"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

mardi 11 février 2014

LA BOURGEOISIE RECYCLE SES FOSSOYEURS




« L'existence et la domination de la classe bourgeoise ont pour condition essentielle l'accumulation de la richesse aux mains des particuliers, la formation et l'accroissement du Capital; la condition d'existence du capital, c'est le salariat. Le salariat repose exclusivement sur la concurrence des ouvriers entre eux. Le progrès de l' industrie, dont la bourgeoisie est l'agent sans volonté propre et sans résistance, substitue à l'isolement des ouvriers résultant de leur concurrence, leur union révolutionnaire par l'association. Ainsi, le développement de la grande industrie sape, sous les pieds de la bourgeoisie, le terrain même sur lequel elle a établi son système de production et d'appropriation. Avant tout, la bourgeoisie produit ses propres fossoyeurs. Sa chute et la victoire du prolétariat sont également inévitables. » Manifeste communiste de 1848
« Surprise l’Europe s’est réveillé brutalement de sa torpeur bourgeoise (…) Le secret de la révolution du XIXème siècle est révélé du haut d’une tribune européenne ». Marx (Les luttes de classe en France)

COMMENT PEUT-ON ETRE SUISSE ?
La dernière « votation » suisse va encore faire couler beaucoup d’encre et de larmes pour les fantasmes liés à l’immigration et la fin d’une certaine démarcation entre gauche et droite du système politique bourgeois bien que mettant à mal l’irénisme religieux dominant. L’UDC suisse aurait su faire naître un sentiment de peur et de rejet ; c’est le troisième vote consécutif sur les mêmes thèmes – que certains disent islamophobes – gagné par ce parti, après l’interdiction des minarets et le renvoi des criminels étrangers[1].

Cette nouvelle orientation – au titre brutal autant qu’inattendu « la fin de l’immigration de masse » - votée à une courte majorité dimanche prévoit un délai de trois ans pour réformer la Constitution et permettre à la Suisse de maîtriser son immigration en créant des quotas pour l'embauche de citoyens européens. La mesure ne devrait pas s'appliquer aux résidents et aux travailleurs frontaliers actuels. Le gouvernement fédéral a indiqué dimanche qu'il irait vite, mais la mise en œuvre de cette mesure devrait prendre du temps en raison des structures décentralisées de la Suisse[2].

UNE MESURE QUI DECLENCHE L’HYSTERIE DES MENTEURS PROFESSIONNELS

Le thème d’immigration « de masse » peut sembler exagéré pour un petit pays qui ne subit aucune immigration massive, aucun chômage massif (3%) et qui est lui-même un vieux patchwork de diverses nationalités. Mais parce que l’électeur lambda est considéré comme une autruche bête et méchante incapable de raisonner outre frontière, seulement habilité à désigner les représentants de l’élite oligarchique-aristocratique dans tous les pays. Or la question de l’immigration inévitable, massive, débordante, problématique est devenue une préoccupation mondiale où personne ne peut plus raisonner intra-muros ni sereinement. Et aussi parce que le système électoral suisse est probablement le plus démocratique du monde au sens où il permet des consultations référendaires sur des questions sociales, aussi bien sur l’avortement que sur les édifices religieux. En un sens, s’il n’existait pas la domination de la bourgeoisie, ce système se rapproche le plus de la démocratie directe. Si un tel référendum avait eu lieu en France par exemple, en dépit du discours œcuménique et des campagnes moralistes de la gauche caviar au pouvoir, nul doute que la réponse positive eût été plus écrasante encore.

L’interprétation scandalisée a été la même dans l’ensemble des pays européens : les suisses sont des salauds ! Du Monde au Figaro en passant par Libération et tous les sites gauchistes « antifas » éberlués candidement de cette « votation anti-immigrés » ; en tête de l’hallali l’hebdo bcbg de la gauche bourgeoisie le Nobs : « Première leçon. La Suisse n'a peut-être pas voté contre l'Europe, dimanche. Mais elle a, à coup sûr, voté contre les ressortissants de l'Union européenne (UE). Il n'est pas certain que la différence soit évidente. Les électeurs se sont prononcés pour « la fin de l'immigration de masse ». Sur proposition de l'Union démocratique du centre (UDC), parti populiste et antieuropéen, ils entendent remettre en cause les accords conclus en 1999 entre Berne et Bruxelles. Entrés en vigueur en 2002, ceux-ci instaurent la libre circulation des biens et des personnes entre la Suisse et l'UE » (cf. Le Monde lifté).

On nous a assuré qu’était ciblé « le gros de l’immigration de masse essentiellement des allemands, des français, des italiens des portugais » selon la tactique complotiste bien connue du « bouc émissaire » : «Le « oui » l'emporte là où il y a le moins de travailleurs immigrés européens et le plus de chômeurs nationaux. On dira que c'est un vote antiélitiste, anti-patronat, anti-syndicats, antigouvernemental ; un vote de crispation identitaire, suscité par une formation populiste qui manie sans scrupule la tactique du bouc émissaire ».
La Suisse aurait sombré dans la « dérive populiste ». Le peuple suisse est réac, donc accablons le de sobriquets, il est facho ! En réalité la
Premièrement, le vote est le résultat conjugué de la peur et de la colère. Il est en, effet, scientifiquement établi que les citoyens, êtres frustes et rustauds, sont toujours plus ou moins primitifs et enclins entièrement et uniquement à des pulsions primaires et donc incapables d'analyse critique et de raison. Le deuxième point consiste à relever qu'il n'a pas été répondu à la question soulevée.  En définitive, ce type d'article, symptôme d'un profond mépris de la démocratie et des citoyens qui l'exercent est navrant ». (…) « Le "surf sur les peurs", la "xénophobie", le "repli sur soi": voilà les éternels griefs de la caste contre les citoyens qui refusent la servitude par la submersion qu'elle veut leur imposer.
C'est exactement l'inverse. C'est la caste qui tente de faire peur en prétendant que les Européens vont manquer d'esclaves importés dociles et bon marché. C'est la caste qui excite la xénophobie en tentant de monter les Français contre les Suisses dont le vote -à entendre ces propagandistes- viseraient les frontaliers français. C'est la caste qui vit repliée sur soi, fermée à tout débat, caricaturant l'opposant, petite oligarchie sourde au sentiment populaire de bon sens qui partout gagne les peuples d'Europe.  Nous n'avons que faire de ces avis de "politologues" et autres médiateux mondialistes qui débitent la même vulgate de pays à pays, sortis des mêmes moules à penser, payés à se recopier de langue à langue, et roulant pour les mêmes maîtres. L'avenir est aux peuples libres et donc solidaires contre leurs tyranneaux à masque démocratique. On n'en est qu'aux prémices du grand coup de balai ».
démocratie directe ne s’use qui si l’on s’en sert quitte à s’asseoir dessus ; un commentateur décrit le tour de passe-passe avec subtilité : « « Le journalisme moderne a parfois des pratiques singulières. L'une d'elle consiste à expliquer pour quelles raisons des citoyens se sont fourvoyés en votant mal, idée subjective qui signifie que les électeurs ne sont pas dans une certaine ligne de pensée. Il convient initialement pour le journaliste de s'abriter derrière un expert certifié. Celui ci devra être choisi d'une manière tout à fait rudimentaire: il doit exprimer l'avis du journaliste, du média en question. L'expert, qui a bien entendu effectué, sur les raisons du vote de la veille, un patient et long travail sociologique de fond, se doit d'expliquer deux points:
Un autre commentateur remarque tout aussi sensé  mais mettant dans le même sac le « parti paysan » auteur de cette initiative bizarre: « …Montée du populisme ? Repli sur soi ? Méfiance à l’égard des étrangers ? Ou astuce politicienne de formulation par l’introduction de l’adjectif « massive » ? (…) « En conséquence, le "Non à l'immigration massive" ne signifie pas 1’opposition à toute immigration mais à l’immigration non contrôlée, non choisie, non voulue. Le résultat de ce Référendum (ni franc, ni massif), n'est pas le signe d'une montée du populisme, ni d'un repli sur soi. Si le résultat négatif avait été massif (80 ou 90 % des votants) et avec une participation élevée (80 %, par ex., et non 60 % le 9.2.14) une telle hypothèse aurait pu être émise. La Gde-Bretagne, entres autres pays de l'UE, ne fait pas partie de "l'espace Schengen" sans pour autant être considérée comme un pays très hostile à l'immigration »[3].
Trois citoyens suisses ne se choquent pas d’un tel vote mais mettent en évidence qu’il sert à voiler la question sociale :
  • « « Il fallait dire stop » par Alexia

« C'est parfait que la votation soit passée serrée ! Oui, il fallait dire stop à une accélération de l'immigration, mais ne pas laisser croire que nous étions des rétrogrades non plus. Concrètement, la vie s'est quand même globalement compliquée ces dernières années, avec une énorme pression en Suisse romande sur les loyers, une grande augmentation de la circulation avec l'arrivée de frontaliers, d'immigrés. Il faut prendre le temps d'intégrer correctement les nouveaux arrivants ».

