"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

dimanche 6 janvier 2019

QUEL AVENIR POUR LE MOUVEMENT DES GILETS JAUNES ?

« Avant toute chose, il faut déposséder parlementaires et sénateurs de revenus indus et des retraites chapeaux de leurs femmes, le RIC peut-être après mais c'est secondaire ».
Un primo manifestant interrogé sur Cnews à 12H35.

« Abandon des privilèges des élus et des élites »
Panneau de manifestant individuel

« Ni Macron, ni personne »
Tag mural

"Elisons des inconnus". Graffiti pendant la Commune de Paris.

« Cependant le mouvement dans son ensemble ne s'oriente pas uniquement dans le sens d'un passage de l'économique au politique, mais aussi dans le sens inverse ». Rosa Luxemburg

Emmanuel Macron respirait. Lors de son premier conseil des ministres de l'année n'avait-il pas remobilisé ses ministres inconnus du public pour relancer les mêmes réformes criminelles contre le peuple en général si l'on en croit un mouvement de contestation qui s'arroge le terme. L'ennemi public n°1, Eric Drouet avait été une nouvelle fois neutralisé en train de poser une bougie à l'Arc de TRiomphe.
Troublé dans son petit déjeuner post réveillon, le despote merdeux n'a pu réprimer un haut-le-corps, tel un vulgaire ultra gauche conseilliste (conseiller en révolution prolétarienne), lorsqu'il a vu Paris brûler une nouvelle fois, des préfectures et un TGI attaqués en province, sans oublier le portail enfoncé de son petit Griveaux.
Le grand acte II commençait, qui est communément considéré comme chapitre 8 d'une représentation débutée un 17 novembre de l'an passé, comme singulier véritable anniversaire de mai 68, pile presque 50 ans après. La « foule haineuse » allait voir ce qu'elle allait voir selon le dernier discours du trône, debout, pour signaler qu'il l'était encore et mains en éventail balayant du vent comme un représentant de commerce peu sûr de fourguer sa camelote. La pose autoritaire de la part de ce petit monsieur qui n'en a aucune, ne s'exerce que via la brutalité et le terrorisme de ses hommes de main en uniforme robocop, qui ont mutilés et éborgnés sans vergogne tant de jeunes, de femmes, et d'hommes pour le restant de leur vie. Sans compter que son premier flic de France manie l'antiphrase sans honte en assurant que crever des yeux ou mutiler sert à protéger les manifestants contre eux-mêmes.

Voici terminée une autre journée mémorable où l'autorité étatique a été bafouée, tournée en bourrique, et qui, une fois n'est pas coutume, a perdu la fameuse bataille des images. Sermonons que l'Etat ne peut s'en prendre qu'à sa propre impéritie, quelques dizaines de compagnies de brutes en uniforme avaient été simplement mobilisées, quoique peu sûres d'être récompensées pour leurs heures sup. Le despote dormait sur ses deux oreilles, persuadé d'avoir couché la « foule haineuse » réduite à quelques 800 gilets jaunes lors du dernier samedi de l'an si vite passé, mais pas vraiment pour lecommun des révoltés introuvables. Les élites et leur caïd avaient tout loisir de ronronner dans leurs salons ou de préparer un dîner à la campagne car leurs journalistes, ces faux culs maniaient l'antiphrase eux aussi sans se rendre compte de l'effet boomerang d'une telle pratique. Ils intoxiquaient eux-même le despote. Quel motif d'inquiétude lorsque Cnews fait défiler la matinée durant la bande passante subliminale : « FAIBLE MOBILISATION A PARIS », et même sous le coup de midi quand on lui substituait cet autre bandeau : « LES GILETS JAUNES EN MARCHE » alors que le quartier de la mairie était noir de monde et que Maxime Fly rider faisait le malin avec son mégaphone sur l'estrade et que Priscilla filmait avec son portable, fondue dans la foule. Nous regardions plein d'admiration et avec joie cette foule riante et pas haineuse qui s'écoulait grâce à une chaîne, paraît-il qatarie ou cosaque, qui fût d'ailleurs assez vite éteinte sur facebook. Nous avions eu le temps de voir ce qu'aucune chaîne d'infaux française ne montrait – les cameramen du maître filmaient une foule statique en coin où au ras des jambes – une manif en mouvement donc pleine de personnes d'âges mûrs et peu de romantiques étudiants ; manifestation certes autorisée cette fois-ci, mais vivante, remuante, pas moutonnière comme les ennuyeux enterrements syndicaux. Ha bien sûr ils entonnaient cette horrible Marseillaise qui refile des aigreurs aux groupes ultra-gauches de salon, mais on s'en foutait, le nombre était là et nous pissions de rire à voir les merdias d'infaux d'Etat persister à faire défiler la bande : « 800 manifestants à Paris » comme au soir quand ils prétendirent qu'il y avait eu au total moins de 30.000 manifestants dans toute la France, alors que des médias étrangers parlaient eux de plus du double. Les pancartes en faveur de l'utopique RIC n'apparaissaient plus que comme une rigolote pub pour RIC HOCHET, le bien aimé policier de BD au nom de jouet d'éveil pour enfant (ce que sont, en politique, nos bébés gilets jaunes Eric et Maxime). J'ai trouvé sidérant, depuis le tout début, que l'on s'acharne à nous refourguer comme exemple moderne 1789, révolution bourgeoise et fort sanguinolente. Puis, l'analogie s'avérant oiseuse et invraisemblable, nos petits génies des camions périphériques ont été s'inventer une autre référence du côté d'un étrange péplum pour épater les banlieusards. Éric Drouet et Maxime Nicolle ne tarissent pas d'éloges sur "Winter on Fire", qui raconte la transformation d'une manifestation pacifique en révolution, autrement dit de la fausse révolution ukrainienne sous manipulation de la CIA. "Winter on fire", film multi-primé et nommé aux Oscars en 2016, racontant la fronde ukrainienne, a éclairé leurs yeux de grands enfants. « Fly Rider" tient des propos alarmistes sur la situation sociale en France et explique que "beaucoup de gens sont prêts à perdre la vie pour que notre futur soit meilleur." Notre nouveau rouquin à la casquette à l'envers explique que des gens "préparent" un soulèvement armé en France : « Quand on regarde cette vidéo d'Ukraine, on voit qu'au final il y a des gens qui ont manifesté pacifiquement. Ils ont demandé des choses, le gouvernement a essayé de modeler ça, de tourner ça dans tous les sens. Et finalement les gens ont été obligés de péter un plomb. (...) Là-bas, un gouvernement a pris la décision de tuer des civils. En France, il se passe la même chose", explique Maxime Nicolle, tout en précisant que la situation n'est toutefois "pas comparable ». Sur ce point, rien n'est moins sûr, avec la mentalité tueuse de l'élite française, qui peut être sûr que cet olibrius ne donnera pas l'ordre de tirer tôt ou tard, sous prétexte de lutte contre le terrorisme ?

