"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

lundi 5 septembre 2022

COMMENT SE DIFFUSAIENT LES IDEES SOCIALISTES NAGUERE ?

 

Par Georges Haupt (Emigration et diffusion des idées socialistes, l'exemple d'Anna Kuliscioff, 1978)

« Nous nous battons contre Franco mais nous nous battons aussi contre Moscou... si tu te fais enrôler dans la Brigada, faudra pas les laisser se battre contre nous. Ils voudraient instaurer la dictature de la police secrète, tout comme a fait Franco. Nous avons à nous battre sur deux fronts pour protéger notre révolution ».

John Dos Passos (in Libertad de Dan Franck, livre de poche en 2004, fabuleux ouvrage que tout jeune révolutionnaire devrait avoir lu pour comprendre les années trente)

« La musique était destinée à remplacer la religion »

Peter Townshend (compositeur du groupe The who)

Introduction :

L'anticapitalisme woke et l'immigrationnisme des islamo-gauchistes s'assoient évidemment sur toute réelle conception communiste pour changer le monde, sous le discours patelin et simpliste d'un Mélenchon racoleur d'étudiants bobos avec sa « créolisation » d'un marxisme de bistroquet. Remarquons au passage que notre picrocholin milieu maximaliste répugne à user du vocable islamo-gauchiste ; par peur de reprendre un concept qui serait d'extrême droite ? Ou pour ne pas s'attirer l'ire de leurs rivaux gauchistes ?

On s'en fout. Chaque jour ces cuistres valident eux-mêmes ce qualificatif. Pour le prouver qu'il me suffise d'évoquer la non expulsion rocambolesque du curé musulman Iqioussen. Nos gauchistes vedettes ne soutiennent bien sûr pas les crimes terroristes (peut-être en privé comme hier leurs pères soutenaient les attentats du FLN). Non il y va de la subtilité électoraliste, et sous couvert présumé d'une présumée solidarité internationaliste. Membre du cartel mélenchonien, David Guiraud dénigra quant à lui cette décision du Conseil d'État, qui «contredit» celle du tribunal administratif, et «ouvre grand la porte aux expulsions arbitraires». Le 31 juillet, cet élu LFI publiait un communiqué estimant que cette expulsion équivalait à «imposer la double peine en France», dénonçant des «décisions arbitraires et antidémocratiques» et des «procédures douteuses» qui mettraient en danger l'État de droit. Les déclarations de cet élu provincial loin de la clique du gourou, a entraîné une rectification aussi confuse d'un bras droit du gourou sur le mode personnel qu'affecte désormais toutes les sectes politiques bourgeoises : ««Je ne soutiens pas les idées de M. Iquioussen, a-t-il assuré. Mais même le pire des individus dans notre pays est un sujet de droit.» Précisant son propos, Alexis Corbière a déclaré que, «quand il tient des propos (homophobes, etc.) [Iquioussen] devrait être condamné par la loi française».

Selon l'Insoumis, la procédure lancée contre l'imam est «une mise en scène politique». «La justice a été inexistante, insignifiante, il n'a jamais été condamné, mais d'un seul coup, pour des popos tenus dix ans auparavant, on organise [son expulsion]», a-t-il estimé, pointant du doigt la décision du ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin. 

La mise en scène est des deux côtés, mais le soutien critique est tout à fait la manière islamo-gauchiste, clin d'oeil évidemment aux nombreux électeurs musulmans créchant dans les « territoires perdus de la République ». Les plus minables restent les rigolos du NPA qui se sont joints à la ridicule manif contre l'expulsion du curé musulman, au demeurant propagateur de haine depuis belle lurette.

Cet aparté fait, il me faut prolonger ici cette caricature de solidarité « internationaliste », au nom de cet étrange « état de droit » bourgeois, pour répéter mon souci depuis longtemps : l'immigration n'est plus un vecteur de socialisme et ne l'a pas souvent été aussi, comme le rappelle Haupt. Il s'agit plus aujourd'hui qu'hier d'une fuite massive de populations face à la misère et aux guerres, et de populations qui ne sont plus blanches ni chrétiennes, avec une culture et des modes de vie différents : rien en soi de scandaleux sauf que le blocage de la décadence capitaliste fige toute modernisation de ces populations (terme que je préfère à intégration). Un exemple montre la bizarrerie et l'incongruité d'une équipe de foot constituée uniquement de joueurs noirs ; ce simple constat peut me valoir l'accusation de racisme par Sardine Ruisseau (et je l'emmerde) ; ce qui fait que malgré la suppression imbécile du mot race dans la constitution par Hollande, le racisme a plus encore le vent en poupe, comme le machisme avec la prétendue parité féministe... Sans oublier la dimension de scandale sexuel (inévitable pour des hommes privés de femmes) que la gauche bobo fait mine d'oublier, comme l'affaire Rochdale en Angleterre et les agressions sexuelles à Cologne en 2015 ; sans oublier les attentats de masse non commis par des danois. 

La question de l'immigration, désormais quotidiennement  liée à l'idéologie islamiste, est devenue une lourde question, qui dépasse les clichés d'antan et sert plus à faire peur et à réclamer une meilleure « sécurité » de la part de l'Etat bourgeois ; il faut être cons comme les électeurs des Nupes pour dénoncer le vote d'extrême droite des ouvriers peu sensibles à cet internationalisme transportant violeurs et futurs assistés sociaux. Par ailleurs, la grande majorité honnête qui peuple nos cuisines de restaurant, garages et chantiers du bâtiment, ne parleront jamais notre langue, restent quelques mois et retournent au pays sans même avoir fait jamais grève contrairement aux fabuleux ouvriers italiens et polonais d'avant guerre. De plus, en majorité ils restent porteurs de l'idéologie islamiste (grand bien leur fasse) mais ce mode de vie, obligeant les femmes à se voiler et à subir des règles alimentaires arriérées, n'est pas de nature à homogénéiser le prolétariat moderne dans toute sa diversité. Avec l'apparition du christianisme on pouvait tous manger à la même table... Enfin aucun média ne pose la question qui tue: pourquoi cette épidémie de terrorisme "individuel", qu'est-ce qui explique que ducon croyant décide de lui-même (donc même hors de sa secte religieuse) de tuer pour "venger" irrationnellement le prophète? (cf. concernant la petite Mila et Rushdie, dont on n'entend plus parler ni ne s'inquiète sur son état de santé): la connerie pure ou l'individualisme tueur exacerbé par la pourriture de l'esprit capitaliste? Cet individualisme qui m'assure que j'ai tous les droits même de tuer mon prochain? 

Les bourgeois bobos sont les plus cyniques, plus des ennemis du genre humain que l'extrême droite dérisoire, ils ne sont pas gênés dans leur sommeil que tant de personnes, journalistes ou personnes ordinaires doivent vivre en permanence sous protection policière. Ces fascistes de gauche pensent même que c'est bien fait, c'est de leur faute pour avoir "blasphémé" (obsession sémantique de l'arriération religeuse) et que cela reste du domaine des faits divers! De même ils font table rase, oubli facile, des massacres successifs, Charlie, Nice, Samuel Paty... La persécution généralisée sur internet avec menaces de mort systématiques, comme le pullulement de sites escrocs, ne gêne ni la police ni l'Etat qui ne font rien alors qu'il suffirait de fermer internet ou de bloquer tout connard islamiste ou non par des moyens sophistiqués qui restent réservés à notre flicage généralisé (comme par exemple le projet de nous placer une puce électronique sous la peau, chose inimaginable même pour Orwell).

On oublie de souligner enfin que c'est l'Etat bourgeois qui encourage l'officialisation de cette religion de haine (qui s'appuie sur l'individualisme bourgeois) bien plus efficace pour diviser les ouvriers que la CGT.

Sauf les bobos, personne ne se voile les yeux sur la place prise par l'idéologie islamiste en banlieue qui même si elle est « comprise » par la CGT et les démagogues de LFI, enfonce un coin dans le dos du prolétariat. Il ne faut surtout pas dénoncer cette idéologie de haine et de communautarisme réactionnaire pour échapper à l'invention terroriste du terme islamophobie.

Or, tout le mouvement ouvrier, à des degrés divers, depuis deux siècles s'est battu, un temps aux côtés des républicains, pour la destruction de tout Etat religieux ou Etat qui soutient les religions, comme celui de Macron, celui de Mélenchon et celui de tous les Etats terroristes dirigés par l'islam politique. Vu la domination de cet islam sur des millions d'hommes avec la soumission de leurs femmes, on n'est pas près de voir une révolution prolétarienne ou révolution tout court ; sans oublier l'inertie nationaliste du prolétariat russe.

Mais revenons à l'immigration à proprement parler. Elle n'est plus une migration au sens d'émigration du XIXème au début du XXème siècle, encore moins porteuse de l'idée socialiste ou communiste. De plus elle est totalement instrumentalisée par les Etats impérialistes, à plusieurs niveaux que je n'ai pas le temps de sérier ici. Un texte vient de nous être rendu accessible : La gauche communiste en Turquie dans les années 1920, encore traduit par notre infatigable Jean-Pierre Laffitte (je le communique à quiconque en fait la demande. Il montre comment ces militants turcs ont été intraitables contre l'islam, et en quoi cette idéologie est anticommuniste et devra être détruite avec son support capitaliste. Revenons à l'immigration internationaliste pour mesurer ce qui a été perdu.

EMIGRATION ET DIFFUSION DES IDEES SOCIALISTES

Paradoxalement, Anna Kuliscioff est en quelque sorte le prototype d’une époque et d’une génération de militants socialistes. Elle a milité en Russie puis en Italie à une époque cruciale pour l’histoire du socialisme, celle du passage de la Ière à la IIème Internationale. Le mouvement socialiste connaît une croissance et une extension accélérées. Il pénètre et prend pied dans tous les pays européens indépendamment du degré de développement industriel. Il s’uniformise également : les formes modernes qu’il revêt – parti et syndicats – se généralisent dans les années 1880, en un bref laps de temps. Le mouvement socialiste devient enfin plus homogène sur le plan idéologique : le marxisme conquiert une place hégémonique dans la IIème Internationale.

