"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

mercredi 21 mai 2014

LES POUPEES GIGOGNES NATIONALES DE L’EUROPE ET L’ELECTEUR BREDOUILLE




Les élections européennes n’intéressent pas grand monde sauf les vieux qui veulent se rendre utiles ou refuser de croire à leur mort sociale. La propagande des partis en lice est franchement ridicule, même la pub pour la lessive de votre machine à laver ou les clips pour l’eau de Cologne sont mille fois plus brillants que cette pauvre réclame pour aller voter pour un baril de politiciens voire surtout un tas de parasites inconnus. Les Verts se jettent un chiffon de papier de tête de liste à tête de con, Copé ferait fuir un aréopage de ménagères en quête d’un charcutier honnête, le traître syndicaliste Martin danse avec les politicards du PS, le vieux PCF exhibe une mémère qui ne cache rien des outrages du temps, gésier de dindon, bajoues, masse corporelle en forme de tonneau (avec la main gauche qui a la tremblote) qui marmonne que voter communiste permettra de dire merde au capitalisme dans l’intérêt… de la France. Il est vrai que la majorité des électeurs sont désormais, vieux, moches, obèses, et qu’il faut leur faire croire qu’ils ne sont représentables que par aussi moches qu’eux[1].

Mais il y a pire, les braves électeurs ne connaissent plus vraiment les engeances électorales qu’ils sont sommés de choisir ; l’Europe opaque c’est aussi des partis au-dessus des partis ! Il existe une noria de partis politiques européens sur laquelle s’est penché un journaliste de Libé D.Albertini :
« Vous n’en entendez jamais parler, vous ne pouvez pas voter pour eux ni même, pour la plupart, y adhérer. Et pourtant, les partis politiques européens existent. En 2014, treize formations transnationales, officiellement reconnues, reçoivent des subventions européennes. Comme le Parti populaire européen (PPE), principale formation de droite, le Parti socialiste européen (PSE), les centristes de l’Alliance des libéraux et des démocrates pour l’Europe (ALDE), ou encore les radicaux du Parti de la gauche européenne (PGE). Ces mouvements sont d’un genre particulier, puisque leurs membres sont eux-mêmes des partis : ils regroupent en effet des formations nationales aux idées identiques ou similaires. Ainsi, le PPE, qui domine actuellement le Parlement européen, regroupe une cinquantaine de partis libéraux-conservateurs de l’UE, dont l’UMP française. Le PSE comprend 33 partis sociaux-démocrates, et notamment le Parti socialiste. Le Parti vert européen représente 32 mouvements, y compris Europe Ecologie-les Verts; quant à la très eurosceptique Alliance européenne pour la liberté (AEL), elle affiche 7 membres dont le Front national. Mais ces coalitions européennes méritent-elles vraiment le titre de parti ? »
«La question se pose depuis longtemps, souligne Francisco Roa Bastos, docteur en sciences politiques et spécialiste du sujet. Le problème est qu’on ne sait pas définir précisément ce qu’est un parti. On sait, en gros, que ce sont des entreprises politiques qui tentent d’arriver au pouvoir. Mais en Europe, où se situe le pouvoir au juste ? Qui plus est ces partis n’ont pas vraiment de militants. Ce sont donc surtout des structures décoratives.» Mais il existe un pouvoir décisionnel totalitaire et incontrôlable qui ferait passer le centralisme stalinien pour un gage de pureté électorale en voie de disparition presque regrettable.
Ces partis opaques supra-nationaux ou transnationaux, qui sont plutôt des clubs des élites bourgeoises, organisent régulièrement des congrès pour élire leurs instances dirigeantes, des réunions entre leaders… Mais c’est une coordination très faible, une sorte de club politique. Les plates-formes communes en question sont très vagues puisqu’elles doivent être acceptables, au PSE par exemple, à la fois par les travaillistes britanniques et les socialistes grecs». la plupart de ces partis n’acceptent pas de membres individuels, à l’exception de leurs propres parlementaires européens et des élus nationaux d’un parti membre. Seuls la Gauche européenne, l’ALDE, l’AEL, les EUDémocrats et le Parti démocrate européen ouvrent clairement cette possibilité –  toutefois assortie, chez certains, de conditions particulières et de restrictions au droit de vote dans les instances internes. Il existe une foule de possibilités sous le coude des invisibles oligarques européens pou varier à l’infini ghettoïsation et communautarismes – toujours pour dissoudre toute alternative internationaliste – par exemple la création de circonscriptions transnationales, franco-allemandes par exemple, réunissant des électeurs des deux côtés du Rhin…

