"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

mardi 26 août 2008

UN IMPERIALISME PEUT EN CACHER UN AUTRE (ou la fable de l’humiliation US)

L’armée russe a tiré et bombardé dans le tas, semant la terreur. Le sang giclait partout parmi les civils comme dans la triste école de Beslan… en Ossétie du nord. On n’a rien vu pratiquement et on parle de probables milliers de morts. Pire qu’en 14 ou 40, les caméras sont interdites du champ de bataille surtout que ledit champ de bataille est constitué par de courageux militaires surarmés qui mitraillent de lâches civils sans armes. « Faut les punir » avait hurlé Poutine à Sarkozy. L’ordre russe règne en Géorgie comme il règne en Tchétchénie. Les potentats locaux, conseillés ou pas par la bourgeoisie US, n’ont aucun scrupule à faire prendre des risques à leurs populations pour défier le dictateur rancunier de l’ex-URSS. Ce qu’on peut appeler le « courage nationaliste » : les civils restent les cibles pas les ministres !

Alors que Le Figaro titrait « Les JO tournent à la confrontation sportive entre la Chine et les Etats-Unis »[1], une autre confrontation moins sportive avait lieu en Géorgie. La flamme olympique vacille pour la première fois sous le souffle concomitant d’une guerre-éclair. L’idiot utile européen Cohn-Bendit a comparé les jeux de Pékin à ceux de Berlin en 1933. Le faux premier ministre Poutine a dénoncé un génocide en Ossétie du sud… jusqu’où iront-ils dans les amalgames, pour mieux cacher leur frousse mutuelle ?

L’ensemble des titres de la presse bourgeoise a porté initialement sur la peur de la guerre et une soit disante humiliation des Etats-Unis. Le journal du dimanche titra : « l’Europe redoute l’escalade », d’autres « Risques d’embrasement dans le Caucase », « La communauté internationale impuissante ».


Le 8 août l’armée géorgienne lance une attaque de nuit contre la capitale de l’Ossétie du Sud, Tskhinvali, pour affirmer la prééminence de l’Etat géorgien sur une zone qui désire être rattachée à la Fédération de Russie. L’aviation russe réplique et détruit le port de Poti, site clé pour le transport d’hydrocarbures, situé sur la mer noire. Grande agitation diplomatique et journalistique mondiale. Comment se fait-il qu’une enclave d’à peine 70.000 habitants suscite autant d’articles « géo-stratégiques » et aussi peu de remous concernant les morts civiles de la querelle inter-impérialiste?

Toute guerre, même locale, est protégée par un rempart de mensonges, donc nous ne sommes pas là pour dire qui a commencé, même si le fusible de l’Oncle Sam Saakachvili devra sauter. De toute façon comme la presse bourgeoise n’a cessé de le répéter : « derrière cette guerre il y a une confrontation « à distance » entre Washington et Moscou », nonobstant celle, olympique, entre Chine (si sportive au Darfour pour le tir sur cible vivante) et Etats Unis. Les relations se seraient tendues entre Moscou et Tbilissi (capitale de la Géorgie) depuis 2004 avec l’arrivée au pouvoir du président pro-occidental Saakachvili.

Depuis près de 20 ans que la Russie a perdu son glacis, et surtout le contrôle du Caucase du sud, contrôle politique et économique. Les républiques nouvelles du Caucase en ont profité pour prendre du champ, l’Azerbaïdjan en prétendant contourner la Russie pour exporter son pétrole ; il suffit de regarder la carte pour constater que les oléoducs des hydrocarbures de Bakou en Azerbaïdjan, sur la mer caspienne, transitent via la capitale de Géorgie vers la Turquie.

La Géorgie en prétendant s’annexer définitivement l’Ossétie du sud est venue renforcer ce contournement de la Russie (et non son encerclement comme l’ont dit bêtement les journalistes). La bourgeoisie russe trop occupée à maintenir (férocement) l’ordre en Tchétchénie, avait dû patienter jusque là face aux prudentes velléités d’émancipation géo-stratégiques. En 2006 Poutine avait déjà donné un avertissement à la Géorgie en coupant le gaz et en sermonnant la molle Europe.

L’avancée impérialiste des chars russes a été renforcée dans son interventionnisme brutal non simplement par l’envolée du prix du pétrole, comme le serinent certains journalistes, mais pour répondre à une provocation forcément téléguidée par Washington, toujours en position dominante depuis le projet d’installation des boucliers anti-missiles en Pologne[2], et surtout, talonné par la Chine comme deuxième compétiteur mondial, l’impérialisme russe ne peut se laisser effacer du jeu planétaire.

Guerre inégale localement où l’avancée pachydermique russe a eu vite raison de l’agneau géorgien avec la comédie du cessez-le-feu, et l’apparent immobilisme US. On nous a laissé conjecturer que l’impérialisme russe avait voulu profiter de la relative faiblesse de la bourgeoisie américaine : fin de l’ère Bush, incertitude des élections, piétinement en Irak et Afghanistan, impossibilité d’aller à la guerre avec l’Iran. Foutaises occidentales : ce n’est plus l’ogre russe brejnévien, et malgré l’arsenal nucléaire, l’armada russe est composée de vieux tacots (alors que l’impérialisme chinois – comme l’américain - dispose de moyens plus sophistiqués). L’incursion en Géorgie peut coûter plus cher diplomatiquement et au niveau du G8 ou permettre en sous-main une avancée géostratégique américaine. Question : les confrères de cette confrérie des puissants, qui ont refusés de poursuivre de communes parades navales avec la Russie, vont-ils accepter de siéger aux côtés du tueur du Caucase sans se déjuger eux aussi face au monde entier, sachant leurs propres tractations secrètes ?

SARKOZY GRIME EN DALADIER

Le président en exercice de l’Europe a fait de la figuration face à l’éternuement du vieil impérialisme russe, pour (sans rire) remédier à « l’immobilisme américain ». Il eût beau parader devant les sunlights avec l’ombre de Poutine, le petit Medvedev (un gosse suiviste de 42 bougies !) pour jouer au redresseur de torts, au faiseur de paix, l’armada russe ne cessa de massacrer dans la population civile pendant les parlotes et après le cessez-le-feu. La presse bourgeoise française a tenté de sauver la mise au blaireau despote (les clercs craignent de perdre leur emploi), aux côtés du servile Figaro, Le Monde ne put s’empêcher de titrer ridiculement : « Comment la France a arraché l’amorce d’une négociation » (14 août, hi hi !) ; Coluche n’est plus là pour nous expliquer comment on arrache une amorce de négociation, mais le sous-titre du Monde était plus claire sur l’amorce (qui n’avait ni allumé ni éteint quoi que ce soit) : « Le cessez-le-feu n’a pu être consolidé qu’aux conditions posées par Moscou » !

Cela a pu rappeler à certains le traité de Munich où Daladier, 1er ministre français de l’époque et son homologue british Chamberlain avaient berné par Hitler. L’histoire se répète mais en farce. Nous ne sommes pas à la veille de la 3e boucherie mondiale. Même si la Russie est encore au 3e rang mondial pour ses réserves de change et son excédent commercial, elle n’a probablement même pas (à elle seule) un potentiel industriel comparable à celui de l‘Allemagne nazie !

L’anti-américanisme nationaliste du PCF :

Le résidu lamentable du parti stalinien qui n’arrive pas à renflouer à coups de pouce de milliardaires L’Huma-incrédible défend en gros une position indépendante de l’impérialisme US avec un clin d’œil humide à l’ex-URSS : « « L’OTAN qui fut pendant la guerre froide, l’organisation militaire faisant face à l’Union soviétique au nom de l’équilibre entre les superpuissances est maintenant le bras armé, partout dans le monde, de la superpuissance américaine » (édito de M.Ulrich du 20/08). Si Sarkozy virevolte sur le mode indépendantiste (la comédie du Munich 2) le PCF hume un bon terrain tricolore convenable : « DE fait l’intrusion de l’OTAN dans la crise russo-géorgienne propulse les Etats-Unis dans la crise du Caucase et rend beaucoup plus difficile l’application de l’accord en six points négocié par Nicolas Sarkozy au nom de l’UE (sic ! quand on sait que ce dernier a fait cavalier seul…ndt). Avec cette position plutôt équilibrée (resic !) destinée à trouver un cessez-le-feu et à avancer des pistes de sortie du conflit géorgien, la France et l’Europe se refusaient à s’aligner sur les Etats-Unis qui avaient pointé du doigt la responsabilité de la seule Russie » (OK çà) (Huma du 20/08).

Comme dans les années 1930, comme pendant la guerre mondiale et celle des décolonisations, le PCF participe à l’effort de guerre, à l’effort pour conditionner à une future guerre… inévitable.

MASSACRES DES DEUX COTES :

En Ossétie du sud comme en Géorgie les populations ont subi les exactions des armées rivales, de la minable armée géorgienne à la grosse artillerie cosaque. Dans une guerre subite qui n’a rien à voir ni avec l’indépendance des peuples ni même avec un nationalisme au petit pied, écoutons la parole d’un réfugié : « Nous avons toujours vécu en bonne intelligence avec les Ossètes. Ce sont les politiques qui alimentent le conflit » (rapporté par le Figaro du 20/08).

Les populations sur le terrain ont été bel et bien soumises aux exactions des soudards géorgiens et russes. La presse bourgeoise s’étendit sur les raisons géo-stratégiques du conflit et sur les éternuements de Sarkozy, mais ne nous livra que quelques photos des crimes de l’armée russe et aucun des mercenaires géorgiens. Personne ne protesta contre ces lâches assassinats en direct de militaires impavides. L’histoire fait marche arrière. On nous exhiba quelques civils tués comme au début de l’éclatement de l’ex-Yougoslavie. Le film Good by Lénine nous est rejoué à l’envers, mais sans l’humour et avec les vieux blindés en panne une fois sur trois avec un instrumentalisation des minorités russes.

Aucune fraction bourgeoise, ni organisme humanitaire n’a exigé immédiatement de savoir ou compter le nombre de morts, de blessés dans la population civile. Personne ne dira le désarroi des populations spoliées, refoulées et expulsées. La Géorgie c’est dans le Caucase… barbare… N’est-ce pas qu’un retour du refoulé du continent stalinien, une affaire qui ne nous regarde pas ? Quinze jours plus tard la presse reconnaît 128 700 personnes déplacées et on fait donner les ONG (occidentales) qui viennent ainsi épauler les mensonges occidentaux.

La classe ouvrière, elle, se tait. Elle reste spectatrice des jeux olympiques, sommet du crétinisme de la compétition mercantile musculaire et militaire (Coubertin était l’ami d’Hitler, et Samaranch ancien ministre de Franco parade sur un banc olympique avec la reine d’Espagne). On ne peut lui en vouloir tellement elle reste encore assommée par l’idéologie du chacun chez soi, par une politique mondiale qui n’est affaire que de « spécialistes », et batailles de ping-pong diplomatique entre Grands et petits impérialismes qui nous remisent au rang de millions de fourmis et de tubes digestifs.

LA CRISE CONDITIONNE-T-ELLE LA GUERRE ?


On le répète depuis si longtemps au point que c’est devenu une banalité, la crise économique s’aggrave de plus en plus, on prévoit une grave récession incessamment. A force de crier au loup… Poussée par cette crise la bourgeoisie doit apporter une réponse. La plus naturelle serait la guerre puisqu’il n’y a aucune solution dans le cadre du système de compétition mercantile. La guerre doit-elle précéder la crise ? La crise la guerre ? Et si la bourgeoisie attend trop, qui empêchera l’explosion sociale ?

Et si les bourgeoisies engagent tôt ou tard la guerre qui peut croire qu’elle passera sans casse politico-sociale majeure dans les principaux pays occidentaux et les grandes puissances ?