  • « Un grand jour pour la Suisse » par Matteo R. (Locarno, étudiant)
« J'habite dans le canton du Tessin, qui a massivement approuvé le texte avec 68,2 % de oui et me rejouis vivement de ce vote. C'est un signal clair envoyé au gouvernement, qui doit se rendre compte que la Suisse a besoin de réformes, pas seulement dans la politique migratoire, mais aussi dans les domaines des transports, de la santé, du logement et, surtout, du marché du travail. Le peuple suisse a démontré qu'ils ne se pliait pas à la peur et aux menaces que les opposants au texte et l'Union européenne ont proférées. C'est un grand jour pour la Suisse ».
  • « Exister face au poids lourd européen » par Sebastien M. (Genève, employé de banque)
« J'ai voté oui. J'y ai longuement réfléchi, ai pesé le pour et le contre, lu beaucoup d'avis contradictoires. Et je dois avouer qu'il n'y avait pas d'argumentation structurée au refus de ce texte. Le seul argument entendu (et rabâché) était : attention, l'Europe va sévir si le peuple suisse accepte l'initiative. Cela a attisé la défiance du peuple suisse face à une Europe se voulant hégémonique. Avec ce vote, il y a ce sentiment « d'exister » face au poids lourd qu'est l'Europe. Les conséquences ? On verra bien, mais il y a fort à parier qu'elles ne seront pas aussi catastrophiques que l'UE veut bien le faire croire... ».
Tous ces commentaires lucides sont évidemment noyés dans la masse des bonnes âmes intellectuelles gauchistes qui jouent les pleureuses (élections pièges à cons… quand elles ne sont pas « bonnes »). Surnagent en gras les analyses techniques et moralisatrices des « experts » de l’élite, dont un certain politologue (ah ah) suisse, Pascal Sciarini : « Un vote identitaire contre l’immigration, pas contre l’Europe », et il est appuyé par un certain nombre de patrons suisses des… services. Or ce n’est ni l’une ni l’autre des interprétations. Un obscur syndicaliste suisse est plus proche de la vérité en venant déclarer que c’est surtout un vote contre le gouvernement, mais on ne lui laisse pas le temps de développer. Toute élection dite démocratique sous les auspices de la dictature bourgeoise est faussée, avec ledit adjectif c’est clair. Néanmoins si ce n’est ni contre l’Europe en soi, ni contre les immigrés, c’est bien contre la façon dont le (et les) gouvernement traite la question de l’immigration que les petits suisses ont eu le « malheur » de se prononcer !
Cette hystérie contre les électeurs suisses de Fabius à Cohn Bendit révèle combien la bourgeoisie mondiale est coincée dans sa tactique récurrente et journalière de DISSOLUTION du prolétariat, d’obscurcissement de sa conscience de classe par :
-          Son intégration forcée et complice des religions les plus arriérées,
-          Son assimilation conviviale des minarets, des voiles et des barbus en robe de bure.
Sous couvert de l’hypocrite « liberté de mouvement des citoyens », la bourgeoisie des pays dominants tolère les pires aliénations pour attirer le pauvre prolétaire immigré, pour qu’il se sente « chez lui » dans les pires conditions d’exploitation ; enfin pour accompagner et développer l’éclatement des classes sociales en communautés durcies par leurs barrières religieuses, pour dissoudre toute alternative de classe révolutionnaire[4] dans le multiculturalisme bon teint, et le convivial « vivre ensemble »… dans une misère différente !
La votation suisse est venue de plus méchamment mettre un bémol à la campagne que comptait lancer le gouvernement français cette semaine, qui voulait remettre en selle en partie le rapport gauchiste des obscurs de Terra Nova de décembre dernier[5]. En fin de semaine dernière « Le Parisien » avait annoncé que le gouvernement comptait ressortir « le dossier ultrasensible de l’intégration des personnes étrangères » dont l’une des mesures phares proposait un retour partiel du voile à l’école, en contradiction avec la loi : « … même si les mots de quotas ou de discrimination positive à l’américaine ne sont pas prononcés, ces concepts inspirent cet ensemble de propositions (dont Matignon n’a pas encore précisé lesquelles seront retenues mardi). La France, qui campait jusque-là sur son modèle d’intégration républicaine, se rapprocherait du modèle anglo-saxon, qui fait la part belle aux communautarismes. Mais voilà, notre sondage BVA pour i>télé et Le Parisien-Aujourd'hui en France montre que les Français sont nettement opposés au principe de discrimination positive : 67 % des personnes interrogées sont contre. Les plus hostiles étant les sympathisants de droite (à 83 %). Ceux de gauche sont plus partagés (48 % pour, 49 % contre). « C’est un renversement de situation par rapport à ce que nous enregistrions il y a neuf ans », commente Céline Bracq, de BVA. Autre enseignement de notre sondage, qui devrait être scruté au moment où Matignon fourbit ses mesures : une large majorité de sondés (77 %) estiment que c’est aux personnes d’origine étrangère elles-mêmes de s’intégrer, plutôt qu’à la société de faciliter leur intégration. Plus étonnant, et plus gênant pour l’équipe au pouvoir, ce point de vue est partagé à droite (à 95 %) comme à gauche (à 56 %) ».