Le rôle et le poids de la génération socialiste qui émerge dans le sillage du séisme provoqué par la Commune de Paris, sont primordiaux dans ce processus. C’est dans ses rangs que vont se recruter jusqu’en 1914, les pionniers des mouvements socialistes, les fondateurs des partis ouvriers, leurs dirigeants et leurs cadres prestigieux. Or, à l’époque héroïque des années 1870-90, la liste des militants actifs à divers échelons dans les mouvements ouvriers de pays dont ils n’étaient pas originaires, est relativement importante, même s’il s’agit d’une minorité. Le problème ne réside pas dans le nombre. C’est le phénomène en soi qui est significatif. A cet égard, l’exemple d’Anna Kuliscioff rappelle opportunément aux historiens, l’existence de dimensions mal connues et pourtant non négligeables du mouvement ouvrier. Ainsi celle qui s’inscrit dans la problématique de la géographie du socialisme et qui pose la question des mécanismes de diffusion des idées socialistes sur le plan international, de ses centres de propagation, des moyens et des formes, donc des vecteurs des idées.

La diffusion des idées socialistes dans la seconde moitié du 19ème siècle s’effectue de manières variées. La forme et le contenu que revêt l’influence exercée, son mode de propagation et son intensité sont largement conditionnés par les données spécifiques des pays d’implantation, par le terrain social sur lequel elle agit. Ce qui n’exclut pas, surtout dans la phase initiale du mouvement, l’existence de foyers communs de propagation, de tout un système de circulation des idées socialistes, grâce à l’action de vrais agents de dissémination. Ce sujet est délicat, certes. Il a été largement exploité, déformé, dévalorisé même, après la Commune de Paris, par les adversaires de la Ière Internationale. Les autorités mettent la circulation des idées socialistes sur le compte d’une conspiration fomentée par l’Internationale. La chasse aux « agitateurs » bat son plein à travers toute l’Europe. A l’aide de fausses révélations, la presse alimente une campagne d’intoxication et forge des légendes tenaces. La police chargée de surveiller et de neutraliser les « agissements » de l’Internationale s’auto-intoxique par ses propres préjugés. De telle sorte que l’enregistrement policier du phénomène de propagation des idées socialistes et son interprétation deviennent une source de contresens des actions dues au hasard ou l’activité isolée des militants apparaissent à la lumière des rapports de police comme autant de maillons d’un vaste réseau de propagande et de menées subversives orchestrées et exécutées selon un plan concerté.

Tout au contraire, la diffusion des idées socialistes à l’époque est essentiellement un phénomène spontané. On peut néanmoins localiser trois foyers de propagation plus ou moins en rapport avec l’activité de l’Internationale : Paris, la Suisse, l’Allemagne. Paris est le creuset traditionnel des idées révolutionnaires, lieu privilégié de la formation des militants venus de tous les horizons ; la Suisse est le carrefour central, lieu de refuge et de contacts ; enfin, l’Allemagne devient le centre d’irradiation où une social-démocratie puissante connaît un rayonnement unique dans le mouvement international.

Comment les idées socialistes se diffusent-elles ? Qui les véhicule ? L’agent propagateur international le plus visible dans la phase initiale du mouvement socialiste est l’étudiant – catégorie à laquelle appartient Anna Kuliscioff – qui se rend dans les universités étrangères, à Genève, à Zurich, à Bruxelles, à Paris, à Montpellier ou à Berlin. Il y entre en contact avec les idées socialistes, fréquente le milieu socialiste, se familiarise avec la pratique du mouvement ouvrier. C’est surtout dans les pays économiquement retardés ou parmi les nationalités opprimées que les étudiants jouent un rôle actif de premier plan tout au long du 19ème siècle dans le mouvement révolutionnaire et, en prolongement, dans les mouvements socialistes naissants. Les pionniers et même les premiers dirigeants des mouvements socialistes de Pologne, de Roumanie, de Serbie, de Bulgarie se recrutent souvent parmi les étudiants qui ont fréquenté les universités étrangères. On rencontre aussi le phénomène inverse : les étudiants originaires d’un pays où le mouvement ouvrier est déjà développé déploient une activité théorique ou de propagande à l’étranger dans le cadre du mouvement socialiste qui se cristallise.
Mais l’activité des étudiants n’est que l’aspect apparent ou même l’image accréditée d’un phénomène beaucoup plus ample et souvent souterrain. Il s’agit en premier lieu de l’action déployée par deux catégories distinctes de porteurs d’idées, dont le rôle a été plus considérable qu’on ne le pense généralement : les exilés politiques et les ouvriers migrants. Ce sont les personnages familiers d’un siècle où l’absence d’entraves et de restrictions à l’entrée et à l’installation facilite la circulation dans la plupart des pays européens, l’exercice du métier restant libre. C’est aussi une époque où la répression politique, les persécutions policières accrues après la Commune de Paris, les lois d’exception contre les socialistes augmentent sans cesse le nombre des exilés politiques. Officiellement, les proscrits ne se chiffrent que par quelques milliers car seule une minorité d’entre eux se déclarent ou s’enregistrent comme réfugiés politiques ; la plupart n’en voient ni la nécessité ni l’opportunité.

Les exilés politiques sont au 19ème siècle les vecteurs classiques des idées révolutionnaires, à travers l’Europe et outre-mer ; ils restent en général d’une grande mobilité et d’une grande disponibilité à l’action partout où ils trouvent un asile, temporaire ou permanent. La dynamique de la diffusion des idées socialistes s’inscrit toujours dans le schéma classique d’un mouvement à double sens : d’une part, les réfugiés politiques diffusent leurs convictions dans les pays d’accueil ; d’autre part, ceux qui rentrent d’un exil forcé ou volontaire importent les idées et les expériences avec lesquelles ils se sont familiarisées. Les proscrits de la Commune, les militants socialistes allemands expulsés ou contraints de quitter leurs pays du fait des lois d’exception de Bismarck, les émigrés polonais et russes sont souvent des propagandistes actifs et se situent même à l’origine de la pénétration des idées socialistes dans les pays d’accueil.

Les révolutionnaires russes exilés, dont fait partie Anna Kuliscioff, occupent une place de choix pour une double raison : d’abord, l’étranger n’est pas pour eux simplement un lieu de refuge ; il est le cadre même de leur activité militante. C’est à l’étranger qu’ils créent leurs cercles, leurs organisations, aménagent leurs typographies, publient leur presse et leur littérature révolutionnaire (3). Ensuite, ils tentent de créer à travers toute l’Europe un vaste réseau de communication entre leurs divers centres à l’étranger et en Russie même. Or la nature même de leur activité les conduit à nouer des contacts multiples et à collaborer avec des socialistes de nombreux pays. Les révolutionnaires russes bénéficient de l’aide de leurs camarades étrangers qui leur servent de couverture, de boite aux lettres et même d’agents pour la contrebande de la littérature clandestine destinée à la Russie . C’est une des raisons pour lesquelles le révolutionnaire russe ne vit pas en vase clos à l’étranger mais prend une part active à la vie des organisations ou aux actions des mouvements du pays d’accueil. A travers toute l’Europe, de Londres à Jassy, ces Russes sont imbriqués dans les mouvements socialistes ou anarchistes. Lors de son séjour italien, Stepnjak-Kravčinskij – un des héros de la jeune Anna Kuliscioff – participe aux côtés de Malatesta à certains exploits anarchistes, notamment l’aventure de Beneventura ; à Londres, quelques années plus tard, il milite aux côtés de William Morris dans la Socialist League. Ou bien encore l’étonnant N.K. Sudzilovskij, alias Docteur Russel, dont on retrouve la trace dans le monde entier. Anna Kuliscioff a dû le connaître à Zurich en 1873 où il déploie son activité ; c’est en liaison avec Sudzilovskij qu’elle accomplira trois ans plus tard une mission qui consiste à faire passer clandestinement une typographie, obtenue en Suisse, en Russie du Sud. Entre 1875 et 1881, Russell-Sudzilovskij est en effet le principal organisateur du passage clandestin des révolutionnaires et de la littérature révolutionnaire russe à travers la frontière roumaine ; il devient aussi l’un des pionniers du socialisme dans ce pays de refuge temporaire. Expulsé de Roumanie en 1881, il sera bientôt éconduit aussi de Bulgarie pour ses menées subversives. Lev Dejč, le camarade d’Anna Kuliscioff, le retrouva en 1895 à Hawaï comme vice-président du sénat ; après l’annexion de l’île par les Etats-Unis, il se rend à San Francisco, puis en 1904 au Japon pour y déployer une vaste activité de propagande révolutionnaire parmi les prisonniers de guerre russes ; devenu conseiller de Sun Yat Sen, il joue un rôle actif dans la révolution chinoise de 1911.

Le rôle de ferment des exilés russes dans les Balkans est particulièrement frappant. En Roumanie, par exemple, les colonies révolutionnaires russes créées entre 1876 et 1881, vont regrouper les premiers éléments du socialisme roumain. Un de ces exilés russes, Konstantin Abramovič Katz, originaire d’Ekaterinoslav, devient sous le nom de Constantin Dobrogeanu-Gherea le pionnier et le théoricien le plus écouté du socialisme roumain. Le parallèle entre son passé révolutionnaire et celui d’Anna Kuliscioff est révélateur ; en outre, leur action dans le mouvement révolutionnaire russe dut s’entre croiser à plusieurs reprises.
Si l’on s’en tient aux seuls révolutionnaires russes qu’a connus Anna Kuliscioff, nous pouvons citer en France l’action de P. Lavrov dont 1’influence sur des socialistes français tels que Lucien Herr ou Jean Jaurès est notable. Après le tournant du siècle, c’est un autre immigré de Russie, Charles Rappoport, qui va jouer un rôle important dans le socialisme français, notamment pour la propagation du marxisme. Même dans un parti structuré, puissant, solidement implanté comme le SPD, le rôle des militants originaires de l’étranger, notamment de Russie et de Pologne, est considérable. Citons parmi les figures de premier plan, Parvus et Rosa Luxembourg (sans parler des K. Kautsky, A. Braun, R. Hilferding venus d’Autriche).

