"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

jeudi 11 juin 2020

CONFIRMATION DE LA THEORIE DE L'EFFONDREMENT DU CAPITALISME


Hommage à Henryk Grossman :
Henryk Grossman est né à Cracovie, en Galice, la section autrichienne de la Pologne alors divisée. Actif dans le mouvement socialiste au lycée, il rejoint le Parti social-démocrate polonais (PPSD). À l’Université, il est devenu actif dans l’organisation des travailleurs juifs et luttait contre l’opportunisme et le chauvinisme du PPSD. En mai 1905, il participa à la scission des travailleurs juifs du PPSD pour former le Parti social-démocrate juif de Galice, et fut élu secrétaire du parti, occupant des postes de direction pendant les trois années suivantes. Avec la défaite de la révolution de 1905 et le déclin subséquent du mouvement ouvrier, il quitta la politique active et travailla comme statisticien et économiste. Après la guerre, il a rejoint le Parti communiste ouvrier de Pologne en 1920. Persécuté par la police et emprisonné pour plusieurs mandats allant de 2 à 8 mois, la répression l’a contraint à l’exil à Francfort à la fin de 1925. Il est devenu associé à l’Institut de Francfort et y a écrit ses principaux travaux sur l'effondrement capitaliste, et articles connexes. Il a été contraint à l’exil à nouveau en 1933, d’abord en Grande-Bretagne, puis aux États-Unis. Il est retourné en Allemagne en 1949, rejoignant le Parti socialiste, en tant que professeur d’économie politique à l’Université de Leipzig, où il est décédé l’année suivante.


Tout le monde connaît l'apport théorique et l'importance au début du XX ème siècle de l'Ecole de Francfort, avec sa dimension marxiste originelle. Des intellectuels d'un autre calibre que nos penseurs en chambre de la bobologie parisienne ou neworkaises. Vous lirez bientôt en feuilleton sur ce blog une importante traduction du livre de Marcuse sur nazisme et technologie. L'implication ed nos intellos francfortois fait honneur à la tradition théorique marxiste en Allemagne, les Pollock et Horkheimer assistèrent tous deux à Munich aux activités révolutionnaires et y participèrent même indirectement en contribuant à cacher des victimes prolétariennes de la répression. L’implication du jeune Herbert Marcuse fut elle plus directe, il adhéra en 1917 au SPD et participa à un conseil de soldats, avant de quitter le parti social-démocrate suite à l’assassinat de Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht, considérant que ce parti, selon ses propres mots, « travaillait en collaboration avec des forces réactionnaires, destructrices et répressives ». Membre de cet Ecole, mais en marge pour ses travaux plus « luxemburgistes », Henryk Grossman est le grand oublié de l'histoire, partiellement connu grâce à l'oeuvre de Paul Mattick. Son œuvre majeure : Henryk Grossmann, The Law of Accumulation and Breakdown of the Capitalist System, republication Pluto Press, London, 1992.
Connu seulement de petits cercles vers 1968, il était une référence dans nos discussions de lycéens à Buffon, demi-ignorants de son œuvre et restés influencés par sa caricature diffusée par nos vieux (conseillistes) de S ou B. Grossman est resté jusqu'à nos jours caricaturé comme théoricien « fataliste » de l'effondrement du capitalisme, or c'est bien d'une caricature qu'il s'agit et que reprend l'auteur de la critique du biographe Rick Kuhn. Cette vision d’un marxisme mécaniste relevée chez Grossmann par ses détracteurs, est écartée assez justement par Paul Mattick en ces termes : « Le reproche fait à Grossmann d’avoir interprété de façon schématique et mécaniste la théorie marxienne de l’accumulation n’est pas justifiée ; le serait-il d’ailleurs, qu’il ne pourrait porter que sur le mode de présentation et non sur le contenu. […] Dans l’esprit de Grossmann, ‘‘ il n’y a pas d’effondrement automatique d’un système économique aussi fiable soit-il ; il faut qu’on le renverse’’ écrit-il », (préface à H. Grossmann, Marx, l’économie politique classique et le problème de la dynamique, Champ Libre, 1975, p. 25)
Au milieu des années 1970, eût lieu tout un débat entre Révolution Internationale et une bonne partie de ce qu'on nommait à l'époque l'ultra-gauche (rien à voir politiquement et théoriquement avec les imbéciles anars d'aujourd'hui, ainsi qualifiés par la police et les journalistes) : le capitalisme devait-il s'effondrer à cause de la limitation des marchés ou à cause de la baisse tendancielle du taux de profit ? Révolution internationale (avant de devenir CCI) comme son ancêtre la Gauche Communiste de France, étaient traités de ringards, non-marxistes, puis plus tarde d'adeptes des fantaisies de Grossman et Mattick. Je renvoie au site du CCI pour retrouver termes et détails de ce débat, en vérité ininterrompu. Les questions économiques abstraites m'ont toujours fait chier. Mais dans ce que j'y comprends au spectacle de la crise pandémique avec cette fuite en avant de la marche à outrance de la machine à billets, je trouve que les « décadentistes » ont eu diablement raison. Et quand je relis les analyses huppées de camarades, que j'ai appréciés comme personnes et comme militants, Marcel de Controverses ou JP de Robin Goodfellow, je suis sidéré de voir comment d'anciens compères de lycée (Buffon pour JP) devenus profs, alors que je suis resté ouvrier toute ma vie et analphabète en économie, sont encore à côté de la plaque. Ils sont surtout devenus de robustes académistes, l'un anti-parti par haine du CCI et l'autre rêveur d'une réincarnation du parti sublime de Bordiga. Dire que j'avais failli les faire se rencontrer. Lors d'un des premiers congrès du CCI, j'avais dit à Marcel : « tu insistes sur l'importance de la baisse tendancielle du taux de profit, tu n'étais pas né que mes lycéens de Buffon, se passionnaient déjà sur le sujet ».

Le retour à Marx
par Gary Roth (traduction : JLR)

La biographie de Rick Kuhn d’Henryk Grossman attire l’attention sur un théoricien qui a toujours occupé une place étrange dans le milieu marxiste. Connu exclusivement pour ses contributions à la théorie économique marxiste, le livre le plus influent d’Henryk Grossman - The Law of Accumulation and Breakdown of the Capitalist System - a été publié en Allemagne à la veille de la Dépression de 1929, et a donné lieu à des commentaires dans des revues spécialisées, mais presque aucune influence pratique. Grossman (1881-1950) semblait avoir anticipé l’effondrement économique du capitalisme et en a fourni une explication profondément convaincante de sa persistance et de sa gravité. Après Karl Marx, il a souligné l’incapacité d’extraire une masse suffisante de surtravail de la population active, une question qui est devenue de plus en plus difficile avec le remplacement du travail par la technologie. Il a également offert un moyen de comprendre pourquoi une crise pourrait ne pas conduire automatiquement à la restauration de conditions rentables. Ni les politiques inflationnistes ni les dépenses déficitaires n’ont suffi à elles seules à assurer un fonctionnement économique soutenu qui a dépassé les sommets d’avant l’accident de 1929. Seule la guerre mondiale a finalement effacé la crise. Les difficultés économiques du monde ont confirmé la thèse de Grossman qui était alors largement de la supposition, puisque peu de gens se souvenaient de son livre à la fin des années 1930.
Lorsque Grossman publia pour la première fois son magnum opus, la tendance au sein des divers mouvements socialistes et communistes était de réviser Marx ou d’ignorer tout à fait ses théories économiques.
A l'exception de petits groupes de communistes de gauche, centrés principalement aux États-Unis autour de Paul Mattick ; l’exégèse de Grossman trouva peu de partisans. Mattick a écrit des dizaines d’articles et de critiques sur la thèse de Grossman, mais n’a jamais réussi à convaincre aucun des journaux les plus populaires de gauche de publier un article sur son compagnon des années révolutionnaires.
Le public principal de Grossman à un moment compta probablement des centaines, peut-être quelques milliers au plus de lecteurs. Ses lecteurs, en tout cas, étaient membres d’un groupe plutôt marginal, puisque son livre présupposait une connaissance des trois volumes du Capital de Marx , une capacité peu commune même au sein de la gauche marxiste. Les socialistes et les sociaux-démocrates pensaient à la réforme du système économique existant, et non à son effondrement. Les partis communistes (en voie de stalinisation, ndt), d’autre part, étaient tellement obsédés par l’Union soviétique que les idées de Grossman étaient sans conséquence pour eux, même si certains adhérents appréciaient sa condamnation de l’économie capitaliste. La montée du fascisme allemand, cependant, a réorienté l’ensemble de la gauche vers un questionnement face à l’économie de la Dépression et à la politique de la démocratie, une transformation qui a laissé Grossman isolé et hors jeu. Ce sort, il l'a partagé avec la théorie économique marxiste.Si l’influence de Grossman était assez limitée, ce n’était pas le cas pour son impact sur le milieu marxiste. Avant Grossman, Rosa Luxemburg avait été le dernier auteur à tenter une théorie de panne du capitalisme. Son effort, une quinzaine d’années plus tôt, avait été fondé sur le volume II du Capital.

À l’époque, pratiquement tout le monde rejetait sa thèse, nuisant à la « thèse orthodoxe », parce qu’elle avait révisé Marx, de façon inappropriée à leur avis, alors que le courant dominant du mouvement socialiste espérait une transition pacifique vers un socialisme fondé sur une aspiration en phase avec le succès relatif des divers mouvements socialistes et syndicaux. Au lendemain de la Première Guerre mondiale, c’est l’ultra-gauche, comme les marxistes à gauche du Parti communiste, qui ont donné à ses idées, ainsi qu’à sa politique, une nouvelle audience.
L’interprétation de Grossman de Marx a déplacé le lieu de la théorisation au volume largement ignoré III du Capital (1894). Dans son livre et dans les articles suivants
Grossman a recadré la théorie du développement capitaliste de Marx en ciblant les paradigmes dominants de la pensée économique. Il a critiqué les théories qui supposaient un équilibre fondamental dans l’économie, une hypothèse courante dans l’économie courante et assez commune dans le marxisme aussi. La tradition marxiste, d’autre part, tend vers les théories du déséquilibre, un trait qu’elle partage avec le domaine émergent de l’économie libérale. Rosa Luxemburg, par exemple, avait posé un dilemme fondamental entre la capacité de l’économie à produire des marchandises et la capacité restreinte de la population à consommer.
D’autres théoriciens ont souligné le caractère anarchique du processus de production, dans lequel les entreprises dépassent ou sous-estiment habituellement la demande existante en raison du manque de planification dans le contexte du "marché libre". Pour Grossman, ces explications ont porté sur les manifestations concrètes des crises plutôt que sur leurs causes sous-jacentes et il a déplacé le point central du débat de la surproduction de marchandises à la surproduction de capital. Cet aspect de la théorie de Marx n’avait jamais trouvé de résonance dans le monde bourgeois, car les théories de Marx sur la valeur et la plus-value étaient beaucoup trop abstraites pour être d’une grande utilité pratique, sauf comme repères pour les mouvements sociaux radicaux.

Après la Dépression, les idées de Grossman sont restées dormantes jusqu’à ce que l’intérêt pour la théorie économique marxiste renaisse dans les années 1960 et 1970, lorsque l’économie mondiale s’est à nouveau effondrée. Une grande partie de son travail a été republiée en Allemagne, où la nouvelle gauche était plus encline au marxisme que peut-être dans tout autre pays. Avec le déclin subséquent de la nouvelle gauche, l’exposition par Grossman des aspects catastrophiques de la théorie de Marx semblait encore une fois déconnectée de la réalité. On peut encore discuter de ses idées ici et là, mais une grande partie est hautement académique et axée sur des considérations méthodologiques qui sont exprimées, comme c’est l’habitude dans le domaine de l’économie, avec des formules mathématiques et sans référence directe aux conditions sociales ou à l’économie réelle.

