"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».

Marx (L'idéologie allemande)

dimanche 11 mai 2014

IMBROGLIO UKRAINIEN ET REPUGNANTE PROPAGANDE OCCIDENTALE




« En trop de pays, l’art de gouverner est devenu l’art d’ajourner ».

Georges Clemenceau


Un jour Bordiga confia à Lucien Laugier : « La tactique du parlementarisme révolutionnaire de Lénine a échoué, mais notre tactique de l’abstentionnisme était aussi vouée à l’échec ». Poutine pourrait tout aussi bien confier à son clone pâle et insignifiant Dmitri Medvedev : « la tactique des chars russes de Brejnev a échoué, mais notre électoralisme séparatiste est aussi voué à l’échec ».

«Approuvez-vous l'indépendance de la République populaire de Donetsk?» et «approuvez-vous l'indépendance de la République populaire de Lougansk?». Voilà la question, posée en ukrainien et en russe sur le papier, à laquelle devront répondre aujourd’hui les quelque 7,3 millions d'habitants des «oblast» (circonscriptions) de Lougansk et Donetsk, composant la région du Donbass collée à la frontière russe[1]
Poutine, ou du moins la bourgeoisie russe (car le dictateur est dicté) prend la démocratie occidentale par la queue en déclarant « légitime le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes »[2]. Hollande et Merkel peuvent bien pleurnicher que c’est illégal mais c’est bien un référendum, comme tous les référendums = consultation du peuple avec une question et pas deux, et bourrage des urnes si le oui est douteux.
Car des doutes subsistent aux fins fonds de l’Ukraine, même la plus russophile, sur le taux de participation. Et, contrairement aux minorités des factions rivales, la population pro-russe comme pro-Europe ne veut pas de divorce, sécession, fédéralisation, finlandisation, etc. Selon plusieurs sondages, une participation de 60% serait espérée. Toutefois, toujours selon des enquêtes, 70% de la population dans l'Est du pays serait hostile au séparatisme et reste favorable à l'unité territoriale du pays, contre quelque 18% pour la sécession.
On n’est pas à la veille de la future guerre mondiale contrairement à ce que déclarait le pleurnichard Yves Calvi dans son émission C dans l’air, appuyé par toute une série de menteurs professionnels adulateurs du mensonge démocratique.[3] : « on est dans les derniers temps de la paix... le maître du Kremlin  Vladimir Poutine a présidé le défilé de l’armée russe sur la place Rouge de Moscou, avant de rejoindre la Crimée récemment annexée. Un président russe qui semble de plus en plus jouer au pompier pyromane tandis que l’Est de l’Ukraine échappe de plus en plus à l’autorité de son gouvernement à Kiev… ».

Traité de tous les noms, cible de tous les fantasmes néo-hitlériens, Poutine est l’obsession « hitlérienne » des médias de C dans l’air à « C dans l’cul » de TF1 (thème : guerre ou paix, alors qu’on en est encore à un simple marchandage pour un nouveau lebensraum impossible). Comme je l’ai déjà signalé sur ce blog, l’ensemble des journalistes n’arrêtent pas de saliver en comptant les morts d’une guerre civile qui n’a pas encore commencée.

« Si Hillary Clinton avait déjà établi une telle comparaison début mars, ajoute Le Monde, il est très rare qu'un responsable allemand compare Hitler à un autre dirigeant. Comparer Hitler à qui que ce soit pourrait en effet inciter certains à banaliser ses crimes. Si, malgré tout, certains l'ont comparé à Staline ou Mao, le comparer à Poutine est encore plus osé. D'abord parce que celui-ci est en fonction. Une question se pose : si Poutine est comparable à Hitler, faut-il négocier avec Poutine voire discuter avec lui comme le fait Angela Merkel ? De plus, l'Allemagne est extrêmement divisée sur le sujet. Un bon nombre d'Allemands, y compris au sein de l'Union chrétienne-démocrate (CDU), sont assez sensibles à la rhétorique "russe" de Poutine et une majorité de responsables politiques sont convaincus qu'il faut le ménager parce qu'on ne choisit pas ses voisins et que la Russie va forcément jouer un rôle important en Europe dans les décennies à venir. Pour eux, il ne faut surtout pas diaboliser Poutine. Wolfgang Schäuble n'est manifestement pas de cet avis et entend le faire savoir même si, en tant que ministre des finances, il n'est pas en première ligne sur ce dossier. Lundi après-midi, le ministère des finances a publié un communiqué pour affirmer que M. Schäuble n'avait pas "comparé d'une quelconque façon la Russie au Troisième Reich ».
Si l’on sort des insultes – qui font partie du bain cultuel occidental au quotidien pour éviter de penser politique -, il s’avère que la situation est plus compliquée et ne vaut pas comparaison avec des « Sudètes de 1938 » (le scandale de « Munich »), trop d’intérêts économiques mutuels sont en jeu, même si les républicains les plus bêtes jouent les matamores. Ainsi la droite des faucons US, comme le sénateur John McCain, s’ils reprochent aujourd’hui à Barack Obama de se montrer trop mou vis-à-vis de « Adolf » Poutine et de ses projets d’annexion de la Crimée, ils oublient que, malgré ses airs martiaux, George W. Bush est resté impuissant en 2008 quand la Russie a soustrait par les armes deux régions appartenant à la Géorgie. Ancien correspondant à Moscou de Time magazine, ancien conseiller de Bill Clinton pour la Russie, Strobe Talbott a remis l’expression d’«endiguement» au goût du jour. Il considère et il n’est pas le seul, qu’il sera très difficile pour les Occidentaux d’empêcher définitivement l’annexion de la Crimée[4] par la Russie, sous une forme ou sous une autre. L’objectif des diplomates doit être maintenant de ne pas laisser Poutine aller au-delà. Et ne pas lui permettre de détacher de l’Ukraine les régions orientales à majorité russophone. Certains pensent, par ailleurs, comme George Kennan en 1947, que le régime de Poutine a présumé de ses forces et risque à terme d’être affaibli par cette politique expansionniste. Poutine sait, comme les bourgeois occidentaux eux-mêmes lorsqu’ils organisent leurs référendums (cf. celui croquignolesque du Traité de Lisbonne) que ce sont les chancelleries aux ordres du système financier mondial qui trancheront pas les référendums ni les vieux chars staliniens.