Les tractations entre grands impérialismes ne cessent jamais dans ou autour de l’OTAN. Les guerres locales ou mondiales se déclenchent toujours en été, le temps est le plus propice pour la logistique imbécile militariste. Les « tensions impérialistes » d’été ne sont donc pas nouvelles, elles ont succédé depuis des années aux virtuelles rentrées sociales chaudes promises par la CGT. On a vu plus haut que le PCF faisait de l’OTAN une chose strictement américaine, mensonge de plus de cette secte décatie, car Russie et Etats-Unis officient depuis longtemps dans des négociations « multilatérales » sur les dossiers « ultra-sensibles » tels que l’Iran ou la Corée du nord et la « non-prolifération » (nucléaire). Dans la mesure où la bourgeoisie russe a menacé de rompre sa coopération avec l’Alliance (atlantique) sur l’Afghanistan (qui comporte comme évitait de le mentionner le plumitif du PCF, la mise à disposition du transit aérien), ne peut-on pas considérer que l’embuscade qui a provoqué la mort des dix soldats français n’est que la réponse du berger à la bergère ? (Et que le Pakistan présumé armer les tarés taliban a bon dos ?). Mais l’impérialisme moderne est toujours un jeu de cons à plusieurs, où on ne sait pas toujours précisément qui manipule qui, où se nouent des alliances secrètes momentanées ou cycliques.

Sur le niveau de la crise économique, les simples observateurs militants qui se croient bons analystes oublient une chose : comme la guerre, la crise est noyée sous des tonnes de mensonges et des infos contradictoires. Fin août on apprend que les Etats-Unis sont à l’abri de la récession ! La veille on nous disait le contraire ! Au contraire la France était présumée à l’abri du choc des subprimes, quand on annonce soudain une interruption des vacances des ministres français pour prévenir le marasme économique à la rentrée…

La bourgeoisie parvient à contrôler encore les secousses économiques qui ébranlent la prétendue longévité du capitalisme et à naviguer dans le puzzle d’un monde en compétition violente qui tend à générer une nouvelle formation de blocs impérialistes. Comme pour toutes les autres infos cruciales (avancées stratégiques US sous la provocation géorgienne, assassinats des soldats français indirectement par Poutine), il faut lire entre les lignes ou dans les passages apparemment secondaires dans le langage ésotérique ou franc-mac de la presse bourgeoise ; ainsi dans le Figaro qui laisse balancer au secrétaire général de la défense nationale un certain JM Balencie : « S’il s’avérait que de nouveaux accrochages meurtriers devaient se produire dans les prochains mois, ce qui est vraisemblable, on peut envisager qu’une partie (sic) de l’opinion publique, déjà réticente, face à l’engagement français, devienne de plus en plus critique ».

Or, cette « partie de l’opinion publique », au fond c’est le prolétariat (car même volontaires, les trouffions tués sont toujours des enfants des couches les plus pauvres et illettrées de la classe ouvrière)[3], et par défaut si cela reste bénin les pleureuses patentées du PS, des Verts et les gauchistes.

En filigrane, la crise géorgienne confirme que les grands impérialismes font toujours la loi, que la Russie reste un ennemi dangereux, que la bourgeoisie a peur d’aller à la 3e boucherie mondiale – tout en s’y préparant - non pas par simple humanisme, mais :

1) parce qu’elle sait la casse que cela représente, et qu’elle ne s’en fout pas pour ses fractions les moins débiles,

2) parce qu’une guerre mondiale n’équivaut pas et plus à une guerre locale, et que la classe ouvrière des pays industrialisés (y compris les masses chinoises ou russes) réagirait tôt ou tard « à l’intérieur » et violemment.


PS : un sondage du « Parisien » du 17 août qui prétendait mesurer l’inquiétude des « français », nous indiquant que 70% des couches moyennes tressaillent et croient à un élargissement. Par contre les moins inquiets étaient… les ouvriers et la couche des 30-39 ans. Connaissant la conscience politique des ouvriers en général et ce qu’ils disent de ce conflit, je suis très serein (et pour cause). Par contre il apparaît que – dans une fourchette infime heureusement – « les électeurs PCF » non plus ne sont pas inquiets à 30%... ceux-là espèrent encore leur libération par les chars russes (conditionnés par l’Huma qui excuse toujours les exactions russes)… (on n’a pas sondé les trotskiens).

Dix soldats tués en Afghanistan :

LA COLLABORATION MILITARISTE DE SARKOZY

Même si Poutine via le Pakistan et les taliban a « puni » le donneur de leçon de paix franco-européenne, on peut considérer que Sarkozy et son gouvernement sont responsables de la mort des dix soldats français. Secondaires comparées aux tueries quotidiennes de civils en Afghanistan, les circonstances de la mort des dix jeunes gens obéissent aux « lois » stupides de la guerre moderne : on ne sait plus qui tire sur qui. Les « gamins » militarisés, peu entraînés, peu encadrés, et livrés à eux-mêmes dans le bordel afghan (et dans la multiplicité des commandements « alliés ») ont probablement été plus décimés par les renforts US habitués à tirer dans le tas que par les seuls mitraillages taliban. « L’hommage de la nation » a été certes émouvant, comme peut l’être tout enterrement de jeunes êtres trop tôt fauchés par la mort, et avec l’exhibition des familles éplorées, mais sous une scandaleuse récupération nationaliste bourgeoise – les chefs bourgeois ne vont pas au casse-pipe – le blaireau président a été particulièrement odieux et ridicule : « donner sa vie avec honneur, c’est réussir sa vie » (éloge funèbre aux Invalides). Le même discours sacrificiel que les « barbares » bigots d’en face, qu’on n’oubliera pas tôt ou tard de lui jeter à la face ![4] Mourir pour la bourgeoisie, mais de mort lente, disait Brassens !

A plat-ventre devant les exigences US, Sarkozy avait opéré il y a quelques mois au renforcement des troupes en Afghanistan pour s’associer à « cette première opération de l’OTAN en dehors des frontières de ‘Europe » (cf. Le Figaro) pour « effacer le conflit franco-américain né pendant la guerre en Irak » et « continuer le combat contre le terrorisme » aux côtés des américains (déclaration de Sarkozy à Kaboul). La lutte « contre le terrorisme, pour la défense de la démocratie bourgeoise et contre le Moyen âge » fait belle figure pour couvrir la fidélité nationale française à l’ancien bloc occidental. Les candidats US Mc Bain et Obama se sont d’ailleurs eux aussi « ressaisis » affichant un langage aussi militariste désormais au cœur des élections ; il suffira de deux ou trois autres massacres pour que les électeurs perpétuent le militarisme de Bush avec son successeur préposé.

Le soit disant combat contre le terrorisme s’avère de plus en plus être une préparation à une nouvelle guerre planétaire. Dixit le député Guy Tessier : « Le terrorisme est partout. On se bat en Afghanistan pour que nous soyons en paix ici » !

Or, si les enjeux géostratégiques et pétroliers maintiennent encore la plupart des attentats éloignés de l’Europe – mais pas tant que cela avec la Géorgie, les crimes récents en Algérie et les piscines de sang au Pakistan – cela ne saurait durer. L’Europe n’a-t-elle pas été deux fois le terrain de bataille des guerres mondiales ? Et dans les pays meurtris la démocratie n’est qu’un leurre car il n’y a ni industrie ni classe ouvrière puissante pour qu’on lui masque le pouvoir bourgeois avec une démocratie tant soit peu tangible. La démocratie figurante d’Afghanistan ne nourrit pas la population, ne la préserve pas des crimes odieux répété par les bandes armées de gangsters mercenaires dit « insurgés afghans » par la presse bourgeoise. Le relatif regain de succès de ces tueurs est plus dû aux bavures de l’aviation de l’OTAN et à la corruption de l’administration de Hamid Karzaï qu’à la croyance aux vertus d’un sentiment national inexistant. L’armée du gouvernement Karzaï ne vaut pas mieux que les guérilleros tueurs, noyée elle-même dans un système corrompu où chacun se vend au plus offrant, trafiquants de drogues ou « saigneurs » de guerre de rapine.

Sarkozy s’est démasqué en Afghanistan. Il a prétendu jouer au faiseur de paix en Géorgie mais en envoyant à la mort les petits soldats à Kaboul.

OU EN EST LA CLASSE OUVRIERE EN France ?

Avec cette nouvelle rubrique, qu’on tiendra ici régulièrement, nous commençons une étude sur l’état de la classe ouvrière qui sera à la fois sociologique, sociale et politique, et qui aura pour but de dégager les lignes de force de cette classe des « sans-réserve » dont le rôle historique au niveau internationale reste plus que jamais crucial.

Etudions le bilan de l’emploi et des salaires de l’Acoss, organisme qui chapeaute les Urssaf (bilan de 2002 à 2007 publié dans le Fig du 20 août).

Le secteur tertiaire reste dominant avec 13 millions de salariés (+ 7,4% en cinq ans = 900 000 emplois créés). Il représente 72% des emplois. Les plumitifs manient curieusement les chiffres pour rendre opaque la proportion des activités sans que la proportion en réfère à la quantité pour une catégorie donnée ; cela donne ceci : « les services à la personne sont particulièrement dynamiques (en paye ?) + 58% de salariés dans l’aide à domicile, + 30% dans l’accueil des personnes âgées, + 29% dans l’accueil de personnes handicapées » ! A croire que 58% des 13 millions du tertiaire torchent le cul des grabataires !

Soulagement du plumitif communisateur du servile figsarko : « A l’inverse, l’industrie poursuit son déclin : 410 000 emplois en moins (-10%) pour arriver à 3,6 millions de salariés ». Ne s’agit-il pas plutôt du déclin du capitalisme industriel ? Mais passons, une contradiction peut en révéler une autre : « Une nuance toutefois : ces évolutions s’expliquent en partie par un phénomène de vases communicants : « Le mouvement d’externalisation de certaines activités par les entreprises industrielles se poursuit, notamment pour l’ingénierie, le conseil, le nettoyage, la sécurité, l’intérim et le transport », observe l’Acoss. Ce galimatias d’activités de merde auquel le journaleux bourgeois du Fig O.Auguste, ne pige rien lui inspire une rectification hors de propos : « Il n’empêche, l’habillement-cuir a perdu 35 % de ses effectifs au cours des cinq dernières années, le textile 32%, l’industrie des équipements du foyer 21%, l’automobile a perdu « seulement » 7,5% de ses effectifs ».

Après les 13 millions du tertiaire (sous entendu secteur où les prolétaires sont si dispersés qu’ils ne représentent aucun danger) le Fig enfonce le clou avec un article complémentaire : « Le poids des services continue à s’accroître dans l’économie française ». Où l’on apprend que les entreprises de service emploient 4,8 millions de salariés et « pèsent plus du tiers de la valeur ajoutée en France » (pas de la classe ouvrière…). Le plumitif sarkozien se félicite de la forte prédominance de la myriade de structures de petite taille : « 90% des entreprises comptent moins de dix salariés ». Ouf ! on revient au Moyen âge comme dirait Sarko : entreprise à échelle « humaine », pas de syndicats ni de grèves sauvages, bien bien… Quoique plus que 94% concerne l’immobilier et les services au particulier.

Le bâtiment va quand bien même tout va mal. Le plus grand nombre d’embauches a eu lieu dans ce secteur, lequel est en crise pourtant…

On nous apprend au surplus que le salaire moyen « dans le privé » s’élèverait à 2140 euros ! Faut le faire ! Trucage éhonté ou réalité provisoire ? Le mensonge est incontestable lorsque l’on sait la pauvreté des salaires dans les services ou dudit tertiaire (avec les tricheries horaires), mais les ouvriers pauvres ne lisent pas les journaux élitaires et savent que ceux qui écrivent dedans font profession de mentir en permanence. Il est incontestable qu’il existe de fortes couches de petits bourgeois (cadres, maîtrises, garde-chiourmes des vigiles et femmes de ménage) qui sont engraissés vers les 2140 euros. Contrairement donc aux mensonges chiffrés de l’Acoss et du Figaro, dans le privé et le public la majorité des salaires sont misérables et le privé (avec le culte du petit entrepreneur) n’est pas plus dynamique que le public, dessous de table, corruption, vilenie hiérarchique et humiliation des prolétaires y prédominent.

