"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

samedi 16 juillet 2016

La civilisation de la douleur médiatisée et une guerre dans la guerre


Suivi d'apologie du crime par Karl Marx et Trois interprétations petites bourgeoises de la Commune par le journal bordiguiste en 1971.

Ce qui est frappant avec chaque attentat terroriste, comme en ce moment pour la détresse des proches et victimes du débile qui a foncé sur la foule avec un camion « pour livrer des glaces à la réception de la mairie » et qui a liquéfié des vies humaines d'enfants en bas âge, sans vergogne (même Hitler ne se vantait pas de l'assassinat des enfants juifs par exemple), c'est l'indifférence générale dans un monde virtuel aseptisé. Bien sûr on prend connaissance des infos. On compatit mais on reprend immédiatement ses activités quotidiennes. Toutes les activités humaines ne semblent plus être distraites, en toute bonne indifférence, que par ce voyeurisme prégnant, et cette aptitude primaire à faire voir, avec cette froideur du voyeuriste, pour « partager des images » même les plus horribles. Tout le monde peut filmer un événement désormais avec caméra permanente embarquée à bord, le portable multifonction au point qu'on a oublié sa première fonction téléphonique de prise de contact ou d'échange.
Lorsque le débile eût écrasé les premières personnes, l'on vit certains, non pas se préoccuper des chairs écrasées, du sang qui giclait, des mères qui hurlaient la perte de leur enfant, mais dont le premier souci était de filmer les cadavres et l'infinie douleur des proches (voyeurisme auquel contribuèrent immédiatement aussi les journalistes d'Etat).
Quelques jours auparavant, nous avions déjà halluciné lors du meurtre d'un noir américain par la police démocratique ; non au spectacle, presque banal du meurtre sans vergogne commis par le cochon de flic... Assis à côté de la conductrice, probable compagne, le jeune homme agonisait et la fille, au lieu de lui porter secours, de faire un garrot à celui qui pissait le sang, se mettait en scène avec son portable, se filmant en selfie comme pour témoigner au monde entier de l'agonie secondaire de son compagnon, lui fournissant trois minutes de célébrité sans un geste affecteux pour celui dont la vie s'éteignait sous le revolver pointé du flic, hébété lui-même de son crime impulsif, lui-même terrorisé comme si le mort pouvait potentiellement se révolter et lui cracher à la gueule.
Il était mort. Point barre. Encore un flic américain qui avait tué un noir. On pouvait gloser désormais sur le racisme de la police américaine et l'inutilité d'Obama en faveur d'un monde moins inégalitaire pour la population noire quoique coïncée dans une désespérante société de cowboys bouseux.

Après chaque drame, la véritable opération de secours psychologique, de dégrisement des conséquences du terrorisme à bon compte, est politique. S'adressant au plus grand nombre, les politiques occupent le devant de la scène à la place des médecins, chirurgiens et autres psychologues pour victimes directes, polytraumatisés, handicapés à vie, détruits à jamais psychologiquement. Pour retrouver autant de polytraumatisés, écorchés vifs, amputés il n'existe qu'une comparaison : les tranchées de 1914. Et personne n'en parle, parce que ce serait reconnaître que la guerre de M. Hollande est mondiale et touche en priorité les civils innocents, et en priorité – un must comparé à Verdun – femmes et enfants. Comment lutter contre une telle guerre mondiale, si opaque dans les tranchées médiatiques alors que les intérêts et compétiteurs impérialistes crèvent les yeux, où le front est plus intérieur qu'extérieur, où le principal théâtre des opérations « psychologiques » vise les zones présumées en paix ? Cette guerre dont les ramifications opaques sont pratiquement impossibles à dénoncer sans passer immédiatement pour révisionniste galeux ou être qualifié de pochtron fasciste. Naguère pour le meurtre d'un archiduc ou une invasion militaire d'un pays, l'entrée en guerre mondiale était automatique car les civils de tout acabit avaient suivi sans oser une révolution.
Si l'on massacre tant les civils de nos jours, et en particulier les civils prolétaires, c'est évidemment de leur faute, parce qu'ils ne veulent plus faire la guerre mondiale, y participer ou la cautionner au nom d'une civilisation indéfendable. Mais ce refus reste dominé par l'indifférence et la croyance que la tuerie n'arrive qu'aux autres. Dangereux attentisme ! La tuerie est désormais si près de chez vous que soit vous accepterez qu'elle devienne quotidienne comme dans tant d'Etats du Proche Orient ou du lointain Afghanistan (votre portable vous tiendra au courant des moindres détails ou comment rechercher vos proches disparus), soit vous poserez les responsabilités politiques des dominants (ce qui signifie que vous éteigniez votre portable, cette télé big brother qui couche avec vous toutes les nuits). Vous verrez alors qu'il n'y a pas meilleure « thérapeutique ».

L'incurie du personnel politique bourgeois gouvernemental et oppositionnel :

Ne cherchez pas de prise de position du milieu maximaliste sur la tuerie de Nice, nos braves révolutionnaires de clavier sont en vacances, en retraite ou publieront une énième dénonciation du terrorisme en général et du capitalisme en général. Les prises de position des deux principales formations d'extrême gauche radicales réformistes NPA et LO sont brèves mais relativement correctes et insipides. On est impuissant devant tant de sang et on le reste. Aucune discussion nulle part sur ces événements tragiques successifs. C'est la politique des bras qui nous « en tombent » devant tant de tombes. Le personnel politique bourgeois nous apparaît pourtant carrément et scandaleusement coupé de la réalité, plus apte à coasser qu'à prévoir. La gauche bourgeoise au gouvernement a étalé son impuissance avec le relatif ridicule des plates condoléances radoteuses et la recette pourrie de « la cohésion nationale » quand les flics ne sont plus les héros qu'on voulait nous faire croire. La droite sarkozienne s'est une nouvelle fois ridiculisée dans la surenchère.
Contrairement aux massacres précédents (massacre des dessinateurs de Charlie, carnage au bataclan et aux terrasses des cafés parisiens, meurtre de la jeune Aurélie, décapitation d'un patron, égorgement d'un policier et de sa femme) la réaction « thérapeutique » du sommet de l'Etat n'a pas été « éviter l'amalgame » (entendez protégez la population musulmane injustement ciblée) mais : « nous sommes en guerre et nous allons la continuer ». L'indifférence de ce sommet de l'Etat à la succession ininterrompue des crimes de sang sur des personnes sans défense, qui est lui-même dans une logique de meurtre militaire, fait penser au bourreau sur l'échafaud qui demande d'accélérer la cadence pour faire circuler plus vite les futurs décapités, dans un système où le despote était supposé figurer le soleil. Ce père putatif du néant Macron est caractéristique de l'indifférence de l'élite bourgeoise aux conséquences (indirectes) de leur gouvernance dans leurs mic-macs avec les exigences américaines et les banques telle Goldman&Sachs, aux conséquences de « l'esprit destructeur du capitalisme ». Pour gouverner il faut accepter d'avoir du sang sur les mains. Aucun gouvernant n'a les mains propres ; saint Rocard lui-même avait amnistié les massacreurs des kanaques par les gendarmes (blessés achevés mains attachées dans le dos).
La parade du sous-fifre de Hollande, Cazeneuve prêterait à rire si cette nouvelle boucherie n'exigeait pas des réponses plus sérieuses : « Cazeneuve enchaîne confirmant que nous sommes face « un attentat de type nouveau ». « Il n'etait pas connu des services de renseignements, il semble qu'il se soit radicalisé trés rapidement. Par ailleurs la modalité est aussi nouvelle car il n'avait ni arme lourde, ni explosifs. Cela nous montre l'extrême difficulté de la lutte anti-terroriste. C'est une nouvelle épreuve qui doit nous inciter à prendre conscience ».

Cazeneuve est le Didier Deschamps du ministère de l'Intérieur : « on a encore perdu parce qu'on était mal préparé ». En quoi la tuerie de ce débile est-elle nouvelle ? En rien, elle fait partie de la panoplie de n'importe quel serial killer du monde entier avant que le petit Cazeneuve (sic) soit né ! Cazeneuve le ministre qui rénove tout drame du sol au plafond.

ACCUSER LE TERRORISME, LE GOUVERNEMENT OU LE CAPITALISME EST-CE SUFFISANT ?

Comme la compassion hypocrite des gouvernants, la dénonciation simpliste « révolutionnaire » de la guerre impérialiste qui génèrerait des vengeurs locaux, plutôt de racine arabe, comme l'ignominie des directives de l'étrange daech, n'explique rien. Le débile en camion, maintenant exhibé comme un « soldat de daech » n'est pas réductible au rôle d'exécutant de cette mafia néo-US. Aucune explication des spécialistes n'est crédible, comme est invraisemblable la trouvaille de Cazeneuve presque hilarante : « il s'est radicalisé rapidement ». Le désir pervers de tuer massivement serait le produit de cet arlésienne « radicalisation » ? Le débile n'était pas franco-tunisien, comme cela fût lancé mensongèrement, mais tunisien tout court ; il faut arrêter de dire que la France produit les débiles tueurs, pas fous ni soldats, je précise bien mais DEBILES. Et qui produit ces débiles ? Le monde capitaliste bien évidemment ! Pas la société en général, mais un monde finissant qui pousse au suicide. Ce qui devrait frapper en premier lieu – mais reste généralement ignoré – c'est le facteur de solitude personnel qui conditionne le kamikaze moderne. Ce « débile » ne nous est pas étranger parce que « loup solitaire » il peut agir en meute. Notre société no future produit des suicidés à la pelle. On fait mine d'oublier que le tueur de masse va mourir lui aussi au bout du compte, qu'il soit abattu par les flics ou finisse sa vie en prison. Quel intérêt de finir sa vie en prison quand les prisons sont pleines ?
Mourir pour Allah ou son petit télégraphiste Mahomet ? Ou aux ordres webêtés d'un affreux handicapé barbu de tel ou tel groupe de tueurs mercenaires des pétromonarchies ou de l'Etat turc ?

Manque de pot pour les spécialistes, il apparaît ce coup-ci que le type n'était pas un vrai croyant musulman, qu'il vivait mal la séparation avec sa femme, qu'il était un peu déjanté depuis son arrivée en France, ex-bouseux de Tunisie (violences contre sa femme et un automobiliste). L'insatisfaction face aux promesses de la vitrine occidentale plus les échecs personnels expliquent bien plus un suicide « bruyant et public » que le commandement présumé de daech (daech vient - en s'inventant à chaque fait divers un nouveau soldat - prêter main forte à nos sinistres va-t-en-guerre). N'importe quel criminel peut se couvrir de Mahomet ou de daech pour déguiser son crime morbide et lâche. Fofana la merde humaine qui a torturé le petit Halimi s'est auto-proclamé guerrier de l'islam, comme les petits cons qui ont mitraillé au Bataclan. En vérité chacun était dans le primaire, la vengeance. Nul mobile noble ni militaire dans ces actes. Combien d'entre nous n'ont jamais pensé se faire exploser au milieu d'un cénacle patronal ou de généraux ? Si on ne l'a pas fait c'est parce que la société à l'époque ne nous avait pas encore assez destructuré, qu'il y avait femme et enfants à dorloter, un milieu urbain et convivial...

