"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

vendredi 27 mai 2016

ARCHIVES MAXIMALISTES: Une « leçon » trotskiste des événements d'Espagne


(revue OCTOBRE n°3, avril 1938)

 Ce texte des italiens maximalistes réfugiés en Belgique avant guerre, de la fraction Bilan devenue Octobre (ils croyaient revenu l'époque révolutionnaire...à la veille de 1939!) est une réponse au célèbre texte de l'oracle déchu Trotsky "Leçons d'Espagne: dernier avertissement". Trotsky est taxé d'avoir franchi le rubicon, ce n'est pas exact, un coup de piolet l'aura empêché. Ce texte répond bien à la forfanterie de l'oracle énervé, mieux encore que le précédent "un renégat à la plume de paon". Trotsky envoie les prolétaires espagnols au casse-pipe national et soutient l'antifascisme de gouvernement. La question restera posée longtemps et confusément comme pour Jaurès, aurait-il pris position pour le camp américain lors de la guerre mondiale qui venait? La plupart de ses derniers écrits vont dans ce sens. Les camarades de la revue OCTOBRE ne répondent pas à toutes les confusions, insanités et mensonges du fier massacreur de Kronstadt, du général aux épaulettes rouges qui confond totalement lui aussi guerre et révolution, dont la notion confuse de révolution permanente n'est plus qu'un anachronisme abscons.


Tout le monde admet que les événements d'Espagne représentent un moment décisif pour la cristallisation des positions politiques qui se sont affrontées jusqu'ici dans le mouvement ouvrier. La nature intime et la fonction objective de tous les courants se réclamant du prolétariat se sont, en effet, dévoilées au grand jour pendant cette guerre et la ligne de démarcation qui est apparue entre les différents groupes a été consacrée définitivement par les milliers de cadavres ouvriers ensevelis en terre ibérique.
L'heure est aux « leçons », mais seulement aux leçons de classe. Il faut extraire de la gigantesque hécatombe des armes idéologiques pour éviter que les éruptions révolutionnaires de demain ne soient précipitées dans la guerre impérialiste. Mais cette œuvre d'analyse historique ne peut être faite par quiconque. Son climat, son terrain sont déterminés d'avance et seules les organisations qui n'ont pas failli à leur mission et qui ont opposé le drapeau de la révolution à celui de la guerre impérialiste ont conservé une nature de classe qui permet à leur fonction de s'exercer dans ce travail d'analyse et d'aboutir à des solutions politiques progressives.
Trotski s'est mêlé ouvertement aux discussions sur le problème espagnol. Il l'a fait aussi « génialement » qu'un certain Crux1 et avec autant de « profondeur » que lors de sa polémique contre les « extrémistes de gauche »2 ou contre les anarchistes à propos de Konstadt. Il est bien entendu que nous ne comprenons rien aux problèmes du marxisme et surtout à ceux de la « révolution permanente », alors que Trotski seul voit tout, sait tout et peut lancer ses « derniers avertissements » aux traîtres qui, au lieu de mener la guerre et la révolution de pair, s'allient au Front populaire contre les ouvriers (n'est-ce pas Messieurs les anarchistes?). Cette mise au point faite, nous pouvons aborder l'examen des problèmes que la guerre espagnole dégage, en confrontant leur réponse de classe aux positions du mouvement trotskiste et de Trotski lui-même. Notre ex-grand homme nous excusera si nous usons de liberté à son égard, mais lorsqu'on trahit les intérêts de classe des prolétaires, on ne mérite que mépris, même lorsque l'on est un artisan d'Octobre 1917.

Au sein du mouvement ouvrier, les seules organisations qui tentèrent d'aborder l'examen de fond des problèmes de la démocratie bourgeoise, selon les critères de la lutte des classes, ont été les fractions de gauche qui réagissaient contre une déformation de la pensée de Lénine en se basant sur ses positions tactiques au sujet de la démocratie bourgeoise. Les stratèges de tout acabit « prouvaient » avec décision que Lénine avait toujours recommandé de se retrancher sur des positions intermédiaires, n'intéressant pas seulement le prolétariat, mais aussi les couches démocratiques de la bourgeoisie, lorsque les circonstances voyaient la réaction capitaliste déferler sur la société entière. Avec le passe-partout de la « révolution permanente », Trotski prouvait, quant à lui, qu'ainsi on passait à un échelon supérieur, pour aboutir finalement à l'insurrection. Nous ne parlons pas des centristes ou des socialistes, qui devaient passer, les uns depuis 1914, les autres avec la victoire de Staline, à la défense ouverte de la domination démocratique du capitalisme.
Bien souvent, nous avons prouvé que libertés acquises par le prolétariat et « libertés démocratiques » sont deux notions antagonistes que sépare un fossz de classe et que les ouvriers, en défendant leur presse, leurs organisations, ne faisaient pas un bout de chemin avec la bourgeoisie démocratique, mais empruntaient la voie de la victoire contre cette dernière. Il serait oiseux de revenir ici sur ce sujet. Le problème réside en cela que la divergence s'est épuisée dans une série d'événements et dans deux guerres. Le mouvement trotskiste a culbuté de l'autre côté de la barricade, malgré les subtilités de la révolution permanente. Certes, il n'y eu pas seulement ce problème, mais un ensemble complexe d'éléments qui prouvèrent que, même sur les points centraux de la doctrine marxiste (l'Etat, la classe, le parti, la dictature du prolétariat et la période de transition) le trotskisme , loin de continuer Lénine, passait à l'empirisme et déformait, d'une açon caricaturale, l'oeuvre réalisée par les bolchéviks. Les événements d'Espagne devaient le prouver catégoriquement.
Prenons les faits qui précèdent ces événements. Lors de la guerre d'Abyssinie, le critère appliqué par Trotski consistait à choisir entre le moins réactionnaire des belligérants, comme en Espagne on choisira Caballero contre Franco, pour y greffer la lutte du prolétariat. La justification ? La VI e Internationale se laisse guider par des « crtières matérialistes » et « s'ils (les trotskistes – NDLR) ont soutenu, par exemple, l'Abyssinie, malgré l'esclavage qui s'y maintenait et le barbare régime politique, c'est : premièrement, parce que, pour un pays pré-capitaliste, un Etat national indépendant est un stade historique progressif ; deuxièmement, parce que la défaite de l'Italie aurait signifié le commencement de l'efondrement du régime capitaliste « qui se survit » ( n°1 – IV e Internationale - page 9). On sait ce qui s'est passé ! Les événements ont dédaigné ces fioritures et le « critère matérialiste » a permis la mobilisation des ouvriers pour la guerre. La « révolution permanente » ne s'est pas manifestée, car les temps bibliques des miracles sont révolus, malgré les incantations trotskistes.
L'Espagne devait voir l'application de ce schéma sur une grande échelle. L'Etat National Indépendant (?), pion de l'impérialisme britannique, allait être remplacé par l'Etat démocratique. Pour défendre leurs « libertés » (n'est-ce pas les emprisonnés antifascistes de Barcelone?), les ouvriers étaient conviés à marcher avec la démocratie, sans oublier la révolution permanente qui, au nom de l'affaire Kornilov, allait leur donner la victoire. Mais, ici, il est bon de voir les choses de près.
Le Centre pour la IV e Internationale avait été constitué officiellement en juillet 1936, après les exclusions des trotskistes de la II e Internationale, et leur reconstitution en Ligue des Communistes Internationalistes. Inutile de prouver que c'était bien le plus étrange des amalgames qu'on ait connu. Mais un mariage entre Trotski et des groupes de socialistes de gauche pouvait-il créer autre chose qu'un avorton sans tête ni pieds ? Les sections les plus importantes devaient s'illustrer bien vite et s'attirer les foudres de Trotski. Les Belges votaient pour le clérical Van Zeeland, moindre mal en face de Degrelle. Les Hollandais devenaient les avocats officiels du Poum et les Français qui, en juillet 1936, étaient enclins à une telle position, changaient diplomatiquement leur point de vue, sans souffler mot.
Cette IV e Internationale d'opérette, lors de la guerre d'Espagne, allait se jeter, avec un flair
remarquable dans le camp des antifascistes jusqu'auboutistes.

