"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».

Marx (L'idéologie allemande)

dimanche 8 mai 2016

Les "enragés" ou l'incompréhension totale du phénomène fasciste


Par Eric Aucordier

Publication des "enragés" consacrée au fascisme et sur laquelle il faut revenir en détails, puisque c'est un concentré des errements lamentables que l'on peut lire sur les sites gauchistes abordant le sujet. 

Nos "enragés" toujours avides de succès faciles et de records de "like", non content de pousser à la cohabitation dans une même marmite programmatique, Lénine, les anarchistes et la pauvre Rosa déguisée systématiquement en bolchevique humaniste et libérale - ce qu'elle n'était pas - se lancent cette fois ci dans l'étude du fascisme, histoire de satisfaire tout le gratin "antifa", qui depuis bien longtemps déjà, distribue les bons points à "l'extrême gauche". De fait, nos anarcomachins servent de relais à la propagande bourgeoise, qui n'a jamais de mots assez durs pour dénoncer la "haine" et ainsi entraîner le prolétariat dans le marais interclassiste démocratique, ou pire encore, dans la défense intransigeante de la réaction religieuse - pourvue qu'elle ait la saveur de l'Islam - menacée parait il, par la peste brune.

Non, mille fois "non", le fascisme n'est pas la manifestation d'une petite bourgeoisie effrayée par sa future prolétarisation, même si cette dernière a servi de bélier à Mussolini et Hitler, mais l'expression des besoins de la bourgeoisie dans certains pays et à un moment historique déterminé, qui brillent aujourd'hui par leur absence.

Imaginer un seul instant qu'en 2016, la bourgeoise prenne au sérieux les program­mes économiques issus de la sphère populiste, relève au mieux de la blague ! Sortir de la zone euro, comme le propose le FN, impliquerait une totale incapacité du pays à soutenir la concurrence économique face aux autres capitaux nationaux. Et je n'ose parler des délires protectionnistes qui une fois mis en oeuvre, entraîneraient d'inévitables mesures de rétorsions, privant ainsi la bourgeoisie française de l'accès au marché mondial, quand les gigantesques forces productives sont condamner à étouffer dans les plus brefs délais dans le cadre national ! Toutes ces mesures avancées sont fantaisistes et ne seront jamais appliquées dans les circonstances présentes par les secteurs responsables de l'économie nationale. Il faut être un fou furieux pour prétendre le contraire.

Voila qui explique que pour accéder au pouvoir - et n'en déplaise aux "enragés" qui voient dans le FN un parti caméléon capable de se radicaliser dans les plus brefs délais sans jamais nous expliquer pourquoi et comment ? - les partis "populistes" actuels doivent renier leur pro­gramme, abandonner une partie de leurs oripeaux idéologiques et se reconvertir en aile droite ultra-libérale et pro-européenne. Par exemple, le MSI de Fini en Italie qui en 1995 a rompu avec l'idéologie fasciste pour adopter un credo libéral et pro-européen. De même, le FPÔ d'Haider en Autriche a dû s'aligner sur un "programme responsable et modéré" pour pouvoir exercer des responsa­bilités gouvernementales. Il en sera de même pour Marine Lepen, qui ne cesse de montrer sa bonne volonté à la classe dirigeante, en virant du FN les ex atroces SS et leur programme économique, tout juste bon à foutre à la poubelle. Nous sommes loin des pitreries dialectiques de nos "enragés", avançant sans la moindre preuve à l'appui, que, je cite :
"A certains endroits, elle - la tentation du fascisme - est sans doute réalisable, et même déjà en voie de réalisation."
Certains endroits, c'est ou, concrètement ?

En réalité, la poussée des partis " populistes " est une expression caractéristique du pourrissement sur pied de la société capi­taliste, du délitement du tissu social et de la dégradation des rapports sociaux qui tou­chent toutes les classes de la société, y compris une partie de la classe ouvrière, pour qui cette idéolo­gie réactionnaire représente un véritable poison qui intoxique et pourrit les conscien­ces individuelles, un obstacle majeur au développement de la conscience de classe. Inutile d'ajouter que "l'antifascisme" des cliques gauchistes hystériques et braillardes qui détournent le prolétariat de son terrain de classe ou il s'oppose à la bourgeoisie pour l'envoyer dans le marais de la lutte fascisme / démocratie, ou jamais les rapports de propriété capitalistes ne sont remis en cause, n' a rien d'un antidote. 