(à suivre)

ELOGE ET CRITIQUE DE LIVRE

« Les débuts révolutionnaires du mouvement prolétarien en France : le Babouvisme » par Robert Camoin (auto-édité à 90 exemplaires, juin 2008) 399 pages, 20 euros. Pour toute commande PU transmettra sur ce blog, ou sur mon adresse e-mail.

« Lorsque l’on veut empêcher les horreurs d’une révolution, il faut la vouloir et la faire soi-même ; elle était trop nécessaire en France pour ne pas être inévitable… »

Rivarol (royaliste)


Il n’y a plus grand monde de nos jours pour défendre la révolution française de 1789-1795 comme « un bloc » (cf. Clemenceau). L’écrasante domination dans l’édition bourgeoise des clercs rétribués du système autorise tous les révisionnismes historiques, au point que même des cageots, calotins et cabotins néo-fachos ont ramené récemment leur fraise (poudrée) dans la série compilations idiotes des « livres noirs » pour tenter d’enterrer un peu plus cette horrible et sanguinaire révolution qui mit à bas les privilèges de la noblesse cynique. Quelques historiens probes « laïcards » ont bien tenté de contrer ce révisionnisme de muscadins proches du FN et du gouvernement, mais sans empêcher les étalages des librairies d’être envahis par des dégueulis revanchards de vieux réacs. La bourgeoisie d’édition servile rajoute sans cesse une couche d’interprétations destructrices et nihilistes comme l’actuelle réédition des articles hétéroclites et sans méthode de l’ex-stalinien Furet (« Repenser la évolution française »).

L’important ouvrage réalisé par Robert Camoin, l’écrivain le plus prolixe du mouvement révolutionnaire marxiste depuis 1968, bien que scandaleusement ignoré et tenu à la marge par les lobbies des maisons d’édition[5] se moque royalement de deux siècles de dénigrements et de mensonges sur commande sur cette révolution bien lointaine qui dérange encore la bourgeoisie moderne. Avec un aplomb méritoire, Camoin ignore toutes les fadaises et rancoeurs colportées pendant si longtemps, et il se sert de la méthode marxiste pour analyser les causes économiques et politiques de la révolution. Pour tout dire il fait œuvre d’historien, et d’historien véritable qui se passe des arguties et récriminations des clercs histrions chargés à chaque génération de perpétrer les mensonges conservateurs dans les écoles, contre diplômes honorifiques et généreuses prébendes.

L’introduction de Jean-Pierre Caro dit l’essentiel en soulignant l’absence de neutralité de l’auteur. Il s’agit bien ici d’un historien partisan, et ce n’est point péjoratif d’autant que Caro laisse le lecteur libre de juger quelle interprétation pourra être la sienne en soulignant que l’auteur souhaite stimuler la réflexion à partir de données brutes, au plus près des « bras nus » de l’époque. Libre aux esthètes de se situer au-dessus de l’histoire des hommes ou de demeurer dans la lune.

Bien qu’il comporte des manques majeurs et des esquives, ce livre est d’importance donc, non seulement par sa méthode discursive rigoureuse, mais parce qu’il y avait carence jusque là depuis 1968 d’une étude approfondie de la révolution de 1789. La plupart des militants révolutionnaires de cette époque se sont contentés des idées préconçues les plus banales sur cette lointaine révolution. Malgré quelques trop rapides questionnements sur la nature de cette paradoxale « révolution bourgeoise » en 1968, la plupart sont restés ignorants ou connaisseurs superficiels des causes de la mise à bas des privilèges nobliaux. Camoin vient combler là une énorme lacune. Le livre très riche en documents, apprendra beaucoup aux jeunes générations, si on le sort un jour du trou à rat de l’auto-édition. Même si vous n’êtes pas d’accord avec ce « parti pris », même si vous trouvez quelques approximations, vous ne pouvez qu’être séduit par la fraîcheur de cette contribution, qui stimule plus qu’elle ne renouvelle la réflexion sur la révolution française ; et c’est bien là le mérite d’un tel livre de ne pas générer l’indifférence.

Après-guerre, hors des historiens appointés et en général hostiles à 1789 (ou caricaturaux comme les stalino-soboulo-mazauriciens) il n’y eût pas grand monde pour s’intéresser de près à cette « vieille histoire ») depuis l’ouvrage ancien du militant anarchiste Daniel Guérin (qui n’avait fait que pomper tardivement les écrits marxistes de la IIe Internationale sur le rôle primordial des masses, par les Jaurès, Deville, et Kautsky). Il n’y eu dans le milieu révolutionnaire depuis 1945 que la Gauche italienne (Bordiga, Maffi, Dangeville) pour produire des textes lumineux sur la révolution française, et… mon humble personne en 2005 (sur le mythe de « La guerre révolutionnaire ») ; et je suis même ignoré par l’auguste Camoin à qui mon propre ouvrage a tant déplu et auquel il aurait été gêné de répondre, on verra sur quoi plus loin.


Robert Camoin fait acte de modestie d’entrée et prévient qu’il ne veut pas tout embrasser de la carrière de Babeuf. En fait il embrasse beaucoup et nous apprend autant, même à moi qui me croyais fin connaisseur. Robert aime les biographies, égrener les noms, polémiquer avec celui-ci ou celui-là en cours de route, remettre à sa place un cabotin. Le texte qui accompagne les citations au début est un peu scolastique au début, avec deux fois le même verbe dans la phrase, mais il devient plus fluide et plus riche à mesure que l’on avance dans la lecture. Camoin finit par nous accrocher par la cravate et ne nous lâche plus. On est pour ou contre mais il faut avancer. La révolution se déroule et n’a que faire du simple spectateur trouillard.

Camoin trace son chemin et il n’est jamais seul. Il suffit qu’il polémique avec un bourgeois d’hier ou un misérable trotskien d’aujourd’hui comme le vulgaire Schiappa pour qu’on se sente dans la carrosse, qu’on n’oublie point que le cocher fouette les chevaux régulièrement. Des pas qui résonnent sur le pavé parisien à la dramatique exécution de Babeuf (dont Walter a mieux souligné le profond dégoût dans la solitude des derniers instants), on est « dedans ». C’est la première fois qu’on approche d’aussi près la préparation d’une insurrection. De même, personne n’avait aussi scrupuleusement étudié le programme des « égaux ».

Camoin n’a pas détaillé toute l’historiographie bourgeoise (ou même marxiste) car elle est immense mais il a travaillé sur des livres rares du mouvement ouvrier que lui seul a su accumuler depuis tant d’années (j’ai fait le vœu d’aller piller en douce sa bibliothèque quand il se rend à Marseille…). La dernière partie, à partir de la page 307 est une mine d’or sur les approximations du mouvement socialiste et communiste quant à cette intempestive et disputée révolution.

Exagérés et exagérations :

Camoin a bien déniché que le nom véritable des « enragés » était les « exagérés », sans analyser en quoi ils étaient vainement… jusqu’auboutistes, voire « surrenchéristes » dans une époque qui ne pouvait être transcendée en « lutte finale ». Il reste ambigu dans son jugement sur les petits bourgeois hébertistes dont il voit les limites, qu’il considère moins représentants d’un prolétariat naissant que les « enragés-exagérés » avec Leclerc ; ce sont bien plutôt des anarchistes issus d’un lumpenprolétariat assez primitif. La critique que je peux porter consistera donc à caractériser cette « exagération » de l’auteur sur la portée immédiate de l’événement 1789.

Examinons d’abord la thèse de ce talentueux « historien-partisan » centrée sur le personnage de Babeuf : « … j’ai rendu évident que Babeuf n’était ni un proto-anarchiste, ni un jacobin attardé (…) ressort d’un parti politique centralisé, agissant pour donner à la société une forme libre, heureuse et paisible. A la Conjuration des Egaux, il assignait pour proche objectif l’établissement du bonheur commun, la société sans classes, le communisme. En cas de succès s’établirait une convention babouviste avec une écrasante majorité de députés ouvriers » (p.13). Même s’il se défend dans les dernières pages d’avoir la moindre illusion sur la possibilité de succès de la tentative babouviste, Camoin laisse à croire néanmoins à sa possibilité, en particulier en surestimant les forces babouvistes et leur possibilité d’action sur le terrain militaire. En marxiste conséquent Camoin ne tire pas en arrière cependant le babouvisme, à la manière d’un Claude Bitot qui a repris les fadaises sur un « communisme grossier », et il voit bien que le projet communiste initiateur de Babeuf suppose l’abondance bien que pour plus tard (en effet). La méthode de RC pêche par défaut quand il révèle qu’il plaque l’analyse de la révolution double de la Russie de 1917 sur 1789-1795 (cf.p.96). On raisonne en général toujours à partir d’aujourd’hui sur hier, mais ce n’est pas parce que les riches ou les bourgeois n’ont jamais assumé de révolutions – qui ont toujours été le fait de masses d’esclaves, de petits bourgeois, de prolétaires – que nous pourrions vraiment outrepasser, comme tend à la faire Camoin, cette révolution de la fin du 18e siècle, dans sa signification bourgeoise. Les écrits marxistes ne sont pas si limpides que Robert veut bien le laisser entendre, et comptent nombre de contradictions sur l’appréciation de cette révolution. Il faudrait que RC nous dise ce que signifie pour lui le concept de « violence illimitée » d’autant qu’il a mis de l’eau dans la théorie avariée de la « terreur rouge » en reprenant une citation d’Engels, que je lui avais fournie, sur les « cruautés inutiles » et « la lie du peuple faisant commerce de la terreur » (p.340). Il faut toujours se demander de quelle violence il s’agit, à quoi elle correspond, et savoir si elle n’est pas un substitut aux besoins sociaux réels.

Engels, défenseur de cette révolution bourgeoise effectuée par des plébéiens (non encore vraiment prolétaires), plus spéculateur que RC déplora que « Babeuf soit arrivé trop tard », résolvait le problème en estimant que « les bourgeois ont toujours été trop lâches » et ne craignait pas de dénoncer les excès primaires des sans-culottes comme des suppôts d’intolérance (cf. mon livre sur la G.R. p.115). Robert exagère l’existence d’un prolétariat urbain et oublie, que même si dans les grandes villes on dénombre des métiers de manufacture et de petits métiers artisanaux, la France du 18e siècle est dominée par les mœurs paysannes, sans compter un illettrisme massif qui contraste avec les discours ampoulés et abscons de la plupart des dirigeants intellectuels petits bourgeois, y compris Babeuf. On se demande bien ce que la majorité des gens saisissaient au juste des textes ou articles dont une infime minorité pouvait prendre connaissance, sinon qu’ils n’en percevaient les échos, comme on se doute, dans le langage bref et sans fioritures de la rue, par des cris autour des termes : misère, guerre aux palais, faim, guerre, etc.

Robert décrit souvent, sans livrer ses sentiments, les têtes promenées au bout des piques. Etait-ce un acte révolutionnaire, autant que celui d’une tribu de cannibales ? Ou l’action parallèle et non essentielle dans cette révolution dite inachevée mais bourrée de complots et destinées à mal finir, d’une couche de lumpen mal embouchés, tout juste issus des campagnes primaires ? Actions terribles, parfois vraiment odieuses, qui terrorisaient les leaders petits bourgeois de la révolution au point qu’ils tombaient dans la surenchère pour préserver leur peau.

A-t-on vu le prolétariat moderne, en 1830, en 1848, en 1871, en 1905, manifester derrière des piques avec dessus des têtes dégoulinantes de sang? Robert manque une occasion là de tirer à vue sur l’historiographie, l’iconographie et la conographie bourgeoises, avec pour but de réduire la tragédie révolutionnaire à ses épisodes sanglants, voire en en exagérant la popularité alors qu’ils signifiaient l’expansion de la terreur opaque et aveuglante.