A l'émoi et l'amertume succéda le courroux, réveillé en sursaut, le despote tweeta tard dans la journée, bis repetita, que force devait revenir à la loi et que les méchants « émeutiers » seraient punis. La France entière et ses vulgaires gilets jaunes en tremblent encore. Force de loi ne signifiant pas force de justice, la principale voix de son maître, BFM, invita précipitamment le second de Castagnette pour qu'il explique avec sa pédagogie policière bon enfant et rondouillarde qui le caractérise que ces gueux, ces gâleux, ces casseurs s'en sont pris « aux institutions », ce qui n'est pas très citoyen ni très respectueux d'un président élu avec 18% des électeurs et grâce au barrage antifasciste d'un second tour où nombre d'actuels gilets jaunes crurent sauver la patrie en éliminant une dangereuse poujadiste incompétente. Pauvre président en ballotage impopulaire, malgré les efforts de tous les merdias pour criminaliser une nouvelle fois la révolte populaire, quand tous les soirs chaque journaliste rivalise pour humilier ou rabaisser le mouvement de révolte, tout est à recommencer pire qu'au début, le 17 novembre de l'année dernière ! En termes de pédagogie hi hi. Autant dire que le roi est nu, que les prisons sont pleines et que les faire déborder ne nous impressionnera aucunement. La répression, il faut le dire, a été assez mesurée jusqu'à présent, même s'il y a eu quelques condamnations disproportionnées, lesquelles confirment d'ailleurs l'indépendance complice de la magistrature avec le pouvoir quelle que soit sa couleur ou sa veulerie. Il y a eu plus de rappels à la morale que d'yeux crevés, mais crever un œil n'est pas tuer, dirait l'antiphraseur Castagnette. Et il pourrait ajouter : « ne vous plaignez pas, il vous en reste un ».

Je ne cessais pas de continuer mon combat sur les réseaux, où je me sens bien seul pour y opposer une perspective prolétarienne. Je bagarre à coup de citations de la merveilleuse Rosa Luxemburg ; je m'efforce d'argumenter face à onomatopées et borborygmes au milieu d'une langue française massacrée. Je ne laisse pas passer les insultes ni les menaces. Quand cela se calme un peu, par exemple avec la venue d'ouvriers syndicalistes qui, eux, sont capables de s'exprimer correctement et de défendre autre chose que la simple haine, je suis plus rassuré même s'ils n'ont pas la sincérité de mes borborygmes. Ces braves syndicalistes le prennent de haut et posent aux pédagogues eux aussi, mais pour exalter un passé futile de grèves perdues et d'illusions trade unionistes increvables. Si certains, retraités, ont endossé la pelisse jaune, ils sont incapables de vraiment comprendre les gouffres où nous entraine le capitalisme ou plutôt la nécessité d'une réplique sociale à un niveau inégalé comparé à leurs trente glorieuses économiques et réformistes, ce que saisissent mieux nos jeunes incultes et impatients.

Ces prolétaires de la périphérie des villes et des campagnes, mêlés à tant d'entrepreneurs de rien du tout et d'épiciers en retraite correspondent mieux à cette primauté de définition que je prête à la notion de prolétariat plus que de classe ouvrière, que je conçois dedans, un « prolétariat », moderne synonyme de misère et de frustration qui ne se limite pas aux seuls prolétaires « gaulois » de province ni aux plus démunis puisque le mouvement est parti de l'initiative de prolétaires de la périphérie banlieusarde non pollués par l'idéologie de soumission syndicale contractuelle.

UN MOUVEMENT QUI SE JOUE DE TOUS LES PIEGES MAIS QUI PIETINE

« Le malheur a toujours été pour l'anarchiste que les méthodes de lutte improvisées dans l' « espace éthéré », se sont toujours révélées de pures utopies, en outre la plupart du temps, comme elles refusaient de compter avec la triste réalité méprisée, elles cessaient insensiblement d'être des théories révolutionnaires pour devenir les auxiliaires pratiques de la réaction ».
Rosa Luxembourg

On pensait qu'il serait possible de le calmer avec une simple réduction des taxes, il a réussi à coupler lutte contre la faim et lutte pour une vraie démocratie. On lui reproche de ne pas « se structurer », mais il s'en fiche, il est structuré depuis le début au nez et à la barbe des journalistes et des ministres. Mais à un niveau élémentaire et pas très démocratique. Depuis le début tout le monde se veut chef et certains sont plus chefs que d'autres comme dirait Coluche, on les reconnaît en ce moment, ce sont ceux qui ne portent plus le gilet jaune, comme dans l'industrie ou dans la police, l'habit civil désigne le contremaître, on le voit commander aux costumés en jaune le pétitionisme pour le RIC quiqui. Il fonctionne sur la base de l'immédiat, de l'action à tout prix. Il est l'interlocuteur des médias. Voici le nouveau groupe « Gilets jaunes signataires » qui s'est doté d'un service d'ordre, pardon « service sérénissime ». Une jeune femme, crâne rasé, qu'on a déjà aperçue aux côtés de Flyer Rider, le Maxime qui donne des aigreurs d'estomac aux journalistes bcbg, Sophie Tissier vient nous montrer l'autorisation dûmant temponée de la Préfecture, et égrène benoitement trois « simples » revendications :
  • 1 – Macron se barre ;
  • 2 - On détermine notre cadre de discussion et on va en causer au Parlement et au Sénat ;
  • 3 – Vous nous laissez utiliser « les moyens en place de l'Etat » pour mettre en place le RIC.
J'ai franchement rigolé devant mon écran TV, c'est aussi mégalowoman que conformiste, surtout ces « moyens en place de l'Etat », très fumeux, corrompus et inutilisables comme tels si on est un révolutionnaire sérieux qui veut changer le monde.

LES GILETS JAUNES UNE "FAMILLE"?