UNE DECONSTRUCTION PERMANENTE DE LA CLASSE OUVRIERE

Si Mitterrand sût parfaitement se servir et enfler le FN pour faire passer au second plan sa gestion bourgeoise et anti-ouvrière de l’Etat français, et rallier à sa cause « antifasciste » la noria des gauchistes, l’idéologie de la gauche au pouvoir avait besoin d’un solide dépoussiérage. Après les thèmes sociétaux faussement subversifs du mariage des homosexuels et du comique anti-blancs de Dieudonné, la question de l’immigration redevient le thème favori pour faire prendre des vessies pour des lanternes, délicat sujet qui tient aux rapports de l’élite et du peuple indifférencié ; « l’immigrationnisme, ou la dernière utopie des bien-pensants », comme le dit joliment Pierre-André Taguieff
Les cabinets obscurs du pouvoir travaillent le sujet depuis longtemps. Il est intéressant d’observer le déroulement de la commission parlementaire présidée en 2012 par Valls[6], pas encore ministre, qui avait convoqué la sulfureuse Michèle Tribalat. Laquelle « spécialiste en démographie » avait découvert des « horreurs » dans le trafic des données immigratoires, notamment un envahissement des comportements et colifichets la religion musulmanne et une fixation communautariste qui révèle que dans le 93 l’islam est la première religion, tout comme les jeunes subsahariens de l’Essonne sont de plus en plus majoritaires dans certaines écoles. La démographe se contenta d’une présentation sobre et lisse, vu qu’elle est stigmatisée comme une oie clandestine du FN. Il n’y a pas débat, les quelques parlementaires présents, dont le collectionneur de montres Julien Dray, se contentent de poser des questions. Etrangement la question qui revient le plus souvent de la part de Valls concerne les mariages mixtes et la double nationalité. Tribalat répond que les mariages sont « durs », les cathos se marient entre cathos et les musulmans entre musulmans = intégration  zéro, mixité zéro. Il apparaît en effet que la double nationalité est désormais la chose la mieux partagée ; caractéristique qui était plus ou moins reprochée jusque là aux seuls juifs nationalistes israéliens. Les pires sont les portugais dont seulement 16% ont accepté la nationalité française. En réalité, les matchs de football sont là pour le rappeler, le sentiment national d’origine reste prégnant. Les « double nationalité », résidant et travaillant en France, ressortent leur drapeau national, qui algérien, qui italien, qui portugais, à chaque compétition. Le sport entretient « l’identité nationale » mieux que tout discours « socialiste » ou montebourien. Vertu bigleuse de l’idéologie ! C’est aussi et surtout, même si Valls n’exprime pas son opinion, le meilleur remède contre tout internationalisme fraternel! Et c’est pourquoi ces jeux, bien qu’émaillés de saillies racistes et chauvines, ont toutes les faveurs de l’Etat « multiculturaliste ».
La pauvre démographe, bien que faisant des constats de clivages et d’autisme communautariste sans penser à mal ni adhérer aux imbécilités du FN et de Soral, n’aperçoit qu’un aspect du mensonge déconcertant dans les différents bluffs et confusions sur l’utilité nataliste et productive des immigrés en général selon leurs avocats gouvernementaux, patronaux et gauchistes, survalorisés par l’opposition plouc et impuissante du FN[7]. Elle végète dans l’espoir frelaté d’un meilleur contrôle « national » alors qu’il n’existe ni solution nationale ni solution européenne. Et elle  ne peut ni raisonner en termes marxistes, puisqu’elle ne voit pas la spécificité prolétarienne de la majorité des immigrés, volontaires ou forcés. Puisqu’elle participe elle aussi à une fausse problématique étroite qui ne peut penser la stratégie étatique de négation de la classe ouvrière. Toujours est niée la politique volontariste sournoise du patronat et de son gouvernement.
La proposition de discussion par la droite sarkozienne au pouvoir d’un débat sur l’identité nationale a failli parce que la fraction de gauche bourgeoise l’a refusé, avec raison de son point de vue puisque des horreurs seraient venues plus incandescentes sur la place publique, et surtout parce, fieffé service mutuel, la droite se serait emmêlé les pinceaux avec le FN. Les colonnes des médias sont pourtant régulièrement emplies des considérations de moult spécialistes qui brodent en particulier sur le passé de l’intégration des immigrés. La mode est de faire croire que le même type de problèmes a toujours existé dans la classe ouvrière. On nous assure que les immigrés polonais italiens, etc. furent toujours mal accueillis. Ce n’est que partiellement vrai. Toute l’histoire du mouvement ouvrier démontre le contraire, en France comme aux Etats Unis. Très rapidement on trouve dans toutes les tentatives révolutionnaires et les mouvements de grève une FRATERNITE internationaliste qui se fiche des clivages nationaux. On nous objecte alors que cette  espèce de travailleurs européens était d’obédience catholique. Ceci expliquerait une meilleure intégration et confraternité[8]comparée à l’hydre mahométane.
L’exil n’est plus politique mais une immigration sociale qui peine à renouer avec la conscience de classe commune. On priait le dieu catholique certes dans certaines usines au XIXème siècle, mais la coutume superstitieuse avait disparu au XXe siècle quand une régression s’est installée à la fin du XXe siècle avec l’instauration de la prière musulmane dans des usines françaises, voire dans la rue. On a désigné longtemps les accommodements intéressés des marchands de travail et de sommeil dans un monde moderne où les tâches ingrates étaient répudiées de plus en plus par les travailleurs nationaux. Il ne peut plus être caché que ces accommodements sont devenus le fait, fait planifié et idéologisé de tous les Etats dans la crise mondiale des conditions d’exploitation.
Cet accommodement implicite est lié directement à la fin des colonisations. Les anciennes colonies n’ont jamais pu rivaliser avec les anciennes puissances et ces dernières leur ont laissé pour seul legs de fournir un réservoir mondial de main d’œuvre et à condition de continuer à piller leurs matières premières. Seconde étape dans la focalisation sur l’immigration, la chute du bloc russe et de diverses dictatures du tiers-monde, la boite de Pandore ne s’est pas simplement ouverte sur de nouvelles guerres mais, sous le vocable de mondialisation, a généré encore plus de pauvreté et d’appel d’air pour une main d’œuvre affamée. Certains prévisionnistes des années 1960 avaient déjà prévu un envahissement ou plutôt la fuite de peuples entiers. La dénonciation du « danger immigré » par le FN français dans les années 1970 n’était alors qu’une stratégie électorale de parti bourgeois plus intéressé que les autres à diviser la classe ouvrière et à lui faire croire à des solutions nationales pourvu que cette fraction d’arrivistes puissent se partager le gâteau. Tout autre est la situation aujourd’hui qui implique un étouffement du  capital variable dans le chaos économique et financier, qui ne peut plus réglementer la misère mais est coincé dans sa course effrénée au profit. Il existe désormais une surpopulation qui ne peut plus être intégrée à la production et qui peut être marchandée et prise en otage. Le capitalisme à l’agonie ne peut plus générer que le bordel, le gérer de plus en plus mal et en faire subir les avanies aux populations. Plus que jamais le salariat repose sur « la concurrence des ouvriers entre eux », comme le dit le Manifeste de 1848, mais cette concurrence est plus perversement subtile et mondialiste, surtout pas internationaliste, notion qui, dans les trois internationales, respectait et se flattait des origines nationales diverses. Elle touche aux modes de vie, aux lieux de convivialité. Les lieux de prière sont devenus des lieux d’exclusion et de destruction de la conscience de classe. Avec la disparition du faux communisme russe sont réapparues les pires superstitions, mais dans la foulée des dites libérations nationales, avec l’idéologie anti-impérialiste maoïste ou trotskienne, qui redore surtout l’islamisme moyenâgeux comme « religion des pauvres » des ex-colonisés, comme révolte anti-USA, dite « anti-système » dominant, lequel n’est pas spécifiquement américain. Fausse révolte ou révolte déviée dont les cliques concernées quand elles ne restent pas dans les limbes de l’idéologie terroriste, pratiquent une même oppression bourgeoise une fois au pouvoir, voire en pire concernant les femmes.
Les révoltes du printemps arabe ont pâti de l’absence d’un projet crédible et traditionnel d’alternative au capitalisme. Elles n’ont pas mis fin au réservoir de main d’œuvre puisque les Etats concernés n’ont pas pu être renversés mais se sont perpétués en pire. Les mouvements de révolte ne sont jamais l’effet mécanique des rapports sociaux existants. Les raisons qui font qu’on se révolte ne sont jamais les raisons qu’on aurait de se révolter. Les révoltés du croissant arabe ne sont pas révoltés pourtant pour favoriser la construction de minarets en Europe mais pour du travail et le droit de vivre dignement. Le réformisme de la bien-pensance bourgeoise européenne combat pour tourner le dos à l’aspiration de fraternité hors religion qui se dégageait du printemps arabe initialement. Les rapports sociaux peuvent être momentanément déréglés par les masses et même si les observateurs bourgeois se sont refusés à y voir un mouvement de fond de la classe ouvrière : « … il en découle que la loi de l’ordre social, en tant qu’ordination de la lutte des classes, c’est d’entraîner mécaniquement la tendance des classes dominées à ne pas lutter en vue de leurs intérêts. En résumé, les conditions de l’adhésion des dominés au système qui perpétue leur domination sont toujours déjà données dans une structure sociale ou plus précisément : les stratégies de dépolitisation qui effacent la conflictualité du social, aussi bien que les mouvements de politisation qui s’efforcent de l’y introduire sont des moments de la lutte »[9].
Est-elle encore si loin l’émancipation du prolétariat porté par des « rêves insensés »  quand toute la bourgeoisie européenne est «  retournée à cette forme inférieure incomplète et plus faible qu’est la monarchie » (Marx) ?

