"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

mardi 17 février 2026

Pourquoi Trump ferme sa gueule

 



Les risques du « zéro mort » et pourquoi 

Trump ne finit jamais ce qu'il commence

Trump est-il fou ? Désir de toute puissance ? Narcissisme ? Trump nous avait habitué, chaque jour, jusqu'à ce longuet round de négociations brumeuses, à donner son avis sur tous les sujets, plutôt pour systématiquement démolir ou décrédibiliser : urgence climatique, le chanteur portoricain Bad Bunny, moqueries des rivaux politiques, recettes de cuisine... Comme l'a constaté Le Monde, en vérité Trump marche sur des œufs à l'intérieur et à l'extérieur, et le fou semble calmé pour l'instant : « Les moments de communion populaire sont devenus rares aux Etats-Unis. La fracture du pays est si profonde que même le deuil ne rassemble plus. On l’a vu en septembre 2025 au moment de l’assassinat du militant ultraconservateur Charlie Kirk ou de la mort de Renee Good et d’Alex Pretti à Minneapolis (Minnesota) en janvier, tués par des agents du département de la sécurité intérieure. Tout divise. »

A l'extérieur les négociations font plutôt figure de blocages réciproques. Dans leur stratégie de négociation, les deux impérialismes ont donc décidé de maintenir une ambiguïté. Et les autres acteurs régionaux tentent de peser par peur des missiles collatéraux. Donald Trump reste pris entre ses alliés. Le génocidaire Netanyahou, qu'il a reçu cette semaine, défend la nécessité de reprendre la guerre. Les dictatures arabes du Golfe, dont plusieurs se rendront à Washington la semaine prochaine, prônent, elles, une présumée solution négociée. Mais ça piétine étrangement alorsque le monde entier s'attendait, souvent avec intérêt (« noos enemis de nos ennemis sont nos alliés »), surtout le peuple iranien martyrisé.

CAUSES : blocage entre les classes ? Ou opposition du prolétariat à la guerre ?

La théorie si contestée du CCI – le blocage entre les classes – semblerait se vérifier, de façon sous-jacente, avec le « zéro-mort » devenu obligatoire pour tout gouvernement américain depuis le début des années 2000 ; théorie qu'il ignore, ce que je leur ai reproché au cours de leur dernière RP, comme les autres minorités révolutionnaires dont certaines ne cessent, sans réfléchir, de crier à la venue inévitable de la 3ème guerre mondiale (jamais deux sans trois?).

Penchons-nous sur l'ambiguïté qui tourmente les requins en présence, qui conditionnent les affres du « zéro mort » surtout côté occidental :

« Dans cette volonté insistante de préserver les vies, développée aux Etats-Unis, l'évolution des mentalités, l'impact de la technologie en matière d'armement et la transformation des enjeux de la guerre ont joué un rôle moteur. 1/ La sociologie et l'anthropologie expliquent une plus grande prudence dans la prise de risque au sein des armées occidentales : on accorde plus de valeur aux vies des soldats que par le passé. Ceci est lié au vieillissement des populations, à la démographie stagnante, à un individualisme prégnant, au poids des forces culturelles et sociales, et au coût élevé de la formation des personnels militaires. La professionnalisation des armées, l'amélioration constante des services de santé témoigne du souci de préserver la vie des combattants ». Officiellement, pas à la conscience de classe en tout cas ! La vie du « public » !

« … grâce à une multiplication des systèmes de surveillance, à l'emploi de munitions guidées…) ; une nouvelle hiérarchie entre les armes : l'outil aérien permettant les frappes à distance est l'expression militaire du zéro-mort en missions non-vitales (ceci peut avoir des effets pervers avec l'illusion de gérer la guerre à distance, de pouvoir répondre aux conflits asymétriques par les airs tout en protégeant les populations) ; le développement des sociétés internationales privées de sécurité, sous-traitant des services publics à l'industrie privée, traduit le refus de prise de risque, surtout dans les zones peu importantes stratégiquement ; une modification des paramètres budgétaires des Etats, et des stratégies de guerre ; une plus grande prudence dans l'escalade car le "zéro-mort" tend à court-circuiter d'avantage l'ampleur des frappes en instaurant des pauses et des paliers dans l'escalade. 3/ L'interaction entre opinion publique et décideurs : une nouvelle perception des risques dans les sociétés occidentales limite la marge de manœuvre en matière de sécurité, et les décideurs invoquent souvent l'attachement du public au "zéro-mort". Toutefois on constate que les décideurs politiques et militaires sont eux-mêmes plus sensibles au problème des pertes humaines amies que l'opinion. Le principe du "zéro mort" peut être instrumentalisé par les opposants aux interventions extérieures, afin d'empêcher les présidents d'engager l'armée à l'extérieur pour des objectifs jugés trop idéalistes, ou trop assortis de contraintes politiques ».