LA MAIN INVISIBLE DU CAPITALISME DECADENT...

Cette vengeance n'est pas du tout irrationnelle, elle fonctionne comme la main invisible du marché capitaliste1. Elle nous est plus perceptible qu'aux journalistes bourgeois, aux politiciens véreux et aux sectes politiques islamistes ou gauchistes. Elle est l'aboutissement d'un monde qui déshumanise, avec ce même paradoxe que l'utilisation du portable supérieure à la réaction de porter secours, qu'un des tueurs du Bataclan réclame plus d'humanité en prison à son égard alors que lui-même a été incapable d'en faire preuve pour perpétrer le carnage précédent. Une société d'égoïstes possédants peut-elle produire autre chose que d'égoïstes suicidaires tueurs ? La vengeance, pour les anthropologues, s'inscrit dans des sociétés caractérisées par l'absence de système judiciaire unifié ou par l'absence d'un Etat national2.
Le règne impavide de la vengeance musulmane ou pas, nazislamiste ou nazie tout court qui meurtrit le monde, révèle une chose : des Etats faibles incapables de dominer les sorcières qu'ils ont engendrées.
Le monde est un, il n'y a plus séparation de civilisations dans le creuset de la décadence. Les pires croyances peuvent circuler d'un bout à l'autre sans qu'aucune « modernité » ne puisse servir de barrage, et où le culte de la mort peut ressurgir comme au temps de la sinistre guerre d'Espagne et du nazisme. Un auteur :

« ...rappelle comment, faute d’avoir combattu la sorcellerie avec la même détermination dont ils avaient fait montre pour combattre le culte des ancêtres, « les missionnaires venus d’une Europe qui ne croyait plus aux sorciers » ont travaillé à l’exaspération de ce phénomène. Cette « méprise » missionnaire explique la fortune des messianismes, prophétismes, syncrétismes (comme Mademoiselle) et des pentecôtismes pratiquant la guérison divine et luttant contre la sorcellerie, pratiques qui confortent chaque travailleur de Dieu « dans sa mission et justifie son existence  »3

Dans le prolongement de la pensée de Marx sur le fétichisme de la sorcellerie :

« Les pouvoirs sorciers seraient, dans cette perspective, le produit d’un imaginaire engendré dans le cadre des rapports des hommes à la nature, et donc aux choses, en l’occurrence les marchandises dans la société capitaliste : rapports qui sont simultanément ceux des hommes entre eux. En témoignent les propos d’un « converti » camerounais, François Ezë, chef-catéchiste parlant de la « religion » de ses parents et de ses grands-parents (lui même avait, dit-il, dix-huit ans en 1910), dans lesquels cette « vérité » marxiste est fort bien exprimée : « Mais il y avait comme des vides dans leur religion (celle de ses parents) : ils se sentaient toujours impuissants, dans l’insécurité, en lutte contre les puissances qui les dépassaient. Quand ils ont entendu parler de la nouvelle religion, ils en ont attendu de plus grands secours, plus de succès, plus d’efficience ».4

Ce que la boucherie du débile en camion vient démontrer est que si l'islam a pu prétendre remplacer le stalinisme ou un communisme utopique, l'islam n'est même plus désormais une motivation crédible pour les enfants de la tradition islamiste, mais la mort oui, comme fin aux souffrances terrestres. Enfin surtout parce que la politique est devenue désespérante et artificielle.

La focalisation apparemment involontaire sur la plupart des tueurs de masse, comme étant de souche arabe ou et islamiste, obéit à la volonté politique aveuglante de l'Etat bourgeois de substituer à la lutte des classes la lutte des communautarismes, comme certains commentateurs non marxistes finissent par s'en apercevoir, et avec cette implication évidente : la lutte inter-communautaristes est typique de la guerre de vengeance ! La lutte des classes n'obéit aucunement à une logique de vengeance mais de confrontation en vue du remplacement d'une société barbare par une société véritablement humaine. Or, la phase actuelle du capitalisme décadent révélant des Etats faibles (donc soumis au terrorisme et à l'idéologie de la vengeance) la conscience de classe pour se réveiller devra prendre conscience que seul un Etat fort peut mettre fin à la barbarie terroriste et impérialiste, un dictateur universel : la dictature du prolétariat.

POST SCRIPTUM HISTORICUM

Le crime même monstrueux sert encore la société capitaliste, fait fonctionner les hôpitaux (qui manquent de personnel), implique des embauches supplémentaires dans la police, les vigiles, démultiplie les ventes de neuroleptiques, les dons du sang, le voyeurisme touristique, bref comme l'expliquait Marx dans son apologie humoristique du crime :


« Le philosophe produit des idées, le poète des poèmes, l’ecclésiastique des sermons, Le professeur des traités… Le criminel produit des crimes.
Si on regarde de plus près les rapports qui existent entre cette dernière branche de production et la société dans son ensemble, on reviendra de bien des préjugés.
Le criminel ne produit pas que des crimes : c’est lui qui produit le droit pénal, donc le Professeur de droit pénal, et donc l’inévitable traité dans lequel le professeur consigne ses cours afin de les mettre sur le marché en tant que « marchandise ».
Il en résulte une augmentation de la richesse nationale, sans parler de la satisfaction intérieure que selon le professeur Roscher, témoin autorisé, le manuscrit du traité procure à son auteur.
Plus : le criminel produit tout l’appareil policier et judiciaire : gendarmes, juges, bourreaux, jurés, etc., et tous ces divers métiers, qui constituent autant de catégories de la division sociale du travail, développent différentes facultés de l’esprit humain et créent en même temps de nouveaux besoins et de nouveaux moyens de les satisfaire.
La torture, à elle seule, a engendré les trouvailles mécaniques les plus ingénieuses, dont la Production procure de l’ouvrage à une foule d’honnêtes artisans.
Le criminel crée une sensation qui participe de la morale et du tragique, et ce faisant il fournit un « service » en remuant les sentiments moraux et esthétiques du public.
Il ne produit pas que des traités de droit pénal, des codes pénaux et, partant, des législateurs de droit pénal : il produit aussi de l’art, des belles-lettres, voire des tragédies, témoins non seulement La Faute de Msüllner et Les Brigands de Schiller mais aussi Œdipe et Richard III.
Le criminel brise la monotonie et la sécurité quotidienne de la vie bourgeoise, la mettant ainsi à l’abri de la stagnation et suscitant cette incessante tension et agitation sans laquelle l’aiguillon de la concurrence elle-même s’émousserait. Il stimule ainsi les forces productives.
En même temps que le crime retire du marché du travail une part de la population en surnombre et qu’il réduit ainsi la concurrence entre travailleurs et contribue à empêcher les salaires de tomber au-dessous du minimum.
La lutte contre la criminalité absorbe une autre partie de cette même population.
Ainsi le criminel opère une de ces « compensations » naturelles qui créent l’équilibre et suscitent une multitude de métiers « utiles ».
On peut démontrer par le détail l’influence qu’exerce le criminel sur le développement de la force productive :
— Faute de voleurs, les serrures fussent-elles parvenues à leur stade actuel de perfection ?
— Faute de faux-monnayeurs, la fabrication des billets de banque ?
— Faute de fraudeurs, le microscope eût-il pénétré les sphères du commerce ordinaire (voir Babbage) ?
La chimie appliquée ne doit-elle pas autant aux tromperies et à leur répression qu’aux efforts Légitimes pour améliorer la production ?
En trouvant sans cesse de nouveaux moyens de s’attaquer à la propriété, le crime fait naître sans cesse de nouveaux moyens de la défendre, de sorte qu’il donne à la mécanisation une impulsion tout aussi productive que celle qui résulte des grèves.
En dehors du domaine du crime privé, le marché mondial serait-il né sans crimes nationaux ?
Et les nations elles-mêmes ?
Et depuis Adam, l’arbre du péché n’est-il pas en même temps l’arbre de la science ? »
Karl Marx
EXTRAIT D'un article du Prolétaire de 1971 (dont je ne partage pas l'analyse du parti infaillible ni la théorie de la violence, mais qui nous montre à quoi aboutit un Etat faible, à la vengeance stérile)