On eût aimé que Camoin traite de l’épineuse question de la « surenchère » petite bourgeoise - typique dans cette révolution - parfois simplement opportuniste, souvent criminelle, en période révolutionnaire, dans cette course à la mort où chacun peut être accusé du pire et la tête déposée sous le billot, où demain je ne suis pas sûr de ne pas être traité comme le pire contre-révolutionnaire, où tout responsable politique est prié de se mettre à genoux devant les désidératas de n’importe quel émeutier… Où dans mon propre parti je peux être accusé de corruption, de double jeu, où le plus intempérant peut me clouer au pilori sans preuves, etc.

Camoin ne fait pas trop dans la nuance sur les épisodes controversés, il ne se prononce pas sur la question des massacres en Vendée : est-ce que Babeuf est donc devenu « thermidorien » en les dénonçant ? Camoin lui reproche de « forger l’épithète de terroristes » sur les révolutionnaires… comme Carrier ? (p.255) Les historiens officiels peuvent nous être utiles quand même camarade Robert (face à nos carences ou évitements ) ; je reprends mes propres commentaires dans mon livre :

La répression inconsidérée contre des populations civiles, même arriérées, comme la terreur contre les civils urbains peuvent être les prémisses de l’agonie d’une révolution. Premier théoricien du prolétariat moderne, Babeuf proteste énergiquement contre les massacres en Vendée, et (se démarque) des thermidoriens en indiquant que le mouvement de « résistance à l’oppression » (spéculativement) sera formé par des « Vendées plébéiennes ». Le livre de Philippe Riviale, « L’impatience du bonheur , apologie de Gracchus Babeuf », est un bonheur à lui tout seul, il montre à plusieurs reprises comment chez le communiste précurseur Babeuf il n’y a pas d’illusion sur le terrorisme et le militarisme, contrairement à certains de ses compagnons encore imprégnés de la tradition bourgeoise jacobine comme Darthé.

Jean-Paul Bertaud formule l’imbroglio de la méprise parisienne : « A Paris, les Jacobins et les sans-culottes, mal informés par la bourgeoisie locale, assimilent très vite les Vendéens révoltés à des « brigands » contre lesquels ils demandent la plus extrême des répressions. Les Jacobins vivent depuis longtemps dans la hantise du complot aristocratique » (cf. La révolution française, p.198).

Le mythe de la guerre révolutionnaire :

Dans mon livre, j’avais cité la pertinente réponse de Trotsky à Bordiga sur les analogies (non récusée par ce dernier), Robert l’a-t-il vraiment lu ?

« Néanmoins, on ne peut s’instruire à la journée d’hier autrement qu’en procédant par analogies. La remarquable brochure d’Engels sur la guerre paysanne est construite d’un bout à l’autre sur l’analogie entre la Réforme du XVIe siècle et la révolution de 1848. Pour forger la notion de la dictature du prolétariat, Marx fait rougir son fer au feu de 1793. En 1909, Lénine a défini le social-démocrate révolutionnaire comme un jacobin lié au mouvement ouvrier de masses. Je lui ai alors objecté d’une façon académique que le jacobinisme et le socialisme scientifique s’appuient sur des classes différentes et emploient des méthodes différentes. Considéré en soi, cela était évidemment juste. Mais Lénine non plus n’identifiait pas les plébéiens de Paris avec le prolétariat moderne et la théorie de Rousseau avec la théorie de Marx. Il ne prenait comme décisifs que les traits généraux des deux révolutions : les masses populaires les plus opprimées qui n’ont rien à perdre que leurs chaînes ; les organisations les plus révolutionnaires qui s’appuient sur ces masses et qui dans la lutte contre les forces de l’ancienne société instituent la dictature révolutionnaire. »

Le fait de plaquer le schéma du parti léniniste sur le parti babouviste est bien évidemment réducteur, et même aboutit à faire du tort à la révolution russe comme « complot néo-babouviste » (plus que de reconnaître la syphilis de Lénine, qui n’était qu’une maladie terminale – laquelle a détruit d’autres grands hommes sans entacher leurs œuvres - controuvée depuis contre les supputations sur un soit disant empoisonnement de Wladimir Ilitch, que RC me reproche p.311). Les masses de 1793 n’ont pas la conscience des masses ouvrières de 1905 et 1917. Le groupement de Babeuf a un aspect comploteur incontestable (Robert le décrit pourtant très bien[6]) qui n’est pas le cas du parti bolchevik, ou alors c’est donner raison aux anarchistes staliniens à la Berthier. Derrière le souci de Camoin de fabriquer un parti pré-léniniste, qui confirmerait sa vision du parti bolchevik made in babouvisme, il y a l’espoir que la révolution ne peut vaincre que grâce à un parti et une armée hiérarchisés. En un sens il n’a pas tort, les armées mexicaines n’ont jamais gagné une guerre. Une armée où tout le monde veut commander n’est plus une armée ; un parti où chacun décide de tout n’est plus un parti. Pourtant, sans parler de l’armée de Zapata, ni des détachements anarchistes de 1936 en Espagne, je me suis tué à démontrer que la « levée en masse de 1789 » n’avait pas cassé des briques et que l’armée rouge de 1918 n’a jamais gagné une guerre, que la révolution bourgeoise comme prolétarienne ne peuvent vaincre sur un terrain strictement militaire. Lorsque l’armée rouge a commencé à gagner des guerres, elle était devenue impérialiste avec son général en chef Staline. En 1918, dans l’organe des communistes de gauche, Radek écrivait : « Le destin de l’armée rouge est étroitement lié à celui de la révolution en général. La structure de l’armée reflète toujours celle de la société qui l’a créée. Si les éléments paysans petits-bourgeois l’emportent dans la révolution, si le gouvernement ouvrier et paysan préfère la voie du compromis avec le capitalisme international et russe, aucune astuce organisationnelle ou aucune mesure de prévention ne sauvera l’armée rouge de sa transformation en un instrument opposé à la classe ouvrière » (in livre à paraître de Michel Olivier).

Sous le titre « Marxisme et guerre révolutionnaire », Camoin ne dit rien de particulier sur le mythe de la guerre révolutionnaire, il nous livre un remplissage anecdotique. Il ignorait jusqu’à présent que la glorieuse « gauche italienne » dont il se réclame avait tiré depuis longtemps un trait sur le mythe de la guerre révolutionnaire (jacobine) « ce truc » (Il Soviet, 1910). A aucun moment il n’évoque les prises de position contre la guerre de Marat, Robespierre et Babeuf, ni n’explique Thermidor comme un coup d’Etat militaire. Page 125 il nous dit que Babeuf était « thermidorien de gauche », sans nous expliquer ce qu’il signifie par là ! Thermidor c’est la réaction bourgeoise, donc le premier théoricien du communisme finit « réactionnaire de gauche » ! Impensable, ou plutôt c’est plus compliqué. En vérité le coup d’Etat de Thermidor n’est pas encore la fin de la révolution. J’ai rappelé plus haut comment Babeuf se démarquait des thermidoriens sur la question de la Vendée. La réalité ne se nourrit pas tous les jours de schémas impeccables, même marxistes ! Les analogies ont leurs limites, et notre encyclopédique historien-partisan aurait pu rappeler à ses jeunes lecteurs que les plus clairvoyants des communards en 1871 tinrent à se démarquer des concepts jacobins ou de leurs formules.

Camoin oublie de nous dire que les babouvistes, à géométrie politique variable (pas du tout cohérents comme les bolcheviks), se plantent finalement complètement en misant sur « l’armée révolutionnaire » puis peu après les dénoncent comme prétoriens (Le Tribun du peuple n’°41, p. 122 de mon livre). Il oublie de rappeler aussi que le développement de la terreur est lié à la menace de guerre, puis à la guerre… ce que contestent les historiens bourgeois qui font tout reposer sur les épaules des « terroristes » jacobins comme ils procèdent pour crucifier aussi les bolcheviks. La guerre n’est pas une question nationale, française, jacobine, et bien que propice initialement au développement économique du capitalisme, elle n’a jamais favorisé les révolutions plébéiennes ni prolétariennes à la fin du XIXe siècle, même si elle a contribué au déclenchement des deux révolutions russes au début du XXe. La guerre des classes est toujours interne. La guerre révolutionnaire externe, même si elle sert à menacer les princes, n’élimine pas la responsabilité interne des masses exploitées face à leurs exploiteurs directs. La guerre révolutionnaire que Robert imagine seulement comme expansion miraculeuse de l’idée révolutionnaire, concrétise un résultat imprévu en 1795, comme je l’ai souligné, les fabrications de guerre rassemblent des masses d’ouvriers qui donnent forme à l’inquiétante lutte pour les salaires, qui effraye jusqu’à Marat, Hébert et Robespierre, et non pas engouement pour aller en masse au front.

Robert Camoin renchérit simplement sur l’analyse de Daniel Guérin qui se fichait lui aussi du mouvement anti-guerre révolutionnaire en 1792, en y ajoutant ses clichés léninistes. Il est ingrat avec l’œuvre de Kropotkine dont Lénine conseillait vivement la lecture de « La grande révolution ». Avec les écrits politiques des babouvistes, avec ce poids considérable de 1789 (dont Victor Hugo a dit qu’il avait inspiré toute la littérature du XIXe siècle), avec les Marx, Jaurès, Kautsky, Kropotkine, Rosa, Guérin, nous disposons d’un puissant et diversifié travail théorique et d’analyse politique sur l’apparition des masses sur la scène de l’histoire. Nous avons eu les moyens de réfléchir sur les bases de cette révolution pour concevoir, et encore plus même longtemps après Octobre 1917, sur les exigences pour la future révolution du prolétariat universel face aux mêmes causes : misères et guerres de la dernière classe régnante.

ABSENCE D’AVENIR POLITIQUE DE LA PETITE BOURGEOISIE

Enfin, l’ouvrage de Robert Camoin, malgré les critiques que nous venons de lui porter, nous interroge sur le rôle de la petite bourgeoisie dans les révolutions. Sa revue est d’ailleurs la seule du dit milieu révolutionnaire à clairement se démarquer (positions de principe au dos) des « couches moyennes » et à souligner l’exigence de sévérité à leur égard (les membres des petits groupes politiques radicaux depuis 1968 sont restés composés de fils de petits bourgeois). Le marxisme a en gros considéré que la révolution de 1789-1795 était une révolution bourgeoise avec une direction politique petite bourgeoise. On peut même considérer que si les leaders « exagérés » et « babouvistes » étaient issus de pauvre extraction, leur statut était aussi celui de petits bourgeois du fait de la faiblesse du prolétariat de l’époque. Dans leurs programmes ils ne pouvaient qu’entrevoir les véritables tâches de transformation de l’avenir. Pour Babeuf, marqué à la culotte malgré tout par une conception élitaire (et pas de parti moderne) la classe des opprimés se définit par la « peur du lendemain », ce que Robert reprend avec la formule de classe « sans réserve ». C’est cette peur du lendemain, comme l’a bien montré l’ex-bolchevik Gurvitch, qui fonde l’action de classe pour la transformation révolutionnaire dans l’avenir. Personne d’autre que cette classe, ni un comité secret babouviste ni un parti minoritaire ne peut assumer cette transformation à la place de la classe ouvrière moderne. N’en déplaise à Camoin, la révolution russe de 1917 est aussi conduite par des petits bourgeois. Dans l’ouvrage considérable à paraître de Michel Olivier sur les Communistes de gauche en Russie avec Boukharine en 1918 (première traduction en Occident des textes et articles de ce courant opposé aux dérives de l’Etat « national ») on découvrira que la lutte contre la petite bourgeoisie est primordiale et permanente dans la révolution. Smirnov dénonçait « les petits bourgeois utopiques qui veulent construire un capitalisme d’Etat » (sic). Dès le premier numéro de « Kommounist », est décrit « un cadre national qui a un ordre économique en transition et un ordre politique ‘petit bourgeois’ » !

