"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

mercredi 27 février 2019

MACRON QUI RIT JAUNE et un mouvement qui pleure



Petit à petit, de façon insidieuse et sans que vous vous en rendiez compte, le pervers narcissique développe son emprise morale sur vous.
Il se valorise en même temps qu’il vous rabaisse :
☞ Il a toujours raison en public, surtout dans un « grand débat national »
☞ Il a le pouvoir de tout expliquer en long, en large et en travers
☞ Il vous critique systématiquement vous le Jojo sans importance avec un gilet jaune
☞ Il vous dénigre comme fumeur de clopes et fana du diesel
☞ Il vous humilie comme trucmuche
☞ Il vous culpabilise comme violent et antisémite
Il vous insulte, vous menace en faisant morale, fait du chantage et parfois a recours à la violence physique (flash ball, LBD)

Finalement la campagne hystérique de dénonciation de l'antisémitisme supposé de tous les gilets jaunes n'aura duré que ce que durent les fleurs. L'acte 15 s'est déroulé sans scandale majeur au point que le président laisse pointer son exaspération en vue de l'acte 16. Napoléon IV menace une nouvelle fois : "Il faut maintenant dire que lorsqu'on va dans des manifestations violentes, on est complice du pire" (26 février). Ce menteur invoque la "clarté" sur les manifestations qui dégénèrent dans le cadre de la mobilisation en gilet jaune "C'est un miracle qu'après autant de samedis avec cette violence, il n'y ait eu aucun mort à déplorer de la part des forces de l'ordre"(...)
"Nous ne pouvons, de manière raisonnable, pas interdire les manifestations" (on est pas en Algérie, sic!) "Par contre, il faut un message clair de tout le monde" pour dénoncer la violence, a-t-il
Fiorina
ajouté, en déplorant qu'
"il n'y ait pas toujours eu cette clarté". C'est un appel au meurtre par les policiers assurés d'être couvert légalement comme de pouvoir continuer à crever des yeux en toute impunité; derrière le gentil "débat national" demeure la cynique "répression nationale".

Tautologie ? Forfanterie ? De quelle violence parle-t-il ? De celle de sa police, indéniable, cruelle et terroriste. Non car dans sa bouche clarté égale confusion et yeux crevés. Et dans sa répression inouïe il n'y a pas eu de miracle pour les estropiés dont les blessures ne sont pas une échelle de valeur humaine ou de douceur comparées à la mort.

POURQUOI les leçons gouvernementales de mai 68 ne servaient à rien ?
"À côté de ça, la vitalité, la force, le caractère incontestable de la demande légitime de millions de Français qui ont pu participer ou être sympathisants de ce mouvement est pleinement reconnu.
Je l'ai reconnu moi-même le 10 décembre et il est reconnu par l'implication qui est la nôtre. Jamais l'État ne s'est autant collectivement mobilisé face à un mouvement de ce type". 
Faux, archi faux ! Il n'a fait que mépriser et prendre pour de la petite bière un mouvement qui l'a définitivement ridiculisé au niveau national et international (preuve que la détestation du Macron ne faiblit pas, le RN fait désormais jeu égal dans les pronostics pour les "européennes"). Le 10 décembre il croyait encore que seule sa répression indigne suffirait à éteindre ceux qui clopent et roulent diesel. Conseillé par Cohn Bendit et Sarkozy, Macron n'a pas réussi à trouver la bonne parade. Si l'on suit l'Obs, il eût fallu accepter la proposition d'un nouveau Grenelle syndical par le bonze bien nommé Berger de la CFDT, preuve qu'une partie de l'appareil d'Etat voyait un danger prolétarien se dessiner. Mais c'est Philippe, contrairement à ce que suppose l'Obs, qui a eu le nez creux : inutile de rejouer un grand barnum syndical pour des gens qui ne veulent plus entendre parler de ces collaborateurs professionnels. Le conseiller Cohn Bendit s'arrache ses derniers cheveux : « Mais c'est pas possible ! Pourquoi ça a
Carnaval de Cologne
merdé ? ».
Parce que ce n'était pas la classe ouvrière traditionnelle bien encadrée par les collaborateurs syndicaux de l'Etat bourgeois. Parce que ça devait « merder » de toute manière. Même la proposition d'une descente le 26 novembre de Macron sur un rond-point était loufoque, et il l'exclut sachant qu'il aurait été insulté à ce moment crescendo du mouvement. Début décembre il y a en effet une nouvelle vacance du pouvoir, peut-être plus profonde que lors de l'épisode de Baden-Baden en 68, la plupart des ministres font dans leur culotte (c'est l'Obs qui décrit cela). L'assaut sur l'arc de triomphe émeut d'autant qu'il n'y a tout au plus que 1200 personnes ! On a deux mondes qui se font face, quand Maxime Nicolle déclare ne toucher que 487 euros, la ministre Wargon (transition écologique) peine à avouer ses 7500 euros mensuels...
La transparence revendiquée comme fondamentale ridiculise parti bolchevique et parlotes soixantehuitardes, tétanisant le personnel d'Etat : « On va pas faire des conseils de défense en Facebook live. Le pouvoir doit garder une part de secret. Il faut résister ! » (op.cit.)1. Ce sont les mêmes qui accusent les manifestants de voir des complots partout... Jamais ni en Octobre 17 ni en mais 68 il n'a été autant demandé des comptes aux journalistes ou même aux représentants provisoires sur les plateaux TV. Sans oublier la crise de la représentativité qui induit que désormais représentativité parlementaire, syndicale et même prolétarienne ne seront plus considérées comme divines, acquises ou incontestables ; il me semble que pendant la Commune de Paris l'idée de représentativité était déjà mise en cause... D'ailleurs au nom de quoi sont-ils élus ces députés sponsorisés par le maître de céans Macron ? Et les figures des gilets jaunes ont-elles été élues par quiconque ? Et peut-on leur reprocher d'avoir porté un temps les exigences économiques du mouvement avant de s'être fait ficeler par la trouvaille stupide et réactionnaire du ric ? La revendication économique et/ou politique ne dépend pas d'une élection ni de la concertation d'un syndicat ou d'un parti politique. Elle n'est d'ailleurs pas démocratique car s'il fallait attendre que le peuple – vague composé de classes, confus, manipulable par sondages asbtraits - se décide, l'eau continuerait à couler sous les ponts, imperturbable. Le mouvement ne fût donc pas populaire au sens propre avec ses figures émergentes, mais en effet subversif à court terme. Son affaiblissement date de son incapacité à se poser en termes de classe politique en se laissant enfermer dans l'impasse glauque et utopique du ric, cette fable d'extrême droite qui veut faire croire à l'existence d'une vie politique permanente et à un contrôle d'apothicaire par les masses face au pouvoir. La politique en permanence, quelle horreur ! Parole de militant non sectaire et d'amant de la nature. Le communisme abouti a toujours misé sur la fin de la politique.


Où aboutiront les leçons de ce mouvement inédit ?