Comment le problème se posait-il ? Les ouvriers de Barcelone ripostaient à Franco en déclenchant une bataille de classe. Les partis ouvriers faisaient de leur corps un rempart à l'Etat capitaliste et convoyaient les ouvriers sur les champs de bataille. Le cri général était « battre Franco » et, sans nuire à cette lutte, réaliser des réformes sociales : « faire la révolution ». Le problème central de l'Etat était escamoté. Il n'était qu'une « façade ». Trotski, à cette époque, devait se taire malgré lui, grâce aux soins « démocratiques » des ministres socialistes de Norvège.
A cette époque, le mouvement trotskiste marche à fond dans la direction du Poum et des anarchistes. La directive est d'entrer au Poum et d'y faire un travail de gauche. Ce n'est que plus tard qu'on se rappellera qu'il faut détruire l'Etat.
Et que les charlatans de France et de Belgique ne protestent pas, car s'il faut prouver nos assertions, nous le prouverons par leurs propres écrits.
Enfin, Trotski se met à parler. Le chef de la révolution permanente a perdu ses ailes d'aigle et n'est plus qu'un canard de basse-cour. C'est d'abord une interview où il qualifie de lâches ceux qui ne soutiennent pas l'armée républicaine. Puis, nous aurons la justification théorique de Monsieur Crux, l'ombre d'un certain Gourov3 qui, en 1932, prévoyait la possibilité d'une victoire sur Hitler même avec Thälmann.
« La victoire de Caballero sur Franco n'est pas impossible » ! Evidemment, surtout que cela fut écrit au début de 1937, après les « trahisons » des chefs militaires républicains sur différents fronts où il fallait faciliter la saignée de Franco. Mais cela serait secondaire si, comme conséquence, on n'entrevoyait pas la nécessité de cette position : « il faut aider de toutes ses forces les troupes républicaines ». Oh ! Ne craignons rien ! Monsieur Crux a en vue la révolution, laquelle ne découle pas d'une victoire républicaine. Seulement, il va appliquer devant nous la théorie de la révolution permanente : « à l'époque de l'impérialisme, la démocratie conserve un avantage sur le fascisme ; que dans tous les cas où ils se heurtent hostilement l'un à l'autre, le prolétariat révolutionnaire est tenu de soutenir la démocratie contre le fascisme ». Il s'agit d'exploiter le « heurt » de l'un à l'autre. Mais, suprême subtilité : « nous devons défendre la démocratie bourgeoise, non par les méthodes de la démocratie bourgeoise, mais par les méthodes de la lutte des classes qui préparent le remplacement de la démocratie bourgeoise par la dictature du prolétariat ». Que répondre à ce verbiage, alors qu'aujourd'hui il est clair qu'en Espagne, comme ailleurs, les forces démocratiques, loin de se heurter aux forces fascistes d'une façon décisive, se sont rejointes par des chemins différents, pour massacrer le prolétariat.
D'ailleurs, la non-intervention nous a montré que même sur le terrain des compétitions inter-impérialistes, les pays démocratiques et fascistes veillaient à amortir les heurts pour unifier leurs efforts en vue d'en finir avec le prolétariat espagnol et emprisonner dans l'Union sacrée les ouvriers des autres pays.
Cependant, Monsieur Crux veut défendre la démocratie bourgeoise avec des moyens prolétariens. Comment ? S'il faut en juger l'expérience faite en Espagne par les trotskistes, il s'agit d'envoyer les ouvriers sur les fronts militaires tout en « proclamant » la nécessité de la lutte sociale. En somme une politique digne du Poum avec, en plus, la revendication des Soviets et toute la démagogie verbale que nous connaissons si bien. On ne s'est même pas demandé si le prolétariat pouvait employer les moyens de la lutte des classes pour défendre des positions bourgeoises ; si, en essayant de le faire, il ne quittait pas son terrain spécifique pour se voir jeter dans le massacre de la guerre impérialiste. Pourquoi, à l'époque de l'impérialisme, la démocratie conserve-t-elle un avantage sur le fascisme ? Et pourquoi, si le prolétariat est capable de la défendre contre le fascisme, ne lutterait-il pas directement pour ses propres objectifs ? Plus concrètement encore : pourquoi a-t-on affirmé que les ouvriers espagnols étaient seulement capables de battre Franco s'ils défendaient l'Etat bourgeois et la démocratie ? Si cela était vrai, ils auraient tout aussi bien faire l'insurrection, puisque l'Etat se mettait sous leur « protection ». Et l'on se demande pourquoi ils ne l'auraient pas fait ? Mais, en réalité, même s'il ne nous est pas indifférents de voir les prolétaires dominés démocratiquement ou violemment, en aucun cas le choix entre l'une ou l'autre de ces formes de domination ne dépend de la volonté des ouvriers. L'expérience historique montre que lorsque les ouvriers sont poussés à défendre la démocratie, celle-ci en profite pour faire le lit du fascisme. C'est pure sottise que d'inventer un « avantage » démocratique pour faire du prolétariat le champion de son suicide, comme c'est du crétinisme permanent que de croire qu'après avoir lutté pour la démocratie bourgeoise, les ouvriers passeraient à la lutte pour la révolution. Même au cours de la révolution russe, les thèses d'avril ne s'inspiraient pas d'un pareil critère dépassé par les événements de 1848, en France ; et, pourtant, en Russie, une opposition existait entre la bourgeoisie et le féodalisme.
L'Espagne n'a plus de révolution bourgeoise à faire et seulement le prolétariat peut résoudre les problèmes économiques que des siècles de parasitisme des classes dominantes ont rendu insolubles pour la bourgeoisie espagnole d'aujourd'hui.
Mais, pour Crux, la victoire des armées républicaines aurait provoqué une explosion certaine de la guerre civile. Son collègue Trotski dira la même chose pour la Chine où il expliquera gravement qu'une victoire de Chang-Kai-Chek provoquera la guerre civile au Japon. Conclusion : les bolchéviks-léninistes, drapeau déployé, fiers de leur intransigeance, défendront l'indépendance nationale de la Chine avec les bourreaux du Kuomintang.

Mais quels singuliers « marxistes » que ceux qui demandent aux prolétaires d'offrir leur vie pour la bourgeoisie et qui espèrent que les monceaux de cadavres feront l'insurrection au moment de la « victoire ».
Ici, l'exemple espagnol est sans réplique : chaque victoire militaire des républicains fut suivie d'une répression contre les ouvriers. Les journées de mai 1937 survinrent après la consolidation de l'armée républicaine et l'avance autour de Madrid. Lénine lui, misait sur les défaites de son propre impérialisme pour voir les ouvriers s'orienter vers le défaitisme révolutionnaire. Trotski-Cruz misent sur les victoires républicaines. L'un comprenait qu'une armée dirigée par l'Etat bourgeois est une armée capitaliste qu'il faut détruire, l'autre s'imagine que, malgré l'Etat bourgeois, on peut modifier la nature de l'armée par la propagande, sans nuire à la lutte contre Franco.
Dans toute cette prise de position, le problème de l'Etat n'est pas abordé sérieusement comme si la Commune et Octobre 1917 n'avaient pas existé, mais il est remplacé par des considérations de « stratégie » vies de sens et des conseils gratuits sur une « direction » qu'il faut créer pour pousser de l'avant la lutte.

En mai 1937, le Centre pour la IV e Internationale publie une résolution sur l'Espagne. Au sein des groupements trotskistes, des divergences s'étalent non sur le fond du problème espagnol, mais sur le soutien du Poum en lutte contre sa politique. Trotski a donné le signal de l'attaque contre les conseillers poumistes de la Généralité : les bolchéviks-léninistes vont, au pays de Don Quichotte, partir à l'assaut des moulins à vent : fonder leur section « espagnole ».
La résolution assimile d'un coup les journées de mai 1937 au juillet 1917 de la révolution russe. Où est le parti qui va préparer Octobre ? Aucune trace, car les ouvriers ont été trahis par leurs propres partis et la répression vise à faire comprendre que l'Etat capitaliste n'est pas une « façade » insignifiante et qu'il peut faire respecter l'ordre. Pour les trotskistes, la déviation de la révolution espagnole date du moment où les milices sont militarisées et les comités ouvriers dissous. Hélas ! Mais cette révolution a-t-elle existé quand les ouvriers n'ont pu lutter pour abattre l'Etat capitaliste ? Certes, les premiers jours, la révolte fut grandiose et eut un caractère de classe, mais les milices furent des canaux « ouvriers » pour acheminer les ouvriers vers la guerre impérialiste. Pour ces Messieurs, « le problème le plus important réside dans la constitution dans le feu de la lutte d'une direction bolchévique qui aura assimilé les leçons des erreurs passées et saura, tout en continuant la lutte armée contre Franco, mobiliser effectivement les masses dans les comités et les dresser contre l'Etat bourgeois pour le briser au moment opportun (souligné par nous – NDLR) par l'insurrection... ».
Les trotskistes vont construire un parti « au feu de la lutte », comme si jamais n'avait existé un certain Lénine et une expérience historique qui nous montre qu'un parti ne se crée pas comme une quelconque section trotskiste, mais est le résultat d'une sélection d'idées, de cadres, d'une évolution d'événements et « le feu de la lutte » est l'épreuve décisive pour ces groupements et non l'occasion de voir le jour. Plus loin on s'obstine à vouloir continuer la lutte contre Franco sur un terrain capitaliste et mobiliser les ouvriers sur leur terrain de classe. Mais enfin, ces gens pourraient-ils nous expliquer comment on peut faire deux choses opposées en même temps ?
L'expérience espagnole compte-t-elle pour quelque chose ? Les faits restent-ils des faits ? Le Poum a chanté cette chanson et il a fini d'abord dans les ministères, puis dans les prisons. Les anarchistes ont dû comprendre qu'il fallait faire la guerre sans songer à la révolution. Les trotskistes attendent-ils d'obtenir des postes dans un Etat capitaliste quelconque pour comprendre que leur bavardage n'est qu'un bourrage de crâne infect ?