Dans son article « De la construction du socialisme », Ossinsky écrit :

« Il ne faut même pas songer à un travail organique paisible sous les directives des petits-bourgeois. Avant tout, cela est impossible à cause de la situation extérieure, de l’offensive tous azimuts et puissante de l’impérialisme. Si ce que nous construisons est le socialisme, cette construction sera inévitablement liée à la lutte, à la résistance aux ambitions de l’impérialisme étranger. Et même pour cette construction en tant que telle, il ne suffit pas de simples directives petites bourgeoises et d’un travail mécanique scrupuleux commandé par n’importe qui. Ce ne sont pas les anciens serviteurs du capital qui doivent faire mouvoir les ouvriers comme quelques marionnettes inanimées ; les masses ouvrières doivent développer elles-mêmes leurs initiatives et leurs activités. Au cours de cette construction les ouvriers doivent organiser et développer leur force. Le socialisme aura ainsi une base ferme et il ne sera pas possible de l'éliminer si l’économie nouvelle est mise en oeuvre par le prolétariat, si elle lui est soumise comme à un maître, s’il la maîtrise et si son organisation est assumée par les ouvriers eux-mêmes.

Il ne s'agit pas d'une activité passive faite sous la direction des anciens serviteurs du capital et par l'instauration du « socialisme » par eux à la manière de celles des trusts, mais une construction volontaire du socialisme par les ouvriers avec le concours technique de l’intelligentsia et un combat du prolétariat pour le socialisme contre les ennemis extérieurs et intérieurs (parfois défensif parfois offensif – ça dépendra de la situation) – tel est notre point de vue ».

Avec les Communistes de gauche, on ne sait pas toujours très bien si la petite bourgeoisie est seulement la paysannerie, les intellectuels déclassés, ou aussi les membres du parti dans l’appareil d’Etat ; il faut en permanence combattre une influence délétère :

« …la détresse est si grande que toute heure de retard, toute indécision freine le travail créatif futur. En dernier lieu, la construction intérieure (si elle est menée dans le bon sens) assurera le terrain pour le prolétariat et réduira le chômage, la désagrégation de classe et l’influence des éléments petits bourgeois sur le prolétariat ». (Ossinsky)

Même prolétarisés, les éléments petits bourgeois cherchent encore à prédominer avec leurs idées fumeuses ou même des pratiques dignes du lumpenprolétariat (et il y a « des courants petits bourgeois AU SEIN du prolétariat »:

« Non seulement, nous ne sommes pas opposés à la lutte ferme contre ceux qui « pillent », même au sein de la classe ouvrière, mais encore, ce sont nous, les communistes de gauche qui menons la lutte la plus impitoyable contre les courants petits bourgeois au sein du prolétariat. Et si le camarade Lénine a fait allusion aux communistes de gauche en les caractérisant comme des « éléments hésitants et nuisibles parmi nous » qui osent « désorganiser la discipline du travail » ([7]), soit il se trompe, soit il veut tromper ses interlocuteurs.

Nous sommes opposés à ceux qui « pillent » et sèment le désordre. Mais nous devons souligner le plus clairement possible qu’éliminer les courants petits bourgeois et restaurer la discipline de travail au moyen de l’introduction du salaire aux pièces et de primes, veut dire lutter contre le diable à l’aide de Belzébuth. Or, cela résume à prononcer de belles paroles creuses sur la lutte contre les appétits petits bourgeois, tout en développant en réalité dans le milieu ouvrier la débauche petite-bourgeoise, la poursuite aux kopecks, les méthodes de négociation qui détournent les ouvriers des tâches politiques et réduisent leur combativité et leur conscience de classe.

Pour éliminer les tendances petites bourgeoises, et les intérêts égoïstes, il ne suffit pas de la dictature des organisations ouvrières. Les conditions extérieures et objectives doivent liquider les bases de la « foire d’empoigne ». Ici, il faut ajouter que, d’un côté, l’introduction des primes et du salaire aux pièces crée les conditions objectives les plus favorables à la spéculation petite-bourgeoise. De l’autre côté, l’enlisement de l’organisation de la production, même dans la clarté programmatique, transforme toutes les discussions sur la lutte contre l’ennemi petit-bourgeois en causeries agréables, mais inutiles. (Ossinsky, Réponses claires).

La révolution n’est donc pas une simple élimination du capitalisme et une dépossession d’une petite minorité de « riches », elle exige une probablement longue action sociale et politique du prolétariat « en permanence » comme le souligne bien Robert Camoin dans la première partie de son livre. Car on ne fera pas tomber la bourgeoisie et son idéologie comme la tête de Louis Capet.

JLR



[1] Les voies des complicités inter-impérialistes ne sont pas vraiment impénétrables. Il est désormais avéré, en particulier, qu’il existe des liens (financiers) entre la Chine et le Hamas.

[2] Curieusement la presse bourgeoise occidentale fera savoir discrètement le 18 août, que le 16 aura eu lieu un accord entre Washington et Varsovie sur l’installation en Pologne de ce controversé bouclier antimissiles US, qui équivaut à paralyser la puissance nucléaire russe ! Et l’Ukraine le 18 de monter en ligne pour proposer aussi ses radars antimissiles. Preuves que l’invasion de

lundi 28 juillet 2008

UN CAPORAL ANARCHISTE STALINIEN
(syndicaliste complice)

à la mémoire de Christian Lagant (de Noir et Rouge, suicidé en 1978)

"Toujours dans les mythes : le syndicalisme. Nous y reviendrons un jour plus longuement car la question est complexe : disons tout de suite que nous ne promettons nulle panacée, de ce côté-là non plus. Nous pouvons toutefois affirmer qu’en ce domaine également les anarchistes ont de quoi réfléchir, car entre le sacro-saint anarcho-syndicalisme et sa centrale (sic) qui-résoudront-tout et l’illusion consistant à se laisser doucement embrigader dans les appareils réformistes en place sous le prétexte classique d’y « défendre nos idées » alors que nous devrions savoir depuis longtemps que le boulot de tout appareil est justement d’absorber tout naïf qui s’y laisse prendre, entre ces deux choix, dis-je, nous prétendons que les anarchistes peuvent et doivent trouver une autre voie, et tant mieux s’ils ne s’y retrouvent pas seuls. Nous essaierons, péniblement, de trouver laquelle, en évitant toutefois de bâtir du neuf avec des matériaux usés, archi usés : une « nouvelle » centrale syndicale par exemple. Celles qui existent suffisent déjà à notre malheur et la religion syndicaliste ne nous tente guère, même si nous possédons parfois la carte de « fidèle »... En somme, et je ne sais pas si je me suis bien fait comprendre, nous n’avons pas la foi, nous ne croyons en rien, pas même en l’Anarchie. Nous sommes malheureux car, pour nous, toutes les questions ne sont pas résolues, et ce ne sont pas de grands mots (le mot Révolution par exemple) qui nous donneront la bienheureuse béatitude. Il y a toutefois une nuance : on peut ne pas « croire » à la Révolution mais toujours faire comme « si « », c’est-à-dire envisager la possibilité de ne pas voir la Révolution de son vivant tout en restant disponible dans le cas de son déclenchement, cela évite les désillusions. C’est aussi meilleur pour les nerfs" (Christian Lagant, 1961)


En parcourant le Monde libertaire n°35, je suis tombé sur un article particulièrement affligeant du nommé René Berthier, phraseur d’importance en milieu anarchiste et syndicaliste ignorantin, avant-goût publicitaire pour la sortie de son livre sur la crise du « comité intersyndical du Livre parisien de 1993-2007 ». Dans mon ouvrage – Dans quel « Etat » est la révolution ? – sous-titré en réponse à ce même Berthier, j’avais démonté pas à pas les ficelles grossières de cet ennemi de la révolution bolchevique et sa propension à exalter la démocratie bourgeoise. Je pensais même parfois être trop dur, n’imaginant pas à quel point cet individu était mouillé dans les co-responsabilités à l’intérieur du syndicat CGT du Livre. Erreur, si l’anarchiste moyen n’est en général qu’un figurant ou un porteur de pancarte, on dénombre quelques sous-offs qui officient sans honte ni remord au sommet des bureaucraties anti-ouvrières. Berthier est de ceux-là, et s’en flatte ; j’étais encore trop bon avec sa criminalisation de la révolution en Russie.

Ce "représentant syndical" (ils aiment mieux qu'on les qualifie d' "élus du personnel"), sous couvert d’objectivité, veut nous faire avaler, comme n’importe quel syndicaliste stalinien ou trotskien, qu’il va nous faire des révélations sur « le mouvement ouvrier réel… loin des grands principes » : « Nous sommes dans un registre où le patronat de presse est loin d’être homogène et où se forgent de discrètes alliances que Marx et Bakounine auraient qualifiées de contre-nature. Nous sommes dans un registre où s’affrontent, entre couches sociales à l’intérieur de la classe ouvrière, des antagonismes d’intérêt et de pouvoir dont l’ampleur ne permet pas de les qualifier de « secondaires ». Autour du débat sur des formes d’organisation incompatibles se cristallise un combat pour l’hégémonie de certaines couches sociales – ou de catégories professionnelles – sur le Livre parisien ».

Il faut une sacrée dose de culot pour assimiler d’emblée (carrément à la manière trotskyste)
« mouvement ouvrier réel » et officines de l’Etat en milieu ouvrier qui chapeautent des corporations de salariés corrompus (et surtout de permanents qui n’ont jamais travaillé). Il faut être soi-même complice des flics syndicaux staliniens de leur belle époque des NMPP et du
« Parisien » (au point de regretter leur disparition) pour faire l’impasse sur leur rôle de flics des manifs avec la corpo des dockers et leur aptitude à cogner sur tout ce qui arborait un titre révolutionnaire !

Qu’est-ce qui compose le « mouvement ouvrier réel » ? Certainement pas une masse compacte d’ouvriers innocents et de purs grévistes désintéressés. Lorsque Marx et Engels ou Lénine et Rosa déploraient la division en temps normal des prolétaires, soumis à la concurrence entre eux pour les salaires, ils voyaient très clairement aussi l’existence de petites rivalités et mesquineries entre corporations, certaines plus avantagées que d’autres qu’ils qualifièrent d’aristocratie ouvrière. Loin donc d’imaginer une classe ouvrière pure ils ne faisaient qu’insister sur la nécessité de la lutte collective contre les nuisances sociales et politiques de la bourgeoisie, pour dépasser la guerre de tous contre tous. Historiquement d’ailleurs la classe ouvrière est bien la seule, intrinsèquement, à être apte à dépasser les mesquines divisions dans le sens d’un combat pour la transformation de la société. Souvent, dans les sales périodes, le combat de corporations égoïstes vient desservir la cause de l’ensemble, mais loin d’être le propre de la classe exploitée, cette situation est planifiée par les forces bourgeoises elles-mêmes. Au levier de commande en permanence pour surveiller et miner le terrain de la lutte sociale, sont placés de nombreux lieutenants de la bourgeoisie en milieu ouvrier. Qu’ils aient porté casquette de métallo ou nœud papillon de bonze-chef, qu’ils perçoivent un salaire au même titre que les autres prolétaires, que certains soient l’objet de poursuites judiciaires pour les légitimer, ne change rien à l’affaire : ces lieutenants sont les flics de base de l’ordre bourgeois.

Hier, pour les soit disant partis ouvriers qui soutenaient le colonialisme, Lénine définissaient ces gens ainsi : « C’est la politique des agents de la bourgeoisie dans le mouvement ouvrier (labor lieutenants of the capitalist class) » (cf. Les tâches de la IIIe Internationale); puis il en vint à qualifier ainsi aussi les dirigeants trade-unionistes...