Tout à l’honneur de la biographie de Kuhn, Grossman est présenté comme un individu complexe et talentueux dont la carrière a progressé à travers des changements marqués à différents moments de sa vie. Grossman a eu une carrière beaucoup plus variée qu'on ne l'a souvent supposé. Son livre sur l’effondrement capitaliste était une telle réalisation qu’il se prête à des images comme celles qui découlent des vingt-cinq années que Marx aurait passées à la British Library à faire des recherches et à écrire sur le Capital, alors qu’il passait beaucoup de temps assis dans des cafés, à boire du café et de la bière, et à parler avec des amis. Car ni Marx ni Grossman ne semblent correspondre avec la réalité. Alors qu’il était encore étudiant, Grossman s’est consacré à l’organisation du travail et au développement d’un mouvement ouvrier juif en Pologne sur le modèle du Bund juif en Russie. Les Bundistes étaient socialistes et antisionistes, mais ils étaient aussi des nationalistes culturels qui favorisaient des politiques non discriminatoires et des institutions culturelles et éducatives distinctes au sein d’un État multiculturel. Deux années d’activité politique engagée ont abouti au retour soudain de Grossman à l’école supérieure, où il a obtenu un diplôme en droit. Son mentor et directeur de recherche postdoctorale était Carl Grünberg, le futur fondateur de l’Institut de recherche sociale (École de Francfort). Pendant la Première Guerre mondiale, Grossman est employé comme statisticien, démographe et économiste par le ministère autrichien de la Guerre. Ses recherches savantes étaient autant appliquées que théoriques. Expulsé d’Autriche après la guerre lorsque la coalition dominée par les socialistes a purgé la fonction publique de tous les non-autrichiens, Grossman a supervisé le bureau de recensement nouvellement établi en Pologne jusqu’à ce que la pression politique pousse à son éviction, parce qu’il avait l’intention de compter fidèlement les populations minoritaires du pays. Il a toutefois été en mesure d’obtenir une nomination à l’université, qu’il a occupé de 1922-25. Lorsque son appartenance au Parti communiste polonais et ses arrestations répétées ont conduit à son expulsion de Pologne, Grünberg l’a invité à rejoindre l’école de Francfort. Le livre de Grossman sur l’effondrement capitaliste est devenu la publication la plus connue et influente de l’école au début des années 1930. Quelque cinq semaines après que les nazis furent invités à diriger le gouvernement allemand en 1933, la vie de Grossman fut bouleversée. Il s’enfuit à Paris, où il vécut trois ans, avant un bref déménagement à Londres et un exil de dix ans à New York.
Si la vie de Grossman avant l’exil se distinguait par l’évolution rapide de sa carrière, le reste était caractérisé par la lente évolution et le durcissement de sa pensée politique. Il semble avoir été tout à fait inconscient de l’ironie de ses commentaires quand il a écrit à Mattick, dans une de ses quelques lettres sauvegardées, que l’échec du Parti communiste allemand à contrecarrer les fascistes était due à sa direction dérisoire et inadéquate. . .[...] il s’agit d’une déclaration au sujet d’un parti qui se targuait de ses capacités de leadership. Grossman défendit l’Union soviétique contre ses critiques de gauche, y compris Mattick et ses collègues de l’école de Francfort. S’il avait été un stalinien "critique" au milieu des années 30, toute sa réserve a disparu à la fin de la décennie.

Avec l’hystérie anticommuniste qui s’est développée aux États-Unis à la fin des années 1940, Grossman s’est senti en danger de poursuites. Une offre pour rejoindre la faculté de l’Université de Leipzig en RDA nouvellement fondée a abouti à sa réinstallation 1949. Mais il était déjà un homme malade et sa mort eut lieu à la fin de l’année suivante. Bien qu’il ait continué à écrire pendant les années d’exil, son niveau de productivité a diminué progressivement et il n’a jamais ravivé son programme de recherche. À l’exception de quelques essais et critiques, il n’a pas donné suite aux nombreux aspects de son travail théorique qu’il avait espéré clarifier, y compris sa vérification empirique.
Les parties les plus fortes de la biographie de Kuhn se concentrent sur les aspects antérieurs de la carrière de Grossman, en particulier sur ses tentatives de créer une contrepartie au Bund russe au sein de l’empire autrichien d’avant-guerre. Cette section du livre de Kuhn est aussi la plus élaborée, bien que l’habitude de Kuhn d’alterner entre les modes chronologiques et épisodiques de présentation prête une certaine confusion aux premiers chapitres. Kuhn n’est en aucun cas le premier historien à tomber sur la nature complexe de la politique socialiste et nationaliste en Pologne d’avant-guerre. Le fait qu’il ait mis au jour des documents pertinents en polonais, en yiddish et en allemand témoigne de la rigueur avec laquelle il a mené ses recherches et constitue l’un des nombreux points forts de cette étude finement réfléchie.

L’accent mis sur les premières années de la carrière de Grossman est également ce qui distingue la biographie de Kuhn de celle écrite il y a une décennie par Jürgen Scheele, qui a concentré une grande partie de son livre sur Grossman qui n’était pas toujours la relation harmonieuse avec l’École de Francfort. Cependant, Kuhn n’attire pas particulièrement l’attention sur les moments clés de la trajectoire de Grossman. Grossman, par exemple, est issu d’une famille de la classe supérieure et a été inscrit à l’université quand il a entrepris d’organiser les tailleurs juifs pour le parti socialiste local (social-démocrate).
Kuhn ne se demande jamais comment cela a été possible. Il est certain que les données historiques ne sont pas particulièrement éclairantes à cet égard. Seules quelques lettres de Grossman étaient à la disposition de Kuhn et aucune déclaration autobiographique ou interview personnelle n’a été trouvée. Au cours de la vie de Grossman, personne ne s’est jamais beaucoup intéressé aux détails de sa vie, et il n’était pas enclin à écrire à ce sujet. Néanmoins, une discussion sur les contours des affinités culturelles et religieuses et la façon dont ces différences de classe et d’éducation au sein d’un milieu socialiste auraient été justifiées.
Kuhn n’interroge pas les archives historiques à la recherche de telles questions. L’accent sur la classe sociale est partout, dans les activités et les publications de Grossman, mais le contexte politisé de la vie de Grossman est à peine examiné. Kuhn écrit que Grossman était le "chef éminent" du Parti social-démocrate juif de Galice et que "les membres reconnaissaient que le parti était, dans une large mesure, sa création" (p. 50). Le fait que Grossman ait fait ses valises un jour et soit simplement retourné à la faculté de droit semble également justifier une réflexion plus approfondie de la part de Kuhn. Comment le privilège de classe a-t-il fonctionné dans le domaine de la politique socialiste? Est-il vraiment possible de poser une identité d’intérêts entre Grossman et les tailleurs de la classe ouvrière qu’il a brièvement représentés, comme le fait Kuhn ?
Le fait que Kuhn ne se soit pas penché sur ces types de relations inter-classes indique à quel point il demeure imbriqué dans l’histoire de son sujet. Il semble incapable de sortir de ses limites, comme si la vision du monde de Grossman forme était aussi limitée que la sienne. Lorsque Kuhn déclare dans la préface que le livre "impliquait une recherche de mes propres racines" et qu’il considère "l’histoire du mouvement ouvrier, la théorie marxiste, et les luttes ouvrières pour le socialisme ... comme faisant partie de mon héritage socialiste," il soulève par inadvertance la question de savoir si l’identification entre biographe et sujet est trop proche pour fonctionner efficacement (p. vii)
Pour la biographie, cette identification va dans les deux sens. D’une part, nous avons une description complexe et nuancée de la vie de Grossman, une biographie remplie de détails, de descriptions et de représentations qui permettent une profonde appréciation de l’homme, de ses convictions politiques et de ses activités. Mais le succès même de cette quête biographique est aussi une limite majeure à notre compréhension de Grossman. La construction de Kuhn de la réalité de Grossman fait écho à la propre construction de Grossman, plutôt que de réfléchir sur elle et de la contextualiser à nouveau.
Un problème plus grave est mis en évidence dans la conclusion de Kuhn, dans laquelle il écrit que Grossman "tenait fermement à l’idée marxiste fondamentale que le socialisme signifie l’auto-émancipation révolutionnaire de la classe ouvrière" (p. 220). En fait, Grossman n’a jamais pensé que la classe ouvrière pourrait s’émanciper et il n’y a aucune preuve d’une telle conclusion dans aucune de ses publications. Après la révolution russe, il adhéra aux théories de Lénine sur la politique et la formation de l’Etat. Le meilleur du léninisme est une doctrine de la politique de représentation, pas un canon de l’auto-émancipation. L’invocation par Kuhn d’auto-émancipation alors qu’il vient de dépeindre l’acceptation massive de Grossman de l’empire de Staline est juste une théorie bâclée de sa part.
D’autres questions mineures et désagréables parsèment le livre. Malgré l’utilisation confuse par Antonio Gramsci de "l’intellectuel organique" pour l'appliquer aux idéologues nés et élevés dans la classe sociale qu’ils représentent, l’application de Kuhn du terme pour décrire la relation de Grossman à la classe ouvrière est mal choisie. Sa juxtaposition répétée de Grossman avec Georg Lukács et Léon Trotsky parle principalement de la prédilection de Kuhn. L’affinité présumée entre Grossman et Lukács n’est jamais rendue claire, alors que Trotsky était largement sans rapport avec Grossman. Ces moments marquent gratuitement une biographie autrement informative sur un théoricien important.

Notes
[1]. Henryk Grossmann, The Law of Accumulation and Breakdown of the Capitalist System, Londres, Pluto Press, 1992. Il s’agit d’une version abrégée de l’original à partir de laquelle les sections sur l’histoire de la théorie de la crise marxiste ont été éliminés. L’original a été réimprimé sous le titre Henryk Grossmann, Die Akkumulations- und Zusammenbruchsgesetz des kapitalistischen Systems (Francfort : Verlag Neue Kritik, 1970).
[2]. Voir les essais recueillis dans Henryk Grossmann, Aufsätze zur Krisentheorie (Francfort : Verlag Neue Kritik, 1971).
[3]. Jürgen Scheele, Zwischen Zusammenbruchsprognose und Positivismusverdikt. Studien zur politischen und intellektuellen Biographie Henryk Grossmanns (1881-1950) (Francfort : Peter Lang, 1999).
Contents Preface Acknowledgments Abbreviations 1. Growing Up in Galicia 2. Leading the Jewish Social Democratic Party 3. Respectable Careers 4. A Communist Academic 5. Marxist Economics and the Institute for Social Research 6. Exile and Political Reassessments 7. From Independent Scholar to East German Professor Notes Bibliography IndexDans la tradition de Marx et Rosa Luxemburg, Henryk Grossman a identifié l’expansion du capitalisme et de l’impérialisme avec la prédisposition du système aux crises économiques. Grossman considérait l’impérialisme comme un facteur qui compensait la tendance à la baisse du taux de profit. Son analyse a porté sur les effets du commerce extérieur, du monopole et de l’exportation de capitaux. Il peut fournir un cadre utile pour comprendre l’impérialisme contemporain.