Mais la conclusion est tout un programme. Il faut détruire l'Etat « au moment opportun ». Ah ! Comme nous connaissons cette formule si chère aux réformistes. Mais qui désignera ce « moment opportun » ? Les événements sans doute ? Une victoire militaire de Negrin ? Mais, en attendant, il faut combattre dans les armées républicaines et l'Etat se renforce, renvoyant le « moment » aux calendes grecques.
Pour illustrer cette prose, nous aurons des bolchéviks-léninistes d'Espagne (ah ! Les vertus du bluff) qui lanceront un manifeste, en août 1937, pour expliquer « qu'aussi longtemps que le prolétariat n'est pas à même de prendre le pouvoir », nous défendrons, dans le cadre du régime capitaliste en transition, les droits démocratiques des ouvriers ». Et l'on prétend que, seuls, les centristes sont les champions de la démocratie bourgeoise !
Et, enfin, avec la dernière phase des événements d'Espagne, alors qu'il est bien clair que la guerre impérialiste est là et qu'elle massacre impitoyablement des milliers de prolétaires et leurs familles, dans un moment où « l'ordre » règne à Barcelone comme à Burgos , Trotski va parler solennellement. IL lance son « dernier avertissement ». Il est sensé tirer les enseignements de deux années de guerre au nom et pour le compte de la IV e Internationale.
Mais Trotski promet beaucoup et se contente de peu. Il s'en voudra de contredire Monsieur Crux (et pour cause!) et se bornera à le compléter modestement. Laissons de côté le bavardage du type de clui où il prétend que le duel essentiel en Espagne fut celui du bolchévisme et du menchevisme. Bien entendu, le courant bolchévik était exprimé « d'une façon achevée » par la section trotskiste. Or, comme elle n'a jamais existé avant ces derniers mois (et encore en théorie), qu'elle groupera quelques éléments fraîchement importés (c'est l'aveu que nous trouverons dans « La lutte ouvrière » de Belgique) en Espagne, on s'imagine l'importance du « duel » entre menchevisme et bolchévisme.
Trotski, lorsqu'il ne comprend plus rien, se tire d'affaire avec des analogies historiques. Rappelons-nous les divagations sur Thermidor : une fois Thermidor était une perspective, une autre fois l'on découvrait qu'il était derrière nous et tout cela pour expliquer la situation russe qui n'avait rien à voir avec la révolution française. En Espagne, il fallait reproduire le schéma de la Révolution russe pour faire comprendre que l'on ne savait pas expliquer les événements d'Espagne.
La réalité est que les soi-disant mencheviks, comme les soi-disant bolchéviks (sous leur version « achevée » ou « inachevée ») ont défendu la même position centrale : aujourd'hui pour la défense de la démocratie et la défaite de Franco, alors que « demain », on discutera les problèmes de la révolution.
Oh ! Bien sûr, les trotskistes veulent faire la guerre et la révolution en même temps, mais, pour arriver à la révolution, ils veulent défendre la démocratie et c'est ici que se trouve le traquenard où ils poussent les ouvriers. C'est ainsi qu'ils deviennent complices du Front populaire pour faire la guerre et étouffer toute possibilité révolutionnaire.
Trotski montre dans son article, que lorsque les ouvriers se soumettent à la direction de la bourgeoisie, au cours de la guerre civile, leur défaite est inévitable. Mais Crux ne disait-il pas que, malgré tout, la victoire de Caballero sur Franco n'était pas impossible ? Et, pourtant, les ouvriers se soumirent à la direction bourgeoise ! Ah ! Oui, il fallait lutter avec Caballero sans se soumettre à lui, n'est-ce pas ? Trotski voyage décidément dans la lune, car l'Etat capitaliste qui prenait entre ses mains l'armée républicaine, posait le problème ainsi : la guerre antifasciste sera menée par lui selon les critères bourgeois ou il n'y aura pas de guerre, mais un front unique direct et non dissimulé avec Franco. On ne pouvait faire la guerre avec la bourgeoisie démocratique et en même temps s'en séparer. Deux années ont prouvé que, sur ce terrain, les prolétaires devaient abdiquer progressivement leurs aspirations sociales, au nom des intérêts de la guerre dont le représentant était l'Etat et admettre le rétablissement de la légalité.
Seulement il reste le terrain des subterfuges où Trotski trouvera toujours un refuge. On s'est allié, en Espagne, avec « l'ombre de la bourgeoisie », car cette dernière aurait passé, dans sa grosse majorité, du côté de Franco. Mais il est des « ombres » bien puissantes, car celle de l'Espagne républicaine conservait l'Etat capitaliste intact et s'inféodait, en plus des partis du Front populaire, les anarchistes, le Poum et les trotskistes eux-mêmes. Personne ne songeait à se lancer à l'assaut du pouvoir, à détruire l'Etat et à renverser la bourgeoisie, car on ne lutte pas contre une « ombre ». Néanmoins, très vite, « l'ombre » s'est corporifiée dans la répression anti-ouvrière et a disposé d'agents socialistes et centristes agissant avec une vigueur remarquable pour faire de chaque épisode de la guerre, un épisode du rétablissement traditionnel du rythme de la société bourgeoise emportée dans le tourbillon du massacre.
Certes, on trouve, de ci de là, dans ce « dernier avertissement » des mots qui laisseraient supposer une innovation et surtout une prise de position plus sérieuse, mais ce ne sont que des mots. Le problème de l'Etat n'est pas traité. Les ouvriers doivent-ils lutter dans l'armée républicaine, dont le contenu de classe est déterminé par la classe au pouvoir ? Oui, fait comprendre Trotski, mais il faut que les masses révolutionnaires aient « un appareil étatique qui exprime directement et immédiatement leur volonté ». Cet appareil, ce sont les Soviets. Pourtant, en Russie, les Soviets ont surgi et sont passés aux bolchéviks sur la base d'une perspective de défaitisme et de destruction de l'armée bourgeoise. Mais il est vrai que, pour sauvegarder la révolution permanente, Trotski se doit de défendre la démocratie républicaine contre Franco et cela exclut le défaitisme. Evidemment, dans ces conditions, les Soviets resteront une chimère, mais au moins on aura la consolation d'y avoir pensé.
Plus loin, Trotski envisage bien de riposter à la guerre civile que la bourgeoisie mène contre le prolétariat, dans la zone républicaine, mais il oublie de nous dire comment. En luttant comme « les meilleurs combattants sur le front », ainsi qu'il l'expliquait aux anarchistes qui auraient trouvé dans cela la possibilité de dénoncer devant les masses les positions des traîtres ! Oui ! Comment le prolétariat peut-il mener une guerre civile sans rien ébranler, sans rien détruire des fronts militaires ? Enigme que Trotski laisse aussi ténébreuse du commencement à la fin. Faut-il préconiser la fraternisation des exploités des deux fronts pour anéantir l'Etat capitaliste, en tout premier lieu ? C'est ici que se trouve la ligne de démarcation entre les partisans honteux ou enthousiastes de la guerre impérialiste d'Espagne ou de Chine et des internationalistes.
Trotski et sa VI e Internationale ont choisi. Les événements d'Espagne l'ont prouvé catégoriquement. Nous aussi nous avons choisi et c'est pourquoi ce qui nous sépare, ce ne sont pas seulement des divergences, mais des problèmes de classe. Les « leçons » trotskistes sont destinées à répéter l'exoérience d'Espagne dans d'autres pays et leurs « avertissements » sont nettement des divagations destinées à brouiller davantage le cerveau des ouvriers qui pourraient les lire.

1Un des multiples pseudonymes de Trotski. Le rédacteur de OCTOBRE se moque ainsi d'un Trotski qui se « dédoublait ». (note de JLR)
2Voir « Bilan » n°44 : « Un grand renégat à la plume de paon ».
3Autre pseudo de Trotsky dont Bilan avait fait les gorges chaudes : « Gourov s'est gouré » (note de JLR).

jeudi 19 mai 2016

LES CASSEURS ET LES FLICS SONT MOINS UTILES AU GOUVERNEMENT QUE LES SYNDICATS





« Cette démocratie si parfaite fabrique elle-même son inconcevable ennemi, le terrorisme. Elle veut, en effet, être jugée sur ses ennemis plutôt que sur ses résultats. L’histoire du terrorisme est écrite par l’État, elle est donc éducative. Les populations spectatrices ne peuvent certes pas tout savoir du terrorisme, mais elles peuvent toujours en savoir assez pour être persuadées que, par rapport à ce terrorisme, tout le reste devra leur sembler plutôt acceptable, en tout cas plus rationnel et démocratique. » Guy Debord

 
Deux mois déjà de manifestations diverses contre la loi travail, à répétition, et qui n'en finissent pas. On se rappelle de cette réflexion jadis d'un politicien : il est plus facile d'arrêter une lutte ouvrière qu'une lutte étudiante. Depuis deux mois, les faits font mentir ce politicien. A titre de comparaison il avait suffi d'à peine un mois de manifestations intercatégorielles en 1995, même cloisonnées par les syndicats d'Etat, pour faire tomber la loi Juppé contre les retraites (qui passa quand même plus tard, et autrement, comme cela va être le cas pour le 49-3, que les naïfs qui pensent que la révolution n'est pas indispensable y réfléchissent). La longueur du mouvement de protestation diffus, dispersé ce coup-ci, tenu en laisse par les flics syndicaux, ne peut s'expliquer par la seule obstination du gouvernement bourgeois, qui ne semble guère dérangé dans son mépris de la population, continuant à mener ses tests de candidatures multiples de l'élite en vue de la prochaine présidentielle, à rouler gratis en limousine et à bouffer dans les palaces, à parader dans les inaugurations et à commémorer obsèques sur obsèques, comme cela va être à nouveau le cas avec le crash de l'Airbus d'Egypt Air.
L'impuissance du gouvernement et de ses divers syndicats fait face à une réelle colère de classe qui ne s'en laisse plus compter, qui navigue au gré des infos et protestations sur le web, qui se fiche des explications « rassurantes », « accommodantes » des experts et autres collabos qu'on exhibe sur toutes les chaînes des prisons de l'infaux.
Il est frappant de constater (si j'ose le dire ainsi) une violence de rue bien supérieure à celle qu'on a connu en mai 68, avec des groupes de casseurs dits « ultra-gauche », préparés, déterminés aux pires violences, à une nouvelle « propagande par le fait » visant surtout à détruire des symboles publics, moyens de transport, métro (à Rennes) ou véhicules de police (à Paris). Les temps changent, bobos déclassés et chômeurs qui ne veulent plus être considérés comme des mendiants, cette population ne peut plus être comparée à nos gentils étudiants de 68, ex-maos et ex-trotskos futurs cadres du pire des partis bourgeois régulièrement en scène au premier plan contre les ouvriers depuis 1981.
Les casseurs sont présentés comme des terroristes qui veulent tuer « du flic ». Disons que la presse qui agite ce mensonge est la même qui est si magnanime avec les motivations des terroristes islamistes. On ne voit pas pourquoi nos casseurs hexagonaux ne seraient pas non plus de purs produits de la « société française », inégalitaire et méprisante pour les basses classes. Nos « ultra-gauches » méchants sont aussi le produit des « dormeurs debout », puisque c'est assez directement - après l'évidente vacuité des zozos assis place de la République pour blablater de tout et de rien et limiter l'expression à deux minutes, et censurer toute prise de parole prolétarienne – que des groupes ont commencé à agir violemment. D'un côté les bobos de « nuit debout » qui sont là pour dégoûter de toute réflexion politique et de l'autre les syndicats pour ouvrir le couvercle de la soupière le temps que le bouillon prolétarien refroidisse. Mais voici qu'on nous montre (côté journalistes corrompus et syndicalistes vénaux) la terrible violence des « assassins de flics », quand (côté gauchistes) c'est le bashing de la police. Les syndicalistes, surtout CGT, sont même venus avec gourdins et brassards seconder une police dénordée et appeurée. Est-ce les nouveaux corps-francs fascistes ? Se sont demandés nos aimables antifas ? Oh que oui et c'est du flic qu'il faut bouffer, et peindre une petite moustache sur la trogne à Valls !
Donc nos « ultra-gauches » viennent prêter main-forte en réalité au gouvernement. Le SO CGT en supplétif de la police, ils croient révélateur de dénoncer... ils ne se rendent pas compte que « l'opinion publique », cette pute suiviste, elle approuve plutôt. Zont raison les camarades de buter les petits cons qui portent tort aux sages enterrements successifs ! Les violences débiles, brutales et inadmissibles contre un véhicule de police isolé avec un flic noir et une femme, qui, en effet, se sont comportés avec dignité et courage, allaient-elles faire basculer vers « l'insurrection qui vient » ou vers la queue de grève qui s'éternise ?