Les derniers soubresauts du mouvement des gilets jaunes, qui s'imaginent éternels parce que rien n'a été obtenu ni hausses de salaire ni garanties que les voitures (polluantes) pourront continuer à nous amener au travail en province, persistent à en confirmer le caractère inédit, bâtard. Le mouvement se qualifia lui-même de « couche moyenne » (terme générique imposé par les médias), alors que ce sont plutôt les couches basses de la classe ouvrière qui étaient concernées, mais parce que les petits bourgeois qui menaient la danse ont honte d'être considérés comme prolétaires. Or, tout ce qui est moyen ne tient pas dans le capitalisme en crise qui écartèle aux extrêmes et n'oppose que le vide au vide. Vide politiquement le mouvement des gilets jaunes ne fît face qu'au propre vide politique de Macron.

Sarkozy a enseigné à Macron l'exhibitionnisme du pouvoir creux. Paul Bismuth nous avait déjà habitué à l'overdose de sa présence publique. Nous voilà à nouveau en pleine saturation macronesque. Cette surexposition de Grand Bourgtheroulde à Pétaouchnok correspond au show permanent rêvé par tout PN, mais une fois éteintes les lumières, c'est le grand vide de la mascarade du « grand débat », un bide d'audience masqué par les médias, une minable sortie de maraudeur de la misère. Macron ne change pas d'arrogance, et pourquoi donc en changerait-il ? C'est sa seule réponse au seul slogan lucide (« Macron démission ») : j'y suis donc j'y reste !
Il n'y a pas de dialogue possible avec l'Etat bourgeois. C'est aussi pourquoi les GJ opiniâtres sont coincés. Les petits bourgeois épiciers qui tractent encore le mouvement, dans la cacophonie de leurs clans, n'ont aucune idée de la complexité du pouvoir, un peu comme les gauchistes qui n'imaginent le pouvoir que dans les cordons de CRS. Notre dinosaure Henri Simon fait cette juste remarque : « le pouvoir politique (est) personnalisé par le seul président Macron (…) Pourtant Macron, en tant que président n'a guère de pouvoir. En matière de salaires ce sont les entreprises qui fixent les conditions de travail et les salaires, et éventuellement dans des accords contractuels ».
Ce n'est cependant pas tout à fait vrai, en 36 et en 68 l'Etat a su forcer la main aux patrons pour éviter la révolution sociale. Le problème avec les conseillistes comme Simon et ses amis est qu'ils restent toujours enfermés dans la mentalité syndicaliste où tout est supposer se passer dans l'entreprise et où la grève est le seul moyen universel de chanter ensemble. Avec son esprit syndicaliste, Simon peut noter que des travailleurs se sont associés « individuellement » au mouvement GJ. Et alors, fallait-il rester chez soi quand il ne se passe plus rien avec les grèves syndicales ?
Sous le syndicaliste perce le légaliste : « … les tentatives d'assaut contre les sièges du pouvoir à Paris et dans certaines villes de province, sont une des marques de la faiblesse d'un mouvement qui reste très minoritaire ». J'ai trouvé au contraire que cela nou faisait passer, nous les soixantehuitards pour de petits rigolos tout juste bons à s'enfermer avec des barricades rue Gay Lussac sans s'attaquer ni au parlement ni aux quartiers bourgeois ! Mais la frayeur légaliste de Simon est patente et assez honteuse trois pages plus loin : « Cibler les sièges du pouvoir est la vieille stratégie en France, essentiellement des mouvements d'extrême droite » (cf. 6 février 1934). Réflexion de syndicaliste moderniste vingtiémiste à vue faiblissante ! 1789, 1830, 1832, 1848, 1871... une vielle stratégie de l'extrême droite ?

La machine productive capitaliste n'a pas été empêchée de ronronner. C'est resté limité aux ronds points. Le bobo parisien s'offusque qu'on n'ait rien trouvé sur le « réchauffement climatique ou le nucléaire » (la morale de l'Etat exploiteur). Certes : « On peut penser que l'affaiblissement du mouvement et son échec programmé (?) est dû essentiellement à ces espoirs déçus d'une extension au monde du travail qui en fait n'avait guère de chances, vu le contexte golbal, de se produire » (cf. Echanges n°165).

Espoirs déçus qui sont les miens et ceux de Michel Olivier qui, avec le langage révolutionnaire trop traditionnel (et éculé) misait sur cette extension : « Maintenant, face au cul de sac dans lequel est le mouvement des gilets jaunes, la parole est à la lutte des prolétaires qui seuls peuvent réellement apporter une issue à l'ensemble de l'humanité et à l'impasse du monde actuel et de sa crise économique généralisée. Eh oui ! La seule perspective, c'est que la classe ouvrière s'organise en comités de travailleurs et en comités de grève élus et révocables à tout moment, que les travailleurs s'assemblent dans les entreprises, discutent et décident de leurs revendications et de leur programme d'action (…) Les gilets jaunes sont le signe de la faiblesse actuelle de la classe ouvrière ».

« Les prolétaires seuls peuvent réellement apporter une issue à l'humanité » ? Qu'on me permette d'en douter ! La plupart des prolétaires sont aussi ignorants de l'histoire des révolutions que nos leaders gilets jaunes illettrés, et je ne les considère pas comme doués de science infuse ni d'une conscience surnaturelle. L'auteur prend soin de préciser finalement qu'il faut que la société s'organise « autour d'un parti politique internationaliste, communiste et révolutionnaire »2. Brrrrr… On ne va certainement pas vers la réincarnation du parti mondial universaliste communiste dans l'immédiat; contrairement à l'après mai 68 qui avait vu floraison de tant de petits partis.

Si la société de l'avenir doit être organisée « autour d'un parti politique », je file sur la planète Mars ou Vénus. Enfin les gilets jaunes ne sont pas signe de la faiblesse de la classe ouvrière mais confirment son impuissance et l'innocuité du mythe de la grève générale et que tout se passerait dans le rapport étroit ouvriers/patrons.

Sur sa page facebook, Xavier Dupont se penche plutôt sur les recompositions dans cette même classe ouvrière, qui expliquent plus les difficultés que les carences et oublis du passé politique : « Parallèlement à l’explosion de ces nouvelles couches moyennes que l’on retrouve plutôt dans les grandes métropoles, très mobiles et solidaires de la mondialisation de la marchandise, il faut constater la recomposition dans l’espace national de la répartition d’une une classe ouvrière plus disséminée et des couches moyennes traditionnelles encore largement présentes, étranglées par la concurrence mondiale, des employés ou ouvriers pour certains ayant des conditions de travail souvent plus dures que la classe ouvrière traditionnelle des grandes concentrations industrielles, comme les secteurs du nettoyage, des centres d’appels, du bâtiment, des transport, nel ». Il cite à l'appui un extrait du numéro 6 Première série d’Invariance : « Là οù Bernstein a tort c'est quand il déclare que Marx n'avait pas prévu le phénomène. Or celui-ci affirme que la tendance du capitalisme était de diminuer le nombre des hommes produisant la plus-value et d'augmenter le nombre de ceux qui en vivaient. De façon plus explicite, il écrivait : " Son plus grand espoir (de Malthus, n.d.r.), où il voit du reste lui-même un peu d'utopie, c'est que la classe moyenne grandisse sans cesse et que le prolétariat, malgré son accroissement absolu, constitue une fraction de plus en plus faible de la population total. C'est en effet la marche de la société bourgeoise." « des secteurs ubérisés », etc…. La répartition plutôt à dominante bobos des grosses métropoles a éloigné aussi une partie de la classe ouvrière vers les périphéries de ces métropoles et en même temps les petites villes loin des métropoles, se paupérisent autour d’un tissu économique traditionnel ».