Un article du CCI (1) dont je m'inspire largement pour la réalisation de cet article, explique les raisons qui pousseront les bourgeoisies allemandes et italiennes à choisir l'option fasciste dans la première moitié du XXème siècle. Elles elles ne tiennent pas du hasard :
"Dans les années 1920 et 1930, l'accession au pouvoir des régimes fascistes a été favo­risée et soutenue par de larges fractions nationales de la classe dominante, en parti­culier par les grands groupes industriels. En Allemagne, de Krupp à Siemens en passant par Thyssen, Messerschmitt, IG Farben, re­groupés en cartels (Konzerns) qui fusion­nent capital financier et industriel, celles-ci contrôlent les secteurs clés de l'économie de guerre, développée par les nazis : le charbon, la sidérurgie, la métallurgie. En Italie, les fascistes sont également subventionnés par les grands patrons italiens de l'industrie d'armement et de fournitures de guerre (Fiat, Ansaldo, Edison) puis par l'ensemble des milieux industriels et financiers centralisés au sein de la Confinindustria ou de l'Associa­tion bancaire. Face à la crise, l'émergence des régimes fascistes a correspondu aux besoins du capitalisme, en particulier dans les pays vaincus et lésés par l'issue du premier conflit mondial, contraints pour survivre de se lan­cer dans la préparation d"une nouvelle guerre mondiale pour redistribuer les parts du gâ­teau impérialiste. Pour cela, il fallait concen­trer tous les pouvoirs au sein de l'Etat, accé­lérer la mise en place de l'économie de guerre, de la militarisation du travail et faire taire toutes les dissensions internes à la bour­geoisie. Les régimes fascistes ont été direc­tement la réponse à cette exigence du capital national."
Nous touchons la une condition essentielle du fascisme qui reste avant tout une économie de guerre, ce que nos pauvres "enragés" dissertant dans le néant total, ignorent. Ils ne se posent pas un seul instant la question de savoir pourquoi Hitler et Mussolini fabriquaient des canons à la chaîne. De fait le triomphe du fascisme présuppose une confrontation impérialiste majeure réalisable et particulière, qui à son tour exige la défaite de la classe ouvrière et sa mise au pas - autre condition essentielle au triomphe du fascisme :

"Au même titre que le stalinisme, le fascisme est une expression de la contre ­révolution dans les conditions historiques déterminées. Il a été permis par l' écrasement et la répression directe de la vague révolu­tionnaire de 1917/1923. C'est l'écrasement sanglant en 1919 et 1923 de la révolution allemande, c'est l'assassinat des révolution­naires comme Rosa Luxembourg et Karl Lie­bknecht, par la gauche de l'appareil politique de la bourgeoisie, la social-démocratie qui a permis l'avènement du nazisme. C'est la ré­pression de la classe ouvrière après l'échec du mouvement des occupations d'usines à l'automne 1920 par les forces démocratiques du gouvernement Nitti qui a ouvert la voie au fascisme italien. Jamais la bourgeoisie n'a pu imposer le fascisme avant que les forces "démocratiques", et surtout la gauche de la bourgeoisie ne se soient chargés d'écraser le prolétariat, là où ce dernier avait constitué la menace la plus forte et la plus directe contre le système capitaliste.
C'est précisément cette défaite de la classe ouvrière qui ouvrait un cours vers la guerre mondiale. Le fascisme a été avant tout une forme d'embrigadement de la classe ouvrière dans la guerre pour un des deux blocs impérialistes, au même titre que l'antifascisme dans les pays dits "démocratiques" dans l'autre camp."

Il ne reste plus aux "enragés" qu'à nous expliquer ou et quand le prolétariat, malgré ses reculs et ses diffi­cultés à s'affirmer sur un terrain de classe, a connu une défaite décisive accélérant l'arrivée de la menace fasciste au pouvoir, et de nous parler du futur conflit inter impérialiste européen, marqué par la volonté de la bourgeoisie française de s'emparer, qui sait, des champs de blé ukrainiens ?

Conclusion : Il est grand temps de renvoyer ces petits bourgeois phraseurs à leurs études. 


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