Il y a plusieurs années certains commentateurs, pour ne pas dire des amis involontaires de l’actuel FN se plaignaient de voir se profiler une Europe des régions, une Europe sans Etats nationaux, sortes de nations affaiblies par le retour des féodalités régionales. En même temps ils ne celaient pas une partie de la vérité de la domination étatique, l’institution de la morale multiculturelle : toutes les nations divisées en ghettos et communautés, fondées sur un réflexe identitaire du repli sur soi et du rejet des autres. Tout cela mêle le vrai et le faux, le réel et l’exagéré. L’Etat a toujours régné en maintenant ghettos, groupes d’intérêt et de pression, mais sans accepter de se laisser marcher sur les pieds dans ses zones géographiques d’influence, mais avec le chapeautage européen il n’en est plus de même au niveau administratif, juridique, économique et politique.
Comme les partis politiques, supervisés eux-mêmes par des clubs transnationaux, les nations ne sont plus ce qu’elles étaient.

La décentralisation, la délégation du pouvoir à des bourgeoisies ou des mafias locales n’est certes pas un phénomène nouveau depuis le court XXe siècle. On ne peut comprendre le problème à partir de l’infiniment petit où reste ce colloque entre bourgeois. Il faut partir des visées des impérialismes dominants pour comprendre de quoi il est question. Prenons le moment de la décolonisation. Par exemple, après 1945, Angleterre et France durent se résoudre à évacuer fissa leurs anciennes colonies. Kennedy vint le dire explicitement à De Gaulle à Paris en 1961 concernant l’Algérie. Cependant, l’Algérie n’a jamais cessé d’être un problème insoluble, même indépendante. Pourquoi ? Parce que ce pays est trop loin des Etats-Unis et reste proche par « facilités » économiques de l’ancienne puissance coloniale. Les Etats-Unis n’ont jamais réussi à y établir des relations privilégiées.

Les vieilles nations européennes ont constitué un socle apparemment indestructible de traditions, non pas du sang (bien que souvent sanguinaires dans leurs guerres passées), mais nationales, économiques et culturelles, perpétré pour le profit des bourgeoisie séculaires autochtones. La France, comme l’Angleterre, l’Italie ou l’Allemagne sont des réalités plus solides que l’assemblage artificiel trop récent concocté après 1945 de la Serbie, de la Croatie, du Monténégro et de la Slovénie unifiés provisoirement dans l’étau des anciens blocs vainqueurs sous le nom de Yougoslavie. De même, l’unification à marche forcée de la zone contrôlée par l’ex-URSS, ne pouvait pas survivre à l’effondrement du centre impérialiste de Moscou. Le partage du monde, après les deux guerres mondiales du XXe siècle n’a jamais cessé d’être remis en cause. Pendant les guerres dites de la décolonisation, les gangsters impérialistes n’ont pas cessé de se mesurer en Afrique et en Asie, sous le masque d’Etats fantoches qui martyrisèrent leur prolétariat et eurent pour but de les couper de tout lien de classe avec leurs frères de misère, les prolétaires d’Europe et d’Amérique, grâce à la théorie terroriste qui, de Mao à Fanon, Sartre et Guevara, ne cessa d’exalter comme un acte révolutionnaire le fait de tuer « l’homme blanc », déviation de la théorie communiste d’émancipation du prolétariat comme seul avait su faire le nazisme avec sa prétention à éliminer les races inférieures.
Le nazisme – exemple exceptionnel d’ « Europe unie » - demeure un vivier de leçons politiques « européennes » pour le contrôle des régions conquises à nos démocratiques impérialistes modernes. En remerciant au passage le Centre de Documentation Juive Contemporaine, voici ce qui fut trouvé dans les archives nazies et porté à la connaissance du public dès 1950. Le document nazi s’intitulait : « Création des bases juridiques pour la politique allemande en Pologne selon des points de vue de politique ethnique » :
« Il faut veiller à ce que l’amertume et la haine du peuple polonais ne se dirigent pas exclusivement contre le Reich mais que des états de tension subsistent également avec le bolchévisme (sous-entendu le stalinisme, ndt), les Juifs, les Ukrainiens, les Blancs-Russiens et les Protestants. Le dynamisme produit par une telle amertume ne doit pas éclater dans une seule direction chez tout le peuple polonais. On peut y parvenir en évitant une centralisation trop forte et une juridiction trop uniforme et en donnant la préférence plutôt à une décentralisation discrète, voire à une division par cantons. Pour les divers districts, on pourrait prévoir une réglementation absolument différente par la création de régions polono-juives, polono-ukrainiennes, polono-blancs-russiennes, catholico-protestantes… »[2]
A lire cela, on comprend mieux les campagnes de l’hyper-puissance américaine sur la Shoah de nos jours : exciter la haine envers les présumés « meneurs du monde juifs », susciter l’exaspération entre les populations européennes (et partout ailleurs) de mille manières pour se présenter au monde comme la blanche colombe la juridiction punitive des réflexes ethniques ou « fâchistes » qu’elle sait si bien organiser et planifier d’Europe en Asie et Afrique.