COMMENT LA BOURGEOISIE MODERNE ENTRETIENT LA DIVISION ENTRE PROLETAIRES IMMIGRES ET NATIONAUX

Ce n’est plus seulement par les inégalités de salaire, le dumping social, la promesse de grimper l’ascenseur social que la bourgeoisie instaure la division des prolétaires mais par les coutumes maintenues ou rétablies, coutumes religieuses et vestimentaires. La démographe Michèle Tribalat pose mal le problème en disant que « les pouvoirs publics relativisent l’immigration » et chipote sur les entrées et sorties migratoires et rêve à un « bon contrôle » de l’immigration. Ce qui n’empêche qu’elle fait des constats chiffrés dérangeants pour les tenants du pouvoir :
« Pouvoirs publics, médias, experts n'inventent pas des chiffres, mais ils privilégient les instruments qui relativisent l'immigration et présentent ses effets sous un jour favorable ou, lorsque ce n'est pas possible, qui mettent les immigrés ou leurs descendants en position de victimes. Dans notre pays, on semble plus préoccupé par l'effet de l'information que l'on diffuse que par la réalité qu'elle recouvre. Un climat antiraciste joue, qui incite à la prudence: on cherche à éviter d'alimenter les craintes des Français et à améliorer leur opinion sur l'immigration. Dans notre époque mondialisée, l'immigration apparaît comme une fatalité. Autant la présenter sous un jour favorable. (…)Les nombreuses études étrangères s'accordent généralement pour constater un effet négatif sur les plus bas salaires lorsque l'immigration est faiblement qualifiée. Les nouveaux immigrés entrent en concurrence avec les salariés peu qualifiés déjà présents, dont les immigrés, et font baisser les salaires. Une enquête britannique a testé l'effet de l'immigration récente de travailleurs des pays de l'Est, en particulier de travailleurs polonais. Ces immigrés étaient plutôt bien qualifiés mais se sont déclassés sur le marché du travail britannique et ont concurrencé les salariés les moins bien payés. En France, l'immigration n'est pas très qualifiée, un peu plus de 40% de sans-diplôme dans le flux de 2006. Elle est, par ailleurs, très dépendante des liens familiaux tissés avec des étrangers. L'immigration familiale a changé: elle n'accompagne plus à distance, comme autrefois, le flux d'entrées de travailleurs. Elle comprend désormais des unions dites mixtes entre Français et étrangers, dans lesquelles le conjoint français est bien souvent d'origine étrangère. Ces unions ouvrent ainsi un droit à immigrer à un étranger qui vient du même pays que celui des parents de son conjoint français. L'immigration, même qualifiée, ne pourra jamais rétablir à elle seule l'équilibre des finances publiques ». (…) En France, s'interroger sur les bienfaits annoncés comme inévitables de l'immigration, c'est déjà pécher. Etre en faveur d'une politique migratoire plus restrictive est forcément répréhensible. On fait alors immédiatement partie des "méchants" qui ne veulent pas accueillir des malheureux, et l'accusation de racisme n'est jamais bien loin. Nous n'avons pas le goût de la vérité. Du coup, le débat est monopolisé soit par l'extrême droite, qui clame qu'il faut fermer les frontières, soit par ceux qui pensent que l'ouverture totale des frontières est notre destin. Les deux positions étant totalement chimériques ». (…) Aux Pays-Bas, par exemple, nous avons assisté à l'émergence du phénomène Pim Fortuyn. On y a souvent vu une montée en puissance de l'extrême droite, alors que Paul M. Sniderman et Louk Hagendoorn ont montré que cela traduisait, en fait, un mécontentement surgi du coeur de la société. La réaction a touché des gens plutôt tolérants sur la question de l'immigration, qui n'avaient pas une vision négative de l'islam mais qui rejetaient certaines pratiques sociales des musulmans ». 
En 1998 un idéologue historien officiel Hervé Le Bras lui souffle dans les bronches. « « La démographie française est en passe de devenir un moyen d'expression du racisme », écrit-t-il dans Le Démon des origines. Dans cet essai, Le Bras accuse les méthodes de Michèle Tribalat de conduire à la notion de « Français de souche » et, partant, à la « xénophobie ». La voilà habillée comme « islamophobe déguisée » pour ses livres : « Les grands yeux fermés »  et « Assimilation, la fin du modèle français »[10].
Les justifications de l’intérêt de l’immigration « pour l’économie française » ne manquent pas : elle va compenser le déficit de natalité européenne, elle contribue à la croissance économique des pays d’accueil, elle permettra de combler le gouffre des retraites, etc. Cette étrange allégeance et reconnaissance de la population immigrée indifférenciée, se fiche des conditions sordides de cette « assimilation productive » et raisonne sur une « catégorie », comme Tribalat, l’excluant en quelque sorte de sa classe d’appartenance la classe ouvrière. Il est en outre totalement absurde et aberrant de vouloir quantifier l’apport à l’économie des travailleurs immigrés puisqu’ils font partie d’un ensemble, d’une classe qui produit en tant que telle pour toute la société. Le simplisme abonde dans cette ânerie en montrant telle jeune africaine qui pousse une mamie sur sa chaise roulante et la presse laisse filtrer qu’au niveau productif ce sont surtout les femmes de ménage subsaharienne qui ont remplacé portugaises et espagnoles à Neuilly, souvent surexploitées et flouées de toute considération. Cette immigration là ne dérange personne. Là où le bat blesse c’est quand Tribalat aligne les chiffres que masque l’Etat filou du Capital qui bavarde sur la mixité sociale heureuse « ensemble » :
« En Ile de France, la proportion des populations d’origine étrangère est passée de 16% à 37% entre 1968 et 2005. A Blois, un tiers des jeunes sont d'origine étrangère, alors qu'ils n'étaient qu'un sur vingt à la fin des années 60 ; à Grigny, dans l'Essonne, 31 % des jeunes sont d'origine subsaharienne, soit trois fois plus qu'en 1990, ce qui constitue le record de France. Les phénomènes de « concentration » s’additionnent. Ainsi la ségrégation sociale s’ajoute à la ségrégation ethnique. Dans le 18è arrondissement 37% des jeunes sont d’origine maghrébine, subsaharienne ou turque et 62% de leurs voisins sont de même origine. Autant de symptômes du déclin de la mixité que Michèle Tribalat assimile à des « stratégies d’évitement ». Un constat, qui impose la nécessité impérieuse de recourir à des données qualitatives : « Elles ont des implications politiques évidentes. Nul doute que les écoles où les petits camarades d’origine française se font rares nécessitent des investissements particuliers ».  Sur un plan plus politique, Michèle Tribalat tente de démontrer comment les législations européennes, l’idéologie « droitdelhommiste », l’intrusion du pouvoir juridique et les fantasmes de gouvernance mondiale ont -presque- réduit à néant la marge de manœuvre migratoire française. « Puisque le migrant est le prototype du monde qui vient, il faut une instance supranationale qui s’ajuste à l’univers mondialisé du migrant ». C’est la soupe experte qu’on nous sert ».   
A ce stade ce n’est pas une perte de l’identité française à laquelle on assiste mais à une société en désintégration où l’afflux massif d’immigrés ne résorbe ni le chômage ni ne réduit le nombre d’emplois en souffrance, ni ne comble les déficits de l’Etat bourgeois. Mais la société en désintégration la bourgeoisie n’en a que faire pourvu qu’elle continue à régner surtout en désintégrant la classe ouvrière, en l’empêchant de retrouver sa cohésion naturelle contre la classe dominante.
La mode est à l’exaltation du nomadisme de Jacques Attali aux chanteurs gauchistes bien au chaud. Taguieff le décrit bien : « Le droit d’immigrer dans un pays de son choix, sans restriction, s’inscrit sur la liste des droits de l’homme élargie. Ceux qui prononcent une telle série de jugements en arrivent logiquement à en déduire que les États-nations supposés résiduels doivent faire appel à l’immigration, en attendant leur disparition dans la post-histoire ouvrant l’âge du post-national, celui de la paix universelle. Dans la démocratie cosmopolite de l’avenir, il n’y aura plus ni nationaux ni étrangers, ni citoyens ni immigrés. Tous les humains seront intrinsèquement mobiles. C’est la rengaine des chantres postmodernes du « nomadisme ». L’indifférenciation sera la règle. L’humanité enfin unifiée vivra dans un état de bienheureuse indistinction et de mobilité permanente. Le refrain chanté par Homo mobilis sera : « Nous sommes tous des immigrés ». Mais ce refrain ne sera plus compris que par les plus anciens. Telle est l’utopie futuriste qui fait rêver nombre de nos contemporains. Elle implique une auto-destruction de toute politique de l’immigration. Cette vague utopiste est récente. C’est vers la fin du XXe siècle qu’est née l’utopie messianique du salut par l’immigration ». (…) Dans le langage militant du nouveau gauchisme, le « tri sélectif » est diabolisé par amalgame polémique avec les « sélections » à l’entrée des camps d’extermination nazis, sur fond d’une indignation rituelle contre un « darwinisme social » censé légitimer la concurrence généralisée et la « sélection des meilleurs ». La « sélection » est ainsi condamnée comme intrinsèquement mauvaise, censée mener au pire, selon le sophisme bien connu de la « pente glissante ». Tout étranger qui se propose ou s’impose - tels les « sans-papiers », dits sans fard « clandestins » ou, d’une façon euphémisée, « irréguliers », donc à « régulariser » - doit être jugé digne d’être accueilli et « intégré » (le terme reste à définir, si la chose est possible). C’est la voie utopique et dangereuse du repeuplement à tout prix. Les dirigeants politiques, voués à ouvrir les bras au monde, n’ont plus rien à faire que dire et redire avec l’émerveillement requis : « L’immigration est une chance pour la France ». Certains croient y voir la main de la Providence. L’immigration, ajoute-t-on pour convaincre les adeptes de la néo-religion de la Diversité, est une « richesse ». (…)Les militants des causes identitaires ajoutent que ces pauvres ont des droits particuliers en tant que descendants d’esclaves ou de colonisés. Il s’ensuit que les Occidentaux, qu’on les disent « Blancs » ou « judéochrétiens », ont des devoirs particuliers vis-à-vis des peuples qui ont souffert par leur faute dans le passé. À commencer par un devoir collectif d’expiation ou de repentance. Il va de soi que de tels coupables ne peuvent se permettre de nier le droit de tout pauvre venant du Maghreb ou de l’Afrique sub-saharienne à venir s’installer dans le pays ex-colonial de son choix. À gauche et à l’extrême gauche, les nouveaux tiers-mondistes décodent le message sur la base du postulat que « l’islam est la religion des pauvres », et en tirent une conclusion pratique : les immigrés de culture musulmane, transfigurés par leur pauvreté supposée et l’exclusion qu’ils sont censés subir, doivent être traités en hôtes privilégiés. Les stratèges islamistes savent jouer sur ces idées reçues et la culpabilité qu’elles entretiennent dans les esprits modelés par une culture chrétienne diffuse. Fermer les yeux sur la guerre culturelle non déclarée qui a lieu en Europe de l’Ouest tout particulièrement, c’est faire preuve d’angélisme. Pour fonctionner avec le maximum d’efficacité symbolique, l’argument standard doit s’accompagner d’un rappel culpabilisant de la « richesse scandaleuse » des pays riches. La stigmatisation de la richesse possède une force persuasive dont l’intensité n’est comparable qu’à celle de la dénonciation des puissants ou des dominants ». (…)  Les classiques associations par contiguïté ou par ressemblance (« Vous parlez comme Le Pen », « Vos idées ressemblent à celles de le Pen ») permettent de disqualifier un adversaire politique quelconque. La « lepénisation » de l’adversaire est devenue en France un instrument de guerre idéologico-politique, dont la première conséquence est d’empoisonner de soupçons et d’auto-censure le débat public. « Lepéniser » quelqu’un, dans l’espace public, est une manière de le traiter de « raciste », donc de l’exclure du cercle des personnes respectables et des interlocuteurs possibles. Toute cette machine à délégitimer revient à tirer toutes les conséquences d’une simple définition qui, par la répétition, a pris une valeur d’évidence : un « lepéniste » ou un « raciste », c’est un individu abject qui pratique le « refus de l’autre ». En adhérant au credo immigrationniste, on n’a plus à s’interroger sur la question de savoir pourquoi il faut accepter « l’autre », et plus précisément n’importe quel « autre ». 