Robert Paris (site : Matière et Révolution) a créé son « Le gilet jaune insurgé » où il assure, avec des textes bien écrits, qu'il s'agit d'une « lutte de classe essentiellement prolétarienne », est volontiers dithyrambique :
« Les Gilets jaunes, tout le monde l’a remarqué, se caractérisaient par l’action directe, le refus de négocier les actions avec le pouvoir, le refus de « demander l’autorisation », le refus de prévenir par avance des actions envisagées, le refus de s’en tenir aux promenades dans les rues, la volonté non seulement de bloquer des entreprises, des sites, des routes, des institutions, mais aussi le refus de respecter tout ce qui représente les exploiteurs et les oppresseurs, ainsi que leur pouvoir.
Eh bien, oui, en agissant ainsi, les Gilets jaunes ont d’abord contribué à déstabiliser les appareils réformistes, les partis politiques de gauche, de gauche de la gauche, de l’extrême gauche, les syndicats et pas seulement ceux « de droite » qui soutiennent directement Macron, mais aussi les syndicats comme la CGT, FO ou même SUD, qui n’ont pas voulu soutenir les Gilets jaunes à leurs débuts. LO, NPA, POI et CNT, pour ne citer que ceux-là se sont aussi démarqués des Gilets jaunes.
Tout du long, depuis le début, il n’y a eu à la direction des Gilets jaunes ni d’une fraction d’eux, un quelconque état major clandestin, dirigeant, ni manipulant le mouvement. Que cet état-major soit attribué aux blacks blocks, qu’il soit attribué aux fascistes, qu’il soit attribué aux ultra gauche, qu’il soit attribué à Le Pen ou Mélenchon. Tous ceux qui comportent cela sont des ennemis du mouvement, ennemis ouverts ou cachés.
Par contre, jamais aucun syndicat n’a honnêtement organisé une discussion démocratique dans les entreprises sur les objectifs et les méthodes des Gilets jaunes. Même pas un débat sur ce thème ! Pas un tract non plus pour en discuter ! Et surtout pas des assemblées dans les entreprises pour discuter des journées d’action avant qu’elles aient lieu ! Et aucune critique de ces méthodes bureaucratiques des « journées d’action syndicales » de la part des groupes politiques ou associatives qui s’activent dans ces syndicats, notamment de la part de la gauche de la gauche ou de l’extrême gauche, qui a fini par admettre qu’il fallait admettre l’existence de ce mouvement !!!
Alors que ces appareils sont sclérosés, figés, liés par mille liens à nos adversaires de classe et à leurs institutions, aux élections, aux bureaucraties, à l’ordre, le mouvement, lui, s’est révélé, dynamique, vivant, essayant d’apprendre, d’avancer pas à pas, prêt à faire des efforts pour comprendre, pour s’organiser.
Le mouvement des gilets jaunes a été assez fort pour que gouvernants et patrons craignent une extension aux entreprises au point de payer des « primes Macron » aux salariés des entreprises du privé mais aussi aux cheminots, à tous ceux dont ils craignaient qu’ils se joignent aux Gilets jaunes. En empêchant cette jonction, les forces militantes des entreprises ont rendu un grand service à l’ordre capitaliste, aux gouvernants, aux patrons et à eux seuls !
En se joignant aux calomnies sur les Gilets fascistes, les Gilets casseurs, les Gilets antisémites, les Gilets racistes, les Gilets violents, les Gilets d’ultra gauche, etc., les forces militantes politiques, syndicales, associatives au sein des entreprises, y compris la gauche de la gauche, les insoumis, l’extrême gauche officielle (LO, NPA, POI, CNT, etc.), ont démontré qu’ils sont incapables d’offrir aux travailleurs des perspectives sociales face à l’écroulement du capitalisme qui s’annonce.
Se réunir à l’extérieur des entreprises a nécessité bien des efforts pour les Gilets jaunes car le pouvoir a tout fait pour les empêcher , en interdisant les rassemblements des ronds points, en refusant des salles de réunions, etc. »

Tout ce que dit ici Robert Paris est indéniable, mais c'est lui qui le dit, pas le mouvement confus et branquignole politiquement. Pour l'heure, même si je pense que les exigences de transparence et de non représentativité automatique resteront les deux données majeures pour les futures luttes sociales, l'impact du mouvement gilets jaunes, dans son aspect citoyen, a imprimé une nouvelle situation au Vénézuela et en Algérie, où les luttes citoyennes, qui pourront être sanglantes, ne seront pas nécessairement révolutionnaires.


NOTES:

1De fait le mouvement, avec ses aspects incultes et archaïques, explore une autre façon de faire la la politique en temps réel. Les réponses de Fly rider avec des explications un peu simplistes, révèlent une façon de fonctionner pourtant comme un corps intermédiaire – typiquement d’un leader syndical – en canalisant la colère populaire, en répondant aux inquiétudes des éléments les plus extrêmes de ses interlocuteurs. Dans les groupes de gilets jaunes, il y a une vraie différence entre le ton posé de ces Facebook lives, fascinants moments de débat public, et la violence parfois affligeante des commentaires.

2Bilan&Perspectives n°18, février 2019.

jeudi 21 février 2019

ALAIN FINKIELKRAUT CET ASSASSIN DE LA MEMOIRE


Benalla et Macron aux obsèques de Mme Knoll, victime d'un crime crapuleux et pas antisémite.
Dans cette même livraison, lire à la suite le texte de Claude Bitot: "notes sur les gilets jaunes"
(la photo ci-contre est de JLR)

Alain Finkielkraut n'a jamais tant souhaité que de rester une diva des médias. Le philosophe moderne est avant tout une starlette qui n'aime tant qu'être cité dans la presse pipole. Comment se fesse-t-il que l'ancien étudiant maoïste ait tant réussi à occuper régulièrement le vedettariat ? Comment a-t-il réussi au cours des si longues années écoulées à occuper le devant de l'actualité ? C'est ce que je vais vous révéler. Notons qu'il est curieux que la presse ne relève pas qu'il n'en est pas à ses premiers états de service. L'académicien qui sait si bien clamer juste une partie de la vérité dans tous les domaines pour faire surnager ses propres confusions, ses aigreurs contre la réelle invasion culturelle musulmaniaque sont toujours contrebalancées par son nationalisme israélien (il sera interdit désormais de dire sioniste). Plus que tout il aime la célébrité, il aime « se montrer » comme ce 16 avril 2016 où son éviction d'une place publique ne donna pourtant pas lieu à une immense protestation contre l'antisémitisme :

« Venu écouter les débats de la Nuit debout, Alain Finkielkraut a été invité à "se casser" de la place de la place de la République, samedi 16 avril 2016. Le philosophe est parti sous les insultes et les huées, mais pas avant d'avoir perdu son sang froid. Traité de "fachiste", Alain Finkielkraut a répliqué en traitant les militants de "fachos". "Gnagnagnagna, pauvre conne ! a-t-il ensuite hurlé à une femme. Des coups de latte, qu'il te faut !" Le philosophe, dont la colère a été filmée par une militante, s'est ensuite défendu : "Ça va, je me fais insulter, je peux répondre aussi. Je suis quand même un être humain, non ?"(cf. France info).