Henryk Grossman sur l’impérialisme
par Rick Huhn


Le premier ouvrage publié par Grossman, en 1905, contribua à la controverse du mouvement ouvrier européen sur la stratégie la plus efficace pour contrer l’oppression nationale, qui était aussi un aspect des discussions contemporaines sur l’impérialisme et le colonialisme. Dans une analyse fortement influencée par le Bund, il souligne l’importance de l’auto-organisation des travailleurs juifs. En tant que dirigeant du Parti social-démocrate juif de Galice, Grossman examine le retard économique de la province polonaise d’Autriche-Hongrie. Cette analyse a été un élément de sa thèse de doctorat supérieure, achevée en 1914, qui traitait d’un aspect de l’impérialisme au cours d’une phase précoce de la transition au capitalisme en Europe de l’Est. Il a plaidé contre l’orthodoxie nationaliste polonaise que l’Empire des Habsbourg était responsable du retard de la Galice après son annexion.
Au contraire, entre 1772 et 1790, les politiques commerciales mercantilistes de Marie-Thérèse et de Joseph II pour leur nouveau territoire avaient favorisé le développement économique. Plus tard, il appuya l’argument de Lénine selon lequel la base matérielle du réformisme était l’émergence d’une « aristocratie ouvrière », achetée avec le butin de l’impérialisme. Ce qui suit, cependant, ne traite que des questions plus strictement économiques, en particulier le récit de Grossman sur le rapport entre les crises économiques et l’impérialisme. Il s’agit d’une première esquisse d’une section d’un projet plus vaste. Marx et Engels ont identifié le processus de la mondialisation capitaliste dans le manifeste communiste. Le besoin d’un marché en constante expansion pour ses produits poursuit la bourgeoisie sur toute la surface du globe. Il doit se nicher partout, s’installer partout.
La bourgeoisie, par l’amélioration rapide de tous les instruments de production, par les moyens de communication immensément facilités, attire toutes les nations, même les plus barbares, dans la civilisation. Les bas prix des marchandises sont l’artillerie lourde avec laquelle elle force à capituler la haine intensément obstinée des barbares envers les étrangers. Elle oblige toutes les nations, sous peine d’extinction, à adopter le mode de production bourgeois… Ils ont lié leur approche préliminaire aux crises économiques.

Depuis une dizaine d’années, l’histoire de l’industrie et du commerce n’est que l’histoire de la révolte des forces productives modernes contre les conditions modernes de production, contre les rapports de propriété qui sont les conditions de l’existence du bourgeois et de son règne. Il suffit de mentionner les crises commerciales qui, par leur retour périodique, mettent à l’épreuve l’existence de toute la société bourgeoise, chaque fois de façon plus menaçante… Dans ces crises, éclate une épidémie qui, à toutes les époques précédentes, aurait semblé absurde : l’épidémie de surproduction… Et comment la bourgeoisie surmonte-t-elle ces crises ? D’une part, par la destruction forcée d’une masse de forces productives; d’autre part, par la conquête de nouveaux marchés, et par l’exploitation plus approfondie de l’ancien.(ce passage est une citation du Manifeste)
Karl Kautsky et Rosa Luxemburg ont expliqué l’essor de la fin du XIXe siècle par l’expansion coloniale des États capitalistes les plus puissants, et la concurrence entre eux en termes de sous-consommation des crises économiques. Ils s’inspirent de l’argument du Manifeste et de certains passages du Capital. Ce n’est pas l’approche de Rudolf Hilferding dans son capital financier, qui a expliqué les crises en termes de disproportion entre les différentes industries et départements de production, ni n'a établi aucun lien particulier entre eux et l’impérialisme. Ni Nikolaï Boukharine non plus.
Le principal récit de l’impérialisme de Vladimir Ilitch Lénine ne comportait que les éléments suivants sur la question : « La nécessité d’exporter le capital découle du fait que, dans quelques pays, le capitalisme est devenu « trop mûr » et (en raison de l’état arriéré de l’agriculture et de la pauvreté des masses) le capital ne peut pas trouver un champ d’investissement « rentable ».
Grossman revint à l’insistance du Luxemburg sur le lien entre la tendance du capitalisme à la rupture et l’impérialisme. Sa Loi de l’accumulation et de l’effondrement du système capitaliste, publiée en 1929, est une présentation de sa reconstruction du récit de Marx sur les crises économiques découlant de la tendance à la baisse du taux de profit. Pour Grossman, comme pour Luxemburg, « la tendance croissante à l’effondrement et au renforcement de l’impérialisme ne sont que les deux côtés d’un même complexe empirique ». « L’impérialisme moderne des États capitalistes est l’effort nécessaire, à travers l’expansion économique dont la dernière étape est l’incorporation de territoires étrangers par l’État, pour surmonter la tendance à l’effondrement, l’échec de la valorisation, en assurant le flux de plus-value supplémentaire provenant de l’extérieur.. Malheureusement, la traduction anglaise du livre abrège considérablement une bonne partie de la discussion pertinente.
Le troisième chapitre de La loi de l’accumulation examine les contre-tendances à la tendance à la baisse du taux de profit, développe quelques arguments présentés par Marx sur quelques pages dans le volume 3 du Capital et en ajoute d’autres sur l’exportation de capitaux.
Commerce extérieur
En évaluant les implications du commerce extérieur, Grossman s’appuie sur une analyse déjà apparente dans ses premiers travaux sur les crises économiques, présentés en 1919. Dans un argument dirigé contre Rosa Luxemburg, récemment assassinée, sans mentionner son nom, il a rejeté l’hypothèse selon laquelle « l’existence de marchés étrangers non capitalistes est une condition indispensable pour réaliser  « la plus-value ». Son fondement implicite était l’utilisation par Otto Bauer des plans de production du volume 2 du Capital pour démontrer que l’accumulation de capital est possible sans recours à ses « tierces personnes ». Dans une étude de la pensée de l’économiste suisse du XVIII e siècle, Sismonde de Sismondi en 1923, et une démolition du livre de Fritz Sternberg sur l’impérialisme en 1928, Grossman a fait un point similaire1.

La loi de l’accumulation comprenait de nombreuses critiques de l’affirmation du Luxemburg selon laquelle l’impérialisme est la réponse du capitalisme à la nécessité de réaliser la plus-value. Au contraire, le colonialisme était motivé par la nécessité d’exploiter le travail et de créer de la plus-value. C’était même le cas du colonialisme capitaliste primitif du XV E siècle.
Dans sa conférence de 1919, Grossman avait attiré l’attention sur l’importance de saisir l’unité contradictoire des marchandises capitalistes comme des « valeurs d’usage », avec des caractéristiques matérielles particulières, et comme « valeurs », les produits de la main-d’œuvre humaine marchandisée. Or, il a souligné qu’« en augmentant la multiplicité des produits, le commerce extérieur a le même impact que la diversification des produits sur le marché intérieur. Une variété croissante de valeurs d’utilisation facilite l’accumulation et affaiblit la tendance à la dégradation. La production de nouveaux types de valeurs d’utilisation élargit les possibilités de créer de la plus-value.
Le commerce extérieur augmente les taux de profit en permettant de plus grandes économies dans l’échelle de production et de distribution. Avec une augmentation de la production, une réduction des coûts de production par l’utilisation de machines et d’équipements spécialement conçus d’une part, et la formation de travailleurs plus experts, d’autre part, deviennent possibles. Il en va de même pour le transport de plus grands volumes de matières premières et de produits finaux d’une industrie. Une plus grande échelle de distribution permet d’éliminer les intermédiaires, qui prennent leur part, et ainsi de réduire les dépenses improductives.
La transformation des valeurs en prix de production, par l’égalisation des taux de profit entre les différentes industries, ne se produit pas seulement au sein des économies nationales. La formation d’un taux mondial de profit entraîne que le commerce implique le transfert de la plus-value des pays moins développés vers les pays plus développés. Les matières premières produites avec une composition organique inférieure du capital se vendent en dessous de leur valeur, tandis que celles produites avec une composition organique plus élevée se vendent au-dessus de la leur. Il s’agissait d’une formulation rigoureuse d’une théorie de l’« échange inégal », un terme utilisé par Grossman bien avant que l’idée ne devienne à la mode en 1970.
Dès le Moyen Âge, comme Marx l’avait souligné, l’inégalité des échanges entre la ville et le pays était une source première d’accumulation de capital dans les villes. Le développement ultérieur et l’extension du mode de production capitaliste de l’économie urbaine à l’économie mondiale n’ont pas changé la nature de ce type de formation des prix, mais l’ont développée pleinement.
Aux stades avancés de l’accumulation, lorsqu’il devient de plus en plus difficile de valoriser le capital énormément accumulé, ces transferts [des pays moins développés vers les pays plus développés] deviennent une question de vie ou de mort pour le capitalisme. Cela explique la virulence de l’expansion impérialiste dans le stade tardif de l’accumulation du capital. Parce qu’il importe peu que les pays exploités soient capitalistes ou non capitalistes — et parce que ces derniers peuvent à leur tour exploiter d’autres pays moins développés.

(...) l’accumulation de capitaux à un stade tardif entraîne une concurrence accrue de tous les pays capitalistes sur le marché mondial. La volonté de neutraliser la tendance à l’effondrement par une valorisation accrue se fait au détriment des autres États capitalistes. Le pays technologiquement et économiquement le plus développé s’approprie la plus-value supplémentaire au détriment du pays le plus arriéré. Outre une pression plus aiguë sur les salaires et la lutte des classes contre la classe ouvrière, l’accumulation du capital produit une lutte toujours plus destructrice entre les États capitalistes, une révolution continue de la technologie, la rationalisation, Taylorisation ou Fordisation de l’économie, qui vise à créer le type de technologie et d’organisation qui peut préserver la supériorité concurrentielle sur le marché mondial. Contre Luxemburg (et les tiers-mondistes contemporains), Grossman a souligné que l’industrialisation des pays agraires n’intensifie pas la tendance du capitalisme à l’effondrement parce que la plus-value ne peut plus être réalisée.
« Au contraire, l’industrialisation signifie une augmentation des possibilités d’exportation des pays capitalistes développés. Les pays industrialisés, non agraires, sont les partenaires commerciaux les plus importants des autres pays industrialisés. Cela explique la synchronisation internationale croissante des booms et des dépressions.