LE DEMEMBREMENT DE LA TCHECOSLOVAQUIE du temps jadis

A la fin des années 1930 les régions  Région des Sudètes se situent en Tchécoslovaquie. Les citoyens de nationalité allemande sont 3 millions dans un pays de 15 millions d’habitants. Cependant, jusqu'en 1935 au parlement tchécoslovaque, ce n'est qu'une minorité des députés germanophones des Sudètes qui demande la sécession complète de leur région, certains Allemands des Sudètes participant même aux coalitions gouvernementales. La crise économique de 1929 a une influence importante dans les régions industrielles des Sudètes où le chômage s'élève très rapidement, accentuant les conflits nationalistes. L'opposition entre les Allemands et les Tchèques s'intensifie tout au long des années 1930, ponctuée par les bouleversements qui surviennent en Allemagne à la suite de la prise du pouvoir par Hitler en 1933. La crise économique actuelle, plus grave que celle de 1929 à terme, contient aussi la guerre mondiale, mais les carottes n’étant pas cuites (blocs militaires non constitués et populations pacifistes) il reste à aménager un dépeçage organisé[5]
Daniel Vernet a raison de souligner que ce qui est recherché par l’ensemble des Etats bourgeois, par-dessus les velléités de l’Etat fantoche de Kiev et les agitations des néo-nazis de la région Est, c’est une stabilité qui… intègre le dépeçage organisé (cela il ne le dit pas) ; et ce journaleux bourgeois milite aussi comme ses confrères pour que la population prolétaire aille au casse-pipe :
« Le maintien de la stabilité est un des objectifs principaux des politiques étrangères des grands pays, qui craignent toujours l’inconnu. Une Russie stable sous la férule d’un autocrate comme Vladimir Poutine leur parait plus souhaitable qu’une Russie imprévisible comme du temps de Boris Eltsine. Pour ne citer qu’un exemple. Les diplomates ne peuvent cependant pas esquiver une question : la recherche de la stabilité à tout prix n’entre-t-elle pas en contradiction avec le but poursuivi quand cette stabilité devient insupportable aux peuples en mouvement. De la place Trahir à la place Maïdan ».
Or on va voir que la situation actuelle, comparée à 1938 est complètement différente, grâce au groupe internationaliste des Communistes Révolutionnaires en 1942 (les RKD) :
« Le peuple allemand entrait sans enthousiasme dans la guerre. Il approuvait en effet le rétablissement de « l’unité territoriale » c'est-à-dire le rattachement de l’Autriche et des Sudètes, mais il désapprouvait la guerre de Dantzig, la guerre contre la Pologne, il condamnait sévèrement la nouvelle guerre mondiale. L’Etat d’esprit des masses allemandes en septembre 1939 contraste particulièrement avec celui de 1914. La dictature hitlérienne est obligée de mentir au peuple en disant qu’il ne s’agit que de « quelques actions d’éclair », l’état de guerre avec la France est camouflé pendant des mois : le mot « guerre » n’apparaît au début même pas dans la presse de Goebbels. Le pacte avec la Russie est présenté comme une garantie de paix ».[6]
Cet article clandestin des RKD (petit groupe révolutionnaire issu du trotskisme et composé surtout de militants juifs allemands) est très intéressant parce qu’il est le seul à expliquer (à ma connaissance) la durée de la « drôle de guerre » - un an sans guerre ouverte après déclaration en bonne et due forme de la France et de l’Angleterre. En réalité comme les RKD l’ajoutent, les bourgeoisies hitlérienne et démocratique sont encore hantées par la révolution spartakiste, mais en fait le prolétariat allemand a bien été écrasé physiquement net politiquement. La guerre mondiale va avoir lieu sans insurrection interne.

