"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».

Marx (L'idéologie allemande)

vendredi 16 mars 2018

LE NEW BIG BANG SYNDICAL : TROUVAILLES INCONGRUES POUR MIEUX SABOTER TOUTE SERIEUSE RIPOSTE DES CHEMINOTS

ET A LEUR SUITE DE L'IMMENSE MAJORITE DES PROLETAIRES!

On aura longtemps laissé l'opinion, cette race spectatrice impuissante, supputer, dénier, voire se renfrogner sur les avatars ou les possibilités d'une opposition gréviste au funeste projet, déjà avalisé par ordonnances étatiques autoritaires, de démantèlement de la SNCF, au plan de son personnel comme en vue de son découpage en entreprises concurrentielles compatibles avec les normes du profit européen.
On laissa plusieurs semaines durant journalistes et énarques nous étaler leur indignation pour les « privilèges » (honteux) de cette corporation, pas pour les leurs, réels et de vendus au pouvoir macronesque. La syndicratie elle-même ne livra aucune infaux sur ce que ses larbins trifouillaient dans les couloirs obscurs des chancelleries bureaucratiques. Les milieux syndicrates bruissaient et soupesaient, conciliabulaient et supputaient.
On nous envoya au front télévisé un super Besancenot, en super héros du service public bravant les deux snipers à tête de singes du comique troupier Ruquier. Sur tous les recoins de l'attaque vicieuse des riches gouvernementaux contre les pauvres cheminots statutaires, Besancenot fût un « sudiste » convaincant ; tout était dit de la forfaiture idéologique qui met en cause les sacro-saintes nationalisations, de la relativité des avantages corporatifs, avec deux ou trois citations littéraires pour épater le populo. Hélas Besancenot mentait et mentait effrontément par omission1. Ce n'est pas le tout de dénoncer le bouledogue étatique qui vous attaque, quand, derrière, les chiens du pouvoir, la piétaille syndicale, s'apprête à vous mordre de mollet avant de vous faire mordre la poussière. Surtout que l'énarchie syndicale n'hésite pas à renouveler son pouvoir de mystification2.

Les trotskiens, ou assimilés, même avec un collier anarchiste en guise de respectabilité, ne dénoncent jamais les appareils étatiques syndicaux AVANT qu'ils trahissent ou sabotent la lutte, ils le font toujours APRES !

Cette absence de critique préventive est bien sûr criminelle et signe de complicité perverse, because le gauchisme et sa variante néo-trotskienne a remplacé un peu partout les vieux caciques staliniens, auxquels ils ont succédé avec des SUD et autres filières corporativo-agitatoires, mais où la concurrence pour contrôler les bonnes places à la CGT fait toujours rage.

Evidemment que les appareils syndicaux ne vont pas nous rejouer 95, et nous entraîner à la défaite en découpant les luttes en tranches de saucisson corporatif, où en masquant leur sabotage de toute extension en appelant d'autres secteurs à lutter quand le principal concerné s'effondrait. Non là on nous invente une sorte de 95 à l'envers. Envers et contre tous les autres travailleurs...

UN BIG BANG QUI PREND LES DEVANTS...

Ikea peut aller se rhabiller, voici la grève new look en kit, le tout prêt... replâtrage du syndicalisme vermoulu. Le new Big bang syndical est tout simplement, encore et bis, de prendre les devants et de la manière la plus culottée qu'il soit, toujours à la place des ouvriers, sans que le public ne fasse attention aux variations des propositions « de lutte » des obscurs cabinets corporatifs et étatiques et sur qui fait quoi (L'agenda de l'ordonnancement des actualités, et décisions gouvernementales et des commémorations est très étrange en ce moment, j'y reviendrai). On apprit qu'une grève à la RATP était programmée pour le jeudi 22 mars, pied de nez à un certain 22 mars 68 par un quelconque bureaucrate élevé dans le gauchisme primaire ; or le 22 ne concernait à l'origine qu'une concertation entre appareils corporatifs de la SNCF. Curieux mon cher Watson ? Cela revenait donc à mouiller la poudre pour, excusez l'expression, faire déjà chier les prolétaires usagers, mieux que l'argument de l'énarchie sur le privilège cheminot : quoi, métro et bus vont s'y mettre aussi, et à part ? Il était précisé benoîtement qu'il ne s'agissait que d'un mouvement « pour les salaires ». Puis, le contenu de la grève planifiée de la RATP devint une grève « pour soutenir les cheminots » (une nouveauté idéologique puisque, traditionnellement on ne soutient qu'une grève déjà en cours pas celle qui n'a pas encore eu lieu. Pour que, toutefois, cet appel généreux n'apparaisse pas comme un utopiste foutage de gueule, la CGT-RATP précisait qu'il était aussi question de défense du « service public » et du « manque d'effectifs »3. Gare au passage à niveau, un train syndical peut en cacher un autre!