Le monopole

Alors que la Grande-Bretagne était prééminente comme le pays le plus industrialisé sur le marché mondial, elle avait le monopole des avantages du commerce extérieur décrits ci-dessus. Lorsque l’industrie allemande et américaine a commencé à défier la Grande-Bretagne à partir des années 1860, « une concurrence fébrile a éclaté sur le marché mondial pour exclure les opposants et assurer le transfert de valeur pour une seule puissance » au moyen de monopoles mondiaux sur les matières premières. Si un monopole existe dans une industrie alors, au lieu que le prix d’une matière première baisse à mesure que la productivité dans l’industrie augmente, un monopole peut maintenir le prix élevé et extraire des super profits au détriment de son client.
Avec le développement des forces productives une plus grande masse de matières premières est traitée par chaque travailleur. Pour cette raison et parce que les domaines dans lesquels beaucoup peuvent être produits sont limités alors qu’ils ont des applications diverses, les possibilités de monopoles mondiaux des matières premières sont particulièrement grandes. En outre, un monopole des matières premières est exercé par un pays, les clients dans d’autres doivent payer plus pour les intrants vitaux2. Le pays exerçant le monopole est donc également en meilleure position pour dominer les industries plus élevées dans la chaîne de production.
Grâce à des hausses monopolistiques des prix, la plus-value supplémentaire est pompée de l’extérieur dans l’économie du pays avec le monopole et par conséquent la tendance à l’effondrement est affaiblie. Pour les pays contre lesquels le monopole est exercé, c’est le contraire et la tendance est renforcée. Sur la base de cette théorie, l’expansion impérialiste est directement compréhensible. La domination économique des grands territoires coloniaux et, en même temps, leur gestion monopolistique assurent d’importantes matières premières à l’industrie tout en affaiblissant les monopoles de concurrents hostiles.
Les principaux exemples de Grossman sont tirés de l’expérience des États-Unis, victimes de plusieurs monopoles britanniques dans les industries productrices de matières premières. Le sucre était donc un élément important de la colonisation de Cuba et d’Hawaï, arène de conflit entre les puissances impérialistes, notamment entre les États-Unis et l’Empire britannique.
Selon Grossman, « l’exportation de capitaux est aussi ancienne que le capitalisme moderne lui-même ». La tâche scientifique consiste à expliquer ce fait, donc à démontrer le rôle qu’il joue dans le mécanisme de la production capitaliste.
Il n’a pas suffi d’expliquer l’exportation de capitaux, comme l’a fait Hobson, en termes d’absence de possibilités d’investissement rentables au pays : « Pourquoi les investissements rentables ne se trouvent-ils pas chez nous? Varga, Boukharine, Hilferding et Bauer soutenaient que les profits pouvaient être plus élevés à l’étranger qu’au pays. Encore une fois, ils n’ont pas expliqué pourquoi. L’affirmation de Bauer que les taux de profit sont plus élevés dans les pays moins développés a oublié sa propre reconnaissance de la formation d’un taux mondial de profit qui, il l’avait lui-même reconnu, entraîne des échanges inégaux en faveur de pays dont la composition organique du capital est plus élevée
Grossman a également souligné que la composition organique du capital n’est pas toujours plus faible dans les parties les moins développées du monde. Sans utiliser cette expression, il a identifié le processus de développement combiné et inégal, par lequel dans ces domaines l’investissement prend la forme de « capital européen dans les formes les plus mûres qu’il a déjà assumées dans les pays capitalistes avancés. De cette façon, ils sautent sur toute une série d’étapes historiques, avec leurs peuples entraînés directement dans les mines d’or et de diamants dominées par un capital de confiance avec son organisation technologique et financière extrêmement sophistiquée. Lénine n’explique pas non plus suffisamment théoriquement le problème des exportations de capitaux, même s’il fait de nombreuses observations pointues sur le sujet ». Il s’agit notamment du passage récent de l’exportation typique de produits de base à l’exportation aujourd’hui typique de capitaux dominés par des monopoles, du superflu de la richesse dans les pays les plus avancés et des liens étroits entre les régimes, la haute finance et l’industrie. Ce récit intéressant ne va cependant pas au-delà des liens empiriquement identifiables, en particulier chez Lénine, qui peuvent s’expliquer par le caractère populaire de son texte… , pas d’analyse théorique des faits qui nous démontreraient la nécessité de l’exportation du capital sous un haut capitalisme. Lénine se limite à la simple insinuation que « la nécessité d’exporter le capital découle du fait que dans quelques pays le capitalisme est devenu « trop mûr » .
Conscient de la canonisation du dirigeant russe par le mouvement communiste, Grossman était diplomate dans ses critiques. Plus tard, la déification stalinienne totale de Lénine, qui le plaça au-dessus de toute critique, conduisit Grossman à mettre en garde Bill Blake, qui travaillait alors pour son propre compte sur l’impérialisme, que « Dans votre livre, vous devriez éviter toute critique directe de Lénine. Vous pouvez exprimer clairement votre point de vue différent, sans l’attaquer, sinon votre livre sera condamné comme hérétique. Vous pouvez dire que « le théoricien marxien plus âgé l’a dit. Aujourd’hui, la situation a changé », etc.
Grossman a associé l’exportation de capital sous forme de prêts, de crédits et d’investissements spéculatifs à une « suraccumulation absolue » au pays, lorsque l’investissement accru produit la même plus-value ou moins qu’auparavant. Des bénéfices sont encore réalisés, mais des investissements supplémentaires sont inutiles. C’est l’argument clé du deuxième chapitre de La loi de l’accumulation. Dans un modèle d’accumulation du capital, provenant de Bauer, lorsque l’accumulation de capital entraîne une réduction de la consommation propre des capitalistes « au lieu d’accumuler la plus-value… » c’est-à-dire qu’ils l’intégreront dans le capital initial — ils l’affecteront à l’exportation de capitaux. Dans cet état de « saturation du capital », « sans aucune chance de production, le capital est soit exporté, soit transféré à la spéculation », qui peut elle-même
être comprise comme « exportation intérieure du capital ». Contrairement aux arguments de Varga, de Boukharine, d’Hilferding et de Bauer, « Les profits à l’étranger ne sont pas plus élevés, mais une pénurie de débouchés d’investissement au pays est la cause fondamentale des exportations de capitaux. Les exportations de capitaux augmentent les taux de profit au pays de plusieurs façons. En liant le commerce aux prêts, l’industrie locale peut obtenir des commandes de produits exportés à des prix élevés et exclure les concurrents soutenus par d’autres États ou institutions financières. C’est une logique derrière de nombreux programmes d’aide. Les exportations de capitaux font également partie du processus de sécurisation des sources de matières premières et sont un moyen d’extraire des États qui ont emprunté pour faire face aux problèmes économiques. Grossman a concentré son analyse ultérieure sur les prêts étrangers comme un moyen par lequel les prêteurs obtiennent une réduction de la plus-value produite à l’étranger.
« Au cours de l’histoire du développement capitaliste, la « condition de saturation » décrite ci-dessus n’a pas été atteinte en même temps par les États individuels. Par conséquent, le moment de leur recours à l’exportation de capitaux et à la spéculation sauvage différait, selon le niveau d’accumulation de capital atteint, dans le cadre des forces de production existantes, du périmètre territorial et du cycle économique. Comme partout et toujours au chômage, le capital liquide a conduit à la spéculation, ainsi nous voyons aussi en Hollande, déjà au 17ème siècle le puissant développement de la spéculation boursière ».
« Comme partout et toujours au chômage, le capital liquide a conduit à la spéculation, ainsi nous voyons aussi en Hollande, déjà au 17ème siècle le puissant développement de la spéculation boursière. Avec une superficie trop petite pour offrir la possibilité d’un capital accumulé, au cours du XVIII e siècle, la Hollande s’est développée comme Etat rentier, par des prêts à des régimes étrangers et à des propriétaires de plantations. L’expansion rapide des exportations de capitaux sous forme de prêts a été une conséquence des niveaux élevés d’accumulation de capital atteints par la Grande-Bretagne dans les années 1820, La France dans les années 1860 l’Allemagne dans les années 1880 et les États-Unis dans les années 1920.
Comme Grossman l’a souligné plus tard, dès 1805, William Playfair a déjà identifié le processus à l’œuvre dans le capitalisme anglais. Playfair a fait valoir que les pays atteignent un point dans leur développement des producteurs agricoles pauvres aux nations industrielles riches quand plus de capital est disponible qu'il peut être investi de manière rentable. Ceci, a-t-il affirmé, était typique pour les nations modernes à un stade particulier de développement et a inauguré une période de déclin moral et économique. En attirant l’attention sur les tendances contraires au capitalisme qui pourraient, notamment lorsqu’elles sont promues par le gouvernement, retarder la tendance première à souffrir de désintégration et de désintégration, Playfair concilia cette conclusion avec ses tendances politiques conservatrices. Ces tendances contraires étaient « l’exportation de marchandises et de capitaux, la décentralisation du capital, d’autres formes de dépenses improductives.
Le plus efficace a été l’exportation de capitaux. Sinon, si le capital était investi au pays, les produits qui en résultaient devaient être exportés. Grossman a fait remarquer que « [l] le problème ne se posait qu’au début du XX e siècle, comme l’a encore soulevé J. A. Hobson, dont le travail a donné lieu à toute une littérature. Car, à la fin du XIX e siècle, la prolifération des pays développés avait créé une nouvelle situation. Lénine avait tout à fait raison de supposer que le capitalisme contemporain, basé sur la domination du monopole, est typiquement caractérisé par l’exportation du capital. La Hollande était déjà devenue un exportateur de capitaux à la fin du XXIII e siècle. La Grande-Bretagne a atteint ce stade au début du XIX e siècle, la France dans les années 1860. Pourtant, il y a une grande différence entre les exportations de capital du capitalisme monopolistique d’aujourd’hui et celles du capitalisme primitif. L’exportation du capital n’était pas typique du capitalisme de cette époque. C’était un phénomène transitoire, périodique, qui était toujours interrompu tôt ou tard et remplacé par un nouveau boom.


Aujourd’hui, les choses sont différentes. Les pays capitalistes les plus importants ont déjà atteint un stade avancé d’accumulation où la valorisation du capital accumulé rencontre des obstacles de plus en plus graves. La suraccumulation cesse d’être un simple phénomène passager et commence de plus en plus à dominer l’ensemble de la vie économique.
Cette assimilation de la position de Lénine à celle de Grossman fut suivie d’une critique implicite de l’impérialisme, le stade le plus élevé du capitalisme, sous la forme d’une attaque contre l’une de ses principales sources, le capital financier de Hilferding. Hilferding se trompait en arguant que le capital financier était une tendance historique du capitalisme. Au contraire, la prépondérance des banques ne s’appliquait qu’à une phase particulière du développement capitaliste. À de faibles niveaux d’accumulation, l’industrie dépendait de fonds extérieurs, mobilisés par les banques.
Mais, à des niveaux d’accumulation plus élevés, l’industrie tend à devenir autofinancée. Enfin, dans une troisième phase, l’industrie éprouve de plus en plus de difficultés à obtenir un investissement rentable, même de ses ressources propres, dans l’entreprise d’origine. Ce dernier utilise ses profits pour attirer d’autres industries dans sa sphère d’influence » au moyen du marché monétaire. L’industrie domine les banques.
Les arguments de Hilferding, alors qu’il était pendant toute une période ministre des Finances de l’Allemagne dans les années 1920, étaient opposés à la conception du capitalisme selon Grossman et Lénine et à la lutte pour le socialisme : « La tendance historique du capital n’est pas la création d’une banque centrale, disait-il, qui domine toute l’économie par le biais d’un cartel général, mais la concentration industrielle et l’accumulation croissante du capital conduisant à la rupture finale due à la suraccumulation ».
Plus la libre concurrence est remplacée par une organisation monopolistique sur le marché intérieur, plus la concurrence s’intensifie sur le marché mondial. Si le débit d’une rivière est artificiellement bloqué par un barrage d’un côté du cours d’eau, elle s’enfonce avec encore moins de retenue sur le côté encore ouvert. Si l’accumulation de capital dans le mécanisme capitaliste se produit sur la base de la concurrence entre les entrepreneurs individuels ou d’une série de cartels, Les associations de production capitalistes qui luttent les unes contre les autres ne sont pas pertinentes pour l’émergence de la tendance à la rupture ou à la crise.
Grossman en 1937 a également identifié les murs tarifaires et l’abandon de l’étalon-or, quand les pays ont cherché à réduire les prix de leurs produits par la dévaluation de la monnaie et la réglementation, qui étaient les formes de concurrence internationale qui divisent le marché mondial en territoires distincts. Les dévaluations ont également servi à baisser les salaires dans les pays où les syndicats étaient forts. Pendant le long boom des années 1950 au début des années 1970, les facteurs de contre-coup ont clairement dépassé la tendance à l’effondrement du capitalisme. C’était une période d’investissement rapide au pays et à l’étranger. Mais le programme national de néo-libéralisme durant la période suivante correspond au modèle décrit par Grossman en 1929, lorsqu’il anticipa une grave crise mondiale. Il a fait valoir que la tendance à l’effondrement du capitalisme conduit les classes dirigeantes de plus en plus désespérées à initier des luttes pour rétablir les taux de profit au détriment de la classe ouvrière.
En même temps, la dévalorisation du capital à travers les crises — comme celles qui ont frappé l’Europe de l’Est après l’effondrement des régimes staliniens, l’effondrement économique asiatique de la fin des années 1990 et l’effondrement de l’Argentine en 2002 — peut pour un temps relancer les taux de profit. Le rôle des produits chinois bon marché, les efforts des États-Unis pour monopoliser l’approvisionnement en pétrole, l’échelle phénoménale des flux financiers mondiaux et les conflits sur les taux de change, suggèrent que l’observation de Grossman sur l’impérialisme est finalement pertinente :

« Il est donc clair que la lutte pour les sphères d’investissement est aussi le plus grand danger pour la paix mondiale. Que cela n’implique pas de prévision de l’avenir devrait être clair pour quiconque étudie les méthodes de la « diplomatie du dollar » avec l’attention appropriée ».