Le petit ministre en sursis Valls n'allait pas rater l'occasion. Il a appelé les syndicats à s'"interroger sur la pertinence" de certaines manifestations (hum hum). Il a montré qu'il avait encore des muscles, prêt à faire lever par les forces de l'ordre les blocages des ports, raffineries et aéroports. Pas question de renoncer à cause des violences, a répliqué son complice le numéro un de la CGT Philippe Martinez. "On ne peut pas empêcher la démocratie de s'exprimer parce qu'il y a des problèmes en marge des manifestations". Le gus sent que le bouillon prolétarien brûle encore, donc pas de gaffe. L'ensemble des pompiers sociaux assurent que le "retrait" reste d'actualité, comme au premier jour de la mobilisation, le 9 mars. Cela me rappelle DSK et sa femme : on s'aime comme au premier jour, mais le divorce et le scandale ne cessèrent point.

La lutte devient pourtant un monstre du Loch Ness, très affaiblie par l'atmosphère des « lois d'exception ». Plus les appels à renouveler les manifestations, en cortèges sages et « démocratiques » sont... manifestes, plus les barrages filtrants sont nombreux au point d'embouteiller les villes et … d'exaspérer les prolétaires qui vont au travail, plus l'impression est au découragement des masses spectatrices de la bronca syndicale hypocrite, plus l'optimiste professionnel Hollande assure que la loi « va passer ».

En fait, cela ressemble bien à une grève générale, mais saucissonnée, telle que la rêvent les anarchistes. C'est un bordel généralisé voulu par l'Etat pour calmer les ardeurs.
Dans l'Ouest, plusieurs barrages filtrants ont été mis en place à Rennes, dont un sur un axe d'accès à un dépôt pétrolier, un autre à Nantes. On comptait plusieurs dizaines de kilomètres de bouchon ce matin en périphérie de la cité des Ducs. L'accès au centre-ville était très compliqué.

Le blocage des raffineries, utilisé par le passé de nombreuses fois par le gang CGT, est l'arme bureaucratique par excellence pour rendre impopulaires et couler les grèves; et ne réjouit que l'électorat CGT. La raffinerie Total de Donges (Loire-Atlantique), la deuxième de France, à été bloquée ce mercredi. Ce jeudi, le syndicat CGT appelle à un nouveau blocage qui devrait durer jusqu'à vendredi, 13 h 30. Des blocages qui entraînent et ont entrainé d'importantes files d'attente dans les stations-service, les usagers de la route craignant de ne pas pouvoir s'approvisionner. Certaines stations-service ont même dû fermer face à la pénurie d'essence. Dans la région du Havre, la mobilisation a pris de l'ampleur: deux raffineries étaient bloquées dans la matinée et la pénurie de carburants gagne. Dans le centre-ville, des pneus brûlaient. A Cherbourg, de premiers barrages ont été mis en place.

Sur le rail, la circulation des trains était perturbée pour la deuxième journée consécutive, affectant fortement certaines lignes régionales et moins l'Ile-de-France... avec très peu de grévistes.

Côté TGV, deux trois sur trois étaient prévus. Un appel à la grève des contrôleurs aériens devait légèrement affecter le trafic, notamment à Orly où 15% d'annulations préventives étaient prévues. Beaucoup d'agitations dispersées volontairement par la syndicratie et qui ne reflète pas du tout une détermination ouvrière majoritaire.
En fin de journée, une intersyndicale (cette coalition permanente des pompiers sociaux) doit fixer une nouvelle date de mobilisation. Adopté en première lecture après un recours à l'article 49-3 de la Constitution, le projet de loi instaure la primauté des accords d'entreprises sur les accords de branche, un foutage de gueule pour la majorité de la classe ouvrière1, suspendue aux feuilletonnistes bonzes.

On a fait tout un tintouin pour la voiture brûlée des policiers (minimisant que des manifestants s'étaient courageusement interposé pour défendre les policiers), dont les protagonistes sont "de jeunes militants d'extrême-gauche, issus de milieux plutôt favorisés", comme le note narquois Le Parisien, quand des commentaires se demandent si ce n'était pas en réalité des policiers déguisés tellement la mise en scène est grossière et filmée comme par hasard sous toutes les coutures.

Mais vous n'entendrez pas parler de la violence... patronale. une bagarre est survenue entre un patron et des chauffeurs routiers grévistes, au barrage qu'ils tenaient près du rond-point de la Belle Étoile à Carquefou, dans la région de Nantes. Les manifestants bloquaient le passage des camions quand le patron d'une entreprise de transports de Sainte-Luce a tenté de forcer le passage à plusieurs reprises. En descendant de son camion, il s'en est pris physiquement aux manifestants. En blessant deux d'entre-eux, conduits à l'hôpital, l'un des deux a le nez cassé. Ce chef d'entreprise est connu des forces de police, il devait être entendu par les gendarmes. Comme de bien entendu.


ARCHIVES MAXIMALISTES
1936 : le meurtre de Tahar Acherchour par son patron
L'INTERNATIONALE N°24 (5 décembre 1936)
revue de l'Union Communiste


FUNERAILLES SYMBOLIQUES


CELLES DU SUICIDé


Nous n'aurions pas éprouvé le besoin de parler de la triste fin de ce triste personnage si l'on n'avait pas exploité son suicide d'une façon ignoble.
Le prolétariat a été appelé à pleurer et béatifier un homme qui s'était acharné à le trahir. Et l'emprise des dirigeants ouvriers sur la masse est telle que celle-ci s'est laissé berner une fois de plus. De grandioses manifestations se sont déroulées à Lille, Paris et autres grandes villes de province, manifestations qui continuent celles des 14 juillet et 11 novembre 1935 et 1936.
Le pire est que des militants qui se prétendaient d'avant-garde se sont associés à la comédie. Les trotskystes ont pu écrire dans la « Lutte ouvrière » du 20 novembre que Salengro avait par son suicide capitulé devant le fascisme. Comme si le suicide d'un homme qui, selon la juste expression du « Libertaire », « s'époumonait à clamer son reniement du socialisme » n'était pas la conclusion lamentable d'une querelle répugnnate entre ennemis du prolétariat !
Un simple coup de chapeau devant le cadavre suffisait. Mais puisque les traîtres, qui dirigent la classe ouvrière ont exploité ce cadavre, nous nous devions de dénoncer leur infâme comédie, et particulièrement celle des staliniens qui , il y a quelques années, étaient les plus ardents à vilipender le social-traître Salengro.
CELLES DES VICTIMES DE ST CHAMAS
Funérailles officielles aussi, celles-là. La guerre qu'on prépare fébrilement a déjàa fait quelques dizaines de victimes. Les cadavres de ces travailleurs sacrifiés à la cause de notre impérialisme ont été exploités eux aussi pour mieux étouffer la colère que leur mort aurait pu susciter.
Et les chefs de la classe ouvrière se sont encore associés à la sinistre opération. C'est l'union sacrée qui a été réalisée autour des cercueils de ces travailleurs tués par l'impérialisme français. Dans le prolétariat indignement trompé, rares sont les militants qui sont capables actuellement de saisir toute l'infâmie de la trahison des dirigeants.
CELLES DE L'OUVRIER ACHERCHOUR
Pas de funérailles officielles pour cet ouvrier nord-africain tué par son patron dans les circonstances que nos connaissons tous. Quelques dizaines de milliers de travailleurs seulement sont venus rendre un dernier hommage à cette misérable victime du capitalisme, alors que le dimanche précédent c'est par des centaines de milliers qu'était célébrée la mémoire du traître Salengro.
On ne peut s'empêcher de comparer les deux cortèges, celui de l'ouvrier gréviste tué dans son usine au cours d'une occupation qui se prolongeait, et celui du ministre « socialiste » qui s'est supprimé parce qu'une fraction de la bourgeoisie mettait en doute les grands services qu'il avait rendus au capitalisme.
Derrière le cercueil de Tahar Acherchour, on a pu voir une grande partie du prolétariat le plus exploité, le plus misérable de la Région Parisienne. Les ouvriers des produits chimiques étaient particulièrement nombreux, ceux-là que le capitalisme exploite le plus durement, ceux-là qu'il use et tue, et qui jusqu'aux grèves de juin n'avaient encore jamais bougé. Parmi eux, il y avait des milliers de nord-africains venus saluer et accompagner la dépouille de leur camarade.
Mais de ce cortège, ne montaient que peur de cris et de chants de révolte. Quelques imprécations contre le fascisme, quelques « Blum à l'action ».
Quoi donc ? Acherchour n'est donc pas victime du capitalisme ? Et ce n'est donc plus la classe ouvrière qui doit agir, mais un Blum ? Faudra-t-il donc les millions de victimes de la prochaine guerre pour que la classe ouvrière comprenne que son ennemi est le régime capitaliste et qu'elle ne peut compter pour l'abattre que sur ses propres forces, sur sa seule action directe de masse.
Les dirigeants staliniens avaient délégué à ces funérailles quelques uns d'entre eux. Mais la lecture de « L'Humanité » montre bien que pour eux, il s'agissait d'utiliser cette mort d'un ouvrier pour des fins politiques opportunistes. D'ailleurs, c'est eux qui sont les plus acharnés à faire dévier la réaction ouvrière contre les crimes des capitalistes et de leur Etat, et la réduire à une agitation « contre le fascisme ».
Que le patron qui a tué Acherchour soit fasciste, c'est bien possible, mais c'est avant tout un patron. C'est un représentant du capital. Et lorsque les gardes mobiles chassent les ouvriers des usines occupées, lorsque les soldats font le travail des grévistes comme à Roubaix, est-ce le fascisme qui les a commandé ? C'est le gouvernement bourgeois de Front Poplaire, c'est ce même Blum dont les staliniens réclament l'action.
De ceux à qui le capitalisme confie les leviers de commande de l'Etat, il ne faut attendre qu'une action, celle qui tend à aggraver l'exploitation des travailleurs.



