La force de l’impérialisme américain par rapport aux pachydermiques occupations des ex-puissances coloniales ou des chars nazis, est d’avoir compris qu’il n’est pas besoin d’occuper les pays et qu’on peut
fort bien les subordonner économiquement et sous parapluie militaire. C’est une occupation indirecte, mille fois plus efficace que la barbarie nazie, cent mille fois plus efficiente que la conquête pachydermique des territoires qui engendre résistances et dénonciations frontales du conquérant face à l’univers entier[3]. Dans ce sens, l’idéologie de la « mondialisation » sans fard n’aura été qu’un nouveau vernis idéologique pour supplanter l’inquiétant « internationalisme », tout comme l’idée européenne dès 1945 n’a été qu’une singerie de l’internationalisme prolétarien face à la souveraineté nationale périmée et à l’impérialisme russe.

Le maintien des nations dans un cadre géographique plus large avait été prévu par Marx

Pour Marx, la colonisation était le corollaire d’un processus historico-économique du monde[4]. Devenue bourgeoise, l’aire européenne étendit ses prérogatives au monde entier. Cette tendance à l’expansion universelle, comme le dit Miklos Molnar,  n’est ni son mérite, ni sa faute : elle relève de sa nature : « Contrairement aux formations historiques précédentes, la société bourgeoise ne saurait « tolérer » l’existence simultanée et prolongée d’autres sociétés cantonnées dans leur isolement. Elle « oblige », comme le dit Marx, « toutes les nations à faire leur… le mode de production bourgeois ». Depuis toujours, Marx et Engels voyaient dans les « grands ensembles » étatiques le gage du progrès contre la tendance au maintien des particularismes rétrogrades par définition. La marche de l’histoire procédait pour eux d’une unification du globe vers une existence planétaire de l’espèce humaine : « vers une histoire universelle qui prend le pas sur l’existence et l’histoire locales » [5]Incapable de dénoncer réellement la mondialisation les résidus du maximalisme révolutionnaire montrent leur ignorance de la pensée de Marx. L’ouvrage de Boltanski et Chiapello[6]  bien que basé infra-politiquement sur l’étude de la seule littérature moderne du management, décrit comment le capitalisme a su s’adapter, surtout en pillant la théorie marxiste mondialiste. Mais sous la fin peu probable des hiérarchies managériales et une gestion de type autogestionnaire très relative, demeure une auto-exploitation et le maintien des classes sociales avec des inégalités actuelles décuplées comparées à celles du milieu du siècle dernier.

Avec la célèbre formulation sibylline du Manifeste Communiste de 1848, Marx ne nous aidait pas tellement à comprendre comment dépasser le capitalisme à son niveau de fausse mondialisation : « Abolissez l’exploitation de l’homme par l’homme, et vous abolissez l’exploitation d’une nation par une autre nation. Lorsque l’antagonisme des classes, à l’intérieur des nations, aura disparu, l’hostilité de nation à nation disparaîtra ». Plus facile à dire qu’à faire. Au XIXe siècle c’est Proudhon qui avait raison contre Marx, à une époque où la petite bourgeoisie était encore dominante. Au long terme, l’histoire a donné raison à Marx avec le développement incontestable d’un prolétariat mondial, pourtant conchié ou méprisé par les média bourgeois, dont la nécessité (sociologique s’entend) sert à masquer l’importance pour la marche du système d’exploitation, peinard pourtant tant que le prolétariat est incapable de se doter de véritables partis révolutionnaires.