Venu tâter du gilet jaune, il se fait une fois de plus jeter. L'agression et les insultes sont certes minables, et ne relèvent pas forcément de l'antisémitisme mais de la guerre idéologique entre islamo-maniaques et sionistes. Pourquoi cette propension à venir s'exposer quitte à provoquer noise ? Le bonhomme est intéressant, séduisant, il gagne à être écouté même s'il dit une connerie sur deux. Le problème est qu'il est double, il peut dire une vérité mais noyée dans un discours faux. Son compère Ascolovitch, beaucoup plus faux et ambigu, quoique clairement méprisant du peuple, a bien vu cette dimension contradictoire de Finkielkraut :

« Si Finkielkraut montre «ce que la République permet à chacun», que prouvent alors ses agresseurs? Ils montrent, ces brutes, que la République a failli en éduquant son peuple et n’a empêché ni la haine, ni la bêtise. Son échec s’incarne quand illettrés, complotistes et braves gens fâchés manifestent, crient, cassent pour certains, agressent pour d'autres, et si laidement injurient.
(…) À cette aune, Finkielkraut et Macron se ressemblent, petits-bourgeois ayant caressé les livres et s’en étant construits, et que des populaces exècrent, qui reconnaissent l’ennemi. Ce cri connaît sa limite; les plus violents savent leur infériorité et en deviennent démunis, émouvants ».

Finkielkraut a l'air de contester tous les clichés les plus lamentables de l'islamo-gauchisme (et pour cause, en tant qu'ancien maoïste il sait la bêtise de la « cause du peuple »), tout en servant le pouvoir depuis sa chaire médiatique il se permet d'en montrer les limites idéologiques, ainsi le prétendue résurgence du fascisme des années 1930, il fait mouche :

« Cette analogie historique prétend nous éclairer: elle nous aveugle. Au lieu de lire le présent à la lumière du passé, elle en occulte la nouveauté inquiétante. Il n'y avait pas dans les années 1930 d'équivalent juif des brigades de la charia qui patrouillent aujourd'hui dans les rues de Wuppertal, la ville de Pina Bausch et du métro suspendu. Il n'y avait pas d'équivalent du noyautage islamiste de plusieurs écoles publiques à Birmingham. Il n'y avait pas d'équivalent de la contestation des cours d'histoire, de littérature ou de philosophie dans les lycées ou les collèges dits sensibles. Aucun élève alors n'aurait songé à opposer au professeur, qui faisait cours sur Flaubert, cette fin de non-recevoir: «Madame Bovary est contraire à ma religion.» (…) Il n'y avait pas, d'autre part, de charte de la diversité. On ne pratiquait pas la discrimination positive. Ne régnait pas non plus à l'université, dans les médias, dans les prétoires, cet antiracisme vigilant qui traque les mauvaises pensées des grands auteurs du patrimoine et qui sanctionne sous le nom de «dérapage» le moindre manquement au dogme du jour: l'égalité de tout avec tout ».

DE L'AFFAIRE DREYFUS A L'AFFAIRE BENALLA...

La surdétermination du rôle des juifs dans les affaires du monde est une mode cyclique de l'idéologie bourgeoise, et Finki est bien placé pour le savoir puisqu'il a été un des initiateurs d'une des plus grosses mystifications anti-marxistes de la fin du XX ème siècle autour de la dramatique question des chambres à gaz. Le grand Bordiga a dit un jour que le pire produit du fascisme c'est l'antifascisme, et cela reste vrai, profond et incontestable comme poison contre toute pensée rationnelle. L'affaire Dreyfus fût un complot ourdi par une camarilla de militaires qui, quoique l'affaire ait été finalement dénoncée, sans réhabilitation du capitaine, a servi à préparer l'union patriotique pour mener la classe ouvrière au casse-pipe mondial. Il est peu probable que l'affaire Benalla permette au général Macron de nous mener à une nouvelle guerre, tant il s'y est compromis et n'a même pas la respectabilité du capitaine Dreyfus.
Au lendemain de la quatorzième démonstration en gilet jaune, où un épisode secondaire - où Finki ne s'est pas fait cracher dessus comme lors d'une nuit debout - avait été immédiatement exhibé à la loupe - l'ensemble des médias, comme un seul homme, s'indigna : « «Juden», croix gammées, profanation: les actes antisémites se multiplient en France ».
Bousculade et insultes crypto-islamistes plus que fachos, sont méprisables certes, mais c'est l'extension à toute une autre série de même type d'insultes antisémites qui est immédiatement ajoutée à l'agression contre Finki, et cela révèle la duplicité du pouvoir, et qu'il n'a rien à foutre des juifs en général pas plus que de la classe ouvrière. J'ai travaillé pendant des années à Bagneux, banlieue à ghetto arabe, et je n'ai jamais vu effacé au plafond de certaines entrées de HLM l'inscription « mort aux juifs », que la municipalité « communiste » de cette ville ne s'est jamais soucié de faire immédiatement gommer ; et dieu sait s'il doit y en avoir un paquet des inscriptions aussi débiles sur les murs lézardés de tant de cités hors zone, dont aucun édile local ne se soucie. On nous promet d'effacer immédiatement sur le web, mais parce qu'il n'est pas nécessaire de bouger son cul de sa chaise.
Le pire produit des insultes antisémites c'est le gouvernement qui en fait la pub en long, en large et en travers. Plus il en fait état, plus des gamins ou des adultes pas finis vont s'ingénier à profaner tel cimetière, telle vitrine, telle salle de classe1. Je peux reprendre ici un commentaire anonyme largement partagé : « Macron promet des actes : “ décimer les dangereux Gilets Jaunes et réhabiliter Benalla “ ; Le résultat inévitable, c'est que l'antisémitisme va augmenter. BINGO! ». Les mille personnes qui ont trinqué avec Macron au CRIF n'auront été qu'une réunion d'hypocrites, concours d'indignation saoulant. Macron a fait un discours creux, il ne mettra pas plus fin à l'antisémitisme larvé et permanent sous le capitalisme qu'il ne permettra aux millions de prolétaires de vivre décemment. Durcir la lutte contre l'antisémitisme en y mêlant l'antisionisme, alors qu'il s'agit d'un simple nouvel éteignoir du mouvement gilets jaunes, dont on ne se souviendra dans quelques années que comme d'un mouvement finalement « entaché d'antisémitisme », comme tout le monde croit se souvenir que la profanation de Carpentras avait été organisée par Le Pen, alors qu'il s'est agi d'une duperie perverse du roi des politiciens Mitterrand. Macron n'a pas le choix, il est constitutionnellement impossible d'empêcher l'expression de la libre critique de la politique d'Israël, de la même manière que les français ou les étrangers peuvent critiquer la France, le comportement des français et la politique française. En revanche, la repression des injures et l'incitation à la haine sont déjà prévues par la loi. Il donne des arguments aux antisémites même si on est dans la politique de l'instant et le double langage sans effet, comme souvent avec lui. L'anti-sionisme complotiste est une idéologie de base des terroristes islamiques qui ont dépassé, en compétence si je puis dire, les vieux fachos dans ce domaine. Le patron du renseignement intérieur a énuméré un certain nombre de sectes de tarés « identitaires » et « néonazis » et enfin, de "petits groupes de type brigadiste et violent qui peuvent se constituer autour d'une personnalité charismatique". S'agissant de l'ultragauche, le patron du renseignement intérieur a affirmé que "sa capacité à faire dégénérer des manifestations, mais aussi à conduire des actions de nature plus clandestines n'est plus à démontrer" ; or cette ultra-gauche, généralement activistes écervelés qualifiés de black blocs, n'ont plus rien à voir avec cette notion que Finki a contribué il y a trente années à renvoyer aux oubliettes (j'y viens, j'y viens).
Intéressant ce patron policier. Les flics sont souvent au plus près de la question sociale. Il a reconnu lui que le danger vient beaucoup plus de l'islamisme (radical ou pas) que des vieilles chemises fachos. Les nouveaux antisémites sont plus souvent parmi les indigestes de la république et des musulmans pro-palestiniens et donc anti-israéliens. Comme le nombre de musulmans ne cesse d'augmenter en France, il est vraisemblable que le nombre d'actes antisémites n'ira pas en diminuant.