http://www.sinistra.net/lib/bas/progco/qioe/qioeenebef.html

Trois interprétations petites-bourgeoises de la commune
Loin de nous l'idée de faire une bibliographie abrégée de la question: ce que nous voulons, c'est souligner quelques aspects qui contribueront à mettre en relief les conclusions, tirées par Marx lui-même de l'expérience de la Commune, aspects qui ont échappé - et pour cause - à l'attention des écrivains prostitués qui voudraient se faire passer pour les vestales de l'historiographie «impartiale». Donc, sans tomber dans des citations et des références livresques, nous distinguerons les trois interprétations fondamentales que les historiens ont données de la Commune, ou plutôt les trois grandes attitudes qu'ils ont prises face elle.
Malgré des oppositions formelles, chacune de ces grandes attitudes présente des points de contact avec les deux autres, si bien qu'il s'est trouvé des courants d'idéologies différentes, quoique toutes petites-bourgeoises, pour tomber d'accord sur l'une ou l'autre d'entre elles. Nous laisserons de côté l'attitude d'hostilité ouverte envers la Commune qui est le propre des partisans de Versailles, mais que nombre de grands bourgeois éclairés d'aujourd'hui trouvent plus intelligent de cacher derrière une «sympathie» de type petit-bourgeois plus apte que la haine à duper les prolétaires.
Il faut bien admettre que, ces types d'interprétation petite-bourgeoise reposent sur plusieurs aspects réels de la Commune, malheureusement détachés de leur contexte et du mouvement historique auquel ils appartiennent par une opération «critique» de nature foncièrement idéaliste puisqu'elle se refuse à considérer d'une façon réaliste ce que la Commune a pu et dû être, pour la juger uniquement sur ce que quelques uns de ses membres ont voulu qu'elle soit.
La première d'entre elles présente la Commune comme la dernière révolution populaire, du type des révolutions du «sot» dix-neuvième siècle, et notamment de Quarante-Huit, comme si Juin 1848 n'avait pas déjà été la révolution honnie du prolétariat, la «laide» révolution des blousiers, opposée aux révolutions démocratiques, victor-hugoliennes de toutes les classes du «Peuple» en tant que bloc de forces sociales antagonistes. Pour elle, la Commune est en somme la dernière insurrection violente parce que la dernière insurrection «barricadière», comme si la seule forme possible de la violence insurrectionnelle était la barricade des révolutions démocratiques derrière laquelle la «foule des citoyens» attend la dissolution spontanée de l'ennemi, des «sbires du tyran»; comme si la révolution prolétarienne ne devait pas avoir sa Garde et son Armée rouges, comme si elle ne devait pas prendre militairement le pouvoir et étendre la guerre civile contre la bourgeoisie à l'échelle non seulement nationale, mais internationale! En réalité, les barricades qui avaient réussi en février 1848 s'étaient déjà montrées non seulement inutiles, mais nocives dès juin 1848; dans la Commune, elles ont joué le rôle d'une dangereuse illusion, presque tous pensant: «On n'osera pas...», ce qui démontra «a contrario» la nécessité pour la révolution purement prolétarienne d'une attaque centralisée, chose d'autant plus évidente qu'au début la Commune jouissait d'une réelle supériorité militaire, bien que le mouvement n'ait pas été déclenché dans des conditions générales favorables.
La seconde attitude consiste à présenter la Commune comme un fait national-démocratique, républicain-patriotique, continuation logique de la défense nationale contre les «barbares» prussiens et en outre berceau de la République «de tout le monde,», de la République libérée des hypothèques royalistes et féodales. C'est l'interprétation adoptée par le P.C.F. et les staliniens en général qui, avec leur habituelle impudence, ne manquent pas une occasion d'en faire une anticipation de la... Résistance, du maquis contre les «Boches» et les collabos, grâce au précédent des francs-tireurs.
La troisième interprétation considérant comme exemplaires les aspects démocrato-libertaires de la Commune la présente comme un modèle de révolution fédéraliste et de démocratie directe qui n'aurait échoué qu'à cause des tentatives, d'ailleurs vaines, de lui donner une direction dictatoriale. Il va de soi que sur cette position convergent non seulement les anarchistes et les sociaux-démocrates, mais aussi les déstalinisateurs officiels. Quant à la conception stupide et pré-sorélienne de la Commune comme «Révolution latine» (1) opposée ou schématisme hégélo-teutonique de Marx, elle annonce évidemment les théories des «voies nationales» au socialisme.
De toute façon, on pourrait dégager de la Commune, de façon aussi abstraite qu'arbitraire, toute une série de «significations». y compris celle d'une tentative de conciliation des classes!
Tout cela, à notre avis, ne touche pas le problème véritable: ce que la Commune a été par la force des choses et indépendamment de la pensée de ses représentants. De même que, loin d'être fortuite, sa direction fut exactement ce que les circonstances lui permettaient d'être, les déficiences de cette direction ne peuvent pas être conçues comme de simples accidents n'affectant pas l'épanouissement du mouvement et dont on pourrait faire abstraction pour rendre hommage à la spontanéité conçue de façon mécaniste. En effet, dire qu'une direction adéquate a fait défaut revient à dire qu'a manqué l'actualisation et la poursuite consciente de la tâche historique du prolétariat et donc qu'a manqué une praxis révolutionnaire pleinement développée, c'est-à-dire parvenue à la connaissance et à l'emploi des moyens adéquats pour atteindre des buts clairement définis («sans théorie révolutionnaire, pas d'action révolutionnaire»).
Les limites de l'assaut au ciel
[prev.] [content] [next]
Il y a donc eu dans la Commune une différence entre la charge et la force potentielles du mouvement d'une part et sa manifestation de l'autre. Révolution sans aucun doute prolétarienne en soi, la Commune n'a pas pu l'être en soi et pour soi à cause du manque nullement occasionnel d'un appareil capable de recueillir, de concentrer l'impulsion objective reçue. C'est ici le lieu de rappeler l'image de Trotsky dans la préface de son «Histoire de la Révolution russe»:
«Sans une organisation dirigeante, l'énergie des masses se volatiliserait comme la vapeur quand elle n'est pas renfermée dans un cylindre à piston; cependant le mouvement dépend de la vapeur, non du cylindre ou du piston.»
Naturellement, «le cylindre à piston», c'est le Parti, qui ne crée pas mais dirige la révolution, et qui n'est pas non plus lui-même créé, ni en tant que programme (parti historique) résultant de la manifestation des contradictions irrémédiables de la société bourgeoise, ni en tant qu'organisme constitué d'un ensemble de cadres qui va former l'état-major de l'armée prolétarienne (parti formel) résultant d'une exaspération des conflits sociaux qui, par un passage de la quantité à la qualité, détruit dans une avant-garde de la classe ouvrière l'influence de l'idéologie et de la classe dominantes, et les tendances centrifuges, particularistes et locales.
Ce manque de clarté programmatique de la Commune est très bien démontré par le fait qu'elle a adopté un ensemble de formules héritées du passé et allant du souvenir des communes médiévales à la Commune à majorité hébertiste de Quatre-vingt-treize. Il ne devrait pas être nécessaire de rappeler que, selon Marx (cf. «Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte», ch. 1), la prémisse pour que la révolution sociale prenne conscience de son contenu propre et s'oriente en conséquence est justement le rejet de telles réminiscences et la formulation de la mission historique propre au prolétariat, qui n'est plus ni un instrument parlant (vocale instrumentum) comme les esclaves, ni un ordre, ni une plèbe, mais une classe tout à fait particulière, puisque par son auto-suppression, elle supprime tout le mécanisme de la société divisée en classes; une classe qui n'a que faire de «cahiers de doléances», qui n'a pas de «droits» méconnus à faire reconnaître, car son unique revendication en tant que classe historique est la suppression de la situation non pas juridique, mais effective que lui impose la mercantilisation de la société et en premier lieu de la force de travail.
Il est important de souligner ici que l'attachement superstitieux aux formes passées, expression de l'impuissance à concevoir le dépassement et donc l'abolition (Aufhebung) dialectique des rapports capitalistes, ainsi que les conditions plus ou moins métahistoriques de la société des producteurs-propriétaires, caractérisent la direction de la Commune toute entière. C'est ce qui explique le jugement draconien de Lénine en 1905, selon lequel la Commune fut «un gouvernement petit-bourgeois révolutionnaire», ce qui indique que la participation de membres ouvriers à ce gouvernement n'y a pas introduit d'élément prolétarien sur le plan politique, les mesures prises restant de caractère petit-bourgeois comme leur origine les y condamnait. Pour illustrer ce fait, il suffit ici d'un seul exemple, celui de la politique des Internationaux (membres français de la Première Internationale) à l'égard de la Banque de France que Francis Jourde et Charles Besley (2) protégèrent, tandis que le groupe blanquiste de l'ex-Préfecture dirigé par Rigault cherchait à s'en emparer, fût-ce par un coup de main, intention rendue vaine par l'attitude des organes «responsables» de la Commune occupés par les proudhoniens.
Le 18 mars 1908, Lénine résumait dans un discours tenu à Genève les principaux points de la critique marxiste de la Commune en observant:
«L'idée de patriotisme (qui) remonte à la grande Révolution du XVIIIme siècle s'empara de l'esprit des socialistes de la Commune et Blanqui, par exemple, révolutionnaire incontestable et adepte fervent du socialisme, ne trouva pour son journal de titre mieux approprié que ce cri bourgeois: «La Patrie en danger»!
La réunion de ces deux objectifs contradictoires - patriotisme et socialisme - constitua l'erreur fatale des socialistes français. Dans le Manifeste de l'Internationale de septembre 1870, Marx mettait déjà en garde le prolétariat français contre un engouement pour le mensonge nationaliste...
Dans la Commune, deux fautes anéantirent les fruits d'une brillante victoire. Le prolétariat s'arrêta à mi-chemin: au lieu de procéder à «l'expropriation des expropriateurs», il se laissa entraîner par des rêves sur l'établissement d'une justice suprême dans le pays, unifiée par une tâche nationale commune; des institutions comme les banques par exemple ne furent pas saisies, la théorie proudhonienne de l' «échange équitable» régnant encore parmi les socialistes. La deuxième faute fut la trop grande magnanimité du prolétariat; au lieu d'exterminer, comme il aurait dû le faire, ses ennemis, il chercha à exercer une influence morale sur eux, il négligea l'importance des actions purement militaires dans la guerre civile et au lieu de couronner Sa victoire à Paris par une offensive résolue sur Versailles, il temporisa et donna au gouvernement de Versailles le temps de rassembler les forces réactionnaires et de se préparer à la sanglante semaine de Mai.»
Une analyse sommaire des forces composant la direction communarde nous aide à comprendre les représentations idéologiques du mouvement auxquelles nous avons déjà fait allusion et à démontrer jusqu'à quel point l'insuffisance de la direction équivalait à un hiatus entre la poussée objective et la maturité subjective. Comme le disait Rosa Luxembourg dans sa polémique contre Bernstein, en tant que classe en soi, agglomération d'individus prolétariens, le prolétariat n'est jamais mûr pour la révolution, et c'est la crise qui l'oriente vers son guide et son cerveau, le Parti. Dans la Commune, nous voyons au contraire une révolution «acéphale» dont les réalisations ne correspondent qu'en infime partie à la pression du mouvement réel, ce qui n'exclut bien entendu pas leur importance, qui est proportionnée à l'importance même de ce mouvement: mais si on la confronte avec la tâche historique à réaliser «l'assaut au ciel» pour reprendre l'expression de Karl Marx cette importance et cette grandeur deviennent dialectiquement misère.
Bien sûr, la composante patriotique et nationaliste joua un rôle considérable dans la Commune, dont la naissance même prématurée et hors de propos, selon le jugement bien connu de Marx s'inscrivait dans l'ensemble des tentatives de «radicalisation» du gouvernement qui remplaça ce «gouvernement de trahison» qui «aurait dû» défendre la France de l'avance prussienne. Tout le monde sait que, dans son journal, Blanqui lui-même avait sombré non seulement dans le patriotisme, mais dans le chauvinisme et le racisme, puisqu'il y décrivait les Allemands comme des «pithécanthropes» sortis de forêts noires plongées dans d'éternelles ténèbres médiévales, chose vraiment indigne de sa plume, mais malheureusement plus qu'explicable. Ce nationalisme n'était pas, d'autre part, une attitude transitoire, car l'illusion réactionnaire qui devait atteindre son sommet dans la formule de la «révolution latine» et dans la conviction que la tâche la plus urgente était d'en préserver le foyer - la France - est bien caractéristique de la pensée de Blanqui, et ses polémiques contre Mazzini sont presque exclusivement axées sur ce leitmotive (3).
Il en est résulté un absurde mariage des blanquistes et des jacobins radicaux dans la majorité communarde, avec pour résultat pratique le blocage de toutes les mesures caractéristiques des blanquistes, et de ce fait, la renonciation par le blanquisme lui-même - sauf cas isolés, à une action autonome. D'autre part, on ne peut pas passer sous silence le fait incontestable et illustré par de nombreux faits que les attitudes chauvines et les penchants à l'Union sacrée étaient très répandus et presque généraux au sein de la section française de la Première Internationale. On connaît bien l'attitude patriotique de cette section de l'internationale face à la guerre franco-prussienne, qui contraste avec l'internationalisme fermement et rigoureusement observé par la section allemande dirigée paf Bebel et par le vieux Liebknecht. Cette attitude chauvine de ligues de métier particulières adhérant à l'Internationale allait jusqu'à la provocation xénophobe, à l'invitation faite aux patrons locaux (4) à persécuter les prolétaires «étrangers» et notamment allemands, en tant qu' «espions de l'ennemi». une espèce d' «A chacun son Boche» avant la lettre (5).
On pourrait objecter, avec l'exemple de Jules Vallès et de son journal, que les éléments les plus proudhonisants ne tombèrent pas dans cette attitude chauvine, du fait qu'ils étaient en général hostiles au problème des nationalités (ce qui, comme Lénine devait le démontrer à Luxembourg, n'est en soi nullement révolutionnaire en tout temps et en tout lieu), malgré l'attitude à l'occasion raciste de Proudhon qui voulait résoudre la question juive à la Eichmann. Il ne faut pas oublier qu'ils substituaient au patriotisme le fédéralisme localiste, étant adversaires de la guerre entre Etats dans la mesure même où ils l'étaient de la révolution, c'est-à-dire de la guerre civile.
Employant presque les mêmes mots que Proudhon qui prônait la «combinaison économique» à la place de la Révolution, l'«Independant Labour Party» opportuniste (futur pilier du Bureau de Londres) sera fustigé par Lénine en octobre 1916 pour avoir écrit:
«Nous n'approuvons aucune insurrection armée, de même que nous n'approuvons aucune forme de militarisme et de guerre».
Et ce que Lénine lui répliquait est entièrement valable contre les proudhoniens:
«Est-il nécessaire de démontrer que de pareils «anti-militaristes» de pareils partisans du désarmement, non plus dans un petit pays, mais dans une grande puissance, sont les opportunistes les plus dangereux? Et pourtant, théoriquement, ils ont tout à fait raison quand ils considèrent l'insurrection armée comme «une des formes» du militarisme et de la guerre» (Contre le Courant).
Ainsi, si les blanquistes firent un front unique de fait avec des radicaux petits-bourgeois aux délires montagnards incapables d'une quelconque perspective historique, la section française de la Première Internationale constituait elle-même un front unique de divers courants, avec prédominance de tendances petites-bourgeoises comme le proudhonisme et quelques nuances bakouninistes (Eugène Varlin) dans la perspective utopique de la collaboration de classe qui était impliquée dans la pacifique «combinaison économique» des mutualistes ou coopérativistes.
En tout cas, la conciliation nationale était présupposée par toutes les tendances de la direction communarde, et non seulement par des proudhoniens à la Jourde-Beslay, ou bien par des bavards «jacobins» à la Pyat et Miot, mais même par un des blanquistes «de gauche» les meilleurs et les plus clairvoyants, Théophile Ferré, qui dans ses déclarations par ailleurs très courageuses et dignes au procès reconnaissait dans la Commune une tentative légalitaire de réorganisation nationale que les «réactionnaires» de Versailles avaient refusée, contraignant ainsi les Communards à la résistance.
En effet, ce fut Versailles elle-même (et notamment sa gauche dirigée par ce même Louis Blanc qui, longtemps après le massacre des Communards, demandera l'amnistie pour les rescapés) qui «tua la conciliation», pour employer l'expression de Vermesch. Ce fut elle qui démontra, avec l'appui complaisant de Bismarck, que les prolétaires n'ont pas de patrie; que les bourgeoisies, jusqu'alors rivales pour l'accaparement des marchés, ne connaissent plus d'ennemis nationaux face au prolétariat insurgé, mais se fédèrent en une unique Internationale capitaliste; que la «démocratie avancée» des Louis Blanc et épigones rivalise avec n'importe quel Deuxième Empire (nous pourrions dire para-fasciste par avance) dans la répression de ce mouvement ouvrier qui sort de l'ornière, c'est-à-dire qui dépasse les limites de ce que la bourgeoisie elle-même peut et doit donner pour conserver son pouvoir de classe. Bref, c'est elle qui confirma que «ceux qui font les révolutions à demi creusent leur propre fosse», comme Saint-Just s'en était aperçu, avec une intuition valable non seulement pour la révolution bourgeoise, mais plus encore pour la révolution prolétarienne.
Sans doute, cette orientation petite-bourgeoise de la direction communarde avait-elle une base sociale bien définie, ce qui est aussi vrai pour la minorité soi-disant «socialiste» que pour la majorité «jacobine». Mais il serait tout à fait faux de conclure, comme par exemple, l'anecdotiste Rougerie, que tous les Communards étaient des petits-bourgeois révolutionnaires, voire des sans-culottes plutôt que des insurgés prolétariens: pour ces historiens-là, la violence et la terreur sont toujours du «jacobinisme», comme si, comme l'a prétendu Kautsky, imité par ces Messieurs même lorsqu'ils l'ignorent, le caractère prédominant du révolutionnaire prolétarien était la faiblesse contre-révolutionnaire, c'est-à-dire... le girondinisme appliqué à la classe ouvrière!
En réalité, ce fut le poids de la petite bourgeoisie qui l'emporta sur la poussée ouvrière justement du fait du manque de préparation révolutionnaire de cette dernière, ce qui se produisit (il paraît même banal de l'ajouter) dans nombre d'autres révolutions et contre-révolutions, même là où le prolétariat avait atteint avec l'industrialisation le plus grand développement «sociologique», l'exemple classique restant toujours l'Allemagne d'il y a un demi-siècle. D'ailleurs, il faut rappeler aux historiens que Marx ne craignait pas de parler de la possibilité et de la nécessité d'une politique autonome de la classe prolétarienne même au cours de la première phase de la révolution double, comme on peut le lire dans la fameuse «Adresse du Comité Central de la Ligue des Communistes» de mars 1850. Et l'Allemagne de 1848 était évidemment passablement moins «industrialisée» que la France au sortir du Deuxième Empire, avec la permission des sociologues!
Dans la «Gazette Ouvrière», n° 4-5 du 15 avril 1911, Lénine établissait la façon correcte de poser la question:
«Il faut au moins deux conditions pour qu'une révolution sociale puisse triompher, à savoir, le niveau élevé des forces productives et la préparation du prolétariat. Ces deux conditions étaient absentes en 1871. Le capitalisme français était encore peu développé, la France était encore un pays en majeure partie petit-bourgeois (d'artisans, paysans, petites gens d'affaires, etc.). D'ailleurs la masse ouvrière n'avait pas une idée claire de ses buts et des moyens pour les atteindre, elle n'était ni préparée ni exercée. Il n'existait ni de bonne organisation politique du prolétariat, ni de larges syndicats ou de grandes coopératives...».