NOTES:

1Kautsky a écrit sur l’impérialisme pendant plus de 40 ans. Même avant de changer de position, peu de temps avant la Première Guerre mondiale, il soutenait qu’il n’y avait pas nécessairement de lien entre l’impérialisme et la guerre, ses récits de l’impérialisme n’étant pas toujours cohérents.
2 Dans le langage économique, un intrant (parfois input, notamment dans l'industrie) est un élément entrant dans un processus de production ; il est opposé à extrant (parfois output) qui est un élément sortant d'un processus, en général à destination d'un marché ou de l'environnement. Il s'agit typiquement, dans l'industrie, de matières premières et de force de travail, dans les services, d'informations et, dans l'agriculture, d'engrais et de pesticide



Références


Bauer, Otto 1986 [1913], ‘The Accumulation of Capital’, History of Political Economy, 18, 1: 88-110. Bukharin, Nikolai 1973 [1917, written 1915] Imperialism and World Economy, New York: Monthly Review Press. Grossman, Henryk 1905, Proletariat wobec kwestii żydowskiej z powodu niedyskutowanej dyskusyi w “Krytyce”, Kraków. Grossman, Henryk 1907, Der Bundizm in Galitsien, Krakow: Ferlag der Sotsial-democrat. Grossman, Henryk 1906, ‘Vegn unzere agitatsie un propaganda’ Sotsial-demokrat, August 24: 2. Grossman, Henryk 1912, ‘Polityka przemysłowa i handlowa rządu Terezynansko-Józefińskiego w Galicyi 1772-1790: Referat na V. Zjazd prawników i ekonomistów polskich’, Przegląd prawa i administracyi. Grossman, Henryk 1923a ‘Przycznek do historji socjalizmu w Polsce przed laty czterdziestu’ in Karol Marks Niewydane Pisma Warsaw: Książka: iii-xxvii Grossman, Henryk 1923b, ‘Ekonomiczny system Karola Marksa’ Kultura Robotnicza, 2, 10, 32, 17 March: 295-299. Grossman, Henryk 1924, Simonde de Sismondi et ses theories economiques. Une nouvelle interpretation de sa pensee, Warsaw: Bibliotheca Universitatis Liberae Polniae, fasc. 11. Grossman, Henryk 1948 ‘William Playfair, the earliest theorist of capitalist development’ The Economic History Review, 18, 1-2: 65-83. Grossman, Henryk 2000 [1922], ‘The Theory of Economic Crises’, Research in Political Economy, 21: 171-180. Grossmann, Henryk 1928, ‘Eine neue Theorie über Imperialismus und die soziale Revolution’. Archiv für die Geschichte des Sozialismus und der Arbeiterbewegung, 13: 141-192.


43 Grossmann 1985, pp. 417-420. I am grateful to Tobias ten Brink for pointing this out to me. Also see letter from Grossman to Max Horkheimer, November 6 1936, Horkheimer 1995, pp. 713-714. 44 Grossmann 1970, p. 572; an abbreviated discussion of the issue is in Grossman 1992, p. 197
Grossmann, Henryk 1929, ‘Die Änderung des ursprünglichen Aufbauplans des Marxschen “Kapital” und ihre Ursachen’, Archiv für die Geschichte des Sozialismus und der Arbeiterbewegung, 14: 305-338. Grossmann, Henryk 1970 [1929], Das Akkumulations- und Zusammenbruchsgetz des kapitalistischen Systems (zugleich eine Krisentheorie), Frankfurt am Main: Verlag Neue Kritik. Grossmann, Henryk 1971 [1932], ‘Die Fortentwicklung des Marxismus bis zur Gegenwart’, in Grossmann and Grünberg 1971: 281-336. Grossmann, Henryk 1985 [1937], ‘Diskussion aus einem Seminar über Monopolkapitalismus (1937)’, in Max Horkheimer Gesammelte Schriften 12 Nachgelassene Schriften 1931-1949 Frankfurt am Main: Fischer: 417-430. Grossmann, Henryk 1992 [1929], The Law of Accumulation and Breakdown of the Capitalist System: Being also a Theory of Crises, London: Pluto Press. Grossmann, Henryk and Carl Grünberg 1971 [1931-1933], Anarchismus, Bolschewismus, Sozialismus: Aufsätze aus dem Wörterbuch der Volkswirtschaft, Frankfurt am Main: Europäische Verlagsanstalt. Hilferding, Rudolf 1981 [1910], Finance Capital: A Study of the Latest Phase of Capitalist Development, London: Routledge & Kegan Paul. Hilferding, Rudolf 1982 [1927], ‘Die Aufgaben der Sozialdemokratie in der Republik’, in Rudolf Hilferding Zwischen den Stühlen oder über die Unvereinbarkeit von Theorie und Praxis: Schriften Rudolf Hilferdings 1904 bis 1940, Bonn: J. H. W. Dietz: 214-36. Horkheimer, Max 1995, Gesammelte Schiften 15: Briefwechsel 1913-1936, Frankfurt am Main: Fischer. Kautsky, Karl 1975 [1907] ‘Socialism and Colonial Policy’ http://marxists.anu.edu.au/archive/kautsky/1907/colonial/ Kautsky, Karl 1970 [1915], ‘Ultra-Imperialism’, New Left Review, 59,
Kautsky, Karl 1970 [1915], ‘Ultra-Imperialism’, New Left Review, 59, January-February: 41–6. Kuhn, Rick 2004, ‘Economic Crisis and Socialist Revolution: Henryk Grossman’s Law of accumulation, its first critics and his responses’, Research in Political Economy, 21: 181-221. Kuhn, Rick 2005, ‘Henryk Grossman and the recovery of Marxism’, Historical materialism 13, 3: 57100. Kuhn, Rick 2006, Henryk Grossman and the recovery of Marxism, Champaign: University of Illinois Press. Lenin, Vladimir Ilych 1977 [1916], Imperialism: The Highest Stage of capitalism, Selected Works Volume 1, Moscow: Progress Publishers: 634-731. Luxemburg, Rosa 1963 [1913], The Accumulation of Capital, London: Routledge. Marx, Karl 1976 [1867], Capital Volume 1, Harmonsworth: Penguin. Marx, Karl 1978 [1884], Capital Volume 2, Harmonsworth: Penguin. Marx, Karl 1981 [1894], Capital Volume 3, Harmonsworth: Penguin. Marx, Karl and Frederick Engels 1970 [1848], Manifesto of the Communist Party Progress Publishers, Moscow. Sternberg, Fritz 1971 [1926], Der Imperialismus, Frankfurt: Verlag Neue Kritik. 



mardi 9 juin 2020

LES GILETS NOIRS DU LUMPENPROLETARIAT


« L’aristocratie financière, dans son mode de gain comme dans ses jouissances, n’est pas autre chose que la résurrection du Lumpenproletariat dans les sommets de la société bourgeoise ». Karl Marx
« Il ne suffit pas d’être non raciste, nous devons être antiracistes! Dites-le à haute voix !!! ». Yannick Noah (représentant et rabatteur du vedettariat)