Le « public » prolétariat aurait-il de la mémoire ? Et les chefs militaires seraient-ils moins cons que les politiciens ?

« L'explication est historique (sic): les chefs militaires ont été mis en accusation par la nation pour les combattants morts durant la guerre du Vietnam, et ont voulu par la suite placer le pouvoir politique devant ses responsabilités. Ils ont fait en sorte qu'aucune opération extérieure d'envergure ne soit possible sans l'appoint des réserves de l'Army et de la Garde nationale, donc sans une participation significative et un assentiment de la population. Dans la culture politique américaine, le gouvernement est fréquemment accusé de ne pas tout faire pour épargner les vies des individus qui se battent pour l'Etat. Si les intérêts vitaux du pays ne sont pas en jeu, la mort au combat d'un seul soldat est une faute grave des pouvoirs publics. Plus l'intérêt national est engagé, plus le dogme du "zéro-mort" se relâche : les Américains n’exigent pas des opérations "zéro mort", mais refusent de "gaspiller" la vie de leurs soldats dans des opérations qui ont peu de chances de réussite ou dont les bénéfices ne sont pas clairs ». N'y voyez aucune allusion aux négociations brumeuses et longuettes sur l'Iran !

«  Un décalage croissant entre les pays occidentaux et les pays en guerre prêts à sacrifier des vies Il pourrait s'avérer illusoire de vouloir mener une "guerre sans pertes" qui mène à la capitulation de l'adversaire. Le risque est que l'on se résigne à ne pas affronter celui-ci directement, en ne frappant que ses arrières. Il y a là un problème culturel : la mort est moins tolérée dans nos sociétés que dans d'autres, or elle est consubstantielle à la guerre (merci l'islam, ndt). Si le premier souci des occidentaux, avant d'atteindre leurs buts de guerre, est de protéger la vie de leurs soldats, la menace d'utilisation de la force armée par ceux-ci sera de moins en moins efficace. Et cette situation est une porte ouverte au terrorisme. Si la mort de 18 rangers en Somalie a fait reculer les Etats-Unis, alors leurs ennemis savent comment faire battre en retraite la première puissance du monde : leur infliger des pertes importantes, ou les en menacer. Le souci du "zéro-mort" offre aux adversaires des Etats-Unis - incapables de gagner un combat conventionnel contre l'armée américaine - un moyen rapide, facile et peu coûteux de faire échouer la première puissance du monde et de limiter ses ambitions. En leur infligeant des pertes sur des terrains peu importants stratégiquement pour les Etats–Unis, ils peuvent espérer un résultat sans proportion avec leurs capacités militaires réelles (sic). 4/ Une distanciation par rapport au réel du combat : les combattants occidentaux deviennent plus vulnérables psychologiquement face aux conflits identitaires, asymétriques, et à leurs paroxysmes violents. Le soldat est inhibé dans le combat de proximité, et ses règles de déontologie et d'engagement se heurtent au chaos extrême des situations et à la logique d'efficacité morbide des combattants locaux, davantage préparés à mourir pour une cause. Ainsi, les adversaires peuvent utiliser une stratégie reposant sur l'asymétrie de la situation, en utilisant les freins culturels occidentaux pour engager des stratégies de contournement, de dispersion, d'esquive, de guerre parallèle, et faire atteindre le seuil de renoncement et d'"insupportabilité" morale aux intervenants militaires occidentaux ». N'y voyez pas non plus une quelconque allusion aux négociations brumeuses !

« Et la professionnalisation des armées est, quelque part, un effet de cette frilosité des États dominants et vieillissants. On ne va pas lever l’impôt du sang si la nation n’est pas directement menacée.  L’homme n’est plus la matière première, la denrée consommable de la guerre. Aujourd’hui, dans les armées occidentales, il n’est d’ailleurs pas étonnant que l’on améliore sans cesse le continuum de la chaîne des services de santé, afin de maximiser la survie des blessés. Mais si personne ne se plaindra de ce souci de réduire les pertes humaines – en principe cela apparaît comme l’un des objectifs des chefs militaires occidentaux ces dernières décennies –, l’impuissance virtuelle ou relative face au désordre des conflits identitaires ou asymétriques est posée. Le slogan du « zéro-mort » devient alors l’outil de légitimation relative dans cette recherche d’une adhésion des populations au principe d’intervention militaire »2.

