"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

dimanche 17 mai 2015

outreau saison 3: LA REVANCHE DE LA JUSTICE DE CLASSE

UNE LACHE REVISION...


"A mesure que les mystères policiers devenaient moins obscurs, l'opinion publique se déclarait de plus en plus en faveur des accusés. Quand l'imposture, tentée avec l'original des procès-verbaux, se découvrit, on attendit de toutes parts un acquittement. La Kölnische Zeitung dut, pour une fois, s'incliner devant l'opinion publique et se tourner contre le Gouvernement".

Kark Marx (Révélations sur le procès des communistes de Cologne)

"Parfois l’improductivité produit la productivité: un criminel produit le crime, le traité de droit criminel, le juge, le professeur de droit, le policier, les serrures et les portes renforcées, et il brise la monotonie de la vie bourgeoise; en ce sens "il stimule les forces productives" (Economie, in Oeuvres t.II)

Bernard Maris (s’appuyant sur une citation de Marx)

"Au nom de la justice dont je suis le garant, je tiens à vous présenter regrets et excuses devant ce qui restera un désastre judiciaire sans précédent". Jacques Chirac

"Là-bas, ce ne sont pas des psychologues qu’il faut envoyer, mais des sociologues ou des ethnologues". Didier Beauvais (ancien président de la Chambre d’instruction de Douai)

"...les enfants, emportés par leurs révélations". Florence Aubenas



- concernant l’Affaire d’Outreau je conseille évidemment en premier lieu les livres des victimes l’abbé Dominique Wiel, l’huissier Alain Marécaux et celui de l’excellente journaliste Florence Aubenas, et bien sûr l’indispensable film avec Torreton "Présumé coupable"; mais vous pouvez lire aussi la version des révisionnistes MC Gryson et de l’individu Thomet. Mais encore:

- la Conférence de Florence Aubenas à l’université populaire de Lille en partenariat avec l’Ecole Supérieur de Journalisme de Lille et le journal La voix du Nord

http://videos.lavoixdunord.fr/video/iLyROoafIqSK.html

- Brice Gravelle, son mémoire pertinent:"le traitement médiatique de l'affaire d'Outreau"

http://www.sciencespo-toulouse.fr/servlet/com.univ.collaboratif.utils.LectureFichiergw?ID_FICHIER=1325756124091&ID_FICHE=26198

- sur You tube, l'interview de D. Wiel en présence de Polac, Zemmour et Bedos dans son émission ONPC en 2006.

- sur ce blog, en date du 18 décembre 2007, mon interview de Dominique Wiel: «Le calvaire d’un prêtre-ouvrier".

POUR COMMENCER PERMETTEZ-MOI UN PARALLELE AVEC UNE AUTRE AFFAIRE qui avait divisé le pays:

Raide comme la justice qui jamais ne se dédit! Le 7août 1899 s'ouvre à Rennes le deuxième procès Dreyfus où le capitaine dégradé est condamné une nouvelle fois "avec circonstances atténuantes" à dix ans de prison supplémentaires... les augustes membres du conseil de guerre, bientôt rodés aux meurtres des soldats récalcitrants aux tranchées, ne voulant pas renier l'inique condamnation de 1894... La loi d'amnistie de 1899 empêche de confirmer l'innocence de Dreyfus... Le sinistre fusilleur de la Commune Galliffet annonce "l'incident est clos". Quand le gouvernement gracie Dreyfus en septembre 1899 après de longues tergiversations et pour éviter un troisième procès, il n'innocente pas pour autant l'ancien capitaine. La réhabilitation sera purement formelle et presque dans la discrétion six ans plus tard... A la différence de l’Affaire Dreyfus, l’Affaire d’Outreau n’eût pas la même répercussion internationale; en réalité Dreyfus fût sauvé autant par Zola et Jaurès, que par la Reine d’Angleterre, indignée.

Lors de mon interview du célèbre abbé - "pédophile multirécidiviste" selon les fachos antidreyfusards qui se répandent sur la toile - un désaccord avait surgi entre nous. Il n’était pas d’accord avec ma caractérisation de "justice de classe", il préférait "justice provinciale"; "justice de classe oui, ajouta-t-il, mais si on avait eu des égards pour l’huissier et le curé, or on a été traité comme les autres, comme des chiens". Il ajouta que "l’institution est une machine judiciaire que les juges ne peuvent pas arrêter", mais en précisant un paradoxe: "le pouvoir judiciaire dépend du pouvoir politique".

Inutile de vous dire que je ne souscris pas à la vision d’une justice kafkaïenne, mais qu’au contraire je considère que la réglementation juridique des rapports entre les hommes, mais surtout entre les classes, a été très perfectionnée et renforcée sadiquement par le règne de la bourgeoisie, sous trois aspects incontestables:

1. le système judiciaire en même temps qu’il fait peser la terreur de la loi bourgeoise sur les classes opprimées, stimule en effet les forces productives;

2. depuis au moins deux siècles la focalisation sur les faits divers s’est affirmée comme distraction de masse, hier dans la littérature ou le théâtre, aujourd’hui au cinéma où les oeuvres qui "marchent" le plus sont très nettement inspirées de faits divers; sinon qu’est-ce qu’on s’ennuirait...

3. la mise en scène judiciaire sert à théâtraliser une fiction simpliste de la lutte des classes ramenée à la fable du pot de terre contre le pot de fer, qui sert à maintenir les masses en état de sidération et d’observation du spectacle où des "experts" de la justice officielle font des effets de manche pour les bons ou pour les méchants, et font croire à une même justice pour pauvres et riches, prolétaires et possédants; ce sera ma principale thèse ici en démonstration pour décrypter la manière circulaire avec laquelle les gouvernements successifs de la bourgeoisie mettent en scène leurs corbeaux et experts-bavettes des tribunaux du capitalisme.

POURQUOI LE GOUVERNEMENT HOLLANDE REMET-IL LE COUVERT?

Les affaires judiciaires, plus longuement que les commémorations militaires ou les ponctuels attentats terroristes, donnent aux journalistes de quoi justifier leurs bons salaires: ressortie de l'oubli l'affaire Tarnac (dont le dossier est vide), ressorti de ses énormes comptes en banque l'affairiste Tapie au bord du suicide médiatique (et qui va le plaindre?), acculé à la mise en examen le fameux Paul Bismuth dont les incessantes mises en cause sont requises naturellement par le pouvoir actuel, même si Sarkozy dispose de l'appui des "financiers"... Il en faut pour tout le monde, et si possible pour minimiser chômage et engagements impérialistes de la bourgeoisie française. Sinon, imaginez-vous un quotidien de news avec la seule météo nationale, le futur concert de Francis Cabrel, la dernière voilée démaquillée et les feuilletons américains sur toutes les chaînes? Le taux des suicides gonflerait instantanément en France profonde. En gros, en plus, comme l'avait répété Marx, toute chose est grosse de son contraire, et pis encore, tout réel sentiment est noyé "dans les eaux glacées du calcul égoïste":

"Elle (la bourgeoisie) a noyé les frissons sacrés de l'extase religieuse, de l'enthousiasme chevaleresque, de la sentimentalité petite-bourgeoise dans les eaux glacées du calcul égoïste. Elle a fait de la dignité personnelle une simple valeur d'échange; elle a substitué aux nombreuses libertés, si chèrement conquises, l'unique et impitoyable liberté du commerce. En un mot, à la place de l'exploitation que masquaient les illusions religieuses et politiques, elle a mis une exploitation ouverte, éhontée, directe, brutale. La bourgeoisie a dépouillé de leur auréole toutes les activités qui passaient jusque-là pour vénérables et qu'on considérait avec un saint respect. Le médecin, le juriste, le prêtre, le poète, le savant, elle en a fait des salariés à ses gages". (célèbre programme politique du XIXe siècle, nommé Manifeste communiste de 1848).

POURQUOI UN 3ème PROCES A-T-IL LIEU UNE NOUVELLE FOIS CONTRE UN DES ACQUITTES?

Puisqu’une grande chaîne dominante a précédé l’événement en se focalisant sur la déchéance morale et physique d’un ancien mineur inculpé, puis disculpté et parce que devenu majeur, lisant d’abord la diatribe d’un révisionniste patenté nommé Jacques Cuvillier, qui s’exprime comme la dame Gryson dont nous livrerons un peu plus loin les états de service de groupie de Burgaud, mais vous l’avez deviné... sur le site à barbouzes Médiapart du triste Plenel; comme le Canard enchaîné (aux sources policières) Médiapart fait son fonds de commerce au service de n’importe quel clan pourvu que cela lui rapporte gros et beaucoup en termes de supériorité informative/désinformative sur les confrères. Voici:

"Outreau dans Envoyé spécial : des larmes toujours. 08 mai 2015 | Par Jacques Cuvillier

On pouvait s'y attendre. Le reportage diffusé dans « envoyé spécial » sur France 2 le 7 mai 2015, à l'approche du procès de Daniel Legrand, n'a pas dérogé à ce que l'on constate depuis les procès de Saint-Omer et de Paris. Les téléspectateurs doivent verser des larmes sur le sort des accusés, tout ignorer du dossier et des éléments à charge qu'il contient, ne pas se douter que dans l'affaire, les personnes les plus à plaindre ne sont pas les acquittés mais les enfants dont douze d'entre eux ont été reconnus victimes de viols, agressions sexuelles et proxénétisme. Cette fois encore, le focus a été placé sur l'un des acquittés sans que rien ne vienne compléter le tableau pourtant complexe de l'affaire d'Outreau. Il y avait pourtant d'autres choses à dire ! Au cours du reportage, la souffrance liée à cette condition d'acquitté « broyé par la justice » a été montrée par tous les bouts, le pathétique s'est ajouté au pathétique. Ironiquement, la seule chose qui a été passée sous silence, c'est le montant des indemnités qui ont été versées aux acquittés. « Pas le droit de le dire... » Vraiment ? Leur montant est pourtant connu : quelque 250 000 euros en moyenne. Il était pourtant facile de conduire un reportage qui aurait fait le lien entre Daniel Legrand mineur et les autres enfants victimes. Là, je sens que je jette le trouble... Les « autres » victimes ? Je veux en particulier parler de ces garçons à qui la société n'a pas rendu les honneurs, qui n'ont pas été reçus à l'Elysée, qui sont encore perçus comme des affabulateurs et des menteurs, qui ont été placés en foyer sans suivi adapté et envoyé dans la nature le jour de leur majorité, sans préparation professionnelle, sans mesure d'accompagnement. Merci les bénévoles des associations de protection de l'enfant que la presse ne se gêne pas pour critiquer. L'un de ces garçons est justement partie civile au prochain procès. N'était-ce pas l'occasion d'en parler ? Pourquoi ne pas essayer aussi de faire couler quelques larmes sur son cas ? Donc aucune transition n'a permis de porter l'attention sur ces derniers. Le déséquilibre patent entre la défense et le contradictoire qui a caractérisé la couverture médiatique de l'affaire depuis le procès de Saint-Omer en 2004 jusqu'aux conclusions du procès en appel de Paris ne s'est toujours pas démenti. Le « naufrage judiciaire » est évoqué comme pour mémoire et n'apparaît qu'en filigrane, étant sans doute supposé que tout a été dit à son sujet. Les idées reçues portant sur le rôle déterminant d'une mythomane, de l'instruction à charge d'un juge jeune et naïf sont supposées suffisantes pour combler le vide d'information sur tout ce qui fait de cette affaire probablement l'une des plus grandes mystifications judiciaires de notre époque. Le public saura-t-il expliquer pourquoi la défense d'un garçon dont la position semble si évidente nécessite la présence de six avocats parmi les meilleurs ? De fait, le cas de Daniel Legrand ne manque pas d'intérêt, du fait que s'il est mis en cause par la partie civile en tant que qu'auteur présumé – bien que toujours présumé innocent pour la justice - , il est aussi très probablement victime. Et c'est là que la bât blesse pour les avocats de la défense. De qui donc serait-il victime ? Si la question venait s'introduire dans les débats, elle jetterait un éclairage des plus scabreux sur toute la stratégie des avocats de la défense des précédents procès. Les lecteurs qui ont pris le temps de visionner « Outreau, l'Autre vérité » (aujourd'hui le DVD est en vente mais la vidéo est facilement accessible sur le net) savent de quoi je parle. Les anciens accusés, qui s'étaient dans un premier temps accusés les uns les autres, ont été en quelque sorte unifiés dans une stratégie commune « tous innocents » Moyennant il faut bien le dire, quelques rétractations acrobatiques dont... celle de Daniel Legrand. Nous y voilà. Et l'intéressé reste en quelque sorte l'otage de cette stratégie de défense qui devait aboutir pour la postérité aux résultats que l'on connaît. On comprend mieux dès lors la fureur de l'avocat Dupond-Moretti devant en premier lieu les révélations du film de Serge Garde dont la plupart des éléments avaient déjà été décrits dans le livre de M.C. Gryson-Dejehansart « Outreau, la vérité abusée », et ensuite devant l'annonce du prochain procès compte tenu de la promesse qui avait été faite de laisser traîner les choses jusqu'à la prescription. Les choses se présentent autrement, voilà ce qui explique le retour de l'enfumage des grands médias qui font tout pour tenter de consolider le storytelling. Mais le retour de Daniel Legrand devant les assises n'a rien à voir avec une haine particulière contre Daniel Legrand ou un désir de revanche. Ce qui est visé, c'est la persistance du spectre toxique de l'affaire d'Outreau dans les affaires similaires – et on sait qu'elles sont nombreuses. Personne ne veut approcher le risque de faire « un nouvel Outreau ». Cela tétanise magistrats et jurés, et jusqu'aux victimes qui renoncent trop souvent à s'adresser à la justice.Remettre en cause le spectre d'Outreau, voilà l'enjeu. Il est d'intérêt public".

Bon la citation était un peu longue, mais comme elle concentre tout l’argumentaire des révisionnistes, elle nous évitera de les citer largement à nouveau pour ne pas faire perdre son temps au lecteur.

PETIT RESUME A L’INTENTION DE CEUX QUI N’ETAIENT PAS Nés

Wikipédia le fait très bien, alors je vais simplement rappeler quelques dates significatives. Scotchée à l’AFP - conçue comme Bible indubitable - l’ensemble de la presse (Voix du Nord, Le Point, L’Huma, Libération, etc.) a contribué au désastre et à l’appel au lynchage dès le départ, contrairement à l’affaire de Bruay en Artois jadis (1972) surtout cornaquée par la secte des abrutis maoïstes July et R. Castro et leur misérable torchon gauchiste La cause du peuple.

L’affaire de Bruay a fini en eau de boudin et laissé beaucoup de blessures ouvertes. Avec celle d’Outreau c’est crimes et châtiments à volonté. Le retournement ultérieur de la presse nationale (et provinciale) contre le seul juge psychorigide Burgaud, servira à amoindrir leur responsabilité indéniable dans la durée de l’injustice. En 2001, Le Point est un modèle d’appel au lynchage: "Pédophilie, la maison de l’horreur". De Libé au Figaro la presse se déchaîne autour de "l’effroyable affaire de pédophilie", répercute les aveux délirants du jeune Daniel Legrand (le soit disant meurtre d’une fillette "flamande"); les PPDA, Pernaut, et Pujadas y croient dur comme leur prompteur. Tous se rallient à l’hypothèse nunuche de l’élite journaleuse: chômage + alcool = pédophilie. A la différence de Bruay en Artois le mépris de classe bourgeoise s’affiche sans fard avec la stigmatistion d’un quartier ouvrier paupérisé, comme le démontre le mémoire de Griselle (voir plus bas) qualifiant le mécanisme de concurrence des médias de "racisme social ordinaire" par des gens issus des mêmes écoles de journalistes bourgeois coupés de toute réalité sociale du prolétariat.