Bref, en tant qu’individus ou en groupe, de manière spontanée ou sous forme organisée, ponctuelle ou permanente, au gré du hasard ou en fonction d’un choix conscient, les émigrés, russes ou non, représentent à l’époque de la IIème Internationale un élément dynamique de circulation des idées. Ils sont surtout de précieux agents de liaison ou de communication. Même ceux qui s’établissent définitivement à l’étranger et jouent à différents niveaux un rôle dans le mouvement ouvrier du pays d’accueil, restent étroitement liés au mouvement de leur pays d’origine et témoignent d’une sensibilité particulière aux dimensions internationales du mouvement.
La biographie d’Anna Kuliscioff fournit l’illustration éclatante de l’action des deux catégories de vecteurs des idées socialistes sur le plan international : les étudiants et les exilés politiques. Privilégier son exemple comporte néanmoins un inconvénient majeur susceptible de rétrécir le contexte historique dans la mesure où reste reléguée dans l’ombre l’action d’un troisième groupe d’agents de propagation. Il s’agit du courant des immigrations ouvrières, infiniment plus ample, fondamentalement différent de nature, mais aussi plus complexe dans ses implications multiples.
Les migrations ouvrières deviennent à partir des années 70 un phénomène de masse, s’inscrivant dans un vaste mouvement de population déclenché par le développement du capitalisme, mouvement d’exode rural et interurbain qui se déroule ou se prolonge à la fois sur plusieurs plans, national, intereuropéen et intercontinental. Dans les dernières décennies du 19ème siècle, nous sommes en présence en Europe d’une sorte de population « nomade », nombreuse, hétérogène par sa composition socio-professionnelle et nationale, par ses motivations, ses aspirations et surtout par ses aboutissements.

Y a-t-il un rapport entre l’extension et l’homogénéisation du mouvement ouvrier international à la fin du 19ème siècle et le mouvement de migration de masse, ou bien s’agit-il d’une simple concomitance ? Du côté de la police dont les archives nous servent de source primaire, la réponse est si évidente qu’elle en devient suspecte. Le phénomène migratoire est perçu comme un danger de contamination des ouvriers autochtones, comme un bouillon de culture de la subversion : séparer le bon grain de l’ivraie est l’objectif visé. Le mythe des ouvriers migrants étrangers, agents de propagande des idées subversives, trouve son expression la plus accomplie dans les dossiers de police. En l’occurrence, ces archives sont souvent des pièges car la police opère avec des stéréotypes, « anarchistes », des concepts passe-partout, « agitateurs, meneurs », avec des obsessions, « la conjuration internationale », des préjugés contre des individus doublement suspects en tant qu’étrangers et en tant qu’ouvriers. Ainsi les ouvriers fournissent la plus grande partie du contingent d’étrangers expulsés de France en tant qu’anarchistes entre 1894 et 1906. Par nationalités, ce sont les Italiens qui viennent de loin au premier rang. Sur les 1 624 personnes de diverses nationalités qui figurent sur les états signalétiques des « anarchistes » étrangers expulsés de France [9] il y a 959 Italiens. On compte parmi les Italiens expulsés 726 ouvriers, 140 sans profession, 11 professions libérales, 82 agriculteurs. Sur les 726 ouvriers, ceux du bâtiment, au nombre de 93 dominent .

Les renseignements biographiques sur les ouvriers étrangers expulsés de France ou surveillés sont, d’une manière générale, lacunaires dans les fichiers de la police. Les données qu’elle a pu recueillir en ce milieu fermé et muet sont très succinctes, donc insuffisantes et inexactes. L’action politique des ouvriers étrangers est aussi beaucoup plus cachée et plus complexe que celle des migrants. L’exemple cité des ouvriers expulsés de France en tant qu’« anarchistes » n’a qu’une valeur indicative. L’ouvrier migrant, par sa place dans la production, par son expérience, est certainement un agent propagateur non négligeable pour l’époque. Mais à quel degré ? Pour certains contemporains de la grande dépression des années 1873-1895, l’émigration ouvrière constitue un aspect organique de la problématique de la diffusion et de l’internationalisation du socialisme.

Ainsi, Leone Capri, le premier à étudier le phénomène migratoire en Italie, soutient-il à propos des conséquences possibles de cette hémorragie : « On ne saurait nier que l’émigration est une partie et peut-être pas la moins menaçante du grand problème du socialisme. Tout ce qu’on fait pour atténuer ce phénomène et le rendre bénin revient en même temps à conjurer les dangers du socialisme et de l’internationalisme ‘come ora vengono intensi dalle classi sofferenti’ ». Ces lignes sont révélatrices de l’état d’esprit des classes possédantes à l’époque de la grande dépression. La montée rapide du mouvement ouvrier, l’augmentation de son degré d’organisation, son caractère internationaliste marqué, alimentent la crainte face à la libre circulation de la main-d’oeuvre. Car, comme le constate l’éditorialiste du Matin à l’occasion de la célébration simultanée dans toute l’Europe, du 1er mai (1890) : « Le danger, c’est l’établissement d’une grande nation nouvelle, d’une nation sans nom et sans carte géographique, la nation de ceux qui ne possèdent pas en face de ceux qui possèdent. (…) C’est l’ordre qui est désormais la plus grande force du socialisme » (8). Et dans cette « nation nouvelle des exploités », l’ouvrier migrant semble jouer un rôle important de liaison et d’internationalisation. En réalité, nos connaissances sur les migrations ouvrières intereuropéennes sont fort limitées. La stratégie de recherche esquissée par Ernesto Ragionieri dès 1962 reste encore une incitation peu comprise et peu suivie. Pourtant l’intérêt des questions qu’il a posées ne se pas au mouvement ouvrier italien. Elles sont également fondamentales pour l’histoire du mouvement ouvrier dans ses dimensions globales, internationales. Or, sans une connaissance approfondie du phénomène complexe des migrations ouvrières qui affecte profondément la naissance et le développement des classes ouvrières avant 1914, nous ne pouvons que formuler quelques hypothèses ou plus précisément consigner quelques observations.

A partir des années 1880, les migrations ouvrières intereuropéennes s’amplifient, changent de nature et de signification. Elles deviennent plus complexes et se diversifiant dans leurs effets culturels et politiques qui apparaissent aussi multiples et contradictoires que le sont les conséquences démographiques, économiques et sociales du phénomène migratoire. Leur pesanteur sur le mouvement ouvrier est indéniable. Les poser en termes de gains ou de pertes est fallacieux Si l’on en juge d’après les manifestations de xénophobie ouvrière qui se produisent à l’époque en France ou en Suisse et dont les victimes sont le plus souvent les migrants italiens, l’émigration ouvrière ne produit en dernière instance ni la radicalisation, ni le brassage, ni l’internationalisation redoutés ou escomptés par certains contemporains. Souvent l’afflux de la main-d’œuvre étrangère approfondit les vieilles concurrences et les animosités que ressentent les ouvriers des pays d’accueil. L’émigration prive fréquemment le mouvement ouvrier de ses éléments les plus radicaux, les plus dynamiques, vide les organisations ouvrières de leurs militants pendant la crise. D’autant plus que c’est parmi les ouvriers étrangers, italiens notamment, que se recrutent le plus facilement les briseurs de grève, ce qui se répercute immédiatement sur les relations entre les ouvriers immigrants et ceux du pays d’accueil.

Le flux de main-d’œuvre vers l’étranger s’apparente au cycle économique. Mais l’émigration des ouvriers professionnels n’est pas seulement une réponse au chômage ou à la menace qui pèse sur l’emploi. C’est aussi une attitude, une réponse à la pression exercée sur la profession, sur la qualification, par la mécanisation. C’est pour échapper à la fabrique et par attachement à son métier que l’ouvrier professionnel ou l’artisan choisit 1’exode. Les motivations des ouvriers non qualifiés sont apparemment plus simples. Dans leur grande majorité, ils sont poussés par la misère, le sous-développement ou le manque d’emploi. Démunis de toute qualification, ils sont prêts à accepter n’importe quel travail à n’importe quel prix. Voilà l’image stéréotypée. Mais il semble que dans cette grande masse d’un niveau culturel moins élevé, les motivations soient également plus complexes, plus difficiles à déceler. Quels que soient les motifs qui poussent l’ouvrier à s’exiler, la rupture qu’il est obligé d’opérer marque profondément son comportement, son attitude et ses dispositions vis-à-vis du pays d’accueil. Au départ, l’ouvrier émigré est potentiellement un rebelle. L’est-il encore à l’arrivée ? Et vice-versa, l’ouvrier passé par l’école du mouvement ouvrier à l’étranger ne sera-t-il pas porteur à son retour d’exigences et de valeurs nouvelles ? En d’autres termes : comment l’émigration contribue-t-elle au changement et à la transformation des mentalités ouvrières ? Question à double volet : qu’apportent-ils, que laissent-ils dans le pays d’accueil ? Que rapportent-ils, que ramènent-ils dans leur pays d’origine ?

Le mouvement de migration secrète sans aucun doute des agents de liaison du mouvement ouvrier, des propagateurs de la solidarité, des vecteurs de l’internationalisme, des diffuseurs d’une expérience, des messagers d’idées neuves dans des pays lointains et dans des milieux ouvriers isolés du mouvement qui se fortifie et grandit dans les pays industrialisés. Ce qu’on peut établir avec certitude, c’est que parmi la masse des ouvriers migrants une minorité active présente une caractéristique particulière : elle prend de l’importance en tant que disséminateur d’idées pour son pays d’origine, pour le pays d’accueil et même pour les deux. Les « exportateurs » d’idées les diffusent d’un pays où existe un mouvement ouvrier développé vers les pays d’accueil où le mouvement ouvrier est embryonnaire ou inexistant. Nous pouvons citer l’exemple de 1’ouvrier étranger, ferment, initiateur de grèves, de syndicats, dont l’action collective ou individuelle prépare le terrain pour la pénétration et 1’implantation du mouvement socialiste. Ainsi, les ouvriers belges dans le Nord de la France ont été souvent des animateurs de grèves, les organisateurs des syndicats. Ils y ont été les initiateurs du socialisme (10). Un rôle identique est souvent assumé par les ouvriers allemands, membres du SPD. Ils déploient une intense activité de propagande à l’étranger, sur le nouveau lieu de travail, en tant que groupe compact et même organisé (11) en Suisse, au Danemark, en Belgique dans les années 70-80 ou par l’action individuelle dans divers pays, notamment en Hongrie, en Autriche et même en Russie. Ils sont les porteurs de l’éducation socialiste ou syndicale, d’une expérience qu’ils cherchent à transmettre aux pays d’accueil.