Aujourd'hui, les diverses corporations syndicales trotskystes et de la CNT ont été de plus en plus intégrées aux appareils syndicaux de la FSU, de SUD, de la CGT ou de FO, à mesure que l’influence du PCF régressait. Quand les travailleurs entrent en lutte, les militants de LO, de la LCR et les anarchistes syndicalistes recourent à la « grève reconductible » pour faire porter la responsabilité des échecs aux travailleurs, sans jamais mettre en cause les négociations, les « journées d’action », ni la participation et la cogestion, qu’ils vont jusqu’à pratiquer eux-mêmes. Dans son pamphlet faible et opportuniste - La maladie infantile - Lénine reprenait la caractérisation de « lieutenants bourgeois » à l’intérieur des syndicats, sans s'en prendre à la forme des appareils syndicaux, comme s'il pouvait y avoir des sous-offs sans corps armé... Dans la phase d'échec et de recul de la révolution mondiale, Lénine pensait pouvoir temporiser et conserver à la classe ouvrière la barque vermoulue des syndicats. Il n'était pas à son aise pour contredire l’orientation lucide des communistes allemands et hollandais. Au nom de la nécessité (valable naguère) de ne pas laisser les organismes de défense immédiate des prolétaires aux mains de chefs retors et corrompus, il persistait à maintenir une position dépassée à une époque où les syndicats, devenus de grands appareils ficelés par l’Etat bourgeois ne sont plus réformables ni amendables. Il opposait une étrange lutte contre une soit disant « aristocratie ouvrière » (quintessence des couches moyennes de l’époque ?) qui aurait permis à la « masse ouvrière » de se débarrasser « des milieux de dirigeants syndicaux contre-révolutionnaires », oubliant la maîtrise totale des appareils par ces mêmes « lieutenants de la bourgeoisie » !

« Mais nous luttons contre "l'aristocratie ouvrière" au nom de la masse ouvrière et pour la gagner à nous; nous combattons les leaders opportunistes et social-chauvins pour gagner à nous la classe ouvrière. Il serait absurde de méconnaître cette vérité élémentaire et évidente entre toutes. Or, c'est précisément la faute que commettent les communistes allemands "de gauche" qui, de l'esprit réactionnaire et contre-révolutionnaire des milieux dirigeants syndicaux, concluent à . . . la sortie des communistes des syndicats ! Au refus d'y travailler! et voudraient créer de nouvelles formes d'organisation ouvrière qu'ils inventent ! Bêtise impardonnable qui équivaut à un immense service rendu par les communistes à la bourgeoisie. Car nos mencheviks, de même que tous les leaders opportunistes, social-chauvins et kautskistes des syndicats, ne sont pas autre chose que des "agents de la bourgeoisie au sein du mouvement ouvrier" (ce que nous avons toujours dit des mencheviks) ou "les commis ouvriers de la classe capitaliste" (labour lieutenants of the capitalist class), selon la belle expression, profondément juste, des disciples américains de Daniel De Leon. Ne pas travailler dans les syndicats réactionnaires, c'est abandonner les masses ouvrières insuffisamment développées ou arriérées à l'influence des leaders réactionnaires, des agents de la bourgeoisie, des aristocrates ouvriers ou des "ouvriers embourgeoisés" (cf. à ce sujet la lettre d'Engels à Marx sur les ouvriers anglais, 1858) ».

Or c’est Lénine qui avait tout faux en reprenant la vieille tactique valable au temps de Marx où les syndicats n’étaient pas encore inféodés à l’Etat. On notera au passage ironiquement le
« léninisme » de Berthier en tout point comparable au trotskysme dégénéré, sur la question syndicale, en l’opposant à ses furieuses diatribes contre Lénine et les bolcheviques au moment de la révolution portées par les Conseils ouvriers, mais surtout contre les syndicats substitutionnistes et conservateurs, surtout en Allemagne ! Jamais le travail dans les syndicats officiels n’a permis depuis un siècle un pas vers soit la généralisation des luttes soit vers l’assaut révolutionnaire !

Entrons à présent dans les arcanes de ce « mouvement ouvrier réel » (mais impur) auquel nous convie le caporal syndicaliste Berthier : « Les ouvriers des NMPP sont (étaient) dans l’ensemble des ouvriers non qualifiés qui ont bénéficié pendant longtemps d’un phénomène « d’aspiration » vers le haut grâce à la puissance globale de la CGT du Livre ». Etre non qualifié est le lot de nombre de prolétaires et une faiblesse sur le marché de l’emploi. Ce n’est pas une garantie de conscience ni de capacité à lutter en tant que classe. C’est un moyen pour une composante de la bourgeoisie, le patronat, pour fidéliser, attacher, ficeler à telle corporation – mettons dans des secteurs stratégiques comme le Livre ou l’énergie – des ouvriers plus fragiles face au chômage en leur donnant l’illusion de leur force locale, avec des « garanties » pour mieux les séparer de l’ensemble de la classe, voir les opposer à elle. Tant de grèves, au niveau international, ne se sont-elles pas déroulées CONTRE l’intérêt de l’ensemble du mouvement ouvrier ou pour mieux éteindre préventivement tout incendie d’ampleur ? Nous n’avons pas oublié l’utilisation des mineurs roumains contre la population à l’époque de la chute de Ceausescu, ni les blocages ad hoc et ponctuels des appareils obscurs (et souterrains...) de la RATP en France, ni ces multiples grèves fonctionnariales programmées et conclues d’avance, ni la façon dont les appareils avec leurs lieutenants et sous-offs gauchistes de base ont cassé le mouvement de l’an passé pour les retraites, ou, comme je l’évoquerai tout à l'heure dans le cas de la privatisation de l’EDF !

De plus, car la masse des prolétaires de ces corporations n’est pas responsable ni de son incarcération corporative ni de sa mise en bière, les « avantages » particuliers ont été ou sont supprimés les uns après les autres, grâce à la case retraite pour les années passée mais désormais de plus en plus vers la case chômage à petit feu. La disparition de corporations relativement privilégiées n’est pas un affaiblissement cependant pour l’ensemble de la classe, mais trotskystes et anarchistes participent de la mystification en déplorant ce qu’ils qualifient de combats perdus du « mouvement ouvrier réel ». Berthier nous promène dans les sous-corporations des correcteurs et des rotativistes en reprochant aux divers cénacles syndicaux en compétition, non pas de s’être comportés en « lieutenants de la bourgeoisie » pour mieux diviser et affaiblir les prolétaires, mais leurs « carences », voire un « syndicat qui a les qualités de ses défauts » ! (p.14) Si les appareils font des « erreurs » c’est donc qu’ils ne sont pas des ennemis ! Plus confondant, Berthier esquive la criminalité de la cogestion « le contrôle de l’embauche » ou l’amenuise, c’est « un effet pervers » concède-t-il, quoique « Placé entre de mauvaises mains, celui-ci peut conduire à de réelles pratiques mafieuses » (sic).

Pour protéger encore le « mouvement ouvrier réel » (comprenez le syndicalisme), le caporal Berthier déplore l’affaissement de la corporation du livre, non à cause de l’ancien et persistant travail de sabotage officiel des lieutenants dont se sent partie prenante, mais va jusqu’à regretter que les prolétaires de cette catégorie soient dorénavant qualifiés, c’est-à-dire… petits bourgeois :

« La composition sociale des équipes de correcteurs en presse est maintenant principalement constituée d’éléments qu’on pourrait qualifier d’intellectuels petits bourgeois, individualistes, pour qui les idéaux de solidarité du syndicalisme, à de trop rares exception près, sont incompréhensibles. La génération qui a vécu Mai 68 et le conflit du Parisien libéré a pratiquement disparu. Il devient aujourd’hui presque impossible chez les correcteurs de trouver des candidats pour assumer des mandats syndicaux. Une fois casé en presse, de plus en plus de correcteurs cessent de payer leurs cotisations. Cracher dans la soupe devient une pratique courante. C’est littéralement la fin d’un monde ».

La fin de votre monde: ce syndicalisme de collaboration mis en musique si longtemps par le stalinisme tout au long de la pénible reconstruction! Et tant mieux pauvre Berthier !

Nulle volonté de ma part d’agréer à une telle situation, d’un extrême l’autre, le suivisme des ouvriers non qualifiés remplacé par l’individualisme des qualifiés n’est pas un progrès. Mais une véritable politique de classe n’a pas le droit de faire regretter l’ancien enrégimentement syndical au prétexte de la passivité des héritiers sans laisse. L’anti-révolutionnaire Berthier ne veut pas qu’on lâche les rênes des anciens appareils (pour maintenir les mêmes colliers autour du cou des nouveaux prolétaires "petits bourgeois": « Pourtant, il reste encore des forces vives dans le syndicat. La question est de savoir si elles seront capables de lui faire remonter la pente » ! Laissons-le continuer à se ridiculiser soi-même pour présenter son livre :

« Cette histoire, j’en ai bien conscience, a le défaut de n’aborder que le point de vue des directions syndicales (même un trotkien n’oserait pas dire ça !) ; en sont pratiquement absents les syndiqués « de base ». Bien souvent, les conflits qui opposaient leurs directions restaient incompréhensibles pour les syndiqués mais n’empêchaient pas l’activité militante dans les entreprises, ni la fraternité ni les « A la ... santé de» (tradition des typographes staliniens de sortir la bouteille de Ricard pour aplanir les divergences !).

Avec l’invocation du frelaté et oecuménique « culte de l’unité » (stalinien), Berthier nous joue du violon « léniniste-trotskien : « Peut-être revient-il aujourd’hui aux militants de forcer leurs directions respectives à renouer le dialogue. Car l’une des causes de la longueur de la crise se trouve sans doute dans la carence de l’information sur ces enjeux ». La comédie n’a pas assez durée ? Berthier propose un cautère sur une jambe de bois, des « tribunes libres dans les bulletins syndicaux », et la rotation des mandats dans les appareils ficelés par la bourgeoisie :
« Elle éviterait en particulier aux permanents à vie et qui n’ont parfois pratiquement jamais travaillé, d’élaborer des stratégies syndicales visant moins la défense de leurs mandants que leur survie perpétuelle en tant que permanents… ».

Le PCF est mort, et la CGT gravement handicapée, le docteur Berthier au chevet lance de l’eau bénite : « Ce que j’affirme est valable en particulier pour les correcteurs : leur syndicat, petit par la taille, a été un grand syndicat dont ils peuvent être fiers. Il leur appartient de se le réapproprier et de faire en sorte que son esprit ne disparaisse pas. La CGT du livre dispose d’une réserve exceptionnelle de militants dévoués, infatigables, qui se battent sur tous les terrains pour défendre les travailleurs : dans les entreprises, dans les institutions sociales, dans les associations… C’est à eux que je dédie ce travail ».

L’ESPRIT INFATIGABLE DE DESTRUCTION DE LA LUTTE DE CLASSE PAR LES DEVOUES MILITANTS (l’exemple de l’EDF)

Il ne servirait à rien de continuer à polémiquer dans les méandres de la corporation du Livre pour des intérêts particuliers et nullement d’un quelconque intérêt pour l’ensemble des prolétaires. Avec le cas de la privatisation de l’EDF on va mieux démonter encore les ficelles du berger néo-stalinien Berthier.

Dans la revue trotskyste « Variations » (printemps 2006) titrée ésotériquement : « Mouvement social et politiques de la transgression », on retrouve le même raisonnement servile que celui de Berthier. On dénonce des trahisons ou des mafias mais on leur trouve toujours des circonstances atténuantes. Prenons un certain Adrien Thomas – « En apesanteur, la CGT face à la privatisation d’EDF-GDF » - qui va nous décrire les saloperies fort méconnues (à l’extérieur ) par la plupart des prolétaires et même des petites orgas qui s’en réclament. J’ai décrit moi-même, dans l’isolement et l’autisme éditorial du monde hexagonal, la manière dont la CGT a accompagné et favorisé la casse d’EDF (cf. Des hommes au service d’une entreprise, ed du pavé). A.Thomas m’en a appris pourtant des vertes et des pas mûres dans son article. Ce trotskien ne part pas pourtant du point de vue du prolétariat et barbote dans un langage œcuménique fraternel avec les ordures du syndicalisme officiel : « Le constat est unanime : le syndicalisme hexagonal ne va pas bien. Les indicateurs de la crise sont connus (…) le syndicalisme français s’est toujours davantage retranché dans ses bastions du secteur public. Ce qui a eu pour effet d’aggraver ses difficultés (pas celle des prolétaires ? JLR) (…) Il a aussi renforcé la dépendance d’arrangements corporatistes, hérités du passé, dans lesquels la forte institutionnalisation du syndicalisme et des rapports de coopération étroits avec le management posent des limites à la mobilisation des salariés par les syndicats ».