NOTES

1Aucune cause ne peut justifier la vengeance, robespierriste, anarchiste, trotskyste ou islamiste, Malatesta était très clair là-dessus, et reconnaissait que cela servait toujours l'Etat capitaliste : En 1896, Malatesta, rapportant cette nouvelle parue dans un journal anarchiste - « A Barcelone, une bombe a éclaté dans une procession religieuse, faisant quarante morts et on ne sait combien de blessés. La police a arrêté plus de 90 anarchistes avec l’espoir de mettre la main sur l’héroïque auteur de l’attentat »- commentait ainsi, dans le numéro unique de L’Anarchia (août 1896) : « Aucune raison que la lutte pourrait justifier, aucune excuse, rien ; est-il héroïque d’avoir tué femmes, enfants, hommes sans défense parce qu’ils étaient catholiques ? Cela est déjà pire que la vengeance : c’est la fureur morbide de mystiques sanguinaires, c’est l’holocauste sanguinaire sur l’autel de Dieu ou d’une idée, ce qui revient au même ; ô Torquemada ! ô Robespierre ! » (extrait de mon livre sur la guerre d'Espagne).

2 Cf. Justice et déviance de Frédéric Chauvaud, Presses universitaires de Rennes, 2007.

3Cf. Capital sorcier et travail de dieu : https://www.cairn.info/revue-politique-africaine-2000-3-page-48.htm


4Ibid.

mercredi 13 juillet 2016

Nous ne sommes pas des "gréviculteurs"


par Marc Chirik

(intervention orale au 3ème congrès de Révolution Internationale, 1978, les militants comme équipe de foot avec un entraîneur efficace)

...C'est vrai qu'il y a une distinction qui se fait entre l'action de l'organisation comme telle, et celle des militants. C'est vrai aussi que le militant agit partout comme membre de l'organisation, mais là se fait la distinction: c'est sur les plans où se situent ces activités. C'est cela que ne voient pas ceux qui sont amenés à dire que les militants doivent chercher à être les chefs dans les luttes immédiates. Cette vision n'est pas tout à fait la nôtre. Ce que nous cherchons, nous, ce n'est pas de demander sa confiance à la classe pour qu'elle nous délègue la direction de ses luttes, mais de faire en sorte que la conscience de la classe se généralise pour que ce soit elle en tant que classe qui assume ses tâches. C'est là notre tâche fondamentale.
Nous ne pouvons pas dire seulement "généralisation" des luttes, les syndicats sont capables de récupérer ce mot d'ordre, on l'a déjà vu. Nous devons en dire plus, ne pas limiter la généralisation à l'espace, mais l'étendre au fond, allant des luttes pour des questions partielles aux questions générales. Dans les luttes nous devons toujours avoir présent à l'esprit trois soucis:

- pourquoi est menée cette lutte ?
- qui la mène ?
- comment se mène-t-elle ?

La grève n'est pas en elle-même une panacée. Les syndicats peuvent déclencher des grèves sur des revendications anti-prolétariennes, on l'a vu en Italie avant 1914, avec des grèves qui préparaient les ouvriers à la guerre. Nous ne sommes pas des "gréviculteurs".
Ce n'est pas un hasard si la question de l'intervention directe se pose à nous aujourd'hui, cela révèle deux moments: celui du développement des luttes ouvrières, et celui du développement de l'organisation des révolutionnaires qui est de plus en plus impliquée concrètement dans les luttes. Pour répondre à ce problème, il faut souligner que:

- l'intervention des militants est toujours sous le contrôle de l'organisation,

- le militant ne doit jamais exiger que la lutte dans l'usine atteint une conscience globale pour y participer, pour en être un facteur actif en intervenant. Nous devons absolument faire nôtre ce que Marx disait dans le Manifeste sur les communistes qui sont les combattants les plus décidés dans la lutte de classe.

- tant l'organisation que le militant n'ont pas à faire de la surenchère, à être plus radicaux que les ouvriers; cette attitude existe chez certains groupes parce qu'ils sont isolés, coupés de la classe, comme le FOR.

- les militants de la classe ouvrière doivent mener la lutte locale de la manière la plus effective et la plus efficace. Ce n'est ni un sport, ni une fête, comme peuvent le penser les surréalistes ou les situationnistes. Etre au sein des luttes, avec sérieux et responsabilité, c'est le contraire de ce que font les anarchistes qui font la "grève générale" tous seuls ou des "actions exemplaires". C'est avoir la conviction d'une victoire partielle possible et rejeter l'attitude du style "le capitalisme n'a rien à accorder", défendre les positions des ouvriers contre les atteintes du capital, et être avec eux décidés à faire aboutir la lutte.

- Notre dénonciation des syndicats et courants anti-prolétariens doit être la plus énergique possible; cela signifie qu'elle ne doit jamais prendre des formes abstraites, plaquées sur la lutte, mais être le démasquage concret, dans le faits, à travers les problèmes pratiques, de leur nature anti-prolétarienne.

- Nous devons exercer une vigilance constante à l'égard des manoeuvres anti-prolétariennes; si, au début de la lutte, il est difficile de démontrer les manoeuvres syndicales, il faut s'assurer de pouvoir les dénoncer immédiatement, au fur et à mesure du développement de la lutte.

- à l'égard de toute tentative de formation de groupes au sein de usines, il faut être conscient que de tels groupes, comme ceux qui se réclamaient de l'autonomie ouvrière, sont des groupes politiques qui entravent la formation de l'organisation politique de la classe. Par contre, nous apportons notre soutien à tout surgissement réel de groupes de réflexion dans les usines ou les quartiers et nous y participons.




jeudi 30 juin 2016

Après Ankara, Istanbul... De mystérieux attentats


Le plus curieux est que l'attentat (comme les précédents, sans oublier l'accident inexpliqué d'Egypt Air)) reste mystérieux. Le même jour la chaîne teutonne (d'un pays ami du despote Erdogan) diffusait une soirée consacrée à la complicité daech-Etat turc... serait-ce un renversement d'alliance? ou un nouvel écran de fumée (sanglant) pour couvrir la complicité de la Turquie qui met tous les attentats sur le dos des kurdes en général? Alors que tout le monde sait que ce sont les SS turcs ou le laisser-faire qui président à ces meurtres de masse.