« Virez les flics racistes », « Le suprémacisme blanc est le virus », « Le racisme est la pandémie ». Aux Etats-Unis la maire afro-américaine de Washington, Muriel Bowser, a décidé de rebaptiser l’avenue qui donne sur le parc Lafayette et au-delà sur la Maison Blanche. Le slogan a été peint en gigantesques lettres jaunes sur toute la largeur de la chaussée. La visualisation de l'étouffement de George Floyd avait provoqué l'indignation unanime et mondiale. Il ne restait plus qu'à formaliser cette indignation dans l'idéologie et empêcher la réflexion politique. Certains croyaient déjà à un nouveau « soulèvement universel de la jeunesse » comme en cette antique année 1968, et se profiler une véritable indignation anti-capitaliste quand l'affaire se dégonfla aussitôt par l'appel à se comporter en citoyen électeur et à revendiquer une police gentille et désarmée, laissant toute latitude à la récupération pipolesque et grotesque. Toute la nouvelle campagne idéologique antiraciste des gilets noirs est pourtant clairement une campagne de déviation de la lutte de classe à venir autrement subversive et inquiétante pour l'Etat bourgeois. Ces gilets noirs sont pourtant aussi réacs que les gilets jaunes puisqu'ils ont banni de leur défilé une nonne CGT qui venait quêter avec fanion CGT pour une boite en grève, malgré sa fonction de femme-sandwich cette pauvre fille était pourtant une (faible) référence au prolétariat, mais encore trop choquante pour le lumpenprolétariat totalitaire1.
Alors que la pandémie du covid est toujours aussi menaçante pour l'humanité, une autre pandémie est venue tenter de s'y substituer : la pandémie de l'antiracisme. Laquelle a déjà fait deux victimes, reines de l'attentisme, du fait de leur étrange silence : Macron et le CCI (pour ceux qui ne connaissent pas tapez : revolutioninternationale)2. Certes on nous a « réveillé » sur le fait que le racisme est méchant, qu'il doit être interdit d'y penser, d'autant qu'il nous a été permis de voir qu'il tue avec un genou de policier. On a vu un homme agoniser en un peu plus de huit minutes, mais on met des jours à nous enterrer toute sérieuse réflexion politique. Sur facebook, j'ai commis une erreur d'appréciation immédiatement en écrivant « on tue un frère de classe », or ce n'est pas vrai pour les deux cas qui ont été subitement exhibés comme victimes du « racisme policier ». Floyd et Traoré étaient des éléments du lumpenprolétariat3. Cela ne légitimait pas de les tuer par étranglement (quoique Traoré se soit connement débattu) mais imaginez si cela avait été le cas de deux ouvriers blancs ou roux d'une usine en grève ; est-ce que nos bobos universels auraient été autant indignés ? Chercherait-on à nous livrer un remake d'une affaire Dreyfus noire ?4
On met illico l'accent sur le fait que c'étaient des victimes toutes désignées par leur couleur de peau, des hommes noirs ! et la mayonnaise prend : voilà la preuve une nouvelle fois du « racisme institutionnel », et de nous lister un nombre de noirs victimes de l'acharnement policier. Pourtant, même en moindre nombre, ont existé des victimes « blanches » des violences policières aussi criminogènes jusqu'à la simple torture, celle du petit Gabriel paralysé au sol par une policière (la femme est enfin l'égale de l'homme) et massacré à coups de tatane dans la gueule par un lâche tortionnaire en uniforme. Hélas pour les racialistes qui drivent l'indignation antiraciste, Gabriel est blanc, comme est blanc l'homme âgé qui se fait renverser brutalement par une cohorte de nains robocops US, et finit à l'hôpital la tête en sang. Le 22 janvier dernier, le livreur blanc Cédric Chouviat est tué par plaquage ventral par des policiers bien de chez nous sans que le clan familial Traoré ne s'en émeuve, ce n'était sans doute qu'un blanc de moins... La répression policière létale des pays démocratiques n'est donc pas un « privilège » réservés aux noirs ! Je n'ai jamais entendu aucun de ces petits bourgeois communautaristes de banlieue victimaire dénoncer les LBD de monsieur Macron, lesquels ne crevaient les yeux que des petits blancs « racistes » en vestes jaunes. Le lumpen de banlieue riait de voir les flics s'en prendre aux « français de souche »5.
Je n'ai pas vu la soeur d'Adama ni aucun des braillards racialistes noirs de la grande manif interdite (qui fait croire au triomphe de la noble racaille du 93) lors de l'enterrement de Sarah Halimi au cimetière de Bagneux, où j'ai croisé ce jour-là Macron portant kippa en compagnie de son toutou Alexandre Benalla. La vieille dame juive avait été assassinée dans des conditions atroces par un clochard noir. En décembre 2019, la cour d'appel (antiraciste) de Paris a conclu à l'irresponsabilité pénale de Kobili Traoré (sic!), « auteur des faits ». On ne sait pas s'il faisait partie de la famille d'Adama et d'Assa. Le condamner comme criminel à des dizaines d'années de prison aurait certainement été dénoncé comme « jugement raciste » ! Voire aurait provoqué la naissance d'un nouveau comité « vérité pour Kobili ».
Si l'on en croit le principal ami des policiers actuels en France, et leur principal porte-parole sur Cnews (mieux que les syndicats policiers aussi traîtres à leur base et collabos que les syndicats pour ouvriers), Eric Zemmour le constitutionnaliste, seule la police a le droit d'exercer la violence. Ce qui est vrai mais ce qui n'est pas normal, car elle doit pouvoir être violentée à son tour si elle abuse, or, avec la plupart des victimes récentes, noires ou blanches, il n'y avait pas rébellion mais acharnement sur personne sans défense. Ce constat ne part pas donc principalement du fait que telle victime était victime parce que noire mais du fait qu'il s'agit d'une violence arbitraire d'Etat et de l'Etat d'une classe exploiteuse. Ce qui ne relève point d'un racisme quelconque mais de l'abus d'autorité du principal instrument d'une classe dominante, qui a pour habitude de se décharger sur ses grouillots si cela tourne mal.
Les deux meurtres emblématiques des deux côtés de l'Atlantique ne concernaient pas des innocents passants comme le prétend le clown Omar Sy, mais des types qui vivaient d'expédients et dans le milieu interlope de la petite délinquance, de ce qu'on appelait jadis la populace. Le garde du corps Alexandre Benalla est d'ailleurs la quintessence du lumpenprolétariat parvenu au sommet de la société bourgeoise, pour reprendre la formule de Marx en exergue de cet article. L'attrait des gens du pouvoir pour les milieux interlopes est une lapalissade : affaire Markovic, la françafrique, etc. Macron est le peu discret continuateur de ce clientélisme : visite au guru Raoult, coups de fil aux pipoles, et comme on va le voir aux familles de « repris de justesse », comme aurait dit San Antonio.
Au XIXe siècle la distinction entre populace et peuple restait floue ; contrairement à ce que nous serinent certains doctes marxistes bègues, à notre époque encore, les frontières entre les classes ne sont jamais limpides. Le marginal qui vit d'expédients peut très bien être marié avec une femme prolétaire femme de ménage et des enfants qui vont sagement à l'école. Le problème avec ce genre d'individus est qu'ils sont instables, ont une propension familiale à la délinquance et sont toujours prêts à franchir les limites, et avec la plus grande violence... mais qui peut dire de nos jours avoir toujours envie de rester dans les limites ? Leur instabilité sociale les rapproche d'ailleurs des factions d'extrême gauche, composées surtout de blancs bobos très versatiles en politique, prêts à voter pour le diable et sa grand-mère dès qu'on leur agite sous le nez le chiffon Le Pen. Dans cette mouvance, ils retombent tous un jour ou l'autre dans l'invention du voyou comme un révolutionnaire qui s'ignore. Post-68, plusieurs brûlots s'intitulèrent « Négation » ou « Le Voyou ». Pour le philosophe tiers-mondiste Franz Fanon, seul le lumpen prolétariat était à même de se rebeller contre l'ordre établi, or, tout a démontré depuis 50 ans que le lumpen a servi à maintenir l'ordre établi, soit comme punching-ball soit par son enrôlement sous l'uniforme de flic, ce qui explique aussi en partie pourquoi des flics – plus autant issus de la paysannerie mais de la « banlieue » multiraciale - se conduisent comme des voyous dans la façon de s'emparer des personnes et de les brutaliser.
La masse des braves bobos antiracistes qui se sont agités de par le monde n'a pas jugé utile de relever le CV des victimes emblématiques – des lumpens - ni nos flics d'extrême gauche moraliste de Libé et Médiapart, flics moralistes politiques bien entendu ; la majorité de la population et des ouvriers si, (n'oubliant pas que les flics risquent leur vie aussi dans les quartiers où règnent dealers et gurus islamistes divers). Personne n'a oublié que les flics étaient applaudis à l'époque des attentats et même au début de la pandémie. La double nature des flics n'est pas insaisissable comme la flagornerie anti-raciste : le CRS maître nageur est en même temps celui qui crève les yeux des manifestants avec un LBD. La flagornerie anti-raciste s'autorise d'insulter les flics blancs trop zélés tout en couvrant tous les petits trafics parasitaires menaçant et rançonnant la classe ouvrière en banlieue. Cet antiracisme totalitaire si bien incarné par le gang de Médiapart est allé trouver un réseau privé où des flics se défoulent des insultes et de l'ostracisme dont ils sont systématiquement l'objet, aussitôt le commis de Macron, le déontologue Castaner, pour contenter le lumpenprolétariat et la bobocratie, s'est précipité pour annoncer que ces moqueurs allaient être pourchassés et « suspendus » systématiquement comme délictueux6.
La Vox populi, elle, n'est pas dans le déni de réalité et sait pourquoi il y a une surreprésentation de noirs et d'arabes en prison, et pourquoi cela n'est pas dû au racisme... c'est pourquoi Trump n'a pas été ébranlé comme garant de l'ordre et Macron pas encore. Nos « gilets noirs », made in America, révoltés démocratiques, très impérativement et sans honte, promettent une nouvelle fois « plus jamais ça » et agitent ce curieux slogan « les noirs ont le droit de vivre » qui pourrait tout aussi bien être remplacé par celui-ci : « les flics en tant que représentants de l'Etat national ont le droit de tabasser de la même façon tout le monde, toutes races confondues » ! Ce qu'ils font pourtant ordinairement, sans aucun racisme contre tout manifestant rétif à « circuler ».
POURQUOI LES « GILETS NOIRS » ONT-IL FAIT PEUR COMME LES « GILETS JAUNES » ?
Il est clair qu'une partie des politiciens américains et français s'est faite porte-parole du lumpenprolétariat, en faisant de nécessité vertu, au tournant de cette campagne antiraciste mondiale totalitaire qui efface les classes et les questions fondamentales en politique de l'heure et de leurre. On peut même considérer que le sommet de l'Etat se sert du lumpenprolétariat comme le lumpenprolétariat se sert de l'Etat. Le plus frappant - ce qu'on avait déjà remarqué au moment le plus inquiétant du mouvement des gilets jaunes en France en décembre 2018 - c'est que la motivation de l'Etat bourgeois à saluer et à approuver les pires âneries populacières est la PEUR. Pas la peur de perdre les élections ni d'une véritable insurrection, mais la peur du chaos que certains dépeignent comme une future guerre civile communautariste. En 2018, même le grand patronat avait pris peur, pourtant le mouvement hétéroclite et colérique des gilets jaunes n'était ni subversif ni dangereux pour la pérennité de l'Etat. La peur de l'élite bourgeoise témoigna du niveau de décomposition du contrôle de la société par l'Etat. C'est pourtant grâce à la peur non d'une indignation particulière, mais du covid, que la bourgeoisie française a pu imposer deux mois durant silence et discipline à l'ensemble de la société. Ce n'était que décomposition remise sous couvert des simagrées d'un vivre ensemble sanitaire, si je peux le formuler ainsi. Pour calmer les gilets jaunes, il avait fallu lâcher du lest (financier) alors que la doxa était encore « combler la dette » quand aujourd'hui la mode est à faire exploser la dette sans complexe à des niveaux faramineux. Par quel moyen calmer les gilets noirs ? Tirer dans le tas ? Les dénoncer comme communautaristes néo-islamistes ?
La méthode du principal professeur agrégé et bourgeois apeuré, nommé Luc Ferry, n'avait pas été suivie lors de l'épisode en jaune ; il avait fait appel aux flics pour pacifier le pays : « Qu’ils se servent de leurs armes une bonne fois » contre « ces espèces de nervis, ces espèces de salopards d’extrême droite ou d’extrême gauche ou des quartiers qui viennent taper du policier ». La bourgeoisie ne pardonne jamais à ceux qui lui ont fait peur, ses valets, quand la menace s'éloigne, les couvrent de boue7,, . Elle me peut plus « tirer dans le tas » no par peur de l'émeute des banlieusards plus ou moins maqués par les fadaises islamiques, mais par un prolétariat qui, apparemment atone, a quand même été choyé par un salaire garanti par l'Etat durant le plus fort de l'épidémie, et qui, en guise de reconnaissance, est plus ingrat que celui de 1945, puisqu'il ne veut pas entendre parler de baisse des salaires ou de partage du travail « pour reconstruire ». Et dieu sait si on a flatté ses premières lignes dites « invisibles », surtout ceux du 93 dont on se régale de les englober dans la mystification antiraciste victimaire pour mieux les couper du reste du prolétariat, et leur faire croire à une réforme de la police.
Trump a eu également peur des « gilets noirs », et a dû faire se replier ses cohortes en uniforme. C'est en France que la lâcheté étatique vient de se révéler au grand jour, moins subtilement qu'aux Etats-Unis. Autant les gilets jaunes furent couverts de boue, autant les gilets noirs sont couverts d'éloge pour leur antiracisme « systémique » et leur « haine » systématique de la police et de la France en particulier. A leur place je me serais méfié du retournement étatique et de son extraordinaire capacité de récup.
Ce lundi les chaînes d'info en continu nous apprenaient que Macron aurait dialogué avec la famille Traoré, quand la ministre de la justice Belloubet avait essuyé un refus de cette même famille de repris de justesse8. On courtise ouvertement le lumpenprolétariat désormais ? Comme Hitler courtisa les petits commerçants ? Peur de perdre des points à l'échelle de la popularité ? Peur d'être obligé d'envoyer l'armée ? Peur de perdre les voix des centaines de milliers de bobos qui ont voté pour lui pour faire barrage à la pandémie Le Pen ?
Du point de vue juridique, comme l'ont expliqué des avocats, c'est une hérésie. Un président de la république comme un parlementaire sont rigoureusement interdits de communiquer avec quiconque est sous le coup d'un jugement ou dans une procédure juridique ; et la famille Traoré les collectionne les affaires judiciaires, à tort ou à raison, en atténuant avec arrogance ses zones obscures sous l'argument victimaire des frasques réelles ou en reprochant à la justice et aux flics de les persécuter. Dans la décomposition du capitalisme l'Etat ne peut que se livrer au népotisme le plus éhonté, aux flatteries du lumpen, et tenter de couvrir toujours plus la corruption et le suivisme de ses élus et débauchés de tous les partis.
Plus grave est le fait de valider une prétendue représentation des gilets noirs, avec une cohorte de voyous certifiés et de prédicateurs hystériques - (comme tous ces médecins de pacotille qui nous expliquaient que le masque ne servait à rien) - quitte à se mettre à dos une bonne partie de sa propre police et surtout à faire grimper le vote FN. Personne ne doutera que, malgré son silence, Macron est revenu à la manœuvre après avoir été aussi attentiste qu'au début de l'esclandre des gilets jaunes. Il sait que l'antiracisme est le levier pour ficeler la protestation et la dissoudre dans le temps. Mieux encore, en donnant son aval au vœu des parangons de l'antiracisme – car le racisme n'est pas prêt de cesser et surtout pas par des injonctions morales de racistes anti-blancs – la démarche clientéliste contente les communautarismes en même temps qu'elle divise le prolétariat, entre autochtones et « racisés », cette nouvelle fleur de rhétorique inventée par le racialisme banlieusard.