En janvier 2002, suite aux révélations mensongères et perverses du jeune Daniel Legrand, qui en rajoute pour biaiser face au magistrat abruti, concernant l’enterrement d’une petite fille "d’origine flamande" (hi il aiguille ainsi les pandores sur un présumé lien avec l’assassin belge Dutroux), toutes les télés du monde retransmettent l’image de la grue qui creuse sur la pelouse entre des barres d’HLM... Nombreux sont les spectateurs à décrocher dès cette fable ahurissante avant les pauvres journalistes qui répercutent partout la thèse aguichante d’un "réseau orchestré par des notables", mythologie excitante depuis le scandale Profumo et Charles Trenet. Deux ans s’écoulent encore pour les emprisonnés et les mômes régulièrement interrogés par la police avant que l’ensemble des médias en vienne à la conclusion "d’une effroyable affaire de pédophilie où on est passé à la réhabilitation d’innocents dont l’institution judiciaire a brisé le destin". Entre temps, un des accusés, le ferrailleur Mourmand, est mort tabassé en prison, officiellement mort d’une surdose de médocs (c’était un costaud qui ne supportait pas qu’on le traite de pédophile, qui ne l’était pas et qui tabassait ses insulteurs sauf qu’il ont été plus nombreux à la fin).

Faut pas tout mettre sur le procès et sur le juge rigide. La mère de l’huissier, qui est morte aussi entre temps, n’est pas morte du procès inique fait à son fils, mais d’une autre cause, elle était déjà malade avant).

Les approximations ont démarré dans l’improvisation totale à partir de témoignages d’enfants déjà modifiés par les adultes. Une aide-maternelle a entendu un gosse parler d’un Danny le grand, trasformé en Danny Legrand. Les policiers français ont aussitôt demandé à leurs collègues belges s’ils connaissaient un Legrand Danny, lesquels se sont dépêchés d’en trouver un effectivement, un jeune Daniel Legrand de Wimille (pas d’Outreau), 16 ans, venu faire un tour en Belgique où sa mobylette est tombée en panne... le reste est raconté en détail dans wikipédia, rafles des voisins, fouilles des appartements, arrestation du prêtre qui aurait dessiné un cul sur le palier contigu à l’appartement de la mère Badaoui, etc. (Personne n’a jamais vu les cassettes pornos soit disant tournées en gang-bang familial de voisinage, ni plus entendu parler... Normalement elles auraient dû être projetées dans le prétoire comme réelles preuves plus crédibles que le test de Rorschach... mais il est vrai qu’il y avait des enfants présents au tribunal...).

Et conclusions hâtives des journalistes, pires souvent que le petit juge ou minables: "les damnés de la Tour des Merles" (Nouvel Obs de janvier 2002), "A cause des décibels de la sono dans l’escalier, l’abbé Wiel ne pouvait pas entendre les gémissements des enfants", "Deux mondent se croisent: "l’un vivant des allocations familiales, l’autre, fortuné, assouvissant ses passions les plus sordides" (Le Parisien).

Nouvelle "Chevauchée fantastique", l’ambiance de "l’effrayant scénario pédophile", avec le curé dans le rôle du toubib pervers et alcoolique dans la diligence de John Wayne et de l’huissier dans le rôle du notaire capturé par les indiens, ne reflète pas simplement la débilité de la justice en France, mais est le produit d’une série de circonstances après l’affaire Dutroux en Belgique, époque où la présidentiable ministre Ségolène Royal a décrété la lutte contre la pédophilie priorité nationale, où partout on vous jette un oeil de travers si vous lancez une plaisanterie à un enfant, où dans le nord on n’a pas oublié le massacre de quatre jeunes filles du Portel par les frères Jourdain de Dannes (aujourd’hui en liberté). "Effet boule de neige" dira Françoise Aubenas. "Hystérie collective qui a contaminé tout le monde, les journalistes et la population", ajoutera Dominique Wiel. Mais les retombées de l’hystérie seront tout bénef pour... la presse girouette. En Belgique déjà la presse, en cautionnant la comédie des marches blanches depuis 1997 avec le démocrate situ Vaneighem Raoul, s’arroge de représenter un "journalisme civique", bien avant le pitre para-policier Plenel, et exporte cette trouvaille de potache "il faut démanteler un réseau de notables"; comme quoi ce genre de campagne sert de diversion magistrale (juridiciable?) à la véritable identification de la classe bourgeoise et dissout les combats hors des parloirs et des tribunaux! Morale interclassiste séduisante comme la manif Charlie! bourgeois et prolétaires ne peuvent que dénoncer ballets roses et turpides sexuelles d’une poignée de transfuges de toutes classes mêlées à la rubrique fait divers désormais en Une de toutes les actualités.

Le procès s’ouvre enfin en mai 2004. Sous prétexte d’un travail de fichage débordé les magistrats adorent enfermer pendant des années des accusés dont la culpabilité n’a pas été prouvée avant de les juger en séance publique avec les imposants déguisements de leur fonction, tout en noir (car tout en blanc personne ne les croirait). La mère Badaoui, principale accusatrice et organisatrice des cochonneries pédophiles, se rétracte et innocente tous les pauvres otages de la justice de classe. Mais la justice de classe a tenu à garder une poignée d’accusés sous le coude pour un deuxième tour, un peu plus d’un an plus tard, alourdissant la peine du curé, décidément trop grande gueule et irrespectueux face au benêt Fouquier Tinville des pissotières. Je persiste à penser que magistrature et police locales ont voulu lui faire payer son engagement militant jamais démenti comme prêtre-ouvrier intègre.

Lorsque se tient le deuxième procès en appel, le procureur général de la cour d’appel de Paris, Yves Bot, se met à plat ventre devant le parterre de journalistes, sans en référer à la hiérarchie qui jamais ne veut baisser robe, déplorant "une catastrophe judiciaire"; c’est le même homme peu après qui, dans un congrès de juristes, qualifiera Burgaud d’un de nos plus brillants juges de France! On nous a trompé, ni indépendance ni inféodation de la magistrature mais... double langage comme leurs chefs politiciens!

Face à l’émoi de l’opinion publique, cette pute à géométrie variable, début 2006, le gouvernement Chirac après un e-mail larmoyant de ce dernier, juge nécessaire la création d’une commission d’enquête parlementaire qui aura pour mission de jeter en pâture le petit juge (le 8 février), bien que chacun sache qu’il n’était pas seul à faire le mariole contre des gens ficelés et sans défense, bien que la presse ait relayé sa reprise sans esprit critique des délires de la mère Badaoui et de ses mouflets; cela fait plaisir au populo de voir un juge arrogant comme un contremaître dans ses petits souliers, aimablement soutenu comme un enfant violenté par des avocats gardes du moral collégial; le spectacle tint du repas froid de la vengeance tardive (Burgaud ne cille pas, ne demande aucun pardon et sera sponsorisé par sa hiérarchie au sommet de l’élite antiterroriste); mais, plus scandaleux, les huiles de l’AFP qui eux ont fait véritablement monter la mayonnaise chez leurs collègues de la presse vénale et dans le public des électeurs neuneus, ne sont pas convoqués par les zorros parlementaires, qui font d’aussi beaux effets de manche d’indignation que le moindre avocat de base. Ni les experts de mes couilles.

Le 20 mars 2008: au stade de Lens, mecque du football nordique, en finale de la coupe de la Ligue, une banderolle de l’équipe des abrutis adverses (en général néo-fachos) va faire scandale, stigmatisant stupidement la région: "Pédophiles... bienvenu chez les Ch’tis".

L’IMPORTANCE DU FAIT-DIVERS POUR FAIRE DIVERSION...

Le mémoire de Brice Gravelle est intéressant par ce qu’il rappelle de l’histoire des faits divers, de leur traitement de plus en plus prépondérant à l’époque moderne. Le fait-divers apparaît et se développe en France à l’époque de la première révolution industrielle, et devient une distraction à part entière, très largement utilisée par les romanciers dont l’imagination est toujours dépassée par la réalité ; des pages d’Eugène Sue ou de Victor Hugo pourraient corroborer des articulets du Parisien. Mais, un cran au-dessus, Gravelle ne sait pas que le viol, et en particulier les atteintes sexuelles contre les enfants sont un vieux sujet d’indignation et... d’insurrection pour le peuple ou le prolétariat. Aux origines de la révolution de 1789, des bruits couraient que des nobles enlevaient des enfants, d’où de prompts incendies de chateaux . L’atteinte au corps des enfants - plus que le pervers bourrage de crâne religieux - a toujours été un ferment de colère majeure des couches inférieures, lesquelles, outre le fait d’accepter bon an mal an d’être humiliées, ne supportent pas qu’on s’en prenne en prime aux êtres inoffensifs (au moins dans le grand naguère, car de nos jours des enfants sont capables de tuer des adultes). Sous Pétain cet "opium du peuple" disparaît du fait de la rareté du papier et des besoins de la propagande raciste, et la guerre contient en elle-même un scénario assez dramatique pour en oublier le docteur Petiot. Ce n’est pas un hasard si la focalisation sur le fait-divers reprend des couleurs après 1968, pour une part grâce aux crétins maoïstes ouvriéristes et populistes, mais surtout parce que le fait-divers va comme un gant à la "révolution des moeurs"... apolitico-hippie. En 1977, "Libé" publie le manifeste du "Front de libération des pédophiles" (!?). Plutôt que de contribuer à l’analyse et à la dénonciation du capitalisme comme système, le stalinisme décati s’ingénie à dénoncer "les gros". Le fait-divers traité par l’huma n’est pas bien différent de la manière du Parisien. Les trotskiens dénoncent "les riches", le "pouvoir de l’argent", sans tous tomber dans la campagne maoïste ridicule à Bruay en Artois contre un notaire nullement pédophile ni criminel.

En conclusion de ce rapide historique, il faut bien savoir que le traitement du fait-divers à tel endroit ou comme celui des enfants victimes de sévices divers, est si méprisé qu’il est confié en général à de jeunes juges sans expérience... pour se faire les dents. Ils sont jeunes, pas toujours beaux mais fringants dans leur longue robe noire comme la cape de d’Artagnan, mais ils sont affublés d’experts qui sont "graves" et qui sont aussi pleinement responsables des dérapages initiaux d’une justice expéditive pour les pauvres et sans défense. Partout on est envahi par cette race incontournable, "les experts". Sur les plateaux TV il n’y a plus que journalistes et "experts". Experts en football, en cuisine, en élections (comme quoi on n’a pas besoin de nous pour voter), experts en érection ou en point G, voire P pour les mecs, experts en persécution au travail, expert en franc-maçonnerie, en perversion, experts en analyse et interprétation de vos pensées secrètes, etc. Jadis justice et police n’avaient pourtant pas recours à ces espèces clonées experts en improvisation de blabla et cabinet sur rue remboursé par la SS!

Or rions avec Le Monde lors de son revirement comme les autres médias sur cet "effroyable" drame où pointait l’imposture inhumaine d’une machinerie à fric moral. Titre de l’article du 17 novembre 2005 à l’époque du 2ème procès: "L'expertise psychologique mise à mal au procès d'Outreau":

"Les psychologues qui ont réalisé les expertises jugeant crédibles les accusations d'enfants dans l'affaire de pédophilie d'Outreau ont été mis en cause, jeudi 17 novembre, au procès en appel de six personnes, à Paris. Dans une ambiance inhabituelle pour un procès criminel, la présidente de la cour, Odile Mondineu-Hederer, et l'avocat général, Yves Jannier, ont même éclaté de rire à la lecture de certaines "constatations" de l'expert Christine Condamin.Cette dernière faisait remarquer sérieusement que le scorpion qu'avait dessiné un enfant supposé victimes d'abus sexuels "ressemblait à une musaraigne à grosse queue". Cette indication jugée probante est mentionnée dans son rapport.L'avocat général a contesté la méthode de cet expert agréé par la justice, qui consiste à faire réaliser ou faire commenter des dessins aux enfants, puis à en déduire un profil ou un vécu psychologique. Déstabilisée, Christine Condamin a réagi de manière virulente. "L'enfant projette son vécu intrapsychique dans ses textes (...) J'ai une expérience de plus de 25 ans. Je pense que tout cela est très sérieux", a-t-elle dit. L'enfant qui a dessiné le scorpion a reconnu mercredi devant la cour avoir menti en accusant de viol le prêtre Dominique Wiel. Il a expliqué avoir suivi les rumeurs circulant à son école après l'arrestation de l'abbé. Sur la foi de cette accusation qui semblait confortée par l'expertise, et de celles de deux autres enfants qui se sont également rétractés cette semaine, l'ecclésiastique a purgé trente mois de détention provisoire.La présidente de la cour a fait remarquer que les experts psychologues avaient tous pu lire l'acte d'accusation de l'affaire avant d'examiner les enfants, ce qui a pu les influencer.

CONCLUSIONS CONTRADICTOIRES

Un avocat de la partie civile a fait remarquer à un autre expert, Paul Messerschmitt, qu'il avait conclu plutôt à charge pour les accusés dans un rapport fait avant le premier procès, et plutôt à décharge lors d'un autre rapport sur un autre enfant, l'été dernier, après l'acquittement de sept accusés. L'audience a également tourné au réquisitoire pour Jean-Luc Viaux, autre psychologue qui avait jugé crédibles les récits de quatre enfants du couple Myriam Badaoui-Thierry Delay, les deux protagonistes principaux de l'affaire. Alors que certains de ces enfants mettaient en cause jusqu'à 70 personnes, racontaient avoir assisté à quatre meurtres et participé à des orgies avec des animaux dans une ferme en Belgique, cet expert jugeait leurs propos "cohérents". "Aucun élément de nos examens ne permet de penser que (les enfants) inventent des faits ou cherchent à imputer des faits à des personnes non concernées", concluait-il. Jean-Luc Viaux, professeur agréé par la Cour de cassation, a évoqué à la barre un problème de formulation. "Je reconnais que la phrase prête à confusion sur le plan syntaxique", a-t-il déclaré. L'avocat général Yves Jannier s'est emporté. "Si la question ne correspondait pas à vos compétences, vous pouviez peut-être le dire !", lui a-t-il lancé.

DES EXPERTS PAYÉS "AUX TARIFS D'UNE FEMME DE MÉNAGE"

Jean-Luc Viaux a ensuite reconnu avoir recopié pour les quatre enfants qu'il a entendu les mêmes conclusions, au mot près et à la faute de frappe près. "Sont (sic) témoignage reste mesuré", lit-on dans son rapport à quatre reprises. Dans les couloirs, l'expert, furieux, s'est justifié en invoquant des raisons financières : "Quand on paie des experts aux tarifs d'une femme de ménage, on a des expertises de femme de ménage." Le scandale provoqué par les expertises a déjà amené le ministère de la justice à recommander aux juges d'exclure à l'avenir, par principe, toute expertise de "crédibilité".Il est envisagé de renforcer le contrôle et la formation initiale et continue des experts. Le procès se poursuit vendredi."

Ce que ne comprennent pas les journalistes c’est que JL Viaux lâche sa subordonnée, la mère Gryson, parce qu’il ne veut pas couvrir ses délires et erreurs, sinon il n’aurait pas cherché à dévaloriser les femmes de ménage."

QUI A PROGRAMME CE NOUVEAU PROCES ET POURQUOI?

Accusé de pédophilie, levez-vous! Daniel Legrand tu es le seul des acquittés d'Outreau à être jugé une troisième fois,jugé tu seras dans un procès qui débutera le 19 mai prochain à Rennes. Ne gratte pas ton nez quand je te parle! Des magazines TV à la presse écrite, les journalistes ne se contentent pas cette fois d’une annonce de l’AFP incontournée, ils compatissent. Allez mon gars cause pour "complément d'enquête": «J'ai été jugé, innocenté, et on me rejuge sur les mêmes faits. Je ne comprends pas.», confie-t-il au Parisien qui est allé à la rencontre d'un homme en plein désarroi. En réalité, s'il s'agit des mêmes victimes, il ne s'agit pas exactement des mêmes faits. Daniel Legrand fils, le plus jeune des treize acquittés d'Outreau a été innocenté pour les viols qu'il était accusé d'avoir commis lorsqu'il était majeur (1999-2000) sur les quatre enfants de Myriam Badaoui, mère incestueuse qui a été condamnée. Mais il n'a jamais été jugé pour les viols qu'il aurait commis lorsqu'il était mineur (1997-1999). Les deux affaires avaient été alors disjointes. "Qu’il aurait commis", on apprécie cette fois le conditionnel,mais on n’est pas sûr, il était mineur, n’a-t-il pas été manipulé voire violé lui-même, on se perd en supputations anales, mais "on" s’en fout du pauvre gars comme des mômes. L’opération remake Outreau outré a été préparée de longue date dans la discrétion et à l’ombre de la machinerie judiciaire.