1 Il ouvre aussi la possibilité de référendums d'entreprise, d'accords "offensifs", crée le compte personnel d'activité et étend la garantie jeunes. La CFDT et la CFTC jugent ce projet "équilibré" et porteur de "droits nouveaux" pour les salariés, selon Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT. La CFE-CGC, traditionnellement classée du côté des syndicats réformistes, juge elle, ce texte "inquiétant" et parie sur le Sénat pour le faire évoluer (sic).



mardi 17 mai 2016

DEUX COMPTES RENDUS (fête de LO et énième manif-enterrement du mardi 17 mai)

Retour de la fête de LO cuvée 2016

 par Eric Aucordier


Que les nouveaux venus soient avertis : L'âge d'or de la fête de Presles remonte à plus de 20 ans, quand de la confrontation des multiples organisations politiques présentes jaillissait le débat propice à de nombreux attroupements, engueulades et mises au point qui se prolongeaient tard dans la nuit. Qu'en est il maintenant, que reste t'il de cette époque ou une réelle démocratie prolétarienne encourageait la saine confrontation programmatique ? Rien.
LO démasqué et incapable avec le temps de supporter la critique de son national-ouvriérisme grossier, de ses accointances électorales front populistes, a trouvé mille prétextes pour virer tous les groupes à qui elle n'avait aucune réponse politique sérieuse à donner. Désormais, la condition première pour obtenir un stand à la fête est de savoir se taire, ne pas évoquer les accords électoraux pourris des municipales, le sabotage de la grève PSA par le bureaucrate CGTiste Mercier bombardé, suite à je ne sais quelle mauvaise plaisanterie cinématographique, du titre de "Lion rugissant", ou encore les votes Mitterrand et Ségolène Royale.
La cité politique réduite de nos jours à peau de chagrin, est composée pour une part de groupes étrangers pas très inspirés et incapables de s'exprimer ou de produire une presse en français - essayez de lire du Grec ! - et de l'autre, d'organisations composées d'invalides politiques pour la plupart en rupture avec le NPA, et dont l'activité principale consiste à surenchérir dans la "démagogie transitionnelle" - tu proposes la semaine de 30 heures, moi je descends à 25 - servant de paravent à de multiples pratiques opportunistes.
Bien entendu, cet avilissement politique se répercute sur la qualité des débats tenus dans les forum 1 et 2, ou l'opportunisme grossier des orateurs, n'a d'égal que la passivité d'un public prêt à avaler n'importe quelle couleuvre. Sinon, comment expliquer l'absence de réactions au discours d'un sbire de l'ARS Combat responsable d'une commission "nuit debout", encourageant les prolétaires à refuser la hiérarchie d'usine quand celle ci frise le harcèlement, pour mieux élire leurs propres contremaîtres. Et la grève, c'est trop bolchevik ?
On m'objectera qu'il est facile de prétexter les errements répétitifs de l'ARS Combat pour mieux jeter le bébé avec l'eau du bain, et que d'autres débats méritaient l'attention. Encore faut il me dire lesquels ? De fait, toutes les organisations trotskystes alors présentes sur les divers forums, procèdent à l'identique de l'ARS, seul groupe pourtant capable de pousser le ridicule à son terme, en brandissant un "programme de transition" - condensé des errements d'un Trotsky aveugle devant le triomphe achevé de la contre-révolution, et que ses épigones ont expurgé de toute velléité révolutionnaire - devenu acceptable aux yeux de la petite bourgeoisie parisienne de "nuit debout". A force d'édulcoration du programme pour ne jamais cesser de "coller" aux masses dans leur apathie politique croissante, le programme de transition s'est transformé en vulgaire catalogue de revendications réformistes.
Quelle utilité d'avancer invariablement les mêmes mots d'ordre "d'échelle mobile des salaires", de "contrôle des banques par le "peuple" et autres fadaises opportunistes, saucissonnées en fonction de la supposée conscience d'un prolétariat passif, sachant que depuis plus d'un demi siècle, ces mêmes revendications n'ont fait que brouiller un peu plus les consciences ouvrières et jeter le trotskysme dans le marais opportuniste ?
Nous ignorons tout de la tournure et des revendications concrètes prises dans la fièvre d'une future explosion prolétarienne, qui dans sa pratique de double pouvoir, peut abolir le salariat et exproprier la bourgeoise. Dés lors, quel intérêt de cloisonner à l'avance ce bouleversement social dans le cadre de l'économie bourgeoise, en avançant des revendications toutes compatibles avec le capitalisme, sinon offrir une porte de sortie à une bourgeoisie qui n'en demandera pas tant pour se tirer d'affaire ? Seul le trotskisme pour qui la lutte révolutionnaire exige l'adoption d'une sorte de jeu de l'oie, ou le passage - électoral ? - sur les cases "nationalisations" et "contrôle des banques" est obligatoire et ne souffre d'aucune contestation possible, connaît la réponse.
Incapables de saisir l'importance de maintenir en toutes circonstances l'indépendance de notre classe, ces organisations baignant dans l'activisme quotidien du "possible" et à l'horizon politique définitivement clos, ne pensent qu'en terme de supposé" "moindre mal", qui bien entendu engendre toujours les pires catastrophes. Faut il voter pour le maintien ou non de l'Angleterre ou de la Grèce au sein de l'UE ? Voila les questions sur lesquels divergent ces "révolutionnaires", qui tour à tour, expliquent à la tribune de Presles, les motifs qui justifient de se précipiter aux urnes pour soutenir l'un ou l'autre des camps bourgeois en présence, sans expliquer ce que le prolétariat peut tirer comme bénéfices de ces orgies électorales qui ne le regardent pas. Ce même "moindre mal" poussant nos bavards à vouloir "battre la droite" tous les cinq ans, ou exiger l'embrigadement des prolétaires dans les rangs du Hamas, et qui pour soulager leur conscience, papotent dans le même temps sur une Palestine "laique".

Mais le clou du spectacle reste le débat LO / NPA, ou nos pauvres pablistes visiblement consternés par leur propre opportunisme qui n'a pourtant rien à envier à celui des troupes de Nathalie Arthaud, arrivent têtes basses pour subir les foudres de nos révolutionnaires auto-proclamés ! "SEULE LA CLASSE OUVRIIIIIEEEERRRRRRRRRRE EST REVOLUTIONNNNAIRE, ET NOUS EN SOMMES !!!" tonnent le poing sur la poitrine les représentants de LO, dont les exploits prolétariens sur les 30 dernières années consistent en réalité à servir de caution électorale gauchiste à des gouvernements de collaboration de classe, ou encore nier les trahisons syndicales auxquelles participent ses propres militants. On serait en droit d'attendre plus de modestie de la part d'une organisation qui dans un éditorial récent, s'est prononcée pour la pénalisation de la prostitution, et de fait encourage les flics à traquer les putes, histoire de se mettre à hauteur de conscience d'un prolétariat arriéré, qu'elle refuse de bousculer sur des sujets dit "sensibles" - Homos, trans, immigrés - et ne concernant pas la vie interne des usines, ou LO distribue ses infâmes "feuilles de boites" aux individus supposés "normaux". Ce n'est pas le NPA qui se retrouve derrière les mêmes barricades que son propre impérialisme en Syrie, sans que cela ne dérange d'ailleurs quiconque chez les "internationalistes" de tous poils réunis à Presles, qui pourra lui faire la leçon.
Merci à "Mouvement Communiste" pour son forum consacré à la loi "El Khomri" qui vit un bonze CGTiste de LO venu porter la bonne parole syndicale, se voir renvoyer dans les cordes - merci Gwen - ou encore à ce camarade venu d'Asie nous expliquer les opportunités d'alliance des prolétariats turcs et kurdes qu'engendre la lutte de classe.

RETOUR DE MANIF

par Joce Forest 

(intéressant témoignage que vous ne verrez point à la télé ni sur votre Libé, où il n'est question que de consensualité entre cheffes CGT au langage hard contre un gouvernement odieux, en compagnie des inénarrables "dormeurs debout" qui apportent leur soutien en chantant la convivialité républicaine)



Retour de manif.
Je l'ai passée avec une équipe de streetmedics. Collectif d'équipes de premiers secours qui viennent en aide à tous ceux qui en ont besoin.
L'équipe de streetmedics a subi un contrôle d'identité au moment de son briefing avant la manif après avoir été prise en nasse par les forces de l'ordre. Toutes les identités ont été relevées (je les ai rejoints après).
Je suis passée à travers un contrôle systématique de sacs (je dois avoir une bonne tête).
Des manifestants lambda se sont vus confisquer des casques de vélo et du sérum physiologique par contre les membres des services d'ordre des syndicats ainsi que des autonomes ont pu rejoindre en bande la manif casqués de lourd (casques de moto, casques militaires, etc.) et munis d'armes diverses (barres de bois, tronçons de câbles, battes de base ball en bois ou en alu)...Ca, ça n'était pas gênant.
Pas mal de nuages de lacry et de coups de matraques. L'équipe avec laquelle j'étais a soigné une brûlée (qui s'est trouvée sur le chemin d'un gros pétard), 2 blessés à la tête (dont un évacué puis récupéré par les pompiers) et on a lavé pas mal de paire d'yeux et pulvérisé du maalox dilué (pour calmer les brûlures de la peau).
Un gros coup de speed à l'arrivée à Denfert-Rochereau une fois la tête de cortège avec les chefs des syndicats évacuée....puis plus rien.
A 150 ou 200m de la place le cortège était bloqué. On a trouvé nez à nez des manifestants qui demandaient au service d'ordre CGT sur le pied de guerre de laisser passer le reste du cortège (bien 95%). Grâce à quelques fortes personnalités qui ont fait de leur mieux et en l'absence de manifestants vraiment violents, cela n'a pas dégénéré et le SO CGT a remonté l'avenue en reculant sous la pression des mainifestants déjà passés prenant le trajet du cortège à l'envers pendant que les véhicules des syndicats faisaient demi tour et que le reste du cortège en aval semblait se disperser.
J'ai pris à partie un membre du SO CGT en lui demandant pourquoi ils faisaient ça. Réponse "Pour protéger leurs manifestants parce que ça craignait devant" (il n'y avait plus aucun problème sur la place). Je lui ai fait remarquer qu'ils sabraient la manifestation. Réponse : "Mais c'est bon on a vu la mobilisation". Je lui ai signifié que bien qu'étant une ancienne déléguée syndicale CGT, je ne voulais plus entendre parler d'eux. Réponse : "La CGT s'en remettra". J'ai vu et entendu énormément de militants CGT se désolidariser, enlever leurs badges et huer le SO.
J'ai vu un streetmedic péter les plombs et leur hurler dessus en leur disant que c'est à cause d'eux et de leurs conneries qu'il est obligé de faire ce qu'il fait.
Je ne comprends pas de quel droit ces gens empêchent les manifestants qu'ils soient de la CGT ou non d'avancer et de manifester. Ils n'ont aucun pouvoir... Si ce n'est celui de leurs battes !
Les manifestants iraient bien mieux sans eux et leurs exactions. Ce sont des boeufs qui en plus sont persuadés de ce qu'ils disent...Vu que c'est la centrale qui le dit ! Et ils suivent de manière abrutie mais disciplinée les ordres reçus.
Bien entendu on a vu notre lot de flics en civils équipés tout comme les SO de syndicats avec le brassard SO en moins mais pas le brassard Police en plus...
Il y avait du monde dans la rue. Des jeunes, des vieux, des militants habitués et des gens qui en ont juste ras le bol.
On remet ça jeudi. 49.3 ou pas cette loi ne passera pas !