LE THERMIDOR DES GILETS JAUNES, UNE PERIODE DE REACTION INFAME?

Après l'échec d'une grève, voire plus largement d'une révolution, que se passe-t-il dans la tête des vaincus ? La joie de la solidarité, l'enthousiasme des lendemains qui chantent font place à la récrimination permanente, à la haine, donc à une claustration de la pensée. Le phénomène n'a jamais été étudié par historiens et sociologues, mais il mérite qu'on s'y arrête. L'échec rampant des gilets jaunes, avec leur longue présence hebdomadaire dans la rue, renvoie au moment de dépression lors des contre-révolutions : la classe vaincue ne reste pas indemne. Il est stupide de croire que le nazisme a vaincu en Allemagne en 1933 simplement à cause de la répression. Les avanies du bolchevisme y ont été pour une part responsables. Le massacre de Cronstadt et les premiers goulags n'ont pas rassuré la majorité des ouvriers allemands encore fortement syndiqués et électeurs d'une social-démocratie majoritaire encore à la veille de la prise du pouvoir par Hitler. Dans la lutte des classes le facteur économique devient par moments complètement secondaire : que vaut la revendication un peu nunuche du « pouvoir d'achat » mêlée à l'invraisemblable RIC quand le mouvement des GJ n'est plus que lamentation d'yeux crevés et nid de violence d'une poignée de tarés antisémites ? Dont beaucoup étaient d'ailleurs déjà présents au début (j'en avais viré un). Ils seront encore là demain, dans telle manifestation, telle grève, mais on ne doit pas leur accorder plus d'importance qu'ils n'en ont. Une autre starlette de médias, avocat de renom, tout en soutenant Macron, a fort bien expliqué que s'il fallait relever toutes les insultes sur les murs des chiottes publics - « Dupont est pédophile ou Durand cocu » – on n'en finirait pas, il vaut mieux effacer ou repeindre que perdre son temps à se fixer sur de lâches graffitis.
Les masses allemandes des années 1920-1930 n'ont pas été simplement effrayées par la répression de la soldatesque de l'Etat bourgeois, pas encore sous couleur nazie, mais aussi, de manière obsessionnelle, par les stupidités « communistes » : putschs répétés, embrigadement militaire, violences de rue autrement plus graves que celles de nos gilets jaunes2. De même le nazisme joue depuis 60 ans le rôle inverse. L'historien (réactionnaire) Furet soulignait que l’obsession du nazisme a dominé la tradition démocratique depuis un demi-siècle. Le sentiment d’effroi que procure cette expérience a formé le terreau de l’obsession antifasciste, en même temps que la meilleure de ses justifications. Mais il a été aussi, dès l’origine, instrumentalisé par un mouvement communiste en dégénérescence pris dans le carcan des replis nationaux en vue de la reprise de la guerre mondiale. L’antifascisme, définition purement négative, devenant la préparation d'un camp bourgeois dans la future guerre mondiale. L’obsession antifasciste depuis 1945 a ajouté à la gloriole de la victoire du « camp démocratique » un effet toujours néfaste pour toute révolte sociale d'ampleur: elle a rendu sinon impossible, du moins difficile, tout bilan sérieux de l'échec de la vague révolutionnaire des années 1920, effaçant des mémoires qu'elle n' était pas à mettre sur le même plan « totalitaire » que le fascisme.

Inculte politiquement et désireux de le rester le mouvement évanescent des gilets jaunes - qui aura été finalement l'envers anti-intellectualiste des Nuits debout, mais plus inquiétant socialement – se fiche de remettre à sa place la mystification de l'antifascisme. Moi pas. La querelle des historiens allemands sur l'histoire du nazisme a été assez intéressante, en marge des clichés des historiens bien pensants de la gauche caviar. En se repenchant dessus on peut voir que Nolte, étiqueté réactionnaire, disait de bien dérangeantes choses pour l'antifascisme au pouvoir partout dans le monde depuis des décennies. Nolte dit : le système libéral, par ce qu’il offre de contradictoire et d’indéfiniment ouvert sur l’avenir, a constitué la matrice des deux grandes idéologies de ce siècle (dernier). Comme le résume un commentateur : «Nolte avait pour thèse que le massacre racial des nazis était une réaction aux crimes des soviétiques. «L'archipel goulag n'était-il pas antérieur à Auschwitz?», demandait-il. Et il supposait qu'un lien logique et factuel pouvait exister entre le “massacre de classes” des bolchéviques et le “massacre racial” qu'ont commis ensuite les nazi ». En vérité, derrière le juif bouc-émissaire, Hitler privilégie la haine du bolchevisme, mais c’est en tant que produit final du monde bourgeois démocratique. L'historien français Furet pensait avec raison que Nolte insistait trop sur le caractère réactif du fascisme au communisme. Tout est toujours double en politique, et trouble. On oublie généralement que la montée du fascisme est une préparation à la guerre mondiale. Pas de guerre mondiale possible si le prolétariat persiste à vouloir en finir avec le capitalisme, il faut donc éliminer le prolétariat de la scène historique mais en s'en prenant de façon vicieuse à son représentant politique le plus visible, bien que déjà flageolant, le mouvement bolchevique, non pas en tant que porte-parole du prolétariat mais comme mouvement de juifs manipulant le prolétariat. C'est d'ailleurs à peu près le même schéma adopté par les énarques qui nous gouvernent : ne plus attaquer de front les gilets jaunes dans leur aspect forcément respectable et subversif de mouvement social contre la misère, mais en l'assimilant aux comploteurs juifs, pardon aux comploteurs fachos antisémites, islamistes et compagnie! Le tour est joué !
On n'ira ni vers le fascisme, ni une nouvelle bande à Baader comme je le présumais intérieurement, mais vers le dégoût plus grand encore de la « politique politicienne » et une abstention encore plus marquée aux « européennes », ce qui est aussi le but recherché par l'Etat macronien, car la mascarade antiraciste affaiblit à chaque tour le parti des incapables lepénistes. L'Etat laisse cependant comme os à ronger aux masses déconfites et désemparées des diverses familles gilets jaunes, l'antisémitisme, lequel peut en effet prospérer sous la rancoeur. Est-ce un hasard si celui-ci s'est développé après l'écrasement de la Commune de Paris ? Et si Mélenchon nous fait plus penser au général émotif Boulanger qu'à Chavez ? Les passions mauvaises ne surgissent-elles pas après un amour déçu ? Quoiqu'elles ne durent qu'un temps... Les causes de la défiance qui caractérise désormais la société française et en son sein la classe ouvrière toujours existante (et bien présente en nombre parmi les gilets jaunes) contrairement à ceux qui ont encore voulu la faire disparaître dans une improbable couche moyenne – sont destinées à durer, plus simplement produite par les attaques économiques du gouvernement, mais haussées par les questionnements « politiques » bien réels posés pour le mouvement des gilets jaunes ; lesquels ne disparaîtront pas tant qu'une amorce de réponse « de classe » ne pointera pas le bout de son nez.