L'association Innocence en danger et le syndicat FO-Magistrats, jusquauboutistes d'Outreau (!?), ont insisté pour que ce procès se tienne, malgré le fiasco judiciaire des deux précédents, insistant sur l'imminence de la fin du délai de prescription ("on" n’allait pas le laisser continuer à végéter tranquille et angoissé chez sa maman!). Cet acharnement fait penser à celui des nazis contre Van der Lubbe, alors qu’ils avaient eux-mêmes favorisé l’extension de l’incendie du Reichstag!

Ce "ont insisté" est bizarre comme la nomination du premier organisme (pourquoi pas "Culpabilité en danger"?): y a-t-il eu plainte oui ou non et par qui? Que vient faire ce syndicat FO-Magistrats? Burgaud et ses fans Thomet et Gryson en sont-ils membres? Ce syndicat fondé par la CIA a toujours été un syndicat mafia défenseur de corporations, et se fiche des prolétaires, comme des enfants, comme de ses collègues CGT ou SUD. De quoi je me mêle? Prête-noms du pouvoir occulte de la magistrature offensée? Petits soldats de Marie-Christine Gryson, une experte éjectée pour incompétence et armée de son désir de vengeance? Elle se venge tous les jours par blog internet, égérie des révisionnistes décharnés elle les a séduit par cette extraordinaire trouvaille sémantique qui devrait ravir Jean d’Ormesson, son radotage sur le "storytelling d’Outreau" et son ouvrage qui ne casse pas des parpaings " : « Outreau la vérité abusée » en 2009. Elle fustige le Dr Paul Bensussan, considéré plus valable qu’elle par les "autorités"; c’est le seul point où je suis OK avec elle, ce Dr Bensoussan tient un langage trop abstrait pour être honnête, mais la question n’est pas là. Gryson en fait une bataille d’ego. Elle semble bien avoir été à la manoeuvre de cette révision du procès, car il s’agit bien de remettre en cause les deux jugements précédents de l’Affaire d’Outreau, de réhabiliter magistrature, policiers et juge Burgaud; et pour ce faire autant recommencer par le lampiste du début, le fils Legrand, sous un artifice de forme, afin, comme elle et ses comparses de l’ombre le désirent ardemment, de faire rayer de la carte tout le procès d’Outreau épisodes 1 et 2 compris grâce à la Cour européenne, cette vache parasitaire:

"Rappelons que ce procès de Rennes concerne la comparution devant les assises de Daniel Legrand fils pour les faits qui lui sont reprochés pour la période où il était mineur. L'intérêt de cet audiencement concerne l'opportunité pour des victimes devenues adultes, d'être normalement entendues en s'exprimant à armes psychiques égales avec l'accusé. Quel que soit le verdict, en clôturant ainsi les procédures françaises, il permettra en outre aux parties civiles de s'adresser à la Cour européenne de Justice pour y dénoncer les dysfonctionnements des procès de 2004 et 2005 au détriment des victimes (installées dans le box des accusés, n'ayant que 2 avocats contre 19 pour les accusés, les excuses aux accusés d'un Procureur avant le délibéré des jurés etc...)". Il y a un clair appel au lynchage du dernier lampiste d’Outreau (qui n’est même pas d’Outreau) vu que son père est mort et que sa compagne l’a jeté dehors:

"Il est temps de remettre un peu d'ordre à toutes les énormités lues ça et là dans la presse au sujet de la présomption d'innocence de Daniel Legrand, d'autant que la presse continue sa propagande de canonisation de l'intéressé et de ses 12 acolytes. Si le pépère a droit à cette présomption tant qu'il n'est pas jugé, il n'en reste pas moins vrai qu'il nous est possible de réfléchir et chercher à en savoir un peu plus avec les moyens qui nous sont donnés".

En tout cas, concernant la diabolisation du pauvre échoué Daniel Legrand, la Gryson en rajoute des tonnes, reconduisant les pires affabulations sur ce pauvre schizophrène, jusqu’à le faire passer pour un gros bonnet de la "drogue", mot fort dans le judiciaire même s’il ne s’agit que d’une vulgaire barrette de cannabis. Cet acharnement à couler Daniel Legrand, première proie au début du désastre judiciaire, devrait permettre de réviser de fond en comble l’affaire, canoniser le juge psychorigide, rétablir sa compétence à une Gryson bafouée dans son commerce de prestigiditation psychologique, et déposer une gerbe aux mannes de la magistrature suprême et impayable.

La mère Gryson radote les mêmes arguties: les enfants ne mentent jamais, ne peuvent pas être manipulés ni pervers, et s’ils n’expriment pas bien ce qu’on veut leur faire dire, il suffit de leur faire exécuter des peintures, comme le test rigolo du Rorschach et les dessins qui font partie de "l'arsenal" d'investigation (pas scientifique) des psychologues.. Contre cette sacralisation de la parole des enfants, qui n’est qu’une variation de la notion d’enfants carencés, Gryson aura poussé à la roue dans les coulisses pour le sérail magistrats-experts, non pas pour un simple nouveau procès accessoire, mais pour un procès qui permettrait de remettre en cause tous les acquis des deux procès précédents à Saint Omer et Paris, qui remettrait en selle son chouchou Burgaud et l’ensemble de l’appareil judiciaire rénové comme un lave-linge sous garantie Darty. Elle charrie sur les interrogatoires des enfants "dans des conditions incompatibles avec les acquis de la victimologie infantile", sans se soucier de la façon dont ont été terrorisés les présumés coupables, adultes questionnés publiquement et sans ménagements, sans un regard par le dictateur cravaté, méprisant pathologiquement ces adultes pauvres et sans défenses, et hargneux contre ces deux emmerdeurs d’huissier et de curé sans égards pour le Mac Carthy des pissotières avec un chant patriotique de bon aloi en situation d’otages.

Et que je te brode sur la parole négligée des enfants comme si les experts n’avaient pas déliré et favorisé l’injustice obscène avec leurs gadgets de psychologie à deux balles, reniflant pour des enfants questionnés une fois pendant sept heures par des "spécialistes de la rhétorique", avec des sandwichs dignes de LIDL (en effet les policiers sont des agrégés de philo et de psycho). Elle se contredit puisqu’elle ajoute par après qu’elle a formé ces rhéteurs policiers à sa "méthodologie": "...les analyses de la parole de l'enfant doivent se faire au plus près des faits dans un contexte protégé et avec une méthodologie adaptée. Précisons que les enquêteurs OPJ du Pas-de-Calais qu'il (Bensussan) remet en cause avaient été formés à la procédure Mélanie et ce dès 1998 (j'avais participé à la procédure de formation). Ils avaient donc pris soin de poser des questions non-suggestibles".

Et de se plaindre: "je n’étais pas audible"; elle n’était plus surtout crédible avec un tel fiasco à cause d’expertises débiles! C’est les experts qu’il eût fallu jeter aux fers!

Plus misérable elle regrette que le cirque judiciaire ne se soit pas déroulé sous chapiteau comme celui de Kadhafi sans doute: "Comme on le sait maintenant, faute de moyens pour installer un chapiteau, les enfants étaient placés dans le box des accusés et les accusés étaient dans la salle d'audience avec leurs avocats et les journalistes, comme s'ils étaient spectateurs de leur procès ou plutôt du procès des enfants !". Encore une interprétation de chevronnée psychologue à la manque! Les enfants ne savaient probablement pas où est le box des accusés dans un tribunal. Les moins tarés se rendirent-ils compte au moins des dégâts qu’ils avaient entraîné?

Elle charge "Acquitator" Eric Dupond Moretti, grande gueule du barreau, général d’une armée de 17 avocats, alors qu’il en aurait fallu 200 pour ébranler ces messieurs juges et magistrats impavides et intouchables! Quand les enfants n'en avaient que deux, terrorisés par la force du nombre de confrères, moins nombreux pourtant que flics et fonctionnaires du palais de justice présents dans la salle.

Ce n’est pas une simple sacralisation de la parole des enfants qu’il s’agit chez la dame experte en zig zags corporatifs, mais d’une incompétence effarante concernant la psychologie immémoriale des enfants. Les enfants de cette société sont-ils des anges purs? Incapables de mentir, de frauder, de faire du mal, de se vanter, d’exagérer? Pas une fois la dame en psychologie carencée ne se pose la question, au point qu’on se demande si son QI n’est pas trop bas pour prétendre s’occuper de drames hors de sa portée intellectuelle. J’aurais mille histoires à raconter sur ce que j’ai vécu dans l’enfance et sur les turpitudes de certaines "chères petites têtes blondes". Le film Los Olvidados de Bunuel, très vieux movie, montre à quel point des enfants peuvent être cruels avec un vieil aveugle... mythomanes, barbares, voleurs, mimétiques, sans surmoi comme le petit Burgaud. Un enfant mal aimé qui a fini lui aussi au tribunal.

Elle ne cesse de se plaindre que les enfants aient été impressionnés, jamais elle ne se soucie du coeur même de l’erreur judiciaire et de la double hystérie des journalistes, avant et après. Jamais elle ne met en doute la rigidité et le sadisme du petit juge, honni par tous ses confrères dès son arrivée à Saint Omer. Elle utilise l’argument d’autorité pour son patron Viaux, lequel s’était moqué d’elle indirectement avec son "salaire de femme de ménages":

"Le professeur Viaux est titulaire de deux Doctorats en psychologie, il est expert judiciaire depuis 25 ans, il est responsable d'un diplôme d'expertise et de psychologie légale à l'Université de Rouen et il est l'auteur d'un grand nombre de travaux et de publications sur le sujet"; et on s’en fout, un diplômé de ce genre d’expertises floues et partiales, aucunement scientifiques, peut commettre autant d’erreurs d’appréciation que le quidam non bardé de parchemins universitaires.

En résumé, si l’on suit la madame Gryson grisâtre, il ne s’est rien passé à Outreau, le seul scandale c’est "la réalité victimologique des enfants traumatisés ayant à déposer dans des lieux effrayants" (c’est pas gentil pour le local de service de la police qu’elle glorifie); résumé des courses, il ne faut pas réveiller les morts: "Ces conditions invraisemblables quant au recueil de la parole des enfants est à opposer avec le professionnalisme de tous ceux qui en amont (policiers, magistrats, experts) avaient travaillé avec respect et expérience". Avec une telle argutie de femme de ménage soumise aux lois arbitraires, la dame espère que l’exécution médiatique de ce pauvre Daniel Legrand (voire son suicide inopiné), bourré de médocs, détruit, victime décontenancée va lui redonner son lustre terni de "spécialiste experte". Plein d’avocats vont se servir de cet homme en perdition, seul et rejeté par la société, comme faire-valoir pour leur carrière nationale, voire internationale (on attend les télés étrangères pour donner du relief aux plaidoiries de prétoires rennaises qui ont l’habitude, le procès Dreyfus s’y était déroulé): le gouvernement sera bien marri qu’on ne l’accuse plus de ne persécuter que Paul Bismuth, les magistrats seront contents qu’on valorise leur métier de pères-la-morale, les juges qu’on les juge moins, les avocats qu’on mesure la ventilation de leurs manches et les journalistes qu’on apprécie leur comptes rendus plus modestes et compatissants pour oublier leur suivisme complice du désastre judiciaire, sauf si ça dérape comme au début. C’est à dire si tout rentre dans l’ordre carcéral et odieux comme Gryson en rêve.

Seuls des vieux aigris et quelques néo-fachos peuvent gober les banalités pour demeurés de la Gryson. Il y a fort à parier qu’avec un cartel bancal et autiste de tels plaignants - le syndicat FO des franc-macs dits "jusqu’auboutistes d’Outreau" (ha ha!), l’assoc ex-nihilo"pour l’innocence" (des enfants probablement et des lobotomisés), et la mère Gryson, radotages compris - le troisième procès va aussi finir en pantalonnade. Ce qui ne signifie pas forcément baisse du pantalon. Ou de la robe.





mardi 5 mai 2015

LE REFORMISME RADICAL ET SON CHEVAL DE BATAILLE L’IMMIGRATION DE GUERRE


OU L’ON SE PENCHERA SUR LES PROMESSES MIGRANTES DES CAZENEUVE ET KOUCHNER et leurs souteneurs du «réformisme radical»

« Que des gens sincères servent de faire-valoir à de la propagande politique me déprime… Nous (journalistes) sommes payés pour ça, au moins. » (twitter – 12 mars 2012)
Claude Askolovitch

«Caresse de chien amène des puces», disait ma mère. L’Etat bourgeois manie si bien le double langage qu’il peut compter sur l’extrême gauche «réformiste radicale» pour soutenir un des deux objets du double discours, ou plus simple de ce qu’on peut nommer discours ambigu, sans lequel aucun discours politique n’est tenable. Par exemple et par contre, le discours d’un ennemi communiste du capitalisme dira une chose et pas en même temps son contraire. Avec les bourgeois «socialistes» et «gauchistes» c’est impossible: c’est ou totalement hypocrite version gouvernementale en mode «gouvernement socialiste», soit carrément nunuche en version gauchiste mixte et mélangée, Askolovitch, Pascal Riché, Caron, Besancenot, Coleman, etc.
Quatre mois après son ouverture, le centre d'accueil de jour des migrants, à Calais, tourne à plein régime. Mille trois cents repas y sont servis quotidiennement tandis que sa capacité d'accueil est de quatre cents places. Excentré de la ville, à cinq kilomètres environ, il a «déchargé» Calais de ses nombreux squats et permis de «juguler les problèmes de sécurité dans le centre-ville», se satisfont les forces de police et la sénatrice-maire (UMP) de Calais, Natacha Bouchart qui a obtenu de la bourgeoisie anglaise qu’elle paye les kilomètres de clôture barbelée le long du port.

Une «nouvelle jungle» s'est aussitôt recréée près du centre d'accueil, sur un terrain mis à disposition par la municipalité. Dans cette «jungle autorisée», comme on l'appelle aussi, des milliers de clandestins improvisent un quotidien avec des baraquements de fortune sur plus de vingt hectares. Selon les autorités préfectorales, Calais compterait actuellement 2300 à 2400 migrants, soit un peu moins que les mois passés où ils avoisinaient les 3000; tout cela est faux évidemment, il faut au moins multiplier par deux. On apprend que ces clandestins honnis et pourchassés par les mercenaires de l’Etat (en uniforme bleu) sont désormais encouragés par ce même Etat à demander l'asile,  455 veinards auraient été sélectionnés depuis le début de l'année, selon le menteur du ministère de l'Intérieur, 885 demandes ayant été formulées sur toute l'année 2014 et seulement 399 en 2013 (mais les chiffres on les fait danser comme on veut).

Avec le dispositif mis en place par le ministère de l'Intérieur, plus de 600 migrants auraient d'ores et déjà été orientés vers des structures d'hébergement dans d'autres départements (on va sans doute les diluer pour qu’ils soient moins visibles...). Et «295 places seront ouvertes d'ici l'été pour les demandeurs d'asile, venant en priorité de Calais», a annoncé avec l’immense générosité qu’on lui connait Bernard Cazeneuve qui a posé devant le sphotographes ce lundi sur place. Pas bégueule le petit chauve en a remis une couche: «Trop de migrants qui pourraient bénéficier de l'asile en France hésitent encore», dans l'espoir de gagner la Grande-Bretagne, puis en rajoutant encore dans la promesse mirifique d’un lendemain avec aide sociale automatique, logement, travail, femme et programme TV, afin de «leur faire comprendre clairement que l'asile en France est la meilleure chance pour eux». Néanmoins, et on vous le dit pour info banale: 1700 «éloignements» ont eu lieu l'année dernière depuis Calais, car la «détermination sans faille» à «faire appliquer les lois de la République» est équivalente à une bastonnade de CRS. Les quelques squats qui demeurent dans le centre «seront évacués dans les prochaines semaines», a-t-il assuré. Comme vous le voyez sur la photo ci-jointe, les migrants sont si ravis que la plupart tournent le dos au mininistricule de la propagande humanitaire radicalement creuse. A peine tournés de biais pour observer le quidam poseur à la tête de la milice démocratoc, on dirait qu’ils s’interrogent sans aménité face à la figuration médiatique: «qui c’est celui-là?". Certains n’ont déjà pas envie de faire la queue des journées entières aux portails des préfectures, d’autres savent que curés du quart monde et gauchistes du sud exotique les laissent tomber à la première occasion dès qu’il est question de tenter de se libérer du statut charitable de «malheureux assisté» et que tous ces cuistres travaillent déjà main dans la main avec le gouvernement bourgeois pour la constitution de grands camps de rétention de réfugiés en Europe, avant tout pour régler «le problème humanitaire», et surtout taire les responsabilités des guerres pourvoyeuses de tant de fuyards faméliques.