Dans leurs écrits ultérieurs, Marx et Engels ont évidemment un peu plus précisé les choses en considérant que seule une révolution simultanée dans les pays industriels les plus développés pourrait mettre fin à la domination mondiale de la bourgeoisie et ouvrir par cela l’ère du socialisme[7]. Ils insistaient contre les libéraux et les anarchistes sans craindre le paradoxe sur le fait que c’est la production capitaliste qui crée grâce à son niveau élevé, les fondements du socialisme futur. Prenant en compte l’inégalité du développement capitaliste,  ils prévoyaient des possibilités révolutionnaires (en Russie par exemple) mais la voie royale au socialisme était restée pour eux celle du capitalisme occidental pour éviter de tomber dans un communisme « monacal » dont lequel sont tombés effectivement les bolchéviques, ce qui ne fait pourtant pas de leur tentative hardie une révolution bourgeoise.
Pour se poser réellement la question de la révolution, il devenait nécessaire que le capitalisme, mondialement, ne soit plus ascendant, ne soit plus considéré comme progressif. La théorie de l’impérialisme de Lénine, comme stade suprême du capitalisme, fit une séparation entre impérialisme et capitalisme. A côté de la lutte des prolétaires dans les pays industrialisés, devait donc se développer une lutte anti-impérialiste dans les colonies, pour y créer une bourgeoisie et un prolétariat indépendants des nations dominantes déjà constituées. Cette théorie, qui voulait brûler les étapes dans l’excitation de la réussite révolutionnaire en Russie, était opportuniste d’autant que le développement inégal du capitalisme allait rester… inégal. Tout naturellement cette théorie fut récupérée par le stalinisme et la bourgeoisie mondiale à des fins autres que l’émancipation des peuples, pour justifier le partage…impérialiste du monde moderne. Marx n’était pas devin. Lénine lui avait le souci de la continuité du combat révolutionnaire, mais l’évolution naturelle du monde capitaliste ne dépendait pas du vouloir d’un théoricien bolchévique, limité aussi par son époque. Pour Marx, à la source, c’est l’unicité bourgeoise, capitaliste du monde qui est la condition nécessaire pour passer à l’assaut final contre ce même monde bourgeois (cf. M.Molnar) certainement pas pour recommencer l’expérience « monacale » russe. En ce sens nous pourrions aller jusqu’à dire que les grands impérialismes ont travaillé dans le sens de l’unicité communiste du monde, tout en démontrant par leurs rivalités perpétuelles, leur… incompétence !

L’Etat-nation, qu’il soit américain, français, tunisien ou ukrainien, est archaïque, mais il a représenté une cohérence que n’auront jamais les régionalismes et divers communautarismes. La souveraineté nationale n’est plus un concept politique efficace, Il ne s’agit pas non plus d’une décomposition de l’Etat-Nation, l’idée chauvine reste utilisée de manière dominante au milieu de la flopée des revendications régionalistes ou identitaires. La formulation d’Hannah Arendt -  « l’Etat-Nation se survit à la manière d’un cadavre ambulant dont l’existence fausse est artificiellement prolongée par des injections répétées d’expansion impérialiste » - était déjà désuète et une apologie de l’impérialisme US au siècle dernier ; jamais on n’a autant utilisé les histoires de « souveraineté nationale » que depuis la chute de la maison stalinienne, parce que dans la crise mondiale la bourgeoisie ne peut illusionner sur des solutions locales, régionales archaïques, mais a encore besoin de « l’esprit national » pour dissoudre et embourber toute réelle conscience de classe du prolétariat rétif à toutes les arriérations régionalistes et communautaristes dont on lui fait subir tous les accoutrements et prérogatives juridiques; enfin et surtout en cas de guerre mondiale le prolétariat - qui n'existe pas comme somme de communautés ou de religions - ne peut être mobilisable que sur des critères larges et citoyens c'est à dire nationaux, quoiqu'on nous assure que certains, un peu partout, veulent mourir pour Allah... mais qu'ils ont aussi une patrie!