ARRETE TON CHARRE POUTINE [7]!

Très différent si on compare à 2014. Bien sûr le prolétariat semble tuméfié dans son désir de consommation et atomisé par la période de réaction que nous subissons à tous points de vue. Mais comment ignorer que partout dans les pays émergents du Brésil à la Chine, les masses se battent contre l’austérité capitaliste? Et qu’elles sont conscientes de plus en plus qu’il n’existe aucune solution nationale ni régionale…
Les larves des émissions de C dans l’air et les autres nous assurent que le chauvinisme caracole en Russie. Tiens, ils font comme la presse française des années 1930 face au réarmement allemand. L’ennemi n’est plus le boche mais le « ruskof » ! Même si le mercenaire de l’Arabie Saoudite, Boko Haram, prenait en otage Poutine et ses femmes, les masses russes n’iraient pas mourir pour ce présumé tsar de poche.
La fable de « l’unité territoriale » ou du « grand empire retrouvé » peut sans conteste agréer à une économie de guerre, mais la guerre économique engendre tellement de mafias et mêle tant de rivalités impérialistes qu’aucun manichéisme n’apparaît plus crédible.




[1] A.Lipietz résume avec à peu près le déroulé antérieur des événements : « En novembre dernier, le président Ianoukovitch rompt les négociations d’accord avec l’Union européenne. Percevant cette rupture inattendue comme un manœuvre prorusse qui éloigne leur pays des normes démocratiques occidentales, les Ukrainiens de l’Ouest manifestent : c’est l’Euromaïdan, rassemblant démocrates pro-européens et nationalistes ukrainiens. Suite à un massacre, le président s’enfuit ; il est destitué par le parlement. Poutine, s’appuyant sur des milices pro-russes, annexe la Crimée avec l’appui d’un referendum local presqu’unanime. Le même scénario se profile sur l’est du pays. La conférence de Genève du 17 avril entérine de fait l’annexion de la Crimée et encadre mollement les risques de partition de l’Ukraine. Genève = Munich ? ». On appréciera le neutre « suite à un massacre » de ce politicien bourgeois écolo ! Pro-US sans fard Lipietz ne va pas critiquer ses patrons et leurs amis… néo-nazis qui ont tirés place Maïdan ! Ni épiloguer sur le coup d’Etat anti-russe…

[2] Et tout le monde du dinosaure Kissinger à  Védrine, de Lipietz à D. Vernet, et le ministre des finances allemand Wolfgang Schäuble, de crier à la nouvelle annexion des Sudètes. Au premier abord ne pas se fier à l’amalgame, même s’il est intéresser de relever que tous les dictateurs modernes revendiquent cette baudruche de droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. La crise des Sudètes en 1938 atteint son paroxysme lorsqu'Hitler, invoquant le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, annonce qu'il annexera cette région, quoi qu'il arrive, le 1er octobre 1938, en sachant parfaitement que cela équivaut à une déclaration de guerre avec la France et le Royaume-Uni, nations alliées de la Tchécoslovaquie.

[3] Voir sur le site de C dans l’air la réaction unanimement dénonciatrice du bourrage de crâne occidental par la plupart des téléspectateurs, dépité de voir que cette émission est aussi pourrie que tout le reste médiatique, et met le doigt sur la couture du pantalon face au fameux « nazi Poutine » !
[4] Historiquement la Crimée n’a jamais fait partie de l’Ukraine, la confusion date des tripatouillages sous Khrouchtchev.
[5] L’ancien ministre français des affaires étrangères Hubert Védrine et le gourou de la politique étrangère américaine Henry Kissinger, 91 ans, proposent tous les deux la «finlandisation» de l’Ukraine comme un élément de sortie de crise. Comme la Finlande à la fin de la Deuxième guerre mondiale, l’Ukraine choisirait librement son système politique (par exemple, la démocratie libérale) et son régime économique (l’économie de marché) mais s’engagerait à mener une politique étrangère «neutre» entre l’Occident et la Russie. L’analogie entre la Finlande et l’Ukraine a un certain fondement. Voisine de l’URSS, la Finlande s’est vue amputée d’une partie de la Carélie annexée par Moscou mais a conservé son indépendance. Ce n’est qu’après la fin de la guerre froide que les Finlandais ont pu adhérer à l’Union européenne et se rapprocher de l’Alliance atlantique.Cependant le terme «finlandisation», que n’aimaient pas les Finlandais, a connotation péjorative. Il soulignait une mise sous tutelle alors que les Finlandais s’étaient battus pour leur liberté, d’abord contre l’Union soviétique puis contre les Allemands
[6] Tempus Fugit n°3 page 76.
[7] En argot français : cesse de bluffer… Ben Hur… on goudronne !

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