PS: elle est dure à la comprenette la pauvre, elle en redemande, c'est comme les vaches qu'on mène à l'abattoir. Heureusement elle pourra rentrer saine et sauve dans son studio solitaire, l'âme rassérénée de sa bonne action secouriste et persuadée qu'elle va contribuer à faire reculer le gouvernement avec les camarades honnêtes de la base.

samedi 14 mai 2016

Orchestration du CCI ou veillée funèbre ?


« L’ordre poursuit le désordre »
Daniel Halévy (Histoire de quatre ans)


Alors qu’on attend encore la réponse des historiens à la question de savoir si le CCI est mort de mort naturelle ou s'il a été assassiné ou s'il s'est suicide ou si d’autres l’ont « suicidé», sa longue agonie et désintégration est célébrée en 2016. Quelque chose était pourri au Royaume du principal pôle de regroupement des révolutionnaires depuis 1848. Qui avait eu intérêt à la désintégration de la religion de l'organisation? Le clan Pavillon, si actif naguère en matière d'affinités électives ? L’Anarchisme vespéral comme après le Waterloo de la guerre des clans ? La fraction interne si craintive à l'idée d'une fraction externe ? Hollande en succédant à Sarkozy ?

Dans la géopolitique des anniversaires mortuaires, on se souvient cette année des débuts des deux « protectorats » du CCI : un anarchisme juvénile soixantehuitard nommé « conseillisme » et un âge adulte lénifiant les acquis de la « gauche italienne » conjuguée ou mâtinée des vocables oecuméniques « Gauche communiste » (avec majuscule). L'âge adulte n'étant pas nécessairement un dépassement de l'adolescence, le CCI a mal vieilli. Il était resté longtemps adulescent, mélange de petits bourgeois anarchistes et de sincères aspirants au marxisme de la maturité. Ces derniers semblent l'avoir emporté dans un retour en arrière qui sent plus la naphtaline stalinienne que l'air frais de la jeunesse qui pourtant possède de nombreux défaults parfois indépassables, que l'on retrouve chez les dormeurs debouts de la bobologie parisienne.

Après des années d’engagements sanglants, d'éliminations sadiques de tendances ou fractions successives, une poignée de survivants du CCI veut sortir de sa tranchée un drapeau de la croix rouge en main, mais pour parlementer, voire parler menteur. La démarche est caractéristique du penchant diplomatique incertain qui sert aux grands partis à temporiser à la veille d'une campagne électorale, le caractère atypique de celui qui prétend imposer un modèle de système de fonctionnement interne cloisonné et si institutionnel qu'il ne souffre même pas la discussion. Quand bien même les meilleurs principes organisationnels purs mis au monde par le grand savant Marc Chirik, n'ont ni résisté au temps dépolitisé ni aux humeurs des enfants de Charlemagne.

Une machinerie politico-bureaucratique complexe a survécu. Même si certains résultats positifs ont été atteints, surtout en ce qui concerne quelques réfugiés turcs temporaires, l’appareil de l'orga centralisée bipolaire se présente comme éléphantesque, très verbeux et souvent cocasse. En outre, selon presque tous les exclus ou militants en fuite, il est indéniable que, aujourd’hui encore le diagnostic est pénible : bâtarde d'une conception irréfragable de l'organisation chiriquienne, la centralisation du CCI est. L'organisation malade, ou organisation de malades, ne guérit pas de cette triste paranoïa qui la frappa il y a sûrement plus de deux décennies déjà. La malade, infirmière psychiatrique de profession, est environnée et menacée par une foule de « parasites », telles ces mouches qui attendent de se régaler du cadavre :

« Aujourd’hui, il y a des groupes et des individus qui planifient délibérément de détruire les organisations révolutionnaires et le CCI en particulier. (…) La critique personnelle (de Devrim), qui implique maintenant que le CCI ne vaut pas d’être défendu face à de telles attaques, ne peut, quelles que soient ses intentions, que stimuler les appétits destructeurs des parasites».

Après des années où l’on s’est retranché derrière la formule « d’abord remplacer le roi, ensuite trouver une princesse » qui a garanti le pire statu quo dans le maximalisme réorganisé surtout quand la dulcinée a été trouvée, qui vit dans une sorte d’obscurité gériatrique, se profilent les premiers signes d’un pronostic indéniable : la putraféction sectaire. Une tête de turc, en plus réellement turc, nommé Devrim, qui a voulu jouer à l'aide-soignant, est passé à la machine à bosseler, rassurez-vous, toute théorique. De nouveau fuyard, rattrapé trois ans plus tard (la rancoeur est longue dans le CCI intra-muros) avait laissé cette fielleuse missive dans le vestiaire de l'orga :

« Je pense que le point de vue selon lequel on devrait aborder les positions politiques d’une organisation appartient à la façon de penser d’un âge révolu. Le CCI va mourir, et il le fera, pas parce que les gens s’engagent ou réfutent ses positions politiques, mais précisément pour la raison opposée : parce que les gens ne veulent pas même se soucier de le faire. Bien sûr, cela renvoie à un problème plus général de dépolitisation au sein de la société, mais pour un observateur extérieur, il semble que le CCI essaie activement de boucler le cercle de son isolement

De nombreux observateurs s’accordent à reconnaître que la situation politique et les droits humains sont actuellement à bien des égards pires dans le CCI que ce qu’ils étaient il y a trois ans. La centralisation sacrée du CCI ne cache pas son angoisse et sa peur d’un futur incertain en vue d’un intérêt quelconque dans la population pour le blog de l'orga où les questions posées sont obligatoires pour les miliants dès potron minet en complément de l'absence de sympathisants. Une peur qui ne cesse pas d’augmenter avec les multiples tentatives des parasites pour faire interdire le blog auprès du sieur Cazeneuve, d’imposer la discussion multiculturaliste à prédominance musulmane et la réduction du marxisme au rang de dialecte, sous prétexte d’en finir avec l’ingérence communiste qui nuit à la cohésion interne occidentale et ruine systématiquement un nouvel équilibre des forces parlementaires et syndicales.

Néanmoins, le turc est habillé pour sa traversée du désert, ne se ridiculise-t-il pas lui-même en attaquant « personnellement » l'orga ? Qui possède un moi collectif très sourcilieux. Pauvre turc, tu te livres à une personnalisation de la politique ! Tu avais un rapport personnel avec le CCI, t'as aucune classe ! Tu te livres à une interprétation personnelle ! Pauvre type, tu ne donnes qu'une série d' « impressions » et d' « opinions » personnelles ! Tu n'es ni une honorable fraction ni un irréfragable moignon d'orga !
Il semble que Devrim, s'il ne déprime pas, déplore que le CCI ne se conforme pas au désintérêt général pour la politique, qu'il reproche au CCI de s'accrocher à un mode de penser d'un âge révolu. On ne sait pas si c'est la pensée ou l'âge qui est révolu. Pour trop bien connaître le plumitif qui officie aux réponses de la sacrée centralisation, je suis dubitatif ; depuis quarante années il ne se soucie pas du souci, même maladroit qui peut être derrière une question, mais il récite le discours schématique que mérite toute question qui ne signifie pas approbation muette. C'est du pur marxisme stalinien à la LO. RI a tant critiqué LO qu'il a fini par lui ressembler dans le culte de la centralisation clandestine, comme ce vieux couple enlaidi après tant de décennies de disputes.
Le pauvre turc est plus désemparé que méchant, plus désorienté (avec le risque de se retourner vers l'Orient) de la dépolitisation qu'il ne souhaite que le CCI renonce à ses principes politiques. Le vice de la réponse du plumitif moustachu est de dévier vers les principes en général et pas sur un fonctionnement interne qui se pare de principe pour imposer une gouvernance quasi mystique et terroriste. Devrim, gentil comme il est, prévient du risque de disparition du CCI, et on lui crache dessus pour tant d'incontinence, alors que le CCI a bien disparu des écrans noirs du prolétariat.

S'élevant gracieusement au-dessus du petit Wilson, Big Brother orga se mesure alors aux Goltiath du passé, concédant qu'un Liebknecht était condamné aux travaux forcés quand les orgas d'aujourd'hui de la GC résistent aux « conditions soft d'isolement ». On mesure le courage luxemburgiste qu'il faut pour résister à d'aussi émolientes conditions. Naguère le plumitif Peter exaltait la militance moderniste en la décrivant comme héritière des gransd torturés du stalinisme. Mais les torturés c'est toujours les autres.
Certes l'apolitisme est une politique, Peter le collectiviste a raison face à Devrim l'individualiste. L'apolitisme des Kropotkine et des Garcia Oliver on sait comment il a fini. Mais la politique interne du CCI, hein ? Parce que tel est le centre de la question de l'individualiste Devrim, elle est pas polluée par le stalinisme ? Ou mon cul c'est du poulet ? Non, répond l'organisation Peter car l'orga « doit résister à la dépolitisation ». Certes, mais comment ?
D'abord en dénigrant toutes celles et tous ceux qui prétendent critiquer le CCI, forcément du point de vue individualiste. Car l'individu n'existe pas dans l'orga, il est une mystification capitaliste.
Devrim, comme beaucoup des dernières cuvées, ne possède pas l'espérience des vieux filous hyper-individualistes comme moi. Il mélange la notion d'intégration stricte (qui est et reste un principe louable) et des vérités dérangeantes : trop de débats internes. Vérité psychanalitique me direz-vous, un paranoïaque cause beaucoup trop avec lui-même, cela lui est naturel. Ce que le plumitif collectif traduit par « ténacité » du CCI, qui n'est autre que l'inénarrable « potentiel latent de la classe » ; comprenez la classe est molle en général mais la secte reste fermée. Le plus bel objet du désir militant n'est-il pas cette belle et bandante centralisation - « à haut degré » - qui n'avait jamais été présentée au survol de tout le mouvement ouvrier à l'aide de cette image qui tient du magnificat, le... chef d'orchestre ! L'auteur théâtral de l'image avait inventé aussi l'autre expression confondante du parti de demain : le CCI était le squelette du futur parti. Au musée Grévin ou au Trocadéro ?
Comment voulez-vous que les oreilles militantes ne deviennent pas musicales ? Ignorant qu'ils demeurent... instrumentistes, et acceptent avec joie de marcher... à la baguette. Car « la diversité n'est pas un but en soi » et l'altérité forcément bourgeoise.