Comme Tribalat, Taguieff voit la surface mais pas le fond de la politique immigrationniste bourgeoise dans le « présent décadentiel » et n’est qu’un complice du forfait idéologique, y voyant ce seul minable effet : « désarmer les nations démocratiques face aux nouvelles menaces ». Oui mais lesquelles ? L’immigration massive ou le machiavélisme bourgeois qui vise à pourrir les conditions de vie de la classe ouvrière, à lui faire perdre sa mémoire et sa conscience parce qu’elle ne peut qu’entraîner toute la société dans la barbarie, même sans guerre mondiale ?
La bourgeoisie veut donc recycler ses prévisibles fossoyeurs, selon le ringard Marx, non organisés en association anticapitaliste mondiale mais découpés en tranches et ghettoïsés dans la misère. Non plus nié sur le plan du travail, mais étrillé au niveau de sa conscience et de son mode de vie, le prolétariat de chaque nation – surtout des « vieilles nations européennes » doit continuer à subir exploitation, peur du lendemain et leçons de morale par les intellectuels d’Etat. Il doit accepter de considérer que l’instrumentalisation des dogmes religieux signe le retour d’un vrai progrès républicain post colonial tolérant envers toutes les formes de mystifications moyenâgeuses. Il doit combattre sa haine de soi raciste par une admission croissante du folklore religieux du « sud » pour ne pas « perdre le nord » et accepter d’être « désorienté » dans sa perception d’une fatalité moderne. Enfin rester conditionné à l’acceptation de la ghettoïsation de son univers et de son mode de vie pour continuer « ensemble » à vivre dans une misère graduée. Rien  de nouveau, nous les marxistes maximalistes nous disions déjà il y a plus de trente années, l’avenir du capitalisme c’est d’aligner tout le monde sur le tiers-monde. Enfin la couche d’en bas.
Mais le prolétariat n’est pas complètement lobotomisé.










 

 

 






[1] L'Union démocratique du centre (UDC) est un parti politique suisse, moralement conservateur et économiquement libéral. L'Union démocratique du centre est née le 22 septembre 1971 suite à la fusion du Parti des paysans, artisans et bourgeois (PAB) — fondé à Zurich en 1917 sous le nom de Parti des paysans et renommé en 1937 lors de la constitution d'un parti suisse à partir des sections de Zurich et de Berne — et de deux partis de Suisse alémanique (basés à Glaris et aux Grisons). Du fait de cette filiation, l'UDC est toujours appelée « parti agrarien ». En Suisse romande, le parti s'appelait Parti des paysans, artisans et indépendants (PAI).  Le parti, qui participe au gouvernement depuis 1929, d'abord sous le nom de PAB, s'est renforcé au début des années 1990 sous l'impulsion de Christoph Blocher qui affirme vouloir faire de l'UDC une « force réactive ». Sa victoire en 1992 dans le référendum contre l'adhésion de la Suisse à l'Espace économique européen, au taux de participation exceptionnellement élevé, a marqué la politique suisse.L'UDC se développe depuis au détriment des partis de droite comme le Parti radical-démocratique (PRD), la plus ancienne formation politique de la Suisse moderne, et du Parti démocrate-chrétien (PDC)8. Le parti a obtenu 11,1 % des voix en 1991, 15 % en 1995 et 22,5 % en 1999. Il se positionne comme le plus à droite de tous les partis représentés au gouvernement. Il reste le parti le plus représenté au Conseil national, avec un peu plus du quart des sièges, et dispose également de six conseillers aux États sur 46.
[2] La Constitution de 1999 est la troisième constitution de la Confédération Suisse. Elle a été acceptée à la double majorité des cantons et du peuple suisse le 18 avril 1999 et est entrée en vigueur le 1er janvier 2000.
Elle organise le fonctionnement de l'État et ses rapports avec les cantons, garantit un certain nombre de droits aux citoyens et oriente les buts sociaux de sa politique.
Son préambule met en lumière les désirs du peuple et des cantons de renforcer la liberté, la démocratie, l’indépendance ainsi que de vivre ensemble dans le respect et l'aide mutuelle et enfin de faire usage de sa liberté. Aucun lien avec un texte d'intention, tel que la Déclaration Universelle des Droits de l'homme, n'est indiqué4.
La Constitution ne peut-être modifiée qu'à la suite d'une votation populaire à la double majorité2. L'Assemblée fédérale veille à ce que la constitution respecte le principe de l’unité de la forme, celui de l’unité de la matière ou les règles impératives du droit international et peut annuler un article selon ce principe même si celui-ci est accepté par le Peuple3.