Depuis plusieurs semaines nous assistons aussi à la bagarre entre les collabos (Cauchy venu de l'extrême droite et une mémère parapsychologogue Jacqueline Mouraud) qui vantent le « dialogue sincère » avec les voyous au pouvoir, et une aile dite radicalisée des énervés aux adulateurs de Drouet, à qui Mélnechon a envoyé un mot d'amour, et qui fonctionnent de manière opaque, rédigent des communiqués on ne sait où ni comment ni sous quelle plume. Mystère et boule de gomme. Sur le
Eric et sa maman
sujet Drouet a dit qu'il venait manifester avec sa maman et qu'il émettait depuis son camion ; ses compères se filment toujours avec le museau en gros plan, ce qui n'est pas très esthétique et ne les rend guère séduisants. Une des rares fois où ce brave garçon a consenti à me répondre, c'était ceci: "on est une famille"!? De quoi? De qui? Est-il mon cousin ou mon neveu dans cette généalogie? A-t-on affaire à plusieurs "familles" de GJ, autrement dit plusieurs clans qui cachent jalousement des recettes de cuisine à popularité? N'est-ce pas plutôt ce bon vieux comportement anarchiste sans principes? On a vu apparaître deux ou trois communiqués bizarres, qui auraient pu être rédigés par la bande des amants des caténaires, dont celui-ci. Dans une lettre de quatre pages, diffusée, jeudi 3 janvier, sur la page Facebook "La France en colère" qui réunit près de 300 000 personnes, les "gilets jaunes" s'adressent à Emmanuel Macron. "La colère va se transformer en haine si vous continuez, de votre piédestal, vous et vos semblables, à considérer le petit peuple comme des gueux, des sans dents, des gens qui ne sont rien", préviennent-ils. Cette lettre se veut une réponse aux vœux du président de la République du 31 décembre. C'est quoi ce collectif, comment fonctionne-t-il, pour qui se prend-il ?

Il paraît qu'il y aurait désormais des AG où on voterait à main levée. Je n'en ai pas vu au début ou alors c'était : « est-ce qu'on commande des fraises aujourd'hui ? », ou « est-ce qu'on choisit Intermarché ou Auchan ? ». Dernier avatar, les bisbilles à Marseille entre une cinquantaine de gilets jaunes venus de toute la France pour concoter une liste pour les européennes, c'est à dire un « parti jaune » avec la rouquine qui avait fait pleurer dans les chaumières avec ses vingt euros en fin de mois, et qui envisage sans doute le métier de député comme plus rémunérateur qu'aide-soignante.
Une centaine d'autres auraient été refoulés non parce qu'ils auraient contesté la stupidité de se transformer en parti... petit bourgeois mais parce qu'ils avaient été refoulés par les autres auto-promus ! Néanmoins, "Gilets jaunes, le mouvement", plateforme numérique pour accumuler les doléances masquant un projet de parti, a été officiellement lancé par une de ses porte-paroles, Ingrid Levavasseur, associée à un beau parleur Hayk Shahinyan, et à un arriviste politique Christophe Chalençon, ces prétendants à chapeauter enfin le mouvement sont en plein nirvana: "

Heureusement sur les réseaux ils sont nombreux ceux qui dénoncent ces projets retors de participation à la foire électorale de l'esbrouffe européenne.
Etonnant mouvement qui surgit partout où on ne l'attend pas, qui désaçonne, renie tout qualificatif abusif, mais qui est en train de se faire bouffer par l'intrusion de syndicalistes et de féministes (cf. les pitoyables défilés de "femmes en jaune"). Le grand débat national de ce pauvre Macron, il est déjà explosé. Le RIC est redevenu secondaire lorsque l'on interroge les manifestants.


L'avenir n'est donc pas dans ce mouvement hétéroclite, avec divers projets mort-nés de structures artificielles et sans colonne vertébrale, mais dans une riposte de classe face aux attaques renouvelées de l'Etat bourgeois qui ne va pas rester inerte et continuer à retourner les facéties en jaune contre le prolétariat.

Les prochaines attaques économiques contre les chômeurs et les retraités, c'est à dire non pas contre le peuple mais contre le prolétariat, que Macron comptait perpétrer sur le cadavre du mouvement des gilets jaunes, sont et seront pratiqement entravées par les leçons politique géniales de ce mouvement ; mouvement bien supérieur à mai 68, dans sa durée, dans son culot anti-institutionnel,
et en raison de l'implication d'une population adulte, qui ne prend pas tant de risques pour de l'éphémère comme l'étudiant révolté de jadis, classe au vrai consciente de l'avenir dangereux que nous prépare la classe dominante, intransigeante et outrée du cynisme inconscient du « môme » Macron. Les protagonistes impulsifs et généreux de ce mouvement spontané et inattendu seront eux aussi très vite dépassés par une maturation sociale. Nous leur serons toujours reconnaissant de ce qu'ils ont initié (quoiqu'ils n'aient fait que plagier la Commune de Paris sur la question des élus), mais il leur faudra laisser la place de tête aux meilleurs représentants du prolétariat et cesser de rester ignares sur la principale révolution du XX e siècle, Octobre 1917 en Russie.


CITATIONS DE ROSA LUXEMBURG POUR ECLAIRER ERIC ET MAXIME ET LES VIEUX BARBONS DU CCI
(extraits de "Grève en masse")


« Pendant tout le printemps de 1905 jusqu'au plein été on vit dans cet Empire gigantesque sourdre une lutte politique puissante du prolétariat entier contre le capital; l'agitation gagne par en-haut les professions libérales et petites-bourgeoises, les employés de commerce, de banque, les ingénieurs, les comédiens, les artistes, et pénètre par en-bas jusque chez les gens de maison, les agents subalternes de la police, jusque même dans les couches du « sous-prolétariat », s'étendant en même temps dans les campagnes et frappant même aux portes des casernes. Voici la fresque immense et variée de la bataille générale du travail contre le capital; nous y voyons se refléter toute la complexité de l'organisme social, de la conscience politique de chaque catégorie et de chaque région; nous y voyons se développer toute la gamme des conflits depuis la lutte syndicale en bonne et due forme menée par l'armée d'élite bien entraînée du prolétariat industriel jusqu'à l'explosion anarchique de révolte d'une poignée d'ouvriers agricoles et au soulèvement confus d'une garnison militaire, depuis la révolte distinguée et discrète en manchettes et en col dur au comptoir d'une banque jusqu'aux protestations à la fois timides et audacieuses de policiers mécontents secrètement réunis dans un poste enfumé, obscur et sale.
(…) Les partisans de « batailles ordonnées et disciplinées » conçues selon un plan et un schéma, ceux qui en particulier veulent toujours exactement savoir de loin comment « il aurait fallu faire », ceux-là estiment que ce fut une « grave erreur » que de morceler la grande action de grève générale politique de janvier 1905 en une infinité de luttes économiques, car cela aboutit à leurs yeux à paralyser cette action et à en faire un « feu de paille ». Même le parti social-démocrate russe, qui certes participa à la révolution, mais n’en fut pas l'auteur, et qui doit en apprendre les lois au fur et à mesure de son déroulement, se trouva quelque temps un peu désorienté par le reflux apparemment stérile de la première marée de grèves générales. L'histoire cependant, qui avait commis cette « grande erreur » accomplissait par là même un travail révolutionnaire gigantesque aussi inévitable qu'incalculable dans ses conséquences, sans se soucier des leçons de ceux qui s'instituaient eux-mêmes maîtres d'école ».