Le turc n'est plus dans l'orchestre parce qu'il a affronté coups de baguettes et coups de fouet :

« Bien que je considère un niveau extrêmement élevé d’accord politique comme étant un critère pour être membre, il me semble encore que, dans le CCI, les ordres viennent d’en haut et sont transmis à la base. Ce processus, c’est mon sentiment, agit dans le sens de décourager l’initiative des membres de l’organisation dans leur ensemble et, malgré les protestations du CCI qui soutient le contraire, tend à être le reflet des relations hiérarchiques qui prévalent dans la société toute entière » (…) « Il y a trop de ‘débat’ dans le CCI ce qui tend à rendre toute discussion réelle impossible. Cela mène à un problème, qui est que rien que suivre les affaires internes du CCI demande une quantité de temps que, j’imagine, beaucoup de gens dans d’autres organisations politiques consacrent à l’ensemble de leur activité politique… Tout doit être discuté en interne avant que ce soit présenté à l’extérieur… Je pense que ça donne l’impression que le CCI est composé d’une poignée de robots qui répètent la même chose comme des perroquets. Cependant, que cela puisse être vrai ou pas, c’est certainement une impression qu’ont beaucoup de gens en dehors du CCI, et que le CCI n’a cure de dissiper. La seconde est que le CCI produit un immense volume de textes, beaucoup d’entre eux, ayant déjà été discutés, ne sont même pas lus par tous ses membres. Il doit y avoir sûrement certaines personnes en dehors qui pourraient être intéressées par certains d’entre eux. »

Constat tragique qui a déjà été fait par trois, quatre, cinq générations de militants dégoûtés et envolés, ou exclus parce que dégoûtés. Le pauvre homme a hélas, trois fois hélas, deux fois, trois fois raison :

« La théorie du CCI est un ensemble de travail impressionnant, surtout à cause de sa cohérence en profondeur. Tout s’emboite parfaitement, chaque bloc ayant sa place dans la structure entière. Pour ceux qui recherchent la cohérence théorique, cela peut être certainement très attractif, en particulier pour les nouveaux groupes, comme nous l’étions à l’époque, l’adoption d’un seul coup d’un travail théorique dans son ensemble peut être perçue comme profondément attirante plutôt que de faire un travail théorique rigoureux, ce qui est l’alternative. Le problème est cependant que c’est un château de cartes où chaque partie dépend des autres pour empêcher l’édifice de s’effondrer. »

La réplique du centralisateur soporifique n'est même pas à la hauteur :

« Pris dans son ensemble, si vous enlevez de son point de vue personnel les impressions personnelles désobligeantes, les métaphores dénigrantes et pas mal de petits mensonges, ce que Devrim critique dans le CCI, c’est de trop être une organisation politique révolutionnaire : l’accord politique demandé pour devenir membre est trop élevé, le CCI est trop centralisé à l’échelle internationale, il y a trop de débats théoriques internes, il se démarque trop des autres tendances politiques, il exige trop de passion politique de la part de ses membres et finalement, il est trop cohérent théoriquement ».
Devrim me le doigt sur l'aspect cathare de la secte, cela ne se fait pas. Devrim met le doigt sur ce qui est le potentiel latent anti-politique dans la classe ouvrière en général et ce pourquoi elle est déjà dégoûté de la politique par les grandes insitutions des mafias bourgeoises : l'aspect mystérieux, clandestin et inavoué des hiérarques de l'ombre des appareils de toutes sortes, partis, syndicats, assocs. La secte favorise autant l'apolitisme que la société bourgeoise décadente. Hélas, trois fois hélas. La réponse du chef d'orchestre esquive la détestable cuisine interne par une grande déclaration hors sujet propre à contenter les malheureux instrumentistes, mais ne nous donne aucune envie d'applaudir à nous, spectateurs déçus de tant de cacophonie instrumentale :
« C’est vraiment trop flatteur pour une organisation révolutionnaire ! L’histoire du CCI montre qu’il a eu de nombreuses difficultés. Néanmoins, malgré toutes les erreurs et les insuffisances du CCI, être capable pour une organisation révolutionnaire de s’accrocher, pendant 40 ans, à la lignée de la gauche marxiste (celle de la Ligue Communiste, la Ière , IIe et IIIe Internationale et de la Gauche communiste, elle-même) ; de fournir une analyse approfondie de la période historique (la décadence du capitalisme) et également des principales caractéristiques de sa dernière phase de décomposition ; d’offrir une plateforme qui met en avant la perspective communiste ; de maintenir son indépendance vis-à-vis de la bourgeoise y compris de son aile d’extrême-gauche ; de fournir des analyses régulières de l’évolution de la situation internationale dans ses dimensions de la crise économique, des conflits impérialistes et de la lutte de classe ; d’intervenir d’une seule voix sur tous les continents (malgré sa petite taille) ; de donner naissance au niveau de discussion interne requis pour présenter ses débats de façon claire à l’extérieur ; de survivre à ses crises politiques internes et d’avancer…, tout cela au moins montre que les préoccupations de principes politiques tendent à soutenir une organisation révolutionnaire plutôt qu’à conduire à sa disparition ».

Bla-bla. Comme nous admirons tant de dévouement pour le potentiel « de classe », mais le CCI se gonfle pour rien les chevilles. Il n'est plus qu'un blog comme les autres. Publier un journal, si vite dépassé par les événements en continu sur ta tablette, est une gageure pour les médias bourgeois, et dérisoire pour des nano-sectes. Plus d'usines où diffuser une presse dépassée par les flux discontinus de news où les torche-culs de boites de LO et de son ti clone Voix des travailleurs ne servent plus qu'à emballer le sandwich du midi.

Pire, le fond de la pensée de la secte n'a rien à envier au new look antiraciste du stalinisme et à l'antifa gauchiste, toute critique de l'orga est individualiste parce qu'elle se veut héritière de la laïcité bourgeoise, travestissement du libre-arbitre, toute opposition à la « mystique » de la centralisation, et à son existance opaque, très méprisante et hiérarchisée, ne peut être que resucée anarchiste :

« La laïcisation et donc la politisation de la liberté personnelle et de la destinée, dans les révolutions bourgeoises – en particulier dans la révolution française de 1789-1793 – a été une étape fondamentale dans le progrès vers des solutions dans le monde réel de la liberté humaine. Mais c’est aussi parce qu’elle a ouvert la voie à la classe ouvrière pour s’imposer sur l’arène politique et se définir politiquement. Cependant, dans la déclaration des Droits de l’Homme de 1789, la bourgeoisie présentait sa liberté nouvellement gagnée comme une réalisation universelle qui profitait à tous. Cette tromperie résultait en partie de ses propres illusions et en partie des besoins de la bourgeoisie d’enrôler toute la population derrière ses drapeaux. Le concept de liberté restait une forme abstraite, mystifiée, qui cachait le fait que, dans la société capitaliste, les producteurs, tout en étant libres et égaux à leurs maîtres légalement, seraient alors enchaînés par une nouvelle forme d’exploitation, une nouvelle dictature. (...) a surgi la mystique de la liberté individuelle dans la société capitaliste. En réalité, seul le capitalisme était libre. Quand ils ne sont pas maîtrisés, ces restes de pensée bourgeoise conduisent, au sein de l’organisation, à une attitude de combat clandestin contre la prétendue rigidité des principes politiques prolétariens, la hiérarchie supposée de la centralisation, le « dogmatisme » du débat prolétarien, qui sont ressentis comme autant de restrictions des droits personnels, même si, superficiellement, on est d’accord avec ces vrais principes – la centralisaiton et la culture du débat. Cette attitude n’a pas d’alternative précise à proposer, pas de contours positifs distincts, mais se caractérise principalement par être contre, par le rejet de ce qui existe. Elle revendique le droit de ne pas attendre les décisions collectives, le droit de prendre des initiatives locales à l’encontre de celles du reste de l’organisation sans explication, le droit de ne pas être cohérent et surtout, de ne pas être tenu pour responsable de toute incohérence.
Cette attitude anarchiste conserve la croyance bourgeoise dans la « liberté individuelle ». Elle rejette l’autorité des politiques capitalistes et l’exploitation mais finit aussi par rejeter tout autant l’autorité d’une alternative marxiste ».
La lutte émancipatrice pour la laïcité, ces lumières qui ont éclairé l'obscurité entretenue par les religions, est abandonnée pour une nouvelle obscurité paranoïaque, et très stalinienne avec cette vision du militant dépassant intégralement son « vécu émotionnel »:
« L’organisation révolutionnaire marxiste doit donc lutter aussi et se protéger contre cette défense
creuse et plus diffuse de la liberté politique bourgeoise tout autant que contre son expression ouverte qu’on trouve dans les partis gauchistes et parlementaires.Tout cela implique des exigences pour le militant révolutionnaire. Une des plus importantes est qu’il doit voir au-delà de son ressenti émotionnel et de ses impressions personnelles ».
Le chef d'orchestre ne nous a toujours pas parlé de la partition (sic) de l'orgasme central mais définit l'inexistence personnelle – et l'inexistence sociale de Judas Devrim - comme les moines au monastère qui n'existent pour dieu que lorsqu'ils chantent ensemble autour du repas frugal :

« En définitive, la critique de Devrim exprime une vision complètement différente du militantisme révolutionnaire de celle d’une approche méthodique marxiste. Alors que cette dernière voit le libre développement du militant comme un processus d’interaction avec ses camarades, c'est-à-dire, comme une question de solidarité organisationnelle, Devrim voit le révolutionnaire comme quelqu’un qui doit conserver son autonomie personnelle à tout prix, même si cela signifie quitter l’organisation et donc ses camarades ».

