de risque, surtout dans les zones peu importantes stratégiquement ; une modification des paramètres budgétaires des Etats, et des stratégies de guerre ; une plus grande prudence dans l'escalade car le "zéro-mort" tend à court-circuiter d'avantage l'ampleur des frappes en instaurant des pauses et des paliers dans l'escalade. 3/ L'interaction entre opinion publique et décideurs : une nouvelle perception des risques dans les sociétés occidentales limite la marge de manœuvre en matière de sécurité, et les décideurs invoquent souvent l'attachement du public au "zéro-mort". Toutefois on constate que les décideurs politiques et militaires sont eux-mêmes plus sensibles au problème des pertes humaines amies que l'opinion. Le principe du "zéro mort" peut être instrumentalisé par les opposants aux interventions extérieures, afin d'empêcher les présidents d'engager l'armée à l'extérieur pour des objectifs jugés trop idéalistes, ou trop assortis de contraintes politiques ».

Le « public » prolétariat aurait-il de la mémoire ? Et les chefs militaires seraient-ils moins cons que les politiciens ?

« L'explication est historique (sic): les chefs militaires ont été mis en accusation par la nation pour les combattants morts durant la guerre du Vietnam, et ont voulu par la suite placer le pouvoir politique devant ses responsabilités. Ils ont fait en sorte qu'aucune opération extérieure d'envergure ne soit possible sans l'appoint des réserves de l'Army et de la Garde nationale, donc sans une participation significative et un assentiment de la population. Dans la culture politique américaine, le gouvernement est fréquemment accusé de ne pas tout faire pour épargner les vies des individus qui se battent pour l'Etat. Si les intérêts vitaux du pays ne sont pas en jeu, la mort au combat d'un seul soldat est une faute grave des pouvoirs publics. Plus l'intérêt national est engagé, plus le dogme du "zéro-mort" se relâche : les Américains n’exigent pas des opérations "zéro mort", mais refusent de "gaspiller" la vie de leurs soldats dans des opérations qui ont peu de chances de réussite ou dont les bénéfices ne sont pas clairs ». N'y voyez aucune allusion aux négociations brumeuses et longuettes sur l'Iran !

«  Un décalage croissant entre les pays occidentaux et les pays en guerre prêts à sacrifier des vies Il pourrait s'avérer illusoire de vouloir mener une "guerre sans pertes" qui mène à la capitulation de l'adversaire. Le risque est que l'on se résigne à ne pas affronter celui-ci directement, en ne frappant que ses arrières. Il y a là un problème culturel : la mort est moins tolérée dans nos sociétés que dans d'autres, or elle est consubstantielle à la guerre (merci l'islam, ndt). Si le premier souci des occidentaux, avant d'atteindre leurs buts de guerre, est de protéger la vie de leurs soldats, la menace d'utilisation de la force armée par ceux-ci sera de moins en moins efficace. Et cette situation est une porte ouverte au terrorisme. Si la mort de 18 rangers en Somalie a fait reculer les Etats-Unis, alors leurs ennemis savent comment faire battre en retraite la première puissance du monde : leur infliger des pertes importantes, ou les en menacer. Le souci du "zéro-mort" offre aux adversaires des Etats-Unis - incapables de gagner un combat conventionnel contre l'armée américaine - un moyen rapide, facile et peu coûteux de faire échouer la première puissance du monde et de limiter ses ambitions. En leur infligeant des pertes sur des terrains peu importants stratégiquement pour les Etats–Unis, ils peuvent espérer un résultat sans proportion avec leurs capacités militaires réelles (sic). 4/ Une distanciation par rapport au réel du combat : les combattants occidentaux deviennent plus vulnérables psychologiquement face aux conflits identitaires, asymétriques, et à leurs paroxysmes violents. Le soldat est inhibé dans le combat de proximité, et ses règles de déontologie et d'engagement se heurtent au chaos extrême des situations et à la logique d'efficacité morbide des combattants locaux, davantage préparés à mourir pour une cause. Ainsi, les adversaires peuvent utiliser une stratégie reposant sur l'asymétrie de la situation, en utilisant les freins culturels occidentaux pour engager des stratégies de contournement, de dispersion, d'esquive, de guerre parallèle, et faire atteindre le seuil de renoncement et d'"insupportabilité" morale aux intervenants militaires occidentaux ». N'y voyez pas non plus une quelconque allusion aux négociations brumeuses !

« Et la professionnalisation des armées est, quelque part, un effet de cette frilosité des États dominants et vieillissants. On ne va pas lever l’impôt du sang si la nation n’est pas directement menacée.  L’homme n’est plus la matière première, la denrée consommable de la guerre. Aujourd’hui, dans les armées occidentales, il n’est d’ailleurs pas étonnant que l’on améliore sans cesse le continuum de la chaîne des services de santé, afin de maximiser la survie des blessés. Mais si personne ne se plaindra de ce souci de réduire les pertes humaines – en principe cela apparaît comme l’un des objectifs des chefs militaires occidentaux ces dernières décennies –, l’impuissance virtuelle ou relative face au désordre des conflits identitaires ou asymétriques est posée. Le slogan du « zéro-mort » devient alors l’outil de légitimation relative dans cette recherche d’une adhésion des populations au principe d’intervention militaire »2.