« ...une fois épuisé le contenu possible de l'action politique, compte tenu de la situation donnée, et de la phase où se trouvait la révolution, celle-ci s'émietta ou plutôt se transforma en action économique. En fait, que pouvait obtenir de plus la grève générale de janvier ? Il fallait être inconscient pour s'attendre à ce que l'absolutisme fût écrasé d'un coup par une seule grève générale « prolongée » selon le modèle anarchiste. C'est par le prolétariat que l'absolutisme doit être renversé en Russie. Mais le prolétariat a besoin pour cela d'un haut degré d'éducation politique, de conscience de classe et d'organisation. Il ne peut apprendre tout cela dans les brochures ou dans les tracts, mais cette éducation, il l'acquerra à l'école politique vivante, dans la lutte et par la lutte, au cours de la révolution en marche. D'ailleurs, l'absolutisme ne peut pas être renversé n'importe quand, à l'aide simplement d'une dose suffisante « d'efforts » et de « persévérance ». La chute de l'absolutisme n'est qu'un signe extérieur de l'évolution intérieure des classes dans la société russe. Auparavant, pour que l'absolutisme soit renversé, il faut que la structure interne de la future Russie bourgeoise soit établie, que sa structure d'Etat moderne de classes soit constituée. Cela implique la division et la diversification des couches sociales et des intérêts, la constitution, non seulement du parti prolétarien révolutionnaire, mais encore des divers partis : libéral, radical, petit-bourgeois, conservateur et réactionnaire; cela implique l'éveil à la connaissance, la conscience de classe non seulement des couches populaires, mais encore des couches bourgeoises; mais ces dernières ne peuvent se constituer et mûrir que dans la lutte au cours de la révolution ».

« L'histoire se moque des bureaucrates amoureux des schémas préfabriqués, gardiens jaloux du bonheur des syndicats. Les organisations solides conçues comme des forteresses inexpugnables, et dont il faut assurer l'existence avant de songer éventuellement à entreprendre une hypothétique grève de masse en Allemagne, - ces organisations au contraire sont issues de la grève de masse elle-même. Et tandis que les gardiens jaloux des syndicats allemands craignent avant tout de voir se briser en mille morceaux ces organisations, comme de la porcelaine précieuse au milieu du tourbillon révolutionnaire, la révolution russe nous présente un tableau tout différent ce qui émerge des tourbillons et de la tempête, des flammes et du brasier des grèves de masse, telle Aphrodite surgissant de l'écume des mers, ce sont ... des syndicats neufs et jeunes, vigoureux et ardents ».

« Cependant le mouvement dans son ensemble ne s'oriente pas uniquement dans le sens d'un passage de l'économique au politique, mais aussi dans le sens inverse. Chacune des grandes actions de masse politiques se transforme, après avoir atteint son apogée, en une foule de grèves économiques. Ceci ne vaut pas seulement pour chacune des grandes grèves, mais aussi pour la révolution dans son ensemble. Lorsque la lutte politique s'étend, se clarifie et s'intensifie, non seulement la lutte revendicative ne disparaît pas mais elle s'étend, s'organise, et s'intensifie parallèlement. il y a interaction complète entre les deux.
De ce point de vue il y a entre la révolution et la grève de masse en Russie un rapport bien plus étroit que celui établi par la constatation triviale, à savoir que la grève de masse se termine généralement par un bain de sang.
(…) même si ces conflits s'étendent jusqu'à devenir des grèves de masse à caractère nettement politique, ils ne déclenchent pas d'explosion générale. La grève générale des cheminots hollandais qui, malgré les sympathies ardentes qu'elle a suscitées, s'est éteinte dans l'immobilité absolue de l'ensemble du prolétariat, en fournit un exemple frappant. (sic)
De même il y a beaucoup d'exagérations dans l'idée qu'on se faisait de la misère du prolétariat de l'Empire tsariste avant la révolution. La catégorie d'ouvriers actuellement la plus active et la plus ardente dans la lutte économique aussi bien que politique, celle des travailleurs de la grande industrie des grandes villes, avait un niveau d'existence à peine inférieur à celui des catégories correspondantes du prolétariat allemand; dans un certain nombre de métiers on rencontre des salaires égaux et même parfois supérieurs à ceux pratiqués en Allemagne. De même, en ce qui concerne la durée du travail, la différence entre les grandes entreprises industrielles des deux pays est insignifiante. Ainsi cette idée d'un prétendu ilotisme matériel et culturel de la classe ouvrière russe ne repose sur rien. Si l'on y réfléchit quelque peu, elle est réfutée par le fait même de la révolution et du rôle éminent qu'y a joué le prolétariat. Ce n'est pas avec un sous-prolétariat misérable qu'on fait des révolutions de cette maturité et de cette lucidité politique. Les ouvriers de la grande industrie de Saint-Pétersbourg, de Varsovie, de Moscou et d'Odessa, qui étaient à la pointe du combat, sont sur le plan culturel et intellectuel beaucoup plus proches du type occidental que ne l'imaginent ceux qui considèrent le parlementarisme bourgeois et la pratique syndicale régulière comme l'unique et indispensable école du prolétariat. Le développement industriel moderne de la Russie et l'influence de quinze ans de social-démocratie dirigeant et encourageant la lutte économique ont accompli, même en l'absence des garanties extérieures de l'ordre légal bourgeois, un travail civilisateur important ».

jeudi 3 janvier 2019

QUAND LES "GAUCHES COMMUNISTES" SE PRECIPITENT POUR ENTERRER LES GILETS JAUNES


"Gauches communistes" cela ne vous dira rien à vous lecteur anonyme, j'avais titré ultra-gauche, pas bon non plus, même si on classait ces minorités naguère dans une soit disant ultra-gauche anti-syndicale et anti-parlementaire. Ce sont des résidus ou sectes issus du début du mouvement communiste en Italie en 1920 et des critiques de Lénine en Allemagne et en Hollande vers la même époque: PCI, CCI, etc. que je rassemble en général comme milieu marxiste sous le terme générique de maximalisme.


La lutte antifasciste contre le FN n'était que du théâtre ».Lionel Jospin (2009)

"Tout ce qui se passe ici est politique". Interpellé mercredi soir à Paris, le "gilet jaune" Eric Drouet est sorti de garde à vue, jeudi 3 janvier. Accompagné de son avocat, le chauffeur routier de Seine-et-Marne a estimé : "La façon dont c'est fait c'est politique, même eux n'ont pas l'habitude que ça se déroule comme ça". L'homme a précisé : "Que des hauts gradés assistent à l'audition, que ça soit eux-mêmes qui posent des questions c'est du jamais-vu, c'est complètement politique (..) on a été auditionnés au moins quatre ou cinq fois sur les mêmes sujets."