T'as compris ? Tu adhères. Tu te tais. Ou nous te bannissons de la communauté fraternelle et inter-relationnelle des musiciens du prolétariat spectateur, lequel ne veut plus aller au concert, ni payer les places pour les autres.

L’effondrement du bloc de l’Est, loin de résoudre la crise organisationnelle universelle, n’a fait qu’accentuer et précipiter dans le chaos la transformation des rapports entre les militants et le comité central. Ce fut, avec Marx et Engels l’espérance de voir le prolétariat s'organiser en classe et pas en parti, et non se démultiplier en petites sectes

Comme à l’ère du stalinisme triomphant, la notion d'organisation fusionnelle est un pas décisif dans le retour au pire mysticisme politique qui est figé et caduque historiquement depuis 1926. Que la centralisation riquiqui du CCI se bombarde chef d'orchestre, que son « tissu » organisationnel soit peau de chagrin, est déplorable et m'énerve « émotionnellement ». Bien sûr que le prolétariat a et aura plus que jamais besoin d'un parti à l'avenir, et d'un parti avec les principes politiques généraux du CCI. Mais le CCI tel qu'il a régressé ne peut plus se sauver par lui-même, ni être le porteur sain de ces principes.

L’effritement du CCI exprime dramatiquement l'émiettement actuel du camp maximaliste, mais bourgeois et gauchistes auraient tort de s'en réjouir. Les principes survivent toujours aux sectes et aux individus.

PS: pour lire l'intégralité du texte de réponse du CCI, c'est ici: 
https://fr.internationalism.org/icconline/201604/9326/defense-du-cci-et-l-organisation-marxiste-revolutionnaire-reponse-a-ex-membre



dimanche 8 mai 2016

Les "enragés" ou l'incompréhension totale du phénomène fasciste


Par Eric Aucordier

Publication des "enragés" consacrée au fascisme et sur laquelle il faut revenir en détails, puisque c'est un concentré des errements lamentables que l'on peut lire sur les sites gauchistes abordant le sujet. 

Nos "enragés" toujours avides de succès faciles et de records de "like", non content de pousser à la cohabitation dans une même marmite programmatique, Lénine, les anarchistes et la pauvre Rosa déguisée systématiquement en bolchevique humaniste et libérale - ce qu'elle n'était pas - se lancent cette fois ci dans l'étude du fascisme, histoire de satisfaire tout le gratin "antifa", qui depuis bien longtemps déjà, distribue les bons points à "l'extrême gauche". De fait, nos anarcomachins servent de relais à la propagande bourgeoise, qui n'a jamais de mots assez durs pour dénoncer la "haine" et ainsi entraîner le prolétariat dans le marais interclassiste démocratique, ou pire encore, dans la défense intransigeante de la réaction religieuse - pourvue qu'elle ait la saveur de l'Islam - menacée parait il, par la peste brune.

Non, mille fois "non", le fascisme n'est pas la manifestation d'une petite bourgeoisie effrayée par sa future prolétarisation, même si cette dernière a servi de bélier à Mussolini et Hitler, mais l'expression des besoins de la bourgeoisie dans certains pays et à un moment historique déterminé, qui brillent aujourd'hui par leur absence.

Imaginer un seul instant qu'en 2016, la bourgeoise prenne au sérieux les program­mes économiques issus de la sphère populiste, relève au mieux de la blague ! Sortir de la zone euro, comme le propose le FN, impliquerait une totale incapacité du pays à soutenir la concurrence économique face aux autres capitaux nationaux. Et je n'ose parler des délires protectionnistes qui une fois mis en oeuvre, entraîneraient d'inévitables mesures de rétorsions, privant ainsi la bourgeoisie française de l'accès au marché mondial, quand les gigantesques forces productives sont condamner à étouffer dans les plus brefs délais dans le cadre national ! Toutes ces mesures avancées sont fantaisistes et ne seront jamais appliquées dans les circonstances présentes par les secteurs responsables de l'économie nationale. Il faut être un fou furieux pour prétendre le contraire.

Voila qui explique que pour accéder au pouvoir - et n'en déplaise aux "enragés" qui voient dans le FN un parti caméléon capable de se radicaliser dans les plus brefs délais sans jamais nous expliquer pourquoi et comment ? - les partis "populistes" actuels doivent renier leur pro­gramme, abandonner une partie de leurs oripeaux idéologiques et se reconvertir en aile droite ultra-libérale et pro-européenne. Par exemple, le MSI de Fini en Italie qui en 1995 a rompu avec l'idéologie fasciste pour adopter un credo libéral et pro-européen. De même, le FPÔ d'Haider en Autriche a dû s'aligner sur un "programme responsable et modéré" pour pouvoir exercer des responsa­bilités gouvernementales. Il en sera de même pour Marine Lepen, qui ne cesse de montrer sa bonne volonté à la classe dirigeante, en virant du FN les ex atroces SS et leur programme économique, tout juste bon à foutre à la poubelle. Nous sommes loin des pitreries dialectiques de nos "enragés", avançant sans la moindre preuve à l'appui, que, je cite :
"A certains endroits, elle - la tentation du fascisme - est sans doute réalisable, et même déjà en voie de réalisation."
Certains endroits, c'est ou, concrètement ?

En réalité, la poussée des partis " populistes " est une expression caractéristique du pourrissement sur pied de la société capi­taliste, du délitement du tissu social et de la dégradation des rapports sociaux qui tou­chent toutes les classes de la société, y compris une partie de la classe ouvrière, pour qui cette idéolo­gie réactionnaire représente un véritable poison qui intoxique et pourrit les conscien­ces individuelles, un obstacle majeur au développement de la conscience de classe. Inutile d'ajouter que "l'antifascisme" des cliques gauchistes hystériques et braillardes qui détournent le prolétariat de son terrain de classe ou il s'oppose à la bourgeoisie pour l'envoyer dans le marais de la lutte fascisme / démocratie, ou jamais les rapports de propriété capitalistes ne sont remis en cause, n' a rien d'un antidote. 

Un article du CCI (1) dont je m'inspire largement pour la réalisation de cet article, explique les raisons qui pousseront les bourgeoisies allemandes et italiennes à choisir l'option fasciste dans la première moitié du XXème siècle. Elles elles ne tiennent pas du hasard :
"Dans les années 1920 et 1930, l'accession au pouvoir des régimes fascistes a été favo­risée et soutenue par de larges fractions nationales de la classe dominante, en parti­culier par les grands groupes industriels. En Allemagne, de Krupp à Siemens en passant par Thyssen, Messerschmitt, IG Farben, re­groupés en cartels (Konzerns) qui fusion­nent capital financier et industriel, celles-ci contrôlent les secteurs clés de l'économie de guerre, développée par les nazis : le charbon, la sidérurgie, la métallurgie. En Italie, les fascistes sont également subventionnés par les grands patrons italiens de l'industrie d'armement et de fournitures de guerre (Fiat, Ansaldo, Edison) puis par l'ensemble des milieux industriels et financiers centralisés au sein de la Confinindustria ou de l'Associa­tion bancaire. Face à la crise, l'émergence des régimes fascistes a correspondu aux besoins du capitalisme, en particulier dans les pays vaincus et lésés par l'issue du premier conflit mondial, contraints pour survivre de se lan­cer dans la préparation d"une nouvelle guerre mondiale pour redistribuer les parts du gâ­teau impérialiste. Pour cela, il fallait concen­trer tous les pouvoirs au sein de l'Etat, accé­lérer la mise en place de l'économie de guerre, de la militarisation du travail et faire taire toutes les dissensions internes à la bour­geoisie. Les régimes fascistes ont été direc­tement la réponse à cette exigence du capital national."
Nous touchons la une condition essentielle du fascisme qui reste avant tout une économie de guerre, ce que nos pauvres "enragés" dissertant dans le néant total, ignorent. Ils ne se posent pas un seul instant la question de savoir pourquoi Hitler et Mussolini fabriquaient des canons à la chaîne. De fait le triomphe du fascisme présuppose une confrontation impérialiste majeure réalisable et particulière, qui à son tour exige la défaite de la classe ouvrière et sa mise au pas - autre condition essentielle au triomphe du fascisme :

"Au même titre que le stalinisme, le fascisme est une expression de la contre ­révolution dans les conditions historiques déterminées. Il a été permis par l' écrasement et la répression directe de la vague révolu­tionnaire de 1917/1923. C'est l'écrasement sanglant en 1919 et 1923 de la révolution allemande, c'est l'assassinat des révolution­naires comme Rosa Luxembourg et Karl Lie­bknecht, par la gauche de l'appareil politique de la bourgeoisie, la social-démocratie qui a permis l'avènement du nazisme. C'est la ré­pression de la classe ouvrière après l'échec du mouvement des occupations d'usines à l'automne 1920 par les forces démocratiques du gouvernement Nitti qui a ouvert la voie au fascisme italien. Jamais la bourgeoisie n'a pu imposer le fascisme avant que les forces "démocratiques", et surtout la gauche de la bourgeoisie ne se soient chargés d'écraser le prolétariat, là où ce dernier avait constitué la menace la plus forte et la plus directe contre le système capitaliste.
C'est précisément cette défaite de la classe ouvrière qui ouvrait un cours vers la guerre mondiale. Le fascisme a été avant tout une forme d'embrigadement de la classe ouvrière dans la guerre pour un des deux blocs impérialistes, au même titre que l'antifascisme dans les pays dits "démocratiques" dans l'autre camp."

Il ne reste plus aux "enragés" qu'à nous expliquer ou et quand le prolétariat, malgré ses reculs et ses diffi­cultés à s'affirmer sur un terrain de classe, a connu une défaite décisive accélérant l'arrivée de la menace fasciste au pouvoir, et de nous parler du futur conflit inter impérialiste européen, marqué par la volonté de la bourgeoisie française de s'emparer, qui sait, des champs de blé ukrainiens ?

Conclusion : Il est grand temps de renvoyer ces petits bourgeois phraseurs à leurs études.