Mais plus souvent, la diffusion des idées socialistes dans le milieu ouvrier est un phénomène d’« importation » et s’intègre dans un mouvement déjà ancien qui devient particulièrement frappant dans la seconde moitié du 19ème siècle. Il s’agit de l’action des compagnons, artisans, ouvriers professionnels d’Europe centrale qui, jusqu’au tournant du siècle, effectuent leur stage de qualification obligatoire à travers toute l’Europe. Lors de ces années de compagnonnage, de tour d’Europe, ils entrent en contact à l’étranger avec le mouvement ouvrier organisé et deviennent un des principaux véhicules de la communication à l’échelle européenne et même mondiale. La biographie de la première génération des militants et des dirigeants ouvriers en Autriche-Hongrie est révélatrice à cet égard (12). Un nombre considérable d’entre eux, pionniers du mouvement social-démocrate, se sont familiarisés avec les idées socialistes et y ont adhéré lors de leur séjour à l’étranger. Il s’agit surtout d’ouvriers qualifiés. Mais pas exclusivement. Ainsi la main-d’œuvre recrutée pour les travaux non-qualifiés ou saisonniers joue souvent le rôle d’initiatrice des actions ouvrières. Nombreux sont les cas où les ouvriers venus de l’étranger, avant tout d’Italie pour la construction de chemins de fer, sont le ferment de l’agitation et les premiers à révéler des notions telles que « mouvement ouvrier », « action ouvrière », sur des chantiers où est rassemblée une main-d’œuvre de terrassiers recrutée parmi les couches paysannes pauvres du pays.

Ainsi, là où la construction du chemin de fer ouvre aussi la voie à la pénétration du capitalisme, elle entraîne dans son sillage la résistance et la lutte ouvrières.
Le phénomène de transfert de masse des idées socialistes est aussi consécutif à l’émigration ouvrière dans le nouveau monde, en Amérique du Nord, en Amérique latine également ; la naissance du mouvement ouvrier et socialiste sur ce continent ainsi que ses avatars sont étroitement liés aux vagues consécutives d’émigration qui jouent un rôle primordial dans la mondialisation du socialisme. Dans ce processus, le rôle des émigrants italiens est considérable, surtout en Amérique latine. Ce que le mouvement ouvrier italien perd du fait de cette hémorragie est transfusé en partie outre-Atlantique. Ce ne sont pas des gouttes dans le désert, même si l’organisation syndicale, socialiste ou anarchiste créée par ces émigrants européens reste longtemps un îlot. Néanmoins, le rôle joué par les migrations ouvrières successives dans l’exportation et la transposition des idées socialistes ou anarcho-syndicalistes dans les deux Amériques ne permet pas de procéder à des généralisations. Méfions-nous de déductions tentantes appliquées au vieux continent. Malgré des caractéristiques communes, les phénomènes de migrations ouvrières intereuropéennes et intercontinentales ne sont pas analogues. Ni le terrain social, ou politique, ni le terrain culturel européens ne se prêtent au type de greffe qui se produit en Amérique latine. Le cas du Brésil ou de l’Argentine où les migrations ouvrières italiennes jouent un rôle considérable dans la naissance et le développement du mouvement ouvrier est intéressant à titre de comparaison mais n’est pas le prolongement ouvert, évident, d’un phénomène qui se serait également produit en Europe. Nous avons parlé brièvement des voies, des vecteurs de la circulation des idées ou simplement de l’information.

Mais quelles sont les conditions objectives d’une telle diffusion ? Quelle est la part de l’activité consciente, des actions coordonnées de propagation et de la solidarité internationale pratique ? Ou bien s’agit-il d’une action spontanée, d’un phénomène naturel qui découle du caractère même du mouvement ouvrier naissant à l’époque du passage de la Ière à la IIème Internationale et constitue un de ses traits significatifs ? Certes, la problématique exposée ici, les questions soulevées dépassent largement le destin individuel d’Anna Kuliscioff. Son exemple est néanmoins symptomatique dans la mesure où elle s’insère dans un phénomène complexe et flou englobant des composantes sociales fort différentes de nature et de conséquences.

ADDENDA (extraits)

La gauche communiste en Turquie dans les années 1920

 1920-1927 : l’aile gauche du Parti Communiste Turc

Le noyau avant le parti :

...Le militant le plus important de ce groupe était Cherif Manatov. Cherif Manatov était à l’origine un Bachkir et il avait participé au mouvement révolutionnaire en Russie. Il était arrivé à Constantinople en 1913 et il est parvenu à s’exprimer aisément en langue ottomane. En 1914, sa position contre la guerre l’a contraint à émigrer en Suisse où il a rencontré Lénine et est devenu ami avec lui.

(...) Pendant ce temps, des ailes gauches avaient été constituées dans les partis communistes des pays “musulmans” d’Orient aussi bien contre les éléments nationalistes et religieux non-marxistes, qui avaient été accepté et accueillis volontiers dans ces partis par le Komintern, que contre l’aile droite “national-communiste” qui gravitait autour de Sultan-Galiev. Les ailes gauches en Asie centrale étaient numériquement faibles et leur influence était limitée, mais elles étaient contre toutes les sortes de nationalisme, ne faisant aucun compromis, et elles ne cachaient pas non plus le fait qu’elles étaient de mortelles ennemies de la religion ».

"En fait, l’aile gauche du Parti Communiste Turc devenait chaque jour plus claire dans ce qu’elle disait et plus forte dans son travail militant. L’aspect le plus important était qu’un solide lien avait été formé entre la propagande et la pratique. Dans le tract intitulé : “Bas les masques”, le fait que la lutte de classe ne connaissait pas de nations était décrit de la manière suivante : « Camarades ouvriers ! Il y a une seule façon pour échapper à la misère et à l’esclavage dans lesquels nous vivons : développer la conscience de classe, mener la lutte de classe contre les capitalistes et le gouvernement bourgeois »… « Les capitalistes n’ont pas hésité à employer les combines et les pièges les plus méprisables pour vous maintenir dans votre état d’esclavage et de misère. L’un de ces pièges est la religion et la nationalité. La bourgeoisie a réussi à diviser les uns des autres les ouvriers dont les intérêts et les buts sont les mêmes dans tous les pays et à les faire se massacrer mutuellement, en utilisant les armes de la religion et de la nationalité » et « Tous les ouvriers devraient comprendre parfaitement que leurs véritables ennemis sont les propriétaires d’usine, les patrons, les logeurs et les généraux, quelles que soient leur religion ou leur nationalité, et que c’est le gouvernement bourgeois qui protège toutes ces vampires ». Ce même tract ajoutait à propos des ouvriers grecs, contre lesquels a bourgeoisie turque essayait de créer de l’hostilité : « Exactement comme les ouvriers turcs, les ouvriers grecs ne sont pas libérés de la propagande que mène leur bourgeoisie sous le masque de la religion et de la nationalité. S’ils étaient libérés d’elle, ils comprendraient où leurs intérêts se situent, ils verraient quels sont leurs véritables amis et ennemis et ils attaqueraient leurs ennemis de toutes leurs forces !" 

mardi 23 août 2022

LE MYTHE DES ANNES FOLLES

 

Les piliers de la sté bourgeoise.

« Rien ne caractérise mieux le sérieux politique des années 20 que la disparition du vocable « idéal » utilisé jusque là avec plus ou moins de bonne foi par toutes les personnes nées au début du siècle ».

Günther Anders (George Grosz, p.39)


L 'exposition à Beaubourg « Allemagne années 20 : nouvelle objectivité » pour intéressante qu'elle est, est éclectique et surtout apolitique. Elle ne permet pas de comprendre vraiment de courant artistique qui se démarqua du dadaïsme et de l'expressionnisme. Pour en comprendre l'originalité et la « froideur », esquissons une brève chronologie :


1914 : Première Guerre mondiale

1919 : échec de la révolution en Allemagne/ traité provisoire de Versailles

1920 : fondation du parti nazi

1921 : répression de Kronstadt/ occupation de la Ruhr

1922 : Staline devient secrétaire général du parti/ marche sur Rome de Mussolini

1923 : 2ème échec de la révolution en Allemagne/ occupation de la Ruhr par l'armée française

1924 : mort de Lénine/ Mein Kampf de Hitler

1925 : jusqu'à 1927 : tragédie de la révolution chinoise

1926 : bolchevisation des PC européens

1927:fin de la guerre civile en Chine et écrasement du mouvement communiste

1928 :fondation des frères musulmans en Egypte

1929 :krach économique mondial au mois d'octobre

La « folie joyeuse » des années 1920 prend un coup de vieux au simple énoncé du cataclysme politique un peu partout dans le monde, surtout en Europe avec l'isolement de la révolution en Russie puis sa lente désagrégation intérieure sous la férule stalinienne. En gros ce sont les débuts de la contre-révolution, laquelle va être renforcée par le krach boursier qui malgré quelques insurrections échouées mènera à la deuxième boucherie mondiale. Rien de très joyeux. Alors pourquoi l'historiographie et la sociologies bourgeoises entretiennent-ils le mythe d'années heureuses ?

Pour cacher et atténuer les conséquences de la guerre mondiale sur toute la société et voiler la nécessité impérieuse, de toutes façons, de la recommencer cette guerre ; ce que perçoivent confusément les artistes de la « nouvelle objectivité », basée sur un désenchantement du monde et une claire vision de sa décadence. Leurs productions sont froides et cyniques. Ils montrent que 'humain a disparu derrière la technique, que les ouvriers ne sont plus que des figurants, que la distraction n'est plus que pornographie.

Ils représentent d'abord des putes, caricaturées à l'excès, indirectement contre ce féminisme


bourgeois qui célèbre une émancipation des femmes par leur entrée massive dans le monde du travail, sans oublier les engagées volontaires comme infirmières au front. Singulière émancipation pour ces milliers de femmes veuves qui remplacent à l'usine leurs hommes décimés dans la boucherie des tranchées, où c'est bien plus de 200 morts par jour si on compare avec le conflit ukrainien actuel. Symbole de la volonté d'effacement de l'idéologie capitaliste, et ultra cynique, la « garçonne ». La disparition d'une masse considérable d'hommes laisse non seulement des millions de veuves éplorées mais on leur propose comme substitut cette ombre d'homme qu'est la femme au cheveux courts, qui se veut dérision de la carence en hommes, en même temps que soi-disant émancipation grâce à a cette coupe au carré.

Ces années révèlent une société qui tangue encore secouée par la vague révolutionnaire qui a bouleversé le monde depuis la fin des années 1910. Le combat pour toutes sortes de libertés (culturelle, artistique, sexuelle) ne s'avoue pas vaincu. La libération des femmes comme l'émancipation du prolétariat resteront pourtant des illusions perdues.