UNE VIEILLE CONTRIBUTION PERMANENTE AU REVISIONNISME HISTORIQUE
effaceur du prolétariat

Nous y voilà, je vous l'avais promis, au moment qui permit au simple professeur Finkielkraut de se faire un nom et une place dans la place du pouvoir. Je recopie ici simplement ce que j'ai écrit en 1999 dans mon premier livre sur le fascisme (La réaction fasciste en Europe, sous le nom de Pierre Hempel).

… On trouve une autre interprétation, vicieuse et anticommuniste chez le dreyfusard Finkielkraut qui est chargé en 1982 par une maison d'édition proche du nouveau pouvoir « socialiste » de couler le milieu révolutionnaire en le faisant naître de la seule librairie de Pierre Guillaume et en ridiculisant les grands noms de la lutte contre le léninisme stalinisé : Pannekoek, Korsch, et Bordiga. Et qu'aucun groupe de ce milieu dit « ultra-gauche » n'a eue le réflexe de dénoncer, seule dénonciation visible et percutante celle de Louis Janover, 25 ans plus tard mais sans évoquer les dégâts de Finkielkraut. Janover montre bien qu'il s'est agi d'une campagne sournoise du sommet de l'Etat contre les « antiparlementaires » et ceux qui n'oublient pas le passé de massacreurs des partis de gauche, contrairement à leurs alliés électoraux gauchistes. En 1984, l'israélien, chef du mouvement sioniste en France, Simon Epstein, mettait en avant une idée que je partage complètement, à savoir la subtilité de la manipulation adaptée aux « marxistes » :
« La secte révisionniste en question, c'est l'école de gauche qui autour de Serge Thion nie la réalité des chambres à gaz et du génocide nazi, en des termes adaptés aux exigences du public intellectuel marxiste ou libertaire , et qui a pris la défense de Faurisson dont elle diffuse les thèses » (cf. L'antisémitisme français », ed. Belfond).

Dans « L'avenir d'une négation » (Seuil 1982), Finkielkraut écrit :

« Dès 1953, les abonnés de Socialisme ou Barbarie pouvaient lire dans les thèses du parti communiste international d'Italie (la secte de Bordiga) : « L'antifascisme a été le plus récent mensonge idéologique et politique derrière lequel le capitalisme a joué la carte de sa propre conservation de classe pendant la Seconde Guerre mondiale ». Pour ce discours de pierre que la Vieille Taupe cultive, le génocide est un événement en trop, une épine dans ma rose de la Raison prolétarienne, puisqu'il creuse entre le fasciste et le démocrate un abîmes infranchissable. Or, voici qu'un professeur lyonnais (Faurisson), obscur et solitaire, est en train de retirer cette épine (…) Il prouve que la monstruosité impossible n'a effectivement pas eu lieu (…) Ils 'savent' que les chambres à gaz sont un mythe, exactement comme Wilhem Liebknecht savait que Dreyfus était coupable.3 Auschwitz sert les desseins de l'ennemi : d'où leur ardeur à contester par tous les moyens, y compris les plus déshonnêtes, les preuves de sa réalité ».

Finkielkraut ne fait que recopier son maître Sternhell qui pourfend les extrêmes en les faisant équivaloir par le procédé du collage littéraire. L'épine de la coresponsabilité du capitalisme démocratique dans le massacre des juifs ce ne sont pas les négationnistes ni les petits intellectuels au service du parti socialiste qui l'ont retirée, car la plaie s'est encore infectée depuis au Kosovo par exemple, n'est-ce pas ?
Finkielkraut s'inspire de Sternhell en reprenant l'interprétation universaliste de l'Affaire Dreyfus pour tourner en dérision les leaders de la II ème Internationale W.Liebknecht et Guesde (en ignorant que le dreyfusard Jaurès avait initialement approuvé la condamnation) ; c'est la millième tentative de tourner en dérision « l'égoïste » lutte de classe et de lui opposer ce que j'appelle le judéocentrisme juif à prétention universaliste (qui caractérise les partisans de l'Etat français ou le soutien de celui d'Israël car, comme le reste de la population, les juifs en général ne sont pas tous des imbéciles (et les imbéciles ne sont pas tous juifs) ni inféodés à tel ou tel camp intégriste). Finkielkraut a beau jongler avec son habituelle rhétorique obscure , il ne peut cacher quel camp il aurait choisi pages 39-40 (sic!). Il dénonce la critique de l'antifascisme pour les révolutionnaires de l'époque, comme composante de « l'esprit munichois » (c'est à dire défaitiste et refusant la guerre à Hitler), tout en défendant toujours à sa manière ambiguë le stalinisme qui « a repoussé l'envahisseur nazi et contribué à la défaite d'Hitler »4 ; cette fable de la victoire décisive de l'ancien allié des nazis est la constante de tous les antifascistes (ignares...). Souvarine a expliqué comment à Stalingrad, les chars d'assaut fournis par l'armée américaine avaient été repeints aux couleurs soviétiques. Les médias de 1945, comme ceux de 1999, sont étrangement discrets sur les conditions de la « Victoire de Stalingrad ». mais en cherchant un peu la vérité, on la trouve :
« L'argent et les armes américaines soutenaient et la Grande Bretagne et l'Union soviétique. Chaque année, après 1942, les américain fournirent au Royaume Uni, en armements non payés, la valeur de 4,75 % du revenu national des Etats-Unis. En 1943-1944, le même système américain de prêt bail ajouta environ un sixième à la valeur du produit national de l'Union soviétique. Au moment le plus crucial de la guerre, la Grande Bretagne et l'Union soviétique étaient donc bien toutes deux bien plus dépendantes des Etats Unis qu'elles ne l'ont jamais admis ». (cf. Alan S.Milward in dictionnaire critique de Azéma et Bédarida). Il ne faut pas oublier d'ajouter cependant que la bourgeoisie américaine a laissé la Russie supporter seule le poids de la guerre sur le continent européen pendant trois ans, faisant sacrifier plus de 11 millions de prolétaires (manière versaillaise de se venger également de la peur d'Octobre 1917). Les pertes américaines sont de l'ordre de 300.000 victimes, nombre considérablement inférieur à la plupart des belligérants et moins inquiétant pour la paix sociale de l'autre côté de l'Atlantique ».

Voilà pour aujourd'hui, et on est bien loin de la petite diva Finkielkraut qui ne laissera dans l'histoire de la philo qu'un codicille « starlette histrionne ».