N'est-ce pas un paradoxe que l'extrême droite ait plus compris le mouvement des gilets jaunes qu'une gauche protestataire pourtant si attentive aux « petits », aux « invisibles », aux « ouvriers et employés ». Comment se fait-il que la plupart des syndicats et partis qui se réclamaient naguère de la classe ouvrière, voire des couches moyennes ou d'un « peuple de gauche » soient restés non seulement muets mais hostiles à la plus grande révolte de masse en France depuis mai 1968 ?
Certainement parce que ces mêmes syndicats et partis sont devenus invisibles lorsqu'il s'agit de défendre réellement les intérêts de la classe ouvrière ou en tout cas d'une classe, effacée des tableaux des sociologues et devenue « périphérique » pour ne pas dire accessoire. Il n'y aurait plus que de grandes villes gentrifiées où une seule « classe moyenne » cotôirait la minorité de privilégiés. Les partis de la gauche bourgeoise se sont effondrés dans l'opinion après leurs successifs gouvernements d'austérité et d'accompagnement de sujets sociétaux qui gomment toutes les différences de classe pour mieux perpétrer la paix sociale et la misère invisible.

L'extrême droite, fille décatie d'une droite bourgeoise elle aussi usée par tant d'années de dur labeur anti-ouvrier au profit des possédants, a su s'inscrire dans le mouvement de protestation contre les taxes, non que la question des taxes soit une spécificité petite bourgeoise, ni parce qu'elle serait sensible au revenu des prolétaires, mais parce qu'elle a saisi l'occasion de combattre contre « la pauvreté ». Combattre la pauvreté n'est pas subversif, les curés de toute obédience la combattent depuis des siècles. La pauvreté n'a pas de classe sociale même si elle est le lot des plus basses classes. Elle ne s'attaque pas au système capitaliste autrement que par la réclamation d'une meilleure répartition des richesses, c'est à dire un objetif purement utopique mais porteur électoralement, que ce soit par la dénonciation de l'Europe supranationale ou la dénonciation de la finance internationale. Dans ce créneau grenouillent de petits personnages, les Soral, Cousin, Chouard et même un « cercle Marx » qui boit l'apéro avec ces ci-devants ; lequel cercle a même trouvé une toute petite citation comme quoi Marx aurait été pour une interruption totale de l'immigration. Une fake new aurait dit Engels ! Les Soral, Cousin, Chouard assurent à l'occasion qu'ils ont une formation de base marxiste, marxiste-stalinienne plus sûrement. Les deux premiers sont des phraseurs hypocondriaques et le dernier un vague rejeton des communisateurs disparus puisqu'il ne parle ni de classes ni de couches mais "d'humains" qui, avec la « capsule » du chiméRIC pourraient servir de rustine au système démocratique bourgeois dégonflé, en présentant par exemple une liste minable de 8% 'd'intentions de vote aux prochaines et inutiles élections européennes.

Tous ces gens-là ne sont pas très dangereux au fond, car à leur façon, dans le même créneau que les gauchistes, ils jouent le jeu du système pour y obtenir ce strapontin que mendie sans cesse l'épicier, le cordonnier et le pâtissier.

Le vrai drame de notre époque est bien plutôt la disparition de tout groupe révolutionnaire conséquent vraiment expression du proltariat et apte à en refléter les besoins et ambitions. Je ne parle pas ici des grands barnums électoraux de la gauche traditionnelle qui ne représente plus depuis un siècle qu'une des fractions de la bourgeoisie. Il n'y a plus que des sectes ou surtout quelques individus dispersés, l'un peut se désigner comme parti, quand deux autres prétendre se targuer d'être un regroupement d'organisations. C'est ridicule me direz-vous. Oui mais le ridicule ne tue toujours pas.
Prenons ce qu'il reste de l'ancien parti bordiguiste. Celui-là il s'est pincé le nez face à ces ploucs qui puent le gazole ; les petits bourgeois faisaient leur cirque :
« Les agitations des classes moyennes et les mouvements organisés ou dirigés par des éléments de la petite bourgeoisie se manifestent d’un bout à l’autre de la planète depuis quelques années. Dans les médias l’attention se porte sur les problèmes, les difficultés et les réactions des classes moyennes; elles sont tantôt présentées comme le nouvel acteur menaçant de troubler l’ordre politique et social à la place du prolétariat, tantôt comme un précieux facteur de la stabilité de ce même ordre, et il conviendrait donc de les choyer et de les soutenir ».
Le petit bourgeois se laisse bercer par l'idéologie ronflante de la « souveraineté populaire ». On évoque François Ruffin, devenu depuis député de LFI, qui prônait lors du mouvement bobo des « nuit debout »une «alliance» entre les «classes intermédiaires» (dont il estimait être le représentant) et les travailleurs contre «la toute-puissance des riches» et au nom de la démocratie qui serait «une responsabilité collective». Certes un démagogue de plus en piste, mais assimiler le mouvement des gilets jaunes aux « nuit debout », c'est un peu comparer le jour et la nuit, non ?