Dans la compétition économique exacerbée qui ne peut déboucher sur une guerre mondiale à cause du prolétariat américain et européen, les Etats dominant militent pour l’euthanasie mentale du prolétariat. Leur type de système électoral européen est encore plus chauvin que le système national parlementaire. Il est demandé à l’électeur de choisir son représentant « français » (ou italien, ou allemand, etc.) au parterre des parasites politiques de ce pouvoir européen opaque et incontrôlable ; mais au fond typique du pouvoir « national », par exemple ni les ministres ni les fonctionnaires d’Etat ne sont élus. La classe bourgeoise, sous la baguette ou plutôt la houlette de son commis principal (certes élu par le financement électoral financier) choisit son personnel aux ordres des lois de l’économie bourgeoise. En ce sens l’élection européenne n’est pas plus pourrie que les élections nationales.
Hélas ce système de houlette électorale peut s’avérer une roulette russe. Dégoûtés par la succession alternative et récurrente des partis de la gauche bourgeoisie et de la droite bourgeoise – et logique avec l’exigence de devoir citoyen – une masse d’électeurs est prête à envoyer au boxon européen des profiteurs – politiciens parasites – du FN. Il ne s’agit plus alors d’un vote protestataire mais de connerie pure.



[1] La mère Le Pen bat des records de laideur. Même ganache que le père et cheveux gras aplatis comme les pauvresses des quartiers qui n’ont plus les moyens d’aller chez le coiffeur. Le FN ne s’adresse pas à la clientèle bien pomponnée et coiffée  chic des beaux quartiers !
[2] In L’Allemagne et le génocide de Joseph Billig, ed CDJC, 1950. En ce sens l’islamophilie régnante joue la même fonction paralysante et tétanisante que la division raciale entretenue par les nazis ; ainsi la mise en accusation du policier de Trappes qui faisait son boulot en sermonnant une tarée obscurantiste ultra voilée, va encourager les fonctionnaires à laisser se répandre les accoutrements coraniques (ce qui est déjà laxisme courant dans les banlieues risquées): Un policier qui avait participé au contrôle d'identité mouvementé d'une femme portant le niqab, déclencheur des violences l'été dernier à Trappes (Yvelines), a été mis en examen, soupçonné de propos islamophobes sur sa page Facebook, a indiqué mardi le parquet de Versailles. Le parquet a requis le 26 mars son renvoi devant le tribunal correctionnel, à l'issue d'une information judiciaire pour "provocation à la haine raciale ou à la violence" confiée à un juge d'instruction. Il a été mis en examen le 30 janvier. (cf. Le Point et aussi tout le tintouin autour de la crèche Baby loup).

[3] En ce sens, les manœuvres de Poutine – son retrait des forces militaires de la frontière ukrainienne – jouent sur les nerfs de ses adversaires sans se ridiculiser face au monde entier, et en faisant jouer en interne ses services à barbouzes.
[4] Dans son excellent ouvrage « Les cocus de la révolution (voyage au cœur du printemps arabe) », Mathieu Guidère ne montre pas seulement l’avachissement dans l’arriération moyenâgeuse des pays arabes, mais rappelle que tout ne fût pas négatif dans la colonisation (ed autrement 2013). Je pense même qu’il leur faudra une nouvelle colonisation humaine pour sortir de la misère et de l’abrutissement religieux !
[5] Cf. Lire L’idéologie allemande, ed sociales, 1968.
[6] Cf.« Le nouvel esprit du capitalisme ».
[7] Cf. l’excellente contribution de Miklos Molnar, in poche Gallimard.

dimanche 11 mai 2014

IMBROGLIO UKRAINIEN ET REPUGNANTE PROPAGANDE OCCIDENTALE




« En trop de pays, l’art de gouverner est devenu l’art d’ajourner ».

Georges Clemenceau


Un jour Bordiga confia à Lucien Laugier : « La tactique du parlementarisme révolutionnaire de Lénine a échoué, mais notre tactique de l’abstentionnisme était aussi vouée à l’échec ». Poutine pourrait tout aussi bien confier à son clone pâle et insignifiant Dmitri Medvedev : « la tactique des chars russes de Brejnev a échoué, mais notre électoralisme séparatiste est aussi voué à l’échec ».