[3] Quoique Cameron se soit récemment avoué hostile à une immigration « massive » des hongrois et des roumains… Et que le gouvernement de Mme Merckel développe des réseaux pour privilégier une immigration du sud de l’Europe au détriment du monde islamique… en encourageant en Espagne en particulier l’apprentissage de la langue allemande.
[4] Comme je le développe dans mon livre « Immigration et religion », dont Gérard Bad, de Echanges, avait considéré qu’il pourrait provoquer une utile réflexion en milieu révolutionnaire. Ce qui n’est pas du tout le cas, puisque hormis le CCI qui fourre tous les problèmes dans la « décomposition du capitalisme », gauchistes, anarchistes et maximalistes persistent à nous chanter « travailleurs immigrés, travailleurs français même combat », mot d’ordre vieillot non dans son contenu mais dans sa forme et ses implications. Tous ces cuistres militants oublient une leçon marxiste fondamentale, tel mot d’ordre qui fût révolutionnaire peut s’avérer un jour complètement réac.  Cf. le « mourir pour la patrie » de 1789 n’a plus rien à voir avec le même mot d’ordre en 1914. (« Mourir n’est rien, ce qui importe c’est la victoire » le libidineux Clemenceau).
[5] Cf. Relire mon article à l’époque : « Assumer la dimension arabo-orientale de la France » sur ce blog.
[6] http://www.lcp.fr/emissions/travaux-en-commission/vod/10472-audition-de-michele-tribalat-directrice-de-recherche-a-l-ined/michele-tribalat
[7] L’immigrationniste militant comme son double l’antifa, plutôt fasciste dans sa façon de faire la leçon et de menacer de représailles tout impétrant, ne fait jamais rien de concret pour venir en aide réellement  aux malheureux sans-papiers. Personne pour recueillir les naufragés de la mer de misère personne aux queues des préfectures. Tout est dans la gueule.
[8] La réalité historique est tout autre et admirablement décrite par Pardigon au milieu du XIXe siècle  ainsi que le rapporte Antoine Janvier: « De ce point de vue, qui est celui de l’auto-éducation de la révolution que Marx pensait non à partir du deuil mais plutôt du phénomène de la répétition, il est intéressant de noter que Pardigon confère un rôle et une puissance toute particulière à l’exil. Pardigon insiste sur ce phénomène, principalement sur la déportation à Nouka-Hiva dans les Marquises, sur la transportation au camp de Lambessa en Algérie et au bagne à Cayenne – c’est-à-dire les trois principaux lieux de déportation pour les prisonniers politiques de la Seconde République puis du Second Empire –, mais aussi sur la simple proscription, abolie seulement en 1859, entraînant l’exil, que ce soit en Angleterre, aux États-Unis, ou dans d’autres pays. Pardigon en donne une description très poétisée : « pèlerinage perpétuel », « des groupes de proscrits sillonnent les chemins comme des pestiférés » , ils n’ont plus de lieu propre et sont condamnés au nomadisme, du Piémont en Suisse, d’Ostende à Douvres puis « sur les voies tracées par l’émigration irlandaise » les États-Unis. Mais, jetés dans la dispersion et l’errance, ils sont comme unis par ce qui les isole et les sépare, et en viennent à former une véritable Internationale de l’exil, effectivement et concrètement sans propriété, sans patrie, sans famille. Ils alimentent depuis le dehors les énergies vives d’une révolution dont le cœur s’est refroidi, mais dont « la force vitale persiste aux extrémités et alimente les centres exténués », écrit Pardigon d’une métaphore physiologique renversée . En terre d’exil, ils se branchent sur toutes les énergies révolutionnaires qui avaient été éveillées dans le monde par la Révolution de Février, qui sont restées vivaces et peuvent la féconder à leur tour. Ils portent en eux, sur leur corps, à même leur condition d’exilé, le témoignage de la révolution ; ils sont « le livre vivant de la République universelle » . Thèse paradoxale : la diaspora des républicains dans l’exil fabrique du commun, leur fabrique une unité qu’ils manquaient à se donner « chez eux », à la maison – l’exil est le « terrain commun » où la classe ouvrière se fait son auto-éducation, « des emprunts et une éducation réciproque » .
[9] Cf. Janvier Antoine, « Un apprentissage de la révolution, Marx et la conjoncture 184861851 », Cahiers du GRM 2007. « L’apprentissage n’est pas le fait des seuls ouvriers. La bourgeoisie aussi s’éduque en se trouvant aux prises avec le prolétariat ». L’auteur puise abondamment dans l’admirable texte de Marx : « Les luttes de classe en France ». On se souvient de la fameuse phrase de Marx, inversée en 1968 : « Derrière les bulletins de vote, il y a les pavés ».
[10] Avec son compère Todd, Le Bras nous joue la lyre de l’homme universel, en tâclant la classe ouvrière autochtone, présumée ex-stalinienne d’arriération électorale frontiste : « Oui, voyez le FN. Dans les années 1980, il sévit dans les zones d'immigration maghrébine ou de violence. Puis, peu à peu, ce parti gagne des espaces plus centraux, laïques et postrévolutionnaires, où en principe il n'a rien à faire. Aujourd'hui, la corrélation entre vote Front national et présence de Maghrébins est tombée à zéro, tandis que la carte du vote lepéniste se rapproche progressivement de celle de la France laïque et révolutionnaire, jadis communiste : celle qui subit la désindustrialisation et manque de lien social. C'est toute la différence entre Jean-Marie et Marine Le Pen ». (déclaration à L’Express).

mardi 4 février 2014

UNE COMPILATION MARQUANTE SUR L’HISTOIRE DU PRINCIPAL GROUPE REVOLUTIONNAIRE DANS LA France D’APRES GUERRE





« L’enfer continue : de la guerre de1940 à la guerre froide, La Gauche communiste de France parmi les révolutionnaires 1942-1953 sous-titré « Textes à l’appui avec des écrits politiques de Jean Malaquais, par Michel Roger (ed Coleman).

Il y a bien sûr de nouvelles informations intéressantes dans cette suite du précédent ouvrage de l’auteur -  « Les années terribles (1926-1945), réédition d’une vieille thèse[1]- et le livre présente un intérêt évident pour quiconque ne connait pas l’histoire du courant maximaliste.
Il est regrettable cependant qu’il débute comme une hagiographie de Marc Chirik et présente la GCF, minuscule groupe qui a certes maintenu les positions internationalistes pendant la guerre comme première véritable fraction marxiste en France[2]. Hagiographie incongrue concernant une poignée de militants qui se sont complètement trompés de perspective dans l’après-guerre tant par leur croyance en une révolution au lendemain de la guerre que par une analyse catastrophique et peu maxiste de l’état économique du capitalisme, conçu comme incapable de se relever de la guerre mondiale alors que celle-ci a été un coup de fouet pour sa reviviscence et pérennité. 