LE POPULISME NE SIGNIFIE PAS UNE AVANCEE VERS LA GUERRE : 

Toute la politique affichée comme anti-guerre par Trump ne vérifie-t-elle pas cette autre analyse lumineuse du CCI :

« Pour commencer, nous ne pensons pas que le populisme soit le produit de l’expression d’une claire course vers la guerre de la classe dominante des principaux pays capitalistes. Il s’agit certainement du produit d’un nationalisme aggravé et du militarisme, de la violence nihiliste et du racisme qui émanent de la décomposition de ce système. En ce sens, bien sûr, il a beaucoup de similitudes avec le fascisme des années 1930. Mais le fascisme était le produit d’une véritable contre-révolution, une défaite historique de la classe ouvrière, et il exprimait directement la capacité de la classe dominante à mobiliser le prolétariat pour une nouvelle guerre impérialiste à l’échelle mondiale. D’un autre côté, le populisme est le résultat du blocage entre les classes, lequel implique une absence de perspective non seulement pour une partie de la classe ouvrière, mais aussi pour la bourgeoisie elle-même. Il exprime une perte de contrôle de plus en plus importante de la bourgeoisie sur son appareil politique, une fragmentation grandissante à la fois au sein de chaque État national et au niveau des relations internationales3

« L’idée même de guerre prend en Occident de nouvelles valeurs, davantage limitatives, dans l’action, dans l’emploi de la violence. La difficulté à saisir, dans le passé, l’intraduisible de l’apocalypse nucléaire est rejointe aujourd’hui par celle d’appréhender et de répondre aux violences identitaires jouant hors des règles guerrières classiques, hors des normes.Trois facteurs principaux vont influer sur la perception des risques et leur traitement par les puissances postindustrielles, définies ici comme faisant partie de l’espace euro-atlantique.

Primo, la mise en évidence des opérations de gestion de crises, de maintien de la paix et d’interventions inframilitaires, qui deviennent avant tout des missions multinationales et interarmées, où le caractère collectif domine le devant de la scène, dans les limites subtiles de la juxtaposition nationale des choix politiques et du contrôle d’emploi des forces (pauvre Trump en déclin narcissique, JLR) Les nouvelles nécessités d’intervention, la dépendance extrême à des paramètres non strictement militaires et les limites propres à cette forme d’engagement vont bouleverser la manière de gérer le risque ».

Secundo, le jeu d’ascenseur qui implique que, dans cet après-guerre froide, « le plus grand engagement politique existe pour la menace la moins probable et l’engagement le plus faible pour la menace la plus probable » , fait que l’article V de défense territoriale des alliances n’est plus l’expression première de la gesticulation militaire. Ce constat va provoquer également une révolution des esprits, toujours en cours aujourd’hui, allant du mental du militaire-citoyen européen aux valeurs à défendre et à faire partager, la question d’un nouveau Concept stratégique pour l’UE devenant l’un des objectifs centraux.

Les conflits identitaires et les haines irrédentistes, nationalistes et fondamentalistes bousculent l’image de la guerre, déstabilisent le militaire européen projeté dans un autre monde. Les missions de Petersberg vont alors devenir extraordinairement complexes à mener, et les enjeux à démêler.

Tertio, la mise en évidence des nouvelles technologies – allant des senseurs multidirectionnels aux capacités de tir à distance, des tentatives de maîtrise de l’espace-temps au contrôle informationnel – fait que, inéluctablement, par effet miroir, par jeu d’imitation ou définition collective des besoins d’équipements, les États membres de l’UE pourraient s’accrocher, avec retard, à la Révolution américaine des affaires militaires, concept encore flou à entrées multiples. Derrière l’Initiative sur les capacités de défense (ICD) de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN), le processus de planification et d’examen (PARP) ou la définition des besoins collectifs de l’headline goal de l’UE, ne trouvons-nous pas de nouvelles interrogations sur le comportement du soldat dans la gestion des crises ? Ne peut-on voir dans le choix des systèmes d’armes une nouvelle conception des guerres non territoriales ?

Ces trois éléments que sont une surreprésentation des interventions hors zone, parallèlement à une survisibilité des outils de haute technologie, le tout dans un champ opératoire non stratégiquement vital, vont ainsi jouer un rôle dans la manœuvre des politiques, des stratèges et des militaires, lors du processus de décision et d’intervention dans le cadre des missions de gestion de crises.

Mais aux nouvelles capacités politiques, techniques, juridiques et militaires dans la projection vont s’adjoindre maintes contraintes, quelques pièges insidieux ».


à suivre, et je risque d'être très long...



NOTES

1 Le concept de zéro mort : Concept de zéro mort - 2005