Vous lirez deux visions ci-après, celle du consensuel Le Monde, plate et creuse, puis l'interview du Figaro plus intéressante politiquement sur les magouilles impérialistes que cachent ces sinistres attentats, où daech à défaut d'être la main de dieu, est le poignard de l'impérialisme US, de l'Arabie Saoudite (qui a le culot de plaindre quelques concitoyens victimes) et …de la Turquie terroriste du despote Erdogan. Aux dernières nouvelles les trois kamikazes seraient d'origine russe. A qui profite le crime au moment même de la réconciliation Russie-Turquie? Daech se serait-il mis au service du SVR?

L'immonde :
« Si aucune revendication n’a été reçue pour l’heure, Ankara penche vers l’hypothèse d’une opération menée par des membres de l’organisation Etat islamique (EI). « Les indices pointent Daech [acronyme arabe de l’EI] », a ainsi déclaré le premier ministre, Binali Yildirim. Lors de deux attentats précédents à Istanbul, les autorités turques s’étaient également empressées d’attribuer l’attaque à l’organisation terroriste. Depuis les Etats-Unis, le directeur de la CIA, John Brennan, a lui aussi dit que l’attentat portait « sans aucun doute la marque de la dépravation de l’EI ». Le président américain, Barack Obama, avait lui-même laissé entendre un peu plus tôt, mercredi, que l’attaque-suicide pourrait être l’œuvre de l’organisation djihadiste. Par son ampleur, sa cible et son mode opératoire, cette opération se distingue toutefois de celles précédemment attribuées à l’EI. Mais elle comporte aussi des similarités avec celle survenue, le 22 mars, à l’aéroport de Zaventem à Bruxelles, celle-ci ayant été revendiquée par l’organisation terroriste. Mais l’EI n’est pas le seul suspect. La Turquie est confrontée à une autre menace, celle des autonomistes kurdes du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), en guerre contre Ankara depuis 1984 ».



FIGAROVOX/ENTRETIEN - Alain Rodier décrypte le contexte géopolitique turc après l'attentat de l'aéroport d'Istanbul. Pour lui, les indépendantistes kurdes restent, devant l'Etat islamique, l'ennemi prioritaire d'Ankara.

Spécialiste du terrorisme et de la criminalité organisée, ancien officier au sein des services de renseignement français, Alain Rodier est directeur de recherche au Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R).

FIGAROVOX. - Les attentats à l'aéroport d'Istanbul, métropole attaquée pour la troisième fois cette année, on fait 41 morts et 239 blessés. Que vous inspirent-ils?
Alain RODIER. - Ils font partie intégrante de la «situation de guerre» dans laquelle la Turquie se retrouve aujourd'hui empêtrée. Ils marquent l'échec de la politique étrangère menée par Recep Tayip Erdogan depuis les printemps arabes en général et la révolution syrienne en particulier.
Ont-ils été perpétrés par l'Etat islamique? Si c'est le cas, comment expliquer qu'ils n'aient pas été revendiqués?
Il est trop tôt pour avoir des certitudes. Selon Binali Yildirim, le tout nouveau Premier ministre turc, des indices
Le mode opératoire rappelle d'autres actions revendiquées par Daech comme l'attentat dirigé contre l'aéroport de Bruxelles.
concordants laissent à penser qu'il s'agit bien de Daech. Sachant que les autorités turques ont tendance à présenter les séparatistes kurdes comme les premiers instigateurs d'attentats, il est fort probable que les services de renseignement turcs aient en leur possession des éléments qui leur permettent d'avancer cette thèse. Il est vrai que le mode opératoire rappelle d'autres actions revendiquées par Daech comme l'attentat dirigé contre l'aéroport de Bruxelles.
Jusqu'à aujourd'hui, jamais Daech n'a pas revendiqué les opérations qui lui ont été attribuées en Turquie (en particulier les attentats de 2015 à Suruç et à la gare centrale d'Ankara). C'est une curiosité puisque partout ailleurs, Daech revendique dans les heures qui suivent toutes les opérations qu'il peut mener ou que d'autres conduisent en son nom. Il est possible que ce soit une manière de ne pas «humilier» directement le pouvoir turc de façon à se préserver une «porte de sortie (et d'entrée)» via la Turquie. En effet, c'est le seul pays par lequel les volontaires et la logistique peuvent transiter. Cela dit, il semble que les limites aient été atteintes et que Ankara ne va plus faire de cadeaux.
La Turquie a effectué de récents rapprochements avec la Russie - versement de compensations financières après avoir abattu un avion de chasse russe en novembre 2015, déclarations du chef de la délégation turque à l'Assemblée parlementaire de la Coopération économique de la mer Noire sur la nécessité de coopérer avec la Russie dans le domaine de la lutte antiterroriste - et avec Israël. Faut-il y voir une explication des attaques de l'aéroport?
Il est vrai que le président Erdogan semble être en train d'effectuer des virages à 180° dans le domaine de sa politique étrangère. Les excuses faites à la Russie concernant son bombardier abattu alors qu'il survolait très momentanément l'espace aérien turc (le président Erdogan est revenu sur les «compensations» qui seraient accordées par Ankara à Moscou) et le rétablissement de relations «normales» avec Israël en sont les signes les plus marquants. Le président Erdogan qui est extrêmement intelligent sait se montrer très pragmatique. Sa politique étrangère a échoué et il tente d'en changer. Cela va sans doute être possible avec Israël mais plus long avec la Russie.
Ces attentats sont-ils liés à l'ambiguïté entretenue par Erdogan au sujet de la lutte contre l'Etat islamique?
En 2011, l'idée première de Erdogan, alors premier ministre, était de faire retrouver à la Turquie un rôle central dans le monde musulman sunnite, surtout par opposition à son vieil adversaire iranien (chiite). Il était alors poussé par les Frères musulmans -alors en odeur de succès- dont il est très proche, voire plus... Dans ce but il pensait que la chute de Bachar el-Assad honni par l'ensemble du monde sunnite était un préalable et que la Turquie devait jouer un rôle prépondérant. Cela a été sa première erreur car il a sous-estimé le pouvoir de résilience du régime syrien et surtout ses alliances indéfectibles avec l'Iran et la Russie. Il n'a pas été le seul à se tromper mais il a persisté dans l'erreur plus longtemps que les autres.
L'idée machiavélique d'Erdogan a consisté à utiliser Daech contre les Kurdes syriens.
Tous les moyens étaient permis pour abattre Assad, en particulier le soutien aux groupes salafistes-djihadistes dont beaucoup dépendaient d'Al-Qaida «canal historique» via le Front al-Nosra. Daech n'a fait sécession qu'en juin 2014. Cette branche n'était considérée au départ par Ankara que comme une des différentes formations islamiques radicales sur laquelle s'appuyer, ce qui explique sa mansuétude à son égard. Toutefois comme Daech était l'organisation salafistes-djihadiste la plus puissante, l'aide turque a été proportionnelle. De plus, l'idée machiavélique d'Erdogan a consisté à utiliser Daech contre les Kurdes syriens considérés comme des «cousins» des séparatistes kurdes du PKK (ce qui est loin d'être faux). Pour lui, la création d'un «Etat» kurde dans le nord de la Syrie est inadmissible car il représente à terme un risque pour l'unité même de la Turquie, les séparatistes du PKK pouvant s'en servir comme base arrière.
Observe-t-on un changement d'attitude de la Turquie envers l'Etat islamique? Devient-il l'ennemi prioritaire, devant les indépendantistes kurdes?
Les indépendantistes kurdes restent l'ennemi prioritaire des Turcs nationalistes qui sont majoritaires dans l'opinion publique et dans les différents partis politiques dont l'AKP au pouvoir. En effet, ils sont considérés comme une menace supérieure pour la stabilité et l'unité du pays. Mais les salafistes-djihadistes commencent à être considérés comme une menace importante surtout pour l'économie turque en général et le tourisme en particulier. Sur le plan idéologique, c'est une lutte à mort entre les Frères musulmans en place à Ankara et les salafistes-djihadistes de Daech.
Il convient d'ajouter que le président Erdogan, en jouant la police et la justice contre l'armée (procès Ergenekon) puis ensuite inversement, a considérablement affaibli l'outil sécuritaire turc, les cadres d'expérience se retrouvant au mieux à la retraite, au pire en prison. Cela explique peut-être les «failles sécuritaires tant dénoncées par les observateurs. Il faut dire qu'une de ses obsessions est de faire disparaître le «mouvement Gülen» (très présent au sein de l'appareil politico-judiciaire) qui l'a aidé à atteindre les commandes du pays mais qui est devenu trop encombrant pour la réalisation de ses ambitions personnelles: un régime présidentiel taillé à sa personne.
L'EI semble apte à frapper partout, pays musulmans compris. Assiste-t-on à une mondialisation de la guerre asymétrique de l'Etat islamique contre le monde?
Le Groupe Etat islamique est apte à frapper partout dans le monde à tel point que même le Brésil commence à se faire du souci pour les Jeux Olympiques qui doivent avoir lieu en août.





samedi 25 juin 2016

BREXIT : VICTOIRE DU CHAUVINISME OU DEFI (relatif) AUX ELITES BOURGEOISES ?

(le concept de surpopulation relative)
« Le suffrage universel s'est donné tort à lui-même le 10 mars 1850 (…) N'est-ce pas le devoir de la bourgeoisie de réglementer le suffrage de manière telle qu'il vise à un but raisonnable, à savoir la domination de la classe bourgeoise ? En abolissant constament à nouveau le pouvoir d'Etat existant et en le récréant constamment de sa propre initiative, le suffrage universel ne supprime-t-il pas toute stabilité, ne met-il pas en question à chaque instant tous les pouvoirs établis, n'anéant-il pas l'autorité, ne menace-t-il pas d'ériger l'anarchie elle-même en autorité ? ». MARX (Les luttes de classes en France).
Ce n'est pas le vote des britanniques ni le populisme qui mettent en danger l'Europe ou le monde, ou le bien-être, ce sont des Etats capitalistes incompétents. De toute manière la bourgeoisie anglaise va ruser, elle a toujours un pied dehors et un pied dedans1. L'hydre européenne constituée après guerre n'a été qu'une construction artificielle pour la reconstruction au profit des vainqueurs américains. Un militant du PS m'écrit : « Bof, qu'est-ce que tu veux que l'on dise ? Ce n'est pas le "prolétariat" qui a gagné, mais juste le chauvinisme, et même pire. Mais bien entendu, chacun peut toujours voir midi à sa porte, et tu sais ce que je pense des certitudes idéologiques et grilles de lecture systémiques associées : ça n'aide pas à penser dans un monde compliqué ».
Je lui réponds ceci : « Je n'ai pas dit que le prolétariat avait gagné, mais qu'il a pesé dans la balance contre tes vedettes antiracistes de l'oligarchie (plus on fait venir de migrants taillables et corvéables plus on s'enrichit), c'est un merde aux élites pas du chauvinisme. L'européisme était donc un internationalisme?Tu tombes dans la certitude idéologique que ces salauds de pauvres sont racistes et la grille de lecture autorisée de l'Etat et de ses médias: "victoire du populisme" ou de tes amis de Médiapart "victoire de la droite extrême"? Tu me déçois ».