Que les choses sont dites diplomatiquement ! Voici que le serpent se mord la queue :

« Le processus de privatisation des deux bastions cégétistes EDF-GDF illustre bien les tiraillements du syndicalisme de bastions entre accords de sommets et mobilisation des salariés. Le compromis historique entre management et CGT qui a été à la base du fameux « modèle EDF », a enfermé le syndicalisme dans des routines et structures institutionnelles dépassées. La volonté de perpétuation du communautarisme d’entreprise EDF-GDF n’a pas seulement posé des frontières au déploiement de la solidarité vers l’extérieur, mais aussi au développement de la solidarité interne, renforçant la fragmentation du syndicalisme et du salariat dans les entreprise». J’arrête là un discours eunuque comparable à celui de Berthier où toute la crapulerie des appareils est confondue avec le « mouvement ouvrier réel », où les prolétaires sont destinés à demeurer éternellement les cocus non de l’histoire mais de la dépossession de toute décision quant à leur avenir immédiat, local ou corporatiste.

Passons sur les poncifs bien connus sur le barnum EDF. A.Thomas nous rappelle que l’accompagnement de la casse de la nationalisation n’a été qu’un parcours de santé pour les bonzes Frédéric Imbrecht et Denis Cohen. Ils se sont moqués ouvertement et de leurs syndicalistes de base et des personnels en serrant la paluche aux ministres. Ce qui fût trahison pour les plus énervés des syndicalistes de base, ou vente aux enchères pour l’agent moyen, devient apesanteur pour notre délicat trotskien : « La déconnexion de l’équipe dirigeante de la CGT de l’énergie la rend perméable (la pauvre ! JLR) aux références et finalités des directions d’entreprise. Elle menace de placer le « sommet » de l’organisation syndicale en apesanteur par rapport à sa « base » dans les entreprises ». On compatit :

« Le caractère non public des discussions entre l’équipe dirigeante de la fédération et le management d’EDF-GDF, ainsi que la non-révélation des contre-parties en termes d’institutionnalisation syndicale (gestion de la CCAS) obtenues dans l’échange politique contribuent aux difficultés des équipes militantes au plan local à évaluer les avantages et les désavantages de l’échange politique ». On assiste ensuite à la fragmentation de l’appareil CGT suite à la compromission des « camarades-Judas », mais laquelle fragmentation ne se transcende ni en force de lutte ou de remise en cause et n’accouche même pas d’une souris berthieriste anti-mafia ! On gueule bien de ci de là dans les « unités » de production (mais il ya des « A là » comme chez les correcteurs, les permanents ressortent le Ricard et pleurent sur l’épaule des forts en gueule dépités et égarés de chagrin (Thomas décrit comment ces égarés reviennent manger dans la main des bonzes : « La menace de sanctions peut aussi amener des équipes militantes locales en rupture de ban à rechercher le soutien de la direction fédérale, qui peut faciliter des « arrangements » avec le management ou fournir un soutien juridique » (sic)

Quelques zozos, les « Robin des bois » mènent bien des "actions" indépendantes (maigres coupures ou démontages de compteurs de députés, mais l’appareil syndical est une enceinte de commissariat : « Contrairement au mouvement de 1995, où elle avait laissé faire les équipes militantes les plus radicales, la direction CGT de l’énergie surveille étroitement les formes de la conflictualité ». A.Thomas ne sait pas que des gros bras CGT se partagent le travail avec des vigiles recrutés par la direction pour garder les postes de coupure les plus importants. Comme à la SNCF en novembre dernier, quelques nigauds seront même sanctionnés.

Pour aviver la colère du lecteur et lui laisser soupeser le degré de pourriture du raisonnement complice de ce genre d’analyse des échecs du « vrai ouvrier » confondu avec le lieutenant de l’Etat bourgeois, je me contenterai de livrer sa conclusion, à la Berthier :

« …les dirigeants de la CGT de l’énergie ont fini par glisser vers un accompagnement résigné des évolutions sans vouloir – et sans pouvoir – l’assumer vis-à-vis de leur base militante et d’une partie de leur appareil. Au risque d’une fragmentation (bof !) de l’organisation syndicale mettant en question le ressort même du syndicalisme : la capacité à produire de la solidarité et à agir en commun (…) Le combat perdu d’EDF-GDF montre en tout cas les limites de l’institutionnalisation sans mobilisation ( !?) et de la négociation sans mandat, mais aussi de l’enfermement de l’action syndicale dans des frontières d’entreprise ou de branche ».

En tout cas, la nationalisation avait du bon comparée à la privatisation qui génère une bureaucratie et un cynisme qui furent moindres au temps du "service public": les employés sont de plus en plus précarisés et les "clients" traités comme des débiles dans un univers autiste. Il faudrait écrire un livre là-dessus (pour la plupart des anciens services publics, la téléphonie en vogue et internet cette vaste esbrouffe) mais la fin des services publics ne signifie pas en soi un affaiblissement du prolétariat. On dorlotait ce dernier avec de "prétendus bastions" qui ne protégèrent en rien contre les vagues d'attaques successives de l'Etat bourgeois, au contraire, et ne furent que des radeaux emportés par le courant. Le capitalisme, d'autre part, est bien son propre fossoyeur, il travaille pour nous en supprimant de soit disant privilèges de "bastions fonctionnaires", et en précarisant toujours plus des masses grandissantes de prolétaires, en "unifiant" les conditions d'exploitation!

NB : Aux côtés des syndicalistes anarchistes veufs du syndicalisme stalinien triomphant, qui ne peut plus apparaître sous un faux nez, on trouve moult ouvrages qui se penchent sur cette pauvre classe ouvrière, des auteurs qui sortent la loupe pour scruter ou retrouver de vieux schémas rassurants pour leurs maîtres. Citons « Sociologie des mouvements sociaux » de Erik Neveu et « Les classes sociales dans la mondialisation » de Anne-Catherine Wagner (ed la découverte). Ces savants ouvrages me font marrer et restent incapables de saisir le réel mouvement ouvrier qui n'a pas changé sur le fond depuis 1848, surtout quand ils tentent de lui attribuer une infériorité culturelle, par ex dans le domaine des langues étrangères, par ce dernier auteur :

« Les classes populaires, à l’inverse, sont fragilisées par l’éloignement des lieux de pouvoir et de décision. Les ouvriers, les employés non qualifiés, une grande partie des petits indépendants et des techniciens ont en commun d’être relativement peu pourvus des ressources linguistiques et sociales qui donnent accès à l’étranger (…) Que sont devenues les internationales socialistes et ouvrières ? ». Marrant non ? Or justement avec l’immigration incessante, la classe ouvrière a toujours une propension plus grande que la petite bourgeoisie à parler plusieurs langues. Les dits sous-développés, eux-mêmes, pratiquent, outre leur langue maternelle, mieux la langue dominante du capitalisme, l’anglais, que les autochtones Et je réponds à cette auteure académique qu’à ma connaissance, même minimes, la plupart des organisations révolutionnaires qui ont été fondées depuis au moins un demi-siècle se sont toujours données une base inter-nationale et ont eu à cœur d’être composées de militants de plusieurs pays ! Et qu'il en sera ainsi à l'avenir pour toutes celles qui voudront prétendre être les linéaments du parti de classe pour foutre en l'air le système.

LA DOCTRINE DU DIABLE

AU CORPS

(Bordiga, 1951)

Ces extraits nous ont été suggérés par le site Bellaciao, qui reprend certains articles de PU sans demander la permission, et tant mieux ; le Mouvement socialiste mondial du Canada a fait la même chose en référençant la critique du dernier livre de Bitot, tant mieux aussi, mais on ne saurait trop conseiller du même coup, en version Gutenberg, la critique percutante de Robert Camoin à la dérive anti-marxiste de C.Bitot (cf. supplément à la revue Présence Marxiste n°69, août-septembre 2008)

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Hier

Avec la disparition des personnes privées qui organisent la production en qualité de propriétaires d'entreprise, la forme fondamentale du capitalisme ne disparaît donc pas ? Voilà, dans le domaine économique, l'objection qui arrête beaucoup de gens.

Marx nomme cent fois " le capitaliste ". D'autre part, le mot " capital " vient de caput signifiant tête, et donc, traditionnellement, est capital toute richesse liée à, mise au nom [3] de tout propriétaire en titre. Pourtant, la thèse (à laquelle nous consacrons depuis longtemps des exposés qui n'apportent rien de neuf mais ne font qu'expliquer) affirmant que l'analyse marxiste du capitalisme ne comporte pas nécessairement la personne de l'entrepreneur, reste vraie.

Les citations de Marx seraient innombrables. Nous conclurons par une seule.

Prenons le prétendu capitalisme " classique " de la " libre " entreprise. Marx met toujours ces adjectifs entre guillemets. Ils n'appartiennent qu'à l'école économique bourgeoise qu'il combat et détruit par ses thèses. Voilà le point qu'on oublie toujours.

On suppose naturellement qu'il existe, aux mains de Monsieur X, premier capitaliste en date, une masse de monnaie. Bien. Des sections entières de l'œuvre de Marx répondent à la question : comment est-ce possible ? Les réponses sont variées : vol, pillage, usure, marché noir et, comme on l'a souvent vu : ordre du roi ou loi de l'État.

Alors X, au lieu de garder sa bourse pleine de pièces d'or et de les faire glisser chaque nuit entre ses doigts, agit en citoyen imbu des idées de civilisation, de libéralisme et d'humanisme : il fait noblement affronter à son capital les risques de la circulation.

Donc, premier élément : argent accumulé.

Second élément : achat de matières premières, les classiques balles de coton brut rencontrées en tant de chapitres et de paragraphes.

Troisième élément : achat d'un immeuble où installer la fabrique et des métiers pour filer et tisser.

Quatrième élément : organisation et direction techniques et administratives ; le capitaliste classique y pourvoit ; il a étudié, circulé, voyagé et imaginé les nouveaux systèmes qui, en façonnant les balles et en fabriquant les filets en masse, les rendront moins coûteux ; il habillera à bon marché les loqueteux d'hier et même les Noirs d'Afrique centrale habitués à aller nus.

Cinquième élément : les ouvriers qui actionnent les métiers. Ils ne seront pas obligés de fournir une once de coton brut ou ne serait-ce qu'une petite canette de rechange, ce qui arrivait aux temps semi-barbares de la production individuelle. Mais gare, en même temps, s'ils emportent un seul bout de coton pour repriser leur pantalon. Ils touchent une compensation, juste équivalent du temps de travail.

Une fois ces éléments combinés, il en résulte ce qui est le mobile et le but de tout le procès : la masse des filés ou des tissus. Le fait essentiel est que le capitaliste seul peut la porter au marché ; et la totalité du gain monétaire lui revient.

Toujours cette vieille histoire. C'est vrai. Vous connaissez la petite comptabilité. Sortie : le coût du coton brut - la somme compensant l'usure des bâtiments et des machines - les salaires des ouvriers. Entrée : le prix de la vente du produit. Cette partie dépasse la somme des autres et la différence constitue le bénéfice, le profit de l'entreprise.

Que le capitaliste fasse ce qu'il veut de l'argent récupéré est de peu d'importance. Il pourrait aussi bien disposer de la somme initiale sans rien fabriquer. L'important est qu'après avoir tout racheté et reconstitué tous les stocks, de valeur égale au premier investissement, il détient une nouvelle quantité de valeur. Il est sûr qu'il peut la consommer individuellement. Mais socialement, il ne le peut pas et quelque chose le contraint à l'investir en grande partie, à la ramener à l'état de nouveau capital.