«Approuvez-vous l'indépendance de la République populaire de Donetsk?» et «approuvez-vous l'indépendance de la République populaire de Lougansk?». Voilà la question, posée en ukrainien et en russe sur le papier, à laquelle devront répondre aujourd’hui les quelque 7,3 millions d'habitants des «oblast» (circonscriptions) de Lougansk et Donetsk, composant la région du Donbass collée à la frontière russe[1]. 
Poutine, ou du moins la bourgeoisie russe (car le dictateur est dicté) prend la démocratie occidentale par la queue en déclarant « légitime le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes »[2]. Hollande et Merkel peuvent bien pleurnicher que c’est illégal mais c’est bien un référendum, comme tous les référendums = consultation du peuple avec une question et pas deux, et bourrage des urnes si le oui est douteux.
Car des doutes subsistent aux fins fonds de l’Ukraine, même la plus russophile, sur le taux de participation. Et, contrairement aux minorités des factions rivales, la population pro-russe comme pro-Europe ne veut pas de divorce, sécession, fédéralisation, finlandisation, etc. Selon plusieurs sondages, une participation de 60% serait espérée. Toutefois, toujours selon des enquêtes, 70% de la population dans l'Est du pays serait hostile au séparatisme et reste favorable à l'unité territoriale du pays, contre quelque 18% pour la sécession.
On n’est pas à la veille de la future guerre mondiale contrairement à ce que déclarait le pleurnichard Yves Calvi dans son émission C dans l’air, appuyé par toute une série de menteurs professionnels adulateurs du mensonge démocratique.[3] : « on est dans les derniers temps de la paix... le maître du Kremlin  Vladimir Poutine a présidé le défilé de l’armée russe sur la place Rouge de Moscou, avant de rejoindre la Crimée récemment annexée. Un président russe qui semble de plus en plus jouer au pompier pyromane tandis que l’Est de l’Ukraine échappe de plus en plus à l’autorité de son gouvernement à Kiev… ».

Traité de tous les noms, cible de tous les fantasmes néo-hitlériens, Poutine est l’obsession « hitlérienne » des médias de C dans l’air à « C dans l’cul » de TF1 (thème : guerre ou paix, alors qu’on en est encore à un simple marchandage pour un nouveau lebensraum impossible). Comme je l’ai déjà signalé sur ce blog, l’ensemble des journalistes n’arrêtent pas de saliver en comptant les morts d’une guerre civile qui n’a pas encore commencée.

« Si Hillary Clinton avait déjà établi une telle comparaison début mars, ajoute Le Monde, il est très rare qu'un responsable allemand compare Hitler à un autre dirigeant. Comparer Hitler à qui que ce soit pourrait en effet inciter certains à banaliser ses crimes. Si, malgré tout, certains l'ont comparé à Staline ou Mao, le comparer à Poutine est encore plus osé. D'abord parce que celui-ci est en fonction. Une question se pose : si Poutine est comparable à Hitler, faut-il négocier avec Poutine voire discuter avec lui comme le fait Angela Merkel ? De plus, l'Allemagne est extrêmement divisée sur le sujet. Un bon nombre d'Allemands, y compris au sein de l'Union chrétienne-démocrate (CDU), sont assez sensibles à la rhétorique "russe" de Poutine et une majorité de responsables politiques sont convaincus qu'il faut le ménager parce qu'on ne choisit pas ses voisins et que la Russie va forcément jouer un rôle important en Europe dans les décennies à venir. Pour eux, il ne faut surtout pas diaboliser Poutine. Wolfgang Schäuble n'est manifestement pas de cet avis et entend le faire savoir même si, en tant que ministre des finances, il n'est pas en première ligne sur ce dossier. Lundi après-midi, le ministère des finances a publié un communiqué pour affirmer que M. Schäuble n'avait pas "comparé d'une quelconque façon la Russie au Troisième Reich ».
Si l’on sort des insultes – qui font partie du bain cultuel occidental au quotidien pour éviter de penser politique -, il s’avère que la situation est plus compliquée et ne vaut pas comparaison avec des « Sudètes de 1938 » (le scandale de « Munich »), trop d’intérêts économiques mutuels sont en jeu, même si les républicains les plus bêtes jouent les matamores. Ainsi la droite des faucons US, comme le sénateur John McCain, s’ils reprochent aujourd’hui à Barack Obama de se montrer trop mou vis-à-vis de « Adolf » Poutine et de ses projets d’annexion de la Crimée, ils oublient que, malgré ses airs martiaux, George W. Bush est resté impuissant en 2008 quand la Russie a soustrait par les armes deux régions appartenant à la Géorgie. Ancien correspondant à Moscou de Time magazine, ancien conseiller de Bill Clinton pour la Russie, Strobe Talbott a remis l’expression d’«endiguement» au goût du jour. Il considère et il n’est pas le seul, qu’il sera très difficile pour les Occidentaux d’empêcher définitivement l’annexion de la Crimée[4] par la Russie, sous une forme ou sous une autre. L’objectif des diplomates doit être maintenant de ne pas laisser Poutine aller au-delà. Et ne pas lui permettre de détacher de l’Ukraine les régions orientales à majorité russophone. Certains pensent, par ailleurs, comme George Kennan en 1947, que le régime de Poutine a présumé de ses forces et risque à terme d’être affaibli par cette politique expansionniste. Poutine sait, comme les bourgeois occidentaux eux-mêmes lorsqu’ils organisent leurs référendums (cf. celui croquignolesque du Traité de Lisbonne) que ce sont les chancelleries aux ordres du système financier mondial qui trancheront pas les référendums ni les vieux chars staliniens.