Depuis un siècle le dernier mohican du robuste « parti communiste international » ne bouge pas un pouce de la théorie prolétarienne du prolétariat missionnaire et pur, et reste sur le bord de la route sans que personne ne vérifie son pouls malgré son AVC. L'autre malade, en état de fibrillation cardiaque, se nomme Gilbert Gruc. Sur son blog qui hésite entre Révolution ou Guerre, comme il avait négligé de s'intéresser aux ploucs de la périphérie, se rabat sur la prise de position d'un lointain cercle espagnol Nuevo machin qui n'y comprend pas grand chose outre de n'être point sur place. Une chose est sûre (ouf) le mouvement est en recul, surtout parce que la classe ouvrière n'a pas pris le relais. Pourtant ces ploucs, qui auraient dû rester invisibles, ne nous préviennent-ils pas de la violence qui nous attaend ?
« L’autre leçon que nous devons tous retirer, surtout les révolutionnaires, est que les confrontations massives entre les classes dans lesquelles nous sommes ouvertement entrés maintenant, vont être extrêmement violentes du fait de la répression massive et brutale employée par les États, y compris dans les pays "à tradition démocratique ».
Que c'est virilement dit ! Comme si les bagarres de rue montraient le chemin et non pas une réflexion et une pause provisoire sur le sens à donner au mouvement.
Le groupe espagnol éloigné, avec sa paire de jumelles veut bien concevoir que ce sont au début des revendications propres à la classe ouvrière qui ont émergé avec le mouvement, contrairement à la secte CCI qui, comme on le verra plus bas, méprisant totalement le combat typiquement petit bourgeois contre les taxes... Par contre, avec une image sordide, Nuevo machin se bouche le nez :
« Du point de vue des prolétaires, le danger est de s’attacher au fœtus d’un mouvement qui a avorté, s’enfermant de nouveau dans la "citoyenneté" et sous les drapeaux populaires et patriotiques ». Ces braves citoyens espagnols imaginent eux aussi que les ouvriers périphériques et les petits entrepreneurs ruinés avaient envie de défiler avec le chiffon rouge de la CGT gouvernementale ou le chant russo-stalinien. Gilbert Gruc abonde dans leur étude sociologique de régions anciennement staliniennes récupérées par un électorat RN, racontar des médias qui cache l'expulsion à la périphérie des ouvriers classiques du type sans réserve et sans diplôme. Nuevo machin ne veut pas voir revenir un « prolétariat d'un autre âge », du type de celui de 1830 à la remorque de la jeune bourgeoisie révolutionnaire : « Alors qu’aujourd’hui, nous sommes dans un capitalisme décrépi dans lequel le révolutionnarisme petit-bourgeois est l’apogée de la réaction. Soixante-dix ans de stalinisme et vingt ans de campagnes sur la "disparition de la classe ouvrière" ont déformé et détruit la mémoire prolétarienne ».
Nuevo machin espère donc rencontrer plein de Gilbert Gruc : «  pour que nous devenions les dissolvants des citoyennetés et le ferment utile pour l’organisation en classe.Il est temps de dépasser le moment "gilets jaunes". Tout ce qui s’agite ne va pas nécessairement de l’avant. Il est temps de rencontrer de nouveaux camarades, de discuter avec eux, de retrouver les outils basiques et de nous organiser ».

Quand enfin Gilbert Gruc consent à s'exprimer c'est pour se moquer de revendications typiquement plouques et aucune expérience de cet outil formidable qu'est l'hydre de la grève syndicale, ce summum de la révolution à venir : « … une grande majorité d’ouvriers, de prolétaires, surtout en province, peu habitués, voire pas du tout, à se mobiliser soit par la grève, soit dans les manifestations, rejetés loin des villes et lieux de travail par les prix des loyers et de l’immobilier, sont obligés d’utiliser leur voiture pour aller au travail. C’est précisément sur ces revendications et caractéristiques petite-bourgeoises, au nom du "peuple français", regroupant toutes les couches de ’travailleurs’ salariés et prolétaires, mais aussi petit entrepreneurs, auto-entrepreneurs, artisans, commerçants, paysans parfois, que le parti de gauche France Insoumise de Mélenchon dispute à l’extrême-droite et au Rassemblement National de Marine Le Pen le privilège de la défense du peuple français, du drapeau national et du nationalisme le plus crasse ».

 "Et ils ont tout à perdre en se laissant entraîner à des méthodes et des objectifs de lutte qui ne peuvent que nuire à la défense de leurs intérêts et les amener dans l’impasse du nationalisme et de la xénophobie, voire du racisme ". En effet on l'a vérifié à l'Arc de triomphe où ils se sont tous agenouillés devant la tombe du soldat inconnu et quand ils ont fait acte de xénophobie en chargeant violemment nos CRS en particulier à Nantes, à Bordeaux et à Marseille.
Et ces petits bourgeois qui se disent anti-syndicalistes, tous ces petits entrepreneurs merdiques, les fonctionnaires flics de base qui ont pourtant tant de raisons de considérer aussi leurs syndicalistes professionnels comme des traîtres, "n'ont qu'une peur pathologique de la... lutte ouvrière" :  
« En l’absence de perspective ouvrière, ce sentiment ’anti-syndicaliste’ parmi ces secteurs les moins expérimentés du prolétariat en France s’est reconnu, à tort, dans "l’anti-syndicalisme" du petit-bourgeois qui n’est autre que l’expression de sa peur pathologique devant la lutte ouvrière et la perspective du communisme. Les syndicats s’en garderont d’autant plus... ».

C'est ce « les syndicats s'en garderont d'autant plus... » qui est sinistre : s'il y avait eu moins de petits commerçants ou de petits entrepreneurs ruinés on aurait eu la chance de voir les syndicats traîtres se pointer ?
A la fin présumée du mouvement des gilets jaunes, les « ouvriers les plus combatifs » (lesquels et où étaient-ils en décembre?) offriraient des « garanties » d'affrontement « politique » en montrant le « véritable terrain et chemin de l'affrontement au capital » (où ça ? Dans l'entreprise?) quand le mouvement des gilets jaunes n'a cessé d'affronter, à plusieurs reprises, et avec culot, l'Etat sur son véritable terrain... les Champs Elysées !

Mais il y a pire que cet individu-parti esseulé, le CCI sans parties. La sentence tombe lourdement sur les ploucs en gilets jaunes : « La révolte populaire des “gilets jaunes” n’appartient pas au combat de la classe ouvrière. Au contraire, ce mouvement interclassiste, n’a pu surgir et occuper tout le terrain social, pendant plusieurs semaines, que sur le vide laissé par les difficultés du prolétariat à engager massivement la lutte, sur son propre terrain de classe, avec ses propres méthodes de lutte, face aux attaques économiques du gouvernement et du patronat ».

Rien de choquant en soi pour ce titre de propriété dont l'attribution dépendait naguère des seuls partis staliniens. Tu es ceci, tu es cela, c'est moi seul qui en décide, disait le parti Jupiter à moustache. Les ploucs de province vont donc en prendre pour leur grade : « Le fait que de nombreux travailleurs salariés parmi les plus pauvres se soient embarqués dans ce mouvement interclassiste, initié sur les réseaux sociaux, les a rendus particulièrement vulnérables aux idéologies les plus réactionnaires et anti-prolétariennes : le nationalisme patriotard, le populisme de l’extrême droite (avec son programme politique “franchouillard” et anti-immigrés), et finalement la revendication du Referendum d’Initiative Citoyenne (RIC). Ce n’est pas un pur hasard si le parti du Rassemblement National de Marine Le Pen (de même que toute la droite) a soutenu les “gilets jaunes” depuis le début ! »

Un observateur impartial pourrait se demander quel journaliste macronien ou militant du NPA a encore pu dégobiller autant de tartufferies... Non, non, c'est bien le Courant Communiste International en France et au nombre tout au plus de quinze zigotos.
La démarche est la même que celle de l'Etat bourgeois. Ils ont été tellement déstabilisés voire intrigués par ce mouvement non inscrit dans la « perspective communiste en boite de ronron » qu'il possèdent jalousement, qu'il est venu enfin le temps de se venger, de cracher sur un cadavre pourtant encore en bonne santé. Ils puaient tous le diesel ces petits bourgeois, c'est pour la bagnole qu'ils ont bougé pas pour le communisme intégral ! Il ont profité en plus ces caves du vide que le prolétariat avait laissé (pourquoi ne pas reconnaître qu'ils ont été la rançon prolétarienne à l'humiliation des cheminots?) dans les rails tout tracés du revendicationnisme pépère ! Ces ploucs ne se sont-ils pas laissé entraîner par cette minable « petite bourgeoisie paupérisée et révoltée » et contre quoi, je vous le donne en mille Mme la Marquise, les taxes, les taaaaxes, ahahahahaha ! Voilà bien quelque chose qui est typique de la claaasse intermééédiaireu !