Paris aurait été l'épicentre de ces « joyeuses » années folles. Or si la petite bourgeoisie s'amuse, danse et copule, les banlieues ouvrières proches exsudent la misère ; la révolte ne va éclore que plus tard au cours des années 1930. On danse au quartier latin, à Montparnasse et à Montmartre, mais on danse... pour oublier provisoirement la boucherie et la disparition de millions d'hommes. Ce que comprennent certains. Comment cautériser les blessures de la Première Guerre mondiale, sinon par une exubérance nourrie de rythmes effrénés ? La victoire de la vie sur la mort était censée écarter le souvenir des charniers. Ces spasmes joyeux secouèrent les États-Unis (Roaring Twenties), la Grande-Bretagne (Happy Twenties), l’Allemagne (Goldene Zwanziger), pays dont les territoires ont été épargnés par une guerre qui s’est jouée essentiellement sur le sol français. Un vernis joyeux et une forme d’étourdissement – plutôt urbains et socialement marqués – qui ont masqué dans cette mythologie de l’après-guerre tant de deuils, de misères, de drames, de plaies, de traumatismes, de champs de ruines…

Une relecture de la diplomatie des Années folles peut conduire à d’autres conclusions quelques années plus tard face à de nouveaux dangers. La conscience de forces menaçantes existe déjà (en 1922, le fascisme est déjà au pouvoir en Italie, et, en Allemagne, le parti national-socialiste rencontre ses premiers succès) et ne peut être annihilée par quelques soirées dansantes. Comme joyeusetés il y a le développement d'un chômage de masse joint aux nombreux éclopés de 14-18.


Le dadaïsme avec Grosz et Otto Dix avait déjà dénoncé le militarisme de la bourgeoisie, dénonçant le chaos sociale de la nouvelle République. Aux côtés du courant « nouvelle objectivité » Grosz continue avec ses dessins glaçants à constater que des êtres humains ont été transformés en machines à tuer durant toute la guerre ; il montre les vétérans démobilisés, mutilés, réduits à la mendicité ! Joyeuses années 1920 ! Il désigne les nationalistes revanchards qui plastronnent.

Tout ce courant « nouvelle objectivité », dans ses tendances de droite comme de gauche, exhibe un être humain qui n'est plus qu'une chose parmi les autres choses, simple automate dans un environnement froid, sans aucun sentiment.C'est un sentiment de honte qui domine en Allemagne. Il faut dissimuler ses affects pour voiler ce sentiment de honte, jouer avec cet air d'indifférence. Excepté Grosz, Dix et Brecht, membres d'un parti communiste autrement décent que ce qu'allait devenir les partis stalinisés à la fin des années 1920, on arbore une société d'individus froids, alignés dans leur spécificité professionnelle, une panoplie de types sociaux : marchands, ouvriers, chômeurs, avocats, patrons bedonnants. Les regards sont distants et vides.

Les vies des ouvriers paraissent écrasées par l'absence d'horizon, même quand les familles ouvrières


pique-niquent c'est à l'ombre de murs d'immeubles laids. Peintures et photos tentent d'opposer une culture prolétarienne face à la nouvelle industrie du loisir.

EN ALLEMAGNE : LA NOUVELLE OBJECTIVITE SOUS WEIMAR

Avec l'écrasement des tentatives révolutionnaires qui visaient à se relier avec le bolchevisme au pouvoir, en 1918-1919, s'effondrent en Allemagne les aspirations humanistes sur lesquelles s'articulait le mouvement appelé « expressionniste ». Malgré les troubles politiques et l'inflation qui durent jusqu'en 1923, la bourgeoisie met en place ses corps administratifs de la nouvelle République allemande. Dans la désillusion, les velléités d'élaborer un « Homme nouveau » qui étaient inhérentes au courant artistique expressionniste deviennent alors caduques. Une autre époque s'ouvre où le pragmatisme est appelé à se substituer aux rêveries idéalistes pour affronter le désastre social et moral consécutif à la défaite, c'est « la nouvelle objectivité », froide et distante en apparence. Avec les échecs révolutionnaires successifs la petite bourgeoisie artistique oscille entre réaction et résignation, tentant de se réfugier dans l'abstraction.

Deux « ailes » sont à distinguer dans « la nouvelle objectivité ». À droite, « un conservatisme allant jusqu'au classicisme », prônant le dessin d'après nature et se référant à Michel-Ange, à Ingres. À gauche, un « néo-naturalisme » ayant intégré les formes héritées des avant-gardes antérieures, et qui cherche à lever le voile sur le « chaos » de l'époque, à en montrer la décadence.

Cette création artistique est malgré tout exubérante, créative dans sa démonstration de « l'objectivation » du monde, ce qu'on nommera bien plus tard, et après-guerre, aliénation. Elle nrest pas passive, elle est liée à la notion de Gebrauch (utilité) dans les domaines du théâtre, de la littérature et de la musique. Ses œuvres ont un caractère didactique sous leur froideur et avec leur aspect scandaleux (qui peut être assimilé aussi à une décadence). L'artiste privilégie l'exposition des faits sur l'exploration des sentiments, dans un style clair. Au théâtre, Piscator et Brecht introduisent un système narratif qui permet au spectateur d'analyser l'intrigue et de s'éveiller politiquement. La pièce de Piscator, dont Grosz a réalisé les décors (ses dessins remplacent parfois les acteurs) – Les aventures du brave soldat Sveik - a connu une énorme succès dans toute l'Allemagne.

La Neue Sachlichkeit - « Nouvelle Objectivité » - se démarque dans un contexte artistique où


l'expressionnisme et le dadaïsme règnent encore. Parallèlement, à la faveur des épisodes de crises politiques et économiques, une extrême-droite s'organise. Hitler qui prendra le pouvoir en janvier 1933. les nazis qualifieront ce courant d' Art dégénéré voire d'art judéo-bolchevique dégénéré, puis s'efforceront de l'annihiler, éliminant ses tenants, au nom de leur « art héroïque ».

La signification artistique et politique de ce mouvement, plutôt pessimiste et annonciateur d'une paralysie générale face au triomphe de la contre-révolution, n'apparaît pas suffisamment dans cette exposition trop hétéroclite, dispersée... qui trop embrasse...

Une chose est sûre, les années folles apparaissent par contre-coup comme une invention de la bourgeoisie jouisseuse française.


UN CONSEIL :Voir surtout la galerie d'affiches contre la guerre : https://wodka.over-blog.com/2019/05/die-neue-sachlichkeit-ou-la-peinture-au-temps-de-weimar.html





dimanche 21 août 2022

La Haute intensité de la marche à la troisième guerre mondiale sera-t-elle contrariée par une résurgence de la lutte de classe ?


Le jeu de cons de Poutine et Zelenski a au moins un aspect encourageant : cette guerre fratricide accélère crise économique et paupérisation du prolétariat. La conjonction de ces deux conséquences sera-t-elle suffisante pour nous mener à la révolution internationale ? A moins que la centrale de Zaporijia et le cataclysme climatique ne mettent tout le monde d'accord ?

Vers le conflit de « haute intensité » ? mais lequel ?

Le mardi 16 août sur LCI, en fin d'après-midi, un quarteron de journalistes discutaient avec un général d'aviation de l'alarme sonnée par... plusieurs généraux : « la France n'est pas en mesure de mener un conflit de « haute intensité ».

On apprenait que l'armée française manque de bateaux, d'avions, de canons, de matériel militaire divers, que le porte-avions De Gaulle fait figure de relique. Le tout avec le sourire et les élongations habituelles sur le méchant Poutine. N'y a-t-il pas eu un relâchement dans l'effort militaire depuis tant d'années : effectifs réduits, baisse de la production d'armement, etc.

Mais lorsqu'une journaliste plus courageuse que le général posa la question qui tue : « vous croyez qu'en France on est prêt à supporter 200 morts par jour comme en Ukraine ? Vous connaissez mal la jeunesse actuelle ».

De plus le général perdit sa faconde lorsqu'elle invoqua la complicité des politiques et l'obéissance de l'armée au moment des massacres au Rwanda. Il défendit l'honneur de « nos troupes » sans que la journaliste baisse la garde, alors que l'animateur de l'émission détournait déjà l'algarade en demandant : « c'est quoi une guerre de haute intensité » ?

Oh, comme en Ukraine répondit le général un peu troublé et plus aussi fair play. Question intensité Macron ne fut guère plus clair. Il avait dénoncé vendredi 19 août «l'attaque brutale» de la Russie en Ukraine et appelé les Français à «accepter de payer le prix de la liberté», alors que le conflit a déjà de lourdes conséquences économiques en Europe, et surtout sociales (silence sur les grèves en Belgique, Allemagne et Angleterre).

«Je pense à notre peuple auquel il faudra de la force d'âme pour regarder en face le temps qui vient, résister aux incertitudes, parfois à la facilité et à l'adversité et, unis, accepter de payer le prix de notre liberté et de nos valeurs», a lancé le chef de l'État lors d'une cérémonie pour le 78e anniversaire de la libération de Bormes-les-Mimosas (Var) le 17 août 1944.


Copie minable de l'alcoolique Churchill en 1940 : « « Je n'ai à offrir que Du sang, du labeur, des larmes et de la sueur » Face «cette guerre qui tonne à nos portes», Emmanuel Macron a salué la «résistance héroïque» du peuple ukrainien face aux «assauts terribles de l'armée russe et de ses supplétifs». «Oui, les fantômes de l'esprit de revanche, les violations flagrantes de la souveraineté des États, l'intolérable mépris des peuples, la volonté impérialiste ressurgissent du passé pour s'imposer dans le quotidien de notre Europe, de nos voisins, de nos amis», a-t-il martelé.

Les grèves en Belgique et en Angleterre ont poussé la bourgeoisie française à se montrer plus intelligente que ses consoeurs européennes

Le président avait déjà préparé les Français à une rentrée et un hiver difficiles, lors de son interview du 14 juillet, en raison des risques de pénuries d'énergie et de la flambée des prix induits par la guerre en Ukraine. Il avait alors accusé la Russie d'utiliser le gaz comme une «arme de guerre» en limitant ses livraisons en riposte aux lourdes sanctions européennes la visant et appelé à «rentrer collectivement dans une logique de sobriété» énergétique. Le géant gazier russe Gazprom a de nouveau annoncé vendredi une interruption de ses livraisons à l'Europe durant trois jours, pour des raisons de «maintenance», ravivant les craintes de pénurie en Europe et surtout les conséquences sociales.