Marx dit que la vie du capital ne consiste qu'en son mouvement comme valeur en voie de multiplication permanente. La volonté personnelle du capitaliste n'y est d'aucune nécessité et ne pourrait s'y opposer. Le déterminisme économique n'oblige pas seulement le travailleur à vendre son temps de travail, mais également le capital à s'investir et à s'accumuler. Notre critique du libéralisme ne consiste pas à dire qu'il existe une classe libre et une, esclave : l'une est exploitée et l'autre profiteuse, mais toutes deux sont liées aux lois du type historique de production capitaliste.

Ce procès n'est donc pas interne à l'entreprise, mais social, et ne peut être compris qu'ainsi. On trouve déjà chez Marx les hypothèses selon lesquelles les divers éléments se détachent de la personne de l'entrepreneur et sont tous remplacés par la participation à une quote-part du bénéfice réalisé dans l'entreprise productive. Premier élément : l'argent peut être celui d'un préteur, d'une banque et fournir un intérêt périodique. Second élément : de ce fait, les matériaux acquis avec cet argent ne sont pas au fond propriété de l'entrepreneur, mais celle du financier. Troisième élément : en Angleterre, le propriétaire d'un édifice, d'une habitation ou d'une fabrique peut ne pas l'être du sol qu'il occupe ; quoi qu'il en soit, habitation et fabrique peuvent être loués. Rien n'interdit que le soient également les métiers et toutes les machines et outils. Quatrième élément : il se peut que l'entrepreneur n'ait pas les connaissances techniques et administratives de direction ; il loue alors les services d'ingénieurs et de comptables. Cinquième élément : les salaires des travailleurs ; évidemment, leur versement s'effectue aussi à partir des avances du financier.

La fonction stricte d'entrepreneur se réduit à flairer si on recherche sur le marché certaines quantités de produit dont les prix de vente dépassent le coût total de tout ce que nous venons d'énumérer. Ici la classe capitaliste prend les traits plus précis de celle des entrepreneurs, qui est une force sociale et politique, base principale de l'État bourgeois. Mais la couche des entrepreneurs ne se confond pas avec celle des propriétaires d'argent, du sol, des immeubles, fabriques, stocks de marchandises, machines etc.

Deux formes et points sont fondamentaux pour reconnaître le capitalisme. L'un est que ne soit pas entamé ni ne puisse l'être le droit de l'entreprise de production à disposer des produits et du gain tiré de ces produits (prix forcés ou réquisitions de marchandises n'entament pas ce droit au gain). Ce qui protège ce droit essentiel dans l'actuelle société est, dès l'origine, un monopole de classe, une structure de pouvoir, d'où il résulte que ceux qui transgressent la loi sont frappés par l'État, la magistrature et la police. Telle est la condition d'une production par entreprises. L'autre point est que les classes sociales " n'aient pas de frontières fermées ". Elles ne sont plus historiquement ni des castes ni des ordres. Appartenir à l'aristocratie foncière durait au-delà de la vie puisque le titre se transmettait d'une génération à l'autre. La propriété en titre de biens immeubles ou de grands établissements financiers a, au moins en moyenne, la durée d'une vie humaine. La " durée moyenne d'appartenance personnelle d'un individu donné à la classe dominante " tend à devenir de plus en plus courte. C'est pourquoi ce qui nous intéresse dans les formes extrêmement développées n'est plus le capitaliste mais le Capital. Ce metteur en scène n'a pas besoin d'acteurs stables. Il les trouve et les recrute où il veut et les remplace à tour de rôle de manière toujours plus dévastatrice.


Aujourd'hui

Nous ne pouvons démontrer ici que le capitalisme " parasitaire " de Lénine ne doit pas être compris au sens où le pouvoir serait davantage aux mains des capitalistes financiers que des industriels. Le capitalisme ne pouvait se répandre et s'accroître sans se différencier et sans séparer toujours plus les divers éléments qui contribuent au gain spéculatif : finance, technique, outillage, administration. La tendance est à ce que la plus grande part de bénéfice et de contrôle social échappe toujours plus aux mains des éléments positifs et actifs et se concentre dans celles des spéculateurs et du banditisme affairiste.

Nous allons donc voler de Marx à… Don Sturzo [4].

Celui-ci, avec sa prudence habituelle, s'est occupé du scandale de l'Institut National des Assurances. Ses propos sont intéressants : je ne peux pas dire ce qui se passait à l'époque fasciste car j'étais en Amérique et là, ces choses sont à l'ordre du jour et d'une tout autre ampleur ! Nous en étions sûrs. Le parasitisme capitaliste de l'Italie contemporaine surpasse celui de l'Italie mussolinienne et tous deux sont des jeux d'enfant en comparaison des manœuvres de l'affairisme états-unien.

L'INA dispose de fonds colossaux puisqu'il centralise tous les versements des travailleurs aux assurances sociales, comme d'autres instituts paraétatiques apparentés dont les sigles sont connus. Ils paient avec lenteur et une masse énorme de numéraire circule donc dans ses caisses. Il a par conséquent le droit (tout en n'ayant ni tête, ni corps, ni âme : ce n'est pas pour rien que nous sommes dans la civilisation de l'habeas corpus !) de ne pas laisser dormir une si grande richesse ; par conséquent, il place et investit. Quelle aubaine pour l'entrepreneur moderne ! Il est le capitaliste sans capital, de même que, dialectiquement, le capital moderne est le capital sans patron, acéphale.

Le mal, nous dit le sage prêtre sicilien (dont ceux de son bord aspirent tant à faire au plus tôt un éloge funèbre dithyrambique), est la formation, à l'ombre de l'INA, de trop nombreuses sociétés de complaisance.

Que sont, Kaiser, les sociétés de complaisance ? Quelques types versés dans les affaires, qui ont des bureaux luxueux et sont introduits dans les antichambres économiques et politiques, qui n'ont pourtant pas un sou à eux, ni de titre à leur nom ou d'immeubles cadastrés (ni même le loyer d'une maison : ils vivent dans les grands hôtels, connaissent à fond Vanoni [5], mais Vanoni ne les connaît pas), font le " plan " d'une affaire donnée et fondent une société dont le seul patrimoine est ce même plan. L'argent, c'est l'INA ou quelque autre organisme similaire qui le donnera en s'appuyant, s'il le faut, sur une petite " loi spéciale ", disons pour le développement de l'élevage des crabes sur les épaves de navires coulés ; problème qu'on s'empresse de mettre au rang des problèmes nationaux de premier plan, surtout si un parlementaire d'opposition fait un puissant discours contre l'inaptitude du gouvernement.

Naguère, en effet, l'entrepreneur ordinaire allait à la banque chercher des fonds à placer dans l'affaire en projet. Le banquier disait : Bon voilà, quelles sont tes garanties ? Montre tes propriétés, titres ou autres... Mais un organisme paraétatique n'a pas de ces basses exigences : le but national lui suffit et il sort ses sous. Le reste de l'histoire va de soi. Si l'entrepreneur à l'ancienne mangeait la grenouille [6] dans le cadre de son plan et de son projet de production, il était fini : son argent ne rentrait plus et il quittait, tout penaud, la classe patronale.

Notre société de complaisance, avec son brillant état-major, n'a pas ce souci : si elle attrape des grenouilles qui sont achetées par des gourmets à des prix rémunérateurs, c'est de l'argent gagné. Si par hasard elle n'en attrape pas, ou si personne n'en mange, pas de problème : des jetons de présence, des indemnités, des participations ont été encaissés et c'est l'INA qui paie pour la faillite du plan-grenouilles.

Avec ce petit exemple banal, nous avons expliqué ce qu'est le capitalisme d'État ou l'économie centralisée dans l'État : il faut préciser que la perte de l'INA est celle de tous les pauvres malheureux qui laissent dans ses caisses une nouvelle fraction du salaire quotidien.

Le capitalisme d'État est la centralisation de la finance par l'État, mise ainsi à disposition de ceux qui, momentanément, manœuvrent l'initiative des entrepreneurs. Jamais l'initiative privée n'a été aussi libre que depuis qu'elle conserve le profit et que tout risque de perte lui a été épargné en le reportant sur la collectivité.

Seul l'État peut battre autant de monnaie qu'il le veut tout en châtiant les faussaires. C'est sur ce premier principe de force que repose, dans les formes historiques successives, le procès progressif d'expropriation des petits propriétaires et de concentration capitaliste. Nous avons bien souvent dit, à juste titre, que toute économie où les entreprises ont des bilans, et où les échanges se mesurent en monnaie, ne peut échapper à ces lois.

Le pouvoir d'État prend donc appui sur les intérêts convergents de ces bénéficiaires profiteurs de plans spéculatifs d'entreprises et de leur réseau à forte liaison internationale.

Comment ces États ne prêteraient-ils pas de capitaux à ces bandes qui ne paient jamais leurs dettes envers eux mais la font payer de force aux classes exploitées en les réduisant à la famine ?

La preuve, ou si vous voulez la nouvelle preuve, que de tels États " capitalisateurs " se trouvent dans cette position de débiteurs chroniques de la classe bourgeoise, est qu'ils sont contraints d'émettre des prêts en continuant à accepter son argent et en versant des intérêts.

Une administration socialiste d'" économie centralisée " ne donnerait son aval à aucun " plan " venant de l'extérieur, de même que, d'autre part, elle ne verserait aucun intérêt. Et d'ailleurs, elle ne manipulerait pas d'argent.

Le capital centralisé dans l'État ne l'est que pour rendre plus aisée la conduite de la production en vue de la survaleur et du profit, qui reste " à la portée de tous ", c'est-à-dire à celle des représentants de la classe des entrepreneurs, lesquels ne sont plus de simples capitaines d'industrie mais des brasseurs d'affaires déclarés ; on ne produit plus de marchandises, disait déjà Marx, on produit de la survaleur.

Le capitaliste en chair et en os ne nous sert plus à rien : le capital vit sans lui, avec la même fonction mais centuplée. Le sujet humain est devenu inutile. Une classe privée des individus qui la composent ? L'État au service non plus d'un groupe social mais d'une force impalpable, oeuvre de l'esprit saint ou du diable ? Nous manions l'ironie à la manière de notre vieux Maître Karl. Nous vous offrons la citation promise :

" Le capitaliste, en transformant l'argent en marchandises qui servent d'éléments matériels pour un nouveau produit, en leur incorporant ensuite la force de travail vivante, transforme la valeur - du travail passé, mort, devenu chose - en capital, en valeur grosse de valeur, monstre animé qui se met à " travailler " comme s'il avait le diable au corps. " [7]

Il faut prendre le capital par ses cornes.

Notes

[3] It. : intestata, verbe dont la racine est " testa ", tête.

[4] Luigi Sturzo, prêtre sicilien, fondateur en 1919 d'un parti catholique, le parti populaire italien.

[5] Politicien démo-chrétien. Il fut commissaire gouvernemental de la banque régionale d'agriculture.

[6] It. : prendere granchi, litt. : " attraper des crabes " (voir plus haut), c'est-à-dire : faire des bêtises.

[7] Souligné par Bordiga. Le passage original est le suivant : " Indem der Kapitalist Geld in Waren verwandelt, die als Stoffbildner eines neuen Produkts oder als Faktoren des Arbeitsprozesses dienen, indem er ihrer toten Gegenständlichkeit lebendige Arbeitskraft einverleibt, verwandelt er Wert, vergangne, vergegenständlichte, tote Arbeit in Kapital, sich selbst verwertenden Wert, ein beseeltes Ungeheuer, das zu "arbeiten" beginnt, als hätt'es Lieb' im Leibe. " En transformant la monnaie en marchandises qui servent de matériaux à la formation d'un nouveau produit ou de facteurs du procès de travail, en incorporant à la choséité morte de ces dernières de la force de travail vivante, le capitaliste transforme de la valeur, travail passé, réifié, mort, en capital, valeur se valorisant elle-même, monstre animé qui se met à " travailler " comme s'il avait le diable au corps. "