Malgré les décryptages sondagiers on a forcément du mal à identifier le prolétariat dans la masse des électeurs, prolétariat qui n'a pas pour particularité de s'exprimer individuellement, mais cela ne dispense pas d'une analyse de classe, comme l'aurait produite un Marx. L'hydre européenne a trop lontemps servi de présumé inter-nationalisme pour qu'on n'oublie pas qu'elle ne reste qu'une COLLECTION de nations plus ou moins impérialistes, couchées devant l'auguste Amérique du nord. La surprise a été énorme. Gueule de bois des puissants qui croyaient maîtriser comme toujours la farce électorale. Un référendum est pourtant moins contrôlable qu'une élection parlementaire ou municipale. Même les bobos majoritaires en centre ville gentrifiée en ont perdu leur langage condescendant. Il vaut mieux être premier en son village que second en ville, a dit un jour Rosa Luxemburg ! Ben voilà la majorité électorale s'est prononcée, et elle a beau être minoritaire dans les beaux quartiers de la City, elle est majorité dans les banlieues et les campagnes ! Pas de chance à l'europhilie bourgeoise arrogante !
Bien sûr médias, Hollande et gauchistes se sont précipités pour dénoncer le « populisme », terme de mépris pour le peuple quand il vote et accessoirement le prolétariat, voire « la droite extrême » (les collabos de Médiapart).

Tout le monde sait bien que le facteur déterminant a été l'invasion de migrants encouragée par l'oligarchie capitaliste, préoccupation non simplement des peuples mais des prolétariats en Europe. Certains n'ont pas hésité à attribuer la responsabilité du Brexit à Angélique Merkel. Dans quelle mesure la politique de cavalier seul de la chancelière sur la question des réfugiés, sa décision prise à la fin de l'été dernier d'ouvrir les portes de l'Allemagne aux réfugiés coincés à la frontière hongroise, n'a-t-elle pas alimenté la peur d'une « invasion » qui a poussé de nombreux Britanniques dans le camp du Brexit ? Un éditorialiste du journal Die Welt a fait remarquer que les électeurs de Douvres, juste en face des camps de réfugiés de Calais, ont voté massivement pour la sortie de l'Europe. L'édile local Xavier Bertrand a proposé immédiatement lui que la jungle de Calais se déplace à Douvres. Un des premiers résultats de ce Brexit inattendu et conjuré est donc ce jeu de ping pong avec le drame de l'immigration de guerre.

L'intérêt du « superflu » de population selon Marx

Le fait que les populations, en grande partie, ouvrières ne veuillent pas subir cette « invasion » (= surplus ou superflu de population), qui n'est tout de même pas une immigration « normale », justifie-t-il que les bourgeois au pouvoir et leurs amis gauchistes les traitent de « racistes » ? On a même « expliqué aux ouvriers « racistes anglais » que même sans migrants ils auraient autant de chômage ! Ou ne doit-on pas mépriser cette provocation bourgeoise méprisable et mensongère ? Oui, on peut mépriser nos bourgeois moralistes car, sous la morale, perce le profit. C'est Marx qui explique l'intérêt d'un superflu de population parce qu'elle « devient un ressort régulier de la production de richesses » (écrits contre Malthus), ou encore :
« Malthus, lui aussi, veut le développement aussi libre que possible de la production capitaliste, dans la mesure où la misère des classes ouvrières en est la condition ; mais il demande que cette production s’adapte en même temps aux besoins de consommation de l’aristocratie et de tout ce qui la complète dans l’Église et l’État, qu’elle serve de base matérielle aux prétentions surannées de ceux qui représentent les intérêts légués par la féodalité et la monarchie absolue » (ibid).

L'appel d'air (avec le système stop and go) à une immigration sans garantie de travail honnêtement rémunéré, ni aucune garantie sociale, n'est pas nouvelle dans l'histoire du capitalisme britannique. En analysant le prolétariat agricole anglais, Marx expliquait déjà l'intérêt de la surpopulation relative. Hormis les pointes saisonnières, la main-d’œuvre y était excédentaire, aussi les fermiers renoncent-ils peu à peu à l’emploi de travailleurs à demeure, trop coûteux, au profit du recours à des bandes de dix à cinquante personnes, essentiellement des femmes et des enfants, placés sous la direction d’un gangmaster, et qui se louent de ferme en ferme. Ce système des bandes ne cessait de s’étendre, et les enquêtes rassemblaient des témoignages de gros fermiers, très explicites sur l’intérêt qu’ils y trouvaient. Marx utilisait les remarquables enquêtes sociales conduites au milieu des années 1860 et publiées au moment où il rédigeait Le Capital. Il en fournit une remarquable synthèse à partir du concept de surpopulation relative : « Ce système qui, depuis ces dernières années, ne cesse de s’étendre, n’existe évidemment pas pour le bon plaisir du chef de bande. Il existe parce qu’il enrichit les gros fermiers et les propriétaires. Quant aux fermiers, il n’est pas de méthode plus ingénieuse pour maintenir son personnel de travailleurs bien au-dessous du niveau normal – tout en laissant toujours à sa disposition un supplément de bras applicable à chaque besogne extraordinaire – pour obtenir beaucoup de travail avec le moins d’argent possible, et pour rendre ‘superflus’ les adultes mâles. On ne s’étonnera plus, d’après les explications données, que le chômage plus ou moins long et fréquent de l’ouvrier agricole soit franchement avoué, et qu’en même temps « le système des bandes » soit déclaré « nécessaire », sous prétexte que les travailleurs mâles font défaut et qu’ils émigrent vers les villes. La terre du Lincolnshire nettoyée, ses cultivateurs souillés, voilà le pôle positif et le pôle négatif de la production capitaliste ». Vous remplacez les bandes, les femmes et les enfants par les migrants actuels et vous avez le même effet pour le profit capitaliste.

Engels avait déjà ouvert la voie à ce concept de surpopulation relative lorsqu'il avait rédigé son admirable ouvrage de jeunesse sur la condition de la working class. Avec des descriptions qui correspondent en tous points avec la vie et la situation des migrants. En réponse à la dégradation de leurs conditions de travail, les ouvriers se marient plus tôt et augmentent leur fécondité, afin de bénéficier plus vite des salaires d’appoint de la femme et des enfants. Engels montrait, ce qu'ignore le petit bourgeois, que le comportement des ouvriers est directement gouverné par la concurrence impitoyable qu’ils sont obligés de se livrer entre eux pour obtenir du travail. Au niveau macro-économique, il expliquait comment, grâce à la flexibilité du capitalisme et à ce que Rosa Luxemburg et Lénine théoriseront sous le concept d’impérialisme, la demande de travail a augmenté, et du coup la population de l’Empire britannique, loin de diminuer, n’a cessé de croître. Enfin, il conclut son analyse de la concurrence sauvage sur la nécessité d’une « armée de réserve de travailleurs inoccupés », et sur le soi-disant « excès de population » de l’Angleterre. Ces développements se prolongent par la dénonciation de la « politique sociale » mise en place en 1833 avec la réforme de la Loi des pauvres de 1601 et le lien est fermement établi entre la théorie malthusienne et la « surpopulation » : la « déclaration de guerre de la bourgeoisie au prolétariat est la loi de population de Malthus et la nouvelle Loi sur les pauvres qui a été conçue en accord avec elle ». Il récuse l’opinion conservatrice selon laquelle il ne sert à rien de maintenir des mesures d’assistance (le Speenhamland system, qui proportionnait depuis 1795 les secours des paroisses à leurs pauvres au nombre d’enfants et au prix du pain), sous prétexte qu’elles stimulent l’accroissement de cette population excédentaire, en favorisant les « mariages imprudents » et une fécondité élevée. Mais lorsqu’il écrit que cette population assistée pèse sur les salaires des ouvriers occupés, force est de constater qu’il adhère en fait à la théorie classique du fond de salaires. La rupture avec l’économie politique classique se fera plus tard, sous l’influence de Marx. Selon lui enfin, les réformateurs de la loi sur les pauvres n’osèrent pas pousser jusqu’à leur point extrême les conséquences de la théorie de Malthus : l’allégorie du banquet impliquait que l’homme incapable de subvenir à ses besoins était de trop sur terre et était condamné à mourir de faim. « Bon, dirent-ils, nous vous donnons, vous autres pauvres, le droit d’exister, mais seulement celui-ci : vous n’avez pas le droit de vous reproduire, ni d’exister en tant qu’être humain autonome (…) ni d’ajouter à l’excédent de la population ». Ils inventèrent donc les ateliers de charité, qui sont « terrifiants pour quiconque a la plus légère chance de vivre sans avoir recours à cette forme de charité publique » .
Marx se demande pourquoi la bourgeoisie anglaise, qui a pourtant traité politiquement le paupérisme, s’est fourvoyée au point de « méconnaître la signification générale de cette détresse universelle », détresse dont la signification générale a été mise en évidence « en partie par sa récurrence chronique au cours du temps, en partie par son extension dans l’espace et en partie par l’échec de toutes les mesures destinées à y remédier ». Il retrouve ainsi Malthus : en Angleterre, contrairement à la Prusse, « Le paupérisme est considéré, selon la théorie de Malthus, comme une loi éternelle de la nature». Ainsi, le Parlement anglais a combiné cette théorie inhumaine avec l’opinion que « Le paupérisme est la misère, dont la faute incombe aux ouvriers eux-mêmes, que l’on ne doit pas prévenir comme un malheur, mais qu’il faut au contraire réprimer, punir comme un crime ».

UN SOUTIEN HETEROCLITE AU BREXIT EN PHASE AVEC LA DECOMPOSITION IDEOLOGIQUE

RI du 20 mai l'explique bien : «  Cependant, sur le plan politique, les fractions de la bourgeoisie qui soutiennent le Brexit sont remarquables par leur diversité et ne sont pas de manière évidente liées à un groupe ou à des couches sociales en particulier. On y retrouve les partis d’extrême-droite de l’UKIP au BNP, les eurosceptiques du Parti conservateur, et à gauche, un panel de staliniens et de trotskistes. Voici un rassemblement très disparate doté d’un large éventail de rhétorique et d’hypocrisie. Quand on voit un Michael Gove ou un Duncan Smith (qui sont au gouvernement depuis 2010 et appartiennent à un parti qui a été au pouvoir pendant 60 ans au cours des 100 dernières années) oser brandir des banderoles clamant : “Reprenons le contrôle !”, on a là un exemple édifiant du double langage de ces fonctionnaires blanchis de longue date sous le harnais de l’appareil d’État capitaliste. Cependant, les fractions favorables au “Brexit” ont autre chose en commun : c’est leur attachement à la rhétorique du populisme, se donner l’air d’être contre “l’ordre établi”, évoquant la nostalgie d’un passé mythique, jouant les perpétuels va-t’en guerre contre une menace extérieure. Dans une période de décomposition sociale croissante, le populisme est un phénomène en vogue. Aux États-Unis, il y a le Tea Party et Donald Trump, en Allemagne AFD et Pegida, en France le Front national et, à gauche, il y a Podemos en Espagne et Syriza en Grèce. Plus près de nous, lors des élections générales au Royaume-Uni de 2015, la campagne populiste du Parti national écossais fut la cause de la déroute de presque tous les députés travaillistes écossais » . 