La grève en extension au pays du Brexit est particulièrement exemplaire comme le montre l'article suivant de 20 minutes publié il y a trois jours. D'abord cette lente généralisation, encore limitée à un niveau national,  prouve que le prolétariat (ce géant endormi comme disait le CCI) est capable de se réveiller, et en tout cas de relever la tête. Deuxio cette classe ouvrière que l'on disait désarticulée à cause des désindustrialisations successives, montre sa capacité à agir par delà ses dimensions corporatives (qu'on disait funestes à toute lutte d'ensemble), avec la colonne vertébrale des services publics marchent du même pas aussi bien les manutentionnaires d'Amazone que les employés des réseaux téléphoniques (professions qu'on disait anéanties par l'individualisme). Troisio la bourgeoisie anglaise est clairement suicidaire si elle veut encore nous la jouer Thatcher !

Royaume-Uni : Une grève générale inédite qui « témoigne du malaise » de toute une population

Une grève massive et nationale du secteur public reprend dans toute l’Angleterre

Ce jeudi, les cheminots anglais sont en grève et devraient bientôt être rejoints par les employés des ports, les facteurs, les éboueurs et même le secteur public de la santé dans les semaines à venir.

  • Des salaires trop bas et une inflation qui dépasse les 10 % dans le pays sont à l’origine de ce mouvement qui est pourtant rarement et difficilement mis en place an Grande-Bretagne.

  • Avec une situation économique qui ne risque pas de s’améliorer cet hiver et l’élection d’un nouveau Premier ministre dans une quinzaine de jours, le mouvement pourrait se prolonger et provoquer une crise durable.

Ce jeudi, veille de l’avant-dernier week-end des vacances scolaires, seul un train sur cinq a circulé dans le pays. Une grève SNCF de plus en France ? Non, cette fois, c’est outre-Manche que cela se passe et c’est beaucoup plus exceptionnel que chez nous. Le Royaume-Uni connaît en effet son plus important mouvement de grève depuis des décennies. Vendredi, l’ensemble du réseau de transport de Londres sera quasi paralysé, tandis qu’un autre jour de grève des trains est prévu samedi. Dimanche, les dockers du port de Felixstowe (est de l’Angleterre) entameront une grève de huit jours.

Ils devraient être suivis par les postiers, les employés de l’opérateur télécoms BT, les manutentionnaires d’Amazon, les éboueurs et même les avocats pénalistes. Après l’été, le mouvement pourrait se propager aux fonctionnaires de l’enseignement ou encore de la santé. En cause : une crise majeure du pouvoir d’achat. « Ces derniers mois, les employés du secteur public n’ont été augmentés que de 4 %, alors que l’inflation, a dépassé les 10 %. Ça n’avait jamais été aussi élevé depuis 40 ans », explique à 20 Minutes Sarah Pickard, maîtresse de conférences en civilisation britannique contemporaine à la Sorbonne Nouvelle.

« Les gens ont peur »

Cette grève générale entamée par les cheminots, loin de créer de l’animosité, suscite plutôt la compassion, puisque c’est finalement toute une population qui se retrouve dans le même bateau. Ce « sont des gens comme moi, nous essayons tous de gagner notre vie et de nous débrouiller. J’ai toute la sympathie du monde pour eux », lance ainsi un voyageur en gare de Leeds, au nord de l’Angleterre, à un journaliste de l’AFP sur place.

L’inflation touche particulièrement le secteur de l’énergie qui est complètement privatisé et dont les prix ont bien plus augmenté qu’en France, mais également l’alimentation. « Les populations modestes et aussi les classes moyennes sont touchées. Et ça va empirer cet hiver pour entrer dans une crise durable », prédit Sarah Pickard, alors que la Banque anglaise estime que l’inflation dans le pays va dépasser les 13 % en octobre. « Les gens ont peur et les syndicats témoignent d’un malaise que l’on n’avait pas connu depuis longtemps. »

Le parcours du combattant des grévistes anglais

Quelque chose que les Britanniques n’avaient pas connu depuis longtemps non plus, c’est une grève générale. « La dernière grève nationale massive date de 2011 », rappelle Sarah Pickard, par ailleurs autrice de l’ouvrage Civilisation britannique. Écoles, hôpitaux et services municipaux avaient alors tourné au ralenti afin de manifester leur mécontentement face à la réforme des retraites. On est loin des manifs parisiennes, mais il faut dire qu’au Royaume-Uni, on ne fait pas grève aussi souvent qu’en France. D’abord parce que « ça n’est pas culturel » et ensuite parce que « Margaret Thatcher a fait adopter une loi pour que cela soit particulièrement difficile de faire grève et que loin d’avoir été supprimée depuis, cette loi a été renforcée par le gouvernement, actuel », souligne l’experte.

Les grèves spontanées sont complètement interdites, il faut d’abord déposer un préavis de vote, puis organiser un vote des syndicats tout en « sachant que la voix des absents est considérée comme un vote contre ». Malgré ce chemin de croix, les syndicats sont parvenus à organiser ce qui apparaît comme le plus gros mouvement de grève du rail depuis 1989, la fin des années Thatcher. Reste à savoir si cette grève provoquera des négociations.

Le mouvement pourrait « se poursuivre indéfiniment »

Le secrétaire général du syndicat RMT, Mick Lynch a prévenu que faute d’accord salarial, le mouvement pourrait « se poursuivre indéfiniment » et même s’étendre à « chaque secteur de l’économie ». Pour Sarah Pickard, les syndicats ont les moyens de faire pression sur le gouvernement, car avec le Brexit, « le pays manque de main-d’œuvre ». Certaines grèves ont déjà été évitées suite à des offres de rémunération jugées satisfaisantes, notamment dans une entreprise de ravitaillement en carburant à l’aéroport d’Heathrow ou parmi le personnel au sol de British Airways. L’issue de cette crise dépendra aussi beaucoup de l’élection du futur Premier ministre. Mais entre Rishi Sunak et  Liz Truss « tous deux très à droite et assez déconnectés du peuple », il n’est pas sûr que les syndicats obtiennent satisfaction, selon Sarah Pickard. « D’ailleurs, les deux souhaitent faire tout simplement interdire les grèves dans les services publics essentiels ». Le ton est donné.

Ce dimanche matin, France Info s'interroge à son tour :

« Elles sont baptisées les "grèves de la colère". Depuis le début de l'été, le Royaume-Uni est touché par une série de journées de mobilisation contre l'inflation, qui frappe le pays plus sévèrement que ses voisins en Europe. Le mouvement s'est accentué jeudi 18 août, avec des débrayages massifs. De nombreux secteurs, dont les transports, ont appelé à la grève pour obtenir des hausses de salaire. Vendredi, le métro londonien a été quasiment entièrement paralysé et samedi, seul un train sur cinq circule dans le pays. En juin, 50 000 conducteurs de train s'étaient déjà mis en grève pour dénoncer des "milliers de licenciements prévus".


« L'inflation a atteint outre-Manche 10,1% en juillet – contre 6,1% en France – et pourrait atteindre 13% en octobre, un niveau jamais atteint depuis 30 ans. Le Royaume-Uni est ainsi le pays du G7 avec l'inflation la plus élevée. Cette hausse généralisée des prix s'explique principalement par l'explosion des tarifs de l'énergie, en lien avec la guerre en Ukraine.

Contrairement à la France, le Royaume-Uni n'a mis en place aucun bouclier tarifaire sur les prix du gaz et de l'électricité. Les ménages britanniques ont ainsi été touchés de plein fouet. Des milliers de Britanniques menacent d'ailleurs de ne plus payer leurs factures à partir du 1er octobre si les prix ne redescendent pas".

Il est vrai que l'on n'a jamais assisté dans l'histoire à une telle exigence de hausse des salaires, même en 68 :

« Les salariés grévistes réclament des revalorisations de salaire au niveau de l'inflation, c'est-à-dire 13%. Leur revendication n'a, pour l'instant, pas trouvé écho. Les employés du secteur ferroviaire ont refusé une offre de revalorisation des salaires à hauteur de 8%, faite par la société privée Network Rail, en échange de leur consentement à des réformes pour moderniser la société. Les syndicats accusent la société privée de vouloir en réalité procéder à des licenciements massifs.

Dans les transports publics londoniens, plombés par la pandémie de Covid-19 et qui cherchent des solutions de financement pérennes, les salariés font aussi grève pour s'assurer que les emplois, le régime de retraite et les conditions de travail seront maintenus ».

LA BOURGEOISIE ANGLAISE EST DEBILE

« Le ministre des transports, Grant Shapps, a reproché aux syndicats d'avoir refusé l'offre de 8% de Network Rail sans l'avoir proposée au vote à leurs membres. "Si seulement les patrons syndicaux proposaient cette offre à leurs membres, je suis presque sûr que cette grève serait terminée", a-t-il commenté au micro de la BBC.

Liz Truss, favorite dans la course à la succession de Boris Johnson à Downing Street, a elle aussi accusé les syndicats de bloquer la situation. "En tant que Premier ministre, je ne laisserai pas notre pays être rançonné par des syndicalistes militants", a-t-elle déclaré dans un tweet. La conservatrice a promis qu'elle réprimerait plus durement la grève quand elle serait Première ministre ».

« Le maire de Londres, Sadiq Khan, accuse lui le gouvernement conservateur de "pousser délibérément (les syndicats) à la grève à Londres". Le travailliste a par ailleurs dit qu'il comprenait les revendications des grévistes, bien qu'il ne soutienne pas le mouvement. "Je pense que les grèves sont un signe d'échec, mais il est important de comprendre les frustrations et les inquiétudes des travailleurs des transports", a-t-il déclaré sur Sky News.

La radicalisation des syndicats suffira-t-elle à endiguer un mouvement dont la seule issue sera une généralisation à l'international ?

« Le secrétaire général du syndicat Maritime and Transport (RMT), Mick Lynch, a prévenu que la grève des cheminots pourrait "se poursuivre indéfiniment" si aucun accord satisfaisant n'est trouvé. A Felixtowe, le plus grand port de fret du pays, les dockers ont déposé un préavis de grève de huit jours à compter de dimanche. Cette mobilisation menace de mettre à l'arrêt une grande partie du trafic de marchandises du Royaume-Uni. Ce port n'avait pas connu de grève depuis 1989.

"Je pense que le public britannique en a assez d'être arnaqué par ce gouvernement et par les entreprises britanniques, avec des entreprises comme BP et British Gas qui font des profits énormes alors que les gens ont du mal à gagner leur vie", a déclaré Mick Lynch samedi sur la BBC (en anglais).

À suivre, indéfiniment...

                                          Vous y croyez vous à un remake du tchatchérisme à la veille de la WW3?





jeudi 11 août 2022

L'ECOLOGIE PUNITIVE DU CAPITALISME


 (en attendant la guerre nucléaire)

« Il y a la crainte que la transition écologique ne soit qu’un piège social de plus ».