Les racailles politiques des prétendus élus du nord redoutent une affluence en mai et juin, ««très inquiètes de la vague de migrants qui arrive par l'Italie ces derniers mois», confie un pandore de Calais. «Les mesures prises et la baisse annoncée sont très bien, reprend-il, mais quelle valeur ont-elles face aux arrivées qui vont doubler?»

Aujourd'hui, si le déplacement des réfugiés à cinq kilomètres du centre et la sécurisation de l'enceinte du port - avec l'édification d'une clôture barbelée sur des kilomètres - a permis de diminuer les tentatives d'intrusion massive vers les ferries qui traversent la Manche, les clandestins se sont reportés sur l'accès à Eurotunnel. «Il y en a des centaines qui déambulent le soir aux abords, sur les accès autoroutiers», témoignent un habitant de Coquelles. Des usages confirmés par l’info à la presse par la maréchaussée. Selon un professionnel local du sauvetage en mer, les passeurs pourraient aussi désormais organiser plus facilement la traversée avec des zodiacs (fournis par MSF ou le NPA?). La «nouvelle jungle» est en effet plus proche du port qu'avant, paradoxalement, et ce côté-ci de la mer, en raison de bancs de sables, n'est pas une zone de navigation commerciale, donc beaucoup moins surveillée.

Résumons la perversion de l'affichage gouvernemental: «humaniser les conditions d'accueil (= distribution de la soupe populaire par les curés devant les caméras en présence du ministre)et pour poursuivre l'effort policier de démantèlement des filières d'immigration clandestine (= surtout cogner sur les migrants sans défense qui se faufilent entre les camions), qui font commerce de la misère et de la mort», selon Bernard Cazeneuve, premier flic de France et qui n’en peut mais pour les fameuses filières criminelles.
La réplique humainement électorale du sous-fifre gouvernemental en charge du mercenariat policier n’était qu’une réponse, non pas à la «montée de la rhétorique sécuritaire et raciste» mais aux collègues de la droite caviar et imbibée de pourriture financière qui brigue la succession, que nous nommerons sobrement «retour au pouvoir pour sauver la France du danger socialiste et de la régularisation de la misère».

Leur maître silencieux, trop mouillé par les amitiés bizarres avec Kadhafi, les seconds couteaux de la droite bourgeoise française s’étaient positionnés en effet la veille, sans risque électoral majeur contre le «grand remplacement» limité pour l’heure à de «grands déplacements» plutôt risqués et souvent dramatiques en pertes de vies humaines. Le maire de Nice, Estrosi qui affrontera la petite fille de notre célèbre baudruche «fasciste» décatie et carbonisée, Marion Maréchal-Le Pen aux régionales, est parti en guerre contre "les cinquièmes colonnes" de "l'islamo-fascisme", chose qui, certes exagérée, n'est pas intégralement fausse; sauf pour les résidents de Neuilly et les intellos gauchistes de Saint Germain des Prés. Le rondouillard ex-fan de Sarko, Xavier Bertrand suggéra lui de s'attaquer à la racine, sans être totalement idiot: « si on veut empêcher les migrants de mourir, il faut les empêcher de partir. C'est pourquoi la solution passe par un blocus maritime au large des côtes libyennes, dans les eaux territoriales libyennes». Le troisième larron, en position pour ne pas être complètement complice de l’humanitarisme radical en paroles des actuels gouvernants et de leurs amis de l’extrême gauche syndicaliste et antiraciste, ancien premier commis de Sarkozy, choisit de botter en touche européenne:  «J'en ai assez qu'on accuse l'Europe d'être responsable de cette situation qu'elle subit", a déclaré l'ancien Premier ministre sur Canal+. Les Européens ne sont en rien à l'origine de la situation à laquelle ils doivent faire face. C'est la guerre en Syrie, c'est le totalitarisme islamique", ce sont "des gouvernements incapables sur une grande partie de l'Afrique qui sont à l'origine de cette situation", a accusé François Fillon.
La remarque n’est pas totalement insensée puisque le NPA dans ses éclairs de lucidité hors du réformisme radical, par la voix de son ténor, irait presque dans le même sens en évoquant la guerre lui aussi; Olivier Besancenot, membre duNouveau Parti anticapitaliste), invité d'Olivier Galzi et interrogé sur la problématique des naufrages de migrants, a déclaré : "Tant qu'il y aura une frontière, on sera dans le cynisme et l'hypocrisie". Il a ensuite lancé, à la différence du Fillon : "Qui alimente la famine et les guerres ? Les puissances occidentales, européennes et particulièrement la France". Affirmation presque révolutionnaire et totalement corroborée par les ventes d’armes et de Rafales en particulier. Mais il noie à nouveau très vite le problème politique de fond - la guerre impérialiste dont le capital a besoin pour se pérenniser - et retombe dans le réformisme radical «pour la liberté totale des migrations», version culottée de «vive le bordel généralisé et sauve qui peut», antienne qu’aucun gestionnaire capitaliste, qu’il soit de droite, de gauche, identitaire ou antiraciste ne peut claironner sérieusement.

Il faut faire un tri...

Comme son homologue échangiste de gouvernement, Kouchner, qu’on pensait rangé des voitures après sa forfaiture de transfuge mitterrandolâtre, qui a déclaré - reçu ostensiblement par les divers médias (c’est un grand franc-mac comme Askolovitch et tous les réacs en chef d’hebdos, délégué par Adler et Cie) - «il ne faut pas confondre sauvetage en mer et accueil des migrants». Il y a un problème humanitaire qu'il faut régler", a donc surrenchérit François Fillon. La solution selon lui : agir avant la traversée en installant "des antennes de nos consulats en Libye pour traiter les vrais réfugiés", "menacés dans leur pays et qui ont droit à l'asile. Il faut «les traiter» sur place (comme du bétail ou des pouilleux? note de JLR), voire éventuellement les ramener ensuite en Europe si c'est nécessaire parce que c'est notre vocation". Pour les autres, "ceux qui n'ont pas vocation à venir en Europe", il faut "mettre en place des camps de réfugiés en Libye sous le contrôle des Nations unies", a poursuivi l'ex-chef de gouvernement».

 Placé là par la franc-maçonnerie financière, le délégué du très élitaire et illisible Nouvel Obs, Askolovitch se répand sur i télé contre les racontars de haine où des migrants musulmans auraient poussé à l’eau des migrants chrétiens, vante l’Amérique du lointain temps jadis (capitalisme adolescent) refuge qui sauva les irlandais qui s’échappaient alors de la Perfide Albion raciste sur des bateaux surnommés (déjà) «cercueils flottants», donque à la différence de cette salope d’Europe moderne hérissée de barbelés et de Cazeneuves l’âme mérique était jambes écartées. «Nous ne sommes pas capable d’appréhender l’horreur, et décrétons «comment arrêter l’immigration?». Et... seule solution refermer la Libye. Vive Lafayette!». Le débit d’Askolovitch quand il lit péniblement son texte en studio est aussi pitoyable que celui de son collègue potache Zemmour, plus soucieux lui aussi de faire scandale que de vérité politique.

Les questions qui fâchent sont curieusement plus audibles sur les radios, alors qu’on les évite dans l’odieux visuel; listage non limitatif où on peut osciller entre interrogation psychiatrique et fou-rire antiraciste:

    "Il n'y a pas de tentative de l'islam de transformer la société française" (Askolovitch/RMC) de JeanJacquesMaillot 2 466 vues (à comparer avec Boubakeur qui veut doubler les mosquées en France sous dix ans et les projets vestimentaires de ses concurrents des diverses sectes islamistes...).
   
 "Dans nos rues, on ne parle quasiment plus le français" (Sardin/RMC) de JeanJacquesMaillot 4 609 vues (si déjà on nous répondait en français...)
  
    "Les Roms sont, pour les maires, un cauchemar ! Ça je l'assume !" (Jousse/RMC) de JeanJacquesMaillot 806 vues (une insanité pour les urbains gauchistes et proprios de Neuilly)
   
    RMC - Prenez les chez vous Monsieur Bourdin de Ternone Lachenal 6 745 vues (non on va les dispatcher dans nos campagnes et nos banlieues)
   
    J'ai envie de penser à cette espèce de crétine qui nous explique que les Noirs descendent du singe de JeanJacquesMaillot 2 130 vues (et moi à Haroun Tazieff qui descend de Lucy).
  
    Débat itélé: les musulmans de France sont ils mal-aimés ? de Collectif Contre l'Islamophobie en France 66 937 vues (ou les gaulois sont-ils mal aimés? de Collectif contre la francophobie en France)
   
    "Si on crie des slogans hostiles, alors l'islam n'est plus une religion de paix !" (Bourdin/RMC) de JeanJacquesMaillot 4 060 vues (????)
  
    "L'islam est en train de nous bouffer, M. Jean-Jacques" (RMC) de JeanJacquesMaillot 47 732 vues (ou de nous bouder...)
   
    « Des 'Français' sont mal intégrés » (Dati/RMC) de JeanJacquesMaillot 2 067 vues (c’est sûr mais mal intégrés à quoi?)


Les variations bizarres du comique troupier Kouchner:

"Il ne faut pas attendre que ces gens meurent", insiste l'ancien ministre des Affaires étrangères. "Il faut les secourir, mais pas les amener en Europe. Il faut les sauver parce qu'ils se noient. Il ne faut pas les amener en Europe parce qu'ils le veulent. Il y a d'autres solutions." Bernard Kouchner propose d'abord que les migrants soient transférés dans "des endroits où ils seront mieux traités que dans ces lieux infâmes en Libye, ou ailleurs". "Il est aussi possible de régulariser leur séjour. Certains pensent même que l'on pourrait leur donner un visa qui leur coûtera à peine plus de la moitié du prix d'un passage." Dans cette perspective, Bernard Kouchner souhaite la mise en place d'"une flottille européenne de secours", à travers "un partage du fardeau, comme on dit en politique". Au regard des sondages montrant l'hostilité de l'opinion publique à porter secours à ces migrants, l'ancien ministre des Affaires étrangères répond : "Mais ce n'est pas l'opinion publique qui meurt en mer !". Ni les habitants de Neuilly, ni Kouchner ni Askolovitch...

C'est d'abord de sauvetage qu'il s'agit", insiste l'ancien ministre des Affaires étrangères. "Ne confondons pas sauvetage en mer, tendre la main, jeter une bouée, et l'accueil des migrants", distingue-t-il. "L'un et l'autre sont liés mais ne les confondons pas".
Mais les «il faut» du brave Kouchner se doublent, selon ses humeurs, selon le média, de bras ouverts tout azimuts: sur une chaîne de TV il dit carrément: «nous pouvons en accueillir des milliers», où? Chez lui? En priorité dans les longues listes d’attente pour un HLM? A Deauville ou à Hardelot?

LA DEMAGOGIE ANTIRACISTE ET IMMIGRATIONNISTE NE CHANGE RIEN

 Les conditions d’accueil des migrants, dont les bonnes soeurs antiracistes se passent de définir l’appartenance sociale au départ du pays d’origine, sont certainement de plus en plus difficiles en raison des réglementations répressives qui filtrent les recrues pour le patronat sans frontières et sans droits sociaux. De plus en plus de demandeurs d’asile victimes des diverses formes d’intimidation sont transformés en réalité en marginaux en situation irrégulière, et sont emprisonnés voire perdent la vie.
 
C’est un fait que la prolifération des lois répressives montre que les Etats européens est relativement impuissante face à la crue des migrants et des demandeurs d’asile dans leur lutte individuelle pour la survie. Les lamentations des curés antiracistes, en faisant croire à des solutions nationales, évitent de mettre en cause la décadence économique capitaliste qui a besoin des guerres pour se perpétuer, même au détriment de la mort de milliers de migrants et de possibles prolétaires. Au lieu de dénoncer le capitalisme, bonnes âmes antiracistes et gauchistes officiels dénoncent... l’Europe; sur les conseils d’Obama et de Poutine?

La gauchologie normative, prenons le simple NPA, s’adresse donc aux idiots en milieu lycéen  et étudiant pour dénoncer cette truie «la xénophobie institutionnelle déployée par le gouvernement du PS».

Collons d’abord au raisonnement du réformisme radical pour mieux en presser le jus de la bêtise, certainement judéo-chrétienne, et aussi anarcho-proudhonienne (le NPA reprend toutes inventions de la sociologie gouvernementale):

«...Criminels parce que la seule raison pour laquelle des migrants meurent et que des passeurs en profitent, c’est parce qu’on interdit l’immigration. Sans frontières, pas de morts ni de business. Alors que la Méditerranée devrait être une zone d’échanges, elle devient une zone militarisée. L’Europe fait la guerre aux migrants, et la première conséquence d’une guerre, ce sont les morts.

Hypocrites parce que les justifications reposent sur des mensonges et ne bénéficient qu’aux riches.

C’est l’Europe qui crée la misère dans les pays du Sud...(pas les impérialismes US, russe, israélien, etc., note de JLR)

..alors que l’immigration enrichit la France (faux! JLR)

Un rapport commandé sous la présidence de Sarkozy en 2010 confirmait que l’immigration bénéficie financièrement à la France. L’auteur du rapport, l’économiste Xavier Chajnicki, chiffrait pour 2005 la contribution nette de l’immigration à 3,9 milliards d’euros. Car c’est une population jeune qui cotise plus qu’elle ne coûte socialement. (re-faux, on ne peut distinguer dans le profit généré par la classe ouvrière ce qui relève des prolétaires français et des prolétaires immigrés, par contre au niveau de l’assistanat social, les allocs en veux-tu en voilà, la fabrication des jalousies aux guichets et des priorités familiales... c’est champion, mais on éteint l’incendie en dénonçant le ... racisme des français!)

La France n’est pas un pays d’accueil

Les termes ne sont pas neutres. Concernant l’immigration, ils sont même racistes (ouah la stigmatisation nous voilà, note de JLR). Alors il faut le répéter : il n’y a pas d’« invasion » et la France n’accueille pas la « misère du monde » (si si, note de JLR). La population étrangère est dans notre pays parmi les plus faibles d’Europe, derrière l’Allemagne, la Grande-Bretagne ou l’Italie (bla-bla qui oublie que ce n’est pas le nombre qui compte mais les obligations restrictives et de nature provisoire des soit disants bons élèves de l’antiracisme immigrationniste dont la prude Suède, note de JLR). Alors qu’elle est aujourd’hui de 5,9 % en France, elle est ainsi de 11,2 % en Espagne. À noter que les étrangers en situation illégale représentent une goutte d’eau : environ 0,3 % de la population. Et alors qu’un pays de 4 millions d’habitants comme le Liban accueille 1,3 million de réfugiéEs syriens (chiffres de l’UNHCR, l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés) (bla bla recopié du Monde et de l’Obs, c’est dans la région concernée et on oublie de préciser l’ampleur de l’aide de l’ONU... qui justifie un tel accueil pas si désintéressé), le gouvernement français, lui, vient « généreusement » de proposer d’en accueillir entre 500 et 700...

L’accroissement de la population en France est... français

En trente ans, la population française s’est accrue de 10 millions de personnes. Et la part des étrangers a baissé, passant de 6,3 % à 5,9 %. Le solde annuel de l’immigration est entre 30 et 50 000 immigréEs. Par ailleurs, il faut souligner que moins de la moitié des immigrés en France proviennent d’Afrique et du Maghreb, alors que presque la moitié viennent des autres pays européens (mais nos braves trotskiens reconvertis sergents recruteurs d’immigration ne nous disent pas pourquoi l’islam est probablement devenue la première religion en milieu paupérisé et ouvrier, note de JLR).