En France on trouve le même panel hétéroclite qui va de la mère Le Pen au père Mélenchon, avec des accents de vérité sur l'eurocratie, mais un même souci caduque de « l'intérêt national », et au fond le même foutage de gueule de millions de prolétaires qui de toute manière n'ont jamais voix au chapitre.
Les trotskiens du NPA ont réagi, le cul sur deux chaises, en chargeant à l'unisson de leur parti 100% gouvernemental contre la manipulation facho (avec leur orthographe résolument féministe) : « La campagne nauséabonde où le discours dominant de responsables conservateurs et du parti xénophobe UKIP a dominé le camp du « leave ». Les travailleur-se-s d’Europe de l’Est étaient les premiers visés par ces attaques, boucs émissaires de tous les maux vécus par les britanniques.Au nom de cette dynamique xénophobe, une partie de la gauche britannique s’était opposée au « leave ». Mais une autre avait, elle, mené campagne pour le « leave » en dénonçant toutes les attaques sociales subies au nom de l’UE et s’appuyant sur l’exemple grec dans lequel les dirigeants européens s’étaient opposés becs et ongles aux choix populaires, enfonçant le peuple grec dans la misère ».

Changement d'angle, il faut quand même prendre en compte la baffe à l'élite :

« Aujourd’hui, on peut se réjouir de voir la grise mine de la majorité des capitalistes britanniques, des dirigeants européens qui voient leur édifice institutionnel s’affaiblir. Et c’est vrai que demain, les Merkel et Hollande seraient en plus mauvaise posture pour s’opposer à des politiques anti-austérité. Une nouvelle fois, ce vote exprime le rejet d’un système antidémocratique qui tourne le dos aux exigences populaires et met en musique les intérêts des grands groupes capitalistes et des banques. C'est pour cela qu'une grosse partie de la base ouvrière du parti travailliste n’a pas suivi les consignes de la direction du Labour ».
Malheureusement c'est le « racisme » qui a été déterminant :

« Mais le problème est que justement, en Grande Bretagne, ce n’est pas le rejet de l’austérité et des politiques patronales qui a majoritairement orienté ce vote, et demain, le dirigeant conservateur qui succédera à Cameron sera tout autant réactionnaire et austéritaire que son prédécesseur. Le premier effet en sera la précarité et le désarroi que vont subir les travailleurs polonais et d’Europe de l’Est. Et la cinquième puissance capitaliste mondiale va continue de faire subir aux salariéEs ses décisions réactionnaires comme les contrats zéro heure ».
Le NPA tient à nous faire connaître plus caricatural que lui, le confrère d'outre Manche, le Socialist Workers Party, qui va nous promettre la lune à condition qu'on soit en même temps islamophile et gréviste (mais tout « raciste » qu'il est ce vote négatif, il signifie un « revers massif » des puissants :
« Il est temps pour tout le monde, à gauche, et pour tous les antiracistes, quel que soit leur vote, de s’unifier et de se battre contre l’austérité, la destruction des services publics, les attaques contre les réfugiés, l’islamophobie et les fascistes qui ont créé les conditions du meurtre de Jo Cox. Les politiciens, les riches et les puissants qui sont habitué à ne défendre que leurs intérêts ont subi un revers massif ».

 Cette révolte seul le SWP lénino-stalino-trotsko peut la « façonner » et la « construire » en luttant contre le racisme :

« Simplement comme dans ton de parties du monde, il existe une révolte croissante contre les dirigeants de la société. Cela peut être conduit vers la gauche ou vers la droite. C’est notre rôle de le façonner. La droite va tenter d’utiliser le Brexit pour approfondir le racisme. C’est un danger, mais il est loin d’être inévitable. C’est un mensonge que les millions de travailleurs qui ont voté pour le Brexit sont tous racistes. Le courant dominant dans la campagne pour le Brexit a été les forces racistes et de l'hideuse extrême droite, mais une grande partie des votes pour le Brexit a été très différente (nuançons la façon, note de JLR). Un sondage réalisé juste avant le vote a montré que la majorité des votants pour le Brexit pensaient que l’immigration avait un impact positif ou aucun impact sur les endroits où les immigrés vivent. Et la moitié pensaient que l’immigration a été dans son ensemble positive pour la Grande-Bretagne. Il y a des sondages qui montrent la profondeur de l’amertume et de la frustration partout en Grande-Bretagne. Le vote pour le Brexit a été pour un grand nombre le rejet d’une Union européenne antidémocratique, et pro patronale, et des élites politiques de Grande-Bretagne. La révolte contre les riches et le pouvoir doit être construire ».
Le SWP a sauvé le meuble antiraciste :
« Socialist Worker a mené compagne pour un vote pour le Brexit sur une base antiraciste, anti-austérité et socialiste. Nous nous félicitons que le Brexit ait gagné. Nous savons que le #Lexit, la campagne pour une sortie de gauche à laquelle nous avons participé a eu un effet marginal.Mais nous avons réussi à faire exister une voix anticapitaliste pour le vote de Sortie qui ne flatte pas le racisme. (…) il est crucial que tout le monde, à gauche, s’unifie pour faire tomber les Conservateurs et combattre le racisme. (…) Nous disons: “dehors les Conservateurs, dehors l’austérité, bienvenue aux migrants, des élections générales maintenant!”.
Suggérons que le SWP gère la nouvelle jungle de Douvres.
La secte néo-stalinienne LO, laconique, est en dessous de tout, et alignée sur la guimauve imbécile des trotskiens britanniques :
 « Les résultats du référendum en Grande-Bretagne pour la sortie de l’Union Européenne sont célébrés par tout ce que ce pays compte de réactionnaires anti-immigrés et de partisans de ce qu’ils appellent la « souveraineté nationale ». Cette musique est reprise ici par le FN, qui y voit l’annonce d’une nouvelle ère, mais aussi par une partie de ceux qui prétendent parler au nom d’un « souverainisme de gauche ». A l’heure où l’exploitation et les capitaux ignorent les frontières, ces gens-là voudraient en dresser de nouvelles ».

Les politiciens amateurs des diverses extrêmes gauches sont tout aussi méprisant que les oligarques du parlement et des gouvernements. Ils révèlent une même volonté de « façonner » à leurs délires ces pauvres électeurs, de les sermonner pour leur racisme, de leur construire en permanence un monstre « fâchiste » en lieu et place de cette police nationale qu'ils aiment détester dans la rue manifestatoire, en vous assurant que de toute façon tous votent FN, mais en oubliant que les cognes sont aux ordres d'un gouvernement bourgeois qu'ils ont contribué à élire, et dont ils vont soutenir les « frondeurs » rigolos pour la très prochaine traversée du désert de la gauche caviar et quarante-neuf-troâs !

En vérité, le Brexit montre deux choses :

  • l'oligarchie européiste qui donne des leçons de morale, génère le chaos, elle a besoin pour continuer à s'enrichir d'une immigration massive et incontrôlée relativement, qui, outre qu'elle islamise progressivement la société occidentale, fournit en partie une main d'oeuvre soumise (et pieuse) dont la bourgeoisie bénéficie déjà grâce à ses guerres impérialistes, dont, partout, les nouvelles lois travail à la 49.3 constituent l'accompagnement vers une dérégulation totale du travail et un « partage des salaires » quitte à laisser sur le carreau les ouvriers autochtones exclus dans leur propre pays;
  • le prolétariat, bien que encore dilué dans la population et la population électorale, pose, derrière sa négation de l'enculage humanitaire, non le retour à la nation étriquée mais la question d'une autre gestion du monde où la règle ne soit plus la guerre et la déportation forcée de populations qui n'aspiraient elles-mêmes qu'à vivre dans leur pays.


1Elle est capable de nous faire mieux que le coup du Traité de Lisbonne. Il existe toutes sortes de ruses pour atténuer le choc, et faire en sorte que le Royaume-Uni reste dans l’Europe sans y être", nuance un spécialiste, qui cite notamment l’exemple de la Norvège. "Les Norvégiens acceptent d’appliquer la législation européenne alors qu’ils ne participent à aucune prise de décision". On pourrait donc imaginer, sur le même schéma, un Royaume-Uni restant dans l’espace économique européen, avec un accès au marché unique. Il y a également le modèle helvète. La Suisse appartient depuis 1960 à l’Association européenne de Libre-Echange (AELE) qui vise à approfondir les liens entre l’Union européenne et certains Etats non-membres, un rapprochement renforcé par la signature de très nombreux accords bilatéraux avec l’UE. La Suisse permet la libre circulation des biens et des personnes, mais ne dispose que d’un accès limité au marché unique et doit contribuer au budget européen.

vendredi 24 juin 2016

YOUPI! MERCI A LA CLASSE OUVRIERE BRITANNIQUE!

YOUPI BREXIT!!!! MERCI A LA CLASSE OUVRIERE BRITANNIQUE! MERDE A LA CITY! MERDE A GOLDMAN & SACHS! MERDE AU LARBIN MACRON ET A SON COMPLICE HOLLANDE!

Les élites mondiales l'ont dans le cul. PREUVE que le vote peut être (presque) révolutionnaire. L'onde de choc équivaut à un krach boursier. CAC 40 ne saurait mentir: perte de 10 points à l'ouverture et ça remonte toutes les minutes... La bourgeoisie est tétanisée - la lutte des classes s'est insinuée dans son économie pourrie et son système électoral vaseux - l'élite puante va essayer de "recomposer" sa décomposition, mais on n'a pas oublié leur traité de Lisbonne. Les médias essaient de nous faire croire que c'est une victoire du populisme (BFM traduisait people par "les gens"!), mais le résultat est là: merde à la misère accrue partout, impossibilité de dialogue avec les puissants, merde à la paupérisation des salaires et au communautarisme hypocrite.
 Cameron va se retirer la queue basse. Hollande
qui avait promis de parler à 9 heures est coincé. Il va se rendre à Berlin là où il prend ses ordres. On est entré dans une nouvelle période non de faillite du prolétariat mais de son affirmation hors de l'outre vide européenne et des carcans nationalistes.Défaitisme économique! Armement politique du prolétariat!
Quoiqu'il en soit ce n'est que le début de l'implosion de l'Europe orwellienne de la finance US et britannique, et de l'affaiblissement du leadership allemand. La bourgeoisie anglaise va tenter le tout pour le tout; Cameron laisse une boule puante: il devait avaliser le point 50 du Traité de Lisbonne pour acter la séparation, il en laisse le soin à son successeur dans trois mois... le temps de revenir dessus après l'avoir fait payer au prolétariat?
Tous les médias bourgeois essaient d'atténuer la catastrophe de deux manières: 1- en accusant le populisme, 2- en caricaturant le vote en Angleterre: il serait celui des campagnes arriérées, le pays serait divisé, les vieux l'auraient emporté sur les jeunes, etc. C'est cela le secret de la démocratie bourgeoise prendre toujours les électeurs pour des imbéciles, même si en surface les journaputes sont obligés de reconnaître que c'est une remise en cause du puant élitisme politique bourgeois de l'ensemble des partis du capital. Mélenchon aurait presque tout bon, sauf qu'il s'est tiré à la fin une balle dans le pied avec son argumentaire de "l'intérêt national".
à suivre...