Eloi Laurent (économiste)1

La préservation de la planète est désormais conçue par tous les partis politiques bourgeois comme une croisade apolitique face à ce fléau, la pollution, dont nous serions tous également responsables. Fréquents sont les appels œcuméniques et surtout moraux, à la mobilisation, de la part notamment des personnalités et des politiques les plus médiatiques, avec ce credo bourré dans le crâne dès la maternelle « il faut sauver la terre ». Incontestablement toute l'humanité est concernée, avec un bémol étranger à toutes ces croisades écologiques : qui est véritablement responsable ? Quitte à vous choquer vous tous les bien-pensants de la bobo-écologie : la pollution n'est pas le problème c'est sa cause qui l'est, et sa cause c'est le capitalisme historique et hystérique dans toute son irrationnalité et inconscience. Plus grave que la pollution ou le réchauffement climatique2 en ce moment : LES GUERRES IMPERIALISTES en extension !

Des groupes révolutionnaires maximalistes le démontrent très bien3.

Révolution Internationale : « De même, les canicules en chaîne, comme celle s’étant abattue sur l’Inde et le Pakistan en mars et avril derniers, rappellent que les cataclysmes liés au dérèglement climatique menacent toujours davantage l’humanité. Les effets les plus extrêmes (canicules, sécheresses, inondations, tempêtes, etc.) tendent même à devenir la norme et rendront bientôt impossible la vie humaine dans des régions entières de la planète ».

Battaglia Comunista : conférer à l'article superbe de feu Mauro Stefanini : « Capitalisme et environnement » traduit par Jean-Pierre Laffitte, que j'ai envoyé à tous ceux qui me l'ont demandé. Les publications de ces groupes, si elles ne font aucune concession au « réformisme écologique », ne cessent de bégayer à chaque fin d'article « seule la classe ouvrière peut sauver le monde », qui sonne très oecuménique, ressassant des généralités pompeuses sur ce soi-disant « géant endormi » qui reste invisible au moment d'une guerre comme celle en Ukraine (immobilisme et lâcheté de la classe ouvrière russe) sans aucune mobilisation à l'échelle internationale. Aucune révolution n'a commencé du fait de la crise économique ou par une accumulation de grèves, contrairement à la vision néo-syndicaliste de la plupart de nos maximalistes ; Michael Heinrich a bien démontré ce fait4. Si révolution il y a à long terme, ce sera probablement à cause d'une catastrophe planétaire, mais certainement pas du domaine écologique, totalement manipulé par le pouvoir.

Or, si la lecture de ces articles déjà très anciens analyse bien les responsabilités indéniables du capitalisme, un survol de la littérature scientifique récente concernant les moteurs de la dégradation de l’environnement montre bien par contre que les responsabilités sont fortement différenciées, que ce soit pour « les pauvres » et des pays dits « sous-développés », où la pollution n'est pas vraiment un problème puisqu'elle empeste et génère maladies et catastrophes dont se fout le monde occidental.

Les clichés « affreux, sales et méchants », héritage du mépris bourgeois du 19ème siècle, restent ancrés dans l'arrière-fond de la propagande bourgeoise planétaire, jusque dans les religions et en particulier l'islamique5. Oui ils étaient affreux et sales mais, pas de leur fait, absence d'eau courante, proximité et exiguïté des habitations...

On généralise encore sans vergogne en laissant accroire que la richesse est associée à la préservation de l’environnement, voire que les riches protègent mieux l’environnement que les pauvres, ce qui à ce jour ne fait l’objet d'aucune investigation sérieuse6. On fait payer l'écologie aux pauvres prolétaires pas seulement psychologiquement mais au niveau de leur niveau de vie, mais surtout par les privations et l'accès à une nourriture dégueulasse... par manque de moyens (quoique « c'est de leur faute ») ; l'écologie officielle apparaît donc à ceux d'en bas, comme une question de « moyens »...

Le coût élevé des diverses obligations et installations liées à l'écologie, va avec cette notion stupide de « pouvoir d'achat », que je ne cesse de dénoncer comme lubie syndicaliste collabo du système marchand, à qui je préfère le « pouvoir de vivre » ; dans l'OBS, un auteur démontre brillamment le ridicule du « pouvoir d'achat »7

« Je trouve très étonnant que ce terme fasse autant consensus, à l’heure où les crises écologiques s’accélèrent sous nos yeux et alors qu’elles sont visiblement le fruit empoisonné de notre pouvoir de tout acheter (…) la focalisation sur les indicateurs macroéconomiques standards, comme le revenu ou la croissance du PIB, conduit à négliger la qualité de la vie humaine en favorisant la destruction de la biosphère »8.

Sur cette « écologie punitive » il faut hélas constater que c'est le groupe trotskien LO (plutôt néo-stalinien et populiste) qui a produit le meilleur et le plus percutant article pour décrypter cette idéologie qui n'a pas simplement pour but de moquer les pauvres mais surtout de décrédibiliser une classe ouvrière sale et méchante, qui fume et picole9.

EXTRAITS

La protection des ressources naturelles a servi à justifier les plans d'austérité

Et cela ne doit pas surprendre. La critique de la société dite de consommation, thème chéri de la plupart des groupes écologistes, était en harmonie avec l'idéologie d'austérité que prôna la bourgeoisie, en particulier à partir de 1973-74.

Les experts du Club de Rome avaient, sans doute et pour partie en tout cas, voulu avertir leur classe des problèmes réels créés par la dégradation croissante de l'environnement et par les risques croissants de catastrophes, qui pouvaient affecter éventuellement des bourgeois eux-mêmes. Mais leur cri d'alarme avait aussi et surtout un objectif propagandiste : il a contribué dans les années 70 à utiliser la protection des ressources naturelles pour justifier les plans d'austérité. Cela correspondait au tournant de la situation de l'économie capitaliste, pour laquelle les profits commençaient à ne plus passer par les investissements productifs.

Si bien que l'idéologie écologiste faisait une sorte de pendant à l'idée de la « Croissance zéro ». Quand les écologistes affirmaient qu'il vaut mieux « être » qu' « avoir », cela restait un peu obscur, mais quand ils déclaraient «  la contestation du milieu de vie sera plus révolutionnaire que celle du niveau de vie », qu'ils se sont mis à préconiser le partage du travail et des salaires (pas des revenus en général, des salaires !) comme moyen pour combattre le chômage, la convergence idéologique est mieux apparue. D'ailleurs, de l'écologiste inconnu au conseiller des organismes officiels, voire au ministre, bien des trajectoires ont été rapides.

Environnement, une valeur marchande

Les patrons savent se mettre au vert quand ils y voient leur intérêt. Ils ont su bien souvent « recycler » la mode écologiste à leur profit. Rhône-Poulenc fait sa publicité autour de l'écologie tout en étant parmi les gros pollueurs sur le plan mondial. Son PDG, Jean-René Fourtou, l'a dit lui-même : «  D'une charge nécessaire, l'environnement est devenu un « business » pour nous ».

Le traitement des déchets est devenu une branche industrielle sur laquelle la Générale et la Lyonnaise des eaux occupent une position de quasi-monopole. Si l'amiante a rapporté en son temps, le marché du désamiantage est aujourd'hui convoité. Les produits « verts », ou « éco-produits », se sont multipliés - il y a même eu des SICAV « vertes » lancées sur le marché financier voici quelques années : cela entre dans le cadre de la concurrence.

Plus fort : aux États-Unis, des « droits à polluer » ont été instaurés. Des entreprises peuvent choisir de s'équiper anti-pollution ou de payer pour avoir le droit d'émettre un certain montant de substances nocives. Elles peuvent céder leurs droits à d'autres entreprises qui trouvent plus avantageux de polluer en payant. Les échanges passent par une société de courtage. Avec un véritable marché boursier des « droits de pollution », un sommet est atteint !

Une fraction de l'écologisme qui se veut plutôt de gauche parle volontiers de solidarité et de démocratie, rejoint le courant humanitaire des divers mouvements « sans frontières » ; elle a une coloration humaniste et progressiste, tout en n'allant pas au-delà d'un vague réformisme gestionnaire. Tandis qu'une autre composante véhicule des idées d'attachement à la terre qui rappellent le vieux fonds pétainiste français et son thème « La terre, elle, ne ment pas ».

Les notions d'ordre et de stabilité sont au centre des soucis de ce courant conservateur, tout comme le culte d'une nature mythique qui est déjà allé de pair dans le passé avec des mouvements et des régimes d'extrême-droite. Aujourd'hui, on voit le Front national prôner une sorte de « national-écologisme », et Bruno Mégret, l'un de ses dirigeants, déclarer que «  les partis écolos-gauchistes sont une espèce en voie d'extinction », et prôner un retour «  à une éthique et une esthétique de la vie qui raniment le sens du sacré et de la durée, et permettent à l'homme de retrouver la conscience de ses racines et de son identité », préconisant de mettre «  la science humaine au service des lois naturelles et de la nature », car pour ces individus «  défendre la faune, la flore, les sites, le patrimoine, c'est défendre ce que l'on est, c'est défendre son identité », contre «  l'écologisme cosmopolite »... Il «  pose comme essentielle la préservation du milieu ethnique, culturel et naturel de notre peuple »10.

« Contrairement à ce que feint de croire une partie du mouvement écologiste, qui se borne à dénoncer les « excès du libéralisme », ces problèmes sont, pour l'essentiel, sans solution dans le cadre de la société capitaliste ».

« Les problèmes d'environnement montrent, ensuite, à quel point la propriété privée des moyens de production, du sol par exemple, est contradictoire avec les impératifs d'une gestion rationnelle des ressources naturelles ».

« L'arrêt des guerres et des dépenses d'armement, la reconversion de toute cette industrie de mort en fabrication de biens utiles aux populations, voilà déjà un grand pas en avant qui serait rendu possible. Selon un rapport de l'ONU qui date de quelques années, les dépenses nécessaires d'urgence dans le monde en matière d'eau potable ne s'élèveraient sur dix ans qu'à trois mois de dépenses militaires. Ou encore, le prix payé pour deux navires de guerre par la Malaisie en 1992 aurait suffi à fournir de l'eau potable pendant un quart de siècle aux cinq millions d'habitants de ce pays qui en manquent »11.