Un obstacle à une véritable circulation

On parle beaucoup d’immigration mais très peu d’émigration. Or les flux migratoires se font dans les deux sens. Il y a aujourd’hui 1,68 million de Français installés à l’étranger, chiffre qui a doublé en vingt ans. Selon les démographes, la tendance actuelle des migrations est « circulaire », c’est-à-dire qu’elle n’est pas une immigration définitive (les démographes sont aussi des employés d’Etat, note de JLR) . Et cela est vrai pour tous les pays. Mais c’est le renforcement du contrôle de l’immigration qui contrecarre cette tendance pour les migrantEs venant en Europe.(???)

Levons les obstacles, pour la liberté de circulation

Les obstacles à la circulation des personnes ne limitent pas les flux vers l’Europe. Mais ils provoquent la mort de milliers de migrantEs, favorisent la militarisation de nos sociétés et le renforcement de l’État policier. Ces obstacles sont une condition à l’imposition de conditions discriminatoires pour les migrantEs en Europe. Celle-ci créent une pression à la baisse pour les salaires, les conditions de travail, l’accès à la santé, au logement, à l’éducation pour tous les travailleurEs.(il faudra m’expliquer comment les flux de migrants fuyant en masse les guerres des divers impérialismes masqués, j’allais dire voilés, favorisent la militarisation, déjà effective indépendamment de ces «pauvres migrants», et comment un plus grand flux (par ex cette jouissive et presque fouriériste «liberté totale de circulation» sous domination capitaliste pourrait faire monter les salaires, améliorer les conditions de travail, l’accès à la santé, au logement, à l’éducation... misère du réformisme radical, notule de JLR).

La levée des obstacles à la circulation des personnes créerait les conditions d’une situation beaucoup plus fluide et équilibrée dans les échanges de population.(et mon cul c’est du poulet? note de JLR)

Denis Godard (pigiste du journal du NPA)

Les gauchistes faisaient les gorges chaudes naguère des saillies chauvines du PCF, de son «produisons français» et des ses incursions «racistes» contre des foyers d’immigrés - et ils avaient raison de stigmatiser ce parti stalinien réac mais sans oser le qualifier d’agent du capitalisme d’Etat. Ce qu’il reste de ce cadavre politique, venant d’un parti qui une fois au pouvoir ordonnait aux CRS de taper sur les grévistes ou soutenait la «police de la nation», fait pitié, la compassion vis à vis des migrants est comparable à celle du curé de ma paroisse et la critique de la police feutrée, mais nulle critique du capitalisme moderne et de ses guerres: «Lors des reportages effectués ces derniers mois par l’Humanité à Calais, les témoignages d’actes de maltraitance, imputables aux forces de police, ont pourtant été monnaie courante. Ils viennent s’ajouter aux conditions indignes dans lesquelles survivent les 2 500 chercheurs d’asile présents dans la région. Samedi, 3 personnes ont été conduites aux urgences après que 150 exilés d’origine africaine se soient intoxiqués en faisant brûler des traverses de chemin de fer, pour cuisiner et se réchauffer. Lundi, la préfecture avait ouvert un refuge, prévoyant matelas et couvertures pour 500 âmes. Les autres devant continuer de faire face au froid, aux averses de pluie… et aux coups de poing assermentés.»

Le risque d’arrivées massives du tiers-monde avec l’effondrement de l’économie capitaliste «normale" - elle ne peut plus être basée sur la simple exploitation des hommes mais est devenue une mafia généralisée, une tricherie financière exponentielle et une rivalité belliciste démentielle - était prévu par les prévisionnistes dès le début des années 1960. L’impéritie de l’idéologie dominante consiste à prétendre nier que nous y sommes avec des arguments débiles et à endormir presque debout dont Anna-Maria Rivera, par devers elle, résume bien le simplisme aliéné et aliénant: «  Il semble qu’aujourd’hui, dans certains pays européens, le racisme contre les migrants et les minorités ait pris un caractère structurel. Cela est principalement dû au fait que, avec les gouvernements de centre-droit et néo-libéraux, une « soudure » s’est opérée entre le racisme institutionnel (ou d’Etat) et des formes de xénophobie ou de racisme populaire. La propagande, les politiques et les normes sécuritaires ont été inaugurées en Italie par un gouvernement de centre-gauche et conduites à leurs conséquences extrêmes par la droite gouvernementale actuelle. Ce sont ces mesures et ces politiques qui ont contribué à la réalisation de cette « soudure », elle-même favorisée par les médias. Cela signifie que la rhétorique sécuritaire a atteint l’objectif qui est lui propre, c’est-à-dire convaincre l’opinion publique que les responsables de l’insécurité et de la dégradation urbaines sont les populations d’origine étrangère et tous ceux qui sont considérés comme déviant de la norme majoritaire».

Comme je l’ai déjà signalé, concernant l’instrumentalisation du FN en France, on prend la population et le prolétariat pour des vrais cons avec ces théorisations de la xénophobie et du racisme comme maux absolus. Cette diabolisation de ceux qui sont rétifs à admettre qu’il faut se soumettre sans objetion à tout ce qui va mal (comme si toute la misère du monde pouvait se résoudre par l’ouverture des frontières d’un seul pays en l’occurence la France, ou, Kafka es-tu là? par le vidage des populations des zones de guerres impérialistes vers l’arrière bourgeois blanc et consumériste pépère), est du même ordre que la pachydermique propagande anti-communiste du l’hitlérisme, ou même plutôt anti-juive primaire. L’antiracisme est plus comparable au racisme nazi qu’à n’importe quelle autre idéologie fille des Lumières. L’antiracisme c’est empêcher de penser politique, c’est renier l’existence des classes sociales, c’est la révolution morale sans révolution, ce fameux couteau sans lame auquel il manque le manche, du maître allemand des aphorismes, bossu et laid.

AUX ORIGINES DU REFORMISME RADICAL

Le site Persée nous fournit plus de documents, de textes et d’extraits de livres utiles à la compréhension du moderne monde débile contemporain que la compil de la revue Bilan de la dite Gauche communiste plus belge que française ou que la complète collection de la RINT du CCI. Le texte d’Yvan Gastaut «Génération antiraciste en France (1960-1990) va nous être une bonne charpente pour discerner l’éclosion au pays de Voltaire et de Marchais du réformisme radical. Mai 68 et ses suites, comme l’a compris une historienne américaine qui s’est inspirée de mes écrits, a été un révélateur surtout dans les suites, que le gauchisme et en particulier sa branche «porteurs de valise» pour le nationalisme algérien, n’était pas plus révolutionnaire que ma grand-mère bouddhiste. Ce gauchisme trouva un nouveau cheval de bataille religieux, aussi religieux que celui pour les fausses libérations nationales, dans l’antiracisme. On ne leur demandait rien à ces agités du bonnet, mais en parasites classiques de la classe ouvrière, les petits bourgeois des beaux quartiers allaient chevaucher la mythification d’une immigration ancienne sud-européenne et maghrébine. L’auteur fait référence à PA Taguieff un essayiste plutôt trouble, mais la formulayion qui suit n’en reste pas moins intéressante concernant l’ambiguïté de l’antiracisme: «La bonne santé de l’antiracisme dépend du succès du racisme. Tributaires de l’objet de leur combat (ils tremblent à l’idée de la disparition de papy Le Pen!), les antiracistes ont souffert de ne pouvoir proposer autre chose qu’un rejet peu nuancé des comportements jugés racistes. L’antiracisme, ne représentant ni une force politique, ni un projet culturel stable, n’a fait que rassembler des éléments aléatoires de l’opinion publique contre le danger présumé du racisme. Son champ d’action était si flou que tout le monde y compris l’extrême droite a pu se proclamer antiraciste au moment opportun». Quoique ajoute l’auteur: «Malgré ces faiblesses structurelles, les différents mouvements ont occupé le terrain de l’indispensable vigilance contre le danger xénophobe (vigilance de qui? note de JLR). Les militants au service de la dignité des migrants, ont inlassablement défendu les valeurs de tolérance et de respect d’autrui». (!?) Y.Gastaut ne suppute aucunement que nombre de ces dévoués militants n’ont été que des comètes qui se donnaient bonne conscience et retournèrent à leur promotion sociale d’appartenance.
Le racisme des années 1970, même s’il fût violent et choquant, resta minoritaire et isolé. Gastaut nous intéresse parce qu’il déshabille les deux phases du mouvement antiraciste: «le mouvement lié à la première génération immigrée, celle des ouvriers, s’effacera au début des années quatre-vingt, pour laisser place sur la scène publique aux enfants, motivés par d’autre problématiques». A la fin de la première phase le maoïsme et le trotskisme moderniste caméléon à la Krivine faisaient de l’antiracisme l’un de leurs principaux objectifs de recrutement. Ces deux courants de la petite bourgeoisie radicalisée imaginaient même l‘immigré comme le fer de lance de la toute prochaine révolution, sorte de pont entre la mascarade des libérations nationales et la vraie, la pure révolution finale. Ce courant antiraciste ne fut qu’un calque de l’antiracisme chrétien, prolégomène au poisseux réformisme radical. Ce fût un antiracisme pédago de bobos militants éphémère en transit vers des carrières de cadres de l’industrie et du PS, déjà caractérisés par une propension à exclure ou faiblement associer les prolétaires immigrés «à une lutte qui resta essentiellement pilotée par des français parfois inconsciemment coupables de condescendance à l’égard de ceux qu’elle prétendait défendre» (utile rappel au moment où l’Obs nous ressort le souvenir contrit de cette nullité de chef maoïste, le nationaliste juif bigot dit Pierre Victor).
Gastaud détermine fort bien la coupure anti-prolétarienne avec la deuxième vague antiraciste, vers 1983-1985 sans être apte à comprendre et à révéler qu’elle fût une gonflette organisée par le gourou Mitterrand et ses transfuges du trotskysme Dray et Cie. Sans oublier le triomphalisme de Libé qui titrait «lifting pour l’antiracisme», pilotant ensuite le constat optimiste du métissage de la société française contre (déjà!) les aigreurs d’une «identité nationale menacée par les flux de population». Puis on assista au scénario de la «Marche des Beurs» avec au fond de l’impasse médiatique Mitterrand pour leur ouvrir la porte à la récup idéologique. Symbole de la cassure et de la récup bourgeoise de la question de l’immigration fût la renontre entre une délégation des beurs et les ouvriers grévistes meurtris de Talbot le 16 janvier 1984: «Après un bref dialogue, un constat s’imposait: les premiers connaissaient les honneurs des médias, les seconds âgés, isolés, délaissés, avaient le sentiment de mener un combat dépassé et inutile».
«... grâce au succès du racisme révélé par la percée durable du Front National confirmée par les élections européennes de 1984 et par des faits divers racistes spectaculaires, une nouvelle approche de l’antiracisme est apparue. Il fallait prendrte part au débat de plus en plus passionné sur l’identité française menacée par l’immigration. L’émergence brutale de SOS racisme en était la matérialisation la plus spectaculaire». «Selon Julien Dray, il fallait «jouer à fond la carte cathodique» avec les parrains Bernard-Henri Lévy et Marek Halter. Fin de toute lutte de classes, place à «la solidarité interculturelle et à la fraternité sans rivages» avec concerts musicaux. Exit l’extrême gauche et la gauche: «l’une, nettement affaiblie, ne jouissait plus d’une audience suffisante et l’autre, investie dans les sphères du pouvoir, avait une marge d’action limitée».
Au moment de l’effondrement du bloc de l’Est - que ne prend pas en compte Y.Gastaut - la comédie de SOS racisme s’émousse, pas seulement à cause des révélations sur la tambouille peu odorante des Harlem Désir et Julien Dray (cf. les révélations du livre de Serge Malik, Histoire secrète de SOS racisme) mais par le repli communautaro-religieux qui naît des nouveaux clivages impérialistes: «L’hostilité des associations de jeunes issus de l’immigration s’estimant délaissées (sic comme lors de la première vague antiraciste...), les contradictions fâcheuses dans les prises de position à l’occasion de l’affaire du foulard en 1989 ou la guerre du Golfe en 1991 (...) l’incapacité à définir les contours du projet de société étaient autant de causes de fléchissement».
«Le projet de diaboliser le Front national et de faire reculer l’intolérance n’avait réussi qu’imparfaitement (...) L’antiracisme, faute d’idées neuves, se contenta de développer un combat contre le Front national avec des associations telles que le Manifeste contre le Front national, Celsius ou Ras-le-Front».
L’auteur s’appuie en conclusion sur la dénonciation de René Gallissot dès 1985 (il ne lisait pas la presse maximaliste de l’époque qui se moquait mieux encore de l’antiracisme du point de vue de classe), cf. son essai: «Misère de l’antiracisme», en 1992 Le Nouvel Obs: «L’antiracisme a-t-il échoué?» et en 1994 M. Wieviorka: «Les paradoxes de l’antiracisme».

LE REFORMISME RADICAL A FAVORISE LA MODE IDENTITAIRE

L’antiracisme, comme naguère l’antifascisme, plane au-dessus des classes, masque leurs antagonismes et promet monts et merveilles mais détruit en réalité tout lien social et toute compréhension des enjeux politiques alternatifs au capitalisme. Il est l’idéologie ad hoc du capitalisme décadent, parfaitement hypocrite et ambivalent. René Gallissot, qui n’est pas n’importe qui (on a tant aimé son «Marxisme et Algérie» dans la mythique collection 10-18), explique dans un artice de 1987: «Cette problématique de l’identit culturelle retrouve aujourd’hui sa pertinence ne serait-ce que par la multiplication des groupes en disapora, par suite des migrations internationales et des mouvements de réfugiés (...) L’ethnicité comme la nationalité paraissent donc se distinguer de la citoyenneté». Il conclut avec Georges Devereux concernant les ravages de la mode identitaire exaltant la différence ethnique - ce qui est le propre du faux internationalisme gauchiste - «Le surinvestissement de l’identité ethnique conduit, de fait, à une réduction des identités... significatives que l’on possède à une seule - et donc à l’anéantissement de l’identité réelle de l’individu...».
Dans un autre article, en 1995 - Lutte de classes et Etat national social - Gallissot part des grèves pas si époustouflantes qu’on l’a proclamé à l’époque, sans recul et sans mesurer leur nature très favorable à «l’aristocratie ouvrière», notant «la redondance du propos sur le ‘mouvement social’». Il veut démontrer une «nationalisation de la société et du monde du travail» par l’Etat: «il faut cesser de crier, comme le font beaucoup de manifestants, que nous sommes tous les immigrés...».
«...prétendre défendre les acquis sociaux et les statuts sociaux, pour «nos» enfants, n’apporte-t-il pas comme un insidieux relent de «travail, famille, patrie»?». Et il ajoute justement, ce qui n’est toujours pas le cas, malgré les pleurnicheries du réformisme radical: «La question aujourd’hui est celle de la transposition des droits sociaux au-delà de l’achelle nationale, à échelle dite européenne et pour les immigrants» face à un secteur public et nationalisé «qui fait de la résistance».
«Pour paraphraser Marx, il serait possible de dire que les luttes de classes du capitalisme contemporain n’ont pris forme que par des luttes politiques fixées sur le pôle étatique national ou en s’incorporant à des luttes nationales: luttes de libération, antifascisme et «résistance» nationale au travers des guerres mondiales. (...) la lutte de classes est médiatisée par l’Etat (...) défensives syndicales des droits acquis; la crise économique accentue l’involution néo-corporative de l’Etat national». «La désillusion des nationalismes se réinvestit dans un manichéisme habillé de religion ou de traditionalisme».
«A l’intérieur des Etats du centre capitaliste, n’assiste-t-on pas parallèlement, à la dérive ou à la capture des luttes sociales, ou du moins de la violence sociale que la crise aiguise, par des conflits ethniques et par les pires réactions de nationalisme raciste...».
«Le Manifeste annonçait la chute des barrières nationales, qui reste pour demain; c’est qu’il y a chez Marx une sous-estimation continue de l’Etat, de son poids économique et social par le développement de l’Etat national. Le Capital est un grand livre libre-échangiste, pour cause de critique de l’économie libérale. Contre Marx, s’est en effet produite la mondialisation de l’Etat national, et contre l’internationalisme, la généralisation de l’opposition entre les nationaux et les étrangers».
«... on oublie généralement les effets de la transnationalisation culturelle, ancienne et accélérée par les migrations. L’Etat national, sauf vain patriotisme linguistique, a perdu depuis longtemps sa centralité culturelle. La culture urbaine et cosmopolite, mimétique entre les grandes villes du monde, et de plus en plus générationnelle, se traduit dans un métissag culturel de masse et des masses urbaines majoritaires. A ce bricolage culturel transntional, répondent les réactions de nationalisme et de racisme. La culture nationale s’en est allée, reste l’idéologie nationale, qui sévit dans la rue et dans les quartiers, les bagarres de territoire, l’exhibition de la différence d’origine, la démarcation par la race: «putain de ta mère». La violence nationaliste est proprement réactionnaire par la captation de la violence sociale, le détournement ethnique de la misère économique, de la misère culturelle, de la misère sexuelle, qui appartiennent à ce qu’il faut bien appeler la prolétarisation urbaine. Les classes ouvrières sont noyées dans cette prolétarisation majoritaire, sinon débordées par la marginalisation sociale. Ce qui correspond aussi au fait que la classification sociale dépend moins directement de la production que de la médiation du salaire social, et donc de ce qui en reste l’Etat national social».
Face à cette «prolétarisation par la marge», R.Gallissot remarque: «Cette dilution du travail ouvrier plutôt que de la production, entraîne la déperdition d l’action de classe, pour le pôle ouvrier s’entend, mais non pour les bourgeoisies et donc la bourgeoisie, qui, comme toute classe en déensive sociale, maintient en veille et en éveil la conscience et la pratique de la lutte de classes».