Pendant ce temps le suspense se prolongeait quant aux désidératas des appareils étatiques syndicaux de la dame de fer nationale. Enfin les obscurs syndicrates – nommé « intersyndicale » - firent tomber la veste et leur sentence ce jour :

« Les quatre organisations syndicales représentatives à la SNCF (CGT, Unsa, CFDT, SUD-rail) semblent enfin avoir trouvé un terrain d'entente pour entamer une grève reconductible. L'Intersyndicale appelle en effet à faire grève «2 jours sur 5 à compter du 3 avril», et ce jusqu'au jeudi 28 juin.
Les syndicats de la SNCF entament le bras de fer. Les quatre syndicats représentatifs de l'entreprise publique (CGT, Unsa, SUD Rail et CFDT) ont appelé ce jeudi à une grève reconductible «deux jours sur cinq à compter du 3 avril», soit le lendemain du week-end de Pâques mais juste avant les vacances de printemps et ce jusqu'au 28 juin. Se profilent donc trois longs mois de grève pour les usagers de la SNCF «L'intersyndicale constate que le gouvernement n'a aucune volonté de négocier» et «prend la responsabilité (d'un) conflit intensif sur une très longue durée», a déclaré Laurent Brun de la CGT Cheminots, à l'issue d'une intersyndicale. Un autre rendez-vous est prévu mercredi prochain pour décider des détails de ce mouvement de grève.
Ils ont donc choisi la méthode dure pour s'opposer à la volonté du gouvernement de réformer la SNCF en mettant fin progressivement au statut de cheminot et en préparant l'ouverture du secteur à la concurrence, le tout via l'emploi d'ordonnances pour accélérer la procédure. » (LE FIGARO)
« C'est « une mobilisation innovante », a souligné Didier Aubert (CFDT Cheminots, 4e syndicat (sic).
La manif intronisatrice des désidératas des intersyndicaux (celle de la RAPP du 22) est orchestrée par SUD Rail qui veut laisser croire qu'un peu de spontanéité sera réservée aux troupes éventuellement grévistes, déposant préavis de grève pour le 21 (jusqu'au 23 mars à 8H00) « pour permettre aux cheminots de participer » à cette manifestation quand la CGT « prévoit aussi des préavis de grève locaux ». Dans cette étrange cacophonie (=poison anti-extension) L'EXPRESS s'empresse de nous préciser : « En Ile-de-France, trois des quatres syndicats représentatifs à la RATP appellent à la grève le 22 mars pour soutenir les cheminots ».
Comme il faut toujours surveiller le lait sur le feu : « L'intersyndicale se reverra mercredi (le 21 donc) pour « établir plus précisément l'appel » à la grève » qui « Le lendemain aura lieu à Paris une manifestation nationale des cheminots le même jour que les fonctionnaires »(quels fonctionnaires, que viennent-ils faire là alors qu'on n'a eu aucune annonce à leur sujet? Un syndical d'Air France a assuré que rien n'avait été pensé avant, ni laissé discerner qu'on aurait aussi décidé en haut lieu de mimer la farce passée du "tous ensemble"en programment en même temps une grève bidon des fonctionnaires). L'Express note ensuite : « Selon M.Brun « plus de 25.000 cheminots sont attendus à cette manifestation ». Ce dont on peut fortement douter vu le bombardement médiatique tous azimuts, faisant alterner interviews d'usagers excédés par avance, retraités pas vraiment à la misère et pas non plus vraiment en colère en tant que vieux impuissants sans moyen de pression (comme l'a instillé le chef d'orchestre Micron) et cette espèce de flagornerie sournoise de radicalisme passif des chefs du syndicalisme gouvernemental.