Qu'on me permette de citer enfin un extrait du beau texte de Janover, que je reproduisais in extenso.

« En 1981, avec l'élection de Mitterrand il fallait maintenir la référence en milieu intellectuel de gauche : l'antifascisme. En 1989, il faudra aussi compenser la perte du danger « communiste » par un retour au « danger fasciste » en conjonction avec l'historiographie américaine, la référence diabolique d'un « passé à ne pas revoir ». La querelle du révisionnisme, montée en mayonnaise vers la même époque, a trop bien servi à combattre la contradiction dénudante de la victoire des partisans du programme commun pour raser gratis. Le cercle des intellectuels de la gauche disparue autour du gourou Mitterrand se saisit de l'occasion pour liquider la mouvance ultra-gauche soixantehuitarde qui rappelle trop bien le rôle va-t-en guerre des socialistes et les saloperies des staliniens ».
Janover montre ensuite dans son pamphlet comment au milieu des années 1990, les ex-staliniens, les inquisiteurs Daeninckx et Gilles Perrault, tout en réglant des comptes entre eux : « s'affaireront à ridiculiser un milieu politique qui n'a cessé de rappeler le rôle accablant de la gauche. Avec les mêmes méthodes dénonciatrices d'un Vichinsky (plus c'est gros, mieux ça passe) ; tous les militants ou les ouvriers qui sont guéris de l'idéologie antifasciste « sont sommés de se soumettre et de se démettre de leurs idées s'ils veulent continuer d'exister » (cf. « Nuit et brouillard du révisionnisme, ed Paris-Méditerranée, 1996).






NOTES

1Sollicité par un collègue juif qui était muté à Drancy vers 2003, j'avais découvert sur le tableau de la salle des réunions, un long chapelet antisémite particulièrement bien écrit, sans fautes et vicelard. Le collègue était en larmes et impuissant. C'est moi qui avait effacé le message ordurier.
2Produit également de la classe ouvrière allemande désemparée , les « nationaux-bolcheviques » admiraient Staline... quand les ouvriers n'avaient plus que le choix de s'abstenir ou de voter NSDAP... vu que la contre-révolution c'était le parti socialiste au pouvoir qui avait fait mitrailler les ouvriers et assassiner Rosa Luxemburg (« la juive rouge ») et Karl Liebnecht).
3Les premières réactions des grands leaders de la II ème Internationale, de Liebcknecht comme de Jaurès, furent de douter, mais ils ont ensuite corrigé ce point de vue, et Finki est malhonnête d'omettre de le préciser.
4Sous l'ancien maoïste perce toujours le stalinien non repentant !

NOTE SUR LE MOUVEMENT DES GILETS JAUNES ET SON DEVENIR



par Claude Bitot

 Avec cet auteur, qui a milité naguère aux côtés de Bordiga on est toujours surpris par son agilité intellectuelle, sa capacité à discerner esbrouffes et perversités du mensonge bourgeois. Contrairement à tant de nos marxologues dissous dans la bobologie et leurs amis anarchoïdes, il a perçu très tôt l'originalité du mouvement des gilets jaunes, son aspect "mouvement social" et non pas mouvement de "fachos" comme toute cette pauvre "gauche communiste" l'a bavé à la suite de la gouvernance, et dont la plupart, en fin de compte, restent tétanisés par la fabrique antisémite exagérée à dessein pour criminaliser un mouvement de toute manière essoufflé et par conséquent incapable de se défendre. Le premier reproche que je fais à mon estimé camarade Claude reste qu'on ne peut pas miser sur ce mouvement qui est en effet une non-classe, typique des classes intermédiaires sans culture politique et incapables de prendre une orientation politique claire. Je maintiens que l'avenir appartient au prolétariat (que Claude limite à la seule classe ouvrière en effet rabougrie et paralysée depuis des décennies par ses illusions syndicales), mais pas dans l'immédiat puisque tout est planifié par l'Etat pour que le mouvement soit ridiculisé dans l'impasse de la "réaction fasciste" (que j'analyserai dans mon prochain article). Le deuxième reproche que je fais à ce camarade d'une longue lutte commune est qu'il a abandonné le marxisme. Le marxisme est un tout, pas un bloc comme diraient les Clemenceau et son fade imitateur Macron, mais une méthode dont on ne peut séparer l'essentiel de l'indispensable. Bitot laisse tomber le rôle dynamique de la classe ouvrière (évanescente) pour agiter celui du parti rédempteur et directeur d'une nouvelle conscience révolutionnaire sortie du peuple révolté en général. Et voilà comment il retombe dans l'idéalisme dans lequel il végétait adolescent avant d'avoir rencontré Bordiga. C'est une sorte de léninisme caricatural, ce que n'a jamais été Lénine après "Que Faire?", ce parti tant galvaudé qui était sensé apporter la conscience de l'extérieur des masses, parti intellectuel - c a d qui pense "à la place de" comme le sont tous les partis bourgeois. Or, le danger avec cette conception, qui veut dépasser ou combler le vide politique de l'hypocrite démocratie bourgeoise, conception idéaliste qui veut redonner le premier rôle à la décision politique en intégrant les masses au parti unique, est que c'est une conception fasciste, ou pour ne pas être trop méchant avec mon ancien camarade, staliniste.
JLR

Depuis quelques mois un mouvement social appelé les « gilets jaunes » a fait irruption. En raison de sa nouveauté, de son entêtement à se poursuivre, de l’identité de ses acteurs et des commentaires qu’il suscite, celui-ci mérite de s’y s’arrêter.

 Pour cela il faut préalablement voir le contexte dans lequel il a lieu : celui d’un capitalisme entré depuis un certain temps dans sa phase terminale et du même coup en décadence, non seulement économique avec sa croissance en train de s’éteindre, mais aussi sociale avec sa société de classes en train de se décomposer, celle-ci ressemblant de plus en plus à un magma de groupes sociaux qualifiés faussement de « classes », les unes « moyennes » les autres  « populaires ».

Comme avec ce capitalisme, c’est le chômage, la précarité, l’exclusion  pour deux à trois millions de jeunes condamnés à la débrouille pour survivre, les très petites retraites pour certains, les salaires qui ne permettent plus de joindre les deux bouts en fin de mois, en particulier pour les femmes seules avec enfants à charge, une fraction du vaste magma social qui s’est constitué s’est mise à se rebeller en occupant des ronds-points routiers et en manifestant chaque semaine plus ou moins pacifiquement dans diverses villes. L’originalité de ce mouvement c’est qu’il n’est pas celui de la classe ouvrière. Au sein de celui-ci il peut y avoir des ouvriers, mais qui ne doivent plus être considérés comme étant des membres de la classe ouvrière, celle-ci dans l’actuel capitalisme finissant n’étant plus qu’un groupe social parmi d’autres. Dès lors quelle est la nature d’un tel mouvement ? Il s’agit là d’un mouvement aclassiste surgissant dans le cadre d’un capitalisme en phase terminale, qui lui s’affronte non plus au patronat dans les entreprises (au moyen de la grève), mais directement à l’Etat capitaliste. Telle est l’analyse postmarxiste qu’il est possible de faire de l’actuel mouvement des « gilets jaunes ». Postmarxiste car elle prend en compte qu’avec un tel capitalisme le conflit qui a surgi en dehors des partis et des syndicats n’est plus mené par une classe. C’est ça sa nouveauté. Reste à voir le devenir de ce mouvement.