La peur du chaos se guérirait-elle par la racialisation des questions sociales, comme Macron s'était fait fort de dissoudre la colère des gilets jaunes par un bla-bla ininterrompu et la crise des retraites en laissant la vie sociale étouffée par des grèves corporatives sans fin ?
La lourdeur bureaucratique de l'Etat, que l'on avait nettement subie avec la longue négation de l'absence de masque et la chloroquine, se reproduit avec la question des violences policières. Alors que, même si l'antiracisme en masque l'importance, gilets jaunes et gilets noirs ont porté comme premières revendications : la suppression des LBD et du plaquage ventral, le petit Castaner vient nous annoncer qu'il sera mis fin à la technique de l'étranglement dans les écoles de police. On est d'abord sidéré que dans nos écoles policières on leur apprenne à... étrangler ! Mais c'est comme l'inutilité des masques ou la nocivité de la chloroquine : il ne fallait pas en porter ni chercher à se servir d'un vieux médicament possiblement salvateur, ce qui était inconcevable et ultra dangereux. Donc le plaquage ventral, pas question de le mettre en cause. Par défaut on supprimera l'étranglement et le serrage du cou. Pourtant le livreur blanc Cédric Chouviat, comme tant d'autres noirs ou presque blancs, n'est pas mort étranglé mais sous l'effet du plaquage ventral. Combien de nouveaux morts sous le poids de cinq cerbères faudra-t-il pour que le ministre de la flicaille demande qu'on cesse de l'apprendre aux apprentis policiers ?
Des racialistes pilotés par les services secrets ?
Pour combattre le mouvement dit d'émancipation des noirs au cours des sixties, la répression n'aurait pas suffi. Je pense que les exagérations et délires des « pires » racialistes sont fortement encouragés voire inventés par des professionnels adéquats. Je ne suis pas du genre à aimer les théories complotistes, quoique les complots soient toujours possibles, mais l'étude de Gary T.Marx – L'agent provocateur et l'indicateur – m'a interrogé sur le fonctionnement des mafias antiracistes actuelles en comparaison avec le racialisme des blacks panthers dont une chanteuse nunuche pour enfants a cru intelligent de reprendre une des chansons d'appel à zigouiller les policiers :
« Un pourcentage appréciable de civils ont été indicateurs politiques et indicateurs criminels, soit simultanément, soit successivement, en particulier dans le mouvement noir. En fait, la contestation politique qui est légale et les drogues qui sont illégales procèdent de la même culture de la jeunesse : certains groupes comme les Panthers ou les Black Muslims cherchaient à recruter parmi les gens d'origine modeste et ayant un passé criminel ; certaines actions frôlèrent d'ailleurs les limites du crime, ou tout au moins réclamaient des compétences propres au monde hors la loi. Lorsque la frontière entre le crime et la contestation devint floue, vers 1965, avec l'apparition des émeutes noires, les sit-in d'étudiants et les groupes tels que le Weatherman, la police qui avait déjà des images, un discours et des procédés pour les cas criminels (spécialement ceux où l'Etat est le plaignant et non un individu) les appliqua aussi aux cas politiques. La rhétorique de la Guerre Froide qui liait, à partir de 1960, la politique et le crime (cf. les références de J. Edgar Hoover au «monde communiste souterrain ») a également poussé la police à agir. La méthode du FBI était d'encourager les indicateurs entraînés au monde du crime à changer de spécialité pour s'occuper de la contestation raciale ».
« Peu de groupes contestataires sont composés de blancs, diplômés, ayant dépassé la trentaine, de religion chrétienne, du sexe masculin, nés américains, menant une existence conformiste, tous éléments qui caractérisent les bons policiers. Quand on a utilisé la police régulière, ce furent en général de jeunes recrues. De tels agents ont moins de chances d'être reconnus et leur jeunesse leur facilite l'entrée. Ces caractères liés que sont la classe sociale et l'expérience des membres ont probablement plus facilité l'infiltration de la police dans le mouvement syndical, les groupes de droite, et les groupes noirs tels que les «Muslims » et les «Panthers » au statut plus bas, que dans la «Nouvelle Gauche » qui drainait des étudiants et des membres de l'intelligentsia. Il semble que les autorités ont eu moins de succès pour trouver les responsables de la violence dans les groupes blancs du type Weatherman que parmi les groupes noirs extrémistes de droite ».
« Des civils sont indicateurs pour de multiples raisons et ont des passés différents. Certains sont des Américains moyens, d'autres à la recherche d'un statut civil avec des motivations patriotiques ; d'autres viennent des milieux criminels urbains et sont intéressés par les récompenses de différentes natures ».
« L'insécurité de statut, qui a été longtemps considérée comme un facteur d'incitation à l'extrémisme, peut également pousser à la délation, au patriotisme exacerbé, au conformisme comme moyen d'accès vers les groupes dominants. Par exemple, alors qu'il était bien connu que les Juifs étaient très nombreux dans les groupes révolutionnaires en Russie, il est probable qu'ils abondaient aussi dans la police secrète. Ceci semble se vérifier pour plusieurs affaires contemporaines, comme celle de Tommy the Traveller qui est à moitié Thaï et celles de quelques nouveaux Américains originaires de pays communistes ».
« Ceux qui ont des motivations idéologiques ou personnelles ont plutôt tendance à aller offrir d'eux-mêmes leurs services bénévoles à la police. Ceux que la police «enrôle » sont, au contraire, des stipendiés : la police marchande l'infiltration avec ce qu'elle peut monnayer — immunité contre des poursuites judiciaires, argent, libération, aide pour naturalisation ou pour résoudre des problèmes avec les autorités administratives ».
« Quand une société se sent de plus en plus menacée par des groupes dissidents — peut-être aidée en cela par les cris d'alarmes de la police — elle développe son appareil de contrôle social et ainsi aide à la naissance d'une nouvelle dissidence et de la violence. Des actes, qui jusqu'alors étaient tolérés, ne le sont plus (rassemblements spontanés dans certains quartiers de la ville, présence dans les rues la nuit, meetings et marches, achat d'armes et de munitions, etc.) ».
« Si l'on considère cependant les agents provocateurs et l'éventualité du traquenard, on peut ajouter une nouvelle dimension à l'analyse du comportement déviant. Non seulement les parangons de la morale ont joué un rôle dans la définition de certains comportements comme illégaux, mais aussi les «parangons du respect de la loi » peuvent inciter alors certaines catégories de gens à enfreindre ces règles ou à se vanter de l'avoir fait. La tendance des autorités à créer le phénomène qu'elles contrôlent se retrouve à nouveau ».
« Si la distinction entre le crime et la politique est rendue floue, la police, qui a déjà une expérience de l'utilisation des indicateurs, de l'infiltration et occasionnellement du guet-apens en matière de crime traditionnel, peut simplement déplacer ses ressources et utiliser son expérience passée et ses méthodes pour les appliquer aux groupes politiques, en dépit des différences importantes entre les deux phénomènes. Ce doit être plus particulièrement le cas à l'encontre des «Black Muslims » et des Panthers dont les mouvements recrutent des activistes au statut social bas et souvent avec un passé criminel. La police fera, semble-t-il moins facilement de la provocation avec d'autres militants comme ceux du mouvement des Droits Civils ou des mouvements de la paix dont le recrutement est plus bourgeois ».
« On a souvent noté la responsabilité des autorités dans une société démocratique quand poussant des groupes à la clandestinité, elles les rendent révolutionnaires (ou plus révolutionnaires qu'ils n'auraient dû l'être) en leur refusant l'occasion d'être autre chose. La position de plus en plus révolutionnaire et le recours à des formes de violence telles que l'autodéfense et le coup-pour-coup des Black Panthers (qui démarrèrent avec des idées de réforme locale) sont un bon exemple. Leur développement ultérieur n'a été qu'en partie le simple épanouissement de leur idéologie interne et des caractéristiques et vœux de ses membres. Des Panthers tués par la police, des perquisitions dans leurs locaux, une surveillance extensive et l'utilisation d'agents clandestins, le refus des libertés civiques fondamentales comme le droit de faire des discours politiques et de diffuser leur littérature, des arrêts abusifs pour entrave à la circulation, un acharnement général et la stigmatisation par les leaders politiques nationaux, eurent un effet important sur leurs convictions et sur leur comportement, et contribuèrent à rendre enfin véridiques les affirmations de la police qui les accusait d'être un groupe révolutionnaire violent »9.
Plus généralement, on peut dire, en résumé pour la bruyante campagne actuelle, que l'Etat provoque la contestation antiraciste qu'il combat tout en profitant de leur idéologie et des exactions policières qui conduisent des groupes du lumpenprolétariat à contester pour mieux participer à la lutte des places.
La misère idéologique de Omar SY
Omar Sy s'est fait connaître en jouant le grand benêt du SAV sur Canal+. J'adorais. C'est souvent le propre des grands comiques de se faire passer pour le crétin de service dont on se gausse. Bourvil, le plus grand probablement de nos acteurs comiques, resta interloqué toute sa vie que le bon populo le considère dans la vie privée comme le crétin qu'il jouait si bien dans ses films. Je ne doute pas que Omar Sy soit un garçon intelligent dans sa vie privée de parvenu qui s'est sorti de la classe ouvrière dont ses parents étaient membres, grâce à un film démagogique magnifiant l'aide à un handicapé. Il a pris néanmoins le risque (si c'est vraiment lui le commanditaire...) en jouant le rôle de VRP de l'idéologie multiraciale américaine, aux côtés du sergent recruteur Noah, de passer à son tour pour le crétin de service, surtout si 100.000 naïfs ont cru bon de signer sa pétition confuse et mensongère.
Qu'il endosse la place de prédicateur racialiste10 comme n'importe quel politicien est doublement hypocrite : profitant de sa célébrité de gentil clown, il tente de faire passer un message d'union universelle mièvre et mensongère, et prétend faire la leçon de morale pour une police propre dans un monde généralement corrompu et odieux. Sa pétition « antiraciste » fût sponsorisée via l'organe le plus bourgeois de la gauche caviar : l'OBS.
Quand on lit que Omar Sy est la deuxième personnalité préférée des français depuis 2013 sans interruption, qu’il était premier en 2012, détronant ainsi Yannick Noah, on peut s'interroger sur ce prétendu racisme envers les « blacks » dont sont taxés les français par la noria racialiste et leurs amis gauchistes.
La pétition commence par des approximations et sans lien de cause à effet. Le boutiquier aurait pris le billet de 20 dollars tendu par George Floyd pour un faux. Peu importe, pourquoi a-t-il appelé la police et pourquoi ce boutiquier ne fait l'objet d'aucun reproche des indignés gilets noirs si prompts à dénoncer les « bounty » ?
Sans souci de logique, mais pour faire masse, on saute dans la « marée humaine », protestataire à Paris et « de tous horizons ». Avant d'analyser on passe à l'action sans réfléchir ? On évoque ensuite quatre ans de détermination de la famille Traoré « dans la solitude », ce qui est notoirement faux, la sœur d'Adama avec son clan familial n'ont pas cessé de se faire voir et de glaner de multiples soutiens, voire à obtenir de parader dans tout meeting gauchiste au titre d'association victimaire number one et sans discussion.
Le déontologue Omar Sy livre ensuite une version nunuche et tronquée de l'arrestation de Adama : « Adama Traoré, un habitant de Beaumont-sur-Oise, qui fêtait son 24e anniversaire le 19 juillet 2016. Il a roulé à vélo, bermuda, bob sur la tête, sourire aux lèvres, tranquille, dans les rues de sa ville, accompagné de son frère, Bagui. Gendarmes, contrôle. Adama Traoré n’avait pas ses papiers sur lui. Il a fui ». Quid du contrôle de son frère délinquant et des raisons de sa fuite qui n'est pas due à l'absence de papiers d'identité. Sur le film de son arrestation on ne voit pas de plaquage ventral. On passe ensuite à la « peur sans nom, peur injustifiée (?) qui enfle dans nos vies » des grands noirs d'un mètre quatre vingt dix. Parce que l'éveilleur Omar Sy croit que nous, blancs ou moitié blancs, nous n'avons pas peur lorsque nous croisons un groupe de cerbères policiers et que la fonction de la police d'Etat devrait être d'apparaître gentille et suave comme une infirmière sexy ?
Au nom de quel « nous » parle-t-il en nous englobant dans un camp vaporeux et inexistant ?
«  Il n’y a qu’un seul et même camp, celui de la justice. Nous aspirons tous à une police digne de notre démocratie, une police qui protège sa population, sans distinction de couleur de peau ou de provenance sociale, la même pour tous, qu’on habite dans les centres-villes ou dans les quartiers populaires ».
Où habite Omar Sy ? Dans un décor rose des studios d'Hollywood ? Dans un monde sans racailles de financiers ni racailles lumpens ? Peut-il nous définir comment fonctionne ce qu'il appelle « notre démocratie » et à quoi et à qui elle sert ?
Et comme il protège bien ses arrières en défendant la majorité des policiers, qu'il invite, bon prince à s'exprimer comme si la masse des forces mercenaires de l'Etat en avait le loisir dans leur situation d'exécutants des basses œuvres. Il aime poser en photo avec de gentils gendarmes qui font partie des spectateurs de ses films, comme il pose avec des copains petits voyous notoires pour la sainte cause de l'antiracisme qui abolit les classes et vante le maintien de la société actuelle. Tel un vulgaire représentant de commerce il garantit que le « soutien massif » de la manif française a été : « un tremplin de nos engagements unis, déterminés, raisonnés, pour un combat qui ne souffre en réalité aucun débat : celui de nos droits à tous. La cause est juste, je vous garantis qu’y adhérer emplit de ferveur ».
« Qui ne souffre aucun débat », on hume déjà la dictature du lumpenprolétariat, pur et sans tâche, sermonneur et hâbleur, censeur et réveilleur des sportifs blancs et des téléspectateurs bouffis. Sa ferveur de barde antiraciste il peut se la garder, c'est niais. Avec son réveillez-vous il réveille qu'il veut nous endormir lui aussi : « On dormira tous mieux. J’appelle au changement, à la remise en cause d’un système qui ne peut prétendre à la justice sans mettre fin à l’impunité organisée qui sévit depuis des décennies. Cet ordre établi n’est plus tenable. Unissons-nous ».
En aucune façon le système n'est remis en cause puisque notre milliardaire faux naïf imagine une police forcément gentille, puisque comme ses frères antiracistes de l'élite embourgeoisée il prétend parler à notre place. Il va continuer à nous faire croire qu'un réel démantèlement de la police réglerait tous les problèmes? Il milite pour tenir l'ordre établi et la soumission à celui-ci. Il est content de lui, pour une fois qu'il n'a pas été acteur et s'est contenté de faire de la figuration.
« Omar m'a tuer »... de bêtise.