Le « grand homme » Marc Chirik s’autocongratule outre mesure (en privé) dans l’exergue en première page, nouveau Jésus qui aurait porté sa croix trente années parcourant « physiquement et moralement tous les
degrés du calvaire du prolétariat » (in lettre personnelle à Malaquais). Fallait-il à ce point glorifier l’homme au détriment du courant dont il a été le principal animateur L’exagération est outrancière, derrière une telle citation introductive de la part de Roger. Marc n’a pas connu la déportation comme nombre de révolutionnaires ni la prison comme Chazé. Il est passé à travers bien des ennuis et risques comme quelques autres mais cela ne lui donne pas l’étoffe d’un héros. Fils de rabbin Mordechaï Chirik avait tous les défauts des fils de rabbin : désir d’être autrement le père comme ce fut le cas de Durkheim, le sage, le guide, le père porteur de la loi (marxiste en l’occurrence). L’ayant bien connu, avec ce messianisme qui l’habitait – sa compagne Clara disait qu’il avait le « feu sacré » - je ne pense pas qu’il aurait aimé qu’on lui dessine cette pose hiératique de thaumaturge de l’organisation. Il était trop intelligent pour être totalement mégalomane. Mais il le fût parfois. Il se vantait un jour d’avoir été dans tous les comités centraux, un autre d’avoir refusé de devenir le secrétaire de Trotsky, ou un autre jour d’avoir toujours été en minorité alors qu’il fût toujours « majoritaire » dans le CCI par exemple. Mais ces défauts de la jeunesse arrogante n’entament pas une réelle sagacité politique et une impressionnante perspicacité sociale au cours de sa vieillesse quand certains le nommaient « le vieux » alors qu’il ne fût jamais vieux. Il ne faisait pas bon se trouver en face de lui, dans la polémique il était redoutable. Redoutable du fait de sa très longue expérience politique. Il avait en effet traversé tout le siècle baigné au firmanent de l’Octobre russe puis ferraillant dans les groupes oppositionnels des années 1930 avec un constat souci de retrouver les véritables voies devant favoriser la révolution prolétarienne ultime.
La reconstitution de la fraction italienne en 1941 à Marseille est assurément à mettre au crédit historique de Marc et de ses camarades. Michel rend très bien compte de la création des conditions de la création du Noyau français de la gauche communiste en 1942 et du travail positif avec les « trotskystes-léninistes » RKD, et surtout de sa réaction sainement marxiste à l’effondrement théorique de la fraction italienne avec sa théorisation de la « disparition du prolétariat ». Mais somme toute, avec la sale période de la Libération (triomphe total de la bourgeoisie) les aléas du messianisme auront raison rapidement de la pérennité du groupe. D’une part parce qu’il s’est planté comme toutes les minorités dites d’extrême gauche (des anars aux trotskistes) en misant sur une nouvelle vague révolutionnaire puis, de Charybde en Scylla, envoûté par l’ambiance terrible de risque d’une nouvelle guerre mondiale – vécue comme telle aussi bien par les hautes sphères bourgeoises que par la population – le groupe s’est défait dans la farce de sauvetage des cadres, en fait surtout de Chirik qui a pris ses clics et ses clacs pour filer au Venezuela au début des années 1950[3].
Avant sa disparition il ne faut pas non plus exagérer l’activisme de la GCF, « tournées de propagande, collage d’affiches » nous dit Michel. En réalité, action en catimini. Vu la rareté et la cherté du papier aucun
groupe politique révolutionnaire n’avait les moyens de s’offrir de grands placards de papier. Il s’agissait de « papillons », collés à la sauvette dans le métro ou sur des palissades (je joins ci-contre deux de ces affichettes, environ 10cm sur 5cm).
La bagarre pour le leadership des fractions italienne et française apparaît toujours aussi confuse pour le quidam et tous les dessous pas forcément reluisants ne sont pas rapportés[4]. Le départ de Marc de la Fraction italienne est vu par certains comme politique personnelle et querelle de leadership ce qui est contestable quand il s’agissait de sa part d’une réelle divergence politique. Par contre sa fracassante déclaration d’adhésion à la fraction française a tout d’une tautologie puisque c’était déjà son propre groupe de travail et de militantisme.
Formellement et idéologiquement la GCF est de fait la continuation de la fraction belge Bilan, mais on ne peut pas dire que la Fraction italienne ne l’est plus du tout puisque les italo-belges de circonstance vont se retrouver qui avec Damen qui avec Bordiga. Marc et ses camarades se sont ressaisis, après avoir eux aussi cru à la possibilité de recréation du parti mondial internationaliste, et ils ont vu bien avant 1952 que le parti
italien (dit bordiguiste) ne tiendrait pas longtemps la route véhiculant des confusions néo-léninistes sur la nature du stalinisme, les libérations nationales et le syndicalisme. La présence de la petite GCF dans les luttes ouvrières est fortement exagérée, elle avait été fortement romancée parmi l’ultra-gauche de l’après 1968. Que les deux M intellectuels (Marc et Mousso) aient réussi à accrocher l’ouvrier Goupil au début de la grève de 1947 à Renault n’a pas fait de Goupil un grand meneur ni un poids lourd face au clan de Pierre Bois qui avait lancé la grève. Goupil défendit avec ses pauvres moyens la nécessité de l’extension de la lutte contre les staliniens reconstructeurs du pays et les trotskistes corporatifs, mais la décharge d’énergie du petit groupe était de trop dans une période encore totalement contre-révolutionnaire.

Théoriquement la GCF  fût beaucoup plus influencée par les communistes de conseils hollandais que cela n’est établi. Bien avant la séduction des barbaristes, quelques militants comme Bricianer et Malaquais étaient devenus très anti_léninistes quand Marc, quoiqu’il en dise, restait très bolchevique sur la question de l’organisation. Typique de l’autisme des petites sectes, le départ du seul ouvrier du groupe Goupil fut interprété comme « un recul de la conscience parmi les ouvriers combatifs » ! Mégalomanie quand tu nous tiens ! Goupil en avait tout simplement marre des débats d’intellectuels dans une époque où se dissipaient les illusions d’une classe à la veille de la prise du pouvoir. Sur le fond, la GCF devait réviser son analyse d’un activisme hors de propos. Autre erreur, mais en même temps signe d’un affaiblissement politique, la GCF crut bon de saluer l’apparition du groupe « Socialisme ou Barbarie » groupe issu du trotskysme – mais l’erreur était compréhensible on pouvait croire que des scissions du trotskysme serait évolutives comme en témoignait le groupe très dynamique de Munis[5]. La déliquescence du groupe et l’ouverture faiblasse de plusieurs de ses éléments à la séduction de la nouveauté barbariste – qui les considérait comme des vieilles croûtes – avait certainement été conditionnée antérieurement par l’influence anarcho-conseilliste des Hollandais. C’est le pataquès, la majorité de la GCF rejoint le guru Chaulieu et son équipe d’intellectuels futures sommités du Gotha parisien. Michel a beau jeu de nous mettre en scène Marc martelant « la nécessité de la lutte contre une tendance à la dislocation et à la dissolution. C’est là le grand danger[6] dans les groupes révolutionnaires ; nous assistons à quelques velléités d’activisme (sic ! le même qu’il défendait la veille), mais nous rencontrons surtout de forts éléments de dissolution (resic) ».
Michel n’évoque pas la pression honteuse que Marc voulait exercer sur la pauvre Natalia Trotsky justement tempéré par Malaquais, qui lui tenait la dragée haute politiquement contrairement à sa régression démocratique en son vieil âge. Page 56 est reproduit une critique très judicieuse de Marc par Munis, quand ce dernier n’a pas affiché une telle cohérence dans son grand âge.
Marc Chirik ne va pas tarder à se prendre pour Lénine en parodiant ses « lettres de loin » qui sont très intéressantes, souvent judicieuses mais théorisent en fait la fin de l’organisation politique où les règles strictes de parti deviennent des rapports « de grande intimité de solidarité quotidienne… amitié affective » (page 59). C’est certainement la période de sa vie où il est le plus déprimé mais pas complètement perdu.
Après l’épisode des cercles d’étude Marc est à regret de constater la dissolution et très lucide : « Notre propre incapacité ne doit pas être rejetée sur la classe ou être généralisée ». Mais cette disparition est dramatique historiquement comme je n’ai cessé de le dire. La disparition du pôle politique le plus clair en France laissant la voie et la gloire frelatée au cercle confusionniste S ou B, a permis que les théories néo-anarchistes et conseillistes tiennent le haut du pavé en 1968, pour le bon plaisir de la petite bourgeoisie estudiantine. 