«L’inversion de positions devant les migrations le montre à l’évidence pour peu que l’on se souvienne que le mouvement ouvrier fut partisan de la liberté de circulation jusqu’au début du XXe siècle; c’est le XXe siècle qui fonde l’opposition en droit et en acte entre nationaux et étrangers qui s’impose aux organisations ouvrières et plus encore s’incorpore à leur plate-forme. Les syndicats, quasiment à l’unanimité depuis 1945, parlent, comme l’Etat, de la défense du travail national et sont partisans de la limitation sinon de l’arrêt de l’immigration; ce protectionnisme établit la ligne de partage d’exploitation et de refoulement des travailleurs clandestins (...) La prolétarisation majeure aujourd’hui est effective à l’échelle mondiale, mais elle recouvre la segmentation du travail et la dilution ouvrière (...) La prolétarisation s’étend mais dans l’inconscience de classe, sauf pour ceux, bourgeois, qui ont la claire conscience de leur supériorité de classe, intellectuels compris, et donc des menaces sociales contre l’ordre du désordre établi».

Dans cet ordre du désordre, l’absence d’affirmation de la classe ouvrière comme un tout homogène laisse libre cours à la segmentation et dilution politique sans possibilité de réfléchir sur une alternative de société réorganisée mondialement. La religion a remplacé le stalinisme, et pas n’importe quelle religion, une religion envahissante du Sud, qui est et sera de plus en plus portée par les migrants, car elle leur apparaît comme leur dernière bouée de sauvetage face à un vieux capitalisme qui n’a ni vocation à les intégrer ni à les sauver, quoique chantent les sirènes du réformisme radical.
L’ouverture hypocrite à toutes les races «migrantes», on en connait déjà les aboutissants: ghettoïsation et répression des noirs aux Etats Unis, chasse aux juifs africains en Israël... C’est ce monde là que le réformisme radical prépare inconsciemment, et ce que nous ne pouvons pas accepter du point de vue du prolétariat mondial multiracial et internationaliste, pour mieux dire même extra-nationaliste.


   


- René Gallissot: «Ces migrants qui font le prolétariat (Méridiens-Klincksieck, 1994) : Avec N. Boumaza et G. Clément.
 - Quand l'immigration devient problème: la contradiction foncière entre patrie et droit humain. Le texte du Congrès de la Ligue de 1926 dans Le Mouvement Social 1998/2 (n°183)
- Migrations de travail et diasporas intellectuelles, Entre préférence nationale et racisme culturel européen post-colonial par René Gallissot (Historien. IME, Université Paris 8).
- Au-delà de la mode identitaire, 1987 (site Persée)
- Lutte de classes et Etat national social, 1995 (site Persée)
- Génération antiraciste en France (1960-1990) Yvan Gastaut (site Persée)

vendredi 1 mai 2015

BORDIGA a été le premier à critiquer le "fasciste" Le Corbusier

Rétrospective, commémorations, polémiques sur démiurge ou fasciste, qui était l'architecte moderniste Le Corbusier, laissons les intellos débattre et s'ébattre mais sachez que les constructions en hauteur du Corbusier avaient pour but de maintenir la séparation entre les classes. Le révolutionnaire communiste Amadeo Bordiga, fondateur du premier véritable PC en Italie (à ne pas confondre avec l'archi italien du même nom) avait déjà jugé à juste titre le bonhomme. Je reproduis le texte, repiqué au site du même nom, à mon corps défendant car je fus longtemps un admirateur de l'auteur de la cité du fada, catéchisé en 1965 par un de ses fans, mon prof de français au collège Jean Macé à Suresnes. Attention l'article qui suit est ultra-brillant! Et quelle fraîcheur et actualité de la théorie marxiste par son plus brillant représentant à la fin du XXe siècle! Une occasion pour relire l'ouvrage d'Amadeo "Espèce humaine et croûte terrestre".


 ESPACE CONTRE CIMENT 

article de Bordiga (1953)