notes

2 Je ne résiste pas à vous livrer la perle de l'année du groupe concurrent (la dite Tendance communiste internationale), qui tente de plaquer une interprétation prolétarienne sur l'instrumentalisation du lumpenprolétariat ; le meilleur antivirus c'est le parti à venir -pourquoi pas ? Les racialistes ont bien le leur et le gouvernement le sien : « Le virus qui nous attaque est le capitalisme. Lutter contre cette maladie signifie construire l'alternative communiste à ce système d'exploitation et de mort. Cela signifie travailler pour construire et s'ancrer parmi les travailleurs pour construire et obtenir l'instrument politique de la lutte de la classe ouvrière: un parti de classe internationaliste et révolutionnaire, la future Internationale ».
3Chez Marx, le lumpenproletariat est perçu comme un résidu de la « vieille société », précapitaliste, limité par le besoin frugal, et il est par conséquent différent du sous-prolétariat décrit par Engels dans La Situation de la classe laborieuse. Il est aussi caractérisé, comme les autres couches intermédiaires, par son comportement politique incertain, et dans l'ensemble plutôt favorable aux classes dirigeantes. Nos gilets noirs américains ont trouvé leur maître dans le guru électoral bienveillant Obama ; le frère de Floyd a appeler à « aller voter », et la petite fille de Floyd a déclaré « mon papa a changé le monde ». En France, tous les antiracistes communautaristes, tigres de papier, peuvent compter sur le NPA, l'OBS, Le Monde, Libé et Médiapart. Cf. Les lazzaroni, le prolétariat en guenilles de Naples, par Engels.
4Je rappelle que l'Affaire Dreyfus avait divisé les socialistes entre eux et, aussi injuste la dégradation et condamnation par la camarilla militaire du capitaine, motivée par l'antisémitisme - Dreyfus avait fini par être innocenté - cet événement contribua à cimenter l'union nationale interclassiste nécessaire avant l'hallali de 1914. Tout autre fût le cas de l'ouvrier syndicaliste Jules Durand, « le Dreyfus du mouvement ouvrier », condamné à mort et quoique gracié, détruit par une fausse accusation de meurtre, et qui mourut fou sans être soutenu par aucune foule d'indignés de la petite bourgeoisie.
5Flics et voyous se croisent fréquemment dans le lumpenprolétariat au 19 ème siècle. Le 20 juin 1848, on lit ceci dans La Nouvelle Gazette Rhénane où écrivent Marx et Engels (illustration de ce qu'on pourra voir, demain, nos doctes antiracistes faisant le coup de feu contre le prolétariat) : « Mais comme tout ce qui se trame actuellement à Paris paraît méprisable quand on voit comment ces anciens mendiants, vagabonds, filous, gamins et petits voleurs de la garde mobile que tous les bourgeois, en mars et avril, traitaient de bandes de brigands, capables de toutes les turpitudes, de canailles qu'on ne pouvait supporter plus longtemps, quand on voit aujourd'hui cette bande de brigands choyée, louée, récompensée, décorée, parce que ces « jeunes héros », ces « gamins de Paris » dont la bravoure est incomparable, qui escaladent les barricades avec le plus grand brio, le plus grand courage, etc., parce que ces combattants inconscients des barricades de février tirent sur le prolétariat travailleur, avec autant d'inconscience qu'ils tiraient autrefois sur les soldats, parce qu'ils se sont laissé soudoyer et massacrent leurs frères pour trente sous par jour ! »
6Où l'on retrouve cet aspect totalitaire du gouvernement étatique qui s'est exercé plus encore durant le confinement, et qui n'a échappé à personne, pas même aux flics eux-mêmes envoyés au case-pipe au début. Que des flics aient leur propose réseau de défouloir ne me choque pas et est même nécessaire à mon avis pour qu'ils « décompensent » au lieu d'avoir plus encore la hargne dans la confrontation physique. Ce refus de leur laisser un endroit où décompenser, avec le soutien des amis du lumpen Médiapart et cie, correspond au dressage classique des flics par les gouvernements successifs face à une population en colère : par ex on les laisse enfermés le plus longtemps possibles dans leurs cars ou subir le plus longtemps possibles insultes et crachats pour leur donner ordre ensuite de se défouler sur les manifestants ; par après il suffit de faire condamner ceux qui ont tapé trop forts, et de faire la morale gouvernementale d'une police propre. Sur Cnews, seul le courageux journaliste Dimitri Pavlenko a eu le courage de définir cette idée (dans sa première partie) face au zélé chef du syndicat policier collabo David Le Bars, chargé de faire la lèche gouvernementale antiraciste sur tous les plateaux. J'ai déjà dit qu'il reste aux flics leur pote Zemmour, mais c'est bien chétif. En face, les clubs de clowns pour se gausser de la police sont nombreux et contrôlés par les islamistes soft, Djamel grand ami de Hollande a institutionnalisé le comique musulman anti-France et anti-flic avec son Djamel comédie club, et tous les soirs sur canal + le poussah Mouloud Achour conseille comme arme de filmer les flics en permanence, homme d'affaire à multiple jaquettes qui est le vrp de téléramadan, trust qui prétend conscientiser les français idiots sur les bienfaits de l'islam. Il y plein d'autres professions qui mériteraient d'être filmées en permanence dont celles des donneurs d'ordre, et les rencontres patronat/syndicats. Les fenêtres d'expression du lumpenprolétariat sont donc nombreuses et relayées totalement par le trotskisme réactionnaire, qui détient la paternité politique de l'antiracisme stalinien.
7« Mouvement de beaufs poujadistes et factieux » (Jean Quatremer), conduit par une « minorité haineuse » (Denis Olivennes), est volontiers assimilé à un « déferlement de rage et de haine » (éditorial du Monde) où des « hordes de minus, de pillards » « rongés par leurs ressentiments comme par des puces » (Franz-Olivier Giesbert) donnent libre cours à leurs « pulsions malsaines » (Hervé Gattegno). « Combien de morts ces nouveaux beaufs auront-ils sur la conscience ? », s’alarme Jacques Julliard.
Inquiet lui aussi des « détestations nues et aveugles à leur propre volonté », Bernard-Henri Lévy condescendit à signer dans… Le Parisien une pétition, agrémentée des noms de Cyril Hanouna, Jérôme Clément et Thierry Lhermitte (mais sans Yannick Noah ni Omar Sy) pour inviter les « gilets jaunes » à « transformer la colère en débat ». Avec un soulagement certain soupira Pascal Bruckner, « la police, avec sang-froid, a sauvé la République » contre les « barbares » et la « racaille cagoulée ».
8 L'Union syndicale des magistrats gauchistes (USM, majoritaire) a déploré que le président de la République «oublie encore une fois le principe de séparation des pouvoirs» et «récidive en sollicitant une intervention directe de la ministre de la Justice». «Comme il avait déjà pu le faire dans l'affaire Halimi, par exemple, il sort de son rôle institutionnel qui est de garantir l'indépendance de la Justice et non de se mêler du traitement d'un dossier particulier», sauf que dans l'affaire de Mme Halimi tuée par un autre Traoré (excusé par ladite justice magistrale), les magistrats gauchistes étaient justement interpellés par Macron...
9Des mouvements sociaux parcellaires ou partiaux peuvent être victimes des manœuvres de surenchère policière de l'ombre mais aussi n'importe quel petit parti, aux idées plus subversives que les nationalistes racialistes. Le CCI a bien été victime de ce type de sabotage, comme ne l'explique pas le texte vindicatif encore présent sur le site indymédia – le CCI machine à écoeurer les militants - https://nantes.indymedia.org/articles/38890 – et qui met mal à l'aise, tant par sa naïveté que par son interprétation avec un mode de penser bourgeois.
10 Gobineau a des héritiers dans le milieu qu'il n'imaginait pas parmi les éternels colonisés du dit parti des Indigènes de la République (PIR) dans un pire texte intitulé "La race existe", parodie n'importe quelle extrême droite « blanche » : « Les gauches du monde occidental persistent à nier l'existence des races sociales au nom de l'inexistence des races biologiques, de l'universalisme et du "plus jamais ça !" né de la conscience du génocide des Juifs. Ce déni ne fait que précipiter l'inéluctable rupture qui aura lieu entre les couches populaires non blanches et le reste de la société car la race existe. Elle structure nos sociétés depuis le fait colonial et se poursuit aujourd'hui comme le prouvent les discriminations raciales et leur ampleur sur le territoire français ». Mais ce concept de « races sociales » est totalement fantaisiste et antimarxiste ; c'est pourquoi Rachida Dati, bourgeoise parisienne et immigrée parvenue, le reprend à son compte comme « racisme social ».Tout laisse à penser que ces « indigestes » de la république sont une création policière et bien ficelée (cf.https://www.persee.fr/doc/sotra_0038-0296_1973_num_15_3_1755), et un type de structure « maquée » qui interdit toute discussion.