Dans un tel chassé-croisé on se demande qui est quoi, de quoi il est question, quiqui sera en grève du type de la RATP ou de la SNCF ? Sans oublier des fonctionnaires possiblement à la dernière minute ? Ce qui s'appelle brouilller les cartes ou touiller les gogues.
Grève minutée? Grève aléatoire? Grève à retardement? Voir non grève si les bonzes syndicaux se rendent compte qu'ils ont vraiment mouillé totalement la poudre et, que, aussi menaçants que le chef de la bande ce matin: "fini les rapports cordiaux, on va vraiment passer... à la négociation". Ouh que c'est violent! A tout moment la grève en kit aléatoire, pour économiser les sous des grévistes et simplement stresser les voyageurs, pourra être interrompue - comprenez si vraiment une majorité est complètement découragée et décontenancée, alors les bonzes auront beau jeu d'ergoter que "la base n'a pas suivi", que c'est toujours les mêmes militants syndicalistes courageux qui se sont portés vainement au front, en désespoir de cause et tempêter au final que c'est la faute au gouvernement, et que les ordonnances sont une mesure anti-démocratique. Car Bruxelles n'attendra pas outre la fin de l'année.


UNE GREVE LONGUE ? En avant pour le sévice public!

J'avoue ici franchement n'avoir jamais assisté à une programmation aussi totalitaire et paranoïaque pour une grève d'une entreprise publique majeure (je me tape de la notion de service public néo-stalinienne). Macron fait le malin mais il a quand même les trouilles, comme on dit nous les vulgaires hommes de peine. Sans ses services syndicaux il est mort. Même si personne ne sait encore, si après tant d'embobinages journalistiques, de vantardises trotskistes et une préparation aussi carcérale et étouffante d'une grève perdue d'avance, les cheminots et cheminotes suivront... ce scénario d'une grève longue pouvant être interrompue à tout moment par les complices gouvernementaux.

Car si l'opinion, cette pute à journaliste, est bien déjà contre la paralysie stupide des transports de travailleurs, tout est fait pour inciter les cheminots eux-mêmes à baisser casaque. L'idée culottée balancée pour la première fois de décréter sans crier gare  une « grève longue » - sans aucun consultation ni appréciation de durée des concernés - est faite pour en décourager plus d'un. Les grèves longues sont généralement défaites et de la façon la plus cuisante, elles ruinent tant le porte-monnaie des prolétaires qu'on ne les y reprendra plus pour des décennies... Et quelle honte de décréter une grève « longue » comme si telle était la bonne voie, mais c'est pour masquer la seule idée IMPORTANTE, ESSENTIELLE : la nécessité de la GENERALISATION comme en 68, sous le contrôle des grévistes eux-mêmes et pas des intersyndicaux obscurs, manipulés par les agents du pouvoir, et le plus vite possible, sinon cela ne sert à rien de jouer les marioles avec l'idée saugrenue d'une grève longue - la prétention d'emmerder pendant 3 mois des millions de prolétaires entassés dans les transports en bestiaux du sévice public -, qui ne peut que jouer en faveur du gouvernement et être très très vite interrompue par l'opinion et les flics !
Les bonnes grèves c'est comme les bonnes blagues, les plus courtes sont les meilleures.

VOILA OU MENE L'INNOVATION DE LA VIEILLE SYNDICRATIE, alors... SOYONS RESOLUMENT JEUNES ET BAISONS LES SYNDICATS COMME EN 68 ! (si on le peut encore)



NOTES

1Je peux être d'accord avec de nombreuses affirmations du texte, j'ai d'ailleurs été le premier à dénoncer l'ignominie des « cars Macron » : https://npa2009.org/actualite/entreprises/lattaque-contre-les-cheminots-est-une-attaque-contre-le-service-public-et-tous
2Comme nous l'expliquait très bien un article du Figaro du 12 mars : « Big bang en vue, aussi, chez les partenaires sociaux », où on peut lire en particulier que FO « est numéro un au sein de l'Etat ».
3Manque d'effectifs ? Quand aux heures de pointes, sur les quais, vous avez cinq gardes armés de la maison RATP, plus, tous les dix mètres de jeunes intérimaires pour éviter les étouffements aux portillons des wagons sans cloison.

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