Nous sommes de petits chiffres : pouvons-nous entrer ?
La terre, sur l’écorce de laquelle nous vivons, a la forme d’une balle ou d’une sphère. Faisons d’emblée une première digression : ce concept, qui pendant des milliers d’années est resté extrêmement ardu à comprendre pour les savants les plus géniaux, est aujourd’hui familier à un enfant de sept ans ; voilà qui montre combien la distinction entre facile et difficile à comprendre est stupide. C’est pourquoi une doctrine qui affirme l’existence d’un grand cours de l’histoire, accompli par bonds grandioses par la relève des classes, n’aurait pas de sens si elle se laissait arrêter par le souci de ne présenter à la classe avançante, révolutionnaire, que des pilules de concepts faciles.
A la différence de Silvio Gigli [animateur radio], nous allons donc vous poser quelques problèmes très très difficiles. Mais nous vous donnerons les questions et les réponses.
Donc, cette balle, la Terre, a un diamètre d’environ 12 700 kilomètres, que l’on a calculé en mesurant son ventre, sur lequel on a reporté quarante millions de fois le mètre-étalon de platine conservé à Paris à l‘Institut International des Poids et Mesures. Comment ont-ils fait pour passer sur l’eau ? Mais laissons le ton de la plaisanterie et cessons d’imiter ceux qui parlent de façon inintelligible pour le plaisir, et pour qu’on dise d’eux : Quelle culture ! On n’y comprend vraiment rien ! Cette obscurité est à la base de la gloire de quatre-vingt-dix-neuf pour cent des grands hommes.
Donc, au moyen d’un petit calcul (cours moyen première année), on établit que la surface de la Terre est de cinq cents millions de kilomètres carrés. Les mers en occupent plus des deux tiers et, pour se promener à pied sec, il reste à peine cent cinquante millions de kilomètres carrés. Là-dedans il y a les calottes glaciaires, les déserts, les très hautes montagnes ; on peut donc estimer qu’il reste pour l’espèce humaine – la seule qui vit désormais dans toutes les parties du globe, avec ses animaux domestiques – environ cent vingt-cinq millions de kilomètres carrés.
Comme aujourd’hui les livres disent que « nous sommes » 2 500 millions, nous les animalcules humains qui fourrons notre nez partout, il est clair qu’en moyenne notre espèce dispose d’un kilomètre carré pour vingt de ses membres.
A l’école, on dit donc : densité moyenne de la population des terres habitées : vingt âmes (en fait on ne compte pas les cadavres des morts, qui sont bien plus nombreux) au kilomètre carré.
Nous avons tous l’idée de ce que représentent vingt personnes ; quant au kilomètre carré, ce n’est pas difficile à se représenter. Nous sommes à Milan : c’est l’espace occupé par le Parc entre l’Arc du Simplon et le château Sforza, Arène comprise. Puisque cinquante mille personnes réussissent à s’entasser dans le stade de l’Arène pour les grandes parties de football, un kilomètre carré peut contenir, avec une foule compacte (meetings de Mussolini, Togliatti et autres) cinq millions d’âmes – en peine –, soit plus que la population réunie de Milan, Rome et Naples, 250000 fois plus que la densité moyenne sur la terre.
Ainsi, si les vingt malheureux hommes moyens symboliques se plaçaient aux intersections d’un filet à mailles égales, ils se trouveraient à 223 mètres les uns des autres. Ils ne pourraient même pas se parler. Quelle catastrophe si c’étaient des femmes, et encore plus si c’étaient des candidats au Parlement !
Mais l’homme n’est pas cloué au sol comme les arbres, ni amassé en colonies comme les madrépores dont nous parlions l’autre fois et, en se déplaçant de mille manières, il s’est établi de façon très irrégulière dans les différents espaces qui constituent l’écorce de la planète.
En Italie, la densité de la population est de 140 personnes au kilomètre carré, donc sept fois plus que la moyenne générale. La province la plus peuplée est celle de Naples : 1 500 habitants au kilomètre carré, 55 fois la moyenne de la terre. Les pays de plus forte densité en Europe (et dans le monde) sont la Belgique, la Hollande et l’Angleterre (Écosse mise à part) qui tournent autour de 300, c’est-à-dire 15 fois la densité moyenne. Le pays d’Europe à la densité la plus basse est, avec la Suède et la Norvège, la Russie : 29 habitants au kilomètre carré pour la partie européenne, à peine plus que la moyenne mondiale.
La densité des divers continents est : 53 pour l’Europe, 30 pour l’Asie. Mais ensuite, il y a une chute impressionnante au-dessous de la moyenne : Amérique Centrale et Amérique du Nord : 8,5 ; Afrique : 6,7 ; Amérique du Sud : 6,3 ; Australie-Océanie : 1,5. On arrive donc à treize fois moins que la densité moyenne mondiale.
La densité des États-Unis est de 19, inférieure donc à celle de la Russie européenne (c’est-à-dire jusqu’à l’Oural et au Caucase). Cela coïncide parfaitement avec la moyenne de la terre : est-ce pour cette raison qu’ils la veulent toute pour eux ?
Ceci dit, aux U.S.A. la population est répartie de manière extrêmement inégale : même sans tenir compte des petits districts, on passe de 0,5 dans le Nevada désertique à 240 dans le fourmillant New Jersey, qui est un peu moins grand que la Lombardie.
Notons enfin que pour la R.S.F.S.R., qui comprend la Sibérie, la densité de population est de 6,8 seulement. Quant à l’ensemble de l’U.R.S.S., sa densité est de 9 habitants au kilomètre carré, et la plus peuplée des républiques fédérées est l’Ukraine, située à l’ouest, avec 70 habitants au kilomètre carré.
Les ruches urbaines
Si on néglige la population « dispersée », en majorité rurale, et si l’on ne tient compte que des hommes qui sont « agglomérés » dans les villes, on observe en considérant la densité, comme nous l’avons déjà noté, un bond dans les chiffres, ceux-ci étant dans les villes environ mille fois plus élevés que la moyenne mondiale : comme disent les scientifiques, on passe à un autre ordre de grandeur. Il n’est pas bien difficile de comprendre que la population des campagnes considérées isolément, dans chaque circonscription petite ou grande, voit au contraire sa densité baisser par rapport à la densité moyenne.
Établir le nombre des hommes dispersés et le nombre des hommes agglomérés, mettons dans le monde ou en Italie, est en revanche un problème des plus ardus. Même si l’on fait le total des populations des villes qui dépassent un certain seuil choisi arbitrairement, disons 5000 habitants, la conclusion est faussée par le fait que l’on dispose des chiffres des communes. Or, à Rome, par exemple, où la commune est bien plus grande que la ville, le chiffre comprend une partie de population éparpillée. En revanche, pour Londres, où la commune est bien plus petite que la ville, le chiffre comprend toute la population agglomérée, et il faut donc ajouter, en totalité ou en partie, la population du « Grand Londres ». Hasardons un chiffre : si l’on considère toute la Terre, on peut dire qu’un cinquième de la population vit dans les villes, compte tenu du fait que cette proportion est égale à zéro dans le centre de l’Afrique, alors qu’en Belgique au moins quatre personnes sur dix vivent dans les villes.
Quoi qu’il en soit, voici les nouveaux chiffres qui, vu le nouvel ordre de grandeur, sont exprimés normalement par rapport à l’hectare, mais que nous continuerons à donner par rapport au kilomètre carré (soit cent fois plus). Le Grand Londres (que des projets en cours continuent de dilater selon le système des villes satellites, qui comprennent chacune cinquante mille habitants environ et se trouvent à une distance moyenne de vingt kilomètres du centre historique) accueille sur ses 600 kilomètres carrés huit millions et demi d’habitants. Densité : 14 000. Mais à Londres on respire encore, sauf dans les anciens quartiers, crasseux, des Juifs, des Chinois et des Italiens. La ville la plus engorgée d’Italie, Naples, entasse dans une zone urbaine de 800 hectares, soit 8 kilomètres carrés, pas moins de 600 000 habitants, sur le million que compte la commune administrative, à laquelle se sont agrégées des communes voisines : la densité atteint le chiffre presque inhumain de 75 000 habitants au kilomètre carré, soit 3750 fois la moyenne de la terre. Même si l’on ne considère que la commune de Naples avec ses 12 quartiers traditionnels, et sans tenir compte donc des « villages », la densité est encore de 45 000 habitants au kilomètre carré, soit le triple de celle de Londres. Si l’on considère un modèle abstrait, genre ville du XIX° siècle, avec des maisons d’habitation de cinq étages et des rues assez larges occupant les quatre dixièmes de la superficie totale, un calcul technique simple montre que chaque local ou « pièce » utilise environ 5 mètres carrés « couverts » et 3 mètres carrés « urbains ». Mais seule une pièce sur trois est destinée au logement ; en moyenne (en Italie), chaque pièce héberge une personne et demie (par exemple, une famille de six membres a quatre pièces). Donc, chaque habitant dispose, pour ainsi dire, d’environ 16 mètres carrés dans la ville compacte, ce qui, hygiéniquement parlant, est à peine tolérable. Nous retrouvons donc la densité de 60 000 habitants au kilomètre carré. Là où il y a des jardins, des parcs, etc., en plus des rues et des places, la densité s’améliore, c’est-à-dire baisse.
Donc le processus historique qui a entassé les hommes de mille façons dans les villes des pays avancés moyens les a amenés d’une densité nationale de l’ordre de 200 personnes au kilomètre carré (pour l’Europe centrale, qui est la plus peuplée) à une densité urbaine qui, dans la meilleure des hypothèses – dans le cas de véritables cités-jardins – dépasse 20 000 habitants au kilomètre carré, soit cent fois plus que dans le pays tout entier, mille fois plus que la moyenne de la terre. Nous savons que cet entassement trouve presque entièrement son origine dans les effets de l’époque capitaliste. Les régimes pré-capitalistes se contentaient en effet de villes peu nombreuses et qui n’avaient rien d’immense, dominant des myriades de villages ruraux.
Mais le capitalisme ne veut toujours pas s’arrêter, et en fait, dans ce domaine comme dans tous les autres, il ne le peut pas. C’est même ce phénomène très important qui le définit. Ce sont en effet les mesures quantitatives qui comptent, et non les étiquettes qualitatives, politiques et propagandistes. Tout ce qui réduit l’espace de l’homme est capitalisme.
La cité radieuse
Il y a eu en effet quelqu’un qui a pensé et – malheureusement -fait encore mieux : c’est le sieur Charles-Edouard Jeanneret de Genève, architecte de son métier. Mais qui est donc ce monsieur ? Un instant, vous le connaissez aussi : les grands hommes changent leur nom, et le nom sous lequel celui-ci est connu dans le monde entier est Le Corbusier.
Le citoyen Le Corbusier fait partie de cette catégorie d’intellectuels compagnons de route qui constitue à elle seule un phénomène suffisant pour vous dégoûter des gros partis qui s’appelaient naguère prolétariens et communistes. On dit en effet grand bien de lui et, qui pis est, de ses théories et de ses méthodes, dans la presse soviétique et dans tous les journaux et revues qui en sont la projection dans le monde, comme on disait d’ailleurs autrefois grand bien de lui dans la presse fasciste et nazie. En outre on encourage les imitations et les applications de son style, dont certaines font les charmes de l’immense Moscou, fille de dix types différents d’organisation humaine, qui s’étend souverainement sur des espaces grandioses et dont, qui plus est, la force de domination résida toujours dans la distance et l’espace, la construction basse et espacée dont l’incendie arrêta la vague empoisonnée du capitalisme en culbutant Bonaparte dans la Bérézina.
Aujourd’hui, Moscou ne peut faire moins que de rivaliser avec New York. Mais gratte-ciel et paranoïa à la Le Corbusier ne sont pas la même chose. Il ne faut pas croire que les douze millions de New Yorkais sont plus à l’étroit, dans leur constellation urbaine, que les Londoniens, malgré la hauteur supérieure des édifices. Dans un bâtiment de trente étages, en tout premier lieu, la proportion entre les appartements et les bureaux n’est pas de 1 à 3 mais de 1 à 10 ou 20 ; la hauteur maximum n’est atteinte que dans un étroit clocheton, les rues sont au moins dix fois plus larges que dans les villes typiques du XIX° siècle européen dont nous avons calculé plus haut les « indices » d’entassement, chaque habitant a à sa disposition un petit appartement et non deux tiers de pièce, et ainsi de suite ; si bien qu’en fin de compte la densité n’est pas supérieure à 20000 habitants au kilomètre carré, tout en dépassant néanmoins sans aucun doute les 14 000 habitants au kilomètre carré du Grand Londres.
Nous avons lu une brillante description de l’édifice que Le Corbusier a conçu et fait construire à Marseille sous sa direction. L’auteur de l’article a quelques formules efficaces. Ainsi lorsqu’il dit que dans les 330 cellules destinées à 1 600 locataires « l’espace est plus précieux que l’uranium », ce n’est pas une caricature, mais une manière cohérente de rapporter les doctrines corbusiennes : « Le Corbusier anticipe avec ses constructions le futur radieux de l’humanité qui n’a pas de terre pour s’étendre à son aise ». « Son architecture est une lutte angoissée contre le superflu, une course anxieuse vers la conquête d’espace pour la vie ».
Cependant, plus que les impressions et les jugements de valeur qui peuvent être influencés par les préjugés de celui qui écrit, ce qui compte pour nous, comme nous le disions, ce sont les chiffres. Et c’est ici – et non dans la question des rapports classe-parti qu’ils comprennent de travers – que certains peuvent apprendre ce que veut dire la transformation de la quantité en qualité. Le principe de la surexploitation de l’espace aboutit à ces tendances extravagantes : superposer l’espace vert des jardins urbains (et demain, pourquoi pas, celui des champs de blé et de pommes de terre), les voies de communication et l’aire couverte des édifices, verticalement, sur un seul et même espace.
Verticalisme, tel est le nom de cette doctrine difforme ; le capitalisme est verticaliste. Le communisme sera « horizontaliste ». Pour la dictature impériale, Caïus Julius avait conseillé de couper les têtes « des plus hauts coquelicots » [gros bonnets], pour la dictature prolétarienne il conviendra de faire de même avec les têtes mais aussi avec les hautes constructions. Nous pouvons respecter un Michel-Ange ou un Bernin, voire des bourgeois comme Eiffel ou Antonelli, mais certainement pas ce « démocrate de Jeanneret.
Hommes ou sardine ?
Donc, le premier prototype de ce qui n’est plus une maison mais une unité d’habitation, et qui devrait devenir un quartier adossé à un relèvement de terrain dans l’ensoleillée et méditerranéenne Marseille, repose sur 36 piliers nus, sous lesquels, étant donné qu’il n’y a pas de murs au rez-de-chaussée, passent la rue et un « jardin ». Les crétins en sont abasourdis, mais techniquement, cette « réalisation » (le grand mot des réactionnaires, pour qui chaque chose existe prius in intellectu, d’abord dans les têtes, plus ou moins tordues, et ensuite in facto, autrement dit dans la vile et passive matière) est à la portée de n’importe quel bon maître-maçon qui a en poche un manuel de 100 pages (le maître-maçon étant, lui, respectable). Ce rectangle posé sur ses 36 piliers, nous l’évaluons à 800 mètres carrés environ : si quelqu’un y trouve à redire, qu’il nous envoie le plan et l’élévation. Au-dessus de la hauteur, vide, du rez-de-chaussée, on a non pas neuf étages, mais neuf routes ou couloirs, sur lesquels donnent les appartements-cellules, où chaque décimètre cube est étudié de manière à servir de meuble, d’ustensile et, en dernier lieu, d’espace à l’usage de l’habitant, lequel doit bien se garder de dépasser les mesures du plan. Nous aussi, nous sommes tentés de faire de l’ironie en décrivant la salle opératoire prévue pour retailler les individus trop longs ou trop larges…
Les cellules sont donc au nombre de 330 sur neuf étages, destinées à 1600 habitants soumis à un règlement sévère pour l’utilisation de l’espace individuel et des espaces communs. Ne nous étendons pas sur les aspects de l’installation et de la vie des habitants de cet ouvrage, que le journaliste cité plus haut s’amuse à appeler pénitencier doré, grande baraque grise, et vaisseau fantôme. Retenons ce chiffre : d’après le projet, il y a 1 600 habitants. Faire tenir 1600 crétins sur 800 mètres carrés cela signifie être descendu de 10 mètres carrés couverts par habitant à un demi-mètre carré ! Mais soyons prudents, et supposons que les unités ne seront pas toutes des unités d’habitation, qu’il y aura des unités affectées au travail et aux services publics et que donc l’habitant occupera un espace d’un mètre et demi (entendons-nous bien : il y a neuf étages, pour parler selon l’ancienne manière, et dans l’habitation elle-même chacun a pour bouger, lui et les divers meubles et appareils, environ 5 mètres carrés – la dimension d’un petit débarras). On pourrait arriver ainsi à 650 000 personnes au kilomètre carré, mais si on compte 30 pour cent pour les rues et les places – en supposant que la lumière artificielle et l’air conditionné ne permettront quand même pas de mettre les divers parallélépipèdes directement en contact l’un avec l’autre, en bouchant entrées et fenêtres -on descend à 400.000 habitants au kilomètre carré Si on prévoit même de vastes espaces vides et des parcs, Le Corbusier, excellent entasseur, aura quand même réussi à faire tenir 200.000 bipèdes sur un kilomètre carré.
La nature a donc donné à l’espèce humaine assez de terre pour que nous soyons vingt au kilomètre carré.
La civilisation et l’histoire ont voulu, elles, que dans les nations avancées on commençât à se serrer dix fois plus : disons quand même qu’on peut parler de progrès.
Mais le type urbain d’organisation a établi que les hommes les plus riches et les plus avancés en culture et en sagesse se réuniraient dans les villes, où ils seraient mille fois plus à l’étroit !
La manie capitaliste d’amasser les hommes-sardines ne s’est pas arrêtée là ; les Le Corbusier, qui se bouchent volontairement les yeux, nous ne disons pas sur les déserts inhabités comme il peut y en avoir au Canada ou en Australie, mais sur les étendues de champs aux moissons verdoyantes qui seuls sont à l’origine de cette vie à la plénitude de laquelle ils prétendent pourvoir, veulent en entasser encore au moins dix fois plus. En faisant ainsi subir aux vivants une densité dix mille fois supérieure à la moyenne de la terre, peut-être pensent-ils que de tels rapports contribueront à la multiplication des fourmis humaines !
Celui qui applaudit à de telles orientations ne doit pas seulement être tenu pour un défenseur de doctrines, d’idéaux et d’intérêts capitalistes mais pour un complice des tendances pathologiques du stade suprême du capitalisme en putréfaction et en dissolution, qui, à force de faire l’apologie de sa science et de sa technique et à force de vanter leur aptitude à vaincre tous les obstacles, fonde les villes sur leurs propres excréments (comme disait Engels) et entend organiser la vie des hommes de manière si « fonctionnelle » que l’habitant de ce système ultra-rationnel finira par ne plus distinguer la baignoire de l’égout.
La lutte révolutionnaire pour la destruction des épouvantables agglomérations tentaculaires peut être ainsi définie : oxygène communiste contre cloaque capitaliste. Espace contre ciment. La course à l’entassement n’est pas due au manque d’espace. Malgré la prolificité humaine, fille elle aussi de l’oppression de classe, l’espace abonde partout. Ce qui provoque la course à l’entassement, ce sont les exigences du mode de production capitaliste qui inexorablement pousse toujours plus loin sa prospection du travail dans des masses d’hommes.
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L’économie sur le « capital constant »
Comme nous n’écrivons pas pour nous plonger dans l’ivresse de l’esprit créateur mais parce que nous sommes au service d’une œuvre de parti, il nous faut comme d’habitude faire une pause pour prouver que nous ne sommes pas en train de lancer un discours nouveau, ni même de découvrir une nouvelle loi de l’histoire, mais que nous marchons fermement sur les traces de la doctrine établie. Après avoir décrit dans le Livre I du Capital le procès de production capitaliste qui, tout en étant situé dans le cadre plus vaste de l’histoire et de la société, présente avant tout le rapport de classes entre capitalistes et ouvriers à l’intérieur de l’entreprise, après avoir étudié dans le Livre II la circulation du capital, autrement dit sa reproduction grâce à cette partie des marchandises fabriquées qui ne va pas à la consommation directe mais constitue les instruments de la production ultérieure, Marx étudie dans le Livre III, qui est inachevé, « le mouvement du capital considéré comme un tout », qui conduit aux « formes concrètes », telles qu’on les rencontre réellement dans la société, dans « l’action réciproque des divers capitaux, dans la concurrence et dans la conscience ordinaire des agents de la production ». L’exposé devait finir, à l’évidence, par des chapitres où aurait été traitée, comme nous l’avons souvent dit, la question de l’action « politique » des classes en lutte et de la conscience de l’action de classe, en tant qu’effet et superstructure finale de tout le reste. Dans le chapitre V du Livre III, avant d’établir la loi de la chute tendancielle du taux de profit moyen, Marx étudie un point de première importance : L’économie dans l’emploi du capital constant.
Dialectiquement (c’est l’un des points que Staline a mal rapportés, sinon mal vus, dans son fameux texte), le capital, comme chaque capitaliste, fait tout pour élever son profit et donc également le taux de son profit. Ce n’est que si elle voulait ou pouvait s’opposer aux découvertes et aux inventions qui augmentent la productivité du travail humain, que la société capitaliste réussirait à éviter la chute du taux de profit, en accroissant démesurément le nombre des prolétaires exploités sans que la consommation augmente continuellement (cf. Dialogue avec Staline, troisième journée). Mais ne pouvant faire cela, le capital lutte avec d’autres moyens pour retarder et freiner la chute du taux de profit, une chute que l’accumulation et la concentration rendent néanmoins tout à fait compatible avec l’augmentation illimitée de la masse totale des profits et du profit de chaque entreprise.
Dans chaque entreprise le profit du capital est donné par la différence entre le prix de vente de toutes les marchandises produites (en un an, par exemple) et leur coût, ou coût de production. Le capital cherche donc à vendre à un prix élevé et à réduire les coûts de production. Plus loin, Marx traitera de l’effet des variations des prix de marché ; pour le moment, il traite des coûts de production.
Dans la théorie marxiste, le coût de production se divise en deux parties : le capital variable, qui est la dépense avancée pour tous les salaires et traitements, et le capital constant, c’est-à-dire les sommes dépensées pour acquérir les matières premières et assurer en permanence le bon fonctionnement des installations, des machines, etc. Nous ne parlons pas ici du moyen évident d’accroître le profit qui consiste à abaisser les salaires, et d’ailleurs ce n’est pas là la tendance générale du capitalisme, du moins dans la période qui suit les décennies d’exploitation la plus féroce. Historiquement, le salaire de l’ouvrier augmente en chiffres courants et même en valeur constante exprimée en monnaie non dévaluée, par exemple en lires ou en dollars de 1914 ; mais si on le mesure en temps de travail social moyen, il diminue, même si le niveau de vie ouvrier a augmenté, parce que l’accroissement de la productivité du travail, sur le plan technique, a fait baisser la valeur, sinon le prix, de toutes les marchandises que l’ouvrier consomme. Mais ceci est une question que nous aborderons plus tard.
Pour le moment, supposons que le prix de vente et le prix des salaires restent inchangés : il est évident que le capital va s’efforcer de réduire le coût de la partie constante du capital dépensé. Non seulement il existe divers moyens d’atteindre cet objectif, mais c’est une tendance décisive de l’économie capitaliste que d’aller dans ce sens.
Marx laisse de côté un premier moyen : l’allongement de la journée de travail à salaire égal (et même si le salaire augmente en proportion, ou encore si les heures supplémentaires sont payées plus cher). Dans ce cas en effet, si l’on n’économise pas, évidemment, sur les matières premières, on fait des économies dans l’utilisation des machines et des bâtiments en abrégeant la durée de la « rotation », c’est-à-dire la durée du cycle de production qu’ils permettent d’effectuer. Notons qu’un moyen auquel le capitalisme recourt fréquemment pour obtenir une telle économie est d’instaurer des tours de travail continu, ce qui en plus, par exemple en empêchant le refroidissement des fours, fait gagner des calories, et donc du profit.
Parasitisme en trois personnes
Mais même en supposant que les ouvriers réussissent à refuser tout accroissement, même rétribué, du temps de travail, il existe trois autres moyens pour diminuer la dépense de capital constant :
1° – Agrandir ou regrouper les entreprises. Le fait même d’associer des travailleurs auparavant isolés – même si aucune modification n‘est apportée à la technique du travail – aboutit à une énorme économie : construction d’un lieu de travail unique, économies sur l’éclairage, le chauffage, et autres frais généraux, etc. Ainsi, même si les outils manuels restent les mêmes, d’innombrables petites forges disséminées représentent une énorme dispersion de chaleur par rapport à une seule grande forge servie par une armée de forgeurs ; et l’on peut penser à des centaines d’autres exemples. « Toutes ces économies, qui tirent leur origine de la concentration des moyens de production et de leur utilisation massive, supposent comme conditions essentielles l’entassement des ouvriers et leur coopération, donc une combinaison sociale du travail. Partant, elles découlent du caractère social du travail tout autant que la plus-value est issue du surtravail de chaque ouvrier individuel, pris en soi, isolément ».
2° – La récupération des rebuts, des déchets de toute production, qui deviennent ainsi matière première pour d’autres transformations (sous-produits) dans la mesure où ils sont désormais disponibles en grande quantité, alors que dans le cas de la petite production ils étaient purement et simplement jetés. Voilà une source d’économie sur les dépenses de production, et donc une source de profit capitaliste qui elle aussi résulte uniquement du caractère social pris par le travail.
3° – Le perfectionnement technique dû aux nouvelles inventions, à l’introduction de nouvelles machines, etc., dans les entreprises d’autres secteurs qui produisent à un prix inférieur les matières premières, les machines, les installations nécessaires à l’entreprise en question. Un progrès dû au fait même de la production en masse, qui stimule l’intelligence humaine et l’incite à résoudre des problèmes techniques que la petite production ne se posait même pas car elle n’en avait pas besoin, produit donc, ici encore, un bénéfice, non pas social, mais à l’avantage du capital. « Ce dont le capitaliste tire profit dans ce cas, c’est encore d’un gain qui résulte du travail social, même s’il n’est pas le produit des ouvriers qu’il exploite lui-même directement. Ce développement de la productivité du travail s’explique toujours en dernière analyse par le caractère social du travail mis en action ; par la division du travail à l’intérieur de la société ; par le développement du travail intellectuel, notamment des sciences de la nature. Le capitaliste profite, dans ce cas, des avantages de tout le système de la division sociale du travail. C’est le développement de la force productive du travail dans un secteur extérieur, celui qui lui fournit des moyens de production, qui fait subir au capital constant employé par le capitaliste une baisse de valeur relative et donc provoque une augmentation du taux de profit » (*).
C’est sur ces citations essentielles qu’il faudrait inviter à réfléchir les camarades, même parmi les meilleurs, qui réduisent l’antagonisme des intérêts au simple duel entre le capitaliste et son ouvrier, au salaire plus ou moins élevé qu’il lui paye, et qui enferment ainsi cet antagonisme dans le cadre de l’entreprise tout au plus. L’antagonisme entre les classes sociales se fonde en fait sur une tout autre appropriation : celle que le capital réalise sur une échelle bien plus vaste en s’emparant, au profit de sa propre domination, de tous les fruits de l’amélioration du rendement social, qui résulte de la combinaison des travailleurs et de la diminution du temps de travail moyen contenu dans les produits. Si l’on supprimait la plus-value directe, l’ouvrier pourrait ne travailler que 6 heures au lieu de 8 ; mais si l’on tient compte de l’augmentation du rendement social, avec l’élimination de tout le gaspillage dû autrefois à la production parcellaire, et les grandioses inventions techniques, on ne devrait travailler qu’une heure par jour.
Où il faut frapper
C’est justement le domaine de la plus-value qui sera enlevé au capitaliste, mais sans être pour autant donné à l’ouvrier, car il devra, avec elle, contribuer aux services généraux. La conquête ne se situera donc pas là, mais dans l’organisation sociale : celle-ci ne sera plus orientée vers le profit du capital, mais vers l’amélioration des conditions d’existence du travail vivant. Dans la société socialiste, en vérité, le travailleur fournira seulement à la société un juste « surtravail » ; son « travail nécessaire » sera réduit en raison de l’augmentation de la puissance technique, en raison des dix esclaves d’acier dont chacun d’entre nous pourrait disposer aujourd’hui, alors qu’il y a un siècle nous n’en avions aucun.
Aujourd’hui au contraire, le système capitaliste considère que toutes ces ressources infinies sont inhérentes au capital, qu’elles sont des vertus propres au capital et que le travailleur est complètement étranger aux conditions de réalisation du travail. Le capitaliste, comme les marxistes imparfaits, voit dans le montant du salaire « la seule transaction » entre lui et son ouvrier. Celui-ci n’aurait donc pas à s’intéresser aux économies faites sur le capital constant, mais uniquement à celles que l’on tenterait de faire sur le capital variable, sur l’argent dépensé pour son mois. En fait, pour économiser sur tout, le capital économise avant tout sur la sécurité et l’hygiène des conditions humaines du travail. Ce qui nous reconduit à notre thème : ville et campagne, ciment et espace, égout et oxygène. « Cette économie va jusqu’à bourrer d’ouvriers des pièces étroites et malsaines, ce qui, en langage capitaliste, s’appelle économiser des bâtiments ; entasser des machines dangereuses dans le même local et négliger les moyens de protection contre le risque d’accident ; ne pas prendre de mesures de sécurité dans les procès de production insalubres de par leur nature ou périlleux comme dans les mines, etc. Sans parler de l’absence de toute installation pour rendre humain, agréable ou seulement supportable à l’ouvrier le procès de production. Du point de vue capitaliste, ces dépenses constitueraient un gaspillage inutile et déraisonnable. En dépit de sa ladrerie, la production capitaliste est d’ailleurs fort gaspilleuse de matériel humain, tout comme d’ailleurs, par sa méthode de répartition des produits par le commerce [ohé, Moscou, vous entendez ?] et sa façon d’organiser la concurrence, elle dilapide énormément de moyens matériels, perdant d’un côté pour la société ce qu’elle gagne de l’autre pour le capitaliste individuel ». De ce puissant chapitre du Capital, d’essence programmatique (à ne pas lire chez le coiffeur où il vaut mieux réclamer le dernier numéro de Sélection), nous ne citerons maintenant que la conclusion : « Tout établissement fondé sur de nouvelles inventions [entraîne des frais bien plus élevés] si on les compare à ceux d’établissements ultérieurs surgissant sur ses ruines. Cela va si loin que les premiers entrepreneurs font souvent faillite et que ce sont seulement leurs successeurs, à qui échoient à bon compte, bâtiments, machines, etc., qui font fortune. De là vient que ce sont la plupart du temps les capitalistes financiers les plus nuls et les plus minables qui tirent le plus grand profit de tous les nouveaux développements du travail général de l’esprit humain et de leur utilisation sociale par la combinaison du travail ».
Telle est la description, digne du ciseau de Michel-Ange, et faite par avance, de ce siècle maudit qui déroule ses fastes dans le culte de la bête triomphante.
AUJOURD’HUI
Inflation de techniques
Si de petites lois réformistes ont changé quelque chose dans l’organisation de l’usine en imposant au capitaliste certaines dépenses de sécurité, qu’il récupère au centuple par ailleurs, le concept de Marx cité plus haut est particulièrement efficace si on l’applique à l‘ « urbanisme ». Économiser les faux-frais, c’est le motif criminel que le capitaliste fait régulièrement valoir avec suffisance, et auquel fait écho la stupidité des opposants de carton-pâte payés pour jouer le même air ; pour économiser les faux frais, on entasse à côté des grandes villes, dans les grandes villes mêmes, au milieu des habitations dont la densité croît à un rythme effréné et des usines fréquemment collées à ces habitations ou « entourées » par elles du fait de la croissance incessante de la population et de l’urbanisation, des dépôts de substances nocives, d’explosifs et d’engins de guerre, à cause surtout de l’accumulation dans les zones urbaines des gares de triage et de dépôt, des ports, des aéroports et autres services. Les accidents qui en résultent font partie de la chronique quotidienne, une chronique qui prend une tournure particulièrement sadique en ce début d’année 1953 où l’on a enregistré toute une série de catastrophes qui malheureusement ne s’arrêteront pas là. Cette situation est favorisée par la légèreté et le je-m’en-foutisme des bureaucraties techniques qui s accroissent de façon effrayante d’une guerre à l’autre. D’ailleurs la guerre elle-même ne paraît plus si dangereuse lorsque la production et la vie sont déjà sanglantes. L’on ne comprend pas que la seule mesure pour contrecarrer cette tendance est de décongestionner, d’interposer entre les différents services des distances plus grandes et, pour le moins, de stopper l’implantation de nouveaux monstres au cœur des centres habités et des zones industrielles. La leçon des bombardements en tapis et des coventrysations n’a vraiment servi à rien.
Le capital libéra les serfs que le féodalisme clouait à la terre ; mais si le servage était un grave affront à la dignité humaine, c’était en revanche une excellente formule, par exemple, pour maintenir uniforme la densité territoriale en France. Les serfs étaient forcés de rester sur place, mais en des lieux où ils pouvaient manger et dormir et avoir de l’espace autant que nécessaire. L’urbanisation répondit aux exigences de l’extension des manufactures et de la conquête historique du « travail associé ». Tant que le lieu de production consistait en un immense local avec un poste pour chaque artisan, il est clair qu’il n’y avait rien d’autre à faire et que l’entassement d’innombrables ouvriers dans un espace réduit, pour travailler, habiter et vivre, permettait de produire une richesse bien plus grande. Quand on eut donné au salarié un niveau de vie dépassant d’une miette celui de l’artisan et du paysan, la masse énorme du bénéfice servit avant tout à agrandir et embellir les villes : alors que dans l’ancien régime un palais royal suffisait, dans le nouveau régime la classe dominante eut besoin d’une centaine d’endroits différents pour effectuer ses opérations et pour se divertir.
Mais les innombrables inventions techniques qui ont suivi n’ont certainement pas conduit par la suite à l’entassement d’une quantité toujours plus grande de travailleurs dans peu d’espace. Bien au contraire. Si nous cherchions un indice de « densité technologique », déterminé par le nombre d’ouvriers qui doivent être réunis en un lieu donné pour une production donnée, nous verrions que la loi générale est une tendance à la diminution de cette densité.
Dans l’industrie mécanique, l’utilisation de machines automatiques ou actionnées à distance par un nombre très réduit de techniciens qui manœuvrent des tableaux de commande a permis de simplifier une quantité énorme d’opérations qui autrefois étaient exécutées par des groupes de travailleurs manuels et par une gamme d’ouvriers spécialisés. En proportion, la superficie des usines Fiat a augmenté bien plus que le nombre des ouvriers, et l’augmentation de la production a été plus grande encore. Marx avait déjà pu décrire la révolution qui suivit le remplacement du métier manuel par le métier mécanique dans l’industrie textile, qui entraîna une chute brutale du nombre des travailleurs pour une même quantité de fuseaux. Dans la minoterie, on a aujourd’hui des moulins mécaniques où tout l’outillage obéit à un seul opérateur, depuis le déversement du blé dans les trémies jusqu’à la sortie des sacs de farine. Et ainsi de suite.
Même sur la terre arable, quand le tracteur remplace la bêche ou la charrue tirée par des bêtes, il y a une baisse énorme du nombre des paysans pour une même ferme et pour une même superficie de terrain cultivé.
Enfin on peut donner un autre exemple tiré de la navigation. A l’époque des trirèmes et des galères, un navire de quelques dizaines de tonneaux contenait plus d’une centaine de rameurs, esclaves ou prisonniers, enchaînés aux bancs. Aujourd’hui, un personnel beaucoup plus réduit, inférieur en nombre même au personnel des voiliers les moins anciens, suffit à la propulsion et à la manœuvre d’un transatlantique de 5 000 tonnes.
Coordonner, pas étouffer !
Ce qui est acquis avec les inventions et l’augmentation énorme de la productivité du travail, c’est la coordination de nombreux travailleurs, mais le bestial entassement au coude à coude n’a plus de raison d’être. Cela est même vrai pour la guerre ! Du reste Fourier et Marx n’avaient pas tort de qualifier de bagnes les fabriques, auxquelles de prétendus défenseurs des ouvriers ont entonné depuis des hymnes stupides, en les idéalisant comme l’antithèse de la production rurale qui, certes, torture (même dans ses formes anciennes) les muscles, mais qui au moins n’intoxique pas les poumons et le foie.
Les formes de production les plus modernes, qui utilisent des réseaux de stations de tout genre, comme les centrales hydroélectriques, les communications, la radio, la télévision, donnent de plus en plus une discipline opérationnelle unique à des travailleurs répartis en petits groupes à d’énormes distances.
Ce qui est acquis, c’est le travail associé, avec ses enchevêtrements de plus en plus vastes et merveilleux, tandis que la production autonome disparaît de plus en plus. Mais la densité technologique que nous avons évoquée diminue sans arrêt. Si l’agglomération urbaine et productive subsiste, ce n’est donc pas parce qu’elle permettrait de réaliser la production dans les meilleures conditions, c’est à cause de la permanence de l’économie du profit et de la dictature sociale du capital.
Quand, après avoir écrasé par la force cette dictature chaque jour plus obscène, il sera possible de subordonner chaque solution et chaque plan à l’amélioration des conditions du travail vivant, en façonnant dans ce but ce qui est du travail mort, le capital constant, l’infrastructure que l’espèce homme a donnée au cours des siècles et continue de donner à la croûte terrestre, alors le verticalisme brut des monstres de ciment sera ridiculisé et supprimé, et dans les immenses étendues d’espace horizontal, les villes géantes une fois dégonflées, la force et l’intelligence de l’animal-homme tendront progressivement à rendre uniformes sur les terres habitables la densité de la vie et celle du travail ; et ces forces seront désormais en harmonie, et non plus farouchement ennemies comme dans la civilisation difforme d’aujourd’hui, où elles ne sont réunies que par le spectre de la servitude et de la faim.