jeudi 23 juin 2016

« Policiers fa-ti-gués allez vous cou-cher ! »


Beaucoup de bruit pour pas grand chose. N'allait-on pas interdire le sacro-saint droit de manifester dans la France sociale éternelle, syndiquée et rétive au grand patronat ? Conciliabules, rencontres avancées entre ministres et bonzes syndicalistes. Le pouvoir aurait tremblé selon les journaputes de droite. Valls aurait été recadré par Hollande selon les journaputes de gauche. De statique la manif est devenu manège de foire syndicale avec ces ridicules ballons qu'on rêve qu'un casseur pense à les crever, plutôt qu'à casser une vitrine d'hôpital pour enfants sous le regard bienveillant de son collègue de la Préf, qui joue au faux journaliste photographe pour couvrir un fonctionnaire casseur professionnel, et pas de ces vulgaires amateurs cagoulés encore morveux.
La casse exagérée de l'hôpital « pour enfants malades » semblait déjà loin au terme du défilé pépère Bastille- Bastille. Une innovation hollandesque. Pendant des siècles syndicaux on avait gratté le pavé parisien Bastille-Nation, Nation-République, République-Bastille. A quand Nation-Nation, et Réublique-République (mais y a déjà les dormeurs de nuit debout!)... Tout le monde pouvait être satisfait. Les braves bonzes défenseurs du droit de manifester (sans faire prendre des risques politiques inconsidérés à leurs SO). Sérénité du côté de l'Elysée et Matignon. Sérénité des gendarmes, le top de la répression (pas la piétaille du 14 envoyée au casse-pipe pendant de longues minutes) pouvait s'octroyer une bière dans les rade attenants, car l'uniforme de Du Guesclin par 31 degrés à l'ombre est une étuve.
Bref commentateurs et commentatrices transgenres pouvaient au soir de ce 23 juin rasséréner les 30% de français supposés d'accord avec une loi que même Tonton Mitterrand n'aurait pas osé faire voter par les minoritaires planqués des assemblées de fainéants de la république bourgeoise.

Parmi la piétaille je dois témoigner que j'avais rarement vu une telle souricière. Rues adjacentes cloisonnées par les véhicules de police, double rangée de cognes harnachés comme à la veille de n'importe quelle guerre civile. Vosins, passants du quartier priés d'aller se faire voir chez les grecs. Lorsque j'arrive en vue de la Bastille, un premier manifestant se fait dépouiller de son citron et de sa paire de lunettes de piscine. Un des flics l'humilie en lui rendant son citron plastique vidé du contenu et garde les lunettes. De colère le gars jette au sol le citron vide, le flic lui ordonne de ramasser. Cela sent la poudre, je me joins à ce jeune homme et je lui dis d'obtempérer et je l'entraîne plus loin avec moi. Pas besoin qu'il se fasse coffrer.
La foule du manège octroyé par le gouvernement est encore clairsemée. Le SO des syndicats avec casquettes rouges ne se fait pas trop remarquer. Pas besoin, pensé-je, vu que la plupart des potentiels casseurs ont été dépouillé comme mon malheureux manifestant, pourtant pourvu de simples objets défensifs.

Les manifs les plus nulles permettent aux vieux grigous de se retrouver. J'ai entendu siffler, mais c'est Jean-Marc, notre postier de choc à la retraite. Il est assis sur le rebord du trottoir, mais il a toujours été du genre propre, pas comme les générations d'aujourd'hui qui posent le cul par terre n'importe où; non lui il était assis sur le dernier numéro de RI, qu'il range d'ailleurs soigneusement dans son sac en se relevant. On s'embrasse. Il ressemble plus à Belmondo désormais qu'a John Travolta, mais toujours aussi dynamique, intelligence vive et sagacité politique inchangée (le CCI fût
une école de formation à la pensée révolutionnaire maximaliste). Nous étions tous deux les plantons du CCI dans la plupart des manifs parisiennes des années 80, bien connus des services de police les deux hommes sandwichs du journal Révolution Internationale. Ah la la on les a arpentés les boulevards parisiens, Nation-République, République-bastille, et on se retrouve 30 ans après pour un Bastille-Bastille. Génial ! Et le père il analyse bien la situation merdique, la gauche prend une mesure dont même la droite ne se sentait pas cap. Les violences dans les manifs actuelles le font rire : « hé ho ils rigolent les jeunes et les journalistes, c'était autrement violent dans les années 50 où des ouvriers étaient tués par la police, et faut pas oublier Charonne, et... tu te souviens dans l'attaque du commissariat à Longwy... ». Et puis on a évoqué ceux et celles dans nos rangs si vite emporté(e)s par le cancer : Martine, Michelle, Claude, Bernadette, Michel Pi... Et puis il est aussi capable de vous fournir avec un débit vocal rapide une analyse fluide de l'utilisation du terrorisme contre la lutte de classe.
Salut mon pote à la revoyure. Il est allé défilé avec ses potes actifs de la Poste, et moi j'ai foncé en tête de la manif.
La stratégie policière était la même que le 14, l'accordéon, start on, start stop. Mais j'ai distingué au milieu de nous les manifestants un type avec un talkie-walkie qui pilotait la rangée de flics en avant : si la pression montait : go. Sinon : stop. Il fallait laisser se tasser derrière le SO des syndicats et le cortège contenant les bonzes gouvernementaux. A l'approche qui quai de la Rapée, les manifestants poussant tellement que cela devenait un trot mais pas un galop. Curieusement les policiers laissèrent filer une quarantaine de casquettes rouges (SO syndical) pour à nouveau stopper la progression. Nous vîmes le SO aller rejoindre près du pont d'Austerlitz les camions de la gendarmerie. Alors que nous croyions que c'étaient nos amis en tête avec nous. Nos surveillants avaient anticipés ce qui était de l'ordre de l'évidence, pour sortir de la nasse du tour de piscine de l'Arsenal il n'y avait que cet endroit bien que barré par deux camions de gendarmes + le fameux camion moto-pompe (qui avait servi le 14 juin) avec ses pompes tournées vers nous comme des bites en berne. Il y eût bien quelques bousculades, avec une nuée de photograpes et caméramen qui filmaient comme s'ils allaient sasir un événement important. Beaucoup de manifestants inorganisés étaient très jeunes et à part un ou deux excités avinés personne n'avait envie de se coltiner la rangée de gendarmes entre les camions.
Par contre ce fût un beau tollé lorsque se pointèrent les cortèges des divers syndicalistes qui prirent le virage sans hésiter autour du bassin malgré les appels des jeunes manifestants à venir tenter de forcer le barrage de la police. Sifflets et quolibets : collabos, etc. s'adressaient aux divers FO-CGT-SUD-Solidaires, et tralalère, dont les sonos scandaient miséablement « ça va péter », mais tout cela vous pouvez le voir sur mon film. Je n'en ai retenu que les deux slogans les plus originaux : « une manif c'est pas fait pour tourner en rond », et « policiers fatigués allez vous coucher ! ». Pour le reste ils vont encore nous balader longtemps syndicats et gouvernements ?

Pauvre manif encasernée qui passait comme par hasard boulevard Bourdon.


lundi 20 juin 2016

Un nouveau livre de Robin Goodfellow

Vous ne connaissez pas Robin Goodfellow, auteur collectif, eh bien allez sur leur site du même nom. Ils publient des ouvrages marxistes, plutôt orthodoxes et soignés. Cette fois-ci ils ont atterri chez L'Harmattan: LE CYCLE DES CRISES AUX ETATS-UNIS DEPUIS 1929 (essai de systématisation de la conjoncture). Le thème ne vous enthousiasmera sans doute pas, ni non plus chercheurs bourgeois en économie ni étudiants gnangnan qui trouveront dès l'introduction ces termes horribles de révolution, et de dictature du prolétariat. Dommage parce que des spécialistes ou amoureux de l'économie aride pourraient y trouver un intéressant travail de réflexion sur les crises cycliques du Capital, quelques projections sur sa destinée certainement funeste, avec ce constat cruel:

"Les crises de surproduction témoignent à la fois d'une abondance relative et de l'incapacité de la bourgeoisie et de ses théoriciens à maîtriser le développement des forces productives".

Malheureusement, vu l'épaisseur d'un ouvrage de 360 pages, où défilent plus de graphiques et de tableaux que de texte, il restera peu accessible aux prolétaires qui n'y pigent que pouic comme moi. Naguère je m'efforçais de sécher les réunions publiques du CCI où ça traitait de cette merde d'économie et où la discussion était réduite à une conversation de salon entre les camarades fondateurs et monsieur Galar, ou un éventuel économiste en perdition. Robin Goodfellow n'est venu qu'une fois en trente ans à une réunion sur la décadence, mais comme nos grands chefs Peter et Raoul n'était pas là, personne n'avait été du niveau pour répondre.

Remarquons que cela ne sert pas à grand chose de s'y connaître en économie, surtout si vous êtes chômeur ou salarié ordinaire, depuis votre situation de merde vous avez les bases de compréhension de l'économie capitaliste, et tous les prix Nobel d'économie comme Jorion se plantent régulièrement en termes de prévision. Enfin nos amis de Robin Goodfellow ne se touchent pas le pipi: 37,50 euros c'est rédhibitoire pour un prolétaire de base! J'ai payé à la librairie, après avoir longtemps marché sous la pluie, mais plus par solidarité politique communiste.

VIVEMENT LE BREXIT NOUVEAU "JEUDI NOIR"!
Au lieu de nous balader dans des graphiques abscons et stériles, comment se fait-il que nos prévisionnistes Robin Goodfellow n'aient pas milité pour, et Jorion prévu la cata? En tout cas le représentant français de Goldman and Sachs et des autres banques pourries, le petit rigolo Macron, et toutes les banques mondiales n'en mènent pas large!

http://lexpansion.lexpress.fr/entreprises/en-cas-de-brexit-les-banques-americaines-redoutent-un-grand-chambardement_1804413.html

Situé à quelques encablures de la cathédrale Saint-Paul, le siège de Goldman Sachs International est aisément reconnaissable. La filiale londonienne de la célèbre banque d'investissement new-yorkaise est le seul bâtiment de la City sur lequel flotte le drapeau aux couleurs de l'Union européenne. Dans la campagne du référendum du 23 juin sur une sortie du Royaume-Uni du dispositif communautaire, Goldman affiche sans complexe son soutien à la continuité. L'institution de Fleet Street est ainsi le plus gros donateur au camp du « remain » (restons)". Marc Roche
La City, ce cheval de Troie US en Europe, est en outre très friande des fonds islamistes. Pour une fois qu'un peuple pourrait ébranler le capitalisme... mais faut pas rêver, en cas de Brexit, l'Etat bourgeois briton est obligé de garder encore 5 ans un pied en Europe (obligation du Traité de Lisbonne), ce qui signifie que l'élite bourgeoise peut baiser ses électeurs dans la durée, comme pour le Traité de Lisbonne... et rassurer les banques américaines pourries qui mènent le monde.