En lisant le site du NPA avant les événements du mois de novembre dernier, ou même le retournement de la secte bourgeoise Lutte ouvrière, vous pouvez voir que le plumtif du CCI n'a eu qu'à recopier les même insanités dans son désir de vengeance effrénée contre un mouvement qu'il n'a pas plus pu encadrer que ses concurrents en gauchisme antiraciste et anti-peuple : « La révolte populaire des “gilets jaunes”, du fait qu’elle véhicule en son sein les stigmates nauséabonds de la décomposition de la société capitaliste (les préjugés xénophobes, la peur de l’invasion des migrants qui viennent “manger le pain des Français” et “profiter de nos impôts”…), constitue un appel à la responsabilité du prolétariat face à la gravité des enjeux de la situation historique actuelle ».

Ah la décomposition , le maître mot de la secte pour expliquer tous les complots de la bourgeoisie ou les atténuer... La secte CCI se prélasse comme toutes les sectes gauchistes dans le déni des flux migratoires anormaux et pas du tout pour aider à l'affirmation du prolétariat mais plutôt pour le déposséder de son projet universaliste en confiant la défense des « réfugiés » aux cadors gouvernementaux et à leurs agitateurs gauchistes. Mélenchon a été souvent moins cons que ces gardiens d'un temple vermoulu du marxisme pédagogue et saint, en voyant très justement les fachos et les fâchés comme il y a des cons et des gens intelligents partout. Leur mauvaise foi est aussi ridicule que leur appel à un prolétariat missionnaire qui n'existe que dans leur tête vide.
Le mot d'ordre de ralliement « solidarité avec les immigrés », à pouffer de rire ! C'est l'hôpital que se fout de la charité! C'est le mondialisme qui se moque de la périphérie « blanche et raciste » ! C'est la multiculturalité qui se moque de la ruralité ! Non pas qu'il ne faille pas soutenir tel ou tel immigré s'il est insulté ou menacé – et tous les immigrés ne sont pas des prolétaires - mais on n'a pas à contribuer aux appels démagogiques à gérer la catastrophe humaine imposée par les guerres du capitalisme. Le mouvement s'est moqué initiatlement du parti bourgeois écologique avec son écologie punitive, comme on peut également se gausser du CCI avec son immigration gauchiste punitive ! Le CCI comme son avorton Dutruc Gilbert imagine encore un « vivre ensemble éducatif » dans les entreprises surtout avec l'extension des salles de prières ». Il n'est qu'une des caisses de résonance de l'idéologie bourgeoise "réformatrice en déculturation" comme l'écrivait Wiewiorka : « ...aux yeux des classes dominantes, c'est le peuple qui est intrinsèquement raciste, c'est donc aux couches populaires qu'il convient en priorité d'imposer « un vivre ensemble éducatif ». L'excellent Guilluy, qui indispose tant l'intelligentsia universitaire que les penseurs gauchistes, qui a bien souligné le changement de nature de l'immigration, explique depuis plusieurs ouvrages que l'invisibilité des couches populaires (autrement dit d'une grande partie de la classe ouvrière sans statuts privilégiés ni CDI, contribue à l'occultation de la question sociale, et politique, par la prédominance de querelles catégoreilles ou sociétales (luttes partielles disait le bon RI naguère) : luttes des femmes, lutte antiraciste, droits des anciens colonisés à chier sur l'histoire en général, écologie bourgeoise, lutte des sexes et des ethnies, etc.
Et quand un mouvement social, par une échappée belle hors des promenades syndicales et des échéanciers politiques, vient réduire au niveau des faits divers ces amusements orchestrés par toute la bobogie bourgeoise et trotskiste, on se met à lui cracher dessus parce qu'il ne rentre pas dans les schémas et on lui trouve des poux dans la tête. Misérable secte !

Même les gauchistes et les éditorialistes bourgeois ne se sont pas enhardis à enterrer le mouvement « insaisissable », savonnette qui échappe aux paluches des pires politiciens et remise mai 68 à une campagne de promotion pour les ordures Goupil et Cohn Bendit. Le plumitif en chef du CCI, planqué en province lui ne s'est pas gêné depuis son clavier pour l'envoyer, ce « mouvement interclassiste, nationaliste et réformiste » dans l'impasse de « l'absence de perspective pour la société », emmené par une bande de ploucs « bougnat maître chez soi ». C'est lâche de reprendre le discours de Macron contre « la foule haineuse », et de s'agenouiller ainsi devant le despote. C'est hautain et méprisable d'oublier nos morts, nos yeux crevés, tant d'espoirs et de mobilisations qui resteront gravés dans l'histoire contrairement à cette râclure de bidet. Et ce n'est pas digne du tout de prétendus promoteurs du prolétariat pur et dur.