LE DEMEMBREMENT DE LA TCHECOSLOVAQUIE du temps jadis

A la fin des années 1930 les régions  Région des Sudètes se situent en Tchécoslovaquie. Les citoyens de nationalité allemande sont 3 millions dans un pays de 15 millions d’habitants. Cependant, jusqu'en 1935 au parlement tchécoslovaque, ce n'est qu'une minorité des députés germanophones des Sudètes qui demande la sécession complète de leur région, certains Allemands des Sudètes participant même aux coalitions gouvernementales. La crise économique de 1929 a une influence importante dans les régions industrielles des Sudètes où le chômage s'élève très rapidement, accentuant les conflits nationalistes. L'opposition entre les Allemands et les Tchèques s'intensifie tout au long des années 1930, ponctuée par les bouleversements qui surviennent en Allemagne à la suite de la prise du pouvoir par Hitler en 1933. La crise économique actuelle, plus grave que celle de 1929 à terme, contient aussi la guerre mondiale, mais les carottes n’étant pas cuites (blocs militaires non constitués et populations pacifistes) il reste à aménager un dépeçage organisé[5]
Daniel Vernet a raison de souligner que ce qui est recherché par l’ensemble des Etats bourgeois, par-dessus les velléités de l’Etat fantoche de Kiev et les agitations des néo-nazis de la région Est, c’est une stabilité qui… intègre le dépeçage organisé (cela il ne le dit pas) ; et ce journaleux bourgeois milite aussi comme ses confrères pour que la population prolétaire aille au casse-pipe :
« Le maintien de la stabilité est un des objectifs principaux des politiques étrangères des grands pays, qui craignent toujours l’inconnu. Une Russie stable sous la férule d’un autocrate comme Vladimir Poutine leur parait plus souhaitable qu’une Russie imprévisible comme du temps de Boris Eltsine. Pour ne citer qu’un exemple. Les diplomates ne peuvent cependant pas esquiver une question : la recherche de la stabilité à tout prix n’entre-t-elle pas en contradiction avec le but poursuivi quand cette stabilité devient insupportable aux peuples en mouvement. De la place Trahir à la place Maïdan ».
Or on va voir que la situation actuelle, comparée à 1938 est complètement différente, grâce au groupe internationaliste des Communistes Révolutionnaires en 1942 (les RKD) :
« Le peuple allemand entrait sans enthousiasme dans la guerre. Il approuvait en effet le rétablissement de « l’unité territoriale » c'est-à-dire le rattachement de l’Autriche et des Sudètes, mais il désapprouvait la guerre de Dantzig, la guerre contre la Pologne, il condamnait sévèrement la nouvelle guerre mondiale. L’Etat d’esprit des masses allemandes en septembre 1939 contraste particulièrement avec celui de 1914. La dictature hitlérienne est obligée de mentir au peuple en disant qu’il ne s’agit que de « quelques actions d’éclair », l’état de guerre avec la France est camouflé pendant des mois : le mot « guerre » n’apparaît au début même pas dans la presse de Goebbels. Le pacte avec la Russie est présenté comme une garantie de paix ».[6]
Cet article clandestin des RKD (petit groupe révolutionnaire issu du trotskisme et composé surtout de militants juifs allemands) est très intéressant parce qu’il est le seul à expliquer (à ma connaissance) la durée de la « drôle de guerre » - un an sans guerre ouverte après déclaration en bonne et due forme de la France et de l’Angleterre. En réalité comme les RKD l’ajoutent, les bourgeoisies hitlérienne et démocratique sont encore hantées par la révolution spartakiste, mais en fait le prolétariat allemand a bien été écrasé physiquement net politiquement. La guerre mondiale va avoir lieu sans insurrection interne.

ARRETE TON CHARRE POUTINE [7]!