Paradoxalement, pour nous qui l’avons sous-estimé, c’est l’article de Malaquais à la fin du livre qui est le plus profond et subtil sur la dissolution de la GCF, quoique toujours hautain ; comme est brillant et perspicace son article sur le roman.
Chirik et Malaquais ne sont pas des saints mais des hommes. On ne peut leur reprocher d’avoir tenté l’aventure sud-américaine quand tout était foutu pour une longue période indéterminée. Ils ont tenté de faire jouer leurs relations hauts placées pour monter des entreprises lucratives, Gide et Mailer pour Malaquais dans son éclosion littéraire, André Maurois (Émile Salomon Wilhelm Herzog) pour Chirik, mais ils n’en ont jamais tiré profit. Malaquais avait été militant mais il ne l’était plus, il s’était embourgeoisé dans la littérature comme les Rubel et Bricianer. Ils en avaient fini avec leur particularité juive et se considéraient avant tout comme citoyens de l’humanité[7].
En fin de compte, malgré une longue introduction qui apporte des éléments nouveaux fournis par le fils de Marc et la republication de textes déjà connus mais dispersés du travail théorique de référence de la GCF, l’ouvrage souffre de son aspect compilatoire, de son absence de travail réel de confrontation avec ce qui a déjà été publié, les analyses géniales de Laugier et notamment le chapitre 6 de mon Histoire du maximalisme (2009) qui est bien plus complète sur l’histoire de la GCF et ses contradictions et où j’ai modéré pour moi-même mes hagiographies passées de MC.
Cet ouvrage plus encore que le précédent cependant est à saluer comme une contribution utile à une ultérieure histoire générale de ce courant, à laquelle il faut espérer que s’attacheront des historiens honnêtes et à diffusion conséquente prenant en compte documents et analyses que nous avons fourni hélas en ordre dispersé.


[1] Que j’ai critiquée dans ce blog le mercredi 12 décembre 2012  et titré UN TRAVAIL DE FAINEANT SUR LA GAUCHE ITALIENNE.

[2] « La Gauche Communiste de France est la première expression de la gauche marxiste dans le mouvement ouvrier en France » (page 8). Exagération notoire qui efface les représentants de l’AIT dans la Commune de Paris, le POF de Guesde, Naché Slovo de Trotsky à Paris, les Péricat,  Souvarine, Rosmer et Treint, les premiers groupes trotskystes, Union communiste de Chazé, le groupe de Munis, sans oublier l’influence de Bilan bien qu’édité en Belgique, etc.
[3] Goupil (André Claisse), le seul ouvrier de la GCF, me disait à la fin des années 1990, sarcastique : « Marc a voulu sauver sa peau ». La parano s’étant emparée du groupe après la fameuse réflexion de l’un d’eux : « les hitlériens ne nous ont pas eu mais les staliniens ne nous rateront pas »  (avait pronostiqué Laroche).  Pas de héros de la GCF victime des exactions staliniennes, me dit aussi Goupil dans le film que je lui ai consacré, « ce sont surtout les trotskistes qui se faisaient casser la gueule ».  Marc se débarrasse du problème Goupil en 1949 en stigmatisant « une tendance ouvriériste » sous prétexte de la défense du regroupement des révolutionnaires (intellectuels) virage du chef lançant la mode du retour à la théorie contre … l’activisme ouvriériste.
[4] Nota les querelles de basse politique de Suzanne Voute et des italiens contre les petits juifs de la GCF en particulier les deux terribles M (Marc et Mousso).
[5] Lorsque 20 ans plus tard la filiation, Révolution Internationale, décrètera qu’il ne peut sortir que des avortons du trotskysme c’était un constat fondé au souvenir de cette erreur, mais aussi concernant les RKD, prudes léninistes, qui ont coulé finalement dans l’anarchisme. Je redis qu’il est dommage que cette publication ait été encore réalisée sous les auspices d’un ancien trotskiste devenu bourgeois « anarchiste de droite » comme le dit un de ses anciens compères de ‘Combat communiste’ devenu auteur de romans policiers.
[6] A chaque virage théorique des années 1970 aux années 1990, Marc nous ressortira le « grand danger », du « grand danger du parti léniniste » au « plus grand danger du conseillisme ». De même il nous assurera être l’inventeur de la notion de décomposition « ultime » du capitalisme, alors que cette notion était ressassée dans tous les textes de l’IC du début du siècle.
[7] Ce qui ne fut pas le cas d’un de leurs compagnons de route Rubel sur lequel j’écris ceci dans mon histoire du maximalisme : « Face à Robert Gallimard, Rubel exige de se passer des notes d’Engels pour ne garder que les textes inédits, menaçant même d’interrompre sa collaboration. Maximilien Rubel, dans un courrier, en tant que « juif d’origine » expliqua de façon ambiguë que sa lecture de Marx, et l’investissement éditorial qui suivit, furent motivés par l’occupation allemande renvoyant à ce que Traverso le trotskyste a théorisé comme « Judaïsme allemand et cosmopolitisme ». Le trotskiste judéophile Traverso estime que, dans le passage de l’universalisme propre aux Lumières à l’internationalisme socialiste, les juifs furent une figure déterminante, mais néanmoins traversés par le conflit entre nationalisme et cosmopolitisme, entre tradition — attachement à la religion — et modernité — inscription dans un univers sécularisé. L’investigation historique à laquelle s’est livré Enzo Traverso vise, de la même façon à arracher à Marx la théorie communiste comme universaliste, en retraçant la « germanisation du judaïsme allemand », processus au cours duquel la culture yiddish a été profondément renouvelée (« Haskalah ou Lumières juives »). Cette insertion dans la modernité allemande se heurtant à des réactions nationalistes dont l’objectif est d’enfermer les juifs dans leur culture nationale, impliquerait des réactions propices au développement de l’antisémitisme. Cette tension aurait à l’origine, chez certains intellectuels juifs, d’une forme radicale de cosmopolitisme – non pas d’une conscience de classe anti-capitaliste - tant au dix-neuvième siècle avec la figure de Karl Marx ou de Moses Hess, qu’au vingtième siècle dans le cadre des mouvements socialistes et communistes, véritables incarnations du cosmopolitisme juif (Rosa Luxemburg, Paul Lévi ou Georgy Lukacs) et donc donnant raison finalement au natonal-socialisme qui considérait le communisme comme une « invention juive ». Il n’en découle pas chez Traverso et Rubel des prises de positions universalistes en totale opposition avec l’idée de judéité ou de chrétienté, mais une confusion politique totale étrangère au projet commun des Marx et Engels. Les œuvres complètes de la Pléiade s’insèrent donc parfaitement inodores dans une culture universaliste accessible aux bourgeois participant du  transfert du cosmopolitisme judéo-allemand vers les Etats-Unis pour une majorité de citoyens juifs, totalement étrangers au projet communiste de Marx et Engels, et avec eux de tout le mouvement ouvrier. Marx doit par conséquent se retourner dans sa tombe d’être ravalé au rang d’un bon anarchiste démocrate !
Dans une interview au journal Le Monde (29.07.1995) le bourgeois Rubel transforme Marx en un vague philosophe et révèle qu’il n’a jamais été… marxiste, mais une variété de pacifiste pendant la guerre : « Marx croyait déchiffrer le destion de l’humanité tout entière (…) Quant au marxisme il commence à proprement parler avec Engels (…) La révolution de 1917 a inauguré l’ère de la mystification marxiste (…) Je suis venu à Marx par l’occupation allemande, à une époque où un juif d’origine pouvait faire dans sa chair l’expérience du totalitarisme. J’ai été approché par un groupe de jeunes marxistes et anarchistes qui cherchaient à diffuser des tracts de propagande révolutionnaire en allemand auprès des troupes d’occupation. J’ai proposé à ces militants de rédiger un texte où l’on ne mentionnerait ni Marx ni le socialisme, mais qui ferait tout simplement appel à l’instinct d’insoumission des soldats allemands ». Pour mettre tout le monde d’accord, son disciple libertaire, Louis Janover est venu plaider que Rubel avait « arraché Marx aux marxistes ». Certes, mais pour le livrer aux éditions bourgeoises Gallimard ! ».