LE POPULISME NE SIGNIFIE PAS UNE AVANCEE VERS LA GUERRE : 

Toute la politique affichée comme anti-guerre par Trump ne vérifie-t-elle pas cette autre analyse lumineuse du CCI :

« Pour commencer, nous ne pensons pas que le populisme soit le produit de l’expression d’une claire course vers la guerre de la classe dominante des principaux pays capitalistes. Il s’agit certainement du produit d’un nationalisme aggravé et du militarisme, de la violence nihiliste et du racisme qui émanent de la décomposition de ce système. En ce sens, bien sûr, il a beaucoup de similitudes avec le fascisme des années 1930. Mais le fascisme était le produit d’une véritable contre-révolution, une défaite historique de la classe ouvrière, et il exprimait directement la capacité de la classe dominante à mobiliser le prolétariat pour une nouvelle guerre impérialiste à l’échelle mondiale. D’un autre côté, le populisme est le résultat du blocage entre les classes, lequel implique une absence de perspective non seulement pour une partie de la classe ouvrière, mais aussi pour la bourgeoisie elle-même. Il exprime une perte de contrôle de plus en plus importante de la bourgeoisie sur son appareil politique, une fragmentation grandissante à la fois au sein de chaque État national et au niveau des relations internationales3

« L’idée même de guerre prend en Occident de nouvelles valeurs, davantage limitatives, dans l’action, dans l’emploi de la violence. La difficulté à saisir, dans le passé, l’intraduisible de l’apocalypse nucléaire est rejointe aujourd’hui par celle d’appréhender et de répondre aux violences identitaires jouant hors des règles guerrières classiques, hors des normes.Trois facteurs principaux vont influer sur la perception des risques et leur traitement par les puissances postindustrielles, définies ici comme faisant partie de l’espace euro-atlantique.

Primo, la mise en évidence des opérations de gestion de crises, de maintien de la paix et d’interventions inframilitaires, qui deviennent avant tout des missions multinationales et interarmées, où le caractère collectif domine le devant de la scène, dans les limites subtiles de la juxtaposition nationale des choix politiques et du contrôle d’emploi des forces (pauvre Trump en déclin narcissique, JLR) Les nouvelles nécessités d’intervention, la dépendance extrême à des paramètres non strictement militaires et les limites propres à cette forme d’engagement vont bouleverser la manière de gérer le risque ».

Secundo, le jeu d’ascenseur qui implique que, dans cet après-guerre froide, « le plus grand engagement politique existe pour la menace la moins probable et l’engagement le plus faible pour la menace la plus probable » , fait que l’article V de défense territoriale des alliances n’est plus l’expression première de la gesticulation militaire. Ce constat va provoquer également une révolution des esprits, toujours en cours aujourd’hui, allant du mental du militaire-citoyen européen aux valeurs à défendre et à faire partager, la question d’un nouveau Concept stratégique pour l’UE devenant l’un des objectifs centraux.

Les conflits identitaires et les haines irrédentistes, nationalistes et fondamentalistes bousculent l’image de la guerre, déstabilisent le militaire européen projeté dans un autre monde. Les missions de Petersberg vont alors devenir extraordinairement complexes à mener, et les enjeux à démêler.

Tertio, la mise en évidence des nouvelles technologies – allant des senseurs multidirectionnels aux capacités de tir à distance, des tentatives de maîtrise de l’espace-temps au contrôle informationnel – fait que, inéluctablement, par effet miroir, par jeu d’imitation ou définition collective des besoins d’équipements, les États membres de l’UE pourraient s’accrocher, avec retard, à la Révolution américaine des affaires militaires, concept encore flou à entrées multiples. Derrière l’Initiative sur les capacités de défense (ICD) de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN), le processus de planification et d’examen (PARP) ou la définition des besoins collectifs de l’headline goal de l’UE, ne trouvons-nous pas de nouvelles interrogations sur le comportement du soldat dans la gestion des crises ? Ne peut-on voir dans le choix des systèmes d’armes une nouvelle conception des guerres non territoriales ?

Ces trois éléments que sont une surreprésentation des interventions hors zone, parallèlement à une survisibilité des outils de haute technologie, le tout dans un champ opératoire non stratégiquement vital, vont ainsi jouer un rôle dans la manœuvre des politiques, des stratèges et des militaires, lors du processus de décision et d’intervention dans le cadre des missions de gestion de crises.

Mais aux nouvelles capacités politiques, techniques, juridiques et militaires dans la projection vont s’adjoindre maintes contraintes, quelques pièges insidieux ».


à suivre, et je risque d'être très long...



NOTES

1 Le concept de zéro mort : Concept de zéro mort - 2005

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