Avec les « gilets jaunes » c’est le retour de la question sociale que le capitalisme après 1945 avait à sa manière résolue (avec la mise en place de l’Etat-providence – sécu, retraites –, le plein emploi, la société de consommation), entré dans sa phase terminale réussi jusqu’ici à contenir (au moyen du crédit à la consommation), mais que désormais il n’est plus à même d’endiguer. Ce qui explique le choc soudain qu’il a produit. Certes, il est à prévoir qu’il va s’essouffler, ou bien se faire récupérer si ce n’est pas déjà fait. Mais ce type de mouvement va ressurgir le capitalisme ne pouvant plus désormais se payer le luxe d’éviter que la question sociale ne lui saute en plein visage, ce qui fait qu’au fur et à mesure de son avancée dans sa fin de cycle historique, celle-ci va rebondir avec plus de force et d’intensité. D’autres mouvements du même acabit prendront donc la suite de celui des « gilets jaune ». Mais il est à prévoir aussi que le capitalisme parviendra à les  « gérer ». Il en a vu d’autres, il trouvera les moyens de satisfaire partiellement aux revendications, donc d’éviter que cette question sociale devienne tout à fait explosive cela au point de le mettre directement en danger. Un autre facteur fera que ce nouveau mouvement  social ne sera pas en mesure de le menacer sérieusement : comme le montre bien celui des « gilets jaunes », son peu de lucidité concernant le capitalisme qu’il ne remet nullement en cause. Avec sa revendication d’un « référendum d’initiative citoyenne » il montre qu’il continue de se bercer  d’illusions à propos de la « démocratie » qu’il voudrait rendre plus « directe » afin qu’elle tienne ses promesses électorales. Ce qui fait que lorsqu’il se veut politique c’est, drapeau national déployé et chantant la Marseillaise, l’imaginaire bourgeois de la Révolution française qu’il a en tête. C’est là son maximum d’idée révolutionnaire dont il est capable. Mais il ne faut pas voir là la marque d’un mouvement nationaliste, « réactionnaire », ou se gausser de ses côtés idéologiques frustes, brutes de décoffrage dont il fait preuve. Il faut comprendre ce que sont les « gilets jaunes ». Ils sont les enfants de la télé-réalité, d’Internet avec facebook, des jeux vidéo sur leurs smartphones avec qui on fait des selfies, c’est-à-dire de ces machines à décerveler que le capitalisme dans sa grande modernité a mis au point ; ils sont les produits sociaux de ce capitalisme devenu un fait social total, qui s’est introduit partout dans la vie des hommes, dans leur travail bien sûr, mais aussi dans leurs loisirs, leur environnement, leur vie quotidienne, et se faisant ainsi totalitaire, a éradiqué tout idée de contestation de celui-ci, réussi à se faire passer pour l’horizon indépassable de l’humanité, fait croire que le communisme a échoué alors qu’il n’a existé nulle part et que donc face à lui il n’y a pas d’alternative – et il n’y a pas que les « gilets jaunes » qui pensent çà, les intellectuels également, eux qui autrefois se voulaient bien souvent critiques du capitalisme devenus ses adeptes, pour ne pas dire ses valets de plume.   

Le capitalisme face à ce nouveau mouvement social trouvera donc le moyen de s’en sortir, jusqu’au moment où après avoir persévéré au maximum dans son être, il finira par s’écrouler.  Dès lors qu’est ce qui passera ? Cette non-classe que sont actuellement les « gilets jaunes » deviendra l’immense majorité, à la différence de ces derniers qui sont dans une situation de pauvreté relative, celle-ci se verra précipitée dans la misère, et alors qu’est ce qui se passera ? La révolution ? Si n’existe pas un parti révolutionnaire pour éclairer et guider ces masses modernes ayant été complètement accaparées, assujetties par ce capitalisme totalitaire, il se produira un immense chaos, il y aura des révoltes, de la violence sans queue ni tête (style casseurs blacks books, mais cette fois avec morts d’hommes), peut-être même un quelconque « fascisme »  pointera son nez, mais à la différence de ses ainés qui sera impuissant son heure historique étant passée, mais point de révolution.     

La nécessité d’un parti en effet, lui aujourd’hui extrêmement mal vue par ceux qui se piquent encore de « révolution » (pour de fausses raisons  qu’ici nous n’exposerons pas), disent qu’on peut très bien s’en passer, rêvant – il n’y a pas d’autre mot – d’une révolution « par en bas » qui sera un grand « mouvement d’autoémancipation ». Du temps du prolétariat c’était déjà une vue assez idéaliste de penser cela, avec les masses modernes que le capitalisme totalitaire aura formatées à sa guise durant des décennies, donc diminuées, rendues décadentes, décervelées, c’est  une connerie de bobos libertaires ! C’est faire preuve d’une inconscience totale du type de capitalisme auquel on a désormais affaire ! Plus que jamais il faudra un parti ! Et un parti qui ne se contentera pas de donner quelques « conseils », mais qui devra prendre directement les choses en main afin que la révolution ait une chance d’avoir lieu et de déboucher sur la solution finale de la question sociale qui serait le communisme. Cette nécessité d’un parti sera rendue tellement impérative qu’elle sera ressentie par les masses elles-mêmes, celles-ci prenant alors conscience de l’état d’inconscience dans lequel le capitalisme les avait mis éprouvant le besoin d’avoir une organisation qui les éclaire et les guide dans leur action. En fait, la « forme parti » sera pour elles la seule manière de s’organiser en tant que force autonome. Du temps du prolétariat c’était différent. Son organisation en parti se posait, mais lui dans la production, dans de grandes usines, pouvait s’organiser dans des syndicats, des coopératives, des bourses du travail, des conseils d’usine. Cela n’était pas suffisant mais c’était déjà là des manifestations de sa constitution en tant que classe plus ou moins autonome vis-à-vis de la bourgeoisie. Mais aujourd’hui ?  En raison du processus de désindustrialisation qui accompagne cette phase terminale du capitalisme (plus rien dans le charbonnage, la sidérurgie, presque plus rien dans la métallurgie, les chantiers navals, un peu dans l’aéronautique, dans l’automobile, quand on n’a pas  délocalisé) ce qui fait qu’on a une classe ouvrière réduite à la portion congrue (12% de la population active aux Etats-Unis et ailleurs ce n’est guère plus brillant), dont il ne restera plus grand-chose lorsque le capitalisme ce sera écroulé, pour le nouveau  « prolétariat » (que nous mettons entre guillemets car n’étant pas dans la production il n’aura plus les caractéristiques d’une classe au sens marxiste du terme, ayant été dans ce vaste fourre-tout qu’est le « tertiaire » - lui actuellement 60% de la population active !), le parti sera la seule possibilité pratique sérieuse pour lui de s’organiser autrement que ne le font actuellement les « gilets jaunes » sur des ronds-points. Evidemment pour l’heure on n’en est pas là, mais ce qu’il faut souhaiter c’est que ce parti n’attende pas l’écroulement du capitalisme pour commencer à se constituer.

                                                      février 2019