Une écologie punitive pour les affreux, sales et fainéants

Les termes « écologie punitive » ne sont pas montrables pour nos prudes maximalistes (utopiques) car la notion serait trop utilisée par l'extrême droite. D'abord l'extrême droite dans certains de ses constats ne dit pas que des conneries12. Elle semble avoir été usitée par les chasseurs initialement puis par Ségolène Royal, alors ministre de l'écologie, puis plus tard par Valérie Pécresse. Heureuse trouvaille que j'ai fait aussi mienne. Car, même sans cette caractérisation, l'expression correspond bien à ce que la majorité de la classe ouvrière ressentait depuis les années 1970, dès l'instant où l'écologie signifia avant tout protection du « cadre de vie » des plus aisés de l'invention du bio à la voiture électrique (comme le démontre l'article de LO que je salue par après). Le plus caricatural de cette « écologie de luxe » reste l'étalage paradoxal à notre époque de gros SUV (qui consomment plus donc polluent plus même que le petit tacot de l'ouvrier) en ville. Je suis effaré de constater souvent dans les embouteillages que ces grosses merdes sont plus nombreuses que les voitures des pauvres. J'ai déjà rapporté que les cadres sont désormais aussi nombreux que les ouvriers, ont les moyens de se payer des voitures à quarante mille balles, votent NUPES et cie. Preuve que nous les sexagénaires et septuagénaires nous ne connaîtrons jamais de notre vivant la révolution face au long règne du « pouvoir d'achat » des bobos exhibitionnistes de leur confortable résidence secondaire et qui affirment leur domination en collant sans cesse au cul de ma Twingo de 200313. Certains ne craignent pas de dénoncer une « ségrégation sociale », en particulier au Brésil14.

À Paris, où la grande majorité des petits bourgeois interviewés évoquent spontanément les conséquences sociales de la pauvreté et considèrent comme évident que tous les enfants ne disposent pas des mêmes opportunités et chances de réussite, ces bobos de droite affirment que les adultes qui restent pauvres manquent de volonté pour s’extraire de leur condition, et, à l'unisson de la clique à Macron, les critiques de l’État-Providence étalent leur même mépris de la paupérisation.On nage dans un tel cynisme qu'il ne faut pas s'étonner que nombre de jeunes considèrent le travail avec mépris et ne veuille plus travailler... ce qui n'est pas pour autant révolutionnaire mais romantisme petit-bourgeois!

Les principes du « pollueur-payeur » fondent cette idéologie « punitive ». La hausse des prix étant attribuée à la rareté des ressources, le niveau de vivre des plus démunis, retraités et chômeurs, est encore plus coulé. Cette pensée réactionnaire a pris naissance, comme le wokisme, aux États-Unis à la fin des années 1970, en tant que « courant de la Justice Environnementale » qui s'est mis à étudier la distribution des activités polluantes selon des critères sociaux, économiques ou ethniques, et tente de démontrer en quoi cette répartition peut être considérée comme juste ou inique. Issus de mouvements sociaux de base inspirés es mouvements hippies et gauchistes pour les droits civiques des années 1960 et 1970, ils concluent la plupart du temps à la présence d’injustices environnementales, et se branlent de la paupérisation et de l'exploitation du prolétariat.

C'est le tinctanctoctoc Terra nova qui ets le plus indigné par cette accusation d'écologie punitive, et avec un angélisme,stupéfiant :

« A rebours de ces caricatures, l’écologie politique ne poursuit pourtant d’autres fins que de rendre le monde plus hospitalier à notre séjour, notre vie plus harmonieuse avec le vivant et de faire que se renouvelle encore longtemps pour les générations futures l’éblouissant spectacle de la nature. La clé-de-bras rhétorique est d’arriver à retourner l’émancipation en continence, et le progrès en chagrin. (hi hi) Finalement, le plus surprenant est sans doute la facilité avec laquelle les pourfendeurs de l’écologie punitive déportent le débat sur le terrain social, en se présentant comme les hérauts des petites gens « qui n’ont pas les moyens d’être vertueux », comme dit Valérie Pécresse. On sait par exemple que 3,5 millions de ménages vivent en situation de précarité énergétique, principalement parmi les 30% de Français les plus pauvres, et que le nombre de foyers ayant des difficultés à payer leurs factures d’énergie a presque doublé entre 2013 et 2020 (la récente flambée des prix dans ce secteur a certainement assombri un peu plus le tableau ces derniers mois). Pour eux, ce n’est pas la rénovation thermique ou le changement de chaudière qui sont punitifs, mais le statu quo.

Ce statu quo, c'est à dire l'état de choses existantes signifie, contrairement aux dires de cet âne de Terra nova, qu'il est normal que la rénovation thermique et le changement de chaudière soient obligatoires... pour sauver la planète ou les industriels et l'Etat bourgeois ? Des études ont été menées sur les inégalités dans la consommation d'énergie où les principaux pollueurs ne sont pas ceux qu'on croit :

« Il ressort de ces études sur la consommation d’énergie qu’il existe des inégalités sociales importantes dans ce domaine, qui ont probablement augmenté au cours des dernières décennies et dont une composante importante est l’énergie contenue dans les produits manufacturés (consommation d’énergie dite « indirecte »). (…) Il ressort que les ménages à hauts revenus et les plus éduqués ont la consommation alimentaire la plus génératrice de CO2. Les auteurs précisent toutefois que le groupe des « privilégiés » et celui des jeunes, dont la consommation est la moins « durable », représentent respectivement moins de 20 % et 10 % de la population, ce qui conduit à se pencher sur les pratiques des classes moyennes et populaires et à encourager la pérennité de leurs traditions culinaires ainsi qu’une plus grande consommation de produits bio. Parmi les PCS, les cadres sont à l’origine de la plus grosse quantité d’émissions de CO2, du fait principalement de leur niveau de consommation élevé15.

Je laisse la conclusion à un camarade du web, Corvaisier :

« L'idéologie écologique remplit un rôle assez similaire à celui des philosophies irrationalistes.

Elle formate le comportement de la population en s'appuyant sur des prescriptions simplistes et évidentes (qui n'éteint pas la lumière en sortant d'une pièce ?) justifiées par une sorte de connexion imaginaire entre l'individu et une totalité (votre acte va sauver la planète) ».

 


NOTES

2Au lieu de produire des avions de guerre, qu'on produise des canadairs !

3RI n° d'août 2022, mais c'est surtout un extraordinaire article de 1976 qui vaut d'être relu : ECOLOGIE, FÉMINISME, RÉGIONALISME... UN FREIN A LA LUTTE DE CLASSE le 2 avril, 1976 https://fr.internationalism.org/content/10177/ecologie-feminisme-regionalisme-frein-a-lutte-classe

Lire aussi un remarquable article de 1990 de CD Ward : Ecologie : c'est le capitalisme qui pollue la Terre, Soumis par Revue Internationale.https://fr.internationalism.org/rinte63/ecologie.htm

4« Les luttes de classe sont avant tout des luttes au sein du capitalisme : le prolétariat lutte pour ses conditions d'existence en tant que prolétariat, pour des salaires plus élevés, de meilleures conditions de travail, la fixation légale des droits, etc. Dans cette mesure les luttes de classe ne sont pas le signe d'un faiblesse particulière du capital, ou même d'une révolution imminente, mais bien plutôt la forme normale du mouvement que prend la conflictualité entre la bourgeoisie et le prolétariat ». Critique de l'économie politique, p.259, 260.

5« Le Livre sacré propose souvent l´espace vert adjoint à l´eau pure comme parabole du lieu idéal. Il suffit de vérifier ses affirmations. Versets par versets, il appelle à prendre conscience que tout l´écosystème est lié. La protection de la nature dans toutes ses dimensions dépend des valeurs morales et éthiques que l´on porte. Le Coran lie l´homme et la nature. L´état de l´un rejaillit sur l´autre. La culture musulmane encourage le développement des espaces verts et l´amour de la patrie repose aussi sur l´attachement à la Terre. Les espaces verts contribuent à la formation de microclimats sains, à l´amélioration des rendements du travail, à la réduction des pollutions et des maladies, au raffermissement des liens sociaux et au renforcement des espaces de convivialité. En somme, ils constituent des points d´ancrage de la qualité de la vie. D´où le célèbre hadith qui stipule que «même un instant avant la fin du monde il faut planter un arbre» ». Le web regorge d'un tel bla-bla modernisé de cette religion qui est une police de la pensée et du mensonge.

7https://www.nouvelobs.com/ecologie/20220809.OBS61833/et-si-soutenir-le-pouvoir-d-achat-etait-une-mauvaise-idee.html . Il faut reconnaître que nos chers maximalistes utilisent très peu voire pas du tout cette notion punitive...capitaliste ! C'est El Watan qui alerte : «Près de 230 000 tonnes de déchets plastiques jetées chaque année dans la Méditerranée : L’Égypte, l’Italie, la Turquie et l’Algérie viennent en tête (…) la mer méditerranéenne est entourée de pays aux réalités socio-économiques contrastées et constitue donc un bon modèle pour étudier et ensuite façonner une grande variété de actions liées à la fois aux déchets plastiques et aux microplastiques. Selon ce rapport, une meilleure gestion des déchets dans les 100 villes les plus polluantes pourrait réduire le rejet de plastique dans la Méditerranée de 50 000 tonnes par an ». https://www.elwatan.com/pages-hebdo/magazine/legypte-litalie-la-turquie-et-lalgerie-viennent-en-tete-29-10-2020

8Ibid.

9https://www.lutte-ouvriere.org/documents/archives/cercle-leon-trotsky/article/le-communisme-l-ecologie-et-les

l'article est très long, mais désolé pour nos maximalistes, abordent vraiment le sujet de fond, l'exploitation et la mystification de la classe ouvrière, avec toutefois les aspects petits bourgeois populistes comme la défense des camionneurs et des petits commerçants. Idem pour leur défense des anciennes colonies (le colonialisme n'est pas éternellement responsable de l'incurie des Etats du tiers-monde. En outre des couches parmi les plus paupérisées du prolétariat ne sont pas vraiment des exemples d'hygiène, sans oublier canailles et racailles.

10Ibid.

11Ibid.

12« non à la bobo-écologie punitive », complètement d'accord !

14Ségrégation sociale et écologique : https://www.serge-paugam.fr/docs/TELERAMA_10_17.pdf Date OCT 2017 Comment les riches voient-ils les pauvres?Le sociologue Serge Paugam a mené l'enquête
dans les beaux quartiers de Paris, Sâo Paulo etDelhi. Ses conclusions ont de quoi inquiéter.