DEUX PROFS MODERNISTES MONTRENT AUSSI LE BOUT DE LEUR NEANT

« Temps critiques » pourrait être le nom d'un parti gilet jaune. Nous entrons en effet dans une époque très critique pour la Capital sans s'affoler ni s'enthousiasmer pour une venue certaine de la révolution prolétarienne. Nous avons suffisamment ridiculisé le mouvement communisateur il y a quelques années sans avoir besoin de porter l'effort aujourd'hui pour en montrer l'inconsistance. Mais les profs associés s'ils me font toujours marrer, peuvent être ponctuellement moins stupides, quoique traînant toujours les séquelles de leur passé gauchiste, que les révolutionnaires amateurs et retraités de l'ultra gauche. Dupont et Dupond vont au moins à l'essentiel de ce que tout bon marxiste moyen peut s'être demandé sans cracher sur le mouvement des gilets jaunes.
Ni la question de la grève générale, ni la question du blocage de la production à partir des usines
n'ont été posés. Donc toute « convergence des luttes » aurait été une vue de l'esprit. Or nos profs observateurs sont mal renseignés. Ces questions ont été posées maintes fois, mais elles ne pouvaient déboucher sur une réponse immédiate. Pourquoi ? J'ai participé à une des premières assemblées dans le Pas de Calais à la veille du 17 novembre, et, par exemple, alors que la question du blocage de l'usine Valeo avait été posée, les ouvriers de cette usine intervinrent pour s'y opposer. Une telle occupation « de l'extérieur » aurait non seulement placé les prolétaires en chômage technique, mais aurait été vécue comme une agression dans une région où le travail est devenu denrée rare. Il eût mieux valu que cela parte « de l'intérieur », mais comment partir de l'intérieur vers un extérieur qui était encore flou et mobilisé par la seule lutte contre les taxes ? Quant à la grève générale, si on n'en parle guère c'est parec qu'elle a fini par apparaître comme une incantation syndicaliste et d'anarchistes arriérés et l'attente éternelle du retour du petit Jésus.
Nos deux profs observateurs sont pourtant très pervers pour tenter de son refourguer leur idéologie de disparition du prolétariat :
« Les révoltés des ronds-points sont certes pour beaucoup des salariés (ou assimilables à des salariés quand ils bénéficient d’emplois aidés ou d’aides au retour à l’emploi), mais il y a aussi bien d’autres occupants non salariés ou anciens salariés (notamment des auto-entrepreneurs pauvres et surtout des retraités qui sont loin de tous partir en avion low cost pour des destinations exotiques). Ce n’est pas à partir du rapport de travail qu’ils interviennent, mais à partir de leurs conditions de vie et de leur inexistence sociale. Une lutte, certes, mais une lutte sans classe plutôt qu’une lutte de classes. Il ne sert donc à rien d’y rechercher ce qui serait son aile prolétarienne pour lui donner une transcroissance qu’elle n’a manifestement pas l’intention de manifester ».

La classe ouvrière est pourtant bien présente, et en majorité comme ils le reconnaissent, mais non seulement ils sont incapables se savoir comment fonctionne cette classe ouvrière, car en tant que fonctionnaires comme la troupe du CCI, ils n'ont pas de problèmes de fin de mois et ils s'imaginent, avec leur génétique gauchiste, que les prolétaires comme tels ne peuvent lutter qu'enfermés sur leur lieu de travail ! Puis, comme ils n'imaginent pas que « les sans dents » et « sans diplômes » puissent voir plus loin que les ronds-points et penser à un autre avenir que la pérennité capitaliste, ils nous entraînent dans leur habituelle pensée hippie, leur adoration de la ZAD bobo et du cycliste Coupat. Le mouvement était bon et beau parce qu'ils couchaient sur des palettes sous la tente ! Où la solidarité « n'était pas un vain mot » ou « des personnes se relaient pour préparer la nourriture ».
Puis quand ils reviennent au plan politique, c'est le ton docte et pédagogique de l'éducateur qui s'élève au-dessus des contingences des gardiens un peu boyscouts des ronds-points : « défiance vis-à-vis de toute organisation politique ou syndicale, mais aussi au fait que les conditions présentes ont épuisé toutes les formes historiques que l'on a pu connaître ». Les gilets jaunes « ne peuvent pas faire des Conseils de Ronds-points » comme il y a eu des Conseils ouvriers. On ne les contredira pas sur ce point, moi-même je me suis senti quelque peu ridicule de proposer la formation d'un conseil ouvrier à Etaples dans une assemblée cornaquée par des petits bourgeois. Mais ce n'est pas le mouvement ni dans sa durée ni dans son expression actuelle qui importe, ni cette théorisation sur les chaussettes d'Attali de gilets jaunes « nomades », ce qu'ils ne sont pas du tout.
Les critiques qu'ils portent au chiméRIC sont par contre pleinement valables, mais insuffisantes dans l'explication du RIC comme « refuge » à un mouvement qui se cherche. Le mouvement comme tel est voué à s'éteindre, il sera relayé ultérieurement par des formes nouvelles de la lutte des classes et de la classe principale, le prolétariat, sur lesquelles nous ne pouvons pas anticiper qui seront impulsées par la violence répétée des attaques économiques et politiques du Capital ; sans oublier des attaques terroristes de la police à un niveau inégalé depuis la guerre d'Algérie ; arrestations massives préventives, persécutions de Coupat et d'Eric Drouet, contrôle renforcé de ce qui se dit sur les médias, indifférence cynique des médias pour les milliers de blessés. Le pullulement de pancartes pour ce chiméRIC m'a consterné et pas tellement pour la bêtise de cette « capsule » au démocratisme bourgeois (comme le définit ce pauvre petit prof Chouard, qui parle aussi des « humains » comme nos humanitaires de « Temps critiques ») - c'est à dire une rustine sur le système de foutage de gueule démocratique – mais parce que la classe ouvrière, celle au travail, est encore gavée par la société de consommation et qu'aucun groupe vraiment révolutionnaire n'est venu sur le terrain opposer un programme alternatif. Par contre nos petits profs modernistes et retraités des voitures en ont un de programme, celui du prince des bobos, Hamon, le revenu « garanti », le petit éléphantineau de la bobocratie parisienne qui traite Eric et Maxime de sales électeurs du RN quand lui a véritablement les mains sales pour sa participation au gouvernement bourgeois.

Enfin, ils n'ont rien compris au décryptage subversif de Christophe Guilluy qu'ils dénoncent comme « conseiller du prince », ce qu'il n'est pas ou moins qu'eux, vu la manière dont les médias l'ont écarté de leur spectacle depuis un mois au profit d'une armada de lèche-culs comme Boulouque. Guilluy en bon géographe démontre très bien l'exclusion de la classe ouvrière des grandes villes à dominante bobo et immigrée, mais chacun dans son ghetto.
Les frères siamois de Temps critiques, comme Robin Goodfellow, montrent leur appartenance de classe au quartier bobo avec cinémas et théâtres, terrasses de restos avec clochards couchés sous les hautes chaises. Ils causent entre gens cultivés des schémas du capital, de la baisse tendancielle du taux de profit et, accessoirement, de ces ploucs en gilets jaunes qui ne sont pas « descendus dans la rue en 2015 pour la défense du service public », même si les agents du service public soigneusement encadrés et encartés n'ont jamais rien fait ni fait grève pour ces ploucs des petites entreprises de province, trop occupés à aménager leur CDI et leur petite retraite, en chantant les refrains syndicaux. C'est sûr qu'il ne faut pas cherches des convergences « anticapitalistes » avec des ploucs pareils ni « communistes », vu que les « communistes » c'est tous ces profs admirateurs de Chavez et Lula, voire de Poutine quand Trump se permet de commettre un tweet un peu trop grossier.