Très différent si on compare à 2014. Bien sûr le prolétariat semble tuméfié dans son désir de consommation et atomisé par la période de réaction que nous subissons à tous points de vue. Mais comment ignorer que partout dans les pays émergents du Brésil à la Chine, les masses se battent contre l’austérité capitaliste? Et qu’elles sont conscientes de plus en plus qu’il n’existe aucune solution nationale ni régionale…
Les larves des émissions de C dans l’air et les autres nous assurent que le chauvinisme caracole en Russie. Tiens, ils font comme la presse française des années 1930 face au réarmement allemand. L’ennemi n’est plus le boche mais le « ruskof » ! Même si le mercenaire de l’Arabie Saoudite, Boko Haram, prenait en otage Poutine et ses femmes, les masses russes n’iraient pas mourir pour ce présumé tsar de poche.
La fable de « l’unité territoriale » ou du « grand empire retrouvé » peut sans conteste agréer à une économie de guerre, mais la guerre économique engendre tellement de mafias et mêle tant de rivalités impérialistes qu’aucun manichéisme n’apparaît plus crédible.




[1] A.Lipietz résume avec à peu près le déroulé antérieur des événements : « En novembre dernier, le président Ianoukovitch rompt les négociations d’accord avec l’Union européenne. Percevant cette rupture inattendue comme un manœuvre prorusse qui éloigne leur pays des normes démocratiques occidentales, les Ukrainiens de l’Ouest manifestent : c’est l’Euromaïdan, rassemblant démocrates pro-européens et nationalistes ukrainiens. Suite à un massacre, le président s’enfuit ; il est destitué par le parlement. Poutine, s’appuyant sur des milices pro-russes, annexe la Crimée avec l’appui d’un referendum local presqu’unanime. Le même scénario se profile sur l’est du pays. La conférence de Genève du 17 avril entérine de fait l’annexion de la Crimée et encadre mollement les risques de partition de l’Ukraine. Genève = Munich ? ». On appréciera le neutre « suite à un massacre » de ce politicien bourgeois écolo ! Pro-US sans fard Lipietz ne va pas critiquer ses patrons et leurs amis… néo-nazis qui ont tirés place Maïdan ! Ni épiloguer sur le coup d’Etat anti-russe…

[2] Et tout le monde du dinosaure Kissinger à  Védrine, de Lipietz à D. Vernet, et le ministre des finances allemand Wolfgang Schäuble, de crier à la nouvelle annexion des Sudètes. Au premier abord ne pas se fier à l’amalgame, même s’il est intéresser de relever que tous les dictateurs modernes revendiquent cette baudruche de droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. La crise des Sudètes en 1938 atteint son paroxysme lorsqu'Hitler, invoquant le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, annonce qu'il annexera cette région, quoi qu'il arrive, le 1er octobre 1938, en sachant parfaitement que cela équivaut à une déclaration de guerre avec la France et le Royaume-Uni, nations alliées de la Tchécoslovaquie.

[3] Voir sur le site de C dans l’air la réaction unanimement dénonciatrice du bourrage de crâne occidental par la plupart des téléspectateurs, dépité de voir que cette émission est aussi pourrie que tout le reste médiatique, et met le doigt sur la couture du pantalon face au fameux « nazi Poutine » !
[4] Historiquement la Crimée n’a jamais fait partie de l’Ukraine, la confusion date des tripatouillages sous Khrouchtchev.
[5] L’ancien ministre français des affaires étrangères Hubert Védrine et le gourou de la politique étrangère américaine Henry Kissinger, 91 ans, proposent tous les deux la «finlandisation» de l’Ukraine comme un élément de sortie de crise. Comme la Finlande à la fin de la Deuxième guerre mondiale, l’Ukraine choisirait librement son système politique (par exemple, la démocratie libérale) et son régime économique (l’économie de marché) mais s’engagerait à mener une politique étrangère «neutre» entre l’Occident et la Russie. L’analogie entre la Finlande et l’Ukraine a un certain fondement. Voisine de l’URSS, la Finlande s’est vue amputée d’une partie de la Carélie annexée par Moscou mais a conservé son indépendance. Ce n’est qu’après la fin de la guerre froide que les Finlandais ont pu adhérer à l’Union européenne et se rapprocher de l’Alliance atlantique.Cependant le terme «finlandisation», que n’aimaient pas les Finlandais, a connotation péjorative. Il soulignait une mise sous tutelle alors que les Finlandais s’étaient battus pour leur liberté, d’abord contre l’Union soviétique puis contre les Allemands
[6] Tempus Fugit n°3 page 76.
[7] En argot français : cesse de bluffer… Ben Hur… on goudronne !