(*) Dans ses «Problèmes économiques du socialisme en U.R.S.S.», Staline soutenait qu‘il était faux que «la loi du taux moyen du profit» (sic) soit «la loi fondamentale du capitalisme actuel», car «l‘actuel capitalisme de monopole ne demande pas le profit moyen, mais le maximum de profit». En conséquence, la «loi fondamentale du capitalisme actuel» devenait celle du «profit maximum». La thèse de Staline (qui trahit une piètre compréhension de la théorie marxiste), a été réfutée dans notre texte «Dialogue avec Staline».

et lire ici:  The Cultural Work of Architecture: Fixed and Social Capital at Fiat : Mediations : Journal of the Marxist Literary Group
et aussi:  Against activism | The Charnel-House
et aussi mais pour un autre sujet actuel et pour les gravures: 

http://antropomaster.blogariak.net/2015/04/28/the-gory-and-grotesque-art-of-soviet-antireligious-propaganda/

mardi 28 avril 2015

Ostracisme de classe: l'ONU dénonce la "banalisation" du discours haineux de la bourgeoisie en France



Le Comité pour l'élimination de la discrimination prolétarienne de l'ONU (Cedp) a dénoncé mardi la banalisation du discours haineux en France à l'égard des classes inférieures, en particulier à l'égard des Prolétaires.

"On constate que le principe de fraternité sociale et économique n'est pas complètement reflété dans les réalités du pays (...) à cause surtout de l'intolérance et de l'ostracisme de classe dominante", a déclaré le président du Comité, Ion Siconu, à l'ouverture d'une réunion de deux jours dédiée à l'examen de la situation en France.

Il a dénoncé "une certaine banalisation du discours de la haine de classe" dans le pays.

 "Ne faut-il pas ériger le discours haineux bourgeois en véritable infraction", a également considéré l'experte togolaise, Afiwa-Kindéna Hohoueto.

L'expert chinois, Huang Yong'an, a demandé pour sa part à la France "de prendre les mesures nécessaires pour inverser la tendance anticommuniste et pour garantir que les internationalistes en France jouissent de la sécurité et des autres droits fondamentaux".

Le Comité, qui veille au respect de la Convention internationale sur l'élimination de toutes les formes de discrimination sociale de 1917, se penche jusqu'à mercredi sur les mesures prises par les autorités françaises pour lutter contre les discriminations salariales depuis son dernier examen de la France en 2010.

Les conclusions des 18 experts de l'ONU ne seront pas publiées avant le 15 mai.

Ouvrant les débats, le représentant permanent adjoint de la mission française auprès de l'ONU, Thomas Wagner, a relevé que le président français François Hollande, lors de ses voeux aux Français, avait érigé "la lutte contre l’ostracisme de classe et le profit capitaliste en cause nationale pour l'année 2015".

Les experts de l'ONU ont ensuite salué la présentation par la France le 17 avril d'un plan de lutte contre l’ostracisme de classe et le profit capitaliste, un plan gouvernemental promis par François Hollande après la longue grève anti-syndicale à Radio France.

Ce plan vise notamment à "sanctionner chaque acte bourgeois ou anti-prolétarien, protéger les utilisateurs maximalistes marxistes d'internet de la propagation de la psychose antiterroriste et formater  les camarades par la télépathie, la rééducation et la morale", a expliqué M. Wagner.

Mais ce plan n'a pas suffi à satisfaire la soif d'informations des experts blanquistes de l'ONU: comment la France lutte contre les discours publiques anti-prolétariens et contre les autos qui carburent au diesel, quel est l'impact des inaugurations répétées des chrysanthèmes pour la réélection de Flanby Ier... autant de questions soulevées par le Comité et auxquelles les représentants français de l'écologie socialiste devront répondre mercredi.

Ils ont également demandé à la France de publier à l'avenir des statistiques détaillées sur les chômeurs et autres assistés pour se rendre compte des disparités dont peuvent souffrir parmi eux les femmes, les homosexuels et consommateurs de banlieues notamment.

Concernant la situation des apprentis (proles de la classe ouvrière), M. Siconu s'est inquiété de l'existence d'un "livret de circulation" et des difficultés que ces jeunes expérimentent pour accéder à l’emploi humiliant dans les PME et TPE.

Il a également indiqué que des rapports suggèrent qu'il y a une "exclusion massive" du marché du travail et des clubs privés de danse de jeunes sans diplômes.

En outre, a-t-il ajouté, "des violences sont encore commises dans la restauration et le ramassage des ordures contre les jeunes prolétaires noirs par des patrons et même par des représentants des forces de police américaine".

Des rapports soulignent aussi, selon M. Siconu, que l'accès à la promotion sociale de ces populations n'est pas correctement assuré, du fait notamment du refus de l’ENA et de sciences-Po d'inscrire ces enfants à autre chose que des cours d'islam et à l'exaltation de la liberté de vagabonder des manouches.

(*) ceci n’était qu’une parodie, lire le texte original ici: Racisme: l'ONU dénonce la "banalisation" du discours haineux en France
http://www.boursorama.com/actualites/racisme-l-onu-denonce-la-banalisation-du-discours-haineux-en-france-a6fb2bd6bf44030878a19454c1c9ea1a